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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI à l’Ordo Virginum: Votre charisme comporte un don total au Christ

dominicanus #Il est vivant !


ROME, Jeudi 15 mai 2008 (ZENIT.org) - « Pour vous, l'amour se fait ‘suite du Christ' : votre charisme comporte un don total au Christ, une assimilation à l'Epoux qui requiert implicitement l'observance des conseils évangéliques, pour garder intègre votre fidélité à Lui », a déclaré le pape Benoît XVI aux consacrées de l'Ordo Virginum qui tiennent leur congrès international à Rome.

Voici le texte intégral du discours de Benoît XVI aux participantes du congrès de l'Ordo Virginum sur le thème : « Virginité consacrée dans le monde : un don pour l'Eglise et dans l'Eglise ».

Très chères sœurs,

1. J'accueille et je salue avec joie chacune d'entre vous, consacrées « au Christ par un rite nuptial solennel » (Rituel de la Consécration des Vierges, 30), à l'occasion du congrès-pèlerinage international de l'Ordo Virginum, qui vous rassemble à Rome ces jours-ci. Je salue en particulier le cardinal Franc Rodé pour sa salutation cordiale et l'engagement déployé pour soutenir cette initiative, et j'adresse un merci de tout coeur au comité d'organisation. En choisissant le thème qui conduit ces journées, vous vous êtes inspirées de l'une de mes affirmations qui résume ce que j'ai déjà eu l'occasion de dire sur votre réalité de femmes qui vivent la virginité consacrée dans le monde : un don dans l'Eglise et pour l'Eglise. Dans cette lumière, je désire vous confirmer dans votre vocation et vous inviter à grandir de jour en jour dans la compréhension d'un charisme à la foi lumineux et fécond aux yeux de la foi, et obscur et inutile pour ceux du monde.

2. « Soyez des servantes du Seigneur de nom et de fait, à l'imitation de la Mère de Dieu » (RCV, 29). L'Ordre des Vierges constitue une expression particulière de la vie consacrée, qui a refleuri dans l'Eglise après le Concile Vatican II (Cf. Exhort. Ap. Vita consecrata, 7). Mais ses racines sont anciennes ; elles plongent dans les débuts de la vie évangélique lorsque, comme une nouveauté inouïe, le cœur de certaines femmes a commencé à s'ouvrir au désir de la virginité consacrée : c'est-à-dire au désir de donner à Dieu tout leur être, [un désir ] qui avait eu dans la Vierge Marie et son « oui » la première réalisation extraordinaire. La pensée des Pères voit en Marie le prototype des vierges chrétiennes et met en évidence la nouveauté du nouvel état de vie auquel on accède par un choix libre par amour.

3. « En toi, Seigneur, ils possèdent tout parce qu'ils t'ont choisi Toi seul, au-dessus de tout » (RCV, 38). Votre charisme doit refléter l'intensité, mais aussi la fraîcheur des origines. Il est fondé sur la simple invitation évangélique « qui peut comprendre, qu'il comprenne ! » (Mt 19, 12) et sur le conseil paulinien concernant la virginité pour le Royaume (1 Co 7, 25-35). Or tout le mystère chrétien résonne en lui. Lorsqu'il est né, votre charisme n'était pas formaté par des modalités de vie particulière mais il s'est peu à peu institutionnalisé jusqu'à une véritable consécration publique et solennelle, conférée par l'évêque grâce à un rite liturgique suggestif qui faisait de la femme consacrée la « Sponsa Christi », image de l'Eglise épouse.

4. Très chères, votre vocation est profondément enracinée dans l'Eglise particulière à laquelle vous appartenez ; c'est le rôle de vos évêques de reconnaître en vous le charisme de la virginité, de vous consacrer et éventuellement de rester proches de vous sur votre chemin, pour vous enseigner la crainte du Seigneur, comme ils s'engagent à le faire durant la liturgie solennelle de consécration. De la respiration du diocèse, avec ses traditions, ses saints, ses valeurs, ses limites, et les difficultés, vous vous ouvrez à la respiration de l'Eglise universelle, surtout en en partageant sa prière liturgique, qui vous est remise afin qu'elle « résonne sans interruption dans votre cœur et sur vos lèvres » (RCV, 42). De cette façon, votre « moi » priant se dilatera progressivement jusqu'à ce que la prière ne soit plus qu'un grand « nous ». Telle est la prière ecclésiale et la vraie liturgie. Dans le dialogue avec Dieu ouvrez-vous au dialogue avec toutes les créatures, vis-à-vis desquelles vous vous retrouvez mères, mères des enfants de Dieu (cf. RCV, 29).

5. Votre idéal, en soi vraiment élevé, n'exige cependant aucun changement extérieur particulier. Normalement, chaque consacrée reste dans son contexte de vie. C'est un chemin qui semble dépourvu des caractéristiques spécifiques de la vie religieuse, surtout de l'obéissance. Mais pour vous, l'amour se fait « sequela » : votre charisme comporte un don total au Christ, une assimilation à l'Epoux qui requiert implicitement l'observance des conseils évangéliques, pour garder intègre votre fidélité à Lui (cf. RCV, 47).

L'être avec le Christ exige intériorité, mais en même temps, il ouvre à la communication avec les frères : c'est ici que se greffe votre mission. Une règle de vie « essentielle » définit l'engagement que chacune de vous assume avec le consentement de l'évêque, au niveau spirituel comme au niveau existentiel. Il s'agit de chemins personnels. Parmi vous, il y a des styles de vie et des modalités différentes de vivre le don de la virginité consacrée et cela se fait d'autant plus évident lors d'une rencontre internationale comme celle qui vous voit réunies ces jours-ci. Je vous exhorte à dépasser l'apparence en accueillant le mystère de la tendresse de Dieu que chacune porte en elle-même, et en vous reconnaissant comme des sœurs, même dans votre diversité.

6. « Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et signe visible du Royaume à venir » (RCV, 30). Faites en sorte que votre personne irradie toujours la dignité du fait d'être épouse du Christ, exprime la nouveauté de l'existence chrétienne, et l'attente sereine de la vie future. Ainsi, par votre vie droite, vous pourrez être des étoiles qui orientent le chemin du monde. Le choix de la vie virginale, en effet, est un rappel du caractère transitoire des réalités terrestres et une anticipation des biens à venir. Soyez des témoins de l'attente vigilante et active de la joie, de la paix, qui est propre à qui s'abandonne à l'amour de Dieu. Soyez présentes dans le monde et cependant en pèlerinage vers le Royaume. La vierge consacrée s'identifie en effet avec cette épouse qui, avec l'Esprit, invoque la venue du Seigneur : « L'Esprit et l'épouse disent viens ! »  (Ap 22,17).

7. En vous quittant, je vous confie à Marie. Et je fais miennes les paroles de saint Ambroise, le chantre de la virginité chrétienne, en vous les adressant : « Qu'en chacun il y ait l'âme de Marie pour magnifier le Seigneur ; qu'en chacune de vous soit l'esprit de Marie pour exulter en Dieu. S'il y a une seule mère du Christ selon la chair, selon la foi cependant, le Christ est le fruit de tous, puisque toute âme reçoit le Verbe de Dieu si, immaculée et dépourvue de vices, elle garde la chasteté avec une pudeur irréprochable » (Commentaire sur saint Luc 2, 26: PL 15, 1642).

C'est avec ce souhait que je vous bénis de tout cœur

© Copyright du texte original en italien : Librairie Editrice du Vatican
Traduction réalisée par Zenit

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (5/6)

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
- Comment alors, demandai-je au Père Séraphim, pourrais-je reconnaître en moi la présence de la grâce du Saint-Esprit ?

- C'est fort simple, répondit-il. Dieu dit : "Tout est simple pour celui qui acquiert la Sagesse" (Pr 14, 6). Notre malheur, c'est que nous ne la recherchons pas, cette Sagesse divine qui, n'étant pas de ce monde, n'est pas présomptueuse. Pleine d'amour pour Dieu et pour le prochain, elle façonne l'homme pour son salut. C'est en parlant de cette Sagesse que le Seigneur a dit : "Dieu veut que tous soient sauvés et parviennent à la Sagesse de la vérité" (1 Tm 2, 4). À ses Apôtres qui manquaient de cette Sagesse, il dit : "Combien vous manquez de Sagesse ! N'avez-vous pas lu les Écritures ?" (Lc 24, 25-27). Et l'Évangile dit qu'il "leur ouvrit l'intelligence afin qu'ils puissent comprendre les Écritures.". Ayant acquis cette Sagesse, les Apôtres savaient toujours si, oui ou non, l'Esprit de Dieu était avec eux et, remplis de cet Esprit, affirmaient que leur oeuvre était sainte et agréable à Dieu. C'est pourquoi, dans leurs Épîtres, ils pouvaient écrire : "Il a plu au Saint-Esprit et à nous..." (Ac 15, 28), et c'est seulement persuadés qu'ils étaient de sa présence sensible, qu'ils envoyaient leurs messages. Alors, ami de Dieu, vous voyez comme c'est simple ?

