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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

il est vivant !

Pro multis, au cœur du mystère eucharistique. L'éclairage du Père Lombardi

dominicanus #Il est vivant !

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Après Pâques, Benoît XVI avait pris quelques jours de repos à la résidence pontificale de Castelgandolfo, près de Rome. Il en a profité pour écrire dans sa propre langue, l’Allemand, une longue lettre aux évêques allemands (qui l’ont publiée quelques jours plus tard), pour les inviter à modifier la traduction du « pro multis » de la prière eucharistique. Il s’agit de la traduction postconciliaire de la formule de consécration du vin au cours de la messe. Le « pro multis » latin (« pour beaucoup ») a été traduit en langue vernaculaire par « pour tous ». 

 
Un ajustement avait été demandé au début de ce pontificat par la Congrégation pour le Culte divin, mais il n’avait pas eu un vaste écho, les avis étant partagés dans l’Eglise à ce propos. L’épiscopat hongrois a été le premier en 2009, à appliquer les retouches demandées. Les Chiliens, les Argentins, les anglophones ont suivi. Les francophones ne sont pas concernés car ils ont adopté après le Concile une formulation plus proche du texte latin «Pour vous et pour la multitude ».

En vue de la parution prochaine d’une nouvelle traduction allemande des livres liturgiques, le Pape a décidé d’intervenir personnellement. Sur un ton fraternel mais ferme, il demande aux évêques germanophones une traduction plus fidèle aux paroles prononcées par le Christ lors de l’institution de l’Eucharistie.


Dans son éditorial hebdomadaire, le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, et de la radio et télévision vaticanes, explique pourquoi la traduction « pour beaucoup », plus fidèle au texte de l’Evangile, est préférable à « pour tous », qui visait à expliciter l’universalité du salut apporté par le Christ. Certains pourraient penser que cette clarification linguistique ne s’adresse qu’à quelques spécialistes raffinés. En réalité, elle permet de comprendre ce qui est important pour le Pape et avec quelle attitude spirituelle il affronte ses priorités. 

 
Pour Benoît XVI, explique le Père Lombardi, les paroles de l’institution de l’Eucharistie sont absolument fondamentales : nous sommes au cœur de la vie de l’Eglise. Avec la formule « pour beaucoup », Jésus s’identifie au Serviteur de Jahvé, annoncé par le prophète Isaïe ; en répétant ces paroles, nous exprimons mieux une double fidélité : notre fidélité à la parole de Jésus, et la fidélité de Jésus à l’Ecriture. Il ne fait aucun doute que Jésus est mort pour le salut de tous, il faut l’expliquer aux fidèles, mais il faut dans le même temps leur expliquer la signification profonde des paroles de l’institution de l’Eucharistie. Le Seigneur se donne « pour vous et pour beaucoup » : nous nous sentons directement concernés et dans notre gratitude nous devenons responsables du salut promis à tous. Le Pape – qui avait déjà abordé cette question dans son livre sur Jésus* – nous donne un exemple de catéchèse, profond et passionnant, sur une des formulations les plus importantes de la foi chrétienne. Une leçon d’amour et de respect vécu pour la Parole de Dieu, de réflexion théologique et spirituelle essentielle et de très haut niveau, pour vivre plus profondément l’Eucharistie. 

 

* Jésus de Nazareth, deuxième partie. De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection, Editions du Rocher 2011, p. 158-162.

Un pape rare: ayant le "sense of humour"

dominicanus #Il est vivant !

Le 16 avril 2012, Benoît XVI a 85 ans. Et, trois jours plus tard, il arrive à sept ans de pontificat. Un écrivain en fait le portrait. Surprenant 

 

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"La joie profonde du cœur
est aussi la vraie condition de l’'humour';
et donc l’'humour',
à un certain point de vue,
est un signe,
un baromètre de la foi".

(Benoît XVI)
 

***

Je n’ai pas fait un examen approfondi, mais je suis prêt à parier que, si l’on analysait la fréquence d’utilisation des mots dans les textes de Benoît XVI, celui que l’on rencontrerait le plus souvent serait “joie”.

Partons de l’une de ses très nombreuses affirmations à propos de l'importance de la joie pour le chrétien et essayons de l’appliquer à ce pape qui s’est présenté, à peine élu, comme un "humble ouvrier dans la vigne du Seigneur". C’est une phrase qui est tirée de son livre-entretien "Lumière du monde" et, placée presque en ouverture du livre, elle a une tonalité catégorique : 

“Toute ma vie a toujours été traversée par un fil conducteur, que voici : le christianisme donne de la joie, il élargit les horizons. En définitive une existence vécue toujours et uniquement 'contre' serait insupportable”. 

Premier point : la joie et la raison sont liées l’une à l’autre. Et le lien qui les unit se trouve dans cette étrange religion qui “élargit les horizons”. Gilbert K. Chesterton, parlant de sa conversion, écrivait : “Devenir catholique élargit l’esprit” et, plus loin : “Devenir catholique ne signifie pas arrêter de penser, mais apprendre à le faire”.

