Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

il est vivant !

Etre confirmé : un chemin de bonheur, Introduction

Walter Covens #Il est vivant !

Un livre vient de paraître au sujet du sacrement de la confirmation: "Etre confirmé : un chemin de bonheur".

Ayant bien connu l'un des auteurs, l'Abbé Amherdt (F.X. pour les intimes), lors de mes études de théologie (nous fréquentions les mêmes cours) et lors de mes premières années de sacerdoce (nous étions prêtres dans le même secteur pastoral) j'ai mis en ligne sur mon blog Marie, éToile de l'évangélisation une présentation sous le titre: Un prêtre qui ne manque pas d'airs.

Avec son aimable autorisation je publie ici l'introduction de l'ouvrage.


« A vous jeunes, je dis : ne vous laissez pas abattre par le défaitisme et le découragement. Vous êtes le monde de demain. De vous dépend l’avenir (…). C’est le cœur des hommes qu’il faut changer. Il faut sans doute modifier certaines structures qui engendrent l’injustice et la misère, mais il faut en même temps transformer le cœur des hommes. » Jean-Paul II (Patinoire de Fribourg, le 13 juin 1984)

Chapitre I: Introduction : Les raisons d'une démarche à visée éthique

   Valoriser la dimension de « projets éthiques » dans un parcours de préparation à la confirmation pourrait paraître, dans un premier temps, quelque peu « moralisateur ». N'est-ce pas réduire le sacrement, avec la face « objective » du don de grâce que Dieu y fait, à la réponse « subjective » que l'agir de l'homme lui fournit ? Ne risque-t-on pas de tirer la vie spirituelle du côté uniquement du « faire » au détriment de « l’être » ? Ne va-t-on pas, une fois de plus, donner l’impression d’assimiler la Bonne Nouvelle à une « morale » dont tant de chrétiens adultes essaient précisément de se libérer ? Ce serait mal comprendre de quoi il est question. Car une démarche de type « éthique » a pour but d’aider les jeunes à développer les valeurs qui les habitent déjà, à saisir que foi et vie s’articulent intimement et à percevoir que c’est bien dans le quotidien que l’Esprit Saint est à l’œuvre et nous pousse à agir.Plusieurs raisons, distinctes et pourtant indissociables, nous ont petit à petit amenés à insérer dans la préparation au sacrement de confirmation, destinée dans nos zones pastorales1 à des adolescents âgés entre 12 et 15 ans, un ensemble de projets éthiques laissés à leur libre choix. En voici les principales :

1.1 Crise de la « transmission » de la foi

   Nous vivons dans une société en pleine mutation, marquée par la mondialisation, le pluralisme culturel et religieux, les nouvelles technologies, … Cette évolution n’est pas sans incidence sur la situation de l’Eglise, qui connaît ce que certains appellent « une crise de la transmission ». Ainsi que l’affirmait dans un exposé Jean-Louis Souletie, en écho aux constats faits par la Conférence des Evêques de France, « … le catholicisme n’assure plus le service public de la religion, l’identité catholique ne structure plus le lien social, l’initiation aux valeurs de la vie ne se fait plus par le catholicisme […]. [N’hésitons pas] à oser reconnaître et nommer ces indices préoccupants, à oser voir que l’Eglise bouge ».2 Crise il y a, dans la communication de la foi, aussi bien que dans la perception sociale de la place des sacrements, et notamment de celle de la confirmation. Mais, comme le même théologien le suggère dans le titre évocateur de l’un de ses livres La crise, une chance pour la foi3, toute remise en cause peut s’avérer bénéfique, car elle ne manque pas de conduire à la réflexion, à la mobilisation, en vue d’un changement.

1.2 Dans la mouvance de « la proposition de la foi »

   Profondément sensibilisée par ces observations touchant le monde actuel, la même Conférence des Evêques français s’est penchée sur la manière de communiquer la foi aujourd’hui4 : il s’agit selon elle de passer de la transmission à la proposition de la foi, de l’instruction à l’initiation pour aller au cœur du mystère de la foi, en nous interrogeant continuellement sur ce que nous avons de fondamental à offrir, de l’enseignement de la vérité à transmettre vers l’expérience de la rencontre du Christ, afin de montrer en quoi l’Evangile nous fait vivre, d’une pastorale d’accueil à une pastorale de proposition - et d’engendrement5 - qui devienne l’objet d’un choix personnel, selon l’invitation du Christ à l’aveugle de Jéricho : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Lc 18,41).

   Un tel changement de cap s’inscrit dans la perspective de la « nouvelle évangélisation » chère au précédent Souverain Pontife, telle qu’il la proclamait à nouveau solennellement à l’occasion de la fermeture de la porte sainte, au terme du Grand Jubilé le 6 janvier 2001 :

« "Avancez au large !" (Lc 5,4), Cette parole résonne aujourd’hui pour nous, et elle nous invite à faire mémoire avec gratitude du passé, à vivre avec passion le présent, à nous ouvrir avec confiance à l’avenir : "Jésus-Christ est le même, hier et aujourd’hui, il le sera à jamais" (He 13,8). »6.

   Aux équipes locales de relever le défi pontifical, fondé sur la promesse de Jésus : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).

« [C’est dans] cette certitude, [qui] vient d’être ravivée dans nos cœurs que nous devons puiser un élan renouvelé pour notre vie chrétienne, en en faisant même la force inspiratrice de notre cheminement. […] Il ne s’agit pas alors d’inventer "un nouveau programme". […] Il est toutefois nécessaire qu’il se traduise par des orientations pastorales adaptées aux conditions de chaque communauté. […] C’est dans les Eglises locales qu’on peut fixer les éléments concrets d’un programme - objectifs et méthodes de travail, formation et valorisation du personnel, recherche des moyens nécessaires - qui permettent à l’annonce du Christ d’atteindre les personnes, de modeler les communautés, d’agir en profondeur par le témoignage des valeurs évangéliques sur la société et sur la culture. »7

Comment ne pas nous laisser interpeller par la réflexion menée par les Evêques de l’Hexagone, puis par les paroles du défunt Pape quant à l’importance de ce virage à prendre et à la nécessité de revenir à l’essentiel du message du Christ dans nos Eglises diocésaines et nos communautés paroissiales ? Surtout que cette orientation nouvelle, étayée par de nombreux théologiens francophones de la pastorale8, est également relayée et souhaitée par les diocèses romands. En témoignent les diverses sessions consacrées à cette thématique par le « Jura Pastoral »9, les quatre cantons du diocèse de Lausanne - Genève et Fribourg10 et la partie francophone du diocèse de Sion11 (avec sa démarche de « Forum 2004-2007 » en cours).

