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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

il est vivant !

Allocution de Benoît XVI aux cardinaux lors de son 4e consistoire

dominicanus #Il est vivant !

 

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« Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam ».

Vénérés Frères,
Chers Frères et Sœurs,

C’est en ces termes que le chant d’entrée nous a introduits dans le rite solennel et suggestif du Consistoire ordinaire public pour la création des nouveaux Cardinaux, l’imposition de la barrette, la remise de l’anneau et l’attribution du titre. C’est par ces paroles efficaces que Jésus a constitué Pierre comme fondement solide de l’Église. De ce fondement, la foi représente le facteur qualificatif : en effet, Simon devient Pierre – roc – car il a professé sa foi en Jésus Messie et Fils de Dieu. En annonçant le Christ, l’Église est liée à Pierre et Pierre est établi dans l’Église comme roc ; cependant celui qui édifie l’Église, c’est le Christ lui-même, Pierre doit être un élément particulier de la construction. Il doit l’être à travers sa fidélité à la confession faite à Césarée de Philippe, en vertu de l’affirmation : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

Les paroles que Jésus adresse à Pierre mettent bien en évidence le caractère ecclésial de l’événement d’aujourd’hui. Les nouveaux Cardinaux, en effet, par l’attribution du titre d’une église de cette ville ou d’un diocèse suburbicaire, sont insérés à tous les effets dans l’Église de Rome, guidée par le Successeur de Pierre, pour coopérer étroitement avec lui au gouvernement de l’Église universelle. Ces chers confrères qui dans quelques instants feront partie du Collège cardinalice, s’uniront par des liens nouveaux et plus forts non seulement au Pontife Romain, mais aussi à la communauté des fidèles tout entière, disséminée dans le monde entier. En accomplissent leur service propre comme soutien au ministère pétrinien, les nouveaux cardinaux seront en effet appelés à considérer et à apprécier les situations, les problèmes et les critères pastoraux qui touchent la mission de toute l’Église. Dans cette tâche délicate, le témoignage de foi donné à travers sa vie et sa mort par le Prince des Apôtres, qui, par amour du Christ, s’est donné totalement lui-même jusqu’au sacrifice ultime, sera pour eux un exemple et une aide.

C’est en ce sens qu’il faut comprendre aussi l’imposition de la barrette rouge. Aux nouveaux Cardinaux est confiée le service de l’amour : amour pour Dieu, amour pour son Église, amour pour le prochain avec un dévouement absolu et sans condition, jusqu’à l’effusion du sang, si nécessaire, comme le dit la formule de l’imposition de la barrette et comme l’indique la couleur rouge des habits revêtus. En outre, il leur est demandé de servir l’Église avec amour et vigueur, avec la clarté et la sagesse des maîtres, avec l’énergie et la force morale des pasteurs, avec la fidélité et le courage des martyrs. Il s’agit d’être d’éminents serviteurs de l’Église qui trouve en Pierre le fondement visible de l’unité.

Dans le passage de l’Évangile proclamé il y a quelques minutes, Jésus se présente comme serviteur, s’offrant comme modèle à imiter et à suivre. Sur le fond de la troisième annonce de la passion, mort et résurrection du Fils de l’homme, se détache avec un contraste criant la scène des deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, qui poursuivent encore des rêves de gloire auprès de Jésus. Ils lui demandèrent : « Accorde-nous […] de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire. » (Mc 10, 37). La réponse de Jésus est immédiate et sa question inattendue : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » (v. 38). L’allusion est très claire : le calice est celui de la passion, que Jésus accepte pour réaliser la volonté du Père. Le service de Dieu et des frères, le don de soi : c’est là la logique que la foi authentique imprime et développe dans notre vécu quotidien et qui, par contre, n’est pas le style mondain du pouvoir et de la gloire.

Par leur requête, Jacques et Jean montrent qu’ils ne comprennent pas la logique de vie dont Jésus témoigne, logique, qui – selon le Maître – doit caractériser le disciple, dans son esprit et dans ses actes. Cette logique erronée n’habite pas seulement les deux fils de Zébédée car, selon l’évangéliste, elle contamine aussi « les dix autres » apôtres qui « se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean » (v. 41). Ils s’indignent parce qu’il n’est pas facile d’entrer dans la logique de l’Évangile et de laisser celle du pouvoir et de la gloire. Saint Jean Chrysostome affirme que tous les apôtres étaient encore imparfaits, aussi bien les deux qui veulent s’élever au-dessus des dix, que les autres qui sont jaloux d’eux (cf. Commentaire sur Matthieu, 65, 4 : PG 58). Et, en commentant les passages parallèles dans l’Évangile selon Luc, saint Cyrille d’Alexandrie ajoute : « Les disciples étaient tombés dans la faiblesse humaine et discutaient entre eux sur qui était le chef et supérieur aux autres […]. Cela est arrivé et nous a été raconté à notre profit […]. Ce qui est arrivé aux saints Apôtres peut nous servir d’encouragement à l’humilité » (Commentaire sur Luc, 12, 5, 24 : PG 72, 912). Cet épisode permet à Jésus de s’adresser à tous les disciples et de « les appeler à lui », presque pour les serrer contre lui, pour former comme un corps unique et indivisible avec Lui et indiquer quelle est la voie pour parvenir à la vraie gloire, celle de Dieu : « Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous. » (Mc 10, 42-44).

Domination et service, égoïsme et altruisme, possession et don, intérêt et gratuité : ces logiques profondément opposées se confrontent à toute époque et en tout lieu. Il n’y a aucun doute sur la voie choisie par Jésus : il ne se limite pas à l’indiquer par ses paroles aux disciples de l’époque et d’aujourd’hui, il la vit aussi dans sa propre chair. Il explique en effet : « Aussi bien, le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (v. 45). Ces paroles éclairent d’une intensité particulière le Consistoire public d’aujourd’hui. Elles résonnent au plus profond de l’âme et sont une invitation et un appel, une consigne et un encouragement spécialement pour vous, chers et vénérés Frères, qui allez devenir membres du Collège cardinalice.

Selon la tradition biblique, le Fils de l’homme est celui qui reçoit le pouvoir et la souveraineté de Dieu (cf. Dn 7, 13s). Jésus interprète sa mission sur la terre en superposant à la figure du Fils de l’homme celle du Serviteur souffrant, décrit par Isaïe (cf. Is 53, 1-12). Il reçoit le pouvoir et la gloire uniquement en tant que « serviteur » ; mais il est serviteur dans la mesure où il prend sur lui le destin de souffrance et de péché de toute l’humanité. Son service s’accomplit dans la totale fidélité et dans la pleine responsabilité envers les hommes. C’est pourquoi la libre acceptation de sa mort violente devient le prix de la libération pour la multitude, devient le commencement et le fondement de la rédemption de chaque homme et du genre humain tout entier.

Chers Frères qui allez être devenir membres du Collège cardinalice ! Que le don total de soi, offert par le Christ sur la croix, soit pour vous la norme, le stimulant et la force d’une foi qui opère dans la charité. Que votre mission dans l’Église et dans le monde soit toujours et uniquement « dans le Christ », qu’elle réponde à sa logique et non à celle du monde, qu’elle soit éclairée par la foi et animée par la charité qui nous viennent de la Croix glorieuse du Seigneur. Sur l’anneau que je vais vous remettre dans quelques instants, sont représentés les saints Pierre et Paul, avec au centre une étoile qui évoque la Vierge Marie. En portant cet anneau, vous êtes appelés chaque jour à vous souvenir du témoignage que les deux Apôtres ont donné au Christ jusqu’à la mort par le martyre, ici, à Rome, fécondant ainsi l’Église de leur sang. Tandis que le rappel de la Vierge Marie sera toujours pour vous une invitation à suivre celle qui fut solide dans sa foi et humble servante du Seigneur.

En concluant cette brève réflexion, je voudrais adresser mon cordial salut et mes remerciements à vous tous qui êtes présents, en particulier aux Délégations officielles des différents pays et aux représentants de nombreux diocèses. Dans leur service, les nouveaux Cardinaux sont appelés à rester toujours fidèles au Christ, en se laissant guider uniquement par son Évangile. Chers frères et sœurs, priez pour qu’en eux puisse se refléter sur le vif notre unique Pasteur et Maître, le Seigneur Jésus, source de toute sagesse, qui indique la route à tous. Priez aussi pour moi, afin que je puisse toujours offrir au Peuple de Dieu le témoignage de la doctrine sûre et tenir avec une humble fermeté la barre de la sainte Église.

MESSAGE DU SAINT-PÈRE POUR LA XLIXe JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS 29 AVRIL 2012 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES

dominicanus #Il est vivant !

 

 

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Les vocations, don de l’Amour de Dieu

 

Chers frères et sœurs,

La 49ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, qui sera célébrée le 29 avril 2012, quatrième dimanche de Pâques, nous invite à réfléchir sur le thème : Les vocations, don de l’Amour de Dieu.

La source de tout don parfait est Dieu Amour – Deus caritas est – : « celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jn 4, 16). L’Écriture Sainte raconte l’histoire de ce lien originel entre Dieu et l’humanité, qui précède la création elle-même. Saint Paul, écrivant aux chrétiens de la ville d’Éphèse, fait monter un hymne de reconnaissance et de louange au Père, Lui qui, avec une infinie bienveillance, met en œuvre, au cours des siècles, son dessein universel de salut, qui est un dessein d’amour. Dans son Fils Jésus – affirme l’Apôtre – Il « nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables, sous son regard » (Ep 1, 4). Nous sommes aimés par Dieu “avant” même de venir à l’existence ! Mû exclusivement par son amour inconditionnel, Il nous a “créés de rien” (cf. 2M 7, 28) pour nous conduire à la pleine communion avec Lui.

Saisi d’émerveillement devant l’œuvre de la Providence divine, le psalmiste s’exclame : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, pour que tu en prennes souci ? » (Ps 8, 4-5). La vérité profonde de notre existence est ainsi contenue dans cet étonnant mystère: chaque créature, en particulier chaque personne humaine, est fruit d’une pensée et d’un acte de l’amour de Dieu, amour immense, fidèle, éternel (cf. Jr 31, 3). Découvrir cette réalité change véritablement notre vie en profondeur. Dans une page célèbre des Confessions, saint Augustin exprime avec une grande intensité sa découverte de Dieu, suprême beauté et suprême amour, un Dieu qui lui avait été toujours proche, auquel il ouvrait enfin son esprit et son cœur pour être transformé : « Bien tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t'ai aimée! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors. C’est là que je te cherchais. Tout disgracieux, je me ruais sur tes gracieuses créatures. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. Loin de toi, elles me retenaient, elles qui ne seraient, si elles n’étaient en toi. Tu m’appelas, crias, rompis ma surdité. Tu brillas, et ta splendeur a ôté ma cécité ; tu répandis ton parfum, je respirai, je soupirai, je t’ai goûté, et j’eus faim et soif; tu m’as touché, et je brûlai du désir de ta paix » (X, 27.38). Par ces images, le saint Évêque d’Hippone cherche à décrire le mystère ineffable de la rencontre avec Dieu, avec son amour qui transforme toute l’existence.

Il s’agit d’un amour sans réserve qui nous précède, nous soutient et nous appelle tout au long du chemin de la vie et qui s’enracine dans l’absolue gratuité de Dieu. Se référant en particulier au ministère sacerdotal, mon prédécesseur, le Bienheureux Jean-Paul II, affirmait que « tout acte ministériel, en même temps qu'il conduit à aimer et à servir l'Église, pousse à mûrir toujours davantage dans l'amour et dans le service du Christ Tête, Pasteur et Époux de l'Église ; cet amour se présente toujours comme une réponse à l'amour prévenant, libre et gratuit de Dieu dans le Christ » (Exhort. apost. Pastores dabo vobis, 25). Chaque vocation particulière naît, en effet, de l’initiative de Dieu, est don de l’amour de Dieu ! C’est Lui qui fait le “premier pas”, non à cause d’une particulière bonté rencontrée chez nous, mais grâce à la présence de son amour « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5).

En tout temps, à la source de l’appel divin, il y a l’initiative de l’amour infini de Dieu, qui se manifeste pleinement en Jésus Christ. Comme je l’ai écrit dans ma première Encyclique Deus caritas est : « En fait, Dieu se rend visible de multiples manières. Dans l’histoire d’amour que la Bible nous raconte, Il vient à notre rencontre, Il cherche à nous conquérir – jusqu’à la dernière Cène, jusqu’au Cœur transpercé sur la croix, jusqu’aux apparitions du Ressuscité et aux grandes œuvres par lesquelles, à travers l’action des Apôtres, Il a guidé le chemin de l’Église naissante. Et de même, par la suite, dans l’histoire de l’Église, le Seigneur n’a jamais été absent : il vient toujours de nouveau à notre rencontre – par des hommes à travers lesquels il transparaît, ainsi que par sa Parole, dans les Sacrements, spécialement dans l’Eucharistie » (n. 17).

