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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Blaise Pascal, Trois discours sur la condition des grands (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Second discours

    Il est bon, Monsieur, que vous sachiez ce que l'on vous doit, afin que vous ne prétendiez pas exiger des hommes ce qui ne vous est pas dû; car c'est une injustice visible: et cependant elle est fort commune à ceux de votre condition, parce qu'ils en ignorent la nature.

    Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs; car il y a des grandeurs d'établissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d'établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects. Les dignités et la noblesse sont de ce genre. En un pays on honore les nobles, en l'autre les roturiers, en celui-ci les aînés, en cet autre les cadets. Pour quoi cela? Parce qu'il a plu aux hommes. La chose était indifférente avant l'établissement: après l'établissement elle devient juste, parce qu'il est injuste de la troubler

    Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes, parce qu'elles consistent dans des qualités réelles et effectives de l'âme ou du corps, qui rendent l'une ou l'autre plus estimable, comme les sciences, la lumière de l'esprit, la vertu, la santé, la force. Nous devons quelque chose à l'une et à l'autre de ces grandeurs; mais comme elles sont d'une nature différente, nous leur devons aussi différents respects.

    Aux grandeurs d'établissement, nous leur devons des respects d'établissement, c'est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent être néanmoins accompagnées, selon la raison, d'une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quelque qualité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut parler aux rois à genoux; il faut se tenir debout dans la chambre des princes. C'est une sottise et une bassesse d'esprit que de leur refuser ces devoirs

    Mais pour les respects naturels qui consistent dans l'estime, nous ne les devons qu'aux grandeurs naturelles; et nous devons au contraire le mépris et l'aversion aux qualités contraires à ces grandeurs naturelles. Il n'est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime; mais il est nécessaire que je vous salue. Si vous êtes duc et honnête homme, je rendrai ce que je dois à l'une et à l'autre de ces qualités. Je ne vous refuserai point les cérémonies que mérite votre qualité de duc, ni l'estime que mérite celle d'honnête homme. Mais si vous étiez duc sans être honnête homme, je vous ferais encore justice; car en vous rendant les devoirs extérieurs que l'ordre des hommes a attachés à votre naissance, je ne manquerais pas d'avoir pour vous le mépris intérieur que mériterait la bassesse de votre esprit.

    Voilà en quoi consiste la justice de ces devoirs. Et l'injustice consiste à attacher les respects naturels aux grandeurs d'établissement, ou à exiger les respects d'établissement pour les grandeurs naturelles. M. N... est un plus grand géomètre que moi; en cette qualité il veut passer devant moi: je lui dirai qu'il n'y entend rien. La géométrie est une grandeur naturelle; elle demande une préférence d'estime, mais les hommes n'y ont attaché aucune préférence extérieure. Je passerai donc devant lui, et l'estimerai plus que moi, en qualité de géomètre. De même si, étant duc et pair, vous ne vous contentez pas que je me tienne découvert devant vous, et que vous voulussiez encore que je vous estimasse, je vous prierais de me montrer les qualités qui méritent mon estime. Si vous le faisiez, elle vous est acquise, et je ne vous la pourrais refuser avec justice; mais si vous ne le faisiez pas, vous seriez injuste de me la demander, et assurément vous n'y réussirez pas, fussiez-vous le plus grand prince du monde.


Cinquième jour du pape aux États-Unis. L'homélie au cœur de Manhattan et la rencontre avec les jeunes

dominicanus #actualités

Une "nouvelle Pentecôte de l'Eglise en Amérique": c'est le rêve de Benoît XVI. Pour l'expliquer, il s'inspire du "pur style gothique" de l'église où il dit la messe. Et aux jeunes, il donne cette consigne: suivez l'exemple des saints

par Sandro Magister

 



ROMA, le 21 avril 2008 – Le cinquième jour de Benoît XVI aux Etats-Unis a été marqué par deux temps forts: la célébration de la messe à la cathédrale Saint-Patrick, à New York, et la rencontre avec des milliers de jeunes gens candidats au sacerdoce et à la vie religieuse, au tout proche séminaire Saint-Joseph.

Des trois messes publiques de Benoît XVI pendant son voyage aux Etats-Unis, c’est la seule qui ait été célébrée dans une église. Un choix inhabituel: lors des voyages pontificaux, les célébrations ont presque toujours lieu à l’extérieur, en raison des grandes foules qui y assistent. Mais l'exception a été voulue par le pape lui-même. Et il a évoqué les raisons de ce choix dans son homélie.

Le pape, s’adressant aux prêtres, religieux et religieuses qui remplissaient l’église – il a souhaité leur présence à la célébration en tant qu’acteurs de la "nouvelle Pentecôte de l’Eglise en Amérique" qu’il appelle de ses vœux – a construit une bonne partie de son homélie en se référant au "pur style gothique" de la cathédrale historique de New York: à ses vitraux, à son architecture, à son élan vertical. Ces éléments architecturaux l’ont inspiré pour l’appel à un engagement renouvelé à se convertir et à évangéliser qu’il a adressé à l’assistance.

Dans un passage de son homélie, Benoît XVI a parlé pour la quatrième fois de la tragédie des abus sexuels sur mineurs commis par des hommes d’Eglise, invitant l’assistance à prier avec lui "pour que cette période soit un temps de purification [...] et de guérison".

A ce sujet, quelques détails ont filtré sur la rencontre – le 17 avril, dans la chapelle de la nonciature à Washington – entre le pape et cinq hommes et femmes victimes d’abus. Volontairement, la rencontre n’avait pas été annoncée et a eu lieu à l’abri des caméras de télévision. Mais certains participants ont ensuite indiqué qu’ils avaient eu une opinion très positive du geste du pape. L’un d’eux, Olan Horne, a dit s’être rendu à la rencontre plein de rancœur mais en être sorti rasséréné. "Aujourd’hui mon espérance a été régénérée", a-t-il déclaré à Radio Vatican.

Dans l’après-midi du samedi 19 avril, Benoît XVI s’est ensuite rendu au séminaire Saint-Joseph, à Yonkers, dans la banlieue de New York, pour parler à des milliers de jeunes candidats au sacerdoce et à la vie religieuse. Cette rencontre aussi a été imposée par le pape lui-même dans le programme du voyage.

A ses jeunes auditeurs, Benoît XVI a dicté un programme de vie chrétienne très chargé, sans réductions. Et il leur a donné rendez-vous à Sydney, en juillet, pour la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse.

Ils ont répondu avec enthousiasme. De même, les New Yorkais s’étaient montrés très chaleureux avec le pape, le matin, lors qu’il a parcouru la Cinquième Avenue pour se rendre à la cathédrale Saint-Patrick.

Les comptes-rendus que les médias font du voyage pontifical s’avèrent également plus favorables que prévu.

Voici donc ci-dessous les principaux passages de l'homélie prononcée à la cathédrale Saint-Patrick et du discours adressé aux jeunes.


Une nouvelle Pentecôte de l’Eglise en Amérique
par Benoît XVI

New York, homélie de la messe à la cathédrale Saint-Patrick, samedi 19 avril 2008


Chers frères et sœurs dans le Christ, [...] je voudrais attirer votre attention sur quelques caractéristiques de cette magnifique église. Je crois que cela peut servir de point de départ pour une réflexion sur nos vocations particulières au sein de l’unité du Corps mystique.

La première caractéristique concerne les vitraux historiés qui inondent l’intérieur d’une lumière mystique. Vus de l’extérieur, ces vitraux paraissent sombres, lourds, et même lugubres. Mais quand on entre dans l’église, ils prennent vie d’un seul coup; grâce à la lumière qui les traverse, ils révèlent toute leur splendeur. Beaucoup d’écrivains – ici en Amérique on peut penser à Nathaniel Hawthorne – ont utilisé l’image des vitraux pour expliquer le mystère de l’Eglise elle-même. Ce n’est que de l’intérieur, par l’expérience de la foi et de la vie ecclésiale, que nous voyons l’Eglise comme elle est vraiment: inondée de grâce, éblouissante de beauté, ornée des multiples dons du Saint-Esprit. En conséquence, nous, qui vivons la vie de grâce dans la communion de l’Eglise, nous sommes appelés à attirer le monde entier à l’intérieur de ce mystère de lumière.

Ce n’est pas une tâche facile dans un monde qui peut être enclin à regarder l’Eglise, comme ces vitraux, “de l’extérieur”: un monde qui ressent un besoin profond de spiritualité, mais trouve difficile d’“entrer dans” le mystère de l’Eglise. Même pour certains d’entre nous qui sommes à l’intérieur, la lumière de la foi peut être affaiblie par la routine et la splendeur de l’Eglise être obscurcie par les péchés et les faiblesses de ses membres. [...]

Mais la parole de Dieu nous rappelle que, par la foi, nous voyons les cieux ouverts et la grâce de l’Esprit Saint qui éclaire l’Eglise et apporte une espérance certaine à notre monde. “Seigneur, mon Dieu”, chante le psalmiste, “si tu envoies ton Esprit, ils sont créés et tu renouvelles la face de la terre” (Ps 104,30). Ces mots évoquent la création initiale du monde, quand “l’Esprit de Dieu planait sur les eaux” (Gn 1,2). Et ils dirigent notre regard vers la nouvelle création, à la Pentecôte, quand le Saint-Esprit est descendu sur les Apôtres et a instauré l’Eglise comme prémices de l’humanité rachetée (cf. Jn 20,22-23). Ces mots nous exhortent à une foi de plus en plus profonde dans le pouvoir infini qu’a Dieu de transformer toute situation humaine, de créer de la vie à partir de la mort et d’éclairer même la nuit la plus obscure. Et ils nous font penser à une autre phrase, très belle, de saint Irénée: “Là où est l’Eglise, là est l’Esprit de Dieu; là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Eglise et toute grâce” (Adv. Haer. III, 24,1).

Cela me conduit à une autre réflexion sur l’architecture de cette église. Comme toutes les cathédrales gothiques, c’est une structure très complexe, dont les proportions précises et harmonieuses symbolisent l’unité de la création de Dieu. Les artistes médiévaux représentent souvent le Christ, Parole créatrice de Dieu, comme un “géomètre” céleste, tenant le compas en main, qui ordonne le cosmos avec infiniment de sagesse et de détermination. Est-ce qu’une telle image ne nous fait pas penser à notre besoin de voir toutes les choses avec les yeux de la foi, pour pouvoir les comprendre dans leur perspective la plus vraie, dans l’unité du plan éternel de Dieu? Cela demande, comme on le sait, une conversion constante et l’engagement de “nous renouveler par une transformation spirituelle de notre jugement” (cf. Ep 4,23), pour acquérir une mentalité nouvelle et spirituelle. Cela exige aussi de développer ces vertus qui permettent à chacun de nous de progresser dans la sainteté et de porter des fruits spirituels dans notre vie personnelle. Cette conversion “intellectuelle” constante n’est-elle pas aussi nécessaire que la conversion “morale” pour que nous progressions dans la foi, pour que nous discernions les signes des temps et pour que nous contribuions personnellement à la vie et à la mission de l’Eglise? [...]

Ici, dans le contexte de notre besoin d’une perspective fondée sur la foi ainsi que d’unité et de collaboration dans le travail d’édification de l’Eglise, je voudrais dire un mot des abus sexuels qui ont provoqué tant de souffrances. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler ainsi que des dommages qui en résultent pour la communauté des fidèles. Je voudrais simplement vous assurer, chers prêtres et religieux, que je suis proche de vous spirituellement, tandis que vous cherchez à répondre avec une espérance chrétienne aux défis continus que crée cette situation. Je m’unis à vous dans la prière pour que cette période soit un temps de purification pour chacun de vous et pour chaque Eglise ou communauté religieuse, pour que ce soit un temps de guérison. Je vous encourage aussi à collaborer avec vos Evêques qui continuent à travailler efficacement pour résoudre ce problème. Que le Seigneur Jésus-Christ donne à l’Eglise en Amérique un sens renouvelé de l’unité et de la décision, alors que tous – Evêques, clergé, religieux, religieuses et laïcs – marchent dans l’espérance et dans l’amour les uns des autres et de la vérité.

