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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

il est vivant !

Mgr D. Rey, À la lumière du mystère pascal, le courage de la vérité

dominicanus #Il est vivant !

 


 

Le lundi 6 avril 2009, Mgr Dominique Rey a présidé la messe chrismale en la cathédrale Notre-Dame de la Seds à Toulon. Plus de 200 prêtres et diacres étaient présents entourés de très nombreux fidèles, religieux et religieuses. Rentrant de l’Assemblée plénière des évêques de France qui vient de se tenir à Lourdes pour sa session de printemps, Mgr Rey a prononcé une homélie très en lien avec l’actualité de l’Église. Fait rare, l’homélie s’est achevée par un tonnerre d’applaudissements.



LA TEMPÊTE MEDIATIQUE que l’Église a traversée depuis quelques semaines, nous invite à faire une relecture spirituelle et ecclésiale de ces événements, à la lumière du mystère pascal que nous allons célébrer tout au cours de cette semaine.

 

J’ai reçu beaucoup de courriers. Les uns exaspérés, scandalisés, vindicatifs…devant l’attitude du Pape, ou de tel évêque, bien sûr sans que l’accusateur ait pris le soin de remonter à la source de l’information pour rechercher l’exactitude du propos et la vérité des faits, otage qu’il était de la vague émotionnelle ou des slogans… D’autres manifestaient leur soutien indéfectible au St Père, en sachant qu’à travers sa personne, on s’en prenait à l’Église tout entière puisque le successeur de Pierre est le garant de sa communion et de son Magistère.


Sans doute, ceux-là percevaient-ils, qu’au-delà des maladresses réelles de communication interne et externe, la bourrasque relevait d’autres enjeux, sur le fond et sur la forme.



D’abord sur le fond

L’indignation médiatique s’est imposée à propos des questions éthiques : aujourd’hui, c’est la question de l’avortement, l’utilisation du préservatif. Hier, c’était la question de l’euthanasie ou du statut de l’embryon, demain, ce sera le mariage homosexuel et l’homo-parentalité.

On baptise facilement l’évolution des mœurs du nom de « progrès », et le législateur est convoqué à la cérémonie du baptême pour enregistrer officiellement l’adoption des nouveaux modes de vie.

À la remorque des groupes de pression, au départ très minoritaires, et par électoralisme, le politique sanctionne la « dérive morale des continents » comme inéluctables. Elle se contente d’enregistrer l’évolution des mœurs…

Lorsqu’il s’agit de l’avenir de la planète, de la disparition de la faune et de la flore, des gaz à effet de serre, le Grenelle de l’environnement adopte prudemment des mesures disciplinaires et contraignantes. En ce qui concerne l’éthique et la vie humaine, les repères font défaut. La reconnaissance par la loi des situations particulières prend le pas sur toute approche globale qui serait portée par une anthropologie commune.

 



La mission prophétique de l’Église

L’Église elle, ne se détermine pas à partir des sondages et du changement du climat idéologique. Elle a pour boussole l’Évangile. Elle met le cap vers un Royaume où l’homme a été libéré par le Christ du mensonge et de l’idolâtrie. Il y a été rendu à sa dignité originelle et à sa vocation filiale. Par la voix du successeur de Pierre, qui se trouve placé à la proue du navire, l’Église désigne de loin, à travers les tempêtes et les péripéties de l’histoire, le port où Dieu nous attend.

Elle manquerait à sa mission prophétique, si sa voix se taisait par timidité, par lâcheté ou par compromission. Sa vocation, c’est la fidélité à son Epoux, le Christ, à sa présence en elle, à son enseignement, par sa parole.

Oui, l’Église ne peut que protester lorsqu’offense est faite à la vie humaine dès sa conception, dans le sein de sa mère. Elle proteste pour ces 220 000 avortements pratiqués chaque année en France, et qui tendent peu à peu à devenir un moyen contraceptif. Elle proteste en pensant à l’aveuglement de ceux qui les pratiquent, au déchirement de celles qui les subissent, et qu’elle se doit d’accompagner parce qu’elle est mère, elle aussi. L’Église prie pour ceux que l’on a empêché de vivre pour mille raisons qui ne se justifieront jamais, malgré la légalité des actes, de leur légitimité morale.

L’Église proteste encore quand elle s’inscrit en faux lorsqu’on promeut des modèles de famille qui privent l’enfant de la référence paternelle ou maternelle, indispensable à sa croissance humaine.

Face à la propagation du Sida, tout en prenant en compte les besoins de précautions, l’Église fait appel en premier lieu à la responsabilité dévolue à chacun d’inscrire la relation affective et sexuelle à l’intérieur d’un projet de vie stable et par une promesse dans la donation de soi, que Dieu vient bénir. Les actes que pose l’Église accompagnent son enseignement. En Afrique elle est la première ONG à œuvrer pour accueillir, soigner, accompagner les populations séropositives dans des dispensaires ou hôpitaux, et à rappeler dans ses écoles, avant les mesures prophylactiques à prendre, surtout à éduquer à la dignité de la sexualité, au sens de la maîtrise de soi et au respect du corps.


Un évêque camerounais de passage dans le Var, et qui venait d’accompagner le Saint Père dans son récent voyage en Afrique, était outré par les commentaires suffisants des soi-disant experts. « N’y-aurait-il pas du racisme lorsqu’on veut imposer aux Africains l’usage du préservatif comme si nous sommes jugés incapables de modifier nos modes de relations affectives ? » Et l’évêque d’ajouter : « Cette infantilisation culpabilisante est insupportable. Elle relève d’une forme de néo-colonialisme. »


Il y a peu, l’Église dénonçait — non pas l’acharnement thérapeutique — mais l’euthanasie lorsque la prétention eugénique d’une société, décide qui doit vivre et qui doit mourir.

Elle s’insurge aussi contre la manipulation de l’embryon humain, traité comme un matériau de laboratoire, du corps humain considéré comme une boîte à outils.

La protestation de l’Église touche en réalité la transgression des interdits fondamentaux qui structurent toute vie en société : le refus du meurtre, alors que l’atteinte à la vie est légalisée dès le sein de la mère ; la différentiation sexuelle homme/femme alors qu’elle est niée par la promotion de nouveaux modèles de sexualité et la confusion des genres (le culturel n’assumant plus le biologique) ; la prohibition de l’inceste qui est contournée par la revendication d’engendrer pour autrui, avec la possibilité, par exemple, de devenir mère porteuse de sa petite fille.

 



La dictature de la pensée unique




Un célèbre publicitaire m’avait confié : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface. »

C’est à l’aune de cet adage que j’interprète la virulence des commentaires qui se sont exprimés vis-à-vis de Benoît XVI.

La violence insidieuse, banalisée, faite à la personne humaine en violant les interdits constitutifs de son humanité, enfante la brutalité vis-à-vis de quiconque oserait les dénoncer. Oui, Benoît XVI, dans la fidélité à l’enseignement de l’Église, a osé braver la dictature de la pensée unique ! La tolérance revendiquée si souvent…a alors fait place à l’incantation autiste, sans qu’on ait pris le temps de comprendre les faits, de croiser l’information, de relire les déclarations du pape. L’aveuglement émotionnel est devenu inquisition véhémente et lynchage, condamnant quelqu’un (le pape) de façon caricaturale pour des idées qui ne sont pas les siennes, pour des actes qu’il n’a pas commis, des propos qu’il n’a pas tenus. La curée médiatique s’est faite sous impunité garantie.

Beaucoup de chrétiens n’ont pu que se sentir blessés par de tels outrages, par le cynisme de certains représentants de la nation qui complaisamment, ont sali l’image du Saint-Père.

Je souhaite qu’au cours de cette semaine sainte, nous puissions particulièrement prier à son intention dans toutes nos communautés chrétiennes, et plus particulièrement le Vendredi Saint. Nous le ferons ici dans le centre ville de Toulon, par une procession publique et solennelle. Le Chemin de Croix partira à 12h de l’église St-Louis jusqu’à la cathédrale. Venez nombreux !

En ce temps liturgique, comment ne pas associer, sans spiritualiser à l’excès, ces vociférations médiatiques aux cris de la foule en furie qui s’en prenait au Christ sur la route du Golgotha ? A un moment ou à un autre de notre itinéraire spirituel, ou de la marche de l’Église, notre route croise, comme Simon de Cyrène, Celui qui est chargé d’une croix trop lourde à porter. L’Évangile n’est pas plus facile à vivre ni à proclamer aujourd’hui qu’il y a quelques siècles.

 



Avoir le courage de la vérité

Et pourtant, en son temps, Jésus fut maître en communication. Le Verbe de Dieu savait parfaitement user de la parole humaine. Les évangiles sont une leçon de rhétorique. Néanmoins, Luc note soigneusement que la première prédication à Nazareth se conclut par un échec évident. Je le cite : « Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville pour le précipiter en bas. »

La semaine passée, l’évangile de Jean rapportait qu’après avoir annoncé aux siens son unité avec le Père, les auditeurs « à nouveau, ramassèrent des pierres pour le lapider ».

« Le langage de la Croix est folie pour ceux qui se perdent. Mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu », dira l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Cor, 18 sq).

Cette sainte Croix que nous allons baiser de nos lèvres, dans quelques jours, nous convoque à la suite du Christ qui l’a embrassée, à avoir le courage de la vérité. Le courage de la proclamer. Le courage de l’enseigner, à temps et à contretemps. C’est ce qu’on attend du prêtre dans la responsabilité pastorale que l’évêque lui confie. C’est ce qu’on attend du fidèle laïc en raison de l’engagement baptismal au cœur du monde.

Mais cette parole n’est audible et crédible que si nos propres vies font la preuve de sa fécondité.

Les soubresauts médiatiques de ces derniers jours nous invitent à ne pas nous dérober à la responsabilité prophétique que l’Église doit assumer face aux défis anthropologiques et éthiques des temps à venir. Nos silences seraient complices des dérives possibles.

Cette responsabilité est en premier lieu éthique. Face à la crise économique et financière sans précédent et à l’émergence des nouvelles pauvretés et des clivages grandissants entre riches et pauvres qu’elle provoque, face au chômage et à l’endettement de beaucoup, face aux menaces écologiques et environnementales qui pèsent sur la planète…, les appels répétés à une « moralisation » de la vie publique, dans la gestion des ressources naturelles et financières, et dans le management des décideurs et des institutions, rejoignent les protestations de l’Église en faveur d’une « écologie de l’homme » (Benoît XVI), en faveur d’une éthique de la vie humaine, pour en décliner la grammaire et la syntaxe.

Sauver la planète : oui.
Sauver l’économie : oui.

Mais d’abord sauver l’homme de lui-même. Le sauver de la tentation de Babel. Dans un monde globalisé, de plus en plus interconnecté et interactif, il s’agit de préserver son unicité, sa singularité, sa liberté intérieure, sauver sa raison. Bref, honorer son humanité.

