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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Le pape Benoît XVI confesseur. Début à Madrid

dominicanus #Il est vivant !

Il y aura une nouveauté au programme des prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse: le pape administrera le sacrement du pardon. Avec le Fils de Dieu "descendu dans la profondeur obscure et sale de notre péché" 

 

rembrand

 

ROME, le 5 juillet 2011 – Ce n’est pas Benoît XVI qui a inventé les Journées Mondiales de la Jeunesse, mais son prédécesseur.

Toutefois le pape Joseph Ratzinger y a introduit deux nouveautés très remarquables.

La première à Cologne, pendant l’été 2005. Au moment culminant de la veillée nocturne, il s’était agenouillé devant l’hostie consacrée. Longuement et en silence. Des centaines de milliers de jeunes avaient été touchés par ce geste d’adoration.

Depuis ce jour, avec le pape Benoît XVI, l'adoration eucharistique silencieuse est devenue une constante des Journées Mondiales de la Jeunesse, mais également d’autres rassemblements de masse tels que, par exemple, la veillée à Hyde Park, à Londres, le 18 septembre 2010.

La seconde nouveauté, elle, aura lieu à Madrid, le matin du 20 août prochain, dans le parc du Buen Retiro. Au cours de la 26me Journée Mondiale de la Jeunesse qui se dérouleront dans la capitale de l’Espagne, le pape administrera le sacrement de confession en public, pendant une heure, avant de célébrer la messe à la cathédrale.

Pour être tout à fait exact, les confessions font partie du programme des Journées Mondiales de la Jeunesse depuis celles de Rome en 2000, qui avaient vu le Circo Massimo devenir pendant plusieurs heures le plus grand confessionnal à ciel ouvert ayant existé de mémoire d’homme.

Mais jamais, jusqu’à présent, le pape n’avait confessé en personne des jeunes, pendant une Journée Mondiale de la Jeunesse.

Jean-Paul II avait l’habitude de prendre place pendant quelques heures dans le confessionnal de la basilique Saint-Pierre une fois par an, le mercredi saint.

Benoît XVI n’a réitéré ce geste que deux fois jusqu’à présent, lors de deux célébrations pénitentielles avec les jeunes du diocèse de Rome, à la basilique Saint-Pierre, le jeudi avant le dimanche des Rameaux, le 29 mars 2007 et le 13 mars 2008.

Mais le sacrement de confession est indiscutablement au cœur de sa pastorale.

Il en a parlé à maintes reprises. Surtout aux prêtres. À l’occasion de l'Année Sacerdotale qu’il avait proclamée pour 2009-2010, il leur avait proposé comme modèle le Curé d'Ars, un saint qui passait chaque jour une dizaine d’heures dans son confessionnal pour entendre les pénitents qui venaient à lui, humble curé de campagne, de la France entière.

Pour ne citer que deux de ses rappels à ce sujet, Benoît XVI a consacré au sacrement de confession la totalité du discours qu’il a adressé à la Pénitencerie Apostolique le 11 mars 2010 :

> "Chers amis..."


Et dernièrement, il a commencé son homélie pour la fête des saints Pierre et Paul de cette année, qui coïncidait avec le soixantième anniversaire de son ordination sacerdotale, justement en parlant du sacrement du pardon :

"Chers frères et sœurs, «Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis !» (cf. Jn 15, 15). À soixante années du jour de mon ordination sacerdotale, j’entends encore résonner en moi ces paroles de Jésus, que notre grand archevêque, le cardinal Faulhaber, nous adressa à nous, les nouveaux prêtres, d’une voix désormais un peu faible et cependant ferme, à la fin de la cérémonie d’ordination. Selon le déroulement liturgique de l’époque, cette acclamation signifiait alors aux nouveaux prêtres l’attribution explicite du mandat pour remettre les péchés. «Non plus serviteurs, mais amis» : je savais et j’avais conscience qu’à ce moment précis, ce n’était pas seulement une parole rituelle, ni une simple citation de la Sainte Écriture. J’avais conscience qu’à ce moment-là, le Seigneur Lui-même me l’adressait de façon toute personnelle. Dans le baptême et dans la confirmation, Il nous avait déjà attirés vers Lui, Il nous avait déjà accueillis dans la famille de Dieu. Mais ce qui arrivait à ce moment-là était quelque chose de plus encore. Il m’appelle ami. Il m’accueille dans le cercle de ceux auxquels il s’était adressé au Cénacle. Dans le cercle de ceux qu’Il connaît d’une façon toute particulière et qui sont ainsi amenés à Le connaître de façon particulière. Il me donne la faculté, qui fait presque peur, de faire ce que Lui seul, le Fils de Dieu, peut dire et faire légitimement : Moi, je te pardonne tes péchés. Il veut que moi – par son mandat – je puisse prononcer avec son « Je » une parole qui n’est pas seulement une parole mais plus encore une action qui produit un changement au plus profond de l’être. Je sais que, derrière cette parole, il y a sa Passion à cause de nous et pour nous. Je sais que le pardon a son prix : dans sa Passion, Lui-même est descendu dans la profondeur obscure et sale de notre péché. Il est descendu dans la nuit de notre faute et c’est seulement ainsi qu’elle peut être transformée. Et par le mandat de pardonner, Il me permet de jeter un regard sur l’abîme de l’homme et sur la grandeur de sa souffrance pour nous les hommes, qui me laisse deviner la grandeur de son amour. Il me dit : « Non plus serviteurs, mais amis ». Il me confie les paroles de la Consécration eucharistique. Il m’estime capable d’annoncer sa Parole, de l’expliquer de façon juste et de la porter aux hommes d’aujourd’hui. Il s’en remet à moi. «Vous n’êtes plus serviteurs mais amis» : c’est une affirmation qui donne une grande joie intérieure et qui, en même temps, dans sa grandeur, peut faire frémir au long des décennies, avec toutes les expériences de notre faiblesse et de son inépuisable bonté". [...]

Jusqu’à présent l'intensité avec laquelle Benoît XVI cherche à amener une renaissance de la confession n’a pas entraîné une mise en pratique sensible de ses appels par les évêques et les prêtres.

Les médias, eux aussi, passent largement ce sujet sous silence.

Le geste public que Benoît XVI accomplira à Madrid, le 20 août prochain – confesser quelques jeunes pendant une Journée Mondiale de la Jeunesse – va-t-il attirer l'attention sur ce déficit crucial de la pratique chrétienne d’aujourd’hui ? 

 

Sandro Magister



Le texte intégral de l'homélie prononcée par Benoît XVI le 29 juin 2011, fête des saints Pierre et Paul :

> "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis..."


À propos de la timide reprise de la pratique de la confession sacramentelle et des douze mille jeunes qui s’étaient confessés lors de la visite de Benoît XVI à Loreto :

> Nouvelles tendances: le retour au confessionnal (6.9.2007)


Le lien entre le symbole des clés de Pierre et le pouvoir qu’a l’Église de pardonner les péchés, exprimé par l'art de la Rome des papes :

> Le chiavi del perdono. L'amorevole potere del successore di Pietro(30.1.2006)


Le document d’aide aux confesseurs et directeurs spirituels que la congrégation vaticane pour le clergé a envoyé en 2011 aux conférences épiscopales du monde entier :

> Le prêtre, ministre de la miséricorde divine


Illustration : détail du "Retour de l’enfant prodigue" de Rembrandt, 1666, conservé au Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

La tradition, œuvre de Dieu

dominicanus #Il est vivant !

benoit xvi ostensoirS’il est un défenseur de la tradition, c’est bien Benoît XVI, nous l’avons vu à maintes reprises depuis le début de son pontificat, mais également lorsqu’il était encore cardinal. Pourtant, parfois enfermée dans une compréhension univoque et étroite, la tradition semble entrer en conflit avec la liberté de l’homme. Est-ce vraiment le cas pour celle qui se veut « l’œuvre de Dieu » ?

C’était justement le thème d'un colloque organisé par la faculté de théologie d’Angers et l’Université Catholique de l’Ouest, qui s’est clôturé ce mardi 28 juin.

Charles-François Brejon (Radio Vatican) a interviewé l’un des intervenants, le père Ludovic Danto, professeur à la faculté de théologie d’Angers, qui nous explique de quelle manière la tradition est perçue aujourd’hui : >> RealAudioMP3 

Homélie 14e dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Mon homélie de 2008 :

 

Homélie 14 T.O.A 2008 : Le combat spirituel - la chair et l'Esprit


14 TOA ev

 

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 3 juillet, quatorzième dimanche du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 11, versets 25 à 30. 

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits ».

Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le commentaire :


L’évangile de ce jour nous introduit dans le dessein d’amour du Père, dessein qu’il révèle par son Fils en des mots remuants et provocateurs. « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ». 


Tout vient du Père, et Jésus le remercie de ce qu’il puisse le révéler. Et dans cette révélation, le Père a déjà prévu qu’il n’atteindrait pas « les sages et les savants », car ceux-ci pensent déjà tout savoir et savoir mieux que les autres. Ils se contentent de leur propre intelligence et fonde tout sur elle ; ainsi peu à peu, ils ne tournent que sur eux-mêmes, enivrés de découvrir le mystère insatiable de la création par leur seule raison. Peu à peu, ils s’éloignent de Dieu jusqu’à finalement l’évacuer de toute origine et crée un monde où Dieu n’a plus sa légitime place.


À contrario, les « tout-petits », ceux qui ne s’enferment pas dans leur mode de pensée, les mêmes que les « pauvres en esprit », les mêmes que les « malades » qui attendent tout du médecin, les mêmes que les « brebis épuisées » qui n’ont pas de berger, ces pauvres, ont un esprit ouvert auxquels Dieu a destiné sa révélation, toute sa révélation. 


Car ils ont conservé par leur simplicité, l’esprit filial qui attend tout du Père et dans leur relation avec Dieu, leur cœur s’offre sans réticences, sans condition.


C’est pourquoi ils vont percevoir et accepter les premiers, les abaissements et l’humilité du Fils. Toute son attitude existentielle leur crie cet amour de Dieu au travers de Jésus. 


Là où les grands vont poser mille questions et mille conditions- Se peut-il que Dieu se révèle en un homme ? S’il se dit fils de Dieu, alors il blasphème !- les tout-petits vont voir, constater et aimer ce que Dieu leur offre en son Fils. 


Et il faudra que les puissants acceptent de rentrer dans cette humilité des tout-petits pour alors eux-mêmes avoir part à la révélation. 


Et c’est parque lui, Jésus, connait les sentiments du Père qu’il peut poursuivre : « Oui, Père tu l’as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m’as été confié par mon Père ; personne ne connait le Fils, sinon le Père, et personne ne connait le Père sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler ».
Nous voici au cœur de la révélation trinitaire, car les sentiments du Père que le Fils révèle à celui qui croit indiquent le Saint esprit, qui nous met dans le cœur la connaissance des sentiments des deux, dans leur union la plus parfaitement aimante. 


C’est ce qui permet de porter le fardeau du Christ avec lui et de découvrir qu’en prenant son joug, ce fardeau devient léger. Car sa croix est lourde pour lui, comme pour nous, mais le joug est celui de l’amour, « doux et humble de cœur » qui ne gémit pas sous le poids, ne se plaint pas, ne mesure pas et ne le compare pas à ses propres forces. Ce joug ne s’arrête pas à l’homme charnel qui gémit sous le poids du fardeau mais l’atèle à l’Esprit qui redonne vie, allège largement la charge, désormais portée par le Christ et procure le repos, en Dieu. 


Seigneur, guide-moi vers ton cœur de pauvre, donne-moi ton joug, que je puisse offrir ton repos.

 

Lectures 14e dimanche du Temps Ordinaire Année A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 25-30)

 

14-TOA-ev.jpg



11

 

25  En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits.
26  Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
27  Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
28  «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
29  Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos.
30  Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »


Copyright AELF - 1980 - 2006 - Tous droits réservés

 

Six ans sur la chaire de Pierre. Une interprétation

dominicanus #Il est vivant !

Benoît XVI maître de la parole, mais aussi homme de gouvernement. Auteur de nouvelles lois dans les domaines liturgique, financier, pénal, œcuménique. Avec un critère pour le guider: "réforme dans la continuité".

 

chaire-de-saint-pierre.jpg

 

ROME, le 1er juillet 2011 – La fête des saints Pierre et Paul, "colonnes" de l’Église, a coïncidé cette année avec le soixantième anniversaire de l'ordination sacerdotale de Benoît XVI.

Cette fois encore, le pape Joseph Ratzinger, au cours de l’homélie qu’il a prononcée pendant la messe, a insisté sur la mission de ceux qui sont appelés à conduire l’Église en tant que successeurs de Pierre.

Une raison de plus pour tenter de donner une interprétation de ce pontificat, qui est désormais entré dans sa septième année, sous un angle particulier : celui du gouvernement.

À première vue, Benoît XVI ne paraît pas briller en tant qu’homme de gouvernement. Le désordre de la curie vaticane en est une preuve.

