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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

il est vivant !

Lettre de la Congrégation pour le Clergé aux Recteurs de Sanctuaires

dominicanus #Il est vivant !

dormition.JPG

 

Du Vatican, le 15 août 2011
En l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Prot. N. 2011 0546

Éminence/Excellence Révérendissime,
Dans le grand horizon de la nouvelle évangélisation, cette Congrégation, compétente en la matière, se fait un devoir de transmettre par l'aimable intermédiaire de Votre Éminence/Excellence, une lettre d'encouragement aux Recteurs des Sanctuaires de votre circonscription (cf. P.J.).

Au cours de l'histoire les Sanctuaires sont apparus comme des lieux merveilleux dont la Providence se sert pour la conversion, le soutien et le réconfort de nombre de personnes. Encore aujourd'hui ils peuvent continuer à éclairer de nombreuses personnes par la joie de la foi chrétienne, et contribuer à sensibiliser à l'écoute de l'appel universel à la sainteté. Avec de telles ressources nous pourrons humblement collaborer à endiguer le sécularisme et à augmenter la pratique religieuse.

Nous appelons donc de nos voeux un zèle renouvelé de la part des prêtres chargés du soin pastoral des Sanctuaires, une plus pleine compréhension de l'importance qu’il y a à valoriser chaque occasion pour prendre soin de la liturgie, de la catéchèse, de la prédication, de l'écoute des confessions, de la célébration des sacramentaux et même de l’art sacré, et ainsi, à travers tous ces détails, on pourra proposer de l’aide à ceux qui pénètrent dans un Sanctuaire, ne serait-ce qu’occasionnellement.

En vous remerciant de ce que vous voudrez bien faire pour la diffusion et la mise en valeur de cette lettre, je profite de l’occasion pour vous renouveler en sentiment de profonde affection collégiale l’expression de mon plus grand dévouement dans le Seigneur
 

Mauro Card. Piacenza
Préfet
XCelso Morga Iruzubieta
Arch. tit. de Alba Maritima
Secrétaire
 



Révérends Recteurs,

 

 
Je désire adresser à chacun de vous mon salut cordial, que j'étends volontiers à ceux qui sont à vos côtés dans le soin pastoral des Sanctuaires, avec l'expression de ma sincère gratitude pour le dévouement attentionné avec lequel vous répondez quotidiennement aux besoins pastoraux de pèlerins qui, de toute part dans le monde, accourent toujours plus nombreux dans les lieux de culte qui vous sont confiés.

Par cette Lettre, je me fais avant tout l’interprète des sentiments du Saint-Père Benoît XVI qui considère de grande importance la présence des Sanctuaires, précieux dans la vie de l'Église, puisque, comme but de pèlerinage, ils sont surtout les lieux « d’un rappel, qui attire un nombre croissant de pèlerins et de touristes religieux, certains desquels se trouvent dans des situations humaines et spirituelles complexes, assez éloignés du vécu de la foi et avec une faible appartenance ecclésiale » (Lettre à l'occasion du II Congrès Mondial de pastorale des pèlerinages et des Sanctuaires – Saint Jacques de Compostelle, 27-30 septembre 2010). Le Bienheureux Pape Jean-Paul II affirmait : « toujours et partout, les Sanctuaires chrétiens ont été ou ont voulu être les signes de Dieu, de son irruption dans l'histoire humaine » (Discours aux Recteurs de sanctuaires - 22.01.1981). Les sanctuaires, donc, sont « un signe du Christ vivant parmi nous, et dans ce signe les chrétiens ont toujours reconnu l'initiative de l'amour de Dieu vivant pour les hommes » (Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et Itinérants, le Sanctuaire. Mémoire, présence et prophétie du Dieu vivant - 8.05.1999, n. 5).

Conscient, donc, de la valeur particulière que les sanctuaires revêtent dans l'expérience de foi de chaque chrétien, la Congrégation pour le Clergé, compétente en la matière (cfr. Jean-Paul II, Constitution Apostolique Pastor bonus - 28.06.1988, art. 97, 1°), entend proposer à votre attention quelques considérations destinées à donner une impulsion renouvelée et plus efficace aux activités ordinaires de la pastorale qui se déroulent en ces lieux. Dans un climat de sécularisme diffus, le sanctuaire continue effectivement, encore aujourd'hui, à représenter un lieu privilégié où l'homme, pèlerin sur cette terre, fait l’expérience de la présence affectueuse et salvifique de Dieu. Là il trouve un espace fécond, loin des essoufflements quotidiens, où il peut se recueillir et retrouver sa vigueur spirituelle pour reprendre le chemin de foi avec une plus grande ardeur, pour chercher, trouver et aimer le Christ dans la vie ordinaire au milieu du monde.

Quel est le coeur des activités pastorales dans un Sanctuaire ? La réglementation canonique, à propos de ces lieux de culte, prévoit avec une profonde sagesse théologique et l’expérience de l’Eglise, qu’en ces lieux « on offre aux fidèles avec une plus grande abondance les moyens du salut, en annonçant avec soin la Parole de Dieu, en développant opportunément la vie liturgique, surtout par la célébration de l'Eucharistie et de la Pénitence, comme aussi en cultivant les formes saines de la piété populaire » (can. 1234, §1). La norme canonique donc, en traçant une synthèse précieuse de la pastorale spécifique aux Sanctuaires, fournit une occasion intéressante pour réfléchir brièvement sur quelques éléments fondamentaux caractéristiques de l'office que l’Eglise vous a confié.

 

1. Annonce de la Parole, prière et piété populaire
 

Le sanctuaire est le lieu où résonne avec une singulière puissance la Parole de Dieu. Le Saint Père Benoît XVI, dans l'Exhortation Apostolique post-synodale Verbum Domini, récemment publiée (30.09.2010), réaffirme que l’Eglise « se fonde sur la Parole de Dieu, elle naît et vit d'elle » (n. 3). Elle est la « maison » (cfr. ibidem, n. 52) dans laquelle la parole divine est accueillie, méditée, annoncée et célébrée (cfr. ibidem, n. 121). Ce que le Souverain Pontife dit de l'Église peut être affirmé du Sanctuaire d'une manière analogue.
L'annonce de la Parole revêt un rôle essentiel dans la vie pastorale du Sanctuaire. Les ministres sacrés ont par conséquent la tâche de préparer cette annonce, dans la prière et dans la méditation, en filtrant le contenu de l'annonce à l’aide de la Théologie spirituelle, à l'école du Magistère et des Saints. Les sources principales de leur prédication seront l'Écriture
Sainte et la Liturgie (cfr. Concile OEcuménique Vatican II, Constitution Sacrosanctum Concilium, 4.12.1963, n. 35), auxquelles se joignent le précieux Catéchisme de l'Eglise Catholique et son Abrégé. Le ministère de la Parole, exercé de différentes façon en conformité au dépôt révélé, sera ensuite d'autant plus efficace et incisif qu’il naîtra du coeur, dans la prière, et qu’il s’exprimera à travers des langages accessibles et beaux, capables de montrer correctement l’actualité permanente du Verbe éternel.

La réponse humaine à une annonce féconde de la Parole de Dieu est la prière. « Les Sanctuaires sont, pour les pèlerins en quête de leurs sources vives, des lieux exceptionnels pour vivre « en Église » les formes de la prière chrétienne » (Jean-Paul II, Catéchisme de l'Eglise Catholique [CCC], 11.10.1992, n. 2691). La vie de prière se développe de différentes façons, parmi lesquelles nous trouvons diverses formes de piété populaire qui doivent toujours laisser une « juste place à la proclamation et à l'écoute de la Parole de Dieu ; en effet, “ la piété populaire trouvera dans la Parole Biblique une source inépuisable d'inspiration, des modèles de prière inégalables et des propositions particulièrement fécondes de thèmes“ » (Verbum Domini, n. 65). Le Directoire sur la piété populaire et liturgie (Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, 09.04.2002) dédie un chapitre aux Sanctuaires et aux pèlerinages, en souhaitant « des relations harmonieuses entre les célébrations liturgiques et les pieux exercices » (n. 261). La piété populaire a une grande importance pour la foi, la culture et l'identité chrétienne de beaucoup de peuples. Elle est l’expression de la foi d'un peuple, « vrai trésor du peuple de Dieu » (ibidem, n. 9), dans et pour l’Eglise: pour le comprendre, il suffit d’imaginer la pauvreté à laquelle serait réduite l'histoire de la spiritualité chrétienne d'Occident en l'absence du « Rosaire », du « Chemin de Croix », ou encore des processions. Ce ne sont que deux exemples, mais suffisamment évidents pour relever le caractère indispensable de cette piété.

En exerçant votre ministère auprès d'un Sanctuaire, vous avez souvent l’occasion d'observer les gestes de pitiés, aussi particuliers qu’expressifs, par lesquels les pèlerins ont l’habitude d’exprimer visiblement la foi qui les anime. Les formes multiples et polychromes de dévotion, qui dérivent souvent d’autant de sensibilités et de traditions culturelles, témoignent de l'intensité fervente d'une vie spirituelle alimentée par une prière constante et par le désir intime d'adhérer toujours plus étroitement au Christ. L'Église, consciente de l’incidence significative de ces manifestations religieuses dans la vie spirituelle des fidèles, a toujours reconnu leur valeur et en a respecté les expressions naturelles. Non seulement, mais à travers les enseignements des Pontifes Romains et des Conciles, elle les a recommandées et favorisées. En même temps, pourtant, là où elle a relevé des attitudes ou des mentalités que l’on ne pouvait pas ramener à un sens religieux suffisamment sain, elle a éprouvé le besoin d'intervenir, en purifiant ces actes de leurs éléments fallacieux ou en fournissant des méditations, des cours, des enseignements, etc. La piété populaire, en effet, ne pourra être locus fidei que si elle s’enracine dans une tradition catholique originaire ; alors elle sera un instrument fécond d'évangélisation, dans lequel même les éléments de la culture ambiante autochtone pourront trouver accueil et dignité en synergie.

Comme responsables de la pastorale dans les Sanctuaires, par conséquent, votre tâche est d'instruire les pèlerins sur le caractère absolument prééminent que la célébration liturgique doit revêtir dans la vie de chaque croyant. La pratique personnelle de formes de piété populaire ne doit absolument pas être entravée ou rejetée, au contraire il faut la favoriser, mais elle ne peut pas se substituer à la participation au culte liturgique. Ces expressions, en effet, plutôt que s'opposer à la place centrale de la Liturgie, doivent l’accompagner et être toujours orientées vers elle. C’est en effet dans la célébration liturgique des Sacrés Mystères que s'exprime la prière commune de toute l'Église.

 

2. Miséricorde de Dieu dans le sacrement de la Pénitence


La mémoire de l'amour de Dieu, qui se fait présent de façon éminente dans le sanctuaire, amène à la demande de pardon pour ses péchés et au désir d'implorer le don de la fidélité au dépôt de la foi. Le Sanctuaire est aussi le lieu de l’actualisation permanente de la miséricorde de Dieu. C’est le lieu accueillant où l'homme peut avoir une réelle rencontre avec le Christ, en faisant l’expérience de la Vérité de Son enseignement et de Son pardon, pour s'approcher dignement, et donc fructueusement, de l'Eucharistie.

Dans ce but il faut favoriser, et là où c’est possible intensifier, la présence constante de prêtres qui, avec un esprit humble et accueillant, se consacrent généreusement à l'écoute des confessions sacramentelles. Dans l'administration du sacrement du Pardon et de la Réconciliation, les confesseurs, qui agissent comme « le signe et l'instrument de l'amour miséricordieux de Dieu envers le pécheur » (CEC, n. 1465), aident les pénitents à expérimenter la tendresse de Dieu, à percevoir la beauté et la grandeur de sa bonté, et à redécouvrir en leurs coeurs le désir intime de la sainteté, vocation universelle et fin ultime de chaque croyant (cfr. Congrégation pour le Clergé, le Prêtre ministre de la miséricorde divine, 9.03.2011, n. 22).

Les confesseurs, en éclairant la conscience des pénitents, mettent aussi en évidence le lien étroit qui relie la Confession sacramentelle à une existence nouvelle, orientée vers une conversion décidée. Qu'ils exhortent donc les fidèles à s'approcher avec régularité et avec une dévotion fervente de ce sacrement, pour que, soutenus par la grâce qui y est offerte, ils puissent alimenter constamment leur fidèle engagement d'adhésion au Christ, en progressant dans la perfection évangélique.

Que les ministres de la Pénitence soient disponibles et accessibles, en cultivant une attitude compréhensive, accueillante et encourageante (cfr. Le Prêtre ministre de la miséricorde divine, nn. 51-57). Pour respecter la liberté de chaque fidèle et aussi pour favoriser une pleine sincérité au for sacramentel, il est opportun que soient disponibles en des endroits indiqués (par exemple, si possible, une chapelle de la Réconciliation), des confessionnaux pourvus d'une grille fixe. Comme l’enseigne le Bienheureux Pape Jean-Paul II dans la Lettre Apostolique Misericordia Dei (7.04.2002) : « La question du siège pour les confessions est disciplinée par les normes promulguées par chaque conférence d’évêques, qui garantiront qu'il soit placé en un lieu visible et soit aussi pourvu d’une grille fixe, pour permettre aux fidèles et aux confesseurs mêmes qui le désirent de s’en servir librement » (n. 9, b - cfr. Can. 964, § 2 ; Conseil Pontifical pour l'Interprétation des textes Législatifs, Responsa ad propositum dubium : de loco excipiendi sacramentales confessiones [7 Juillet 1998] : AAS 90 [1998] 711 ; cfr. Le Prêtre ministre de la miséricorde divine, n. 41). Les ministres, en outre, auront soin de faire comprendre les fruits spirituels dérivants de la rémission des péchés. Le sacrement de la Pénitence, en effet, « apporte une véritable « résurrection spirituelle », une restitution de la dignité et des biens de la vie des enfants de Dieu dont le plus précieux est l'amitié de Dieu » (CEC, n. 1468).

En considération du fait que les Sanctuaires sont des lieux de vraie conversion, il peut être opportun de renforcer la formation des confesseurs pour le soin pastoral de ceux qui n’ont pas respecté la vie humaine, de la conception jusqu'à son terme naturel. Les prêtres, ensuite, en dispensant la miséricorde divine, doivent remplir ce ministère particulier comme il se doit, en adhérant avec fidélité à l'enseignement authentique de l'Église. Qu’ils soient bien formés dans la doctrine, et qu’ils ne négligent pas de se mettre à jour périodiquement surtout dans les questions touchant à la morale et à la bioéthique (cfr. CEC, n. 1466). Dans le domaine matrimonial également, qu’ils respectent ce qu’enseigne avec autorité le Magistère ecclésial. Qu'ils évitent donc de manifester en siège sacramentel des doctrines privées, des opinions personnelles ou des évaluations arbitraires non conformes à ce que l’Eglise croie et enseigne. Pour leur formation permanente il sera utile de les encourager à participer à des cours spécialisés, comme par exemple, ceux qu’organise la Pénitencerie Apostolique et quelques Universités Pontificales (cfr. Le Prêtre ministre de la miséricorde divine, n. 63).

 

3. L'Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne


La Parole de Dieu et la célébration de la Pénitence sont intimement unis à la Sainte Eucharistie, mystère central en lequel « est renfermé tout le bien spirituel de l'Église, c'est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâques » (Concile OEcuménique Vatican II, Décret Presbyterorum ordinis, 7.12.1965, n. 5). La célébration Eucharistique constitue le coeur de la vie sacramentelle du Sanctuaire. Le Seigneur s’y donne à nous. Il faut dès lors que les pèlerins qui visitent les sanctuaires soient rendus conscients que, s'ils accueillent avec confiance le Christ eucharistique en leur intimité, Il leur offre la possibilité d'une réelle transformation de l'existence.

Que la dignité de la célébration Eucharistique soit aussi opportunément mise en valeur grâce au chant grégorien, polyphonique ou populaire (cfr. Sacrosanctum Concilium, nn. 116 et 118) ; mais également en sélectionnant adéquatement tant les instruments de musique les plus nobles (orgues à tuyaux et similaires - cfr. ibidem, n. 120), que les vêtements revêtus par les ministres ainsi que les objets utilisés dans la Liturgie. Ceux-ci doivent répondre à des critères de noblesse et de caractère sacré. Dans le cas des concélébrations, que l’on veille à avoir un Maître des cérémonies qui ne concélèbre pas, et que l’on fasse ce qui est possible pour que chaque concélébrant revête la chasuble, en tant qu’ornement propre du prêtre qui célèbre les divins mystères.

Le Saint Père Benoît XVI écrivait, dans l'Exhortation Apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis (22.02.2007), que « la meilleure catéchèse sur l'Eucharistie est l’Eucharistie elle-même bien célébrée » (n. 64). Dès lors, que dans la Sainte Messe les ministres respectent fidèlement ce qu’établissent les normes des Livres liturgiques. Les rubriques, en effet, ne sont pas des indications facultatives pour le célébrant mais plutôt des prescriptions obligatoires qu'il doit observer soigneusement avec fidélité à chaque geste ou signe. Chaque norme, en effet, est sous-tendue par un sens théologique profond, qui ne peut être ni diminué ni simplement ignoré. Un style de célébration qui introduirait des innovations liturgiques arbitraires, en plus d'engendrer la confusion et la division parmi les fidèles, lèserait la vénérable Tradition et l'autorité même de l'Église, ainsi que l'unité ecclésiale.

