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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

il est vivant !

Benoît XVI, 'Je vous conseille la lecture d'un livre extraordinaire' - Youcat dédicacé par le pape

dominicanus #Il est vivant !

C'est le catéchisme destiné aux très jeunes. Il sera lancé lors du rassemblement mondial de Madrid. Benoît XVI compte beaucoup sur lui et le recommande. "Parce qu'il nous parle de notre destin", plus captivant qu'un roman policier

 

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ROME, le 5 février 2011 – La rédaction et la publication d’un "Catéchisme de l’Église catholique" a été l’une des plus grandes entreprises du pontificat de Jean-Paul II. Mais c’est également l’une des moins comprises et des moins appréciées.

Celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger a apporté à cette entreprise une contribution décisive.

Et l’un de ses tout premiers actes en tant que pape a justement été la publication, le 28 juin 2005, d’un Catéchisme bis : le "Compendium", une version plus courte du grand Catéchisme, concentrée en 598 questions et réponses.

Mais Benoît XVI revient à nouveau sur le sujet. Il s’apprête à publier une troisième version du Catéchisme, destinée aux jeunes de 14 à 20 ans et rédigée dans un langage prévu pour mieux leur convenir.

L’ouvrage est intitulé "YouCat", acronyme de "Youth Catechism", catéchisme des jeunes. Ce projet est né en Autriche, sous la supervision du cardinal archevêque de Vienne, Christoph Schönborn. La langue d’origine du livre est donc l’allemand. Des traductions en douze autres langues sont en cours et seront publiées peu à peu dans les différents pays à partir du mois de mars prochain. L'édition italienne a été supervisée par le patriarche de Venise, Angelo Scola, et elle a été imprimée par Città Nuova, la maison d’édition des Focolarini. Le lancement en grand de "YouCat" aura lieu lors des Journées Mondiales de la Jeunesse programmées à Madrid du 16 au 21 août. À cette occasion, chaque jeune en trouvera un exemplaire dans son "sac de pèlerin".

Le schéma du "YouCat" est le même que celui du grand Catéchisme. Tout d’abord les articles du "Credo", puis les sept sacrements, ensuite les dix commandements et enfin le "Notre Père".

Le livre aura comme introduction une préface de Benoît XVI, en forme de lettre. Le mensuel "Il Messaggero di Sant'Antonio" l'a publiée en avant-première et "L'Osservatore Romano" a fait de même le 2 février, fête de clôture du temps de Noël.

Cette préface est remarquablement intéressante, comme c’est souvent le cas pour les textes que le pape Ratzinger écrit personnellement, dans un langage direct, sans réticences.

Le pape y retrace l’histoire de la naissance du grand Catéchisme, en soulignant l'audace de l'entreprise. Et il explique pourquoi il a voulu cette nouvelle version, destinée aux jeunes.

On ne peut pas dire si le "YouCat" aura du succès. Mais jusqu’à présent le grand Catéchisme lui-même n’a pénétré que faiblement dans le corps de l’Église. Et il en est de même pour le Compendium.

Au cours des dernières décennies, les diverses Églises nationales ont consacré beaucoup d’énergie à la production de leurs textes de catéchèse, mais presque toujours en se fondant sur des critères éloignés sinon opposés à ceux du Catéchisme voulu par Wojtyla et Ratzinger. Le résultat a été presque partout un échec.

La conséquence c’est que la transmission de la doctrine chrétienne aux nouvelles générations est aujourd’hui l’un des trous noirs les plus dramatiques de la pastorale de l’Église.

C’est un trou noir qui sert d’arrière-plan à la préface écrite par Benoît XVI pour "YouCat". Par exemple quand il exhorte les jeunes à "être bien plus profondément enracinés dans la foi que la génération de vos parents".

C’est une préface à lire en totalité. La voici.

 

Sandro Magister




"JE VOUS CONSEILLE LA LECTURE D’UN LIVRE EXTRAORDINAIRE"

par Benoît XVI


Chers jeunes amis ! Aujourd’hui je vous conseille la lecture d’un livre extraordinaire. Il est extraordinaire par son contenu mais aussi par son processus d’élaboration, que je désire vous décrire en quelques mots, pour que vous puissiez en comprendre la particularité.

Le "YouCat" tire son origine, pour ainsi dire, d’un autre ouvrage qui remonte aux années 80. C’était, pour l’Église et aussi pour la société mondiale, un moment difficile où s’annonçait la nécessité de nouvelles orientations pour trouver une route vers l’avenir. Après le concile Vatican II (1962-1965) et dans le climat culturel changé, beaucoup de gens ne savaient plus correctement ce que les chrétiens devaient vraiment croire, ce que l’Église enseignait, si elle pouvait enseigner quelque chose "tout court", et comment tout cela pouvait s’adapter au nouveau climat culturel.

Le christianisme en tant que tel n’est-il pas dépassé ? Aujourd’hui peut-on raisonnablement être croyant ? Voilà des questions que beaucoup de chrétiens se posent aujourd’hui encore. Le pape Jean-Paul II prit alors une décision audacieuse : il décida que les évêques du monde entier allaient écrire un livre qui permettrait de répondre à ces questions.

Il me confia la mission de coordonner le travail des évêques et de veiller à ce qu’un livre naisse des contributions des évêques : je veux dire un vrai livre, pas la simple juxtaposition d’une multitude de textes. Ce livre devait porter le titre traditionnel de "Catéchisme de l’Église catholique" et pourtant être quelque chose d’absolument stimulant et nouveau ; il devait montrer ce que l’Église catholique croit aujourd’hui et comment on peut croire de manière raisonnable.

Je fus épouvanté par cette mission et je dois reconnaître qu’il me parut douteux qu’un pareil projet puisse réussir. Comment pouvait-il se faire que des auteurs dispersés dans le monde entier parviennent à produire un livre qui soit lisible ? Comment des hommes qui vivaient sur des continents différents d’un point de vue non seulement géographique mais également intellectuel et culturel pouvaient-ils produire un texte pourvu d’une unité interne et qui soit compréhensible sur tous les continents ?

À cela s’ajoutait le fait que les évêques devaient écrire non pas simplement en tant qu’auteurs individuels, mais en tant que représentants de leurs confrères et de leurs Églises locales.

Je dois avouer qu’aujourd’hui encore le fait que ce projet ait fini par réussir me paraît miraculeux. Nous nous rencontrions pendant une semaine trois ou quatre fois par an et nous discutions passionnément des portions de texte qui s’étaient développées entre deux rencontres.

La première tâche a été de définir la structure du livre : il devait être simple, pour que chacun des groupes d’auteurs puisse avoir une mission claire et qu’il ne soit pas obligé d’insérer de force ses propos dans un système compliqué.

C’est la structure même de ce livre. Elle est tirée simplement d’une expérience catéchétique longue de plusieurs siècles : que croyons-nous ? Comment célébrons-nous les mystères chrétiens ? Comment avons-nous la vie dans le Christ ? Comment devons-nous prier ?

Je ne veux pas vous expliquer maintenant comment nous avons confronté nos points de vue sur les très nombreuses questions jusqu’à ce qu’il en sorte un véritable livre. Pour un ouvrage de ce genre, il y a beaucoup de points qui prêtent à discussion : tout ce que font les hommes est insuffisant et peut être amélioré. Pourtant c’est un grand livre, un signe d’unité dans la diversité. À partir d’un grand nombre de voix nous avons pu former un chœur parce que nous avions en commun la partition de la foi, que l’Église nous a transmise depuis les apôtres à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi tout cela ?

Déjà à ce moment-là, à l’époque de la rédaction du "Catéchisme de l’Église catholique", nous avons dû constater non seulement que les continents et les cultures des peuples qui y vivent sont différents, mais aussi qu’au sein de chaque société, il y a plusieurs "continents" : un ouvrier n’a pas la même mentalité qu’un paysan, un physicien qu’un philologue, un entrepreneur qu’un journaliste, un jeune qu’un vieux. Voilà pourquoi, dans le langage et dans la pensée, nous avons dû nous placer au-dessus de ces différences et, pour ainsi dire, chercher un espace commun aux différents univers mentaux. Cela nous a rendus de plus en plus conscients du fait que le texte demandait des "traductions" pour être adapté aux différents univers, afin de pouvoir atteindre les gens avec leurs mentalités et leurs problématiques différentes.

Depuis lors, des jeunes du monde entier se sont rencontrés aux Journées Mondiales de la Jeunesse (Rome, Toronto, Cologne, Sydney), des jeunes qui veulent croire, qui sont à la recherche de Dieu, qui aiment le Christ et qui souhaitent trouver des chemins communs. Dans ce contexte nous nous sommes demandé si nous ne devrions pas essayer de traduire le "Catéchisme de l’Église catholique" dans le langage des jeunes et faire pénétrer ses paroles dans leur monde. Bien sûr, il y a aussi beaucoup de différences entre les jeunes d’aujourd’hui ; c’est ainsi que, sous la conduite sûre de l’archevêque de Vienne, Christoph Schönborn, un "YouCat" a été élaboré pour les jeunes. J’espère que beaucoup d’entre eux se laisseront attirer par ce livre.

Il y a des gens qui me disent que le catéchisme n’intéresse pas la jeunesse d’aujourd’hui ; mais je crois que ce n’est pas vrai et je suis sûr d’avoir raison. La jeunesse n’est pas aussi superficielle qu’on lui reproche de l’être ; les jeunes veulent savoir en quoi consiste réellement la vie. Un roman policier est captivant parce qu’il nous entraîne dans un destin qui est celui d’autres personnes mais qui pourrait être aussi le nôtre ; ce livre-ci est captivant parce qu’il nous parle de notre propre destin et qu’il concerne donc chacun d’entre nous de près.

Voilà pourquoi je vous dis : étudiez le catéchisme ! C’est ce que je souhaite de tout mon cœur.

Cette aide au catéchisme ne vous flatte pas ; elle ne vous offre pas des solutions faciles ; elle exige de vous une nouvelle vie ; elle vous présente le message de l’Évangile comme la "perle précieuse" (Matthieu 13, 45) pour laquelle il faut donner tout ce que l’on possède. Voilà pourquoi je vous dis : étudiez le catéchisme avec passion et persévérance ! Sacrifiez votre temps pour lui ! Étudiez-le dans le silence de votre chambre, lisez-le à deux, si vous êtes amis, formez des groupes et des réseaux d’étude, échangez vos idées sur Internet. Continuez à dialoguer de toutes les manières à propos de votre foi !

Vous devez connaître ce que vous croyez ; vous devez connaître votre foi aussi précisément qu’un informaticien connaît le système d’exploitation d’un ordinateur ; vous devez la connaître comme un musicien connaît son morceau. Oui, vous devez être bien plus profondément enracinés dans la foi que la génération de vos parents, pour pouvoir résister avec force et décision aux défis et aux tentations de ce temps.

Vous avez besoin de l’aide divine si vous ne voulez pas que votre foi se dessèche comme une goutte de rosée au soleil, si vous ne voulez pas succomber aux tentations du consumérisme, si vous ne voulez pas que votre amour se noie dans la pornographie, si vous ne voulez pas trahir les faibles et les victimes d’abus et de violences.

Si vous vous consacrez avec passion à l’étude du catéchisme, je voudrais vous donner encore un dernier conseil : vous savez tous comment la communauté des croyants a été blessée, ces derniers temps, par les attaques du mal, par le péché qui a pénétré à l’intérieur, ou plutôt au cœur de l’Église. N’en faites pas un prétexte pour fuir devant Dieu ; vous êtes vous-mêmes le corps du Christ, l’Église ! Apportez le feu intact de votre amour dans cette Église à chaque fois que les hommes en auront assombri le visage. "Soyez d’un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l’Esprit, au service du Seigneur" (Romains 12, 11).

Dieu a appelé à l’aide d’Israël, au moment le plus sombre de son histoire, non pas les grands et les gens considérés, mais un jeune nommé Jérémie ; Jérémie s’est senti investi d’une mission trop lourde pour lui : "Ah, mon Seigneur et mon Dieu, je ne sais pas porter la parole, je suis un enfant !" (Jérémie 1, 6). Mais Dieu ne s’est pas laissé abuser : "Ne dis pas : 'Je suis un enfant'. Va là où je t’envoie, et tout ce que je t’ordonnerai, dis-le" (Jérémie 1, 7).

Je vous bénis et je prie chaque jour pour vous tous.



La grande édition du Catéchisme, publiée en 1992 :

> Catéchisme de l'Église Catholique

L'édition abrégée, présentée sous forme de questions et réponses, publiée en 2005 :

> Compendium

À propos des illustrations qui accompagnent le "Compendium" :

> Un catechismo per la civiltà dell’immagine [Un catéchisme pour la civilisation de l’image] (5.7.2005)


www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Benoît XVI, Message pour la Journée Mondiale du Malade 2011

dominicanus #Il est vivant !

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“C'est par ses blessures que vous avez été guéris” (1P 2,24)

 

Chers frères et chères sœurs,

 

Le 11 février de chaque année, lorsqu'est célébrée la mémoire de la bienheureuse Vierge de Lourdes, l'Eglise propose la Journée Mondiale du Malade. Conformément à la volonté du vénérable Jean-Paul II, cette circonstance devient une occasion propice pour réfléchir sur le mystère de la souffrance et, surtout, pour sensibiliser davantage nos communautés et la société civile à l'égard de nos frères et sœurs malades. Si tout homme est notre frère, d'autant plus celui qui est le plus faible, celui qui souffre et celui qui a besoin de soins doivent-ils être au centre de notre attention, afin qu'aucun d'eux ne se sente oublié ou marginalisé ; en effet, "la mesure de l'humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine" (Lettre encycl. Spe salvi, 38). Que les initiatives qui seront promues dans chaque diocèse à l'occasion de cette Journée soient un encouragement pour rendre toujours plus efficaces les soins envers ceux qui souffrent, dans la perspective aussi de la célébration solennelle – prévue en 2013 – au Sanctuaire marial d'Altötting, en Allemagne.

 

1. Je garde encore au fond du cœur le moment où, lors de ma visite pastorale à Turin, j'ai pu réfléchir et prier devant le Saint Suaire, devant ce visage souffrant, qui nous invite à méditer sur Celui qui a pris sur lui la passion de l'homme de tous les temps et de tous lieux, avec nos souffrances aussi, nos difficultés et nos péchés. Au cours de l'histoire, combien de fidèles sont passés devant cette toile sépulcrale qui a enveloppé le corps d'un homme crucifié, qui répond en tout et pour tout à ce que disent les Evangiles sur la passion et la mort de Jésus ! Le contempler est une invitation à réfléchir sur ce qu'a dit saint Pierre : "C'est par ses blessures que vous avez été guéris" (1 P 2,24). Le Fils de Dieu a souffert, est mort, mais il est ressuscité et c'est justement pour cela que ces plaies deviennent le signe de notre rédemption, du pardon et de la réconciliation avec le Père ; mais elles deviennent aussi un banc d'essai pour la foi des disciples et pour notre foi ; chaque fois que le Seigneur parle de sa passion et de sa mort, ils ne comprennent pas, ils refusent et s'opposent. Pour eux, comme pour nous, la souffrance reste toujours lourde de mystère, difficile à accepter et à porter. Les deux disciples d'Emmaüs avancent tristement, à cause des événements survenus ces jours-là à Jérusalem, et ce n'est que lorsque le Ressuscité marche à leurs côtés qu'ils s'ouvrent à une vision nouvelle (cf. Lc 24,13-31). L'apôtre Thomas aussi a des difficultés à croire à la voie de la passion rédemptrice : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas" (Jn 20,25). Mais devant le Christ qui montre ses plaies, sa réponse se transforme en une émouvante profession de foi : "Mon Seigneur et mon Dieu !" (Jn 20, 28). Ce qui était d'abord un obstacle insurmontable, parce que signe de l'échec apparent de Jésus, devient – dans la rencontre avec le Ressuscité – la preuve d'un amour victorieux : "Seul un Dieu qui nous aime au point de prendre sur lui nos blessures et notre souffrance, surtout la souffrance de l’innocent, est digne de foi" (Message Urbi et Orbi, Pâques 2007).

 

2. A vous tous qui êtes malades et qui souffrez, je dis que c'est justement à travers les blessures du Christ qu'avec les yeux de l'espoir, nous pouvons voir tous les maux qui affligent l'humanité. En ressuscitant, le Seigneur n'a pas enlevé au monde la souffrance et le mal, mais il les a vaincus à la racine. A la force du Mal, il a opposé la toute-puissance de son Amour. Et il nous a indiqué alors que le chemin de la paix et de la joie, c'est l'Amour : "comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres" (Jn 13,34). Christ, vainqueur de la mort, est vivant parmi nous ! Et tandis qu'avec saint Thomas nous disons nous aussi : "Mon Seigneur et mon Dieu !", suivons notre Maître dans la disponibilité à donner notre vie pour nos frères (cf. 1 Jn 3,16) en devenant des messagers d'une joie qui ne craint pas la douleur, la joie de la Résurrection.

 

Saint Bernard affirme : "Dieu ne peut pas pâtir, mais il peut compatir". Dieu, la Vérité et l'Amour en personne, a voulu souffrir pour nous et avec nous ; il s'est fait homme pour pouvoir com-patir avec l'homme, réellement, dans la chair et dans le sang. Alors, dans toute souffrance humaine Quelqu'Un est entré, qui partage la souffrance et la patience; dans toute souffrance, se diffuse la con-solatio, la consolation de l'amour qui vient de Dieu qui participe, pour faire surgir l'étoile de l'espérance (cf. Lettre encycl. Spe salvi, 39).

 

Chers frères et chères sœurs, je vous redis ce message pour que vous en soyez les témoins à travers votre souffrance, votre vie et votre foi.