Toutefois, d’un autre côté, le pontificat du pape Benoît est marqué par une importante série de mesures à caractère normatif, typiques d’une action de commandement :

- en 2007 le motu proprio "Summorum pontificum" relatif à l’utilisation du missel romain de l’ancien rite ;

- en 2009 la constitution apostolique "Anglicanorum coetibus" concernant le passage de communautés anglicanes à l’Église catholique ;

- en 2010 les nouvelles normes relatives aux "delicta graviora" et en particulier aux abus sexuels ;

- encore en 2010 la création d’un nouvel organisme à la curie romaine : le conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation ;

- toujours en 2010 le motu proprio pour la prévention des délits financiers commis par toutes les institutions du Saint-Siège ou par celles qui lui sont liées ;

- en 2011 l'instruction "Universæ Ecclesiæ" pour l’intégration des normes relatives à la messe selon le rite ancien.

Il s’agit de normes qui sont parfois fortement innovantes, dont certaines ont été accueillies par de vives résistances, et qui démentent pour la énième fois que Benoît XVI soit un pape qui se limite à conserver l'existant.

C’est tout le contraire. Le critère qui caractérise le mieux ce pontificat sous l’angle du gouvernement est celui de la "réforme dans la continuité" : cette formule est celle qu’il a adoptée comme critère pour interpréter les nouveautés du concile Vatican II et, d’une manière générale, les changements intervenus dans le magistère de l’Église au cours de l’histoire.

Récemment, des spécialistes très connus du droit – au nombre desquels l'archevêque Francesco Coccopalmerio, président du conseil pontifical pour les textes législatifs – ont tenu à l'Université de Pavie, ville où est enterré saint Augustin, un colloque consacré à Benoît XVI en tant que "législateur canonique".

On peut lire ci-dessous l’intervention, confiée à un non-spécialiste, qui a conclu ce colloque.

Ce discours tente une lecture unitaire de l'action normative de Benoît XVI, à la lumière de l’image "bonaventurienne" que le pape a de lui-même en tant que timonier de la barque de Pierre.

Sandro Magister

www.chiesa

 



BENOÎT XVI LÉGISLATEUR CANONIQUE
    
L’herméneutique de la "réforme dans la continuité", depuis le motu proprio “Summorum Pontificum” jusqu’à la nouvelle évangélisation de l’Occident

par Sandro Magister



L’appellation de "législateur canonique", appliquée à Benoît XVI, peut paraître surprenante. Et pourtant elle définit un trait essentiel de son caractère, de sa conception de la manière de gouverner l’Église.

Si la tempête qui secoue l’Église depuis plusieurs décennies est due à des "ruptures" par rapport à sa tradition et à son identité propre – comme Benoît XVI l’a dit en de nombreuses occasions, à partir du mémorable discours relatif à l'interprétation du concile Vatican II qu’il a prononcé devant la curie romaine le 22 décembre 2005 – le pape distingue l’une de ces lignes de rupture précisément dans le domaine du droit canonique.

Il l’a écrit dans la lettre ouverte qu’il a adressée à l’Église d'Irlande le 19 mars 2010. Et il l’a expliqué en termes encore plus directs dans son livre-interview "Lumière du monde" publié à la fin de 2010 : 

"Ce que m’a dit l'archevêque de Dublin - a répondu le pape à une question - est intéressant à cet égard. Il disait que le droit pénal canonique a fonctionné jusqu’à la fin des années Cinquante ; certes, ce droit n’était pas parfait – sur bien des points on pourrait le critiquer – mais en tout cas il était appliqué. À partir des années Soixante il n’a tout simplement plus été appliqué. La conviction dominante était que l’Église ne devait pas être une Église du droit, mais une Église de l’amour ; qu’elle ne devait pas punir. [...] A cette époque, même des gens très compétents ont été atteints d’un étrange obscurcissement de la pensée, [...] ce qui a eu pour conséquence un obscurcissement du droit et de la nécessité des peines. Et en fin de compte également un rétrécissement du concept d’amour, qui n’est pas seulement gentillesse et courtoisie, mais qui est amour dans la vérité".

Quelques jours avant d’envoyer sa lettre à l’Église d'Irlande, le 10 mars 2010, Benoît XVI avait développé de manière plus approfondie, à l’occasion d’une audience générale du mercredi, son interprétation de l’histoire de l’Église au cours des dernières décennies.

Il avait choisi, comme sujet de cette audience, saint Bonaventure, l’un des trois saints que, personnellement, il aime le plus, avec Augustin et Thomas d'Aquin : dans sa jeunesse, le pape a d’ailleurs consacré sa thèse de doctorat à saint Bonaventure et à sa théologie de l’histoire, qu’il a confrontée à celle, très influente, de Joachim de Flore.

D’après Joachim de Flore, après l’âge du Père et celui du Fils, ce dernier coïncidant avec le temps de l’Église, on était tout près de l'aube d’un troisième et dernier âge du monde, celui du Saint-Esprit : une ère de pleine liberté, avec une nouvelle Église spirituelle sans plus de hiérarchie ni de dogmes, une ère de paix définitive entre les hommes, une ère de réconciliation des peuples et des religions.

Du spiritualisme à l'anarchie il n’y a pas loin, a expliqué Benoît XVI lors de cette audience. Et saint Bonaventure, en son temps, a travaillé dur pour contenir cette dérive, très présente dans son ordre religieux, les franciscains.

Mais à notre époque aussi, a continué le pape, on voit à nouveau cet "utopisme spiritualiste" affleurer dans l’Église :

"Nous savons, en effet, qu'après le concile Vatican II, certains étaient convaincus que tout était nouveau, qu'il y avait une autre Eglise, que l'Eglise préconciliaire était finie et que nous allions en avoir une autre, totalement 'autre'. Un utopisme anarchique ! Et, grâce à Dieu, les sages timoniers de la barque de Pierre, le pape Paul VI et le pape Jean-Paul II, ont d'une part défendu la nouveauté du concile et, d’autre part, dans le même temps, ils ont défendu l'unicité et la continuité de l'Église".

Nouveauté et continuité. Parce qu’il n’est pas vrai que l’Église de Dieu doive être "immobile, fixée dans le passé et qu’il ne puisse pas y avoir de nouveauté en elle". Le pape a de nouveau cité saint Bonaventure : "Opera Christi non deficiunt, sed proficiunt", les œuvres du Christ ne reculent pas, ne disparaissent pas, mais elles progressent. Elles assurent "nouveauté et renouvellement à toutes les périodes de l’histoire".


***



Cela suffit pour que l’on comprenne que le pape Joseph Ratzinger n’est pas du tout un gardien de la tradition et rien d’autre. Sa conception de l’Église est dynamique. Il n’a pas peur d’employer le mot "réforme" pour définir son herméneutique du concile Vatican II. 

C’est ce qu’il a fait dans ce discours capital qu’il a adressé à la curie romaine le 22 décembre 2005, à la veille de son premier Noël en tant que pape.

“Le concile Vatican II – a déclaré Benoît XVI à cette occasion – avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l'Église et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques, mais, dans cette apparente discontinuité, il a en revanche maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. L'Église est, aussi bien avant qu'après le Concile, la même Église, une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps".

La discontinuité seulement “apparente” dont parle le pape se réfère précisément à la “nature intime ” de l’Église et à “sa véritable identité”, qui sont restées intactes, dit-il, en dépit des corrections que Vatican II a apportées à “certaines décisions historiques” de l’Église elle-même.

Mais en même temps – a indiqué Benoît XVI, toujours dans ce discours – à côté de cette discontinuité seulement "apparente", il y a également eu une discontinuité véritable, au moins dans un cas, entre le concile et le magistère précédent des papes.

Le cas qui a été cité et analysé par le pape Ratzinger est celui de la liberté religieuse, affirmée par la déclaration "Dignitatis humanae". Là, la discontinuité par rapport au magistère des papes entre le XIXe et le XXe siècle est incontestable. "Dignitatis humanae" affirme et proclame ce que l'encyclique "Quanta cura", publiée par Pie IX en 1864 avec le "Syllabus errorum" qui l’accompagnait, avait refusé et condamné.

Toutefois, a expliqué Benoît XVI,  cette discontinuité concerne non pas la nature et l'identité de l’Église mais la conception de l’État et de ses relations avec les religions. Le sujet Église, en fait, sort de ce changement encore plus net et lumineux, parce que, dit le pape, Vatican II, "reconnaissant et faisant sien, à travers le Décret sur la liberté religieuse, un principe essentiel de l'État moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l'Église". C’est-à-dire qu’il s’est remis "en pleine harmonie" non seulement avec l'enseignement de Jésus en ce qui concerne la distinction entre Dieu et César, mais "également avec l’Église des martyrs, avec les martyrs de tous les temps", puisque ceux-ci sont morts précisément "pour la liberté de professer sa foi, une profession qui ne peut être imposée par aucun État, mais qui ne peut d’autre part être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience".

Cette innovation du concile fut en tout cas perçue par beaucoup de gens, pendant et après le concile, comme une rupture par rapport à la tradition de l’Église. À la grande joie de ceux qui voyaient en Vatican II un radieux "nouveau début" historique et ecclésial. À la grande consternation de ceux qui y voyaient un abandon néfaste de la juste doctrine.

Et ces façons de penser étaient très tentantes pour les deux camps. Benoît XVI, toujours dans son discours du 22 décembre 2005, a reconnu qu’en effet "si la liberté de religion est considérée comme une expression de l'incapacité de l'homme à trouver la vérité et si, par conséquent, elle devient une canonisation du relativisme", elle peut alors donner lieu à l’idée – inacceptable – que toutes les religions ont la même valeur et que la propagation missionnaire de la foi catholique n’a plus de raison d’être.

C’est une idée qui n’est pas dépourvue de graves répercussions sur la vie de l’Église, puisque Jean-Paul II s’est senti obligé, en 1990, de consacrer une encyclique, "Redemptoris missio", à l'observance du commandement laissé par Jésus de faire des disciples et de baptiser tous les peuples, et que, en 2000, le même pape, avec celui qui était alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Ratzinger, a estimé qu’il avait le devoir de réaffirmer, par la déclaration "Dominus Jesus", que le Seigneur Jésus est l’unique sauveur de tous les hommes.


***



En tant que successeur de Pierre, Ratzinger a continué dans cette voie avec décision. Il a sans cesse réaffirmé, arguments à l’appui, que le fait que l’Église reconnaisse à tous les citoyens de tous les pays du monde la liberté de pratiquer la religion qu’ils considèrent en conscience comme la vraie et d’en assurer la propagation n’est pas en contradiction avec la nature missionnaire de l’Église et avec la conviction que seul Jésus est "la voie, la vérité, la vie". Cependant cette reconnaissance de la liberté religieuse incite les chrétiens à penser leur action missionnaire elle-même de la manière la plus authentique, en étant conscients du fait que la profession de foi en Jésus-Christ "ne peut être imposée par aucun état, mais qu’au contraire elle ne peut être adoptée qu’avec la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience".

Et par conséquent, a poursuivi Benoît XVI, toujours dans cet extraordinaire discours du 22 décembre 2005 :

"Une Église missionnaire, qui sait qu'elle doit annoncer son message à tous les peuples, doit nécessairement s'engager au service de la liberté de la foi. Elle veut transmettre le don de la vérité qui existe pour tous et elle assure dans le même temps aux peuples et à leurs gouvernements qu'elle ne veut pas détruire leur identité et leurs cultures, mais qu'elle leur apporte au contraire une réponse que, au fond d'eux-mêmes, ils attendent - une réponse avec laquelle la multiplicité des cultures ne se perd pas, mais avec laquelle, au contraire, l'unité entre les hommes s’accroît, ainsi que, par là même, la paix entre les peuples".

La "nouvelle évangélisation" voulue par Benoît XVI a ceci de moderne qu’elle renonce définitivement à tout bras séculier, à tout type de contrainte, même sophistiquée et légère, qu’en cela elle est parfaitement en ligne avec les conceptions libérales modernes de citoyenneté, et qu’elle n’apporte la vérité à tout homme "qu’en le convainquant".

Mais en même temps la "nouvelle évangélisation" du pape Benoît reprend et renforce les traits originels du commandement donné par Jésus à ses disciples. En effet qu’est-elle, sinon la pédagogie de Dieu depuis l’Ancien jusqu’au Nouveau Testament ? Qu’est-elle, sinon le style de Jésus, dans sa prédication du Royaume ? Qu’est-elle, sinon le dialogue des auteurs bibliques puis des Pères de l’Église avec la sagesse des philosophes grecs et avec les prophéties des Sibylles ? Et qu’est-elle, sinon la greffe de l'art chrétien sur le classicisme ?

L’autre discours capital du pontificat de Benoît XVI est celui de Ratisbonne, prononcé le 12 septembre 2006 ; il est en parfaite continuité avec celui qui a été cité jusqu’à présent. Le meilleur de la pensée grecque "est partie intégrante de la foi chrétienne", a affirmé le pape dans cette université des savoirs où il avait enseigné. Le "logos" humain est le reflet du "Logos" éternel. Par conséquent même chez l’homme le plus éloigné de Dieu cette lumière rationnelle qui renvoie à Dieu ne s’éteint jamais. L'annonce du christianisme ne doit pas et ne peut pas se passer des raisons de la foi. Plus encore dans un monde comme celui d’aujourd’hui et dans une zone comme l'Europe, qui a été marquée de l’empreinte du christianisme mais qui s’est bien éloignée de celui-ci.