Le prêtre qui préside l'Eucharistie n'est cependant pas non plus un simple exécutant de rubriques rituelles. Plutôt, la participation intérieure intense et dévote avec laquelle il célébrera les divins mystères, accompagnée d’une valorisation opportune des signes et des gestes liturgiques prévus, non seulement façonnera son esprit de prière, mais se révélera aussi féconde pour la foi eucharistique des croyants qui participent à la célébration avec leur actuosa partecipatio (cfr. Sacrosanctum Concilium, n.14).

Comme fruit de Son don dans l'Eucharistie, Jésus-Christ demeure sous les espèces du pain. Les célébrations comme l'Adoration eucharistique en-dehors de la sainte Messe, avec l'exposition et la bénédiction du Très saint Sacrement, manifestent ce qui est au coeur de la célébration : l'Adoration, c'est-à-dire l'union avec Jésus Hostie.

À cet égard, le Pape Benoît XVI enseigne que « dans l'Eucharistie, en effet, le Fils de Dieu vient à notre rencontre et désire s'unir à nous ; l'adoration eucharistique n'est rien d’autre que le développement explicite de la Célébration eucharistique, qui est en elle-même le plus grand acte d'adoration de l'Église » (Sacramentum Caritatis, n. 66), et il ajoute aussi : « L'acte d'adoration en-dehors de la Messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la Célébration liturgique elle-même » (là). De la sorte, que l’on attribue une importance très considérable à l’emplacement du tabernacle dans le Sanctuaire (ou aussi à celui d'une chapelle destinée exclusivement à l'adoration du Saint-Sacrement) puisqu'il est en lui-même un « aimant », une invitation et un stimulant pour la prière, l'adoration, la méditation, l'intimité avec le Seigneur. Le Souverain Pontife, dans l’Exhortation susmentionnée, souligne que « la localisation correcte [du tabernacle], aide en effet à reconnaître la présence réelle du Christ dans le Saint-Sacrement. Il est donc nécessaire que le lieu où sont conservées les espèces eucharistiques soit facilement identifiable par quiconque entre dans une église, grâce aussi à la traditionnelle veilleuse » (ibidem, n. 69).

Que le tabernacle, réserve eucharistique, occupe donc une place prééminente dans les Sanctuaires, et aussi, en se souvenant de la relation entre art, foi et célébration, que l’on fasse attention « à l'unité entre les éléments constitutifs du presbyterium : autel, crucifix, tabernacle, ambon, siège » (ibidem, n. 41). L’emplacement correct des signes éloquents de notre foi, dans l'architecture des lieux de culte, favorise indubitablement, en particulier dans les sanctuaires, la juste priorité du Christ, pierre vivante, avant même de saluer la Vierge ou les Saints justement vénérés en ce lieu, en donnant ainsi l’occasion à la piété populaire de manifester ses racines vraiment eucharistiques et chrétiennes.

 

4. Un nouveau dynamisme pour l'évangélisation


Enfin, j’aime remarquer qu'encore aujourd'hui les Sanctuaires conservent une fascination extraordinaire, comme en témoigne le nombre croissant de pèlerins qui s’y rendent. Il n’est pas rare qu’il s’agisse d'hommes et de femmes de tout âge et condition, porteurs de situations humaines et spirituelles complexes, assez éloignés d'une vie de foi solide, ou avec un sens d'appartenance ecclésiale fragile. Rendre visite à un Sanctuaire peut se révéler pour eux une précieuse occasion de rencontrer le Chris, et de redécouvrir le sens profond de leur vocation baptismale, ou d’en percevoir l’appel salutaire.

J'exhorte donc chacun de vous à porter sur ces personnes un regard particulièrement accueillant et attentionné. Dans ce domaine également, que rien ne soit laissé à l'improvisation. Avec sagesse évangélique et une sensibilité élargie, il serait hautement éducatif de devenir compagnon de voyage des pèlerins et visiteurs, en déterminant les raisons du coeur et les attentes de l'esprit. Dans un tel service la collaboration à des tâches
particulières de la part de personnes douées d'une humanité accueillante, de perspicacité spirituelle, d'intelligence théologale, servira à introduire les pèlerins au Sanctuaire comme à un événement de grâce, un lieu d'expérience religieuse, de joie retrouvée. À cet égard il sera avantageux de considérer la possibilité de créer des rendez-vous spirituels même en soirée ou de nuit (des adorations nocturnes ou des veillées de prière), là où l'afflux de pèlerins reprend de façon notable avec un flux permanent.

Votre charité pastorale pourra constituer une bonne occasion et un fort stimulant pour que jaillisse dans leur coeur le désir d'entreprendre un chemin de foi sérieux et intense. Avec diverses formes de catéchèse, vous pourrez faire comprendre que la foi, loin d'être un sentiment religieux vague et abstrait, est concrètement tangible et qu’elle s'exprime toujours dans l'amour et la justice des uns envers les autres.

Ainsi, auprès des Sanctuaires, l'enseignement de la Parole de Dieu et de la doctrine de l'Église, au moyen des prédications, des catéchèses, de la direction spirituelle et des retraites, constitue une excellente préparation pour accueillir le pardon de Dieu dans le sacrement de la Pénitence, et la participation active et fructueuse à la célébration du Sacrifice de l'autel. L'Adoration eucharistique, la pieuse pratique du Chemin de Croix et la prière christologique et mariale du Saint Rosaire seront, avec les sacramentaux et les bénédictions votives, des témoignages de la piété humaine et un chemin avec Jésus vers l'amour miséricordieux du Père dans l'Esprit. Ainsi la pastorale de la famille sera renforcée, et la prière de l'Église au « Maître de la moisson parce qu'il envoie des ouvriers à sa moisson » (Mt 9, 38) sera heureusement féconde : de saintes et nombreuses vocations sacerdotales et
consécration particulière !Que les Sanctuaires en outre, dans la fidélité à leur tradition glorieuse, n'oublient pas de s’engager dans les oeuvres caritatives et dans le service de l'assistance, dans la promotion humaine, dans la sauvegarde des droits de la personne, dans l'engagement pour la justice, selon la doctrine sociale de l'Église. Autour d’eux il est bien que fleurissent aussi des initiatives culturelles, comme des congrès, des séminaires, des expositions, des revues, des concours et autres manifestations artistiques sur des thèmes religieux. De la sorte les Sanctuaires deviendront aussi des promoteurs de culture, tant savante que populaire, en contribuant pour leur part au projet culturel de l'Église, orienté en sens chrétien.

Ainsi sous la conduite de la Vierge Marie, Étoile de la nouvelle évangélisation à travers qui la grâce elle-même se communique à l'humanité qui a besoin de rédemption, l’Eglise se prépare partout dans le monde à la venue du Sauveur. Les Sanctuaires, lieux dans lesquels on se rend pour chercher, pour écouter, pour prier, deviendront mystérieusement les lieux dans lesquels on sera vraiment touché par Dieu à travers sa Parole, le sacrement de la Réconciliation et de l'Eucharistie, l'intercession de la Mère de Dieu et des Saints. Ce n’est que de cette façon, entre les vagues et les tempêtes de l'histoire, en défiant le sens opiniâtre de relativisme qui règne actuellement, que les sanctuaires seront les promoteurs d’un dynamisme renouvelé en vue de la nouvelle évangélisation tellement attendue.

En remerciant encore chaque Recteur pour le dévouement et la charité pastorale qu’il déploie pour que le Sanctuaire soit toujours davantage un signe de la présence aimante du Verbe Incarné, nous vous assurons de notre plus cordiale proximité dans le seigneur, sous le regard de la Bienheureuse Vierge Marie.

Du Vatican, le 15 août 2011
En l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Mauro Card. Piacenza
Préfet
X Celso Morga Iruzubieta
Arch. tit. de Alba Maritima
Secrétaire

Journal du Vatican / Les Focolari battent Communion et Libération

dominicanus #Il est vivant !

Nouvelles nominations au Vatican dans la diplomatie et à la curie. Davantage de disciples de don Giussani à la secrétairerie d'état: ils y en a maintenant trois. Mais les fils spirituels de Chiara Lubich se voient confier les postes les plus importants

 

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CITÉ DU VATICAN, le 11 août 2011 – Chaque année, les changements de poste du personnel subalterne sont officialisés dans les représentations pontificales du monde entier en juillet. 

Parmi les nouvelles de cet été, on apprend que Mgr Luis Miguel Munoz Cardaba, un Espagnol, quitte la nonciature en Italie et qu’il est nommé en Australie. Son successeur, Luca Lorusso, un Italien originaire des Pouilles, vient de la nonciature au Canada. 

Cela signifie que la représentation du Saint-Siège en Italie est à nouveau la seule où travaillent uniquement des ecclésiastiques "autochtones". Mgr Cardaba a été le premier non-italien – et jusqu’à présent le seul – à exercer des responsabilités à cette nonciature. 

Autre nouveauté : l’arrivée à la deuxième section de la secrétairerie d’état, celle qui s’occupe des relations avec les états, de Mgr Andrea Ferrante. Avant d’entrer dans la diplomatie vaticane, où il a été nommé en dernier lieu en Ouganda, il a été, à la curie, le secrétaire particulier de Crescenzio Sepe – qui était alors archevêque titulaire, est devenu ensuite cardinal préfet de la congrégation "Propaganda fide" et est actuellement archevêque de Naples – qui avait à ce moment-là la responsabilité de l’organisation du Grand Jubilé de l’an 2000. 

À la secrétairerie d’état, Mgr Ferrante remplace Mgr Luigi Accattino (lui-même envoyé à Washington) qui était chargé de certains pays latino-américains, dont Cuba (à ce titre il a été cité dans des dépêches diffusées par Wikileaks) et l’Équateur (où il s’est notamment occupé du conflit virulent entre les Hérauts de l’Évangile et les carmes dans le vicariat apostolique de Sucumbios). 

L’arrivée de Ferrante à la "Troisième Loge" accroît le nombre d’ecclésiastiques appartenant à Communion et Libération qui travaillent au ministère des Affaires étrangères du Vatican : ils sont désormais trois. Les deux autres sont le prélat espagnol Alberto Ortega Martin (chargé du délicat échiquier qu’est le Moyen-Orient) et le père Massimiliano Boiardi, de la Fraternité sacerdotale des Missionnaires de saint Charles Borromée, étroitement liée au mouvement fondé par don Luigi Giussani. 

Toutefois la présence accrue de Communion et Libération à la curie romaine (à quoi il faut ajouter les quatre laïques consacrées de Memores Domini qui s’occupent de l’appartement pontifical) reste peu de choses par rapport aux postes occupés par des membres du mouvement des Focolari. 

En effet, en quelques mois, le cardinal Ennio Antonelli, président du conseil pontifical pour la famille, a été rejoint à la curie par deux autres ecclésiastiques également fils spirituels de Chiara Lubich : l’archevêque et futur cardinal brésilien Joao Braz de Aviz, nommé en janvier préfet de la congrégation pour les religieux (il a fait évoluer ce dicastère par rapport à la direction très conservatrice de son prédécesseur, le cardinal slovène Franc Rodé) et l’archevêque Giovanni Angelo Becciu (photo), à qui a été confié en mai le poste délicat de substitut à la secrétairerie d’état, qui joue un rôle clé dans le gouvernement de la curie romaine.

Sandro Magister
www.chiesa

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

"Non prævalebunt". Comment et pourquoi Benoît XVI résiste aux attaques

dominicanus #Il est vivant !

La crise de l'Église ne peut pas être résolue par les changements pratiques que demandent ceux qui la critiquent, mais par une foi plus vive et plus authentique. Joseph Ratzinger en était déjà tout à fait convaincu lorsqu'il était cardinal. Un débat mémorable qui avait alors eu lieu entre lui et un archevêque français aide à comprendre sa conduite actuelle en tant que pape.

 

popemobile.jpg

 

ROME, le 1er août 2011 – Au cœur de l’été, les attaques contre Benoît XVI, en provenance de l’extérieur et de l’intérieur de l’Église, ont brusquement repris de la vigueur.

Venant de l’extérieur il y a eu l’attaque frontale – d’une violence sans précédent – du premier ministre irlandais Enda Kenny, qui a accusé la hiérarchie catholique, jusqu’à ses plus hauts niveaux, de protéger les prêtres pédophiles des foudres de la justice terrestre. Kenny a mis au banc des accusés Joseph Ratzinger lui-même pour cette phrase remontant à l’époque où il était encore cardinal : "Des normes de conduite qui sont appropriées à la société civile ou au fonctionnement d’une démocratie ne peuvent pas être appliquées purement et simplement à l’Église".

Même le "Financial Times" s’est rangé, dans un éditorial, aux côtés du premier ministre irlandais contre l’Église catholique. Et en Irlande une loi qui est à l’étude obligerait les prêtres à transmettre aux organismes d’état compétents les informations concernant des abus sexuels commis sur des mineurs dont ils auraient eu connaissance dans le cadre du sacrement de confession. 

Dans le même temps une nouvelle vague de revendications s’est manifestée au sein de l’Église. Elle émane de groupes de prêtres d’Autriche, des États-Unis, d’Australie puis, peu à peu, d’autres pays, qui demandent l'abolition du célibat pour le clergé, l’ordination sacerdotale pour les femmes, ou la communion pour les divorcés remariés.

Ce que toutes ces attaques ont en commun, c’est la pression qui est exercée sur l’Église pour qu’elle s’aligne sur les législations des démocraties modernes et qu’elle se mette en conformité avec les courants culturels dominants.

Lorsque l’on y regarde de plus près, la réforme de l’Église que réclament ces accusateurs est centrée non pas sur des changements de doctrine mais sur le changement de sa législation et de sa discipline. L’important, pour eux, ce n’est pas l'orthodoxie, mais l’orthopraxie : ce sont les règles pratiques de l’Église qui doivent changer et être adaptées à notre époque.

C’est bien de cela que Benoît XVI est accusé : d’insister sur la vérité de la doctrine et de refuser les innovations pratiques dont l’Église a besoin.


***



En réalité, le pontificat actuel est également caractérisé par une importante série de changements normatifs dans les domaines de la liturgie, des finances, du droit pénal, de l’œcuménisme, à tel point que, tout récemment, des chercheurs faisant autorité en matière de droit ecclésiastique ont consacré un colloque précisément à "Benoît XVI législateur canonique".

Les conclusions du colloque se trouvent dans cet article de www.chiesa :

> Six ans sur la chaire de Pierre. Une interprétation (1.7.2011)

Mais en quel sens Benoît XVI se voit-il lui-même comme un "législateur" ?

Pour répondre à cette question, il est utile de remonter à la période précédant son élection, à une conférence donnée par le cardinal Ratzinger à Paris, à la Sorbonne. Cette conférence avait été suivie d’un vif dialogue entre lui et celui qui était alors l’archevêque de Bordeaux, le cardinal Pierre Eyt, lui aussi membre de la congrégation pour la doctrine de la foi dont Ratzinger était alors le préfet.

Cette conférence, donnée le 27 novembre 1999, Ratzinger l’avait intitulée : "Vérité du Christianisme ?". Quand on la relit, on constate qu’elle est extraordinairement en harmonie avec le discours qu’il prononça à Ratisbonne, en tant que pape, le 12 septembre 2006.

Dans cette conférence de Paris, à l’approche de sa conclusion, Ratzinger avait déclaré :

"En jetant un coup d'œil en arrière, nous pouvons dire que la force qui transforma le christianisme en une religion mondiale, consista en sa synthèse entre raison, foi et vie ; c'est précisément cette synthèse qui est exprimée en abrégé dans le mot de 'religio vera'".

Et d’ajouter :

"Toutes les crises à l'intérieur du Christianisme que nous observons de nos jours ne reposent que tout à fait secondairement sur des problèmes institutionnels. Les problèmes d'institutions comme de personnes dans l'Église dérivent finalement de cette question et du poids énorme qu'elle possède".

C’est-à-dire, justement, de la "prétention à la vérité" qu’a le christianisme, à une époque où, pour beaucoup de gens, il n’y a plus de certitudes, mais seulement des opinions.


***


La réaction du cardinal Eyt à ces thèses parut quelques jours plus tard, le 9 décembre 1999, dans le quotidien catholique "La Croix".

Il objectait que les "problèmes institutionnels" qui existent dans l’Église ne sont pas du tout "secondaires" comme Ratzinger l’avait soutenu.

D’après Eyt, les évêques et cardinaux doivent chaque jour "décider et prendre position dans l’urgence". Ils ne peuvent pas tergiverser parce que quotidiennement "ils ont le dos au mur". Sous les provocations de la sensibilité actuelle "nous devons mettre un peu plus à l’épreuve certaines de nos conceptions et de nos pratiques".

De quelles pratiques s’agissait-il ? À titre d’exemple, le cardinal Eyt citait l'intervention du cardinal Carlo Maria Martini qui, au cours du synode de cette même année, avait indiqué comme nécessitant des changements les questions suivantes : "le rôle de la femme dans la société et dans l’Église, la participation des laïcs à certaines responsabilités de ministère, la sexualité, la discipline matrimoniale, les rapports avec les Églises sœurs du monde orthodoxe, le besoin de relancer l’espérance œcuménique, le rapport entre les démocraties et les valeurs, entre les lois civiles et la morale".


