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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (1/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)



C'était un jeudi. Le ciel était gris. La terre était couverte de neige et d'épais flocons continuaient à tourbillonner lorsque le Père Séraphim engagea notre conversation dans une clairière, près de son "Petit Ermitage" face à la rivière Sarovka coulant au pied de la colline. Il me fit asseoir sur le tronc d'un arbre qu'il venait d'abattre et lui-même s'accroupit en face de moi.

- Le Seigneur m'a révélé, dit le grand starets, que depuis votre enfance vous désiriez savoir quel était le but de la vie chrétienne et que vous aviez maintes fois interrogé à ce sujet des personnages même haut placés dans la hiérarchie de l'Église.

Je dois dire que dès l'âge de douze ans cette idée me poursuivait et qu'effectivement j'avais posé la question à plusieurs personnalités ecclésiastiques sans jamais recevoir de réponse satisfaisante. Le starets l'ignorait.

- Mais personne, continua le Père Séraphim, ne vous a rien dit de précis. On vous conseillait d'aller à l'église, de prier, de vivre selon les commandements de Dieu, de faire le bien - tel, disait-on, était le but de la vie chrétienne. Certains même désapprouvaient votre curiosité, la trouvant déplacée et impie. Mais ils avaient tort. Quant à moi, misérable Séraphim, je vous expliquerai maintenant en quoi ce but réellement consiste.

Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. La prière, le jeûne, les veilles et autres activités chrétiennes, aussi bonnes qu'elles puissent paraître en elles-mêmes, ne constituent pas le but de la vie chrétienne, tout en aidant à y parvenir. Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. Quant à la prière, au jeûne, aux veilles, à l'aumône et toute autre bonne action faite au nom du Christ, ce ne sont que des moyens pour l'acquisition du Saint-Esprit.

Remarquez que seule une bonne action faite au nom du Christ nous procure les fruits du Saint-Esprit. Tout ce qui n'est pas fait en son Nom, même le bien, ne nous procure aucune récompense dans le siècle à venir, et en cette vie non plus ne nous donne pas la grâce divine. C'est pourquoi le Seigneur Jésus Christ disait : "Celui qui n'amasse pas avec moi dissipe" (Lc 11, 23).

On est pourtant obligé d'appeler une bonne action "amassage" ou récolte, car même si elle n'est pas faite au Nom du Christ, elle reste bonne. L'Écriture dit : "En toute nation celui qui craint Dieu et pratique la justice lui est agréable" (Ac 10, 35). Le centurion Corneille, qui craignait Dieu et agissait selon la justice, fut visité pendant qu'il était en prière, par un ange du Seigneur qui lui dit : "Envoie des hommes à Joppé chez Simon le corroyeur, tu y trouveras un certain Pierre qui te fera entendre des paroles de vie éternelle par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison" (Ac 10, 5).

On voit donc que le Seigneur emploie ses moyens divins pour permettre à un tel homme de ne pas être privé, dans l'éternité, de la récompense qui lui est due. Mais pour l'obtenir il faut que dès ici-bas il commence par croire en Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu descendu sur terre pour sauver les pécheurs, ainsi que par acquérir la grâce du Saint-Esprit qui introduit dans nos coeurs le Royaume de Dieu et nous fraye le chemin de la béatitude du siècle à venir. Là s'arrête la satisfaction que procurent à Dieu les bonnes actions qui ne sont pas commises au Nom du Christ. Le Seigneur nous donne les moyens de les parachever. À l'homme d'en profiter ou non. C'est pourquoi le Seigneur a dit aux Juifs : "Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché mais vous dites : 'Nous voyons !' votre péché demeure" (Jn 9, 41). Quand un homme comme Corneille dont l'oeuvre qui n'a pas été faite au Nom du Christ mais qui a été agréable à Dieu, se met à croire en son Fils, cette oeuvre lui est comptée comme faite au Nom du Christ, à cause de sa foi en lui (He 11, 6). Dans le cas contraire, l'homme n'a pas le droit de se plaindre que le bien accompli ne lui a pas été profitable. Cela n'arrive jamais quand une bonne action a été faite au Nom du Christ, car le bien accompli en son Nom apporte non seulement une couronne de gloire dans le siècle à venir, mais dès ici-bas remplit l'homme de la grâce du Saint-Esprit, comme il a été dit : "Dieu donne l'Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils ; il a tout remis entre ses mains" (Jn 3, 34-35).

C'est donc dans l'acquisition de cet Esprit de Dieu que consiste le vrai but de notre vie chrétienne, tandis que la prière, les veilles, le jeûne, l'aumône et les autres actions vertueuses faites au Nom du Christ ne sont que des moyens pour l'acquérir.

- Comment l'acquisition ? demandai-je au Père Séraphim. Je ne comprends pas très bien.

- L'acquisition, c'est la même chose que l'obtention. Vous savez ce que c'est que d'acquérir de l'argent ? Pour le Saint-Esprit, c'est pareil. Pour les gens du commun, le but de la vie consiste en l'acquisition d'argent - le gain. Les nobles, en plus, désirent obtenir des honneurs, des marques de distinction et autres récompenses accordées pour des services rendus à l'État. L'acquisition du Saint-Esprit est aussi un capital, mais un capital éternel, dispensateur de grâces ; très semblable aux capitaux temporels, et qui s'obtient par les mêmes procédés. Notre Seigneur Jésus Christ, Dieu-Homme, compare notre vie à un marché et notre activité sur terre à un commerce. Il nous recommande à tous : "Négociez jusqu'à ce que je vienne, en économisant le temps, car les jours sont incertains" (Lc 19, 12-13 ; Ép 5, 15-16), autrement dit : Dépêchez-vous d'obtenir des biens célestes en négociant des marchandises terrestres. Ces marchandises terrestres ne sont autres que les actions vertueuses faites au Nom du Christ et qui nous apportent la grâce du Saint-Esprit.

(à suivre)

Mai 68 ou le chant du cygne du marxisme

dominicanus #actualités
Mai 68 ou le chant du cygne du marxisme Il est remarquable de voir à quel point des événements aussi récents que ceux de Mai 68 ont pu être en quelques années profondément déformés.

Le point fort dont il semble qu’on ait perdu le souvenir est que la rhétorique dominante tout au long de ces événements fut marxiste. Peut-être le marxisme a-t-il là jeté ses derniers feux ? Il reste que les principaux groupes qui impulsèrent le mouvement, les maoïstes (appelés alors « Union des jeunesses marxistes-léninistes » et plus tard « Gauche prolétarienne »), les trois mouvements trotskystes, le PSU (où les chrétiens étaient pourtant nombreux), l’UNEF et même le « Mouvement du 22 mars » qui, plus ou moins les fédérait, se référaient d’abord à Marx et à Lénine, puis, qui à Trotski, qui à Mao, qui à Che Guevara. Pas à Freud [1].

Il n’était question dans les couloirs des universités en grève que de la lutte des classes, de la Révolution, de l’injustice faite aux ouvriers ou aux fils d’ouvriers, ou au tiers-monde : Bourdieu venait de publier Les Héritiers que le théâtre de l’École normale supérieure avait mis en scène au cours de l’hiver. Le voisinage, invraisemblable aujourd’hui, d’un immense bidonville n’avait pas fait peu pour alimenter la mauvaise conscience des étudiants de Nanterre où a débuté le mouvement. Les manifestations contre l’intervention des États-Unis au Vietnam et pour le Vietcong avaient tout au long de l’hiver 1967-1968 servi de répétition au mouvement de mai.


La lutte des classes avant le sexe

Certes, quelques-uns des initiateurs du mouvement, comme Cohn-Bendit connaissaient Marcuse et Reich, mis à la mode en Californie l’année précédente et qui avaient mêlé le thème sexuel à la lutte des classes, mais l’austère Althusser eut bien plus d’influence. Certes encore, le premier incident fut lié à la revendication des étudiants du droit d’entrer dans les bâtiments des étudiantes à la cité universitaire de Nanterre, ce qui fit dire au général de Gaulle, goguenard : « Ils voulaient des locaux et des maîtres, ils veulent à présent des lits et des maîtresses [2] ! »

Mais tout cela est anecdotique ; les romans de Françoise Sagan, les films de Louis Malle, les dessins de Kiraz étaient déjà là pour nous rappeler que les filles de la bonne société n’avaient pas attendu mai 68 pour jeter leur gourme. La pilule était légale depuis 1967, le concile avait précipité la crise de l’Église quatre ou cinq ans plus tôt. Sur les barricades, il ne fut jamais question à notre connaissance des droits des homosexuels. Qui peut douter que la « révolution sexuelle » aurait eu de toutes façons lieu sans Mai 68 ? L’évolution parallèle des pays étrangers le démontre. Moins que la morale sexuelle, c’est en fait la morale tout court qui fut atteinte : les leçons de morale héritées de Jules Ferry, qui n’avaient rien de sexuel, furent à ce moment là supprimées à l’école élémentaire sans qu’aucune circulaire l’ait formalisé.

Mouvement de jeunesse sans doute, Mai 68 fut-il un mouvement des étudiants ? Moins qu’on croit. La manifestation du 13 mai 1968 rassembla près d’un million de personnes mais l’essentiel était composé de salariés répondant à l’appel des organisations syndicales, CGT en tête. Quand les syndicats ouvriers n’y participaient pas, les manifestations parisiennes ne dépassèrent guère les 50 000 personnes, dont une moitié de lycéens et, de plus en plus de jeunes qui n’étaient pas étudiants. Or il y avait plus de 250 000 étudiants en région parisienne. La proportion des étudiants manifestants semble avoir été un peu plus forte en province.

La prégnance du discours marxiste explique certains dessins diffusés par l’École des Beaux-Arts comme celui, odieux, qui montrait Hitler sous le masque de De Gaulle. Ce n’était là rien d’autre que l’illustration de la théorie marxiste selon laquelle tous les régimes bourgeois se valent, le régime hitlérien détenant par sa radicalité la vérité cachée des autres. Le thème « CRS-SS » est de la même eau. À cet égard, Mai 68 fut moins une rupture que le prolongement et la radicalisation de l’opposition de gauche au général de Gaulle qui s’était exprimée tout au long des années soixante. Opposition où le marxisme (la « philosophie indépassable de notre temps » disait Jean-Paul Sartre), au moins au lycée et à l’Université, était hégémonique.

Mai 68 : révolte contre les maîtres ou leçon trop bien apprise ? On peut se poser la question. Le fait nouveau en 1968 fut que le Parti communiste avait, au moins dans le monde étudiant, perdu son leadership au bénéfice des « gauchistes » (expression inventée par Lénine et reprise par le PCF). Pour ce dernier, c’était la conséquence du ralliement de trop de jeunes bourgeois à la cause de la Révolution. Même si les « fils du peuple » furent plus nombreux qu’on ne l’a dit chez les gauchistes, il n’avait sans doute pas entièrement tort.