Un élément - ce n’est pas le seul – de la "nouvelle évangélisation" de Benoît XVI est ce qu’il a appelé le "Parvis des gentils". Il l’a annoncé à la fin de 2009 après sa visite à Prague, capitale de l’un des pays les plus déchristianisés d’Europe. Et il l’a voulu pour ces "gens qui ne connaissent Dieu que de loin ; qui ne sont pas satisfaits de leur dieux, de leurs rites, de leurs mythes ; qui désirent le Pur et le Grand, même si Dieu reste pour eux le 'Dieu inconnu'".

L'image du "Parvis des gentils" - le parvis extérieur du temple de Jérusalem, destiné aux "craignant Dieu" non juifs, qui ne pouvaient pas prendre part au culte mosaïque mais qui s’en approchaient dans la prière – conduit à un autre axe majeur du pontificat de Benoît XVI, également en équilibre entre nouveauté et continuité : l'axe de la liturgie.


***


Que le concile Vatican II ait consacré son début et son premier document à la question de la liturgie "est apparu comme ce qui était intrinsèquement le plus juste", a écrit le pape Ratzinger dans la préface du premier volume de ses "opera omnia", volontairement consacré en entier à la liturgie. Parce que Dieu est la priorité absolue. Parce que l'orthodoxie de la foi, comme le dit l'étymologie du mot, est "doxa", glorification de Dieu. Et par conséquent la forme juste de l'adoration est la vraie mesure de la foi : "lex orandi, lex credendi".

C’est pour cette même raison que Ratzinger a plusieurs fois affirmé que la crise de l’Église au cours des dernières décennies était née de dérapages précisément dans le domaine de la liturgie, et en particulier de l'opinion très répandue selon laquelle la nouvelle liturgie produite par les réformes conciliaires a marqué une coupure radicale avec la liturgie précédente.

En effet, les variations introduites dans la liturgie à partir de la fin des années Soixante ont marqué ici ou là une rupture évidente avec le passé. À la messe conçue surtout comme un sacrifice de rédemption et célébrée "tournés vers le Seigneur" s’est substituée une messe conçue comme un repas fraternel, sur un autel ayant l’aspect d’une table et rapproché autant que possible des fidèles. À la liturgie conçue comme "opus Dei" s’est substituée une dynamique d’assemblée ayant la communauté comme acteur principal.

Par endroits et par moments, ces variations ont été poussées à l’extrême. Un exemple très éclairant en est donné par la brochure "Kerk en Ambt", Église et ministère, distribuée en 2007 dans les paroisses des Pays-Bas par les dominicains de ce pays. Cette brochure proposait de transformer en règle générale ce qui se pratiquait et se pratique déjà en différents endroits : la messe présidée indifféremment par un prêtre ou par un laïc, "le fait qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, d’homosexuels ou d’hétérosexuels, de gens mariés ou de célibataires, étant sans importance". Les paroles de l'institution eucharistique prononcées par l’une ou l’autre des personnes présentes, désignées "par la base", ou bien par l’ensemble de l'assemblée ; ces paroles pouvant être librement remplacées par "des expressions plus faciles à comprendre et plus en harmonie avec l’expérience moderne de la foi".

Il n’est donc pas surprenant que, dans une lettre adressée en cette même année 2007 aux évêques du monde entier, Benoît XVI ait donné, du dérapage liturgique qui a fait suite au concile, cette description inquiète :

"En de nombreux endroits, on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel ; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation, de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. Je parle d’expérience, parce que j’ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions. Et j’ai constaté combien les déformations arbitraires de la Liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l’Église".

La lettre qui vient d’être citée est celle dont Benoît XVI a accompagné la promulgation de son motu proprio "Summorum Pontificum" du 7 juillet 2007, libéralisant la célébration de la messe selon le missel de 1962, qui était en vigueur avant Vatican II et a d’ailleurs été utilisé paisiblement pendant toute la durée du concile.

La pensée de Benoît XVI, exprimée dans cette lettre, est que les deux formes du rite romain, l'ancienne et la moderne, "peuvent s’enrichir mutuellement" par leur coexistence.

En particulier, le souhait du pape est que "dans la célébration de la Messe selon le missel de Paul VI puisse être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a souvent été jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien".

C’est précisément ce qui se produit, sous les yeux de tous, à chaque fois que le pape Ratzinger célèbre la messe : il le fait selon le rite "moderne" mais dans un style fidèle aux richesses de la tradition.

On trouve, cité dans l'instruction "Universæ Ecclesiæ" qui a été diffusée le 13 mai dernier dans le but de rendre le motu proprio "Summorum Pontificum" plus précis et plus facile à appliquer, cet autre passage de la lettre que Benoît XVI avait écrite en 2007 :

"Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste".

Inversement – réaffirme l'instruction "Universæ Ecclesiæ" – les fidèles qui célèbrent la messe selon l’ancien rite "ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire".


***


On comprend clairement, à la lecture de ces citations, que la "réforme dans la continuité" est, dans le domaine liturgique également, le critère herméneutique en fonction duquel Benoît XVI veut guider l’Église afin de la faire sortir de la crise actuelle.

L’accueil contrasté qu’ont reçu au sein de l’Église le motu proprio ainsi que l’instruction qui l’a suivi prouve à quel point l’objectif de Benoît XVI est sérieux et urgent.

En effet, dans le domaine liturgique, l'herméneutique de la rupture est encore le pain quotidien de ceux des traditionalistes qui voient dans le nouveau rite de la messe la trace d’éléments hérétiques, ainsi que des progressistes qui voient dans la libéralisation de l’ancien rite le reniement du "nouveau début" ecclésial inauguré par Vatican II.

Cette dernière opinion est largement répandue parmi les liturgistes. À leur avis, la forme moderne du rite a supplanté l’ancienne et il n’est pas acceptable que cette dernière se maintienne. C’est ce qu’a prouvé récemment la "vigueur" polémique avec laquelle le liturgiste Andrea Grillo a réagi aux propos du théologien PierAngelo Sequeri, coupable selon lui d’avoir défendu la "leçon de style catholique" qu’a donnée Benoît XVI en accordant de nouveau "l’hospitalité ecclésiale" à la forme ancienne du rite romain.

Dans un article paru le 14 mai en première page du quotidien "Avvenire", Sequeri avait écrit :

"Désormais, l’union des forces pour rendre à la liturgie l’attrait puissant de la foi qui est en présence de l’unique Seigneur doit nous apparaître, en ces temps difficiles, comme la seule chose qui soit vraiment nécessaire à la splendeur de la tradition de la foi. Et si c’était précisément cela qui nous fait défaut ? D’où vient – et où nous conduit – cette accoutumance aux investitures bricolées, qui désignent n’importe qui en tant que sauveur du christianisme et en tant que guide sûr de ses guides incertains ?".

En fait l’objectif de Benoît XVI – on le sait et le cardinal Kurt Koch, président du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, l’a réaffirmé le 14 mai à Rome, lors d’un colloque consacré au motu proprio "Summorum Pontificum" – n’est pas de faire coexister indéfiniment les deux formes du rite, la moderne et l’ancienne. À l’avenir, l’Église aura de nouveau un rite romain unique. Mais le chemin que le pape voit devant lui pour intégrer les deux formes actuelles du rite est long et plein de difficultés. Et il rend nécessaire la naissance d’un nouveau mouvement liturgique de grande qualité, comme celui qui a préparé le concile Vatican II et auquel Ratzinger lui-même a puisé, le mouvement liturgique de Guardini et de Jungmann, de Casel et de Vagaggini, de Bouyer et de Daniélou, de ces grands qui – ce n’est pas un hasard – ont aussi été des critiques sévères des développements liturgiques postconciliaires.

De même que la liturgie a été, au cours des dernières décennies, le domaine dans lequel se sont manifestées les ruptures les plus évidentes entre le présent de l’Église et sa tradition, de même, avec Benoît XVI, l'herméneutique de la "réforme dans la continuité" a trouvé dans la liturgie son terrain d’épreuve le plus spectaculaire.

Pavie, le 21 mai 2011



Les actes du colloque de Pavie, organisé par l'Union des Juristes Catholiques et présidé par le professeur Giorgio Feliciani, professeur titulaire de droit canonique à l'Université Catholique de Milan, sont en cours d’impression :

> Benedetto XVI legislatore canonico


L'homélie prononcée par Benoît XVI le 29 juin dernier, fête des saints Pierre et Paul et soixantième anniversaire de son ordination sacerdotale :

> "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis..."



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Homily of Pope Benedict XVI on the Feast of Saints Peter and Paul

dominicanus #homilies in English

pope 60...

 

Saint Peter’s Basilica, 29 June 2011


Dear Brothers and Sisters, 


“I no longer call you servants, but friends” (cf. Jn 15:15).


Sixty years on from the day of my priestly ordination, I hear once again deep within me these words of Jesus that were addressed to us new priests at the end of the ordination ceremony by the Archbishop, Cardinal Faulhaber, in his slightly frail yet firm voice. According to the liturgical practice of that time, these words conferred on the newly-ordained priests the authority to forgive sins. “No longer servants, but friends”: at that moment I knew deep down that these words were no mere formality, nor were they simply a quotation from Scripture. I knew that, at that moment, the Lord himself was speaking to me in a very personal way. In baptism and confirmation he had already drawn us close to him, he had already received us into God’s family. But what was taking place now was something greater still. He calls me his friend. He welcomes me into the circle of those he had spoken to in the Upper Room, into the circle of those whom he knows in a very special way, and who thereby come to know him in a very special way. He grants me the almost frightening faculty to do what only he, the Son of God, can legitimately say and do: I forgive you your sins. He wants me – with his authority – to be able to speak, in his name (“I” forgive), words that are not merely words, but an action, changing something at the deepest level of being. I know that behind these words lies his suffering for us and on account of us. I know that forgiveness comes at a price: in his Passion he went deep down into the sordid darkness of our sins. He went down into the night of our guilt, for only thus can it be transformed. And by giving me authority to forgive sins, he lets me look down into the abyss of man, into the immensity of his suffering for us men, and this enables me to sense the immensity of his love. He confides in me: “No longer servants, but friends”. He entrusts to me the words of consecration in the Eucharist. He trusts me to proclaim his word, to explain it aright and to bring it to the people of today. He entrusts himself to me. “You are no longer servants, but friends”: these words bring great inner joy, but at the same time, they are so awe-inspiring that one can feel daunted as the decades go by amid so many experiences of one’s own frailty and his inexhaustible goodness.


“No longer servants, but friends”: this saying contains within itself the entire programme of a priestly life. What is friendship? Idem velle, idem nolle – wanting the same things, rejecting the same things: this was how it was expressed in antiquity. Friendship is a communion of thinking and willing. The Lord says the same thing to us most insistently: “I know my own and my own know me” (Jn 10:14). The Shepherd calls his own by name (cf. Jn 10:3). He knows me by name. I am not just some nameless being in the infinity of the universe. He knows me personally. Do I know him? The friendship that he bestows upon me can only mean that I too try to know him better; that in the Scriptures, in the Sacraments, in prayer, in the communion of saints, in the people who come to me, sent by him, I try to come to know the Lord himself more and more. Friendship is not just about knowing someone, it is above all a communion of the will. It means that my will grows into ever greater conformity with his will. For his will is not something external and foreign to me, something to which I more or less willingly submit or else refuse to submit. No, in friendship, my will grows together with his will, and his will becomes mine: this is how I become truly myself. Over and above communion of thinking and willing, the Lord mentions a third, new element: he gives his life for us (cf. Jn 15:13; 10:15). Lord, help me to come to know you more and more. Help me to be ever more at one with your will. Help me to live my life not for myself, but in union with you to live it for others. Help me to become ever more your friend.


Jesus’ words on friendship should be seen in the context of the discourse on the vine. The Lord associates the image of the vine with a commission to the disciples: “I appointed you that you should go out and bear fruit, and that your fruit should abide” (Jn 15:16). The first commission to the disciples – to his friends – is that of setting out, stepping outside oneself and towards others. Here we hear an echo of the words of the risen Lord to his disciples at the end of Matthew’s Gospel: “Go therefore and make disciples of all nations ...” (cf. Mt 28:19f.) The Lord challenges us to move beyond the boundaries of our own world and to bring the Gospel to the world of others, so that it pervades everything and hence the world is opened up for God’s kingdom. We are reminded that even God stepped outside himself, he set his glory aside in order to seek us, in order to bring us his light and his love. We want to follow the God who sets out in this way, we want to move beyond the inertia of self-centredness, so that he himself can enter our world.