   Si bien que c’est dans la mouvance de cette dynamique en cours que se situe l’ensemble de notre réflexion, rejoignant en cela, entre autres, le groupe de travail « Confirmation » de la Commission jurassienne de catéchèse :

« Au-delà de ce dilemme "initiation - engagement", ce document12 présente la confirmation, fête de l’Esprit-Saint - effusion de la Pentecôte inaugurée par Jésus-Christ, comme une démarche de proposition de la foi. Proposer la foi c’est donner à vivre une expérience réelle voire spirituelle de la rencontre avec Jésus-Christ. A cette proposition, chacun peut adhérer librement. Celui qui répond à cette invitation bénéficiera d’un accompagnement adopté à son âge et à sa propre réalité de vie. »

1.3 Réflexions romandes sur le sacrement de la confirmation

   De toutes parts en Suisse Romande, notamment dans le canton de Fribourg (groupe de travail réunissant les personnes concernées, salariées et bénévoles, durant l’année 2001-2002)13 et la partie francophone du diocèse de Sion14 (initiatives diverses entreprises « ad experimentum » avec l’accord de l’Evêque)15, surgit la même constatation : c’est lorsque les jeunes participent concrètement à des actions de type social, avec un réel esprit communautaire de solidarité, une fois qu’ils ont approfondi le Credo de l’Eglise et approché la réalité de l’Esprit Saint, de l’Eglise et des sacrements, que leur démarche en vue de la confirmation prend tout son sens et qu’ils cheminent avec conviction. Susciter cette ouverture au sens social et à l’esprit de service, c’est remettre en valeur chez les adolescents la personne même du Christ qui est accueil, don de soi, amour. Sinon, l’approche catéchétique demeure indubitablement théorique…

1.4 Les jeunes, avenir de l’Eglise

   Les animateurs et les parents accompagnateurs le reconnaissent à chaque bilan : malgré leurs fragilités, leur inconstance et leurs paradoxes, les jeunes d’aujourd’hui recèlent d’insoupçonnables richesses, ils ont beaucoup à dire et à donner, ils constituent l’avenir de notre Eglise. L’affirmer n’est pas céder à une sorte de mode, mais « obéir » à l’Evangile qui, nous le croyons, est à même d’aider chacun à se mettre debout, quels que soient son âge et sa condition16.Il vaut donc la peine de faire confiance aux ados, de leur donner vraiment la parole et de leur confier des responsabilités, même s’ils nous désarçonnent par leur « insolence »17. Ainsi que nous l’expliciterons davantage plus loin18, nous sommes intimement persuadés que c’est grâce aux valeurs dont ils sont porteurs aujourd’hui que nous pourrons relever « le défi de l’éducation citoyenne » face à nos contemporains qui attendent indéniablement de l’Eglise qu’elle « éduque » et entraîne les adolescents à la citoyenneté, et des mouvements de jeunes ecclésiaux qu’ils affichent des comportements ayant un impact effectif sur la vie sociale de leur région.

1.5 A travers la confirmation, des témoignages appartenant à l’être même de l’Eglise

   L’option préférentielle pour les plus pauvres ne relève pas de la rhétorique de l’Eglise mais de son être. C’est à cette aune que sont jugés les disciples du Christ. Par l’opinion publique aujourd’hui, comme lors du « jugement dernier » par le Fils de l’Homme (cf. Mt 25,31-46). Il suffit de voir combien le discours ecclésial de l’amour du prochain et du respect inconditionnel de toute vie gagne en crédibilité dans les médias lorsqu’il est porté par des témoins qui le vivent, en actes et en vérité (Cf. 1 Jn 3,18) !

   Les paroles de l’Evangile augmentent en « gravité »19 lorsqu’elles sont proférées par quelqu’un qui offre son énergie et ses compétences pour les victimes du SIDA, du cancer ou de tsunamis, qui donne de son temps et de sa présence pour les prisonniers, les handicapés ou les dépressifs, qui se bat contre la corruption politique, les licenciements abusifs ou les violences faites aux femmes et aux enfants. Entre autres significations, la confirmation sert de rappel pour tous ceux qui en ont été marqués qu’ils sont appelés à traduire dans les faits le don de l’Esprit dont ils ont bénéficié, qu’ils sont devenus responsables de leur existence de baptisés et qu’ils ont été conformés au Christ - Oint du sceau de l’Esprit des Béatitudes. Omettre cette dimension reviendrait à rendre caduques toutes les autres.

1.6 Adaptation dans les deux sens

   C’est pour ces différentes raisons théologiques et pastorales que, d’entente avec l’équipe responsable de l’Unité Pastorale de la Part-Dieu de Bulle (Fribourg), le groupe accompagnateur de la confirmation a décidé depuis quelques années de développer davantage, durant la préparation au sacrement, les aspects de la relation à l’autre et de l’action sociale et communautaire, sans négliger pour autant le partage des connaissances bibliques et théologiques. Il rejoignait ainsi d’autres expériences en cours du même style, notamment en Valais - par exemple les Secteurs du Haut-Plateau et de Monthey qui ont mis sur pied au profit des adolescents une « école de vie en communauté », offrant une pluralité de services à assumer par les jeunes, au sein de laquelle s’inscrit la préparation rapprochée et spécifique de la confirmation, et qui fait suite à une « école de la prière » pour les petits (de 6 à 8 ans, après l’éveil à la foi (2 à 6 ans)) et une « école de la Parole » pour les enfants et préadolescents (de 8 à 11 ans). Par ce biais, l’équipe de la Gruyère20 souhaitait adapter le programme de cheminement sacramentel aux valeurs actuellement poursuivies par leurs jeunes destinataires, ou reconnues comme primordiales à leurs yeux, plutôt que de vouloir « faire entrer ces derniers » dans des idées d’adultes. Le Directoire Général pour la catéchèse ne nous invite-t-il pas explicitement à aller dans ce sens ?

« L’un des nœuds à délier concerne la différence de "langage" (mentalités, sensibilités, goûts, styles, vocabulaire, …) entre les jeunes et l’Eglise (catéchèse, catéchistes). C’est pourquoi l’accent est mis sur la nécessité d’"adapter la catéchèse aux jeunes" en sachant traduire dans leur langage "avec patience et sagesse, sans le trahir, le message de Jésus". »21

1.7 Plan de l’ouvrage - Démarche adoptée

   Dans la première partie de notre opuscule, nous partirons de constatations soulevées par notre pratique, renvoyant à autant de questions théologiques et pastorales (chapitre II). Nous énoncerons alors un certain nombre de convictions qui nous habitent et qui guident nos orientations pastorales (chapitre III).

   Dans la deuxième partie, nous commencerons par présenter les adolescents que nous rencontrons (âgés de 12 à 15 ans) et nous analyserons les motivations qui les poussent à demander le sacrement et à souhaiter donc s’y préparer (chapitre IV). Nous essaierons d’établir, à partir du texte source des Béatitudes (Mt 5,1-12) et de la visée de la morale évangélique, que les valeurs personnelles qui habitent les jeunes de notre temps correspondent amplement à l’exigeante invitation au bonheur que fait retentir la Bonne Nouvelle de l’Ecriture (chapitre V).