Cette indignation que l’Église, comme autorité morale, porte seule, n’est pas un retour en arrière. Malgré les accusations de ses contradicteurs, elle ne vire pas au conservatisme en marchant à rebours de l’histoire. Bien au contraire, elle énonce audacieusement les conditions d’un avenir possible. Elle confesse une espérance en faisant mémoire de son origine. Elle porte à notre monde l’exigence que son futur soit aussi une promesse. Elle conteste ses leurres. Parce qu’elle est uniquement attachée au Christ, qui lui confie ses paroles de salut, l’Église est libre de tout autre intérêt ou calcul. Et cette liberté la situe en posture critique, décalée et dissidente par rapport au conformisme qui fait le lit du totalitarisme.

 




Deuxième responsabilité de l’Église : la communion




Le pape l’a magnifiquement signifiée aux évêques du monde entier par la lettre qui fait suite et explique la levée de l’excommunication des évêques lefebvristes.

L’Église, sacrement universel du salut, doit fournir le signe de cette communion de l’intérieur d’elle-même, et dans la relecture lucide de sa propre histoire. Cette communion est la tâche quotidienne du pasteur. Sa joie et sa souffrance. Il l’exerce au prix de sa vie et de sa prière. Chaque eucharistie nous rappelle que cette communion ne relève pas d’abord d’un art de la médiation sociale ou de l’arbitrage affectif, mais qu’elle se noue au pied de la Croix, dans l’engagement sacerdotal à suivre le Maître jusqu’au bout, dans l’exercice de la miséricorde.

C’est ce que le Pape a redit avec tellement de justesse dans son dernier courrier. Par un curieux retournement de l’histoire, un nouvel intégrisme pointe le nez lorsqu’on refuse que l’Église tende la main à ceux qui se sont éloignés, en les enfermant dans leur étiquette et dans leur passé. Benoît XVI a été explicite : « Pouvons-nous les exclure, comme représentant un groupe social marginal, de la recherche de la réconciliation et de l’unité ? » Ni le négationnisme affiché par Mgr Williamson, ni le pharisianisme de ceux qui s’arrogent le monopole de l’interprétation de Vatican II, ne parviendront à altérer cette communion ecclésiale qui s’enracine dans la vie trinitaire, se déploie en premier lieu dans la famille, et puis s’incarne dans chaque communauté chrétienne.

Chers Frères dans le sacerdoce, dans cette crise aux multiples visages que traverse notre société, l’Église nous convoque à être promoteur de cette communion. Face à la poussée des individualismes, de l’anonymat et du protectionnisme, la diaconie du Christ et de l’Église (que nous célébrons cette année dans notre diocèse) fait de nous des serviteurs, humbles et joyeux, d’une fraternité nouvelle, où l’on découvre peu à peu que le vrai bonheur c’est faire celui des autres, pour devenir ainsi « une oasis d’espérance pour notre prochain » (Benoît XVI).


+ Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

 

Source : www.diocese-frejus-toulon.com avec son aimable autorisation

Intertitres de la direction de la communication du diocèse.

www.libertepolitique.com


Voir la vidéo de l'homélie de Mgr Rey :

Le secret de la popularité de Benoît XVI ... Malgré tout !

dominicanus #Il est vivant !

Bien qu'assailli par les critiques, ce pape continue à obtenir la confiance des grandes masses. Son voyage en Afrique et une enquête en Italie le prouvent. La raison, c'est qu'il parle de Dieu à une humanité en quête d'orientation


par Sandro Magister


 


ROME, le 27 mars 2009 – Rentrant de son voyage au Cameroun et en Angola, Benoît XVI a dit aux journalistes, dans l’avion, que deux choses s’étaient particulièrement gravées dans sa mémoire:

"D’une part la cordialité quasi exubérante, la joie, d’une Afrique en fête. Ils ont vu dans le pape la personnification du fait que tous, nous sommes les enfants et la famille de Dieu. Cette famille existe et nous, avec toutes nos limites, nous sommes dans cette famille et Dieu est avec nous.

"D’autre part l’esprit de recueillement dans les liturgies, le sens aigu du sacré: dans les liturgies, il n’y avait pas d’auto-présentation des groupes, pas d’auto-animation, mais la présence du sacré, de Dieu lui-même. Les mouvements, les danses, étaient également toujours empreints de respect et de conscience de la présence divine".

Popularité et présence de Dieu. La combinaison de ces deux éléments est le secret du pontificat de Joseph Ratzinger.

***

Benoît XVI pape populaire? L’idée semble contredite par la tempête de critiques hostiles qui s’abat chaque jour sur lui, venant des médias du monde entier. Ces critiques ont enregistré un crescendo sans précédent au mois dernier. Désormais, même des représentants officiels de gouvernements n’hésitent pas à mettre le pape en accusation.

Mais si l’on se réfère aux grands nombres, l’impression est différente. A tous ses voyages, la cote de popularité de Benoît XVI a été plus élevée que prévu. Pas seulement en Afrique mais aussi dans des pays difficiles comme les Etats-Unis ou la France. A Rome, il y a à chaque fois plus de monde sur la place Saint-Pierre pour l'Angélus du dimanche à midi qu’au temps de Jean-Paul II.

Cela ne signifie pas que ces mêmes foules acceptent et pratiquent en totalité les enseignements du pape et de l’Eglise. D’innombrables enquêtes montrent qu’en matière de mariage, de sexualité, d'avortement, d'euthanasie, de contraception, les idées de bien des gens sont plus ou moins éloignées du magistère catholique.

Mais, parallèlement, beaucoup de ces mêmes personnes manifestent un profond respect pour la figure du pape et pour l'autorité de l’Eglise.

Le cas de l'Italie est exemplaire. Le 25 mars dans "la Repubblica" – le plus important quotidien progressiste, très caustique dans ses critiques de Benoît XVI – le sociologue Ilvo Diamanti a confirmé pour la énième fois la très grande confiance que les Italiens continuent à avoir en l’Eglise et en le pape, malgré le désaccord fréquent sur divers points de son enseignement.

Par exemple, quand on leur demande s’ils sont ou non d’accord avec ce qu’a dit le pape à propos du préservatif "qui ne résout pas le problème du sida mais l’aggrave", trois sur quatre disent ne pas être d’accord.

Mais les mêmes personnes, quand on leur demande quelle confiance elles ont en l’Eglise, répondent "grande" ou "très grande" à 58,1 %. Même grande confiance en Benoît XVI, avec 54,9 %.

Ce n’est pas tout. La même enquête montre que, depuis un an, la confiance en l’Eglise et en Benoît XVI n’a pas baissé mais augmenté.

Voici comment le professeur Diamanti explique ce contraste apparent:

"L’Eglise et le pape interviennent de façon ouverte et directe sur des sujets sensibles d'éthique publique et privée. Les réponses qu’ils proposent peuvent être discutées et le sont souvent, elles sont contestées à gauche ou à droite. Mais ils offrent des certitudes à une société qui en manque et recherche des références et des valeurs. Voilà pourquoi 8 italiens non pratiquants sur 10 jugent important de donner à leurs enfants une éducation catholique et les inscrivent à l’heure de religion, pourquoi une très large majorité des familles – près de 90 % – destine 0,8 % de son impôt sur le revenu à l’Eglise catholique".

On peut ajouter que c’est pour le même motif que le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, ne s’est pas joint ces jours-ci au chœur des critiques adressées au pape par des représentants de la France, de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Espagne, etc. Il s’est même exprimé de manière opposée.

Le 21 mars, il a dit qu’il fallait respecter l’Eglise et défendre sa liberté de parole et d’action "même quand elle proclame des principes et des concepts difficiles et impopulaires, éloignés des opinions à la mode". Berlusconi a ainsi exprimé simplement ce qui est un sentiment commun à de très nombreux Italiens.

***

Les faits que l’on vient de rappeler font déjà entrevoir le fond de la question: la popularité de Benoît XVI est précisément due à la manière dont il remplit sa mission de successeur de Pierre.

Ce pape est respecté et admiré pour une raison fondamentale: il a mis au-dessus de tout une priorité qu’il a formulée de la façon suivante dans sa lettre du 10 mars aux évêques, document capital de son pontificat:

"À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1), en Jésus-Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que, tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein".

Le dimanche 15 mars, deux jours avant son départ pour l'Afrique, Benoît XVI n’a pas dit autre chose pour expliquer le but de son voyage à la foule rassemblée pour l'Angélus sur la place Saint Pierre:

"Je pars pour l’Afrique conscient de n’avoir à proposer et donner à ceux que je vais rencontrer rien d’autre que le Christ et la bonne nouvelle de sa Croix, mystère d’amour suprême, d’amour divin qui vient à bout de toute résistance humaine et rend possibles même le pardon et l’amour pour les ennemis. C’est la grâce de l’Evangile, capable de transformer le monde, la grâce qui peut aussi renouveler l’Afrique parce qu’elle génère une irrésistible force de paix et de réconciliation profonde et radicale. L’Eglise n’a pas d’objectifs économiques, sociaux et politiques, elle annonce le Christ, sûre que l’Evangile peut toucher le cœur de tous et le transformer, renouvelant ainsi de l’intérieur les hommes et les sociétés".

Au Cameroun et en Angola, le cœur du message du pape a effectivement été celui-là. Pas les condamnations – même s’il les a exprimées en termes forts – des maux du continent et des responsabilités de ceux qui les génèrent, mais, avant tout, ce que Pierre annonce à l’impotent, au chapitre 3 des Actes des Apôtres: "Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne: au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, lève-toi et marche!"

Il serait intéressant de faire une anthologie des passages les plus significatifs des 19 discours, messages, interviews, homélies prononcés par Benoît XVI pendant les sept jours de son voyage au Cameroun et en Angola.

Mais pour comprendre le sens profond de sa mission, il suffit de reproduire ici un seul texte emblématique: l'homélie prononcée par Benoît XVI à la messe de samedi 21 mars à l’église Saint-Paul de Luanda.