Second point, surprenant : nous nous étions peut-être habitués à l'idée d’un pape révolutionnaire, d’un pape "contre”, et voici qu’arrive tout de suite le démenti, parce que l’on ne peut pas vivre “toujours et uniquement 'contre'”.

Bien évidemment, cette opposition est seulement apparente. En effet, plus loin dans la même phrase, le pape précise : “ Mais en même temps j’ai toujours eu plus ou moins présente à l’esprit l’idée que l’Évangile s’oppose à des appareils puissants. […] Supporter des attaques et opposer une résistance, cela fait donc partie du jeu ; c’est une résistance, mais elle a pour objectif de mettre en lumière ce qu’il y a de positif”.

Résistance, donc, qui signifie abandon de toute résignation, de toute plainte ou de tout ressentiment et démarche de recherche patiente et tenace de “ce qu’il y a de positif”, de cette bonté qui est cachée dans les replis de l’histoire des hommes. C’est cela, le courage de Benoît, le courage de la joie :

“La joie simple, authentique, est devenue plus rare. La joie est aujourd’hui, en quelque sorte, de plus en plus chargée d’hypothèques morales et idéologiques. […] Le monde ne devient pas meilleur s’il est privé de joie, le monde a besoin de gens qui découvrent le bien, qui sont capables d’en ressentir de la joie et qui, de cette manière, reçoivent aussi l’incitation et le courage qu’il faut pour faire le bien. […] Nous avons besoin d’éprouver cette confiance originelle que, en dernier ressort, seule la foi peut nous donner. Croire que, en fin de compte, le monde est bon, que Dieu existe et qu’il est bon. De là découle aussi le courage de la joie, qui devient à son tour engagement pour que les autres puissent également éprouver de la joie et recevoir la bonne nouvelle”. 

Humilité veut dire courage, le courage de la joie. 

Joie et humilité progressent ou régressent d’un même pas. C’est ce qu’avait bien exprimé Chesterton dans le court mais dense essai qu’il consacra à l’humilité en 1901 : 

“Selon la nouvelle philosophie de l’estime de soi et de l'affirmation de soi, l'humilité est un vice. […] Elle accompagne chacune des grandes joies de la vie avec la précision d’une horloge. Personne, par exemple, n’a jamais été amoureux sans se livrer à une véritable orgie d’humilité. […] Si aujourd’hui l’humilité est discréditée comme vertu, il ne sera pas du tout superflu de faire remarquer que ce discrédit coïncide avec la grande régression de la joie dans la littérature et dans la philosophie contemporaines. […] Quand nous sommes authentiquement heureux, nous pensons que nous ne méritons pas le bonheur. Mais quand nous prétendons à une émancipation divine, nous paraissons avoir la certitude absolue que nous ne méritons rien”.

Joie et humilité, donc. Les deux sont indissociables. Mais il manque un petit élément intermédiaire qui est pourtant bien présent chez l’homme et chez le pape bavarois : l'humour. 

Pour Benoît XVI, joie et humour sont étroitement liés. Il écrit en conclusion de son essai de théologie dogmatique “Le Dieu de Jésus-Christ” :

”L’une des règles fondamentales pour le discernement des esprits pourrait donc être celle-ci : là où la joie fait défaut, là où l’humour meurt, il n’y a pas non plus l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus-Christ. Et inversement : la joie est un signe de la grâce. Celui qui est profondément serein, celui qui a souffert sans pour autant perdre la joie, celui-là n’est pas loin du Dieu de l’Évangile, de l’Esprit de Dieu, qui est l’Esprit de la joie éternelle”.

Jacques Maritain disait qu’une société qui perd le sens de l'humour se prépare à ses funérailles.

L’humour comme chemin vers la joie ; le "sense of humour" comme manière divertissante (au sens le plus sain du terme) de vivre la vie, en partant du point fondamental : l'essence du christianisme est la joie. Pour le dire avec Chesterton, ce maître d’humour, “la joie est le grand secret du chrétien”. Dans "Le sel de la terre" Benoît XVI écrit :

“La foi donne la joie. Si Dieu n’y est pas, le monde est une désolation et tout devient ennuyeux, tout est totalement insuffisant. […] L'élément constitutif du christianisme est la joie. Mais pas la joie au sens d’un divertissement superficiel, dont le fond peut aussi être le désespoir”.

Si le monde tourne le dos à Dieu, nous dit le pape-théologien ex-préfet de l'ex-Saint-Office, il ne se condamne pas à la fausseté, ni au blasphème, ni même à l’hérésie, mais à l’ennui. Ce qui fait penser à la boutade formulée par Clive S. Lewis alors qu’il ne s’était pas encore converti de l'athéisme au christianisme : “Les chrétiens ont tort, mais tous les autres sont ennuyeux”.
Andrea Monda



(s.m.) La page reproduite ci-dessus est tirée du dernier chapitre du livre consacré à Benoît XVI que l’auteur a publié ces jours-ci :

Andrea Monda, "Benedetta umiltà. Le virtù semplici di Joseph Ratzinger", Lindau, Turin, 2012, 192 pp., 14,00 euros.


