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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Jean Paul II, L'anthropomorphisme du langage biblique

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

8. La présentation de l'homme comme «image et ressemblance de Dieu», dès le début de l'Ecriture Sainte, revêt encore une autre signification. C'est la clé pour comprendre la Révélation biblique comme étant ce que Dieu dit de lui-même. Parlant de lui «par les prophètes comme par le Fils» (cf. He 1, 1. 2) qui s'est fait homme, Dieu utilise un langage humain, il utilise des concepts et des images propres à l'homme. Si cette façon de s'exprimer est caractérisée par un certain anthropomorphisme, laraison en est que l'homme est «semblable» à Dieu, créé à son image et à sa ressemblance. Alors, Dieu aussi est, dans une certaine mesure, «semblable a l'homme», et c'est précisément à partir de cette ressemblance qu'il peut être connu par les hommes. En même temps, le langage de la Bible est suffisamment précis pour marquer les limites de la «ressemblance», les limites de l'«analogie». En effet, la révélation biblique affirme que, si cette «ressemblance» de l'homme avec Dieu est vraie, plus essentiellement vraie encore est la «non-ressemblance»(27) qui sépare du Créateur toute la création. En fin de compte, pour l'homme créé à la ressemblance de Dieu, Dieu ne cesse d'être Celui «qui habite une lumière inaccessible» (1 Tm 6, 16): c'est le «Différent» par essence, le «Tout-Autre».

Il faut tenir compte de cette observation sur les limites de l'analogie _ limites de la ressemblance de l'homme avec Dieu dans le langage biblique _ même lorsque, dans divers passages de l'Ecriture Sainte (surtout dans l'Ancien Testament), nous trouvons des comparaisons qui attribuent à Dieu des qualités «masculines» ou «féminines». Nous pouvons voir en elles la confirmation indirecte de la vérité selon laquelle l'homme et la femme ont été tous les deux créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. S'il y a ressemblance du Créateur avec lés créatures, il est compréhensible que la Bible ait utilisé à son égard des expressions qui lui attribuent des qualités aussi bien «masculines» que «féminines».

Citons ici quelques passages caractéristiques du prophète Isaïe: «Sion avait dit: "Le Seigneur m'a abandonnée; le Seigneur m'a oubliée". Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas» (49, 14-15). Et ailleurs: «De même qu'une mère console son enfant, moi aussi, je vous consolerai, à Jérusalem vous serez consolés» (Is 66, 13). Dans les Psaumes également, Dieu est comparé à une mère attentive: «Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël» (Ps 131, 2-3). Divers passages présentent l'amour de Dieu, attentif à son peuple, comme semblable à celui d'une mère: ainsi, comme une mère, Dieu «a porté» l'humanité, et en particulier son peuple élu, en son sein, il l'a enfanté dans la douleur, il l'a nourri et consolé (cf. Is 42, 14; 46, 3-4). L'amour de Dieu est présenté en beaucoup de passages comme l'amour «masculin» de l'époux et père (cf. Os 11, 1-4; Jr 3, 4-19), mais parfois aussi comme l'amour «féminin» de la mère.

Cette caractéristique du langage biblique, sa façon anthropomorphique de parler de Dieu, montre aussi, indirectement, le mystère de la «génération» éternelle, qui fait partie de la vie intime de Dieu. Toutefois, cette «génération» ne possède en elle-même aucune qualité «masculine» ou «féminine». Elle est de nature totalement divine. Elle est spirituelle de la manière la plus parfaite parce que «Dieu est esprit» (Jn 4, 24), et elle n'a aucune propriété caractéristique du corps, ni «féminin» ni «masculin». Et donc la «paternité» en Dieu est aussi totalement divine, libre du caractère corporel «masculin» qui est propre à la paternité humaine. En ce sens, l'Ancien Testament parlait de Dieu comme d'un Père et il s'adressait à lui comme à un Père. Jésus Christ, qui a mis cette vérité au centre même de son Evangile comme une norme pour la prière chrétienne et qui s'adressait à Dieu en l'appelant «Abba-Père» (Mc 14, 36), en tant que Fils unique et consubstantiel, désignait la paternité en ce sens supra-corporel, surhumain, totalement divin. Il parlait en tant que Fils, lié à son Père par le mystère éternel de la génération divine, et il le faisait en étant en même temps le Fils authentiquement humain de sa Mère Vierge.

Si l'on ne peut attribuer des qualités humaines à la génération éternelle du Verbe de Dieu, et si la paternité divine ne possède pas de caractères «masculins» au sens physique du terme, il faut au contraire chercher en Dieu le modèle absolu de toute «génération» dans le monde des êtres humains. C'est dans ce sens, semble-t-il, que nous lisons dans la Lettre aux Ephésiens: «Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom» (3, 14-15). Toute «génération» dans le domaine des créatures trouve son premier modèle dans la génération qui est en Dieu d'une manière complètement divine, c'est-à-dire spirituelle. Toute «génération» dans le monde créé est assimilée à ce modèle absolu, non créé. C'est pourquoi tout ce qui, dans l'engendrement humain, est propre à l'homme comme aussi tout ce qui est propre à la femme _ la «paternité» et la «maternité» humaines _ porte en soi la ressemblance, c'est-à-dire l'analogie, avec la «génération» divine et avec la «paternité» qui, en Dieu, est «totalement différente», complètement spirituelle et divine par essence. Dans l'ordre humain, au contraire, l'engendrement est le propre de l'«unité des deux»: tous les deux, l'homme comme la femme, «engendrent».

Mulieris dignitatem

Jean Paul II, Personne - Communion - Don

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

7. Approfondissant par la pensée l'ensemble de la description de Genèse 2, 18- 25, en l'interprétant à la lumière de la vérité sur l'image et la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27), nous pouvons comprendre plus pleinement encore en quoi consiste le caractère personnel de l'être humain, grâce auquel tous les deux _ l'homme et la femme _ sont semblabes à Dieu. En effet, chacun des hommes est à l'image de Dieu en tant que créature raisonnable et libre, capable de connaître Dieu et de l'aimer. Nous lisons également que l'homme ne peut être «seul» (cf. Gn 2, 18); il ne peut exister que comme «unité des deux», et donc en relation avec une autre personne humaine. Il s'agit ici d'une relation réciproque, de l'homme à l'égard de la femme et de la femme à l'égard de l'homme. Etre une personne à l'image et à la ressemblance de Dieu implique donc aussi le fait d'exister en relation, en rapport avec l'autre «moi». C'est un prélude à la révélation ultime que Dieu un et trine fait de lui-même: unité vivante dans la communion du Père, du Fils et de l'Esprit Saint.

Au début de la Bible, on ne nous dit pas encore cela directement. Tout l'Ancien Testament est surtout la révélation de la vérité sur l'unicité et l'unité de Dieu. Dans cette vérité fondamentale sur Dieu, le Nouveau Testament introduira la révélation du mystère insondable de la vie intime de Dieu. Dieu, qui se fait connaître aux hommes par le Christ, est l'unité dans la Trinité, il est l'unité dans la communion. De cette façon, une nouvelle lumière est projetée également sur la ressemblance et l'image de Dieu en l'homme, dont parle le Livre de la Genèse. Le fait que l'homme, créé comme homme et femme, soit l'image de Dieu ne signifie pas seulement que chacun d'eux individuellement est semblable à Dieu, comme être raisonnable et libre. Il signifie aussi que l'homme et la femme, créés comme «unité des deux» dans leur commune humanité, sont appelés à vivre une communion d'amour et à refléter ainsi dans le monde la communion d'amour qui est en Dieu, par laquelle les trois Personnes s'aiment dans le mystère intime de l'unique vie divine. Le Père, le Fils et l'Esprit Saint, un seul Dieu par l'unité de la divinité, existent comme Personnes par les insondables relations divines. C'est seulement de cette façon que devient compréhensible la vérité selon laquelle Dieu en lui-même est amour (cf. 1 Jn 4, 16).

L'image et la ressemblance de Dieu dans l'homme créé comme homme et femme (par l'analogie que l'on peut présumer entre le Créateur et la créature) expriment donc aussi l'«unité des deux» dans leur humanité commune. Cette «unité des deux», qui est signe de la communion interpersonnelle, montre que dans la création de l'homme a été inscrite aussi une certaine ressemblance de la communion divine («communio»). Cette ressemblance a été inscrite comme une qualité de l'être personnel de tous les deux, de l'homme et de la femme, et en même temps comme un appel et une tâche. Dans l'image et la ressemblance de Dieu, que le genre humain porte en lui depuis le «commencement», s'enracine ce qui fonde tout l'«ethos» humain: l'Ancien et le Nouveau Testament développeront cet «ethos» dont le commandement de l'amour est le sommet(25).

Dans l'«unité des deux», l'homme et la femme sont appelés depuis le commencement non seulement à exister «l'un à côté de l'autre» ou bien «ensemble», mais aussi à exister réciproquement «l'un pour l'autre».

Cela fait comprendre aussi ce que signifie l'«aide» dont parle Genèse 2, 18-25: «Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie». Le contexte biblique permet d'entendre également ce mot en ce sens que la femme doit «aider» l'homme _ et en même temps l'homme doit aider la femme _ avant tout à cause de sa caractéristique d'«être une personne humaine», ce qui, d'une certaine façon, permet à l'un et à l'autre de découvrir toujours à nouveau et de confirmer le sens intégral de son humanité. On comprend facilement que, sur ce plan fondamental, il s'agit d'une «aide» des deux cotés et d'une«aide» réciproque. Humanité veut dire appel à la communion interpersonnelle. Le texte de Genèse 2, 18-25 montre que le mariage est la dimension première et, en un sens, fondamentale de cet appel. Mais non l'unique. Toute l'histoire de l'homme sur la terre se réalise dans le cadre de cet appel. En fonction du principe selon lequel chacun vit «pour» l'autre, dans la «communion» interpersonnelle, on voit, au cours de cette histoire, s'intégrer progressivement dans l'humanité elle-même, voulue par Dieu, ce qui est «masculin» et ce qui est «féminin». Les textes bibliques, à commencer par la Genèse, nous permettent constamment de retrouver le terrain où s'enracine la vérité sur l'homme, un terrain solide et inviolable au milieu des multiples mutations de l'existence humaine.