L’esprit de recueillement, le sens aigu de la présence de Dieu des foules qui suivaient la liturgie sont restés gravés dans la mémoire du pape, de même que la gaieté exubérante avec laquelle elles l'ont accueilli et entouré, s’expliquent aussi par cette homélie prononcée par le pape Ratzinger dans une lointaine église d'Afrique:



"Efforçons-nous de connaître le Seigneur"

par Benoît XVI


Chers frères et sœurs, bien-aimés ouvriers de la vigne du Seigneur, comme nous venons de l’entendre, les fils d’Israël se disaient l’un à l’autre: "efforçons-nous de connaître le Seigneur" (Os 6, 3). Par ces paroles, ils s’encourageaient mutuellement, alors qu’ils étaient plongés dans les tribulations. Celles-ci les avaient accablés – explique le prophète – parce qu’ils vivaient dans l’ignorance de Dieu et leurs cœurs étaient pauvres d’amour. Le seul médecin en mesure de les guérir, c’était le Seigneur. Mieux encore, lui-même, comme un bon médecin, ouvre la plaie, afin de guérir la blessure. Le peuple se décide alors: "Allons! Revenons au Seigneur! C’est lui qui nous a cruellement déchirés, c’est lui qui nous guérira" (Os 6, 1). C’est ainsi qu’ont pu se rencontrer la misère humaine et la Miséricorde divine, qui ne désire rien d’autre que d’accueillir les miséreux.

Nous le voyons dans la page d’Évangile qui vient d’être proclamée: "Deux hommes montèrent au Temple pour prier"; de là, l’un s’en retourna "juste et l’autre, non" (Lc 18, 10.14). Ce dernier avait mis en avant tous ses mérites devant Dieu, faisant de Lui presque son débiteur. Au fond, il n’éprouvait pas le besoin de Dieu, même s’il Le remerciait de lui avoir accordé d’être si parfait "et non comme ces publicains". Pourtant, c’est le publicain qui reviendra chez lui justifié. Conscient de ses péchés qui le faisaient rester la tête basse – mais en réalité il était tout tourné vers le Ciel – il attendait tout du Seigneur: "Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis" (Lc 18, 13). Il frappait à la porte de la Miséricorde, laquelle s’ouvre et le justifie parce que, conclut Jésus: "Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé" (Lc 18, 14).

De ce Dieu, riche en miséricorde, saint Paul nous parle en vertu de son expérience personnelle, lui qui est le patron de la ville de Luanda et de cette magnifique église, construite voilà près de cinquante ans. J’ai souhaité souligner le bimillénaire de la naissance de saint Paul par la célébration de l’Année paulinienne qui est en cours, dans le but d’apprendre de lui à mieux connaître Jésus Christ. Il nous a laissé le témoignage suivant: "Voici une parole sûre et qui mérite d’être accueillie sans réserve: le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs; et moi le premier, je suis pécheur, mais si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle" (1 Tm 1, 15-16). Au fil des siècles, le nombre de ceux qui ont été touchés par la grâce n’a cessé d’augmenter. Toi et moi, nous sommes de ceux-là. Nous rendons grâces à Dieu parce qu’il nous a appelés à prendre place dans cet immense cortège pour nous conduire vers l’avenir. À la suite de ceux qui ont suivi Jésus et avec eux, nous suivons le même Christ et nous entrons ainsi dans la Lumière. [...]

La rencontre avec Jésus, alors qu’il marchait sur le chemin de Damas, a été fondamentale dans la vie de Paul: le Christ lui apparaît comme une lumière éblouissante, lui parle et conquiert son cœur. L’apôtre a vu Jésus ressuscité, c’est-à-dire l’homme dans sa stature parfaite. Un renversement de perspective s’est alors produit en lui et il s’est mis à envisager toute chose à partir de cet état final de l’homme en Jésus-Christ: désormais, ce qui lui semblait à l’origine essentiel et fondamental ne vaut pas plus pour lui que des "balayures"; ce n’est plus un gain mais une perte, parce que maintenant il n’y a plus que la vie dans le Christ qui compte (cf. Ph 3, 7-8). Il ne s’agit pas d’une simple maturation du "moi" de Paul, mais d’une mort à soi-même et d’une résurrection dans le Christ: en lui est morte une certaine forme d’existence; et avec Jésus ressuscité, une forme nouvelle est née.

Chers frères et amis, "efforçons-nous de connaître le Seigneur" ressuscité! Comme vous le savez, Jésus, homme parfait, est aussi le vrai Dieu. En Lui, Dieu est devenu visible à nos yeux pour nous rendre participants de sa divinité. De cette façon, une nouvelle dimension de l’être et de la vie surgit avec lui, dans laquelle la matière a elle aussi sa part et par laquelle un monde nouveau apparaît. Mais, dans l’histoire universelle, ce saut qualitatif que Jésus a accompli à notre place et pour nous, comment rejoint-il concrètement l’être humain, en pénétrant sa vie et en l’emportant vers le Haut? Il rejoint chacun d’entre nous à travers la foi et le baptême. En effet, ce sacrement est mort et résurrection, transformation en une vie nouvelle, à tel point que la personne baptisée peut affirmer avec saint Paul: "je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi" (Ga 2, 20). Je vis, mais ce n’est déjà plus moi. D’une certaine façon, je suis enlevé à moi-même et je suis intégré dans un "Moi" plus grand; mon moi est encore présent, mais il est transformé et ouvert aux autres moyennant mon insertion dans un Autre: dans le Christ, j’ai acquis mon nouvel espace de vie. Qu’est-il donc advenu de nous? Paul répond: vous êtes devenus un dans le Christ (cf. Ga 3, 28).

Grâce à cet être christifié par l’œuvre et la grâce de l’Esprit-Saint, la croissance du Corps du Christ se réalise peu à peu tout au long de l’Histoire. En cet instant, il me plaît de revenir, par la pensée, cinq cents ans plus tôt, c’est-à-dire vers les années 1506 et suivantes, quand s’est formé sur cette terre, alors que les Portugais étaient présents, le premier royaume chrétien sub-saharien, grâce à la foi et à la détermination politique du roi Dom Afonso Ier Mbemba-a-Nzinga, qui régna de 1506 à 1543, année de sa mort; le royaume demeura officiellement catholique de la fin du XVIe siècle jusqu’au XVIIIe, ayant son ambassadeur à Rome. Vous voyez que deux peuples très différents – bantou et lusitanien – ont pu trouver dans la religion chrétienne un terrain d’entente et se sont ensuite employés à ce que cette entente se prolonge et que les divergences – il y en a eu et d’importantes – ne séparent pas les deux royaumes. De fait, le Baptême permet que tous les croyants soient un dans le Christ.

Aujourd’hui, frères et sœurs, il vous revient, dans le sillage des saints et héroïques messagers de Dieu, de présenter le Christ ressuscité à vos concitoyens. Ils sont très nombreux à vivre dans la peur des esprits, des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacés; désorientés, ils en arrivent à condamner les enfants des rues et aussi les anciens, parce que – disent-ils – ce sont des sorciers. Qui ira auprès d’eux pour leur dire que le Christ a vaincu la mort et toutes les puissances des ténèbres (cf. Ep 1, 19-23; 6, 10-12)? On objectera: «Pourquoi ne pas les laisser tranquilles? Ils ont leur vérité et nous la nôtre. Cherchons à vivre pacifiquement, en laissant chacun comme il est, afin qu’il réalise le plus parfaitement possible sa propre identité". Mais si nous sommes convaincus et avons fait l’expérience que, sans le Christ, la vie est inachevée, qu’une réalité – la réalité fondamentale – lui fait défaut, nous devons être également convaincus du fait que nous ne faisons d’injustice à personne si nous lui présentons le Christ et lui donnons la possibilité de trouver, de cette façon, non seulement sa véritable authenticité, mais aussi la joie d’avoir trouvé la vie. Bien plus, nous avons le devoir de le faire; c’est un devoir d’offrir à tous cette possibilité dont dépend leur éternité.

Frères et sœurs très chers, disons-leur comme le peuple d’Israël: "Allons! Revenons au Seigneur! C’est lui qui nous a cruellement déchirés, c’est lui qui nous guérira". Aidons la misère de l’homme à rencontrer la Miséricorde divine. Le Seigneur fait de nous ses amis, Il s’en remet à nous, Il nous confie son Corps dans l’Eucharistie, Il nous confie son Église. Nous devons donc être véritablement ses amis, avoir avec Lui les mêmes sentiments, vouloir ce que Lui veut et ne pas vouloir ce qu’Il ne veut pas. Jésus lui-même a dit: "Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande" (Jn 15, 14). Que ce soit là notre engagement commun: faire, ensemble, sa sainte volonté: "Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création" (Mc 16, 15). Épousons sa volonté, comme saint Paul l’a fait: Annoncer l’Évangile, "c’est une nécessité qui s’impose à moi: malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile!" (1 Co 9, 16).




Tous les discours et homélies du voyage de Benoît XVI en Afrique, sur le site du Vatican:

> Voyage apostolique au Cameroun et en Angola, 17-23 mars 2009



Le précédent article de www.chiesa à propos de ce qu’a dit le pape sur la manière de combattre le sida:

Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article...En Afrique le préservatif, au Brésil l'avortement: Bombes à retardement




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa

Benoît XVI annonce l’année sacerdotale du 19 juin 2009 au 19 juin 2010

dominicanus #Il est vivant !
Assemblée de la Congrégation pour le clergé : Discours de Benoît XVI

ROME, Mardi 17 mars 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le pape Benoît XVI a adressé lundi 16 mars aux participants à l'assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé.


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Messieurs les cardinaux,

vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce !


Je suis heureux de pouvoir vous accueillir à l'occasion de cette audience spéciale, la veille de mon départ pour l'Afrique, où je me rendrai pour remettre l'Instrumentum laboris de la deuxième assemblée spéciale pour l'Afrique du synode des évêques, qui se tiendra ici à Rome au mois d'octobre prochain. Je remercie le préfet de la Congrégation, Monsieur le cardinal Cláudio Hummes, pour les paroles cordiales à travers lesquelles il a interprété les sentiments communs et je vous remercie pour la belle lettre que vous m'avez écrite. Avec lui je vous salue tous, supérieurs, officials et membres de la Congrégation, avec une âme reconnaissante pour tout le travail que vous accomplissez au service d'un secteur si important de la vie de l'Eglise.


Le thème que vous avez choisi pour cette assemblée plénière - « L'identité missionnaire du sacerdoce dans l'Eglise, comme dimension intrinsèque de l'exercice des tria munera » - donne lieu à certaines réflexions pour le travail de ces jours-ci et pour les fruits abondants que celui-ci portera certainement. Si l'Eglise tout entière est missionnaire et si chaque chrétien, en vertu du Baptême et de la Confirmation, quasi ex officio (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, 1305) reçoit le mandat de professer publiquement la foi, le sacerdoce ministériel, également de ce point de vue, se distingue sur le plan ontologique et non seulement en vertu du degré, du sacerdoce baptismal, appelé également sacerdoce commun. En effet, le premier est constitué par le mandat apostolique : « Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création » (Mc 16, 15). Ce mandat n'est pas, nous le savons, une simple fonction confiée à des collaborateurs ; ses racines sont plus profondes et doivent être recherchées beaucoup plus loin.