Je répondis :

- Quand même, je ne comprends pas comment je peux être absolument sûr de me trouver dans l'Esprit-Saint ? Comment puis-je moi-même déceler en moi sa manifestation ?

Le Père Séraphim répondit :

- Je vous ai déjà dit que c'était très simple et je vous ai expliqué en détail comment les hommes se trouvaient dans l'Esprit-Saint et comment il fallait comprendre sa manifestation en nous ... Que vous faut-il encore ?

- Il me faut, répondis-je, le comprendre vraiment bien ...

Alors le Père Séraphim me prit par les épaules et les serrant très fort dit :

- Nous sommes tous les deux, toi et moi, en la plénitude de l'Esprit-Saint. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?

- Je ne peux pas, Père, vous regarder. Des foudres jaillissent de vos yeux. Votre visage est devenu plus lumineux que le soleil. J'ai mal aux yeux ...

Le Père Séraphim dit :

- N'ayez pas peur, ami de Dieu. Vous êtes devenu aussi lumineux que moi. Vous aussi vous êtes à présent dans la plénitude du Saint-Esprit, autrement vous n'auriez pas pu me voir.

Inclinant sa tête vers moi, il me dit à l'oreille :

- Remerciez le Seigneur de nous avoir accordé cette grâce indicible. Vous avez vu : je n'ai même pas fait le signe de la croix. Dans mon coeur, en pensée seulement, j'ai prié : "Seigneur, rends-le digne de voir clairement, avec les yeux de la chair, la descente de l'Esprit-Saint, comme à tes serviteurs élus lorsque tu daignas leur apparaître dans la magnificence de ta gloire !" Et immédiatement Dieu exauça l'humble prière du misérable Séraphim. Comment ne pas le remercier pour ce don extraordinaire qu'à tous les deux il nous accorde ? Ce n'est même pas toujours aux grands ermites que Dieu manifeste ainsi Sa grâce. Comme une mère aimante, cette grâce a daigné consoler votre coeur désolé, à la prière de la Mère de Dieu elle-même ... Mais pourquoi même regardez-vous pas dans les yeux ? Osez me regarder sans crainte ; Dieu est avec nous.


Après ces paroles, je levai les yeux sur son visage et une peur plus grande encore s'empara de moi. Imaginez-vous au milieu du soleil, dans l'éclat le plus fort de ses rayons de midi, le visage d'un homme qui vous parle. Vous voyez le mouvement de ses lèvres, l'expression changeante de ses yeux, vous entendez le son de sa voix, vous sentez la pression de ses mains sur vos épaules, mais en même temps vous n'apercevez ni ses mains, ni son corps, ni le vôtre, rien qu'une étincelante lumière se propageant tout autour, à une distance de plusieurs mètres, éclairant la neige qui recouvrait la prairie et tombait sur le grand starets et sur moi-même. Peut-on se représenter la situation dans laquelle je me trouvais alors ?

- Que sentez-vous maintenant ? demanda le Père Séraphim.

- Je me sens extraordinairement bien.

- Comment "bien" ? Que voulez-vous dire par "bien" ?

- Mon âme est remplie d'un silence et d'une paix inexprimables.

- C'est là, ami de Dieu, cette paix dont le Seigneur parlait lorsqu'il disait à ses disciples : "Je vous donne ma paix, non comme le monde la donne. C'est moi qui vous la donne. Si vous étiez de ce monde, ce monde vous aimerait. Mais je vous ai élus et le monde vous hait. Soyez sans crainte pourtant, car j'ai vaincu le monde" (Jn 14, 27 ; 15, 19,16, 33). C'est à ces hommes, élus par Dieu mais haïs par le monde, que Dieu donne la paix que vous ressentez à présent, "cette paix, dit l'Apôtre, qui dépasse tout entendement" (Ph 4, 7). L'Apôtre l'appelle ainsi parce qu'aucune parole ne peut exprimer le bien-être spirituel qu'elle fait naître dans les coeurs des hommes où le Seigneur l'implante. Lui-même l'appelle sa paix (Jn 14, 27). Fruit de la générosité du Christ et non de ce monde, aucun bonheur terrestre ne peut la donner. Envoyée d'en-haut par Dieu lui-même, elle est la Paix de Dieu ...

(à suivre)

Actualité et modernité de Benoît XVI: 'Introduction au Christianisme'

dominicanus #Il est vivant !
EUROPE/ITALIE - Actualité et modernité de l’oeuvre du Pr. Ratzinger, aujourd’hui Pape Benoît XVI, dans « Introduction au Christianisme »

N° ISBN : 2204079525

La Foi chrétienne hier et aujourd'hui - Dans ce commentaire du Credo, qu'il écrivit lorsqu'il était professeur de théologie à Tübingen, Joseph Ratzinger développe une réponse claire aux questions : comment croire aujourd'hui ? Et que faut-il croire ?
Cette "
introduction au christianisme, hier, aujourd'hui, demain", titre d'origine, est considérée comme l'une des oeuvres majeures de la théologie au XXe siècle.

Rome (Agence Fides) - En 1968 le Pr. Ratzinger d’alors, après avoir donné un cours d’été de théologie, réunit le contenu de ses cours dans son livre « Introduction au Christianisme ». Coïncidence particulière, ce volume a vu la lumière la même année que l’encyclique Humanae vitae de Paul VI, et donc a « respiré » le même air de changements et de nouveauté. Après quarante ans, le volume du Pr. Ratzinger, aujourd’hui Pape Benoît XVI, est devenu un best-seller international, il a été réimprimé dans 12 éditions et traduit dans une trentaine de langues.

La modernité d’« Introduction au Christianisme » et la découverte que les axes de cette œuvre guident encore la pensée théologique du Pape, ont été le centre d’un congrès international intitulé « La voix de la foi chrétienne », à l’Athénée Regina Apostolorum de Rome. Les deux jours de rencontre ont été ouverts par le Card. Darío Castrillón Hoyos, Président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, qui a montré que l’oeuvre du Pr. Ratzinger avait offert, à un moment historique complexe, l’opportunité d’une introduction au christianisme et d’un premier contact avec le Christ.

L’un des points essentiels de l’œuvre du Card. Ratzinger est le concept de personne et de relation, décrit par le Père Paolo Scafaroni, Recteur de l’Université Européenne de Rome : l’origine du concept de personne s’exprime dans l’idée de dialogue et de Dieu comme être de dialogue. La plénitude même de la vie dans la communion est la définition de la personne ; la personne est relation en Dieu, Dieu Père qui est don au Fils, Fils qui opère pour rendre gloire au Père, Esprit Saint don du Père et du Fils. L’histoire est tout entière tressage de libertés de personnes, qui ont leur rendez-vous ultime dans la communion avec Dieu, personne par excellence. Joseph Ratzinger considère que la personne anthropologique est celle qui acquiert la lumière dans la contemplation des personnes trinitaires, avec lesquelles elle est en communion jusqu’à la vie éternelle.

Un autre élément essentiel de la théologie de Benoît XVI, développée au cours du congrès, est le concept d’amour, auquel le Pape lui-même a consacré l’encyclique Deus caritas est.

« Dieu nous aime spontanément car il est amour, a affirmé le Pr. Juan Pablo Ledesma, Doyen de la Faculté de Théologie du Regina Apostolorum, au début de son intervention. Mais qu’est-ce que l’Amour, qui est Amour ? L’amour éternel est mystérieux par excellence, mais en suivant le Pape, qui cite Dante, le Pr. Ledesma a précisé que l’Amour - qui a en soi un caractère personnel et un élément de réponse à toutes les exigences humaines - est ce qui « meut le soleil et les étoiles ».