   Dans une troisième partie, nous dégagerons les options pastorales qui découlent des approches morales, sociologiques et psychologiques antécédentes (chapitre VI) : nous préciserons notamment en quoi consistent les « défis éthiques » qui sont proposés aux confirmands (chapitre VII). Nous présenterons alors de manière très concrète le contenu et les enjeux d’un certain nombre des « projets » qui sont soumis à leur choix (chapitre VIII).

   Enfin, nous esquisserons brièvement la configuration que revêt « l’après-confirmation » selon une telle perspective, avec entre autres le concept des « groupes Relais » qui fleurissent en Valais et s’insèrent dans une dynamique similaire (chapitre IX). Notre conclusion soulignera la part de responsabilité que porte chacun des acteurs des communautés chrétiennes pour faire advenir le Royaume et semer des étincelles de beauté au sein de notre univers brisé, en cultivant l’esprit de service et de respect d’autrui, sur ce chemin de bonheur que nous trace l’Esprit de Jésus-Christ (chapitre X).

Être confirmé : un chemin de bonheur,

Myriam Stocker et François-Xavier Amherdt,

coll. Perspectives pastorales,

Éditions Saint-Augustin, 2007, 205 pages,

prix € 20.00, CHF 38.00, isbn 978-2-88011-406-0.

 


 

Vous pourrez lire bientôt sur ce blog la conclusion de l'ouvrage.

Tenir un blog prend du temps

Walter Covens #Il est vivant !


    Selon un article, intitulé Blog d'un curé de campagne et paru dans le journal "La Croix", une trentaine de prêtres et de séminaristes en France tiennent un blog. J'appartiens donc à une race rare...


«Il est là tous les matins que le bon Dieu fait ; si par hasard j’ouvre l’église avec quelques minutes de retard, je le vois qui regarde la statue de la Vierge à travers la vitre. Il entre, se tient un moment dans le fond, puis s’avance et va poser son cierge. Il y en a, du monde qui passe, dans cette petite crypte… » Ce pourrait être un extrait du Journal d’un curé de campagne, de Bernanos.

Il s’agit en réalité du billet posté le 13 décembre 2005 par le P. Emmanuel Pic sur son blog. Comme ce curé de Dijon, une trentaine de prêtres et de séminaristes en France se sont lancés, ces deux dernières années, dans l’aventure du blog, ce journal de bord sur Internet.

Si la plupart sont jeunes – entre 30 et 50 ans –, on ne peut pourtant pas parler de « prêtre blogueur » type, tant les motifs qui les ont poussés à créer un blog sont variés. Prêtre dans un quartier difficile de Dijon, Emmanuel Pic, 48 ans, a publié son premier billet à l’automne 2005, en pleine crise des banlieues : pour « témoigner du mal-être des gens et donner de la crédibilité à la présence de l’Église aux Grésilles », explique-t-il.

Chaque soir, il rédige quelques lignes, dans lesquelles il joue sans complexe le jeu du « je ». Une façon aussi de se sentir parfois moins seul, reconnaît-il : « Ça me fait du bien d’écrire ce que j’ai vécu dans la journée. Quand je rentre chez moi, je n’ai personne à qui la raconter… »

L’image d’un prêtre plus proche, plus humain

Moins engagé, le blog de David Lerouge – intitulé « J’apprends à regarder » – se veut aussi un regard très personnel sur le monde qui l’entoure. Mais pour cela, ce jeune prêtre de Saint-Lô, passionné de photographie, utilise ses clichés. « Il ne s’agit pas d’étaler mon vécu sur la place publique, mais tout simplement de décrire ce que je vois, ce que je ressens, et peut-être de mettre en avant des choses plus intimes du prêtre, au-delà de l’image convenue qu’on peut en avoir… », raconte l’auteur de ce blog très apprécié de ses pairs.

Comme bien des blogueurs, les prêtres utilisent la « Toile » essentiellement comme album de photos, pour donner des nouvelles à leurs proches ou partager leurs centres d’intérêt.

Ces blogs donnent à l’internaute l’image d’un prêtre plus proche, plus humain, décomplexé, avec ses questions, ses doutes (« Je n’ai hélas – ou heureusement – pas réponse à toutes les questions que tu as posées sur ces sujets », écrit sur son blog Raphaël Bui, prêtre à Rodez), ses élans, ses coups de gueule ou tout simplement… ses difficultés à arrêter de fumer et ses tranches de vie cocasses.

Comme cette vidéo, digne de Rabbi Jacob, mise en ligne sur leur blog par trois carmes étudiants à Jérusalem, s’entraînant aux danses d’Israël. Ou encore cette promenade racontée par David Lerouge au jardin public, où il surprend deux jeunes de l’aumônerie en train de s’embrasser : « Et dans l’œil désespéré de mes interlocuteurs se lisait : “Merde, l’aumônier ! Pourvu qu’il n’en parle pas aux parents, tu vas voir qu’il va tout gâcher”… » Et le prêtre de conclure : « Sous le soleil fignolé par un Dieu désœuvré, l’aumônier errant est le fléau des rendez-vous de printemps. »

"Le moyen de les rejoindre autrement..."

D’autres rédacteurs de blog s’en servent avant tout comme nouvel outil d’évangélisation. Mathieu Lefrançois, 31 ans, prêtre à Angers, s’est inspiré des blogs des collégiens de son aumônerie.

« J’ai été étonné d’y voir à nu des choses qu’ils n’osaient pas dire à l’aumônerie. C’était le moyen de les rejoindre autrement, d’entrer dans leur univers, de dialoguer avec eux aussi à partir de ce que je suis. » Sur son blog, le P. Lefrançois met en ligne des homélies simplifiées et utilise le langage des ados qu’il rencontre, proposant entre autres une sélection de « zic chrétienne » (musique, pour les non initiés), de « blogs à mater » ou d’initiatives pour « faire la teuf à Pâques » (la fête) dans le langage jeune.

Coolus, alias le P. Jean-Baptiste Fady, 33 ans, de Toulouse, a voulu lui aussi « toucher les jeunes qui sont plus souvent devant leur ordinateur qu’à la messe ». Chaque semaine, ce prêtre dessinateur publie sur « le blog du lapin bleu – un blog du feu de Dieu » des planches de bande dessinée retraçant les aventures du lapin Cibar, qui illustrent l’évangile du dimanche. Alliant autodérision et humour décapant, ce blog, très orthodoxe malgré une appellation ambiguë, qui compte une soixantaine de visiteurs quotidiens, s’adresse « à ceux qui ont une idée toute faite de la religion », affirme son auteur.