La dimension missionnaire du prêtre naît de sa configuration sacramentelle au Christ Tête : elle porte en elle, comme conséquence, une adhésion cordiale et totale à ce que la tradition ecclésiale a identifié comme l'apostolica vivendi forma. Celle-ci consiste dans la participation à une « vie nouvelle » entendue de façon spirituelle, à ce « nouveau style de vie », qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et qui a été adopté par les apôtres. En vertu de l'imposition des mains de l'évêque et de la prière de consécration de l'Eglise, les candidats deviennent des hommes nouveaux, deviennent « prêtres ». Dans cette lumière, il apparaît clairement que les tria munera sont tout d'abord un don et seulement par la suite une fonction, d'abord une participation à une vie, et donc une potestas. Certes, la grande tradition ecclésiale a, à juste titre, séparé l'efficacité sacramentelle de la situation existentielle concrète du prêtre, et ainsi, les attentes légitimes des fidèles ont été sauvegardées de façon adéquate. Mais cette juste précision doctrinale n'ôte rien à la tension nécessaire, et même indispensable, vers la perfection morale, qui doit habiter tout cœur authentiquement sacerdotal.





Précisément, pour favoriser cette tension des prêtres vers la perfection spirituelle dont dépend avant tout l'efficacité de leur ministère, j'ai décidé de proclamer une « année sacerdotale » spéciale, qui ira du 19 juin prochain au 19 juin 2010. Nous célébrons en effet le 150e anniversaire de la mort du saint curé d'Ars, Jean Marie Vianney, véritable exemple de pasteur au service du troupeau du Christ. Votre Congrégation aura soin, en accord avec les évêques diocésains et les supérieurs des Instituts religieux, de promouvoir et de coordonner les diverses initiatives spirituelles et pastorales qui sembleront utiles pour faire comprendre toujours plus l'importance du rôle et de la mission du prêtre dans l'Eglise et dans la société contemporaine.


La mission du prêtre, comme le souligne le thème de l'assemblée plénière, se déroule « dans l'Eglise ». Une telle dimension ecclésiale, de communion, hiérarchique et doctrinale est absolument indispensable pour toute mission authentique, et en garantit seule l'efficacité spirituelle. Les quatre aspects mentionnés doivent être toujours reconnus comme intimement liés : la mission est « ecclésiale » car personne n'annonce ni n'apporte soi-même, mais dans et à travers son humanité, chaque prêtre doit être bien conscient d'apporter un Autre, Dieu lui-même, au monde. Dieu est l'unique richesse que, en définitive, les hommes désirent trouver dans un prêtre. La mission est une mission « de communion », car elle se déroule dans une unité et une communion dont les aspects importants de visibilité sociale ne sont que secondaires. Ceux-ci, d'autre part, découlent essentiellement de l'intimité divine dont le prêtre est appelé à être l'expert, pour pouvoir conduire, avec humilité et confiance, les âmes qui lui sont confiées à la même rencontre avec le Seigneur. Enfin, les dimensions « hiérarchique » et « doctrinale » suggèrent de répéter l'importance de la discipline (le terme est lié à celui de « disciple ») ecclésiastique et de la formation doctrinale, et non seulement théologique, initiale et permanente.


La conscience des changements sociaux radicaux des dernières décennies doit pousser les meilleures énergies ecclésiales à soigner la formation des candidats au ministère. En particulier, elle doit encourager la constante sollicitude des pasteurs envers leurs premiers collaborateurs, tant en cultivant des relations humaines véritablement paternelles, qu'en se préoccupant de leur formation permanente, en particulier sous le profil doctrinal et spirituel. La mission plonge ses racines de façon spéciale dans une formation correcte, développée en communion avec la Tradition ecclésiale ininterrompue, sans césure ni tentation de discontinuité. Dans ce sens, il est important de favoriser chez les prêtres, en particulier chez les jeunes générations, un accueil correct des textes du Concile œcuménique Vatican II, interprétés à la lumière de tout le bagage doctrinal de l'Eglise. Il apparaît également urgent de récupérer la conscience qui pousse les prêtres à être présents, identifiables et reconnaissables tant à travers leur jugement de foi, qu'à travers les vertus personnelles ou encore l'habit, dans les domaines de la culture et de la charité, depuis toujours au cœur de la mission de l'Eglise.


En tant qu'Eglise et en tant que prêtres, nous annonçons Jésus de Nazareth notre Seigneur et Christ, crucifié et ressuscité, Souverain du temps et de l'histoire dans l'heureuse certitude que cette vérité coïncide avec les attentes les plus profondes du cœur humain. Dans le mystère de l'incarnation du Verbe, c'est-à-dire dans le fait que Dieu s'est fait homme comme nous, réside aussi bien le contenu que la méthode de l'annonce chrétienne. La mission trouve ici son véritable moteur : dans Jésus Christ, précisément. Le caractère central du Christ porte en lui la juste valorisation du sacerdoce ministériel, sans lequel il n'y aurait ni l'Eucharistie, ni encore moins la mission ou l'Eglise elle-même. Dans ce sens, il est nécessaire de veiller afin que les « nouvelles structures » ou organisations pastorales ne soient pas pensées pour une époque où l'on devrait « se passer » du ministère ordonné, en partant d'une interprétation erronée de la juste promotion des laïcs, car dans ce cas, on poserait les conditions pour une dilution supplémentaire du sacerdoce ministériel et les éventuelles « solutions » présumées coïncideraient de façon dramatique avec les causes réelles des problématiques contemporaines liées au ministère.


Je suis certain que ces jours-ci, le travail de l'assemblée plénière, sous la protection de la Mater Ecclesiae, pourra approfondir ces brèves réflexions que je soumets à l'attention de messieurs les cardinaux, des archevêques et évêques, en invoquant sur tous d'abondants dons célestes, en signe desquels je vous donne, ainsi qu'aux personnes qui vous sont chères, une Bénédiction apostolique spéciale et affectueuse.


(c) Copyright : Librairie Editrice du Vatican

Levée de l’excommunication des quatre évêques : Lettre de Benoît XVI

dominicanus #Il est vivant !
ROME, Jeudi 12 mars 2009 (ZENIT.org) - Nous reprenons ci-dessous la lettre que Benoît XVI a adressée aux évêques de l'Eglise catholique au sujet de la levée de l'excommunication des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, publiée ce jeudi par la salle de presse du Saint-Siège.



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LETTRE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI

AUX ÉVÊQUES DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE

au sujet de la levée de l'excommunication

des quatre Évêques consacrés par Mgr Lefebvre

 


Chers Confrères dans le ministère épiscopal !


La levée de l'excommunication des quatre Évêques, consacrés en 1988 par Mgr Lefebvre sans mandat du Saint-Siège, a suscité, pour de multiples raisons, au sein et en dehors de l'Église catholique une discussion d'une véhémence telle qu'on n'en avait plus connue depuis très longtemps. Cet événement, survenu à l'improviste et difficile à situer positivement dans les questions et dans les tâches de l'Église d'aujourd'hui, a laissé perplexes de nombreux Évêques. Même si beaucoup d'Évêques et de fidèles étaient disposés, à priori, à considérer positivement la disposition du Pape à la réconciliation, néanmoins la question de l'opportunité d'un tel geste face aux vraies urgences d'une vie de foi à notre époque s'y opposait. Inversement, certains groupes accusaient ouvertement le Pape de vouloir revenir en arrière, au temps d'avant le Concile : d'où le déchaînement d'un flot de protestations, dont l'amertume révélait des blessures remontant au-delà de l'instant présent. C'est pourquoi je suis amené, chers Confrères, à vous fournir quelques éclaircissements, qui doivent aider à comprendre les intentions qui m'ont guidé moi-même ainsi que les organes compétents du Saint-Siège à faire ce pas. J'espère contribuer ainsi à la paix dans l'Église.


Le fait que le cas Williamson se soit superposé à la levée de l'excommunication a été pour moi un incident fâcheux imprévisible. Le geste discret de miséricorde envers quatre Évêques, ordonnés validement mais non légitimement, est apparu tout à coup comme totalement différent : comme le démenti de la réconciliation entre chrétiens et juifs, et donc comme la révocation de ce que le Concile avait clarifié en cette matière pour le cheminement de l'Église. Une invitation à la réconciliation avec un groupe ecclésial impliqué dans un processus de séparation se transforma ainsi en son contraire : un apparent retour en arrière par rapport à tous les pas de réconciliation entre chrétiens et juifs faits à partir du Concile - pas dont le partage et la promotion avaient été dès le début un objectif de mon travail théologique personnel. Que cette superposition de deux processus opposés soit advenue et qu'elle ait troublé un moment la paix entre chrétiens et juifs ainsi que la paix à l'intérieur de l'Église, est une chose que je ne peux que déplorer profondément. Il m'a été dit que suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder par internet aurait permis d'avoir rapidement connaissance du problème. J'en tire la leçon qu'à l'avenir au Saint-Siège nous devrons prêter davantage attention à cette source d'informations. J'ai été peiné du fait que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir ce qu'il en était, aient pensé devoir m'offenser avec une hostilité prête à se manifester. C'est justement pour cela que je remercie d'autant plus les amis juifs qui ont aidé à dissiper rapidement le malentendu et à rétablir l'atmosphère d'amitié et de confiance, qui - comme du temps du Pape Jean-Paul II - comme aussi durant toute la période de mon pontificat a existé et, grâce à Dieu, continue à exister.


Une autre erreur, qui m'attriste sincèrement, réside dans le fait que la portée et les limites de la mesure du 21 janvier 2009 n'ont pas été commentées de façon suffisamment claire au moment de sa publication. L'excommunication touche des personnes, non des institutions. Une ordination épiscopale sans le mandat pontifical signifie le danger d'un schisme, parce qu'elle remet en question l'unité du collège épiscopal avec le Pape. C'est pourquoi l'Église doit réagir par la punition la plus dure, l'excommunication, dans le but d'appeler les personnes punies de cette façon au repentir et au retour à l'unité. Vingt ans après les ordinations, cet objectif n'a malheureusement pas encore été atteint. La levée de l'excommunication vise le même but auquel sert la punition : inviter encore une fois les quatre Évêques au retour. Ce geste était possible une fois que les intéressés avaient exprimé leur reconnaissance de principe du Pape et de son autorité de Pasteur, bien qu'avec des réserves en matière d'obéissance à son autorité doctrinale et à celle du Concile. Je reviens par là à la distinction entre personne et institution. La levée de l'excommunication était une mesure dans le domaine de la discipline ecclésiastique : les personnes étaient libérées du poids de conscience que constitue la punition ecclésiastique la plus grave. Il faut distinguer ce niveau disciplinaire du domaine doctrinal. Le fait que la Fraternité Saint-Pie X n'ait pas de position canonique dans l'Église, ne se base pas en fin de comptes sur des raisons disciplinaires mais doctrinales. Tant que la Fraternité n'a pas une position canonique dans l'Église, ses ministres non plus n'exercent pas de ministères légitimes dans l'Église. Il faut ensuite distinguer entre le niveau disciplinaire, qui concerne les personnes en tant que telles, et le niveau doctrinal où sont en question le ministère et l'institution. Pour le préciser encore une fois : tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n'a aucun statut canonique dans l'Église, et ses ministres - même s'ils ont été libérés de la punition ecclésiastique - n'exercent de façon légitime aucun ministère dans l'Église.