Il reste que le marxisme-léninisme de ces derniers était en peau de lapin. L’auteur de ces lignes se souvient d’avoir un jour poussé dans ces retranchements un maoïste qui n’avait que la Révolution à la bouche : « Si vous êtes logique, ce n’est pas la Sorbonne qu’il faut prendre, c’est l’Élysée. » Il n’en fut pas question. Il était entendu, sans que personne l’avoue, que cette révolution devait être un coïtus interruptus. C’est sans doute là que la psychanalyse reprend ses droits. Tuer le Père (le général ?) d’accord, mais seulement sur le plan symbolique.

À cette impuissance des soi-disant révolutionnaires répondait d’ailleurs celle du chef de l’État qui multipliait les consignes de fermeté, sans qu’on sache bien si lui aussi les prenait au sérieux. Si elles avaient été appliquées, le sang aurait coulé et sa mémoire en eut été ternie. Mais ni ses ministres, ni le préfet de police, l’admirable Maurice Grimaud, ne prirent ces consignes à la lettre. D’où ce miracle d’une « révolution » où, au moins à Paris, personne n’a laissé la vie.


Trois paradoxes

L’histoire est pleine de paradoxes.

Le premier vainqueur de ce mouvement né dans la protestation contre l’impérialisme américain au Vietnam, fut le dollar qui vit, grâce à la crise du franc, sa dévaluation retardée de trois ans. Il est vrai que le monde anglo-saxon se réjouit dans l’ensemble d’événements dans lesquels il vit la juste punition de la morgue du général de Gaulle à son encontre. Hasard ? Mai 68 suivit de peu les retournements spectaculaires de la politique étrangère de la France : retrait de l’Otan, attaques contre le dollar, voyage en URSS, au Québec, discours de Pnom-Penh, condamnation d’Israël. La retraite du général de Gaulle en 1969, conséquence retardée du mouvement de Mai fut leur revanche. Les Américains n’ont sans doute pas provoqué le mouvement. En ont-ils soufflé les braises ? Rien n’est exclu. L’évolution ultra-atlantiste de beaucoup de fils de Mai, en France et à l’étranger, n’est en tous les cas un paradoxe qu’en apparence.

L’autre vainqueur fut Georges Pompidou. Non seulement il gagna les élections : les législatives de 1968 puis les présidentielles de 1969, mais la hausse importante des salaires qu’il concéda aux accords de Grenelle, pour calmer le mouvement, fut le plus beau coup de fouet keynésien qu’ait jamais reçu l’économie française. Les cinq années qui suivirent connurent taux de croissance les plus élevés de l’après-guerre. La contestation de la société de consommation déboucha sur l’ industrialisation à outrance. Autre paradoxe.

Le troisième vainqueur fut François Mitterrand. Paradoxe aussi parce que s’il y avait un homme politique détesté par toutes les composantes du mouvement sans exception, c’était bien lui. Quelque part, De Gaulle était respecté, un Mendès-France apparaissait même comme le recours des franges les plus modérées du mouvement de mai. Mais Mitterrand était alors le symbole abhorré de la gauche archaïque et de la IVe République. Il réussit pourtant à remonter le courant. Sa victoire de 1981 s’inscrit, qu’on le veuille ou non, dans le sillage de Mai 68. Non seulement parce que c’est alors qu’aboutit le long travail d’usure mené par toutes les gauches à l‘encontre de la Ve République mais aussi parce que l’essentiel de ses troupes, au moins la partie la plus jeune, était culturellement héritière de Mai.

Et il est bien vrai enfin que si la rhétorique marxiste fut dominante dans tous les discours de ce printemps fou, ce fut pour elle — et pour son principal porte-parole le PCF — l’été de la Saint-Martin, le commencement de la fin. Mais cela, nous ne le savions pas encore.
 
Roland Hureaux 
 
(Source : Décryptage) 

La Pentecôte sur le Mont Athos

dominicanus #Il est vivant !
Voyage sur la montagne sainte de l'Eglise orthodoxe. Accompli et raconté pour la première fois en 1997. C'est-à-dire maintenant, cette année. Parce que, sur le Mont Athos, le temps de la terre ne fait qu'un avec l'aujourd'hui éternel du ciel

par Sandro Magister




MONT ATHOS – Arrêtez vos montres, lorsque vous verrez le sommet du Mont Athos émerger des brumes de la mer Egée. Là-bas en effet, on vit dans un autre temps. On a conservé le calendrier julien, en retard de 13 jours par rapport au calendrier latin qui a envahi le reste du monde. Les heures ne se comptent pas à partir de minuit mais du coucher du soleil. Et ce n’est pas sous le soleil de midi, mais dans l’obscurité de la nuit que le Mont Athos vit et palpite le plus. De chants, de lumières, de mystères.

Le Mont Athos est une vraie terre sainte, qui inspire la crainte de Dieu. Il n’est pas fait pour tout le monde. En tout cas pas pour les femmes, qui forment déjà une bonne moitié de l’humanité. La dernière pèlerine autorisée y a mis le pied il y a seize siècles. Elle s’appelait Galla Placidia et a donné son nom à une église de Ravenne aux mosaïques bleu et or. Etre la fille du grand Théodose, empereur chrétien de Rome et Constantinople, ne lui a servi à rien. Elle était entrée dans un monastère du Mont Athos mais une icône de la Vierge lui ordonna: arrête-toi! Et la Vierge la somma de quitter la montagne qui, depuis lors, allait être interdite aux femmes. Depuis le XIe siècle – dit-on – même les animaux femelles – vaches, chèvres, lapines – n’osent plus gravir impunément la montagne sainte.


OURANOUPOLIS



Ouranoupolis – la cité du ciel – est le dernier village grec avant la limite sacrée. Ce poste frontière est très spécial. Des panneaux en tôle émaillée vous avertissent jusqu’au dernier moment que vous ne vous en sortirez pas indemne si vous êtes une femme déguisée en homme ou si l’on découvre que vous n’avez pas les permis requis. La sainte épistasie – le gouvernement des moines – vous enverra vers un tribunal en Grèce, ce dernier étant toujours très sévère sur la défense de l’extraterritorialité du Mont Athos et des lois de cette théocratie autonome, inscrites dans la constitution grecque et reconnues sur le plan international.

Des moines en sueur, vêtus d’une soutane et d’un couvre-chef cylindrique, contrôlent la foule de visiteurs à la recherche d’un laissez-passer. Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, dit l’Evangile. Et rares sont les visas d’entrée marqués chaque matin du sceau de la Vierge. Celui qui reçoit enfin le “parchemin“ qui autorise la visite se dirige sans tarder vers le quai d’embarquement. En effet, on n’entre au Mont Athos que par voie maritime, au moyen d’embarcations baptisées de noms de saints.

Le débarquement se fait dans un petit port situé au milieu de la péninsule et dénommé Daphné, comme la nymphe d’Apollon. De là, on peut apercevoir le lointain Mont Olympe quand le vent se lève, mais mieux vaut l’oublier. Un vieil autobus ventru, couleur terre jusque sur ses fenêtres, se traîne le long de la route qui monte en direction de Kariès, centre administratif du Mont Athos et siège de la sainte épistasie.


KARIÈS



Kariès abrite la gendarmerie et quelques ruelles. Des boutiques proposent des graines d’épeautre, des icônes, des grains d’encens et des soutanes de moines. On y trouve aussi le terminus de l’autobus et un restaurant. Et puis une cabine téléphonique, dont on pressent que c’est la première et la dernière.

Karies est un village étrange, inhabité. Les quelques hommes qu’on y voit ne sont là que pour peu de temps: moines itinérants, gendarmes, ouvriers journaliers, voyageurs égarés. A partir de là, le parcours se fera à pied. Des heures de marche sur des routes non goudronnées, sans ombre, dans des nuages de poussière impalpable comme du cacao. Ou bien dans des camionnettes louées par un autre de ces étranges Grecs qui sont là provisoirement. Ou encore en sautant au passage d’une des jeeps dont disposent les monastères les plus modernes.

En tout cas, vous allez souffrir. L’Athos est réservé aux caractères bien trempés et ascétiques. Vous êtes immédiatement mis à l’épreuve. A chaque jour de visite son chemin de croix: poussière, cailloux, précipices. Sur votre précieux permis, en effet, il est écrit que vous ne pouvez pas vous arrêter plus d’une nuit dans un monastère. Entre eux, des heures de marche. On n’échappera pas au pèlerinage.


LA GRANDE LAURE



Mais lorsque vous arrivez, épuisés, dans l’un des vingt grands monastères, vous êtes au paradis. La Grande Laure – le premier des vingt dans l’ordre hiérarchique – vous accueille entre ses murs suspendus entre ciel et terre, à la pointe de la péninsule, juste au pied de la montagne sainte. Un jeune moine apparaît, qui vous retire votre permis et votre passeport. Il réapparait, tel l’ange de l’Apocalypse, après une demi-heure d’attente silencieuse, et vous tend un verre d’eau fraiche, vous propose un doigt de liqueur anisée, un morceau de fruit confit et un café à la turque, épicé. C’est le signe que vous êtes admis parmi les invités. On vous attribue un lit dans une chambre pour six aux murs plusieurs fois centenaires ainsi que des draps fraîchement lavés et un essuie-main. Dès lors, vous vivrez comme les moines.

Ou bien vous ferez comme il vous plaira. Les monastères du Mont Athos ne sont pas comme ceux de l’Occident, des citadelles closes de murs où chaque mouvement, chaque mot sont soumis à des règles collectives. Sur le Mont Athos, il y a de tout pour tout le monde. L’ermite solitaire sur son rocher en surplomb, qui reçoit de temps en temps de la nourriture au moyen d’un panier. Les anachorètes retirés dans leurs masures perdues entre genêts et arbousiers, à flanc de montagne. Les itinérants, toujours en déplacement et toujours agités. Les cénobites solennels qui vivent en communauté sous la direction d’un abbé, que l’on appelle ici higoumène. Les monastères villages où chaque moine vit un peu à son rythme.

La Grande Laure compte parmi ces derniers. Ses murailles renferment des places, des ruelles, des églises, des pergolas, des fontaines, des moulins. Les cellules forment un bloc, comme dans une kasbah orientale. Les murs crépis sont d’un bleu soutenu, tandis que le rouge est la couleur sacrée des églises. Quand retentit l’appel à la prière, lancé par des cloches qui font entendre sept sons différents et par les planches de bois que l’on martèle, les moines se dirigent vers le catholicon, l’église centrale. Mais si quelqu’un souhaite prier ou manger seul, rien ne lui interdit de rester dans sa cellule. Cela vaut aussi pour le visiteur, à ceci près que ce dernier ne dispose que de peu d’alternatives. A l’heure des vêpres, il accourt, impatient. A l’heure de la prière de la nuit, il essaie, vite ramené en arrière par le sommeil. A l’heure de la liturgie du matin, il essaie encore, vaguement étourdi.