"Chacun doit savoir les limites"

Phénomène encore méconnu, les blogs de prêtres restent peu fréquentés par les internautes, comme par les milieux les plus « connectés » dans l’Église. Au séminaire des Carmes, à Paris, vivier de séminaristes blogueurs, les responsables reconnaissent s’y être peu intéressés pour l’heure.

« Le blog comme carrefour de dialogue, d’échanges, sur ses centres d’intérêt, pourquoi pas ? Mais pas comme journal intime : ce n’est pas le rôle d’un évêque, ni d’un prêtre, que de s’y épancher », estime pour sa part Mgr Jean-Michel di Falco, évêque de Gap, dont le blog, rattaché au site de son diocèse, propose des homélies, des commentaires, des communiqués et des textes du Magistère.

« Tout dépend de ce qu’on en fait, chacun doit savoir les limites », précise-t-il. Première limite du genre à laquelle les prêtres blogueurs se confrontent rapidement : tenir un blog prend du temps. Ainsi l’évêque de Nice, Mgr Louis Sankalé, a-t-il fermé le sien en raison de son agenda déjà très chargé.


    Et dire que c'est lui (Mgr. Sankalé) qui m'a passé le microbe... C'est depuis le 22 avril de l'année dernière que je suis infesté (et que je vous infeste) quotidiennement, non pas sur un seul, mais sur trois fronts : Homélies à temps et à contretemps (vous y êtes), Marie éToile de l'évangélisation et son jumeau néerlandophone Maria, ster van de evangelisatie.

    "Tenir un blog prend du temps". En tenir trois, c'est des nuits courtes garanties, y compris pendant mon jour de repos hebomadaire. En plus, je n'ai pas eu de vacances l'année dernière. Vous voyez où je veux en venir. Je pars, je vais changer d'air, je vous abandonne ... jusqu'en septembre. Je parie que vous allez me manquer. Quant à vous, la porte des blogs est toujours ouverte. Prenez le temps de revisiter les anciens posts. Et comme supplément je vous sers une petite méditation ... sur les vacances. BONNE DÉGUSTATION !


Dieu est en vacances

Au Paradis, tous les saints s’affolent,
les demandes ne cessent d’affluer,
mais voilà, Dieu est parti en vacances
sans laisser ses coordonnées.
Où donc est-il allé cette année ?
Peut-être au même endroit que l’année passée …
Au camp, près du benjamin
qui n’a vu personne le jour de la visite des parents.
Chez l’enfant qui passe un mois chez papa, un mois
chez maman et pour qui toute joie des retrouvailles
contient un déchirement.
Au détour d’une rue à la rencontre des jeunes qui n’ont
pas d’autre horizon que la grisaille du quartier.
Au chevet du malade cloué à l’hôpital, de l’accidenté de
la route victime d’un vacancier pressé.
Visiter la personne âgée dont les enfants sont partis.
Encourager l’étudiant débordé par sa seconde session.
Dans les familles surendettées
qui n’ont pas le loisir de voyager.
Mais aussi dans le silence des retraites,
l’accompagnement des malades,
des pèlerinages, l’appel de la montagne, la découverte
de la nature, la pauvreté de chaque église dépeuplée,
les moments d’amitié partagée …
Voilà ! Si tu veux le rencontrer, tu sais où le trouver !

Ariane DOERAENE
LE MESSAGER de la Sainte Famille - N° 162 - 17.

EUCHARISTIE ET POLITIQUE: "Cohérence eucharistique"

Walter Covens #Il est vivant !

    Que ce soit en France ou en Belgique, nous sommes en période électorale.

    Pour la France, un blog publie une liste de députés sortants courageux qui n'ont pas transigé avec les valeurs non négociables surtout familiales, et une autre liste de députés sortants "dangereux".

    Toujours pour la France, un deuxième blog met en ligne la liste de TOUS les députés sortants avec une note (allant de 84 à 0 sur 100). À très peu de choses près, les résultats sont identiques.

    Reste à tenir compte des candidats qui ne sont pas "sortants".

    En Belgique il faut signaler l'existence, depuis cinq ans, d'un parti et d'un mouvement résolument chrétiens. Il s'agit du CDF pour les francophones, et de C'axent pour les néerlandophones.

    Au paragraphe 83 de son exhortation, notre Saint-Père écrit:

"Il est important de relever ce que les pères synodaux ont appelé cohérence eucharistique, à laquelle notre existence est objectivement appelée. En effet, le culte agréable à Dieu n'est jamais un acte purement privé, sans conséquence sur nos relations sociales: il requiert un témoignage public de notre foi. Évidemment, cela vaut pour tous les baptisés, mais s'impose avec une exigence particulière pour ceux qui, par la position sociale ou politique qu'ils occupent, doivent prendre des décisions concernant les valeurs fondamentales, comme le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d'éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes. Ces valeurs ne sont pas négociables. Par conséquent, les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale, doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement formée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine. Cela a, entre autres, un lien objectif avec l'Eucharistie (cf. 1 Co 11, 27-29). Les évêques sont tenus de rappeler constamment ces valeurs; cela fait partie de leur responsabilité à l'égard du troupeau qui leur est confié".

    Coïncidence ou  Providence ? Pour les catholiques, ces élections législatives en France et en Belgique coïncident avec la Fête-Dieu, solennité du Corps et du Sang du Segneur.  La politique étant "le champ de la plus vaste charité" (Pie XI) et l'Eucharistie le "sacrement de la charité" (Benoît XVI), que le rayonnement de ce sacrement pénètre dans le secret des urnes et de la conscience des électeurs et des élus de tout bord. Et que la liste des saints rois, hommes d'état et autres politiciens puisse s'allonger bientôt pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Vous avez dit: ABOLITION DE L'ESCLAVAGE ?

Walter Covens #Il est vivant !


10 mai, 22 mai, 27 mai: ces dernières semaines ont été l'occasion d'exercer le "devoir de mémoire" en France métropolitaine, à la Martinique et à la Guadeloupe. C'est à croire que l'esclavage appartient définitvement au passé. Non pas !


Chocolat amer

Dans son numéro d'avril dernier TEST-achats, la revue belge des consommateurs, publie un article intitulé: "Les esclaves du cacao". Il ne traite pas, comme on pourrait le penser, de ceux et de celles qui sont accros du péché dit "mignon"  du chocolat, mais des travailleurs forcés dans des plantations de cacao en Côte d'Ivoire.

Un journaliste de la télévision néerlandaise avait déjà dénoncé ce scandale voici deux ans, mais aujourd'hui il subsiste. D'après l'OIT (Organisation internationale du travail), il y a à ce jour 284.000 enfants-esclaves dans les plantations de cacao en Côte d'Ivoire !