À la lumière de cette situation, j'ai l'intention de rattacher à l'avenir la Commission pontificale " Ecclesia Dei " - institution compétente, depuis 1988, pour les communautés et les personnes qui, provenant de la Fraternité Saint-Pie X ou de regroupements semblables, veulent revenir à la pleine communion avec le Pape - à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il devient clair ainsi que les problèmes qui doivent être traités à présent sont de nature essentiellement doctrinale et regardent surtout l'acceptation du Concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des Papes. Les organismes collégiaux avec lesquels la Congrégation étudie les questions qui se présentent (spécialement la réunion habituelle des Cardinaux le mercredi et l'Assemblé plénière annuelle ou biennale) garantissent l'engagement des Préfets des diverses Congrégations romaines et des représentants de l'Épiscopat mondial dans les décisions à prendre. On ne peut geler l'autorité magistérielle de l'Église à l'année 1962 - ceci doit être bien clair pour la Fraternité. Cependant, à certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l'entière histoire doctrinale de l'Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l'arbre vit.


J'espère, chers Confrères, qu'ainsi a été éclaircie la signification positive ainsi que les limites de la mesure du 21 janvier 2009. Cependant demeure à présent la question : cette mesure était-elle nécessaire ? Constituait-elle vraiment une priorité ? N'y a-t-il pas des choses beaucoup plus importantes ? Il y a certainement des choses plus importantes et plus urgentes. Je pense avoir souligné les priorités de mon Pontificat dans les discours que j'ai prononcés à son début. Ce que j'ai dit alors demeure de façon inaltérée ma ligne directive. La première priorité pour le Successeur de Pierre a été fixée sans équivoque par le Seigneur au Cénacle : « Toi... affermis tes frères » (Lc 22, 32). Pierre lui-même a formulé de façon nouvelle cette priorité dans sa première Lettre : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous » (I P 3, 15). À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s'éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s'alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d'ouvrir aux hommes l'accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l'amour poussé jusqu'au bout (cf. Jn 13, 1) - en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l'horizon des hommes et que tandis que s'éteint la lumière provenant de Dieu, l'humanité manque d'orientation, et les effets destructeurs s'en manifestent toujours plus en son sein.


Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible : c'est la priorité suprême et fondamentale de l'Église et du Successeur de Pierre aujourd'hui. D'où découle, comme conséquence logique, que nous devons avoir à cœur l'unité des croyants. En effet, leur discorde, leur opposition interne met en doute la crédibilité de ce qu'ils disent de Dieu. C'est pourquoi l'effort en vue du témoignage commun de foi des chrétiens - par l'œcuménisme - est inclus dans la priorité suprême. À cela s'ajoute la nécessité que tous ceux qui croient en Dieu recherchent ensemble la paix, tentent de se rapprocher les uns des autres, pour aller ensemble, même si leurs images de Dieu sont diverses, vers la source de la Lumière - c'est là le dialogue interreligieux. Qui annonce Dieu comme Amour "jusqu'au bout" doit donner le témoignage de l'amour : se consacrer avec amour à ceux qui souffrent, repousser la haine et l'inimitié - c'est la dimension sociale de la foi chrétienne, dont j'ai parlé dans l'encyclique Deus caritas est.


Si donc l'engagement ardu pour la foi, pour l'espérance et pour l'amour dans le monde constitue en ce moment (et, dans des formes diverses, toujours) la vraie priorité pour l'Église, alors les réconciliations petites et grandes en font aussi partie. Que l'humble geste d'une main tendue soit à l'origine d'un grand tapage, devenant ainsi le contraire d'une réconciliation, est un fait dont nous devons prendre acte. Mais maintenant je demande : Était-il et est-il vraiment erroné d'aller dans ce cas aussi à la rencontre du frère qui "a quelque chose contre toi" (cf. Mt 5, 23 s.) et de chercher la réconciliation ? La société civile aussi ne doit-elle pas tenter de prévenir les radicalisations et de réintégrer - autant que possible - leurs éventuels adhérents dans les grandes forces qui façonnent la vie sociale, pour en éviter la ségrégation avec toutes ses conséquences ? Le fait de s'engager à réduire les durcissements et les rétrécissements, pour donner ainsi une place à ce qu'il y a de positif et de récupérable pour l'ensemble, peut-il être totalement erroné ? Moi-même j'ai vu, dans les années qui ont suivi 1988, que, grâce au retour de communautés auparavant séparées de Rome, leur climat interne a changé ; que le retour dans la grande et vaste Église commune a fait dépasser des positions unilatérales et a atténué des durcissements de sorte qu'ensuite en ont émergé des forces positives pour l'ensemble. Une communauté dans laquelle se trouvent 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs et des milliers de fidèles peut-elle nous laisser totalement indifférents ? Devons-nous impassiblement les laisser aller à la dérive loin de l'Église ? Je pense par exemple aux 491 prêtres. Nous ne pouvons pas connaître l'enchevêtrement de leurs motivations. Je pense toutefois qu'ils ne se seraient pas décidés pour le sacerdoce si, à côté de différents éléments déformés et malades, il n'y avait pas eu l'amour pour le Christ et la volonté de L'annoncer et avec lui le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, comme représentants d'un groupe marginal radical, de la recherche de la réconciliation et de l'unité ? Qu'en sera-t-il ensuite ?


Certainement, depuis longtemps, et puis à nouveau en cette occasion concrète, nous avons entendu de la part de représentants de cette communauté beaucoup de choses discordantes - suffisance et présomption, fixation sur des unilatéralismes etc. Par amour de la vérité je dois ajouter que j'ai reçu aussi une série de témoignages émouvants de gratitude, dans lesquels était perceptible une ouverture des cœurs. Mais la grande Église ne devrait-elle pas se permettre d'être aussi généreuse, consciente de la grande envergure qu'elle possède ; consciente de la promesse qui lui a été faite ? Ne devrions-nous pas, comme de bons éducateurs, être aussi capables de ne pas prêter attention à différentes choses qui ne sont pas bonnes et nous préoccuper de sortir des étroitesses ? Et ne devrions-nous pas admettre que dans le milieu ecclésial aussi sont ressorties quelques discordances ? Parfois on a l'impression que notre société a besoin d'un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance ; contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine. Et si quelqu'un ose s'en rapprocher - dans le cas présent le Pape - il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve.


Chers Confrères, durant les jours où il m'est venu à l'esprit d'écrire cette lettre, par hasard, au Séminaire romain, j'ai dû interpréter et commenter le passage de Ga 5, 13-15. J'ai noté avec surprise la rapidité avec laquelle ces phrases nous parlent du moment présent : "Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres !" J'ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce "mordre et dévorer" existe aussi aujourd'hui dans l'Église comme expression d'une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates ? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations ? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté ? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l'amour ? Le jour où j'en ai parlé au grand Séminaire, à Rome, on célébrait la fête de la Vierge de la Confiance. De fait : Marie nous enseigne la confiance. Elle nous conduit à son Fils, auquel nous pouvons tous nous fier. Il nous guidera - même en des temps agités. Je voudrais ainsi remercier de tout cœur tous ces nombreux Évêques, qui en cette période m'ont donné des signes émouvants de confiance et d'affection et surtout m'ont assuré de leur prière. Ce remerciement vaut aussi pour tous les fidèles qui ces jours-ci m'ont donné un témoignage de leur fidélité immuable envers le Successeur de saint Pierre. Que le Seigneur nous protège tous et nous conduise sur le chemin de la paix ! C'est un souhait qui jaillit spontanément du cœur en ce début du Carême, qui est un temps liturgique particulièrement favorable à la purification intérieure et qui nous invite tous à regarder avec une espérance renouvelée vers l'objectif lumineux de Pâques.


Avec une particulière Bénédiction Apostolique, je me redis


Vôtre dans le Seigneur

BENEDICTUS PP. XVI


Du Vatican, le 10 mars 2009.

© Copyright : Librairie Editrice Vaticana

Nouvelle initiative de soutien au pape : Benoît j’ai confiance en toi

dominicanus #Il est vivant !




ROME, Mercredi 4 mars 2009 (ZENIT.org) - Le nouveau site ‘Benoît j'ai confiance en toi' souhaite permettre à tous les catholiques de soutenir « la démarche d'unité, de miséricorde et de réconciliation poursuivie par Benoît XVI ».


Avec le soutien des associations ‘Transept', ‘Unitas', ‘Touche pas à mon Pape' et ‘Anuncioblog', le nouveau site Internet a été lancé au début du Carême.


« Je souhaite rentrer en Carême en disant publiquement ma fidélité et ma confiance dans le ministère de Benoît XVI, garant de l'unité de l'Eglise catholique. Oui, Benoît, j'ai confiance en toi ! », peut-on lire sur la page d'accueil du site où toute personne est invitée à signer ce manifeste.


A l'issue des 40 jours du Carême, ce texte, accompagné de la liste de ses signataires, sera porté à Rome, et remis à Benoît XVI à l'occasion des fêtes pascales.


Selon un communiqué publié par les associations catholiques à l'origine du projet, cette démarche vise à « donner la parole à la grande majorité silencieuse de l'Eglise exclue des plateaux de télé qui se reconnaît pleinement dans la démarche d'unité, de miséricorde et de réconciliation poursuivie par Benoît XVI, dans la droite ligne de son prédécesseur Jean-Paul II et dans la fidélité au Concile Vatican II ».


« Nous voulons assurer Benoît XVI, très affecté par la tempête médiatique déchaînée contre lui, de notre attachement filial et de notre entière communion dans son effort de réconciliation », peut-on encore lire dans ce communiqué.


Signez la lettre de soutien au Pape Benoît XVI !

dominicanus #Il est vivant !


Signez la lettre de soutien au pape Benoît XVI !

 

 

            L’appel de simples fidèles catholiques

 

            Cette lettre réunit des fidèles catholiques, toutes tendances confondues, qui souhaitent soutenir le pape dans son geste courageux. Les animateurs de ce site vous assurent de l’entière confidentialité qui sera garantie aux noms des signataires dont la liste sera uniquement remise au Saint-Siège. 

 

            Le 21 janvier 2009, vous avez décidé, Très Saint Père, de retirer* l’excommunication qui pesait sur les évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Par ce geste courageux, vous avez agi en pasteur du troupeau confié par Dieu.