Ou enivré? Il y a un parfum d’Orient, de Byzance, à la Grande Laure. Il y a un arôme de cyprès et d’encens, une fragrance de cire d’abeille, de reliques, d’antiquités mystérieusement proches. Car les moines du Mont Athos ne souffrent pas du temps. Ils y parlent de leurs saints. De saint Athanase qui a planté deux cyprès au centre de la Lavra. Qui a construit le catholicon avec une force herculéenne. Qui a modelé le monachisme athonite. Comme s’il n’était pas mort en l’an mil mais tout juste hier, comme s’ils l’avaient rencontré en personne il y a peu de temps.

Des saints, des siècles, des empires, des cités terrestres et célestes, tout semble flotter et couler sans aucune distance. Au centre de la nef, les trésors du monastère sont offerts à la vénération du visiteur: coffrets en or et en argent, sertis de saphirs et de rubis, contenant la ceinture de la Vierge, le crâne de saint Basile le Grand, la main droite de saint Jean Chrysostome. La lumière du couchant les éclaire, les fait vibrer. Tout comme s’éclairent les fresques de Théophane, maître de l’école crétoise du début du XVIe siècle, les majoliques bleues sur les murs, les nacres de l’iconostase, du lutrin, de la chaire.

Après les vêpres, on sort du catholicon en procession pour entrer dans le réfectoire, situé de l’autre côté de la place. Edifié comme une église, il contient lui aussi des fresques du grand Théophane. C’est la même liturgie qui continue. L’higoumène prend place au centre de l’abside. Depuis le pupitre, un moine lit – il chante presque – des histoires de saints. On mange de la nourriture bénite, des soupes et des légumes dans de la vaisselle ancienne en fer. Les jours de fête, l’on boit du vin de couleur ambrée sur d’épaisses tables en marbre sculptées en forme de corolle, qui reposent elles-mêmes sur des piliers en marbre. Elles sont vieilles de mille ans mais rappellent les dolmens de la préhistoire. La sortie se fait aussi en procession. Un moine tend à chacun du pain béni, qu’un autre encense avec tant d’art que l’on en garde longtemps le parfum dans la bouche.


VATOPÉDI



Dans la hiérarchie des vingt monastères, celui de Vatopédi suit la Grande Laure. Il domine la mer parmi de douces collines qui rappellent vaguement la Toscane. C’est ici, dit-on, qu’Arcadius, fils de Théodose, aborda lors d’un naufrage. C’est aussi de là que sa sœur Galla Placidia dut repartir vers le large, devenant ainsi la première femme à qui l’accès au Mont Athos ait été refusé.

Autant la Laure est rustique, autant Vatopédi est raffiné. Trop, même, à certains moments de son histoire passée: opulent et décadent. Il y a quelques années encore, il hébergeait des moines sodomites, déshonneur du Mont Athos. Puis un énergique coup de balai a été donné par une poignée de moines rigoristes venus de Chypre, qui ont banni ces réprouvés et imposé la règle cénobitique. Aujourd’hui Vatopédi est à nouveau l’un des monastères les plus florissants. Il accueille de jeunes novices, dont certains viennent de la lointaine Amérique où leurs parents, orthodoxes, avaient émigré.

Vatopédi est l'aristocratie du Mont Athos. Comme le dit solennellement l'higoumène Ephrem, à la barbe cuivrée, aux yeux clairs et à la voix mélodieuse: "Le Mont Athos est unique. C’est le seul état monastique dans le monde". Mais si c’est une cité céleste sur terre, alors tout doit y être sublime. Par exemple les liturgies: à Vatopédi elles le sont vraiment. Spécialement lors des grandes fêtes: Pâques, Epiphanie, Pentecôte. Le pèlerin doit renoncer au sommeil et ne manquer, pour rien au monde, ses merveilleux offices de nuit.

L’église en elle-même est très suggestive: elle est en forme de croix grecque, comme toutes les église du Mont Athos, et décorée de fresques merveilleuses par les maîtres macédoniens du XIVe siècle, avec une iconostase éblouissante d'ors et d'icônes. Mais c’est le chant qui donne vie à tout: un chant à plusieurs voix, un chant mâle, sans instruments, que l’on entend sans interruption pendant sept ou dix heures d’affilée parce que plus la fête est importante, plus elle se prolonge tard dans la nuit, un chant tantôt puissant, tantôt murmuré, comme une marée qui monte et descend.

Il y a deux chœurs pour guider le chant: deux groupes de moines, réunis chacun dans une partie du transept autour d’un lutrin à colonne. Le maître de chœur entonne la strophe et le chœur en saisit le motif et le fait fleurir en mélodies et en accords. Quand le maître de chœur traverse la nef à pas rapides pour aller du premier chœur au second, son manteau léger à petits plis se gonfle et forme deux ailes majestueuses. Il paraît voler, comme les notes.

Et puis il y a les lumières. Le monastère a l’électricité, mais pas l’église. Ici les seules lumières sont des flammes: des myriades de petits cierges. Les allumer, les éteindre, les déplacer fait aussi partie du rite. Dans chaque catholicon du Mont Athos, un lustre en forme de couronne royale pend de la coupole centrale, par de longues chaînes. Sa circonférence est égale à celle de la coupole. La couronne, de cuivre, de bronze ou de laiton brillants, est ornée alternativement de cierges et d’icônes. On y pend des œufs géants qui symbolisent la résurrection. Le lustre descend si bas qu’on l’effleure presque, juste devant l'iconostase qui délimite le saint des saints. D’autres lustres fastueux et dorés descendent des voûtes des bras du transept.

Lors des liturgies solennelles, il y a le moment où on allume toutes les lumières: celles des lustres et celles de la couronne centrale; puis on fait osciller fortement les premiers, tandis que l’on fait tourner la grande couronne sur son axe. Cette danse des lumières dure au moins une heure, avant de s’apaiser peu à peu. La palpitation des mille petites flammes, le scintillement des ors, le cliquetis des métaux, le changement de couleur des icônes, l'onde sonore du chœur qui accompagne ces galaxies d’étoiles dont la rotation rappelle celle des sphères célestes, tout cela fait étinceler la véritable essence du Mont Athos: le fait qu’il est tourné vers les mystères surnaturels.

Aujourd’hui, quelles liturgies occidentales, catholiques, sont capables d'initier à de tels mystères et d'enflammer les cœurs simples à propos de choses célestes? Joseph Ratzinger, hier comme cardinal et aujourd’hui comme pape, a raison de détecter dans la vulgarisation de la liturgie le point faible du catholicisme actuel. Au Mont Athos, le diagnostic est encore plus radical: à force d'humaniser Dieu, les Eglises d'Occident le font disparaître. "Notre Dieu n’est pas celui de la scolastique occidentale", affirme Gheorghios, higoumène du monastère athonite de Grigoríu. "Un Dieu qui ne déifie pas l'homme ne peut avoir aucun intérêt, qu’il existe ou non. C’est dans ce christianisme fonctionnel, accessoire, que l’on trouve la plupart des causes de la vague d’athéisme que connaît l’Occident".

Vassilios, higoumène de l'autre monastère d’Ivíron, lui fait écho: "Pour les Occidentaux, c’est l’action qui prime et ils nous demandent comment nous pouvons rester pendant tant d’heures à l’église sans rien faire. Je réponds: que fait l'embryon dans le sein de sa mère? Rien, mais comme il est dans le ventre de sa mère, il se développe et grandit. C’est pareil pour le moine. Il garde le lieu saint dans lequel il se trouve et ce même lieu le garde et le façonne. Le miracle, c’est que nous sommes en train d’entrer au paradis, ici et maintenant. Nous sommes au cœur de la communion des saints".


SIMONOS PETRA



Simonos Petra est un autre des monastères qui sont à la tête de la renaissance athonite. Il se dresse sur un éperon rocheux, entre le sommet du Mont Athos et la mer, avec des terrasses à pic sur le précipice. Elisée, l'higoumène, revient tout juste d’un voyage dans les monastères de France. Il apprécie Solesmes, rempart du chant grégorien. Mais il juge l’Eglise occidentale trop "prisonnière d’un système", trop "institutionnelle".

Le Mont Athos est au contraire - selon lui - le lieu des esprits libres, des grands charismatiques. Au Mont Athos "le logos épouse la praxis", la parole épouse les faits. "Le moine doit montrer que les vérités sont des réalités. Vivre l’Evangile de manière parfaite. Voilà pourquoi la présence du moine est si essentielle pour le monde. Saint Jean Climaque écrivait: les anges sont lumière pour les moines, les moines sont lumière pour les hommes".

Simonos Petra fait école, y compris hors des limites du Mont Athos. Il est à l’origine d’un monastère de moniales - elles sont à peu près 80 - au cœur de la péninsule de Chalcidique, puis d’un autre près de la frontière gréco-bulgare. Et il a créé trois autres noyaux monastiques jusqu’en France. C’est un monastère cultivé, doté d'une riche bibliothèque. En pleine nuit, ses 80 moines, avant l’office qui précède l’aube, veillent en cellule pendant trois à cinq heures, lisant et méditant les livres des Pères.

Le Mont Athos ne dort pas. Son temps est entièrement consacré aux sphères angéliques. Même les visiteurs les plus blasés ont du mal à en partir. A Daphné, on reprend le ferry. Le grondement cadencé des moteurs vous remet à l’heure de la vie ordinaire. La jeune grecque qui, la première, vous sert le café à Ouranoupolis, vous fait l’effet d’une apparition. Elle a la fulgurante beauté d'une Victoire de Samothrace.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(www.chiesa)

Père Raniero Cantalamessa: N'ayez pas peur du Saint Esprit ! (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
« Frères français, je vous le dis :
n’ayez pas peur du saint Esprit ! »

Vous êtes le «prédicateur du pape», mais aussi un ardent avocat du Renouveau Charismatique qui fête ses 40 ans cette année (NDLR: en 2007). Comment l’avez vous rencontré ?