Dans son portrait du pape, Monda place nettement au centre de la scène deux de ses vertus, l'humilité "et son fruit le plus savoureux", l'humour :

"Ce sont deux mots qui ont comme racine étymologique commune le terme 'humus', terre. Celui qui est 'simple', qui ne s’enorgueillit pas, est en même temps humble et doué d’humour, parce qu’il se rend compte qu’il existe un monde plus grand que son moi et qu’il y a Quelqu’un d’encore plus grand au-delà de ce monde. Humilité et humour sont le secret de la vie, surtout pour un catholique, et ce sont ces deux traits qui caractérisent au plus haut degré l'homme Joseph Ratzinger-Benoît XVI, tout autant que son œuvre".

Andrea Monda est diplômé de l’Université Pontificale Grégorienne. Il enseigne la religion dans des lycées de Rome. Il écrit dans différents quotidiens et périodiques. Il est l’auteur d’ouvrages consacrés à Tolkien et à C. S. Lewis.
www.chiesa


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Pâque de saint Gauthier

dominicanus #Il est vivant !

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Si je vous dis que c'est aujourd'hui la fête de Pâques, je ne vous apprends probablement rien de neuf. 

Mais permettez-moi de partager avec vous que Pâques pour moi cette année, c'est un peu spécial. C'est qu'elle tombe le jour de ma fête patronale.

En effet, le 8 avril c'est la fête de saint Gauthier, et, là encore, je vous apprends peut-être quelque chose, Gauthier est la forme française de ... Walter ! 

Alors, si vous n'avez pas trop fêté, vous pourriez peut-être faire votre B.A. pascale et me laisser en commentaire un petit coucou de bonne fête. Mais avant cela, lisez la suite...

 

JMJ 2012: Benoît XVI invite les jeunes à être missionnaires de la joie

dominicanus #Il est vivant !
jmj
«Soyez toujours dans la joie du Seigneur !» (Ph 4, 4)

Chers jeunes,

 
Je suis heureux de pouvoir à nouveau m’adresser à vous à l’occasion de la XXVIIème Journée Mondiale de la Jeunesse. Le souvenir de la rencontre de Madrid, en août dernier, reste très présent à mon esprit. Ce fut un temps de grâce exceptionnel au cours duquel Dieu a béni les jeunes présents, venus du monde entier. Je rends grâce à Dieu pour tout ce qu’il a fait naître lors de ces journées, et qui ne manquera pas de porter du fruit à l’avenir pour les jeunes et pour les communautés auxquelles ils appartiennent. A présent nous sommes déjà orientés vers le prochain rendez-vous de Rio de Janeiro en 2013, qui aura pour thème « Allez, de toutes les nations faites des disciples ! » (cf. Mt 28, 19)

 
Cette année, le thème de la Journée Mondiale de la Jeunesse nous est donné par une exhortation de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » (Ph 4, 4). La joie, en effet, est un élément central de l’expérience chrétienne. Et au cours de chaque Journée Mondiale de la Jeunesse, nous faisons l’expérience d’une joie intense, la joie de la communion, la joie d’être chrétiens, la joie de la foi. C’est une des caractéristiques de ces rencontres. Et nous voyons combien cette joie attire fortement : dans un monde souvent marqué par la tristesse et les inquiétudes, la joie est un témoignage important de la beauté de la foi chrétienne et du fait qu’elle est digne de confiance. 

 
L’Eglise a pour vocation d’apporter au monde la joie, une joie authentique qui demeure, celle que les anges ont annoncé aux bergers de Bethléem la nuit de la naissance de Jésus (cf. Lc 2, 10) : Dieu n’a pas seulement parlé, il n’a pas seulement accompli des signes prodigieux dans l’histoire de l’humanité, Dieu s’est fait tellement proche qu’il s’est fait l’un de nous et a parcouru toutes les étapes de la vie humaine. Dans le difficile contexte actuel, tant de jeunes autour de vous ont un immense besoin d’entendre que le message chrétien est un message de joie et d’espérance ! Aussi, je voudrais réfléchir avec vous sur cette joie, sur les chemins pour la trouver, afin que vous puissiez en vivre toujours plus profondément et en être les messagers autour de vous. 

 


1. Notre cœur est fait pour la joie

 
L’aspiration à la joie est imprimée dans le cœur de l’homme. Au-delà des satisfactions immédiates et passagères, notre cœur cherche la joie profonde, parfaite et durable qui puisse donner du “goût” à l’existence. Et cela est particulièrement vrai pour vous, parce que la jeunesse est une période de continuelle découverte de la vie, du monde, des autres et de soi-même. C’est un temps d’ouverture vers l’avenir où se manifestent les grands désirs de bonheur, d’amitié, de partage et de vérité et durant lequel on est porté par des idéaux et on conçoit des projets.