L’amour de Dieu demeure pour toujours, il est fidèle à lui-même, à la « parole édictée pour mille générations » (Ps 105 [104], 8). Il faut donc ré-annoncer, spécialement aux nouvelles générations, la beauté attrayante de cet amour divin, qui précède et accompagne : c’est lui le ressort secret, la motivation qui ne fait jamais défaut, même dans les situations les plus difficiles.

Chers frères et sœurs, c’est à cet amour que nous devons ouvrir notre vie, et c’est à la perfection de l’amour du Père (cf. Mt 5, 48) que Jésus Christ nous appelle chaque jour ! Le haut degré de la vie chrétienne consiste en effet à aimer “comme” Dieu ; il s’agit d’un amour qui se manifeste dans le don total de soi, fidèle et fécond. A la prieure du monastère de Ségovie, peinée par la situation dramatique de la suspension dont il était l’objet au cours de ces années, saint Jean de la Croix répond en l’invitant à agir selon le dessein de Dieu : « Ne pensez à rien d’autre, sinon que tout est disposé par Dieu; et là où il n’y a pas d’amour, mettez l’amour et vous récolterez l’amour » (Lettre, 26).

C’est sur ce terrain d’oblation ouverte à l’amour de Dieu et fruit de cet amour, que naissent et grandissent toutes les vocations. Et c’est en puisant à cette source dans la prière, avec une fréquentation assidue de la Parole et des Sacrements, particulièrement l’Eucharistie, qu’il est possible de vivre l’amour envers le prochain dans lequel on apprend à découvrir le visage du Christ Seigneur (cf. Mt 25, 31-46). Pour exprimer le lien inséparable qui relie ces “deux amours”– l’amour envers Dieu et celui envers le prochain – jaillissant de la même source divine et orientés vers elle, le Pape saint Grégoire le Grand recourt à l’exemple de la jeune pousse : « Dans le terrain de notre cœur, [Dieu] a d’abord planté la racine de l’amour envers Lui, et puis, comme une frondaison, s’est développé l’amour fraternel » (Moralium Libri, sive expositio in Librum B. Job, Lib. VII, cap. 24, 28; PL 75, 780D).

Ces deux expressions de l’unique amour divin, doivent être vécues avec une particulière intensité et pureté de cœur par ceux qui ont décidé d’entreprendre un chemin de discernement vocationnel vers le ministère sacerdotal et la vie consacrée ; elles en constituent l’élément caractéristique. En effet, l’amour pour Dieu, dont les prêtres et les religieux deviennent des images visibles – même si elles sont toujours imparfaites – est la motivation de la réponse à l’appel à une consécration spéciale au Seigneur par l’Ordination presbytérale ou la profession des conseils évangéliques. La vigueur de la réponse de saint Pierre au Divin Maître : « Je t’aime, tu le sais » (Jn 21,15), est le secret d’une existence donnée et vécue en plénitude, et par là comblée d’une joie profonde.

L’autre expression concrète de l’amour, celui envers le prochain, surtout envers les plus nécessiteux et les plus souffrants, est le meilleur ressort qui fait du prêtre et de la personne consacrée, un artisan de communion entre les gens et un semeur d’espérance. Le rapport des consacrés, spécialement du prêtre, à la communauté chrétienne est vital et devient aussi une part fondamentale de leur horizon affectif. A ce sujet, le saint Curé d’Ars aimait répéter : « Le prêtre n’est pas prêtre pour lui. […] il l’est pour vous » (Le Curé d’Ars. Sa pensée – Son cœur, Foi Vivante, 1966, p. 100).

Chers frères dans l’épiscopat, chers prêtres, diacres, consacrés et consacrées, catéchistes, agents pastoraux, et vous tous qui êtes engagés dans le domaine de l’éducation des nouvelles générations, je vous exhorte avec une vive sollicitude à vous mettre à l’écoute attentive de tous ceux qui à l’intérieur des communautés paroissiales, des associations et des mouvements perçoivent les signes d’un appel au sacerdoce ou à une consécration particulière. Il est important que dans l’Église se créent les conditions favorables afin que puissent éclore beaucoup de ‘oui’, comme autant de réponses généreuses à l’appel d’amour de Dieu.

Ce sera la tâche de la pastorale des vocations d’offrir des lignes directrices pour un cheminement fructueux. Un élément central sera l’amour pour la Parole de Dieu, en cultivant une familiarité croissante avec l’Écriture Sainte, et une prière personnelle et communautaire attentive et constante, de manière à être capable d’entendre l’appel divin au milieu de tant de voix qui remplissent la vie quotidienne. Mais par-dessus tout que l’Eucharistie soit le “centre vital” de tout cheminement vocationnel: c’est là que l’amour de Dieu nous rejoint dans le sacrifice du Christ, expression parfaite de l’amour, c’est là que nous apprenons toujours plus à vivre selon le “haut degré” de l’amour de Dieu. Parole, prière et Eucharistie constituent le trésor précieux qui fait comprendre la beauté d’une vie totalement consacrée au Royaume de Dieu.

Je souhaite que les Églises locales, dans leurs différentes composantes, deviennent les “lieux” d’un discernement attentif et d’une vérification approfondie des vocations, offrant aux jeunes gens et aux jeunes filles un sage et solide accompagnement spirituel. De cette manière la communauté chrétienne devient elle-même manifestation de l’Amour de Dieu qui prend soin de tout appel. Une telle dynamique, qui répond aux exigences du commandement nouveau de Jésus, peut trouver une réalisation éloquente et singulière dans les familles chrétiennes, dont l’amour est l’expression de l’amour du Christ qui s’est donné lui-même pour son Église (cf. Ep5, 32). Dans les familles, «communautés de vie et d’amour » (Gaudium et spes, 48), les nouvelles générations peuvent faire une admirable expérience de cet amour oblatif. En effet, elles sont non seulement le lieu privilégié de la formation humaine et chrétienne, mais elles peuvent représenter « le premier et le meilleur séminaire de la vocation à une vie consacrée au Royaume de Dieu » (Exhort. Apost. Familiaris consortio, 53), en faisant redécouvrir, justement à l’intérieur de la famille, la beauté et l’importance du sacerdoce et de la vie consacrée. Que les pasteurs et tous les fidèles laïcs sachent toujours collaborer afin que se multiplient dans l’Église ces « foyers et écoles de communion » sur le modèle de la Sainte Famille de Nazareth, reflet harmonieux, sur la terre, de la vie de la Sainte Trinité.

Avec ces souhaits, j’accorde de tout cœur la Bénédiction Apostolique à vous, Vénérables Frères dans l’épiscopat, aux prêtres, aux diacres, aux religieux, aux religieuses et à tous les fidèles laïcs, en particulier aux jeunes gens et jeunes filles qui se mettent avec un cœur docile à l’écoute de la voix de Dieu, prêts à l’accueillir avec une adhésion généreuse et fidèle.

Du Vatican, le 18 octobre 2011

 

BENOÎT XVI

 

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI À L'OCCASION DE LA XXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE (11 FÉVRIER 2012)

dominicanus #Il est vivant !

 

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« Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé » (Lc 17,19)

 

Chers frères et sœurs,

À l’occasion de la Journée Mondiale du Malade, que nous célébrerons le 11 février 2012 prochain, mémoire de Notre-Dame de Lourdes, je souhaite renouveler ma proximité spirituelle à tous les malades qui se trouvent dans des lieux de soins ou sont pris en charge par leurs familles, exprimant à chacun la sollicitude et l’affection de toute l’Église. Dans l’accueil généreux et aimant de chaque vie humaine et en particulier de celle qui est faible et malade, le chrétien exprime un aspect important de son témoignage évangélique, à l’exemple du Christ qui s’est penché sur les souffrances matérielles et spirituelles de l’homme pour le guérir.

1. En cette année qui constitue la préparation immédiate à la Journée Mondiale solennelle du Malade qui sera célébrée en Allemagne le 11 février 2013, et qui s’appuiera sur la figure évangélique emblématique du Bon Samaritain, (cf. Lc 10, 29-37), je voudrais mettre l’accent sur les "sacrements de guérison", c'est-à-dire sur le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation et sur l’Onction des malades, qui trouvent leur accomplissement naturel dans la communion eucharistique.

La rencontre de Jésus avec les dix lépreux, racontée dans l’évangile de saint Luc (cf. Lc 17, 11-19), et en particulier les paroles que le Seigneur adresse à l’un d’entre eux : « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ! » (v. 19), aident à prendre conscience de l’importance de la foi pour ceux qui, marqués par la souffrance et la maladie, s’approchent du Seigneur. Dans leur rencontre avec Lui, ils peuvent réellement faire l’expérience que celui qui croit n’est jamais seul ! En effet, Dieu, dans son Fils ne nous abandonne pas à nos angoisses et à nos souffrances, mais Il nous est proche, Il nous aide à les porter et Il désire nous guérir au plus profond de notre cœur (cf. Mc 2, 1-12).

La foi de l’unique lépreux qui - se voyant guéri, plein de surprise et de joie - revient immédiatement à Jésus, à la différence des autres, pour manifester sa reconnaissance, nous permet de percevoir que la santé recouvrée est le signe de quelque chose de plus précieux que la simple guérison physique ; elle est le signe du salut que Dieu nous donne dans le Christ. Ceci s’exprime dans les paroles de Jésus : ta foi t’a sauvé. Celui qui invoque le Seigneur dans la souffrance et la maladie est sûr que Son amour ne l’abandonne jamais, et que l’amour de l’Église, qui prolonge dans le temps Son œuvre de Salut, ne lui manquera jamais. La guérison physique, expression d’un salut plus profond, révèle ainsi l’importance que l’homme a aux yeux du Seigneur, dans la totalité de son âme et de son corps. Du reste, chaque sacrement exprime et réalise la proximité de Dieu lui-même, qui, d’une façon absolument gratuite, « nous touche au moyen des réalités matérielles…, en en faisant des instruments de la rencontre entre nous et Lui-même » (Homélie, Messe chrismale, 1er avril 2010). « L’unité entre création et rédemption est ainsi rendue visible. Les sacrements sont l’expression du caractère corporel de notre foi, qui embrasse la personne tout entière dans son corps et dans son âme » (Homélie, Messe chrismale, 21 avril 2011).

La tâche principale de l’Église est certainement l’annonce du Royaume de Dieu, « mais cette annonce doit elle-même constituer un processus de guérison "…panser les cœurs meurtris" (Is 61,1) » (ibid), selon la charge que Jésus a confiée à ses disciples (cf. Lc 9, 1-2 ; Mt 10, 1.5-14 ; Mc 6, 7-13). Le lien entre la santé physique et la guérison des blessures de l’âme nous aide donc à mieux comprendre "les sacrements de guérison".

2. Le sacrement de la Pénitence a souvent été au centre de la réflexion des Pasteurs de l’Église, en particulier du fait de sa grande importance sur le chemin de la vie chrétienne, puisque « toute l’efficacité de la Pénitence consiste à nous rétablir dans la grâce de Dieu et à nous unir à Lui dans une souveraine amitié » (Catéchisme de l’Église Catholique, n°1468). L’Église, en continuant de proclamer le message de pardon et de réconciliation de Jésus, ne cesse jamais d’inviter l’humanité tout entière à se convertir et à croire à l’Évangile. Elle fait sien l’appel de l’apôtre Paul : « Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Durant sa vie, Jésus annonce et rend présente la miséricorde du Père. Il est venu non pour condamner mais pour pardonner et sauver, pour donner de l’espérance même dans les ténèbres les plus profondes de la souffrance et du péché, pour donner la vie éternelle ; ainsi dans le sacrement de la Pénitence, dans « le remède de la confession », l’expérience du péché ne dégénère pas en désespoir mais rencontre l’Amour qui pardonne et transforme (cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique postsynodale Reconciliatio et Paenitentia, n°31).

Dieu, « riche en miséricorde » (Ep 2,4), comme le père de la parabole évangélique (cf. Lc 15, 11-32) ne ferme son cœur à aucun de ses fils, mais Il les attend, les recherche, les rejoint là où le refus de la communion emprisonne dans l’isolement et la division, Il les appelle à se rassembler autour de sa table, dans la joie de la fête du pardon et de la réconciliation. Le temps de la souffrance, dans lequel pourrait surgir la tentation de s’abandonner au découragement et au désespoir, peut alors se transformer en temps de grâce pour rentrer en soi-même, et comme le fils prodigue de la parabole, pour réfléchir à sa vie, en y reconnaissant des erreurs et des échecs, pour éprouver la nostalgie de l’étreinte du Père, et reprendre le chemin vers sa maison. Lui, dans son grand amour, veille toujours et partout sur nos vies et nous attend pour offrir à chacun des enfants qui reviennent à Lui le don de la pleine réconciliation et de la joie.