Comme Paul avec les premiers chrétiens : j’ai d’abord été un persécuteur du Renouveau ! J’en ai entendu parler pour la première fois en 1975. Une dame que j’accompagnais spirituellement venait de participer à une retraite charismatique. Elle me parlait avec des larmes dans la voix de ces gens qui priaient en levant les mains et en chantant « Alléluia ! ». Je lui ai conseillé de ne jamais y retourner. Elle ne m’a pas écouté et a continué à m’inviter à son groupe de prière. J’ai fini par m’y rendre. Mon jugement a commencé à évoluer. En confessant des gens lors de rassemblements, j’ai été touché par une grâce de repentance d’une pureté et d’une profondeur que je n’avais jamais rencontrée auparavant. J’ai compris ce que voulais dire le Seigneur quand il promet à ses disciples que « quand il viendra, le Paraclet confondra le monde en matière de péché, en matière de justice et en matière de jugement ». ( Jn 16, 8)

Puis, en 1977, une donatrice anonyme, m’a offert des billets pour participer aux Etats-Unis, à Kansas-City, à une rencontre charismatique œcuménique. J’y allais pour apprendre l’anglais… mais ce voyage a marqué ma vie ! Après cette rencontre, j’ai séjourné dans une maison au New Jersey et là le Seigneur m’a convaincu qu’il fallait laisser les gens prier sur moi. (lire notre portrait). Cette effusion a renouvelé ma vie de foi. De retour dans ma communauté à Washington, je me sentais en permanence attiré à la chapelle. Ma prière est devenu trinitaire. J’ai découvert la seigneurie du Christ. Je m’étais spécialisé dans la christologie mais je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup plus que d’élaborer des idées sur le Christ… Il y avait le Christ ressuscité, bien vivant !

Votre «conversion» était visible ?

Je priais, je parlais d’une autre manière. Une joie nouvelle se dégageait de moi. Au moment de mon baptême dans l’Esprit, une personne m’a dit : « Tu éprouveras une joie nouvelle en proclamant ma Parole ». Je n’étais pas prédicateur à cette époque-là. Et je ne suis pas par nature un homme joyeux. Je suis au contraire naturellement plus porté à la mélancolie qu’à la louange. Mais lorsque je prêche, par exemple à la télévision italienne, les gens me disent qu’une joie émane de moi qui ne vient pas de moi. Cette joie est peut-être intrinsèque à la Parole de Dieu…

La rencontre avec le Renouveau a-t-elle changé quelque chose dans votre prière personnelle ?

Le Renouveau change indéniablement notre façon de prier. C’est l’effet le plus visible de cette nouvelle Pentecôte, de cette expérience de l’Esprit. D’ailleurs, Jean-Paul II a toujours défini le Renouveau comme une grâce de prière pour l’Eglise. Le premier effet de l’Esprit lorsqu’il nous visite, c’est de nous pousser à dire « Abba, Père » : il nous met dans le mouvement de la prière même du Christ. Mais le Renouveau ne démentit pas la sagesse traditionnelle des docteurs de la vie spirituelle : ces grâces ne sont pas des sommets mais des commencements. Souvent, les personnes qui persévèrent dans cette vie nouvelle passent à travers des purifications, une aridité spirituelle. Certains, à ce moment là, quittent tout, pensant que la grâce est finie. D’autres s’accrochent et entrent alors dans une vie spirituelle d’une grande profondeur. Peut-être ne prennent-ils plus part à des manifestations estampillés « Renouveau charismatique » mais c’est à lui qu’ils doivent leur conversion. Chez les contemplatives, par exemple, beaucoup de religieuses ont reçu un premier appel au sein du Renouveau.
Le Renouveau charismatique n’est pas un mouvement avec un fondateur, une règle ou une spiritualité. Comme son nom l’indique, il renouvelle les gens puis les renvoie à l’Eglise. De nombreuses personnes sont devenus actives dans les paroisses après être passées par le Renouveau.

Benoît XVI est-il sensible au Renouveau ?

Comme Jean-Paul II, que j’ai vu chanter en langue et lever les mains pendant la prière, Benoît XVI est bien disposé à l’égard du Renouveau. Evidemment, Benoît XVI donne aussi - et c’est son devoir- des directives, il indique les dangers à éviter et exhorte à vivre dans la communion avec les évêques locaux.

Jean-Paul II avait-il reçu le baptême dans l’Esprit ?

S’il l’a reçu, il n’a jamais rendu public ce fait. Il avait des traits charismatiques, comme a pu le révéler le préfet de la Maison pontificale, le cardinal Martin. Il a pratiqué l’exorcisme, il croyait aux charismes de guérison, de libération. Il avait une solide structure « traditionnelle » mais aussi un esprit ouvert et libre. L’esprit charismatique se caractérise comme un esprit de liberté. Saint Paul le dit : « Là où il y a l’esprit de Dieu, il y a la liberté ». Nous sommes beaucoup plus spontanés, plus libres sous l’influence de l’Esprit.

La grâce du Renouveau a-t-elle soufflé uniquement sur les laïcs ? On a du mal à imaginer un cardinal chanter en langue…

Le cardinal Suenens, le cardinal Martini ont reçu l’effusion de l’Esprit. Proportionnellement, je ne crois pas qu’il y ait plus de laïcs charismatiques que de clercs charismatiques. Il est vrai que certains membres de la hiérarchie catholique ont eu beaucoup de peine à accepter la grâce du Renouveau. Il y a une raison objective à cela : ils sont pasteurs de tous les mouvements et ne veulent pas s’identifier à un. Il y a une autre raison, plus subjective celle-là : la peur du changement, de la nouveauté. J’en parle d’autant plus librement que c’est une difficulté que j’ai dû moi-même surmonter.

Je considère mon petit service au sein de l’Eglise comme une manière d’aider mes confrères du clergé, les évêques, à ne pas avoir peur du Saint-Esprit et du Renouveau. Je ne les exhorte évidemment pas à devenir membre du Renouveau charismatique mais je leur présente ce magnifique cadeau du Seigneur pour l’Eglise d’aujourd’hui. Souvent ces retraites que je prêche partout dans le monde se termine par une messe, véritable effusion de l’Esprit, sans en avoir les signes extérieurs.

Le développement des évangéliques n’est-il pas une manière pour l’Esprit Saint de signifier aux catholiques que leur cœur est trop fermé à son action et qu’il est donc obligé de passer par d’autres frères chrétiens ?

J’ai été pendant treize ans membre de la délégation catholique pour le dialogue avec les églises pentecôtistes. Lorsque nous nous rencontrions, un climat spirituel incroyable régnait entre nous - et ce, en dépit de différences doctrinales très marquées. L’Esprit Saint nous unissait. Cela m’a permis de comprendre comment le Saint-Esprit a poussé la première Eglise à s’ouvrir au monde, aux païens. Dans la maison de Corneille, les païens ont reçu l’Esprit avec les mêmes manifestations que celles de la Pentecôte. Et saint Pierre de tirer cette conclusion : « Quelqu’un pourrait-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui, tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint ? » (Actes des Apôtres, ch.10). Aujourd’hui, le Seigneur fait quelque chose de semblable. Il a donné son Esprit, souvent avec les mêmes manifestations dans différentes dénominations chrétiennes, pour nous obliger à reconnaître qu’il est à l’œuvre partout.

Les succès apostoliques des églises pentecôtistes et évangéliques ne sont-ils pas le signe qu’elles sont « bénies » ?

Sur ce point, il faut être plus nuancé. Tout d’abord, les évangéliques et les pentecôtistes ne sont pas identiques. Les évangéliques insistent plus sur la Parole de Dieu, le kérygme ; les pentecôtistes, sur l’Esprit Saint et sur ses dons. Ce sont les pentecôtistes qui connaissent un grand succès. C’est l’unique segment de la chrétienté qui s’accroît de manière exponentielle notamment en Amérique latine, au Brésil… Mais ce « succès » n’est pas sans zones d’ombre notamment au niveau du prosélytisme. Lors de nos rencontres, l’une des questions que nous posions fréquemment à nos frères pentecôtistes était : « Pourquoi n’allez-vous pas évangéliser dans des pays non-chrétiens au lieu d’aller toujours pêcher dans des pays de tradition catholique ? » Car il est facile d’enthousiasmer des gens qui n’ont pas un lien très fort avec leur Eglise. Cette discussion a abouti à un document signé par les principales dénominations pentecôtistes où elles s’engagent à ne pas inciter les gens à changer d’Eglise. Partout, j’essaie d’exhorter mes frères catholiques au dialogue mais souvent les évêques me confient que c’est une tâche impossible, qu’ils ont tout essayé. Le pentecôtisme, ce sont des centaines et des centaines d’églises libres où chacun répond à son pasteur, qui est souvent autoproclamé.

Comment expliquez-vous que les évangéliques réussissent là où les catholiques échouent ?

Jean-Paul II l’a répété : nous ne pouvons pas simplement nous opposer, il faut également tâcher de répondre aux défis posés par les évangéliques. Même s’il ne faut pas schématiser, je pense qu’il y a chez ces derniers une annonce de la Parole de Dieu plus fondamentale, qui vise à établir une relation avec le Christ. Souvent les catholiques ont une certaine formation mais ils n’ont pas de rapport personnel avec le Christ. La notion de communauté est également plus tangible côté évangélique. Ils forment des groupes dans lesquels les personnes se connaissent, s’accueillent, se soutiennent les unes les autres. Et puis dans quelques cas, les ministères de guérison jouent un rôle ambigu. Ainsi, on ne sait plus quelles sont vraiment les motivations des gens - comme ces personnes qui suivaient le Christ parce qu’elles savaient qu’elles pourraient manger quelque chose…

Nous catholiques sommes certainement beaucoup plus préparés à être pasteurs d’âme que pêcheurs d’âme. D’ailleurs, la première retraite de l’Avent que j’ai prêché devant Benoît XVI a été consacrée à cette question : comment évangéliser ce monde post-chrétien ? A mon avis, pour trouver la solution, nous devons comprendre comment les premiers apôtres ont évangélisé le monde pré-chrétien. Et là nous voyions quel rôle a joué la proclamation du kérygme, c'est-à-dire la proclamation essentielle, élémentaire, de la mort et de la résurrection du Christ, du pouvoir de l’Esprit. Saint Paul nous dit que la foi naît à cette annonce là. L’enseignement, la doctrine, forment la foi mais la foi comme telle ne naît pas face aux problèmes éthiques et moraux. Le grand danger pour l’Eglise d’aujourd’hui est d’ailleurs d’être enfermée dans des questions éthiques. Le monde l’identifie à une sorte d’agence morale Il ne voit pas qu’elle est porteuse du mystère du Christ, que l’Eglise est le lieu pour Le rencontrer.

Le Renouveau charismatique fête ses 40 ans cette année. Nombreuses sont les communautés qui semblent marquer le pas. Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai qu’on cherche un peu partout les signes d’un nouvel enthousiasme dans le Renouveau. Ici, le principe d’Origène prend toute sa dimension : « Ne crois pas qu’il suffit d’être renouvelé une fois par le baptême ; même l’amour doit être renouvelé. » C’est un principe qui vaut pour tout le christianisme mais surtout pour le Renouveau.

