Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI, Emmaüs représente tout lieu, la route qui y conduit est le chemin de tout chrétien

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
ROME, Dimanche 6 avril 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de la méditation que le pape Benoît XVI a prononcée à l'occasion de la prière du Regina caeli, ce dimanche, en présence des pèlerins réunis place Saint-Pierre.

AVANT LE REGINA CAELI

Chers frères et sœurs,

L'évangile de ce dimanche - le troisième dimanche de Pâques - est le célèbre récit dit des « disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24,13-35). Il parle de deux disciples du Christ qui, le jour après le sabbat, c'est-à-dire le troisième jour de sa mort, tristes et abattus, ont quitté Jérusalem en direction d'un village peu éloigné, appelé justement Emmaüs. Le long du chemin, Jésus ressuscité s'approcha d'eux, mais ils ne le reconnurent pas. Les sentant découragés, il leur expliqua, sur la base des Ecritures, que le Messie devait souffrir et mourir pour arriver à sa gloire. Entré avec eux dans la maison, il s'assit à table, bénit le pain, et le rompit, et à ce moment-là, ils le reconnurent, mais lui disparut de leur vue, en les laissant émerveillés devant ce pain rompu, nouveau signe de sa présence. Et immédiatement ils revinrent tous les deux à Jérusalem, et ils racontèrent ce qui était arrivé aux autres disciples.

La localité d'Emmaüs n'a pas été identifiée avec certitude. Il y a différentes hypothèses, et ce n'est pas sans être suggestif : cela nous fait penser qu'Emmaüs représente tout lieu, en réalité : la route qui y conduit est le chemin de tout chrétien, et même de tout homme. C'est sur nos routes que Jésus ressuscité se fait compagnon de voyage, pour rallumer dans nos cœurs la chaleur de la foi et de l'espérance, et rompre le pain de la vie éternelle. Dans la conversation des disciples avec le voyageur inconnu, on est frappé par l'expression que l'évangéliste Luc met sur les lèvres de l'un d'entre eux : « Nous espérions » (Lc 24, 21). Ce verbe au passé dit tout : Nous avons cru, nous avions suivi, nous avions espéré..., désormais tout est fini. Jésus de Nazareth aussi, lui qui s'était montré un prophète puissant en œuvres et en paroles, a échoué, et nous avons été déçus. Ce drame des disciples d'Emmaüs apparaît comme un reflet de la situation de nombreux chrétiens de notre temps. Il semble que l'espérance de la foi ait échoué. La foi même entre en crise à cause des expériences négatives qui font que nous nous sentons abandonnés par le Seigneur. Mais cette route d'Emmaüs, sur laquelle nous marchons, peut devenir un chemin de purification et de maturation de notre foi en Dieu. Aujourd'hui aussi, nous pouvons entrer en colloque avec Jésus et écouter sa Parole. Aujourd'hui aussi, il rompt le pain pour nous et se donne lui-même comme notre Pain. Et ainsi, la rencontre avec le Christ ressuscité qui est possible aujourd'hui aussi, nous donne une foi plus profonde et authentique, trempée, pour ainsi dire, au feu de l'événement pascal, une foi robuste parce qu'elle se nourrit non d'idées humaines, mais de la Parole de Dieu, et de sa présence réelle dans l'Eucharistie.

Cet étonnant texte évangélique contient déjà la structure de la messe : dans la première partie, l'écoute de la Parole par les Saintes Ecritures ; dans la deuxième, la liturgie eucharistique et la communion avec le Christ présent dans le sacrement de son Corps et de son Sang. En se nourrissant à cette double table, l'Eglise s'édifie sans cesse et se renouvelle de jour en jour dans la foi, dans l'espérance et dans la charité. Par l'intercession de Marie la très sainte, nous prions afin que tout chrétien et toute communauté, en revivant l'expérience des disciples d'Emmaüs, redécouvre la grâce de la rencontre transformante avec le Seigneur ressuscité.


[© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana - Traduction réalisée par Zenit]

 

Mgr André Vingt-Trois, Une Europe ouverte

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Le 1er juillet prochain, la France va prendre pour six mois la présidence de l’Union Européenne. Les récentes élections municipales et cantonales ont occupé le devant de la scène médiatique. En sera-t-il de même de cet événement qui surgira à la veille des vacances au cours desquelles se déroulera presque un trimestre de ce semestre de présidence française ? En tout cas, ce temps de la présidence française doit nous inciter à réfléchir sur notre implication dans l’ensemble européen et sur les accents qui marqueront le deuxième semestre de 2008, année européenne du dialogue inter culturel.

Les fruits de la construction européenne sont considérables et inestimables : ils portent le nom de la Paix. Mais ils sont aussi fragiles. Cette petite portion du globe terrestre a accumulé au cours des siècles une capacité de développement et de gouvernement sans doute exceptionnelle. Il nous suffit de porter notre regard sur le monde pour en être convaincus :

- la Colombie et les otages retenus, dont notre compatriote Ingrid Bettancourt.
Permettez-moi d’exprimer notre reconnaissance et nos encouragements fraternels à Mgr Castro Quiroga, président de la Conférence épiscopale de Colombie, pour l’action persévérante de l’Église dans cette longue crise.

- Le Tibet et les représailles qui s’y déroulent.

- La Birmanie dont on ne parle plus guère.

- Le Darfour et le Soudan.

- Le Moyen-Orient : Liban, Israël et les Palestiniens, avec une attention particulière pour nos frères chaldéens d’Irak. Les communautés chaldéennes en France doivent pouvoir compter sur notre soutien pour accueillir ceux qui viendront se réfugier.

- L’Algérie et les mesures contre l’exercice des religions chrétiennes. Même si les circonstances ne permettent pas d’expressions publiques très spectaculaires de notre part, nos frères savent que nous sommes à leurs côtés dans leur volonté de vivre en Algérie, aux côtés des Algériens et en paix avec eux.

De tout cela, notre vieille Europe est préservée, même si les progrès vers l’union sont venus conclure des phases sanglantes et démentielles. Ils ont été incontestables et ont été produits par l’implication de grands hommes d’État comme Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi et Robert Schumann, pour ne citer que les plus connus. Aucun des trois ne faisait mystère de sa motivation chrétienne dans son engagement apparemment utopique. A la même époque, une autre Europe se construisait au-delà de la ligne Oder-Neisse. Nous en connaissons les fruits amers.

Avec son élargissement, notre Europe se trouve confrontée à une question d’objectif que l’entrée des pays de l’ancienne domination soviétique a déjà posée. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour l’établissement et l’affermissement de la paix ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans le partage de la prospérité ? Déjà, dans nos pays très développés de l’Ouest européen, la question de l’accueil des migrants est récurrente. Voulons-nous une Europe ouverte ou une Europe close devant les risques de perdre notre sécurité économique, dont la fragilité financière provoque les soubresauts que l’on sait ?

L’histoire a montré qu’il n’est pas de clôture qui résiste aux besoins élémentaires qui s’expriment au dehors. La seule voie qui nous paraît raisonnable est évidemment celle du développement qui donne de quoi vivre dans les pays de forte immigration. Mais cette politique coûte très cher en argent et en vigilance sur l’utilisation des aides. Quel pourcentage de notre richesse nationale sommes-nous prêts à y investir, non seulement en « promesses de dons » mais en financement réel ?

La France, pays de migrations anciennes, qui s’enorgueillit d’être le « pays des droits de l’homme » va-t-elle aider l’Europe à progresser dans une politique d’ouverture devant les migrations ? Va-t-elle elle-même progresser dans la mise en oeuvre d’une politique d’aide au développement ? Va-t-elle progresser dans les procédures de traitement des demandes d’asile, dans leur durée comme dans les critères mis en oeuvre et la manière de traiter les demandeurs ? Une politique raisonnée de l’immigration est indissociable des moyens à dégager pour que les fonctionnaires chargés de son exécution ne soient pas submergés et ne se trouvent pas dépassés par les situations qu’ils ont à traiter. Enfin, par delà la réglementation nécessaire, la manière de traiter des personnes en détresse suppose un engagement déterminé dans l’application des lois et des jugements. Une personne qui ne réunit pas les conditions d’accueil sur notre territoire ne cesse pas pour autant d’être une personne humaine, un homme, une femme, un enfant, que l’on doit respecter et traiter avec dignité. Une personne ne peut pas être détenue dans des conditions inhumaines.