After the reference to setting out, Jesus continues: bear fruit, fruit that abides. What fruit does he expect from us? What is this fruit that abides? Now, the fruit of the vine is the grape, and it is from the grape that wine is made. Let us reflect for a moment on this image. For good grapes to ripen, sun is needed, but so too is rain, by day and by night. For noble wine to mature, the grapes need to be pressed, patience is needed while the juice ferments, watchful care is needed to assist the processes of maturation. Noble wine is marked not only by sweetness, but by rich and subtle flavours, the manifold aroma that develops during the processes of maturation and fermentation. Is this not already an image of human life, and especially of our lives as priests? We need both sun and rain, festivity and adversity, times of purification and testing, as well as times of joyful journeying with the Gospel. In hindsight we can thank God for both: for the challenges and the joys, for the dark times and the glad times. In both, we can recognize the constant presence of his love, which unfailingly supports and sustains us.


Yet now we must ask: what sort of fruit does the Lord expect from us? Wine is an image of love: this is the true fruit that abides, the fruit that God wants from us. But let us not forget that in the Old Testament the wine expected from noble grapes is above all an image of justice, which arises from a life lived in accordance with God’s law. And this is not to be dismissed as an Old Testament view that has been surpassed – no, it still remains true. The true content of the Law, its summa, is love for God and for one’s neighbour. But this twofold love is not simply saccharine. It bears within itself the precious cargo of patience, humility, and growth in the conforming of our will to God’s will, to the will of Jesus Christ, our friend. Only in this way, as the whole of our being takes on the qualities of truth and righteousness, is love also true, only thus is it ripe fruit. Its inner demand – faithfulness to Christ and to his Church – seeks a fulfilment that always includes suffering. This is the way that true joy grows. At a deep level, the essence of love, the essence of genuine fruit, coincides with the idea of setting out, going towards: it means self-abandonment, self-giving, it bears within itself the sign of the cross. Gregory the Great once said in this regard: if you are striving for God, take care not to go to him by yourselves alone – a saying that we priests need to keep before us every day (H Ev 1:6:6 PL 76, 1097f.).


Dear friends, perhaps I have dwelt for too long on my inner recollections of sixty years of priestly ministry. Now it is time to turn our attention to the particular task that is to be performed today. 


On the feast of Saints Peter and Paul my most cordial greeting goes first of all to the Ecumenical Patriarch Bartholomaios I and to the Delegation he has sent, to whom I express sincere thanks for their most welcome visit on the happy occasion of this feast of the holy Apostles who are Rome’s patrons. I also greet the Cardinals, my brother bishops, the ambassadors and civil authorities as well as the priests, religious and lay faithful. I thank all of you for your presence and your prayers.


The metropolitan archbishops appointed since the feast of Saints Peter and Paul last year are now going to receive the pallium. What does this mean? It may remind us in the first instance of Christ’s easy yoke that is laid upon us (cf. Mt 11:29f.). Christ’s yoke is identical with his friendship. It is a yoke of friendship and therefore “a sweet yoke”, but as such it is also a demanding yoke, one that forms us. It is the yoke of his will, which is a will of truth and love. For us, then, it is first and foremost the yoke of leading others to friendship with Christ and being available to others, caring for them as shepherds. This brings us to a further meaning of the pallium: it is woven from the wool of lambs blessed on the feast of Saint Agnes. Thus it reminds us of the Shepherd who himself became a lamb, out of love for us. It reminds us of Christ, who set out through the mountains and the deserts, in which his lamb, humanity, had strayed. It reminds us of him who took the lamb – humanity – me – upon his shoulders, in order to carry me home. It thus reminds us that we too, as shepherds in his service, are to carry others with us, taking them as it were upon our shoulders and bringing them to Christ. It reminds us that we are called to be shepherds of his flock, which always remains his and does not become ours. Finally the pallium also means quite concretely the communion of the shepherds of the Church with Peter and with his successors – it means that we must be shepherds for unity and in unity, and that it is only in the unity represented by Peter that we truly lead people to Christ.


Sixty years of priestly ministry – dear friends, perhaps I have spoken for too long about this. But I felt prompted at this moment to look back upon the things that have left their mark on the last six decades. I felt prompted to address to you, to all priests and bishops and to the faithful of the Church, a word of hope and encouragement; a word that has matured in long experience of how good the Lord is. Above all, though, it is a time of thanksgiving: thanks to the Lord for the friendship that he has bestowed upon me and that he wishes to bestow upon us all. Thanks to the people who have formed and accompanied me. And all this includes the prayer that the Lord will one day welcome us in his goodness and invite us to contemplate his joy. Amen. 

Benoît XVI, Homélie pour la Solennité des Saints Pierre et Paul

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

ROME, Mercredi 29 juin 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie prononcée par Benoît XVI au cours de la messe des saints Pierre et Paul qu’il a présidée ce mercredi au Vatican. A cette occasion, le pape, qui fête ce 29 juin son 60e anniversaire d’ordination sacerdotale, a remis le pallium aux 40 archevêques métropolitains nommés pendant l’année.

 

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Chers frères et sœurs,

«Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ! » (cf. Jn 15, 15). À soixante années du jour de mon Ordination sacerdotale, j’entends encore résonner en moi ces paroles de Jésus, que notre grand Archevêque, le Cardinal Faulhaber, avec une voix désormais un peu faible et cependant ferme, nous adressa à nous les nouveaux prêtres à la fin de la cérémonie d’Ordination. Selon le déroulement liturgique de l’époque, cette acclamation signifiait alors aux nouveaux prêtres l’attribution explicite du mandat pour remettre les péchés. « Non plus serviteurs, mais amis » : je savais et j’avais conscience qu’à ce moment précis, ce n’était pas seulement une parole rituelle, ni une simple citation de la Sainte Écriture. J’avais conscience qu’en ce moment-là, le Seigneur Lui-même me l’adressait de façon toute personnelle. Dans le Baptême et dans la Confirmation, Il nous avait déjà attirés vers Lui, Il nous avait déjà accueillis dans la famille de Dieu. Cependant, ce qui arrivait à ce moment-là était quelque chose de plus encore. Il m’appelle ami. Il m’accueille dans le cercle de ceux auxquels il s’était adressé au Cénacle. Dans le cercle de ceux que Lui connaît d’une façon toute particulière et qui ainsi sont amenés à Le connaître de façon particulière. Il me donne la faculté, qui fait presque peur, de faire ce que Lui seul, le Fils de Dieu, peut dire et faire légitimement : Moi, je te pardonne tes péchés. Il veut que moi – par son mandat – je puisse prononcer avec son « Je » une parole qui n’est pas seulement une parole mais plus encore une action qui produit un changement au plus profond de l’être. Je sais que derrière cette parole, il y a sa Passion à cause de nous et pour nous. Je sais que le pardon a son prix : dans sa Passion, Lui-même est descendu dans la profondeur obscure et sale de notre péché. Il est descendu dans la nuit de notre faute, et c’est seulement ainsi qu’elle peut être transformée. Et par le mandat de pardonner, Il me permet de jeter un regard sur l’abîme de l’homme et sur la grandeur de sa souffrance pour nous les hommes, qui me laisse deviner la grandeur de son amour. Il me dit : « Non plus serviteurs, mais amis ». Il me confie les paroles de la Consécration eucharistique. Il m’estime capable d’annoncer sa Parole, de l’expliquer de façon juste et de la porter aux hommes d’aujourd’hui. Il s’en remet à moi. « Vous n’êtes plus serviteurs mais amis » : c’est une affirmation qui procure une grande joie intérieure et qui, en même temps, dans sa grandeur, peut faire frémir au long des décennies, avec toutes les expériences de notre faiblesse et de son inépuisable bonté.

«Non plus serviteurs mais amis » : dans cette parole est contenu tout le programme d’une vie sacerdotale. Qu’est-ce que vraiment l’amitié ? Idem velle, idem nolle – vouloir les mêmes choses et ne pas vouloir les mêmes choses, disaient les anciens. L’amitié est une communion de pensée et de vouloir. Le Seigneur nous dit la même chose avec grande insistance : « Je connais les miens et les miens me connaissent » (cf. Jn 10, 14). Le Pasteur appelle les siens par leur nom (cf. Jn 10, 3). Il me connaît par mon nom. Je ne suis pas n’importe quel être anonyme dans l’immensité de l’univers. Il me connaît de façon toute personnelle. Et moi, est-ce que je Le connais Lui ? L’amitié qu’Il me donne peut seulement signifier que moi aussi je cherche à Le connaître toujours mieux ; que moi dans l’Écriture, dans les Sacrements, dans la rencontre de la prière, dans la communion des Saints, dans les personnes qui s’approchent de moi et que Lui m’envoie, je cherche à Le connaître toujours plus. L’amitié n’est pas seulement connaissance, elle est surtout communion du vouloir. Elle signifie que ma volonté grandit vers le « oui » de l’adhésion à la sienne. Sa volonté, en effet, n’est pas pour moi une volonté externe et étrangère, à laquelle je me plie plus ou moins volontiers, ou à laquelle je ne me plie pas. Non, dans l’amitié, ma volonté en grandissant s’unit à la sienne, sa volonté devient la mienne et ainsi, je deviens vraiment moi-même. Outre la communion de pensée et de volonté, le Seigneur mentionne un troisième, un nouvel élément : Il donne sa vie pour nous (cf. Jn 15, 13 ; 10, 15). Seigneur, aide-moi à Te connaître toujours mieux ! Aide-moi à ne faire toujours plus qu’un avec ta volonté ! Aide-moi à vivre ma vie non pour moi-même, mais à la vivre avec Toi pour les autres ! Aide-moi à devenir toujours plus Ton ami !

La Parole de Jésus sur l’amitié se place dans le contexte du discours sur la vigne. Le Seigneur associe l’image de la vigne avec la tâche confiée aux disciples : « Je vous ai institués pour que vous alliez et que vous portiez du fruit et un fruit qui demeure » (Jn 15, 16). La première tâche donnée aux apôtres – aux amis - est de se mettre en route, de sortir de soi-même et d’aller vers les autres. Puissions-nous ici entendre ensemble la parole du Ressuscité adressée aux siens, avec laquelle Saint Matthieu termine son évangile : « Allez et enseignez à tous les peuples… » (cf. Mt 28, 19s). Le Seigneur nous exhorte à dépasser les limites du milieu dans lequel nous vivons, à porter l’Évangile dans le monde des autres, afin qu’il envahisse tout et qu’ainsi le monde s’ouvre au Royaume de Dieu. Cela peut nous rappeler que Dieu-même est sorti de Lui-même, Il a abandonné sa gloire pour nous chercher, pour nous donner sa lumière et son amour. Nous voulons suivre le Dieu qui se met en chemin, surpassant la paresse de rester repliés sur nous-mêmes, afin que Lui-même puisse entrer dans le monde.

Après la parole sur la mise en route, Jésus continue : portez du fruit, un fruit qui demeure ! Quel fruit attend-Il de nous ? Quel est le fruit qui demeure ? Eh bien, le fruit de la vigne est le raisin à partir duquel se prépare par la suite le vin. Arrêtons-nous un instant sur cette image. Pour que le bon raisin puisse mûrir, il faut non seulement du soleil mais encore de la pluie, le jour et la nuit. Pour que parvienne à maturité un vin de qualité, il faut le foulage, le temps nécessaire à la fermentation, le soin attentif qui sert au processus de la maturation. Le vin fin est caractérisé non seulement par sa douceur, mais aussi par la richesse de ses nuances, l’arôme varié qui s’est développé au cours du processus de maturation et de fermentation. N’est-ce pas déjà une image de la vie humaine, et selon un mode spécial, de notre vie de prêtre ? Nous avons besoin du soleil et de la pluie, de la sérénité et de la difficulté, des phases de purification et d’épreuve, comme aussi des temps de cheminement joyeux avec l’Évangile. Jetant un regard en arrière nous pouvons remercier Dieu pour les deux réalités : pour les difficultés et pour les joies, pour les heures sombres et les heures heureuses. Dans les deux cas nous reconnaissons la présence continuelle de son amour, qui toujours nous porte et nous soutient.

Maintenant, nous devons cependant nous demander : de quelle sorte est le fruit que le Seigneur attend de nous ? Le vin est l’image de l’amour : celui-ci est le vrai fruit qui demeure, celui que Dieu veut de nous. N’oublions pas pourtant que dans l’Ancien Testament le vin qu’on attend du raisin de qualité est avant tout une image de la justice qui se développe dans une vie vécue selon la loi de Dieu ! Et nous ne disons pas qu’il s’agit d’une vision vétérotestamentaire et dépassée aujourd’hui : non, cela demeure toujours vrai. L’authentique contenu de la Loi, sasumma, est l’amour pour Dieu et le prochain. Ce double amour, cependant, n’est pas simplement quelque chose de doux. Il porte en lui la charge de la patience, de l’humilité, de la maturation dans la formation de notre volonté jusqu’à son assimilation à la volonté de Dieu, à la volonté de Jésus-Christ, l’Ami. Ainsi seulement, l’amour véritable se situe aussi dans le devenir vrai et juste de tout notre être, ainsi seulement il est un fruit mûr. Son exigence intrinsèque, la fidélité au Christ et à son Église, requiert toujours d’être réalisée aussi dans la souffrance. Ainsi vraiment grandit la véritable joie. Au fond, l’essence de l’amour, du vrai fruit, correspond à l’idée de se mettre en chemin, de marcher : l’amour signifie s’abandonner, se donner ; il porte en soi le signe de la croix. Dans ce contexte Grégoire-le-Grand a dit une fois : si vous tendez vers Dieu, veillez à ne pas le rejoindre seul (cf. H Ev 1,6,6 : PL 76, 1097s) - une parole qui doit nous être, à nous comme prêtres, intimement présente chaque jour.