Cette vérité concerne aussi l'histoire du salut. Ici, une affirmation du Concile Vatican II est particulièrement significative. Dans le chapitre sur la «communauté humaine» de la constitution pastorale Gaudium et spes, nous lisons: «Quand le Seigneur Jésus prie le Père pour que "tous soient un..." (Jn 17, 21-22), il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et il nous suggère qu'il y a une certaine ressemblance entre l'union des Personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l'amour. Cette ressemblance montre bien que l'homme, seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même»(26).

En s'exprimant ainsi, ce texte conciliaire présente d'une manière synthétique l'ensemble de la vérité sur l'homme et sur la femme _ vérité qui se dessine déjà dans les premiers chapitres du Livre de la Genèse _ comme la structure qui porte l'anthropologie biblique et chrétienne. L'homme _ homme et femme _ est le seul être parmi les créatures du monde visible que Dieu Créateur «ait voulu pour lui-même»; c'est donc une personne. Etre une personne signifie tendre à la réalisation de soi (le texte conciliaire dit «se trouver»), qui ne peut s'accomplir qu'«à travers un don désintéressé de soi». Le modèle d'une telle interprétation de la personne est Dieu même comme Trinité, comme communion de Personnes. Dire que l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de ce Dieu, c'est dire aussi que l'homme est appelé à exister «pour» autrui, à devenir un don.

Cela concerne tout être humain, femmes et hommes qui le mettent en oeuvre selon les particularités propres à chacune et à chacun. Dans le cadre de la présente méditation sur la dignité et la vocation de la femme, cette vérité sur l'être humain constitue le point de départ indispensable. Déjà le Livre de la Genèse permet de percevoir, comme une première ébauche, ce caractère sponsal de la relation entre les personnes, et c'est dans ce cadre que se développera ensuite la vérité sur la maternité, et aussi sur la virginité, comme deux dimensions particulières de la vocation de la femme à la lumière de la Révélation divine. Ces deux dimensions trouveront leur plus haute expression biblique, à l'avènement de la «plénitude du temps» (cf. Ga 4, 4), dans la figure de la «femme» de Nazareth, la Vierge-Mère.

Mulieris dignitatem

Jean Paul II, Image et ressemblance de Dieu

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)




6. NOUS devons nous replacer dans le contexte du «commencement» biblique où la vérité révélée sur l'homme comme «image et ressemblance de Dieu» constitue la base immuable de toute l'anthropologie chrétienne(22). «Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa» (Gn 1, 27). Ce passage concis contient les vérités fondamentales de l'anthropologie: l'homme est le sommet de tout l'ordre de la création dans le monde visible; le genre humain, qui commence au moment où l'homme et la femme sont appelés à l'existence, couronne toute l'oeuvre de la création; tous les deux sont des êtres humains, l'homme et la femme à un degré égal tous les deux créés à l'image de Dieu. Cette image, cette ressemblance avec Dieu, qui est essentielle à l'être humain, est transmise par l'homme et la femme, comme époux et parents, à leurs descendants: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la» (Gn 1, 28). Le Créateur confie la «domination» de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur «origine» commune.

Dans la Genèse, nous trouvons encore une autre description de la création de l'homme _ homme et femme (cf. 2, 18-25) _ à laquelle nous nous référerons par la suite. Dès maintenant toutefois, il faut préciser que la vérité sur le caractère personnel de l'être humain ressort de la description biblique. L'homme est une personne, et cela dans la même mesure pour l'homme et pour la femme, car tous les deux ont été créés à l'image et à la ressemblance du Dieu personnel. Ce qui rend l'homme semblable à Dieu, c'est le fait que _ contrairement à tout le monde des créatures vivantes, y compris les êtres doués de sens (animalia) _ l'homme est aussi un être raisonnable (animal rationale)(23). Grâce à cette propriété, l'homme et la femme peuvent «dominer» les autres créatures du monde visible (cf. Gn 1, 28).

Dans la seconde description de la création de l'homme (cf. Gn 2, 18-25), le langage qui exprime la vérité sur la création de l'homme, et spécialement de la femme, est différent; en un sens, il est moins précis; il est, pourrait-on dire, plus descriptif et métaphorique, plus proche du langage des mythes connus à cette époque. On ne trouve cependant aucune contradiction essentielle entre les deux textes. Le texte de Genèse 2, 18-25 aide à bien comprendre ce que nous trouvons dans le passage concis de Genèse 1, 27-28, et en même temps, si on le lit en lien avec lui, il aide à comprendre plus profondément encore la vérité fondamentale, qui y est contenue, sur l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu comme homme et femme.

Dans la description de Genèse 2, 18-25, la femme est créée par Dieu «à partir de la côte» de l'homme, et elle est placée comme un autre «moi», comme un interlocuteur à côté de l'homme qui, dans le monde des créatures animées qui l'entoure, est seul et ne trouve en aucune d'entre elles une «aide» qui lui soit adaptée. La femme appelée ainsi à l'existence est immédiatement reconnue par l'homme comme «chair de sa chair et os de ses os» (cf. Gn 2, 23), et pour cela précisément elle est appelée «femme». Dans le langage biblique, ce nom indique l'identité essentielle par rapport à l'homme: ish - ishsha, ce qu'en général les langues modernes ne peuvent malheureusement pas exprimer. «Celle-ci sera appelée "femme" (ishsha), car elle fut tirée de l'homme (ish)» (Gn 2, 23).

Le texte biblique fournit des bases suffisantes pour que l'on reconnaisse l'égalité essentielle de l'homme et de la femme du point de vue de l'humanité(24). Depuis le début, tous les deux sont des personnes, à la différence des autres êtres vivants du monde qui les entoure. La femme est un autre «moi» dans leur commune humanité. Dès le début, ils apparaissent comme l'«unité des deux», et cela signifie qu'est dépassée la solitude originelle dans laquelle l'homme ne trouve pas «une aide qui lui soit assortie» (Gn 2, 20). S'agit-il seulement ici d'une «aide» pour agir, pour «soumettre la terre» (cf. Gn 1, 28)? Il est bien certain qu'il s'agit de la compagne de vie, à laquelle l'homme peut s'unir comme à sa femme, devenant avec elle «une seule chair» et abandonnant pour cela «son père et sa mère» (cf. Gn 2, 24). La description biblique parle donc de l'institution, par Dieu, du mariage, dans le contexte de la création de l'homme et de la femme, comme condition indispensable de la transmission de la vie aux nouvelles générations humaines, à laquelle le mariage et l'amour conjugal sont ordonnés par nature: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la» (Gn 1, 28).


Mulieris dignitatem

L'Inde est en paix. Mais pas avec les chrétiens

dominicanus #actualités
Comme les indicateurs économiques, les attaques contre les églises et les fidèles progressent dans ce grand pays d'Asie. En silence et dans l'indifférence générale. Reportage en Orissa, l'état le plus marqué par les violences


par Sandro Magister




ROMA, le 19 mai 2008 – Alors que le monde surveille la Chine d’un œil sévère, des violations aussi graves de la liberté et des droits de l’homme se produisent en Inde, dans l’indifférence générale. Avec les chrétiens comme victimes.

L’épicentre des violences se situe en Orissa, un état qui donne sur le Golfe du Bengale, au sud de Calcutta. Depuis Noël dernier, on y compte six morts, 5 000 sans-abri, 70 églises, 600 maisons, six couvents et trois séminaires détruits.

"Un tapis de cendres, voilà tout ce qu’il reste“, a déploré le cardial Telesphore Toppo, archevêque de Ranchi, de retour d’une visite dans les zones frappées par les violences antichrétiennes.

Mais des nouvelles alarmantes arrivent aussi d’autres régions de l’Inde.

En mars, dans le Maharashtra, capitale Bombay, deux sœurs carmélites qui exercent leur ministère depuis treize ans parmi les tribus hors-castes ont été agressées par des extrémistes hindous. “Ils criaient en les accusant de procéder à des conversions“, ont rapporté des témoins.

Le gouvernement du Madhya Pradesh a dû déployer les forces de l’ordre pour défendre les églises à Pâques. Cette mesure fait suite à plus de cent agressions depuis décembre 2003, date à laquelle le BJP – le parti nationaliste hindou – a pris la tête de ce gouvernement local.

Au même moment, le parlement d’un autre état indien, le Rajasthan, a approuvé une loi anti-conversion qui inflige une peine de cinq ans de prison et une amende de 50 000 roupies (environ 1 250 dollars) à quiconque procède à des conversions “par la force, la coercition ou l’escroquerie“. Avec le Rajasthan, on compte désormais six états en Inde où est en vigueur ce genre de loi, qui vise de fait les missionnaires chrétiens.

Mais le pire se produit en Orissa, cet état indien dont près de la moitié des 36 millions d’habitants est composée de groupes tribaux et de dhalits, c’est-à-dire les groupes sociaux les plus désavantagés par le système rigide des castes. En Orissa la cohabitation de la pauvreté, du retard économique et de la modernité forme un mélange explosif.

C’est sur cette toile de fond que la violence antichrétienne se déchaîne. Dans l’indifférence d’un Occident trop occupé par le boom économique de ce géant asiatique.

Le reportage reproduit plus bas a rompu le silence sur cette tragédie dans le numéro de mai 2008 du mensuel “Mondo e Missione“ de l’Institut pontifical des missions étrangères:


Orissa, les persécutés de deuxième division


par Giorgio Bernardelli



"Dans le village, le climat entre les hindous et nous avait toujours été bon. Nous les invitions à nos fêtes et nous participions aux leurs. Mais maintenant nous avons tous peur“. Le père Santosh Kumar Singh, jeune prêtre de l’archidiocèse de Chuttack et Bhubaneswar, parle de Baminigam où il vit. C‘est un village comme il en existe tant d’autres dans cette zone de l’Inde Orientale. Un groupe de maisons dans la forêt qui, soudainement, devient l’épicentre de la plus grosse vague de violences antichrétiennes de ces dernières années.