Que pensez-vous de la nouvelle vague charismatique (voir FC 1451) ?

Je ne dirais pas qu’il faut prendre ce qui se passe dans ces groupes en exemple. Certaines manifestations sont assez marquées par une culture américaine, pentecôtiste. Il faut les respecter, ne pas les juger mais ne pas nécessairement se sentir interpellé en disant : « Ca, c’est l’Esprit ! »

L’action du Saint-Esprit, dans la Bible, se manifeste de deux manières. Il y a l’esprit qu’on appelle sanctificateur et l’esprit charismatique. L’esprit sanctificateur est plutôt une action intérieure, qui change le cœur, donne une prière nouvelle et, en résumé, renouvelle l’homme.

L’esprit charismatique donne plutôt des dons particuliers à des gens, non pas pour leur sanctification, mais pour leur communauté. On le voit dans l’Ancien Testament, ainsi que dans Paul au chapitre 12 de la première épitre aux Corinthiens. Cette tension entre l’action sanctificatrice de l’Esprit et son action charismatique est intrinsèque. C’est une donnée constitutive de l’Esprit. Dans le Renouveau, il y a toujours eu cette habitude d’accentuer l’une ou l’autre. Il y a des groupes de prière ou des pays entiers qui favorisent plutôt un esprit de prière, de réforme intérieure, de sanctification personnelle. Et il y a d’autres groupes, d’autres pays, qui on plus accentué l’aspect charismatique. Ces derniers sont les plus résistants aux statuts, à avoir une loi, des constitutions. Ils veulent rester plus libres. A la Pentecôte dernière, j’ai eu l’occasion de m’adresser aux responsables des communautés charismatiques en visite à Rome et j’ai tâché de leur faire voir cette dialectique qui est bonne.

Comment définiriez-vous la nouvelle Pentecôte ?

Jean XXIII a appelé par ses prières cette nouvelle Pentecôte sur l’Eglise. Et on peut dire que le Seigneur l’a exaucé car les textes du Concile Vatican II parlent des charismes même s’ils n’ont jamais quitté l’Eglise. Mais certains charismes avaient été laissés de côté et même, disait certains, ils appartenaient seulement à l’origine de l’Eglise. Le Concile a redécouvert ces charismes et les a transféré de l’hagiographie à l’ecclésiologie. Avant, nous pensions que les charismes appartenaient aux saints. Mais le Concile a montré qu’ils appartenaient à l’Eglise. Quelques années plus tard, en 1967, le Seigneur a apporté une autre réponse, plus inattendue celle-là, à la prière de Jean XXIII avec l’apparition de communautés où les charismes se manifestaient concrètement.

A ce sujet, une parole de Paul VI me frappe beaucoup. Il ne parle pas d’une « nouvelle » mais d’une « Pentecôte pérenne », c'est-à-dire quotidienne. Dans l’ecclésiologie catholique, nous avons une vision de la Pentecôte qui peut et doit succéder chaque jour à l’eucharistie. C’est le contexte idéal pour la Pentecôte !

Il faut sans cesse répéter que la Pentecôte n’est pas une grâce réservée à certains mais qu’elle est pour toute l’Eglise. Le Renouveau charismatique n’est pas un mouvement à côté d’autres mouvements, pour certaines personnes. Il est comme une flamme qui doit enflammer toute l’Eglise. Yves Congar le comparaît à « un feu de brousse ». Et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé puisque d’une dizaine d’étudiants qui ont commencé à se réunir pour prier il y a 40 ans, nous sommes passés à plus de 100 millions de chrétiens touchés par le Renouveau à travers le monde. C’est quelque chose d’unique dans l’histoire de l’Eglise.

Pourtant, ce feu semble perdre de son intensité. Est-ce un constat européen ou mondial ?

C’est un constat qu’il faut nuancer. Au Brésil, aux Philippines, dans de nombreux pays de missions, le Renouveau est, à mon avis, l’avant-garde de l’action missionnaire de l’Eglise, sa première ligne sur le front de l’évangélisation. Les évêques s’appuient beaucoup sur des communautés comme les Béatitudes ou autres. Néanmoins, il y a quand même cette impression d’un repli, d’une baisse d’enthousiasme. A mon avis, ces mouvements sont comme des grâces initiales qui doivent pousser les gens à un renouvellement mais ils ne sont pas faits pour maintenir ces sommets tout le temps. Et puis le Renouveau charismatique n’a pas de structures. Ainsi, une fois que les gens ont été renouvelés, ils rejoignent d’autres fonctions dans l’Eglise.

Et comment l’Esprit Saint se débrouille avec l’Islam ?

Le fondement théologique du dialogue interreligieux, en particulier avec l’Islam, est l’Esprit créateur. Nous proclamons que l’Esprit est créateur donc son domaine est toute la création. Et l’Esprit Saint en tant qu’esprit créateur agit en toute la création. Mais le fait que nous croyons en l’esprit créateur fait que nous lui reconnaissons la possibilité de parler aussi en dehors de l’Eglise, dans des systèmes philosophiques et surtout dans des pratiques religieuses autres que le christianisme. Le Concile a dit que le Saint Esprit, d’une façon connue par Dieu seul, met en contact avec le mystère pascal les personnes en dehors de l’Eglise. Saint Thomas d’Aquin disait que toute vérité authentique, peu importe par qui elle est découverte, vient du Saint Esprit.

Cela nous permet de regarder l’Islam pas forcément comme un adversaire ou une alternative au christianisme mais comme une religion dans laquelle les gens peuvent être guidés par le Saint Esprit, à travers une vie acceptable aux yeux de Dieu. Et cela nous permet d’avoir un regard plus positif sur l’Islam, de ne pas nous laisser impressionner par les excès des fondamentalistes mais de voir ce que le Saint Esprit fait dans l’Islam à travers les gens simples. Le Saint-Esprit travaille dans d’autres religions d’une manière que nous ne pouvons pas théologiquement définir. Saint Justin disait que le Verbe avait dispersé des semences du logos dans les philosophies anciennes mais qu’il s’était manifesté en plénitude dans le Christ. Je suis personnellement convaincu que l’Esprit qui travaille en dehors de l’Eglise oriente vers le Christ.

Quels conseils donneriez-vous pour vivre une vraie Pentecôte ?

Il faut croire ! Croire que le Christ nous a donné l’Esprit, que l’Esprit est une personne. Nous devons être habité d’une foi pleine d’attentes, d’une foi certaine de recevoir. Il faut désirer le Saint-Esprit. Sans Lui nous ne pouvons rien faire.

La prière enfin est essentielle. On voit dans le Nouveau Testament que l’Esprit vient sur des gens qui prient. Et je dis à mes frères en France : n’ayez pas peur du Saint-Esprit ! Il vient réaliser tous les désirs cachés dans le cœur de l’homme : désir de liberté, d’espérance, de joie, d’amour…Finalement, comme l’explique saint Paul, la venue du Saint-Esprit signifie la venue de l’amour de Dieu dans nos cœurs. « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Epitre aux Romains 5, 5). Ce besoin d’amour que le monde ressent désespérément et cette impuissance à réaliser l’amour ne pourra être surmonté que par le contact avec la source de tout amour.

Vos prédications vous entraînent à vivre en cohérence avec ce que vous annoncez. N’est-ce pas trop lourd ?

C’est un défi. Je resterai toujours en dessous de ce que je prêche. Je crois que la prédication chrétienne ne se fonde pas sur le postulat que le prédicateur fait ce qu’il dit. Ce que le prédicateur annonce, c’est le Christ qui l’a dit, qui l’a fait.

(Famille Chrétienne 1erjuin 2007)

Père Raniero Cantalamessa: N'ayez pas peur du Saint Esprit ! (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Ce capucin italien, prédicateur de la Maison Pontificale depuis vingt-sept ans, témoigne que sa foi et sa vie de prière ont été renouvelées au sein du Renouveau Charismatique dont on fête le quarantième anniversaire cette année (NDLR: en 2007). A la veille de la Pentecôte, il nous a reçus dans son couvent de Rome. Propos recueillis par Benjamin Coste et Luc Adrian. Photos : Sébastien Calvet pour FC.

Il confesse « un léger trac, les cinq premières minutes», lorsqu’il prêche devant le pape, les cardinaux, la curie, le corps diplomatique et tout le gratin romain dans une basilique Saint-Pierre archi-comble. « Plus par peur de trahir le sujet que par crainte du public » précise, en un français parfait, le capucin polyglotte, dans le parloir de son couvent de la via Piemonte. Raniero Cantalamessa, 73 ans, a un sourire immaculé de charmeur de dames à la Vittorio Gassman, une barbe blanche rasée de près, une bure brune ceinte d’une corde claire. Et un nom qui sonne comme une vocation : «Celui qui chante la messe».

On pourrait lui accoler le surnom de « Predicaelpapa » : « Celui qui prêche au pape ». Voilà vingt-sept ans que ce grand prêcheur devant l’Eternel - et son serviteur romain - assume la charge de Prédicateur de la Maison Pontificale : le plus long mandat de l’histoire de l’Eglise. «Cela s’explique par la patience héroïque de Jean-Paul II à mon égard, sans parler de celle de Benoît XVI qui m’écoutait déjà lorsqu’il était le cardinal Ratzinger», dit-il d’une voix éraillée par la retraite qu’il vient de donner en Espagne. Sa mission est délicate : elle requiert ouverture du coeur, rectitude de la pensée, audace de l’esprit. Et beaucoup d’humilité : le capucin a abordé les sujets les plus impossibles qui soient, de la sainte Trinité à la divine Pauvreté en passant par « les mystères du Christ dans la vie de l’Eglise ». Si toute vérité est bonne à croire, elle n’est pas forcément facile à dire, ni à circonscrire en vingt minutes d’homélie. En un quart de siècle, la prédication de cet Hercule de la théologie a embrassé tous les articles de la Foi. «Sans les épuiser», rassure-t-il en riant.

Parmi les mille chef-d’œuvres de Rome, il est une fresque que Raniero aime particulièrement. Celle du Caravage, exposée en l’église Saint Louis des Français, représentant l’appel de l’apôtre Mathieu. On y voit le Christ pointer un doigt et fixer un regard vers le collecteur d’impôt. Celui-ci se retourne, une main sur ses pièces ; croise les yeux du Maître ; s’interroge un instant qui pèse un éternité ; et laisse tout pour Le suivre. L’appel de l’apôtre Raniero fut aussi impérieux. A la différence que ce dernier n’eut pas à quitter de grands biens pour répondre à l’invitation incisive ressentie à l’âge de 13 ans.