Chers amis, ces considérations me conduisent à une dernière observation à propos de cette grande cathédrale où nous nous trouvons. L’unité d’une cathédrale gothique, nous le savons, n’est pas l’unité statique d’un temple classique, mais une unité née de la tension dynamique de forces diverses qui poussent l’architecture vers le haut et l’orientent vers le ciel. Là aussi on peut voir un symbole de l’unité de l’Eglise qui est celle – comme l’a dit saint Paul – d’un corps vivant composé de nombreux membres différents, chacun d’eux ayant son rôle et sa décision. Ici encore nous voyons qu’il faut reconnaître et respecter les dons de chaque membre du corps comme “des manifestations de l’Esprit en vue du bien commun” (1 Cor 12,7). Certes, dans la structure de l’Eglise voulue par Dieu, il faut distinguer les dons hiérarchiques des dons charismatiques (cf. Lumen gentium, 4). Mais justement la variété et la richesse des grâces données par l’Esprit nous invitent constamment à discerner comme ces dons doivent être mis correctement au service de la mission de l’Eglise. [...]

Chers frères et sœurs, [...] les sommets des tours de la cathédrale Saint-Patrick sont largement dépassés par les gratte-ciel de Manhattan, mais ils sont, au cœur de cette métropole affairée, un signe vivant de la nostalgie qui pousse constamment l’esprit humain à s’élever vers Dieu. Par cette célébration eucharistique, nous voulons remercier le Seigneur parce qu’il nous permet de le reconnaître dans la communion de l’Eglise et de collaborer avec Lui, en édifiant son Corps mystique et en portant sa parole salvatrice comme une bonne nouvelle aux hommes et aux femmes de notre temps. Et quand nous sortirons de cette grande église, allons comme des hérauts de l’espérance au milieu de cette ville et dans tous les lieux où la grâce de Dieu nous a placés. De cette façon l’Eglise connaîtra en Amérique un nouveau printemps dans l’Esprit et indiquera le chemin vers cette autre ville plus grande, la nouvelle Jérusalem, dont la lumière est l’Agneau (cf. Ap 21,23). Parce que Dieu prépare maintenant un festin de joie et de vie sans fin pour tous les peuples. Amen.

"Montrez au monde la raison d’espérer qui est en vous"
par Benoît XVI

New York, aux jeunes réunis au Séminaire Saint-Joseph, samedi 19 avril 2008


Chers jeunes amis, [...] mes années de jeunesse ont été gâchées par un régime désastreux qui croyait connaître toutes les réponses; son influence a augmenté – pénétrant dans les écoles et dans les organismes civils mais aussi dans la politique et même dans la religion – avant d’être pleinement reconnu pour la monstruosité qu’il était. Il avait banni Dieu, ce qui l’a rendu inaccessible à tout ce qui était vrai et bon. Les parents et grands-parents de beaucoup d’entre vous vous auront raconté l’horreur de la destruction qui a suivi. Certains d’entre eux, d’ailleurs, sont venus en Amérique justement pour fuir cette terreur.

Remercions Dieu de ce que, aujourd’hui, beaucoup de gens de votre génération sont en mesure de jouir de libertés qui sont apparues grâce à la diffusion de la démocratie et du respect des droits de l’homme. [...]

Mais le pouvoir de détruire subsiste. Soutenir le contraire serait se mentir à soi-même. Mais il ne triomphera jamais; il a été vaincu. C’est là l’essence de l’espérance qui nous distingue en tant que chrétiens; l’Eglise le rappelle de manière très dramatique pendant le Triduum Pascal et le célèbre avec une grande joie au Temps Pascal! Celui qui nous indique le chemin au-delà de la mort est Celui qui nous indique comment surmonter la destruction et l’angoisse: c’est donc Jésus qui est le vrai maître de vie (cf. Spe salvi, 6). Sa mort et sa résurrection signifient que nous pouvons dire au Père céleste: “Tu as renouvelé le monde” (Vendredi Saint, Prière après la communion). Voilà pourquoi, il y a quelques semaines, pendant la si belle liturgie de la Veillée Pascale, ce n’est pas par désespoir ou angoisse, mais avec une foi pleine d’espérance, que nous avons crié à Dieu en faveur de notre monde: "Dissipe les ténèbres de notre cœur! Dissipe les ténèbres de notre esprit!" (cf. Prière pendant l’allumage du cierge pascal).

Que peuvent être ces ténèbres? Que se passe-t-il quand les gens, surtout les plus vulnérables, rencontrent le poing fermé de la répression ou de la manipulation au lieu de la main tendue de l’espérance?

Le premier groupe d’exemples appartient au cœur. Là, les rêves et les désirs des jeunes peuvent être très facilement brisés et détruits. Je pense à tous ceux qui sont victimes de la consommation de drogue et de stupéfiants, du manque de logement et de la pauvreté, du racisme, de la violence et de la déchéance – en particulier les jeunes filles et les femmes. Les causes de ces situations problématiques sont complexes, mais elles ont toutes en commun une attitude mentale empoisonnée qui aboutit à traiter les personnes comme de simples objets. On voit ainsi apparaître une insensibilité de cœur qui ignore d’abord et méprise ensuite la dignité donnée par Dieu à tout être humain. [...]

Bien souvent, la seconde zone de ténèbres – celles qui affectent l’esprit – n’est pas ressentie, ce qui la rend particulièrement dangereuse. [...] La liberté est une valeur délicate. Elle peut être mal comprise ou mal utilisée. Dans ce cas, elle ne conduit pas au bonheur que nous en attendons tous, mais à une sombre situation de manipulation, dans laquelle notre compréhension de nous-mêmes et du monde devient confuse ou même déformée par ceux qui ont un projet secret.

Avez-vous remarqué combien il était fréquent que la revendication de la liberté s’exprime sans jamais faire référence à la vérité de l’être humain? Aujourd’hui, il y a des gens qui affirment que le respect de la liberté de l’individu rend injuste la recherche de la vérité, y compris la vérité sur ce qu’est le bien. Dans certains milieux, parler de vérité est considéré comme générateur de discussions ou de divisions et donc à faire plutôt en privé. Et à la place de la vérité – ou plutôt de son absence – l’idée s’est répandue que, en valorisant tout indistinctement, on obtient la liberté et on libère la conscience. C’est ce que nous appelons le relativisme. Mais à quoi sert une “liberté” qui, négligeant la vérité, s’attache à ce qui est faux ou injuste? A combien de jeunes a été tendue une main qui, au nom de la liberté ou de l’expérience, les a conduits à la dépendance vis-à-vis des stupéfiants, à la confusion morale ou intellectuelle, à la violence, à la perte du respect de soi-même, jusqu’au désespoir et par là, hélas, au suicide? Chers amis, la vérité n’est pas quelque chose que l’on impose. Ce n’est pas non plus un simple ensemble de règles. C’est la découverte de Quelqu’un qui ne nous trahit jamais; de Quelqu’un à qui nous pouvons toujours faire confiance. En cherchant la vérité, nous arrivons à vivre en nous appuyant sur la foi parce qu’en définitive, la vérité est une personne: Jésus-Christ. Voilà pourquoi la vraie liberté consiste à choisir non pas de “se dégager de” mais de “s’engager à”; rien de moins que de sortir de soi-même et accepter d’entrer dans l’“être pour les autres” du Christ (cf. Spe salvi, 28).
...

(Autres passages du discours du pape seront bientôt disponibles)


Le programme et les documents du voyage de Benoît XVI, sur le site du Vatican:

> Voyage aux Etats-Unis et visite à l'ONU, 15-21 avril 2008


Le voyage du pape sur le site de la conférence des évêques des Etats-Unis:

> Christ Our Hope

Et sur le site de l’agence de presse de la conférence, Catholic News Service:

> Visit to America




Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France. (19.4.2008) (17.4.2008)

(Source : www.chiesa)

Blaise Pascal, Trois discours sur la condition des grands (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Premier discours : Pour entrer dans la véritable connaissance de votre condition, considérez-la dans cette image.


    Un homme est jeté par la tempête dans une île inconnue, dont les habitants étaient en peine de trouver leur roi, qui s'était perdu; et, ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualité par tout ce peuple. D'abord il ne savait quel parti prendre; mais il se résolut enfin de se prêter à sa bonne fortune. Il reçut tous les respects qu'on lui voulut rendre, et il se laissa traiter de roi.

    Mais comme il ne pouvait oublier sa condition naturelle, il songeait, en même temps qu'il recevait ces respects, qu'il n'était pas ce roi que ce peuple cherchait, et que ce royaume ne lui appartenait pas. Ainsi il avait une double pensée: l¹une par laquelle il agissait en roi, l'autre par laquelle il reconnaissait son état véritable, et que ce n'était que le hasard qui l'avait mis en place où il était. Il cachait cette dernière pensée et il découvrait l'autre. C'était par la première qu'il traitait avec le peuple, et par la dernière qu'il traitait avec soi-même.

    Ne vous imaginez pas que ce soit par un moindre hasard que vous possédez les richesses dont vous vous trouvez maître, que celui par lequel cet homme se trouvait roi. Vous n'y avez aucun droit de vous-même et par votre nature, non plus que lui: et non seulement vous ne vous trouvez fils d'un duc, mais vous ne vous trouvez au monde, que par une infinité de hasards. Votre naissance dépend d'un mariage, ou plutôt de tous les mariages de ceux dont vous descendez. Mais d'où ces mariages dépendent- ils? D'une visite faite par rencontre, d'un discours en l'air, de mille occasions imprévues.

    Vous tenez, dites-vous, vos richesses de vos ancêtres, mais n'est-ce pas par mille hasards que vos ancêtres les ont acquises et qu'ils les ont conservées? Vous imaginez-vous aussi que ce soit par quelque loi naturelle que ces biens ont passé de vos ancêtres à vous? Cela n'est pas véritable. Cet ordre n'est fondé que sur la seule volonté des législateurs qui ont pu avoir de bonnes raisons, mais dont aucune n'est prise d'un droit naturel que vous ayez sur ces choses. S'il leur avait plu d'ordonner que ces biens, après avoir été possédés par les pères durant leur vie, retourneraient à la république après leur mort, vous n'auriez aucun sujet de vous en plaindre.

    Ainsi tout le titre par lequel vous possédez votre bien n'est pas un titre de nature, mais d'un établissement humain. Un autre tour d'imagination dans ceux qui ont fait les lois vous aurait rendu pauvre; et ce n'est que cette rencontre du hasard qui vous a fait naître, avec la fantaisie des lois favorables à votre égard, qui vous met en possession de tous ces biens.

    Je ne veux pas dire qu'ils ne vous appartiennent pas légitimement, et qu'il soit permis à un autre de vous les ravir; car Dieu, qui en est le maître, a permis aux sociétés de faire des lois pour les partager; et quand ces lois sont une fois établies, il est injuste de les violer. C'est ce qui vous distingue un peu de cet homme qui ne posséderait son royaume que par l'erreur du peuple, parce que Dieu n'autoriserait pas cette possession et l'obligerait à y renoncer, au lieu qu'il autorise la vôtre Mais ce qui vous est entièrement commun avec lui, c'est que ce droit que vous y avez n'est point fondé, non plus que le sien, sur quelque qualité et sur quelque mérite qui soit en vous et qui vous en rende digne. Votre âme et votre corps sont d'eux-mêmes indifférents à l'état de batelier ou à celui de duc, et il n'y a nul lien naturel qui les attache à une condition plutôt qu'à une autre.