 

            Hommes et femmes investis dans la vie de notre cité, pères et mères de familles ou célibataires, après des temps houleux où « la barque semblait prendre l'eau de toutes parts », nous souhaitons bâtir avec vous l’Église de demain sur sa Tradition. Ce dessein passe nécessairement par la transmission de la foi aux générations futures, par l’amour de la liturgie catholique et par la défense de la vie humaine.

 

               Par cette lettre, nous souhaitons avant tout vous exprimer notre vive gratitude. Si ce geste historique peut vous attirer le désaveu de certains médias hostiles recourant aux amalgames, il suscite en nous une joie immense et nous remplit d’espérance. Nous avons prié à vos intentions, à la suite de la demande que vous formuliez au seuil de votre pontificat : « Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups » (1).

 

            Nous voulons en apposant notre signature à cette lettre faire part de notre âge et du nombre de nos enfants pour vous dire qu’avec vous, nous voulons construire pour les générations qui nous suivront une Chrétienté qui sera, nous l’espérons de tout cœur, décomplexée et proclamera à toute la face du Monde le Credo.

 

            C’est dans un esprit de respect filial que nous vous apportons notre soutien et nos prières quotidiennes pour la poursuite de votre pontificat afin que l’Église de Dieu en sorte grandie.

 

 

(1) Benoît XVI, 24 avril 2005

 

 

« Rien n'enhardit autant l’audace des méchants que la faiblesse des bons »

 

Léon XIII, encyclique Sapientæ Christianæ, 10 janvier 1890

 

> Signez la lettre de soutien au Pape Benoît XVI !

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* Simples fidèles, nous ne souhaitons pas nous immiscer dans des débats poussés sur des formules précises qui auront été disputées entre journalistes, clercs ou canonistes. Retirer l’excommunication, ce n’est ni lever l’excommunication, ni retirer le décret. Nous espérons que tous ceux qui sont animés par le seul dessein d’apporter leur soutien au pape, en conformité avec l’esprit qui l’a guidé le 21 janvier 2009 sauront dépasser des questions qui divisent plutôt qu’elles unissent.

 


Benoît XVI, Message de Carême 2009 - Redécouvrir le jeûne

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Texte intégral


ROME, Mardi 3 février 2009 (ZENIT.org) - Nous reprenons ci-dessous le texte intégral du Message de carême du pape Benoît XVI publié ce mardi par la salle de presse du Saint-Siège.

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Chers frères et sœurs !


Au commencement du Carême, qui constitue un chemin d'entraînement spirituel intense, la Liturgie nous propose à nouveau trois pratiques pénitentielles très chères à la tradition biblique et chrétienne - la prière, l'aumône et le jeûne - pour nous préparer à mieux célébrer la Pâque et faire ainsi l'expérience de la puissance de Dieu qui, comme nous l'entendrons au cours de la Veillée Pascale, « triomphe du mal, lave nos fautes, redonne l'innocence aux pécheurs, la joie aux affligés, dissipe la haine, nous apporte la paix et humilie l'orgueil du monde » (Annonce de la Pâque). En ce traditionnel Message du Carême, je souhaite cette année me pencher plus particulièrement sur la valeur et le sens du jeûne. Le Carême en effet nous rappelle les quarante jours de jeûne vécus par le Seigneur dans le désert, avant le commencement de sa mission publique. Nous lisons dans l'Evangile : « Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim » (Mt 4,1-2). Comme Moïse avant de recevoir les Tables de la Loi, (cf. Ex 34,28), comme Élie avant de rencontrer le Seigneur sur le mont Horeb (cf. 1 R 19,8), de même Jésus, en priant et en jeûnant, se prépare à sa mission, dont le début fut marqué par une dure confrontation avec le tentateur.


Nous pouvons nous demander quelle valeur et quel sens peuvent avoir pour nous, chrétiens, le fait de se priver de quelque chose qui serait bon en soi et utile pour notre subsistance. Les Saintes Écritures et toute la tradition chrétienne enseignent que le jeûne est d'un grand secours pour éviter le péché et tout ce qui conduit à lui. C'est pourquoi, dans l'histoire du salut, l'invitation à jeûner revient régulièrement. Déjà dans les premières pages de la Sainte Écriture, le Seigneur commande à l'homme de s'abstenir de manger du fruit défendu : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin, mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangera pas, car le jour où tu en mangeras, certainement tu mourras. » (Gn 2,16-17). En commentant l'injonction divine, saint Basile observe que « le jeûne a été prescrit dans le paradis terrestre », et « ce premier précepte été donné à Adam ». Il conclut ainsi : « Cette défense - 'tu ne mangeras pas' - est une loi de jeûne et d'abstinence » (cf. Homélie sur le jeûne : PG 31, 163, 98). Parce que tous nous sommes appesantis par le péché et ses conséquences, le jeûne nous est offert comme un moyen pour renouer notre amitié avec le Seigneur. C'est ce que fit Esdras avant le voyage du retour de l'exil en Terre promise, quand il invita le peuple réuni à jeûner « pour s'humilier - dit-il - devant notre Dieu » (8,21). Le Tout Puissant écouta leur prière et les assura de sa faveur et de sa protection. Les habitants de Ninive en firent autant quand, sensibles à l'appel de Jonas à la repentance, ils proclamèrent, comme témoignage de leur sincérité, un jeûne en disant: « Qui sait si Dieu ne se ravisera pas et ne se repentira pas, s'il ne reviendra pas de l'ardeur de sa colère, en sorte que nous ne périssions point ? » (3,9). Là encore, Dieu vit leurs œuvres et les épargna.


Dans le Nouveau Testament, Jésus met en lumière la raison profonde du jeûne en stigmatisant l'attitude des pharisiens qui observaient avec scrupule les prescriptions imposées par la loi, alors que leurs cœurs étaient loin de Dieu. Le vrai jeûne, redit encore en d'autre lieux le divin Maître, consiste plutôt à faire la volonté du Père céleste, lequel « voit dans le secret et te récompensera » (Mt 6,18). Lui-même en donne l'exemple en répondant à Satan, au terme des quarante jours passés dans le désert : « Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Le vrai jeûne a donc pour but de manger « la vraie nourriture », qui consiste à faire la volonté du Père (cf. Jn 4,34). Si donc Adam désobéit à l'ordre du Seigneur « de ne pas manger du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal », le croyant entend par le jeûne se soumettre à Dieu avec humilité, en se confiant à sa bonté et à sa miséricorde.


La pratique du jeûne est très présente dans la première communauté chrétienne (cf. Act 13,3; 14,22; 27,21; 2 Cor 6,5). Les Pères de l'Église aussi parlent de la force du jeûne, capable de mettre un frein au péché, de réprimer les désirs du « vieil homme », et d'ouvrir dans le cœur du croyant le chemin vers Dieu. Le jeûne est en outre une pratique récurrente des saints, qui le recommandent. Saint Pierre Chrysologue écrit : « Le jeûne est l'âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Donc, celui qui prie doit jeûner ; celui qui jeûne doit avoir pitié ; qu'il écoute l'homme qui demande, et qui en demandant souhaite être écouté ; il se fait entendre de Dieu, celui qui ne refuse pas d'entendre lorsqu'on le supplie » (Sermo 43: PL 52, 320. 332).


De nos jours, la pratique du jeûne semble avoir perdu un peu de sa valeur spirituelle et, dans une culture marquée par la recherche du bien-être matériel, elle a plutôt pris la valeur d'une pratique thérapeutique pour le soin du corps. Le jeûne est sans nul doute utile au bien-être physique, mais pour les croyants, il est en premier lieu une « thérapie » pour soigner tout ce qui les empêche de se conformer à la volonté de Dieu. Dans la Constitution apostolique Pænitemini de 1966, le Serviteur de Dieu Paul VI reconnaissait la nécessité de remettre le jeûne dans le contexte de l'appel de tout chrétien à « ne plus vivre pour soi-même, mais pour Celui qui l'a aimé et s'est donné pour lui, et... aussi à vivre pour ses frères » (cf. Ch. I). Ce Carême pourrait être l'occasion de reprendre les normes contenues dans cette Constitution apostolique, et de remettre en valeur la signification authentique et permanente de l'antique pratique pénitentielle, capable de nous aider à mortifier notre égoïsme et à ouvrir nos cœurs à l'amour de Dieu et du prochain, premier et suprême commandement de la Loi nouvelle et résumé de tout l'Évangile (cf. Mt 22,34-40).


La pratique fidèle du jeûne contribue en outre à l'unification de la personne humaine, corps et âme, en l'aidant à éviter le péché et à croître dans l'intimité du Seigneur. Saint Augustin qui connaissait bien ses inclinations négatives et les définissait comme « des nœuds tortueux et emmêlés » (Confessions, II, 10.18), écrivait dans son traité sur L'utilité du jeûne : « Je m'afflige certes un supplice, mais pour qu'Il me pardonne ; je me châtie de moi-même pour qu'Il m'aide, pour plaire à ses yeux, pour arriver à la délectation de sa douceur » (Sermon 400, 3, 3: PL 40, 708). Se priver de nourriture matérielle qui alimente le corps facilite la disposition intérieur à l'écoute du Christ et à se nourrir de sa parole de salut. Avec le jeûne et la prière, nous Lui permettons de venir rassasier une faim plus profonde que nous expérimentons au plus intime de nous : la faim et la soif de Dieu.


En même temps, le jeûne nous aide à prendre conscience de la situation dans laquelle vivent tant de nos frères. Dans sa Première Lettre, saint Jean met en garde : « Si quelqu'un possède des richesses de ce monde et, voyant son frère dans la nécessité, lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (3,17). Jeûner volontairement nous aide à suivre l'exemple du Bon Samaritain, qui se penche et va au secours du frère qui souffre (cf. Deus caritas est, 15). En choisissant librement de se priver de quelque chose pour aider les autres, nous montrons de manière concrète que le prochain en difficulté ne nous est pas étranger. C'est précisément pour maintenir vivante cette attitude d'accueil et d'attention à l'égard de nos frères que j'encourage les paroisses et toutes les communautés à intensifier pendant le Carême la pratique du jeûne personnel et communautaire, en cultivant aussi l'écoute de la Parole de Dieu, la prière et l'aumône. Ceci a été, dès le début, une caractéristique de la vie des communautés chrétiennes où se faisaient des collectes spéciales (cf. 2 Cor 8-9; Rm 15, 25-27), tandis que les fidèles étaient invités à donner aux pauvres ce qui, grâce au jeûne, avait été mis à part (cf. Didascalie Ap., V, 20,18). Même aujourd'hui, une telle pratique doit être redécouverte et encouragée, surtout pendant le temps liturgique du Carême.