 

3. Dans la perspective de la rencontre de Madrid en août prochain, pour la Journée Mondiale des Jeunes, je voudrais aussi tourner ma pensée particulièrement vers les jeunes, et plus spécialement vers ceux qui vivent l'expérience de la maladie. Souvent, la Passion, la Croix de Jésus, font peur parce qu'elles apparaissent comme étant la négation de la vie. En réalité, c'est exactement le contraire ! La Croix est le "Oui" de Dieu à l'homme, l'expression la plus haute et la plus intense de Son amour, et la source d'où jaillit la vie éternelle. Cette vie divine a jailli du cœur transpercé de Jésus. Il est le seul qui soit capable de libérer le monde du mal et de faire se diffuser son Royaume de justice, de paix et d'amour auquel nous aspirons tous (cf. Message pour la Journée Mondiale des Jeunes 2011, 3). Mes jeunes amis, apprenez à "voir" et à "rencontrer" Jésus dans l'Eucharistie, où il est réellement présent pour nous jusqu'à se faire nourriture pour le chemin ; mais sachez aussi le reconnaître et le servir dans les pauvres, les malades, les frères souffrants et en difficulté, qui ont besoin de votre aide (cf. ibid., 4). A vous tous, les jeunes, qui êtes malades ou non, je redis l'invitation à créer des ponts d'amour et de solidarité, pour que personne ne se sente seul, mais proche de Dieu et faisant partie de la grande famille de Ses enfants (cf. Audience générale, 15 novembre 2006).

 

4. Lorsque nous contemplons les plaies de Jésus, notre regard se tourne vers son cœur très saint, dans lequel l'amour de Dieu se manifeste de façon suprême. Le Sacré-Cœur, c'est le Christ crucifié, le côté ouvert par la lance d'où jaillissent le sang et l'eau (cf. Jn 19,34) et d'où "il fit naître les sacrements de l'Eglise, pour que tous les hommes, attirés vers son Cœur, viennent puiser la joie aux sources vives du salut" (Missel Romain, Préface du Sacré-Cœur). Et plus spécialement vous qui êtes malades, vous percevez la proximité de ce Cœur plein d'amour et vous puisez à cette source avec foi et dans la joie, en priant : "Eau du côté du Christ, lave-moi ; Passion du Christ, fortifie-moi ; O bon Jésus, exauce-moi ; Dans tes blessures, cache-moi" (Prière de Saint Ignace de Loyola).

 

5.A la fin de mon Message pour la prochaine Journée Mondiale du Malade, je désire vous exprimer mon affection, à tous et à chacun, en prenant part aux souffrances et aux espérances que vous vivez chaque jour en union avec le Christ crucifié et ressuscité, pour qu'il accorde la paix et la guérison du cœur. Avec lui, que veille aussi près de vous la Vierge Marie, que nous invoquons avec confiance comme la Santé des malades et la Consolatrice de ceux qui souffrent. Aux pieds de la Croix, se réalise en elle la prophétie de Siméon : son cœur de mère a été transpercé (cf. Lc 2,35). Du fond de l'abîme de sa douleur, participation à celle de son Fils, Marie a pu recevoir sa nouvelle mission : devenir la Mère du Christ dans ses membres. A l'heure de la Croix, Jésus lui présente chacun de ses disciples en disant : "Voici ton fils" (Jn 19,26-27). La compassion maternelle pour le Fils devient compassion maternelle pour chacun de nous, dans nos souffrances quotidiennes (cf. Homélie à Lourdes, 15 septembre 2008).

 

Très chers frères et très chères sœurs, en cette Journée Mondiale du Malade, j'invite aussi les Autorités à investir toujours davantage d'énergies dans des structures de santé aptes à aider et soutenir ceux qui souffrent, surtout les plus pauvres et les plus nécessiteux ; et, en adressant ma pensée à tous les diocèses, j'envoie un salut affectueux aux évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées, aux séminaristes, aux agents de la santé, aux volontaires et à tous ceux qui se consacrent avec amour à soigner et soulager les plaies de chaque frère ou sœur malade, dans les hôpitaux ou dans les instituts de soin, dans les familles ; sachez toujours voir sur le visage des malades le Visage des visages : celui du Christ.

 

Je vous garde tous dans mes prière et donne à chacun une Bénédiction Apostolique spéciale.

 

Du Vatican, 21 novembre 2010, Fête du Christ Roi de l'Univers.

 

Benoît P.P. XVI

 

© Copyright 2010 - Libreria Editrice Vaticana

Ombres et lumières de la finance au Vatican

dominicanus #Il est vivant !

L'objectif est l'inscription du Saint-Siège sur la "White List" des états vertueux. Mais la justice italienne soupçonne l'existence d'opérations illicites et il y a de la discorde au Vatican. La légende noire insensée qui s'en prend à Angelo Caloia, le président qui a sauvé l'IOR du désastre

 

 

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ROME, le 27 janvier 2011 – Depuis une semaine, l'Autorità di Informazione Finanziaria (AIF) – le nouvel organisme créé par le Vatican pour veiller à ce que des opérations de blanchiment de capitaux d’origine criminelle ou de financement du terrorisme ne soient pas effectuées dans des organismes liés au Saint-Siège – a un président, en la personne du cardinal Attilio Nicora (photo). Celui-ci reste par ailleurs président de l'Administration du Patrimoine du Siège Apostolique.

Le premier objectif de Nicora est l'inscription du Saint-Siège sur la "White List", c’est-à-dire la liste des états les plus engagés dans la prévention et la lutte contre les crimes financiers qui viennent d’être cités.

Avec la création de l'AIF et la promulgation de quatre lois "ad hoc" le 30 décembre dernier, le Saint-Siège a franchi une étape indispensable dans sa progression vers cet objectif.

Mais ce parcours n’en est qu’à ses premiers pas, a déclaré dans une interview à Radio Vatican l'avocat Marcello Condemi, l’un des quatre experts qui assistent le cardinal Nicora. Parce que le GAFI, le Groupe d’Action Financière Internationale contre le blanchiment de capitaux, va examiner le système mis en place par le Vatican et qu’il exigera éventuellement des modifications.

Condemi a travaillé à la Banque d'Italie et il a été pendant de nombreuses années membre de la délégation italienne au GAFI, organisme avec lequel le Saint-Siège a déjà des contacts actuellement. 

Mais l'examen que fera le GAFI ne sera pas le seul élément qui déterminera dans quel délai le Saint-Siège sera inscrit sur la "White List".

*

Un obstacle sérieux subsiste en effet : c’est l’enquête ouverte le 21 septembre 2010 par le tribunal de Rome et qui vise Ettore Gotti Tedeschi et Paolo Cipriani, respectivement président et directeur général de l'Istituto per le Opere di Religione (IOR), la banque du Vatican. Ils sont soupçonnés de violations des lois contre le blanchiment de capitaux, dans des opérations qui représentent un montant total de 23 millions d’euros, sur un compte de l’IOR ouvert dans une banque italienne, le Credito Artigiano.

Le tribunal, averti par la Banque d'Italie, a ordonné que la somme soit mise sous séquestre. Le Saint-Siège a déclaré que tout était né d’un "malentendu" et que "la nature et le but des opérations qui font l’objet de l’enquête pouvaient être éclaircis de manière extrêmement simple".

Le 30 septembre, Gotti Tedeschi – qui avait été reçu le dimanche précédent par Benoît XVI à Castel Gandolfo – a accepté d’être interrogé par les magistrats de Rome, tout comme un Italien ordinaire faisant l’objet d’une enquête.

Une telle disponibilité est sans précédent dans l’histoire de la banque vaticane. En 1993, celui qui était alors président de l’IOR, Angelo Caloia, avait été convoqué pour un interrogatoire par les magistrats de Milan. Il avait obtenu que ces magistrats recourent à une commission rogatoire internationale, la demande devant être transmise par la voie diplomatique au Saint-Siège dans la mesure où celui-ci est un état étranger.

Dans cette situation, l’IOR avait répondu en fournissant une déposition écrite, également transmise par la voie diplomatique. Il avait donné les preuves du délit – concernant des "pots-de-vin" d’Enimont représentant un montant d’environ 45 millions d’euros – et obtenu des applaudissements dans toute la presse pour avoir collaboré avec la justice. Le coupable, l’évêque Donato De Bonis – qui avait été le secrétaire général de l’IOR pendant vingt ans puis son "prélat" pendant quatre autres années – ne pouvait pas être poursuivi par la justice italienne dans la mesure où il était fonctionnaire d’un état étranger, ayant été nommé tout récemment assistant ecclésiastique de l’Ordre Souverain et Militaire de Malte.

Deux membres de la commission cardinalice de vigilance de l’IOR, les cardinaux Nicora et Jean-Louis Tauran – ce dernier a été ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège et possède une grande expérience diplomatique – estiment qu’en 2010 aussi le Vatican aurait dû réagir de cette façon à l'intervention de la magistrature italienne, en exigeant une commission rogatoire internationale entre états. 

Mais c’est l’avis contraire du président de l’IOR, soutenu par le président de la commission cardinalice, le secrétaire d’état Tarcisio Bertone, qui a prévalu.

Gotti Tedeschi a donc été interrogé dans les bureaux du tribunal de Rome. Sa déposition a rempli 91 pages de procès-verbal, dont quelques extraits sont parvenus à la presse. Il y expliquait son geste comme "une manifestation de la volonté de se conformer à une nouvelle époque".

Mais les magistrats ont estimé que les éclaircissements qui leur étaient fournis n’étaient pas satisfaisants. Et ils ont jusqu’à présent répondu par des refus répétés à la demande de déblocage des 23 millions d’euros mis sous séquestre formulée par l’IOR. Le dernier en date de ces refus est du 20 décembre. Il est motivé par le fait que "l’identification des bénéficiaires de virements et de chèques reste impossible", et que, par conséquent, en l’absence d’"un déroulement ordonné et transparent des rapports entre les établissements de crédit italiens et l’IOR dans le domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux", la banque du Vatican "peut facilement devenir un canal pour la réalisation d’opérations illicites de blanchiment portant sur des sommes d’argent [qui seraient] d’origine délictueuse".

Il est évident qu’un tel état de fait rend plus difficile l'inscription du Saint-Siège sur la "White List".

Dans un mémoire signé par les deux magistrats romains qui mènent l’enquête, Nello Rossi et Stefano Rocco Fava, on lit ceci à propos des consultations en cours entre le Saint-Siège et les organismes italiens et internationaux chargés de la question :

"On souligne que, dans le rapport du 6 octobre 2010 qui a été transmis à ce service [judiciaire], la Banque d'Italie a indiqué que ces consultations avaient été tout à fait infructueuses".

*

À ces turbulences viennent s’en ajouter d’autres qui sont, elles, internes au Vatican.

"En dix mois, on a fait plus qu’en vingt ans, il y a des décennies d’habitudes à changer" : cette phrase, attribuée à "un haut responsable du Vatican" et publiée de manière très visible dans le "Corriere della Sera" du 22 octobre, a donné corps à la légende noire selon laquelle les ennuis judiciaires de l'actuel président de l’IOR, Gotti Tedeschi, qui est à ce poste depuis le 23 septembre 2009, seraient imputables à la mauvaise gestion de son prédécesseur Angelo Caloia, patron de l’IOR au cours des vingt années précédentes.

Gotti Tedeschi affirme qu’il n’a jamais prononcé ni même pensé cette phrase. Caloia, pour sa part, a demandé à la secrétairerie d’état du Vatican une réparation publique de cet affront. Mais jusqu’à présent "L'Osservatore Romano", le quotidien du Saint-Siège auquel incombe logiquement la mission de rétablir la paix entre les deux hommes, n’a pas publié une seule ligne d’éclaircissement. De plus, alors que Gotti Tedeschi est un chroniqueur réputé de ce journal dirigé par Giovanni Maria Vian et qu’il l’était déjà avant même d’être nommé à la tête de l’IOR, les articles  écrits par Caloia pendant la phase finale de sa présidence n’ont jamais été acceptés.

En réalité, dès que l’on examine le travail méritoire accompli par les deux derniers présidents de l’IOR, on se rend compte que l’opposition entre l’un et l’autre ne repose sur rien.

Gotti Tedeschi a à son actif un peu plus d’un an de présidence. Pendant ce laps de temps, il a agi résolument pour que l’IOR mais aussi tous les organismes économiques liés au Saint-Siège soient de plus en plus "exemplaires et en même temps efficaces".

Mais, à plus forte raison, on ne peut pas ne pas apprécier le travail d’assainissement et de réorganisation accompli par Caloia au cours des vingt années précédentes, dans une situation qui était au départ presque désespérée, l’IOR ayant été à moitié détruit par Paul Marcinkus et plus encore par Mgr De Bonis, le véritable "mauvais génie" de cette période.

Lorsque Caloia a pris la direction de l’IOR, en juin 1989, Marcinkus n’y était plus. Mais il restait De Bonis. Celui-ci s’était assuré une situation sur mesure, celle de "prélat" de la banque vaticane, et il continua pendant plusieurs années, comme si de rien n’était, à gérer des opérations financières nettement illégales.

Caloia mena une lutte très difficile pour s’opposer à De Bonis et pour convaincre la secrétairerie d’état du Vatican d’évincer celui-ci. Il y parvint en 1993 mais, dans les mois qui suivirent, il dut encore écrire au secrétaire d’état Angelo Sodano que De Bonis continuait à intervenir de l’extérieur à l’IOR et qu’il poursuivait son "activité criminelle". Une documentation précise à propos de cette lutte a été publiée en Italie en 2009 dans un livre de Gianluigi Nuzzi qui est encore actuellement un succès éditorial : "Vaticano S.p.A.".

De Bonis est mort en 2001. L’IOR a alors connu quelques années de tranquillité relative et de bons profits, providentiels pour assurer l’équilibre des comptes du Saint-Siège. Jusqu’au moment où éclata le conflit entre le cardinal Sodano et son successeur désigné à la secrétairerie d’état, Bertone.

Sodano fit tout ce qu’il pouvait pour rester à son poste. Et lorsqu’il dut s’incliner, en 2006, son dernier geste fut de ressusciter la charge de prélat de l’IOR, vacante depuis 1993, et de l’attribuer à l’un de ses protégés, son secrétaire personnel, Piero Pioppo.

Pour Caloia ce fut un nouveau chemin de croix. Comme De Bonis l’avait fait avant lui, Pioppo prit la direction d’une gestion parallèle de l’IOR, qui contournait le président.

Le secrétaire d’état Bertone envisagea à plusieurs reprises d’éloigner Pioppo, mais sans succès. Le président de l’IOR se sentait de plus en plus isolé. Lorsqu’il décida de lancer les procédures pour l'inscription du Saint-Siège sur la "White List" et qu’il transmit les documents nécessaires à la secrétairerie d’état, parce que c’est elle qui devait traiter le dossier, il ne fut même pas tenu au courant des démarches accomplies ultérieurement par les autorités vaticanes.

Le départ de Caloia de la présidence de l’IOR était dans l’air. Son remplacement par Gotti Tedeschi eut lieu le 23 septembre 2009.

Quatre mois plus tard, le 25 janvier 2010, Pioppo était envoyé en tant que nonce apostolique au Cameroun et en Guinée Équatoriale. 

Depuis cette date le poste de prélat est vacant. Mais il ne va plus l’être longtemps. On attend la nomination, à ce poste qui dans le passé a toujours donné de très mauvais résultats, de Mgr Luigi Mistò, 58 ans, responsable pour le diocèse de Milan du service de soutien économique de l’Église.

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Les documents, publiés à la fin de 2010, qui dotent le Saint-Siège des outils nécessaires pour la prévention et la lutte contre les activités illégales dans le domaine financier :

> "Transparence, honnêteté et responsabilité"

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L’article qui donne d’autres détails à propos de l’enquête judiciaire sur l’IOR qui a été ouverte en 2010 par la justice italienne :


> Le banquier du pape résiste à la tempête (24.9.2010)

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L'interview accordée le 30 décembre 2010 à Radio Vatican par l'avocat Marcello Condemi, conseiller du cardinal Nicora :

> "Così può iniziare il percorso per entrare nella 'White List'..."

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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 


Congrégation pour le Clergé, L'identité missionnaire du prêtre dans l'Église, comme dimension intrinsèque de l'exercice des tria munera

dominicanus #Il est vivant !

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Introduction

Ecclesia peregrinans natura sua missionaria est.


« Par nature l'Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu'elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père »
.


Le Concile oecuménique Vatican II, sur la vague de la Tradition ininterrompue, est on ne peut plus explicite pour affirmer le caractère missionnaire intrinsèque de l'Église. L'Église n'existe pas d’elle-même et pour elle-même : elle tire son origine des missions du Fils et de l'Esprit ; l'Église est appelée, par nature, à sortir d’elle-même dans un mouvement vers le monde, pour être signe de l'Emmanuel, du Verbe qui s'est fait chair, du Dieu-avec-nous.


Le caractère missionnaire, du point de vue théologique, est inclus en chacune des notes de l'Église et est particulièrement représenté soit par la catholicité soit par l'apostolicité. Comment s'acquitter fidèlement de la tâche que constitue le fait d'être apôtres, témoins fidèles du Seigneur, annonciateurs de la Parole et administrateurs humbles et certains de la grâce, si ce n’est à travers la mission, comprise comme un véritable facteur constitutif de l'être Église ?


La mission de l'Église, en outre, est la mission qu'elle a reçue de Jésus-Christ avec le don du Saint-Esprit. Elle est unique, et elle est confiée à tous les membres du peuple de Dieu, rendus participants du sacerdoce du Christ au moyen des sacrements de l'initiation, pour offrir à Dieu un sacrifice spirituel et témoigner du Christ devant les hommes. Cette mission s'étend à tous les hommes, à toutes les cultures, à tous les lieux et à tous les temps. À une unique mission correspond un unique sacerdoce : celui du Christ, dont sont participants tous les membres du peuple de Dieu, même si c’est selon une modalité différente et non seulement à un degré différent.


Dans cette mission, certainement, les prêtres, en tant qu’ils sont les plus précieux collaborateurs des Évêques successeurs des Apôtres, détiennent un rôle central et absolument irremplaçable, qui leur est confié par la providence de Dieu.

 

 

 

1. Conscience ecclésiale de la nécessité d’un engagement missionnaire renouvelé

Le caractère missionnaire intrinsèque de l'Église se fonde dynamiquement sur les missions trinitaires elles-mêmes. L'Église est appelée, par nature, à annoncer la personne de Jésus-Christ mort et ressuscité, à s'adresser à l'humanité entière, selon le mandat reçu du Seigneur lui-même: « Allez dans le monde entier et proclamez l'Évangile à toute créature » (Mc 16,15) ; « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Dans la vocation même de saint Paul, il y a un envoi : « Va, parce que je t'enverrai au loin, aux nations » (Ac 22,21).