3. La lecture des Évangiles fait clairement apparaître que Jésus a toujours manifesté une attention particulière aux malades. Il n’a pas seulement envoyé ses disciples soigner leurs blessures (cf. Mt 10,8 ; Lc 9,2 ; 10,9), mais il a aussi institué pour eux un sacrement spécifique : l’Onction des malades. La lettre de Jacques atteste la présence de ce geste sacramentel dès la première communauté chrétienne (cf. 5, 14-16) : dans l’Onction des malades, accompagnée de la prière des Anciens, l’Église tout entière confie les malades au Seigneur souffrant et glorifié pour qu’Il allège leurs peines et les sauve ; plus encore, elle les exhorte à s’unir spirituellement à la passion et à la mort du Christ, afin de contribuer ainsi au bien du Peuple de Dieu.

Ce sacrement nous amène à contempler le double mystère du Mont-des-Oliviers, où Jésus s’est trouvé dramatiquement confronté à la voie que lui indiquait le Père, celle de la Passion, de l’acte suprême d’amour, et l’a accueillie. Dans cette heure d’épreuve, Il est le médiateur, « en portant en lui-même, assumant en lui la souffrance et la passion du monde, la transformant en cri vers Dieu, la portant devant les yeux et entre les mains de Dieu, et la portant ainsi réellement au moment de la Rédemption » (Lectio Divina, Rencontre avec le clergé de Rome, 18 février 2010). Mais « le Jardin des Oliviers est aussi le lieu d’où Il est monté vers le Père ; c’est donc le lieu de la Rédemption… Ce double mystère du Mont-des-Oliviers est aussi sans cesse "actif" dans l’huile sacramentelle de l’Église… signe de la bonté de Dieu qui nous rejoint » (Homélie, Messe Chrismale, 1er avril 2010). Dans l’Onction des malades, la matière sacramentelle de l’huile nous est offerte, pourrait-on dire, « comme un remède de Dieu… qui à ce moment nous assure de sa bonté, nous offre force et consolation, mais qui, en même temps, au-delà du temps de la maladie, nous renvoie à la guérison définitive, à la résurrection (cf Jc 5,14) » (ibid).

Ce sacrement mérite aujourd’hui une plus grande considération, aussi bien dans la réflexion théologique que dans l’action pastorale auprès des malades. Puisque l’Onction des Malades valorise le contenu des prières liturgiques adaptées aux diverses situations humaines liées à la maladie, et pas seulement à la fin de la vie, elle ne doit pas être considérée comme un "sacrement mineur" par rapport aux autres. L’attention - et le soin pastoral - des malades si elle est, d’une part, le signe de la tendresse de Dieu pour celui qui souffre, constitue également, d’autre part, un bien spirituel pour les prêtres et la communauté chrétienne tout entière, prenant conscience que ce qui est fait au plus petit est fait à Jésus lui-même (cf Mt 25,40).

4. À propos des "sacrements de guérison", saint Augustin affirme : « Dieu guérit toutes tes maladies. N’aie donc pas peur : toutes tes maladies seront guéries… tu dois seulement Lui permettre de te soigner et tu ne dois pas repousser ses mains » (Exposé sur le Psaume 102, 5 : PL 36, 1319-1320). Il s’agit d’instruments précieux de la grâce de Dieu qui aident le malade à se conformer toujours plus pleinement au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. En soulignant l’importance de ces deux sacrements, je voudrais insister aussi sur l’importance de l’Eucharistie. Reçue dans un temps de maladie, elle contribue de manière singulière à une telle transformation, en associant la personne qui se nourrit du Corps et du Sang de Jésus à l’offrande qu’Il a faite de Lui-même au Père pour le salut de tous. La communauté ecclésiale tout entière, et les communautés paroissiales en particulier doivent s’efforcer de garantir l’accès fréquent à la communion sacramentelle à ceux qui, pour raison de santé ou d’âge, ne peuvent se rendre dans un lieu de culte. Ces frères et sœurs ont ainsi la possibilité de renforcer leur relation avec le Christ crucifié et ressuscité, en participant à la mission même de l’Église, à travers leur vie offerte par amour pour le Christ. Dans cette perspective, il importe que les prêtres qui prêtent leur service dans les hôpitaux, dans les maisons de soins et chez les personnes malades, s’estiment de vrais "ministres des malades", signe et instrument de la compassion du Christ qui entend rejoindre toute personne marquée par la souffrance » (Message pour la XVIIIe Journée Mondiale du Malade, 22 novembre 2009).

La conformation au Mystère Pascal du Christ, qui se réalise également par la pratique de la Communion spirituelle, prend une signification toute particulière lorsque l’Eucharistie est administrée et reçue comme viatique. À un tel moment de la vie, la parole du Seigneur est encore plus parlante : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,54). De fait l’Eucharistie, surtout en tant que viatique, est – selon la définition de saint Ignace d’Antioche – « remède d’immortalité, antidote contre la mort » (Lettre aux Éphésiens, 20 : PG 5, 661), sacrement du passage de la mort à la vie, de ce monde au Père qui les attend tous dans la Jérusalem céleste.

5. Le thème de ce message pour la XXe Journée Mondiale du Malade, « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ! » oriente aussi vers la prochaine "Année de la Foi" qui commencera le 11 octobre 2012, et constituera une occasion propice et précieuse pour redécouvrir la force et la beauté de la foi, pour en approfondir les contenus et pour en témoigner dans la vie de tous les jours (cf. Lettre Apostolique Porta fidei, 11 octobre 2011). Je désire encourager les malades et les souffrants à trouver toujours un ancrage sûr dans la foi, en l’alimentant dans l’écoute de la Parole de Dieu, la prière personnelle et les Sacrements, et j’invite en même temps les pasteurs à être toujours plus disponibles pour les célébrer à l’intention des malades. À l’exemple du Bon Pasteur et comme guides du troupeau qui leur est confié, que les prêtres soient pleins de joie, attentifs aux plus faibles, aux simples, aux pécheurs, manifestant l’infinie miséricorde de Dieu par les paroles rassurantes de l’espérance (cf. saint Augustin, Lettre 95, 1 : PL 33, 351-352).

À tous ceux qui travaillent dans le monde de la santé, comme aussi aux familles qui voient dans leurs proches le visage souffrant du Seigneur Jésus, je renouvelle mes remerciements et ceux de l’Église parce que par leur compétence professionnelle et dans le silence, souvent sans même mentionner le nom du Christ, ils Le manifestent concrètement (cf. Homélie, Messe Chrismale, 21 avril 2011).

Vers Marie, Mère de miséricorde et Santé des malades, nous élevons notre regard confiant et notre prière. Puisse sa maternelle compassion, vécue à côté de son Fils mourant sur la Croix, accompagner et soutenir la foi et l’espérance de chaque personne malade et souffrante sur son chemin de guérison des blessures du corps et de l’esprit.

Je vous assure tous de mon souvenir dans la prière et j’adresse à chacun de vous une particulière Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 20 novembre 2011, en la Solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi de l’Univers.

BENOÎT PP XVI

 

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

Père Daniel Ange, Invité d'Un coeur qui écoute - KTO

dominicanus #Il est vivant !

Après trente ans de vie monastique dont douze au Rwanda et bouleversé par la détresse des jeunes, Daniel-Ange ressent un appel : leur transmettre l'amour de Dieu et le don de la Vie. Ordonné prêtre en 1981, il fonde en 1984 jeunesse-lumière, une des premières écoles catholiques d'évangélisation en Europe. Engagé également dans la communion entre les églises catholiques et orthodoxes, il réalise des tournées d'évangélisation dans une quarantaine de pays. À l'occasion de la publication de son dernier livre La mort et l'au-delà - Noël éternel, qui clôt sa série « Ces lieux où toucher Dieu », il est l'invité d'Un coeur qui écoute.

 

 

Diffusé le 06/02/2012 / Durée 26 mn

Journal du Vatican / Le cardinal Bertone dispose d'une vitesse de plus

dominicanus #Il est vivant !

Pour obtenir des "facultés spéciales" en dérogation aux normes canoniques, les chefs de la curie ne peuvent plus s'adresser directement à Benoît XVI. Ils doivent passer par le secrétaire d'état. Qui instruira lui-même le dossier 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 12 décembre 2011 – Une innovation normative introduite au cours de ces derniers mois a redéfini et augmenté le pouvoir de coordination de la secrétairerie d’état envers les autres dicastères de la curie romaine.

Cette nouveauté est contenue dans un rescrit “ex audientia SS.mi” signé par le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone.

Les rescrits sont des mesures prises par le pape lors d’une audience accordée au secrétaire d’état ; d’habitude, ils sont publiés uniquement dans les "Acta Apostolicæ Sedis", le Journal Officiel du Saint-Siège.

Dans le rescrit en question, qui est du 7 février dernier, le cardinal Bertone annonce que "le Saint Père, en date du 1er février 2011, a approuvé le texte suivant en tant qu’article 126 bis du Règlement général de la curie romaine". Et il précise que son entrée en vigueur est fixée au 1er mars suivant.

Ce nouvel article du règlement se compose de quatre alinéas. 

"Le dicastère – indique le premier alinéa – qui estime nécessaire de demander au Souverain Pontife des facultés spéciales doit formuler sa requête par écrit, par l’intermédiaire de la secrétairerie d’état, en y joignant un projet de texte définitif, avec l’indication précise des facultés demandées, la motivation de la demande et en spécifiant les éventuelles dérogations aux normes canoniques universelles ou particulières, qui en seraient modifiées ou non appliquées d’une manière ou d’une autre".

"La secrétairerie d’état – explique le deuxième alinéa – demandera leur avis aux dicastères compétents en la matière et à ceux qu’il considérera comme éventuellement intéressés, ainsi qu’au conseil pontifical pour les textes législatifs en ce qui concerne la formulation juridique correcte et, au cas où des questions doctrinales seraient mises en jeu, à la congrégation pour la doctrine de la foi".

Le troisième alinéa explique quelles sont les modalités concrètes à suivre pour la formulation de la demande relative aux "facultés spéciales" et enfin le quatrième souligne que "la secrétairerie d’état [communiquera] aux dicastères le texte des facultés éventuellement concédées par le Souverain Pontife et, conjointement avec le dicastère demandeur, elle examinera s’il convient de procéder à sa publication et comment".

En application de ce rescrit, donc, il ne pourra plus y avoir de dialogue direct entre le pontife et les dicastères de la curie en ce qui concerne la concession des "facultés spéciales", qui sont, en langage ordinaire, des décrets qui dérogent aux normes canoniques en vigueur et qui ont valeur de loi jusqu’à la mort du pontife qui les a émis.

Dans le passé récent, ces "facultés spéciales" ont été un outil utilisé pour combattre plus rapidement et plus efficacement les abus sexuels commis par des clercs sur des mineurs.

À partir de 2001, en effet, des "facultés spéciales" ont été accordées par Jean-Paul II à la congrégation pour la doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger. Celui-ci les avait demandées, notamment, pour pouvoir définir de nouveaux cas de délits canoniques pénaux ou pour pouvoir infliger des peines très graves, telles que la réduction à l’état laïc, même en l’absence d’un procès canonique en bonne et due forme.

En 2005, l’un des premiers actes de gouvernement de Benoît XVI a été de remettre en vigueur ces "autorisations spéciales" qui  avaient pris fin à la mort de son prédécesseur. Et en juillet 2010 certaines de ces facultés ont été définitivement codifiées dans les nouvelles normes de la congrégation pour la doctrine de la foi relatives aux "delicta graviora".

Au cours de ces dernières années, des "facultés spéciales" de nature analogue ont également été accordées à d’autres congrégations, telles que celle de la Propagation de la foi et celle pour le Clergé.

Dans la matinée du 22 janvier 2010 une réunion des chefs des dicastères de la curie a eu lieu au Vatican, sous la présidence de Benoît XVI. L’ordre du jour n’en a pas été révélé. Mais on a su qu’au cours de cette réunion une plus grande coordination de la curie romaine a été souhaitée, à réaliser par la secrétairerie d’état.

Le rescrit de février dernier semble aller en ce sens.
Sandro Magister
www.chiesa


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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Des théologiens et des apologètes. Voilà ce que doivent être les nouveaux évêques

dominicanus #Il est vivant !

Au cours de ces cinq derniers mois, il y a eu douze nominations correspondant à ce modèle. Les voici, une par une: Milan, Philadelphie, Manille, Fribourg... Le cardinal qui sélectionne les candidats explique quelles sont les raisons qui président à ses choix 

 

Marc Ouellet


 

ROME, le 1er décembre 2011 – Ayant franchi le cap de sa première année en tant que préfet de la congrégation pour les évêques, le cardinal Marc Ouellet (photo) en a fait le bilan lors d’une interview accordée à Gianni Cardinale pour "Avvenire", le quotidien qui appartient à la conférence des évêques d’Italie.

Au cours de cette interview, il a notamment révélé qu’il arrivait fréquemment, "plus que ce à quoi je pouvais m’attendre", que le candidat choisi pour être nommé évêque n’accepte pas cette nomination.