L’Église se félicite que de nombreux catholiques soient engagés sur ce front de la solidarité. Elle encourage les fonctionnaires et membres des forces de l’ordre qui exécutent
leur mission en respectant les personnes concernées. Elle appelle les communautés locales à réfléchir et à agir pour venir en aide à ceux qui ont mis leur espoir, leur ultime espoir, dans le risque de l’immigration. Elle soutient les femmes et les hommes politiques dans leur implication pour cette cause, même si elle n’est pas très rentable électoralement.
Si nous pouvons évoquer à juste titre les racines chrétiennes de l’Europe, c’est à nous d’agir de telle façon que ces racines soient manifestes et continuent à porter leurs fruits.

C’est seulement à ce prix que nous pourrons redonner à notre jeunesse des raisons d’espérer, de croire en l’avenir et d’échapper aux mirages de la violence et des paradis artificiels que fournissent la drogue et l’alcool. La joie de la Résurrection nous y encourage toujours, nous chrétiens.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais nous devons préserver du temps pour que, vous aussi, vous puissiez parler dans cet échange sur l’actualité. Je vous remercie.

André Cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris
Président de la Conférence des évêques de France


Discours d'ouverture de l'Assemblée Plénière

de la Conférence des Evêques de France,
mardi 1er avril 2008.

Décès du Père Servais-Théodore Pinckaers O.P.

dominicanus #actualités
Le Père Servais-Théodore Pinckaers O.P., professeur de théologie morale, s'est éteint hier à Fribourg (Suisse), âgé de 83 ans.

Il a été mon professeur de théologie morale fondamentale et m'a fait l'honneur de venir à mon ordination sacerdotale. C'était il y a 25 ans ...

Lire l'article : Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article...Décès du Père Servais-Théodore Pinckaers O.P.

Mgr André Vingt-Trois, Une société pour la vie

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Une récente campagne a été orchestrée, une nouvelle fois, à partir du drame personnel d’une personne gravement malade pour faire passer dans l’opinion le sentiment qu’il y aurait urgence à délivrer légalement un permis de disposer de sa vie. En réalité, il s’agirait d’un nouveau permis de disposer de la vie de son prochain, disons-le simplement : d’un permis de tuer. Alors que nous ignorions tout de la situation médicale réelle de la personne, des traitements possibles, des traitements proposés, acceptés ou refusés, on a voulu capter l’émotion légitime pour la substituer à la réflexion ; on a fait monter les enchères émotionnelles ; on a instrumentalisé une situation douloureuse pour la cause. On parle beaucoup de dignité ! Nous n’avons certainement pas la même conception ni la même pratique de ce mot.

Sournoisement, le travail admirable des équipes de soins palliatifs a été discrédité et dévalué aux yeux de l’opinion. Honteusement, des milliers de personnes gravement atteintes ou dans le dernier âge de leur vie ont été soupçonnées de ne pas avoir le courage de la « dignité ». Frauduleusement, la requête de reporter la décision de sa mort sur la société a été présentée comme un progrès humain. La loi, votée il y a deux ans et pas encore vraiment appliquée, a été occultée. La passion pour la mort a remplacé la compassion pour la vie.

Plusieurs d’entre nous se sont exprimés justement et sobrement sans faire le jeu médiatique de cette vente aux enchères de la dignité. Aujourd’hui, nous voulons dire ensemble notre conviction que la société n’a pas vocation à organiser la mort, la mort de personne : ni celle de l’enfant à naître, ni celle du grand malade en phase terminale, ni celle des vieillards en fin de vie. Si elle le faisait, elle saperait les fondements mêmes de son existence. Elle deviendrait un lieu du doute : veut-on encore de moi ?

Comme évêques mais tout simplement comme êtres humains, nous voulons rappeler que la dignité humaine n’est pas de chercher dans la mort la solution aux situations graves et angoissantes auxquelles tous les hommes sont confrontés un jour ou l’autre. Nous voulons dire encore une fois notre estime et notre admiration pour les hommes et les femmes qui assument leur vie avec courage et discrétion, pour les médecins qui cherchent sans cesse à soulager la souffrance, pour les équipes soignantes qui respectent, elles, la dignité de leurs malades, pour les familles qui accompagnent courageusement leurs membres éprouvés.

Surtout, nous voulons exprimer notre résolution d’agir conformément à ces convictions en soutenant tous ceux qui se mettent vraiment au service de la vie. Nous le faisons particulièrement en n’abandonnant pas les malades graves à leur détresse et à leur souffrance.

Nous voulons encourager le travail des aumôneries d’hôpitaux et de maisons de retraite. Nous voulons appeler les fidèles laïcs ou consacrés à se proposer pour des services de visite et d’accompagnement auprès des personnes malades ou des personnes âgées, en particulier celles qui sont en grande souffrance physique ou psychologique.

La dignité humaine est vraiment à promouvoir, mais cette promotion ne peut pas passer par le déni de la valeur de chaque existence humaine quels que soient ses handicaps ! Une société pour la vie est une société qui aide ses membres à vivre jusqu’au bout leur vie, qui ne les fait pas douter de la valeur de leur présence ici-bas.

André Cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris
Président de la Conférence des évêques de France


Discours d'ouverture de l'Assemblée Plénière

de la Conférence des Evêques de France,
mardi 1er avril 2008.

Mgr André Vingt-Trois, Avec les prêtres de nos diocèses

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Notre assemblée se réunit quelques jours à peine après les célébrations de la fête de la Pâque que nous avons tous vécues avec grande joie. Dans nos diocèses, ces fêtes pascales sont le sommet de notre année liturgique et aussi un grand moment d’espérance. En effet, elles sont le temps où les nouveaux chrétiens adultes et jeunes, de plus en plus nombreux, reçoivent les sacrements de l’initiation, promesse de l’avenir de notre Église. Elles sont aussi un temps fort de la communion diocésaine vécue dans la célébration de la Messe Chrismale. Celle-ci nous réunit, prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs, dans une même communion à l’entrée du Triduum Pascal. Elle manifeste solennellement la dimension diocésaine de tous les sacrements et fait apparaître sacramentellement la communion du presbyterium autour de l’évêque exprimée par le renouvellement des promesses de l’ordination sacerdotale.

En notre nom à tous, je voudrais exprimer aux prêtres de nos diocèses, notre joie de ces moments vécus ensemble, notre confiance et notre affection. Elles vont à tous les prêtres qui sont associés jour après jour à notre ministère et particulièrement aux prêtres diocésains qui sont nos collaborateurs les plus proches et les plus fidèlement attachés à nos diocèses. Nous savons tous combien leur tâche est lourde. Mais, plus que la lassitude quotidienne qui ne nous effraie pas, ce qui pèse le plus lourd, c’est le sentiment, plus ou moins fort, d’être entraînés comme dans un tourbillon dont ni le sens ni le but ne nous sont toujours clairs et de ne pas voir encore se lever la génération de nos successeurs.

Sans doute cette incertitude est-elle l’épreuve qui nous est donnée à vivre en ce temps. Nous voulons la vivre dans la confiance et l’espérance, mais la confiance et l’espérance ont aussi besoin d’être éclairées et soutenues. En ces décennies notre Église vit une profonde mutation liée aussi bien aux évolutions sociologiques de nos départements qu’aux ébranlements des transmissions culturelles. Beaucoup des membres de notre Église n’y sont pas préparés, - est-on jamais préparé aux nouveautés de la vie ? - ; ils en souffrent en voyant que l’Église ne répond pas directement à leurs demandes et à leurs attentes. Ils ont parfois la tentation d’accuser les prêtres d’être responsables de la situation. Certains groupuscules font leur publicité en accusant tout simplement l’Église elle-même à travers ses évêques soupçonnés et brocardés.

Comment pouvons-nous vivre sainement, - et même saintement -, cette fracture ou ces malaises ? Certes, on peut céder à la tentation bien française du miracle de la réforme institutionnelle. Les réformes sont nécessaires et, quand elles sont menées avec le travail nécessaire de consultation, elles peuvent porter du fruit. Mais elles ne font pas tout. Aucun évêque, ni même la conférence des évêques tout entière, n’est capable de trouver la formule miracle qui aplanirait toutes les difficultés, sauf à vivre dans l’illusion organisationnelle !