    Que s'ensuit-il de là? Que vous devez avoir, comme cet homme dont nous avons parlé, une double pensée; et que si vous agissez extérieurement avec les hommes selon votre rang, vous devez reconnaître, par une pensée plus cachée mais plus véritable, que vous n'avez rien naturellement au-dessus d'eux. Si la pensée publique vous élève au-dessus du commun des hommes, que l'autre vous abaisse et vous tienne dans une parfaite égalité avec tous les hommes; car c'est votre état naturel.

    Le peuple qui vous admire ne connaît pas peut-être ce secret. Il croit que la noblesse est une grandeur réelle et il considère presque les grands comme étant d'une autre nature que les autres. Ne leur découvrez pas cette erreur, si vous voulez; mais n'abusez pas de cette élévation avec insolence, et surtout ne vous méconnaissez pas vous-même en croyant que votre être a quelque chose de plus élevé que celui des autres.

    Que diriez-vous de cet homme qui aurait été fait roi par l'erreur du peuple, s'il venait à oublier tellement sa condition naturelle, qu'il s'imaginât que ce royaume lui était dû, qu'il le méritait et qu'il lui appartenait de droit? Vous admireriez sa sottise et sa folie. Mais y en a-t-il moins dans les personnes de condition qui vivent dans un si étrange oubli de leur état naturel?

    Que cet avis est important! Car tous les emportements, toute la violence et toute la vanité des grands vient de ce qu'ils ne connaissent point ce qu'ils sont: étant difficile que ceux qui se regarderaient intérieurement comme égaux à tous les hommes, et qui seraient bien persuadés qu'ils n'ont rien en eux qui mérite ces petits avantages que Dieu leur a donnés au-dessus des autres, les traitassent avec insolence. Il faut s'oublier soi-même pour cela, et croire qu'on a quelque excellence réelle au-dessus d'eux, en quoi consiste cette illusion que je tâche de vous découvrir.

Quatrième jour du pape aux États-Unis. Benoît XVI explique pourquoi les chrétiens sont si divisés

dominicanus #actualités
Parce qu'ils se conforment au monde. Et qu'au lieu de prêcher la vérité objective de la foi, ils incitent à choisir la communauté qui correspond le mieux aux goûts de chacun. Le discours choc que le pape a lu aux représentants de l'œcuménisme.

par Sandro Magister


ROMA, le 20 avril 2008 – Indiscutablement, le moment clou de la quatrième journée de Benoît XVI aux Etats-Unis a été son discours à l'assemblée générale des Nations Unies.

Www.chiesa l'a immédiatement mis en ligne, en quatre langues, tout de suite après que le pape l'eut prononcé.

Mais, dans l’après-midi de ce même vendredi 18 avril, à New York, le pape a accompli deux autres gestes.

Le premier a été une visite à la synagogue de Park East, dirigée par le rabbin Arthur Schneier, à la veille de la Pâque juive (photo).

Le second a été une rencontre œcuménique, à l’église Saint-Joseph, avec 250 représentants d’une dizaine de confessions chrétiennes.

Pendant cette rencontre, Benoît XVI a adressé à l’assistance, à la fin de la liturgie de la Parole, un discours tout à fait insolite dans de telles assemblées. A vrai dire, très nouveau même par rapport à de précédentes interventions du pape Ratzinger sur l’œcuménisme.

Selon Benoît XVI, si la chrétienté est tellement divisée, c’est dû à une rivalité réciproque, faite d’"actions prophétiques" qui visent à se différencier et à se séparer de la "communion avec l’Eglise de tous les temps" mais aussi à "une approche relativiste de la doctrine chrétienne semblable à celle que l’on trouve dans les idéologies sécularisées".

C’est pourquoi, au lieu de prêcher Jésus-Christ et "Jésus-Christ crucifié" (1 Cor 2, 2) – c’est-à-dire "la vérité objective" de la foi apostolique – beaucoup de chrétiens des diverses dénominations préfèrent inciter chacun à suivre sa conscience et à choisir la communauté qui correspond le mieux à ses goûts personnels.

D’après Benoît XVI, cette réticence à affirmer la place centrale de la doctrine "par crainte qu’elle ne fasse qu’aggraver les blessures de la division au lieu de les soigner" existe même au sein du mouvement œcuménique.

En revanche, voici l'appel du pape.

"Ce n’est qu’en 'gardant fermement' l’enseignement sûr (cf. 2 Ts 2, 15) que nous réussirons à faire face aux défis que nous sommes appelés à relever dans un monde qui change. Ce n’est qu’ainsi que nous donnerons un témoignage ferme de la vérité de l’Evangile et de son enseignement moral. Voilà le message que le monde attend de nous".

Un appel qui est encore plus actuel "précisément au moment où le monde est désorienté et a besoin de témoignages communs et convaincants sur le pouvoir salvateur de l’Evangile (cf. Rm 1, 18-23)".

On trouvera ci-dessous les principaux passages du discours du pape:


Sur la fragmentation des communautés chrétiennes
par Benoît XVI

New York, rencontre œcuménique à l’église Saint-Joseph, vendredi 18 avril 2008


[...] Trop souvent, les non-chrétiens qui observent la fragmentation des communautés chrétiennes restent à juste titre perplexes quant au message même de l’Evangile. Les croyances et comportements chrétiens fondamentaux sont parfois modifiés au sein des communautés par ce qu’on appelle des "actions prophétiques" fondées sur une herméneutique qui n’est pas toujours en accord avec ce que disent l’Ecriture et la Tradition. En conséquence les communautés renoncent à agir comme un corps uni et préfèrent au contraire opérer selon le principe des "options locales". En agissant ainsi, on perd quelque part le besoin d’une koinonia diachronique – la communion avec l’Eglise de tous les temps – précisément au moment où le monde est désorienté et a besoin de témoignages communs et convaincants sur le pouvoir salvateur de l’Evangile (cf. Rm 1, 18-23).

Face à ces difficultés, nous devons en premier lieu nous rappeler que l’unité de l’Eglise découle de la parfaite unité de la Trinité. L’Evangile de Jean nous dit que Jésus a prié son Père pour que ses disciples puissent être un, "comme tu es en moi et moi en toi" (cf. Jn 17, 21). Ce passage reflète la ferme conviction de la communauté chrétienne des origines que son unité était le fruit et le reflet de l’unité du Père, du Fils et du Saint Esprit. Cela montre, à son tour, que la cohésion des croyants entre eux était fondée sur la pleine intégrité de la confession de leur credo (cf. 1 Tm 1, 3-11). Dans tout le Nouveau Testament nous voyons que les Apôtres ont été à de nombreuses reprises appelés à rendre raison de leur foi tant aux Gentils (cf. Ac 17, 16-34) qu’aux Juifs (cf. Ac 4, 5-22; 5, 27-42). Le noyau central de leur argumentation a toujours été le fait historique de la résurrection physique du Seigneur hors du tombeau (Ac 2, 24,32; 3, 15; 4,10; 5,30; 10,40; 13,30). L’efficacité ultime de leur prédication ne dépendait pas d’un "langage recherché" ou d’une "sagesse humaine" (1 Cor 2, 13), mais plutôt de l’action de l’Esprit (Ep 3, 5) qui confirmait le témoignage autorisé des Apôtres (cf. 1 Cor 15, 1-11). Le noyau de la prédication de Paul et de l’Eglise des origines n’était autre que Jésus-Christ, et "Jésus crucifié" (1 Cor 2, 2). Et cette proclamation devait être garantie par la pureté de la doctrine normative exprimée dans les formules de foi – les symboles – qui structuraient l’essence de la foi chrétienne et constituaient le fondement de l’unité des baptisés (cf. 1 Cor 15,3-5; Ga 1,6-9; Unitatis redintegratio, 2).

Mes chers amis, la force du kérygme n’a rien perdu de son dynamisme intérieur. Nous devons pourtant nous demander si sa pleine vigueur n’a pas été atténuée par une approche relativiste de la doctrine chrétienne semblable à celle que nous trouvons dans les idéologies sécularisées; soutenant que seule la science est "objective", elles relèguent complètement la religion dans la sphère subjective du sentiment de l’individu. Les découvertes scientifiques et leurs réalisations grâce au génie humain offrent sans doute à l’humanité de nouvelles possibilités d’amélioration. Cela ne signifie pas, toutefois, que le "connaissable" soit limité à ce qui est vérifiable empiriquement, ni que la religion soit limitée au monde changeant de l’"expérience personnelle".

Accepter cette façon de penser erronée amènerait les chrétiens à conclure que, dans la présentation de la foi chrétienne, il n’est pas nécessaire de souligner la vérité objective, parce que l’on doit seulement suivre sa conscience et choisir la communauté qui correspond le mieux à ses goûts personnels. On voit le résultat dans la prolifération continue de communautés qui évitent souvent d’avoir des structures institutionnelles et qui minimisent l’importance du contenu doctrinal pour la vie chrétienne.

Même au sein du mouvement œcuménique les chrétiens peuvent se montrer réticents à affirmer le rôle de la doctrine par crainte qu’il ne fasse qu’aggraver les blessures de la division au lieu de les soigner. Malgré cela, un témoignage clair et convaincant sur le salut opéré pour nous en Jésus-Christ doit être fondé sur la notion d’enseignement apostolique normatif – un enseignement qui souligne vraiment la parole inspirée de Dieu et soutient la vie sacramentelle des chrétiens d’aujourd’hui.

Ce n’est qu’en "gardant fermement" l’enseignement sûr (cf. 2 Ts 2, 15) que nous réussirons à faire face aux défis que nous sommes appelés à relever dans un monde qui change. Ce n’est qu’ainsi que nous donnerons un témoignage ferme de la vérité de l’Evangile et de son enseignement moral. Voilà le message que le monde attend de nous. Comme les premiers chrétiens, nous avons la responsabilité de donner un témoignage transparent des "raisons de notre espérance", afin que les yeux de tous les hommes de bonne volonté puissent s’ouvrir pour voir que Dieu a manifesté son visage (cf. 2 Cor 3,12-18) et nous a permis d’accéder à sa vie divine à travers Jésus-Christ. Lui seul est notre espérance! Dieu a révélé son amour pour tous les peuples à travers le mystère de la passion et de la mort de son Fils, et il nous a appelés à proclamer qu’il est vraiment ressuscité, qu’il est assis à la droite du Père et qu’il "viendra de nouveau, dans la gloire, pour juger les vivants et les morts" (Credo de Nicée). [...]



Le programme et les documents du voyage de Benoît XVI, sur le site du Vatican:

> Voyage aux Etats-Unis et visite à l'ONU, 15-21 avril 2008


Le voyage du pape sur le site de la conférence des évêques des Etats-Unis:

> Christ Our Hope

Et sur le site de l’agence de presse de la conférence, Catholic News Service:

> Visit to America


Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(Source : www.chiesa)

Troisième jour du pape aux États-Unis. Avec les éducateurs catholiques, les autres religions, les juifs

dominicanus #actualités
A propos du dialogue interreligieux, Benoît XVI affirme que l'objectif principal n'est pas la paix mais de "découvrir la vérité". A savoir Jésus. Qui a dit que "le salut vient des juifs". Hors programme, la rencontre avec des victimes d'abus sexuels

par Sandro Magister



ROMA, le 19 avril 2008 – Pour sa troisième journée à Washington, Benoît XVI est revenu une troisième fois sur le scandale des abus sexuels commis par des prêtres catholiques sur des mineurs.