Une marque hollandaise de chocolat ayant porté plainte contre le journaliste, deux ex-esclaves sont venus témoigner aux Pays-Bas, et les producteurs traditionnels ont bien été obligés d'admettre que leur chocolat est susceptible d'être mêlé au travail forcé, puisque la Côte d'Ivoire fournit à lui seul près de la moitié des fèves de cacao du monde et que l'origine de la matière première utilisée par les fabricants de chocolat n'est pas garantie.

Depuis, certaines marques prennent conscience peu à peu de leurs responsabilités et se mettent à l'équitable. En 2007 l'initiative Responsible cocoa farming de la Fondation mondiale du cacao a vu naître une première certification de producteurs.

Il reste aux consommateurs que nous sommes de les encourager. Consommé à la fois avec modération et équitablement, le chocolat peut favoriser le devoir de mémoire...


Voir aussi: INTERNATIONAL COOA INITIATIVE

Benoît XVI, Jésus de Nazareth: Ce que Jésus dit de lui-même

Walter Covens #Il est vivant !
Ce que Jésus dit de lui-même

Ce premier tome de "Jésus de Nazareth" s'achève sur une méditation des "titres" christologiques que les Évangiles ont mis dans la bouche de Jésus

    «Jetons un regard en arrière. Nous avons trouvé trois expressions dans lesquelles Jésus à la fois voile et dévoile son propre mystère : “Fils de l’homme”, “Fils”, “Je suis.” Ces trois expressions manifestent son profond enracinement dans la Parole de Dieu, la Bible d’Israël, l’Ancien Testament. Mais c’est en lui seulement que ces trois expressions prennent tout leur sens, comme si elles l’avaient pour ainsi dire attendu.

    Ces trois expressions révèlent l’originalité de Jésus, sa nouveauté, sa caractéristique exclusive, à laquelle il n’y a pas de dérivé ultérieur. Aussi ces trois expressions ne sont-elles possibles que dans sa bouche. Au centre, on trouve le mot de la prière, le mot “Fils”, auquel correspond le mot de l’interpellation Abba-Père. Aucune des trois expressions ne pouvait donc devenir, en l’état, un langage de profession de foi de la “communauté”, de l’Église naissante.

    L’Église naissante a placé le contenu de ces trois expressions centrées sur “le Fils” dans la locution “Fils de Dieu”, la détachant ainsi définitivement de ses origines mythologiques et politiques. Sur la base de la théologie de l’élection d’Israël elle acquiert maintenant une signification tout à fait nouvelle, qui avait été préfigurée dans les discours où Jésus parlait en tant que Fils et “Je suis”.

    Il a fallu bien des processus complexes et laborieux de distinction et de lutte pour clarifier complètement cette nouvelle signification et la préserver des interprétations mythologiques et polythéistes aussi bien que politiques. Pour ce faire, le premier concile de Nicée (325) a recouru à l’adjectif “consubstantiel” (homoousios). Loin d’helléniser la foi, de la charger du poids d’une philosophie qui lui serait étrangère, ce mot a justement retenu l’incomparable nouveauté, l’incomparable différence apparue dans les dialogues de Jésus avec son Père. Dans le symbole de Nicée, l’Église ne cesse d’affirmer ce que Pierre disait à Jésus : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant” (Mt 16, 16). »

(Source: La Croix)

Benoît XVI, Jésus de Nazareth: Jésus selon saint Jean

Walter Covens #Il est vivant !
Jésus selon saint Jean

Voici un troisième et avant-dernier extrait du livre de notre Saint-Père, à parâitre ce jeudi 24 mai dans sa traduction française. Le quatrième évangile fait l'objet d'une attention privilégiée de Joseph Ratzinger /Benoît XVI, qui y discerne un portrait spécifique du Christ

    «A travers ces passages, l’évangéliste nous fournit lui-même les indices déterminants quant à la composition de son évangile et quant à la vision dont il est issu. Il repose sur le souvenir du disciple qui est alors un “se souvenir ensemble” dans le “nous” communautaire de l’Église. Ce souvenir est une compréhension guidée par le Saint-Esprit.

    En se souvenant, le croyant entre dans la dimension profonde de ce qui est advenu et il voit ce qui tout d’abord n’était pas visible de l’extérieur. Mais par là, il ne s’éloigne pas de la réalité, il la comprend plus profondément et il voit ainsi la vérité qui se cache dans le fait. Dans le souvenir de l’Église, advient ce que le Seigneur avait prédit aux siens au Cénacle : “Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière” (Jn 16, 13).

    Ce que Jean dit dans son Évangile concernant le fait de se souvenir, qui devient compréhension et chemin vers “la vérité tout entière”, est très proche de ce que Luc rapporte à propos du souvenir de la mère de Jésus. En trois points du récit de l’enfance, Luc nous décrit le déroulement du “souvenir”. Tout d’abord dans le récit de l’Annonciation, par l’archange Gabriel, de la conception de Jésus, Luc nous dit que Marie fut très troublée par la salutation et qu’elle engagea un “dialogue” intérieur, se demandant ce que cela pouvait signifier.

    Les passages les plus importants se trouvent dans le récit sur l’adoration des bergers, où l’évangéliste nous dit : “Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur” (Lc 2, 19). À la fin du récit sur Jésus à l’âge de 12 ans, on lit encore : “Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements” (Lc 2, 51). La mémoire de Marie retient d’abord les événements dans le souvenir, mais elle est plus que cela. Elle est une fréquentation intérieure de l’événement. Ainsi, elle pénètre dans la dimension intérieure en voyant les choses dans leur contexte et en apprenant à les comprendre.

    C’est justement sur ce type de “souvenir” que repose l’Évangile de Jean qui approfondit plus encore la notion de mémoire en tant que mémoire du “nous” des disciples, mémoire de l’Église. Ce souvenir n’est pas seulement un processus psychologique ou intellectuel, c’est un événement pneumatique. Le souvenir de l’Église n’est justement pas quelque chose d’uniquement privé, il transcende la sphère de l’intelligence et du savoir humains. On est guidé par le Saint-Esprit qui nous montre le contexte de l’Écriture, le lien entre la Parole et la réalité, nous conduisant dans “la vérité tout entière”.

    Au fond, on trouve ici aussi des énoncés essentiels concernant la notion d’inspiration. L’Évangile provient de l’effort de remémoration humain et il présuppose la communauté de ceux qui se souviennent, dans ce cas très concrètement l’école johannique et auparavant la communauté des disciples. Mais comme l’auteur pense et écrit avec la mémoire de l’Église, le “nous” auquel il appartient est ouvert au-delà de l’individuel, il est, au plus profond, conduit par l’Esprit de Dieu qui est l’Esprit de Vérité. En ce sens, l’Évangile ouvre lui-même un chemin de compréhension, qui reste toujours lié à cette parole, mais qui peut et doit, de génération en génération, conduire toujours de nouveau dans les profondeurs de la vérité tout entière.