Cette histoire a commencé ici, en Orissa, à Noël. Avec les incursions des fanatiques hindous du RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh) qui ont laissé derrière eux sept morts et des centaines de maisons, d’églises et de dispensaires brûlés dans le district de Kandhamal. Dans un climat d’intimidation encore palpable plusieurs mois après.

Le dimanche des Rameaux, par exemple, dans le village de Tyiangia, un groupe de personnes conduites par des têtes connues s’est réuni en criant des slogans antichrétiens. Les violences n’ont été évitées que parce que le curé a décidé d’annuler la procession.

Tout a commencé à Baminigam, le 24 décembre, veille de Noël. “Vous voulez savoir ce qui s’est vraiment passé?“, demande immédiatement le père Santosh. Il tient à le raconter. Car de nombreuses versions des faits circulent. Selon les journaux indiens, le facteur déclenchant aurait été l’agression contre le swami Laxmananda Saraswati, un maître spirituel hindou lié au RSS qui parcourt l’Orissa afin de “ramener à leurs origines“ les membres des groupes tribaux convertis au christianisme.

"C’est faux“, répond le père Santosh. “Tout a commencé au matin du 24 décembre, quand on nous a retiré le droit de célébrer Noël à l’extérieur. Nos négociateurs sont arrivés, on leur a dit de rentrer chez eux. Le climat était sans doute tendu. Mais soudain, 200 hommes armés de bâtons sont sortis de la forêt et ont commencé à tout détruire et brûler“.

Les violences ont duré quatre jours, favorisées par des retards inexplicables des forces de l’ordre. Les chrétiens étaient contraints de s’enfuir dans la forêt pour survivre, alors que leurs maisons continuaient de brûler. Ils y sont restés pendant des jours et des nuits, au froid, en se nourrissant de ce qu’ils pouvaient trouver. Jusqu’au moment où, enfin, les autorités locales ont aménagé des campements. Dans le district de Kandhamal, le calme revenait, lourd de tensions et de doutes.

"Nous avions compris ce qui allait se passer“, raconte Mgr Raphael Cheenath, archevêque du diocèse de Chuttack-Bhubaneswar, où se trouve le district de Kandhamal. “Le 22 décembre, nous avions signalé clairement aux autorités que nous craignions des violences pour Noël. Ils nous avaient promis leur protection. Mais ils n’ont absolument rien fait“.

Je rencontre Mgr Cheenath à Bhubaneswar, la capitale de l’Orissa. Il faut cinq à six heures de voiture en pleine forêt pour rejoindre le district de Kandhamal. Pourtant, il y a quelques jours, la violence est arrivée jusqu’à la porte de l’archevêché, frappée de plein fouet par un cocktail Molotov. Ce n’est un mystère pour personne que les réunions du RSS, où les chrétiens sont montrés du doigt comme des ennemis, se déroulent aussi dans cette ville de 800 000 habitants. Mais plus que les conciliabules secrets, ce sont les décisions des pouvoirs publics qui inquiètent l’archevêque. Et le comportement pour le moins ambigu du gouvernement local, dirigé par le premier ministre Naveen Patnaik, allié au BJP, le parti nationaliste hindou.

"En février – poursuit l’archevêque – une attaque de guérilleros maoïstes a eu lieu ici, en Orissa. Ils ont pris d’assaut une caserne de police et tué des policiers. L’état d’urgence a été décrété immédiatement: les militaires sont arrivés en masse au bout de quelques heures seulement. A Noël, en revanche – quand c’étaient des chrétiens qui faisaient l’objet de violences dans le district de Kandhamal – il a fallu attendre quatre jours. Pourquoi y a-t-il deux poids deux mesures?“.

L’assistance aux victimes est aussi un problème. “Ils ne permettent pas à nos organisations de porter secours“, dénonce Mgr Cheenath. “Là-bas, des personnes ont tout perdu: leurs maisons ont été brûlées, ils sont restés avec les vêtements qu’ils portaient. Le gouvernement a promis d’y remédier mais les aides n’arrivent pas. Et la population continue à souffrir“.

Dans le district de Kandhamal, en plus des maisons, c’est le travail de trente années qui disparaît: écoles, dispensaires, centres d’aide. Même la maison des Missionnaires de la Charité, la branche masculine de l’ordre de Mère Térésa – qui accueille les lépreux et les tuberculeux – a été prise d’assaut. Tout a brûlé pendant des heures, tandis que les chrétiens fuyaient dans la forêt. Aujourd’hui, ce sont des tentes qui font office de salles de classe. “Misereor“, l’organisation de solidarité internationale de l’Eglise d’Allemagne – s’est proposée pour participer à la reconstruction. Mais le gouvernement d’Orissa ne délivre pas les permis. L’archevêque lui-même a dû attendre 42 jours avant de pouvoir rendre visite aux communautés touchées.

"Officiellement – commente Mgr Cheenath – on nous dit que c’est pour des raisons de sécurité. En réalité, ils veulent faire obstacle à la présence des organisations chrétiennes. Les extrémistes hindous nous accusent d’utiliser les aides humanitaires pour procéder à des conversions. Mais c’est faux: tout le monde l’a vu en 1999, ici en Orissa, quand il y a eu un terrible cyclone. Deux mille de nos volontaires ont été mobilisés. Ils ont aidé tous les habitants, sans distinction“. Pour débloquer cette situation, il a fallu l’intervention de la cour suprême indienne, qui a déclaré l’interdiction illégitime.

En observant cette grande ville, si semblable à tant d’autres, on a du mal à croire que c’est un repaire de fanatiques. “Nous savons que beaucoup d’hindous sont contre la violence“, confirme l’archevêque. “En privé, ils nous ont même fait part de leur solidarité. Mais ils ont peur de s’exposer. C’est pourquoi cette campagne de haine conduite par les fanatiques donne des résultats. Ils nous décrivent comme des ennemis, ils déclarent ouvertement qu’ils veulent nous détruire“.

"Mais selon vous, d’où vient toute cette haine envers les chrétiens?“

"Je suis convaincu – répond l’archevêque – que derrière l’extrémisme religieux se cache une autre raison, d’ordre social. Le vrai problème, ce ne sont pas les conversions, mais le travail de promotion en faveur des dhalits et des groupes tribaux – les plus bas sur l’échelle sociale – que les chrétiens accomplissent depuis 140 ans en Orissa. Avant, c’étaient presque des esclaves. Aujourd’hui, au moins une partie d’entre eux étudie dans nos écoles, travaille dans les villages et revendique ses droits. Et ceux qui veulent maintenir intacte la vieille division en castes – même dans l’Inde du boom économique – a peur qu’ils acquièrent trop de force. L’Orissa d’aujourd’hui est un laboratoire. C’est le futur de millions de dhalits et de gens des groupes tribaux du pays tout entier qui est en jeu“.

L’Orissa est le nouveau laboratoire des fondamentalistes: beaucoup des chrétiens d’Inde en sont convaincus. Car c’est l’un des états les plus pauvres du sous-continent indien. Pourtant, même à Bhubaneswar, les choses bougent. En sortant de l’archevêché, on tombe sur le Big Bazar, un centre commercial tout neuf, de type américain. L’aéroport – comme toutes les destinations indiennes – est en expansion. En ville, les tours d’affaires poussent comme des champignons.

"C’est difficile à croire, mais quand nous avons ouvert nos portes ici, il y a vingt ans, c’était la jungle“, raconte le père E. A. Augustine, directeur du Xavier Institute of Management, l’une des fiertés de la ville. Une faculté d’économie dont l’histoire est intéressante: c’est le fruit d’un accord entre le gouvernement de l’Orissa et la Province des jésuites locale.

Même dans un état comme l’Orissa où la loi anti-conversion est en vigueur, donner à un établissement public le nom de saint François Xavier ne pose donc aucun problème. Partout en Inde, en effet, Xavier School est synonyme de qualité. “Ils réclament tous nos structures – poursuit le père Augustine – ils en reconnaissent la qualité. Quelques rares fanatiques mis à part, ils nous respectent. Mais nous ne voulons pas devenir un centre d’élite. Par exemple, nous proposons aussi des cours de gestion agricole, élaborés spécifiquement pour le développement des villages“.

Et puis – toujours à Bhubaneswar – il y a l’autre visage de la présence des jésuites. Celui du Human Life Center, avec ses cours populaires d’anglais oral destinés à aider ceux qui ont quitté les zones rurales pour la ville. Ou encore les cours de couture, de dactylo, d’informatique, pour créer une chance à ceux qui n’en ont pas d’autre. Et puis il y a les sept écoles ouvertes directement dans les bidonvilles de Bhubaneswar. Le changement doit aussi arriver jusque-là.

En fin de compte, on a l’impression que le vrai problème est justement là. La violence en Orissa n’est pas simplement l’héritage d’un passé que l’Inde peine à abandonner. L’affrontement concerne le présent et surtout l’avenir du pays. Il concerne une situation sociale où ceux qui sont restés à l’écart pendant des siècles commencent à relever la tête. Et où celui qui, au contraire, veut maintenir le statu quo joue la carte de l’identité menacée.

En mai 2009, grand rendez-vous électoral pour l’Inde: les élections générales. Le BJP – le parti nationaliste hindou, battu en 2004 par l’alliance entre le Parti du Congrès et la gauche – rêve d’une revanche. Et – comme l’ont montré les violences contre les musulmans au Gujarat en 2002 – attiser les tensions entre les groupes religieux est le moyen le plus efficace pour gonfler les rangs. “Ce n’est pas un hasard – affirme le père Jimmy Dhabby, directeur de l’Indian Social Institute à New Delhi – si ces violences contre les chrétiens ont éclaté quelques semaines après la réélection à la tête du Gujarat de Narendra Modi, un des principaux représentants du BJP. Et qu’elles se soient produites justement en Orissa, un état où l’on votera aussi pour le gouvernement local en 2009“.