***



Ratzinger répondit à Eyt le 30 décembre, dans "La Croix". Et voici les deux premiers points de sa réponse :

"1. Le cardinal [Eyt] dit que, dans mon analyse des décisions de l’Église ancienne, j’aurais dû non seulement prendre en considération le rapport entre la foi et la rationalité, mais également mettre en évidence la relation entre la foi et le droit romain.

"Je ne peux pas être d’accord avec lui sur ce point. En effet la relation entre la foi et la raison est un choix originel de la foi chrétienne qui était déjà clairement formulé dans les textes prophétiques et sapientiaux de l'Ancien Testament et qui a ensuite été repris résolument par le Nouveau Testament. La prétention, face à la religion mythique et politique, d’être une foi en rapport avec la vérité et donc responsable vis-à-vis de la raison, appartient à l'autodéfinition essentielle de l’héritage biblique, héritage qui a précédé la mission et la théologie chrétienne et qui, plus encore, les a rendues possibles.

"La relation avec le droit humain, au contraire, n’a été développée que progressivement à partir du IVe siècle et, face à la décadence des structures de l'empire, elle n’a jamais pu acquérir en Occident la même signification que dans l’Église de l’empire byzantin. Il s’agit d’un choix secondaire, intervenu à une époque déterminée et qui pourrait aussi disparaître à nouveau. Il est certainement vrai qu’il existe entre le droit et l’Église une relation réciproque de fond, mais il s’agit d’une question indépendante de l’autre.

"2. Mon confrère du collège cardinalice considère que je sous-évalue le sens des institutions. On ne peut contester le fait que la foi chrétienne, depuis les origines, n’a pas voulu être seulement une idée, qu’elle est entrée dans le monde dotée d’éléments institutionnels (fonction apostolique, succession apostolique) et que, par conséquent, la forme institutionnelle de l’Église appartient par essence à la foi. Mais les institutions ne peuvent pas vivre si elles ne sont pas soutenues par des convictions fondamentales communes et s’il n’existe pas une évidence de valeurs qui en fonde l'identité.

"La fragilité de cette évidence est – je le répète – la raison spécifique de la crise actuelle de l’Église. Le cardinal Eyt me rappelle à juste titre les décisions institutionnelles que je dois prendre quotidiennement. Mais c’est justement là que la connexion devient évidente pour moi. Lorsque les décisions du magistère à propos de valeurs déterminantes pour l'identité de l'institution ecclésiale ne peuvent plus compter sur une conviction commune, elles sont nécessairement perçues comme répressives et elles restent, en fin de compte, inefficaces.

"Ceux qui défendent la doctrine trinitaire, la christologie, la structure sacramentelle de l’Église, le fait qu’elle ait son origine dans le Christ, la fonction de Pierre ou l'enseignement moral fondamental de l’Église, etc., et qui doivent en combattre la négation dans la mesure où celle-ci est incompatible avec l'institution ecclésiale, frappent dans le vide si l'opinion se répand que tout cela [cet ensemble de vérités] est sans importance. Dans ces conditions une institution devient une carcasse vide et elle tombe en ruines, même si extérieurement elle reste puissante ou si elle donne l’impression d’avoir des bases solides.

"C’est pour cette raison que les décisions institutionnelles du magistère ne peuvent devenir fécondes qu’à condition d’être liées à une lutte sérieuse et convaincue pour une nouvelle évidence des choix fondamentaux de la foi".


***



Pour en revenir à l’actualité, lorsque l’on voit Ratzinger à l’œuvre en tant que "pape législateur", on peut avoir l’impression qu’il a changé d’idée et que les institutions, la législation et les normes canoniques ne sont plus pour lui quelque chose de "secondaire".

Mais ce n’est pas vrai. À chaque fois que Benoît XVI légifère – par exemple lorsqu’il libéralise la messe selon l’ancien rite romain ou lorsqu’il renforce les mesures contre les "delicta graviora" – il fait tout ce qu’il peut pour mettre en évidence à la fois la base de vérité des décisions qu’il a prises et leur spécificité par rapport aux lois de la cité terrestre.

Lorsque cette "évidence des choix fondamentaux de la foi" fait défaut, il se garde bien de céder aux "provocations de la sensibilité d’aujourd’hui".

Pour lui l'orthopraxie ne peut pas être séparée de l'orthodoxie, de même que la "caritas" n’est telle qu’"in veritate".

Le paragraphe final de sa conférence de 1999 à la Sorbonne disait précisément ceci :

"La tentative pour redonner, en cette crise de l'humanité, un sens compréhensif à la notion de Christianisme comme 'religio vera', doit pour ainsi dire miser pareillement sur l'orthopraxie et sur l'orthodoxie. Son contenu devra consister, au plus profond, aujourd'hui – à vrai dire comme autrefois – en ce que l'amour et la raison coïncident en tant que piliers fondamentaux proprement dits du réel : la raison véritable est l'amour et l'amour est la raison véritable. Dans leur unité, ils sont le fondement véritable et le but de tout le réel".



Je dois l’idée de cette analyse au professeur Carlo Fantappiè, professeur de droit canonique à l'université d’Urbino et auteur d’importantes études sur l’Église et la modernité juridique. Je l’en remercie très vivement.
(s.m.)

Sandro Magister

www.chiesa


Le texte original, en français, de la conférence donnée par Joseph Ratzinger à Paris, à la Sorbonne, le 27 novembre 1999 :

> Vérité du Christianisme?

Le texte intégral de l'attaque contre la hiérarchie catholique prononcée le 20 juillet 2011, au parlement, par le premier ministre irlandais, Enda Kenny :

> Commission of Investigation Report in the Catholic Diocese of Cloyne : Motion

La phrase citée par Kenny pour mettre le pape actuel au banc des accusés est tirée du paragraphe 39 de l'instruction "Donum veritatis" de 1990 relative à la vocation ecclésiale du théologien, signée par celui qui était alors le cardinal Ratzinger, en tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi :

> Donum veritatis

Comme on peut le constater en lisant l'intégralité du paragraphe 39 de cette instruction, la phrase n'a rien à voir avec la pédophilie, mais elle concerne le fondement des vérités de foi, qui ne peuvent pas être déterminées par un vote "démocratique" :

"39. Tirant son origine de l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint, l'Église est un mystère de communion organisée, selon la volonté de son Fondateur, autour d'une hiérarchie établie pour le service de l'Evangile et du Peuple de Dieu qui en vit. À l'image des membres de la première communauté, tous les baptisés, avec les charismes qui leur sont propres, doivent tendre d'un cœur sincère vers l'unité harmonieuse de doctrine, de vie et de culte (cf. Ac 2, 42). C'est là une règle qui découle de l'être même de l'Église. C'est pourquoi on ne saurait appliquer à celle-ci purement et simplement des critères de conduite qui ont leur raison d'être dans la société civile ou dans les règles de fonctionnement d'une démocratie. Encore moins peut-on, dans les rapports à l'intérieur de l'Église, s'inspirer de la mentalité du monde ambiant (cf. Rm 12, 2). Demander à l'opinion majoritaire ce qu'il convient de penser et de faire, recourir contre le Magistère à des pressions exercées par l'opinion publique, se prévaloir d'un 'consensus' des théologiens, prétendre que le théologien est le porte-parole prophétique d'une 'base' ou communauté autonome qui serait ainsi l'unique source de la vérité, tout cela dénote une grave perte du sens de la vérité et du sens de l'Église".


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Chine. Le Concile avait vu loin en ce qui concerne les pouvoirs des évêques

dominicanus #Il est vivant !

Il avait décidé que, s'ils n'obtenaient pas l'accord du pape, ils ne pouvaient pas gouverner les diocèses. À l'époque, le jeune Ratzinger était opposé à cette décision, mais il changea rapidement d'avis. C'est grâce à cette règle qu'aujourd’hui, en tant que pape, il désarme les évêques illégitimes. Et qu'il endigue le schisme ...

 

chine.pr

 

ROME, le 22 juillet 2011 – "Évêques ou mandarins ? Le dilemme de l'Église chinoise". C’est le titre d’un article publié, il y quarante jours, par www.chiesa.

Depuis ce moment-là, il y a en Chine au moins deux "mandarins" supplémentaires,. Et il va y en avoir encore d’autres.

Ce terme de "mandarins" désigne les évêques qui, au lieu d’être unis au successeur de Pierre, sont nommés et agissent en tant que fonctionnaires de l'empire. Ils sont ordonnés parce que les autorités chinoises l’ont voulu, sans que le pape ait donné son accord.

Depuis 2006 on n’avait pas enregistré d’ordinations épiscopales illicites en Chine et tous les nouveaux évêques y étaient consacrés avec la double approbation, celle des autorités chinoises et celle du Saint-Siège.

Ce n’est pas tout. Petit à petit, même les évêques qui, au cours de la période précédente, avaient été consacrés sans l’accord du pape faisaient acte d’obéissance et obtenaient l'approbation de Rome.

À l’été 2010, la réunification des deux branches de l’Église chinoise – l’Église reconnue par l’État et l’Église clandestine – semblait sur le point de se réaliser. Les évêques qui restaient séparés de Rome se comptaient sur les doigts d’une seule main.

Mais brusquement, à l’automne 2010, le ton s’est durci. Les dirigeants chinois ont redonné de la vigueur aux deux institutions à travers lesquelles ils tiennent l’Église en laisse : l'Association patriotique et le Conseil des évêques chinois. Ils ont placé à la tête de ces deux institutions des évêques qui leur sont soumis, dont certains sont officiellement en communion avec Rome. Et grâce à eux ils ont recommencé à introniser de nouveaux évêques qui n’ont pas obtenu l’accord du pape.

Les nouvelles ordinations illicites ont eu lieu la première le 20 novembre 2010 à Chengde, la deuxième le 29 juin 2011 à Leshan et la troisième le 14 juillet dernier à Shantou.

D’autres vont suivre. Les porte-parole du régime disent qu’une quarantaine de diocèses attend de nouveaux évêques choisis par les autorités et que peu importe si le pape ne donne pas son accord.

Ce ne sont pas seulement les nouveaux ordonnés qui se rendent coupables de ces actes de rupture grave avec l’Église de Rome mais aussi les évêques qui les consacrent.

Le code de droit canonique, au canon 1382, punit de tels actes de l’excommunication "latæ sententiæ", celle qui s’applique automatiquement au moment même où l'acte illicite est commis.

C’est ce que les autorités vaticanes ont réaffirmé dans deux communiqués qui ont été publiés à la suite des deux dernières ordinations.

Toutefois les autorités vaticanes, avec prudence, n’ont mentionné que les nouveaux ordonnés comme étant certainement frappés d’excommunication. En ce qui concerne les évêques consécrateurs, elles se réservent de vérifier si ceux-ci ont agi librement ou sous la contrainte.

Mais pour ces derniers aussi, en attendant que cette question soit résolue, les sanctions sont sévères.

Dans un blog rédigé en chinois et en anglais qu’elle a créé dans ce but le 12 juillet, l'agence de presse en ligne "Fides" de la congrégation vaticane pour l'évangélisation des peuples – congrégation dont dépendent les diocèses de Chine – a rappelé que les évêques excommuniés ne peuvent ni célébrer la messe, ni administrer ou recevoir les sacrements, ni gouverner leurs diocèses respectifs. Même dans le cas où ils se repentiraient et où l’excommunication serait levée, ils ne pourraient pas exercer leur ministère épiscopal avant que Rome ne les ait autorisés à le faire.

En ce qui concerne les évêques consécrateurs, tant qu’ils n’auront pas démontré qu’ils ont agi sous la contrainte, ils se trouveront de toute façon en situation de "responsabilité présumée". Par conséquent eux non plus ne pourront pas exercer leur ministère épiscopal ; les prêtres et les fidèles devront éviter de recevoir les sacrements qu’ils administreront.

Aujourd’hui, si l’on ajoute aux évêques qui sont certainement excommuniés ceux qui sont "présumés responsables" et ceux qui n’ont pas été reconnus par le pape, il y a désormais une vingtaine d’évêques chinois qui se trouvent en état de schisme vis-à-vis de Rome.

Le sacrement qui a ordonné évêques ces "mandarins" est valide. De même les messes qui sont célébrées par eux sont sacramentellement valides. Ce qu’il leur manque, c’est la communion hiérarchique avec le siège de Pierre. Et c’est cela qui les prive d’autorité sur leurs diocèses respectifs, sur le clergé et les fidèles.

Ils sont évêques, oui, mais ils sont dépourvus de ce pouvoir de gouverner qui ne peut être donné que par le pape. Les déclarations et instructions que le Saint-Siège a publiées à la suite des dernières ordinations épiscopales illicites en Chine insistent sur ce point.

C’est d’ailleurs un point sur lequel une très vive opposition d’opinions s’était manifestée au cours du concile Vatican II.

Il y avait en effet des gens qui soutenaient la thèse selon laquelle l'ordination sacramentelle suffit à conférer au nouvel évêque la plénitude de ses pouvoirs, y compris celui de gouverner, sans qu’il y ait besoin d’un accord supplémentaire du pape : c’est précisément la thèse qui plaît tellement aux autorités chinoises d’aujourd’hui.

Un jeune théologien prit une part active à ce débat conciliaire. Il s’appelait Joseph Ratzinger.

De quel côté de la barricade se trouvait-il ?



*



Pour répondre à cette question il faut revenir à la mi-novembre 1964, à ce que l’on a appelé la "semaine noire" du concile Vatican II.

Cette semaine commença de manière inattendue, le lundi 16 novembre, par la lecture que fit dans la basilique Saint-Pierre le secrétaire général du concile, l'archevêque Pericle Felici, d’une "Nota explicativa praevia" voulue par l’"autorité supérieure", c’est-à-dire par le pape Paul VI.

Selon la volonté du pape, la note devait être reçue comme l’"explication et interprétation" du chapitre 3 de la constitution sur l’Église "Lumen gentium", consacré au rôle des évêques, qui était mis au vote ces jours-là.

Dans son point 2, la note affirmait que l’on devient évêque en vertu de la consécration épiscopale. Mais que, pour qu’un évêque puisse exercer le "pouvoir" qui lui a été conféré avec les ordres sacrés, il faut l’intervention de la "juridica determinatio" venant de l’autorité suprême de l’Église.

La note souleva les protestations des progressistes. Le théologien qui l’avait rédigée, le Belge Gérard Philips, regrettait lui-même, encore deux ans après, son excès de "légalisme", qui finissait par "étouffer et éteindre la communion de la charité".

Parmi les experts conciliaires, l’un de ceux qui critiquèrent le plus vivement la note fut le jeune Ratzinger, qui était le théologien de confiance du cardinal allemand Josef Frings.

Le chanoine belge Leo Declerck a reconstitué - dans un essai qui sera publié prochainement par la Libreria Editrice Vaticana et qui a été présenté ces jours-ci en avant-première dans le numéro 61 du bulletin d’information de l'Institut Paul VI - le point de vue de Ratzinger dans cette affaire, en s’appuyant sur les journaux intimes d’autres acteurs du concile. 

Pour barrer la route à la note et à son interprétation des pouvoirs des évêques, Ratzinger rencontra le professeur Giuseppe Alberigo, émissaire du père Giuseppe Dossetti qui était le chef de file des progressistes. Ils rédigèrent ensemble l’ébauche d’un discours dans lequel le cardinal Frings rabaisserait la note au rang de simple texte de commission et demanderait qu’elle soit soumise à une discussion en assemblée. Simultanément, des groupes d’évêques, dont une centaine d’Africains, signeraient des pétitions destinées au pape. L'objectif était le rejet de la totalité du chapitre 3 de "Lumen gentium".

Mais les choses ne se passèrent pas ainsi. Le chapitre 3 fut approuvé à une large majorité et la note fut intégrée aux documents conciliaires en tant que complément de "Lumen gentium".

Ratzinger reconnut par la suite que la note avait eu le mérite de vaincre le "maximalisme" des progressistes et de rassurer la minorité conciliaire traditionaliste, en obtenant que "Lumen gentium" soit approuvé à la quasi unanimité.

Mais il tint à faire remarquer que la note ne portait ni la signature du pape ni celle des pères conciliaires, mais seulement celle de Mgr Felici.

Et il écrivit, alors que le concile venait de s’achever, que la note laissait en tout cas "un goût amer", d’une part à cause de la manière dont elle avait été imposée, d’autre part en raison de son contenu qui était l’expression "d’une pensée juridico-systématique ayant comme référence la configuration juridique actuelle de l’Église", par opposition à "une approche historique partant de toute l'ampleur de la révélation chrétienne".

Aujourd’hui, plusieurs décennies plus tard, Joseph Ratzinger, devenu pape, porte un regard beaucoup plus critique sur la conviction que "l’Église ne doit pas être une Église du droit, mais une Église de l’amour", libre des liens juridiques.

Il a critiqué cette opinion à plusieurs reprises. Et, en prenant une série importante de mesures à caractère normatif, il a montré qu’il considérait comme essentiel le rôle du droit canonique dans le gouvernement de l’Église.