Pour réaliser cette mission, l'Église reçoit le Saint-Esprit, envoyé par le Père et le Fils dans la Pentecôte. L'Esprit descendu sur les Apôtres est l'Esprit de Jésus : il fait répéter les actes de Jésus, il fait annoncer la parole de Jésus (cf. Ac 4,30), il fait redire la prière de Jésus (cf. Ac 7,59s ; Lc 23,34.46), il fait perpétuer, dans la fraction du pain, l’action de grâce et le sacrifice de Jésus et il conserve l'unité parmi les frères (cf. Ac 2,42 ; 4,32). Le Saint Esprit confirme et manifeste la communion des disciples comme nouvelle création, comme communauté de salut eschatologique, et il envoie en mission : « Vous serez mes témoins […] jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Le Saint Esprit pousse l'Église naissante à la mission dans le monde entier, en démontrant de la sorte qu'il est répandu sur « chaque chair » (cf. Ac 2,17).


Aujourd'hui, face aux nouvelles circonstances de la présence et de l'activité de l'Église, dans le panorama mondial, l'urgence missionnaire se représente, non seulement ad gentes, mais au sein même du troupeau déjà constitué de l'Église.


Au cours des dernières décennies le magistère de Pierre a exprimé de façon autorisée, avec des tons toujours plus forts et décidés, l'urgence d’un engagement missionnaire renouvelé. Il suffit de penser à Evangelii nuntiandi de Paul VI ou à Redemptoris missio et Novo millenio ineunte de Jean-Paul II , jusqu'aux nombreuses interventions de Benoît XVI . 

 
La préoccupation du Pape Benoît XVI pour la mission Ad gentes n’est pas moindre, comme le montre sa constante sollicitude. Encore aujourd'hui, il faut souligner et encourager, toujours davantage, la présence de nombreux missionnaires envoyés ad gentes. Évidemment ils ne suffisent pas. En outre, un phénomène nouveau se profile : des missionnaires africains et asiatiques qui aident l'Église, par exemple, en Europe.


Il faut aussi se réjouir et remercier Dieu pour tant de nouveaux Mouvements et Communautés ecclésiaux, y compris de laïcs, qui vivent la dimension missionnaire, soit dans leur propre région – au milieu des catholiques qui, pour différents motifs, ne vivent pas l'appartenance à la communauté ecclésiale – soit ad gentes.


2. Aspects théologiques et spirituels du caractère missionnaire des prêtres

Nous ne pouvons pas considérer l'aspect missionnaire de la théologie et de la spiritualité sacerdotale, sans expliciter la relation avec le mystère du Christ. Comme on l’a déjà remarqué au n. 1, l'Église trouve son fondement dans les missions du Christ et du Saint-Esprit : ainsi chaque « mission », et la dimension missionnaire de l'Église elle-même, intrinsèque à sa nature, se fondent sur la participation à la mission divine. Le Seigneur Jésus est, par antonomase, l'envoyé du Père. Avec une intensité plus ou moins grande, tous les écrits du Nouveau Testament rendent ce témoignage.


Dans l'Évangile de Luc Jésus se présente lui-même comme celui qui, consacré par l'onction de l'Esprit, a été envoyé pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle (cf. Lc 4,18 ; Is 61,1-2). Dans les trois Évangiles synoptiques, Jésus s’identifie avec le fils bien-aimé qui, dans la parabole des vignerons homicides, est finalement envoyé par le maître de la vigne, après les serviteurs (cf. Mc 12,1-12 ; Mt 21,33-46 ; Lc 20,9-19) ; en d’autres lieux il parle de sa condition d'envoyé (cf. Mt 15,24). Même en Saint Paul on retrouve l'idée de la mission du Christ de la part de Dieu le Père (cf. Ga 4,4 ; Rm 8,3). 

 
C’est pourtant surtout dans les textes johanniques qu’apparaît le plus fréquemment la « mission » divine de Jésus. Être « l'envoyé du Père » appartient certainement à l'identité de Jésus : Il est celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, et ce fait est l’expression de son unique filiation divine (cf. Jn 10,36-38). Jésus a mené à son terme l'Oeuvre salvifique, toujours comme envoyé du Père et comme celui qui accomplit les oeuvres de celui qui l'a envoyé, en obéissance à sa volonté. Ce n’est que dans l'accomplissement de cette volonté que Jésus a exercé son ministère de prêtre, de prophète et de roi. En même temps, ce n’est qu’en tant qu'envoyé du Père qu’il envoie, à son tour, les disciples. La mission, dans tous ses divers aspects, se fonde dans la mission du Fils dans le monde et dans la mission du Saint-Esprit. 

 
Jésus est l'envoyé qui, à son tour, envoie (cf. Jn 17.18). Le « caractère missionnaire » est avant tout une dimension de la vie et du ministère de Jésus, et par conséquent de l'Église et de chaque chrétien, selon les exigences de la vocation personnelle. Nous voyons comment Jésus a exercé son ministère salvifique pour le bien des hommes, dans ces trois dimensions intimement reliées de l’enseignement, de la sanctification et du gouvernement ; ou, en d'autres termes plus directement bibliques, en tant que prophète et révélateur du Père, en tant que prêtre, Seigneur, roi et pasteur.


Même si Jésus, dans sa proclamation du Règne et dans sa fonction de révélateur du Père, s'est senti spécialement envoyé au peuple d'Israël (cf. Mt 15,24 ; 10,5), divers épisodes de sa vie découvrent l'horizon d'universalité de son message : Jésus n'exclut pas les gentils du salut, il loue la foi de certains d’entre eux, par exemple celle du centurion, et annonce que les païens arriveront des extrémités du monde pour s'asseoir à table avec les patriarches d'Israël (cf. Mt 8,10-12 ; Lc 7,9) ; il dit également à la cananéenne : « Femme, grande est ta foi ! Qu'il t’advienne selon ton désir » (Mt 15,28 ; cf. Mc 7,29). En continuité avec sa propre mission, Jésus ressuscité envoie ses disciples prêcher l'Évangile à toutes les nations, une mission universelle (cf. Jn 20,21-22 ; Mt 28,19-20 ; Mc 16,15 ; Ac 1,8). La révélation chrétienne est destinée à tous les hommes, sans distinctions.


La révélation de Dieu le Père que porte Jésus se fonde sur son union unique avec le Père, dans sa conscience filiale ; ce n’est qu’à partir de celle-ci qu’il peut exercer sa fonction de révélateur (cf. Mt 11,12-27 ; Lc 10,21-22 ; Jn 1,18 ; 14,6-9 ; 17,3.4.6). Faire connaître le Père, avec tout ce que cette connaissance implique, est le but dernier de tout l'enseignement de Jésus. Sa mission de révélateur est tellement enracinée dans le mystère de sa personne que, même dans la vie éternelle, sa révélation du Père se poursuivra : « Je leur ai fait connaître ton nom et je le ferai connaître, pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et moi en eux » (Jn 17,26 ; cf. 17,24). Cette expérience de la paternité divine doit pousser les disciples à l'amour vers tous, dans lequel consistera leur « perfection » (cf. Mt 5,45-48 ; Lc 6,35-36).


Le ministère sacerdotal de Jésus ne peut pas se comprendre en-dehors de la perspective de l'universalité. Il est clair, à partir des textes du Nouveau Testament, que Jésus a conscience de sa mission qui le porte à donner sa vie pour tous les hommes (cf. Mc 10,45 ; Mt 20,28). Jésus, qui n'a pas péché, se met à la place des hommes pécheurs et, pour eux, il s'offre au Père. Les paroles de l'institution de l'Eucharistie manifestent la même conscience et la même attitude ; Jésus offre sa vie dans le sacrifice de la Nouvelle Alliance en faveur des hommes : « Ceci est mon sang de l'alliance, versé pour une multitude» (Mc 14,24 ; cf. Mt 26,28 ; Lc 22,20 ; 1 Co 11,24-25). 

 
Le sacerdoce du Christ a été surtout approfondi dans la lettre aux Hébreux, où l’on met en relief comment il est le prêtre éternel, qui possède un sacerdoce qui ne passe pas (cf. He 7,24), il est le prêtre parfait (cf. He 7,28). Face à la multiplicité de prêtres et de sacrifices anciens, le Christ s’est offert lui-même, une seule fois et une fois pour toutes, par le sacrifice parfait (cf. He 7,27 ; 9,12.28; 10,10; 1 P 3,18). Cette unicité de sa personne et de son sacrifice confère aussi au sacerdoce du Christ son caractère unique et universel ; toute sa personne et, concrètement, le sacrifice rédempteur qui a une valeur pour l'éternité, portent le signe de ce qui ne passe pas et est insurpassable. Le Christ, prêtre souverain et éternel, continue encore, dans sa condition de glorifié, d’intercéder pour nous auprès du Père (cf. Jn 14,16 ; Rm 8,32 ; He 7,25 ; 9,24 ; 10,12; 1Jn 2,1).


Jésus, envoyé du Père, apparaît aussi comme Seigneur dans le Nouveau Testament (cf. Ac 2,36). C’est l'événement de la résurrection qui fait reconnaître aux chrétiens la seigneurie du Christ. Dans les premières confessions de foi ce titre fondamental apparaît en lien avec la résurrection (cf. Rm 10,9). La référence à Dieu le Père ne manque pas dans beaucoup des textes qui nous parlent de Jésus comme Seigneur (cf. Ph 2,11). D'autre part, Jésus, qui a annoncé le règne de Dieu, spécialement lié à sa personne, est roi, comme lui-même l’indique dans l'Évangile de Jean (cf. Jn 18,33-37). Et à la fin des temps « il remettra le règne à Dieu le Père, après avoir anéanti toute Principauté, toute Puissance et toute Force » (1Co 15,24).


Naturellement, la domination du Christ a peu de rapport avec celle des grands de ce monde (cf. Lc 22,25-27 ; Mt 20,25-27 ; Mc 10,42-45) parce que, comme il le dit lui-même, son royaume n'est pas de ce monde (cf. Jn 18,36). C’est pourquoi la domination du Christ est celle du bon pasteur, qui connaît toutes ses brebis, qui offre sa vie pour elles et qui veut les réunir toutes en un seul troupeau (cf. Gn 10,14-16). Même la parabole de la brebis égarée parle, indirectement, de Jésus bon pasteur (cf. Mt 18,12-14 ; Lc 15,4-7). Jésus est en outre le « pasteur suprême » (1P 5,4).


En Jésus se réalise, de façon éminente, ce que la tradition de l'Ancien Testament avait dit de Dieu comme pasteur du peuple d'Israël : « Je les ferai paître en d’excellents pâturages et leur pacage sera sur les plus hautes montagnes d'Israël […]. Moi-même je ferai paître mes brebis et je les ferai reposer. Oracle du Seigneur Dieu. J'irai à la recherche de la brebis perdue et je ramènerai celle qui s’était égarée, je panserai celle qui est blessée et je fortifierai celle qui est malade, je veillerai sur celle qui est grasse et bien portante; je les paîtrai avec justice » (Ez 34,14-16). Et aussi plus loin : « Je susciterai pour eux un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David. Il les mènera à pâture, il sera leur pasteur. Moi, le Seigneur, je serai leur Dieu… » (Ez 34,23-24 ; cf. Jr 23,1-4 ; Za 11,15-17 ; Ps 23,1-6) .


Ce n’est qu’en partant du Christ que la réflexion traditionnelle sur les tria munera - qui configurent le ministère sacré des prêtres - prend son sens. Nous ne pouvons pas oublier que Jésus se considère présent dans ses envoyés : « Qui accueille celui que j'enverrai, m'accueille ; qui m'accueille, accueille celui qui m'a envoyé » (Jn 13,20 ; cf. aussi Mt 10,40 ; Lc 10,16). Il y a une chaîne de « missions », qui tire son origine du mystère même de Dieu Un et Trine, qui veut que tous les hommes soient participants de sa vie. L'enracinement trinitaire, christologique et ecclésiologique du ministère des prêtres est le fondement de l'identité missionnaire. La volonté salvifique universelle de Dieu, l'unicité et la nécessité de la médiation du Christ (cf. 1Tm 2,4-7 ; 4,10) ne permettent pas de mettre des frontières à l'oeuvre d'évangélisation et de sanctification de l'Église. Toute l'économie du salut prend son origine dans le dessein du Père de tout récapituler dans le Christ (cf. Ep 1,3-10) et dans la réalisation de ce dessein, qui aura son accomplissement final lors de la venue du Seigneur dans la gloire.
Le Concile Vatican II se réfère clairement à l'exercice des tria munera du Christ, de la part des prêtres, comme collaborateurs de l'ordre épiscopal : « Participants, à leur degré de ministère, de l'office de l’unique médiateur qui est le Christ (cf. 1Tm 2,5), ils annoncent à tous la parole de Dieu. Ils exercent leur ministère sacré surtout dans le culte eucharistique ou synaxe, où, agissant dans la personne du Christ et proclamant son mystère, ils unissent les prières des fidèles au sacrifice de leur chef, et ils rendent présent et appliquent jusqu'à la venue du Seigneur (cf. 1Co 11,26), dans le sacrifice de la messe, l'unique sacrifice du Nouveau Testament, celui du Christ, qui s’est offert lui-même au Père une fois pour toutes en victime immaculée (cf. He 9.11-28) […]. En exerçant, selon leur part d'autorité, l'office du Christ pasteur et chef, ils rassemblent la famille de Dieu comme une fraternité qui n’a qu'une âme, et par le Christ dans l'Esprit ils la portent vers le Père. Au milieu de leur troupeau ils l'adorent en esprit et vérité (cf. Jn 4,24) » . 

 
En vertu du sacrement de l'Ordre, qui confère un caractère spirituel indélébile, les prêtres sont consacrés, c'est-à-dire enlevés « du monde » et livrés « au Dieu vivant », pris « comme sa propriété, pour que, à partir de Lui, ils puissent accomplir le service sacerdotal pour le monde », pour prêcher l'Evangile, être les pasteurs des fidèles et célébrer le culte divin, en vrais prêtres du Nouveau Testament (cf. He 5,1) .


Le Souverain Pontife Benoît XVI, dans l'allocution adressée aux participants à l'Assemblée Plénière de la Congrégation pour le Clergé, a affirmé que « la dimension missionnaire du prêtre naît de sa configuration sacramentelle au Christ-Tête: elle porte en elle-même, comme une conséquence, une adhésion cordiale et totale à ce que la tradition ecclésiale a caractérisé comme l’apostolica vivendi forma. Celle-ci consiste dans la participation à une `vie nouvelle' comprise spirituellement, à ce `nouveau style de vie' qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et que les Apôtres ont fait leur. Par l'imposition des mains de l'Évêque et la prière consécratoire de l'Église, les candidats deviennent des hommes nouveaux, ils deviennent `presbytres’. Dans cette lumière il est clair que les tria munera sont d'abord un don et seulement dans un second temps un office ; d'abord la participation à une vie, et par suite une potestas » .


Le décret Presbyterorum Ordinis, sur le ministère et la vie sacerdotale, illustre cette vérité quand il s’adresse aux prêtres ministres de la parole de Dieu, ministres de la sanctification par les sacrements et l'Eucharistie, et guides et éducateurs du peuple de Dieu. L'identité missionnaire du prêtre, même si elle n'a pas été l’objet explicite de grand développement, est clairement présente dans ces textes. On souligne expressément le devoir d'annoncer à tous l'Évangile de Dieu en suivant le mandat du Seigneur, avec une référence expresse aux incroyants et avec le rappel à la foi et aux sacrements, au moyen de la proclamation du message évangélique. Le prêtre, « envoyé », qui participe de la mission du Christ envoyé du Père, se trouve impliqué dans une dynamique missionnaire, hors de laquelle il ne peut pas vivre vraiment son identité. 

 
Dans l'Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis également, on affirme que, tout en étant inséré dans une Église particulière, le prêtre, en vertu de son ordination, a reçu un don spirituel qui le prépare à une mission universelle, jusqu'aux extrémités de la terre, parce que « n'importe quel ministère sacerdotal participe de la même ampleur universelle de la mission confiée par le Christ aux Apôtres »


Donc la vie spirituelle du prêtre doit se caractériser par l’élan et le dynamisme missionnaire ; dans le sillage du Concile Vatican II on déclare que les prêtres doivent former la communauté qui leur a été confiée, pour en faire une communauté authentiquement missionnaire . La fonction de pasteur demande que l'élan missionnaire soit vécu et communiqué, parce que toute l'Église est essentiellement missionnaire. De cette dimension de l'Église dérive de façon décisive l'identité missionnaire du prêtre. 

 
Lorsqu’on parle de mission il faut tenir compte, nécessairement, du fait que l'envoyé, le prêtre en ce cas, est en relation tant avec celui qui l'envoie, qu’avec ceux à qui il est envoyé. En examinant sa relation avec le Christ, le premier envoyé du Père, il faut souligner combien, à s’en tenir aux textes du Nouveau Testament, c’est le Christ lui-même qui envoie et constitue, au moyen du don du Saint-Esprit répandu dans l'ordination sacramentelle, les ministres de son Église ; ils ne peuvent pas être considérés simplement élus ou délégués de la communauté ou du peuple sacerdotal. L'envoi vient du Christ ; les ministres de l'Église sont des instruments vivants du Christ unique médiateur . « Le prêtre trouve la pleine vérité de son identité dans l'être une dérivation, une participation particulière et une continuation du Christ lui-même, prêtre souverain et éternel de la nouvelle Alliance ; il est une image vivante et transparente du Christ prêtre ».