Il naît le 22 juillet 1934, à Colli del Tronto, dans les Marches (centre de l’Italie), au sein d’une famille pauvre. Son enfance est baignée de foi et imprégnèe des peurs secrétées par la guerre : un père mobilisé pour lequel on craint ; les exactions des soldats ivres ; la terreur devant ces Allemands qui, dit-on, enlèvent les enfants. « A la fin du conflit, j’étais soulagé…mais je ne savais pas quoi faire de ma vie. Je suis entré dans un petit séminaire capucin. Lors de la première retraite, j’ai réalisé avec une clarté incroyable que le Seigneur m’appelait et qu’il ne pourrait y avoir d’autre plénitude pour moi. Cette évidence m’est restée. C’est une grâce immense », dit-il en confidence.

Raniero ne cache pas sa dette à l’égard du Renouveau charismatique. Il en est un ardent avocat au Vatican. «Mon chemin est analogue à celui de saint Paul : j’ai d’abord été un persécuteur ! » (lire notre entretien demain). Méfiance et soupçon devant ces excités qui dévissent les ampoules, et psalmodient des borborygmes incompréhensibles. Il déconseille à ses ouailles de s’y frotter. Jusqu’au jour où il ne peut éviter une invitation à un rassemblement. Il se planque dans l’ombre d’un confessionnal. « Là, j’ai été émerveillé devant les repentances que j’entendais, d’une pureté et d’une profondeur jamais rencontrées».

Le docteur Cantalamessa se met à étudier les mouvements charismatiques prophétiques des premiers siècles pour en avoir le cœur net et discerner une éventuelle analogie. En 1977, une donatrice lui offre de participer à une rencontre charismatique oecuménique à Kansas City. « Je devais aller aux Etats-Unis pour apprendre l’anglais : j’ai décidé de profiter de l’occasion.» Après le meeting, il est invité chez des amis qui lui proposent de prier pour lui, sur lui, à la mode « chacha ». Il ne veut pas vexer en refusant. Se laisse faire. C’est indolore et sans chaleur. Ouf, il s’en sort indemne. Du moins, le croit-il. « C’est dans l’avion du retour, en lisant mon bréviaire, que j’ai réalisé le changement : les psaumes étaient devenus vivants ; ils semblaient avoir été écrits la veille à mon intention. C’était un signe qu’il s’était passé quelque chose : l’Esprit-Saint fait que la Parole de Dieu devient vivante.»

Saint Paul a eu son chemin de Damas, Raniero aura son chemin du Kansas. «Quand je suis rentré en Italie, les gens se sont exclamés : miracle ! Nous avons envoyé Saul aux Etats-Unis, c’est Paul qui en revient !» Le mélancolique, qui se réfugiait volontiers dans sa « passion pour l’étude », rayonne d’une joie et d’une ferveur nouvelles. Directeur de département à l’Université de Milan, spécialiste reconnu de patristique et de Christologie, expert de Péguy et de Kierkegaard, le docteur en théologie décide de quitter ses postes pour devenir prédicateur itinérant de la Parole de Dieu. Il soumet cet appel intérieur à son directeur de conscience. Celui-ci le confirme après un temps d’épreuve et un an de discernement. Raniero s’apprête à prendre la route quan, en 1980, Jean-Paul II le nomme Prédicateur. Tous les chemins mènent à Rome ? «Malgré mes efforts, je n’ai pas trouvé de raisons suffisantes pour répondre non ». Il aura juste quelques semaines pour préparer son « premier Carême ». Sur le thème du Baptême du Christ, et l’Esprit saint dans la vie de Jésus. «Le baptême, c’est la Pentecôte du Christ, comme la Pentecôte est le baptême de l’Eglise. » Le Paraclet ne le lâche pas.

Plus il avance en âge et en sagesse, plus frère Cantalamessa est tenté de prêcher par le silence, à l’image de sa sainte préférée, la bienheureuse Angèle de Foligno. Celle-ci, incitée par son confesseur à raconter ses visions, répondait : « Si tu voyais ce que je vois et que tu devais monter au pupitre pour prêcher, je te dis ce que tu ferais. Tu t’arrêterais un instant, puis en regardant les gens, tu dirais : «Mes frères, allez avec la bénédiction de Dieu, car aujourd’hui je ne peux rien vous dire !» Et tu descendrais du pupitre en silence.»
Mais pressé par l’obéissance, le capucin continue de prêcher l’indicible avec de pauvres mots confiés à l’Esprit : «Ne pouvant rien ajouter par moi-même, je cherche secours dans l’expérience de l’Eglise » confesse-t-il. Conscient, tel saint Augustin, que tout discours sur les mystères divins est une tentative de puiser de l’eau avec une dé à coudre dans un océan béant. Et convaincu qu’il s’exclamera, en passant les portes de la Jérusalem céleste, émerveillé : « Totaliter aliter » (C’est tout autre chose) Alors, il imagine volontiers son cher Jean-Paul II le relever avec ces mots de réconfort : « Mon bon Raniero, ne t’inquiète pas : on en est tous là ! »

Luc Adrian
(à suivre)
(Famille Chrétienne 1erjuin 2007)

Benoît XVI, Regina Caeli VII° Dimanche de Pâques, 4 mai 2008

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Chers frères et sœurs,

On célèbre aujourd'hui dans différents pays, dont l'Italie, la solennité de l'Ascension du Christ au ciel, mystère de la foi que le livre des Actes des Apôtres place quarante jours après la résurrection (cf. Ac 1, 3-11), et c'est pour cela qu'au Vatican et dans certaines nations du monde elle a déjà été célébrée jeudi dernier. Après l'Ascension, les premiers disciples restent réunis au Cénacle autour de la Mère de Jésus, dans l'attente fervente du don de l'Esprit Saint, promis par Jésus (cf. Ac 1, 14). En ce premier dimanche de mai, mois marial, nous revivons nous aussi cette expérience, en ressentant plus intensément la présence spirituelle de Marie. Et la place Saint-Pierre se présente aujourd'hui presque comme un "Cénacle" à ciel ouvert, remplie de fidèles, en grande partie membres de l'Action catholique italienne, auxquels je m'adresserai après la prière mariale du Regina caeli.

Dans ses discours d'adieu à ses disciples, Jésus a beaucoup insisté sur l'importance de son "retour au Père", couronnement de toute sa mission:  en effet, il est venu dans le monde pour ramener l'homme à Dieu, pas idéalement - comme un philosophe ou un maître de sagesse - mais réellement, en tant que pasteur qui veut ramener les brebis au bercail. Cet "exode" vers la patrie céleste, que Jésus a vécu personnellement, il l'a entièrement affronté pour nous. C'est pour nous qu'il est descendu du ciel et c'est pour nous qu'il y est monté, après s'être fait en tout semblable aux hommes, humilié jusqu'à la mort sur la croix, et après avoir touché le fond de l'abîme du plus grand éloignement de Dieu. C'est justement pour cela que le Père s'est complu en lui et l'a "exalté" (Ph 2, 9), en lui restituant la plénitude de sa gloire, mais cette fois avec notre humanité. Dieu dans l'homme - l'homme en Dieu:  c'est désormais une vérité non théorique mais réelle. C'est pourquoi l'espérance chrétienne, fondée dans le Christ, n'est pas une illusion, mais, comme le dit la lettre aux Hébreux, "en elle, nous avons comme une ancre de notre âme" (He 6, 19), une ancre qui pénètre dans le Ciel où le Christ nous a précédés.

Et de quoi l'homme d'aujourd'hui a-t-il le plus besoin, sinon de cela:  d'un ancrage solide pour son existence? Voilà alors de nouveau le sens merveilleux de la présence de Marie au milieu de nous. En tournant vers elle notre regard, comme les premiers disciples, nous sommes immédiatement renvoyés à la réalité de Jésus:  la mère renvoie au Fils, qui n'est plus physiquement au milieu de nous, mais qui nous attend dans la maison du Père. Jésus nous invite à ne pas rester à regarder vers le haut, mais à être unis dans la prière, pour invoquer le don de l'Esprit Saint. En effet, c'est seulement à celui qui "renaît d'en haut", c'est-à-dire de l'Esprit de Dieu, qu'est ouverte l'entrée dans le Royaume des Cieux (cf. Jn 3, 3-5), et la première à "renaître d'en haut" est justement la Vierge Marie. Nous nous adressons donc à elle dans la plénitude de la joie pascale.

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Quand les turbans iraniens rendent hommage au pasteur de Rome

dominicanus #Il est vivant !
Une rencontre de deux jours, au Vatican, entre experts du christianisme et de l’islam chiite. Comme dans les disputes du Moyen âge. Sur le sujet de prédilection de Joseph Ratzinger: foi et raison. Les étranges ouvertures du président iranien Ahmadinejad

par Sandro Magister



ROMA, le 7 mai 2008 – La lettre des 138, avec ses suites, n’est ni la seule ni la principale piste de dialogue entre l’Eglise catholique et l’islam. Le Vatican travaille sur plusieurs terrains et avec des interlocuteurs différents.

La dernière rencontre avec des représentants musulmans a eu lieu au Vatican. La délégation était composée de huit membres de l’Islamic Culture and Relations Organization de Téhéran. C’est donc l’islam chiite qui était représenté; son centre de gravité se trouve en Iran mais il est présent dans beaucoup d’autres pays, formant ainsi de 12% à 15% de la communauté musulmane mondiale.

La rencontre a débuté le lundi 28 avril et s’est achevée le mercredi 30 par une entrevue avec Benoît XVI dans une salle contiguë à celle des audiences générales. Dans un communiqué, le Saint-Siège a déclaré que “le pape s’est dit particulièrement satisfait du choix du sujet“.

Et pour cause: le sujet, “Foi et raison dans le christianisme et dans l’islam“, est l’un des préférés de Benoît XVI.

Il s’articulait autour de trois axes, présentés l’un après l’autre par un représentant catholique et un représentant musulman:

1. “Foi et raison: quelle relation?“, avec, du côté catholique, Vittorio Possenti, professeur de philosophie politique à l’Université de Venise et membre de l’Académie pontificale des sciences sociales;

2. “Théologie/Kalam comme enquête sur la rationalité de la foi“, avec, du côté catholique, Piero Coda, professeur de théologie à l’Université pontificale du Latran et président de l’Association théologique italienne;

3. “Foi et raison face au phénomène de la violence“, avec, du côté catholique, le jésuite Michel Fédou, théologien et historien de l’Eglise, du Centre Sèvres à Paris.

En plus de ces trois rapporteurs, la délégation catholique comprenait Ramzi Garmou, archevêque chaldéen de Téhéran; Pier Luigi Celata, archevêque secrétaire du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux; Khaled Akasheh, chef du bureau pour l’islam dans ce même conseil; Ilaria Morali, professeur de théologie dogmatique à l’Université pontificale grégorienne et spécialiste des relations non-chrétiennes.