Si aujourd’hui Benoît XVI ne reconnaît pas d’autorité aux évêques chinois ordonnés sans son accord et si, grâce notamment à cette règle, il "confirme la foi" des catholiques de Chine, il le doit précisément à cette "Nota explicativa praevia" qui lui avait paru si indigeste au moment de sa promulgation.

Sandro Magister

www.chiesa



L’essai de Leo Declerck, présenté en avant-première dans le numéro 61 du bulletin d’information de l'Institut Paul VI, a pour titre : "Les réactions de quelques 'periti' du Concile Vatican II à la 'Nota explicativa praevia' (G. Philips, J, Ratzinger. H. de Lubac, H. Schauf)".

Il paraîtra prochainement dans le livre d’E. Ehret, "Papstlicher Primat und Episkopat", en cours d’impression à la Libreria Editrice Vaticana.


La "Nota explicativa praevia" concernant les pouvoirs des évêques se trouve à la suite du texte de la constitution dogmatique relative à l’Église promulguée par le concile Vatican II :

> Lumen gentium

À propos de Benoît XVI en tant que "législateur canonique" :

> Six ans sur la chaire de Pierre. Une interprétation


La déclaration du conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs, publiée dans "L'Osservatore Romano" du 11 juin 2011, à propos des effets canoniques des ordinations épiscopales illicites :

> Ordinazioni illecite in Cina. La Santa Sede spiega cosa fare con i vescovi scomunicati


La déclaration du Saint-Siège en date du 4 juillet 2011, en anglais, en chinois et en italien, à propos de l'ordination illicite de l’évêque de Leshan :
    
> "Riguardo all'ordinazione episcopale..."


Le blog en chinois et en anglais créé le 12 juillet 2011 par l’agence de presse en ligne "Fides" de la congrégation pour l'évangélisation des peuples, comportant douze questions et réponses concernant la marche à suivre face à des ordinations épiscopales illicites :

> Being Catholic in China

La déclaration du Saint-Siège en date du 16 juillet 2011, en anglais, en chinois et en italien, relative à l'ordination illicite de l’évêque de Shantou :
    
> "Riguardo all'ordinazione episcopale..."


À propos de la résistance que les évêques, les prêtres et les catholiques chinois en communion avec Rome opposent aux ordinations épiscopales illicites voulues par le régime :

> Chiesa cinese che “resiste” allo strapotere del governo e dell’Associazione patriottica


Deux agences de presse catholiques spécialistes de l’Église en Chine, qui proposent des informations constamment mises à jour:

> Asia News

> UCA News


Les précédents articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus CHINE


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.


De la prairie à la côte atlantique. Les nouveaux évêques américains

dominicanus #Il est vivant !

Après Scola à Milan, voici Chaput à Philadelphie. Pas à pas, les nominations décidées par Benoît XVI remodèlent les instances dirigeantes dans les pays phares du catholicisme mondial. Une interview au nouvel élu 

 

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ROME, le 19 juillet 2011 – La nomination de Charles J. Chaput comme archevêque de Philadelphie, rendue publique aujourd'hui, est un nouveau pas en avant dans la démarche entreprise par Benoît XVI pour remodeler conformément à ses idéFRes les instances dirigeantes de l'Église catholique aux États-Unis, comme cela a déjà été fait dans d'autres pays. 

Chaput, 67 ans, est né dans une famille paysanne du Kansas et appartient à la tribu indienne des Prairie Band Potawatomi. Franciscain de l'ordre des capucins, il était depuis 1997 évêque de Denver, dans l'état du Colorado. Précédemment, il avait été évêque de Rapid City, dans le Dakota du Sud. Son arrivée à la tête de l'un des diocèses les plus anciens et les plus prestigieux de la côte atlantique des États-Unis est une nouveauté également au point de vue géographique. 

La nomination de Chaput à un siège épiscopal important était dans l'air du temps. Mais on prévoyait encore, à la fin du mois de juin dernier, qu'il partirait pour une autre destination, Chicago, en tant que coadjuteur avec droit de succession de l'archevêque actuel, le cardinal Francis E. George, avant-dernier président de la conférence des évêques des États-Unis. 

A la congrégation vaticane pour les évêques, le candidat numéro un pour remplacer à Philadelphie le cardinal Justin F. Rigali – proche de la retraite puisqu'il a dépassé les limites d'âge – était jusqu'au 30 juin l'actuel évêque de Louisville, Joseph E. Kurtz. 

Mais Chaput était le deuxième sur la liste. Après lui venaient l'évêque de Bridgeport, William E. Lori, et celui d'Atlanta, Wilton D. Gregory. 

Ce dernier, qui a également été président de la conférence des évêques dans le passé, est rangé parmi les progressistes tièdes. Mais les deux autres sont, comme Chaput, des "orthodoxes proactifs", bien décidés à affirmer la présence de l'Église catholique au sein de la société, sans compromis ni atténuations. 

Mais, au dernier moment, la congrégation pour les évêques a opté pour Chaput plutôt que pour Kurtz, préférant promouvoir tout de suite le premier à Philadelphie au lieu d'attendre que le cardinal George lui laisse la place à Chicago, dans deux ans. 

Samedi 2 juillet, reçu en audience par Benoît XVI, le préfet de la congrégation, le cardinal Marc Ouellet, a donc proposé la nomination de Chaput, que le pape a volontiers approuvée. 

Avec cette nomination de Chaput à Philadelphie, siège qui est traditionnellement honoré du chapeau cardinalice, les principaux postes de l'épiscopat des États-Unis sont de plus en plus solidement occupés par des hommes très en accord avec les idées du pape Joseph Ratzinger, qui les connaît et les estime. 

On se bornera à citer, parmi eux, l'archevêque de New-York, Timothy Dolan, et celui de Los Angeles, José H. Gómez, qui est un grand ami de Chaput. 

Depuis l'automne dernier, Dolan est également président de la conférence des évêques des États-Unis. Pour son élection, les votes qui s'étaient précédemment portés sur Chaput lui-même ont été déterminants au moment du vote final. 

Après l'annonce publique de sa nomination, le 19 juillet, le nouvel archevêque de Philadelphie a accordé sa première interview à www.chiesa qui, dans le passé, s'est déjà fait l'écho de ses interventions. 

On peut la lire ci-dessous. À un moment donné, Chaput fait allusion aux dernières lignes d'un roman de Thornton Wilder, "The bridge of San Luis Rey", qui a obtenu le prix Pulitzer en 1928. 

Ces dernières lignes sont les propos que tient l'abbesse d'un couvent de Lima, au Pérou, en conclusion de toute l'histoire (celle de l'écroulement d'un pont suspendu qui a entraîné la mort de plusieurs personnes, et de l'enquête menée ultérieurement par un moine franciscain qui cherche une réponse à la question de savoir pourquoi l'on meurt) : 

"Il y a une terre des vivants et une terre des morts ; et le pont c'est l'amour, seule survie, seul sens".

Sandro Magister

www.chiesa




"UN TERRITOIRE DE MISSION D'UN NOUVEAU GENRE" 

Entretien avec Charles J. Chaput  



Q : Monseigneur, vous êtes venu à Rome le 29 juin dernier pour assister à la cérémonie de remise du pallium à votre ami José Horacio Gómez, nouvel archevêque métropolitain de Los Angeles. Maintenant, c'est votre tour, pour le diocèse de Philadelphie. Est-ce que vous l'espériez ? 

R : Monseigneur Gomez est l'un de mes bons amis depuis l'époque où nous servions ensemble à Denver. Je ne pense pas que qui que ce soit puisse “espérer” une responsabilité telle que la conduite de l'Église à Los Angeles ou à Philadelphie. Mais, d'une certaine manière, choisir Monseigneur Gomez a dû paraître logique au Saint-Père, en raison de ses capacités et de son expérience. Je ne suis pas sûr que ce soit vrai dans mon cas. 

Je suis encore en train de réfléchir à ma nomination comme archevêque de Philadelphie. Par certains côtés, elle a quelque chose d'irréel. J'ai vécu et enseigné en Pennsylvanie pendant plusieurs années lorsque j'étais un jeune prêtre. Cette période de ma vie a été très heureuse. Mais tout mon ministère en tant qu'évêque a eu pour cadre l'Ouest des États-Unis, que ce soit dans le Dakota du Sud ou dans le Colorado. Dans cette région, le style de l'Église est assez différent de ce qu'il est dans l'Est : plus direct et plus informel, moins clérical. Je pourrais vous donner trois ou quatre bonnes raisons qui font qu'il n'était pas évident de me désigner pour un endroit comme Philadelphie, qui est vraiment l'une des métropoles américaines ayant un grand passé catholique. Mais ce n'est pas moi qui prends ces décisions. C'est le Saint-Père. J'ai confiance en son jugement et je lui suis très reconnaissant de la confiance qu'il me témoigne. 

Q : On peut avoir l'impression que Benoît XVI, en vous désignant personnellement, attend de vous de grandes choses. 

R : Je crois qu'il attend de moi ce qu'il attend de chacun de ses frères évêques : l'humilité et le courage de bien servir l'Église locale ; de prêcher Jésus-Christ sans timidité et d'approfondir la foi des gens. On ne définit pas l'Église par ses problèmes. Il faut les admettre et les traiter honnêtement ; quiconque est blessé par des personnes qui représentent l'Église mérite de recevoir le soutien et l'aide spéciale de la communauté catholique. 

Mais le caractère de l'Église, en tous lieux et en tous temps, est déterminé par la qualité de ses prêtres et de ses fidèles. L'Église de Philadelphie dispose d'une énorme capacité à faire le bien. J'ai connu des prêtres de Philadelphie et j'ai travaillé avec eux, je les admire beaucoup. Un évêque a besoin d'être un frère pour ses prêtres, pas simplement en paroles mais aussi de manière concrète et je ferai tout ce que je pourrai pour être présent auprès des hommes qui partagent avec moi le don de la prêtrise. C'est ce que j'ai essayé de faire à Denver. À Denver la communauté des prêtres est excellente, il y a beaucoup d'hommes d'une grande qualité ; je sais que c'est pareil à Philadelphie. 

J'ai également bénéficié, tout au long de ma vie de prêtre, d'un grand nombre d'amis et de collègues laïcs – je suppose que cela tient en partie à ma personnalité et en partie à ma formation de capucin. Quoi qu'il en soit, je suis impatient de rencontrer les gens des paroisses de Philadelphie. C'est là que se trouve la vraie vie de l'Église. J'ai une grande confiance dans le talent et la bonne volonté des fidèles laïcs, à Philadelphie et partout ailleurs. 

Q : Il semble qu'une nouvelle variété d'évêques soit en train de se renforcer aux Etats-Unis ; ils ne sont ni "liberal" ni effrayés par le monde, ils sont orthodoxes mais “proactifs.” Êtes-vous de ceux-là ? 

R : J'espère que je suis ce que Dieu veut et aussi ce dont l'Église locale a besoin. Les étiquettes sont trompeuses. Elles donnent aux gens une excuse pour ne pas penser. 

Q : "Il vaut mieux être contesté qu'insignifiant,” comme l'a dit un jour le cardinal Camillo Ruini ?  

R : Je pense que c'est vrai. Le cardinal Ruini est un grand homme d'Église et il a une perception assez fine et aiguë de la nature humaine. Mais ce qui est encore mieux, c'est d'être “efficace et oublié.” Nous serons tous oubliés, de toute façon, donc nous ferions aussi bien d'être efficaces. Le seul qui ait à se souvenir de nous, c'est Dieu, et la seule chose qui compte, en définitive, c'est d'être efficaces dans notre façon d'aimer. 

De temps en temps, je relis les dernières lignes du roman de Thornton Wilder, "The Bridge of San Luis Rey." Jetez-y un coup d'œil. Cela en vaut la peine. 

Q : Les catholiques représentent un quart de la population des États-Unis. Quelle est l'importance de leur impact sur la société, la culture et les médias ? 

R : Les catholiques ont très largement contribué à modeler l'Amérique, depuis Charles Carroll – le seul signataire catholique de la Déclaration d'Indépendance – jusqu'à aujourd'hui. Mais cela n'a pas été facile. L'Amérique n'a jamais été vraiment à l'aise avec le contenu de la foi catholique. Le courant majoritaire des Américains a eu tendance à accepter les catholiques en raison inverse du sérieux avec lequel ils vivaient leur foi. Il existe évidemment un grand nombre d'exceptions à cette règle, mais elle est encore trop souvent vraie. 

Q : Et en politique ? 

R : Particulièrement en politique. Robert Casey, le gouverneur de Pennsylvanie aujourd'hui disparu, est l'un des hommes que j'admire le plus. Le pays pourrait employer beaucoup plus d'hommes et de femmes catholiques comme lui dans le service public. 

Q : L'archevêque de New-York Timothy Dolan, qui est également président de la conférence des évêques catholiques des États-Unis, est habituellement très présent dans les médias. Vous-même, vous intervenez par écrit, en participant à des débats et même en affrontant les autorités politiques. En Europe ce comportement serait qualifié d'“ingérence” de l'Église et il provoquerait des protestations. 

R : L'Europe a été modelée, partiellement, par les Guerres de Religion et aussi par ces héritages de la Révolution française que sont son anticléricalisme et sa méfiance fondamentale vis-à-vis de la religion. C'est un poids du passé que la plupart des Américains ne comprennent pas. La Révolution Américaine a été un phénomène différent et elle a eu lieu dans un contexte profondément chrétien et protestant. Beaucoup des Pères Fondateurs étaient eux-mêmes chrétiens. John Courtney Murray a fait un jour remarquer que même lorsque les Américains ne sont pas croyants, leur absence d'intérêt est amicale. L'hostilité aiguë envers la religion que l'on trouve en Europe est étrangère à l'Amérique. Ou, tout du moins, elle l'était encore récemment. 

Q : Par comparaison avec l'Europe, les États-Unis paraissent beaucoup plus religieux. Est-ce vraiment le cas ? Ou bien le désert de l'incrédulité y gagne-t-il également du terrain ? 

R : Si l'on se fie aux apparences, c'est vrai. D'une manière générale, les Américains sont beaucoup plus enclins à la foi religieuse que les Européens. Mais ce n'est pas seulement une apparence. Des millions et des millions d'Américains prennent vraiment leur foi au sérieux et ils pratiquent sincèrement leur christianisme. On ne peut pas vraiment comprendre les États-Unis si l'on ne tient pas compte de leurs racines influencées par le christianisme. 

Cependant il y a, dans le caractère des Américains, un pragmatisme, un fond de matérialisme et d'instinct de possession, qui agit contre l'Évangile. C'est pour cette raison que beaucoup d'Américains ont l'habitude d'avoir une croyance sans se rendre compte de ce qu'elle implique et sans laisser leur foi modeler véritablement leur vie. 

Q : Comment décririez-vous le catholicisme aux États-Unis ? Quelles seraient ses caractéristiques spécifiques ? 

R : Aux États-Unis, le catholicisme a toujours été une foi d'immigrants, une foi de minorités. C'est ce qui explique à la fois sa vigueur et sa très forte volonté de s'assimiler et de s'intégrer. La culture américaine a une aptitude extraordinaire à homogénéiser et à assimiler les nouveaux venus. Ce n'est pas quelque chose de tout à fait mauvais. Les États-Unis sont fondamentalement une nation d'immigrants. Mais cela peut donner comme résultat une population dont les croyances perdent de leur vigueur. 

Q : La "nouvelle évangélisation" est l'un des grands programmes du pape Benoît XVI. Est-elle également valable pour les États-Unis ? Avec quelles caractéristiques spécifiques ? 

R : Denver est presque un symbole pour la “nouvelle évangélisation”. Il faut reconnaître à mon prédécesseur à Denver, le cardinal J. Francis Stafford, le mérite de s'en être rendu compte très tôt. Denver constitue un environnement profondément sécularisé : c'est une ville cultivée, jeune, moderne, indépendante d'esprit, ayant des racines religieuses historiquement faibles. Il s'agit d'un territoire de mission d'un nouveau genre, où beaucoup de gens sont indifférents en matière de religion ou bien se considèrent comme “postchrétiens” sans jamais avoir de véritable contact avec l'Évangile. C'est la tendance générale aux Etats-Unis. Évangéliser cet environnement, ce sera la tâche de la prochaine génération de croyants. 

Q : Aux États-Unis, existe-t-il dans le "parvis des gentils" des non-croyants avec qui il y a un dialogue fructueux et amical ? Pouvez-vous citer des noms ? 

R : Je suis certain qu'il en existe un grand nombre, mais d'autres évêques ont beaucoup plus d'expérience que moi de ce genre de dialogue.  

Q : Qui sont vos "maîtres" de référence, ceux qui ont eu le plus d'influence sur vous ? 

R : Augustin et François. Il n'y a pas mieux. 

Mais je suis profondément reconnaissant au Père Ronald Lawler, O.F.M. Cap., qui a été mon professeur de philosophie à l'université. Il a eu un impact très fort sur ma pensée. Lorsque j'étudiais la théologie au séminaire, j'ai beaucoup appris du Père Robert McCreary, O.F.M. Cap., qui a eu le même genre d'impact significatif sur ma vie et sur ma pensée. 