 
Chaque jour, nombreuses sont les joies simples que le Seigneur nous offre : la joie de vivre, la joie face à la beauté de la nature, la joie du travail bien fait, la joie du service, la joie de l’amour sincère et pur. Et si nous y sommes attentifs, il y a de nombreux autres motifs de nous réjouir : les bons moments de la vie en famille, l’amitié partagée, la découverte de ses capacités personnelles et ses propres réussites, les compliments reçus des autres, la capacité de s’exprimer et de se sentir compris, le sentiment d’être utile à d’autres. Il y a aussi l’acquisition de nouvelles connaissance que nous faisons par les études, la découverte de nouvelles dimensions par des voyages et des rencontres, la capacité de faire des projets pour l’avenir. Mais également lire une œuvre de littérature, admirer un chef d’œuvre artistique, écouter ou jouer de la musique, regarder un film, tout cela peut produire en nous de réelles joies. 

 
Chaque jour, pourtant, nous nous heurtons à tant de difficultés et notre cœur est tellement rempli d’inquiétudes pour l’avenir, qu’il nous arrive de nous demander si la joie pleine et permanente à laquelle nous aspirons n’est pas une illusion et une fuite de la réalité. De nombreux jeunes s’interrogent : aujourd’hui la joie parfaite est-elle vraiment possible ? Et ils la recherchent de différentes façons, parfois sur des voies qui se révèlent erronées, ou du moins dangereuses. Comment distinguer les joies réellement durables des plaisirs immédiats et trompeurs ? Comment trouver la vraie joie dans la vie, celle qui dure et ne nous abandonne pas, même dans les moments difficiles ? 

 


2. Dieu est la source de la vraie joie

 
En réalité, les joies authentiques, que ce soient les petites joies du quotidien comme les grandes joies de la vie, toutes trouvent leur source en Dieu, même si cela ne nous apparaît pas immédiatement. La raison en est que Dieu est communion d’amour éternel, qu’il est joie infinie qui n’est pas renfermée sur elle-même mais qui se propage en ceux qu’il aime et qui l’aiment. Dieu nous a créés par amour à son image afin de nous aimer et de nous combler de sa présence et de sa grâce. Dieu veut nous faire participer à sa propre joie, divine et éternelle, en nous faisant découvrir que la valeur et le sens profond de notre vie réside dans le fait d’être accepté, accueilli et aimé de lui, non par un accueil fragile comme peut l’être l’accueil humain, mais par un accueil inconditionnel comme est l’accueil divin : je suis voulu, j’ai ma place dans le monde et dans l’histoire, je suis aimé personnellement par Dieu. Et si Dieu m’accepte, s’il m’aime et que j’en suis certain, je sais de manière sûre et certaine qu’il est bon que je sois là et que j’existe. 

 
C’est en Jésus Christ que se manifeste le plus clairement l’amour infini de Dieu pour chacun. C’est donc en lui que se trouve cette joie que nous cherchons. Nous voyons dans les Evangiles comment chaque événement qui marque les débuts de la vie de Jésus est caractérisé par la joie. Lorsque l’ange Gabriel vient annoncer à la Vierge Marie qu’elle deviendra la mère du Sauveur, il commence par ces mots : « Réjouis-toi ! » (Lc 1, 28). Lors de la naissance du Christ, l’ange du Seigneur dit aux bergers : « Voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. » (Lc 2, 11) Et les mages qui cherchaient le nouveau-né, « quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie ». (Mt 2, 10) Le motif de cette joie est donc la proximité de Dieu, qui s’est fait l’un de nous. C’est d’ailleurs ainsi que l’entendait saint Paul quand il écrivait aux chrétiens de Philippes: « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! Laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie ! Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. » (Ph 4, 4-5) La première cause de notre joie est la proximité du Seigneur, qui m’accueille et qui m’aime. 


En réalité une grande joie intérieure naît toujours de la rencontre avec Jésus. Nous le remarquons dans de nombreux épisodes des Evangiles. Voyons par exemple la visite que Jésus fit à Zachée, un collecteur d’impôt malhonnête, un pécheur public auquel Jésus déclare « il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ». Et Zachée, comme saint Luc le précise, « le reçut avec joie » (Lc 19, 5-6). C’est la joie d’avoir rencontré le Seigneur, de sentir l’amour de Dieu qui peut transformer toute l’existence et apporter le salut. Zachée décide alors de changer de vie et de donner la moitié de ses biens aux pauvres. 


A l’heure de la passion de Jésus, cet amour se manifeste dans toute sa grandeur. Dans les derniers moments de sa vie sur la terre, à table avec ses amis, il leur dit : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. (…) Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » (Jn 15, 9.11) Jésus veut introduire ses disciples et chacun d’entre nous dans la joie parfaite, celle qu’il partage avec son Père, pour que l’amour dont le Père l’aime soit en nous (cf. Jn 17, 26). La joie chrétienne est de s’ouvrir à cet amour de Dieu et d’être possédé par lui.