C’était au cours de l’homélie de la messe célébrée le jeudi 17 avril dans un Nationals Stadium comble, devant quelque 46 000 fidèles:

“C’est dans le contexte de l’espérance née de l’amour et de la fidélité de Dieu que je prends acte de la douleur éprouvée par l’Eglise en Amérique en raison des abus sexuels commis sur des mineurs. Aucun mot de ma part ne pourrait décrire la douleur et les dommages qu’ont provoqué des abus. Il est important que ceux qui ont souffert bénéficient d’une affectueuse attention pastorale. Je ne peux pas non plus décrire correctement les dommages provoqués au sein de la communauté de l’Eglise. De grands efforts ont déjà été faits pour réagir de manière honnête et juste à cette situation tragique et pour faire en sorte que les enfants – que Notre Seigneur aime si profondément (cf. Mc 10, 14) et qui sont notre plus grand trésor – puissent grandir dans un environnement sûr. Ces attentions destinées à protéger les enfants doivent continuer. Hier, j’ai parlé de ce problème avec vos évêques. Aujourd’hui, j’encourage chacun de vous à faire tout son possible pour promouvoir la guérison et la réconciliation et pour aider ceux qui ont été blessés“.

Le même jour, dans l’après-midi, le pape a rencontré, dans la chapelle de la nonciature, un petit groupe de victimes d’abus sexuels commis par des prêtres. Le groupe était accompagné par l’archevêque de Boston, le cardinal Sean O’Malley. Un communiqué diffusé par le Saint-Siège a ajouté qu’“ils ont prié avec le Saint-Père, qui a écouté leurs récits personnels, leur a dit des mots d’encouragement et d’espérance et les a assurés de sa prière à leurs intentions, à celle de leurs familles et à celle de toutes les victimes d’abus sexuels“.

Autre moment fort de la journée, la rencontre du pape avec les enseignants des universités et écoles catholiques des Etats-Unis.

Benoît XVI leur a expliqué que “l’identité catholique [d’une école] ne dépend pas des statistiques. Elle ne peut pas non plus être assimilée à l’orthodoxie du contenu des cours. Elle demande et suggère beaucoup plus : il faut que tous les aspects de vos communautés d’études se reflètent dans les manifestations ecclésiales de votre foi. Il n’y a que dans la foi, en fait, que peuvent s’incarner la vérité et la raison vraiment humaine, capable de diriger la volonté sur le chemin de la liberté“.

Plus bas sont reproduits les passages-clés de cet important discours qui traite de sujets déjà évoqués par Benoît XVI dans ses mémorables discours de Ratisbonne et de l’Université de Rome.

Enfin, dans la soirée, le pape a rencontré près de 200 représentants appartenant à cinq communautés religieuses présentes aux Etats-Unis: juifs, musulmans, hindouistes, bouddhistes et jaïnistes.

Benoît XVI leur a expliqué que le dialogue interreligieux “cherche plus qu’un consensus pour faire progresser la paix“. L’objectif principal du dialogue est “celui de découvrir la vérité“ et de faire vivre dans le cœur de tous les hommes les questions les plus profondes et les plus essentielles.

Benoît XVI a alors poursuivi:

“Confrontés à ces questions les plus profondes à propos de l'origine et de la destinée du genre humain, les chrétiens proposent Jésus de Nazareth. Il est – c’est notre foi – le Logos éternel, qui s’est incarné pour réconcilier l'homme avec Dieu et révéler la raison qui est à la base de toutes les choses. C’est Lui que nous portons au forum du dialogue interreligieux. L'ardent désir de suivre ses traces pousse les chrétiens à ouvrir leurs esprits et leurs cœurs au dialogue“.

Et d’ajouter:

“Chers amis, en cherchant à découvrir nos points communs, nous avons peut-être négligé la responsabilité que nous avons de discuter de nos différences avec calme et clarté. […] L’objectif le plus important du dialogue interreligieux demande un exposé clair de nos doctrines religieuses respectives“.

Tout de suite après, rencontrant des représentants de la communauté juive à l’avant-veille de leur célébration de la Pâque, Benoît XVI a confirmé de manière spéciale sa conception du dialogue interreligieux.

Dans le message qu’il leur a adressé – et qui est destiné aux juifs du monde entier – le pape a souligné la proximité unique qui existe entre chrétiens et juifs, issus de la même souche et “prisonniers de l’espérance“ dans le même salut que Dieu leur offre.

Il a poursuivi ainsi:

"Ce lien nous permet, à nous, chrétiens, de célébrer parallèlement à vous, selon notre perspective propre, la Pâque de la mort et de la résurrection du Christ, que nous envisageons comme inséparable de votre Pâque, puisque Jésus lui-même a dit: 'Le salut vient des juifs' (Jn 4, 22). Notre Pâque et votre Pesah, bien que distinctes et différentes, nous unissent dans une commune espérance fondée sur Dieu et sur sa miséricorde. Elles nous pressent de coopérer les uns avec les autres et avec tout homme et toute femme de bonne volonté pour édifier un monde meilleur pour tous, dans l’attente de l’accomplissement des promesses du Seigneur".

Voici les passages marquants des discours que le pape a adressés aux enseignants catholiques, aux représentants des religions et aux juifs.


Aux éducateurs catholiques
par Benoît XVI

Washington, Catholic University, jeudi 17 avril 2008


[...] L’identité d’une université ou d’une école catholique ne dépend pas simplement du nombre d’étudiants catholiques. C’est une question de convictions. Croyons-nous vraiment que c’est uniquement dans le mystère du Verbe incarné que le mystère de l’homme devient vraiment clair (cf. Gaudium et spes, 22)? Sommes-nous vraiment prêts, à confier tout notre moi – intelligence et volonté, esprit et cœur – à Dieu? Acceptons-nous la vérité que le Christ révèle? Dans nos universités et nos écoles la foi est-elle “tangible”? Lui donne-t-on une expression fervente dans la liturgie, dans les sacrements, à travers la prière, les activités caritatives, le souci de la justice et le respect de la création de Dieu? C’est notre seule manière de témoigner vraiment du sens de ce que nous sommes et de ce que nous soutenons.

Partant de là, on peut reconnaître que l’actuelle “crise de vérité” provient d’une “crise de foi”. Ce n’est qu’à travers la foi que nous pouvons donner librement notre accord au témoignage de Dieu et le reconnaître comme le garant transcendant de la vérité qu’Il révèle. Encore une fois, nous voyons pourquoi il est indispensable de promouvoir dans les institutions de formation catholiques l’intimité personnelle avec Jésus-Christ et le témoignage communautaire de sa vérité qui est amour. Tous, en effet, nous voyons et observons avec préoccupation la difficulté ou la réticence que beaucoup de gens ont aujourd’hui à se confier à Dieu. C’est un phénomène complexe, auquel je réfléchis constamment. Nous avons cherché activement à faire appel à l’intelligence de nos jeunes, mais nous avons peut-être négligé leur volonté. C’est pourquoi nous constatons avec inquiétude que la notion de liberté est déformée. La liberté n’est pas une capacité de se dégager de; c’est une capacité de s’engager à – une participation à l’Etre lui-même. La liberté authentique ne peut donc jamais être obtenue en s’éloignant de Dieu. Un tel choix signifierait en définitive négliger l’authentique vérité dont nous avons besoin pour nous comprendre nous-mêmes. C’est pourquoi chacun de vous et vos collègues avez une responsabilité particulière: susciter chez vos jeunes le désir d’un acte de foi, en les encourageant à se confier à la vie ecclésiale qui découle de cet acte de foi. C’est là que la liberté rejoint la certitude de la vérité. En choisissant de vivre selon cette vérité, nous saisissons la plénitude de la vie de foi qui nous est donnée dans l’Eglise.

Il est donc clair que l’identité catholique ne dépend pas des statistiques. Elle ne peut pas non plus être simplement assimilée à l’orthodoxie qu’elle contient naturellement. Elle demande et suggère beaucoup plus: il faut que tous les aspects de vos communautés d’études se reflètent dans les manifestations ecclésiales de votre foi. Il n’y a que dans la foi que peuvent s’incarner la vérité et la raison vraiment humaine, capable de diriger la volonté sur le chemin de la liberté (cf. Spe salvi, 23). De cette façon, nos institutions apportent une contribution essentielle à la mission de l’Eglise et elles servent efficacement la société. Elles deviennent des lieux où la présence active de Dieu dans les affaires humaines est reconnue et où chaque jeune découvre la joie d’entrer dans l’”être pour les autres” du Christ (cf. ibid., 28).

Essentielle pour l’Eglise, la mission d’évangélisation, dans laquelle les institutions éducatives jouent un rôle crucial, est en accord avec l’aspiration fondamentale de la nation à développer une société vraiment à la hauteur de la dignité de la personne humaine. Parfois, cependant, la valeur de l’apport de l’Eglise au débat public est remise en question. C’est pourquoi il est important de rappeler que la vérité de la foi et celle de la raison ne sont jamais en contradiction l’une avec l’autre (cf. Concile œcuménique Vatican I, constitution dogmatique sur la foi catholique Dei Filius, IV: DS 3017; S. Augustin, Contra Academicos, III, 20,43). En effet l’Eglise est impliquée par sa mission dans la lutte que mène l’humanité pour atteindre la vérité. Quand elle exprime la vérité révélée, l’Eglise rend service à tous les membres de la société en purifiant la raison, en faisant en sorte que cette dernière reste prête à prendre en considération les vérités ultimes. En s’inspirant de la sagesse divine, elle éclaire les fondements de la morale et de l’éthique humaine, elle rappelle à tous les groupes de la société que ce n’est pas à l’action de créer la vérité mais que c’est la vérité qui doit servir de base à l’action. Loin de menacer la tolérance de la légitime diversité, une telle contribution éclaire la vérité elle-même, qui permet d’atteindre le consensus et, grâce à elle, le débat public reste raisonnable, honnête et fiable. De même l’Eglise soutient sans relâche les catégories morales essentielles du juste et de l’injuste, sans lesquelles l’espérance ne peut que se flétrir, ce qui ouvre la porte aux froids calculs pragmatiques et utilitaristes qui réduisent l’homme à n’être guère plus qu’un pion sur un échiquier imaginaire.

Par rapport au débat éducatif, la "diakonia", le service de la vérité prend un sens élevé dans les sociétés où l’idéologie séculariste sépare vérité et foi. Cette séparation a abouti à la tendance à confondre vérité et connaissance et à adopter une mentalité positiviste qui, rejetant la métaphysique, nie les fondements de la foi et rejette la nécessité d’une vision morale. Vérité veut dire plus que connaissance: connaître la vérité nous conduit à découvrir le bien. La vérité parle à l’individu dans sa totalité, elle nous invite à répondre avec tout notre être. Cette vision optimiste est fondée sur notre foi chrétienne, parce dans cette foi est donnée la vision du Logos, la Raison créatrice de Dieu, qui, dans l’Incarnation, s’est révélée elle-même comme Divinité. Loin de n’être qu’une communication de données factuelles – “informative” – la vérité aimante de l’Evangile est créative et capable de changer la vie – elle est “performative” (cf. Spe salvi, 2). Avec confiance, les éducateurs chrétiens peuvent libérer les jeunes des limites du positivisme et réveiller leur réceptivité à la vérité, à Dieu et à sa bonté. De cette façon vous contribuerez aussi à former leur conscience qui, enrichie par la foi, ouvre un chemin sûr vers la paix intérieure et le respect des autres.