Il a indiqué que de tels refus avaient pour motif la difficulté croissante à assumer ce rôle, dans une société où les évêques sont soumis à des attaques publiques "notamment en conséquence des scandales et des critiques portant sur les abus sexuels".

En ce qui concerne les ambitions en matière de carrière, le cardinal a lancé un avertissement : si un prêtre ou un évêque aspire à être promu à un diocèse important et s’il manœuvre dans ce but, "il est bon qu’il reste là où il est".

Et il a conclu l'interview en traçant le profil de l’évêque dont l’Église a le plus besoin aujourd’hui : c’est un évêque qui est à la fois un théologien et un apologète, défenseur public de la foi :

"Aujourd’hui, tout particulièrement dans le contexte de nos sociétés sécularisées, nous avons besoin d’évêques qui en soient les premiers évangélisateurs et qui ne soient pas de simples administrateurs de diocèses. C’est-à-dire des évêques qui soient capables de proclamer l’Évangile. Qui soient non seulement théologiquement fidèles au magistère et au pape mais également capables d’exposer la foi et, si nécessaire, de la défendre publiquement".

***

Ce profil d’évêque théologien et "defensor fidei" correspond parfaitement à celui du cardinal Ouellet lui-même.

Canadien du Québec, âgé de 67 ans, Ouellet appartient à la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice et il a fait partie de l’équipe de rédaction de la revue internationale de théologie "Communio", fondée notamment par Joseph Ratzinger et Hans Urs von Balthasar, à l’école desquels il a été formé.

Pendant de nombreuses années, en tant que professeur de séminaire et éducateur, il a fait la navette entre le Canada et la Colombie. Puis il est parti s’installer à Rome, où il a été professeur de théologie systématique à l’Université Pontificale du Latran, à l’époque où celle-ci avait pour recteur le futur cardinal Angelo Scola, lui aussi membre de l’équipe de rédaction de "Communio".

En 2001, il a été nommé secrétaire du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens et, l'année suivante, archevêque de Québec et primat du Canada. Il est cardinal depuis 2003.

Chez lui, au Québec, le cardinal Ouellet a été le témoin direct de l’une des plus soudaines baisses du catholicisme au cours du siècle dernier. Cette région, dont l’empreinte catholique a été très forte jusqu’au milieu du XXe siècle, est aujourd’hui l’une des plus sécularisées au monde.

En tant qu’archevêque, Ouellet s’est battu énergiquement pour redonner de la voix et du corps au christianisme dans sa terre natale. Et Benoît XVI l'a tellement apprécié qu’il l’a appelé à Rome, d’abord comme rapporteur au synode des évêques de 2008 puis, de manière stable, à partir de 2010, comme préfet de la congrégation pour les évêques.

Parmi les cardinaux de la curie romaine, Ouellet est certainement le plus intime du pape Joseph Ratzinger, qu’il rencontre régulièrement une fois par semaine. Et c’est peut-être le seul auquel le pape se confie sans réserves.

***

C’est un fait que, depuis qu’Ouellet préside la congrégation vaticane qui choisit et propose au pape les nouveaux évêques, la préférence accordée aux théologiens et aux défenseurs de la foi est de plus en plus évidente.

Rien qu’au cours de ces cinq derniers mois, on peut compter au moins douze nominations présentant ces caractéristiques.

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La première, qui a eu lieu le 28 juin, est celle du cardinal Angelo Scola comme archevêque de Milan.

En tant que théologien, son maître a été principalement von Balthasar ; mais Ratzinger a également eu une influence significative sur sa formation. Pendant le temps où Scola en a été le recteur, c’est-à-dire entre 1995 et 2002, l’Université Pontificale du Latran a connu une renaissance. Et à Venise, dont il a été le patriarche pendant neuf ans, il a fondé, sous le nom de saint Marc, un "Studium generale" couvrant tous les degrés du savoir, depuis l’enfance jusqu’à l'université, avec des cours dans diverses disciplines et avec la théologie qui les embrasse toutes.

Son talent a été et est de se faire entendre, plus que dans les salles de cours, sur la place publique. Après Carlo Maria Martini, Scola est le cardinal auquel les médias laïcs prêtent le plus d’attention. Avec cette différence, par rapport à son prédécesseur, que ce qu’il dit et écrit est en pleine harmonie avec le magistère de Benoît XVI.

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La deuxième nomination de cette série, qui a eu lieu le 19 juillet, est celle de Charles J. Chaput comme archevêque de Philadelphie.

Chaput n’a jamais été théologien au sens strict du terme. Mais c’est certainement un grand apologète, capable de prêcher l’Évangile sur les toits, sans timidité et sans rien retrancher, dans une société comme celle des États-Unis où la compétition est particulièrement rude, y compris dans et contre le domaine religieux.

Et c’est ce profil de défenseur "positif" de la foi et de l’Église qui a fait pencher la balance en sa faveur, lors de la procédure qui a abouti à sa nomination au siège de Philadelphie. Le candidat numéro un sur la liste de trois noms présentée aux autorités vaticanes par le nonce apostolique aux États-Unis était l'actuel évêque de Louisville, Joseph E. Kurtz. Chaput venait en seconde position. Mais lorsque, après l’examen des candidats par la congrégation, Ouellet est monté chez Benoît XVI pour être reçu en audience, Chaput était passé en tête de liste et il a été rapidement nommé par le pape.

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La troisième nomination, qui a eu lieu le 27 juillet, est celle d’Ivo Muser comme évêque de Bolzano et Bressanone, le diocèse du Sud-Tyrol où ont vécu la grand-mère et l’arrière-grand-mère maternelles du pape Ratzinger.

Le nouvel évêque a étudié la théologie à Innsbruck et à l’Université Pontificale Grégorienne de Rome. Il a enseigné au Studio Accademico Teologico de Bressanone. Il a également été, pendant quelques années, le secrétaire de l’évêque qui l’a précédé dans ce diocèse, Wilhelm Egger, lui-même théologien et bibliste de renom.

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La quatrième nomination, qui a eu lieu le 26 septembre, est celle de Stanislaw Budzik comme archevêque de Lublin.

Budzik, qui est depuis 2007 le secrétaire général de la conférence des évêques de Pologne, a lui aussi étudié la théologie à Innsbruck et il a obtenu le titre de professeur à l’Académie Pontificale de Théologie de Cracovie.

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Cinquième nomination, qui a eu lieu le 10 octobre : celle de Nuno Brás da Silva Martins comme évêque auxiliaire de Lisbonne.

Le nouvel évêque a obtenu un doctorat en théologie à l’Université Pontificale Grégorienne et il a enseigné la théologie fondamentale à l'Université Catholique Portugaise ainsi qu’à la Grégorienne, à Rome, ville où il a également été recteur du Collège Pontifical Portugais.

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Sixième nomination, qui a eu lieu le 13 octobre : celle de Luis Antonio Tagle comme archevêque de Manille.

Tagle a obtenu un doctorat en théologie aux États-Unis, à la Catholic University of America, avec une thèse consacrée à la collégialité épiscopale, sous la direction du professeur Joseph Komonchak. Il a collaboré avec ce dernier à la rédaction de l’histoire du concile Vatican II la plus lue au monde, œuvre de "l’école de Bologne" fondée par le père Giuseppe Dossetti : c’est une histoire à thèse, qui voit en Vatican II un virage marquant une rupture et un nouveau début par rapport à la vie précédente de l’Église.

Dans cette histoire, Tagle a écrit, entre autres, le chapitre qui traite de ce que l’on a appelé la "semaine noire" de novembre 1964 : "noire" pour les progressistes, hostiles surtout à la "Nota explicativa prævia" que Paul VI plaça, en cette circonstance, avant la constitution dogmatique "Lumen gentium" afin d’en dissiper les équivoques.

Lorsque le volume qui contient cet essai a été publié, en 1999, Tagle était depuis deux ans membre de la commission théologique internationale qui apporte son aide à la congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, cette dernière étant alors présidée par Ratzinger.

En 2001 Tagle est devenu évêque d’Imus, où il s’est distingué par sa proximité envers les pauvres et par son mode de vie simple et charitable.

Au sein de la conférence des évêques des Philippines, il est président de la commission pour la doctrine de la foi.

Comme www.chiesa l’a révélé dans un article publié le 14 novembre dernier, la collaboration de Tagle à "l’école de Bologne" a été totalement passée sous silence dans la biographie remise aux cardinaux et évêques de la congrégation vaticane chargée de l’évaluer en tant que candidat à l’archevêché de Manille. Cela au grand regret de certains d’entre eux, qui n’ont été informés de ce point qu’après que la nomination eut été effectuée.

L’archevêché de Manille est un siège cardinalice. Et certains ont même déjà inscrit Tagle sur la liste des "papabili".

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Septième nomination de la série : celle de Charles Morerod comme évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, qui a eu lieu le 3 novembre.

Morerod est dominicain et il a 50 ans. C’est un théologien de réputation mondiale. Il a commencé ses études à l'Université de Fribourg, celle-là même où la revue "Communio" a vu le jour. Il y a ensuite enseigné, avant de devenir professeur, à Rome, à l’Université Pontificale Saint Thomas d'Aquin, que l’on appelle l’Angelicum pour faire court. Il a dirigé la revue théologique "Nova et Vetera" et, en 2009, il a été nommé secrétaire général de la commission théologique internationale, consulteur de la congrégation pour la doctrine de la foi et enfin recteur de l'Angelicum.

Parmi ses nombreuses publications, on remarquera "Tradition et unité des chrétiens. Le dogme comme condition de possibilité de l’œcuménisme", Parole et Silence, Paris, 2005. Dans cet ouvrage Morerod critique l'œcuménisme libéral de théologiens tels que Rahner, Fries, Tillard, en insistant sur le caractère indispensable d’une solide doctrine catholique, à la fois théologique et philosophique.

En ce qui concerne les relations entre les religions, il a soumis à une dure critique les thèses relativistes du catholique Paul Knitter et de l'anglican John Hick.

Morerod est l’un des trois théologiens qui représentent Rome dans les discussions actuellement en cours entre l’Église de Rome et les traditionalistes schismatiques lefebvristes de la Fraternité Saint Pie X.

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Huitième nomination, qui a eu lieu le 14 novembre : celle de Francesco Cavina comme évêque de Carpi.

Docteur en droit canonique, Cavina était depuis 1996 official de la section pour les rapports avec les états de la secrétairerie d'état. Dans le même temps, il enseignait la théologie sacramentaire à l’Université Pontificale de la Sainte Croix.

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Neuvième nomination, qui a eu lieu le 21 novembre : celle de Filippo Santoro comme archevêque de Tarente.

Quand il était jeune prêtre, Cavina a fait ses débuts comme directeur de l'Institut Supérieur de Théologie de Bari. Par la suite, il est parti en mission au Brésil, en qualité de responsable de Communion et Libération pour ce pays et pour tout le continent latino-américain. En 1992 il a participé en tant que théologien à la IVe conférence de l'épiscopat latino-américain à Saint-Domingue.

Ordonné évêque en 1996, il a été tout d’abord évêque auxiliaire du cardinal Eugênio de Araújo Sales à Rio de Janeiro et ensuite, à partir de 2004, évêque du diocèse de Petrópolis et grand chancelier de l'Université Catholique de cette ville.

Au sein de la conférence des évêques du Brésil, il a été membre de la commission pour la doctrine de la foi.

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Dixième nomination, qui a eu lieu le 24 novembre : celle de Franco Giulio Brambilla comme évêque de Novare.

Brambilla est depuis 2007 évêque auxiliaire du diocèse de Milan et vicaire pour la culture. C’est l’un des théologiens italiens les plus réputés.

Il a été professeur de christologie et d’anthropologie théologique à la Faculté de Théologie d'Italie Septentrionale, dont il est devenu président en 2007. Il a été le théologien de référence de la conférence des évêques d’Italie lors du grand colloque ecclésial organisé à Vérone en 2006, auquel Benoît XVI a participé. Et il a été considéré comme l’un des successeurs possibles de l'actuel archevêque de Florence, Giuseppe Betori, pour le poste de secrétaire de la conférence des évêques d’Italie.

Il a étudié l’œuvre du théologien néerlandais Edward Schillebeeckx, dont il a écrit une biographie, et il a figuré, en 1983, parmi les signataires italiens d’un document revendiquant la liberté de recherche qui a été signé par les théologiens progressistes européens les plus connus.

À cette occasion, un autre théologien, qui était son collègue à cette même faculté milanaise, Dionigi Tettamanzi, avait formulé dans le journal "Avvenire" de dures critiques contre les théologiens rebelles. Ce qui lui a ouvert la porte d’une brillante carrière – qui a atteint son point culminant lorsqu’il est devenu cardinal archevêque de Milan – tandis que celle de Brambilla a été bloquée pendant longtemps en raison de cette signature.

***

Onzième nomination, qui a eu lieu le 26 novembre : celle de Johannes Wilhelmus Maria Liesen comme évêque de Breda, aux Pays-Bas.