En prenant comme point de départ cette référence christologique, la dimension missionnaire de la vie du prêtre émerge clairement : Jésus est mort et ressuscité pour tous les hommes, il veut les réunir en un seul troupeau, il devait mourir pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés (cf. Jn 11,52). Si tous meurent en Adam, tous en lui reviennent à la vie (cf. 1Co 15,20-22), en lui Dieu se réconcilie le monde (cf. 2Co 5,19) ; il a ordonné aux apôtres de prêcher l'Évangile à toutes les nations. Tout le Nouveau Testament est pénétré de l'idée de l'universalité de l'action salvifique du Christ et de son unique médiation. Le prêtre, configuré au Christ prophète, prêtre et roi, ne peut pas ne pas avoir le coeur ouvert à tous les hommes et, concrètement, surtout à ceux qui ne connaissent pas Jésus et qui n'ont pas encore reçu la lumière de sa Bonne Nouvelle. 

 
Du côté des hommes à qui l'Église doit annoncer l'Évangile, et à qui, par conséquent, le prêtre est envoyé, il faut mettre en évidence comment le Concile Vatican II, plusieurs fois, a parlé de l'unité de la famille humaine, fondée sur la création de tous à l’image et ressemblance de Dieu, et sur la communion de destin dans le Christ : « Tous les peuples constituent une seule communauté. Ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter l’ensemble du genre humain sur toute la face de la terre ; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et le dessein de salut s'étendent à tous » . Cette unité est appelée à rejoindre son sommet dans la récapitulation universelle dans le Christ (cf. Ep 1,10) .


Toute l’action pastorale de l’Eglise est tendue vers cette récapitulation finale de tout dans le Christ, en laquelle se trouve le salut des hommes. Tous les hommes étant appelés à l'unité dans le Christ, personne ne peut être exclu de la sollicitude du prêtre qui Lui est configuré. Tous attendent, même d’une façon involontaire (cf. Ac 17,23-28), le salut qui ne peut venir que de Lui : ce salut qui est l'insertion dans le Mystère Trinitaire, dans la participation à sa filiation divine. On ne peut faire de discriminations entre les hommes, qui ont une même origine et partagent le même destin et l'unique vocation dans le Christ. Établir des limites à la « charité pastorale » du prêtre serait totalement contradictoire à sa vocation, marquée par sa configuration particulière au Christ, tête et pasteur de l'Eglise et de tous les hommes.


Les tria munera, exercés par les prêtres dans leur ministère, ne peuvent être conçus en-dehors de leur relation essentielle à la personne du Christ et au don de l'Esprit. C’est au Christ que le prêtre est configuré au moyen du don de l'Esprit reçu dans l'ordination. De même que les tria munera, chez le Christ, se présentent comme essentiellement imbriqués, ne pouvant aucunement être séparés les uns des autres et recevant tous les trois leur lumière de l'identité filiale de Jésus, l'envoyé du Père, de même chez les prêtres nous ne pouvons davantage séparer l'exercice de ces trois fonctions . 

 
Le prêtre est en relation à la personne du Christ, et pas seulement à ses fonctions ; celles-ci prennent leur source et reçoivent leur plénitude de sens de la personne même du Seigneur. Cela signifie que le prêtre trouve la spécificité de sa vie et de sa vocation en vivant sa configuration personnelle au Christ ; il est toujours un alter christus. Dans la conscience d'être envoyé par le Christ, comme Celui-ci l’est par le Père, pour la salus animarum, le prêtre fera l’expérience de la dimension universelle, et donc missionnaire, de son identité la plus profonde.


3. Un renouveau de la praxis missionnaire des prêtres

L'urgence missionnaire actuelle demande une praxis pastorale renouvelée. Les nouvelles conditions culturelles et religieuses du monde, avec toutes leurs diversités, selon les diverses régions géographiques et les différents milieux socioculturels, montrent la nécessité d'ouvrir de nouvelles routes pour la praxis missionnaire. Benoît XVI, dans le discours déjà cité aux Évêques allemands, déclare :

 

« Nous devons tous ensemble essayer de trouver de nouvelles façons pour ramener l'Évangile dans le monde actuel » .

 


Quant à la participation des prêtres à cette mission, rappelons l'essence missionnaire de l’identité presbytérale elle-même, de tous et de chacun des prêtres, et rappelons l'histoire de l'Église : elle témoigne du rôle irremplaçable des prêtres dans l'activité missionnaire. Lorsqu’il s'agit de l'évangélisation missionnaire à l'intérieur de l'Église déjà établie, s’adressant aux baptisés « éloignés » et à tous ceux qui, dans les paroisses et dans les diocèses, ne savent que peu ou rien de Jésus-Christ, ce rôle irremplaçable des prêtres apparaît de façon encore plus évidente.


Dans les communautés particulières, dans les paroisses, le ministère des prêtres manifeste l'Église comme un événement transformant et rédempteur, qui se réalise dans le quotidien de la société. C’est là qu’ils prêchent la Parole de Dieu, qu’ils évangélisent, catéchisent, en exposant intégralement et fidèlement la doctrine sacrée, qu’ils aident les fidèles à lire et à comprendre la Bible, qu’ils réunissent le peuple de Dieu pour célébrer l'Eucharistie et les autres sacrements, qu’ils promeuvent d’autres formes de prière communautaire et dévotionnelle ; là qu’ils reçoivent celui qui se présente à la recherche de soutien, de consolation, de lumière, de foi, de réconciliation et de rapprochement envers Dieu, qu’ils convoquent et président les rencontres de la communauté pour étudier, élaborer et mettre en pratique les plans pastoraux ; là qu’ils orientent et stimulent la communauté à exercer la charité envers les pauvres, tant spirituellement que dans la concrétude économique, à promouvoir la justice sociale, les droits de l’homme, l'égale dignité de tous les hommes, l'authentique liberté, la collaboration fraternelle et la paix selon les principes de la Doctrine sociale de l’Eglise. Ce sont eux, en tant que collaborateurs des Évêques, qui ont la responsabilité pastorale immédiate.

 

 

 

3.1. Le missionnaire doit être disciple


L’Évangile lui-même montre combien être missionnaire demande d'être disciple. Le texte de Marc affirme : « Puis étant monté dans la montagne, (Jésus) appela à Lui ceux qu’il voulait et ils vinrent à lui. Il en institua Douze [...] pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons » (Mc 3,13-15). « Il appela ceux qu’il voulait » et « pour être avec lui » : voilà l'art d'être disciple ! Ces disciples seront envoyés prêcher et chasser les démons : voilà les missionnaires !


Dans l'Évangile de Jean nous trouvons l'appel (« Venez et voyez » : Jn 1,39) des premiers disciples, leur rencontre avec Jésus et leur premier élan missionnaire, lorsqu’ils vont et appellent les autres, leur annoncent le Messie rencontré et reconnu et les amènent à Jésus, qui les appelle encore à devenir ses disciples (cf. Jn 1,35-51). 

 
Dans l'itinéraire du disciple, tout commence avec l'appel du Seigneur. L'initiative est toujours sienne. Cela indique comment l'appel est une grâce, qui doit être librement et humblement accueillie et conservée, avec l'aide du Saint-Esprit. Dieu nous a aimés le premier. C’est le primat de la grâce. À l'appel fait suite la rencontre avec Jésus pour écouter sa parole et faire l'expérience de son amour pour chacun et pour toute l’humanité. Il nous aime et nous révèle le vrai Dieu, Un et Trine, qui est amour. L'Évangile montre comment l'Esprit de Jésus transforme au cours cette rencontre celui dont le coeur est ouvert. 

 
En effet, celui qui rencontre Jésus expérimente combien il devient impliqué en profondeur avec sa personne et sa mission dans le monde ; il croit en lui, il expérimente son amour, il adhère à lui, il décide de le suivre inconditionnellement où qu’il le mène, il investit en lui toute sa vie et, si nécessaire, il accepte de mourir pour lui. Il sort de cette rencontre le coeur joyeux et enthousiaste, fasciné par le mystère de Jésus, et il s’élance pour l'annoncer à tous. Ainsi le disciple devient semblable au Maître, envoyé par lui et soutenu par le Saint-Esprit.


La question d'aujourd'hui est la même que celle de quelques Grecs, présents à Jérusalem lorsque Jésus fit son entrée messianique dans la ville. Ils demandaient : « Nous voulons voir Jésus ! » (Jn 12,21). Nous aussi nous posons cette question aujourd'hui. Où et comment pouvons-nous rencontrer Jésus, après son retour au Père, aujourd'hui, dans le temps de l'Église ? 

 
Le Pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, a largement développé la nécessité pour tous les chrétiens de la rencontre avec Jésus, pour qu'ils puissent repartir de lui pour l'annoncer à l'humanité actuelle. En même temps, il a indiqué quelques lieux privilégiés dans lesquels on peut rencontrer Jésus aujourd'hui. Le premier lieu, disait le Pape, est « l’Écriture sainte lue à la lumière de la Tradition, des Pères et du Magistère, approfondie dans la méditation et l'oraison », c'est-à-dire ce qu’on appelle la lectio divina, la lecture orante de la Bible. Un deuxième lieu, disait le Pape, est la Liturgie, ce sont les sacrements, et de façon très spéciale l'Eucharistie. Dans le récit de l'apparition du Ressuscité aux disciples d'Emmaüs, nous trouvons intimement reliées la Sainte Écriture et l'Eucharistie, comme les lieux de la rencontre avec le Christ. Un troisième lieu nous est indiqué par le texte évangélique de Matthieu sur le jugement dernier, dans lequel Jésus s'identifie avec les pauvres (cf. Mt 25, 31-46) . 

 
Une autre façon fondamentale et précieuse de rencontrer Jésus-Christ est la prière, personnelle ou communautaire, surtout devant le Très Saint Sacrement, comme aussi dans l'oraison fidèle de la Liturgie des Heures. Et même la contemplation de la création peut devenir un lieu de rencontre avec Dieu.


Chaque chrétien doit être conduit à Jésus-Christ pour faire cette rencontre forte, personnelle et communautaire avec le Seigneur, et pour ensuite toujours la renouveler et l’approfondir. Le disciple naît et renaît de cette rencontre. Du disciple naît le missionnaire. Si ceci vaut pour chaque chrétien, combien plus cela vaut-il pour le prêtre .


Le disciple et missionnaire, d'autre part, est toujours membre d'une communauté de disciples et missionnaires, qui est l'Église. Jésus est venu dans le monde et a donné sa vie sur la croix « pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52). Le Concile Vatican II enseigne que « Dieu voulut sanctifier et sauver les hommes non pas individuellement et sans aucun lien entre eux, mais il voulut faire d'eux un peuple, qui le reconnaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté » . Jésus avec son groupe de disciples, particulièrement avec les Douze, commence cette communauté nouvelle qui réunit les enfants de Dieu dispersés, c'est-à-dire l'Église. Après son retour au Père, les premiers chrétiens vivent en communauté, sous la conduite des Apôtres, et chaque disciple participe à la vie communautaire et à la rencontre de ses frères, d'abord dans la fraction du pain eucharistique. C’est dans l'Église, et à partir de l'effective communion avec l'Église même, que l’on vit et que l’on se réalise comme disciples et missionnaires.

 

 

 

3.2. La mission ad gentes


Toute l’Église est par nature missionnaire. Cet enseignement du Concile Vatican II se reflète aussi sur l'identité et sur la vie des prêtres : « Le don spirituel que les prêtres ont reçu dans l'ordination ne les prépare pas à une mission limitée et restreinte, mais plutôt à une très vaste et universelle mission de salut, `jusqu'aux extrémités de la terre' (Ac 1,8) [...]. Que les prêtres se rappellent donc que la sollicitude de toutes les Églises leur incombe » . 

 
Les prêtres peuvent participer à la mission ad gentes sous beaucoup de formes variées, même sans partir pour les terres de mission. Cependant, le Christ peut leur concéder à eux aussi la grâce spéciale d'être appelés par Lui et envoyés par leurs Évêques respectifs ou leurs Supérieurs majeurs à aller en mission dans les régions du monde où Il n'a encore pas été annoncé et où l'Église ne s'est pas encore établie, c'est-à-dire ad gentes ; ou bien ils peuvent être envoyés là où il y a pénurie de clergé. Pensons par exemple, dans le domaine du clergé diocésain, aux prêtres Fidei Donum.


Les horizons de la mission ad gentes s'élargissent et réclament une impulsion renouvelée dans l'activité missionnaire. Les prêtres sont invités à écouter le souffle de l'Esprit, le vrai protagoniste de la mission, et à partager cette sollicitude de l'Église universelle.

 

 

 

3.3. L'évangélisation missionnaire


Dans la première partie de ce texte, on a déjà reconnu la nécessité et l'urgence d'une nouvelle évangélisation missionnaire au sein du troupeau même de l'Église, c'est-à-dire parmi ceux qui sont déjà baptisés. 

 
En effet, une grande partie de nos catholiques baptisés ne participe pas ordinairement, ou parfois pas du tout, à la vie de nos communautés ecclésiales. Ceci non seulement parce que d'autres modèles se présentent comme plus séduisants, ni seulement parce qu'ils décident en connaissance de cause de refuser la foi, mais toujours plus souvent parce qu’ils n’ont pas été suffisamment évangélisés. Ou mieux : ils n'ont rencontré personne qui leur témoignerait de la beauté de la vie chrétienne authentique. Personne ne les a amenés à une rencontre forte et personnelle et, ensuite, communautaire, avec le Seigneur. Une rencontre qui marquerait leur vie et la transformerait, une rencontre pour commencer à être de vrais disciples du Christ. 

 
Ceci révèle la nécessité de la mission : nous devons aller chercher nos baptisés, et même tous ceux qui ne sont pas encore baptisés, et leur annoncer, de nouveau ou pour la première fois, le kérygme, c'est-à-dire la première annonce de la personne de Jésus-Christ, mort sur la croix et ressuscité pour notre salut, et son Règne, et ainsi les conduire à une rencontre personnelle avec Lui.


On pourrait se demander si l'homme et la femme de la culture postmoderne, des sociétés plus avancées, sauront encore s'ouvrir au kérygme chrétien. La réponse doit être positive. Le kérygme peut être compris et accueilli par n'importe quel homme, de n'importe quelle époque ou culture. Même les milieux les plus intellectuels ou les plus simples peuvent être évangélisés. Nous devons aller jusqu’à croire que même les prétendus postchrétiens peuvent être de nouveau touchés par la personne de Jésus-Christ.


Le futur de l'Eglise dépend aussi de notre docilité à être concrètement missionnaires au milieu de nos baptisés eux-mêmes. L'événement salvifique du baptême entraîne en effet le droit et le devoir des pasteurs sacrés d'évangéliser les baptisés, comme un acte dû en justice. 

Certes, chaque Église particulière de chaque continent et de chaque nation doit trouver la route pour rejoindre, dans un engagement décidé et efficace de mission évangélisatrice, ses propres catholiques qui pour différents motifs, ne vivent pas l'appartenance à la communauté ecclésiale. Dans cette oeuvre d'évangélisation missionnaire, les prêtres détiennent un rôle irremplaçable et précieux, à cause d'abord de la mission dans le troupeau de la paroisse qui leur est confiée. Dans la paroisse les prêtres auront besoin de convoquer les membres de la communauté, les consacrés et les laïcs, pour les préparer adéquatement et les envoyer en mission évangélisatrice à la rencontre de chaque personne, de chaque famille – même à travers des visites à domicile – et à la rencontre de tous les milieux sociaux présents sur le territoire. Le curé doit participer en première personne à la mission paroissiale.


À la suite de l'enseignement conciliaire, et conscients de l'avertissement du Seigneur - « Qu’ils soient un [...], pour que le monde croie que tu m'as envoyé » (Jn 17, 21) - il est de première importance pour une praxis missionnaire renouvelée que les prêtres ravivent en eux la conscience d'être des collaborateurs des Évêques. C’est par leur Évêque en effet qu’ils sont envoyés au service de la communauté chrétienne. C’est pourquoi l'unité avec l'Évêque, qui sera effectivement et affectivement uni avec le Souverain Pontife, constitue la première garantie de toute action missionnaire.


Nous pouvons chercher quelques indications concrètes, pour une praxis missionnaire renouvelée de la part des prêtres, dans le domaine des trois munera :

Dans le domaine du munus docendi :

1. D'abord, pour être un vrai missionnaire à l'intérieur du troupeau même de l'Église, selon les besoins actuels, il est essentiel et indispensable que le prêtre se décide, très consciemment et avec détermination, non seulement à accueillir et à évangéliser ceux qui le cherchent, tant dans la paroisse qu’ailleurs, mais « à se lever et à partir» à la recherche, avant tout, des baptisés qui pour différents motifs ne vivent pas l'appartenance à la communauté ecclésiale, et même de tous ceux qui ne connaissent Jésus-Christ que peu ou pas du tout. 


Que les prêtres qui exercent le ministère dans les paroisses se sentent appelés d'abord à aller vers les gens qui vivent sur leur territoire paroissial, en valorisant savamment y compris les formes traditionnelles de rencontre, comme les bénédictions des familles à domicile, qui ont porté tellement de fruits. Que ceux parmi les prêtres qui sont appelés à la mission ad gentes, voient là une grâce très spéciale du Seigneur et partent joyeux et sans crainte. Le Seigneur les accompagnera toujours. 

2. Pour une évangélisation missionnaire à l'intérieur du troupeau catholique lui-même, avant tout dans les paroisses, il faut inviter, former et envoyer aussi les fidèles laïcs et les religieux. Les prêtres dans la paroisse, évidemment, sont les premiers missionnaires ; ils doivent partir à la recherche des personnes dans les maisons et en tout lieu et milieu social ; et cependant, les laïcs et les religieux sont aussi appelés par le Seigneur, par leur Baptême et leur Confirmation, à participer à la mission, sous la conduite du pasteur local.


Culturellement parlant il faut prendre conscience du fait que l'exercice de la « charité pastorale » envers les fidèles impose de ne pas les laisser sans défense (c'est-à-dire privés de capacité critique) face à l'endoctrinement qui vient souvent des lieux d'enseignement scolaire, de la télévision, de la presse, des sites informatiques, et parfois même des chaires universitaires et du monde du spectacle. 


Les prêtres, à leur tour, doivent être encouragés et soutenus par leurs Evêques dans cette délicate oeuvre pastorale, sans jamais déléguer totalement à d’autres la catéchèse directe, de sorte que tout le peuple chrétien soit orienté, en ce moment multiculturel, par des critères authentiquement chrétiens. Il faut distinguer la doctrine authentique des interprétations théologiques, et ensuite, parmi celles-ci, celles qui correspondent au Magistère pérenne de l’Eglise.