Ce qui ne constitue pas une surprise, en tout cas, c’est que la société en général, plus que nos communautés ecclésiales elles-mêmes, attend beaucoup de la part des éducateurs catholiques. Cela vous confère une responsabilité et vous offre une chance. De plus en plus de gens – notamment de parents– ressentent un besoin d’excellence dans la formation humaine des jeunes. En tant que "Mater et Magistra", l’Eglise partage cette préoccupation. Quand rien, au delà de l’individu, n’est reconnu comme définitif, le critère ultime de jugement devient le moi et la satisfaction des désirs immédiats de l’individu. L’objectivité et la perspective, qui découlent uniquement du fait que l’on reconnaît l’essentielle dimension transcendante de la personne humaine, peuvent être perdues. Dans le cadre d’un tel horizon relativiste, les buts de l’éducation se réduisent inévitablement. Peu à peu apparaît une baisse des niveaux. On remarque aujourd’hui une certaine timidité face à la catégorie du bien et une chasse inconsidérée aux nouveautés qui défilent comme réalisation de la liberté. Nous voyons se répandre la conviction que toutes les expériences sont d’égale valeur mais aussi la réticence à admettre les imperfections et les erreurs. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que le précieux et délicat domaine de l’éducation sexuelle se réduit à la gestion du “risque”, hors de toute référence à la beauté de l’amour conjugal.

Que peuvent répondre les éducateurs chrétiens? Ces développements dangereux mettent en évidence l’urgence particulière de ce que l’on pourrait appeler la“charité intellectuelle”. Cet aspect de la charité implique que l’éducateur admette que la lourde responsabilité de conduire les jeunes à la vérité n’est rien d’autre qu’un acte d’amour. En vérité, la dignité de l’éducation consiste à promouvoir la vraie perfection et la joie de ceux qui doivent être guidés. En pratique, la “charité intellectuelle” soutient l’unité essentielle de la connaissance contre la fragmentation qui se produit quand la raison n’est plus associée à la recherche de la vérité. Cette unité guide les jeunes vers la profonde satisfaction d’exercer leur liberté en relation avec la vérité, et elle les pousse à exprimer la relation entre la foi et les différents aspects de la vie familiale et sociale. Une fois réveillée la passion pour la plénitude et l’unité de la vérité, les jeunes apprécieront sûrement la découverte que la question de ce qu’ils peuvent connaître leur donne accès à la grande aventure de ce qu’ils devront faire. Là ils découvriront “en qui” et “en quoi” il est possible d’espérer et ils seront incités à apporter leur contribution à la société de manière à susciter l’espoir chez les autres. [...]

En ce qui concerne les enseignants des universités catholiques, je souhaite réaffirmer la grande valeur de la liberté académique. En vertu de cette liberté vous êtes appelés à chercher la vérité partout où l’analyse soigneuse des faits vous conduira. Cependant il faut aussi rappeler que toute référence au principe de la liberté académique pour justifier des positions en contradiction avec la foi et avec l’enseignement de l’Eglise perturberait ou même trahirait l’identité et la mission de l’université, une mission qui est au cœur du munus docendi de l’Eglise et qui n’est pas, en quelque sorte autonome ou indépendante de celle-ci.

Les enseignants et les administrateurs des universités et des écoles ont le devoir et le privilège de veiller à ce que les étudiants soient instruits de la doctrine et de la pratique catholique. Cela suppose que le témoignage public de la manière d’être du Christ, comme l’indique l’Evangile et le propose le magistère de l’Eglise, modèle tous les aspects de la vie institutionnelle dans et hors des classes. S’éloigner de cette vision affaiblit l’identité catholique et, loin de faire progresser la liberté, conduit inévitablement à la confusion morale, intellectuelle et spirituelle. [...]

Aux représentants d’autres religions
par Benoît XVI

Washington, John Paul II Cultural Center, jeudi 17 avril 2008


[...] La liberté religieuse, le dialogue interreligieux et la foi cherchent plus qu’un consensus visant à définir des moyens pour mettre en œuvre des stratégies concrètes afin de faire progresser la paix. L'objectif plus vaste du dialogue est de découvrir la vérité. Quelles sont l'origine et la destinée du genre humain? Que sont le bien et le mal? Qu’est-ce qui nous attend à la fin de notre existence terrestre? Ce n’est qu’en traitant ces questions plus profondes que nous pourrons construire une base solide pour la paix et la sécurité de la famille humaine: "là où et quand l'homme se laisse éclairer par la splendeur de la vérité, il s’engage presque naturellement dans le chemin de la paix" (Message 2006 pour la Journée Mondiale de la Paix, 3).

Nous vivons à une époque où ces questions sont trop souvent mises de côté. Cependant elles ne pourront jamais être ôtées du cœur humain. Au cours de l’histoire, les hommes et les femmes ont cherché à rattacher leur inquiétude à ce monde qui passe. Dans la tradition judéo-chrétienne, les Psaumes sont pleins de ces expressions: "Le souffle en moi s’éteint" (Ps 143,4; cf. Ps 6,7; 31,11; 32,4; 38,8; 77,3); "Qu’as-tu, mon âme, à défaillir, que gémis-tu sur moi?" (Ps 42,6). La réponse est toujours donnée par la foi: "Espère en Dieu: je le louerai encore le salut de ma face et mon Dieu" (ibidem; cf. Ps 62,6). Les leaders spirituels ont un devoir particulier, on pourrait dire une compétence spéciale: mettre au premier plan les questions les plus profondes de la conscience humaine, réveiller l'humanité devant le mystère de l'existence humaine, donner de la place, dans un monde frénétique, à la réflexion et à la prière.

Confrontés à ces questions les plus profondes à propos de l'origine et de la destinée du genre humain, les chrétiens proposent Jésus de Nazareth. Il est – c’est notre foi – le Logos éternel, qui s’est incarné pour réconcilier l'homme avec Dieu et révéler la raison qui est à la base de toutes les choses. C’est Lui que nous portons au forum du dialogue interreligieux. L'ardent désir de suivre ses traces pousse les chrétiens à ouvrir leurs esprits et leurs coeurs au dialogue (cf. Lc 10, 25-37; Jn 4, 7-26).

Chers amis, en cherchant à découvrir nos points communs, nous avons peut-être négligé la responsabilité que nous avons de discuter de nos différences avec calme et clarté. Nous unissons toujours nos cœurs et nos esprits pour rechercher la paix, mais nous devons aussi écouter attentivement la voix de la vérité. De cette façon, notre dialogue ne se limite pas à définir un ensemble commun de valeurs, mais il va jusqu’à chercher leur fondement ultime. Nous n’avons pas de motifs d’inquiétude, parce que la vérité nous dévoile le rapport essentiel entre le monde et Dieu. Nous sommes capables de comprendre que la paix est un "don du Ciel", qui nous invite à conformer l’histoire humaine à l’ordre divin. C’est là qu’est la "vérité de la paix" (cf. Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2006). [...]


Aux juifs
par Benoît XVI

Message adressé à l’occasion de la fête de Pessah, Washington, jeudi 17 avril 2008.


Au moment de votre célébration la plus solennelle, je me sens particulièrement proche de vous, précisément parce que "Nostra Aetate" rappelle aux chrétiens de toujours garder en mémoire ceci: l’Église "a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance, et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les gentils" (Nostra Aetate, n. 4). [...]

Au cours du Seder de la Pâque, vous faites mémoire des saints patriarches Abraham, Isaac et Jacob, et des saintes femmes d’Israël, Sarah, Rebecca, Rachel et Léa, commencement d’une longue lignée de fils et filles de l’Alliance. Au fur et à mesure que passe le temps, l’Alliance revêt une dimension toujours plus universelle, alors que la promesse faite à Abraham prend forme: "Je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. En toi seront bénies toutes les familles de la terre" (Gn 12, 2-3). En effet, selon le prophète Isaïe, l’espérance de la rédemption s’étend à toute l’humanité: "Des peuples nombreux se mettront en marche, et ils diront: Venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses chemins et nous suivrons ses sentiers" (Is 2, 3). Sur cet horizon eschatologique, s’offre une réelle perspective de fraternité universelle sur le chemin de la justice et de la paix, qui prépare le chemin du Seigneur (cf. Is 62, 10).

Les chrétiens et les juifs partagent cette espérance; nous sommes en réalité, comme disent les prophètes, "prisonniers de l’espérance" (Za 9, 12). Ce lien nous permet, à nous, chrétiens, de célébrer parallèlement à vous, selon notre perspective propre, la Pâque de la mort et de la résurrection du Christ, que nous envisageons comme inséparable de votre Pâque, puisque Jésus lui-même a dit: "Le salut vient des juifs" (Jn 4, 22). Notre Pâque et votre Pessah, bien que distinctes et différentes, nous unissent dans une commune espérance fondée sur Dieu et sur sa miséricorde. Elles nous pressent de coopérer les uns avec les autres et avec tout homme et toute femme de bonne volonté pour édifier un monde meilleur pour tous, dans l’attente de l’accomplissement des promesses du Seigneur. [...]

(Source :www.chiesa)

Aimé Césaire, chantre de la liberté - Hommage

dominicanus #actualités
"
Je serai la bouche de ceux qui n’ont pas de bouche." Les mots sont d'Aimé Césaire, dans son Cahier d’un retour au pays natal. A 94 ans, Aimé Césaire nous a quittés jeudi.

C’est André Breton qui découvre Césaire poète, dans les années 40, en lisant ses écrits dans la revue Tropiques.

Poète des Antilles, poète universel, il reste pour beaucoup le “chantre de la négritude” ; cette “négritude” qu’il célèbre avec Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor, dès les années 30. Tous trois sont alors étudiants à Paris, et très minoritaires…

Anne Douaire, maitre de conférences à la Sorbonne à Paris, et spécialiste de la littérature antillaise, revient sur le parcours exceptionnel de Césaire, entre engagement poétique et politique.


Cliquez pour écouter : >

(Source : Radio Vatican)

Journée des Vocations: L’œuvre Pontificale de Saint-Pierre Apôtre

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
VATICAN - La Journée des Vocations - L’œuvre Pontificale de Saint-Pierre Apôtre pourvoit à la formation de 83.767 séminaristes ans 962 séminaires des Jeunes Eglises


Rome (Agence Fides) - L’Oeuvre Pontificale de Saint-Pierre Apôtre, une des quatre Œuvres Pontificales Missionnaires, a été fondée à Caen en France en 1889 par Mademoiselle Jeanne Bigard et par sa Mère Stéphanie. Son but fondamental, est la fondation et l’aide spirituelle et économique pour les Séminaires et les Instituts de formation religieuse dans les territoires de Mission. Actuellement, l’Oeuvre pourvoit à la formation de 83.767 séminaristes qui étudient dans 962 séminaires des Territoires de Mission ; elle aide en outre à la formation des Novices, masculins et féminins appartenant à différentes Congrégations Religieuses.

L'Oeuvre pourvoit aux dépenses pour la formation des séminaristes et l’entretien des séminaires dans les Continents suivants : en Afrique 17.110 grands séminaristes et 213 séminaires, 34.992 petits séminaristes et 266 petits séminaires. En Asie, 9.942 grands séminaristes et 126 grands séminaires; 14.915 petits séminaristes et 200 petits séminaires. En Amérique 4.418 grands séminaristes et 90 grands séminaires, 1.307 petits séminaristes et 41 petits séminaires. En Océanie 441 grand séminaristes et 12 grands séminaires; 282 petits séminaristes, et 6 petits séminaires. En Europe, 193 grands séminaristes et 4 grands séminaires, 167 petits séminaristes et 4 petits séminaires.

Le Fonds de Solidarité Universelle de l’Oeuvre est alimenté par les offrandes des fidèles du monde entier, par l’intermédiaire des Directions Nationales des Oeuvres Pontificales Missionnaires, pour aider les vocations autochtones des jeunes Eglises, qui sont en augmentation constante. Une partie importante du Fonds est destinée aux demandes de « subsides extraordinaires » pour la construction de nouveaux séminaires, pour l’entretien général, pour l’agrandissement et la modernisation des bâtiments (plusieurs séminaires ont été construits il y a plus de 50 ans…), et pour la formation des enseignants et des responsables de la formation.