Chers amis, je me suis peut-être attardé trop longtemps sur la mémoire intérieure des soixante années de mon ministère sacerdotal. Il est maintenant temps de penser à ce qui est propre au moment présent.

À l’occasion de la Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, j’adresse mon salut le plus cordial au Patriarche Œcuménique Bartolomée Ieret à la Délégation qu’il a envoyée et que je remercie vivement pour la visite appréciée en cette heureuse circonstance des Saints Apôtres Patrons de Rome. Je salue également Messieurs les Cardinaux, les Frères dans l’Épiscopat, Messieurs les Ambassadeurs et les Autorités civiles, ainsi que les prêtres, les religieux et les fidèles laïcs. Je vous remercie tous pour votre présence et votre prière.

Aux Archevêques Métropolitains nommés après la dernière Fête des grands Apôtres, le pallium va maintenant être imposé. Qu’est-ce que cela signifie ? Celui-ci peut nous rappeler avant tout le joug léger du Christ qui nous est déposé sur les épaules (cf. Mt 11, 29s). Le joug du Christ est identique à son amitié. C’est un joug d’amitié et donc un « joug doux », mais justement pour cela aussi, un joug qui exige et qui modèle. C’est le joug de sa volonté, qui est une volonté de vérité et d’amour. Ainsi, c’est pour nous surtout le joug qui introduit les autres dans l’amitié avec le Christ et nous rend disponibles aux autres pour en prendre soin comme Pasteurs. Avec cela, nous atteignons un sens supplémentaire du pallium : tissé avec de la laine des agneaux bénis en la fête de Sainte Agnès, il nous rappelle ainsi le Pasteur devenu Lui-même Agneau par amour pour nous. Il rappelle le Christ qui a marché sur les montagnes et dans les déserts, où son agneau - l’humanité - s’était égaré. Le pallium nous rappelle que Lui a pris l’agneau, l’humanité - moi - sur ses épaules, pour me ramener à la maison. Il nous rappelle de cette manière que, comme Pasteurs à son service, nous devons aussi porter les autres, les prendre, pour ainsi dire, sur nos épaules et les porter au Christ. Il nous rappelle que nous pouvons être Pasteurs de son troupeau qui reste toujours sien et ne devient pas nôtre. Enfin, le pallium signifie aussi très concrètement la communion des Pasteurs de l’Église avec Pierre et avec ses successeurs – il signifie que nous devons être des Pasteurs pour l’unité et dans l’unité et que c’est seulement dans l’unité dont Pierre est le symbole que nous conduisons vraiment vers le Christ.

Soixante années de ministère sacerdotal – chers amis, je me suis peut-être trop attardé sur des éléments particuliers. Mais en cet instant, je me suis senti poussé à regarder ce qui a caractérisé ces dizaines d’années. Je me suis senti poussé à vous dire - à tous, prêtres et Évêques comme aussi aux fidèles de l’Église - une parole d’espérance et d’encouragement ; une parole, murie à travers l’expérience, sur le fait que le Seigneur est bon. Cependant, c’est surtout un moment de gratitude : gratitude envers le Seigneur pour l’amitié qu’Il m’a donnée et qu’Il veut nous donner à tous. Gratitude envers les personnes qui m’ont formé et accompagné. Et en tout cela se cache la prière qu’un jour le Seigneur dans sa bonté nous accueille et nous fasse contempler sa joie. Amen !

© Copyright 2011 : Libreria Editrice Vaticana

Traduction française distribuée par la salle de presse du Saint-Siège

Tony Anatrella, L’éducation sexuelle au temps du sida, de la théorie du genre et des orientations sexuelles

dominicanus #Il est vivant !

 

ROME, Lundi 20 juin 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous une synthèse de la conférence donnée le samedi 28 mai au Vatican par Mgr Tony Anatrella sur l'éducation sexuelle au temps du sida, de la théorie du genre et des orientations sexuelles. Cette conférence a été donnée dans le cadre d'un colloque international organisé par le Conseil pontifical des services de la santé qui avait pour thème : « La personne au centre de la prévention, des soins et des traitements concernant la transmission du VIH (HIV) et la maladie du Sida (Aids) ».


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Conseil Pontifical des Services de la Santé

COLLOQUE INTERNATIONAL

Sur le thème :

« La personne au centre de la prévention, des soins et des traitements concernant la transmission du VIH (HIV) et la maladie du Sida (Aids) »

Cité du Vatican les 27 et 28 mai 2011

L’Éducation aux valeurs dans la prévention du hiv/aids

Ou

L’éducation sexuelle au temps du sida, de la théorie du genre et des orientations sexuelles

Monseigneur Tony Anatrella1

Conférence le samedi 28 mai 2011

(Résumé Synthèse)

La prévention contre les Infections sexuellement transmises (IST) et en particulier la transmission du VIH (HIV) pouvant développer le sida (Aids), a surtout privilégié, jusqu’à présent, les aspects sanitaires et prophylactiques à travers des techniques de protection comme le préservatif. Cette perspective proposée à des jeunes apparaît largement insuffisante quand on sait que le sida est, entre autres, une maladie qui est la conséquence d’un comportement sexuel problématique.

Malgré les campagnes de prévention uniquement centrées sur le préservatif, la plupart des infections sexuelles ont progressé : elles n’ont pas réduit la pandémie. Il est bien connu qu’avec la banalisation de l’usage des préservatifs, les sujets concernés prennent davantage de risques en multipliant les partenaires. Il en va ainsi dans tous les domaines. Là où l’on impose des mesures sécuritaires, les sujets ne considérant plus le danger ou le sens des limites adoptent des conduites opposées à celles qui sont recommandées. La question est de savoir s’il faut réduire l’éducation à de la prévention en ayant une vision pragmatique et utilitaire de la sexualité ou s’il faut apprendre à être en relation avec autrui, à savoir identifier la nature de ses sentiments et comprendre que l’acte sexuel engage ? Le changement de comportement se joue au cœur de la conscience et non pas dans l’usage d’une technique de protection qui masque les véritables enjeux.

Évidemment, comme le rappelait le Pape Benoît XVI dans son livre d’entretien, Lumière du monde, p. 160, si certains sont dans des situations extrêmes de pratiques sexuelles problématiques et immorales, ils ne doivent pas prendre le risque de transmettre le VIH. Il est recommandé de ne pas ajouter le mal à une conduite désordonnée. Il s’agit d’un principe constant de la théologie morale auquel les prêtres savent recourir. Les personnes concernées ont la responsabilité sanitaire de se protéger et de protéger autrui. Nous sommes là face à une question de discernement dans le cas de situations individuelles. Il convient donc de faire une distinction entre un principe général qui uniformise la prévention à un simple aspect technique au lieu d’en appeler à la conscience de chacun pour changer son comportement, et des cas particuliers qui sont éclairés par la loi morale. C’est en ce sens que Benoît XVI s’exprimait et que ses propos ont été précisés par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : la personne qui « infectée par le VIH s’emploie à réduire le risque de contamination, y compris par l’utilisation du préservatif, peut accomplir un premier pas vers le respect de la vie des autres, même si le mal de la prostitution demeure dans toute sa gravité »2.

Le problème posé par une prévention uniquement sanitaire est celui de la banalisation des pratiques sexuelles. La fin ne justifie en aucun cas les moyens. La transmission du VIH est la plupart du temps la résultante d’un comportement qui en est le facteur. Il est indispensable de soigner toutes les personnes et d’en appeler à la solidarité pour l’accès aux soins. Mais il est tout aussi nécessaire de soigner le comportement sexuel de la personne qui grâce à une attitude moralement responsable, s’abstient de pratiques sexuelles psychologiquement dissonantes et moralement contestables, évite de transmettre le VIH. La vision simpliste et précaire de la sexualité favorise la diffusion des maladies sexuellement transmissibles. Elle est souvent présentée comme une réalité qui relève du domaine de la vie privée. Éliminer la dimension sociale de la sexualité humaine concourt à ne se référer ni à ses processus psychiques ni aux normes morales. Dès lors nous assistons à une grave altération du sens des valeurs à partir desquelles se régule le comportement sexuel. Nous devons en tenir compte afin d’évaluer et orienter la prévention dans une perspective qui consiste à humaniser l’acte sexuel dans la symbolique d’une parole donnée qui engage.

En réalité, ce sont surtout les progrès réalisés par les avancées pharmaceutiques grâce aux antirétroviraux qui ont fait diminuer la mortalité et la transmission du VIH. Ce constat n’invalide pas le concept de la prévention. Encore faut-il savoir en quels termes il convient de la penser et de la réaliser.

Autrement dit en voulant se restreindre à une représentation utilitaire et sanitaire de la sexualité, nous faisons l’impasse sur de nombreux enjeux psychologiques, sociaux et moraux. Nous avons donc à nous interroger sur le sens de la sexualité humaine (chapitre 1), sur le sens de l’éducation sexuelle (chapitre 2) et sur le sens des valeurs que nous avons à transmettre (chapitre 3).

 

 

Chapitre 1

Le sens de la sexualité humaine

La sexualité humaine a besoin d’être comprise pour elle-même. Elle risque aujourd’hui d’être redéfinie à partir d’aspects circonstanciés et contextuels qui sont plus ou moins en décalage avec sa structure.

Elle sera ainsi définie au nom du concept de la santé reproductive réduite à la contraception et à l’avortement qui nie le sens de la génération et donc de l’altérité. Elle est également présentée en termes de protection sanitaire pour éviter les infections sexuellement transmissibles (IST). La tentative idéologique de la théorie du genre, conçue sur l’égalitarisme des orientations sexuelles, participe de la même idée en fondant sur une base culturelle l’identité de l’homme et de la femme. Elle nie ainsi l’identité personnelle de chacun qui ne serait qu’un produit social. L’égalité entre l’homme et la femme est une idée fondamentale à accepter. Mais cette vision culturelle de l’identité masculine et féminine, remet en question la différence sexuelle au bénéfice de l’indistinction sexuelle au nom des identités de genre et des orientations sexuelles. Une conception idéaliste et sexuellement désincarnée de la condition humaine.

Nous nous méprenons également lorsque des particularités sexuelles sont présentées comme des qualités quasi ontologiques de la personne. La réflexion est inhibée et faussée par la contrainte sociologique de la « non-discrimination » qui, au nom de l’égalitarisme, considère que les orientations sexuelles présentées comme des identités sont d’égales valeurs alors qu’elles relèvent de la catégorie des désirs. Elles sont plutôt le symptôme de conflits intrapsychiques dans l’histoire subjective d’un sujet. Un problème épistémologique se pose ici que l’on se refuse, pour l’instant, à prendre en compte en confondant l’identité (un donné à intégrer) avec une orientation sexuelle (une inclination psychique).

Il semble donc difficile de vouloir définir la sexualité à partir des maladies sexuellement transmissibles, des moyens prophylactiques, de la séparation de la génération, mais aussi selon les orientations sexuelles et les différentes pratiques sexuelles recherchées pour elles-mêmes sans tenir compte de la structure de la sexualité humaine et de sa finalité.

 

1 – Les comportements actuels

1.Un long parcours affectif, plus ou moins chaotique, est vécu chez les jeunes de 15 à plus de 30 ans. Certains s’impliquent dans une vie affective restreinte à des élections sentimentales plus ou moins passagères. Ils sont en attente et espèrent faire l’expérience de l’amour. La plupart du temps, il s’agit surtout de relations d’attachement marquées émotionnellement. Ils sont déçus et finissent par ne plus croire que l’amour soit possible entre un homme et une femme alors qu’ils ont vécu des épisodes sentimentaux sans avoir encore fait l’expérience de l’amour. La démultiplication d’expériences sentimentales ou sexuelles n’est pas source de maturation. Elle est acquise lorsque les tâches psychiques qui permettent la relation amoureuse, ont réalisé leur travail intérieur à travers le processus de la subjectivation.

2 Des études le confirment, les représentations sexuelles qui organisent parfois la psychologie des jeunes sont souvent d’origine pornographiqueet la plupart du temps ils découvrent la sexualité à partir de sites érotiques sur Internet largement fréquentés (25% des consultants du net, et 74% des jeunes. Entre 10 et 17 ans 40% ont déjà vu de la pornographie). Il n’est pas étonnant de constater que les images sexuelles, et des pratiques plus ou moins violentes, qui reviennent le plus souvent chez des jeunes, sont relatives aux pulsions partielles, à une sexualité orale et anale, cruelle, voyeuriste et exhibitionniste.

3. Il est important de prévenir les jeunes contre les infections sexuellement transmissibles. Mais la prévention contre le Sida s’est surtout inspirée de la valorisation des pratiques sexuelles et de la confusion des identités sexuelles pour présenter des moyens prophylactiquesqui, ce faisant, confortent et banalisent les modèles d’une sexualité anti-relationnelle puisqu’elle est dissociée de l’affectivité et de la dualité des sexes.