Liesen est, depuis 2004, membre de la commission théologique internationale. Il a été professeur de théologie biblique aux séminaires de Roermond, Haarlem-Amsterdam et 's-Hertogenbosch.

***

Le même jour, 26 novembre, a également été marqué par l’annonce de la nomination – la douzième de cette série – de Charles John Brown comme archevêque titulaire d’Aquilée.

Toutefois le nouvel archevêque ne se rendra pas à Aquilée qui, en tant que diocèse, ne subsiste plus que comme souvenir historique. Sa véritable destination est l’Irlande, où il sera nonce apostolique. Brown n’a jamais fait partie du corps diplomatique du Vatican et c’est un Américain de New-York. Mais c’est bien lui que Benoît XVI a voulu comme ambassadeur dans un pays secoué par les scandales comme l'Irlande, qui compte actuellement sept diocèses vacants et qui est en attente d’une redéfinition et d’un nouveau départ avec des hommes nouveaux.

Et, une fois encore, le choix de Brown a été déterminé par ses références en tant que "defensor fidei" et de "defensor ecclesiæ". Le pape Ratzinger le connaît bien depuis 1994, date à laquelle Brown est devenu official de la congrégation pour la doctrine de la foi, à quoi il ajoute, depuis deux ans, la fonction de secrétaire-adjoint de la commission théologique internationale.

Sandro Magister
 www.chiesa


L'interview accordée par le cardinal Ouellet à "Avvenire" et publiée le 18 novembre 2011, avec un bilan de sa première année en tant que préfet de la congrégation pour les évêques :

> Missione del vescovo: donarsi alla Chiesa

Et l’une de ses précédentes réflexions en tant qu’archevêque de l’une des régions les plus déchristianisées du monde :

> Alors que l'on débat à Rome, le Québec a déjà été pris d'assaut (8.10.2008)




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Le principe "espérance" de Benoît l'Africain

dominicanus #Il est vivant !

Ce que le pape a offert au continent le plus pauvre du monde, ce n'est pas de l'or ou de l'argent, mais "la parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie". Les raisons de ce pari, dans le discours-clé de son voyage au Bénin

 

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ROME, le 21 novembre 2011 – Comme prévu, le moment marquant du voyage de Benoît XVI au Bénin a été le discours qu’il a prononcé, au palais présidentiel de Cotonou, devant les autorités politiques, des personnalités de la société civile et du monde de la culture, des évêques et des représentants de diverses religions.

Il y a dans ce de discours - manifestement pensé et écrit presque intégralement par le pape - un mot-clé : "espérance".

Et ce mot, il l’a appliqué à deux réalités : la vie sociopolitique et économique du continent africain et le dialogue interreligieux.
 

***

Le mot "espérance" est très cher au pape Joseph Ratzinger. Il lui a consacré toute une encyclique, "Spe salvi", la plus "sienne" des trois qu’il a publiées jusqu’à présent, écrite de sa main du premier au dernier mot.

Et c’est en particulier à l'Afrique que le pape associe ce mot, au continent qui a connu au siècle dernier la plus étonnante expansion du christianisme et qui pourrait le plus en déterminer l’avenir.

Mais de quelle espérance parle Benoît XVI ? Sa réponse, dans le discours de Cotonou, est d’une simplicité inouïe :

"Parler de l’espérance, c’est parler de l’avenir et donc de Dieu !".

C’est une simplicité dont le pape Ratzinger ne s’écarte pas même lorsqu’il se réfère à la vie sociopolitique et économique de l'Afrique :

"L’Église n’apporte aucune solution technique et n’impose aucune solution politique". Simplement "elle accompagne l’État dans sa mission ; elle veut être comme l’âme de ce corps, en lui indiquant inlassablement l’essentiel : Dieu et l’homme. Elle désire accomplir, ouvertement et sans crainte, cette tâche immense de celle qui éduque et soigne, et surtout de celle qui prie sans cesse, qui montre où est Dieu et où est l’homme véritable".

Exhortant l’Église à accomplir ces tâches qui sont les siennes, le pape s’est référé à quatre passages de l’Évangile, dont le dernier (Jean 19, 5) est celui dans lequel Pilate présente Jésus couronné d’épines et couvert du manteau de pourpre et dit à la foule : "Voici l'homme !".

Le lendemain, 20 novembre, était le dimanche du Christ-Roi, le dernier de l'année liturgique. Et Benoît XVI a de nouveau affirmé, dans son homélie, que Dieu "règne" par le bois de la croix et pas autrement. Son règne qui "est vraiment une parole d’espérance, puisque le Roi de l’univers s’est fait tout proche de nous, serviteur des plus petits et des plus humbles", pour nous introduire, lui le ressuscité, "dans un monde nouveau, un monde de liberté et de bonheur".

***

Abordant le thème du dialogue interreligieux, Benoît XVI a, une fois encore, fondé l’espérance inhérente à ce dialogue sur l'absolue centralité de Dieu.

Si nous dialoguons, a-t-il dit, ce ne doit pas être "par faiblesse, mais nous dialoguons parce que nous croyons en Dieu, le créateur et le père de tous les hommes. Dialoguer est une manière supplémentaire d’aimer Dieu et notre prochain dans l'amour de la vérité. Avoir de l’espérance, ce n’est pas être ingénu, mais c’est poser un acte de foi en Dieu, Seigneur du temps, Seigneur aussi de notre avenir".

Benoît XVI s’est référé à ce qui s’est passé à Assise le 27 octobre dernier :

"La connaissance, l’approfondissement et la pratique de sa propre religion sont essentielles au vrai dialogue interreligieux. Celui-ci ne peut que commencer par la prière personnelle sincère de celui qui désire dialoguer. Qu’il se retire dans le secret de sa chambre intérieure (cf. Mt 6, 6) pour demander à Dieu la purification du raisonnement et la bénédiction pour la rencontre désirée. Cette prière demande aussi à Dieu le don de voir dans l’autre un frère à aimer et, dans la tradition qu’il vit, un reflet de la vérité qui illumine tous les hommes. Il convient donc que chacun se situe en vérité devant Dieu et devant l’autre. Cette vérité n’exclut pas et elle n’est pas une confusion. Le dialogue interreligieux mal compris conduit à la confusion ou au syncrétisme. Ce n’est pas ce dialogue qui est recherché". 

***

Dans la conclusion de son discours, le pape a d’abord appliqué à l’espérance l’image de la main :

"Cinq doigts la composent et ils sont bien différents. Chacun d’eux est pourtant essentiel et leur unité forme la main. La bonne entente entre les cultures, la considération non condescendante des unes pour les autres et le respect des droits de chacune sont un devoir vital. Il faut l’enseigner à tous les fidèles des diverses religions. La haine est un échec, l’indifférence une impasse et le dialogue une ouverture ! N’est-ce pas là un beau terrain où seront semées des graines d’espérance ? Tendre la main signifie espérer pour arriver, dans un second temps, à aimer. Quoi de plus beau qu’une main tendue ? Elle a été voulue par Dieu pour offrir et recevoir. Dieu n’a pas voulu qu’elle tue ou qu’elle fasse souffrir, mais qu’elle soigne et qu’elle aide à vivre. À côté du cœur et de l’intelligence, la main peut devenir, elle aussi, un instrument du dialogue. Elle peut faire fleurir l’espérance, surtout lorsque l’intelligence balbutie et que le cœur trébuche".

Et enfin il s’est appuyé sur trois symboles d’espérance présents dans les Écritures :

"Selon les Saintes Écritures, trois symboles décrivent l’espérance pour le chrétien : le casque, car il protège du découragement (cf. 1 Th 5, 8), l’ancre sûre et solide qui fixe en Dieu (cf. He. 6, 19) et la lampe qui permet d’attendre l’aurore d’un jour nouveau (cf. Lc 12, 35-36). Avoir peur, douter et craindre, s’installer dans le présent sans Dieu, ou encore n’avoir rien à attendre, sont autant d’attitudes étrangères à la foi chrétienne et, je crois, à toute autre croyance en Dieu. La foi vit le présent, mais attend les biens futurs. Dieu est dans notre présent, mais il vient aussi de l’avenir, lieu de l’espérance. La dilatation du cœur est non seulement l’espérance en Dieu, mais aussi l’ouverture au souci des réalités corporelles et temporelles pour glorifier Dieu. À la suite de Pierre dont je suis le successeur, je souhaite que votre foi et votre espérance soient en Dieu. C’est là le vœu que je formule pour l’Afrique tout entière, elle qui m’est si chère ! Aie confiance, Afrique, et lève-toi ! Le Seigneur t’appelle".

***

On retrouve la même logique dans l'exhortation apostolique post-synodale "Africæ munus" que Benoît XVI a remise aux catholiques africains le 20 novembre.

Aux paragraphes 148-149, après avoir rappelé l'épisode évangélique du paralytique à la piscine de Bethesda (Jean 5, 3-9), le pape écrit : 

"L’accueil de Jésus offre à l’Afrique une guérison plus efficace et plus profonde que toute autre. Comme l’apôtre Pierre l’a déclaré dans les Actes des Apôtres, je redis que ce n’est ni d’or, ni d’argent que l’Afrique a d’abord besoin ; elle désire se mettre debout comme l’homme de la piscine de Bethesda ; elle désire avoir confiance en elle-même, en sa dignité de peuple aimé par son Dieu. C’est donc cette rencontre avec Jésus que l’Église doit offrir aux cœurs meurtris et blessés, en mal de réconciliation et de paix, assoiffés de justice. Nous devons offrir et annoncer la Parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie".



Le programme et les textes intégraux du voyage de Benoît XVI :

> Voyage Apostolique au Bénin, 18-20 novembre 2011

L'exhortation apostolique post-synodale remise le 20 novembre aux catholiques africains :

> "Africæ munus"


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Il y a un nouvel astre dans le ciel russe. Il s'appelle Aleksandr

dominicanus #Il est vivant !

 

À Assise, il a dirigé la délégation du patriarcat de Moscou. C'est, avec le métropolite Hilarion, le leader émergent de la nouvelle génération. En grande harmonie avec l'Église du pape Benoît XVI 
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ROME, le 7 novembre 2011 – Parmi les leaders religieux qui écoutent le pape à Assise, sur la photo ci-dessus, le premier à gauche, coiffé d’un solennel couvre-chef blanc, est le métropolite Aleksandr d’Astana et du Kazakhstan.

Que le patriarcat orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies l’ait envoyé à Assise comme chef de sa délégation a fait penser à un déclassement et à un coup d’arrêt dans le dialogue avec l’Église de Rome.

Rien de plus faux.

Aleksandr n’est pas du tout un personnage de second plan. C’est le nouvel astre de l'orthodoxie russe.

Né il y a 51 ans à Kirov, au nord-est de Moscou, Aleksandr a été étudiant au séminaire de Saint-Pétersbourg, qui s’appelait alors Leningrad, à l'époque où l'actuel patriarche de Moscou, Kirill, en était recteur. En tant qu’archevêque, il a dirigé pendant dix ans le service synodal pour la jeunesse. Au mois de mars 2010, il a été nommé archevêque d’Astana, la capitale du Kazakhstan. Quatre mois plus tard, il était élevé au rang de métropolite. Et, au début de cet automne, il a été nommé membre permanent du Saint-Synode.

Le Saint-Synode est l’autorité suprême de l’Église orthodoxe russe. Il était composé, il y a encore quelques semaines, de douze membres : sept permanents et cinq temporaires, ces derniers ne restant pas plus d’un an en charge.

Avec l’arrivée d’Aleksandr, le nombre de membres permanents du Saint-Synode a été porté à huit. C’est le signe que sa nomination a été si fortement voulue qu’elle a nécessité une modification des canons, qui sera bientôt ratifiée.

A Assise, le 27 octobre, il y avait trois évêques parmi les dix délégués du patriarcat de Moscou. L’un d’eux était un autre membre permanent du Saint-Synode, le métropolite et exarque patriarcal Philarète de Minsk et de la Biélorussie. C’est un grand partisan du dialogue avec l’Église catholique et il accueillera prochainement dans sa ville, du 13 au 15 novembre, une conférence sur les relations entre l’orthodoxie et le catholicisme.

Mais à Assise, en dépit de l'autorité et du prestige de Philarète, le rôle de chef de la délégation des orthodoxes russes a été effectivement tenu par Aleksandr, qui est bien plus jeune que lui.

Lors de la cérémonie de l’après-midi, devant la basilique où est enterré saint François, c’est Aleksandr qui a pris la parole. Et avant cela, au cours du repas "frugal", c’est lui qui s’est assis à la même table que Benoît XVI.

Le lendemain, 28 octobre, au Vatican, au déjeuner de gala offert par le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone aux trois cents personnes invitées à la rencontre d’Assise, c’est encore Aleksandr qui s’est assis à une place d’honneur, à droite de Bertone et du patriarche œcuménique  de Constantinople, Bartholomée Ier.