Une habitude bien ancrée à Bhubaneswar, en dépit des événements survenus à Noël. Il suffit d’ouvrir un numéro de l’édition locale du quotidien “The Indian Express“ pour trouver des déclarations semblables à celle du leader du RSS K. S. Sudarshan: “De nombreuses menaces planent sur le pays: la violence des maoïstes, le jihad islamique, les conversions des missionnaires chrétiens. Nous devons nous unir pour réagir. N’attendez pas que d’autres le fassent à votre place“.

L’enquête que le gouvernement d’Orissa a ouverte pour faire la lumière sur les évènements de Noël utilise elle-même des méthodes assez discutables. “Après des mois sans rien savoir – proteste dans son blog John Dayal, secrétaire général de l’All India Christian Council– le juge chargé de l’enquête est arrivé sans préavis dans le district de Kandhamal. Il a interrogé les religieuses et les prêtres, qui sont restés sans voix quand on leur a demandé: Avez-vous converti quelqu’un ici?“. Comme si c’étaient les actes des chrétiens qui faisaient l’objet de l’enquête et non les violences commises par les fanatiques hindous.

Autre point inquiétant: les dédommagements. “Jusqu’à présent, aucune indication officielle n’a été fournie – poursuit Dayal – mais nous avons lu dans les journaux qu’alors que les écoles, centres d’accueil et dispensaires pourront recevoir une subvention de 200 000 roupies (environ 5 000 dollars), les églises et couvents n’auront droit à aucun dédommagement. Si c’est le cas, ce serait non seulement surprenant mais offensant. Les attaques ont visé principalement les églises et les couvents. Les exclure n’a aucun sens“.

Voilà l’atmosphère aujourd’hui en Orissa. “Les cendres cachent une situation explosive“, s’alarme Hemanl Naik, de l’Orissa Dalit Adivasi Action Net. “Depuis longtemps, les nationalistes hindous font des campagnes pour ‘reconvertir’ les populations tribales chrétiennes. N’y a-t-il pas là une violation des lois anti-conversion? Pourquoi ne sont-elles pas appliquées ?“.

Après tant de morts, tant de maisons et d’églises chrétiennes brûlées, une question s’impose. Où est la différence avec les violences islamistes qui se produisent dans d’autres régions du globe et auxquelles les médias accordent – à juste titre – tant de place? Pourquoi aucun Occidental n’élève-t-il la voix à propos de ce qui se passe en Orissa? A Pâques, la manifestation des chrétiens devant le parlement de New Delhi n’a pas été traitée par nos journaux.

Réponse – amère – de l’archevêque Cheenath: “l’Inde est aujourd’hui un marché qui intéresse tout le monde, explique-t-il. De grands intérêts économiques sont en jeu, tout le monde veut entretenir de bonnes relations avec nous. De ce fait, ce qui arrive aux minorités n’intéresse personne“.

Comme il est gênant, le cri de douleur que poussent aujourd’hui les chrétiens de l’Orissa.


Le mensuel de l’Institut pontifical des missions étrangères dans lequel a paru le reportage:

> Mondo e Missione


Tous les articles de www.chiesa sur le sujet:

> Focus INDE

Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(www.chiesa)

Père Cantalamessa, La Trinité, école de relation

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

  

Pourquoi les chrétiens croient-ils dans la Trinité ? N'est-il pas déjà assez difficile de croire que Dieu existe, sans ajouter en plus le rébus qu'il est « un et trine » ? Il y a aujourd'hui des personnes à qui il ne déplairait pas de laisser la Trinité de côté, également pour pouvoir ainsi mieux dialoguer avec les juifs et les musulmans qui professent la foi dans un Dieu exclusivement unique.

La réponse est que les chrétiens croient que Dieu est un et trine, car ils croient que Dieu est amour ! Si Dieu est amour il doit aimer quelqu'un. Ce n'est pas un amour à vide, qui ne s'adresse à personne. Nous nous demandons : qui Dieu aime-t-il pour être défini amour ?

Une première réponse pourrait être : il aime les hommes ! Mais les hommes existent depuis quelques millions d'années seulement. Qui Dieu aimait-il avant ? Il ne peut pas, en effet, avoir commencé à être amour à un certain moment de l'histoire, car Dieu ne peut pas changer.

Deuxième réponse : auparavant, il aimait le cosmos, l'univers. Mais l'univers existe depuis quelques milliards d'années. Avant, qui Dieu aimait-il pour pouvoir se définir amour ? Nous ne pouvons pas dire : il s'aimait lui-même, car s'aimer soi-même n'est pas de l'amour, mais de l'égoïsme, ou comme le disent les psychologues, du narcissisme.

Et voilà la réponse de la révélation chrétienne. Dieu est amour en lui-même, avant le temps, car depuis toujours il a en lui-même un Fils, le Verbe, qu'il aime d'un amour infini, qui est l'Esprit Saint. Dans chaque amour il y a toujours trois réalités ou sujets : un qui aime, un qui est aimé et l'amour qui les unit. Là où Dieu est conçu comme puissance absolue, il n'y a pas besoin de plusieurs personnes, car la puissance peut très bien être exercée par une seule personne ; il n'en est pas ainsi si Dieu est conçu comme amour absolu.

La théologie s'est servie du terme nature, ou substance pour indiquer en Dieu l'unité, et du terme personne, pour indiquer la distinction. C'est pour cela que nous disons que notre Dieu est un Dieu unique en trois personnes. La doctrine chrétienne de la Trinité n'est pas une régression, un compromis entre le monothéisme et le polythéisme. Elle est au contraire un pas en avant que seul Dieu pouvait faire accomplir à l'esprit humain.

La contemplation de la Trinité peut avoir un impact précieux sur notre vie humaine. Elle est un mystère de relation. Les personnes divines sont en effet définies par la théologie « relations subsistantes ». Cela signifie que les personnes divines n'ont pas de relations, mais sont des relations. Nous, les êtres humains, nous avons des relations - de fils à père, de femme à mari, etc. - , mais nous ne finissons pas dans ces relations ; nous existons également en dehors d'elles et sans elles. Il n'en est pas ainsi du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous le savons, le bonheur et le malheur sur terre dépendent dans une large mesure de la qualité de nos relations. La Trinité nous révèle le secret pour avoir de bonnes relations. Ce qui rend une relation belle, libre et gratifiante, c'est l'amour dans ses diverses expressions. On voit ici combien il est important que Dieu soit vu tout d'abord comme amour et non comme pouvoir : l'amour donne, le pouvoir domine. Ce qui empoisonne une relation c'est de vouloir dominer l'autre, le posséder, l'instrumentaliser, au lieu de l'accueillir et de se donner.

Je dois ajouter une observation importante. Le Dieu chrétien est un et trine ! C'est donc aussi la fête de l'unité de Dieu, pas seulement de sa trinité. Nous aussi chrétiens croyons « en un seul Dieu », mais l'unité à laquelle nous croyons n'est pas une unité de nombre, mais de nature. Elle ressemble plus à l'unité de la famille qu'à celle de l'individu, plus à l'unité de la cellule qu'à celle de l'atome.

La première lecture de la fête nous présente le Dieu biblique comme « miséricordieux et compatissant, lent à la colère et riche de grâce ». Telle est la caractéristique qui réunit le plus le Dieu de la Bible, le Dieu de l'islam et le Dieu (ou mieux la religion) bouddhiste et qui se prête donc le plus à un dialogue et à une collaboration entre les grandes religions.

Chaque sourate du Coran commence par l'invocation : « Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux ». Dans le bouddhisme, qui ne connaît pas l'idée d'un Dieu personnel et créateur, le fondement est anthropologique et cosmique : l'homme doit être miséricordieux en raison de la solidarité et de la responsabilité qui le lient à tous les êtres vivants.

Les guerres saintes du passé et le terrorisme religieux d'aujourd'hui sont une trahison, non une apologie, de la propre foi. Comment peut-on tuer au nom d'un Dieu qui continue à se proclamer « le Très Miséricordieux et le Tout Miséricordieux » ? Telle est la tâche la plus urgente du dialogue interreligieux qu'ensemble les croyants de toutes les religions doivent poursuivre pour la paix et le bien de l'humanité.

Traduit de l'italien par Jean-Michel Coulet

ROME, Vendredi 16 mai 2008 (ZENIT.org)

Liquider Mai 68? -2- Chantal Delsol : “Le père chassé de sa maison”

dominicanus #actualités


Chantal Delsol : “Le père chassé de sa maison”
Entretien

À l’occasion de la sortie du livre collectif "Liquider Mai 68 ?" dirigé par Chantal Delsol et Matthieu Grimpret (Presses de la renaissance), nous ouvrons une série de réflexions des auteurs, où chacun, dans son domaine de compétence, livre son analyse des "événements", de leurs conséquences, et de leur… célébration. Faut-il liquider Mai 68 ? Si non, pourquoi, et si oui, comment ? Cette semaine, après l’économiste Jean-Louis Caccomo, entretien avec Chantal Delsol, de l’Institut.



LIBERTE POLITIQUE. — Quel est, selon vous, le plus mauvais des fruits de Mai 68 ?

CHANTAL DELSOL. — Indiscutablement, l’abaissement de l’autorité. Mais tout de suite, il me faut préciser que tout événement néfaste a son revers positif : ainsi les événements de Mai 68, et tout ce qui gravite autour, ont eu le mérite de poser le problème de l’autorité et de sa légitimation. Au-delà de toutes les foutaises, le mouvement de Mai voulait répondre à une vraie question. Et il y a répondu. Au prix fort, certes !

Quelle était cette question ?

Celle des fondements de l’autorité individuelle et collective. Au cours de son histoire, la civilisation occidentale est peu à peu passée d’une éducation d’initiation à une éducation d’initiative. En d’autres termes, dans notre culture européenne, l’éducation ne va pas de soi. Il est légitime de se poser des questions sur la manière dont on transmet – ou non – les savoirs et les comportements, et ce que sont ces savoirs et ces comportements.