3. L'annonce spécifiquement missionnaire de l'Évangile demande que soit donné un relief central au kérygme. Cette première annonce kérygmatique de Jésus-Christ, mort et ressuscité et de son Règne, ou le renouvellement de cette annonce, reçoivent sans doute une vigueur et une onction spéciale du Saint Esprit, que l’on ne peut pas minimiser ou négliger dans l'engagement missionnaire. 


Par conséquent, il faut reprendre, opportune et importune, avec beaucoup de constance, de conviction et de joie évangélisatrice, cette première annonce, soit dans les homélies pendant les saintes Messes ou les autres événements évangélisateurs, soit dans la catéchèse, soit dans les visites à domicile, sur les places publiques, dans les moyens de communication sociale, dans les rencontres personnelles avec nos baptisés qui ne participent pas à la vie des communautés ecclésiales ; en somme, partout l'Esprit nous pousse et nous offre une occasion à ne pas gâcher. Le kérygme joyeux et courageux identifie une prédication missionnaire, qui veut porter l'auditeur à une rencontre personnelle et communautaire avec Jésus-Christ, début du chemin d'un vrai disciple.

4. Il est nécessaire d'illustrer le fait que l'Église vit de l'Eucharistie, qui en est le centre. Dans la célébration eucharistique elle se manifeste pleinement dans son identité. Dans l’avènement et la vie de l'Église, tout porte à l'Eucharistie et tout part de l'Eucharistie. Par conséquent, même l'évangélisation missionnaire, la prédication du kérygme, tout l’exercice du munus docendi, doivent tendre à l'Eucharistie et porter l'auditeur, finalement, à la table eucharistique. La mission elle-même doit toujours partir de l'Eucharistie et aller vers le monde. « L'Eucharistie n'est pas seulement source et sommet de la vie de l'Église ; elle l’est aussi de sa mission : une Église authentiquement eucharistique est une Église missionnaire » .

5. L'évangélisation des pauvres est prioritaire sous toutes ses formes, comme le dit Jésus lui-même : « L'Esprit du Seigneur est sur moi […] et il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » (Lc 4,18). Dans le texte évangélique de Matthieu sur le jugement dernier, on constate que Jésus veut être reconnu, de façon spéciale, dans le pauvre (cf. Mt 25, 31-46). L'Église a toujours tiré son inspiration de ces textes.

6. L'Église n’impose jamais sa foi, mais toujours elle la propose avec amour, avec onction et courage, dans le respect de l'authentique liberté religieuse qu’elle réclame aussi pour elle-même, et de la liberté de conscience de l'auditeur. En outre, la méthode du vrai dialogue est toujours plus indispensable : un dialogue qui n'exclut pas l'annonce, mais au contraire qui la suppose et qui, en définitive, soit une voie pour évangéliser.

7. Il est nécessaire que la préparation du missionnaire se fasse à travers la formation d’une solide spiritualité et d’une authentique vie de prière, outre une écoute constante de la Parole de Dieu, spécialement dans la lecture des Évangiles. La méthode de la lectio divina, c'est-à-dire de la lecture orante de la Bible, peut s’avérer d’un grand secours. De toute façon, le prédicateur doit être enflammé par un feu nouveau, qui s'allume et se maintient ardent dans le contact personnel avec le Seigneur, et en vivant dans la grâce, comme nous pouvons le constater dans les Évangiles. À cette écoute de la Parole doit s'ajouter une étude constante et approfondie de la doctrine catholique authentique, telle qu’elle est exprimée d'abord dans le Catéchisme de l'Église Catholique et dans la saine théologie. La fraternité sacerdotale est une partie intégrante de la spiritualité missionnaire, et elle la soutient.

Dans le domaine du munus sanctificandi :

1. L'exercice du munus sanctificandi est lui aussi lié à la capacité de transmettre un vif sens du surnaturel et du sacré, qui fascine et qui conduit à une réelle expérience de Dieu, existentiellement significative.


La proclamation de la Parole de Dieu fait partie de chaque célébration sacramentelle, vu que le sacrement demande la foi de celui qui le reçoit. Ce fait est déjà une première indication de ce que le ministère presbytéral dans l'administration des sacrements, et spécialement dans la célébration de l'Eucharistie, possède une dimension missionnaire intrinsèque, qui peut être développée comme annonce du Seigneur Jésus et de son Règne, à ceux qui jusqu'à présent n’ont été évangélisés que peu ou pas du tout.

2. Il faut en outre souligner que l'Eucharistie est le point d'arrivée de la mission. Le missionnaire part à la recherche des personnes et des peuples pour les porter à la table du Seigneur, présage eschatologique du banquet de la vie éternelle auprès de Dieu, dans le ciel, qui sera la pleine réalisation du salut, selon le dessein rédempteur de Dieu. Il faudra, par conséquent, un accueil large, chaleureux et fraternel de ceux qui viennent pour la première fois, ou qui reviennent à l'Eucharistie après avoir été rejoints par les missionnaires.


L'Eucharistie a, en outre, une dimension d'envoi missionnaire. Chaque Sainte Messe, à la fin, envoie tous ses participants travailler de façon missionnaire dans la société. L'Eucharistie, comme mémorial de la Pâques du Seigneur, rend présent, toujours de nouveau, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, qui, pour l’amour du Père et de nous, a donné sa vie pour notre rédemption, en nous aimant jusqu'à la fin. Ce sacrifice du Christ est le suprême acte d'amour de Dieu envers les hommes.


La communauté chrétienne, dans la célébration de l'Eucharistie et dans la réception digne du sacrement du Corps et du Sang de Jésus, est profondément unie au Seigneur et comblée de son amour sans mesure. Entre-temps, elle reçoit à chaque fois, de nouveau, le commandement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 13,34), et elle se sent poussée par l'Esprit du Christ à aller annoncer à toutes les créatures la Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu et de l’espérance, sûre de sa miséricorde salvatrice. Dans le Décret Presbyterorum Ordinis, le Concile Vatican II déclare: « L'Eucharistie constitue, en effet, la source et le sommet de toute l'évangélisation » (n. 5). Par conséquent la sollicitude pour sa célébration quotidienne de la part des prêtres, même en absence de peuple, est fondamentale.

3. Les autres sacrements aussi reçoivent leur force sanctifiante de la mort et de la résurrection du Christ et proclament ainsi la miséricorde indéfectible de Dieu. La célébration des sacrements elle-même, belle, digne et dévote, selon toutes les règles liturgiques, devient une évangélisation très spéciale pour les fidèles présents. Dieu est Beauté, et la beauté de la célébration liturgique est une des voies qui nous mènent à son mystère.

4. Il faut prier pour que le Seigneur réveille la vocation missionnaire de la communauté ecclésiale, de ses pasteurs et de chacun de ses membres. Jésus dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ! Priez donc le maître de la moisson, d’envoyer des ouvriers à sa moisson ! » (Mt 9,37-38). La prière a une force très grande devant Dieu. Jésus nous rassure quant à cette force : « Demandez et l’on vous donnera » (Mt 7,7) ; « Tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous l'obtiendrez » (Mt 21,22) ; « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai » (Jn 14,13-14).

5. Il est opportun de se rappeler comment le sacrement de la Réconciliation, sous la forme de la confession individuelle, possède un profond caractère missionnaire intrinsèque. Le prêtre est appelé, pour la fécondité de la mission qui lui est confiée et pour sa sanctification, à se préoccuper, pour lui-même avant tout, de la célébration régulière et fréquente de ce sacrement et, en même temps, à en être le ministre fidèle et généreux.

6. Le ministère pastoral du prêtre est au service de l'unité de la communauté chrétienne. Pour ce motif, la première tâche missionnaire du prêtre est la régénération du peuple chrétien, de veiller à la dimension communautaire de l'expérience chrétienne.

7. En conclusion, le prêtre devra mieux comprendre la nature de la soif qui tourmente, parfois même inconsciemment, les hommes et les femmes de notre temps : soif de Dieu, d'expérience et de doctrine de vrai salut, d'annonce de la vérité concernant le destin ultime personnel et communautaire, soif d'une religion chrétienne qui soit en mesure de pénétrer toute l'organisation de la vie et de la transformer chaque jour davantage. Une soif que seul le Seigneur Jésus pourra satisfaire en dernier ressort, en tenant toujours compte de ce que « la charité pastorale est le principe intérieur et dynamique capable d'unifier les multiples et différentes activités du prêtre » .

Dans le domaine du munus regendi :

1. La préparation et l'organisation de la mission dans les communautés ecclésiales, dans les paroisses, sont indispensables. Une bonne préparation et une claire organisation de la mission seront déjà le gage d’une issue fructueuse. Évidemment, on ne peut oublier le primat de la grâce, il doit plutôt être mis en évidence. Le Saint Esprit est le premier agent missionnaire. Il faut donc l'invoquer d'une manière insistante et avec beaucoup de confiance. Ce sera à lui d’allumer ce feu nouveau, cette passion missionnaire nécessaire dans les coeurs des membres de la communauté. Mais il y faut le concours de la liberté humaine. Les pasteurs de la communauté doivent penser aussi en termes d’organisation aux modalités les plus incisives et opportunes de la mission.

2. Il convient de chercher à suivre une bonne méthodologie missionnaire. L'Église en a une expérience bimillénaire. Néanmoins, chaque période de l’histoire apporte avec elle de nouvelles circonstances dont il faut tenir compte dans la façon de réaliser la mission. Beaucoup de méthodologies ont déjà ètè élaborées et essayées dans les praxis des Églises particulières. Les Conférences des Évêques et les diocèses pourraient donner des indications opportunes sur ce point.

3. Il faut aller avant tout vers les pauvres des périphéries urbaines et des campagnes. Ce sont eux, les destinataires préférés de l'Évangile. Cela veut dire que l'annonce doit être accompagnée d'une action, efficace et affectueuse, de promotion humaine intégrale. Jésus-Christ doit être proclamé comme une bonne nouvelle pour les pauvres. Ceux-ci doivent pouvoir se sentir heureux et comblés d’une sûre espérance par cette annonce.

4. Il serait opportun que la mission dans la paroisse et dans le diocèse ne se réduise pas à une période déterminée. L'Église est missionnaire par sa nature même. Ainsi, la mission doit faire partie des dimensions permanentes de l'être et de la réalisation de l'Église. Par conséquent la mission doit être permanente. Évidemment, il peut y avoir des périodes plus intenses, mais la mission ne devrait jamais être conclue ou arrêtée. Au contraire, la dimension missionnaire doit être solidement et tout-à-fait intégrée dans la structure même de l'activité pastorale et de la vie de l'Église particulière et de ses communautés.


Ceci pourrait porter à un authentique renouvellement, et finirait par constituer un élément très valable pour renforcer et rajeunir l'Église aujourd'hui. Le caractère missionnaire des prêtres eux-mêmes est lui aussi permanent ; indépendamment de l'office qu’ils remplissent et de leur âge légal, ils sont toujours appelés à la mission jusqu'au dernier jour de leur existence terrestre, puisque la mission est indissolublement liée à l’ordination même qu’ils ont reçue.

 

 

 

3.4. La formation missionnaire des prêtres


Tous les prêtres doivent recevoir une formation missionnaire spécifique et soignée, vu que l'Église veut s'engager, avec une ardeur renouvelée et avec urgence, dans la mission ad gentes et dans une évangélisation missionnaire adressée à ses propres baptisés, particulièrement ceux qui se sont éloignés de la participation à la vie et à l'activité de la communauté ecclésiale. Cette formation devrait commencer dès le séminaire, surtout à travers la direction spirituelle, et aussi par une étude soignée et approfondie du sacrement de l'Ordre, apte à souligner comment la dynamique missionnaire est intrinsèque au sacrement lui-même.


Pour les prêtres déjà ordonnés il sera très utile, et cela peut devenir nécessaire, d’intégrer la formation missionnaire dans le programme de formation permanente. La conscience d'une part de l'urgence missionnaire, et d'autre part de la situation peut-être insuffisante de la formation et de la spiritualité missionnaire du presbyterium, devra suggérer à chaque Évêque ou Supérieur majeur les mesures à prendre pour mettre en route une préparation renouvelée à la mission, et une spiritualité missionnaire plus profonde et stimulante chez les prêtres.


Il semble que l’on puisse faire observer qu'un des principaux aspects de la mission soit la prise de conscience de son urgence ; cette prise de conscience inclut l'aspect de former les candidats au ministère presbytéral à avoir une particulière attention missionnaire.


Globalement, le nombre des vocations grandit dans le monde, bien que cela reste modeste ; c’est surtout en Occident que les effectifs suscitent quelques appréhensions ; et cependant, ce qui est absolument déterminant pour le futur de l'Église, c’est la formation : un prêtre qui possède clairement son identité spécifique, avec une solide formation humaine, intellectuelle, spirituelle et pastorale, engendrera plus facilement des nouvelles vocations, parce qu'il vivra la consécration comme une mission et, heureux et certain de l'amour du Seigneur pour son existence sacerdotale, il saura répandre la « bonne odeur du Christ » autour de lui et vivre chaque instant de son ministère comme une occasion missionnaire.


Il apparaît alors toujours plus urgent de créer un « cercle vertueux » entre le temps de la formation au séminaire et celui du ministère initial et de la formation permanente. De tels moments doivent être réglés ensemble ; il faut absolument les harmoniser, pour que dans cette oeuvre le clergé aussi puisse devenir toujours plus pleinement ce qu’il est : une perle précieuse et indispensable, offerte par le Christ à l'Église et à l'humanité entière.


Conclusion

Si le caractère missionnaire est un élément constitutif de l'identité ecclésiale, nous devons être reconnaissants envers le Seigneur qui renouvelle, à travers également le Magistère pontifical récent, une telle conscience claire dans toute son Église, et en particulier chez les prêtres.


L'urgence missionnaire est vraiment grande dans le monde et elle demande un renouvellement de la pastorale, au sens que la communauté chrétienne devrait être conçue comme en « mission permanente », soit ad gentes, soit là où l'Église est déjà établie, c'est-à-dire en allant à la recherche de ceux que nous avons baptisés et qui ont le droit d'être évangélisés par nous.
Les meilleures énergies de l'Église et des prêtres ont toujours été employées à l'annonce du kérygme ; c’est l'essence de la mission que nous a confiée le Seigneur. Cette « tension missionnaire » permanente ne pourra que servir aussi à l'identité du prêtre lequel, justement dans l'exercice missionnaire des tria munera, trouve son principal chemin de sanctification personnelle, et donc aussi de pleine réalisation humaine.


Par la suite, l'implication réelle et active dans la mission de tous les membres du corps ecclésial (Évêques, prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs), favorisera cette expérience d’unité visible, tellement essentielle pour l'efficacité de tout témoignage chrétien.


L'identité missionnaire du prêtre, pour être telle, doit regarder sans cesse vers la Bienheureuse Vierge Marie qui, pleine de grâce, est allée porter et présenter le Seigneur au monde ; elle continue toujours à visiter les hommes de toute époque, encore pèlerins sur la terre, pour leur montrer le visage de Jésus de Nazareth, Seigneur et Christ, et pour les introduire dans la communion éternelle avec Dieu.

Du Vatican, le 29 juin 2010,
Solennité de Saint Pierre et de Saint Paul


Cardinal Cláudio Hummes
Archevêque émérite de São Paulo
Préfet

X Mauro Piacenza
Archevêque tit. de Vittoriana 
Secrétaire

Benoît XVI, 'Vérité, annonce et authenticité de vie à l’ère du numérique'

dominicanus #Il est vivant !

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En ce lundi, jour de fête de Saint François de Sales, patron des journalistes catholiques, est publié le message du Pape pour la 45ème journée mondiale des communications sociales qui aura lieu le 5 juin prochain et qui aura pour thème : "Vérité, annonce et authenticité de vie à l’ère du numérique."

Voici le message du Pape dans son intégralité : 

 

Chers frères et soeurs, 


A l’occasion de la XLVème Journée Mondiale des Communications Sociales, je désire partager quelques réflexions, suscitées par un phénomène caractéristique de notre temps : l’expansion de la communication à travers le réseau Internet. La conviction est toujours plus répandue que, comme la révolution industrielle produisit un profond changement dans la société à travers les nouveautés introduites dans le cycle de production et dans la vie des travailleurs, ainsi, aujourd'hui, la profonde transformation en acte dans le champ des communications guide le flux de grands changements culturels et sociaux. Les nouvelles technologies ne changent pas seulement le mode de communiquer, mais la communication en elle-même. On peut donc affirmer qu'on assiste à une vaste transformation culturelle. Avec un tel système de diffusion des informations et des connaissances, naît une nouvelle façon d'apprendre et de penser, avec de nouvelles opportunités inédites d'établir des relations et de construire la communion.


On explore des objectifs auparavant inimaginables, qui suscitent de l’étonnement à cause des possibilités offertes par les nouveaux moyens et, en même temps, exigent toujours plus impérativement une sérieuse réflexion sur le sens de la communication dans l'ère numérique. Cela est particulièrement évident face aux potentialités extraordinaires du réseau Internet et la complexité de ses applications. Comme tout autre fruit de l’ingéniosité humaine, les nouvelles technologies de la communication doivent être mises au service du bien intégral de la personne et de l'humanité entière. Sagement employées, elles peuvent contribuer à satisfaire le désir de sens, de vérité et d'unité qui reste l'aspiration la plus profonde de l'être humain. 


Dans le monde numérique, transmettre des informations signifie toujours plus souvent les introduire dans un réseau social, où la connaissance est partagée dans le contexte d'échanges personnels. La claire distinction entre producteur et consommateur de l'information est relativisée et la communication tendrait à être non seulement un échange de données, mais toujours plus encore un partage. Cette dynamique a contribué à une appréciation renouvelée de la communication, considérée avant tout comme dialogue, échange, solidarité et création de relations positives. D'autre part, cela se heurte à certaines limites typiques de la communication numérique : la partialité de l'interaction, la tendance à communiquer seulement quelques aspects de son monde intérieur, le risque de tomber dans une sorte de construction de l'image de soi qui peut conduire à l’auto complaisance. 