La rencontre a été présidée conjointement par le cardinal Jean-Louis Tauran, président du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, et par Mahdi Mostafavi, président de l’Islamic Culture and Relations Organization de Téhéran.

Mostafavi est un “Seyyed“, c’est-à-dire un descendant direct du prophète Mahomet. Jusqu’à il y a deux ans, il a été vice-ministre des Affaires étrangères à Téhéran. Avant de repartir pour l’Iran, il a déclaré au quotidien de Rome “il Riformista“:

“Je vois le président Ahmadinejad au moins deux fois par semaine. Les valeurs spirituelles et morales sont fondamentales dans nos choix gouvernementaux et je suis son conseiller spirituel“.

Ces quelques mots montrent combien la délégation iranienne était haut placée et étroitement liée au leadership d’Ahmadinejad, qui représente l’aile la plus dure du régime khomeyniste, la plus hostile à l’Occident et la plus déterminée à refuser à Israël le droit d’exister.

Il faut toutefois rappeler que le régime de Téhéran s’était distingué par sa modération lors de l’explosion de violence qui avait fait suite au discours de Benoît XVI à Ratisbonne. Depuis de nombreuses années, l’islam chiite iranien devance l’islam sunnite dans ses rapports avec l’Eglise de Rome, sur le plan religieux, culturel et politique. Après avoir rencontré, le 6 avril dernier, le nouveau nonce apostolique en Iran, l’archevêque Jean-Paul Gobel, le président Ahmadinejad a défini le Vatican comme une force positive pour la paix et la justice dans le monde. Ou plutôt, pour les intérêts iraniens, un allié potentiel contre les pressions des Etats-Unis et des pays européens.

La rencontre de ces jours derniers est la sixième de la série. La prochaine aura lieu d’ici deux ans à Téhéran et sera précédée d’une rencontre préparatoire.

Cela ne veut pas dire que l’Eglise de Rome se montre docile lors de ces rencontres. Le 3 novembre 2005, le professeur Possenti, l’un des rapporteurs de la dernière rencontre, avait signé un appel contre le président iranien Ahmadinejad à cause des déclarations anti-israéliennes de ce dernier. Un sit-in de protestation avait suivi devant l’ambassade d’Iran à Rome.

Même absence de complaisance chez Ilaria Morali, qui faisait également partie de la délégation catholique lors de la dernière rencontre. Selon elle, le dialogue entre l’Eglise catholique et les religions non-chrétiennes doit s’inspirer des deux documents de 1964 qui ont indiqué pour la première fois la conduite à tenir: l’encyclique de Paul VI “Ecclesiam Suam“ et la constitution conciliaire “Lumen Gentium“. Les religions non-chrétiennes ne figurent comme voie de salut dans aucun des deux documents. Seul Jésus-Christ est le sauveur de l’humanité toute entière, comme l’a souligné en 2000 la déclaration “Dominus Iesus“. Le dialogue est donc avant tout missionnaire, il a pour but de poursuivre le “colloquium salutis“ instauré par Dieu dans le Christ avec l’humanité. Ce n’est que secondairement qu’il cherche un terrain d'entente éthique et culturelle, pour une cohabitation plus pacifique

Le 17 avril dernier, à Washington, Benoît XVI s’exprimait devant quelque 200 représentants de religions non-chrétiennes. Il a confirmé ce qui précède par ces mots sans équivoque:

"Les chrétiens proposent Jésus de Nazareth. [...] C’est Lui que nous portons au forum du dialogue interreligieux. L'ardent désir de suivre ses traces pousse les chrétiens à ouvrir leurs esprits et leurs cœurs au dialogue“.

Dans le discours qu’il a lu à ses interlocuteurs musulmans, le professeur Possenti a interprété la rencontre d’Assise pour la paix (27 novembre 1986) selon le point de vue christologique suivant:

“La rencontre était centrée sur l’incompatibilité de l’Evangile avec la violence. Celui qui est mort sur la croix est une victime et pas un bourreau. La passion de Jésus révèle la violence que renfermaient les religions païennes: elle provoque une révolution qui est aujourd’hui irrépressible. Elle propose l’icône du Serviteur souffrant par amour, le symbole de l’amour non-violent, donné“.

En ce qui concerne le rapport entre la religion et la violence, Possenti a déclaré:

“La violence doit être laïcisée et attribuée à l’homme, non à Dieu“.

A la fin de la rencontre du 28 au 30 avril, les deux délégations se sont mises d’accord sur sept points, résumés dans un communiqué en ces termes:

“Premièrement: foi et raison sont toutes deux des dons de Dieu à l’humanité.

“Deuxièmement: foi et raison ne s’opposent pas; même si dans certains cas la foi peut être au-dessus de la raison, elle ne lui est jamais contraire.

“Troisièmement: foi et raison sont intrinsèquement non-violentes. Ni la raison ni la foi ne devraient être utilisées pour perpétrer la violence; malheureusement, dans certains cas, elles ont toutes les deux été mal utilisées dans le but de perpétrer la violence. Quoi qu’il en soit, ces événements ne peuvent faire douter ni de la raison ni de la foi.

“Quatrièmement: les deux parties ont décidé de coopérer encore plus pour favoriser une religiosité authentique, en particulier la spiritualité pour promouvoir le respect des symboles sacrés et des valeurs morales.

“Cinquièmement: chrétiens et musulmans devraient dépasser le stade de la tolérance, en acceptant les différences, en restant conscients de ce qu’ils ont en commun et en rendant grâce à Dieu pour cela. Ils sont appelés à se respecter mutuellement et donc à condamner la dérision des croyances religieuses.

“Sixièmement: il faudrait éviter les généralisations quand on parle de religions. Les différences entre les confessions au sein du christianisme et de l’islam et la diversité des contextes historiques sont des facteurs importants à prendre en compte.

“Septièmement: on ne peut pas juger les traditions religieuses sur la base d’un seul verset ou passage présent dans l’un ou l’autre livre sacré. Il convient d’avoir une vision globale et une méthode herméneutique adaptée pour les comprendre correctement“.

Outre Seyyed Mahdi Mostafavi, la délégation musulmane était composée de quatre chercheurs possédant le titre de hodjatoleslam: Mohammad Jafar Elmi, de l’Islamic College for Advanced Studies de Londres; Hamid Parsania, professeur de philosophie et de mystique à Qom et recteur de l’université Baqir al-Ulum; Mahdi Khamoushi; Mohammed Masjedjamei. Etaient aussi présents Rasoul Rasoulipour, doyen de la faculté d’études humanistes de l’université de Tarbiat Moallem; Mohsen Daneshmand, membre du corps diplomatique, et Abdolrahim Gavahi.

Les huit représentants chiites ont offert à Benoît XVI un exemplaire du Coran. L’agence officielle iranienne ISNA a rapporté que le pape l’a défini comme “un livre précieux“ et qu’il a évoqué le sujet de la rencontre en ces termes:

“Foi et raison sont les deux choses dont le monde a besoin, aujourd’hui plus que par le passé, et il est de notre devoir de satisfaire ce besoin de la société“.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(www.chiesa)

Benoît XVI, Regina Caeli VII° Dimanche de Pâques, 8 mai 2005

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)


Chers frères et soeurs!

Aujourd'hui dans de nombreux pays, dont l'Italie, est célébrée la solennité de l'Ascension du Seigneur au Ciel. Lors de cette fête, la Communauté chrétienne est invitée à tourner son regard vers Celui qui, quarante jours après sa résurrection, à l'émerveillement des Apôtres "sous leurs regards, [...] s'éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux" (Ac 1, 9). Nous sommes donc appelés à renouveler notre foi en Jésus, l'unique véritable ancre de salut pour tous les hommes. En montant au Ciel, il a rouvert la voie vers notre patrie définitive, qu'est le paradis. A présent, par la puissance de son Esprit, il nous soutient dans notre pèlerinage quotidien sur la terre.

En ce dimanche a lieu la Journée mondiale des Communications sociales, sur le thème:  "Les moyens de communication au service de la compréhension entre les peuples". En l'époque actuelle de l'image, les mass media constituent effectivement une ressource extraordinaire en vue de promouvoir la solidarité et l'entente de la famille humaine. Nous en avons eu récemment une preuve extraordinaire à l'occasion de la mort et des funérailles solennelles de mon bien-aimé Prédécesseur Jean-Paul II. Tout dépend toutefois de la façon dont ils sont utilisés. Ces instruments importants de la communication peuvent favoriser la connaissance réciproque et le dialogue, ou bien, au contraire, alimenter les préjugés et le mépris entre les individus et les peuples; ils peuvent contribuer à diffuser la paix ou à fomenter la violence. Voilà pourquoi il faut toujours faire appel à la responsabilité personnelle; il est nécessaire que chacun joue son rôle pour assurer, dans toute forme de communication, l'objectivité, le respect de la dignité humaine et l'attention au bien commun. De cette manière, l'on contribue à abattre les murs d'hostilité qui divisent  encore  l'humanité, et l'on peut consolider ces liens d'amitié et d'amour qui sont le signe du Royaume de Dieu dans l'histoire.

Revenons au mystère chrétien de l'Ascension. Après que le Seigneur fut monté au Ciel, les disciples se réunirent en prière au Cénacle, avec la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 14), en invoquant ensemble l'Esprit Saint, qui allait les revêtir de puissance pour le témoignage qu'ils devaient rendre du Christ ressuscité (cf. Lc 24, 49; Ac 1, 8). Chaque communauté chrétienne, unie à la Très Sainte Vierge, revit ces jours-ci cette expérience spirituelle singulière en préparation à la solennité de la Pentecôte. Nous aussi, nous nous adressons à présent à Marie à travers le chant du Regina Caeli, en implorant sa protection sur l'Eglise et en particulier sur tous ceux qui se consacrent à l'oeuvre d'évangélisation à travers les moyens de communication sociale.

Premier pèlerinage mondial des journalistes à Lourdes: pour s'inscrire

dominicanus #Évènements
Derniers jours pour les inscriptions
 
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ROME, Lundi 5 mai 2008 (ZENIT.org) - Ce sera le « premier pèlerinage mondial des journalistes » :  Lourdes l'accueille, les 29-31 mai, en cette année jubilaire 2008. Mais attention, ce sont les derniers jours pour s'inscrire (cf. federation@presse-catholique.org)! François Vayne a bien voulu présenter cette initiative originale aux lecteurs de Zenit.

 

Zenit - Qu'attendez-vous de cette rencontre pour les journalistes à Lourdes, alors que la presse, dès les origines, a un rapport conflictuel avec les « Apparitions » ?