En effet, la transmission doit servir à former un être autonome. Or cette autonomie encouragée à la fois par l’héritage grec et par l’héritage chrétien s’est longtemps heurté à l’autoritarisme paternel, un autoritarisme de nature presque sauvage, qui s’analyse notamment avec les outils de l’ethnologie et de la psychologie. Le problème qui se glisse derrière Mai 68, c’est la difficulté à réformer sans détruire : les acteurs de Mai ont détruit ce que personne ne pouvait amender. Puis ils ont fini par récuser, non seulement les modalités de transmission, mais aussi le contenu même de ce qui était transmis. Naturellement, il aurait mieux valu une transformation sereine, qui n’aurait pas jeté le bébé avec l’eau du bain.

Surtout que ce sont les plus fragiles qui ont payé les pots cassés de la pseudo-révolution des soixante-huitards…

En effet. D’une part, j’ai tendance à considérer que certains aspects de Mai 68 font de ce mouvement une pantalonnade d’enfants gâtés. D’autre part, c’est l’absence du père qui fragilise le plus les familles aujourd’hui – fragilité humaine, matérielle, psychologique, presque métaphysique. La psychologue Elsa Godard l’explique très bien dans notre livre. Les relations entre homme et femme, parents et enfants, sont devenues très difficiles à la suite de Mai 68, qui s’apparente d’une certaine manière à une véritable explosion pulsionnelle. Le père de famille a été voué aux gémonies, si bien qu’il a pratiquement disparu, et les psychiatres le disent : autrefois l’enfant était dépressif par trop de père, aujourd’hui, par absence de père.

Tout était-il mauvais dans Mai 68 ?

Non, sans doute pas. Ne serait-ce que parce qu’une société a besoin d’avancer, de sentir qu’elle évolue et progresse. Pour ma part, je crois à l’amélioration des sociétés humaines. Mais tout ce qui bouge n’est pas forcément un progrès. On dit souvent que le bien ne fait pas de bruit – ce n’est pas faux. À chaque grande étape de l’histoire, il faut déceler et combattre les perversions qui se glissent à la faveur de la médiocrité humaine – la mienne, la vôtre, la nôtre.

Éviter les effets de balancier, qui nous trimballent d’un extrémisme à l’autre : voilà l’enjeu. Qu’une idée devienne folle ne signifie pas nécessairement qu’il faille la liquider, pour reprendre le titre de notre livre. L’histoire nous le montre. Par exemple, les errements des Lumières n’ont pas pu détruire la vocation chrétienne d’amélioration du monde.

En quoi la conception qu’on se fait de l’action politique a-t-elle changé à la suite de Mai 68 ?

Des slogans du style « Demandons l’impossible » sont proprement ahurissants ! Ils sont même mortifères. La cité parfaite n’existe pas ; les rêves de grand soir sont illusoires. Le soir finit toujours en nuit, d’ailleurs… En réalité, la question est de savoir quel prix nous sommes prêts à payer pour le progrès. Les bénéfices de Mai 68 – puisqu’ils existent – auraient pu se déployer sans devoir passer par une dégringolade qui nous laisse encore pantois. Tout a été à l’excès, sans doute aussi parce que certaines idéologies s’en sont mêlées, qui ne demandaient, elles, qu’à effacer de la terre toute l’autorité des anciennes sociétés, afin d’instaurer la leur. Une autorité oppressive et massifiante.

Quelle solution, alors ?

Le mouvement de Mai a laissé des séquelles graves, nous le savons bien. Mais la réalité anthropologique a le dernier mot : nous sommes en train de réapprendre, devant les conséquences de ces catastrophes, que nulle transmission ne peut s’accomplir sans autorité, et que l’apprentissage de l’initiative ne se passe jamais de l’autorité du père. Les cheveux longs sont aujourd’hui des cheveux blancs : le réel reprend le dessus, qu’on le veuille ou non. La démographie est mère des sciences humaines. Je terminerais par les vers de Jules Supervielle que je commente dans ma contribution au livre Liquider Mai 68 ? :
Tes yeux trouveraient dans les miens
le secours que l’on peut tirer
De cette chose haute à la voix grave
qu’on appelle un père dans les maisons.






Liquider mai 68 ?

Par Chantal Delsol et Matthieu Grimpret (dir)

Presses de la renaissance, avril 2008, 292 p., 19,95 €.
■ Avec Patrice de Plunkett, Denis Tillinac, Christophe Durand, Jean Sévillia, Jean-Marie Petitclerc, Paul-Marie Coûteaux, Sarah Vajda, Antoine-Joseph Assaf, Jacques Garello, Ludovic Laloux, Elsa Godart, François Grimpret, Jean-Louis Caccomo, Pierre Guénin, Steve Frankel, Michelle d'Astier de La Vigerie, Ioanna Novicki, Dominique Folscheid, Ilios Yannakakis.
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(Décryptage)

Liquider Mai 68? -1- Jean-Louis Caccomo, Leçon économique

dominicanus #actualités




Leçon économique : la congélation des droits acquis
Jean-Louis Caccomo*

À l’occasion de la sortie du livre collectif "Liquider Mai 68 ?" dirigé par Chantal Delsol et Matthieu Grimpret (Presses de la renaissance), nous ouvrons une série de réflexions des auteurs, où chacun, dans son domaine de compétence, livre son analyse des "événements", de leurs conséquences, et de leur… célébration. Faut-il liquider Mai 68 ? Si non, pourquoi, et si oui, comment ? Cette semaine, l’économiste Jean-Louis Caccomo.


JE SUIS FIER d’avoir participé à l’ouvrage collectif de Matthieu Grimpret et Chantal Delsol, Liquider mai 68 ? pour proposer une analyse économique des accords de Grenelle dans une perspective différente de la rengaine convenue. À une époque où l’on se fait fort de défendre le droit des minorités et la diversité des opinions, il est plus que nécessaire de briser le consensus et de pouvoir discuter sans tabou sur des périodes troublées de notre histoire contemporaine avant que la mythification en cours neutralise toute discussion plus objective.

Car les hommages nostalgiques ont déjà commencé et nous sommes déjà assommés de cantiques obligés de tous les soixante-huitards sur le retour dont la plupart sont devenus aujourd’hui des notables installés ou des hommes de pouvoir sur fond de manifestations lycéennes chroniques. Nous assistons à cette messe tous les dix ans, en 88 et en 98, comme si chaque génération voulait rallumer une flamme éteinte trop vite.

Mais à défaut d'avoir un avenir, on ressasse le passé en le déformant au passage pour les besoins de la propagande en place. Car il faut bien regarder en face son passé : on ne sait pas où l'on va lorsque l'on ne sait plus d'où l'on vient.


Les ornières de Grenelle

Les fameux accords de Grenelle, récemment élevés au rang de mythe inattaquable à l'occasion du Grenelle de l'environnement [1], ont entériné une pratique politique qui constitue une grave déviance de nos institutions républicaines. Quelle que soit l'issue des urnes, le dernier mot revient à la rue, dans un troisième tour permanent orchestré par les partenaires sociaux qui sortent ainsi outrageusement de leur rôle. Ces derniers participent ainsi au filtrage des politiques économiques autorisées, en les soumettant à des critères qui sont de véritables critères de Maastricht avant l'heure à la différence près qu’ils n’ont jamais été ratifié devant aucun parlement.

Depuis les (vrais) accords de Grenelle, nos politiques ont toujours suivi la même direction : baisse du temps de travail, accroissement des minimas sociaux, augmentations des salaires sans tenir compte des performances de notre économie réelle. Et toute politique n'appliquant pas ces principes, dans une logique de soutien à la consommation, fut de fait écartée, de sorte que les alternances politiques ne furent qu'un leurre. Il y a les politiques économiques autorisées et celles qui seront définitivement interdites.

C'est ce format qui nous a interdit d'envisager dans les années quatre-vingt les seules politiques qui s'imposaient dans le monde entier après la fin d'une période fondée sur la progression régulière des gains de productivité (les trente Glorieuses), et qui ont permis à l'Angleterre et les USA de retrouver le chemin de la prospérité. C’est cet héritage qui nous a permis de railler Reagan et de diaboliser Thatcher, alors qu’ils étaient en train de littéralement sauver leur pays du désastre tandis que nous poursuivions sur la voie tracée par les accords de Grenelle avec le passage aux 39 heures, la baisse de l’âge de la retraite et les augmentations de salaires sans rapport avec les gains sectoriels de productivité. Ce sont de telles ornières qui nous empêchent de traiter objectivement et dans toutes ses dimensions le problème du financement des retraites ou la question lancinante d’un chômage massif qui plombe notre société depuis 1973.


« Une révolte de petits bourgeois »

Mai 88, mai 98, mai 2008, chaque décennie apporte son lot de célébrations sans se donner la peine d'exposer un regard critique sur les événements ainsi montés au rang de mythe national, devenu aussi intouchables que le front populaire de 1936.

Pourtant, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il y a une autre lecture des événements moins complaisante et moins glorieuse. Car les accords de Grenelle n’ont en aucune manière stoppés les émeutes de Mai 68. Malgré les concessions déjà irréalistes arrachées par les syndicats sous la pression de la rue, ce n’était pas suffisant et le gouvernement de l’époque s’est trouvé totalement dépassé, ce qui est le lot de tous gouvernements cédant à la passion de la rue.

Un mois plus tard, c’est un million de Français qui descendent les Champs-Elysées pour en appeler au Général de Gaulle. Le gouvernement qui venait de signer les accords de Grenelle était ainsi désavoué.

J'avais cinq ans en 1968... Mais j'ai le souvenir que mon père, qui avait délaissé sa Sicile natale dans un état de grande pauvreté, ne comprenait guère ce qu'il appelait une « révolte de petits bourgeois ». Je reconnais pleinement que ce mouvement a introduit des espaces de liberté individuelle dans une société corsetée et rigide. Mais force est d’admettre que cette société rigide a aussi rendu possible les trente Glorieuses, une période exceptionnelle de rattrapage économique qui a permis de rendre économiquement possible des aspirations d’un ordre supérieur. Les générations qui ont bâti cette prospérité ont connu des temps autrement plus durs, parsemés de guerres mondiales et de crises sociales.