(Agence Fides, 11 avril 2008)

Benoît XVI à l'ONU: La personne humaine - texte intégral du discours

dominicanus #actualités
Le pape à l'ONU: "La personne humaine est le point central du dessein créateur de Dieu pour le monde et pour l’histoire"
Discours à l’Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies, New York, 18 avril 2008


par Benoît XVI

 


Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

En m’adressant à cette Assemblée, j’aimerais avant tout vous exprimer, Monsieur le Président, ma vive reconnaissance pour vos aimables paroles. Ma gratitude va aussi au Secrétaire général, Monsieur Ban Ki-moon, qui m’a invité à venir visiter le Siège central de l’Organisation, et pour l’accueil qu’il m’a réservé. Je salue les Ambassadeurs et les diplomates des Pays membres et toutes les personnes présentes. À travers vous, je salue les peuples que vous représentez ici. Ils attendent de cette institution qu’elle mette en œuvre son inspiration fondatrice, à savoir constituer un "centre pour la coordination de l’activité des Nations unies en vue de parvenir à la réalisation des fins communes" de paix et de développement (cf. Charte des Nations unies, art. 1.2-1.4). Comme le Pape Jean-Paul II l’exprimait en 1995, l’Organisation devrait être un "centre moral, où toutes les nations du monde se sentent chez elles, développant la conscience commune d’être, pour ainsi dire, une famille de nations" (Message à l’Assemblée générale des Nations unies pour le 50e anniversaire de la fondation, New York, 5 octobre 1995).

À travers les Nations unies, les États ont établi des objectifs universels qui, même s’ils ne coïncident pas avec la totalité du bien commun de la famille humaine, n’en représentent pas moins une part fondamentale. Les principes fondateurs de l’Organisation – le désir de paix, le sens de la justice, le respect de la dignité de la personne, la coopération et l’assistance humanitaires – sont l’expression des justes aspirations de l’esprit humain et constituent les idéaux qui devraient sous-tendre les relations internationales. Comme mes prédécesseurs Paul VI et Jean-Paul II l’ont affirmé depuis cette même tribune, tout cela fait partie de réalités que l'Église catholique et le Saint-Siège considèrent avec attention et intérêt, voyant dans votre activité un exemple de la manière dont les problèmes et les conflits qui concernent la communauté mondiale peuvent bénéficier d’une régulation commune. Les Nations unies concrétisent l’aspiration à "un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale" (Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, n. 43), qui doit être inspiré et guidé par le principe de subsidiarité et donc être capable de répondre aux exigences de la famille humaine, grâce à des règles internationales efficaces et à la mise en place de structures aptes à assurer le déroulement harmonieux de la vie quotidienne des peuples. Cela est d’autant plus nécessaire dans le contexte actuel où l’on fait l’expérience du paradoxe évident d’un consensus multilatéral qui continue à être en crise parce qu’il est encore subordonné aux décisions d’un petit nombre, alors que les problèmes du monde exigent, de la part de la communauté internationale, des interventions sous forme d’actions communes.

En effet, les questions de sécurité, les objectifs de développement, la réduction des inégalités au niveau local et mondial, la protection de l’environnement, des ressources et du climat, requièrent que tous les responsables de la vie internationale agissent de concert et soient prêts à travailler en toute bonne foi, dans le respect du droit, pour promouvoir la solidarité dans les zones les plus fragiles de la planète. Je pense en particulier à certains pays d’Afrique et d’autres continents qui restent encore en marge d’un authentique développement intégral, et qui risquent ainsi de ne faire l’expérience que des effets négatifs de la mondialisation. Dans le contexte des relations internationales, il faut reconnaître le rôle primordial des règles et des structures qui, par nature, sont ordonnées à la promotion du bien commun et donc à la sauvegarde de la liberté humaine. Ces régulations ne limitent pas la liberté. Au contraire, elles la promeuvent quand elles interdisent des comportements et des actions qui vont à l’encontre du bien commun, qui entravent son exercice effectif et qui compromettent donc la dignité de toute personne humaine. Au nom de la liberté, il doit y avoir une corrélation entre droits et devoirs, en fonction desquels toute personne est appelée à prendre ses responsabilités dans les choix qu’elle opère, en tenant compte des relations tissées avec les autres. Nous pensons ici à la manière dont les résultats de la recherche scientifique et des avancées technologiques ont parfois été utilisés. Tout en reconnaissant les immenses bénéfices que l’humanité peut en tirer, certaines de leurs applications représentent une violation évidente de l’ordre de la création, au point non seulement d’être en contradiction avec le caractère sacré de la vie, mais d’arriver à priver la personne humaine et la famille de leur identité naturelle. De la même manière, l’action internationale visant à préserver l’environnement et à protéger les différentes formes de vie sur la terre doit non seulement garantir un usage rationnel de la technologie et de la science, mais doit aussi redécouvrir l’authentique image de la création. Il ne s’agira jamais de devoir choisir entre science et éthique, mais bien plutôt d’adopter une méthode scientifique qui soit véritablement respectueuse des impératifs éthiques.

La reconnaissance de l’unité de la famille humaine et l’attention portée à la dignité innée de toute femme et de tout homme reçoivent aujourd’hui un nouvel élan dans le principe de la responsabilité de protéger. Il n’a été défini que récemment, mais il était déjà implicitement présent dès les origines des Nations unies et, actuellement, il caractérise toujours davantage son activité. Tout État a le devoir primordial de protéger sa population contre les violations graves et répétées des droits de l’homme, de même que des conséquences de crises humanitaires liées à des causes naturelles ou provoquées par l’action de l’homme. S’il arrive que les États ne soient pas en mesure d’assurer une telle protection, il revient à la communauté internationale d’intervenir avec les moyens juridiques prévus par la Charte des Nations unies et par d’autres instruments internationaux. L’action de la communauté internationale et de ses institutions, dans la mesure où elle est respectueuse des principes qui fondent l’ordre international, ne devrait jamais être interprétée comme une coercition injustifiée ou comme une limitation de la souveraineté. À l’inverse, c’est l’indifférence ou la non-intervention qui causent de réels dommages. Il faut réaliser une étude approfondie des modalités pour prévenir et gérer les conflits, en utilisant tous les moyens dont dispose l’action diplomatique et en accordant attention et soutien même au plus léger signe de dialogue et de volonté de réconciliation.

Le principe de la "responsabilité de protéger" était considéré par l’antique ius gentium comme le fondement de toute action entreprise par l’autorité envers ceux qui sont gouvernés par elle: à l’époque où le concept d’État national souverain commençait à se développer, le religieux dominicain Francisco De Vitoria, considéré à juste titre comme un précurseur de l’idée des Nations unies, décrivait cette responsabilité comme un aspect de la raison naturelle partagé par toutes les nations, et le fruit d’un droit international dont la tâche était de réguler les relations entre les peuples. Aujourd’hui comme alors, un tel principe doit faire apparaître l’idée de personne comme image du Créateur, ainsi que le désir d’absolu et l’essence de la liberté. Le fondement des Nations unies, nous le savons bien, a coïncidé avec les profonds bouleversements dont a souffert l’humanité lorsque la référence au sens de la transcendance et à la raison naturelle a été abandonnée et que par conséquent la liberté et la dignité humaine furent massivement violées. Dans de telles circonstances, cela menace les fondements objectifs des valeurs qui inspirent et régulent l’ordre international et cela mine les principes intangibles et coercitifs formulés et consolidés par les Nations unies. Face à des défis nouveaux répétés, c’est une erreur de se retrancher derrière une approche pragmatique, limitée à mettre en place des "bases communes", dont le contenu est minimal et dont l’efficacité est faible.

La référence à la dignité humaine, fondement et fin de la responsabilité de protéger, nous introduit dans la note spécifique de cette année, qui marque le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Ce document était le fruit d’une convergence de différentes traditions culturelles et religieuses, toutes motivées par le désir commun de mettre la personne humaine au centre des institutions, des lois et de l’action des sociétés, et de la considérer comme essentielle pour le monde de la culture, de la religion et de la science. Les droits de l’homme sont toujours plus présentés comme le langage commun et le substrat éthique des relations internationales. Tout comme leur universalité, leur indivisibilité et leur interdépendance sont autant de garanties de protection de la dignité humaine. Mais il est évident que les droits reconnus et exposés dans la Déclaration s’appliquent à tout homme, cela en vertu de l’origine commune des personnes, qui demeure le point central du dessein créateur de Dieu pour le monde et pour l’histoire. Ces droits trouvent leur fondement dans la loi naturelle inscrite au cœur de l’homme et présente dans les diverses cultures et civilisations. Détacher les droits humains de ce contexte signifierait restreindre leur portée et céder à une conception relativiste, pour laquelle le sens et l’interprétation des droits pourraient varier et leur universalité pourrait être niée au nom des différentes conceptions culturelles, politiques, sociales et même religieuses. La grande variété des points de vue ne peut pas être un motif pour oublier que ce ne sont pas les droits seulement qui sont universels, mais également la personne humaine, sujet de ces droits.

À la fois nationale et internationale, la vie de la communauté met clairement en évidence que le respect pour les droits et pour les garanties qui leur sont attachées sont la mesure du bien commun, utilisée pour apprécier le rapport entre justice et injustice, développement et pauvreté, sécurité et conflits. La promotion des droits de l’homme demeure la stratégie la plus efficace quand il s’agit de combler les inégalités entre des pays et des groupes sociaux, quand il s’agit aussi de renforcer la sécurité. En effet les victimes de la misère et du désespoir dont la dignité humaine est impunément violée, deviennent des proies faciles pour les tenants du recours à la violence et deviennent à leur tour des destructeurs de paix. Pourtant le bien commun que les droits de l’homme aident à réaliser ne peut pas être atteint en se contentant d’appliquer des procédures correctes ni même en pondérant des droits en opposition. Le mérite de la Déclaration universelle a été d’ouvrir à des cultures, à des expressions juridiques et à des modèles institutionnels divers la possibilité de converger autour d’un noyau fondamental de valeurs et donc de droits: mais c’est un effort qui, de nos jours, doit être encore plus soutenu face à des instances qui cherchent à réinterpréter les fondements de la Déclaration et à compromettre son unité interne pour favoriser le passage de la protection de la dignité humaine à la satisfaction de simples intérêts, souvent particuliers. La Déclaration a été adoptée comme "un idéal commun qui est à atteindre" (Préambule) et elle ne peut pas être utilisée de manière partielle, en suivant des tendances ou en opérant des choix sélectifs qui risquent de contredire l’unité de la personne humaine et donc l’indivisibilité de ses droits.

Nous constatons souvent dans les faits une prédominance de la légalité par rapport à la justice quand se manifeste une attention à la revendication des droits qui va jusqu’à les faire apparaître comme le résultat exclusif de dispositions législatives ou de décisions normatives prises par les diverses instances des autorités en charge. Quand ils sont présentés sous une forme de pure légalité, les droits risquent de devenir des propositions de faible portée, séparés de la dimension éthique et rationnelle qui constitue leur fondement et leur fin. La Déclaration universelle a en effet réaffirmé avec force la conviction que le respect des droits de l’homme s’enracine avant tout sur une justice immuable, sur laquelle la force contraignante des proclamations internationales est aussi fondée. C’est un aspect qui est souvent négligé quand on prétend priver les droits de leur vraie fonction au nom d’une perspective utilitariste étroite. Parce que les droits et les devoirs qui leur sont liés découlent naturellement de l’interaction entre les hommes, il est facile d’oublier qu’ils sont le fruit du sens commun de la justice, fondé avant tout sur la solidarité entre les membres du corps social et donc valable dans tous les temps et pour tous les peuples. C’était une intuition exprimée, dès le Ve siècle après Jésus Christ, par l’un des maîtres de notre héritage intellectuel, Augustin d’Hippone. Il enseignait que "le précepte: ‘Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, ne le fais pas à autrui’ ne peut en aucune façon varier en fonction de la diversité des peuples" (De Doctrina Christiana III, 14). Les droits de l’homme exigent alors d’être respectés parce qu’ils sont l’expression de la justice et non simplement en raison de la force coercitive liée à la volonté des législateurs.