4.Fort heureusement de nombreux jeunes veulent se dégager des images d’une sexualité réduite à des pratiquespendant que d’autres aspirent à découvrir le sens de ce qu’elle représente dans l’amour. Tout un type de prévention passe à côté de cette aspiration légitime des jeunes sans oser leur dire qu’il y a des conditions pour s’exprimer sexuellement afin de les aider à grandir et à s’inscrire dans un développement affectif de leur désir.

 

2 – Le statut de la sexualité humaine

1.La sexualité humaine n’est pas comparable à la sexualité animale qui est uniquement centrée sur la reproduction. Elle est la conséquence d’une maturation affective de la relation humaine et s’élabore à travers un système de représentations mentales qui sont la résultante des opérations psychiques qui permettent de passer de la sexualité infantile des pulsions partielles à la sexualité objectale. La psychologie masculine ou féminine se développe toujours en extension à l’intériorisation du corps sexué ; un processus actuellement remis en question au bénéfice d’une vision imaginaire et déréelle du corps.

2. Nous sommes passés depuis les années 1950-1970 de la recherche d’une qualité relationnelle entre les hommes et les femmes à celle des pratiques sexuelles issues des pulsions partielles avec lesquelles le sujet s’affirme. Elles sont voulues pour elles-mêmes et dissociées d’un engagement affectif durable. L’idée se propage que l’expression sexuelle serait neutre et que, répétée à loisir, elle serait sans aucune conséquence sur les personnalités et le lien social. Elle serait un geste insignifiant alors que beaucoup de personnes en sortent psychiquement abîmées et deviennent cyniques à ce sujet. On a même laissé entendre que la relation entre deux personnes de même sexe était équivalente au couple formé par un homme et une femme alors qu’il y a une différence de nature entre l’un et l’autre et que le mariage n’a de sens que dans l’altérité sexuelle. Ainsi la Révolution sexuelle a davantage libéré la sexualité infantile, celle des pulsions partielles et des identifications primaires, qu’elle n’a favorisé une meilleure communication entre les hommes et les femmes dans le lien sexuel.

3. Dans trois essais sur la théorie de la sexualité Freud a décrit la structuration de la sexualité humaine autour de trois idées :

a) Il dit que « la fin de la pulsion est la relation à l’objet », c’est-à-dire à la personne.Or dans le contexte actuel, la pulsion est souvent recherchée pour elle-même indépendamment d’une qualité relationnelle et d’un engagement.

b) Si dans la sexualité infantile, le sujet recherche le plaisir pour lui-même car il croit qu’il est l’objet de son désir et que la source du plaisir est en lui, arrivé à maturité il découvrira que le plaisir est une conséquence de la relation à l’autre.

c) L’acheminement vers la maturation dépend de l’intériorisation de l’altérité sexuelle puisque l’autre c’est toujours l’autre sexe ; et de l’acceptation, dans sa sexualité, de la présence d’une autre génération pour lui donner la vie.

C’est pourquoi, la relation sexuelle n’existe pas. Elle implique une relation globale et préalable à l’expression génitale dans laquelle les époux se rejoignent intimement.

4. Le Bienheureux Jean-Paul II l’a rappelé dans ses catéchèses sur le corps, que la relation engagée entre un homme et une femme s’exprimera sexuellement dans le désir de se rejoindre intimement pour unifier les époux dans leur vie conjugale. Ils se donnent ainsi vie l’un à l’autre dans la jouissance à être ensemble. Et c’est parce qu’ils sont dans cette unité qu’ils pourront devenir procréatifs et appeler à la vie les enfants dont ils peuvent assumer l’éducation. L’asexualité humaine est ainsi unitive et procréative. Le Pape Benoît XVI a également signifié dans son encyclique « Deus caritas est » que l’éros est au cœur de l’expression intime de la vie conjugale (n. 5). En créant le mariage fondé sur la liberté et l’amour, le christianisme a libéré la sexualité dans l’amour conjugal en associant éros et agapè.

 

 

Chapitre 2

Le sens de l’éducation sexuelle

1. Lorsque nous parlons d’éducation sexuelle, nous avons à nous interroger afin de savoir ce que l’on veut dire en parlant de cette façon, ce que l’on veut faire et ce que nous voulons éduquer ?

Devons-nous simplement inviter les jeunes à se protéger, leur décrire des pratiques sexuelles et la façon de les vivre sans danger pour les conforter dans une sexualité pulsionnelle ? Certains adultes affirment que « les rapports sexuels sont normaux dès 14 ans avec le consentement de l’autre », les provoquant ainsi à agir sans autre forme de réflexion au nom de la fausse valeur du « consentement ». Ou bien devons-nous les aider à réfléchir et à penser leur sexualité dans tous ses aspects significatifs afin qu’ils en intègrent les diverses caractéristiques, qu’ils apprennent à aimer, à savoir s’engager et à être fidèles dans une dimension relationnelle ?

La sexualité prend tout son sens dans l’éducation de la vie affective afin de faciliter chez les jeunes l’association de leur génitalité à leur affectivité en apprenant à aimer.C’est en réfléchissant de cette façon que nous favorisons un comportement responsable pour humaniser leur sexualité.

2. La pratique de la réflexion sur la sexualité avec des jeunes nous a appris que ce qui compte le plus dans le message, ce n’est pas d’abord le contenu du message mais la qualité de celui qui l’émet. De plus ce qui se transmet à travers tous les discours sur la sexualité c'est d'abord la structure même du sens qui se cache derrière la démonstration. Or reconnaissons-le,le seul matériau donné à des jeunes reste uniquement du domaine sanitaire et relève de techniques qui entretiennent le pragmatisme ambiant d’une sexualité ludique. Il est donc important de réfléchir sur des questions de sens dont dépend la sexualité plutôt que de favoriser sa mise en acte avec des moyens de protection.

3. Actuellement, le discours central de l’éducation sexuelle consiste à présenter et à exhiber à des jeunes la sexualité des adultes. Les pratiques de ces derniers sont évoquées, au lieu de tenir compte de ce que vivent les jeunes à leur âge, de leurs interrogations et des nécessités éducatives : nous les mettons en position de voyeur. Il y a ainsiune forme d’éducation sexuelle vécue comme une tentative de séduction qui les maintient dans cette économieet provoque une excitation et un débordement chez certains. Ils vont mettre en acte de façon réactionnelle ce qu’ils ont ressenti sans pouvoir encore le situer et l’assumer. Ils ne peuvent assimiler des informations sexuelles qu’à la mesure de l’image qu’ils ont de leur corps. Sinon ces informations sont ignorées. Ils ont besoin de se découvrir à partir de leur éveil progressif sans que celui-ci ne soit précipité de façon anxieuse par les adultes. Il y a ainsi un type d’éducation sexuelle qui est psychologiquement inutile et parfois dangereux quand il altère la représentation sexuée du sujet.

4. Le processus de subjectivation permet à la sexualité d’entrer progressivement dans l’ordre du langage pour la parler, la penser et l’élaborer avant de l’agir. Elle accède ainsi à la dimension symbolique. Le sujet va chercher à identifier ses sentiments et ses émotions et la nature de sa relation, à se situer vis-à-vis de la différence sexuelle et de la complémentarité des sexes, et il réunira les conditions psychiques pour s’acheminer vers l’ordre de l’amour. Celui-ci n’est possible que dans une relation partagée entre un homme et une femme. Parvenu à ce stade, il comprendra son corolaire essentiel : un engagement irrévocable. Dire à l’autre : « je t’aime » signifie : « je ne veux pas que tu meures ». L’amour implique donc la durée, la promesse d’être donné l’un à l’autre, d’être fidèle et de faire histoire ensemble. Ce sont autant de valeurs que les jeunes et les adultes attendent mais qui ne sont pas valorisées dans le monde actuel.

5. L’éducation sexuelle est devenue un enjeu idéologique et politique. Les Organisations internationales et les États ont tendance à se substituer aux parents et aux éducateurs en imposant un modèle inspiré par des exigences sanitaires et par la théorie du genre au nom desidentités de genre et des orientations sexuelles. La responsabilité parentale est essentielle dans ce domaine et aucun éducateur, aucune institution éducative et scolaire ne doivent intervenir sans l'accord des parents. Des programmes sont mis en place actuellement au point dedéposséder des parents de leur rôle en les déclarant incompétents. Il n’est pas admissible que la loi se donne ainsi le droit de démissionner les parents de leur responsabilité éducative et de les punir de peines de prison quand ils refusent que leurs enfants participent à des cours d’éducation sexuelle obligatoire à l’école (cf. en Allemagne une mère de famille a été condamnée à 45 jours de prison). Les dernières directives en matière d’éducation sexuelle de l’UNESCO sont sujettes à caution quant à l’application de ce type de programme qui inaugure une autre anthropologie au nom de nouvelles valeurs.

L’éducation sexuelle est ainsi réduite à la volonté de créer de nouvelles valeurs comme, par exemple, celle du « consentement » entre les personnes. Cettemorale du « consentement » est problématique car elle fait entièrement l’impasse sur l’objectivité d’un acte humain qui relève du registre de la signification du bien ou du mal. Ce n’est pas l’intention et les exigences subjectives du sujet, même si elles ont leur importance, qui font la valeur d’un acte, mais plutôt son adéquation avec le sens objectif de l’amour.

6. Le message que nous donnons aux jeunes va à l’encontre de ce qu’ils ont besoin d’entendre au moment de la maturation de leur sexualité. Les avertissements sur les risques d’infections sexuelles sur lesquellesils doivent être évidemment prévenusfont naître un doute sur la confiance à l’égard de l’autre. Et la prescription en matière de contraception et d’avortement qui met l’accent sur le danger que représente la fertilitéest une négation de leur sexualité qui se développe. Au moment oùils s’éveillent, ils entendent une parole castratrice qui suscite des conduites réactionnellescomme on l’observe à traversl’augmentation de l’avortementchez les moins de 19 ans. En réalité plus ils sont conditionnés par l’idéologie de la protection et plus ils adoptent des conduites risquées et irresponsables de façon réactionnelle pour se libérer de lacastrationambiante. Nous devons oser leur dire avec intelligence qu’ils ne sont pas en âge de s’exprimer génitalement. Leur tenir ce discours les rassure et les libère la plupart du temps. L’expérience pédagogique en ce domaine confirme que c’est parce qu’ils intègrentcette dimension procréative en comprenant qu’ils peuvent devenir père ou mère qu’ils deviennent responsables de leur sexualitéet de leurs sentiments car ils découvrent que leurs gestes sexuels les engagent plus qu’eux-mêmes.

7. Enfin, la sexualité doit toujours être présentée aux jeunes dans sa double finalité : unitivepour nourrir et renforcer l’acte conjugal et procréative afin d’appeler à la vie des enfants que l’on peut éduquer. En dissociant la sexualité unitive de sa dimension procréative, nous risquons de favoriser des personnalités irresponsables. Elles finissent par considérer l’acte sexuel comme le simple usage d’un plaisir sans lendemain alors qu’il est une modalité de la relation amoureuse.

 

 

Chapitre 3

Les valeurs à promouvoir

Nous devons nous interroger afin de savoir si nous avons une conception commune de l’humanité, et donc de la sexualité, qui traverse toutes les cultures puisque nous participons à une égale humanité ?

La sexualité est-elle simplementune activité d’assouvissement, utile et ludique pour faire baisser la tension émotionnelle en chacun ou bien est-elleune modalité de la relation amoureusedans un lien engagé entre un homme et une femme ?

La ligne de fracture se situe entre ces deux conceptions : la première participe du mouvement des identités de genre et des orientations sexuelles, pendant que la seconde s’articule sur la différence sexuelle et la symbolique qu’elle implique dans la relation conjugale et familiale.

Un autre enjeu, souvent oublié, est celui de l’accès à la symbolisation de la sexualité. Du point de vue psychologique, il est important de tenir compte des tâches psychiques de la subjectivation de la sexualité et de privilégier l’éducation morale qui favorise l’intériorisation significative de la vie pulsionnelle. Cette perspective nous éloigne du modèle d’une sexualité pragmatique fondée sur les orientations sexuelles et qui est source de violences. La subjectivation de la sexualité permet au sujet de hiérarchiser la réalisation de ses désirs et, de ce fait, de savoir assumer et orienter son vécu interne dans le sens de l’amour. Il s’achemine ainsi progressivement dans la symbolique sexuelle qui inscrit sa vie pulsionnelle dans une dimension relationnelle.

Il nous faut réfléchir sur la signification de l’amour et ses modes de régulationque sont ; la chasteté, l’abstinence et la fidélité sous un angle psychologique et philosophique, et selon les principes de la raison afin de disposer au départ d’une base commune à notre étude. Cela ne nous empêchera pas de souligner certains aspects théologiques propres à l’intelligence chrétienne.

1 – Éduquer au sens de l’amour

Les jeunes sont parfois dans la confusion des sentiments et certains se laissent facilement déborder par leurs émois. Il leur manque un code du sens de l’amour et de sa morale pour se développer. La question préliminaire à se poser est de savoir qu’est-ce que l’amour puisqu’il ne se confond pas avec un sentiment ? Il est un ordre relationnel dans lequel s’intègrent les émotions, les sentiments et les attraits sexuels dans un engagement à l’égard de l’autre.