En comparaison, la génération 68 fut bénie des dieux. Il ne s'agit pas de mettre tout le monde dans le même sac, en collant une étiquette réductrice à toute une génération. Mais les leaders les plus charismatiques du mouvement de Mai 68 ont mangé la soupe capitaliste des trente Glorieuses dans laquelle ils n’ont eu de cesse de cracher au nom d’une critique hystérique du libéralisme révélatrice de leur ignorance fabuleuse des principes économiques. Ils ont connu la révolution sexuelle sans le Sida. Ils ont rejeté des parents qui avaient connu les privations, la guerre et la souffrance. Ils ont laissé pousser des enfants sans cadre sous prétexte de ne rien interdire et d’expérimenter des méthodes pédagogiques progressistes. Ils ont profité de tous les acquis sociaux, s'empressant de partir aujourd’hui à la retraite (avec anticipation) avec le pactole et une espérance de vie en augmentation de sorte que la durée de vie à la retraite sera bientôt aussi longue que la vie active.


Qui paiera ?

Qui paiera ? Les enfants et les petits-enfants pardi, lesquels vont hériter de dettes et d’impôts nouveaux !

Les porte-paroles de cette génération gâtée, non contents d’avoir profité de cette miraculeuse conjonction d’avantages, non contents d’être nés au bon endroit au meilleur moment, terrorisent toujours les âmes, imposent leurs valeurs et leurs références intellectuelles, font régner une police de la pensée inflexible qui ne tolère aucune contradiction.

Ils sont installés dans les murs de Radio-France où ils professent leur marxisme décalé, débattant doctement de la crise du libéralisme ou de la fin du capitalisme. Ils ont pris les rênes de l’université où ils formatent encore les esprits sans aucune préoccupation de la réalité qui vient pourtant chaque jour démentir ses postulats erronés. Les mouvements lycéens et étudiants font désormais partis des rituels imposés. Et ceux qui ont le malheur de ne pas se conformer à ce format sont immédiatement traités de fascistes ou de réactionnaires. Avec eux, il n’y a pas de demi-mesure ! C'était cela aussi l'esprit de Mai 68.

Et pourtant, ils devraient faire preuve de plus de modestie. D’abord, ils se sont plantés sur toute la ligne dans leur lecture de l’histoire, cautionnant les pires régimes politiques. La plupart était maoïste au moment où Mao précipitait des millions de Chinois dans la famine au nom de la révolution culturelle.

Ensuite, ils vivent mieux que leurs parents alors que leurs enfants vivront moins bien qu'eux. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une génération a été incapable de transmettre le flambeau de la prospérité, la croyant acquise. Et c’est sans doute parce qu’elle a été incapable de transmettre les facteurs de cette prospérité que sont le capital humain (c’est-à-dire principalement la confiance, la morale, la compétence et la connaissance du monde, de l’économie et de l’homme) et l’épargne. L’Éducation nationale, qu’elle a proprement phagocytée, n’assure plus son rôle de transmission des connaissances. Elle a toujours condamné cette école « bourgeoise ». Pour elle, l’école doit « fabriquer des citoyens solidaires », entendez par là des moutons incapables de penser par eux-mêmes et de se débrouiller sans l’État-berger.

Quant à l’épargne, elle suffit à peine à supporter la charge de la dette publique. Dans ce contexte, que reste-t-il pour l’investissement productif, pour le financement plus risqué de la recherche et de l’innovation sans lesquels aucune croissance ne saurait être durable ?

Quelle dignité peuvent avoir des parents qui laissent des factures à leurs enfants alors qu’ils ont eux-mêmes hérités d’un véritable trésor ? Car ils sont nés dans un pays riche et ils laisseront un pays en voie de sous-développement. Mais ils n’auront jamais le courage de l’admettre et ils sauront toujours trouver des boucs émissaires : c’est la faute au grand capital ! Diantre, quelle trouvaille pour ces esprits pétris de dialectique et ces experts en langue de bois.

Par pudeur, au lieu de célébrer dans la rue cet anniversaire pittoresque, taisez-vous enfin, laissez la place à d’autres, prenez votre retraite, profitez encore de vos vieux jours, mais de grâce, cessez de donner des leçons.


Jean-Louis Caccomo est docteur en sciences économiques de l'université d'Aix-Marseille II, maître de conférences à l'université de Perpignan.
Contact : http://caccomo.blogspot.com/
http://cozop.com/chroniques_en_liberte



Liquider mai 68 ?

Par Chantal Delsol et Matthieu Grimpret (dir)

Presses de la renaissance, avril 2008, 292 p., 19,95 €.

■ Avec Patrice de Plunkett, Denis Tillinac, Christophe Durand, Jean Sévillia, Jean-Marie Petitclerc, Paul-Marie Coûteaux, Sarah Vajda, Antoine-Joseph Assaf, Jacques Garello, Ludovic Laloux, Elsa Godart, François Grimpret, Jean-Louis Caccomo, Pierre Guénin, Steve Frankel, Michelle d'Astier de La Vigerie, Ioanna Novicki, Dominique Folscheid, Ilios Yannakakis.

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(Décryptage)

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (6/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
- Que sentez-vous encore ?

- Une douceur extraordinaire.

- C'est la douceur dont parlent les Écritures. "Ils boiront le breuvage de ta maison et tu les désaltéreras par les torrent de ta douceur" (Ps 35, 9). Elle déborde de notre coeur, s'écoule dans nos veines, procure une sensation de délice inexprimable ... Que sentez-vous encore ?

- Une joie extraordinaire dans tout mon coeur.

- Quand le Saint-Esprit descend sur l'homme avec la plénitude de ses dons, l'âme humaine est remplie d'une joie indescriptible, le Saint-Esprit recréant dans la joie tout ce qu'il effleure. C'est de cette joie que le Seigneur parle dans l'Évangile lorsqu'il dit : "Une femme qui enfante est dans la douleur, son heure étant venue. Mais ayant mis un enfant au monde, elle ne se souvient plus de la douleur, tellement sa joie est grande. Vous aussi, vous aurez à souffrir dans ce monde, mais quand je vous visiterai vos coeurs seront dans la joie, personne ne pourra vous la ravir" (Jn 16,  21-22).

Toute grande et consolante qu'elle soit, la joie que vous ressentez en ce moment, n'est rien en comparaison de celle dont le Seigneur a dit, par l'entremise de son Apôtre : "La joie que Dieu réserve à ceux qui l'aiment est au-delà de tout ce qui peut être vu, entendu et ressenti par le coeur de l'homme en ce monde" (1 Co 2, 9). Ce qui nous est accordé à présent n'est qu'un acompte de cette joie suprême. Et si, dès maintenant, nous ressentons douceur, jubilation et bien-être, que dire de cette autre joie qui nous est réservée au ciel, après avoir, ici-bas, pleuré ? Vous avez déjà assez pleuré dans votre vie et voyez quelle consolation dans la joie le Seigneur, dès ici-bas, vous donne. C'est à nous maintenant, ami de Dieu, d'oeuvrer de toutes nos forces pour monter de gloire en gloire et à "constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ" (Ép 4, 13). "Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leurs forces, il leur vient des ailes comme aux aigles, ils courent sans lassitude et marchent sans fatigue" (Is 40, 31). "Ils marcheront de hauteur en hauteur et Dieu leur apparaîtra dans Sion" (Ps 83, 8). C'est alors que notre joie actuelle, petite et brève, se manifestera dans toute sa plénitude et personne ne pourra nous la ravir, remplis que nous serons d'indicibles voluptés célestes ... Que ressentez-vous encore, ami de Dieu ?

- Une chaleur extraordinaire.

- Comment, une chaleur ? Ne sommes-nous pas dans la forêt, en plein hiver ? La neige est sous nos pieds, nous en sommes couverts, et elle continue de tomber ... De quelle chaleur s'agit-il ?

- D'une chaleur comparable à celle d'un bain de vapeur.

- Et l'odeur est-elle comme au bain ?

- Oh non ! Rien sur terre ne peut se comparer à ce parfum. Du temps où ma mère vivait encore j'aimais danser et quand j'allais au bal, elle m'aspergeait de parfums qu'elle achetait dans les meilleurs magasins de Kazan et payait fort cher. Leur odeur n'était pas comparable à ces aromates.

Le Père Séraphim sourit.

- Je le sais, mon ami, aussi bien que vous, et c'est exprès que je vous questionne. C'est bien vrai - aucun parfum terrestre ne peut être comparé à la bonne odeur que nous respirons en ce moment - la bonne odeur du Saint-Esprit. Qu'est-ce qui peut, sur terre, lui être semblable ? Vous avez dit tout à l'heure qu'il faisait chaud, comme au bain. Mais regardez, la neige dont nous sommes couverts, vous et moi, ne fond pas, ainsi que celle qui est sous nos pieds. La chaleur n'est donc pas dans l'air, mais à l'intérieur de nous-mêmes. Elle est cette chaleur que l'Esprit-Saint nous fait demander dans la prière : "Que ton Saint-Esprit nous réchauffe !" Cette chaleur permettait aux ermites, hommes et femmes, de ne pas craindre le froid de l'hiver, enveloppés qu'ils étaient, comme dans un manteau de fourrure, dans un vêtement tissé par l'Esprit-Saint.

C'est ainsi qu'en réalité cela devrait être, la grâce divine habitant au plus profond de nous, dans notre coeur. Le Seigneur a dit : "Le Royaume des Cieux est au-dedans de vous" (Lc 17, 21). Par le Royaume des Cieux, il entend la grâce du Saint-Esprit. Ce Royaume de Dieu est en nous maintenant. Le Saint-Esprit nous illumine et nous réchauffe. Il emplit l'air ambiant de parfums variés, réjouit nos sens et abreuve nos coeurs d'une joie indicible. Notre état actuel est semblable à celui dont parle l'Apôtre Paul : "Le Royaume de Dieu, ce n'est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par l'Esprit-Saint" (Rm 14, 17). Notre foi ne se base pas sur des paroles de sagesse terrestre, mais sur la manifestation de la puissance de l'Esprit. C'est l'état dans lequel nous sommes actuellement et que le Seigneur avait en vue lorsqu'il disait : "Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici présents ne mourront point qu'ils n'aient vu le Royaume de Dieu venir avec puissance" (Mc 9, 1).