Jamais le Christ n’a donné un schéma directeur de l’Église ou du ministère « clefs en main ». Il n’y a pas de kit disponible. Si nous voulons vraiment avancer dans notre tâche missionnaire et ajuster nos pratiques à nos possibilités et aux appels de la mission, la seule voie qui nous est ouverte est celle du travail commun avec les membres de nos communautés et celle de la communion du presbyterium autour de son évêque. Cet engagement modeste à mettre en oeuvre les réformes nécessaires, a été fructueux dans bien des diocèses au cours des années passées. Il suppose aussi que nous, évêques, et les prêtres de nos diocèses, soyons assez disponibles pour ne pas vouloir relancer la dynamique missionnaire en maintenant à tout prix ce qu’était l’organisation du XIXe siècle, ni même celle des années 1950.

Dans cet effort, les prêtres des paroisses sont ceux sur qui pèse le plus le poids de la transition. Nous savons qu’ils ont la détermination et la force pour avancer « en eaux profondes » avec foi. Nous leur disons à nouveau notre confiance et nous voulons avec eux proclamer notre espérance. Certes, ils ne peuvent pas, à eux seuls, définir les conditions fondamentales du discernement nécessaire. Nous ne le pouvons pas davantage. Tous, nous recevons les critères du ministère ordonné de la Tradition de notre Église, en particulier des décrets du Concile Vatican II sur le ministère et la vie des prêtres et de leur relecture par le Magistère ordinaire, notamment dans les sessions du synode des évêques et l’exhortation apostolique Pastores dabo vobis. Consacrés pour enseigner, sanctifier et gouverner le Peuple de Dieu avec les évêques, les prêtres ont une boussole pour discerner avec leur évêque les terrains prioritaires de leur engagement dans le service de l’Église. Pour notre part, nous sommes engagés à favoriser et à développer ce discernement dans chacun de nos diocèses.

La tâche est considérable et nous voyons combien nous manquons de moyens pour la mener à bien. Nous devons donc sans cesse reprendre une dynamique de l’appel. Cette dynamique peut être et doit être soutenue par les services diocésains, mais elle repose avant tout sur la détermination de chaque prêtre de nos diocèses et sur leur détermination à tous à y associer les laïcs. Nous ne pouvons pas abandonner à des groupes particuliers le privilège de se présenter comme les seuls légitimes à envisager l’avenir et à le préparer ! Le travail de fond que nous avons entrepris au sujet de la formation des prêtres signifie bien que nous ne prenons pas notre parti de la situation présente. Nous devons intensifier notre prière en ce prochain dimanche du Bon Pasteur.

Nous voudrions partager avec nos prêtres la confiance qui nous habite, notre joie d’être embarqués avec Jésus sur la barque apostolique et notre espérance qu’il nous conduit bien au port. L’enjeu de notre navigation ne concerne pas seulement les difficultés quotidiennes que nous rencontrons. Il concerne tous les hommes de notre temps et l’actualité nous donne malheureusement bien des occasions de le vérifier.


André Cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris
Président de la Conférence des évêques de France


Discours d'ouverture de l'Assemblée Plénière

de la Conférence des Evêques de France,
mardi 1er avril 2008.

Mgr Guy Bagnard, La miséricorde et le ministère du prêtre

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Congrès mondial sur la miséricorde

ROME, Vendredi 4 avril 2008 (ZENIT.org) - « Le mi­nis­tère de la ré­con­ci­lia­tion reste sans doute le plus dif­fi­cile et le plus dé­li­cat, le plus fa­ti­gant et le plus exi­geant - sur­tout lors­que les prê­tres sont en pe­tit nom­bre. Il sup­pose aus­si, chez le con­fes­seur, de gran­des qua­li­tés hu­mai­nes, par des­sus tout une vie spi­ri­tuelle in­tense et sin­cère ; il est né­ces­saire que le prê­tre re­coure pour lui-même ré­gu­liè­re­ment à ce sa­cre­ment : c'est par ces paroles de Jean-Paul II que Mgr Guy Bagnard, évêque de Belley-Ars, a conclu, jeudi 3 avril, dans l'après-midi, en l'église romaine de San Carlo al Corso, son exposé sur « la mi­sé­ri­corde et le mi­nis­tère du prê­tre ». Il s'appuyait aussi sur l'héritage spirituel du saint Curé d'Ars, saint Jean-Marie Vianney.

  

« La mi­sé­ri­corde et le mi­nis­tère du prê­tre »

Par Mgr Bagnard

  

Il suf­fit de par­cou­rir quel­ques pa­ges d'Évan­gile pour s'aper­ce­voir dans quelle proxi­mi­té Jé­sus a vécu avec les ma­la­des. Lé­preux, boi­teux, pa­ra­ly­sés, aveu­gles, sourds-muets, tous vien­nent à Lui et Le sup­plient de les gué­rir.

Ce n'est pour­tant au­cune de ces ma­la­dies que dé­si­gnaient les cé­lè­bres pa­ro­les de Jé­sus : "Ce ne sont pas les bien-por­tants qui ont be­soin du mé­de­cin, mais les ma­la­des." Le con­texte où ont été pro­non­cées ces pa­ro­les nous ap­prend que Jé­sus pre­nait alors son re­pas dans la mai­son de Mat­thieu qu'il ve­nait d'ap­pe­ler à sa suite. Au­tour de la ta­ble se te­nait un grand nom­bre de pu­bli­cains ré­pu­tés pour leur mal­hon­nê­te­té dans l'exer­cice de leur pro­fes­sion : la col­lecte des im­pôts. C'étaient des pé­cheurs pu­blics, dé­si­gnés du doigt par l'opi­nion ! A l'adresse des pha­ri­siens qui con­dam­naient ces fré­quen­ta­tions dou­teu­ses, Jé­sus ré­pond avec les pa­ro­les du pro­phète Osée : "C'est la mi­sé­ri­corde que je veux et non les sa­cri­fi­ces." (Mt 9,12). A côté des ma­la­dies du corps, Jé­sus sou­li­gne la pré­sence des ma­la­dies de l'âme. Leur gué­ri­son ne peut être ob­te­nue que par la mi­sé­ri­corde. C'est pour en pu­ri­fier les hom­mes qu'il est venu en ce monde. Bien mieux, les ma­la­dies du corps avaient moins de con­sé­quen­ces dra­ma­ti­ques sur la des­ti­née hu­maine que les ma­la­dies in­vi­si­bles de l'âme : "Afin que vous sa­chiez que le Fils de l'homme a le pou­voir, sur la terre, de par­don­ner les pé­chés, alors, lève-toi, dit Jé­sus au pa­ra­ly­sé, prends ta ci­vière et ren­tre chez toi." (Mt 9,6). Jé­sus in­di­quait que son pou­voir de gué­ri­son sur les corps an­non­çait un pou­voir plus fon­da­men­tal sur les âmes.

Ce­lui qui a reçu l'or­di­na­tion pro­longe l'ac­tion du Christ. Parce qu'il a don­né ses lè­vres, ses mains, son in­tel­li­gence et son cœur au Christ, pour con­ti­nuer son œu­vre de gué­ri­son, il est ame­né à ac­cor­der une place de choix au mi­nis­tère de la mi­sé­ri­corde.

* * *

Jean-Ma­rie Vian­ney de­meure, dans l'his­toire de l'Eglise, le té­moin pri­vi­lé­gié de ce mi­nis­tère. Dans l'exer­cice de sa charge de curé, au fil des an­nées, le temps pas­sé au con­fes­sion­nal a dé­me­su­ré­ment gran­di. On es­time qu'il s'y te­nait en­tre 13 et 18 heu­res par jour, par tous les temps, aus­si bien dans la cha­leur que dans le froid. Au cours des vingt-cinq der­niè­res an­nées de sa vie, il ne fai­sait plus que cela. "Ra­re­ment un pas­teur a été à ce point con­scient de ses res­pon­sa­bi­li­tés, dé­vo­ré par le dé­sir d'ar­ra­cher ses fi­dè­les à leur pé­ché ou à leur tié­deur." (Jean-Paul II, Let­tre aux prê­tres pour le Jeu­di Saint 1986).