Troisième élément fondamental dans la pensée du Saint-Père, le thème de la raison, comme le montrent le fameux discours de Ratisbonne (septembre 2006), l’Allocution pour la visite à l’Université La Sapienza de Rome (janvier 2008), et le rappel de l’histoire de Galilée. Création et évolution répondent à deux questions différentes, mais il faut utiliser autant la foi que la raison pour les comprendre toutes les deux, comme l’a affirmé le Pr. D. Paul Haffner. Le rapport entre science et foi s’articule entre rationalité, amour et une contribution de l’Eglise à la science moderne qui doit être comprise, réévaluée et libérée des préjugés.

(Agence Fides 14/5/2008)

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (4/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Je dois encore, moi, misérable Séraphim, vous expliquer, ami de Dieu, en quoi consiste la différence entre l’action du Saint-Esprit prenant mystérieusement possession des coeurs de ceux qui croient en notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ et l’action ténébreuse du péché qui vient en nous comme un voleur, à l’instigation du Démon.

Le Saint-Esprit nous remet en mémoire les paroles du Christ et travaille de concert avec lui, guidant nos pas, solennellement et joyeusement, dans la voie de la paix. Tandis que les agissements de l'esprit diabolique, opposé au Christ, nous incitent à la révolte et nous rendent esclaves de la luxure, de la vanité et de l'orgueil.

"En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi ne mourra jamais" (Jn 6, 47). Celui qui par sa foi au Christ est en possession de l'Esprit-Saint, même ayant commis par faiblesse humaine un quelconque péché causant la mort de son âme, ne mourra pas pour toujours, mais sera ressuscité par la grâce de Notre Seigneur Jésus Christ qui a pris sur lui les péchés du monde et qui donne gratuitement grâce sur grâce.

C'est en parlant de cette grâce manifestée au monde entier et à notre genre humain par le Dieu-Homme que l'Évangile dit : "De tout être il était la vie, et la vie était la lumière des hommes" et ajoute : "La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu l'atteindre" (Jn 1, 4-5). Ce qui veut dire que la grâce du Saint-Esprit reçue au baptême au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, malgré les chutes peccamineuses, malgré les ténèbres entourant notre âme, continue à luire dans notre coeur de son éternelle lumière divine à cause des inestimables mérites du Christ. Face à un pécheur endurci, cette lumière du Christ dit au Père : "Abba, Père, que ta colère ne s'enflamme pas contre cet endurcissement." Et ensuite, quand le pécheur se sera tourné vers le repentir, elle effacera complètement les traces des crimes commis, revêtant l'ancien pécheur d'un vêtement d'incorruptibilité tissé de la grâce de cet Esprit-Saint de l'acquisition duquel tout le temps je vous parle.

Encore il faut que je vous dise, afin que vous compreniez mieux ce qu'il faut entendre par la grâce divine, comment on peut la reconnaître, comment elle se manifeste chez les hommes qu'elle éclaire : La grâce du Saint-Esprit est Lumière.

Toute l'Écriture sainte en parle. David, l'ancêtre du Dieu-Homme, a dit : "Une lampe sous mes pieds, ta parole, une lumière sur ma route" (Ps 118, 105). En d'autres termes, la grâce du Saint-Esprit que la loi révèle sous la forme des commandements divins est mon luminaire et ma lumière, et si ce n'était cette grâce du Saint-Esprit "qu'avec tant de peine je m'efforce d'acquérir, m'enquêtant sept fois par jour de sa vérité" (Ps 118, 164) comment parmi les nombreux soucis inhérents à mon rang royal pourrais-je trouver en moi une seule étincelle de lumière pour m'éclairer sur le chemin de la vie enténébrée par la haine de mes ennemis ?

En effet, le Seigneur a souvent montré, en présence de nombreux témoins, l'action de la grâce du Saint-Esprit sur des hommes qu'il avait éclairés et enseignés par de grandioses manifestations. Rappelez-vous Moïse après son entretien avec Dieu sur le Mont Sinaï (Ex 34, 30-35). Les hommes ne pouvaient pas le regarder, tellement son visage brillait d'une lumière extraordinaire. il était même obligé de se montrer au peuple la face recouverte d'un voile. Rappelez-vous la Transfiguration du Seigneur sur le Thabor : "Il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent blancs comme neige ... et ses disciples effrayés tombèrent la face contre terre." Lorsque Moïse et Élie apparurent revêtus de la même lumière "un nuage les recouvrit afin qu'ils ne soient pas aveuglés" (Mt 17, 1-8 ; Mc 9, 2-8 ; Lc 9, 28-37). C'est ainsi que la grâce du Saint-Esprit de Dieu apparaît dans une lumière ineffable à ceux à qui Dieu manifeste son action.

(à suivre)

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (3/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Oh ! que j'aimerais, ami de Dieu, qu'en cette vie vous soyez toujours en l'Esprit-Saint. "Je vous jugerai dans l'état dans lequel je vous trouverai", dit le Seigneur (Mt 24, 42 ; Mc 13, 33-37 ; Lc 19, 12 ss.). Malheur, grand malheur s'il nous trouve appesantis par les soucis et les peines terrestres, car qui peut endurer son courroux et qui peut lui résister ? C'est pourquoi il a été dit : "Veillez et priez pour ne pas être induit en tentation" (Mt 26, 41), autrement parlant pour ne pas être privé de l'Esprit de Dieu, car les veilles et la prière nous donnent sa grâce.

Il est certain que toute bonne action faite au Nom du Christ confère la grâce du Saint-Esprit, mais la prière plus que toute autre chose, étant toujours à notre disposition. Vous auriez, par exemple, envie d'aller à l'église, mais l'église est loin, ou l'office est terminé ; vous auriez envie de faire l'aumône, mais vous ne voyez pas de pauvre, ou vous n'avez pas de monnaie ; vous voudriez rester vierge, mais vous n’avez pas assez de force pour cela, à cause de votre constitution ou à cause des embûches de l'ennemi auxquelles la faiblesse de votre chair humaine ne vous permet pas de résister ; vous voudriez peut-être trouver une autre bonne action à faire au Nom du Christ, mais vous n'avez pas assez de force pour cela, ou l'occasion ne se présente pas. Quant à la prière, rien de tout cela ne l'affecte : chacun a toujours la possibilité de prier, le riche comme le pauvre, le notable comme l'homme du commun, le fort comme le faible, le bien portant comme le malade, le vertueux comme le pécheur.

On peut juger de la puissance de la prière, même pécheresse, sortant d'un coeur sincère, par l'exemple suivant rapporté par la Sainte Tradition : à la demande d'une malheureuse mère qui venait de perdre son fils unique, une courtisane qu'elle rencontra sur son chemin, touchée par le désespoir maternel, osa crier vers le Seigneur, toute souillée qu'elle était encore par son péché : "Non à cause de moi, horrible pécheresse, mais à cause des larmes de cette mère pleurant son fils tout en croyant fermement en ta miséricorde et en ta Toute-Puissance, ressuscite-le, Seigneur !" Et le Seigneur le ressuscita (cf. Lc 7, 11-15).

Telle, ami de Dieu, est la puissance de la prière. Plus que toute autre chose elle nous donne la grâce de l'Esprit de Dieu et plus que tout elle est toujours à notre portée. Bienheureux serons-nous lorsque Dieu nous trouvera veillants, dans la plénitude des dons de son Esprit-Saint. Nous pourrons alors espérer être ravis sur les nuées à la rencontre de Notre Seigneur venant dans les airs revêtu de puissance et de gloire juger les vivants et les morts et donner à chacun son dû. [...]

- Père, lui dis-je, vous parlez toujours de l'acquisition de la grâce du Saint-Esprit comme le but de la vie chrétienne. Mais comment puis-je la reconnaître ? Les bonnes actions sont visibles. Mais l'Esprit-Saint peut-il être vu ? Comment puis-je savoir si, oui ou non, il est en moi ?

- A l'époque où nous vivons, répondit le starets, on est parvenu à une telle tiédeur dans la foi, à une telle insensibilité à l'égard de la communion avec Dieu, qu'on s'est éloigné presque totalement de la vraie vie chrétienne. Des passages de l'Écriture sainte nous paraissent étranges aujourd'hui, par exemple quand l'Esprit-Saint, par la bouche de Moïse, dit "Adam voyait Dieu se promenant au paradis" (Gn 3, 8), ou quand nous lisons chez l'Apôtre Paul qu'il a été empêché par l'Esprit-Saint d'annoncer la parole en Asie, mais que l'Esprit l'accompagna lorsqu'il se rendit en Macédoine (Ac 16, 6-9). Dans beaucoup d'autres passages de l'Écriture Sainte il est, à maintes reprises, question de l'apparition de Dieu aux hommes. [...]