Voilà, ami de Dieu, quelle joie incomparable le Seigneur a daigné nous accorder. Voilà ce que c'est que d'être "en la plénitude de l'Esprit-Saint." C’est cela qu'entend saint Macaire d’Égypte lorsqu'il écrit : "Je fus moi-même dans la plénitude de l'Esprit-Saint." Humbles que nous sommes, le Seigneur nous a aussi remplis de la plénitude de son Esprit. Il me semble qu'à partir de maintenant vous n'aurez plus à m'interroger sur la façon dont se manifeste dans l'homme la présence de la grâce de l'Esprit-Saint.


Cette manifestation restera-t-elle gravée pour toujours dans votre mémoire ?

- Je ne sais, Père, si Dieu me rendra digne de me la rappeler toujours, avec autant de netteté que maintenant.

- Et moi, répondit le starets, j'estime qu'au contraire Dieu vous aidera à garder toutes ces choses à jamais dans votre mémoire. Autrement il n'aurait pas été aussi rapidement touché par l'humble prière du misérable Séraphim et n'aurait pas exaucé aussi vite son désir. D'autant plus que ce n'est pas à vous seul qu'il a été donné de voir la manifestation de cette grâce, mais par votre entremise au monde entier. Affermi vous-même, vous serez utile à d'autres.

   Entretien avec Motovilov,
    dans Irina Goraïnoff, Séraphim de Sarov,
    Éditions Abbaye de Bellefontain et Desclée de Brouwer, 1995.
  (www.pagesorthodoxes.net)

Saint Pie X un pape d'arrière-garde? Révolution du pape modernisateur

dominicanus #Il est vivant !
Saint Pie X un pape d'arrière-garde? Non, un cyclone réformateur comme on n'en avait jamais vu Un essai de 1300 pages écrit par un grand spécialiste renverse le jugement sur le pape antimoderniste. Le nouveau Code de droit canon qu'il a créé a eu des effets formidables. Il a rendu plus fort que jamais le rôle public et la liberté de l'Eglise face au monde


par Sandro Magister




ROMA, le 13 mai 2008 – Le Concile Vatican II n’a pas été le seul moment décisif de l’histoire de l’Eglise catholique au XXe siècle. Un autre tournant important a eu lieu un demi-siècle auparavant, avec le pontificat de Pie X.

C’est ce qui ressort d’un imposant essai en deux volumes qui vient de sortir en Italie, sous le titre “Chiesa romana e modernità giuridica“. Ecrit par un expert très connu en droit ecclésiastique, Carlo Fantappiè. Il est consacré à une entreprise grandiose du pape Giuseppe Sarto, le nouveau Code de droit canon.

On retient de Pie X sa bataille acharnée contre les catholiques “modernistes“. On le décrit généralement comme le pape de la restauration et des anathèmes. Cela n’a pas été le cas. De nouvelles études examinent ce pontificat sous une lumière nouvelle, beaucoup plus constructive et innovatrice.

Sa célèbre encyclique “Pascendi Dominici Gregis“ contre les modernistes, par exemple, dont on a fêté le centenaire en 2007, a abordé avec prévoyance des sujets qui sont encore d’actualité et centraux dans la vie de l’Eglise.

De même pour le nouveau Code de droit canon. Promulgué par Benoît XV en 1917 mais voulu et élaboré avant tout par Pie X, il n’a pas été un repli défensif de l’Eglise, mais une œuvre audacieuse de modernisation. Il a renforcé la présence publique et la liberté de l’Eglise dans son rapport au monde.

Pie X a repoussé la modernisation philosophique que proposaient les catholiques modernistes. Il y voyait un recul face à la culture laïque qui détruisait la vérité de la foi.

Mais il a été un modernisateur convaincu de la forme juridique et institutionnelle de l’Eglise, en empruntant aux Etats libéraux de l’époque les structures qu’il jugeait compatibles avec la nature théologique de l’Eglise catholique.

Le professeur Fantappiè montre comment la réforme juridique voulue par Pie X n’était pas isolée mais liée à toutes ses autres innovations: dans la curie, les diocèses, les séminaires, le catéchisme, la liturgie, la musique sacrée. C’est de cette œuvre de changement aux multiples facettes qu’est née la forme de l’Eglise qui a dominé jusqu’au Concile Vatican II et encore largement aujourd’hui.

Dans sa critique des deux volumes de Fantappiè parue dans “L’Osservatore Romano“, l’historien Gianpaolo Romanato résume ce tournant en ces termes:

"Ce qui n’était en réalité, jusque dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, qu’une fédération d’Eglises nationales est devenu une organisation internationale compacte, soumise disciplinairement et théologiquement au pape“.

Le Code de droit canon voulu par Pie X est l’ossature juridique de cette Eglise réunie autour de l’évêque de Rome.

Avant la promulgation du Code en 1917, en effet, l’Eglise catholique était régie par une masse énorme et désordonnée de lois, souvent redondantes ou contradictoires: depuis le “Decretum Gratiani“ du XIIe siècle aux recueils de Grégoire IX, Boniface VIII, Clément V et Jean XXII, plus les décrétales éparses de nombreux autres papes.

Le nouveau Code de droit canon a recodifié l’ensemble de manière cohérente et unitaire, sur le modèle des codes napoléoniens adoptés par les états européens. Il a été promulgué en 1917. Jean XXIII a annoncé sa révision en 1959, en même temps que le nouveau concile œcuménique. La deuxième édition du Code, en vigueur à l’heure actuelle, a vu le jour en 1983.

Sans cette modernisation juridique et institutionnelle de l’Eglise, voulue par Pie X, un rôle mondial du pape – tel que celui de Jean-Paul II et aujourd’hui de Benoît XVI – aurait été inconcevable.

Carlo Fantappiè est professeur de droit canon et d’histoire du droit canon à l’université d’Urbino. Il est l’auteur de nombreuses publications de référence en la matière.

On trouvera ci-dessous la critique que Gianpaolo Romanato, professeur d’histoire de l’Eglise à l’université de Padoue et membre du Comité Pontifical des Sciences Historiques, a faite des deux volumes de “Chiesa romana e modernità giuridica“. Elle est parue dans “L’Osservatore Romano“ du 4 mai 2008:


La révolution du pape modernisateur


par Gianpaolo Romanato


L’étude que Carlo Fantappiè, professeur de droit canon à l’université d’Urbino, vient de publier aux éditions Giuffrè – "Chiesa romana e modernità giuridica" – est un événement scientifique qui n’intéresse pas seulement les juristes mais aussi les historiens de l’Eglise et du christianisme.

Avec près de 1 300 pages réparties sur deux volumes, c’est une œuvre vraiment imposante. L’auteur y démontre que le Code de droit canon voulu par Pie X et promulgué par Benoît XV en 1917 a été beaucoup plus qu’un travail technique de restructuration et de simplification de normes juridiques.

Il s’agit en réalité d’une réflexion profonde sur le passé, le présent et l’avenir de l’Eglise de Rome. Elle s’inscrivait dans un projet de réforme de l’Eglise, le droit étant à cet égard un moyen et non une fin.

L’étude part du Concile de Trente, mais elle insiste surtout sur les bouleversements qui ont suivi la révolution française et l’Empire.

C’est en effet au cours du XIXe siècle que s’est fait sentir la nécessité de la réforme. La naissance des états nationaux et l’irruption du système de gouvernement libéral ont modifié à la base le rapport juridique et institutionnel entre l’Eglise et l’Etat.

Le Saint-Siège ne devait plus affronter les souverains absolus du XVIIIe siècle, qui soumettaient l’organisation ecclésiastique tout en la favorisant et en reconnaissant son caractère public. Il s’est retrouvé face aux états nationaux modernes, régis par des institutions représentatives, qui visaient à réduire la religion à la sphère privée et à enfermer l’Eglise dans le droit commun.

Cette révolution a contraint les institutions ecclésiastiques à se retrancher derrière la papauté, seul point de référence qui ait survécu au naufrage des vieux pouvoirs. N’ayant plus d’autres pouvoirs à affronter, ni à l’intérieur ni à l’extérieur, le pontife romain reprit possession de la pleine souveraineté sur le plan doctrinal et disciplinaire.

Il en est résulté ce que Fantappiè appelle un monopole de juridiction, une nouveauté dans l’histoire de l’Eglise latine. Parallèlement, les séminaires et les universités romaines ont remplacé les institutions scolaires qui avaient disparu dans le tourbillon révolutionnaire, en particulier en France, en Allemagne et en Autriche.

La romanisation du catholicisme n’aurait pas pu être plus rapide et plus complète. En quelques décennies, ce qui était encore, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, une simple fédération d’Eglises nationales est devenu une organisation internationale compacte, soumise au pape et à la curie du point de vue disciplinaire et théologique.

Parallèlement, Rome est devenue la source du pouvoir, le centre d’élaboration de la pensée théologico-canonique, le lieu de formation du personnel dirigeant.

Fantappiè retrace ce processus historique avec une quantité extraordinaire de références mais en restant attentif à ses conséquences sur l’analyse juridique que l’Eglise faisait d’elle-même. En 1870 cette auto-analyse a dû prendre en compte un tournant décisif: la proclamation de l’infaillibilité pontificale lors du Concile Vatican I, qui a marqué l’aboutissement du processus de centralisation défini plus haut. Et la fin de l’Etat pontifical, c’est-à-dire du pouvoir temporel.

La simultanéité de ces deux événements – le pape devenant infaillible au moment où il cesse d’être pape-roi – est bien plus qu’une simple coïncidence.

Dans ce contexte, la nécessité de réformer le droit canon se faisait de plus en plus pressante. Il était urgent de remettre de l’ordre dans une réglementation vieille de plusieurs siècles en l’adaptant aux mutations qui avaient eu lieu. Il était surtout indispensable de redéfinir la nature de l’Eglise dans la communauté internationale. Avec une question préalable: fallait-il procéder à une classification thématique de l’énorme matériel canonique accumulé depuis le Moyen âge, en éliminant simplement ce qui était tombé en désuétude, ou fallait-il remanier et repenser le tout en un code de lois organique et synthétique, en suivant la voie tracée par les réformes napoléoniennes et suivie par tous les Etats modernes?