Au Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe, le métropolite Aleksandr marque un passage de génération. D’autres membres permanents, comme le patriarche de Moscou Kirill, les métropolites Vladimir de Kiev, Vladimir de Saint-Pétersbourg, Philarète de Minsk, Juvénal de Krutitsy et Kolomna, ont tous dépassé les 75 ans.


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L’autre étoile montante de l’orthodoxie russe, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations extérieures du patriarcat, appartient lui aussi à la génération d’Aleksandr.

Le 27 octobre, Hilarion n’était pas à Assise, mais en Suisse, à l'université catholique de Fribourg, à la faculté de théologie où il a été étudiant, où il est professeur honoraire et où il a envoyé son plus proche collaborateur, l'archidiacre Ioann Kopeikin, pour un doctorat.

L'université de Fribourg a formé des théologiens et des leaders de premier plan de la hiérarchie catholique, très proches du pape Joseph Ratzinger, depuis l'actuel archevêque de Milan, le cardinal Angelo Scola, jusqu’au nouvel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Charles Morerod, nommé à ce poste le 3 novembre dernier.

Au début du mois d’octobre, lors de la première assemblée de la session d’hiver du synode de l’Église orthodoxe russe, le métropolite Hilarion a également été mis à la tête de la commission synodale biblique et théologique, à la place de Philarète de Minsk : un rôle analogue à celui de Ratzinger pendant le pontificat de Jean-Paul II.

Peu de temps avant cette nomination, le 29 septembre, Hilarion a eu un entretien avec Benoît XVI à Castel Gandolfo : ce n’est ni le premier ni le dernier d’une relation qui se fait de plus en plus intense entre eux et dans laquelle il y a aussi de l’amitié. La veille et le lendemain, Hilarion a également rencontré les cardinaux Kurt Koch, Tarcisio Bertone, Gianfranco Ravasi et Angelo Scola.

 

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Enfin, nouvelle preuve du rapprochement croissant entre les deux Églises, le patriarche Kirill a rencontré, le 1er novembre dernier, l'archevêque catholique de Moscou, Paolo Pezzi.

Commentant cette rencontre, la première entre les deux hommes, Pezzi a reconnu à Kirill le mérite d’avoir fait accepter "positivement" par les évêques orthodoxes des différentes régions de Russie la présence des catholiques, "qui ne sont plus considérés comme des étrangers".

Et le patriarche de Moscou a déclaré qu’il considérait comme "dépassées" les tensions des années 90, lorsque la présence catholique était perçue en Russie comme agressive : "Aujourd’hui les orthodoxes et les catholiques travaillent ensemble et ils ont formé un front commun pour la défense des valeurs chrétiennes dans la société moderne".


Sandro Magister

www.chiesa




Le site officiel du patriarcat de Moscou, en plusieurs langues :

> Église Orthodoxe Russe



Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus ÉGLISES ORIENTALES




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Assise bis. Mais revu et corrigé

dominicanus #Il est vivant !

L'invitation a été adressée aussi aux non-croyants et la prière se fera dans le secret des chambres. Ce sont les deux nouveautés de la nouvelle édition de ce meeting. En arrière-plan: l'année de la foi et le martyre des chrétiens dans le monde 

 

 

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ROME, le 26 octobre 2011 – Benoît XVI a introduit deux nouveautés dans la "journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde" qu’il a ordonnée pour demain à Assise, vingt-cinq ans après la première édition, très discutée, qu’avait organisée le pape précédent.

La première nouveauté est que l’invitation a été adressée non seulement à des représentants des religions du monde entier mais également à des non-croyants. Du fait de leur présence, la journée d’Assise prendra la forme d’un "parvis des gentils" symbolique, animé non seulement par "ceux qui craignent Dieu" mais aussi par ceux qui ne croient pas en Dieu sans pour autant renoncer à le chercher.

Les non-croyants qui ont accepté de prendre part à la journée d’Assise sont le philosophe italien Remo Bodei, le philosophe mexicain Guillermo Hurtado, l'économiste autrichien Walter Baier et la philosophe et psychanalyste française Julia Kristeva. Celle-ci sera la dernière à prendre la parole lors de la phase initiale de la rencontre, après une série de huit interventions confiées à des responsables religieux parmi lesquels le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier et le rabbin David Rosen du Grand Rabbinat d’Israël.

Après Julia Kristeva, c’est Benoît XVI qui parlera, pour ce qui sera son unique discours de la journée.

 

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La seconde nouveauté est qu’il n’y aura aucun moment de prière visible et organisée pour les personnes présentes, ni en commun ni en parallèle, contrairement à ce qui avait été fait en 1986, où les différents groupes religieux s’étaient réunis pour prier en divers endroits de la ville de saint François.

Demain, simplement, après le "repas frugal" pris au couvent Sainte-Marie-des-Anges, les quelque trois cents invités se verront attribuer autant de chambrettes individuelles, à l’hôtellerie adjacente au couvent, pour un "temps de silence, pour la réflexion et/ou la prière personnelles".

Ce temps de silence durera environ une heure et demie. Il fait penser à ce passage du Discours sur la Montagne dans lequel Jésus dit : "Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera" (Matthieu 6, 6).


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Ces deux nouveautés font que la journée d’Assise décidée par Benoît XVI sera différente de la première - celle qui avait été organisée par Jean-Paul II - et des reprises ultérieures de celle-ci, qu’elles aient été dues au pape, en 1993 et en 2002, ou à la Communauté de Sant'Egidio, presque une par an, la dernière ayant eu lieu à Munich au mois de septembre dernier.

Joseph Ratzinger, qui était alors cardinal, n’avait pas participé à la rencontre d’Assise en 1986. Il ne l’a jamais critiquée en public, mais son absence a été interprétée comme une prise de distance par rapport aux équivoques que cette initiative avait incontestablement produites, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église catholique.

La rencontre de 1986 a fait naître une formule qui a provoqué l’enthousiasme d’une partie du monde catholique, mais également de sérieuses réserves chez beaucoup d’autres : "l’esprit d’Assise".

Jean-Paul II a employé cette formule pour la première fois peu de temps après la première rencontre d’Assise et il l’a réutilisée à de nombreuses reprises par la suite.

Benoît XVI, au contraire, en a fait un usage extrêmement contrôlé : sauf erreur, pas plus de deux fois, et la première fois justement pour la débarrasser de mauvaises interprétations.

C’était en septembre 2006 et la Communauté de Sant'Egidio avait organisé sa réunion interreligieuse annuelle précisément à Assise, à l’occasion du huitième centenaire de la mort de saint François.

Benoît XVI, qui avait été invité à y participer, avait décliné l’invitation. Mais il avait fait parvenir une lettre à l’évêque d’Assise, au moment même de l’ouverture de la journée.

À un moment donné, on peut lire dans cette lettre :

"Pour ne pas se méprendre sur le sens de ce que, en 1986, Jean-Paul II voulut réaliser et que l’on a l'habitude de qualifier, en reprenant l'une de ses expressions même, d’'esprit d'Assise', il est important de ne pas oublier l'attention dont on fit alors preuve afin que la rencontre interreligieuse de prière ne se prête à aucune interprétation syncrétiste, fondée sur une conception relativiste. 

"C'est précisément pour cela que, dès ses premières paroles, Jean-Paul II déclara : 'Le fait que nous soyons venus ici n'implique aucune intention de rechercher un consensus religieux entre nous, de mener une négociation sur nos convictions de foi. Il ne signifie pas non plus que les religions peuvent être réconciliées sur le plan d'un engagement commun dans un projet terrestre qui les dépasserait toutes. Il n'est pas non plus une concession au relativisme des croyances religieuses'.

"Je désire réaffirmer ce principe, qui constitue le présupposé de ce dialogue entre les religions que, il y a quarante ans, le concile Vatican II souhaita dans la Déclaration sur les Relations de l'Église avec les Religions non-chrétiennes (cf. Nostra ætate, n. 2).

"Je saisis volontiers l'occasion pour saluer les représentants des autres religions qui prennent part à l'une ou l'autre des commémorations d'Assise. Comme nous, chrétiens, eux aussi savent que c'est dans la prière qu'il est possible de faire une expérience particulière de Dieu et d'en tirer des encouragements efficaces dans le dévouement à la cause de la paix.

"Toutefois il est également nécessaire, ici, d'éviter les confusions inopportunes. C'est pourquoi, même lorsque l'on se retrouve ensemble pour prier pour la paix, il faut que la prière se déroule selon les chemins distincts propres aux diverses religions. Tel fut le choix de 1986 et ce choix ne peut manquer de demeurer valable aujourd'hui également. La convergence des différences ne doit pas donner l'impression de céder au relativisme, qui nie le sens même de la vérité et la possibilité d'y puiser".

 

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Mais ce n’est pas tout. Pour comprendre la signification que Benoît XVI entend donner à la journée d’Assise, il faut avoir au moins deux autres faits présents à l’esprit.

Le premier est que, à la veille du rendez-vous d’Assise, le pape Joseph Ratzinger a annoncé une "année de la foi". Le pape fera coïncider celle-ci non seulement avec le cinquantenaire du début du concile Vatican II mais aussi et davantage encore avec le vingtième anniversaire du lancement de cet abécédaire de la doctrine de la foi qu’est le Catéchisme de l’Église catholique, audacieusement voulu par Jean-Paul II et trop négligé encore aujourd’hui.

Le lancement de l’"année de la foi" est étroitement lié à une autre décision qui caractérise ce pontificat : celle de la "nouvelle évangélisation". Celle-ci ne concerne pas uniquement les pays de vieille tradition chrétienne qui sont atteints par la vague de la sécularisation, y compris l'Amérique latine, mais également les endroits où le christianisme n’est jamais arrivé et qui ont besoin d’un nouvel élan missionnaire.

Il est évident que cet objectif prioritaire du pontificat de Benoît XVI est incompatible avec un "esprit d’Assise" qui, par amour de la paix, se traduirait par un abandon de l'annonce de la foi en Jésus-Christ unique sauveur.


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De plus, le rassemblement pacifique de représentants des religions à Assise ne fait pas disparaître le fait que, en différents points du globe, les croyances soient en conflit et que les chrétiens, en particulier, soient parmi les plus menacés.

Deux faits récents symbolisent cette réalité dramatique : au Caire, le massacre de dizaines de chrétiens coptes par des extrémistes musulmans et par l’armée elle-même ; aux Philippines, l'assassinat d’un missionnaire, le père Fausto Tentorio.

Le baiser de paix d’Assise a d’autant plus de valeur dans ce contexte.

De même qu’ont de la valeur d’autres signes de paix analogues. On a pu en voir un à Milan le 21 octobre dernier.

Au moment même où, dans un grand nombre de villes du monde, les "indignés" étaient en ébullition, quatre mille jeunes ont parcouru pacifiquement les rues de Milan pour demander aux États de prendre des initiatives en faveur des peuples affamés.

Et ils défilaient sous l'effigie du père Tentorio, le dernier des martyrs, dont la vie a été consacrée à l'annonce du Royaume de Dieu aux pauvres, un saint François d’aujourd’hui.

 

Sandro Magister

www.chiesa





Le programme détaillé de la journée d’Assise, le 27 octobre 2011 :

> "Pèlerins de la verité, pèlerins de la paix"



> La lettre apostolique par laquelle Benoît XVI a lancé l'année de la foi :

> "Porta fidei"



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Concile, le chantier est ouvert. Mais certains se croisent les bras

dominicanus #Il est vivant !

Le cardinal Cottier, le juriste Ceccanti, le théologien Cantoni défendent les nouveautés de Vatican II. Mais les lefebvristes ne cèdent pas et les traditionalistes accentuent leurs critiques. Les derniers développements d'une controverse enflammée 

 

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ROME, le 17 octobre 2011 – La controverse relative à l'interprétation du concile Vatican II et aux changements dans le magistère de l’Église a connu de nouveaux développements ces dernières semaines, y compris à haut niveau.

Le premier développement est le "Préambule doctrinal" que la congrégation pour la doctrine de la foi a remis, le 14 septembre dernier, aux lefebvristes de la schismatique Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, comme base pour une réconciliation.

Le texte du "Préambule" est secret. Mais, dans le communiqué officiel qui l’accompagnait lorsqu’il a été remis, il est décrit de la manière suivante :

"Ce préambule énonce certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au magistère de l’Église et au “sentire cum Ecclesia”, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du concile Vatican II et du magistère qui a suivi".

 

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Un second développement est l'intervention du cardinal Georges Cottier (photo) dans la discussion qui est en cours depuis quelques mois sur www.chiesa et sur "Settimo cielo".

Cottier, 89 ans, Suisse, appartenant à l'ordre des dominicains, est théologien émérite de la maison pontificale. Son intervention a été publiée dans le dernier numéro de la revue internationale "30 Jours".

Dans ce texte, il répond à la thèse qui a été soutenue sur www.chiesa par l’historien Enrico Morini, selon laquelle avec le concile Vatican II l’Église a voulu se rattacher à la tradition du premier millénaire.