A regar­der Jean-Ma­rie Vian­ney, dans l'exer­cice de cette pas­to­rale de la mi­sé­ri­corde, un fait mé­rite d'être sou­li­gné. Il avait per­çu l'im­mense ef­fort qui est re­quis du pé­cheur pour ve­nir cher­cher le par­don. Re­con­naî­tre sa ma­la­die est déjà une épreuve. Mais en­tre­pren­dre de s'en li­bé­rer en est une au­tre bien plus lourde en­core. Le mou­ve­ment na­tu­rel est de re­met­tre à plus tard. Mille rai­sons sur­gis­sent pour re­pous­ser au len­de­main. Le fils de la pa­ra­bole a at­ten­du le tout der­nier mo­ment, d'être lit­té­ra­le­ment af­fa­mé, pour se dé­ci­der en­fin à re­pren­dre le che­min du re­tour.

Le Curé d'Ars, qui avait une pro­fonde con­nais­sance du cœur hu­main, eut un jour une drôle d'idée. Au ris­que de sur­pren­dre son en­tou­rage et de sou­le­ver des in­com­pré­hen­sions, il en­tre­prit rien moins que de faire per­cer une porte dans la fa­çade de l'église pa­rois­siale, lé­gè­re­ment sur le côté ; c'était une porte si étroite si dis­crète, qu'au­jourd'hui en­core, on ne la re­mar­que pas. En la pous­sant, on tom­bait au pied d'un con­fes­sion­nal, pla­cé là tout ex­près. C'était le cin­quième con­fes­sion­nal qu'il avait ins­tal­lé dans son église. Les qua­tre au­tres étaient si­tués plus haut dans la nef ou der­rière l'au­tel. L'avan­tage de ce nou­veau dis­po­si­tif per­met­tait de ve­nir se con­fes­ser to­ta­le­ment in­co­gni­to ! C'était là que ceux qu'il ap­pe­lait les grands pé­cheurs pou­vaient s'ou­vrir à la mi­sé­ri­corde. In­si­gne dé­li­ca­tesse de ce curé qui res­sen­tait en lui-même ce qu'il en coû­tait de re­ve­nir dans une église où l'on n'avait peut-être pas mis les pieds de­puis trente, qua­rante ou cin­quante ans. Ain­si, la grâce de la Mi­sé­ri­corde était mise à la por­tée du plus grand nom­bre. A elle seule, cette in­ven­tion en dit long sur l'amour des pé­cheurs qui ha­bi­tait le cœur de Jean-Ma­rie Vian­ney, à l'image du Père de la pa­ra­bole qui at­tend sur le seuil et re­garde l'ho­ri­zon s'il voit re­ve­nir le fils. Jean-Ma­rie Vian­ney avait l'ha­bi­tude de dire : "Ce n'est pas le pé­cheur qui re­vient vers Dieu pour lui de­man­der par­don ; mais c'est Dieu lui-même qui court après le pé­cheur et qui le fait re­ve­nir à lui." (No­det p. 133) C'est vers ceux qui sem­blaient les plus éloi­gnés que le cœur du prê­tre al­lait d'em­blée en prio­ri­té. Dans ce con­fes­sion­nal, di­sait-il, j'ai pu pren­dre les âmes au vol ! Il ins­cri­vait dans les faits l'amour de Dieu pour les pé­cheurs.

Si la mi­sé­ri­corde est le re­mède le plus sûr pour gué­rir les ma­la­dies de l'âme, il de­vient in­dis­pen­sa­ble de l'ap­pro­cher d'aus­si près que pos­si­ble de ce­lui qui en a be­soin ! L'in­tense dé­sir de l'of­frir aux pé­cheurs a fait trou­ver au Curé d'Ars les moyens de la don­ner.

Sa re­nom­mée comme con­fes­seur est liée sans au­cun doute à sa sain­te­té per­son­nelle. Il n'était pas rare d'en­ten­dre les ha­bi­tants d'Ars rai­son­ner ain­si, comme s'ex­pri­mait l'un d'en­tre eux : "Nous ne va­lons pas mieux que les au­tres, mais nous au­rions trop de honte à nous li­vrer à de sem­bla­bles dés­or­dres si près d'un saint" (Mon­nin, t. 1, p. 220). Mais ou­tre le rayon­ne­ment de sa sain­te­té, d'au­tres fac­teurs in­ter­ve­naient. L'un d'en­tre eux sem­ble avoir joué un rôle non né­gli­gea­ble. Le Curé d'Ars li­sait dans les cœurs ; il avait comme l'in­tui­tion des con­scien­ces. Il est évi­dem­ment dif­fi­cile de sa­voir ce qui se pas­sait exac­te­ment dans le con­fes­sion­nal en­tre le curé et les pé­ni­tents. Il faut donc avan­cer avec pru­dence sur ce ter­rain. Mais beau­coup de té­moi­gna­ges re­cueillis au cours du pro­cès de ca­no­ni­sa­tion ré­vè­lent que ceux qui ve­naient s'age­nouiller près du curé se sen­taient mis bru­ta­le­ment face à face avec leur vie. Fré­quem­ment, le curé dé­cou­vrait lui-même au péni­tent l'une ou l'au­tre de ses fau­tes.

L'ab­bé Al­fred Mon­nin, un de ses pre­miers bio­gra­phes, cite, par exem­ple, le cas de cet homme de mau­vaise vie qui, at­teint d'in­fir­mi­tés, vint à Ars es­pé­rant ob­te­nir la gué­ri­son. Sur les con­seils de quel­ques amis, il ac­cepte de se con­fes­ser. Jean-Ma­rie Vian­ney l'écoute en si­lence, puis lui de­mande : "Est-ce tout ?" - "Oui", ré­pond l'homme. "Mais, ré­pli­que le curé, vous n'avez pas dit que tel jour, à tel en­droit, vous avez com­mis une très grave faute". Et le curé se met à lui faire l'his­toire de sa vie, mieux qu'il ne l'au­rait faite lui-même. Des cas de ce genre sont nom­breux. Jean-Ma­rie Vian­ney po­sait sou­vent la ques­tion ri­tuelle : "De­puis quand date vo­tre der­nière con­fes­sion ?" Il ar­ri­vait que le pé­ni­tent ne se sou­vienne de rien ! Alors, il n'était pas rare que le Curé ré­ponde lui-même : "Cela fait vingt-huit ans, mon ami, et vous n'avez pas été com­mu­nier à la suite de cette con­fes­sion."

L'acui­té du re­gard du con­fes­seur opé­rait un choc puis­sant sur le pé­ni­tent. Ce­lui-ci fai­sait une ex­pé­rience sem­bla­ble à celle de la Sa­ma­ri­taine de l'Évan­gile. Elle avait en­ten­du Jé­sus lui dire qu'elle n'avait pas de mari et Jé­sus lui avait dé­cou­vert sa pro­pre vie. Quel­ques ins­tants après, elle s'adres­sait alors aux gens de son vil­lage, avec une émo­tion à peine voi­lée :"Ve­nez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait !" Le pé­ni­tent d'Ars n'avait pas le sen­ti­ment d'être ac­cu­sé ou con­dam­né, mais ce­lui d'être re­gar­dé par Dieu lui-même dans l'in­ti­mi­té de sa vie. Toute ré­sis­tance, toute dé­fense alors s'éva­nouis­saient. Il s'ou­vrait à la Lu­mière, sans cher­cher d'ex­cuse, sans re­cou­rir à des échap­pa­toi­res, sans se jus­ti­fier. Il se trou­vait sou­dai­ne­ment de­vant Dieu. Et Dieu ve­nait le cher­cher dans les si­tua­tions très con­crè­tes de son exis­tence ; c'était là qu'il était re­joint et sau­vé ! Sous cette lu­mière, il était re­con­duit à la vé­ri­té exis­ten­tielle de son être et c'est pour­quoi la grâce du sa­cre­ment opé­rait en pro­fon­deur à l'in­time de l'âme. Il res­sor­tait du con­fes­sion­nal ré­gé­né­ré. Dieu était pas­sé. Il avait agi ! Le pé­ni­tent avait fait l'ex­pé­rience que Dieu l'ai­mait tel qu'il était. Un des pre­miers ef­fets de la mi­sé­ri­corde est de ne plus se dis­si­mu­ler à soi-même et d'ac­cep­ter que Dieu puisse nous re­gar­der en vé­ri­té. C'est dans cette ex­pé­rience de la lu­mière qui nous pé­nè­tre que l'on me­sure l'im­mense bon­té de Dieu et que l'on puise l'élan de re­par­tir et de for­ti­fier la dé­ci­sion de chan­ger de vie !