En ce qui concerne les dirigeants de l'Église, j'ai eu, en tant que jeune prêtre capucin, beaucoup de respect et de révérence pour le pape Paul VI et je continue à l'honorer comme l'une des personnalités que j'admire le plus. Et, bien entendu, je suis profondément reconnaissant aux papes Jean-Paul II et Benoît XVI de leur extraordinaire magistère et de leur énergie apostolique. 

Q : Qu'est-ce qui vous impressionne le plus dans le magistère du pape Benoît XVI ? 

R : Le caractère constamment génial de sa pensée – je ne sais vraiment pas comment il la maintient à ce niveau – et le développement interne de sa vie depuis l'époque où il était expert au concile Vatican II jusqu'à son activité actuelle en tant que pape. 

Q : Et en ce qui concerne sa manière de diriger l'Église ? 

R : Je viens d'un petit diocèse qui est très loin de Rome. Je ne peux pas imaginer la charge que représente la Chaire de saint Pierre, pour lui ou pour n'importe quel autre homme. Je suis convaincu que Benoît XVI est un grand pasteur et un grand disciple de Jésus-Christ ; un homme qui sait ce que signifie la souffrance et qui rayonne pourtant de la joie de l'Évangile. Le bon “style” pour n'importe quel prêtre, c'est de vivre “in persona Christi”. Et je pense que Benoît XVI incarne de manière très émouvante le sens de cette expression.

 



Le dernier discours de l'archevêque Chaput repris par www.chiesa : 

> Quand le tribunal du monde condamne l'Église pour hérésie (25.8.2010)

Sa critique du modèle des relations entre l'Église et l'État élaboré par Kennedy : 

> La doctrine du catholique Kennedy? À oublier (2.3.2010)

Une déclaration typique de la nouvelle ligne "proactive" des évêques américains, signée par Chaput, Dolan et d'autres :  

> La "Déclaration de Manhattan": le manifeste qui secoue l'Amérique(25.11.2009)
 
L'un des moments de confrontation critique entre Chaput et l'actuel président américain : 

> La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican (8.10.2009)

Le compte-rendu du livre de Chaput "Render Unto Caesar", consacré à la mission de l'Église catholique dans la société :

> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

L'âne au fond d'un puits

dominicanus #Il est vivant !

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Un jour, l'âne d'un fermier est tombé dans un puits.  L'animal gémissait pitoyablement pendant des heures, et le fermier se demandait quoi faire. Finalement, il a décidé que l'animal était vieux et le puits devait disparaître de toute façon, ce n'était pas rentable pour lui de récupérer l'âne.

Il a invité tous ses voisins à venir et à l'aider. Ils ont tous saisi une pelle et ont commencé à enterrer l'âne dans le puits.

Au début, l'âne a réalisé ce qui se produisait et se mit à crier terriblement. Puis à la stupéfaction de chacun, il s'est tu. Quelques pelletées plus tard, le fermier a finalement regardé dans le fond du puits et a été étonné de ce qu'il a vu. Avec chaque pelletée de terre qui tombait sur lui, l'âne faisait quelque chose de stupéfiant. Il se secouait pour enlever la terre de son dos et montait dessus. Pendant que les voisins du fermier continuaient à pelleter sur l'animal, il se secouait et montait dessus. Bientôt, chacun a été stupéfié de voir que l'âne soit hors du puits et se mette à trotter! 

La vie va essayer de t'engloutir de toutes sortes d'ordures. Le truc pour se sortir du trou est de se secouer pour avancer. Chacun de tes ennuis est une pierre qui permet de progresser. Nous pouvons sortir des puits les plus profonds en n'arrêtant jamais. Il ne faut jamais abandonner! Secoue-toi et fonce!

Ce texte m'a été envoyé, je l'ai trouvé beau,  je n'ai pas pu le garder pour moi et j'ai voulu le partager à mon tour avec toi. Tu peux en faire autant.

Le pape Benoît XVI confesseur. Début à Madrid

dominicanus #Il est vivant !

Il y aura une nouveauté au programme des prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse: le pape administrera le sacrement du pardon. Avec le Fils de Dieu "descendu dans la profondeur obscure et sale de notre péché" 

 

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ROME, le 5 juillet 2011 – Ce n’est pas Benoît XVI qui a inventé les Journées Mondiales de la Jeunesse, mais son prédécesseur.

Toutefois le pape Joseph Ratzinger y a introduit deux nouveautés très remarquables.

La première à Cologne, pendant l’été 2005. Au moment culminant de la veillée nocturne, il s’était agenouillé devant l’hostie consacrée. Longuement et en silence. Des centaines de milliers de jeunes avaient été touchés par ce geste d’adoration.

Depuis ce jour, avec le pape Benoît XVI, l'adoration eucharistique silencieuse est devenue une constante des Journées Mondiales de la Jeunesse, mais également d’autres rassemblements de masse tels que, par exemple, la veillée à Hyde Park, à Londres, le 18 septembre 2010.

La seconde nouveauté, elle, aura lieu à Madrid, le matin du 20 août prochain, dans le parc du Buen Retiro. Au cours de la 26me Journée Mondiale de la Jeunesse qui se dérouleront dans la capitale de l’Espagne, le pape administrera le sacrement de confession en public, pendant une heure, avant de célébrer la messe à la cathédrale.

Pour être tout à fait exact, les confessions font partie du programme des Journées Mondiales de la Jeunesse depuis celles de Rome en 2000, qui avaient vu le Circo Massimo devenir pendant plusieurs heures le plus grand confessionnal à ciel ouvert ayant existé de mémoire d’homme.

Mais jamais, jusqu’à présent, le pape n’avait confessé en personne des jeunes, pendant une Journée Mondiale de la Jeunesse.

Jean-Paul II avait l’habitude de prendre place pendant quelques heures dans le confessionnal de la basilique Saint-Pierre une fois par an, le mercredi saint.

Benoît XVI n’a réitéré ce geste que deux fois jusqu’à présent, lors de deux célébrations pénitentielles avec les jeunes du diocèse de Rome, à la basilique Saint-Pierre, le jeudi avant le dimanche des Rameaux, le 29 mars 2007 et le 13 mars 2008.

Mais le sacrement de confession est indiscutablement au cœur de sa pastorale.

Il en a parlé à maintes reprises. Surtout aux prêtres. À l’occasion de l'Année Sacerdotale qu’il avait proclamée pour 2009-2010, il leur avait proposé comme modèle le Curé d'Ars, un saint qui passait chaque jour une dizaine d’heures dans son confessionnal pour entendre les pénitents qui venaient à lui, humble curé de campagne, de la France entière.

Pour ne citer que deux de ses rappels à ce sujet, Benoît XVI a consacré au sacrement de confession la totalité du discours qu’il a adressé à la Pénitencerie Apostolique le 11 mars 2010 :

> "Chers amis..."


Et dernièrement, il a commencé son homélie pour la fête des saints Pierre et Paul de cette année, qui coïncidait avec le soixantième anniversaire de son ordination sacerdotale, justement en parlant du sacrement du pardon :

"Chers frères et sœurs, «Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis !» (cf. Jn 15, 15). À soixante années du jour de mon ordination sacerdotale, j’entends encore résonner en moi ces paroles de Jésus, que notre grand archevêque, le cardinal Faulhaber, nous adressa à nous, les nouveaux prêtres, d’une voix désormais un peu faible et cependant ferme, à la fin de la cérémonie d’ordination. Selon le déroulement liturgique de l’époque, cette acclamation signifiait alors aux nouveaux prêtres l’attribution explicite du mandat pour remettre les péchés. «Non plus serviteurs, mais amis» : je savais et j’avais conscience qu’à ce moment précis, ce n’était pas seulement une parole rituelle, ni une simple citation de la Sainte Écriture. J’avais conscience qu’à ce moment-là, le Seigneur Lui-même me l’adressait de façon toute personnelle. Dans le baptême et dans la confirmation, Il nous avait déjà attirés vers Lui, Il nous avait déjà accueillis dans la famille de Dieu. Mais ce qui arrivait à ce moment-là était quelque chose de plus encore. Il m’appelle ami. Il m’accueille dans le cercle de ceux auxquels il s’était adressé au Cénacle. Dans le cercle de ceux qu’Il connaît d’une façon toute particulière et qui sont ainsi amenés à Le connaître de façon particulière. Il me donne la faculté, qui fait presque peur, de faire ce que Lui seul, le Fils de Dieu, peut dire et faire légitimement : Moi, je te pardonne tes péchés. Il veut que moi – par son mandat – je puisse prononcer avec son « Je » une parole qui n’est pas seulement une parole mais plus encore une action qui produit un changement au plus profond de l’être. Je sais que, derrière cette parole, il y a sa Passion à cause de nous et pour nous. Je sais que le pardon a son prix : dans sa Passion, Lui-même est descendu dans la profondeur obscure et sale de notre péché. Il est descendu dans la nuit de notre faute et c’est seulement ainsi qu’elle peut être transformée. Et par le mandat de pardonner, Il me permet de jeter un regard sur l’abîme de l’homme et sur la grandeur de sa souffrance pour nous les hommes, qui me laisse deviner la grandeur de son amour. Il me dit : « Non plus serviteurs, mais amis ». Il me confie les paroles de la Consécration eucharistique. Il m’estime capable d’annoncer sa Parole, de l’expliquer de façon juste et de la porter aux hommes d’aujourd’hui. Il s’en remet à moi. «Vous n’êtes plus serviteurs mais amis» : c’est une affirmation qui donne une grande joie intérieure et qui, en même temps, dans sa grandeur, peut faire frémir au long des décennies, avec toutes les expériences de notre faiblesse et de son inépuisable bonté". [...]

Jusqu’à présent l'intensité avec laquelle Benoît XVI cherche à amener une renaissance de la confession n’a pas entraîné une mise en pratique sensible de ses appels par les évêques et les prêtres.

Les médias, eux aussi, passent largement ce sujet sous silence.

Le geste public que Benoît XVI accomplira à Madrid, le 20 août prochain – confesser quelques jeunes pendant une Journée Mondiale de la Jeunesse – va-t-il attirer l'attention sur ce déficit crucial de la pratique chrétienne d’aujourd’hui ? 

 

Sandro Magister



Le texte intégral de l'homélie prononcée par Benoît XVI le 29 juin 2011, fête des saints Pierre et Paul :

> "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis..."


À propos de la timide reprise de la pratique de la confession sacramentelle et des douze mille jeunes qui s’étaient confessés lors de la visite de Benoît XVI à Loreto :

> Nouvelles tendances: le retour au confessionnal (6.9.2007)


Le lien entre le symbole des clés de Pierre et le pouvoir qu’a l’Église de pardonner les péchés, exprimé par l'art de la Rome des papes :

> Le chiavi del perdono. L'amorevole potere del successore di Pietro(30.1.2006)


Le document d’aide aux confesseurs et directeurs spirituels que la congrégation vaticane pour le clergé a envoyé en 2011 aux conférences épiscopales du monde entier :

> Le prêtre, ministre de la miséricorde divine


Illustration : détail du "Retour de l’enfant prodigue" de Rembrandt, 1666, conservé au Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

La tradition, œuvre de Dieu

dominicanus #Il est vivant !

benoit xvi ostensoirS’il est un défenseur de la tradition, c’est bien Benoît XVI, nous l’avons vu à maintes reprises depuis le début de son pontificat, mais également lorsqu’il était encore cardinal. Pourtant, parfois enfermée dans une compréhension univoque et étroite, la tradition semble entrer en conflit avec la liberté de l’homme. Est-ce vraiment le cas pour celle qui se veut « l’œuvre de Dieu » ?

C’était justement le thème d'un colloque organisé par la faculté de théologie d’Angers et l’Université Catholique de l’Ouest, qui s’est clôturé ce mardi 28 juin.

Charles-François Brejon (Radio Vatican) a interviewé l’un des intervenants, le père Ludovic Danto, professeur à la faculté de théologie d’Angers, qui nous explique de quelle manière la tradition est perçue aujourd’hui : >> RealAudioMP3 

Six ans sur la chaire de Pierre. Une interprétation

dominicanus #Il est vivant !

Benoît XVI maître de la parole, mais aussi homme de gouvernement. Auteur de nouvelles lois dans les domaines liturgique, financier, pénal, œcuménique. Avec un critère pour le guider: "réforme dans la continuité".

 

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ROME, le 1er juillet 2011 – La fête des saints Pierre et Paul, "colonnes" de l’Église, a coïncidé cette année avec le soixantième anniversaire de l'ordination sacerdotale de Benoît XVI.

Cette fois encore, le pape Joseph Ratzinger, au cours de l’homélie qu’il a prononcée pendant la messe, a insisté sur la mission de ceux qui sont appelés à conduire l’Église en tant que successeurs de Pierre.

Une raison de plus pour tenter de donner une interprétation de ce pontificat, qui est désormais entré dans sa septième année, sous un angle particulier : celui du gouvernement.

À première vue, Benoît XVI ne paraît pas briller en tant qu’homme de gouvernement. Le désordre de la curie vaticane en est une preuve.

Toutefois, d’un autre côté, le pontificat du pape Benoît est marqué par une importante série de mesures à caractère normatif, typiques d’une action de commandement :

- en 2007 le motu proprio "Summorum pontificum" relatif à l’utilisation du missel romain de l’ancien rite ;

- en 2009 la constitution apostolique "Anglicanorum coetibus" concernant le passage de communautés anglicanes à l’Église catholique ;

- en 2010 les nouvelles normes relatives aux "delicta graviora" et en particulier aux abus sexuels ;

- encore en 2010 la création d’un nouvel organisme à la curie romaine : le conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation ;

- toujours en 2010 le motu proprio pour la prévention des délits financiers commis par toutes les institutions du Saint-Siège ou par celles qui lui sont liées ;

- en 2011 l'instruction "Universæ Ecclesiæ" pour l’intégration des normes relatives à la messe selon le rite ancien.

Il s’agit de normes qui sont parfois fortement innovantes, dont certaines ont été accueillies par de vives résistances, et qui démentent pour la énième fois que Benoît XVI soit un pape qui se limite à conserver l'existant.

C’est tout le contraire. Le critère qui caractérise le mieux ce pontificat sous l’angle du gouvernement est celui de la "réforme dans la continuité" : cette formule est celle qu’il a adoptée comme critère pour interpréter les nouveautés du concile Vatican II et, d’une manière générale, les changements intervenus dans le magistère de l’Église au cours de l’histoire.

Récemment, des spécialistes très connus du droit – au nombre desquels l'archevêque Francesco Coccopalmerio, président du conseil pontifical pour les textes législatifs – ont tenu à l'Université de Pavie, ville où est enterré saint Augustin, un colloque consacré à Benoît XVI en tant que "législateur canonique".

On peut lire ci-dessous l’intervention, confiée à un non-spécialiste, qui a conclu ce colloque.

Ce discours tente une lecture unitaire de l'action normative de Benoît XVI, à la lumière de l’image "bonaventurienne" que le pape a de lui-même en tant que timonier de la barque de Pierre.

Sandro Magister

www.chiesa

 



BENOÎT XVI LÉGISLATEUR CANONIQUE
    
L’herméneutique de la "réforme dans la continuité", depuis le motu proprio “Summorum Pontificum” jusqu’à la nouvelle évangélisation de l’Occident

par Sandro Magister



L’appellation de "législateur canonique", appliquée à Benoît XVI, peut paraître surprenante. Et pourtant elle définit un trait essentiel de son caractère, de sa conception de la manière de gouverner l’Église.

Si la tempête qui secoue l’Église depuis plusieurs décennies est due à des "ruptures" par rapport à sa tradition et à son identité propre – comme Benoît XVI l’a dit en de nombreuses occasions, à partir du mémorable discours relatif à l'interprétation du concile Vatican II qu’il a prononcé devant la curie romaine le 22 décembre 2005 – le pape distingue l’une de ces lignes de rupture précisément dans le domaine du droit canonique.

Il l’a écrit dans la lettre ouverte qu’il a adressée à l’Église d'Irlande le 19 mars 2010. Et il l’a expliqué en termes encore plus directs dans son livre-interview "Lumière du monde" publié à la fin de 2010 : 

"Ce que m’a dit l'archevêque de Dublin - a répondu le pape à une question - est intéressant à cet égard. Il disait que le droit pénal canonique a fonctionné jusqu’à la fin des années Cinquante ; certes, ce droit n’était pas parfait – sur bien des points on pourrait le critiquer – mais en tout cas il était appliqué. À partir des années Soixante il n’a tout simplement plus été appliqué. La conviction dominante était que l’Église ne devait pas être une Église du droit, mais une Église de l’amour ; qu’elle ne devait pas punir. [...] A cette époque, même des gens très compétents ont été atteints d’un étrange obscurcissement de la pensée, [...] ce qui a eu pour conséquence un obscurcissement du droit et de la nécessité des peines. Et en fin de compte également un rétrécissement du concept d’amour, qui n’est pas seulement gentillesse et courtoisie, mais qui est amour dans la vérité".

Quelques jours avant d’envoyer sa lettre à l’Église d'Irlande, le 10 mars 2010, Benoît XVI avait développé de manière plus approfondie, à l’occasion d’une audience générale du mercredi, son interprétation de l’histoire de l’Église au cours des dernières décennies.

Il avait choisi, comme sujet de cette audience, saint Bonaventure, l’un des trois saints que, personnellement, il aime le plus, avec Augustin et Thomas d'Aquin : dans sa jeunesse, le pape a d’ailleurs consacré sa thèse de doctorat à saint Bonaventure et à sa théologie de l’histoire, qu’il a confrontée à celle, très influente, de Joachim de Flore.