Aimer c’est se donner et établir une communion dans la vérité du sens des relations, dans le respect et l’estime de l’autre et dans le désir d’appeler à la vie des enfants afin de transmettre ce que l’on a reçu. L’amour est fondé sur le sens de l’altérité des sexes et donc de l’intériorisation de la personne de l’autre sexe, et en étant capable de s’engager dans une relation qui implique la conjugaison des sexes ; ce qui exclut l’unisexualité.

L’amour implique plusieurs exigences structurant le désir :

Avoir le sens de lalibertéqui s’accompagne toujours du sens de laresponsabilité. Une liberté qui se déploie grâce à un discernement rationnel qui signifie la nature de la relation dans laquelle l’acte sexuel sera possible.

Vivre le sens del’engagementqui inscrit dans le temps et la durée en apprenant dès l’enfance et l’adolescence à savoir tenir sa parole, ses promesses, ses serments et ses responsabilités.

Vivre le sens de lafidélitéet de la générosité qui sont des valeurs de la vie et participent à la morale relationnelle qui fonde la morale sexuelle.

Dans la mentalité individualiste et pragmatique actuelle, être responsable c’est faire ce que l’on veut et être responsable uniquement par rapport à soi-même. Or la vraie responsabilité se joue toujours par rapport à une autre dimension que soi et non pas en se prenant soi-même comme référence.

La personne arrivée à la maturité sexuelle va qualifier affectivement sa sexualité sans se maintenir dans le besoin d'exprimer le sexe pour le sexe. Nous l'avons souligné, la finalité de la pulsion est dans le lien à la personne et le plaisir est la conséquence d'une relation située et réussie. Ainsi l'autre sera aimé pour sa valeur personnelle et originale et non plus pour la fonction de soutien, de sécurité, de valorisation qu'il peut remplir.

2 – Éduquer au sens de la chasteté

La vie pulsionnelle ne s’éduque pas puisqu’elle est un mouvement inconscient qui a sa propre autonomie. En revanche, ce sont les chemins empruntés par la pulsion qui seront à la source des conduites de la personnalité et qui pourront être éduqués.

Si les tâches psychiques consistent à associer génitalité et affectivité, la chasteté est l’attitude morale et spirituelle qui permet d’unifier la sexualité à partir du sens de l’amour.

Dans une perspective chrétienne, elle est aussi un don de Dieu, une grâce et le fruit d’une vie spirituelle active. Elle comporte l’apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine pour ne pas être soumis aux pulsions ni aux influences extérieures.Les fruits de la chasteté sont la joie, la générosité et la fidélité pour vivre de l’amour qui inspire sa vie.

La chasteté qui ne se confond pas avec la continence, est justement la vertu du respect de soi et de l’autre, de l’engagement et du don de soi irréversible, malgré la complexité des désirs et leur réalisation.

Benoît XVI l’a dit : « La vertu de la chasteté [...] n'est pas un 'non' aux plaisirs et à la joie de la vie, mais un grand 'oui' à l'amour comme communication profonde entre les personnes, qui demande du temps et du respect comme un cheminement ensemble vers la plénitude et comme un amour qui devient capable de générer la vie et d'accueillir généreusement la vie nouvelle qui naît »(Discours du 13 mai 2011 aux participants du Colloque organisé par l’Institut Jean-Paul II à Rome).

3 – Éduquer au sens de l’abstinence sexuelle

L’acte sexuel n’est pas une obligation ni une nécessité quand la sexualité est vécue et assumée dans une vie affective située dans un engagement.

L’abstinence sexuelle ne se présente pas tant comme une privation mais comme la condition même du murissement des désirslà où l’environnement actuel, d’une société érotisée avec un déploiement suggestif de visuels, incite à vivre des passages à l’acte séparés de toute dimension affective, à l’impulsivité et à des conduites addictives.

L’abstinence sexuelle est l’occasion d’œuvrer sur soi et de se préparer au don de soi-même dans l’altérité sexuelle. L’abstinence sexuelle est ainsi un temps d’apprentissage et de murissement, un espace de préparation pour l’amour de l’être aimé.

4 – Éduquer au sens de la fidélité

La fidélité est une des conséquences pratiques exigées par l’amour. La personnalité qui intègre la pulsion sexuelle dans son affectivité, prépare les conditions psychologiques de l’accès à la symbolique de l’amour.

Mais les problèmes posés par divers comportements sexuels activent des pathologies virales, favorisent des désarticulations idéologiques au nom des orientations sexuelles et entraînent des déchirures relationnelles du fait de l’infidélité et des séparations qui posent de plus en plus des problèmes de société et de santé psychologique et morale.

Dans ce contexte, il apparaît important d’éduquer au sens de la fidélité. Rien de durable, d’authentique et de fort ne peut se constituer en dehors de la fidélité.

L’infidélité est une insulte faite à l’autre, une mésestime à son égard et un désaveu de la parole donnée. Le conjoint lésé en est profondément blessé et meurtri.

Il y a du divin dans une relation amoureuse. Il ne s’agit ni d’une relation de charme, ni de dépendance, ni d’assouvissement, mais d’une relation d’alliance qui porte du fruit. Elle implique la fidélité.L’amour authentique est allianceet dure de façon irréversible dans le pacte conjugal.La fidélité est une des qualités à honorer dans l’alliance fondée entre les conjoints au nom de l’amour. C’est pourquoi il semble contradictoire de poser les signes sexuels de l’alliance avant qu’elle ne soit engagée dans le mariage et il est pour le moins injuste de s’exprimer sexuellement en dehors de cette fidélité.

Les hommes connaissent leurs faiblesses et leurs fragilités, voire leurs péchés. Ils ne sont pas condamnés à rester dans leurs errements et dans leur désarroi stérile après avoir vécu des illusions sentimentales. Le Christ nous a appris à pardonner et à recevoir le pardon à la suite des offenses faites aux lois de l’amour. Pour celui qui se repent devant Dieu, il est ainsi renouvelé et s’offre à lui une rédemption avec de nouvelles motivations qui l’invitent à changer de comportement et à vivre autrement. Dans cette relation au Christ, il pourra demander pardon au conjoint offensé et repartir, si possible, dans une relation réconciliée.

La fidélité se joue au cœur de l’intériorité de la vie psychique et de la conscience morale. Elle s’éduque dans l’apprentissage du sens de l’autre et de la qualité de ses sentiments personnels. La fidélité est la preuve donnée à l’autre de son amour. Elle en signifie l’engagement dans la durée, et se scelle dans l’alliance conjugale au sein de l’institution matrimoniale.

 

***

 

L’expérience de la préparation au mariage montre bien que l’idée de se marier fait travailler sur soi-même et participe ainsi à son développement personnel dans l’altérité sexuelle. Ceux qui sont mariés savent bien aussi, malgré l’ambivalence et l’inconstance des sentiments, que le fait d’être marié provoque, dans le meilleur des cas, à chercher à affiner sa relation à l’autre. La réflexion sur la sexualité unitive et procréative, tout en comprenant le sens de la limitation des naissances, en utilisant des moyens moralement licites et encore davantage dans une époque où nous devons veiller aux équilibres écologiques, permet de devenir responsable de sa vie affective et sexuelle. Les jeunes réalisent ainsi que leurs gestes les engagent au-delà d’eux-mêmes. Dans ces conditions, ils acquièrent de la maturité et se maîtrisent de façon responsable quand ils savent qu’un jour, ils pourront être père et mère grâce à l’union conjugale scellée dans l’alliance conjugale. L’amour n’est pas un sentiment ni l’usage possessif de l’autre, mais une alliance qui fait mûrir en humanité la vie affective.

 

 

Conclusion

Nous l’aurons compris, le discours sanitaire en matière sexuelle, si utile par ailleurs quand il se situe dans ses limites, n’est pas la mesure du bien. Il est toujours relatif au sens et à la finalité de la sexualité humaine.

La contribution de l’Église est déterminante en matière de prévention face au grave problème de santé publique et de la conscience morale que représente la transmission du VIH. Elle soutient les valeurs de l’abstinence, de la chasteté et de la fidélité qui sont les conditions de l’amour et permettent de le comprendre et de l’intérioriser, et ainsi de devenir responsable de ses actes. Elles sont les critères éducatifs à mettre en œuvre dans les campagnes de prévention contre le sida. Il est nécessaire d’en appeler ainsi à la conscience psychologique et morale car elle est le lieu des remaniements internes et des décisions éthiques que des prescriptions sanitaires ne peuvent pas, à elles seules, mobiliser et ennoblir.

Le Bienheureux Jean-Paul II, lors de son discours aux jeunes de Kampala (Ouganda 1993), rappelait combien le sens authentique de l'amour libère de la possession d'autrui et engage au-delà de soi-même. « Les gestes, dit le Saint Père, sont comme des "paroles" qui révèlent ce que nous sommes. Les actes sexuels sont comme des "paroles" qui révèlent notre cœur (...) Le "langage" sexuel honnête exige un engagement à la fidélité qui dure toute la vie. Donner votre corps à une personne, c'est vous donner tout entier à cette personne. » Le Pape d’heureuse mémoire fut largement entendu par les jeunes, même s’ils savent que les chemins de l’amour ne coïncident pas avec la facilité. C’est pourquoi, ils étaient attentifs à ses réflexions pour orienter leur existence.

Les principes éducatifs à mettre en œuvre se résument de la façon suivante :

1 Il nous faut favoriser l’intériorisation de la sexualité en tenant compte des processus psychiques de la maturation du stade génital et de sa symbolisation, et des exigences morales de l’amour.

2 La prévention doit-être centrée sur la découverte de la richesse à s’engager au nom de l’amour afin d’en comprendre ses modes de régulation à travers le sens de l’abstinence comme préparation du don de soi, le sens de la chasteté comme respect de soi et de l’autre et le sens de la fidélité comme preuve de l’amour donné qui sont à la base du développement de la relation amoureuse.

3 L’éducation au sens de la responsabilité personnelle dans la recherche du bien moral de l’amour, se réalise toujours en présentant l’expression sexuelle unissant davantage les époux et sa dimension procréative révélant que les actes humains personnels engagent plus que soi-même. Les jeunes et les adultes pourront ainsi apprendre à situer leurs sentiments, leurs émotions et leurs attraits dans la perspective de l’amour.

« Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veut refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors le corps et l’esprit perdent leur dignité. Et si, d’autre part, il renie l’esprit et considère donc la matière, le corps, comme étant la réalité exclusive, il perd également sa grandeur. … Mais ce n’est pas seulement l’esprit ou le corps qui aime : c’est l’homme, la personne, qui aime comme créature unifiée, dont font partie le corps et l’âme. C’est seulement lorsque les deux se fondent véritablement en une unité, que l’homme devient pleinement lui-même » (Benoît XVI, lettre encyclique Deus caritas est, n.5).

 

Monseigneur Tony ANATRELLA

Cité du Vatican le samedi 28 mai 2011

 

Monseigneur Tony Anatrella est Psychanalyste, Spécialiste en psychiatrie sociale. Enseignant aux Facultés libres de Philosophie et de Psychologie (IPC) et au Collège des Bernardins (Paris). Il est Consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille et du Conseil Pontifical pour la Santé. Membre de la Commission internationale d’enquête sur Medjugorje de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Pour en savoir plus sur le thème de cette conférence voir : Tony Anatrella : « Le sexe oublié », Paris, Flammarion. « L’amour et l’Église » reprise du livre « L’amour et le préservatif », Paris, Flammarion. « La différence interdite », Paris, Flammarion, « Le règne de Narcisse », Paris, Les Presses de la Renaissance. « La tentation de Capoue », Paris, Cujas. Dernier livre de l’auteur traduit en italien : Felici e sposati, - Coppia, convivenza, matrimonio -, Bologne, ESD.

2 Note sur la banalisation de la sexualité à propos de certaines interprétations de « Lumière du monde », de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 21 décembre 2010.

 

Le cardinal Scola revient chez lui. À Milan

dominicanus #Il est vivant !

La nomination de l'actuel patriarche de Venise comme archevêque de son diocèse natal est imminente. Histoire et portrait d'un homme formé à l'école de deux grands maîtres: Giussani e Ratzinger.

 

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ROME, le 24 juin 2011 – Revenir en tant qu’archevêque et cardinal à Milan, ce diocèse qui, il y a quarante ans, n’avait même pas voulu l’ordonner prêtre, voilà une belle revanche pour Angelo Scola.

Si sa nomination avait dépendu d’une décision collégiale, prise par le haut clergé et les principaux responsables du laïcat milanais, jamais elle ne serait passée. Et moins encore si Benoît XVI avait tenu compte de l’avis de son secrétaire d’état, le cardinal Tarcisio Bertone. Mais le doux Joseph Ratzinger s’est montré inflexible sur ce point. Pour le diocèse le plus grand et le plus prestigieux du monde, le pape avait un nom en tête, un seul nom. Et il a tenu bon contre toutes les oppositions.