Ain­si, dans l'exer­cice de ce mi­nis­tère, Jean-Ma­rie Vian­ney mon­trait que la Mi­sé­ri­corde de Dieu ne di­mi­nuait en rien l'exi­gence de Vé­ri­té et l'ef­fort coû­teux qui lui est lié. Il al­liait les deux dans le pro­fond équi­li­bre que lui com­mu­ni­quait sa sain­te­té. La mi­sé­ri­corde, il sa­vait en par­ler comme nul au­tre : "Que Dieu est bon, di­sait-il, son bon Cœur est un océan de mi­sé­ri­corde. Ain­si quel­que grands pé­cheurs que nous puis­sions être, ne dés­es­pé­rons ja­mais de no­tre sa­lut. Il est si fa­cile de se sau­ver !" " Nos fau­tes sont comme des grains de sa­ble à côté des mi­sé­ri­cor­des de Dieu." "Qu'est-ce que nos pé­chés, si nous les com­pa­rons à la mi­sé­ri­corde de Dieu ! C'est une graine de na­vette de­vant une mon­ta­gne". "Dieu court après l'homme et le fait re­ve­nir." (Abbé Toc­ca­nier, Pro­cès de ca­no­ni­sa­tion).

A ceux qui, pour­tant, se com­plai­saient à par­ler de ses sé­vé­ri­tés, il faut rap­pe­ler le ju­ge­ment tout sim­ple, mais com­bien vrai d'un vieux pay­san d'Ars qui avait con­nu Jean-Ma­rie Vian­ney dès son ar­ri­vée : "Il prê­chait sur­tout sur l'amour de Dieu, sur la pré­sence de No­tre Sei­gneur dans l'Eu­cha­ris­tie, sur l'ha­bi­ta­tion du Saint-Es­prit dans no­tre âme. Et quand il par­lait sur le pé­ché, alors il pleu­rait." Jean-Ma­rie Vian­ney avait ap­pris à se dé­ga­ger de l'es­prit jan­sé­ni­sant dont il avait été mar­qué dans sa jeu­nesse et du­rant les pre­miè­res an­nées de son mi­nis­tère au con­tact de l'ab­bé Bal­ley, à Écul­ly. Il ex­pli­quait dans ses ca­té­chè­ses : "Les jan­sé­nis­tes ont bien en­core les sa­cre­ments, mais ils ne ser­vent de rien car ils pen­sent qu'il faut être trop par­fait pour les re­ce­voir. L'Église ne dé­sire que no­tre sa­lut ; voi­là pour­quoi elle nous fait un pré­cepte de re­ce­voir les sa­cre­ments." (Mon­nin p. 327)

Mais, pour au­tant, la Mi­sé­ri­corde n'est pas une ver­tu dou­ce­reuse, qui se con­ten­te­rait de bé­nir et d'ab­sou­dre, en lais­sant croire qu'il n'y a guère de dif­fé­rence en­tre le bien et le mal, et qu'en con­clu­sion, comme le dit la chan­son, "on ira tous au pa­ra­dis". Jean-Ma­rie Vian­ney avait un sens aigu de la gra­vi­té du pé­ché ; cette con­science était, chez lui, la con­sé­quence d'une réa­li­té ma­jeure dans sa vie spi­ri­tuelle : il vi­vait en con­ti­nuelle union avec Dieu. "Il m'a avoué un jour, dit le Frère Atha­nase, qu'il per­dait ra­re­ment le sou­ve­nir de la pré­sence de Dieu". Et l'ab­bé Toc­ca­nier ré­sume ain­si le cli­mat de sa vie in­té­rieure : "Dieu, rien que Dieu, Dieu par­tout, Dieu en tout, toute la vie du Curé d'Ars est là !"

 

Ain­si, tout ce qui dé­tour­nait de Dieu, tout ce qui l'of­fen­sait, le fai­sait souf­frir. S'il avait l'amour du pé­cheur, il avait en même temps l'hor­reur du pé­ché. Aus­si me­su­rait-il sa res­pon­sa­bi­li­té de curé, une res­pon­sa­bi­li­té qui sou­vent le tour­men­tait : "Ah, si j'avais su ce que c'était qu'un prê­tre, au lieu d'al­ler au sé­mi­naire, je me se­rais bien vite sau­vé à la Trappe" (Mon­nin t. 2, p. 275). Il per­ce­vait les ef­fets des­truc­teurs du pé­ché dans les cœurs avec une sorte d'an­goisse :"Le péché obs­cur­cit la foi dans les âmes comme les brouillards épais obs­cur­cis­sent le so­leil à nos yeux : nous voyons bien qu'il fait jour, mais nous ne pou­vons dis­tin­guer le so­leil." (No­det p. 147). "Oh ! Jé­sus, don­nez-nous une sainte hor­reur de nos pé­chés. Fai­tes pas­ser dans nos cœurs une goutte de cette amer­tume dont le vô­tre fut inon­dé. Si nous ne pou­vons ef­fa­cer nos pé­chés par l'ef­fu­sion de no­tre sang, fai­tes du moins que nous puis­sions les pleu­rer." (No­det p. 143)

Jean-Ma­rie Vian­ney per­ce­vait le ca­rac­tère dra­ma­ti­que de toute exis­tence hu­maine, car l'homme y jouait son éter­ni­té ! Il avait "une vi­sion pa­thé­ti­que du sa­lut" (Jean-Paul II, Ars 1986) Cette con­vic­tion était si an­crée en lui qu'elle a im­pri­mé à sa vie spi­ri­tuelle une orien­ta­tion dont les traits les plus spec­ta­cu­lai­res étaient la pra­ti­que d'une as­cèse ri­gou­reuse. Ses pé­ni­ten­ces étaient im­pres­sion­nan­tes par leur am­pleur et leur fré­quence. Cer­tains y ont vu une re­cher­che pa­tho­lo­gi­que de la souf­france. Elles étaient bien plu­tôt l'ex­pres­sion d'une vé­ri­té pro­fonde : la vo­lon­té de se sanc­ti­fier soi-même pour sanc­ti­fier les au­tres ! Re­non­cer à soi-même, fût-ce dans la re­cher­che d'un bien-être lé­gi­time, était chez lui une ma­nière d'ou­vrir plus lar­ge­ment à Dieu les por­tes de sa vie. Il di­sait : "Il n'y a qu'une ma­nière de se don­ner à Dieu dans l'exer­cice du re­non­ce­ment et du sa­cri­fice : c'est de se don­ner tout en­tier, sans rien gar­der pour soi. Le peu que l'on garde n'est bon qu'à em­bar­ras­ser et à faire souf­frir... Je pense sou­vent que je vou­drais bien pou­voir me per­dre et ne plus me re­trou­ver qu'en Dieu." (Mon­nin, t. 2, p. 631). "Se don­ner tout en­tier" était ins­crit au cœur de son mi­nis­tère.