Les Evangiles nous racontent que Marie-Madeleine et d’autres femmes vinrent visiter le tombeau où Jésus avait été déposé après sa mort et reçurent d’un ange l’annonce bouleversante de sa résurrection. Elles quittèrent vite le tombeau, comme le note l’Evangéliste, « tout émues et pleines de joie » et coururent porter la joyeuse nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue !» (Mt 28, 8-9). C’est la joie du salut qui leur est offerte : le Christ est vivant, il est celui qui a vaincu le mal, le péché et la mort. Et il est désormais présent avec nous, comme le Ressuscité, jusqu’à la fin du monde (cf. Mt 28, 20). Le mal n’a pas le dernier mot sur notre vie. Mais la foi dans le Christ Sauveur nous dit que l’amour de Dieu est vainqueur.


Cette joie profonde est un fruit de l’Esprit Saint qui fait de nous des fils de Dieu, capables de vivre et de goûter sa bonté, en nous adressant à lui avec l’expression “Abba”, Père (cf. Rm 8 ,15). La joie est le signe de sa présence et de son action en nous. 

 


3. Garder au cœur la joie chrétienne 


A présent nous nous demandons : comment recevoir et garder ce don de la joie profonde, de la joie spirituelle ? 


Un Psaume dit : « Mets ta joie dans le Seigneur : il comblera les désirs de ton cœur » (Ps 36, 4). Et Jésus explique que « le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète ce champ » (Mt 13, 44). Trouver et conserver la joie spirituelle procède de la rencontre avec le Seigneur, qui demande de le suivre, de faire un choix décisif, celui de tout miser sur lui. Chers jeunes, n’ayez pas peur de miser toute votre vie sur le Christ et son Evangile : c’est la voie pour posséder la paix et le vrai bonheur au fond de notre cœur, c’est la voie de la véritable réalisation de notre existence de fils de Dieu, créés à son image et à sa ressemblance.


Mettre sa joie dans le Seigneur : la joie est un fruit de la foi, c’est reconnaître chaque jour sa présence, son amitié : « Le Seigneur est proche » (Ph 4,5). C’est mettre notre confiance en lui, c’est grandir dans la connaissance et dans l’amour pour lui. L’“Année de la foi”, dans laquelle nous allons bientôt entrer, nous y aidera et nous encouragera. Chers amis, apprenez à voir comment Dieu agit dans vos vies, découvrez-le caché au cœur des événements de votre quotidien. Croyez qu’il est toujours fidèle à l’alliance qu’il a scellé avec vous au jour de votre Baptême. Sachez qu’il ne vous abandonnera jamais. Et tournez souvent les yeux vers lui. Sur la croix, il a donné sa vie par amour pour vous. La contemplation d’un tel amour établit en nos cœurs une espérance et une joie que rien ne peut vaincre. Un chrétien ne peut pas être triste quand il a rencontré le Christ qui a donné sa vie pour lui. 


Chercher le Seigneur, le rencontrer dans notre vie signifie également accueillir sa Parole, qui est joie pour le cœur. Le prophète Jérémie écrit : « Quand tes paroles se présentaient je les dévorais : ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur » (Jr 15,16). Apprenez à lire et à méditer l’Ecriture Sainte, vous y trouverez la réponse aux questions profondes de vérité qui habitent votre cœur et votre esprit. La Parole de Dieu nous fait découvrir les merveilles que Dieu a accomplies dans l’histoire de l’homme et elle pousse à la louange et à l’adoration, pénétrées par la joie : « Venez crions de joie pour le Seigneur,… prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits » (Ps94, 1.6).


La liturgie est par excellence le lieu où s’exprime cette joie que l’Eglise puise dans le Seigneur et transmet au monde. Ainsi chaque dimanche, dans l’Eucharistie, les communautés chrétiennes célèbrent le Mystère central du Salut : la mort et la résurrection du Christ. C’est le moment fondamental du cheminement de tout disciple du Seigneur, où se rend visible son Sacrifice d’amour. C’est le jour où nous rencontrons le Christ Ressuscité, où nous écoutons sa Parole et nous nourrissons de son Corps et de son Sang. Un Psaume proclame : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie ! » (Ps 117, 24). Et dans la nuit de Pâques, l’Eglise chante l’Exultet, expression de joie pour la victoire du Christ Jésus sur le péché et sur la mort : « Exultez de joie, multitude des anges… sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feux… entends vibrer dans ce lieu saint l’acclamation de tout un peuple ! ». La joie chrétienne naît de se savoir aimé d’un Dieu qui s’est fait homme, qui a donné sa vie pour nous, a vaincu le mal et la mort ; et c’est vivre d’amour pour lui. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, jeune carmélite, écrivait : « Jésus, ma joie, c’est de t’aimer ! » (Pn 45, 21 janvier 1897).