Il ressort clairement de tout ce que je viens de dire, que le jeûne représente une pratique ascétique importante, une arme spirituelle pour lutter contre tous les attachements désordonnés. Se priver volontairement du plaisir de la nourriture et d'autres biens matériels, aide le disciple du Christ à contrôler les appétits de sa nature affaiblie par la faute originelle, et dont les effets négatifs investissent entièrement la personne humaine. Une hymne antique de la liturgie du Carême exhorte avec pertinence : « Utamur ergo parcius, / verbis, cibis et potibus, / somno, iocis et arctius / perstemus in custodia - Nous utilisons plus sobrement les paroles, les nourritures, les boissons, le sommeil et les jeux, et avec plus d'attention, nous demeurons vigilants ».


Chers frères et sœurs, à bien regarder, le jeûne a comme ultime finalité d'aider chacun d'entre nous, comme l'écrivait le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, à faire un don total de soi à Dieu (cf. Veritatis splendor, 21). Que le Carême soit donc mis en valeur dans toutes les familles et dans toutes les communautés chrétiennes, pour éloigner de tout ce qui distrait l'esprit et intensifier ce qui nourrit l'âme en l'ouvrant à l'amour de Dieu et du prochain. Je pense en particulier à un plus grand engagement dans la prière, la lectio divina, le recours au Sacrement de la Réconciliation et dans la participation active à l'Eucharistie, par dessus tout à la Messe dominicale. Avec cette disposition intérieure, nous entrons dans le climat de pénitence propre au Carême. Que la Bienheureuse Vierge Marie, Causa nostrae laetitiae nous accompagne et nous soutienne dans nos efforts pour libérer notre cœur de l'esclavage du péché et pour en faire toujours plus un « tabernacle vivant de Dieu ». En formulant ce souhait et en assurant de ma prière tous les croyants et chaque communauté ecclésiale afin que tous suivent avec profit l'itinéraire du Carême, j'accorde à tous et de tout cœur la Bénédiction Apostolique.


Du Vatican, le 11 décembre 2008

BENEDICTUS PP. XVI

[Texte original: Italien]


© Copyright : Librairie Editrice du Vatican

La morosité est morte. Le Christ est né ! Bonne Année 2009 !

dominicanus #Il est vivant !
    Une semaine après Noël, et quelques jours après la Fête de la Sainte Famille, en ce premier janvier 2009, nous voici à nouveau réunis près de la crèche. À l'occasion de Noël, déjà, et encore pour le Nouvel An (jusqu'au 31 janvier, nous dit-on) nous avons l'occasion d'échanger nos voeux avec ceux que nous aimons ... plus ou moins, sincèrement. Les hommes politiques et d'Église, la banque où nous avons placé nos petites économies (s'il y en a encore), les journalistes et les animateurs d'émissions télévisées, tous y vont de leur petite littérature.

    Les cadeaux, ça peut coûter cher en ce temps de crise. Les voeux, même "les meilleurs", ça ne coûte rien, sinon (et de moins en moins souvent à l'ère de l'Internet) le prix d'une carte et d'un timbre poste. On s'ingénie à inventer de belles phrases, avec une mulitiplication d'adjectifs, de superlatifs : une vraie inflation, un feu d'artifice, comme ceux que nous avons pu voir à minuit, mais à bon marché! Comme le disait le cardinal Martini dans une de ces homélies de Noël,

Nous parlons de voeux sincères, cordiaux, très cordiaux, fervents, très fervents;  les superlatifs trahissent la précarité des émotions, la distance qui sépare les paroles des sentiments qu'on voudrait réellement communiquer. Nous formulons de très beaux voeux de santé, de paix, de bonheur, mais il n'est pas rare que la langue trahisse la conscience que nous avons de la nature éphémère de ces belles paroles. En somme, nous avons l'impression embarrassante de donner dans un formalisme verbeux. Et nous nous demandons d'où vient cette tension, typique des grandes célébrations, entre le besoin anxieux de formuler des voeux et d'exprimer des sentiments puissants, et, à l'inverse, la retenue, voire la peur qui nous pousse à douter de la sincérité ou même de la courtoisie de ces formules.

    On parle même de "voeux pieux". Ce sont des voeux sans espoir de réalisation...


    Décidément, voilà une analyse bien sombre de la tradition d'échanger nos voeux à Noël et au Nouvel An ! Mais il ne faut pas s'en débarrasser trop facilement. Ayons plutôt le courage de l'accueillir sereinement pour en faire notre profit. Ayons "le courage d'avoir peur" (M.D. Molinié). Cette angoisse que nous essayons, bien maladroitement, de manière presque dérisoire, d'exorciser par nos voeux, ne la nions pas, ne la fuyons pas. Regardons-la en face ! C'est vrai que "nous sommes une génération traumatisée par tant de chocs", tant d'incertitudes. Et aujourd'hui, la mortification pour nous la plus nécessaire et la plus salutaire, ce n'est pas la mortification de la chair par des cilices, des flagellations... C'est la mortification de la confiance, de l'abandon à la Providence, à la suite de la sainte Famille.

    La Vierge Marie et saint Joseph, quand Jésus est né, ont dû souffrir bien des privations. Ils ont eu froid, ils ont eu faim. Mais le plus difficile, le plus exigeant pour eux, c'était l'abandon confiant au Père. Marie est devenue Mère de Dieu en disant "fiat" au moment de l'Annonciation, mais ce "fiat", combien de fois n'a-t-elle pas dû le répéter en marchant sur le chemin étroit et escarpé de la volonté de Dieu tout au long de sa vie?

    Saint François de Sales, que l'on appelle justement le Docteur de l'abandon, voit dans l'attitude de Jésus lui-même une école de l'abandon chrétien. Cet abandon n'est pas simplement l'abandon musulman (inch'allah), ni même la résignation de Job dans l'Ancien Testament. C'est l'abandon de celui qui est baptisé dans le Sang de Jésus.

    Le 1er janvier 1931 (elle avait alors 28 ans, était paralysée depuis l'adolescence, recroquevillée dans son petit divan) Marthe Robin faisait noter sans son journal intime:

Que me réserve cette nouvelle année, je l'ignore et ne veut point le savoir non plus.

(Si tout le monde en disait autant, ce serait la fin des horoscopes et des "diseuses de bonne aventure"!).

Je m'abandonne au secours qui jamais ne m'a manqué. Ma première pensée est un cri du coeur: "Mon Dieu, soyez béni dans tout ce que vous me demandez, j'accepte, j'aime tout. Celui qui est la Force aidera, enveloppera ma faiblesse. Ce qui importe c'est de ne rien vouloir et de tout accepter, rien demander, tout aimer. C'est le fiat chaque jour renouvelé... c'est l'ascension douloureuse mais joyeuse sans arrêt ou retour... c'est l'amour toujours plus sous le soleil de l'amour divin. (...) Je m'abandonne en toute simplicité et amour en Jésus miséricordieux. Il sait mieux que moi tous mes besoins et tout ce qu'Il Lui faut. Que cela me suffise. Ne rien regretter, de ce qui a été ou pas été, rien n'est inutile, tout sert à quelque chose. Je bénis et bénirai mon Dieu de tout ce que je suis, de tout ce que j'ai fait ou plutôt de tout ce qu'il a fait par moi... pour moi.

    On parle beaucoup d'engagement aujourd'hui. On dit: "Il faut s'engager, le chrétien doit s'engager". Or, écrit le Père Molinié, un vieux Père dominicain :

La seule manière correcte d'inviter à l'engagement n'est pas de chanter les louanges de l'engagement, mais celles de l'objet envers lequel on s'engage. (...) Le véritable engagé ne parle pas de son engagement, il parle de son trésor, de la Réalité qui compte pour lui. (...) Ceux qui se raccrochent à la nature humaine, à ce qui reste de bon et de solide dans l'homme, s'appuient à mes yeux sur du sable. La génération actuelle connaît une telle mise en question, un tel désemparement, un tel effondrement de ce qui parraissait le plus solide, qu'au point de vue humain il n'y a plus de salut possible. L'équilibre nerveux est trop atteint, on ne sait plus ce que veut dire la fidélité à une parole donnée, à une promesse...

Il est stérile de déplorer tout cela. Si nous aimions vraiment Jésus-Christ, nous nous réjouirions qu'il n'y ait pas de solution, mais qu'il n'y ait plus que Lui, le Sauveur. C'est la bonne manière d'être moderne, et c'est la seule. Même s'ils se laissent tromper par des mirages, les jeunes récament des réalités. La seule que nous puissions leur offrir, c'est l'amour de Dieu. Quand il n'y a plus rien à faire humainement, c'est la seule chose qu'on peut donner; si on ne l'a pas, on n'a rien, on mérite d'être balayé et foulé aux pieds. C'est vrai en face des mourants, des malades, des prisonniers, qui ont tout perdu, des désespérés en général. C'est vrai en fin de compte pour la génération actuelle. Si nous voulons être "actuels", il ne faut pas nous attacher aux valeurs humaines qui s'effondrent, si bonnes soient-elles. (...)

Jeunes ou vieux, si nous n'allons pas vers le Sauveur et sa grâce, nous n'avons plus rien. C'est toujours une erreur de s'attacher à des valeurs humaines, mais aujourd'hui c'est mortel parce qu'elles s'écroulent. La pire manière d'être "de son temps", c'est d'être humaniste. Il y a des époques où c'est possible, où ce n'est pas catastrophique. C'est après tout un bon chemin de commencer par aimer l'homme dans sa vérité, pour s'élever progressivement vers le Royaume. Mais aujourd'hui c'est peut-être une rêverie dangereuse car elle dispense de chercher le vrai remède. Cette génération déséquilibrée ne sera pas "humaine": elle sera divine ou démoniaque, surnaturelle ou décomposée.

    Voilà un son de cloche qu'on n'entend pas tous les jours, surtout pas un premier janvier.! Ce sont des paroles vigoureuses qui secouent. Mais je tenais à vous les livrer aujourd'hui. Je les confie à l'intercession de la Mère de Dieu qui est aussi notre Mère. La vocation du prêtre, c'est de vous donner Jésus comme lui seul peut vous le donner. Mais ce n'est pas la seule manière. Marie n'était pas prêtre. Joseph non plus. Ils ont donné Jésus, et rien d'autre, tout en faisant leur devoir d'état d'époux et d'épouse, de père et mère, de charpentier et de femme au foyer, fidèlement, jusqu'au bout.

    Alors, par leur intercession, et avec toute l'Église, prions, et demandons à Dieu, non pas comme le monde : "surtout la santé" ; mais comme la liturgie nous l'apprend:  surtout la fidélité à l'Évangile:

Dieu qui es la vie sans commencement ni fin,
nous te confions cette année nouvelle ;
Demeure auprès de nous jusqu'à son terme :
qu'elle nous soit, par ta grâce, un temps de bonheur,
et plus encore, un temps de fidélité à l'Évangile.