D’après Joachim de Flore, après l’âge du Père et celui du Fils, ce dernier coïncidant avec le temps de l’Église, on était tout près de l'aube d’un troisième et dernier âge du monde, celui du Saint-Esprit : une ère de pleine liberté, avec une nouvelle Église spirituelle sans plus de hiérarchie ni de dogmes, une ère de paix définitive entre les hommes, une ère de réconciliation des peuples et des religions.

Du spiritualisme à l'anarchie il n’y a pas loin, a expliqué Benoît XVI lors de cette audience. Et saint Bonaventure, en son temps, a travaillé dur pour contenir cette dérive, très présente dans son ordre religieux, les franciscains.

Mais à notre époque aussi, a continué le pape, on voit à nouveau cet "utopisme spiritualiste" affleurer dans l’Église :

"Nous savons, en effet, qu'après le concile Vatican II, certains étaient convaincus que tout était nouveau, qu'il y avait une autre Eglise, que l'Eglise préconciliaire était finie et que nous allions en avoir une autre, totalement 'autre'. Un utopisme anarchique ! Et, grâce à Dieu, les sages timoniers de la barque de Pierre, le pape Paul VI et le pape Jean-Paul II, ont d'une part défendu la nouveauté du concile et, d’autre part, dans le même temps, ils ont défendu l'unicité et la continuité de l'Église".

Nouveauté et continuité. Parce qu’il n’est pas vrai que l’Église de Dieu doive être "immobile, fixée dans le passé et qu’il ne puisse pas y avoir de nouveauté en elle". Le pape a de nouveau cité saint Bonaventure : "Opera Christi non deficiunt, sed proficiunt", les œuvres du Christ ne reculent pas, ne disparaissent pas, mais elles progressent. Elles assurent "nouveauté et renouvellement à toutes les périodes de l’histoire".


***



Cela suffit pour que l’on comprenne que le pape Joseph Ratzinger n’est pas du tout un gardien de la tradition et rien d’autre. Sa conception de l’Église est dynamique. Il n’a pas peur d’employer le mot "réforme" pour définir son herméneutique du concile Vatican II. 

C’est ce qu’il a fait dans ce discours capital qu’il a adressé à la curie romaine le 22 décembre 2005, à la veille de son premier Noël en tant que pape.

“Le concile Vatican II – a déclaré Benoît XVI à cette occasion – avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l'Église et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques, mais, dans cette apparente discontinuité, il a en revanche maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. L'Église est, aussi bien avant qu'après le Concile, la même Église, une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps".

La discontinuité seulement “apparente” dont parle le pape se réfère précisément à la “nature intime ” de l’Église et à “sa véritable identité”, qui sont restées intactes, dit-il, en dépit des corrections que Vatican II a apportées à “certaines décisions historiques” de l’Église elle-même.

Mais en même temps – a indiqué Benoît XVI, toujours dans ce discours – à côté de cette discontinuité seulement "apparente", il y a également eu une discontinuité véritable, au moins dans un cas, entre le concile et le magistère précédent des papes.

Le cas qui a été cité et analysé par le pape Ratzinger est celui de la liberté religieuse, affirmée par la déclaration "Dignitatis humanae". Là, la discontinuité par rapport au magistère des papes entre le XIXe et le XXe siècle est incontestable. "Dignitatis humanae" affirme et proclame ce que l'encyclique "Quanta cura", publiée par Pie IX en 1864 avec le "Syllabus errorum" qui l’accompagnait, avait refusé et condamné.

Toutefois, a expliqué Benoît XVI,  cette discontinuité concerne non pas la nature et l'identité de l’Église mais la conception de l’État et de ses relations avec les religions. Le sujet Église, en fait, sort de ce changement encore plus net et lumineux, parce que, dit le pape, Vatican II, "reconnaissant et faisant sien, à travers le Décret sur la liberté religieuse, un principe essentiel de l'État moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l'Église". C’est-à-dire qu’il s’est remis "en pleine harmonie" non seulement avec l'enseignement de Jésus en ce qui concerne la distinction entre Dieu et César, mais "également avec l’Église des martyrs, avec les martyrs de tous les temps", puisque ceux-ci sont morts précisément "pour la liberté de professer sa foi, une profession qui ne peut être imposée par aucun État, mais qui ne peut d’autre part être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience".

Cette innovation du concile fut en tout cas perçue par beaucoup de gens, pendant et après le concile, comme une rupture par rapport à la tradition de l’Église. À la grande joie de ceux qui voyaient en Vatican II un radieux "nouveau début" historique et ecclésial. À la grande consternation de ceux qui y voyaient un abandon néfaste de la juste doctrine.

Et ces façons de penser étaient très tentantes pour les deux camps. Benoît XVI, toujours dans son discours du 22 décembre 2005, a reconnu qu’en effet "si la liberté de religion est considérée comme une expression de l'incapacité de l'homme à trouver la vérité et si, par conséquent, elle devient une canonisation du relativisme", elle peut alors donner lieu à l’idée – inacceptable – que toutes les religions ont la même valeur et que la propagation missionnaire de la foi catholique n’a plus de raison d’être.

C’est une idée qui n’est pas dépourvue de graves répercussions sur la vie de l’Église, puisque Jean-Paul II s’est senti obligé, en 1990, de consacrer une encyclique, "Redemptoris missio", à l'observance du commandement laissé par Jésus de faire des disciples et de baptiser tous les peuples, et que, en 2000, le même pape, avec celui qui était alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Ratzinger, a estimé qu’il avait le devoir de réaffirmer, par la déclaration "Dominus Jesus", que le Seigneur Jésus est l’unique sauveur de tous les hommes.


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En tant que successeur de Pierre, Ratzinger a continué dans cette voie avec décision. Il a sans cesse réaffirmé, arguments à l’appui, que le fait que l’Église reconnaisse à tous les citoyens de tous les pays du monde la liberté de pratiquer la religion qu’ils considèrent en conscience comme la vraie et d’en assurer la propagation n’est pas en contradiction avec la nature missionnaire de l’Église et avec la conviction que seul Jésus est "la voie, la vérité, la vie". Cependant cette reconnaissance de la liberté religieuse incite les chrétiens à penser leur action missionnaire elle-même de la manière la plus authentique, en étant conscients du fait que la profession de foi en Jésus-Christ "ne peut être imposée par aucun état, mais qu’au contraire elle ne peut être adoptée qu’avec la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience".

Et par conséquent, a poursuivi Benoît XVI, toujours dans cet extraordinaire discours du 22 décembre 2005 :

"Une Église missionnaire, qui sait qu'elle doit annoncer son message à tous les peuples, doit nécessairement s'engager au service de la liberté de la foi. Elle veut transmettre le don de la vérité qui existe pour tous et elle assure dans le même temps aux peuples et à leurs gouvernements qu'elle ne veut pas détruire leur identité et leurs cultures, mais qu'elle leur apporte au contraire une réponse que, au fond d'eux-mêmes, ils attendent - une réponse avec laquelle la multiplicité des cultures ne se perd pas, mais avec laquelle, au contraire, l'unité entre les hommes s’accroît, ainsi que, par là même, la paix entre les peuples".

La "nouvelle évangélisation" voulue par Benoît XVI a ceci de moderne qu’elle renonce définitivement à tout bras séculier, à tout type de contrainte, même sophistiquée et légère, qu’en cela elle est parfaitement en ligne avec les conceptions libérales modernes de citoyenneté, et qu’elle n’apporte la vérité à tout homme "qu’en le convainquant".

Mais en même temps la "nouvelle évangélisation" du pape Benoît reprend et renforce les traits originels du commandement donné par Jésus à ses disciples. En effet qu’est-elle, sinon la pédagogie de Dieu depuis l’Ancien jusqu’au Nouveau Testament ? Qu’est-elle, sinon le style de Jésus, dans sa prédication du Royaume ? Qu’est-elle, sinon le dialogue des auteurs bibliques puis des Pères de l’Église avec la sagesse des philosophes grecs et avec les prophéties des Sibylles ? Et qu’est-elle, sinon la greffe de l'art chrétien sur le classicisme ?

L’autre discours capital du pontificat de Benoît XVI est celui de Ratisbonne, prononcé le 12 septembre 2006 ; il est en parfaite continuité avec celui qui a été cité jusqu’à présent. Le meilleur de la pensée grecque "est partie intégrante de la foi chrétienne", a affirmé le pape dans cette université des savoirs où il avait enseigné. Le "logos" humain est le reflet du "Logos" éternel. Par conséquent même chez l’homme le plus éloigné de Dieu cette lumière rationnelle qui renvoie à Dieu ne s’éteint jamais. L'annonce du christianisme ne doit pas et ne peut pas se passer des raisons de la foi. Plus encore dans un monde comme celui d’aujourd’hui et dans une zone comme l'Europe, qui a été marquée de l’empreinte du christianisme mais qui s’est bien éloignée de celui-ci.

Un élément - ce n’est pas le seul – de la "nouvelle évangélisation" de Benoît XVI est ce qu’il a appelé le "Parvis des gentils". Il l’a annoncé à la fin de 2009 après sa visite à Prague, capitale de l’un des pays les plus déchristianisés d’Europe. Et il l’a voulu pour ces "gens qui ne connaissent Dieu que de loin ; qui ne sont pas satisfaits de leur dieux, de leurs rites, de leurs mythes ; qui désirent le Pur et le Grand, même si Dieu reste pour eux le 'Dieu inconnu'".

L'image du "Parvis des gentils" - le parvis extérieur du temple de Jérusalem, destiné aux "craignant Dieu" non juifs, qui ne pouvaient pas prendre part au culte mosaïque mais qui s’en approchaient dans la prière – conduit à un autre axe majeur du pontificat de Benoît XVI, également en équilibre entre nouveauté et continuité : l'axe de la liturgie.


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Que le concile Vatican II ait consacré son début et son premier document à la question de la liturgie "est apparu comme ce qui était intrinsèquement le plus juste", a écrit le pape Ratzinger dans la préface du premier volume de ses "opera omnia", volontairement consacré en entier à la liturgie. Parce que Dieu est la priorité absolue. Parce que l'orthodoxie de la foi, comme le dit l'étymologie du mot, est "doxa", glorification de Dieu. Et par conséquent la forme juste de l'adoration est la vraie mesure de la foi : "lex orandi, lex credendi".

C’est pour cette même raison que Ratzinger a plusieurs fois affirmé que la crise de l’Église au cours des dernières décennies était née de dérapages précisément dans le domaine de la liturgie, et en particulier de l'opinion très répandue selon laquelle la nouvelle liturgie produite par les réformes conciliaires a marqué une coupure radicale avec la liturgie précédente.

En effet, les variations introduites dans la liturgie à partir de la fin des années Soixante ont marqué ici ou là une rupture évidente avec le passé. À la messe conçue surtout comme un sacrifice de rédemption et célébrée "tournés vers le Seigneur" s’est substituée une messe conçue comme un repas fraternel, sur un autel ayant l’aspect d’une table et rapproché autant que possible des fidèles. À la liturgie conçue comme "opus Dei" s’est substituée une dynamique d’assemblée ayant la communauté comme acteur principal.

Par endroits et par moments, ces variations ont été poussées à l’extrême. Un exemple très éclairant en est donné par la brochure "Kerk en Ambt", Église et ministère, distribuée en 2007 dans les paroisses des Pays-Bas par les dominicains de ce pays. Cette brochure proposait de transformer en règle générale ce qui se pratiquait et se pratique déjà en différents endroits : la messe présidée indifféremment par un prêtre ou par un laïc, "le fait qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, d’homosexuels ou d’hétérosexuels, de gens mariés ou de célibataires, étant sans importance". Les paroles de l'institution eucharistique prononcées par l’une ou l’autre des personnes présentes, désignées "par la base", ou bien par l’ensemble de l'assemblée ; ces paroles pouvant être librement remplacées par "des expressions plus faciles à comprendre et plus en harmonie avec l’expérience moderne de la foi".

Il n’est donc pas surprenant que, dans une lettre adressée en cette même année 2007 aux évêques du monde entier, Benoît XVI ait donné, du dérapage liturgique qui a fait suite au concile, cette description inquiète :

"En de nombreux endroits, on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel ; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation, de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. Je parle d’expérience, parce que j’ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions. Et j’ai constaté combien les déformations arbitraires de la Liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l’Église".

La lettre qui vient d’être citée est celle dont Benoît XVI a accompagné la promulgation de son motu proprio "Summorum Pontificum" du 7 juillet 2007, libéralisant la célébration de la messe selon le missel de 1962, qui était en vigueur avant Vatican II et a d’ailleurs été utilisé paisiblement pendant toute la durée du concile.

La pensée de Benoît XVI, exprimée dans cette lettre, est que les deux formes du rite romain, l'ancienne et la moderne, "peuvent s’enrichir mutuellement" par leur coexistence.

En particulier, le souhait du pape est que "dans la célébration de la Messe selon le missel de Paul VI puisse être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a souvent été jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien".

C’est précisément ce qui se produit, sous les yeux de tous, à chaque fois que le pape Ratzinger célèbre la messe : il le fait selon le rite "moderne" mais dans un style fidèle aux richesses de la tradition.

On trouve, cité dans l'instruction "Universæ Ecclesiæ" qui a été diffusée le 13 mai dernier dans le but de rendre le motu proprio "Summorum Pontificum" plus précis et plus facile à appliquer, cet autre passage de la lettre que Benoît XVI avait écrite en 2007 :

"Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste".

Inversement – réaffirme l'instruction "Universæ Ecclesiæ" – les fidèles qui célèbrent la messe selon l’ancien rite "ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire".


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On comprend clairement, à la lecture de ces citations, que la "réforme dans la continuité" est, dans le domaine liturgique également, le critère herméneutique en fonction duquel Benoît XVI veut guider l’Église afin de la faire sortir de la crise actuelle.

L’accueil contrasté qu’ont reçu au sein de l’Église le motu proprio ainsi que l’instruction qui l’a suivi prouve à quel point l’objectif de Benoît XVI est sérieux et urgent.

En effet, dans le domaine liturgique, l'herméneutique de la rupture est encore le pain quotidien de ceux des traditionalistes qui voient dans le nouveau rite de la messe la trace d’éléments hérétiques, ainsi que des progressistes qui voient dans la libéralisation de l’ancien rite le reniement du "nouveau début" ecclésial inauguré par Vatican II.

Cette dernière opinion est largement répandue parmi les liturgistes. À leur avis, la forme moderne du rite a supplanté l’ancienne et il n’est pas acceptable que cette dernière se maintienne. C’est ce qu’a prouvé récemment la "vigueur" polémique avec laquelle le liturgiste Andrea Grillo a réagi aux propos du théologien PierAngelo Sequeri, coupable selon lui d’avoir défendu la "leçon de style catholique" qu’a donnée Benoît XVI en accordant de nouveau "l’hospitalité ecclésiale" à la forme ancienne du rite romain.

Dans un article paru le 14 mai en première page du quotidien "Avvenire", Sequeri avait écrit :

"Désormais, l’union des forces pour rendre à la liturgie l’attrait puissant de la foi qui est en présence de l’unique Seigneur doit nous apparaître, en ces temps difficiles, comme la seule chose qui soit vraiment nécessaire à la splendeur de la tradition de la foi. Et si c’était précisément cela qui nous fait défaut ? D’où vient – et où nous conduit – cette accoutumance aux investitures bricolées, qui désignent n’importe qui en tant que sauveur du christianisme et en tant que guide sûr de ses guides incertains ?".

En fait l’objectif de Benoît XVI – on le sait et le cardinal Kurt Koch, président du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, l’a réaffirmé le 14 mai à Rome, lors d’un colloque consacré au motu proprio "Summorum Pontificum" – n’est pas de faire coexister indéfiniment les deux formes du rite, la moderne et l’ancienne. À l’avenir, l’Église aura de nouveau un rite romain unique. Mais le chemin que le pape voit devant lui pour intégrer les deux formes actuelles du rite est long et plein de difficultés. Et il rend nécessaire la naissance d’un nouveau mouvement liturgique de grande qualité, comme celui qui a préparé le concile Vatican II et auquel Ratzinger lui-même a puisé, le mouvement liturgique de Guardini et de Jungmann, de Casel et de Vagaggini, de Bouyer et de Daniélou, de ces grands qui – ce n’est pas un hasard – ont aussi été des critiques sévères des développements liturgiques postconciliaires.

De même que la liturgie a été, au cours des dernières décennies, le domaine dans lequel se sont manifestées les ruptures les plus évidentes entre le présent de l’Église et sa tradition, de même, avec Benoît XVI, l'herméneutique de la "réforme dans la continuité" a trouvé dans la liturgie son terrain d’épreuve le plus spectaculaire.

Pavie, le 21 mai 2011



Les actes du colloque de Pavie, organisé par l'Union des Juristes Catholiques et présidé par le professeur Giorgio Feliciani, professeur titulaire de droit canonique à l'Université Catholique de Milan, sont en cours d’impression :

> Benedetto XVI legislatore canonico


L'homélie prononcée par Benoît XVI le 29 juin dernier, fête des saints Pierre et Paul et soixantième anniversaire de son ordination sacerdotale :

> "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis..."