Il in­sis­tait par­ti­cu­liè­re­ment sur le re­non­ce­ment à sa vo­lon­té pro­pre : "Nous n'avons en pro­pre que no­tre vo­lon­té ; c'est la seule chose que nous puis­sions ti­rer de no­tre fond pour en faire hom­mage au Bon Dieu. Aus­si, as­sure-t-on qu'un seul acte de re­non­ce­ment à la vo­lon­té, Lui est plus agréa­ble que trente jours de jeûne." (Mon­nin, t. 2, p. 645). Et il n'hé­si­tait pas à don­ner des exem­ples très con­crets : "On se prive d'une vi­site qui fait plai­sir, on rem­plit une œu­vre de cha­ri­té qui en­nuie, on se cou­che deux mi­nu­tes plus tard, on se lève deux mi­nu­tes plus tôt ; lors­que deux cho­ses se pré­sen­tent à faire, on donne la pré­fé­rence à celle qui nous plaît le moins." (Mon­nin, t. 2, p. 646)

 

­Ce­tte abnéga­tion n'avait rien d'un re­plie­ment sur soi, ni d'une sorte d'au­to-mu­ti­la­tion ; Jean-Ma­rie Vian­ney y voyait le che­min par le­quel Dieu pre­nait pos­ses­sion de sa vie ; elle l'en­ga­geait dans la se­que­la Chris­ti, Lui, le sau­veur, qui, dans son amour du Père, avait ac­cep­té de s'abais­ser. Ce re­non­ce­ment n'avait rien de des­truc­teur ; il était vi­vi­fiant parce que l'amour l'ins­pi­rait.

En­ga­gé sur cette voie du ra­di­ca­lisme évan­gé­li­que, il pou­vait in­ter­cé­der pour son peu­ple en toute con­fiance et dans une grande au­then­ti­ci­té in­té­rieure. Ain­si, en ar­ri­vant à Ars, il n'avait eu qu'un cri, au pied du ta­ber­na­cle :"Mon Dieu, con­ver­tis­sez ma pa­roisse, et je suis prêt à souf­frir tout ce que vous vou­drez, tout le reste de ma vie." En en­ga­geant toute sa per­sonne dans sa de­mande, il s'as­so­ciait à l'ac­tion de Dieu qui, seule, pou­vait con­ver­tir le cœur de ses pa­rois­siens. Il se mon­trait plei­ne­ment so­li­daire avec eux. Et c'est bien ce qui l'a beau­coup af­fec­té dans les der­niè­res an­nées de son mi­nis­tère : il n'avait plus le temps de s'oc­cu­per d'eux.

Et c'est dans ce même es­prit qu'il sup­por­tait les heu­res in­ter­mi­na­bles de con­fes­sion. Ce qu'il souf­frait au con­fes­sion­nal était of­fert pour la con­ver­sion de ceux qui ve­naient re­ce­voir le par­don. Cer­tai­nes de ses con­fi­den­ces per­met­tent d'en­tre­voir les épreu­ves qu'il a ren­con­trées : "Je sè­che d'en­nui sur cette pau­vre terre, di­sait-il à un con­frère très pro­che ; mon âme est triste jus­qu'à la mort. Mes oreilles n'en­ten­dent que des cho­ses pé­ni­bles et qui me na­vrent le cœur. Je ne peux plus y te­nir. Di­tes-moi, se­rait-ce un grand pé­ché que de dés­obéir à mon Évê­que en par­tant d'ici dis­crè­te­ment ?" (Mon­nin t. 2, p. 271). "Mon Dieu, que le temps me dure avec les pé­cheurs ! Quand se­rai-je avec les saints ! On of­fense tant le Bon Dieu qu'on se­rait ten­té de de­man­der la fin du monde. Quand on pense, ajou­tait-il en pleu­rant à chau­des lar­mes, quand on pense à l'in­gra­ti­tude de l'homme en­vers le Bon Dieu, on est ten­té de s'en al­ler de l'au­tre côté des mers pour ne pas la voir." (Mon­nin t. 2, p. 273-74).

Le sens qu'il don­nait à ses mor­ti­fi­ca­tions ap­pa­rais­sait clai­re­ment quand il pro­po­sait une pé­ni­tence à ceux qui ve­naient d'être ab­sous. "Je sais, dit l'ab­bé Toc­ca­nier, qu'il ne don­nait aux pé­ni­tents que des pé­ni­ten­ces pro­por­tion­nées à leur fai­blesse, c'est-à-dire, en gé­né­ral, très fai­bles et qu'il s'ap­pli­quait à y sup­pléer par des pé­ni­ten­ces per­son­nel­les." Un jour que l'un d'en­tre eux ex­pri­mait sa sur­prise de­vant la lé­gè­re­té de ce que le curé d'Ars lui in­di­quait, ce­lui-ci lui ré­pon­dit : "Al­lez, al­lez, mon ami , je fe­rai le reste." Le Frère Atha­nase ajoute : « Le Saint Curé m'a dit une fois : "un pé­ni­tent me de­man­da pour­quoi je pleu­rais en en­ten­dant sa con­fes­sion - je pleure, ai-je ré­pon­du, parce que vous ne pleu­rez pas !" ». Au con­tact des pé­cheurs, di­sent ses bio­gra­phes, il était "un tré­sor de ten­dresse et de mi­sé­ri­corde".

 

On sait que le temps pas­sé au con­fes­sion­nal re­cou­vrait la plus grande par­tie de ses jour­nées, mais le cli­mat de mi­sé­ri­corde s'éten­dait, lui, à la to­ta­li­té de son exis­tence. C'était sa vie en­tière qui était de­ve­nue mi­sé­ri­corde. Et c'est pour­quoi il sou­li­gnait le dan­ger qui guet­tait le curé dans sa res­pon­sa­bi­li­té : "Ce qui est un grand mal­heur, pour nous au­tres cu­rés, c'est que l'âme s'en­gour­dit. Au com­men­ce­ment, on était tou­ché de l'état de ce ceux qui n'ai­maient pas Dieu ; après on dit : en voi­là qui font bien leur de­voir, tant mieux ! En voi­ci qui s'éloi­gnent des sa­cre­ments, tant pis ! Et l'on n'en fait ni plus ni moins." Avec le temps, en ef­fet, l'in­dif­fé­rence peut l'em­por­ter sur la pas­sion de trans­met­tre les bien­faits de la mi­sé­ri­corde. On fi­nit par se ré­si­gner ! La pré­oc­cu­pa­tion de ga­gner des âmes au Christ peut même s'éva­nouir. Chez le Curé d'Ars, la Pas­sion pour ce mi­nis­tère était si pro­fonde qu'il di­sait : "Je res­te­rai jus­qu'à la fin du monde !" Quel­ques heu­res avant de mou­rir, il con­fes­sait en­core !

Lais­sez-moi ter­mi­ner avec ces mots de Jean-Paul II qui était si pro­che du Saint Curé d'Ars. C'est en ces ter­mes qu'il s'adres­sait aux prê­tres, lors du Jeu­di Saint 1986, l'an­née où il se ren­dit à Ars :

"Le mi­nis­tère de la ré­con­ci­lia­tion reste sans doute le plus dif­fi­cile et le plus dé­li­cat, le plus fa­ti­gant et le plus exi­geant - sur­tout lors­que les prê­tres sont en pe­tit nom­bre. Il sup­pose aus­si, chez le con­fes­seur, de gran­des qua­li­tés hu­mai­nes, par-des­sus tout une vie spi­ri­tuelle in­tense et sin­cère ; il est né­ces­saire que le prê­tre re­coure pour lui-même ré­gu­liè­re­ment à ce sa­cre­ment.

Soyez-en tou­jours con­vain­cus, chers frè­res prê­tres : ce mi­nis­tère de la mi­sé­ri­corde est l'un des plus beaux et des plus con­so­lants. Il vous per­met d'éclai­rer les con­scien­ces, de leur ap­por­ter le par­don et de leur re­don­ner vi­gueur au nom du Sei­gneur Jé­sus, d'être pour el­les mé­de­cin et con­seiller spi­ri­tuel ; il de­meure "la ma­ni­fes­ta­tion ir­rem­pla­ça­ble et le test du mi­nis­tère sa­cer­do­tal." (Let­tre aux prê­tres pour le Jeu­di Saint 1986).