    Cela signifie que l’Évangile de Jean, en tant qu’“Évangile pneumatique”, ne fournit certainement pas une sorte de transcription sténographique des paroles et des activités de Jésus, mais que, en vertu de la compréhension née du souvenir, il nous accompagne, au-delà de l’aspect extérieur, jusque dans la profondeur des paroles et des événements, profondeur qui vient de Dieu et qui conduit vers Dieu. L’Évangile en tant que tel est une “remémoration” de ce genre, et cela signifie qu’il s’en tient à la réalité effective, et qu’il n’est pas une épopée sur Jésus, ni une violence faite aux événements historiques.

    Il nous montre plutôt réellement la personne de Jésus, comment il était et, précisément de cette manière, il nous montre Celui qui non seulement était, mais qui est ; Celui qui peut toujours dire au présent : “Je suis.” “Avant qu’Abraham ait existé, moi, JE SUIS” (Jn 8, 58). L’Évangile nous montre le vrai Jésus, et nous pouvons l’utiliser en toute confiance comme source sur Jésus. »

(Source: La Croix)

Benoît XVI, Jésus de Nazareth: "Ne nous soumets pas à la tentation"

Walter Covens #Il est vivant !
"Ne nous soumets pas à la tentation"

Suite des extraits de la traduction française du livre de Benoît XVI à paraître ce jeudi 24 mai.
Autre chapitre déterminant, celui où le pape commente le Notre Père, avec notamment l'avant-dernière demande de cette "prière du Seigneur"

L'image “http://www.rainews24.rai.it/ran24/immagini/papa_libro.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.



    «La formulation de cette demande semble choquante aux yeux de beaucoup de gens. Dieu ne nous soumet quand même pas à la tentation. Saint Jacques nous dit en effet : “Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : ‘Ma tentation vient de Dieu.’ Dieu en effet ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne” (Jc 1, 13).

    Nous pourrons avancer d’un pas si nous nous rappelons le mot de l’Évangile : “Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon” (Mt 4, 1). La tentation vient du diable, mais la mission messianique de Jésus exige qu’il surmonte les grandes tentations qui ont conduit et qui conduisent encore l’humanité loin de Dieu.

    Il doit, nous l’avons vu, faire lui-même l’expérience de ces tentations jusqu’à la mort sur la croix et ainsi ouvrir pour nous le chemin du salut. Ce n’est pas seulement après la mort, mais en elle et durant toute sa vie, qu’il doit d’une certaine façon “descendre aux enfers”, dans le lieu de nos tentations et de nos défaites, pour nous prendre par la main et nous tirer vers le haut.

    La Lettre aux Hébreux a particulièrement insisté sur cet aspect en y voyant une étape essentielle du chemin de Jésus : “Ayant souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l’épreuve” (He 2, 18). “En effet, le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché” (He 4, 15).

    Un regard sur le Livre de Job, où se dessine déjà à maints égards le mystère du Christ, peut nous aider à y voir plus clair. Satan se moque des hommes pour ainsi se moquer de Dieu. La créature que Dieu a faite à son image est une créature misérable. Tout ce qui semble bon en elle n’est que façade. En réalité, l’homme, c’est-à-dire chacun de nous, ne se soucie toujours que de son bien-être. Tel est le diagnostic de Satan que l’Apocalypse désigne comme “l’accusateur de nos frères”, “lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu” (Ap 12, 10). Blasphémer l’homme et la créature revient en dernière instance à blasphémer Dieu et à justifier le refus de lui.

    Satan se sert de Job, le juste, afin de prouver sa thèse : si on lui prend tout, il va rapidement laisser tomber aussi sa piété. Ainsi, Dieu laisse Satan libre de procéder à cette expérimentation, mais, certes, dans des limites bien définies. Dieu ne laisse pas tomber l’homme, mais il permet qu’il soit mis à l’épreuve. Très discrètement, implicitement, apparaît ici déjà le mystère de la satisfaction vicaire qui prendra toute son ampleur en Isaïe 53.

    Les souffrances de Job servent à la justification de l’homme. À travers sa foi éprouvée par les souffrances, il rétablit l’honneur de l’homme. Ainsi, les souffrances de Job sont par avance des souffrances en communion avec le Christ, qui rétablit notre honneur à tous devant Dieu et qui nous montre le chemin, nous permettant, dans l’obscurité la plus profonde, de ne pas perdre la foi en Dieu.

    Le Livre de Job peut aussi nous aider à distinguer entre mise à l’épreuve et tentation. Pour mûrir, pour passer vraiment de plus en plus d’une piété superficielle à une profonde union avec la volonté de Dieu, l’homme a besoin d’être mis à l’épreuve. Tout comme le jus du raisin doit fermenter pour devenir du bon vin, l’homme a besoin de purifications, de transformations, dangereuses pour lui, où il peut chuter, mais qui sont pourtant les chemins indispensables pour se rejoindre lui-même et pour rejoindre Dieu.

    L’amour est toujours un processus de purifications, de renoncements, de transformations douloureuses de nous-mêmes, et ainsi le chemin de la maturation. Si François Xavier a pu dire en prière à Dieu : “Je t’aime, non pas parce que tu as à donner le paradis ou l’enfer, mais simplement parce que tu es celui que tu es, mon Roi et mon Dieu”, il fallait certainement un long chemin de purifications intérieures pour arriver à cette ultime liberté – un chemin de maturation où la tentation et le danger de la chute guettaient – et pourtant un chemin nécessaire.

    Dès lors, nous pouvons interpréter la sixième demande du Notre Père de façon un peu plus concrète. Par elle, nous disons à Dieu : “Je sais que j’ai besoin d’épreuves, afin que ma nature se purifie. Si tu décides de me soumettre à ces épreuves, si – comme pour Job – tu laisses un peu d’espace au mal, alors je t’en prie, n’oublie pas que ma force est limitée. Ne me crois pas capable de trop de choses.

    Ne trace pas trop larges les limites dans lesquelles je peux être tenté, et sois proche de moi avec ta main protectrice, lorsque l’épreuve devient trop dure pour moi.” C’est dans ce sens que saint Cyprien a interprété la demande. Il dit : “Lorsque nous demandons ‘Ne nous soumets pas à la tentation’, nous exprimons notre conscience que l’ennemi ne peut rien contre nous, si Dieu ne l’a pas d’abord permis. Ainsi nous devons mettre entre les mains de Dieu nos craintes, nos espérances, nos résolutions, puisque le démon ne peut nous tenter qu’autant que Dieu lui en donne le pouvoir.”

    En prenant la mesure de la forme psychologique de la tentation, il développe deux raisons différentes pour lesquelles Dieu accorde un pouvoir limité au mal. Tout d’abord pour nous punir de nos fautes, pour tempérer notre orgueil, afin que nous redécouvrions la pauvreté de notre foi, de notre espérance et de notre amour, et pour nous empêcher de nous imaginer que nous pourrions être grands par nos propres moyens. Pensons au pharisien qui parlait à Dieu de ses propres œuvres et qui croyait pouvoir se passer de la grâce.