(à suivre)

Famine? La productivité agricole, condition de la sécurité alimentaire

dominicanus #actualités
Famine ? La productivité agricole, condition de la sécurité alimentaireLa sécurité alimentaire est-elle la capacité à "produire soi-même sa propre nourriture" ? Si c'en est le cas, bien peu d'entre nous sont en sécurité de ce point de vue.
L'homme est présent sur toute l'étendue de la planète, même dans les régions les plus inhospitalières (car il faut bien admettre une "inégalité" naturelle des territoires à produire de la nourriture). C'est donc qu'il a partout trouvé le moyen de subvenir à ses besoins essentiels dont la nourriture. Ce n'est pas toujours en la produisant : dans la forêt tropicale, le désert ou la toundra, cette nourriture peut être obtenue par un prélèvement sur le milieu naturel ou sur la production de populations voisines mieux loties par la nature. Et ce prélèvement peut être bien aléatoire : un équilibre, précaire, s'établit entre les ressources du milieu et la population, souvent à un niveau qualitatif et quantitatif très bas. On est bien loin de la sécurité.

À quelle échelle de territoire se situe la sécurité alimentaire ? À l'échelle de l'exploitation familiale, du village, de la région, de la nation, du continent ? Selon la dimension du territoire considéré, la question se pose de façon tout à fait différente : plus le territoire est vaste, plus les conditions de la production alimentaire sont diverses, plus les complémentarités sont importantes ; plus la société est étendue et organisée, plus elle est capable de faire face aux pénuries et aux carences permanentes ou momentanées.

Enfin il faut bien constater que les sociétés ont toutes progressé grâce à la division et la spécialisation du travail, développant des échanges de plus en plus importants, rendant les hommes de plus en plus interdépendants. L'autarcie n'est pas un mode de développement.
L'agriculture "moderne" s'est développée parallèlement à l'industrie. La réflexion de l'homme sur son travail, la meilleure connaissance du milieu et de ses possibilités d'action sur le milieu ont augmenté la productivité du travail, les rendements et la production.


Une croissance aussi qualitative

Cette croissance est quantitative mais aussi qualitative. Jamais les habitants de l'Europe occidentale n'avaient eu à leur disposition une nourriture aussi abondante, aussi variée et aussi saine qu'aujourd'hui. Même un accident comme celui de la "vache folle" ne vient pas contrarier ce constat : les conséquences humaines de cette maladie bovine sont très limitées. Sans l'agriculture "moderne" et les échanges, la situation ne serait pas celle que nous connaissons. Machines, engrais, traitements sont indispensables et il suffit d'observer ce qui se passe chez ceux qui n'en disposent pas pour mesurer notre bonheur.

Les systèmes alimentaires traditionnels des pays en développement n'assurent que la survie des populations. Ils sont très souvent remarquables et correspondent, la plupart du temps, toutes choses étant égales par ailleurs, à un optimum. Est-ce à dire qu'ils assurent le développement des populations ? Tout juste suffisants du point de vue calorique, ils sont le plus souvent carencés du point de vue nutritionnel. Les plus productifs (rizières des deltas asiatiques, par exemple) exigent une organisation sociale très contraignante et reposent sur une énorme masse de travail manuel : cela suffit à expliquer l'exode rural dès qu'apparaît un genre de vie alternatif.


Bienfaits et limites de l'agriculture "moderne"

L'agriculture "moderne" est grande consommatrice d'énergie : toutes les activités humaines sont consommatrices d'énergie. En ce qui concerne le pétrole, puisqu'il est mis en cause, faut-il rappeler que c'est le chauffage domestique qui en constitue la principale consommation en France ? L'histoire nous apprend que l'homme a toujours su découvrir une nouvelle forme d'énergie lorsqu'il atteint les limites d'utilisation de formes anciennement connues.

L'agriculture "moderne" a des limites qu'elle découvre peu à peu : le vivant ne se traite pas comme l'inerte et tout agriculteur "moderne" devient un peu écologiste. L'utilisation des produits chimiques est soumise à des règles de plus en plus contraignantes, le productivisme n'est plus le maître mot des agriculteurs, ne serait-ce que pour des raisons économiques. L'exploitant agricole est à la recherche d'un optimum personnalisé développant la valeur ajoutée de son activité. Comme tout homme, il est sensible à la qualité de son environnement et d'autant plus conscient de ses responsabilités vis-à-vis de celui-ci qu'il y passe sa vie.

L'agriculteur "moderne" est un fin connaisseur de la structure de son sol et du travail qu'il lui applique. Les machines lui permettent de régler très précisément la profondeur de ses labours et même d'améliorer la structure de ses sols. L'assolement est une forme d'association des plantes dans le temps que pratique toujours l'agriculteur "moderne". Quant aux pesticides et herbicides ils permettent de récolter ce que l'on a semé et de nourrir les hommes plutôt que les oiseaux, les rats ou les chenilles …

Dire que l'agriculture "moderne" n'est pas adaptée aux pays en développement est un non-sens : pour répondre à la demande de populations en croissance rapide, il est évident que les systèmes de production traditionnels sont insuffisants. La mise au point de systèmes plus productifs et bien adaptés à leurs milieux d'application est un travail difficile. Des résultats remarquables ont déjà été obtenus grâce à la mécanisation, à la sélection des semences et à l'utilisation raisonnée des engrais chimiques et naturels. La mécanisation est une nécessité ne serait-ce que pour assurer le transport des produits vers des populations urbaines de plus en plus nombreuses. On observe d'ailleurs bien souvent que les producteurs traditionnels améliorent leurs capacités au contact de cultures nouvelles, commercialisées, encadrées, "modernes".

C’est en ayant ces contraintes à l’esprit qu’il faut considérer la question des OGM. Ce n’est pas une question nouvelle : les performances de l’élevage ressortent de la sélection génétique. La greffe des végétaux est une forme de clonage. Et l’on comprend mal que les mêmes qui s’en inquiètent soient bien peu sensibles aux manipulations de la génétique humaine. Ne vaut-il pas mieux que la plante se défende par elle-même contre les parasites plutôt que de pulvériser un insecticide dont une partie sera inutilement dispersée ? Il est évident pour la plupart de ceux qui s’intéressent à l’agriculture des pays tropicaux que les OGM y sont une des réponses à la croissance nécessaire de la productivité.


Et la sécurité alimentaire ?

La sécurité alimentaire nécessite une meilleure maîtrise des éléments naturels pour obtenir des productions suffisantes quantitativement et qualitativement pour l'ensemble des consommateurs, pour obtenir une plus grande régularité de ces productions en les rendant moins sensibles aux aléas du climat ou des prédateurs. Elle nécessite une organisation sociale capable d'anticiper les évènements, de prévoir la constitution et la gestion de stocks et surtout capable d'assurer aux agriculteurs les meilleures conditions d'activité, à commencer par la paix. Elle nécessite des capacités d'échange et une organisation des marchés qui assurent aux producteurs une rémunération suffisante pour leur activité et n'en fasse pas des citoyens de seconde zone. L'organisation des marchés est le problème majeur de notre époque et elle concerne tous les agriculteurs quel que soit leur lieu de production.

Une partie des surplus subventionnés des pays développés, distribués quasi gratuitement au reste du monde, empêche la formation de marchés locaux dans les pays en développement. C'est le rôle des États de favoriser le développement d'une production nationale lorsqu'elle peut se faire dans de bonnes conditions de rentabilité économique, et pas seulement en organisant les marchés. Aujourd'hui, si de nombreux pays en développement sont dépendants de productions extérieures pour assurer la sécurité alimentaire de leurs populations, ce n'est pas à cause de l'agriculture "moderne" ou des subventions versées aux agriculteurs européens mais à cause de l'irresponsabilité de leurs gouvernants. Le dernier exemple en date nous est donné par le Zimbabwe dont le président, pour maintenir son pouvoir dictatorial chancelant, a lancé une pseudo réforme agraire qui s’est résumée à l'expulsion violente des fermiers "modernes" de son pays. Le Zimbabwe, qui assurait, grâce à son agriculture "moderne", la sécurité alimentaire de toute l'Afrique australe, est aujourd'hui lui-même ravagé par la famine et ne peut apporter aucun secours à ses voisins dans la détresse…

Jean Flouriot


Pour en savoir plus :
■ 
Jean Flouriot, Les vraies causes de la crise alimentaire, Décryptage, 1er mai 2008

(Source : Décryptage)

Homélie du patriarche Grégoire III à Saint-Paul-hors-les-Murs 08/05/08

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
Pèlerinage aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul
ROME, Vendredi 9 mai 2008 (ZENIT.org) - « Aujourd'hui, notre concélébration a lieu près du tombeau de Saint Paul. Après-demain, samedi 10 mai, nous concélébrerons la Divine Liturgie sur le tombeau de Saint Pierre, sur la foi de qui le Christ a fondé son Eglise », a expliqué le patriarche Grégoire III Laham.