Les jeunes, surtout vivent ce changement de la communication, avec toutes les angoisses, les contradictions et la créativité propre à ceux qui s'ouvrent avec enthousiasme et curiosité aux nouvelles expériences de la vie. L'implication toujours majeure dans l’arène numérique publique, celle créée par ce qu’on appelle les social network, conduit à établir des nouvelles formes de relations interpersonnelles, influence la perception de soi et pose donc, inévitablement, la question non seulement de l'honnêteté de l’agir personnel, mais aussi de l'authenticité de l’être. La présence dans ces espaces virtuels peut être le signe d'une recherche authentique de rencontre personnelle avec l'autre si l’on est attentif à en éviter les dangers, ceux de se réfugier dans une sorte de monde parallèle, ou l'addiction au monde virtuel. Dans la recherche de partage, d'« amitiés », on se trouve face au défi d'être authentique, fidèle à soi-même, sans céder à l'illusion de construire artificiellement son « profil » public. 


Les nouvelles technologies permettent aux personnes de se rencontrer au-delà des frontières de l'espace et des cultures, inaugurant ainsi un tout nouveau monde d’amitiés potentielles. Ceci est une grande opportunité, mais comporte également une attention plus grande et une prise de conscience par rapport aux risques possibles. Qui est mon « prochain » dans ce nouveau monde ? N’y a-t-il pas le danger d'être moins présent à ceux que nous rencontrons dans notre vie quotidienne ordinaire ? N’y a-t-il pas le risque d'être plus distrait, parce que notre attention est fragmentée et absorbée dans un monde « différent » de celui dans lequel nous vivons? Avons-nous le temps d’opérer un discernement critique sur nos choix et de nourrir des rapports humains qui soient vraiment profonds et durables ? Il est important de se rappeler toujours que le contact virtuel ne peut pas et ne doit pas se substituer au contact humain direct avec les personnes à tous les niveaux de notre vie.


Même dans l'ère numérique, chacun est placé face à la nécessité d'être une personne sincère et réfléchie. Du reste, les dynamiques des social network montrent qu'une personne est toujours impliquée dans ce qu’elle communique. Lorsque les personnes s'échangent des informations, déjà elles partagent d’elles-mêmes, leur vision du monde, leurs espoirs, leurs idéaux. Il en résulte qu'il existe un style chrétien de présence également dans le monde numérique : il se concrétise dans une forme de communication honnête et ouverte, responsable et respectueuse de l'autre. Communiquer l'Évangile à travers les nouveaux media signifie non seulement insérer des contenus ouvertement religieux dans les plates-formes des divers moyens, mais aussi témoigner avec cohérence, dans son profil numérique et dans la manière de communiquer, choix, préférences, jugements qui soient profondément cohérents avec l'Évangile, même lorsqu'on n’en parle pas explicitement. Du reste, même dans le monde numérique il ne peut y avoir d’annonce d'un message sans un cohérent témoignage de la part de qui l’annonce. Dans les nouveaux contextes et avec les nouvelles formes d'expression, le chrétien est encore une fois appelé à offrir une réponse à qui demande raison de l'espoir qui est en lui (cf. 1P 3,15). 


L'engagement pour un témoignage de l'Évangile dans l'ère numérique demande à tous d'être particulièrement attentif aux aspects de ce message qui peuvent défier quelques-unes des logiques typiques du web. Avant tout, nous devons être conscients que la vérité que nous cherchons à partager ne tire pas sa valeur de sa « popularité » ou de la quantité d'attention reçue. Nous devons la faire connaître dans son intégrité, plutôt que chercher à la rendre acceptable, peut-être « en l’édulcorant ». Elle doit devenir un aliment quotidien et non pas une attraction d'un instant. La vérité de l'Évangile n'est pas quelque chose qui puisse être objet de consommation, ou d’une jouissance superficielle, mais un don qui requiert une libre réponse. Même proclamée dans l'espace virtuel du réseau, elle exige toujours de s'incarner dans le monde réel et en relation avec les visages concrets des frères et soeurs avec qui nous partageons la vie quotidienne. Pour cela les relations humaines directes restent toujours fondamentales dans la transmission de la foi! 


Je voudrais inviter, de toute façon, les chrétiens à s'unir avec confiance et avec une créativité consciente et responsable dans le réseau de relations que l'ère numérique a rendu possible. Non pas simplement pour satisfaire le désir d'être présent, mais parce que ce réseau est une partie intégrante de la vie humaine. Le web contribue au développement de nouvelles et plus complexes formes de conscience intellectuelle et spirituelle, de conviction partagée. Même dans ce champ, nous sommes appelés à annoncer notre foi que le Christ est Dieu, le Sauveur de l'homme et de l'histoire, Celui dans lequel toutes choses trouvent leur accomplissement (cf. Ep. 1, 10). La proclamation de l'Évangile demande une forme respectueuse et discrète de communication, qui stimule le coeur et interpelle la conscience; une forme qui rappelle le style de Jésus Ressuscité lorsqu’il se fit compagnon sur le chemin des disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24,13-35), qui furent conduits graduellement à la compréhension du mystère à travers la proximité et le dialogue avec eux, pour faire émerger avec délicatesse ce qu’il y avait dans leur coeur. 


La vérité qui est le Christ, en dernière analyse, est la réponse pleine et authentique à ce désir humain de relation, de communion et de sens qui émerge même dans la participation massive aux divers réseaux sociaux - social network. Les croyants, en témoignant leurs plus profondes convictions, offrent une précieuse contribution pour que le web ne devienne pas un instrument qui réduise les personnes à des catégories, qui cherche à les manipuler émotivement ou qui permette à qui est puissant de monopoliser les opinions des autres. Au contraire, les croyants encouragent tous à maintenir vivantes les questions éternelles de l’homme, qui témoignent de son désir de transcendance et de sa nostalgie pour des formes de vie authentique, digne d'être vécue. C’est sûrement cette tension spirituelle profondément humaine qui est derrière notre soif de vérité et de communion et qui nous pousse à communiquer avec intégrité et honnêteté. 


J'invite surtout les jeunes à faire bon usage de leur présence dans l'arène numérique. Je leurs renouvelle mon rendez-vous à la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse de Madrid dont la préparation doit beaucoup aux avantages des nouvelles technologies. Pour les opérateurs de la communication j’invoque de Dieu, par l’intercession de leur saint Patron François de Sales, la capacité d'effectuer toujours leur travail avec grande conscience et avec un sens professionnel scrupuleux. J’adresse à tous ma Bénédiction Apostolique. 


Du Vatican le 24 janvier 2011, fête de saint François de Sales.

 

(Radio Vatican)

Un texte de Daniel-Ange qui vaut bien un clic

dominicanus #Il est vivant !

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Le mois dernier, j'ai publié un post faisant état d'une conférence donnée par le Père Daniel-Ange (avec qui j'ai eu le bonheur de vivre plusieurs missions JL en Belgique, en France - Martinique - et en Suisse) à Bruxelles sur son livre l'Eglise, si belle en sa fragilité.

Voici de sa plume et de son coeur un texte percutant que je propose à votre médiation et que je vous invite à faire connaître autour de vous... Un petit clic et vous y êtes :

Daniel-Ange, Mon Eglise, t'y touches pas !

Le purgatoire existe. Et il brûle

dominicanus #Il est vivant !

Mais d'un feu intérieur. Le feu de la justice et de la grâce de Dieu. Benoît XVI l'a expliqué au cours d'une audience à 7 000 pèlerins. Mais plus encore dans une page mémorable de l'encyclique "Spe salvi"

 

 

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ROME, le 17 janvier 2011 – Lorsqu’il a parlé de la vie de sainte Catherine de Gênes, au cours de l'audience générale de mercredi dernier, Benoît XVI s’est appuyé sur la pensée de cette sainte pour expliquer ce qu’est le purgatoire.

À l'époque de Catherine, dans la seconde moitié du XVe siècle, l'image courante du purgatoire ressemblait à celle qui est représentée ci-dessus. C’était la montagne de purification chantée par Dante dans la "Divine Comédie".

La conviction que le purgatoire est un lieu physique est très ancienne et elle a persisté jusqu’à une époque récente.

Mais, pour Catherine, il n’en était pas ainsi. Pour elle, le feu du purgatoire était conçu essentiellement comme un feu intérieur.

Et Benoît XVI lui a donné pleinement raison.

Certains médias ont repris cette catéchèse du pape Joseph Ratzinger, en la plaçant parmi les bonnes nouvelles. Comme si le pape avait décrété non pas tellement le caractère intérieur du purgatoire, mais sa salutaire disparition. Une disparition d’ailleurs déjà largement effective dans la prédication courante de l’Église, depuis plusieurs décennies.

Mais l'enseignement de Benoît XVI dit exactement le contraire. Il ne parle pas de la disparition du purgatoire, mais de sa véritable réalité.

Presque personne ne l’a rappelé. Mais les pages les plus puissantes sur le purgatoire ont été écrites par Benoît XVI dans l'encyclique "Spe salvi", la plus personnelle des trois encycliques qu’il a publiées jusqu’à présent, la seule à être entièrement conçue et rédigée par lui, de la première à la dernière ligne.

On trouvera ci-dessous le passage de la catéchèse consacrée à sainte Catherine de Gênes où il est question du purgatoire.

Et, tout de suite après, les paragraphes de "Spe salvi" également consacrés au purgatoire, avec en arrière-plan le jugement de Dieu qui "est espérance aussi bien parce qu'il est justice que parce qu'il est grâce".

 

Sandro Magister

www.chiesa



"TEL EST LE PURGATOIRE, UN FEU INTÉRIEUR"

par Benoît XVI


Lors de l'audience générale du 12 janvier 2011


[...] La pensée de Catherine sur le purgatoire, pour laquelle elle est particulièrement connue, est condensée dans les deux dernières parties du livre cité au début : le "Traité sur le purgatoire" et le "Dialogue entre l'âme et le corps".

Il est important de noter que Catherine, dans son expérience mystique, n'a jamais de révélations spécifiques sur le purgatoire ou sur les âmes qui s'y purifient. Toutefois, dans les écrits inspirés par notre sainte, celui-ci est un élément central et la manière de le décrire possède des caractéristiques originales pour son époque.

Le premier élément original concerne le "lieu" de la purification des âmes. A son époque, on le représentait principalement en utilisant des images liées à l'espace : on pensait à un certain espace, où se trouverait le purgatoire. Chez Catherine, en revanche, le purgatoire n'est pas présenté comme un élément du paysage des entrailles de la terre : c'est un feu non extérieur, mais intérieur.

Tel est le purgatoire, un feu intérieur. La sainte parle du chemin de purification de l'âme vers la pleine communion avec Dieu, en partant de sa propre expérience de profonde douleur pour les péchés commis, face à l'amour infini de Dieu. Nous avons entendu parler du moment de la conversion, où Catherine ressent à l'improviste la bonté de Dieu, la distance infinie de sa propre vie de cette bonté et un feu brûlant à l'intérieur d'elle-même. Tel est le feu qui purifie, c'est le feu intérieur du purgatoire.

Il y a là aussi un élément original par rapport à la pensée de son temps. En effet, elle ne part pas de l'au-delà pour raconter les tourments du purgatoire – comme c'était l'usage à l'époque et peut-être encore aujourd'hui – puis indiquer le chemin de la purification ou de la conversion, mais notre sainte part de la propre expérience intérieure de sa vie en chemin vers l'éternité.

L'âme – dit Catherine – se présente à Dieu encore liée aux désirs et à la peine qui dérivent du péché, et cela l'empêche de jouir de la vision bienheureuse de Dieu. Catherine affirme que Dieu est si pur et si saint que l'âme avec les taches du péché ne peut se trouver en présence de la majesté divine. Et nous aussi nous sentons combien nous sommes distants, combien nous sommes emplis de tant de choses, qui ne nous laissent pas voir Dieu. L'âme est consciente de l'immense amour et de la parfaite justice de Dieu et, par conséquent, souffre de ne pas avoir répondu de manière correcte et parfaite à cet amour, et c'est précisément l'amour même pour Dieu qui devient flamme, l'amour lui-même la purifie de ses taches de péché.

On perçoit chez Catherine la présence de sources théologiques et mystiques auxquelles il était normal de puiser à son époque. On trouve en particulier une image typique de Denys l'Aréopagite, soit celle du fil d'or qui relie le cœur humain à Dieu lui-même. Quand Dieu a purifié l'homme, il le lie avec un très fin fil d'or qui est son amour, et il l'attire à lui avec une affection si forte, que l'homme est comme "dépassé et vaincu et tout hors de lui". Ainsi le cœur de l'homme est-il envahi par l'amour de Dieu qui devient le seul guide, le seul moteur de son existence.

Cette situation d'élévation vers Dieu et d'abandon à sa volonté, exprimée dans l'image du fil, est utilisée par Catherine pour exprimer l'action de la lumière divine sur les âmes du purgatoire, lumière qui les purifie et les élève vers les splendeurs des rayons fulgurants de Dieu.

Chers amis, les saints, dans leur expérience d'union avec Dieu, atteignent un "savoir" si profond des mystères divins, étant imprégnés de leur amour et de leur connaissance, qu'ils sont une aide pour les théologiens eux-mêmes dans leur travail d'étude, d'"intelligentia fidei", d'"intelligentia" des mystères de la foi, d'approfondissement réel des mystères, par exemple de ce qu'est le purgatoire. [...]



"ET LUI-MÊME SERA SAUVÉ, MAIS COMME S'IL ÉTAIT PASSÉ À TRAVERS UN FEU..."

par Benoît XVI


Extrait de l’encyclique "Spe Salvi" du 30 novembre 2007


[...] Je suis convaincu que la question de la justice constitue l'argument essentiel, en tout cas l'argument le plus fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle. Le besoin seulement individuel d'une satisfaction qui dans cette vie nous est refusée, de l'immortalité de l'amour que nous attendons, est certainement un motif important pour croire que l'homme est fait pour l'éternité, mais seulement en liaison avec le fait qu'il est impossible que l'injustice de l'histoire soit la parole ultime, la nécessité du retour du Christ et de la vie nouvelle devient totalement convaincante.

44. La protestation contre Dieu au nom de la justice ne sert à rien. Un monde sans Dieu est un monde sans espérance (cf. Ep 2, 12). Seul Dieu peut créer la justice. Et la foi nous donne la certitude qu'Il le fait. L'image du Jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d'espérance ; pour nous peut-être même l'image décisive de l'espérance. Mais n'est-ce pas aussi une image de crainte? Je dirais : c'est une image qui appelle à la responsabilité. Une image, donc, de cette crainte dont saint Hilaire dit que chacune de nos craintes a sa place dans l'amour.

Dieu est justice et crée la justice. C'est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a aussi, en même temps, la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité. Justice et grâce doivent être vues toutes les deux dans leur juste relation intérieure. La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur. Par exemple, dans son roman "Les frères Karamazov", Dostoïevski a protesté avec raison contre une telle typologie du ciel et de la grâce.

À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. [...] Dans la parabole du riche bon vivant et du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 19-31), Jésus nous a présenté en avertissement l'image d'une telle âme ravagée par l'arrogance et par l'opulence, qui a créé elle-même un fossé infranchissable entre elle et le pauvre ; le fossé de l'enfermement dans les plaisirs matériels ; le fossé de l'oubli de l'autre, de l'incapacité d’aimer, qui se transforme maintenant en une soif ardente et désormais irrémédiable. Nous devons relever ici que Jésus dans cette parabole ne parle pas du destin définitif après le Jugement universel, mais il reprend une conception qui se trouve, entre autres, dans le judaïsme ancien, à savoir la conception d'une condition intermédiaire entre mort et résurrection, un état dans lequel la sentence dernière manque encore.

45. Cette idée vétéro-juive de la condition intermédiaire inclut l'idée que les âmes ne se trouvent pas simplement dans une sorte de détention provisoire, mais subissent déjà une punition, comme le montre la parabole du riche bon vivant, ou au contraire jouissent déjà de formes provisoires de béatitude. Et enfin il y a aussi l'idée que, dans cet état, sont possibles des purifications et des guérisons qui rendent l'âme mûre pour la communion avec Dieu.

L'Église primitive a repris ces conceptions, à partir desquelles ensuite, dans l'Église occidentale, s'est développée petit à petit la doctrine du purgatoire. Nous n'avons pas besoin de faire ici un examen des chemins historiques compliqués de ce développement; demandons-nous seulement de quoi il s'agit réellement.

Avec la mort, le choix de vie fait par l'homme devient définitif – sa vie est devant le Juge. Son choix, qui au cours de toute sa vie a pris forme, peut avoir diverses caractéristiques. Il peut y avoir des personnes qui ont détruit totalement en elles le désir de la vérité et la disponibilité à l'amour. Des personnes en qui tout est devenu mensonge ; des personnes qui ont vécu pour la haine et qui en elles-mêmes ont piétiné l'amour. C'est une perspective terrible, mais certains personnages de notre histoire laissent entrevoir de façon effroyable des profils de ce genre. Dans de semblables individus, il n'y aurait plus rien de remédiable et la destruction du bien serait irrévocable : c'est cela qu'on indique par le mot "enfer". D'autre part, il peut y avoir des personnes très pures, qui se sont laissées entièrement pénétrer par Dieu et qui, par conséquent, sont totalement ouvertes au prochain – personnes dont la communion avec Dieu oriente dès maintenant l'être tout entier et dont le fait d'aller vers Dieu conduit seulement à l'accomplissement de ce qu'elles sont désormais.

46. Selon nos expériences, cependant, ni un cas ni l'autre ne sont la normalité dans l'existence humaine. Chez la plupart des hommes – comme nous pouvons le penser – demeure présente au plus profond de leur être une ultime ouverture intérieure pour la vérité, pour l'amour, pour Dieu. Mais, dans les choix concrets de vie, elle est recouverte depuis toujours de nouveaux compromis avec le mal – beaucoup de saleté recouvre la pureté, dont cependant la soif demeure et qui, malgré cela, émerge toujours de nouveau de toute la bassesse et demeure présente dans l'âme.