    Malheureusement, Cyprien ne développe pas plus longuement ce que signifie l’autre forme d’épreuve, la tentation que Dieu nous impose “ad gloriam”, pour sa gloire. Mais ne devrions-nous pas considérer ici que Dieu a imposé une charge particulièrement lourde de tentations aux personnes qui lui sont les plus proches, aux grands saints, à commencer par Antoine dans le désert jusqu’à Thérèse de Lisieux dans l’univers pieux de son carmel ?

    Ils se tiennent en quelque sorte dans l’imitation de Job, comme une apologie de l’homme qui est en même temps une défense de Dieu. Plus encore, ils se tiennent d’une façon toute spéciale dans la communion avec Jésus-Christ, qui a vécu nos tentations dans la souffrance. Ils sont appelés à surmonter, pour ainsi dire, dans leur corps, dans leur âme, les tentations d’une époque, de les porter pour nous, les âmes ordinaires, jusqu’au bout et de nous aider à aller vers celui qui a pris sur lui notre fardeau à tous.

    Lorsque nous disons la sixième demande du Notre Père, nous devons nous montrer prêts à prendre sur nous le fardeau de l’épreuve, qui est à la mesure de nos forces. D’autre part, nous demandons aussi que Dieu ne nous impose pas plus que nous ne pouvons supporter, qu’il ne nous laisse pas sortir de ses mains.

    Nous formulons cette demande dans la certitude confiante, pour laquelle saint Paul nous a dit : “Et Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de ce qui est possible pour vous. Mais, avec l’épreuve, il vous donnera le moyen d’en sortir et la possibilité de la supporter” (1 Co 10, 13). »

(Source: La Croix)

Benoît XVI, Jésus de Nazareth - "Heureux les pauvres"

Walter Covens #Il est vivant !
"Heureux les pauvres"

Un important chapitre du livre de Benoît XVI1 et qui parâit en France jeudi 24 mai 2007 est consacré au "Sermon sur la montagne", et particulièrement aux Béatitudes annoncées dans ce cadre par Jésus. Premier extrait :

L'image “http://www.rainews24.rai.it/ran24/immagini/papa_libro.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.


    «Voyons maintenant de plus près les différents maillons de la chaîne des Béatitudes. Il y a tout d’abord l’expression énigmatique sur laquelle on s’est tant interrogé : “les pauvres de cœur”. (…)

    Un grand nombre de psaumes expriment la piété des pauvres, qui s’est approfondie ; ils se reconnaissent comme le véritable Israël. Dans la piété que manifestent ces psaumes, dans leur profond attachement à la bonté de Dieu, dans la bonté et l’humilité humaines qui ont ainsi été forgés, dans l’attente vigilante de l’amour salvifique de Dieu, s’est développée l’ouverture du cœur qui a ouvert toutes grandes les portes au Christ.

    Marie et Joseph, Syméon et Anne, Zacharie et Élisabeth, les bergers de Bethléem, les Douze que le Seigneur a appelés pour constituer le premier cercle des disciples, tous appartiennent à des milieux qui se distinguent des pharisiens et des sadducéens, mais aussi de la communauté de Qumrân, malgré une certaine proximité spirituelle. C’est en eux que commence le Nouveau Testament, qui se sait en union totale avec la foi d’Israël qui mûrit en vue d’une pureté toujours plus grande.

    Ce sont eux aussi qui ont mûri en silence cette attitude devant Dieu que Paul développera dans sa théologie de la justification. Devant Dieu, ces hommes ne se glorifient pas de leurs actes. Devant Dieu, ils ne prétendent pas être une sorte de partenaire commercial égal en droits, qui exige d’être rétribué à hauteur de ses actes. Ces hommes savent qu’intérieurement aussi, ils sont pauvres, qu’ils aiment tout en recevant simplement ce que Dieu leur donne, et c’est précisément en cela qu’ils vivent en accord intime avec l’Être et la Parole de Dieu.

    Quand sainte Thérèse de Lisieux disait qu’un jour elle paraîtrait devant Dieu les mains vides et qu’elle les lui tendrait ouvertes, elle décrivait l’esprit de ces pauvres de Dieu : ils arrivent les mains vides, ces mains-là n’agrippent pas, ne retiennent pas, elles s’ouvrent et donnent, prêtes à s’abandonner à la bonté de Dieu qui donne.

    Dans ces conditions, il n’y a pas d’opposition entre Matthieu qui parle des pauvres de cœur et Luc chez qui le Seigneur s’adresse simplement aux “pauvres”. On a dit qu’à l’origine Luc entendait la pauvreté au sens tout à fait matériel et concret tandis que Matthieu avait spiritualisé ce concept, le dépouillant ainsi de son caractère radical.

    Quiconque lit l’Évangile de Luc sait parfaitement qu’il nous présente bien les “pauvres de cœur”, en quelque sorte le groupe sociologique qui a constitué le point de départ de l’itinéraire terrestre et du message de Jésus. Et il est clair, à l’inverse, que Matthieu se situe encore dans la tradition de la piété des psaumes et donc dans la vision du véritable Israël dont les psaumes étaient l’expression.

    La pauvreté dont il est question ici n’est jamais d’ordre strictement matériel. La pauvreté purement matérielle ne sauve pas, même s’il est certain que les défavorisés de ce monde peuvent tout particulièrement compter sur la bonté divine. Mais le cœur de ceux qui ne possèdent rien peut être endurci, vicié, mauvais, intérieurement possédé par l’envie de posséder, oublieux de Dieu et avide de s’approprier le bien d’autrui.

    D’autre part, la pauvreté dont il est question n’est pas non plus une attitude purement spirituelle. Certes, l’attitude radicale qui nous a été et qui nous est encore donnée en exemple dans la vie de tant de chrétiens authentiques, depuis Antoine, le père des moines, jusqu’à François d’Assise et les pauvres exemplaires de notre siècle, n’est pas une mission assignée à tous.

    Mais pour être la communauté des pauvres de Jésus, l’Église a sans cesse besoin des grandes figures du renoncement ; elle a besoin des communautés qui les suivent, qui vivent la pauvreté et la simplicité, et qui nous montrent par là la vérité des Béatitudes, afin de tous nous secouer et nous réveiller, pour comprendre que posséder des biens, c’est simplement servir, pour s’opposer à la culture de l’avoir par une culture de la liberté intérieure, et pour créer ainsi les conditions de la justice sociale.

    Le Sermon sur la montagne en tant que tel n’est pas, il est vrai, un programme social. Mais la justice sociale ne peut croître que là où la grande orientation qu’il nous donne reste vive dans nos convictions et dans notre façon d’agir, là où la foi procure la force de se déposséder soi-même et de se sentir responsable de son prochain comme de la société.