Mesdames et Messieurs,

À mesure que l’on avance dans l’histoire, de nouvelles situations surgissent et l’on cherche à y attacher de nouveaux droits. Le discernement, c’est-à-dire la capacité de distinguer le bien du mal, est encore plus nécessaire quand sont en jeu des exigences qui appartiennent à la vie et à l’action de personnes, de communautés et de peuples. Quand on affronte le thème des droits, qui mettent en jeu des situations importantes et des réalités profondes, le discernement est une vertu à la fois indispensable et féconde.

Le discernement nous amène alors à souligner que laisser aux seuls États, avec leurs lois et leurs institutions, la responsabilité ultime de répondre aux aspirations des personnes, des communautés et de peuples tout entier peut parfois entraîner des conséquences rendant impossible un ordre social respectueux de la dignité de la personne et de ses droits. Par ailleurs, une vision de la vie solidement ancrée dans la dimension religieuse peut permettre d’y parvenir, car la reconnaissance de la valeur transcendante de tout homme et de toute femme favorise la conversion du cœur, ce qui conduit alors à un engagement contre la violence, le terrorisme ou la guerre, et à la promotion de la justice et de la paix. Cela favorise aussi un milieu propice au dialogue interreligieux que les Nations unies sont appelées à soutenir comme elles soutiennent le dialogue dans d’autres domaines de l’activité humaine. Le dialogue doit être reconnu comme le moyen par lequel les diverses composantes de la société peuvent confronter leurs points de vue et réaliser un consensus autour de la vérité concernant des valeurs ou des fins particulières. Il est de la nature des religions librement pratiquées de pouvoir mener de manière autonome un dialogue de la pensée et de la vie. Si, à ce niveau là aussi, la sphère religieuse est séparée de l’action politique, il en ressort également de grands bénéfices pour les personnes individuelles et pour les communautés. D’autre part, les Nations unies peuvent compter sur les fruits du dialogue entre les religions et tirer des bénéfices de la volonté des croyants de mettre leur expérience au service du bien commun. Leur tâche est de proposer une vision de la foi non pas en termes d’intolérance, de discrimination ou de conflit, mais en terme de respect absolu de la vérité, de la coexistence, des droits et de la réconciliation.

Les droits de l’homme doivent évidemment inclure le droit à la liberté religieuse, comprise comme l’expression d’une dimension à la fois individuelle et communautaire, perspective qui fait ressortir l’unité de la personne tout en distinguant clairement entre la dimension du citoyen et celle du croyant. Au cours des dernières années, l’action des Nations unies a permis que le débat public offre des points de vue inspirés par une vision religieuse dans toutes ses dimensions y compris le rite, le culte, l’éducation, la diffusion d’information et la liberté de professer et de choisir sa religion. Il n’est donc pas imaginable que des croyants doivent se priver d’une partie d’eux-mêmes – de leur foi – afin d’être des citoyens actifs. Il ne devrait jamais être nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits. Il est d’autant plus nécessaire de protéger les droits liés à la religion s’ils sont considérés comme opposés à une idéologie séculière dominante ou à des positions religieuses majoritaires, de nature exclusive. La pleine garantie de la liberté religieuse ne peut pas être limitée au libre exercice du culte, mais doit prendre en considération la dimension publique de la religion et donc la possibilité pour les croyants de participer à la construction de l’ordre social. Ils le font effectivement à l’heure actuelle par exemple à travers leur engagement efficace et généreux dans un vaste réseau d’initiatives qui va des Universités, des Instituts scientifiques et des écoles, jusqu’aux structures qui promeuvent la santé et aux organisations caritatives au service des plus pauvres et des laissés-pour-compte. Refuser de reconnaître l’apport à la société qui s’enracine dans la dimension religieuse et dans la recherche de l’Absolu – qui par nature exprime une communion entre les personnes – reviendrait à privilégier dans les faits une approche individualiste et, ce faisant, à fragmenter l’unité de la personne.

Ma présence au sein de cette Assemblée est le signe de mon estime pour les Nations unies et elle veut aussi manifester le souhait que l’Organisation puisse être toujours davantage un signe d’unité entre les États et un instrument au service de toute la famille humaine. Elle manifeste aussi la volonté de l'Église catholique d’apporter sa contribution aux relations internationales d’une manière qui permette à toute personne et à tout peuple de sentir qu’ils ont leur importance. D’une manière qui est en harmonie avec sa contribution au domaine éthique et moral et à la libre activité de sa foi, l'Église travaille aussi à la réalisation de ces objectifs à travers l’activité internationale du Saint-Siège. Le Saint-Siège a en effet toujours eu sa place dans les assemblées des Nations tout en manifestant son caractère spécifique comme sujet dans le domaine international. Comme les Nations unies l’ont récemment confirmé, le Saint-Siège apporte aussi sa contribution selon les dispositions du droit international, aidant à la définition de ce droit et y recourant.

Les Nations unies demeurent un lieu privilégié où l'Église s’efforce de partager son expérience "en humanité", qui a mûri tout au long des siècles parmi les peuples de toute race et de toute culture, et de la mettre à la disposition de tous les membres de la Communauté internationale. Cette expérience et cette activité, qui visent à obtenir la liberté pour tout croyant, cherchent aussi à assurer une protection plus grande aux droits de la personne. Ces droits trouvent leur fondement et leur forme dans la nature transcendante de la personne, qui permet aux hommes et aux femmes d’avancer sur le chemin de la foi et de la recherche de Dieu dans ce monde. Il faut renforcer la reconnaissance de cette dimension si nous voulons soutenir l’espérance de l’humanité en un monde meilleur et si nous voulons créer les conditions pour la paix, le développement, la coopération et la garantie des droits pour les générations à venir.

Dans ma récente encyclique "Spe salvi", je rappelais que "la recherche pénible et toujours nouvelle d’ordonnancements droits pour les choses humaines est le devoir de chaque génération" (n. 25). Pour les chrétiens, cette tâche trouve sa justification dans l’espérance qui jaillit de l’œuvre salvifique de Jésus Christ. C’est pourquoi l’Église est heureuse d’être associée aux activités de cette honorable Organisation qui a la responsabilité de promouvoir la paix et la bonne volonté sur toute la terre. Chers Amis, je vous remercie de m’avoir permis de m’adresser à vous aujourd’hui et je vous promets le soutien de mes prières pour que vous poursuiviez votre noble tâche.

Avant de prendre congé de cette illustre Assemblée, je voudrais adresser mes souhaits dans les langues officielles à toutes les nations qui y sont représentées. en anglais, en français, en espagnol, en arabe, en chinois, en russe:

Paix et prospérité, avec l’aide de Dieu!


Le programme et les documents du voyage de Benoît XVI, sur le site du Vatican:

> Voyage aux Etats-Unis et visite à l'ONU, 15-21 avril 2008


Le voyage du pape sur le site de la conférence des évêques des Etats-Unis:

> Christ Our Hope

Et sur le site de l’agence de presse de la conférence, Catholic News Service:

> Visit to America
(Source : www.chiesa)

Deuxième jour du pape aux Etats-Unis. Benoît XVI indique aux évêques les lignes directrices

dominicanus #actualités
Le texte intégral du discours qu'il a adressé aux évêques des Etats-Unis et, à travers eux, à ceux du monde entier. Avec la transcription de l’échange qui a suivi


par Sandro Magister




ROMA, le 18 avril 2008 – L’épisode le plus marquant du deuxième jour du voyage de Benoît XVI aux Etats-Unis a été la rencontre entre le pape et le président George W. Bush à la Maison Blanche.

Mais pour l’Eglise catholique des Etats-Unis, le vrai moment fort a été la soirée passée dans la crypte du sanctuaire de l’Immaculée conception de Washington.

Après le chant des vêpres, Benoît XVI y a adressé un discours monumental à plus de 400 cardinaux et évêques des 194 diocèses des Etats-Unis. Mais pas seulement à eux. A travers eux, le pape a voulu parler aux pasteurs de l’Eglise catholique toute entière. Il l’a souligné dès les premières phrases:

“ La communauté catholique que vous servez est l’une des plus nombreuses du monde et l’une des plus influentes. Cela montre combien il est important que vous fassiez en sorte que votre lumière brille devant vos concitoyens et devant le monde ‘afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux’ (Mt 5, 16)“.

Dans son discours, le successeur de Pierre a expliqué à chaque évêque comment être un “bon pasteur“ sur le modèle de Jésus. Mais il leur a aussi dit ce qu’il faut faire – et éventuellement comment se corriger – face aux plus grands défis de l’époque actuelle.

Parmi les nombreux sujets critiques passés en revue par le pape a figuré celui des abus sexuels commis par des prêtres sur des mineurs. Une “honte“ – a-t-il dit – “parfois gérée de manière catastrophique“, qui exige une “purification“ rigoureuse et surtout une grande œuvre de compassion pour soutenir les victimes ainsi que de défense préventive des jeunes innocents.

En outre, à la fin du discours – véritable “magna carta“ de la pastorale de l’Eglise – Benoît XVI a répondu à trois questions posées par autant d’évêques, dans ce jeu de questions-réponses qu’il avait déjà adopté à plusieurs reprises avec des prêtres, des jeunes et des enfants. Une méthode qu’il apprécie particulièrement parce qu’elle lui permet de développer avec plus de liberté les sujets qui lui tiennent à cœur.

Dans sa troisième réponse, par exemple, il n’a pas hésité à dénoncer “l’éclipse presque totale dans nos sociétés traditionnellement chrétiennes“ d’une espérance allant au delà de cette vie. Une éclipse à laquelle il a voulu répondre avec l’encyclique “Spe salvi“.

Voici donc les textes intégraux du discours du pape aux évêques, avec le dialogue qui a suivi:


”Vénérables frères dans l’épiscopat...”

par Benoît XVI

Discours aux évêques des Etats-Unis, Washington, le 17 avril 2008



Vénérables frères dans l’épiscopat, c’est avec beaucoup de joie que je vous salue aujourd’hui, au début de ma visite dans ce pays, et je remercie le cardinal George des mots aimables qu’il m’a adressés en votre nom. Je souhaite remercier chacun de vous, spécialement les responsables de la conférence épiscopale, pour le travail prenant qui a été effectué pour la préparation de ce voyage. Ma gratitude va aussi à l’équipe et aux volontaires du Sanctuaire National, qui nous ont accueillis ici ce soir. Les catholiques d’Amérique sont bien connus pour leur dévouement loyal au siège de Pierre. Ma visite pastorale ici me donne l’occasion de renforcer encore les liens qui nous unissent. Nous avons commencé par la célébration de la prière du soir dans cette basilique consacrée à l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Ce sanctuaire, situé en plein coeur de votre capitale, a une signification particulière pour les catholiques américains. Unis dans la prière à Marie, Mère de Jésus, confions avec amour à notre Père céleste le Peuple de Dieu qui se trouve dans tout le territoire des Etats-Unis.