Père Guy Bagnard

Evêque de Belley-Ars

© Mgr Guy Bagnard 2008

Sainte Faustine, Conversation entre le Dieu de Miséricorde et l’âme souffrante

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
486

Jésus : « Ame, Je te vois si tourmentée, Je vois que tu n’as même pas la force de parler avec moi ! Je vais donc, Moi seul, te parler. Tes souffrances seraient-elles sans mesure, ne perds pas ton calme et ne t’abandonne pas non plus au découragement. Pourtant dis-Moi, Mon enfant, qui a eu l’audace de blesser ton cœur ? Raconte-Moi tout. Sois sincère envers Moi. Dévoile-Moi toutes les blessures de ton cœur ! Je les guérirai, et ta souffrance deviendra la source de ta sanctification. »

L’âme : « Seigneur, mes souffrances sont si grandes et si diverses ! Devant la longueur de leur durée, le découragement s’empare de moi ! »

Jésus : « Mon enfant, il ne faut pas te décourager. Je sais que tu connais Ma bonté et Ma Miséricorde, parlons donc peut-être en détail de ce qui te pèse le plus sur le cœur. »

L’âme : « J’ai tant de choses que je ne sais de quoi parler en premier, ni comment exprimer tout cela. »

Jésus : « Parle-Moi sans détour, comme un ami parle à son ami. Alors dis-Moi, Mon enfant, ce qui te retient sur le chemin de la Sainteté ? »

L’âme : « Le manque de santé. Je ne peux accomplir ma tâche; je suis une sorte de souffre-douleur. Je ne peux pas me mortifier ni jeûner sévèrement comme le firent les Saints. D’autre part, on ne croit pas que je sois malade si bien qu’aux souffrances physiques s’ajoutent les souffrances morales qui me causent bien des humiliations. Vous voyez, Jésus, comment est-il possible, dans ces conditions, de devenir Sainte ? »

Jésus : « Enfant, cela est vrai, tout cela est souffrance ; mais il n’y a pas d’autre chemin pour aller au Ciel que le chemin de la Croix ! Je l’ai emprunté Moi-même le premier. Tu sais bien que c’est là le plus court et le plus sûr. »

L’âme : Seigneur, voici un nouvel obstacle sur le chemin de la Sainteté : On me persécute parce que je vous suis fidèle. J’endure bien des souffrances pour cette raison. »

Jésus : « Tu sais bien que parce que tu n’es pas de ce monde, le monde t’a prise en haine. Ils M’ont persécuté le premier. Cette persécution est le signe que tu marches fidèlement sur Mes traces. »

L’âme: Seigneur, le fait que ni mes Supérieures ni mon confesseur ne comprennent mes souffrances intimes est un nouveau sujet de découragement pour moi. Les ténèbres ont obscurci mon esprit, comment pourrai-je aller de l’avant ? C’est ainsi que tout me décourage; et je pense que les hauteurs de la Sainteté ne sont pas pour moi. »

Jésus : « Cette fois-ci, Mon enfant tu M’as fait de véritables confidences. Je sais que c’est une bien grande souffrance d’être incomprise et, qui plus est, par ceux que l’on aime et devant lesquels notre franchise est grande. Qu’il te suffise que Je te comprenne dans toute ta pauvreté et ta misère. La foi profonde que tu mets malgré tout en mes représentants Me plaît, mais tu dois savoir que les hommes sont incapables de comprendre complètement l’âme, car cela est au-dessus de leurs possibilités. C’est pourquoi je suis restée Moi-même sur terre, afin de consoler ton cœur douloureux et de fortifier ton âme pour que tu ne faiblisses pas en chemin. Tu dis que de grandes ténèbres obscurcissent ton esprit, pourquoi donc ne viens-tu pas dans ces moments-là vers Moi, qui suis toute lumière. En un instant Je peux verser en ton âme autant de lumière et de compréhension de la Sainteté que tu ne saurais en retirer d’aucun livre, ni en recevoir d’aucun confesseur. Tu dois savoir que même ces ténèbres dont tu te plains, je les ai d’abord traversées pour toi au Jardin des Oliviers. Mon âme fut saisie d’une tristesse mortelle ; et je te donne en partage une parcelle de ces souffrances en raison de l’Amour particulier que J’ai envers toi et du haut degré de sainteté que je te destine dans le ciel. L’âme souffrante est la plus proche de Mon Cœur. »

L’âme : « Encore une chose, Seigneur ! Que faire si je suis repoussée et rejetée par les gens, par les gens, particulièrement par ceux sur lesquels j’ai le droit de compter, et cela au moment où j’en ai le plus besoin ? »

Jésus : « Mon enfant, prends la résolution de ne jamais t’appuyer sur les gens. Tu feras de grandes choses si tu t’abandonnes entièrement à Ma volonté en disant : « Qu’il en soit non point comme je le veux, mais selon Votre volonté, ô Dieu. » Sache que ces paroles prononcées du fond du cœur transportent l’âme, en un instant, au sommet de la Sainteté. J’ai une prédilection particulière pour l’âme qui agit ainsi. Elle me rend grande gloire, elle emplit le ciel du parfum de sa vertu. Mais sache que c’est la communion fréquente qui te donnera cette force en toi pour supporter la souffrance. Viens souvent à cette source de Miséricorde et puises-y avec confiance tout ce qui t’est nécessaire ! »

L’âme : « Merci, Seigneur, de Votre inconcevable bonté. Merci d’avoir daigné rester avec nous dans cet exil et de demeurer parmi nous comme le Dieu de Miséricorde. Votre pitié et Votre Bonté rayonnent autour de Vous, et à la lumière de Votre Miséricorde, je reconnais combien Vous m’aimez. »

Petit Journal de  Sœur Faustine

(Source : édition numérique par Anne Speeckaert et www.JesusMarie.com)

Sainte Faustine, Tu es au gouvernail, ô Dieu !

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
1321. J.M.J.

Vogue la barque de ma vie,
Parmi les brumes crépusculaires et les ombres de la nuit.
Je ne vois aucun rivage,
Je suis au cœur de l’étendue marine.

La moindre tempête pourrait me noyer,
Engloutissant ma barque dans le tourbillon des eaux,
Si Tu ne veillais Toi-même sur moi, mon Dieu,
A chaque instant de ma vie, à chaque moment.

Parmi le fracas et les clameurs de la houle,
Je vogue tranquillement avec confiance.
Et tel l’enfant, sans crainte, je regarde au loin,
Car Tu m’es, Jésus, toute lumière.

Alentour c’est l’épouvante et l’effroi,
Mais en mon âme le calme est plus profond que les profondeurs de la mer.
Car celui qui est avec toi, Seigneur, ne saurais périr,
Ainsi m’assure Ton amour divin

Malgré tant de dangers alentour,
Je ne saurais les redouter car je regarde le ciel étoilé,
Et je vogue courageusement, gaiement,
Comme il convient à un cœur pur.

Mais c’est par-dessus tout, uniquement,
Parce que Tu es au gouvernail, ô Dieu,
Que vogue si tranquillement, la barque de ma vie.
Je le confesse avec la plus profonde humilité.

Petit Journal de  Sœur Faustine

(Source : édition numérique par Anne Speeckaert et www.JesusMarie.com)

Sainte Faustine, "Je prends ta misère et Je te donne Ma miséricorde"

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
716. Toute la nuit, je me préparai à la réception de la Sainte Communion, car je ne pouvais pas dormir à cause des souffrances physiques. Mon âme était pleine d’amour et de repentir.

717. Après la Sainte Communion, j’entendis ces paroles : « Vois ce que tu es par toi-même, mais ne t’en effraie pas ! Si Je te découvrais toute ta misère, tu mourrais de peur. Mais sache que, parce que tu es tellement misérable, J’ai découvert devant toi tout l’océan de Ma miséricorde. Je cherche et désire des âmes comme la tienne, mais il y en a peu. Ta grande confiance envers Moi, me force à t’accorder continuellement des grâces. Tu as de grands droits sur Mon Cœur, car tu as pleine confiance. Tu ne supporterais pas l’immensité de Mon amour si ici, sur la terre, Je te le découvrais dans toute sa plénitude. Souvent Je soulève pour toi un petit coin de voile, mais sache que c’est de Ma part une grâce exceptionnelle. Mon Amour et Ma miséricorde ne connaissent pas de bornes. »

718. Aujourd’hui j’ai entendu ces paroles : « Sache Mon enfant, qu’à cause de toi, J’accorde des grâces à tous ces environs. Mais tu dois me remercier pour eux car Je ne reçois pas de remerciements pour les bienfaits que Je leur accorde. A cause de ta gratitude, Je vais continuer à les bénir. »

719. Ô mon Jésus, Vous savez comme la vie en commun est dure, combien il y a de malentendus et d’incompréhensions, même avec la meilleure volonté de part et d’autre ! Mais c’est Votre mystère, Ô Seigneur, nous le connaîtrons dans l’éternité ! En attendant, nos jugements doivent toujours être bienveillants.