4. La joie de l’amour


Chers amis, la joie est intimement liée à l’amour : ce sont deux fruits de l’Esprit inséparables (cf. Ga 5, 23). L’amour produit la joie et la joie est une forme d’amour. La bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, faisant écho aux paroles de Jésus : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35), disait : « La joie est une chaîne d'amour, pour gagner les âmes. Dieu aime qui donne avec joie. Et celui qui donne avec joie donne davantage ». Et le Serviteur de Dieu Paul VI écrivait : «En Dieu lui-même, tout est joie parce que tout est don» (Exhort. Ap. Gaudete in Domino, 9 mai 1975).


En pensant aux différents aspects de votre vie, je voudrais vous dire qu’aimer requiert de la constance et de la fidélité aux engagements pris. Cela vaut d’abord pour les amitiés : nos amis attendent de nous que nous soyons sincères, loyaux et fidèles, parce que l’amour vrai est persévérant surtout dans les difficultés. Cela vaut aussi pour le travail, les études et les services que vous rendez. La fidélité et la persévérance dans le bien conduisent à la joie, même si elle n’est pas toujours immédiate.


Pour entrer dans la joie de l’amour, nous sommes aussi appelés à être généreux, à ne pas nous contenter de donner le minimum, mais à nous engager à fond dans la vie, avec une attention particulière pour les plus pauvres. Le monde a besoin d’hommes et de femmes compétents et généreux, qui se mettent au service du bien commun. Engagez-vous à étudier sérieusement ; cultivez vos talents et mettez-les dès à présent au service du prochain. Cherchez comment contribuer à rendre la société plus juste et plus humaine, là où vous êtes. Que dans votre vie tout soit guidé par l’esprit de service et non par la recherche du pouvoir, du succès matériel et de l’argent.


A propos de générosité, je ne peux pas ne pas mentionner une joie particulière : celle qui s’éprouve en répondant à la vocation de donner toute sa vie au Seigneur. Chers jeunes, n’ayez pas peur de l’appel du Christ à la vie religieuse, monastique, missionnaire ou au sacerdoce. Soyez certains qu’il comble de joie ceux qui, lui consacrant leur vie dans cette perspective, répondent à son invitation à tout laisser pour rester avec lui et se dédier avec un cœur indivisé au service des autres. De même, grande est la joie qu’il réserve à l’homme et à la femme qui se donnent totalement l’un à l’autre dans le mariage pour fonder une famille et devenir signe de l’amour du Christ pour son Eglise.


Je voudrais mentionner un troisième élément pour entrer dans la joie de l’amour : faire grandir dans votre vie et dans la vie de votre communauté la communion fraternelle. Il y a un lien étroit entre la communion et la joie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’exhortation de saint Paul est un pluriel : il ne s’adresse pas à chacun individuellement, mais affirme « soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » (Ph 4, 4). C’est seulement ensemble, en vivant la communion fraternelle, que nous pouvons faire l’expérience de cette joie. Le livre des Actes des Apôtres décrit ainsi la première communauté chrétienne : « Ils partageaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur » (Ac 2, 46). Vous aussi, engagez-vous pour que les communautés chrétiennes puissent être des lieux privilégiés de partage, d’attention et de prévenance les uns envers les autres. 

 


5. La joie de la conversion


Chers amis, pour vivre la vraie joie, il faut aussi repérer les tentations qui vous en éloignent. La culture actuelle pousse souvent à rechercher des objectifs, des réalisation et des plaisirs immédiats, favorisant plus l’inconstance que la persévérance dans l’effort et la fidélité aux engagements. Les messages que vous recevez vous poussent à entrer dans la logique de la consommation en vous promettant des bonheurs artificiels. Or l’expérience montre que l’avoir ne coïncide pas avec la joie : beaucoup de personnes ne manquant pourtant d’aucun bien matériel sont souvent affligées par la désespérance, la tristesse et ressentent la vacuité de leur vie. Pour rester dans la joie, nous sommes invités à vivre dans l’amour et la vérité, à vivre en Dieu.


La volonté de Dieu, c’est que nous soyons heureux. C’est pour cela qu’il nous donné des indications concrètes pour notre route : les Commandements. En les observant nous trouvons le chemin de la vie et du bonheur. Même si à première vue ils peuvent apparaître comme un ensemble d’interdictions, presque un obstacle à la liberté, en réalité si nous les méditons un peu plus attentivement à la lumière du Message du Christ, ils sont un ensemble de règles de vie essentielles et précieuses qui conduisent à une existence menée selon le projet de Dieu. A l’inverse, et nous l’avons constaté tant de fois, construire en ignorant Dieu et sa volonté provoque la déception, la tristesse et le sens de l’échec. L’expérience du péché comme refus de le suivre, comme offense à son amitié, jette une ombre dans notre cœur. 


Si parfois le chemin du chrétien est difficile et l’engagement de fidélité à l’amour du Seigneur rencontre des obstacles et même des chutes, Dieu, dans sa miséricorde, ne nous abandonne pas. Il nous offre toujours la possibilité de retourner à lui, de nous réconcilier avec lui, de faire l’expérience de la joie de son amour qui pardonne et accueille à nouveau.