Qu'advient-il de tels individus lorsqu'ils comparaissent devant le juge ? Toutes les choses sales qu'ils ont accumulées dans leur vie deviendront-elles d'un coup insignifiantes ? Ou qu'arrivera-t-il d'autre ? Dans la Première lettre aux Corinthiens, saint Paul nous donne une idée de l'impact différent du jugement de Dieu sur l'homme selon son état. Il le fait avec des images qui veulent en quelque sorte exprimer l'invisible, sans que nous puissions transformer ces images en concepts – simplement parce que nous ne pouvons pas jeter un regard dans le monde d’au-delà de la mort et parce que nous n'en avons aucune expérience.

Paul dit avant tout de l'expérience chrétienne qu'elle est construite sur un fondement commun : Jésus Christ. Ce fondement résiste. Si nous sommes demeurés fermes sur ce fondement et que nous avons construit sur lui notre vie, nous savons que ce fondement ne peut plus être enlevé, pas même dans la mort. Puis Paul continue : "On peut poursuivre la construction avec de l'or, de l'argent ou de la belle pierre, avec du bois, de l'herbe ou du chaume, mais l'ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière au jour du jugement. Car cette révélation se fera par le feu, et c'est le feu qui permettra d'apprécier la qualité de l'ouvrage de chacun. Si l'ouvrage construit par quelqu'un résiste, celui-là recevra un salaire ; s'il est détruit par le feu, il perdra son salaire. Et lui-même sera sauvé, mais comme s'il était passé à travers un feu" (3, 12-15).

Dans ce texte, en tout cas, il devient évident que le sauvetage des hommes peut avoir des formes diverses; que certaines choses édifiées peuvent brûler totalement; que pour se sauver il faut traverser soi-même le "feu" afin de devenir définitivement capable de Dieu et de pouvoir prendre place à la table du banquet nuptial éternel.

47. Certains théologiens récents sont de l'avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l'acte décisif du Jugement. Devant son regard s'évanouit toute fausseté. C'est la rencontre avec Lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s'écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l'impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme "par le feu". Cependant, c'est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d'être totalement nous-mêmes et par là totalement de Dieu.

Ainsi se rend évidente aussi la compénétration de la justice et de la grâce : notre façon de vivre n'est pas insignifiante, mais notre saleté ne nous tache pas éternellement, si du moins nous sommes demeurés tendus vers le Christ, vers la vérité et vers l'amour. En fin de compte, cette saleté a déjà été brûlée dans la Passion du Christ. Au moment du Jugement, nous expérimentons et nous accueillons cette domination de son amour sur tout le mal dans le monde et en nous. La souffrance de l'amour devient notre salut et notre joie.

Il est clair que la "durée" de cette brûlure qui transforme, nous ne pouvons la calculer avec les mesures chronométriques de ce monde. Le "moment" transformant de cette rencontre échappe au chronométrage terrestre – c'est le temps du cœur, le temps du "passage" à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ.

Le Jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu'il est justice que parce qu'il est grâce. S'il était seulement grâce qui rend insignifiant tout ce qui est terrestre, Dieu resterait pour nous un débiteur de la réponse à la question concernant la justice – question décisive pour nous face à l'histoire et face à Dieu lui-même. S'il était pure justice, il ne pourrait être à la fin pour nous tous qu’un motif de peur.

L'incarnation de Dieu dans le Christ a tellement lié l'une à l'autre – justice et grâce – que la justice est établie avec fermeté : nous attendons tous notre salut "dans la crainte de Dieu et en tremblant" (Ph 2, 12). Malgré cela, la grâce nous permet à tous d'espérer et d'aller pleins de confiance à la rencontre du Juge que nous connaissons comme notre avocat, "parakletos" (cf. 1 Jn 2, 1).

48. Un motif doit encore être mentionné ici, parce qu'il est important pour la pratique de l'espérance chrétienne. Dans le judaïsme ancien, il existe aussi l'idée qu'on peut venir en aide aux défunts dans leur condition intermédiaire par la prière (cf. par exemple 2 M 12, 38-45: 1er s. av. JC). La pratique correspondante a été adoptée très spontanément par les chrétiens et elle est commune à l'Église orientale et occidentale.

L'Orient ignore la souffrance purificatrice et expiatrice des âmes dans "l'au-delà", mais il connaît divers degrés de béatitude ou aussi de souffrance dans la condition intermédiaire. Cependant, grâce à l'Eucharistie, à la prière et à l'aumône, "repos et fraîcheur" peuvent être donnés aux âmes des défunts. Que l'amour puisse parvenir jusqu'à l'au-delà, que soit possible un mutuel donner et recevoir, dans lequel les uns et les autres demeurent unis par des liens d'affection au delà des limites de la mort – cela a été une conviction fondamentale de la chrétienté à travers tous les siècles et reste aussi aujourd'hui une expérience réconfortante. Qui n'éprouverait le besoin de faire parvenir à ses proches déjà partis pour l'au-delà un signe de bonté, de gratitude ou encore de demande de pardon ?

À présent, on pourrait enfin se demander : si le "purgatoire" consiste simplement à être purifié par le feu dans la rencontre avec le Seigneur, Juge et Sauveur, comment alors une tierce personne peut-elle intervenir, même si elle est particulièrement proche de l'autre ? Quand nous posons une telle question, nous devrions nous rendre compte qu'aucun homme n'est une monade fermée sur elle-même. Nos existences sont en profonde communion entre elles, elles sont reliées l'une à l'autre au moyen de multiples interactions. Nul ne vit seul. Nul ne pèche seul. Nul n'est sauvé seul. Continuellement la vie des autres entre dans ma vie : en ce que je pense, je dis, je fais, je réalise. Et vice-versa, ma vie entre dans celle des autres: dans le mal comme dans le bien. Ainsi mon intercession pour quelqu'un n'est pas du tout quelque chose qui lui est étranger, extérieur, pas même après la mort. Dans l'interrelation de l'être, le remerciement que je lui adresse, ma prière pour lui peuvent signifier une petite étape de sa purification. Et avec cela il n'y a pas besoin de convertir le temps terrestre en temps de Dieu : dans la communion des âmes le simple temps terrestre est dépassé. Il n'est jamais trop tard pour toucher le cœur de l'autre et ce n'est jamais inutile.

Ainsi s'éclaire ultérieurement un élément important du concept chrétien d'espérance. Notre espérance est toujours essentiellement aussi espérance pour les autres; c'est seulement ainsi qu'elle est vraiment espérance pour moi. En tant que chrétiens, nous ne devrions jamais nous demander seulement : comment puis-je me sauver moi-même ? Nous devrions aussi nous demander : que puis-je faire pour que les autres soient sauvés et que surgisse aussi pour les autres l'étoile de l'espérance ? Alors j'aurai fait le maximum pour mon salut personnel. [...]


Le texte intégral de l’encyclique :

> "Spe salvi"


Le texte intégral de la catéchèse de Benoît XVI à propos de sainte Catherine de Gênes :

> Udienza generale del 12 gennaio 2011

 

Le cardinal Biffi brise un autre tabou. À propos de Dossetti

dominicanus #Il est vivant !

C'est-à-dire à propos d'un acteur très influent du concile Vatican II. Qu'il rejette comme théologien et en raison de son comportement à ce moment-là et par la suite. "Il y avait en lui du moine dans le politique et du politique dans le moine". Alors que paraît une nouvelle histoire du concile...

 

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ROME, le 3 janvier 2011 – L’historien catholique Roberto de Mattei a publié récemment une nouvelle histoire du concile Vatican II. Elle provoque beaucoup de discussions, en raison de la méthode employée et des conclusions.

En ce qui concerne la méthode, de Mattei s’en tient strictement aux faits historiques, au déroulement de l'événement que fut le concile, parce que – affirme-t-il – les documents du concile ne peuvent être compris et jugés qu’à la lumière des faits qui les ont produits.

En ce qui concerne les conclusions, de Mattei déduit de la reconstitution de cette histoire que les documents du concile Vatican II sont effectivement, ici ou là, en opposition avec la doctrine précédente. Il demande donc au pape actuel de promouvoir "un examen approfondi" de ces documents, "pour dissiper les ombres et les doutes".


***


Si l’on s’en tient à la reconstitution historique réalisée par de Mattei, on est frappé du poids énorme de certains individus et groupes dans la détermination du déroulement du concile et de la genèse des documents conciliaires.

L’un de ceux qui ont eu la plus grande influence a certainement été un Italien, Giuseppe Dossetti (1919-1996, voir photo), en sa qualité d’expert du cardinal Giacomo Lercaro, archevêque de Bologne.

Avant de devenir moine, Dossetti avait étudié le droit ecclésiastique, fait la guerre de partisans contre les fascistes et les Allemands, participé à la rédaction de la nouvelle constitution italienne. Il fut un homme politique de première grandeur dans le parti qui gouverna l'Italie de l’après-guerre, la Démocratie Chrétienne, au sein de laquelle il brillait par sa maîtrise des mécanismes parlementaires.

En tant qu’expert conciliaire, Dossetti mit ces talents à profit. Le 10 novembre 1962, un autre expert célèbre, le théologien dominicain Marie-Dominique Chenu, notait dans son journal cette phrase de Dossetti : "La bataille efficace se joue sur la procédure. C’est toujours par cette voie que j’ai gagné".

Dossetti atteignit son apogée en 1963, lors de la seconde session du concile : pendant quelques mois il exerça de fait les fonctions de secrétaire des quatre cardinaux "modérateurs", parmi lesquels figurait Lercaro, et devint ainsi le pivot de l’assemblée tout entière.

C’est lui qui rédigeait les questions sur lesquelles les pères conciliaires devaient se prononcer. Le 16 octobre 1963, quatre de ces questions – portant sur le problème de la collégialité épiscopale – furent publiées, avant même d'être remises aux pères, dans le journal "L'Avvenire d'Italia" de Bologne, qui était dirigé par Raniero La Valle, un ami très proche de Dossetti et Lercaro. Irrité, Paul VI ordonna le retrait des 3 000 exemplaires de ce journal qui, comme chaque matin, allaient être distribués gratuitement aux pères.

Même après le concile, Dossetti a continué à exercer une influence profonde sur la culture catholique, et pas uniquement en Italie.

C’est lui qui a donné naissance – avec quelques historiens qui partageaient ses vues et dont le premier fut Giuseppe Alberigo – à l’interprétation de Vatican II qui a eu le plus grand succès dans le monde entier jusqu’à aujourd’hui, condensée dans cinq volumes de "Storia" [Histoire] qui ont été traduits en plusieurs langues.

Ce n’est pas tout. Dossetti a également été pour beaucoup de gens un grand inspirateur en termes de pensée à la fois théologique et politique. Il a exercé un fort ascendant sur le clergé, les évêques et les catholiques politiquement actifs à gauche.
    
Mais alors que son interprétation du concile Vatican II fait l’objet de critiques croissantes depuis quelque temps – en particulier depuis le mémorable discours que Benoît XVI a consacré à cette question le 22 décembre 2005 – personne n’avait osé, jusqu’à ces dernières semaines, mettre en doute avec autorité et publiquement la solidité de sa vision théologique.

Celui qui a brisé le tabou, c’est le cardinal et théologien Giacomo Biffi, qui a été, de 1984 à 2003, archevêque de Bologne, le diocèse de Dossetti.

Dans la seconde édition de ses "Memorie e digressioni di un italiano cardinale" [Mémoires et digressions d’un Italien cardinal], publiée l’automne dernier, Biffi a consacré à Dossetti une vingtaine de pages cinglantes.

Il y met à nu les graves insuffisances de sa théologie, à partir de sa manière d’agir au concile Vatican II et pendant les décennies qui ont suivi.

Voici les passages marquants de la critique que le cardinal Biffi fait de Dossetti et des "dossettiens" d’hier et d’aujourd’hui.



LA "THÉOLOGIE" DE DOSSETTI

extrait de Giacomo Biffi, "Memorie", seconde édition, pp. 485-493



Giuseppe Dossetti a été un authentique homme de Dieu, un ascète exemplaire, un généreux disciple du Seigneur à qui il a cherché à consacrer totalement sa vie unique. De ce point de vue il reste un exemple rare de cohérence chrétienne, un modèle précieux mais difficile à imiter.

A-t-il aussi été un véritable théologien et un maître fiable en “sacra doctrina” ?

La question n’est pas simple, en raison de la personnalité complexe du personnage, et elle demande un raisonnement solide. Je me contenterai de rappeler quelques informations utiles et de formuler quelques observations qui porteront d’abord sur l’ecclésiologie, puis sur la christologie et enfin sur la méthodologie spécifique et incontournable de la “sacra doctrina”.


UNE ECCLÉSIOLOGIE POLITIQUE 


Le 19 novembre 1984, dans une longue conversation avec Leopoldo Elia et Pietro Scoppola, le père Dossetti s’est laissé aller à quelques considérations qui doivent attirer notre attention. Curieusement, il analyse son apport au concile Vatican II à la lumière de sa participation aux travaux de l’[Assemblée Nationale] Constituante [entre 1946 et 1948] : "Au moment décisif, c’est précisément mon expérience du travail en assemblée qui a bouleversé le sort du concile". [...]

De plus, dans cette même circonstance Dossetti se félicite même d’avoir "apporté au concile – même si ce ne fut pas un triomphe – une certaine ecclésiologie qui reflétait aussi mon expérience politique". Mais quelle sorte d’“ecclésiologie” pouvait naître d’une telle inspiration et de ces prémisses qui sont “du monde” ?

“Même si ce ne fut pas un triomphe” : cette incise, comme murmurée avec un peu de réticence, évoque avec discrétion la fin de l’activité conciliaire du père Giuseppe ; elle mérite d’être éclaircie en raison de son importance.

Il avait été introduit dans l’assemblée vaticane en qualité d’expert personnel de l’archevêque de Bologne [Giacomo Lercaro]. Le 12 septembre 1963, le nouveau pape, Paul VI, annonce qu’il a décidé de désigner quatre “modérateurs”, les cardinaux Lercaro, Suenens, Döpfner et Agagianian, qui sont chargés de présider à tour de rôle l’assemblée conciliaire pour le compte du pape. C’était, comme on le voit, une charge que chacun des prélats désignés aurait dû n’exercer qu’individuellement.

Mais Lercaro persuade ses collègues d’accepter le père Dossetti comme leur secrétaire commun ; avec cette nomination, on voit apparaître, en pratique, une sorte de “Conseil des modérateurs” qui finit par exercer indûment une fonction très différente de ce qui avait été prévu et accepté, avec bien plus d’autorité que dans son profil d’origine.

C’est le moment où l’influence de Dossetti est la plus grande ; mais cela ne peut pas durer. Il s’agit, au fond, d’un coup de main arbitraire qui altère la structure légitimement établie. Le concile a déjà un secrétariat général, présidé par l’évêque Pericle Felici, qui ne tarde pas à se plaindre de la situation irrégulière qui s’est créée.

De plus, l’activisme de ce secrétaire supplémentaire et les thèses novatrices qu’il soutient commencent à susciter une inquiétude naturelle. “Ce n’est pas la place du père Dossetti”, commente le pape. “À la fin, le père Dossetti – affirme le cardinal Suenens – s’est retiré spontanément à cause de l’atmosphère hostile et par respect envers le pape, nous évitant ainsi une situation embarrassante”. [...]

Cependant les appréhensions de Paul VI ne portaient pas uniquement sur des aspects de procédure et d’organisation. Il sentait avec acuité qu’il avait la responsabilité de sauvegarder dans sa plénitude - même s’il acceptait sincèrement la collégialité épiscopale - la vérité de foi de la primauté de Pierre et de son exercice total, inconditionnel et libre. C’est ce qui le poussa à proposer la fameuse "Note explicative préalable", dans laquelle il donnait des critères d’interprétation obligatoires pour la lecture et la compréhension du chapitre III de "Lumen gentium" (qu’il acceptait néanmoins intégralement). Il tranquillisa ainsi tous les pères synodaux et obtint l’approbation pratiquement unanime du document lors du vote du 21 novembre 1964 : 2 151 "placet" contre seulement 5 "non placet". Par son intervention directe et résolue, il avait évité le risque de possibles interprétations futures contraires à la doctrine traditionnelle et il avait sauvé le concile. [...]


UNE CHRISTOLOGIE IMPROPOSABLE


À la fin du mois d’octobre 1991, Dossetti m’a courtoisement donné à lire le discours que je lui avais commandé pour le centenaire de la naissance de Lercaro. "Examinez-le, modifiez-le, ajoutez, retranchez en toute liberté", m’a-t-il dit. Et il était certainement sincère : à ce moment-là, c’est l’homme de Dieu et le prêtre fidèle qui parlait.

Malheureusement, j’ai bien trouvé quelque chose qui n’allait pas. C’était l’idée, présentée de manière favorable par Dossetti, que, de même que Jésus est le Sauveur des chrétiens, de même la Torah, la loi mosaïque, est encore aujourd’hui la voie du salut pour les juifs. Cette affirmation était empruntée à un auteur allemand contemporain et elle était chère à Dossetti, probablement parce qu’il en entrevoyait l’utilité pour le dialogue judéo-chrétien.

Mais, en tant que premier responsable de l’orthodoxie dans mon Église, je n’aurais jamais pu accepter que soit mise en doute cette vérité révélée : Jésus-Christ est l’unique Sauveur de tous. [...]

"Père Giuseppe, – lui ai-je dit – est-ce que vous n’avez jamais lu les pages de saint Paul et le récit des Actes des Apôtres ? Est-ce que vous ne pensez pas que, dans la première communauté chrétienne, c’est le problème inverse qui se posait ? À cette époque-là, le fait que Jésus soit le Rédempteur des juifs ne suscitait ni doute ni controverse ; si l’on discutait de quelque chose, c’était de savoir si les gentils pouvaient, eux aussi, être pleinement touchés par son action salvatrice".

Il suffirait d’ailleurs – me disais-je – de ne pas oublier une petite phrase de l’épître aux Romains, là où il est dit que l’Évangile du Christ “est une force de Dieu pour le salut de tout croyant, du juif  d’abord, puis du grec” (cf. Rm 1, 16).