Benoît XVI ne passera pas à l’histoire comme un grand homme de gouvernement. Il a laissé la curie vaticane telle qu’il l’avait trouvée, c’est-à-dire dans le désordre où elle était déjà tombée avec son prédécesseur Karol Wojtyla, trop mondialiste pour s’occuper des affaires internes. En ce qui concerne les plus hautes charges de la curie, le pape Ratzinger s’est limité, en six ans, à un tout petit nombre de nominations, pas toutes satisfaisantes, portant sur des hommes qu’il connaissait personnellement. La première, celle de Bertone comme secrétaire d’état, s’est révélée rapidement une source de difficultés plutôt que d’avantages pour le pape. Mais la plus récente, celle du cardinal canadien Marc Ouellet à la tête de la congrégation qui évalue et propose au pape la nomination de tous les nouveaux évêques, promet de lui apporter davantage de consolation. En ce qui concerne l’envoi de Scola à Milan, l’entente entre Ouellet et Ratzinger a été parfaite.

Et il devait en être ainsi. L’entente entre ces trois hommes existe depuis longtemps, elle a été forgée dans des combats qu’ils ont menés ensemble. La revue théologique internationale "Communio", fondée en 1972 par Ratzinger, Hans Urs von Balthasar et Henri de Lubac comme contrepoids conservateur au succès de la revue progressiste "Concilium", a eu précisément en Scola et Ouellet des adeptes de la première heure et elle s’est développée à Fribourg en Suisse, à la faculté de théologie où Scola était étudiant.

Scola était arrivé à Fribourg après un parcours tortueux. Il avait été ordonné prêtre à l’âge de 29 ans, en 1970, non pas à Milan, le diocèse où il était né, mais à Teramo dont l’évêque, Abele Conigli, l’avait accueilli lorsque les séminaires milanais auxquels Scola s’était adressé trois ans plus tôt, après avoir obtenu une maîtrise de philosophie à l'Université Catholique, l'eurent rejeté parce qu’il militait au sein de Communion et libération, mouvement qui inspirait de fortes réserves à Giovanni Colombo, archevêque de Milan à cette époque.

Le jeune Scola était l’un des disciples les plus en vue du fondateur de Communion et libération, don Luigi Giussani. Il fut le numéro deux du mouvement à Milan pendant une dizaine d’années, avant et après les troubles de 1968, avant et après avoir été ordonné prêtre. En 1973 don Giussani – il l’aurait écrit dans ses mémoires – pensa sérieusement à faire de lui son successeur.

Mais l'année suivante, et pendant deux ans, Scola connut des problèmes de santé. Et Communion et libération prit une tonalité antibourgeoise et tiers-mondiste qui déplaisait à don Giussani et à laquelle Scola lui-même paraissait se laisser aller. Il dirigeait dans ces années-là l'ISTRA, Institut d’études pour la transition, où se mêlaient hardiment théologie et théories politiques, sciences du langage et anthropologie, Hosea Jaffe et Samir Amin. Don Giussani ordonna la fermeture de l'ISTRA en 1976 et reprit en main l’ensemble du mouvement. A partir de ce moment, le parcours de Scola continua à être marqué par son appartenance à Communion et libération, mais sans responsabilités opérationnelles.

Avec l’avènement, en 1978, de Jean-Paul II, un pape ami, la route fut aplanie pour don Giussani et pour son mouvement. Scola commença à enseigner la théologie à Fribourg. Puis, à partir de 1982, à l’Université Pontificale du Latran, à Rome. En 1986 il devint consulteur de la congrégation pour la doctrine de la foi, dont le préfet était le cardinal Ratzinger.

En 1991 il est consacré évêque de Grosseto. Mais, quatre ans plus tard, il est de nouveau à Rome, en tant que recteur de l’Université du Latran, où il préside un "Institut Pontifical Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille" ayant des filiales dans le monde entier. En 2002 il est nommé patriarche de Venise et, l'année suivante, il est créé cardinal. Il figure sur la liste des papabili mais lorsque le conclave arrive, en 2005, il œuvre non pas pour lui-même, il n’y pense même pas, mais pour son maître Ratzinger.

Celui-ci, même en tant que pape, continue à le prendre en considération. Lorsque, ce qui arrive rarement, Benoît XVI consulte des cardinaux à propos des grandes questions qui se posent à l’Église, Scola fait partie de ceux-ci.

Venise est un petit diocèse qui a une grande histoire mondiale, ce qui permet à son patriarche d’agir à grande échelle.

Scola fonde à Venise, sous le nom de saint Marc, patron de la ville, un "Studium generale". Celui-ci comporte tous les degrés du savoir, depuis l’enfance jusqu’à l'université, et accueille des étudiants provenant de nombreux pays pour des cours portant sur plusieurs disciplines, avec la théologie qui les embrasse toutes, et il possède sa propre maison d’édition.

Ensuite Scola crée, sous le nom d’"Oasis", une revue et un centre culturel international qui constitue un pont vers l'orient, depuis l'Europe de l'Est et l’Afrique du Nord jusqu’au Pakistan, et qui travaille en plusieurs langues, y compris l'arabe et l'ourdou, en portant une attention particulière à l'islam et aux chrétientés présentes dans ces pays, des colloques réunissant périodiquement leurs évêques ainsi que des experts chrétiens et musulmans.

Depuis Venise, Scola lance un mot pour définir la rencontre entre les peuples et les religions : "métissage". Mot que, dans la revue "Oasis", l’évêque de Tunis, Maroun Elias Lahham, conteste comme étant équivoque et incompréhensible pour les musulmans eux-mêmes. Mais le patriarche tient bon et défend son mot. À la différence de Ratzinger, Scola ne brille pas par la clarté conceptuelle. Chez lui l'expérience vitale, la rencontre personnelle avec le Christ, l’emportent sur les arguments tirés de la raison, comme le lui a toujours enseigné don Giussani. Mais cette polyvalence dans l’expression s’est révélée pour lui un avantage au niveau de l’opinion publique. Quand il oppose le "métissage de civilisations" au "clash of civilizations" qui est critiqué, il s’assure l’approbation des progressistes. Lorsqu’il fait connaître les initiatives d’"Oasis", Scola obtient l’accord des multi-culturalistes. Bien qu’il vienne de Communion et libération et qu’il soit indubitablement dans la ligne ratzingerienne, Scola a bonne presse à droite comme à gauche, plus que tout autre dirigeant ecclésiastique italien.

La vie serait certainement devenue difficile pour lui si, de la paisible Venise, Scola avait été projeté au cœur de la mêlée ecclésiale et politique en devenant président de la conférence des évêques d’Italie. Or c’est ce qui semblait devoir lui arriver, lorsque, entre 2005 et 2007, eut lieu la guerre pour savoir qui allait succéder au cardinal Camillo Ruini comme chef des évêques italiens. Ruini aurait bien voulu que son successeur soit Scola. Mais, au Vatican, l’ancien secrétaire d’état, le cardinal Angelo Sodano, et le nouveau, le cardinal Bertone, y étaient l’un comme l’autre tout à fait opposés. Le second, surtout, fit tout ce qui était en son pouvoir pour torpiller la candidature de Scola. La nomination de ce dernier, affirmait-il, diviserait l’épiscopat de manière irréparable. En réalité elle aurait anéanti les espoirs de Bertone d’être, lui, le chef de l’Église d’Italie dans le champ de bataille politique. En fin de compte, lorsque ce fut à Benoît XVI de décider – en Italie, c’est le pape qui nomme le président de la conférence des évêques – son choix ne tomba pas sur Scola, ni même sur le docile prélat que Bertone aurait souhaité faire désigner, Benigno Papa, évêque de Tarente, mais sur le ruinien Angelo Bagnasco. Ne pas avoir été nommé ne contraria pas du tout le cardinal de Venise.

En effet, dans l’intervalle, Milan s’était profilé à l’horizon. Benoît XVI était convaincu que, après deux épiscopats hors normes tels que ceux de Carlo Maria Martini et de Dionigi Tettamanzi, le moment était venu de nommer enfin à Milan un évêque qui soit plus en harmonie avec sa propre manière de voir. Dans l’esprit du pape Ratzinger, il n’y avait pas d’alternatives à la candidature de Scola et certainement pas celles que le secrétaire d’état Bertone, cette fois encore très occupé à barrer le passage à Scola, a imaginées jusqu’au dernier moment. La conviction de Ratzinger est partagée par un autre vieux cardinal milanais, Giacomo Biffi, qui pense que, pour remettre le diocèse de Milan dans le droit chemin, il faut reprendre la tradition des grands évêques "ambrosiens", au caractère fortement trempé et aux orientations sûres.

Or le dernier d’entre eux fut Giovanni Colombo. C’est-à-dire, ironie du sort, précisément celui qui ne voulait pas ordonner prêtre cet Angelo Scola qu’il voit maintenant, du haut du ciel, arriver à Milan pour lui succéder.

Sandro Magister

www.chiesa


Le site du diocèse de Venise, avec la biographie, les homélies, les discours, les écrits du cardinal Scola :

> Patriarcato di Venezia

À propos de la pensée du cardinal Scola quant au rôle de l’Église dans la vie publique :

> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours 
(23.2.2009)

À propos de l’idée du "métissage" entre les peuples et les religions :

> Le patriarche de Venise a fait un rêve: le métissage de civilisations (1.4.2009)

À propos de la naissance de la revue "Oasis", créée à Venise par le cardinal Scola en 2005 :

> C’è un’oasi cattolica in Dubai. E un’altra è nata a Venezia
 (31.1.2005)

Et à propos de la création à Venise, en 2004, d’un centre d’études qui porte le nom de saint Marc :

> Parte da Venezia una nuova via della seta. Si chiama Marcianum (30.4.2004)

Un commentaire du cardinal Scola à propos des homélies de Benoît XVI :

> Papa Benedetto, omileta
 (18.12.2008)


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Homélie Solennité du Corps et du Sang du Christ A 2011

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

Homélie Fête-Dieu: Première communion - Communion fidèle (Jn 6, 51-58)

 

fete-dieu A ev

 

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 26 juin, fête du Corps et du Sang du Christ. Évangile selon saint Jean, chapitre 6, versets 51 à 58.


Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons, Jésus disait : 
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »

 
Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le commentaire :


Nous fêtons aujourd’hui le Corps et le Sang du Christ et l’évangile nous introduit au discours sur le pain de vie, juste après la multiplication des pains et des poissons pour une foule immense dans un endroit désert. 
Jésus va déclarer : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain il vivra éternellement ». 
À juste titre la liturgie place en première lecture le récit de Moïse dans le deutéronome, rappelant le don de l’eau et de la manne dans le désert. C’est d’ailleurs par rapport à ce texte que les juifs vont refuser les paroles de Jésus car ils n’arrivent pas, comme nous parfois, à aller au-delà du naturel pour laisser le divin nous toucher.
L’eau du rocher et la manne, sont présentées au peuple seulement parce qu’il meurt de faim et de soif, et que tout espoir de nourriture est perdu à moins qu’il ne vienne de Dieu. Dieu répond en montrant explicitement sa faiblesse au peuple : « il voulait t’humilier » et son manque d’entière confiance en lui « il voulait t’éprouver » . Ainsi, Parole de Dieu et réponse de subsistance corporelle sont bien distincts dans ce récit.
Dans l’évangile, le miracle des pains qui fait s’exclamer Jésus : « Moi, je suis le pain vivant » vint nous révéler et nous signifier que l’unité entre la Parole de Dieu et le pain de Dieu sont accomplis en lui. Et Jésus se trouve en but au refus des juifs, et même de ses disciples, face à une telle identification. 
Jésus peut transmettre la parole de Dieu, mais comment sa chair et son sang feront-ils un avec cette Parole ? Et cela à tel point que celui qui ne mange pas sa chair et ne boit pas son sang, n’a aucune perspective de vie éternelle ?
Il ne se contente pas d’inviter à ce repas, il pousse, il force à y prendre part. Seul celui qui le reçoit en nourriture a en lui la Parole de Dieu et par là Dieu lui-même. 
Ici toute comparaison avec la manne des Pères devient boiteuse, car ceux-là sont « morts », ils n’ont pas obtenu la vie éternelle. Cette vie éternelle, on ne l’obtient que par le repas offert ici. 
Face à cette révélation la plus dure de Jésus, il n’y a que la séparation totale : le non de la foule qui désormais l’abandonne, et un oui entier que Pierre exprimera, car il ne voit plus d’autre chemin que Jésus. 
Il est bon ici de se rappeler la réalité du désert, Dieu mène dans une situation sans issue, où il ne subsiste plus de salut sinon une confiance entière et aveugle en lui. Aveugle, car on n’en discerne pas la raison ni la finalité. Il nous semble être complétement perdu. 
Jésus n’explique pas comment le miracle est possible ; il nous présente seulement plutôt l’affirmation : « ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson » ; et celui qui n’accepte pas cela n’a pas « la vie en lui ». 
En recevant l’eucharistie, chacun de nous doit se rappeler qu’au milieu du désert de cette vie, il se jette comme un affamé dans les bras de Dieu, et que cette vie à laquelle nous tenons tant, devient éternelle quand la Parole de Dieu prend corps et sang dans nos assemblées dominicales puis dans nos activités quotidiennes.

 

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