Voici le texte intégral de l'homélie de  Sa Béatitude le patriarche Grégoire III Laham, hier, jeudi 8 mai, en la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs.

Eminences,

Chers Frères dans l'Episcopat et le Sacerdoce,

Chers Frères et Sœurs,

C'est une grande joie pour nous tous d'être à Rome, dans cette Basilique Papale de Saint-Paul-hors-les-Murs. Notre joie est grande d'être les pèlerins de l'Orient, et surtout du lieu de la conversion de Saint Paul, de Damas, la capitale syrienne, où celui qui allait être l'Apôtre des Gentils fut baptisé par Saint Ananie, premier Evêque de cette ville et l'un des premiers Evêques de la chrétienté.

Nous sommes heureux de concélébrer la Divine Liturgie dans cette Basilique, inaugurée une première fois en 403 par l'Empereur Honorius. Nous sommes venus en pèlerins pour vénérer, dans cette Ville Sainte de Rome, les tombeaux des Coryphées des Apôtres, Pierre et Paul, qui sont des concitoyens de notre Orient bien-aimé.

Aujourd'hui, notre concélébration a lieu près du tombeau de Saint Paul. Après-demain, samedi 10 mai, nous concélébrerons la Divine Liturgie sur le tombeau de Saint Pierre, sur la foi de qui le Christ a fondé son Eglise.

Saint Pierre fut le premier Evêque de notre siège patriarcal d'Antioche, et Nous sommes, par la grâce de Dieu, son successeur sur le Trône d'Antioche. Il est devenu ensuite le premier Evêque de Rome, alors capitale des Empereurs, et depuis lors capitale de la foi catholique, siège aujourd'hui du successeur de Pierre et Vicaire du Christ, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, avec qui nous nous sommes rencontrés ce matin, au début de notre pèlerinage; ce fut une rencontre spirituelle de foi, une rencontre de la grande famille catholique; le Saint Père nous a reçus avec grand amour, en compagnie de mes frères les Evêques du Saint-Synode, des Supérieurs Généraux, des Supérieures Générales, de prêtres, religieux et religieuses, et d'un grand nombre de fidèles de l'Eglise Grecque-Melkite Catholique, des pays arabes du Proche-Orient et du monde de l'émigration.

Antioche, Damas, Jérusalem et Alexandrie font ce pèlerinage à Rome, la Ville Eternelle, gardienne de la sainte foi chrétienne, sous la houlette du Pasteur des Pasteurs, Sa Sainteté le Pape, et de ses collaborateurs de la Curie Romaine, dont sont présents aujourd'hui parmi nous Son Eminence le Cardinal Leonardo Sandri, Préfet de la Congrégation pour les Eglises Orientales, et son prédécesseur, Sa Béatitude Eminentissime le Cardinal Ignace Moussa Daoud, fils de l'Orient, Patriarche émérite d'Antioche des Syriens.

Notre pèlerinage d'aujourd'hui est aussi un prélude aux célébrations de l'Année de Saint Paul, que le Saint Père a annoncée, qu'il ouvrira le 28 juin prochain ici même, et qui se terminera le 29 juin 2009. Nous avons déjà prévu un grand programme pour la célébration de cette Année à Damas, et nous serons, à cet effet, en continuelle relation et coordination avec Son Eminence le Cardinal Andrea Cordero Lanza di Montezemolo, Archiprêtre de cette Basilique, qui nous donne l'hospitalité aujourd'hui.


Souvenirs personnels

Notre pèlerinage a une signification spéciale pour moi, car c'est le prélude de mes noces d'or sacerdotales, ayant été ordonné prêtre en l'Abbaye de Notre-Dame de Grottaferrata le 15 février 1959, et j'ai célébré la Divine Liturgie pour la première fois le lendemain, en cette Basilique, sur ce même autel.

Dans l'Abbaye adjacente, j'ai passé trois ans, jouissant de l'hospitalité des Pères bénédictins, et aujourd'hui nous avons eu la joie de visiter son Révérendissime Père Abbé, Dom Edward Power. J'ai vécu dans cette Abbaye avec huit de mes confrères, moines de l'Ordre Basilien du Très Saint Sauveur, à qui le Père Gabriel Acace Coussa, de l'Ordre Basilien Alépin, alors Assesseur de la Congrégation pour l'Eglise Orientale, futur Cardinal et Secrétaire - malheureusement mort prématurément de la même Congrégation, avait donné l'opportunité de venir continuer leurs études à Rome.

Ici même, j'ai eu la joie d'assister à la Sainte Messe célébrée par le Bienheureux Jean XXIII le 25 janvier 1958 pour la fête de la Conversion de Saint Paul sur la route de Damas, fête patronale de cette Basilique, puis, après la célébration, j'ai eu le privilège, avec les moines de l'Abbaye et mes confrères salvatoriens, d'être présent au discours que le Pape prononça, à l'intérieur de l'Abbaye, dans lequel il annonça la convocation du Concile Vatican II, dont il précisa la finalité: "pour l'unité des chrétiens" .

Paul, Apôtre de Jésus-Christ, a porté à Rome et au monde entier cette Orientale Lumen, le message du Christ venu de l'Orient; à travers ses Epîtres et ses voyages apostoliques autour de la Méditerranée, il a donné à l'Orient et à l'Occident la théologie et la spiritualité de l'Evangile. Paul, Apôtre des Nations, est le vrai signe du dialogue dans le monde entier.



Dans cette Ville Sainte, nous sommes heureux de proclamer de nouveau notre communion spirituelle avec l'Eglise de Rome, et nous voudrions répéter les paroles du Concile de Chalcédoine, en 451, dont les Pères, après avoir écouté le Tomos du Pape Saint Léon le Grand, ont proclamé que "Pierre a parlé par la bouche de Léon". Nous gardons aussi le souvenir de notre prédécesseur Pierre III d'Antioche, qui écrivait à son confrère le Patriarche de Constantinople Michel Cérulaire, après la discorde de celui-ci en 1054 avec le Cardinal Humbert de Silva-Candida:

"Tous les malheurs présents (...) ne proviendraient-ils pas d'ici, je veux dire de cette longue séparation, de cette mésintelligence de notre Eglise avec le Siège Apostolique?"

Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin de cette voix de Pierre et de son successeur, le Pape de Rome, et de tous les Pasteurs de l'Eglise. Oui, nous avons besoin de cette unité chrétienne, qui s'est exprimée ex cathedra, d'une manière imposante et mondiale, à travers les messages du Pape et des Papes. Le Pape, successeur de Saint Pierre, a toujours la mission que Jésus a confiée à Pierre: "Et toi, confirme tes frères".

Le Pape est une nécessité chrétienne, et je dirais mondiale, une nécessité de la foi, car c'est lui qui est, avec tous les Pasteurs du monde chrétien, appelé à fortifier, à confirmer les chrétiens dans leur foi, dans les grandes valeurs spirituelles.

Comme nous demandons dans notre prière liturgique pour le Pape, pour le Patriarche et pour les Evêques: "Qu'ils dispensent fidèlement les paroles de ta vérité".

Nous avons besoin de cette unité afin de réaliser l'expérience de l'Eglise primitive de Jérusalem, la Mère de toutes les Eglises, comme nous lisons au chapitre IV des Actes des Apôtres, que les chrétiens n'avaient "qu'un cœur et une âme", et "entre eux tout était commun".



Ici présents, à Rome, nous sentons plus que jamais l'importance unique de notre mission en Orient et en Occident, pour tout ce qui se rapporte à la présence chrétienne, à la convivialité et au dialogue des chrétiens avec les autres chrétiens et avec les musulmans, un dialogue mondial. Nous, en Orient, nous avons cette mission très spéciale, comme celle que Saint Paul a portée, qui est d'être présents et, comme Jésus l'a dit, "levain dans la pâte", dans le monde arabe, qui compte 300 millions de personnes, à majorité musulmane.