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Tony Anatrella, L’éducation sexuelle au temps du sida, de la théorie du genre et des orientations sexuelles

dominicanus #Il est vivant !

 

ROME, Lundi 20 juin 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous une synthèse de la conférence donnée le samedi 28 mai au Vatican par Mgr Tony Anatrella sur l'éducation sexuelle au temps du sida, de la théorie du genre et des orientations sexuelles. Cette conférence a été donnée dans le cadre d'un colloque international organisé par le Conseil pontifical des services de la santé qui avait pour thème : « La personne au centre de la prévention, des soins et des traitements concernant la transmission du VIH (HIV) et la maladie du Sida (Aids) ».


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Conseil Pontifical des Services de la Santé

COLLOQUE INTERNATIONAL

Sur le thème :

« La personne au centre de la prévention, des soins et des traitements concernant la transmission du VIH (HIV) et la maladie du Sida (Aids) »

Cité du Vatican les 27 et 28 mai 2011

L’Éducation aux valeurs dans la prévention du hiv/aids

Ou

L’éducation sexuelle au temps du sida, de la théorie du genre et des orientations sexuelles

Monseigneur Tony Anatrella1

Conférence le samedi 28 mai 2011

(Résumé Synthèse)

La prévention contre les Infections sexuellement transmises (IST) et en particulier la transmission du VIH (HIV) pouvant développer le sida (Aids), a surtout privilégié, jusqu’à présent, les aspects sanitaires et prophylactiques à travers des techniques de protection comme le préservatif. Cette perspective proposée à des jeunes apparaît largement insuffisante quand on sait que le sida est, entre autres, une maladie qui est la conséquence d’un comportement sexuel problématique.

Malgré les campagnes de prévention uniquement centrées sur le préservatif, la plupart des infections sexuelles ont progressé : elles n’ont pas réduit la pandémie. Il est bien connu qu’avec la banalisation de l’usage des préservatifs, les sujets concernés prennent davantage de risques en multipliant les partenaires. Il en va ainsi dans tous les domaines. Là où l’on impose des mesures sécuritaires, les sujets ne considérant plus le danger ou le sens des limites adoptent des conduites opposées à celles qui sont recommandées. La question est de savoir s’il faut réduire l’éducation à de la prévention en ayant une vision pragmatique et utilitaire de la sexualité ou s’il faut apprendre à être en relation avec autrui, à savoir identifier la nature de ses sentiments et comprendre que l’acte sexuel engage ? Le changement de comportement se joue au cœur de la conscience et non pas dans l’usage d’une technique de protection qui masque les véritables enjeux.

Évidemment, comme le rappelait le Pape Benoît XVI dans son livre d’entretien, Lumière du monde, p. 160, si certains sont dans des situations extrêmes de pratiques sexuelles problématiques et immorales, ils ne doivent pas prendre le risque de transmettre le VIH. Il est recommandé de ne pas ajouter le mal à une conduite désordonnée. Il s’agit d’un principe constant de la théologie morale auquel les prêtres savent recourir. Les personnes concernées ont la responsabilité sanitaire de se protéger et de protéger autrui. Nous sommes là face à une question de discernement dans le cas de situations individuelles. Il convient donc de faire une distinction entre un principe général qui uniformise la prévention à un simple aspect technique au lieu d’en appeler à la conscience de chacun pour changer son comportement, et des cas particuliers qui sont éclairés par la loi morale. C’est en ce sens que Benoît XVI s’exprimait et que ses propos ont été précisés par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : la personne qui « infectée par le VIH s’emploie à réduire le risque de contamination, y compris par l’utilisation du préservatif, peut accomplir un premier pas vers le respect de la vie des autres, même si le mal de la prostitution demeure dans toute sa gravité »2.

Le problème posé par une prévention uniquement sanitaire est celui de la banalisation des pratiques sexuelles. La fin ne justifie en aucun cas les moyens. La transmission du VIH est la plupart du temps la résultante d’un comportement qui en est le facteur. Il est indispensable de soigner toutes les personnes et d’en appeler à la solidarité pour l’accès aux soins. Mais il est tout aussi nécessaire de soigner le comportement sexuel de la personne qui grâce à une attitude moralement responsable, s’abstient de pratiques sexuelles psychologiquement dissonantes et moralement contestables, évite de transmettre le VIH. La vision simpliste et précaire de la sexualité favorise la diffusion des maladies sexuellement transmissibles. Elle est souvent présentée comme une réalité qui relève du domaine de la vie privée. Éliminer la dimension sociale de la sexualité humaine concourt à ne se référer ni à ses processus psychiques ni aux normes morales. Dès lors nous assistons à une grave altération du sens des valeurs à partir desquelles se régule le comportement sexuel. Nous devons en tenir compte afin d’évaluer et orienter la prévention dans une perspective qui consiste à humaniser l’acte sexuel dans la symbolique d’une parole donnée qui engage.

En réalité, ce sont surtout les progrès réalisés par les avancées pharmaceutiques grâce aux antirétroviraux qui ont fait diminuer la mortalité et la transmission du VIH. Ce constat n’invalide pas le concept de la prévention. Encore faut-il savoir en quels termes il convient de la penser et de la réaliser.

Autrement dit en voulant se restreindre à une représentation utilitaire et sanitaire de la sexualité, nous faisons l’impasse sur de nombreux enjeux psychologiques, sociaux et moraux. Nous avons donc à nous interroger sur le sens de la sexualité humaine (chapitre 1), sur le sens de l’éducation sexuelle (chapitre 2) et sur le sens des valeurs que nous avons à transmettre (chapitre 3).

 

 

Chapitre 1

Le sens de la sexualité humaine

La sexualité humaine a besoin d’être comprise pour elle-même. Elle risque aujourd’hui d’être redéfinie à partir d’aspects circonstanciés et contextuels qui sont plus ou moins en décalage avec sa structure.

Elle sera ainsi définie au nom du concept de la santé reproductive réduite à la contraception et à l’avortement qui nie le sens de la génération et donc de l’altérité. Elle est également présentée en termes de protection sanitaire pour éviter les infections sexuellement transmissibles (IST). La tentative idéologique de la théorie du genre, conçue sur l’égalitarisme des orientations sexuelles, participe de la même idée en fondant sur une base culturelle l’identité de l’homme et de la femme. Elle nie ainsi l’identité personnelle de chacun qui ne serait qu’un produit social. L’égalité entre l’homme et la femme est une idée fondamentale à accepter. Mais cette vision culturelle de l’identité masculine et féminine, remet en question la différence sexuelle au bénéfice de l’indistinction sexuelle au nom des identités de genre et des orientations sexuelles. Une conception idéaliste et sexuellement désincarnée de la condition humaine.

Nous nous méprenons également lorsque des particularités sexuelles sont présentées comme des qualités quasi ontologiques de la personne. La réflexion est inhibée et faussée par la contrainte sociologique de la « non-discrimination » qui, au nom de l’égalitarisme, considère que les orientations sexuelles présentées comme des identités sont d’égales valeurs alors qu’elles relèvent de la catégorie des désirs. Elles sont plutôt le symptôme de conflits intrapsychiques dans l’histoire subjective d’un sujet. Un problème épistémologique se pose ici que l’on se refuse, pour l’instant, à prendre en compte en confondant l’identité (un donné à intégrer) avec une orientation sexuelle (une inclination psychique).

Il semble donc difficile de vouloir définir la sexualité à partir des maladies sexuellement transmissibles, des moyens prophylactiques, de la séparation de la génération, mais aussi selon les orientations sexuelles et les différentes pratiques sexuelles recherchées pour elles-mêmes sans tenir compte de la structure de la sexualité humaine et de sa finalité.

 

1 – Les comportements actuels

1.Un long parcours affectif, plus ou moins chaotique, est vécu chez les jeunes de 15 à plus de 30 ans. Certains s’impliquent dans une vie affective restreinte à des élections sentimentales plus ou moins passagères. Ils sont en attente et espèrent faire l’expérience de l’amour. La plupart du temps, il s’agit surtout de relations d’attachement marquées émotionnellement. Ils sont déçus et finissent par ne plus croire que l’amour soit possible entre un homme et une femme alors qu’ils ont vécu des épisodes sentimentaux sans avoir encore fait l’expérience de l’amour. La démultiplication d’expériences sentimentales ou sexuelles n’est pas source de maturation. Elle est acquise lorsque les tâches psychiques qui permettent la relation amoureuse, ont réalisé leur travail intérieur à travers le processus de la subjectivation.

2 Des études le confirment, les représentations sexuelles qui organisent parfois la psychologie des jeunes sont souvent d’origine pornographiqueet la plupart du temps ils découvrent la sexualité à partir de sites érotiques sur Internet largement fréquentés (25% des consultants du net, et 74% des jeunes. Entre 10 et 17 ans 40% ont déjà vu de la pornographie). Il n’est pas étonnant de constater que les images sexuelles, et des pratiques plus ou moins violentes, qui reviennent le plus souvent chez des jeunes, sont relatives aux pulsions partielles, à une sexualité orale et anale, cruelle, voyeuriste et exhibitionniste.

3. Il est important de prévenir les jeunes contre les infections sexuellement transmissibles. Mais la prévention contre le Sida s’est surtout inspirée de la valorisation des pratiques sexuelles et de la confusion des identités sexuelles pour présenter des moyens prophylactiquesqui, ce faisant, confortent et banalisent les modèles d’une sexualité anti-relationnelle puisqu’elle est dissociée de l’affectivité et de la dualité des sexes.

4.Fort heureusement de nombreux jeunes veulent se dégager des images d’une sexualité réduite à des pratiquespendant que d’autres aspirent à découvrir le sens de ce qu’elle représente dans l’amour. Tout un type de prévention passe à côté de cette aspiration légitime des jeunes sans oser leur dire qu’il y a des conditions pour s’exprimer sexuellement afin de les aider à grandir et à s’inscrire dans un développement affectif de leur désir.

 

2 – Le statut de la sexualité humaine

1.La sexualité humaine n’est pas comparable à la sexualité animale qui est uniquement centrée sur la reproduction. Elle est la conséquence d’une maturation affective de la relation humaine et s’élabore à travers un système de représentations mentales qui sont la résultante des opérations psychiques qui permettent de passer de la sexualité infantile des pulsions partielles à la sexualité objectale. La psychologie masculine ou féminine se développe toujours en extension à l’intériorisation du corps sexué ; un processus actuellement remis en question au bénéfice d’une vision imaginaire et déréelle du corps.

2. Nous sommes passés depuis les années 1950-1970 de la recherche d’une qualité relationnelle entre les hommes et les femmes à celle des pratiques sexuelles issues des pulsions partielles avec lesquelles le sujet s’affirme. Elles sont voulues pour elles-mêmes et dissociées d’un engagement affectif durable. L’idée se propage que l’expression sexuelle serait neutre et que, répétée à loisir, elle serait sans aucune conséquence sur les personnalités et le lien social. Elle serait un geste insignifiant alors que beaucoup de personnes en sortent psychiquement abîmées et deviennent cyniques à ce sujet. On a même laissé entendre que la relation entre deux personnes de même sexe était équivalente au couple formé par un homme et une femme alors qu’il y a une différence de nature entre l’un et l’autre et que le mariage n’a de sens que dans l’altérité sexuelle. Ainsi la Révolution sexuelle a davantage libéré la sexualité infantile, celle des pulsions partielles et des identifications primaires, qu’elle n’a favorisé une meilleure communication entre les hommes et les femmes dans le lien sexuel.

3. Dans trois essais sur la théorie de la sexualité Freud a décrit la structuration de la sexualité humaine autour de trois idées :

a) Il dit que « la fin de la pulsion est la relation à l’objet », c’est-à-dire à la personne.Or dans le contexte actuel, la pulsion est souvent recherchée pour elle-même indépendamment d’une qualité relationnelle et d’un engagement.

b) Si dans la sexualité infantile, le sujet recherche le plaisir pour lui-même car il croit qu’il est l’objet de son désir et que la source du plaisir est en lui, arrivé à maturité il découvrira que le plaisir est une conséquence de la relation à l’autre.

c) L’acheminement vers la maturation dépend de l’intériorisation de l’altérité sexuelle puisque l’autre c’est toujours l’autre sexe ; et de l’acceptation, dans sa sexualité, de la présence d’une autre génération pour lui donner la vie.

C’est pourquoi, la relation sexuelle n’existe pas. Elle implique une relation globale et préalable à l’expression génitale dans laquelle les époux se rejoignent intimement.

4. Le Bienheureux Jean-Paul II l’a rappelé dans ses catéchèses sur le corps, que la relation engagée entre un homme et une femme s’exprimera sexuellement dans le désir de se rejoindre intimement pour unifier les époux dans leur vie conjugale. Ils se donnent ainsi vie l’un à l’autre dans la jouissance à être ensemble. Et c’est parce qu’ils sont dans cette unité qu’ils pourront devenir procréatifs et appeler à la vie les enfants dont ils peuvent assumer l’éducation. L’asexualité humaine est ainsi unitive et procréative. Le Pape Benoît XVI a également signifié dans son encyclique « Deus caritas est » que l’éros est au cœur de l’expression intime de la vie conjugale (n. 5). En créant le mariage fondé sur la liberté et l’amour, le christianisme a libéré la sexualité dans l’amour conjugal en associant éros et agapè.

 

 

Chapitre 2

Le sens de l’éducation sexuelle

1. Lorsque nous parlons d’éducation sexuelle, nous avons à nous interroger afin de savoir ce que l’on veut dire en parlant de cette façon, ce que l’on veut faire et ce que nous voulons éduquer ?

Devons-nous simplement inviter les jeunes à se protéger, leur décrire des pratiques sexuelles et la façon de les vivre sans danger pour les conforter dans une sexualité pulsionnelle ? Certains adultes affirment que « les rapports sexuels sont normaux dès 14 ans avec le consentement de l’autre », les provoquant ainsi à agir sans autre forme de réflexion au nom de la fausse valeur du « consentement ». Ou bien devons-nous les aider à réfléchir et à penser leur sexualité dans tous ses aspects significatifs afin qu’ils en intègrent les diverses caractéristiques, qu’ils apprennent à aimer, à savoir s’engager et à être fidèles dans une dimension relationnelle ?

La sexualité prend tout son sens dans l’éducation de la vie affective afin de faciliter chez les jeunes l’association de leur génitalité à leur affectivité en apprenant à aimer.C’est en réfléchissant de cette façon que nous favorisons un comportement responsable pour humaniser leur sexualité.

2. La pratique de la réflexion sur la sexualité avec des jeunes nous a appris que ce qui compte le plus dans le message, ce n’est pas d’abord le contenu du message mais la qualité de celui qui l’émet. De plus ce qui se transmet à travers tous les discours sur la sexualité c'est d'abord la structure même du sens qui se cache derrière la démonstration. Or reconnaissons-le,le seul matériau donné à des jeunes reste uniquement du domaine sanitaire et relève de techniques qui entretiennent le pragmatisme ambiant d’une sexualité ludique. Il est donc important de réfléchir sur des questions de sens dont dépend la sexualité plutôt que de favoriser sa mise en acte avec des moyens de protection.

3. Actuellement, le discours central de l’éducation sexuelle consiste à présenter et à exhiber à des jeunes la sexualité des adultes. Les pratiques de ces derniers sont évoquées, au lieu de tenir compte de ce que vivent les jeunes à leur âge, de leurs interrogations et des nécessités éducatives : nous les mettons en position de voyeur. Il y a ainsiune forme d’éducation sexuelle vécue comme une tentative de séduction qui les maintient dans cette économieet provoque une excitation et un débordement chez certains. Ils vont mettre en acte de façon réactionnelle ce qu’ils ont ressenti sans pouvoir encore le situer et l’assumer. Ils ne peuvent assimiler des informations sexuelles qu’à la mesure de l’image qu’ils ont de leur corps. Sinon ces informations sont ignorées. Ils ont besoin de se découvrir à partir de leur éveil progressif sans que celui-ci ne soit précipité de façon anxieuse par les adultes. Il y a ainsi un type d’éducation sexuelle qui est psychologiquement inutile et parfois dangereux quand il altère la représentation sexuée du sujet.

4. Le processus de subjectivation permet à la sexualité d’entrer progressivement dans l’ordre du langage pour la parler, la penser et l’élaborer avant de l’agir. Elle accède ainsi à la dimension symbolique. Le sujet va chercher à identifier ses sentiments et ses émotions et la nature de sa relation, à se situer vis-à-vis de la différence sexuelle et de la complémentarité des sexes, et il réunira les conditions psychiques pour s’acheminer vers l’ordre de l’amour. Celui-ci n’est possible que dans une relation partagée entre un homme et une femme. Parvenu à ce stade, il comprendra son corolaire essentiel : un engagement irrévocable. Dire à l’autre : « je t’aime » signifie : « je ne veux pas que tu meures ». L’amour implique donc la durée, la promesse d’être donné l’un à l’autre, d’être fidèle et de faire histoire ensemble. Ce sont autant de valeurs que les jeunes et les adultes attendent mais qui ne sont pas valorisées dans le monde actuel.