Dossetti n’était pas habitué à renoncer à une seule de ses convictions. Dans ce cas-là, il finit par céder quand je l’avertis que, sur ce point, je l’interromprais et je le contredirais publiquement ; et il consentit à prononcer cette unique phrase : "Il ne paraît pas conforme à la pensée de saint Paul de dire que, pour les chrétiens, la voie du salut c’est le Christ et, pour les juifs, c’est la Loi mosaïque". Il n’y avait plus rien d’erroné dans cette phrase et je n’ai pas fait d’objections, bien que j’eusse préféré qu’il ne soit même pas fait allusion à une opinion si aberrante du point de vue théologique.

Cet “incident” m’a fait beaucoup réfléchir et je l’ai tout de suite jugé d’une extrême gravité, même si, à ce moment-là, je n’en ai parlé à personne. Toute altération de la christologie compromet fatalement toute la perspective de la “sacra doctrina”. Dans le cas d’un homme de foi et de vie religieuse sincère comme le père Dossetti, il est vraisemblable que l’erreur ait été la conséquence d’une organisation méthodologique générale ambiguë et inexacte.


DEUX OBJECTIFS, UNE SEULE TENSION


“Il y avait, en Dossetti, du moine dans le politique et du politique dans le moine”. Cette courte phrase du professeur Achille Ardigò, qui a longtemps été l’un de ses proches et a collaboré avec lui, fait en quelques mots la synthèse d’une personnalité singulière et complexe.

Quand on a étudié son existence longue et multiforme, on ne peut pas ne pas reconnaître la justesse et la pertinence de cette phrase. [...] La coexistence, pour ne pas dire l’identité des deux objectifs – le “politique” et le “théologique” – qu’il a poursuivis simultanément et avec le même engagement, est à l’origine de quelques regrettables confusions méthodologiques. Dossetti proposait ses intuitions politiques avec l’intransigeance du théologien qui doit défendre les vérités divines et il élaborait ses perspectives théologiques en visant des objectifs “politiques”, même s’il s’agissait de “politique ecclésiastique”.

C’est aussi là que se trouve la limite intrinsèque de sa pensée et de son enseignement. Parce que la théologie authentique est essentiellement une contemplation gratuite et admirative du dessein conçu par le Père, avant tous les siècles, pour notre salut et pour notre véritable bien ; ce n’est que dans ce dessein que se trouvent et que l’on doit explorer les lumières et les impulsions qui pourront vraiment être utiles à l’Épouse du Seigneur Jésus, elle qui est en pèlerinage dans l’Histoire.


LES "THÉOLOGIENS AUTODIDACTES"


Dossetti a eu un désavantage initial : en matière de théologie, c’était un autodidacte.

Quelqu’un demandait un jour à saint Thomas d’Aquin quelle était la meilleure manière de s’engager dans la "sacra doctrina" et donc de devenir un bon théologien. Sa réponse fut : il faut se mettre à l’école d’un excellent théologien, de manière à s’exercer à l’art théologique sous la direction d’un véritable maître ; un maître comme Alexandre de Hales, par exemple, ajouta-t-il. À première vue cette sentence étonne un peu. [...] Et pourtant, encore une fois le Docteur Angélique manifeste son originalité, sa sagesse, sa connaissance de ce que sont la "sacra doctrina" et la psychologie humaine. Avec son esprit tourné vers le concret, il percevait le risque, pas du tout hypothétique, couru par les autodidactes : celui de se replier sur eux-mêmes et de considérer comme source de vérité leurs lectures et leur finesse ; et en particulier le risque de finir par se satisfaire d’un savoir incontrôlable et même d’arriver à une ecclésiologie insuffisante et à une christologie lacunaire.

C’est précisément le cas du père Giuseppe Dossetti, qui n’a pas eu de maîtres pour son apprentissage de la “scientia Dei, Christi et Ecclesiae”.

À ceux qui lui auraient demandé d’où il tirait ses idées, ses perspectives de renouvellement, ses propositions de réforme, il aurait bien pu répondre (et nous ne faisons que reprendre ses propres mots) : "de ma tête et de mon cœur".


LES "THÉOLOGIENS IMAGINAIRES"


Le père Giuseppe avait beaucoup d’estime pour le père Divo Barsotti et il avait commencé à l’impliquer à la fois dans sa vie spirituelle et dans sa présence active au sein du monde catholique.

Or le père Divo était non seulement un théologien génial mais un théologien authentique et ayant une solide formation. Il se rendit rapidement compte des lacunes et des anomalies de la pensée de Dossetti. [...] Et il me confiait, à la fin de sa vie, qu’il était encore très préoccupé par l’influence que la “théologie dossettienne” continuait à exercer sur certains secteurs de la chrétienté.

Moi aussi, je dois le dire, je me suis rendu compte que la crainte du père Barsotti n’était pas sans fondement. On ne trouve pas toujours, dans les milieux qui se réclament aujourd’hui de l’héritage et de l’inspiration de Dossetti, le sérieux et la compétence suffisants pour parler de sujets qui touchent à la “sacra doctrina” et à la vie de l’Église.

Justement, dans les milieux ouvertement “dossettiens”, on rencontre parfois des “théologiens imaginaires”. Généralement très appréciés par les leaders d’opinion temporels qui sont assez peu avertis en ce domaine, ils parviennent facilement à s’exprimer dans les moyens de communication les plus diffusés.



À propos du livre dont est tiré cet extrait :

> Les embarrassants mémoires du cardinal Biffi


À propos du livre-entretien posthume de Dossetti, cité par le cardinal Biffi :

> Concilio "capovolto" e Opus Dei. Un inedito bomba di Giuseppe Dossetti
(1.12.2003)


Le livre du professeur de Mattei :

Roberto de Mattei, "Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta" [Le Concile Vatican II. Une histoire jamais écrite], Éditions Lindau, Turin, 2010, 632 pages, 38,00 euros.

Et un compte-rendu critique de ce livre par le directeur du CESNUR, Centre d’Études sur les Nouvelles Religions :

Massimo Introvigne, "A che serve la storia ? 'Il Concilio Vaticano II' di Roberto de Mattei".


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Cardinal Cañizares: 'Les messes créatives, ça suffit ! A l'église, il faut du silence et de la prière !'

dominicanus #Il est vivant !

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La liturgie de l'Eglise catholique traverse actuellement une crise, mais le Pape Benoît XVI veut promouvoir une nouvelle réforme liturgique qui met l'accent sur le silence et la prière. C'est ce qu'a affirmé le Cardinal Antonio Cañizares Llovera, le nouveau préfet de la Congrégation pour le Culte divin, interviewé par Andrea Tornielli, vaticaniste renommé, dans le journal italien Il Giornale

Le cardinal Cañizares déplore une expérimentation sauvage en matière liturgique dans un passé récent. Des chants d'une banalité sans nom ont remplacé la richesse des traditions liturgiques, tels que le chant grégorien.

De plus, certaines réformes de Vatican II ont été appliquées beaucoup trop rapidement. "Le renouveau liturgique a été vu comme un laboratoire de recherche, fruit de l'imagination et de la créativité, le mot magique d'alors", estime le cardinal.

 

"La liturgie, c'est un fait, a été 'blessée' par des déformations arbitraires, causées aussi par la sécularisation qui frappe malheureusement à l'intérieur de l'Église. Par conséquent, dans de nombreuses célébrations, ce n'est plus Dieu qui est au centre, mais l'homme, son action créatrice, le rôle principal donné à l'assemblée. Le renouveau conciliaire a été conçu comme une rupture et non comme un développement organique de la tradition. Nous devons renouer avec l'esprit de la liturgie et c'est pourquoi les gestes introduits dans la liturgie du Pape sont significatifs : l'orientation de l'action liturgique, la croix au centre de l'autel, la communion à genoux, le chant grégorien, la place du silence, la beauté dans l'art sacré. Il est urgent également de promouvoir l'adoration eucharistique : face à la présence réelle du Seigneur, nous ne pouvons qu'adorer". 

 

Benoît XVI homme de l'année. En raison de ses homélies

dominicanus #Il est vivant !

Elles sont l'axe de son magistère ordinaire. Elles racontent l'aventure de Dieu dans l'histoire du monde. Elles lèvent le voile sur les "choses d’en-haut". Un guide de lecture de la prédication liturgique du pape actuel

 

 

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ROME, le 22 décembre 2010 – Le texte qui suit est la préface du volume – publié en Italie par les éditions Libri Scheiwiller et en vente depuis quelques semaines – qui réunit les homélies prononcées par Benoît XVI au cours de l'année liturgique qui vient de s’achever, l'année C du lectionnaire romain.

Troisième de la série, ce volume joint à chaque homélie du pape Joseph Ratzinger les lectures bibliques de la messe du jour, ainsi que les psaumes et antiennes des vêpres qu’il a célébrées.

Dans l’exhortation apostolique post-synodale "Verbum Domini", publiée le 30 septembre dernier et consacrée à la Parole de Dieu dans la vie de l’Église, un paragraphe, le 59e, traite justement du soin à apporter à l’homélie. Celle-ci est en effet la principale - sinon la seule - forme de communication de la bonne nouvelle chrétienne qui soit entendue chaque dimanche par des centaines de millions de baptisés dans le monde.

Dans l’art de l’homélie, indubitablement, Benoît XVI est un modèle extraordinaire.

Et ce livre en est la preuve :

Benedetto XVI, "Omelie di Joseph Ratzinger, papa. Anno liturgico 2010", edited by Sandro Magister, Libri Scheiwiller, Milan, 2010, pp. 420, euro 18.00.


Sandro Magister


"COMME LE PAPE LÉON LE GRAND, LE PAPE BENOÎT XVI PASSERA À L'HISTOIRE EN RAISON DE SES HOMÉLIES"

par Sandro Magister



Le missel romain des dimanches et fêtes est articulé en trois années, chacune étant centrée sur un Évangile : celui de Matthieu, celui de Marc et celui de Luc. La maison d’édition Libri Scheiwiller qui publie, année après année, les homélies de Benoît XVI, s’est conformée à cette succession. La période de trois années s’achève avec ce troisième volume de la série. Il réunit les homélies pontificales de l'année liturgique correspondant à l’évangile de Luc, qui a commencé avec le premier dimanche de l’Avent de 2009 et s’est étendue sur l’année 2010.

Les homélies de la messe et des vêpres sont un axe porteur de ce pontificat, que tout le monde n’a pas encore compris. Une bonne partie d’entre elles est rédigée par Joseph Ratzinger, d’autres sont des improvisations qui ont la spontanéité de la langue parlée. Mais il les médite et les prépare toujours avec un soin extrême, parce que, pour lui, elles ont une valeur unique qui les distingue de tout ce qu’il peut dire ou écrire par ailleurs. En effet les homélies sont une partie de l'action liturgique, ou plutôt, elles sont elles-mêmes liturgie, cette "liturgie cosmique" dont le pape a dit qu’elle était le "but ultime" de sa mission apostolique, "lorsque le monde dans son ensemble sera devenu liturgie de Dieu, adoration, et qu’il sera alors sain et sauf". Il y a beaucoup d’Augustin dans cette vision de Ratzinger, il y a la cité de Dieu dans le ciel et sur la terre, il y a le temps et l’éternel. Le pape voit dans la messe "l'image et l'ombre des réalités célestes" (Hébreux 8, 5). Ses homélies ont pour mission de soulever le voile.

Et en effet, lorsqu’on les relit, elles révèlent une vision du monde et de l’histoire pleine de significations nouvelles qui constituent d’ailleurs le cœur de la bonne nouvelle chrétienne, parce que "si Jésus est présent, il n’existe plus aucun temps dénué de sens et vide". L'Avent est "présence", "arrivée", "venue", a dit le pape dans son homélie d’inauguration de cette année liturgique. "Dieu est là, il ne s’est pas retiré du monde, il ne nous a pas laissés seuls" et, par conséquent, le temps devient "kairós", occasion unique, favorable, de salut éternel, et la création tout entière change de visage "si derrière elle, il y a lui et non pas le brouillard d’une origine incertaine et d’un avenir incertain".

Mais le temps de la "civitas Dei" n’est pas informe. Il a un rythme qui lui est donné par le mystère chrétien qui le remplit. Chaque messe, chaque homélie, tombe en un temps précis, dont le découpage fondamental se fait de dimanche en dimanche. Le "jour du Seigneur" a comme protagoniste celui qui est ressuscité le premier jour après le sabbat, devenu représentation de l'"octava dies" de la vie éternelle. La présence du Ressuscité dans le pain et le vin consacrés est réelle, très réelle, prêche sans cesse le pape. Pour le voir et le rencontrer, il suffit que les yeux de la foi s’ouvrent, comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs, qui reconnurent Jésus justement dans le sacrement de l'eucharistie, "à la fraction du pain".

"L'année liturgique est un grand chemin de foi", a rappelé le pape avant un Angélus, dans une de ces brèves méditations dominicales qu’il construit comme de petites homélies à partir de l’Évangile du jour. C’est comme marcher sur la route d’Emmaüs, en compagnie du Ressuscité qui rend les cœurs brûlants en expliquant les Écritures. De Moïse aux prophètes et à Jésus, les Écritures sont de l’histoire et avec elles le cheminement se fait histoire et l'année liturgique la parcourt à nouveau tout entière, autour de Pâques qui en constitue l’axe. Avent, Noël, Épiphanie, Carême, Pâques, Ascension, Pentecôte. Jusqu’à la seconde venue du Christ à la fin des temps. Ce qui fait de la liturgie chrétienne un "unicum" - et le pape ne cesse de le prêcher - c’est que son récit n’est pas seulement un souvenir. C’est une réalité vivante et présente. À chaque messe a lieu ce que Jésus annonça à la synagogue de Nazareth après avoir réenroulé le rouleau du prophète Isaïe : "Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture" (Luc 4, 21).

Dans ses homélies, le pape Benoît XVI révèle également ce qu’est l’Église. Il le fait en se conformant à la plus ancienne profession de foi : "Je crois en l’Esprit-Saint, en la sainte Église catholique, en la communion des saints, en la rémission des péchés". La "communion des saints" c’est principalement celle des dons saints, elle est ce don saint et salvateur que Dieu nous fait dans l'eucharistie et c’est en le recevant que l’Église naît et grandit, dans l’unité sur toute la terre et avec les saints et les anges du ciel. La "rémission des péchés", c’est le baptême et l'autre sacrement du pardon, la pénitence. Si le "Credo" professe cela, alors vraiment l’Église n’est pas faite de sa hiérarchie, ni de son organisation, elle est moins encore une association spontanée d’hommes solidaires, mais elle est un pur don de Dieu, une création de son Saint Esprit, qui fait naître son peuple dans l’histoire, avec la liturgie et les sacrements. 

Il y a une image qui revient fréquemment dans les homélies du pape : "L’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau" (Jean 19, 34). Voici de nouveau le sang et l'eau, l'eucharistie et le baptême, l’Église qui naît de ce côté transpercé du Crucifié, nouvelle Ève née du nouvel Adam. Le recours aux images est un autre des traits distinctifs des homélies de Benoît XVI. À la cathédrale de Westminster, le 18 septembre 2010, il a fait lever les yeux de tous vers le grand Crucifix qui domine la nef, vers le Christ "accablé de souffrance, écrasé par la douleur, victime innocente dont la mort nous a réconciliés avec le Père et nous a donné de participer à la vie même de Dieu". Dans son sang précieux, dans l'eucharistie, l’Église puise la vie. Mais le pape a également ajouté, citant Pascal : "Dans la vie de l’Église, dans ses épreuves et ses tribulations, le Christ sera en agonie jusqu’à la fin du monde".

Dans la prédication liturgique de Benoît XVI les images tirées de la Bible et celles qui sont tirées de l’art ont constamment une fonction mystagogique, c’est-à-dire d’explication du mystère. L’étonnement provoqué par l'invisible que l’on entrevoit dans l’œuvre d’art visible renvoie à cette merveille encore plus grande qu’est le Ressuscité présent dans le pain et le vin, origine de la transformation du monde, afin que la cité des hommes, elle aussi, "devienne un monde de résurrection", une cité de Dieu.

Les homélies recueillies dans ce volume ont, pour la plupart, été prononcées par le pape pendant la messe, après la proclamation de l’Évangile. Mais il y en a également quelques unes qui l’ont été pendant les vêpres, avant le chant du "Magnificat". Les lieux où elles ont été prononcées sont extrêmement variés, en Italie et à l’étranger, dans des villages et dans des grandes villes : Rome, bien évidemment, mais aussi Castel Gandolfo, Malte, Turin, Fatima, Porto, Nicosie, Sulmona, Carpineto, Glasgow, Londres, Birmingham, Palerme. Un cas particulier : celui de l’homélie du quatrième dimanche de Carême, qui a été prononcée par le pape au cours d’un office liturgique œcuménique célébré dans l’église luthérienne de Rome.

Comme cela a déjà été fait pour les deux précédents recueils, on a ajouté en annexe quelques uns de ces petits bijoux de prédication mineure, portant sur les lectures de la messe du jour, que Benoît XVI offre aux fidèles et au monde entier le dimanche à midi avant l'Angélus ou, pendant le temps pascal, avant le Regina Cæli. 

On arrive ainsi à quelque quatre-vingts homélies, les unes longues et les autres courtes, qui sont rassemblées dans ce volume, couvrant presque la totalité de l'année liturgique : une preuve supplémentaire du soin que le pape Benoît XVI apporte à cette forme de son ministère. Le cardinal Angelo Bagnasco en a souligné la grandeur et il en a fait un modèle pour tous les pasteurs de l’Église, lorsqu’il a dit aux évêques qui forment le conseil permanent de la conférence des évêques d’Italie, le 21 janvier 2010 : "N’ayons pas peur de dire notre admiration pour cet art dont il fait preuve et ne nous lassons pas de l’indiquer à nous-mêmes et à nos prêtres comme une école de prédication élevée et extraordinaire". Comme le pape Léon le Grand, le pape Benoît XVI passera à l’histoire en raison de ses homélies.



L'homélie prononcée par Benoît XVI au cours de la messe de la nuit de Noël 2010, à la basilique Saint-Pierre de Rome :

> "Chers frères et soeurs..."


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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