Nous demandons à Dieu de fortifier la foi juste et orthodoxe, comme Saint Paul, à Ephèse, a prié, à genoux, pour l'union des chrétiens et pour une plus profonde compréhension du mystère du Christ, dans toutes ses dimensions, dans sa largeur, sa longueur, sa profondeur et sa hauteur.

Nous avons besoin de Saint Paul, de son enseignement, pour avoir plus de courage dans la vie chrétienne, et surtout nous avons besoin d'expérimenter, nous aussi, cette rencontre qui a changé la vie de Paul de Tarse et toute la trame de l'histoire de l'Eglise et du monde entier: la rencontre de Paul avec Jésus, qui lui a donné la possibilité de comprendre, de trouver l'anneau de la vraie rencontre avec la philosophie grecque et avec la révélation divine, comme ce fut le cas plus tard pour lui à Athènes. Sa rencontre avec Jésus l'a rendu fort pour rencontrer tout homme, afin d'être, comme il l'a dit, "tout à tous", afin que chacun obtienne l'intelligence par la connaissance du Christ, afin de gagner le monde et tous les hommes à Jésus-Christ.

Aujourd'hui, le monde a plus que jamais besoin de cette rencontre vraie avec le Christ, dans la foi, afin que nous puissions affronter le monde, la nature, l'environnement, toute la création dans tous ses éléments, pour que l'homme soit vraiment roi de cette création comme Dieu l'a fait, et comme le rappelle le Psaume 8: "Tu l'as couronné d'honneur et de gloire; Tu l'as fait régner sur les œuvres de tes mains".



La rencontre avec Dieu est à la base de la rencontre des civilisations, des cultures, des peuples et des nations dans leurs diversités et dans leurs croyances. La rencontre avec la personne de Jésus-Christ est la base de la vraie mondialisation, de la vraie globalisation.

Aujourd'hui, plus que jamais, chers Frères et Sœurs ici présents, et à travers vous je le dis à tous les fidèles de l'Eglise Grecque-Melkite Catholique, nous avons besoin d'approfondir cette rencontre avec le Christ. Nous l'avons rencontré d'abord le jour de notre baptême et de notre chrismation, nous l'avons reçu dans l'Eucharistie et dans l'Evangile. Notre approfondissement doit se faire à travers les Sacrements, les saints Mystères de l'Eglise, à travers notre vie chrétienne selon l'Evangile, afin de rencontrer, à travers Jésus et à travers notre foi, notre monde et notre société, l'autre, le frère de notre communauté, notre frère de n'importe quelle religion, culture ou civilisation, pour pouvoir ainsi être le levain dans la pâte de notre société, la lumière pour le monde, et le sel pour donner un sens à la vie.

C'est là le sens de notre vocation de chrétiens orientaux, dans notre monde arabe à majorité musulmane, et de notre vocation de grecs-melkites catholiques en relation avec le monde occidental, en pleine communion avec l'Eglise de Rome, qui "préside dans la charité", selon les mots de Saint Ignace d'Antioche.

Nous avons, chers Frères et Sœurs, à travers ces convictions, ces données et ces valeurs constantes de notre vie, à être des serviteurs de l'unité chrétienne et humaine. Avec témérité, j'ose dire que nous devons être un modèle de l'unité chrétienne et les grands promoteurs de cette unité, "afin que le monde croie", afin que l'on puisse arriver, dans ce monde, à la pleine stature du Christ, afin que nous soyons "l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique", avec un même Pasteur, Jésus-Christ, qui est "l'Evêque de nos âmes", comme dit Saint Irénée.



Selon les mots de Saint Paul, "nous sommes un seul corps, nous avons un seul baptême et une seule foi", et nous sommes tous unis à ce grand homme-Dieu, le nouvel Adam, Jésus Christ; à Lui la gloire dans les siècles des siècles. Amin.

+ Gregorios III, Patriarche

Benoît XVI, Homélie pour la Pentecôte 2008 (texte intégral)

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
ROME, Lundi 12 mai 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée le dimanche de la Pentecôte, au cours de la messe qu'il a présidée en la basilique Saint-Pierre.


Chers frères et sœurs,

Le récit de l'événement de la  Pentecôte, que nous avons écouté dans la première lecture, est rapporté  par saint Luc dans le deuxième chapitre des Actes des Apôtres. Le chapitre commence par la phrase : « Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble » (Ac 2, 1). Ce sont des paroles qui font référence à l'épisode précédent, dans lequel Luc a décrit la petite compagnie des disciples, qui se rassemblait assidûment à Jérusalem après l'ascension de Jésus au ciel (cf. Ac 1, 12-14). Il s'agit d'une description riche de détails : le lieu « où ils habitaient » - le Cénacle - est une pièce située « à l'étage supérieur » ; les onze apôtres sont cités par leur nom, et les trois premiers sont Pierre, Jean et Jacques, les « colonnes » de la communauté ; avec eux sont mentionnées « quelques femmes », « Marie la mère de Jésus » et « ses frères », désormais intégrés dans cette nouvelle famille, fondée non plus sur les liens du sang mais sur la foi en Christ.

Le nombre total des personnes, qui était « environ de cent vingt », multiple du chiffre « douze » du Collège apostolique, fait clairement allusion à ce « nouvel Israël ». Le groupe constitue un authentique « qahal », une « assemblée » selon le modèle de la première Alliance, la communauté convoquée pour écouter la voix du Seigneur et marcher sur ses traces. Le Livre des Actes souligne que « d'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière » (1, 14). La principale activité de l'Eglise naissante est donc la prière, à travers laquelle elle reçoit son unité du Seigneur et se laisse guider par sa volonté, comme le démontre également le choix de tirer au sort pour élire celui qui prendra la place de Judas (cf. Ac 2, 25).

Cette communauté se trouvait réunie dans le même lieu, le Cénacle, le matin de la fête juive de la Pentecôte, fête de l'Alliance, où l'on faisait mémoire de l'événement du Sinaï, lorsque Dieu, à travers Moïse, avait proposé à Israël de devenir sa propriété parmi tous les peuples, pour être le signe de sa sainteté (cf. Ex 9). Selon le Livre de l'Exode, ce pacte antique fut accompagné par une manifestation de puissance terrifiante de la part du Seigneur : « Or la montagne du Sinaï - y lit-on - était toute fumante, parce que  Yahvé y était descendu dans le feu ; la fumée s'élevait comme d'une fournaise et toute la montagne tremblait violemment » (Ex 19, 18). Nous retrouvons les éléments du vent et du feu dans la Pentecôte du Nouveau Testament, mais sans aucune connotation de peur. En particulier, le feu prend la forme de langues qui se posent sur chacun des disciples, qui furent « tous remplis de l'Esprit Saint » et par l'effet de cette effusion « ils se mirent à parler en d'autres langues » (Ac 2, 4). Il s'agit d'un véritable « baptême » de feu de la communauté, une sorte de nouvelle création. Lors de la Pentecôte, l'Eglise est constituée non par une volonté humaine, mais par la force de l'Esprit de Dieu. Et il apparaît immédiatement comment cet Esprit donne vie à une communauté qui est à la fois une et universelle, dépassant ainsi la malédiction de Babel (cf. Gn 11, 7-9). En effet, seul l'Esprit Saint, qui crée l'unité dans l'amour et dans l'acceptation réciproque des différences, peut libérer l'humanité de la tentation permanente d'une volonté de puissance terrestre qui veut tout dominer et uniformiser.