5. L’éducation sexuelle est devenue un enjeu idéologique et politique. Les Organisations internationales et les États ont tendance à se substituer aux parents et aux éducateurs en imposant un modèle inspiré par des exigences sanitaires et par la théorie du genre au nom desidentités de genre et des orientations sexuelles. La responsabilité parentale est essentielle dans ce domaine et aucun éducateur, aucune institution éducative et scolaire ne doivent intervenir sans l'accord des parents. Des programmes sont mis en place actuellement au point dedéposséder des parents de leur rôle en les déclarant incompétents. Il n’est pas admissible que la loi se donne ainsi le droit de démissionner les parents de leur responsabilité éducative et de les punir de peines de prison quand ils refusent que leurs enfants participent à des cours d’éducation sexuelle obligatoire à l’école (cf. en Allemagne une mère de famille a été condamnée à 45 jours de prison). Les dernières directives en matière d’éducation sexuelle de l’UNESCO sont sujettes à caution quant à l’application de ce type de programme qui inaugure une autre anthropologie au nom de nouvelles valeurs.

L’éducation sexuelle est ainsi réduite à la volonté de créer de nouvelles valeurs comme, par exemple, celle du « consentement » entre les personnes. Cettemorale du « consentement » est problématique car elle fait entièrement l’impasse sur l’objectivité d’un acte humain qui relève du registre de la signification du bien ou du mal. Ce n’est pas l’intention et les exigences subjectives du sujet, même si elles ont leur importance, qui font la valeur d’un acte, mais plutôt son adéquation avec le sens objectif de l’amour.

6. Le message que nous donnons aux jeunes va à l’encontre de ce qu’ils ont besoin d’entendre au moment de la maturation de leur sexualité. Les avertissements sur les risques d’infections sexuelles sur lesquellesils doivent être évidemment prévenusfont naître un doute sur la confiance à l’égard de l’autre. Et la prescription en matière de contraception et d’avortement qui met l’accent sur le danger que représente la fertilitéest une négation de leur sexualité qui se développe. Au moment oùils s’éveillent, ils entendent une parole castratrice qui suscite des conduites réactionnellescomme on l’observe à traversl’augmentation de l’avortementchez les moins de 19 ans. En réalité plus ils sont conditionnés par l’idéologie de la protection et plus ils adoptent des conduites risquées et irresponsables de façon réactionnelle pour se libérer de lacastrationambiante. Nous devons oser leur dire avec intelligence qu’ils ne sont pas en âge de s’exprimer génitalement. Leur tenir ce discours les rassure et les libère la plupart du temps. L’expérience pédagogique en ce domaine confirme que c’est parce qu’ils intègrentcette dimension procréative en comprenant qu’ils peuvent devenir père ou mère qu’ils deviennent responsables de leur sexualitéet de leurs sentiments car ils découvrent que leurs gestes sexuels les engagent plus qu’eux-mêmes.

7. Enfin, la sexualité doit toujours être présentée aux jeunes dans sa double finalité : unitivepour nourrir et renforcer l’acte conjugal et procréative afin d’appeler à la vie des enfants que l’on peut éduquer. En dissociant la sexualité unitive de sa dimension procréative, nous risquons de favoriser des personnalités irresponsables. Elles finissent par considérer l’acte sexuel comme le simple usage d’un plaisir sans lendemain alors qu’il est une modalité de la relation amoureuse.

 

 

Chapitre 3

Les valeurs à promouvoir

Nous devons nous interroger afin de savoir si nous avons une conception commune de l’humanité, et donc de la sexualité, qui traverse toutes les cultures puisque nous participons à une égale humanité ?

La sexualité est-elle simplementune activité d’assouvissement, utile et ludique pour faire baisser la tension émotionnelle en chacun ou bien est-elleune modalité de la relation amoureusedans un lien engagé entre un homme et une femme ?

La ligne de fracture se situe entre ces deux conceptions : la première participe du mouvement des identités de genre et des orientations sexuelles, pendant que la seconde s’articule sur la différence sexuelle et la symbolique qu’elle implique dans la relation conjugale et familiale.

Un autre enjeu, souvent oublié, est celui de l’accès à la symbolisation de la sexualité. Du point de vue psychologique, il est important de tenir compte des tâches psychiques de la subjectivation de la sexualité et de privilégier l’éducation morale qui favorise l’intériorisation significative de la vie pulsionnelle. Cette perspective nous éloigne du modèle d’une sexualité pragmatique fondée sur les orientations sexuelles et qui est source de violences. La subjectivation de la sexualité permet au sujet de hiérarchiser la réalisation de ses désirs et, de ce fait, de savoir assumer et orienter son vécu interne dans le sens de l’amour. Il s’achemine ainsi progressivement dans la symbolique sexuelle qui inscrit sa vie pulsionnelle dans une dimension relationnelle.

Il nous faut réfléchir sur la signification de l’amour et ses modes de régulationque sont ; la chasteté, l’abstinence et la fidélité sous un angle psychologique et philosophique, et selon les principes de la raison afin de disposer au départ d’une base commune à notre étude. Cela ne nous empêchera pas de souligner certains aspects théologiques propres à l’intelligence chrétienne.

1 – Éduquer au sens de l’amour

Les jeunes sont parfois dans la confusion des sentiments et certains se laissent facilement déborder par leurs émois. Il leur manque un code du sens de l’amour et de sa morale pour se développer. La question préliminaire à se poser est de savoir qu’est-ce que l’amour puisqu’il ne se confond pas avec un sentiment ? Il est un ordre relationnel dans lequel s’intègrent les émotions, les sentiments et les attraits sexuels dans un engagement à l’égard de l’autre.

Aimer c’est se donner et établir une communion dans la vérité du sens des relations, dans le respect et l’estime de l’autre et dans le désir d’appeler à la vie des enfants afin de transmettre ce que l’on a reçu. L’amour est fondé sur le sens de l’altérité des sexes et donc de l’intériorisation de la personne de l’autre sexe, et en étant capable de s’engager dans une relation qui implique la conjugaison des sexes ; ce qui exclut l’unisexualité.

L’amour implique plusieurs exigences structurant le désir :

Avoir le sens de lalibertéqui s’accompagne toujours du sens de laresponsabilité. Une liberté qui se déploie grâce à un discernement rationnel qui signifie la nature de la relation dans laquelle l’acte sexuel sera possible.

Vivre le sens del’engagementqui inscrit dans le temps et la durée en apprenant dès l’enfance et l’adolescence à savoir tenir sa parole, ses promesses, ses serments et ses responsabilités.

Vivre le sens de lafidélitéet de la générosité qui sont des valeurs de la vie et participent à la morale relationnelle qui fonde la morale sexuelle.

Dans la mentalité individualiste et pragmatique actuelle, être responsable c’est faire ce que l’on veut et être responsable uniquement par rapport à soi-même. Or la vraie responsabilité se joue toujours par rapport à une autre dimension que soi et non pas en se prenant soi-même comme référence.

La personne arrivée à la maturité sexuelle va qualifier affectivement sa sexualité sans se maintenir dans le besoin d'exprimer le sexe pour le sexe. Nous l'avons souligné, la finalité de la pulsion est dans le lien à la personne et le plaisir est la conséquence d'une relation située et réussie. Ainsi l'autre sera aimé pour sa valeur personnelle et originale et non plus pour la fonction de soutien, de sécurité, de valorisation qu'il peut remplir.

2 – Éduquer au sens de la chasteté

La vie pulsionnelle ne s’éduque pas puisqu’elle est un mouvement inconscient qui a sa propre autonomie. En revanche, ce sont les chemins empruntés par la pulsion qui seront à la source des conduites de la personnalité et qui pourront être éduqués.

Si les tâches psychiques consistent à associer génitalité et affectivité, la chasteté est l’attitude morale et spirituelle qui permet d’unifier la sexualité à partir du sens de l’amour.

Dans une perspective chrétienne, elle est aussi un don de Dieu, une grâce et le fruit d’une vie spirituelle active. Elle comporte l’apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine pour ne pas être soumis aux pulsions ni aux influences extérieures.Les fruits de la chasteté sont la joie, la générosité et la fidélité pour vivre de l’amour qui inspire sa vie.

La chasteté qui ne se confond pas avec la continence, est justement la vertu du respect de soi et de l’autre, de l’engagement et du don de soi irréversible, malgré la complexité des désirs et leur réalisation.

Benoît XVI l’a dit : « La vertu de la chasteté [...] n'est pas un 'non' aux plaisirs et à la joie de la vie, mais un grand 'oui' à l'amour comme communication profonde entre les personnes, qui demande du temps et du respect comme un cheminement ensemble vers la plénitude et comme un amour qui devient capable de générer la vie et d'accueillir généreusement la vie nouvelle qui naît »(Discours du 13 mai 2011 aux participants du Colloque organisé par l’Institut Jean-Paul II à Rome).

3 – Éduquer au sens de l’abstinence sexuelle

L’acte sexuel n’est pas une obligation ni une nécessité quand la sexualité est vécue et assumée dans une vie affective située dans un engagement.

L’abstinence sexuelle ne se présente pas tant comme une privation mais comme la condition même du murissement des désirslà où l’environnement actuel, d’une société érotisée avec un déploiement suggestif de visuels, incite à vivre des passages à l’acte séparés de toute dimension affective, à l’impulsivité et à des conduites addictives.

L’abstinence sexuelle est l’occasion d’œuvrer sur soi et de se préparer au don de soi-même dans l’altérité sexuelle. L’abstinence sexuelle est ainsi un temps d’apprentissage et de murissement, un espace de préparation pour l’amour de l’être aimé.

4 – Éduquer au sens de la fidélité

La fidélité est une des conséquences pratiques exigées par l’amour. La personnalité qui intègre la pulsion sexuelle dans son affectivité, prépare les conditions psychologiques de l’accès à la symbolique de l’amour.

Mais les problèmes posés par divers comportements sexuels activent des pathologies virales, favorisent des désarticulations idéologiques au nom des orientations sexuelles et entraînent des déchirures relationnelles du fait de l’infidélité et des séparations qui posent de plus en plus des problèmes de société et de santé psychologique et morale.

Dans ce contexte, il apparaît important d’éduquer au sens de la fidélité. Rien de durable, d’authentique et de fort ne peut se constituer en dehors de la fidélité.

L’infidélité est une insulte faite à l’autre, une mésestime à son égard et un désaveu de la parole donnée. Le conjoint lésé en est profondément blessé et meurtri.

Il y a du divin dans une relation amoureuse. Il ne s’agit ni d’une relation de charme, ni de dépendance, ni d’assouvissement, mais d’une relation d’alliance qui porte du fruit. Elle implique la fidélité.L’amour authentique est allianceet dure de façon irréversible dans le pacte conjugal.La fidélité est une des qualités à honorer dans l’alliance fondée entre les conjoints au nom de l’amour. C’est pourquoi il semble contradictoire de poser les signes sexuels de l’alliance avant qu’elle ne soit engagée dans le mariage et il est pour le moins injuste de s’exprimer sexuellement en dehors de cette fidélité.

Les hommes connaissent leurs faiblesses et leurs fragilités, voire leurs péchés. Ils ne sont pas condamnés à rester dans leurs errements et dans leur désarroi stérile après avoir vécu des illusions sentimentales. Le Christ nous a appris à pardonner et à recevoir le pardon à la suite des offenses faites aux lois de l’amour. Pour celui qui se repent devant Dieu, il est ainsi renouvelé et s’offre à lui une rédemption avec de nouvelles motivations qui l’invitent à changer de comportement et à vivre autrement. Dans cette relation au Christ, il pourra demander pardon au conjoint offensé et repartir, si possible, dans une relation réconciliée.

La fidélité se joue au cœur de l’intériorité de la vie psychique et de la conscience morale. Elle s’éduque dans l’apprentissage du sens de l’autre et de la qualité de ses sentiments personnels. La fidélité est la preuve donnée à l’autre de son amour. Elle en signifie l’engagement dans la durée, et se scelle dans l’alliance conjugale au sein de l’institution matrimoniale.

 

***

 

L’expérience de la préparation au mariage montre bien que l’idée de se marier fait travailler sur soi-même et participe ainsi à son développement personnel dans l’altérité sexuelle. Ceux qui sont mariés savent bien aussi, malgré l’ambivalence et l’inconstance des sentiments, que le fait d’être marié provoque, dans le meilleur des cas, à chercher à affiner sa relation à l’autre. La réflexion sur la sexualité unitive et procréative, tout en comprenant le sens de la limitation des naissances, en utilisant des moyens moralement licites et encore davantage dans une époque où nous devons veiller aux équilibres écologiques, permet de devenir responsable de sa vie affective et sexuelle. Les jeunes réalisent ainsi que leurs gestes les engagent au-delà d’eux-mêmes. Dans ces conditions, ils acquièrent de la maturité et se maîtrisent de façon responsable quand ils savent qu’un jour, ils pourront être père et mère grâce à l’union conjugale scellée dans l’alliance conjugale. L’amour n’est pas un sentiment ni l’usage possessif de l’autre, mais une alliance qui fait mûrir en humanité la vie affective.

 

 

Conclusion

Nous l’aurons compris, le discours sanitaire en matière sexuelle, si utile par ailleurs quand il se situe dans ses limites, n’est pas la mesure du bien. Il est toujours relatif au sens et à la finalité de la sexualité humaine.

La contribution de l’Église est déterminante en matière de prévention face au grave problème de santé publique et de la conscience morale que représente la transmission du VIH. Elle soutient les valeurs de l’abstinence, de la chasteté et de la fidélité qui sont les conditions de l’amour et permettent de le comprendre et de l’intérioriser, et ainsi de devenir responsable de ses actes. Elles sont les critères éducatifs à mettre en œuvre dans les campagnes de prévention contre le sida. Il est nécessaire d’en appeler ainsi à la conscience psychologique et morale car elle est le lieu des remaniements internes et des décisions éthiques que des prescriptions sanitaires ne peuvent pas, à elles seules, mobiliser et ennoblir.

Le Bienheureux Jean-Paul II, lors de son discours aux jeunes de Kampala (Ouganda 1993), rappelait combien le sens authentique de l'amour libère de la possession d'autrui et engage au-delà de soi-même. « Les gestes, dit le Saint Père, sont comme des "paroles" qui révèlent ce que nous sommes. Les actes sexuels sont comme des "paroles" qui révèlent notre cœur (...) Le "langage" sexuel honnête exige un engagement à la fidélité qui dure toute la vie. Donner votre corps à une personne, c'est vous donner tout entier à cette personne. » Le Pape d’heureuse mémoire fut largement entendu par les jeunes, même s’ils savent que les chemins de l’amour ne coïncident pas avec la facilité. C’est pourquoi, ils étaient attentifs à ses réflexions pour orienter leur existence.

Les principes éducatifs à mettre en œuvre se résument de la façon suivante :

1 Il nous faut favoriser l’intériorisation de la sexualité en tenant compte des processus psychiques de la maturation du stade génital et de sa symbolisation, et des exigences morales de l’amour.

2 La prévention doit-être centrée sur la découverte de la richesse à s’engager au nom de l’amour afin d’en comprendre ses modes de régulation à travers le sens de l’abstinence comme préparation du don de soi, le sens de la chasteté comme respect de soi et de l’autre et le sens de la fidélité comme preuve de l’amour donné qui sont à la base du développement de la relation amoureuse.

3 L’éducation au sens de la responsabilité personnelle dans la recherche du bien moral de l’amour, se réalise toujours en présentant l’expression sexuelle unissant davantage les époux et sa dimension procréative révélant que les actes humains personnels engagent plus que soi-même. Les jeunes et les adultes pourront ainsi apprendre à situer leurs sentiments, leurs émotions et leurs attraits dans la perspective de l’amour.

« Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veut refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors le corps et l’esprit perdent leur dignité. Et si, d’autre part, il renie l’esprit et considère donc la matière, le corps, comme étant la réalité exclusive, il perd également sa grandeur. … Mais ce n’est pas seulement l’esprit ou le corps qui aime : c’est l’homme, la personne, qui aime comme créature unifiée, dont font partie le corps et l’âme. C’est seulement lorsque les deux se fondent véritablement en une unité, que l’homme devient pleinement lui-même » (Benoît XVI, lettre encyclique Deus caritas est, n.5).

 

Monseigneur Tony ANATRELLA

Cité du Vatican le samedi 28 mai 2011

 

Monseigneur Tony Anatrella est Psychanalyste, Spécialiste en psychiatrie sociale. Enseignant aux Facultés libres de Philosophie et de Psychologie (IPC) et au Collège des Bernardins (Paris). Il est Consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille et du Conseil Pontifical pour la Santé. Membre de la Commission internationale d’enquête sur Medjugorje de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Pour en savoir plus sur le thème de cette conférence voir : Tony Anatrella : « Le sexe oublié », Paris, Flammarion. « L’amour et l’Église » reprise du livre « L’amour et le préservatif », Paris, Flammarion. « La différence interdite », Paris, Flammarion, « Le règne de Narcisse », Paris, Les Presses de la Renaissance. « La tentation de Capoue », Paris, Cujas. Dernier livre de l’auteur traduit en italien : Felici e sposati, - Coppia, convivenza, matrimonio -, Bologne, ESD.

2 Note sur la banalisation de la sexualité à propos de certaines interprétations de « Lumière du monde », de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 21 décembre 2010.

 

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