François Vayne - Nous attendons surtout de ce jubilé des journalistes un temps fraternel de prière et d'échange. Il ne s'agit pas d'un colloque de plus, mais d'une expérience de foi commune, sous le regard de la Vierge Immaculée. Les journalistes ont rarement l'occasion de vivre des moments forts spirituellement pour eux-mêmes. Ils sont en général témoins de ce que vivent les autres. Cette fois, comme ce fut le cas en l'an 2000 à Rome, les personnes engagées professionnellement dans les médias sont invitées à recevoir la grâce jubilaire, humblement, simplement, sans grand discours ni textes à publier. Nous en profiterons pour confier nos lecteurs, nos auditeurs ou nos téléspectateurs à Notre-Dame de Lourdes.

 

Zenit - Le programme du jeudi 29 mai 2008 propose un colloque sur le thème « Marie et les pèlerinages dans les grandes religions », qui est un thème interreligieux surprenant  : quels sont les points forts de cette journée ?

François Vayne - Le programme du jubilé des journalistes à Lourdes comporte une journée de réflexion sur Marie dans le dialogue interreligieux, le 29 mai. En cette période où les médias parlent beaucoup du « choc des civilisations », il est bon de redécouvrir à quel point la mère de Jésus peut rapprocher les croyants, notamment les chrétiens et les musulmans. Loin de toute tentation relativiste, faisons l'expérience de ce qui nous rapproche spirituellement, ayons à coeur de jeter des passerelles, de mettre en relation les uns et les autres, de remplacer le « ou » par le « et »... A Lourdes des musulmans et des bouddhistes viennent en nombre, ils sont touchés par le message de compassion qui retentit à Massabielle. Le jubilé des journalistes mettra en valeur cette dimension de Lourdes, en lien avec l'Institut de Science et Théologie des Religions de Toulouse (ISTR).

 

Zenit - Vous proposez « une démarche spirituelle ensemble, dans les Sanctuaires de Notre-Dame » le vendredi 30 mai : en quoi cela consiste-t-il ?

François Vayne - Le 30 mai, nous ferons le chemin jubilaire tous ensemble, sur les pas de sainte Bernadette, guidés par Mgr Jacques Perrier, évêque du lieu, et l'après-midi nous pourrons suivre le « chemin de la paix » proposé à la Cité Saint-Pierre du Secours catholique, avec le président de la conférence mondiale des religions pour la paix, Ghaleb Bencheikh.

 

Zenit - Le samedi 31 mai, ce sera la Visitation de Marie à Elisabeth : quel sens les opérateurs des media peuvent donner à cette fête liturgique ?

François Vayne - Ceux qui le peuvent resteront le 31 mai pour la fête de la Visitation. Nous participerons à la liturgie dans les Sanctuaires, pèlerins parmi les pèlerins.

Il y a vraiment urgence à s'inscrire, j'insiste ici, car si le 9 mai nous ne sommes pas assez nombreux la fédération française de la presse catholique annulera le projet, ce qui serait vraiment dommage.

Ce jubilé de Lourdes est une chance offerte à chacune et chacun de renaître dans la lumière du Christ. Remettre de l'ordre et de la vérité dans nos vies est une priorité pour des journalistes, ne ratons pas cette occasion unique en ce 150ème anniversaire des Apparitions de l'Immaculée Conception. Inscrivons-nous vite! Je lance cet appel grâce à Zenit, et j'ai confiance dans l'action de l'Esprit-Saint qui inspirera la bonne décision aux derniers hésitants...

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

Jean Paul II, Message à la 1re rencontre des prêtres à Fatima (1996)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)


Très chers prêtres !

1. C’est avec une grande joie que je m’adresse à vous qui prenez part à Fatima à la première rencontre internationale des prêtres que promeut la Congrégation pour le Clergé, en préparation du Jubilé de l’an 2000.

La proposition d’organiser un pèlerinage de l’Ordo sacerdotalis vers la Porte Sainte de l’an 2000 est née pour offrir aux prêtres l’occasion de célébrer le Jubilé purifiés de leurs incohérences et infidélités, fortifiés contre l’esprit du monde et rendus plus conformes au Bon Pasteur qui donne sa vie pour son troupeau. Parti de Fatima, ce pèlerinage fera étape en 1997 à Yamoussoukro, en 1998 à Guadalupe et en 1999 à Jérusalem, pour rejoindre Rome en l’an 2000.

L’initiative ne manquera pas de contribuer à favoriser une communion toujours plus convaincue, fervente et effective entre les prêtres, en développant des effets positifs sur la nouvelle évangélisation et sur l’augmentation des vocations sacerdotales et religieuses.

2. L’itinéraire jubilaire prévu passera par quelques remarquables sanctuaires mariaux. Cela répond à un choix spirituel précis : celui d’aider le prêtre à redécouvrir, en s’arrêtant en des lieux particulièrement évocateurs de la présence de la Vierge Sainte, le rôle de Marie dans sa vie, rôle qui lui est assigné par le Christ lui-même, Souverain et Eternel prêtre.

Vous savez par expérience quel grand trésor constitue Notre-Dame pour le prêtre ! Son influence maternelle s’étend sur la vie spirituelle tout entière et sur son ministère : après avoir coopéré au sacerdoce du Christ, Marie se tient au côté de chaque prêtre et en soutient la mission.

3. Le prêtre en effet a particulièrement besoin de l’aide de Marie pour pouvoir vivre sa consécration à Dieu, et la Vierge représente le premier modèle de ceux qui consacrent totalement au Christ leur cœur et leurs forces.

Pour le prêtre, le don du cœur s’exprime, de façon significative, dans le célibat. Comment oublier que la virginité de Marie a précédé l’état de virginité du Christ ? Le séjour en des lieux mariaux portera le prêtre à regarder vers la Vierge pour implorer son aide sur le chemin de la consécration totale au Christ et à son Règne.

Chers frères, à Fatima, terre bénie par Marie Très Sainte, vous revivez l’expérience des Apôtres au Cénacle (Ac 1, 13) : cette expérience de prière assidue et concorde en union spirituelle avec la mère de Jésus illumine le présent et le futur de votre vie sacerdotale. Demandez à Marie de soutenir en vous avant tout la persévérance dans la prière, indispensable à votre vie et à votre mission.

4. L’activité apostolique du prêtre exige elle aussi une relation filiale de dévotion et de confiance envers la Mère céleste. Dans l’épisode évangélique de la "Visitation", Marie communique à sa cousine Elisabeth la richesse spirituelle qui lui a été donnée d’en haut : Elisabeth est comblée de joie par l’Esprit saint au moment précis ou la Vierge entre dans sa maison et la salue. La dévotion de Marie favorisera aussi chez le prêtre l’ouverture du cœur à l’action de l’Esprit, pour qu’à travers son ministère, la vie du Christ puisse continuer à se répandre dans le monde.

Chers prêtres, au cours de votre pèlerinage, qui est aussi un temps d’exercices spirituels, demandez à Marie une vie intérieure débordante, une charité riche de miséricorde et la fidélité à votre vocation, pour vous consacrer aux tâches pastorales avec un dynamisme apostolique renouvelé. Celle qui s’est entièrement donnée à l’œuvre de son Fils n’aiderait peut-être pas le prêtre à dépenser le meilleur de lui-même, avec zèle et ferveur, pour Dieu et ses frères ? Celle qui a un cœur de Mère miséricordieuse ne communiquerait peut-être pas au prêtre sa bonté et sa pitié pour les misères humaines ? Celle qui a rempli intégralement sa mission ne soutiendrait pas le prêtre contre la tentation du découragement, en nourrissant son espérance au milieu des vicissitudes de l’existence quotidienne ?

5. Pendant que le Rédempteur accomplissait son sacrifice, Marie veillait en silence près de la Croix. " Jésus alors, voyant sa mère et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : " Femme, voici ton fils ". Puis il dit au disciple : " Voici ta mère ! ". Et à partir de ce moment le disciple la pris dans sa demeure " (Jn 19, 25-27)

Très chers prêtres, en répondant aux paroles du Christ mourant sur le Golgotha, vous aussi, réunis pour ce rassemblement spirituel de Fatima, vous êtes invités à " prendre Marie en votre demeure ", c’est-à-dire à lui faire place en votre cœur, en votre vie, en votre ministère. En l’accueillant avec l’amour même de Jean, vous pourrez réaliser complètement l’idéal du sacerdoce qui consiste à ressembler toujours plus à l’unique grand prêtre, né de la Vierge Marie.

De même que le disciple aimé, à l’école de Marie, sut fixer le regard de la foi sur le côté transpercé du Crucifié, y découvrant le cœur divin d’où s’écoulait le salut sur le monde, qu’ainsi chacun de vous, en cette halte de prière mariale, renouvelle sa propre consécration au cœur du Christ et au cœur immaculé de Marie.

La Liturgie de ces jours vous aidera à approfondir ce profond mystère de foi, spécialement dans la célébration de l’eucharistie, et à faire l’expérience d’une authentique solidarité sacerdotale, enrichie des témoignages des frères dans l’épiscopat et dans le presbytérat. La grâce d’une telle expérience spirituelle pourra se prolonger ensuite dans l’adoration eucharistique et dans la célébration du sacrement de pénitence, dans laquelle vous serez à la fois ministres et pénitents. Quelle joie pour vous de vous réconcilier et de réconcilier, sous le regard de la Mère de la Miséricorde, et de renouveler ainsi votre mission de ministres de la Réconciliation !

Que les pieuses pratiques de l’heure sainte, du Chemin de Croix et du saint rosaire, vécues dans l’unité et la communion fraternelle, constituent pour vous autant de sources d’eau vive.

6. Chers et vénérés frères, sentez-moi spirituellement présent au milieu de vous, en ces journées de pèlerinage à Fatima. Vous savez bien combien je suis lié à ce sanctuaire. J’y retourne souvent dans une pensée priante, comblée de gratitude intérieure. Je vous embrasse tous affectueusement et je vous souhaite un chemin spirituel saint et heureux avec Marie, porte sainte du Temple, vers le Christ notre gloire et notre espérance.

En témoignage de ma proximité spirituelle, j’offre à chacun de vous un chapelet : puisse ce signe marial, qui relie votre sacerdoce à la foi de vos mères et de tant de personnes qui prient pour vous, vous accompagner dans les étapes du grand pèlerinage, jusqu’à l’année sainte, comme gage de communion et de sanctification.

C’est avec de tels sentiments, de tout cœur, que j’envoie volontiers à tous la Bénédiction Apostolique, en l’étendant aux organisateurs du pèlerinage et à tous ceux qui se trouvent réunis avec vous pour cette significative rencontre spirituelle.

Du Vatican, le 14 juin, Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, en l’année 1996, dix-huitième de notre Pontificat.

Joannes Paulus II

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