C’est la deuxième alternative qui a été choisie, en dépit de fortes résistances, particulièrement à Rome, loin d’être convaincue de devoir se conformer, tout du moins méthodologiquement, à la culture libérale. En tout cas, l’entreprise a semblé tellement démesurée que ni Pie IX ni Léon XIII n’ont osé s’y attaquer.

La tâche a été dévolue à Pie X, élu pape en 1903 après que le gouvernement de Vienne se fut opposé à l’élection du cardinal Rampolla. Paradoxalement, elle a été accomplie par un pape né sujet autrichien, totalement étranger à la curie, n’ayant pas étudié à Rome mais dans un séminaire de province et qui devait son élection à l’institution la plus obsolète et la plus anachronique du vieux droit canon, le “jus exclusivae“, le droit de veto des monarques catholiques.

Le pape Giuseppe Sarto a eu le mérite de mettre un terme aux atermoiements, de ne pas se laisser impressionner par les difficultés innombrables, de confier la direction de cette œuvre qui allait impliquer le monde catholique tout entier à un homme capable de la mener à bien. Cet homme, c’était Pietro Gasparri, alors âgé d’un peu plus de cinquante ans, secrétaire aux affaires ecclésiastiques extraordinaires, après avoir été professeur de droit canon à Paris et diplomate en Amérique Latine. Un homme politique et de gouvernement, donc, mais surtout un juriste expérimenté, d’une fidélité sans bornes au siège apostolique.

Fantappiè consacre 200 pages à Gasparri, presque un livre dans le livre, mais il n’oublie pas d’autres personnages qui ont eu un rôle décisif, en particulier le cardinal Casimiro Gènnari, négligé jusqu’à présent par l’historiographie. Préfet de la congrégation du Concile depuis 1908, il avait fondé le “Monitore ecclesiastico“, la revue qui été l’organe semi-officiel du Saint-Siège avant la naissances des “Acta Apostolica Sedis“.

L’“opus magnum“ de la codification, comme on l’avait défini, a été achevé en treize ans seulement – la bulle qui a donné le coup d’envoi à l’œuvre, “Arduum sane munus“, date de 1904 et la promulgation du Code a eu lieu en 1917 – grâce à la pression constante de Pie X. Le pape suivait les travaux jour après jour, en intervenant lors de chaque phase, jusqu’à sa mort, au cours de l’été 1914. C’est aussi lui qui a indiqué la voie à suivre – la codification plutôt que la compilation – dans une lettre autographe péremptoire à la commission cardinalice, qui penchait plutôt pour l’autre solution.

* * *

Quelles sont les nouveautés de cette étude? En laissant de côté le domaine strictement juridique, on en distingue deux.

Fantappiè place la rénovation du droit canon au centre de l’Eglise de l’époque, en montrant que le Code a été l’axe autour duquel le catholicisme a retrouvé son identité.

L’appréciation du pontificat de Pie X – souvent considéré jusqu’à présent comme une période de stagnation, voire de régression, à cause de la condamnation du modernisme – est renversée. Ce n’est pas la volonté de condamner qui a marqué cette décennie, mais la nécessité de réformer et de moderniser. Une nécessité si forte que le pape a préféré la gérer à travers sa propre secrétairerie privée, la “petite secrétairerie“ bien connue, plutôt qu’avec les organismes de la curie.

Dans ces pages denses et réfléchies, l’auteur a le mérite de nous rappeler que l’histoire est toujours complexe, que le début du XXe siècle – un ton en dessous dans le domaine théologique mais extraordinairement créatif dans le domaine juridique – a jeté les bases de la modernisation de l’Eglise sur le plan associatif, social, politique et international.

De la suppression du droit de veto à la réforme du conclave, de la réorganisation des séminaires à la restructuration paroissiale, diocésaine et missionnaire, du renouveau catéchétique à la refonte de la curie et de tous les organes centraux du gouvernement, le pontificat de Sarto a été un cyclone réformateur comme il y en a eu peu dans toute l’histoire de la papauté. Un cyclone qui a eu pour effet d’universaliser le droit de l’Eglise, d’en renforcer l’uniformité disciplinaire et opérationnelle à tous les niveaux, au moment même où les totalitarismes allaient apparaître et où la mondialisation se profilait à l’horizon. Sans le Code, qui a lancé le débat sur le statut international du Saint-Siège et qui a fait de ce dernier un interlocuteur de même niveau que l’Etat, les concordats des années 20 et 30 n’auraient pas été possibles.

Bien sûr, comme dans toutes les grandes réformes, on a gagné beaucoup et perdu un peu. La centralisation romaine, la verticalisation de l’autorité, la formalisation de la vie de foi ont porté atteinte au dynamisme des charismes. Mais, en même temps, elles ont affirmé avec la plus grande énergie que l’Eglise est une institution publique et non privée et qu’elle fait face à l’Etat en tant qu’entité autonome et totalement souveraine.

Le profil bas politique adopté tout au long du pontificat de Giuseppe Sarto – avec la mise en sourdine de la “question romaine“, des revendications territoriales et du “non expedit“, c’est-à-dire l’interdiction faite aux catholiques italiens de participer aux élections politiques – font partie de cette stratégie, visant à donner de la force à l’Eglise “ad intra“ plutôt qu’“ad extra“, à lui rendre son rôle et son prestige non pas sur le plan de l’immédiateté politique mais sur celui – bien plus solide et durable – du droit et des fondements juridiques.

La deuxième nouveauté concerne, de manière plus générale, le moment où se situe la réforme de l’Eglise au XXe siècle.

De manière plus ou moins affirmée selon les écoles historiographiques, on considère généralement que l’Eglise s’est transformée et s’est détachée de son passé lors du Concile Vatican II.

Sans rien enlever de sa valeur à l’événement que fut le concile, ce livre donne les arguments qui démontrent qu’un tournant aussi important s’est produit au début du XXe siècle avec la codification du droit canon par Pie X et Benoît XV. Un évènement qui a été beaucoup plus qu’un simple fait juridique. Il a coupé les liens avec l’Ancien Régime, il a renouvelé et centralisé à tous les niveaux les formes du gouvernement ecclésiastique. Il a recréé la conscience de soi et la certitude de l’Eglise comme institution libre, capable de se présenter face au monde presque sous la forme d’une “étatisation des âmes“ inédite.



Le livre:

Carlo Fantappiè, "Chiesa romana e modernità giuridica. Vol. I - L'edificazione del sistema canonistico (1563-1903). Vol. II - Il Codex Iuris Canonici (1917)", Milano, Giuffré, 2008, pp. XLVI-1282, 110 euros.

Et une synthèse de son contenu, rédigée par l’auteur lui-même:

> Come il papa antimodernista volle modernizzare la Chiesa



Le texte complet du code qui régit l’Eglise catholique latine:

> Code de Droit Canonique


Sur www.chiesa, à propos de Pie X et du modernisme:

> L'encyclique contre les "modernistes" fête ses cent ans. Mais discrètement (23.10.2007) 


Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(www.chiesa)

Journée de prière pour l'Eglise en Chine: prière à N.-D. de Sheshan

dominicanus #Prières

CITE DU VATICAN, 16 MAI 2008 (VIS). Voici la prière composée par Benoît XVI pour Notre Dame de Sheshan (Chine), pour la Journée de prière pour l'Eglise en Chine (24 mai). Dans la Lettre aux catholiques de la République populaire de Chine de mai 2007, le Pape avait dit son voeu de voir la fête de Marie, Auxiliatrice des chrétiens, qui est vénérée près de Shangaï, devenir une journée de prière pour l'Eglise en Chine:

 

Sanctuaire marial de Sheshan


"Vierge très sainte, Mère du Verbe incarné et notre Mère, vénérée dans le sanctuaire de Sheshan sous le vocable d'Auxiliatrice des Chrétiens, Toi vers qui toute l'Eglise qui est en Chine regarde avec une profonde affection, nous venons aujourd'hui devant toi pour implorer ta protection. Tourne ton regard vers le peuple de Dieu et guide-le avec une sollicitude maternelle sur les chemins de la vérité et de l'amour, afin qu'il soit en toute circonstance un ferment de cohabitation harmonieuse entre tous les citoyens.

Par ton oui docile prononcé à Nazareth, tu as permis au Fils éternel de Dieu de prendre chair dans ton sein virginal et d'engager ainsi dans l'histoire l'ouvre de la Rédemption, à laquelle tu as coopéré par la suite avec un dévouement empressé, acceptant que l'épée de douleur transperce ton âme, jusqu'à l'heure suprême de la Croix, quand, sur le Calvaire, tu restas debout auprès de ton Fils, qui mourait pour que l'homme vive.

Depuis lors, tu es devenue, de manière nouvelle, Mère de tous ceux qui accueillent dans la foi ton Fils Jésus et qui acceptent de le suivre en prenant sa Croix sur leurs épaules. Mère de l'espérance, qui, dans l'obscurité du Samedi Saint, avec une confiance inébranlable, est allée au devant du matin de Pâques, donne à tes fils la capacité de discerner en toute situation, même la plus obscure, les signes de la présence aimante de Dieu.

Notre-Dame de Sheshan, soutiens l'engagement de tous ceux qui, en Chine, au milieu des difficultés quotidiennes, continuent à croire, à espérer, à aimer, afin qu'ils ne craignent jamais de parler de Jésus au monde et du monde à Jésus. Dans la statue qui domine le sanctuaire, tu élèves ton Fils, le présentant au monde avec les bras grands ouverts en un geste d'amour. Aide les catholiques à être toujours des témoins crédibles de cet amour, les maintenant unis au roc qui est Pierre, sur lequel est construite l'Eglise. Mère de la Chine et de l'Asie, prie pour nous maintenant et toujours. Amen!".

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