Oraison de la messe pour commencer une année

(Ceci est une adaptation de mon homélie du 1er janvier 2007 qui n'a pas pris une ride, bien au contraire.)

Deux excellentes nouvelles de fin d'année !

dominicanus #Il est vivant !
Alors que j'ai la joie de vous annoncer que, ENFIN, je dispose à nouveau d'une connexion internet, et malgré le fait que j'ai dû m'en passer depuis pratiquement le 15 août (décès de maman, vacances, déménagement, lenteurs administratives ...), je découvre dans ma messagerie un mail de l'équipe de Skynet, qui héberge mon blog Marie éToile de l'évangélisation, me faisant part d'une autre "excellente nouvelle" :

 

 

Félicitations pour les résultats de votre blog!

 

Excellente nouvelle !

 

Votre blog fait partie des meilleurs blogs nominés dans sa catégorie.

 

Continuez sur votre lancée et vous ferez peut-être partie du TOP 5 des Skynet Blogs Awards.

 

Vous avez jusqu'au 7 janvier 2009 à 23h59 pour demander à vos lecteurs de vous soutenir en votant pour votre blog.

 

http://blogs.skynet.be/

  (dans la catégorie Philosophie et Religion)

 

Si votre blog fait partie du TOP 5, il sera mis en avant sur l'entièreté du portail Skynet, avec entre autre un lien permanant vers votre blog sur la plateforme blog.

 

Bonne chance pour les Blogs Awards et surtout plein de bonheur pour cette nouvelle année qui démarre.

 

Que tous vos vœux se réalisent !

 

 

Caroline

L'équipe de Skynet

http://toutsurles.skynetblogs.be

 

 

 


Votez pour le blog :

pere-walter-covens


Et bonne fin d'année !

Cela me fait penser à ceux qui se demandent s'il y a une vie après la mort. Ce à quoi quelqu'un répondait :

"La vraie question est de savoir s'il y en une avant !"

Alors moi, je dis : Comment souhaiter une bonne année, si on ne fait rien pour que l'ancienne se termine en beauté ?

 

http://fees.f.e.pic.centerblog.net/pj8djc3s.gif

Le père Cantalamessa fait ses adieux aux lecteurs de Zenit

dominicanus #Il est vivant !
…En offrant quelques précieux conseils pour méditer la Parole de Dieu

ROME, Vendredi 19 novembre 2008 (ZENIT.org) - Le P. Raniero Cantalamessa OFM Cap., prédicateur de la Maison pontificale, publie ce vendredi sa dernière méditation de l'évangile du dimanche, pour Zenit.
Se livrant à un énorme travail de préparation et de rédaction, le P. Cantalamessa a accompagné les lecteurs de Zenit dans leur méditation de la parole de Dieu, pendant trois ans. A présent que le cycle liturgique est achevé, et qu'il a fini de commenter tous les passages de la liturgie dominicale, il passe le flambeau, en nous donnant toutefois de précieux conseils pour apprendre à découvrir la parole de Dieu en ouvrant les pages de la Bible.






Zenit - Tout d'abord une question que se posent également nos lecteurs : comment faites-vous pour écrire vos homélies ?


P. Cantalamessa - [en riant...] Comment je fais ? Je lis la Parole de Dieu. Avant de penser à mes propres réflexions, je m'attarde sur la Parole de Dieu, pour savoir quel est le message qui, au moment où nous nous trouvons, où je me trouve moi, ressort de cette Parole.

En général, il s'agit au début d'une petite lumière qui s'allume et petit à petit prend forme, se renforce et éclaire en révélant un rapport avec la situation et le problème que l'on doit traiter sur le moment.

Un climat de prière, d'écoute de l'Esprit Saint est une aide importante. C'est Lui qui a inspiré la Sainte Ecriture, Il est le seul à savoir l'expliquer et l'appliquer au monde d'aujourd'hui.



Zenit - Que conseillez-vous à un chrétien qui désire méditer la Parole pour en tirer des leçons pour sa propre vie, ou pour prendre des décisions utiles pour vivre sous le regard de Dieu ?


P. Cantalamessa - Cela dépend un peu de la situation de cette personne, de ses devoirs. S'il s'agit d'une utilisation uniquement personnelle pour sa propre vie, le mieux est de commencer par tirer parti de la Parole de Dieu que l'Eglise nous propose à travers la liturgie : la liturgie des heures, la messe...Car pour nous parler, le Seigneur se sert souvent du choix de l'Eglise, des lectures du jour.

En prêtant une oreille attentive aux lectures du jour on y trouve souvent la réponse à un problème particulier. Il arrive que certaines paroles semblent tellement sur mesure qu'on se dit qu'elles ont été écrites pour nous. Valoriser donc non pas le choix personnel, mais le choix communautaire fait par l'Eglise dans la liturgie.

Ensuite il y a le choix personnel, à savoir relire des passages de l'Ecriture qui, dans le passé, ont eu une certaine importance pour nous, qui nous ont parlé. Souvent le Seigneur revient nous parler à travers les mêmes textes pour nous dire des choses toujours nouvelles et adaptées aux situations que nous sommes en train de vivre. Valoriser donc des Paroles de Dieu qui nous ont un jour apporté des indications importantes.


Puis il y a un autre moyen, volontiers utilisé par le Renouveau charismatique, mais pas seulement, qui est le suivant : après avoir prié, faire un acte de foi, ouvrir la Bible avec la pensée d'y trouver une réponse du Seigneur, ou parfois même prendre des décisions en fonction de la Parole de Dieu sur laquelle nous tombons.

Il ne s'agit pas d'un moyen inventé par le Renouveau charismatique à notre époque. C'est aussi par exemple ce que fit saint Augustin. Au moment crucial de sa conversion, il tenait entre les mains les lettres de saint Paul et il était décidé en les ouvrant à voir la volonté de Dieu dans le premier passage qu'il lirait. Son regard tomba sur le passage de Romains 13 : « pas de luxure ni de débauche », mais « revêtons les armes de lumière ». Aussitôt, il se sentit envahi d'une lumière et d'une sérénité telles qu'il comprit qu'il pouvait désormais vivre dans la chasteté.

C'est également ce qui arriva à saint François. Alors qu'il ne savait pas encore quoi faire, il entra dans une église et ouvrit trois fois l'Evangile. A chaque fois il tomba sur un passage relatant l'envoi en mission des apôtres sans bâton, sans besace, sans argent, sans deux tuniques. Il dit alors : c'est ce que le Seigneur veut pour moi. Les exemples se multiplient jusqu'à nos jours. Un jour où Thérèse de Lisieux ne savait pas quoi faire, elle ouvrit la Lettre aux Corinthiens et y découvrit sa vocation à être le cœur, à être l'amour.

J'ai moi-même reçu tant de confirmations personnelles et je sais que d'autres aussi ont eu des confirmations et trouvé la Parole de Dieu dans la Bible.

Je ne me lasse jamais de raconter cette histoire très sympathique. Alors que je prêchais une mission en Australie, un ouvrier, une personne très simple, est venu me voir le dernier jour ; il y avait, me dit-il, un gros problème dans sa famille. Il avait un fils de 11 ans et sa femme, devenue témoin de Jéhovah, ne voulait pas qu'il soit baptisé.

« Que dois-je faire ? » m'avait-il demandé. « Si je le fais baptiser, il y aura un problème, si je ne le fais pas baptiser, je ne me sentirai pas tranquille parce que lorsque nous nous sommes mariés, nous étions tous deux catholiques ».

Je lui ai répondu : « Donne-moi une nuit pour réfléchir ». Le lendemain, il est revenu en m'annonçant : « Mon père, j'ai trouvé la solution. Hier, quand je suis rentré chez moi, j'ai prié, puis j'ai ouvert la Bible. Je suis tombé sur le passage où Abraham conduit son fils pour être immolé. Et j'ai vu qu'Abraham n'avait rien dit à sa femme ».

C'était un discernement parfait : en effet, selon les rabbins, si Abraham ne dit rien, c'est pour éviter que sa femme l'empêche d'obéir à Dieu. Je baptisai moi-même l'enfant.

Il faut, bien entendu, éviter une utilisation magique de l'Ecriture, de l'ouvrir à la légère, sans avoir prié. L'usage de l'Ecriture ne peut se faire que si l'on vit dans un climat spirituel d'obéissance à Dieu. On ne plaisante pas avec Dieu, on n'interroge pas Dieu pour rire, mais d'abord si l'on est décidé à faire ce qu'Il nous fera comprendre.

Il existe tant de méthodes, de la méthode publique à la méthode plus personnelle, pour orienter notre vie avec la Parole de Dieu.



Zenit - Nous publions vos homélies dans nos sept langues depuis trois ans et nous recevons des milliers de messages de remerciement de nos lecteurs. Qu'a représenté pour vous cette expérience, depuis cette nouvelle chaire que constitue Internet ?


P. Cantalamessa - Ce fut pour moi aussi une découverte car au départ je ne pensais pas - vous non plus peut-être - qu'il y aurait eu un tel accueil. Puis, en faisant le tour du monde, je me suis rendu compte que ceux qui ne me connaissaient pas personnellement, me connaissaient pour la plupart à travers Zenit, à travers ces commentaires des Evangiles. Du désert de l'Arizona jusqu'en Afrique, de l'Asie jusqu'en France, bref partout dans le monde.

 D'une part, cela a été pour moi une heureuse découverte et pour vous, je crois, un encouragement. C'est aujourd'hui un moyen important pour véhiculer l'Evangile. Ils sont beaucoup plus nombreux que nous le pensons les gens qui sont en quête de ces contenus bibliques, évangéliques, sur Internet, et les utilisent. Il s'agit là d'une utilisation très concrète, car beaucoup s'en servent pour se préparer à la messe, certains prêtres pour préparer leur homélie. Ces commentaires ne sont pas seulement utiles pour celui qui les lit, parce que, à son tour, il les adapte, les repropose, n'en fait pas une lecture littérale. C'est une graine qui tombe dans de nombreux cœurs.



Zenit - Un dernier mot aux lecteurs de Zenit, qui vont maintenant se sentir orphelins ?


P. Cantalamessa - J'ai l'intention de publier tous ces commentaires dans un volume car on me l'a demandé. Certains ont été publiés par Zenit, d'autres seront nouveaux ou présentés à la télévision. Ce sont des commentaires du même style, courts, d'une page chacun, qui sortiront en un volume. Les lecteurs en prendront connaissance en temps voulu. Ainsi, celui qui le désire pourra y revenir Mais si vous avez la possibilité de les poursuivre par quelqu'un d'autre, j'invite les lecteurs à les lire et les écouter...



Propos recueillis par Jesús Colina

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