Chers jeunes, recourez souvent au Sacrement de Pénitence et de Réconciliation ! C’est le sacrement de la joie retrouvée. Demandez à l’Esprit Saint la lumière pour savoir reconnaître votre péché et la capacité de demander pardon à Dieu en vous approchant souvent de ce sacrement avec constance, sérénité et confiance. Le Seigneur vous ouvrira toujours les bras, il vous purifiera et vous fera entrer dans sa joie : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit » (Lc 15, 7).

 


6. La joie dans les épreuves


Une question, toutefois, pourrait encore demeurer dans notre cœur : peut-on réellement vivre dans la joie au milieu des épreuves de la vie, surtout les plus douloureuses et mystérieuses ? Peut-on vraiment affirmer que suivre le Seigneur et lui faire confiance nous procure toujours le bonheur ?


La réponse nous est donnée par certaines expériences de jeunes comme vous, qui ont trouvé dans le Christ justement, la lumière capable de donner force et espérance, même dans les situations les plus difficiles. Le bienheureux Pier Giorgio Frassati (1901-1925) a traversé de nombreuses épreuves dans sa brève existence, dont une concernant sa vie sentimentale qui l’avait profondément blessé. Justement dans ce contexte, il écrivait à sa sœur : « Tu me demandes si je suis joyeux. Comment pourrais-je ne pas l’être ? Tant que la foi me donnera la force, je serai toujours joyeux ! Chaque catholique ne peut pas ne pas être joyeux (…) Le but pour lequel nous sommes créés nous indique la voie parsemée aussi de multiples épines, mais non une voie triste : elle est joie même à travers la souffrance » (Lettre à sa sœur Luciana, Turin, 14 février 1925). Et le Bienheureux Jean Paul II, en le présentant comme modèle, disait de lui : « C’était un jeune avec une joie entrainante, une joie qui dépassait toutes les difficultés de sa vie » (Discours aux jeunes, Turin, 13 avril 1980).


Plus proche de nous, la jeune Chiara Badano (1971-1990), récemment béatifiée, a expérimenté comment la douleur peut être transfigurée par l’amour et être mystérieusement habitée par la joie. Agée de 18 ans, alors que son cancer la faisait particulièrement souffrir, Chiara avait prié l’Esprit Saint, intercédant pour les jeunes de son mouvement. Outre sa propre guérison, elle demandait à Dieu d’illuminer de son Esprit tous ces jeunes, de leur donner sagesse et lumière. « Ce fut vraiment un moment de Dieu, écrit-elle. Je souffrais beaucoup physiquement, mais mon âme chantait. » (Lettre à Chiara Lubich, Sassello, 20 décembre 1989). La clé de sa paix et de sa joie était la pleine confiance dans le Seigneur et l’acceptation de la maladie également comme une mystérieuse expression de sa volonté pour son bien et celui de tous. Elle répétait souvent : « Si tu le veux Jésus, je le veux moi aussi ».


Ce sont deux simples témoignages parmi tant d’autres qui montrent que le chrétien authentique n’est jamais désespéré et triste, même face aux épreuves les plus dures. Et ils montrent que la joie chrétienne n’est pas une fuite de la réalité, mais une force surnaturelle pour affronter et vivre les difficultés quotidiennes. Nous savons que le Christ crucifié et ressuscité est avec nous, qu’il est l’ami toujours fidèle. Quand nous prenons part à ses souffrances, nous prenons part aussi à sa gloire. Avec lui et en lui, la souffrance est transformée en amour. Et là se trouve la joie (Cf. Col 1, 24).

 


7. Témoins de la joie


Chers amis, pour terminer, je voudrais vous exhorter à être missionnaires de la joie. On ne peut pas être heureux si les autres ne le sont pas : la joie doit donc être partagée. Allez dire aux autres jeunes votre joie d’avoir trouvé ce trésor qui est Jésus lui-même. Nous ne pouvons pas garder pour nous la joie de la foi : pour qu’elle puisse demeurer en nous, nous devons la transmettre. Saint Jean l’affirme : « Ce que nous avons vu et entendu nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous [...] Tout ceci nous vous l'écrivons pour que notre joie soit complète » (1 Jn 1, 3-4).


Parfois, une image du Christianisme est donnée comme une proposition de vie qui opprimerait notre liberté et irait à l’encontre de notre désir de bonheur et de joie. Mais ceci n’est pas la vérité ! Les chrétiens sont des hommes et des femmes vraiment heureux parce qu’ils savent qu’ils ne sont jamais seuls et qu’ils sont toujours soutenus par les mains de Dieu ! Il vous appartient, surtout à vous, jeunes disciples du Christ, de montrer au monde que la foi apporte un bonheur et une joie vraie, pleine et durable. Et si, parfois, la façon de vivre des chrétiens semble fatiguée et ennuyeuse, témoignez, vous les premiers, du visage joyeux et heureux de la foi. L’Evangile est la “bonne nouvelle” que Dieu nous aime et que chacun de nous est important pour lui. Montrez au monde qu’il en est ainsi !