Le cardinal Cottier met en garde contre l’idée que le deuxième millénaire ait été pour l’Église une période de décadence et d’éloignement par rapport à l’Évangile.

Toutefois il reconnaît, dans le même temps, que Vatican II a eu raison de redonner force à une manière de percevoir l’Église qui a été particulièrement vivante au cours du premier millénaire : non pas comme sujet en soi, mais comme reflet de la lumière du Christ. Et il traite des conséquences concrètes qui découlent de cette perception juste.

Le texte du cardinal Cottier est reproduit intégralement sur cette page, on le trouvera ci-dessous.


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Un troisième développement de la discussion concerne une thèse de Vatican II qui est particulièrement contestée par les traditionalistes : la thèse de la liberté religieuse.

En effet, il y a indiscutablement une rupture entre les affirmations de Vatican II à ce sujet et les précédentes condamnations du libéralisme formulées par les papes du XIXe siècle.

Mais "derrière ces condamnations, il y avait en réalité un libéralisme spécifique, le libéralisme étatiste continental, avec ses prétentions à la souveraineté moniste et absolue, qui était ressenti comme une limitation de l'indépendance nécessaire à la mission de l’Église".

Alors que, au contraire, "la réconciliation concrète qui a été menée à son terme par Vatican II a été réalisée à travers le pluralisme d’un autre modèle libéral, le modèle anglo-saxon, qui relativise de manière radicale les prétentions de l’État, au point de faire de ce dernier non pas le responsable monopoliste du bien commun, mais un ensemble limité de services publics qui sont mis au service de la communauté. À l’opposition entre deux exclusivismes a succédé une rencontre placée sous le signe du pluralisme".

Les citations rapportées ici sont tirées d’un essai que Stefano Ceccanti, professeur de droit public à l'Université de Rome "La Sapienza" et sénateur du Parti Démocratique, s’apprête à publier dans la revue "Quaderni Costituzionali".

Dans cet essai, Ceccanti analyse les deux discours importants que Benoît XVI a prononcés le 22 septembre dernier au Bundestag à Berlin et le 17 septembre 2010 à Westminster Hall, pour montrer que ces deux discours "sont en pleine continuité avec cette réconciliation opérée par le concile".

Dès que l’essai de Ceccanti sera publié dans les "Quaderni Costituzionali", www.chiesa ne manquera pas de le mettre à la disposition de ses lecteurs.

 

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Un quatrième développement est la parution en Italie du livre suivant :

Pietro Cantoni, "Riforma nella continuità. Vaticano II e anticonciliarismo", [Réforme dans la continuité. Vatican II et l’anticonciliarisme], Sugarco Edizioni, Milan, 2011.

Le livre passe en revue les textes les plus controversés du concile Vatican II pour montrer que, dans ces textes, tout peut être lu et expliqué à la lumière de la tradition et de la grande théologie de l’Église, y compris saint Thomas.

L'auteur, Pietro Cantoni, est un prêtre qui – après avoir passé, dans sa jeunesse, plusieurs années en Suisse dans la communauté lefebvriste d’Écône et en être sorti – s’est formé, à Rome, à l’école de l’un des plus grands maîtres de la théologie thomiste, Mgr Brunero Gherardini.

Mais c’est précisément contre son maître que sont dirigées les critiques contenues dans son livre. Gherardini est l’un des "anticonciliaires" qu’il prend le plus pour cible.

En effet, Mgr Gherardini a formulé dans ses derniers ouvrages de sérieuses réserves quant à la fidélité de certaines affirmations du concile Vatican II à la Tradition : dans la constitution dogmatique "Dei Verbum" à propos des sources de la foi, dans le décret "Unitatis redintegratio" à propos de l'œcuménisme, dans la déclaration "Dignitatis humanae" à propos de la liberté religieuse.

Rendant compte de l’un de ses livres au mois de septembre, "La Civiltà Cattolica", la revue des jésuites de Rome qui est n’imprimée qu’après avoir été contrôlée par la secrétairerie d’état du Vatican, a reconnu à ce vieux théologien qui fait autorité un "sincère attachement à l’Église".

Mais cela n’empêche pas Gherardini d’égratigner de ses critiques Benoît XVI lui-même, coupable à ses yeux d’une exaltation du concile qui "rogne les ailes à l'analyse critique" et "empêche de regarder Vatican II avec des yeux plus pénétrants et moins éblouis".

Cela fait deux ans que Gherardini attend en vain du pape ce qu’il lui a demandé dans une "supplique" publique : qu’il soumette les documents du concile à un réexamen et qu’il clarifie de manière directive et définitive le point de savoir "si, en quel sens et jusqu’à quel point" Vatican II est ou non dans la continuité du précédent magistère de l’Église.

Il a annoncé qu’il publierait en mars 2012, à propos du concile Vatican II, un nouveau livre, dont on prévoit qu’il sera encore plus critique que les précédents.

En ce qui concerne le livre de Pietro Cantoni, on pourra en lire ci-dessous, après l'article du cardinal Cottier, un commentaire dû à Francesco Arzillo.

 

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Une autre information est que, le 22 octobre prochain, le prix Acqui Storia sera remis à Roberto de Mattei pour son ouvrage "Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta" [Le concile Vatican II. Une histoire jamais écrite], publié aux éditions Lindau et dont www.chiesa a rendu compte en son temps.

Le prix Acqui est l’un des plus prestigieux dans le domaine des études historiques. Le jury qui a pris la décision de le conférer à de Mattei est composé d’universitaires d’orientations diverses, catholiques et non catholiques.

Mais son président, le professeur Guido Pescosolido de l'Université de Rome "La Sapienza", a démissionné de sa charge justement pour se désolidariser de cette décision.

D’après le professeur Pescosolido, le livre de de Mattei serait gâté par un esprit de militantisme anti-conciliaire incompatible avec les canons de l’historiographie scientifique.

Le professeur Pescosolido a reçu, par le biais d’un communiqué, le soutien de la SISSCO, Société Italienne pour l’Étude de l’Histoire Contemporaine, qui est présidée par le professeur Agostino Giovagnoli, représentant bien connu de la communauté de Sant'Egidio, et qui compte parmi ses dirigeants un autre représentant de cette même communauté, le professeur Adriano Roccucci.

Et dans le "Corriere della Sera" le professeur Alberto Melloni – co-auteur d’une autre histoire bien connue de Vatican II, certainement "militante" elle aussi mais du côté progressiste, celle qui a été écrite par "l’école de Bologne" du père Giuseppe Dossetti et de Giuseppe Alberigo et qui a été traduite en plusieurs langues – a carrément maltraité de Mattei. S’il lui a bien reconnu le mérite d’avoir enrichi de documents inédits la reconstitution de l’histoire du concile, il a comparé son livre à "un ramassis d’opuscules anti-conciliaires" ne méritant pas d’être pris en considération.

Par comparaison, le calme avec lequel le professeur de Mattei a supporté de tels affronts a été pour tous une leçon d’élégance.



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Enfin, toujours dans la ligne d’interprétation de Mgr Gherardini et du professeur de Mattei, un autre livre qui distingue déjà dans le concile Vatican II les dysfonctionnements apparus après le concile est sorti en librairie le 7 octobre en Italie :

Alessandro Gnocchi, Mario Palmaro, "La Bella addormentata. Perché col Vaticano II la Chiesa è entrata in crisi. Perché si risveglierà", [La Belle endormie. Pourquoi l’Église est entrée en crise avec Vatican II. Pourquoi elle se réveillera] Vallecchi, Florence, 2011.

Les deux auteurs ne sont ni historiens ni théologiens, mais ils soutiennent leur thèse avec compétence et avec une efficacité communicative, pour un public de lecteurs plus large que celui qu’atteignent les spécialistes.

Du côté opposé aux traditionalistes, le théologien Carlo Molari a lui aussi élargi le cadre de la discussion par une série d’articles qui ont été publiés dans la revue "La Rocca" de l’association Pro Civitate Christiana d’Assise et dans lesquels il a repris et discuté les interventions parues sur www.chiesa et sur "Settimo cielo".

Grâce à eux aussi, on peut donc prévoir que la controverse relative à Vatican II atteindra un vaste public. Et cela justement à la veille du cinquantième anniversaire, en 2012, de l’ouverture de cette grande assemblée.

En vue de cet événement, qui sera célébré du 3 au 6 octobre de l'année prochaine, le Comité Pontifical des Sciences Historiques a mis en chantier un colloque destiné à étudier comment les évêques qui ont participé au concile ont décrit celui-ci dans leurs journaux intimes et dans leurs archives personnelles.

Et le 11 octobre 2012, jour anniversaire de l’ouverture du concile, sera le début d’une "année de la foi" spéciale, qui se terminera le 24 novembre de l'année suivante, en la solennité du Christ Roi de l'Univers. Benoît XVI l’a annoncé le 16 octobre, au cours de l’homélie de la messe qu’il a célébrée à la basilique Saint-Pierre devant plusieurs milliers de responsables prêts à travailler à la "nouvelle évangélisation".

Sandro Magister

www.chiesa



CETTE PERCEPTION DE L'ÉGLISE COME "LUMIÈRE RÉFLÉCHIE" QUI UNIT LES PÈRES DU PREMIER MILLÉNAIRE ET LE CONCILE VATICAN II

par Georges Cottier


Le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II tombera en 2012, année désormais proche. Un demi-siècle plus tard, ce qui a été un événement majeur de la vie de l’Église continue à susciter des débats – qui s’intensifieront probablement dans les prochains mois – sur la question de savoir quelle est l’interprétation la plus juste de cette assemblée conciliaire.

Les disputes de caractère herméneutique, importantes certainement, risquent pourtant de devenir des controverses pour spécialistes. En revanche, il peut intéresser tout le monde, dans le moment présent surtout, de redécouvrir la source de l’inspiration qui a animé le Concile Vatican II.

La réponse la plus commune reconnaît que cet événement est né du désir de renouveler la vie intérieure de l’Église et d’adapter sa discipline aux nouvelles exigences, pour proposer à nouveau, avec une nouvelle vigueur, sa mission dans le monde actuel, mission attentive dans la foi "aux signes des temps". Mais plus profondément, il faut chercher à saisir quel était le visage le plus intime de l’Église que le Concile se proposait de reconnaître et de représenter au monde, dans son dessein de mise à jour.

Le titre et les premières lignes de la constitution dogmatique conciliaire "Lumen gentium", consacrée à l’Église, sont en ce sens éclairantes dans leur limpidité et dans leur simplicité: "Le Christ est la lumière des peuples; réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église". Dans l’incipit de son document le plus important, le dernier Concile reconnaît que ce qui constitue la source de l’Église n’est pas l’Église elle-même mais la présence vivante du Christ qui édifie personnellement l’Église. La lumière qu’est le Christ se reflète dans l’Église comme dans un miroir.

La conscience de cette donnée élémentaire (l’Église est le reflet dans le monde de la présence et de l’action du Christ) éclaire tout ce que le dernier Concile a dit sur l’Église. Le théologien belge Gérard Philips, qui fut le principal rédacteur de la constitution "Lumen gentium", mit justement en évidence cette donnée dans son monumental commentaire du texte conciliaire.

Selon lui, "la constitution sur l’Église adopte dès le départ la perspective christocentrique, perspective qui s’affirmera fortement au cours de toute l’exposition. L’Église en est profondément convaincue: la lumière des peuples rayonne non à partir de l’Église mais de son divin Fondateur: et pourtant l’Église sait bien que, se reflétant sur son visage, ce rayonnement atteint l’humanité entière". Une perspective reprise jusque dans les dernières lignes du même commentaire dans lesquelles Philips répète que "ce n’est pas à nous de prophétiser sur l’avenir de l’Église, sur ses insuccès et ses développements. L’avenir de cette Église, dont Dieu a voulu faire le reflet du Christ, Lumière des Peuples, est dans Ses mains".

La perception de l’Église comme reflet de la lumière du Christ rapproche le Concile Vatican II des Pères de l’Église qui, dès les premiers siècles, recouraient à l’image du "mysterium lunae", le mystère de la lune, pour suggérer quelle était la nature de l’Église et l’action qui lui convient. Comme la lune, "l’Église brille non de sa lumière propre mais de celle du Christ" ("fulget Ecclesia non suo sed Christi lumine"), dit saint Ambroise. Tandis que, pour Cyrille d’Alexandrie, "l’Église est auréolée de la lumière divine du Christ, qui est l’unique lumière dans le royaume des âmes. Il y a donc une seule lumière: l’Église brille aussi cependant dans cette seule lumière, mais elle n’est pas le Christ lui-même".

En ce sens, mérite attention la réflexion présentée récemment par l’historien Enrico Morini dans une intervention recueillie sur le site www.chiesa.espressonline.it dont s’occupe Sandro Magister.