720. C’est une grande grâce de Dieu que d’avoir un directeur spirituel, je sens que maintenant je ne saurais plus progresser dans la vie spirituelle sans son aide. La force d’un prêtre est grande. Je remercie sans cesse Dieu de m’avoir donné un directeur spirituel.

721. Aujourd’hui j’ai entendu ces paroles : « Tu vois comme tu es faible. Quand pourrais-Je compter sur toi ? » J’ai répondu : « Jésus, soyez toujours avec moi, car je suis Votre enfant. Jésus, Vous savez comment sont les enfants ! »

722. Aujourd’hui, j’ai entendu ces paroles : « Les grâces que Je t’accorde ne sont pas seulement pour toi, mais pour un grand nombre d’âmes… et ton cœur est Ma demeure ! Malgré ta misère, Je m’unis à toi. Je prends ta misère et Je te donne Ma miséricorde. En chaque âme, J’accomplis l’acte de Ma miséricorde et plus le pécheur est grand, plus il a droit à Ma miséricorde. Sur chaque œuvre de Mes mains est gravée Ma miséricorde. Qui a confiance en elle ne périra pas, car toutes ses affaires sont à Moi et ses ennemis se briseront à Mes pieds. »

723. La veille de la retraite, j’ai commencé à prier pour que Jésus me donne un peu de santé afin que je puisse prendre part à cette retraite. Car je me sens si mal que peut-être elle sera pour moi la dernière. Cependant, quand j’ai commencé à prier, j’ai senti tout de suite une sorte d’étrange mécontentement. J’ai donc interrompu ma prière de supplication et je me suis mise à remercier Dieu pour tout ce qu’il m’envoie, me soumettant tout à fait à Sa Sainte volonté, et tout à coup j’ai senti une paix profonde dans mon âme. La fidèle soumission à la volonté divine toujours et partout, dans tous les cas et circonstances de la vie rend une grande gloire à Dieu. Une telle soumission à la volonté de Dieu, a une plus grande valeur à Ses yeux que de longs jeûnes et que les plus sévères mortifications. Oh ! Que la récompense d’un seul acte de soumission à la volonté de Dieu est grande. En écrivant ceci, mon âme est ravie à la pensée que Dieu l’aime tant et que l’âme jouit déjà de la paix dès ici-bas.

Petit Journal de  Sœur Faustine

(Source : édition numérique par Anne Speeckaert et www.JesusMarie.com)

Sainte Faustine, J’élève les humbles jusqu’à Mon trône

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Partie 278

Jésus m’a accordé la grâce de me connaître moi-même. Dans cette lumière divine j’ai vu mon défaut dominant : c’est l’orgueil qui a pris la forme du repliement sur moi-même, et du manque de simplicité envers la Mère Supérieure.

La seconde lumière concerne la parole. Il m’arrive de trop parler. Je passe trop de temps à régler des affaires pour lesquelles deux ou trois mots suffiraient. Et Jésus voudrait que je passe ce temps à réciter de petites prières pour les âmes souffrantes du purgatoire. Et le Seigneur dit que chaque mot sera pesé au jour du jugement.

La troisième lumière concerne notre règlement. J’évite trop peu les occasions qui mènent à l’enfreindre, surtout la règle du silence. Désormais, j’agirai comme si la règle n’était écrire que pour moi. La façon dont les autres agissent ne me regarde pas, pourvu que moi j’agisse comme Dieu le désire.

Résolution. Quand il s’agit de choses extérieures, j’irai immédiatement dire aux Supérieures tout ce que Jésus exige de moi. Et dans mes relations avec ka Supérieure, je tacherai d’être franche et sincère comme un enfant.

 275. Jésus aime les âmes cachées. La fleur cachée renferme le plus de parfum. M’efforcer de créer à l’intérieur de mon âme un endroit retiré pour le cœur de Jésus. Dans les moments pénibles et douloureux, je fredonnerai pour Vous, ô mon Créateur, un hymne de confiance. Car le gouffre de ma confiance envers Vous, envers Votre Miséricorde, est sans borne.

 276. Depuis que je me suis mise à aimer la souffrance, elle a cessé d’être souffrance. C’est la nourriture quotidienne de mon âme.

 277. Je n’irai pas parler avec telle personne, car je sais que cela déplaît à Jésus, et elle n’en tire aucun profit.

 278. Aux pieds du Seigneur. Jésus caché, Amour éternel, notre vie, Vous oubliant Vous-même, Vous ne voyez que nous. Avant de créer le ciel et la terre, Vous nous portiez déjà dans Votre Cœur. O Amour, ô profondeur de Votre abaissement, ô mystère du bonheur, pourquoi si peu d’âmes Vous connaissent-elles ? Pourquoi ne trouvez-Vous pas de réciprocité ? O Divin Amour, pourquoi cachez-Vous votre beauté ? O Inconcevable et Infini, plus je Vous connais, moins je Vous comprends. Mais parce que je ne puis Vous comprendre, je conçois mieux Votre grandeur. Je n’envie pas leur feu aux Séraphins, car un don plus grand est déposé en mon cœur. En extase, eux Vous admirent, mais Votre Sang s’unit au mien. L’amour c’est le ciel qui nous est déjà donné ici sur la terre. Oh ! pourquoi Vous cachez-Vous dans la foi ? L’ Amour déchire le voile. Il n’y a pas de voile devant le regard de mon âme. Car Vous-même m’avez attirée au sein du mystérieux amour pour l’éternité. Gloire et louange à Vous, ô indivisible Trinité, Dieu unique pour tous les siècles !

 279. Dieu m’a fait comprendre en quoi consiste l’amour et Il m’a accordé la lumière pour que je sache comment je dois Lui témoigner en pratique.

Le véritable amour de Dieu consiste à accomplir la volonté divine. Pour manifester l’amour de Dieu dans nos actions, il faut que toutes, même les plus petites, découlent de notre amour pour Dieu. Et le Seigneur me dit : " Mon enfant, tu Me plais davantage par la souffrance. Dans les souffrances physiques, comme dans les souffrances morales. Ne cherche pas, Ma fille, de compassion auprès des créatures. Je veux que le parfum de tes souffrances soit pur et sans mélange. J’exige que tu te détaches, non seulement des créatures, mais aussi de toi-même. Ma fille, Je veux Me désaltérer à l’amour de ton cœur, un amour pur, virginal, immaculé et sans aucune éclipse. Plus tu aimeras la souffrance, Ma fille, plus pur sera ton amour envers Moi. "

 280. Jésus me donne l’ordre de célébrer la fête de la Miséricorde Divine, le premier dimanche après Pâques. Avec un grand recueillement intérieur, portant la ceinture pendant, en guise de mortification extérieure, je n’ai cessé de prier pour les pécheurs, et pour obtenir la miséricorde divine dans le monde entier. Alors Jésus me dit : " Mon regard repose aujourd’hui avec plaisir sur cette maison. "
 
 281. Je sens bien que ma mission ne finira pas à ma mort, mais qu’elle commencera alors. O vous, âmes qui doutez, j’écarterai pour vous le voile qui vous cache le Ciel, afin de vous convaincre de la bonté de Dieu, pour que votre incrédulité ne blesse plus le doux Cœur de Jésus. Dieu est Amour et Miséricorde.

 282. Une fois le Seigneur me dit : " Mon Cœur s’est ému d’une grande miséricorde envers toi, Mon enfant très chère, quand Je t’ai vu réduite en lambeaux à cause de la grande douleur que tu as endurée, en te repentant de tes péchés. Je vois ton amour si pur et si sincère que Je te donne la primauté entre les vierges. Tu es l’honneur et la gloire de Ma Passion. Je vois chaque abaissement de ton âme, et rien n’échappe à Mon attention. J’élève les humbles jusqu’à Mon trône, car Je le veux ainsi. "

Petit Journal de  Sœur Faustine

(Source : édition numérique par Anne Speeckaert et www.JesusMarie.com)

Afficher plus d'articles

RSS Contact