Pour les communautés catholiques de Boston, New York, Philadelphie et Louisville, 2008 est une année de célébrations particulières, puisqu’elle marque le bicentenaire de l’érection de ces Eglises locales en diocèses. Je m’associe à votre action de grâces pour les nombreux dons du Ciel que l’Eglise y a reçus au cours de ces deux siècles. Cette année marque aussi le bicentenaire de l’érection de l’évêché initial, Baltimore, en archidiocèse. Cela me donne l’occasion de rappeler, avec admiration et gratitude, la vie et le ministère de John Carroll, premier évêque de Baltimore et digne pasteur de la communauté catholique de votre pays qui venait de conquérir son indépendance. Ses efforts inlassables pour faire connaître l’Evangile dans le vaste territoire confié à ses soins ont posé les bases de la vie ecclésiale dans votre pays et ont permis à l’Eglise de se développer aux Etats-Unis pour atteindre la maturité. Aujourd’hui la communauté catholique que vous servez est l’une des plus nombreuses du monde et l’une des plus influentes. Cela montre combien il est important que vous fassiez en sorte que votre lumière brille devant vos concitoyens et devant le monde "afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux" (Mt 5, 16).

Beaucoup de ceux auprès de qui John Carroll et ses confrères évêques ont exercé leur ministère, il y a deux siècles, étaient venus de terres lointaines. La diversité de leurs origines se reflète dans la riche variété de la vie ecclésiale de l’Amérique d’aujourd’hui. Chers frères évêques, je désire vous encourager, ainsi que vos communautés, à continuer d’accueillir les immigrants qui rejoignent vos rangs aujourd’hui, à partager leurs joies et leurs espérances, à les soutenir dans leurs souffrances et leurs épreuves, et à les aider à prospérer dans leur nouveau foyer. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait vos concitoyens pendant des générations. Depuis le début, ils ont ouvert leurs portes à ceux qui étaient exténués, à ceux qui étaient pauvres, aux masses "qui en rangs serrés aspirent à vivre libres" (cf. le poème gravé sur la Statue de la Liberté). Ce sont ces gens-là que l’Amérique a adoptées.

Parmi ceux qui sont venus ici pour se construire une vie nouvelle, beaucoup ont su faire bon usage des ressources et des possibilités qu’ils y ont trouvées et atteindre un haut niveau de prospérité. En vérité, les citoyens de ce pays sont connus pour leur grande vitalité et leur grande créativité. Ils le sont aussi pour leur générosité. Après l’attentat contre les Tours Jumelles, en septembre 2001, et de nouveau après l’ouragan Katrina en 2005, les Américains ont montré leur rapidité à secourir leurs frères et sœurs qui étaient dans le besoin. Au niveau international, la contribution offerte par le peuple américain aux opérations de secours et de sauvetage après le tsunami de décembre 2004 est une preuve supplémentaire de cette compassion. Permettez-moi d’exprimer l’estime particulière que m’inspire l’aide humanitaire offerte, sous des formes innombrables, par les catholiques américains par le biais des Caritas catholiques et autres organisations. Leur générosité s’est concrétisée dans l’attention portée aux pauvres et aux nécessiteux, mais aussi dans l’énergie manifestée dans la construction du réseau national de paroisses catholiques, d’hôpitaux, d’écoles et d’universités. Voilà de bonnes raisons de rendre grâces.

...

(Le texte complet du discours sera bientôt en ligne)



Les évêques interrogent, le pape répond


Q. – Très Saint Père, comment jugez-vous le défi grandissant du sécularisme dans la vie publique et du relativisme dans la vie intellectuelle? Que suggérez-vous pour répondre à ces défis, pour que l’évangélisation soit plus efficace?

R. – J’ai abordé rapidement ce sujet dans mon discours. Il me paraît significatif qu’ici, en Amérique, la mentalité séculière ne se soit pas établie comme intrinsèquement opposée à la religion, à la différence de ce que l’on constate dans de nombreux endroits en Europe. Dans le contexte de la séparation entre l’Eglise et l’Etat, la société américaine a toujours été marquée par un profond respect pour la religion et son rôle public. Si l’on en croit les sondages, le peuple américain est profondément religieux. Mais il ne suffit pas de compter sur cette religiosité traditionnelle et de se comporter comme si tout était normal alors que ses bases sont en train de s’éroder lentement. Un engagement sérieux dans le domaine de l’évangélisation ne peut se faire sans une étude profonde des vrais défis que l’Evangile doit affronter dans l’actuelle culture américaine.

Naturellement, il est essentiel de bien comprendre la juste autonomie de l’ordre séculier, une autonomie que l’on ne peut séparer du Dieu Créateur et de son plan de salut (cf. “Gaudium et spes“, 36). Le type de sécularisme de l’Amérique pose peut-être un problème particulier: alors qu’il permet de croire en Dieu et qu’il respecte le rôle public de la religion et des Eglises, il réduit de manière subtile la croyance religieuse au plus petit dénominateur commun. La foi devient une acceptation passive du fait que certaines choses “de là-bas“ sont vraies, mais sans incidence pratique sur la vie de tous les jours. Il en résulte une séparation croissante de la foi et de la vie: on vit “comme si Dieu n’existait pas“. Une situation aggravée par une approche individualiste et éclectique de la foi et de la religion. Loin de l’approche catholique de “la pensée avec l’Eglise“, chacun pense avoir le droit de définir et de choisir, en gardant les liens sociaux mais sans conversion totale, interne à la loi du Christ. De ce fait, au lieu d’être transformés et renouvelés dans leur âme, les chrétiens sont facilement tentés de se conformer à l’esprit du siècle (cf. Rm 12,2). Nous l’avons perçu de manière aiguë à travers le scandale créé par les catholiques qui défendent un prétendu droit à l’avortement.

De manière plus approfondie, le sécularisme met l’Eglise au défi de réaffirmer et de poursuivre encore plus activement sa mission dans et envers le monde. Comme l’avait expliqué le Concile, les laïcs ont une responsabilité particulière à cet égard. Je suis convaincu de la nécessité de mieux sentir le rapport entre, d’une part, l’Evangile et la loi naturelle et, d’autre part, la recherche du véritable bien de l’homme, tel qu’il est concrétisé dans la loi civile et dans les décisions morales personnelles, de l’autre. Dans une société qui, à juste titre, a beaucoup de considération pour la liberté personnelle, l’Eglise doit promouvoir à tous les niveaux de son enseignement – dans la catéchèse, dans la prédication, dans les cours au séminaire et à l’université – une apologétique visant à affirmer la vérité de la révélation chrétienne, l’harmonie entre la foi et la raison, et une saine compréhension de la liberté. Celle-ci doit être vue, de manière positive, comme une libération des limitations créées par le péché pour atteindre une vie authentique et pleine. En un mot, l’Evangile doit être prêché et enseigné comme un mode de vie complet qui offre une réponse attrayante et véridique, sur le plan intellectuel et le plan pratique, aux vrais problèmes de l’homme. En définitive, la “dictature du relativisme“ n’est rien d’autre qu’une menace contre la liberté de l’homme, qui ne peut mûrir que dans la générosité et dans la fidélité à la vérité.

Naturellement, il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet. Je conclurai simplement en disant que je pense qu’en ce moment précis de son histoire, l’Eglise en Amérique est confrontée à un défi. Elle doit retrouver la vision catholique de la réalité et la présenter de manière attirante et avec créativité à une société qui fournit toutes sortes de recettes pour aider l’homme à se réaliser. Je pense en particulier à notre devoir de parler au cœur des jeunes qui, malgré leur exposition permanente à des messages contraires à l’Evangile, continuent d’avoir soif d’authenticité, de bonté, de vérité. Il reste beaucoup à faire au niveau de la prédication et de la catéchèse dans les paroisses et les écoles, s’il l’on veut que l’évangélisation porte ses fruits dans le renouvellement de la vie ecclésiale en Amérique.

...

(Le texte complet de l’échange avec les évêques sera bientôt en ligne)


Le programme et les documents du voyage de Benoît XVI, sur le site du Vatican:

> Voyage aux Etats-Unis et visite à l'ONU, 15-21 avril 2008


Le voyage du pape sur le site de la conférence des évêques des Etats-Unis:

> Christ Our Hope

Et sur le site de l’agence de presse de la conférence, Catholic News Service:

> Visit to America

Benoît XVI: Tous missionnaires !

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Regina caeli du dimanche 13 avril : Journée de prière pour les vocations

Texte intégral


ROME, Dimanche 13 avril 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de la méditation que le pape Benoît XVI a prononcée à l'occasion de la prière du Regina caeli, ce dimanche, en présence des pèlerins réunis place Saint-Pierre.

AVANT LE REGINA CAELI

Chers frères et sœurs,

En ce quatrième dimanche de Pâques, alors que la liturgie nous présente Jésus comme Bon Pasteur, nous célébrons la Journée mondiale de prière pour les vocations. Sur chaque continent, les communautés ecclésiales invoquent, d'une seule voix, du Seigneur, de nombreuses et saintes vocations au sacerdoce, à la vie consacrée et missionnaire et au mariage chrétien, et méditent sur le thème : « Les vocations au service de l'Eglise-mission ». Cette année, la Journée mondiale de prière pour les vocations s'insère dans la perspective de l'Année de saint Paul qui s'ouvrira le 28 juin prochain pour célébrer le bimillénaire de la naissance de l'apôtre Paul, le missionnaire par excellence.

Dans l'expérience de l'apôtre des Nations, que le Seigneur appela pour être « ministre de l'Evangile », vocation et mission sont inséparables. Il représente par conséquent un modèle pour tout chrétien, de manière particulière pour les missionnaires ad vitam, c'est-à-dire pour les hommes et les femmes qui se consacrent entièrement à annoncer le Christ à ceux qui ne le connaissent pas encore : une vocation qui conserve aujourd'hui toute sa validité. Ce sont les prêtres qui, en premier lieu, accomplissent ce service missionnaire, en dispensant la parole de Dieu et les sacrements, en manifestant, par leur charité pastorale à tous, surtout aux malades, aux plus petits et aux pauvres, la présence de Jésus Christ, qui guérit. Rendons grâce à Dieu pour ces frères qui se donnent sans réserve dans le ministère pastoral, en scellant parfois leur fidélité au Christ par le sacrifice de leur vie, comme les deux religieux tués hier en Guinée et au Kenya. Nous avons pour eux une admiration reconnaissante et prions pour eux. Prions également pour que la multitude de ceux qui décident de vivre l'Evangile de manière radicale à travers les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, soit toujours plus grande. Ce sont des hommes et des femmes qui ont un rôle primordial dans l'évangélisation. Parmi eux, certains se consacrent à la contemplation et à la prière, d'autres à une action éducative et caritative multiforme, mais tous sont unis autour d'un même objectif : celui de témoigner de la primauté de Dieu sur tout, et de répandre son royaume dans tous les domaines de la société. Nombre d'entre eux, écrivait le serviteur de Dieu Paul VI, sont « entreprenants, et leur apostolat est marqué souvent par une originalité, un génie qui forcent l'admiration. Ils sont généreux : on les trouve souvent aux avant-postes de la mission, et ils prennent les plus grands risques pour leur santé et leur propre vie » (Exhortation ap. Evangelii nuntiandi, 69). Il ne faut pas oublier, enfin, que la vocation au mariage chrétien est aussi une vocation missionnaire : en effet, les époux sont appelés à vivre l'Evangile dans leur famille, dans leur milieu de travail, dans leur communauté paroissiale et civile. Par ailleurs, dans certains cas ils offrent leur précieuse collaboration dans la mission ad gentes.

Chers frères et soeurs, invoquons la protection maternelle de Marie sur les multiples vocations qui existent dans l'Eglise, afin qu'elles se développent avec une forte empreinte missionnaire. Je vous confie également, Mère de l'Eglise et Reine de la Paix, l'expérience missionnaire spéciale que je vivrai dans les prochains jours avec le voyage apostolique aux Etats-Unis et la visite à l'ONU, et je vous demande à tous de m'accompagner par votre prière.

 

[© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana - Traduction réalisée par Zenit]

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