« Societas Spiritus », société de l'Esprit : c'est ainsi que saint Augustin appelle l'Eglise dans l'un de ses sermons (71, 19, 32 : PL 38, 462). Mais avant lui, saint Irénée avait déjà formulé une vérité qu'il me plaît de rappeler ici : « Là où se trouve l'Eglise, se trouve l'Esprit de Dieu, et là où se trouve l'Esprit de Dieu, là se trouve l'Eglise et chaque grâce, et l'Esprit est la vérité ; s'éloigner de l'Eglise signifie refuser l'Esprit » et donc « s'exclure de la vie » (Adv Haer. III, 24, 1). A partir de l'événement de Pentecôte se manifeste pleinement cette union entre l'Esprit du Christ et son Corps mystique, c'est-à-dire l'Eglise. Je voudrais m'arrêter sur un aspect particulier de l'action de l'Esprit Saint, c'est-à-dire sur le lien entre multiplicité et unité. C'est ce dont parle la deuxième lecture, en traitant de l'harmonie des divers charismes dans la communion du même Esprit. Mais dans le récit des Actes que nous avons écouté, ce lien se révèle déjà avec une extraordinaire évidence. Lors de l'événement de la Pentecôte il apparaît clairement que l'Eglise est faite d'une multitude de langues et de cultures différentes ; dans la foi, celle-ci  peuvent se comprendre et se féconder réciproquement. Saint Luc veut clairement transmettre une idée fondamentale, c'est-à-dire qu'au moment même de sa naissance, l'Eglise est déjà « catholique », universelle. Elle parle dès le début toutes les langues, car l'Evangile qui lui est confié est destiné à tous les peuples, selon la volonté et le mandat du Christ ressuscité (cf. Mt 28, 19). L'Eglise qui naît lors de la Pentecôte n'est pas tout d'abord une communauté particulière - l'Eglise de Jérusalem - mais l'Eglise universelle, qui parle les langues de tous les peuples. De celle-ci naîtront ensuite d'autres communautés dans toutes les parties du monde, des Eglises particulières qui sont toutes et toujours des réalisations de la seule et unique Eglise du Christ. L'Eglise catholique n'est pas cependant une fédération d'Eglises, mais une réalité unique : la priorité ontologique revient à l'Eglise universelle. Une communauté qui ne serait pas catholique en ce sens ne serait même pas une Eglise.

A cet égard, il faut ajouter un autre aspect : celui de la vision théologique des Actes des Apôtres à propos du chemin de l'Eglise de Jérusalem jusqu'à Rome. Parmi les peuples représentés à Jérusalem le jour de la Pentecôte, Luc cite également les « Romains résidant ici » (Ac 2, 10). A cette époque, Rome était encore lointaine, « étrangère » pour l'Eglise naissante : elle était le symbole du monde païen en général. Mais la force de l'Esprit Saint guidera les pas des témoins « jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8), jusqu'à  Rome. Le livre des Actes des Apôtres se termine précisément lorsque Paul, à travers un dessein providentiel, arrive dans la capitale de l'empire et y annonce l'Evangile (cf. Ac 28, 30-31). Ainsi, le chemin de la Parole de Dieu, commencé à Jérusalem, parvient à son but, car Rome représente le monde entier et incarne donc l'idée que Luc a de la catholicité. L'Eglise universelle, l'Eglise catholique, qui est la continuation du peuple de l'élection et qui en reprend l'histoire et la mission, s'est réalisée.

Cela dit, et pour conclure, l'Evangile de Jean nous offre une parole qui s'accorde très bien avec le mystère de l'Eglise créée par l'Esprit. La parole sortie à deux reprises de la bouche de Jésus ressuscité lorsqu'il apparut au milieu des disciples au Cénacle, le soir de Pâques : « Shalom - Paix à vous ! » (Jn 20, 19.21). L'expression « shalom » n'est pas un simple salut ; elle est bien davantage : elle est le don de la paix promise (Jn 14, 27) et conquise par Jésus au prix de son sang, elle est le fruit de sa victoire dans la lutte contre l'esprit du mal. Elle est donc une paix « non à la manière du monde », mais comme Dieu seul peut la donner.

En cette fête de l'Esprit et de l'Eglise nous voulons rendre grâce à Dieu d'avoir donné à son peuple, choisi et formé parmi toutes les nations, le bien inestimable de la paix, de sa paix ! Dans le même temps, nous renouvelons la prise de conscience de la responsabilité qui est liée à ce don : la responsabilité de l'Eglise d'être constitutionnellement signe et instrument de la paix de Dieu pour tous les peuples. J'ai cherché à me faire l'intermédiaire de ce message en me rendant récemment au siège de l'ONU pour adresser ma parole aux représentants des peuples. Mais ce n'est pas seulement à ces événements « au sommet » que l'on doit penser. L'Eglise réalise son service à la paix du Christ en particulier à travers sa présence et son action ordinaire parmi les hommes,  avec  la prédication de l'Evangile et avec les signes  d'amour et de miséricorde qui l'accompagnent (cf. Mc 16, 20).

Parmi ces signes, il faut naturellement souligner principalement le sacrement de la réconciliation, que le Christ ressuscité institua au moment même où il fit don aux disciples de sa paix et de son Esprit. Comme nous l'avons entendu dans l'évangile, Jésus souffla sur les apôtres et dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus » (Jn 20, 21-23). Comme le don de la réconciliation, qui n'est malheureusement pas suffisamment compris, est important, car il pacifie les cœurs ! La paix du Christ ne se répand qu'à travers des cœurs renouvelés d'hommes et de femmes réconciliés et devenus serviteurs de la justice, prêts à diffuser la paix dans le monde grâce à la seule force de la vérité, sans jamais faire de compromis avec la mentalité du monde, car le monde ne peut pas donner la paix du Christ : voilà comment l'Eglise peut-être le ferment de cette réconciliation qui vient de Dieu. Elle ne peut l'être que si elle reste docile à l'Esprit et rend témoignage à  l'Evangile, que si elle porte la Croix comme Jésus et avec lui. C'est précisément ce que témoignent les saints et les saintes de chaque époque !

Chers frères et sœurs, à  la lumière de cette Parole de vie, que la prière que nous élevons aujourd'hui à Dieu en union spirituelle avec la Vierge Marie devienne encore plus fervente et intense. Que la Vierge de l'écoute, la Mère de l'Eglise obtienne pour nos communautés et pour tous les chrétiens une effusion renouvelée de l'Esprit Saint Paraclet. « Emitte Spiritum tuum et creabuntur, et renovabis faciem terrae - Envoie ton Esprit, tout sera à nouveau créé et tu renouvelleras la face de la terre ». Amen !

[© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana - Traduction réalisée par Zenit]

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (2/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Dans la parabole des vierges sages et des vierges folles (Mt. 25, 1-13) quand ces dernières manquèrent d'huile, il leur fut dit : "Allez en acheter au marché." Mais en revenant, elles trouvèrent la porte de la chambre nuptiale close et ne purent entrer. Certains estiment que le manque d'huile chez les vierges folles symbolise l'insuffisance d'actions vertueuses faites dans le courant de leur vie. Une telle interprétation n'est pas entièrement juste. Quel manque d'actions vertueuses pouvait-il y avoir puisqu'elles étaient appelées vierges, quoique folles ? La virginité est une haute vertu, un état quasi-angélique, pouvant remplacer toutes les autres vertus. Moi, misérable, je pense qu'il leur manquait justement le Saint-Esprit de Dieu. Tout en pratiquant des vertus, ces vierges, spirituellement ignorantes, croyaient que la vie chrétienne consistait en ces pratiques. Nous avons agi d'une façon vertueuse, nous avons fait oeuvre pie, pensaient-elles, sans se soucier si, oui ou non, elles avaient reçu la grâce du Saint-Esprit. De ce genre de vie, basé uniquement sur la pratique des vertus morales, sans un examen minutieux pour savoir si elles nous apportent - et en quelle quantité - la grâce de l'Esprit de Dieu, il a été dit dans les livres patristiques : "Certaines voies qui paraissent bonnes au début conduisent à l'abîme infernal" (Pr 14, 12).

En parlant de ces vierges, Antoine le Grand dit dans ses Épîtres aux Moines :

"Beaucoup de moines et de vierges ignorent complètement la différence qui existe entre les trois volontés agissant à l'intérieur de l'homme. La première est la volonté de Dieu, parfaite et salvatrice ; la deuxième - notre volonté propre, humaine, qui, en soi, n'est ni néfaste ni salvatrice ; tandis que la troisième - diabolique - est tout à fait néfaste. C'est cette troisième volonté ennemie qui oblige l'homme soit à ne pas pratiquer la vertu du tout, soit à la pratiquer par vanité, ou uniquement pour le 'bien', et non pour le Christ. La deuxième, notre volonté propre, nous incite à satisfaire nos mauvais instincts ou, comme celle de l'ennemi, nous apprend à faire le 'bien' au nom du bien, sans se soucier de la grâce qu'on peut acquérir. Quant à la troisième volonté, celle de Dieu, salvatrice, elle consiste à nous apprendre à faire le bien uniquement dans le but d'acquérir le Saint-Esprit, trésor éternel, inépuisable, que rien au monde n'est digne d'égaler."