    Et l’Église tout entière doit rester consciente du fait qu’elle doit être reconnaissable aux yeux de tous comme la communauté des pauvres de Dieu. Tout comme l’Ancien Testament s’est ouvert au renouveau apporté par la Nouvelle Alliance à partir des pauvres de Dieu, tout renouveau de l’Église ne peut venir que de ceux chez qui sont vivantes une humilité résolue et une bonté toujours prête à servir autrui. »


(1) Jésus de Nazareth, de Joseph Ratzinger/Benoît XVI. T. 1 : Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration. Édition française sous la direction de Mgr François Duthel. Traduit de l’allemand par Dieter Hornig, Marie-Ange Roy et Dominique Tassel. Flammarion, 428 p., 22,50 €.

Le "Jésus" de Benoît XVI

Walter Covens #Il est vivant !
Le "Jésus" de Benoît XVI,
présenté par le cardinal Martini et Mgr Doré
Extraits sur ce blog en avant-première

L'image “http://www.rainews24.rai.it/ran24/immagini/papa_libro.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

À l’initiative de la librairie La Procure, l’ouvrage de Joseph Ratzinger/Benoît XVI fera l’objet d’une présentation exceptionnelle à Paris, au palais de l’Unesco le mercredi 23 mai (à 10 h 45), veille de la sortie du livre en France.

Ce Jésus de Nazareth sera présenté et commenté par le cardinal Carlo Maria Martini, jésuite et exégète, archevêque émérite de Milan, et par Mgr Joseph Doré, sulpicien et théologien, archevêque émérite de Strasbourg.

Cette table ronde sera animée par Michel Kubler, rédacteur en chef religieux de La Croix – ce journal étant partenaire, de même que la chaîne catholique de télévision KTO, de cet événement placé sous le haut patronage de la Conférence des évêques de France et de Mgr Fortunato Baldelli, nonce apostolique à Paris.

Maison de l’Unesco (Salle XII), 7, place Fontenoy, 75007 Paris. Inscription préalable obligatoire (jusqu’au mardi 22 mai à 14 heures, dans la limite des places disponibles.

(Source: La Croix)

En avant-première, je publierai sur ce blog ces prochains jours des extraits significatifs de ce livre qui, sans aucun doute, fera date dans l'histoire de la théologie, tout en étant accessible à un très large public, même aux jeunes. Vos commentaires sont les bienvenus ...

Bonne lecture ! Et vive Jésus ! Vive Benoît XVI ! Vive la Sainte Église catholique !

Lire aussi :

Catéchisme de l'Église Catholique, La formation des Évangiles

Dei Verbum, Caractère historique des Évangiles

UN ÉVANGILE FIABLE POUR UNE CATÉCHÈSE SOLIDE (Lc 1, 1-4; 4, 14-21)

Père René Laurentin, Un personnage hors série

Père René Laurentin, Au-delà des squelettes et caricatures de Jésus

Père René Laurentin, Une réhabilitation s'impose

Père René Laurentin, Comment se débarrasser de Jésus ?



RENVERSER LA VAPEUR

Walter Covens #Il est vivant !
Alea iacta est. Les dés sont jetés. Les jeux sont faits. Ou à peu près. À l'heure où j'écris ce billet, les derniers bureaux de vote ouverts fermeront leurs portes dans trois heures. Mais quel que soit le résultat, quel que soit le gagnant (ou la gagnante), son programme n'obéit pas au "commandement nouveau" que nous a donné Jésus et qui nous est rappelé dans l'évangile de la liturgie de ce dimanche.

Ce sont les Français et les Françaises qui en ont décidé ainsi. Je ne dis pas que ne fût-ce qu'un seul des douze présents au premier tour correspondait à ce critére. Ce que je veux dire, c'est que, même s'ils ne sont pas très nombreux, il y a des hommes et des femmes de conviction et de foi qui ont le ferme et sincère désir de mettre en oeuvre une politique compatible avec la Personne et l'enseignement du Roi de l'Univers, mais qui ont renoncé à se présenter par réalisme, sachant qu'ils/elles ne franchiraient pas le premier tour, tout en risquant de favoriser, par le morcellement des votes, l'élection du candidat (de la candidate) au programme qui s'en éloigne le plus.

Je pense surtout à Mme Christine Boutin, fondatrice du Forum des Républicains Sociaux (FRS), et qui a choisi de soutenir Nicolas Sarkozy dès le début de la campagne présidentielle, alors qu'elle s'était présentée elle-même comme candidate aux élections d'il y a cinq ans. Elle vient d'être confirmée par Benoît XVI comme consulteur pour la famille auprès du Vatican.

Ce que je veux dire, c'est aussi que si une Christine Boutin a été acculée à prendre une telle décision, c'est parce que, décidément, les chrétiens de France ne voient pas (encore?) la relation entre la foi de leur baptême et leur comportement électoral. Ils ont choisi Jésus comme Roi (puisqu'ils ont été baptisés, et qu'ils viennent de renouveler solennellement les promesses de leur baptême durant la veillée pascale). Mais ils sont nombreux à faire partie de la majorité favorable à l'avortement, et ils portent au deuxième tour, voire à la présidence (?), une candidate favorable à l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels et à l'euthanasie dite active (sous conditions).

Une fatalité? Voire... Aux États-Unis, les chrétiens, sous la houlette notamment d'un certain nombre d'évêques, s'activent depuis 1975 pour renverser la tendance mortifère d'une opinion publique pourtant plus ultralibérale encore qu'en Europe. Chaque paroisse catholique y a été invitée à mettre en place un comité provie, en lien avec un comité diocésain. Des évêques ont multiplié les prises de position, en admonestant publiquement des hommes politiques se donnant pour catholiques tout en étant provavortement. Ils n'ont pas peur de leur refuser la communion, conformément aux directives romaines (*) et d'interdire leurs diocésains de voter pour eux.

Résultat: les questions éthiques font partie des thèmes incontournables dans les débats électoraux aux États-Unis, alors qu'en France, on n'en souffle mot, comme nous avons encore pu le constater lors du débat très médiatisé de mercredi dernier.

Pour plus de précisions je vous renvoie au livre que vient de publier Thierry Boutet: L'engagement des chrétiens en politique, Édtions Privat 2007, p. 153-156: le chapitre intitulé

L'expérience américaine

.

* "Les politiciens qui favorisent l'avortement ne doivent pas communier et le prêtre doit leur refuser la communion." (Cardinal Francis Arinze, prfet de la Congrégation pour le culte divin, Zénit, 23 avril 2004).

NDLR: j'ai vérifié cette référence, mais je n'ai pas trouvé. Par contre, voyez le Cardinal Ratzinger, Mémorandum aux évêques américains à l'occasion des élections de 2004.

Afficher plus d'articles

<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 > >>
RSS Contact