Selon Morini – qui est professeur d’Histoire du christianisme et des Églises à l’Université de Bologne –, le Concile Vatican II s’est mis "dans la perspective de la continuité la plus absolue avec la tradition du premier millénaire, selon une périodisation qui n’est pas purement mathématique mais qui porte sur le fond des choses, le premier millénaire d’histoire de l’Église étant celui de l’Église des sept Conciles, de l’Église encore indivise […]. En promouvant le renouvellement de l’Église le Concile n’a pas cherché à introduire quelque chose de nouveau – comme le désirent et le craignent respectivement les progressistes et les conservateurs – mais à retourner à ce qui s’est perdu".

Cette observation peut créer des équivoques si elle est assimilée au mythe historiographique qui voit le déroulement de l’histoire de l’Église comme une décadence progressive et un éloignement croissant du Christ et de l’Évangile. On ne peut pas non plus accréditer les oppositions artificieuses selon lesquelles le développement dogmatique du second millénaire ne serait pas conforme à la Tradition partagée durant le premier millénaire de l’Église indivise. Comme l’a souligné le cardinal Charles Journet, en se référant entre autres au bienheureux John Henry Newman et à son essai sur le développement du dogme, le "depositum" que nous avons reçu n’est pas un dépôt mort mais un dépôt vivant. Et tout ce qui est vivant se maintient en vie en se développant.

Il faut en même temps considérer comme un fait objectif la correspondance entre la perception de l’Église exprimée dans la "Lumen gentium" et celle qui était déjà partagée dans les premiers siècles du christianisme. C’est-à-dire que l’Église n’est pas présupposée comme un sujet distinct, préétabli. L’Église s’en tient au fait que sa présence dans le monde fleurit et subsiste comme reconnaissance de la présence et de l’action du Christ.

Dans notre plus récente actualité ecclésiale, cette perception de ce qui constitue la source de l’Église  semble parfois s’obscurcir pour beaucoup de chrétiens et une sorte de renversement paraît se produire: de reflet de la présence du Christ (qui, avec le don de Son Esprit, édifie l’Église), on passe à une perception de l’Église comme une réalité qui s’emploie matériellement et idéalement à attester et réaliser par elle-même sa présence dans l’histoire.

De ce second modèle de perception de la nature de l’Église, qui n’est pas conforme à la foi, découlent des conséquences concrètes.

Si, comme il le faut, l’Église se perçoit dans le monde comme reflet de la présence du Christ, l’annonce de l’Évangile ne peut s’effectuer que dans le dialogue et dans la liberté et doit renoncer à tout moyen de coercition aussi bien matériel que spirituel. C’est la voie indiquée par Paul VI dans sa première encyclique "Ecclesiam suam"¸ publiée en 1964, qui exprime parfaitement le regard que le Concile porte sur l’Église.

Le regard que le Concile a porté sur les divisions entre chrétiens et ensuite sur les croyants des autres religions reflétait lui aussi la même perception de l’Église. Ainsi la demande de pardon pour les fautes des chrétiens, demande qui a étonné et fait discuter au sein du corps ecclésial quand elle fut présentée par Jean Paul II, est parfaitement en accord avec la conscience de l’Église décrite jusqu’à présent. Si l’Église demande pardon ce n’est pas pour se conformer aux usages du monde mais parce qu’elle reconnaît que les péchés de ses enfants obscurcissent la lumière du Christ qu’elle est appelée à laisser se réfléchir sur son visage. Tous ses enfants sont des pécheurs appelés par l’action de la grâce à la sainteté. Une sanctification qui est toujours un don de la miséricorde de Dieu, lequel désire qu’aucun pécheur – aussi horrible soit son péché – ne soit entraîné par le Malin sur la voie de la perdition. On comprend ainsi la formule du cardinal Journet: l’Église est sans péché mais non sans pécheurs.

Le référence à la vraie nature de l’Église comme reflet de la lumière du Christ a aussi des implications pastorales immédiates. On enregistre malheureusement dans le contexte actuel la tendance de certains évêques à exercer leur magistère à travers des déclarations faites dans les media, dans lesquelles sont souvent fournies des prescriptions et des indications sur ce que doivent ou ne doivent pas faire les chrétiens. Comme si la présence des chrétiens dans le monde était le produit de stratégies et de prescriptions et ne naissait pas de la foi, c’est-à-dire de la reconnaissance de la présence du Christ et de son message.

Peut-être, dans le monde actuel, serait-il plus simple et réconfortant pour tout le monde d’écouter des pasteurs qui parlent à tout le monde sans donner la foi comme présupposée. Comme l’a reconnu Benoît XVI dans son homélie à Lisbonne, le 11 mai 2010, "souvent nous nous préoccupons fébrilement des conséquences sociales, culturelles et politiques de la foi, escomptant que cette foi existe, ce qui malheureusement s’avère de jour en jour moins réaliste".

(Traduction française de "30 Jours")



UN BON LIVRE ET DEUX CATÉCHISMES À CONFRONTER

par Francesco Arzillo


La parution du livre de Pietro Cantoni "Réforme dans la continuité. Vatican II et l’anticonciliarisme" est un événement qui mérite d’être signalé avec éloge. Il s’agit, en effet, d’un exemple de rigoureux exercice d’une "herméneutique de la continuité" : excellent remède contre la maladie que constitue la "polarisation" existant dans l'opinion publique ecclésiale, telle qu’elle se manifeste principalement dans des débats publics alimentés par des minorités "engagées" mais très peu présents dans la vie des catholiques de paroisse moyens, c’est-à-dire de la grande majorité des fidèles.

Guidé par Cantoni dans la lecture de quelques-uns des plus célèbres passages controversés des textes conciliaires, le lecteur non théologien va découvrir que ceux-ci, en fin de compte, ne contiennent rien qui ne puisse être lu et expliqué à la lumière de la Tradition et de la grande théologie de l’Église, y compris saint Thomas.

On note avec regret que cette attitude a pu être interprétée – par certains – comme une sorte de défense a priori de Vatican II, qui porterait préjudice au juste engagement contre les excès et les dysfonctionnements d’une partie de la théologie et des pratiques postconciliaires.

Mais, par ailleurs, comment un catholique pourrait-il ne pas défendre un concile œcuménique ? Sur quelle source théologique ou magistérielle une telle attitude pourrait-elle s’appuyer ? Un catholique pourrait-il sélectionner les enseignements des pasteurs en choisissant ce qui lui paraît le meilleur en fonction de sa propre sensibilité et de ses tendances culturelles ou religieuses ?

On attend encore que la grande portée du concile Vatican II soit explorée à fond dans sa richesse multiforme, qui pose certainement des problèmes d’interprétation mais qui suscite aussi des espoirs et des incitations à chercher une compréhension toujours meilleure du mystère de la foi chrétienne.

Mais, dans tout cela, quel est le rôle du simple fidèle ? On ne peut certainement pas attendre de lui qu’il s’inscrive à l’un des partis théologico-liturgico-ecclésiaux présents sur la place publique et qu’il en partage les caractères spécifiques et les présupposés souvent unilatéraux et pleins d’a priori.

On ne peut pas non plus souhaiter raisonnablement que le simple fidèle soit conduit, par exemple, à sous-estimer la Messe de Paul VI par rapport à la Messe de saint Pie V ou inversement ; ou encore à sous-estimer sainte Edith Stein par rapport à sainte Thérèse d'Avila ou inversement. Cela reviendrait à priver l’Église de la dimension étendue dans les siècles de la catholicité et à céder à la conception crypto-apocalyptique de la rupture qui se serait produite à l’époque moderne (quelles que soient la datation et la lecture, positive ou négative, que l’on veut donner de cette rupture).

On a surtout l’impression que le monde traditionaliste ne se rend pas compte du fait qu’adhérer – même sous la forme d’une opposition – à la conception de la modernité comme rupture représente une forme évidente de subordination idéologique par rapport à l'adversaire, dont on finit par accepter le présupposé de départ.

Cela donne envie de suggérer, à cet égard, un exercice plus simple que celui qui est réservé aux théologiens. Nous suggérons de lire, par exemple, au moins quelques parties du Catéchisme de saint Pie X en parallèle avec le "Compendium" de Benoît XVI.

Une telle lecture permet de faire des découvertes enthousiasmantes. Elle fait voir clairement non seulement qu’il n’y a aucune contradiction entre les deux catéchismes, mais que les contenus des deux textes s’éclairent réciproquement en un enrichissement qui est circulaire mais non autoréférentiel, parce qu’il est orienté vers le référent ultime, qui est le Saint Mystère dans sa réalité objective et transcendante.

Bien évidemment, cela ne signifie pas ne pas voir les problèmes – graves aussi – qui se posent à l’époque actuelle, parmi lesquels figure notamment le problème des carences en termes d’épistémologie et de contenu que connaissent les théologies les plus répandues (c’est là une question qui fera l’objet d’une enquête approfondie dans un livre du prêtre et philosophe Antonio Livi à paraître prochainement).

Mais cela signifie voir ces problèmes dans la juste lumière, autrement dit, en dernière analyse, les voir dans l’Esprit qui anime l’Église mère et maîtresse et qui n’a pas cessé de la soutenir, même à l’époque contemporaine : l’Esprit de Jésus-Christ, qui est avec nous "tous les jours, jusqu’à la fin du monde" (Mt 28, 20).



La revue qui a publié l'intervention du cardinal Cottier :

> 30 Jours
http://www.30giorni.it/index_l4.htm



Un commentaire de Brunero Gherardini à propos des critiques formulées par Pietro Cantoni :

> Risposta a don Cantoni : fra teologia e amarezza
http://www.unavox.it/ArtDiversi/DIV206_Interv_Gherardini_su_Cantoni.html


Une interview de Gnocchi et Palmaro à propos de leur nouveau livre :

> Concilio Vaticano II: il mito di un "superdogma" da cui uscire
http://blog.messainlatino.it/2011/09/intervista-gnocchi-e-palmaro-sul-loro.html


Le discours prononcé par Benoît XVI le 22 décembre 2005 qui a lancé la discussion relative à l'herméneutique du concile :

> "Messieurs les Cardinaux..."
http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2005/december/documents/hf_ben_xvi_spe_20051222_roman-curia_fr.html


Sur www.chiesa et sur le blog "Settimo cielo", la discussion est en cours depuis plusieurs mois. Y sont intervenus à de nombreuses reprises Francesco Agnoli, Francesco Arzillo, Inos Biffi, Giovanni Cavalcoli, Stefano Ceccanti, Georges Cottier, Roberto de Mattei, Massimo Introvigne, Agostino Marchetto, Alessandro Martinetti, Enrico Morini, Enrico Maria Radaelli, Fulvio Rampi, Martin Rhonheimer, Basile Valuet, David Werling, Giovanni Onofrio Zagloba.

Voici, dans l’ordre, les précédents chapitres de la discussion, sur www.chiesa :  

> Les grands déçus du pape Benoît (8.4.2011)

> Les déçus ont parlé. Le Vatican répond (18.4.2011)

> Qui trahit la tradition ? Le grand débat (28.4.2011)

> L'Église est infaillible mais Vatican II ne l'est pas (5.5.2011)

> Benoît XVI "réformiste". La parole est à la défense (11.5.2011)

> Liberté religieuse. L'Église avait-elle raison même quand elle la condamnait? (26.5.2011)

> Un "grand déçu" rompt le silence. Par un appel au pape (16..6.2011)

> Bologne parle: la tradition est aussi faite de "ruptures" (21.6.2011)
http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1348361?fr=y

Et aussi, sur le blog SETTIMO CIELO :

> Francesco Agnoli: il funesto ottimismo del Vaticano II (8.4.2011)

> La Chiesa può cambiare la sua dottrina? La parola a Ceccanti e a Kasper (29.5.2011)

> Ancora su Stato e Chiesa. Dom Valuet risponde a Ceccanti (30.5.2011)

> Padre Cavalcoli scrive da Bologna. E chiama in causa i "bolognesi" (31.5.2011)

> Può la Chiesa cambiare dottrina? Il professor "Zagloba" risponde (6.6.2011)

> Tra le novità del Concilio ce n'è qualcuna infallibile? San Domenico dice di sì (8.6.2011)

> Esami d'infallibilità per il Vaticano II. Il quizzone del professor Martinetti (27.6.2011)
http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2011/06/27/esami-dinfallibilita-per-il-vaticano-ii-il-quizzone-del-professor-martinetti/

> Il bolognese Morini insiste: la Chiesa ritorni al primo millennio (15.7.2011)
http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2011/07/15/il-bolognese-morini-insiste-la-chiesa-ritorni-al-primo-millennio/

> La Tradizione abita di più in Occidente. Padre Cavalcoli ribatte a Morini (27.7.2011)
http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2011/07/27/la-tradizione-abita-di-piu-in-occidente-padre-cavalcoli-ribatte-a-morini/

> Rampi: come cantare il gregoriano nel secolo XXI (3.8.2011)
http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2011/08/03/rampi-come-cantare-il-gregoriano-nel-secolo-xxi/


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

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