C'est justement la grâce du Saint-Esprit symbolisée par l'huile, qui faisait défaut aux vierges folles. Elles sont appelées "folles" parce qu'elles ne se souciaient pas du fruit indispensable de la vertu qui est la grâce de l'Esprit-Saint sans laquelle personne ne peut être sauvé, car "toute âme est vivifiée par le Saint-Esprit afin d'être illuminée par le mystère sacré de l'Unité Trinitaire" (Antienne avant l'Évangile des matines). Le Saint-Esprit lui-même vient habiter nos âmes, et cette résidence en nous du Tout-Puissant, la coexistence en nous de son Unité Trinitaire avec notre esprit ne nous est donnée qu'à condition de travailler par tous les moyens en notre pouvoir à l'obtention de cet Esprit-Saint qui prépare en nous un lieu digne de cette rencontre, selon la parole immuable de Dieu : "Je viendrai et j'habiterai en eux, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple" (Ap 3, 20 ; Jn 14, 23). C'est cela, l'huile que les vierges sages avaient dans leurs lampes, huile capable de brûler longtemps, haut et clair, permettant d'attendre l'arrivée, à minuit, de l'Époux et d'entrer, avec lui, dans la chambre nuptiale de la joie éternelle.

Quant aux vierges folles, voyant que leurs lampes risquaient de s'éteindre, elles allèrent au marché, mais n'eurent pas le temps de revenir avant la fermeture de la porte. Le marché - c'est notre vie. La porte de la chambre nuptiale, fermée et interdisant l'accès à l'Époux - c'est notre mort humaine ; les vierges - sages et folles - sont des âmes chrétiennes. L'huile ne symbolise pas nos actions, mais la grâce par l'entremise de laquelle le Saint-Esprit emplit notre être, transformant ceci en cela : le corruptible en l'incorruptible, la mort psychique en vie spirituelle, les ténèbres en lumière, l'étable où sont enchaînées, comme des bêtes, nos passions, en temple de Dieu, en chambre nuptiale où nous rencontrons Notre Seigneur, Créateur et Sauveur, Époux de nos âmes. Grande est la compassion que Dieu a pour notre malheur, c'est-à-dire pour notre négligence envers sa sollicitude. Il dit : "Je suis à la porte et je frappe..." (Ap 3, 20), entendant par "porte" le courant de notre vie pas encore arrêté par la mort.

(à suivre)

Jean Flouriot, Les vraies causes de la crise alimentaire

dominicanus #actualités
Les vraies causes de la crise alimentaireFamine ? Non, pas encore. Pour le moment, c’est la hausse des prix qui pose problème. Cette hausse est bien en relation avec une réduction des disponibilités mais il y a encore du blé, du maïs et du riz sur les marchés mondiaux. Peut-être plus très longtemps pour le riz : l’Inde et le Vietnam (premier exportateur mondial) viennent d’interdire les exportations.

La hausse des prix pèse très lourd sur les budgets de populations pour lesquelles l’alimentation représente 50 à 60 % des dépenses de consommation. Des émeutes ont éclaté dans plusieurs capitales africaines, à Haïti mais aussi aux Philippines, en Indonésie et au Pakistan.

En fait, la hausse des prix touche essentiellement les populations urbaines : les ruraux vivent le plus souvent en auto-subsistance et pourraient bien profiter de cette hausse s’ils arrivent à approvisionner les marchés urbains. Malheureusement, au moins en Afrique ou à Haïti, les modes traditionnels de production ne permettront pas une réponse rapide à la demande.


Contrevérités

La crise alimentaire est l’occasion d’énoncer un bon nombre de contrevérités ou d’approximations qui n’aideront pas à la résoudre. Évidemment, les principaux responsables de la crise, les gouvernants, rejettent sur l’extérieur la responsabilité de la situation. On accuse d’abord les subventions des pays du Nord à leurs agriculteurs : à part le coton, très largement subventionné aux États-Unis, on ne voit pas très bien quelles productions du Nord sont en concurrence avec des productions du Sud, et le coton n’est pas une culture vivrière. Les subventions à nos agriculteurs affectent la concurrence avec l’Australie, l’Argentine ou les États-Unis mais pas l’Afrique ou Haïti. Nous sommes en train de réduire notre production de sucre de betterave pour laisser toute sa place à la production issue de la canne.

Une autre rengaine concerne la place primordiale donnée aux cultures d’exportation : le coton, le café, le cacao expulseraient la production vivrière. C’est tout le contraire. Le développement des cultures d’exportation s’accompagne presque partout d’une croissance de la production vivrière car celle-ci profite des techniques nouvelles et bénéficie du détournement d’une partie des intrants des cultures de rente.

Les pays du Nord seraient aussi responsables des changements de comportement alimentaire privilégiant des produits importés. Le père de La Morandais est même allé jusqu’à dire que les Sénégalais consommaient du riz parce que la France écoulait en Afrique les surplus de la production indochinoise (I-Télé, 20/04/08) ! La France a quitté l’Indochine en 1954… et le riz est une production traditionnelle de l’Afrique, mais ses méthodes de culture et sa production n’ont rien à voir avec ce qui se fait en Asie. Les enquêtes de consommation faites dans les villes africaines montrent effectivement qu’on y consomme des produits importés mais elles montrent surtout la remarquable permanence des préparations culinaires traditionnelles.

Enfin on accuse aussi les bio carburants. Le colza n’est pourtant pas un produit vivrier… Il est vrai que la production d’éthanol absorbe 20 % de la production de maïs des États-Unis et cela influence le marché mexicain. Mais pourquoi le Mexique a-t-il besoin du maïs des États-Unis ? En Asie, la production des bio carburants fait appel à l’huile de palme qui est aussi un produit vivrier et la concurrence est réelle. Elle ne l’est ni sur le riz, ni sur le blé, ni sur le lait…


La mauvaise gouvernance

La crise alimentaire tient avant tout à la mauvaise « gouvernance ». Les gouvernants africains n’ont prêté aucune attention à leurs populations rurales : ils sont sous la pression des populations urbaines (encore minoritaires) et les bas prix des marchés mondiaux les arrangeaient bien. Et ce d’autant plus que les importateurs de produits vivriers sont le plus souvent proches des gouvernants auxquels ils versent de confortables commissions.

Il faudra longtemps pour que les productions locales satisfassent la totalité de la demande urbaine. Le développement d’une agriculture productive est une affaire de longue haleine et qui exige un marché protégé au moins pendant un certain temps.

Comme nous l’avons déjà indiqué précédemment (Les bio-carburants vont-ils affamer le tiers-monde ? Décryptage, 6 juillet 2007), la crise a des raisons conjoncturelles mais surtout structurelles. L’amélioration du bol alimentaire des populations des pays émergeants en est la principale cause. Et cela fait plusieurs années que la FAO tire la sonnette d’alarme : nos propres gouvernants n’y ont pas prêté grande attention. Le prix du lait (dont la production était limitée par des quotas) était descendu si bas que beaucoup d’éleveurs se sont détournés d’une production qui n’assurait que de médiocres revenus. Aujourd’hui, il faut reconstituer les troupeaux et c’est une affaire de plusieurs années. Il n’est pas étonnant que les produits laitiers soient les plus touchés par la hausse des prix.

Faut-il craindre des famines ? Peut-être, mais pas à cause de la nature.

Sylvie Brunel, agrégée de géographie, docteur en économie, a travaillé plus de vingt ans au sein de l'ONG Action contre la Faim. Son livre Famines et Politique (Presses de Sciences Po) fait une analyse des grandes famines du XXe siècle et en dresse une typologie. Qu'en ressort-il ? Que les conditions naturelles peuvent réduire de façon dramatique les approvisionnements mais que les famines, elles, sont dues à l'incapacité des politiques à faire face aux évènements.

Soit les gouvernements n'ont pas mis en place les politiques favorables à la production, soit ils n'ont pas anticipé les évènements, soit, ils « utilisent » les évènements pour attirer la manne humanitaire qu'ils confisquent à leur profit personnel, ou encore ils ont provoqué la famine pour faire disparaître leurs opposants réels ou supposés, le pire exemple dans ce genre étant la famine imposée à l’Ukraine par le régime soviétique dans les années trente.

La Terre est tout à fait capable de nourrir ses habitants. Mais encore faut-il la gérer dans le respect de la volonté du Créateur. « Cherchez le Royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît. » (à suivre)



Pour en savoir plus :
■ Sylvie Brunel, Famines et Politiques, Presses de Sciences Po, 2007
 
(Source : Décryptage)

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