Soyez donc des missionnaires enthousiastes de la nouvelle évangélisation ! Allez porter à ceux qui souffrent, à ceux qui cherchent, la joie que Jésus veut donner. Portez-la dans vos familles, vos écoles et vos universités, vos lieux de travail et vos groupes d’amis, là où vous vivez. Vous verrez qu’elle est contagieuse. Et vous recevrez le centuple : pour vous-même la joie du salut, la joie de voir la Miséricorde de Dieu à l’œuvre dans les cœurs. Et, au jour de votre rencontre définitive avec le Seigneur, il pourra vous dire : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître ! » (Mt 25, 21)


Que la Vierge Marie vous accompagne sur ce chemin. Elle a accueilli le Seigneur en elle et elle l’a annoncé par un chant de louange et de joie, le Magnificat


: « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 46-47). Marie a pleinement répondu à l’amour de Dieu par une vie totalement consacrée à lui dans un service humble et total. Elle est appelée “cause de notre joie” parce qu’elle nous a donné Jésus. Qu’elle vous introduise à cette joie que nul ne pourra vous ravir !


Du Vatican, le 15 mars 2012.

Journal du Vatican / Des prêtres contre le célibat. En Autriche, c'est la deuxième fois

dominicanus #Il est vivant !

La première vague de désobéissance au sein du clergé date d'il y a un siècle. Rome avait réagi avec dureté et tout s'était terminé par un petit schisme. Le cardinal Brandmüller propose que l'on agisse de la même manière aujourd'hui aussi, contre les nouveaux rebelles 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 20 mars 2012 – “Comment naquit un schisme” : c’est le titre d’un article du cardinal bavarois Walter Brandmüller (photo) qui a été publié dans "L'Osservatore Romano" ces jours-ci. Un article à caractère historique mais avec des références explicites à l’actualité. 

Un article qui, dès les premières lignes, évoque le mouvement anti-romain "Los von Rom", né en Autriche à la charnière entre le XIXe et le XXe siècle, qui "parvint, en un peu moins de dix ans, à inciter environ 100 000 catholiques autrichiens à s’éloigner de l’Église".

Ce mouvement – poursuit le cardinal, qui fait ainsi le lien avec l’actualité – "a été relancé au lendemain du concile Vatican II". Mais pas seulement. "Des tendances analogues semblent réapparaître de temps en temps, y compris à l’heure actuelle, dans certains appels à la désobéissance envers le pape et les évêques". 

En écrivant cela, le cardinal fait évidemment référence à ce qui se passe actuellement à Vienne et aux environs avec la "Pfarrer Initiative" qui a été lancée en 2006 par Mgr Helmut Schüller – vicaire général du cardinal Christoph Schönborn dans la capitale autrichienne jusqu’en 1999 et ancien président de Caritas Autriche – et qui compte parmi ses objectifs caractéristiques l’abolition du célibat et le retour au ministère sacerdotal de prêtres “mariés” et vivant en concubinage.

Ce mouvement est soutenu par plus de 400 prêtres et diacres et il a lancé ouvertement contre Rome un “Appel à la désobéissance” qu’il cherche à étendre au-delà des frontières autrichiennes pour créer un réseau international. Certaines franges du clergé d’Allemagne, de France, de Slovaquie, des États-Unis, d’Australie y ont déjà adhéré. Schüller lui-même s’est rendu en Irlande, au mois d’octobre dernier, pour faire des prosélytes.

Au Vatican, cette initiative est suivie avec beaucoup d’inquiétude, à tel point qu’une réunion confidentielle à laquelle participaient une délégation des évêques autrichiens et les dirigeants des plus importants dicastères du Vatican a été consacrée à cette question le 23 janvier dernier. Étaient en effet présents à cette rencontre, qui s’est tenue au palais du Saint-Office : pour l'Autriche le cardinal Schönborn, l’archevêque de Salzbourg Alois Kothgasser, les évêques de Graz et de Sankt-Polten, Egon Kapellari et Klaus Küng ; pour le Vatican, entre autres, les cardinaux préfets des congrégations pour la doctrine de la foi, William J. Levada, pour les évêques, Marc Ouellet, et pour le clergé, Mauro Piacenza.

Le cardinal Schönborn, de même que les autres évêques, a pris fermement ses distances par rapport à la "Pfarrer Initiative" et il a critiqué aussi bien la forme que le contenu de l'appel, contre lequel il n’a toutefois lancé aucune action canonique jusqu’à maintenant.

Mais revenons-en à ce qu’a écrit le cardinal Brandmüller.

L’article analyse par ailleurs le schisme qui se produisit en Bohême après la première guerre mondiale autour du mouvement de protestation "Jednota". Celui-ci avait également comme cheval de bataille "l’abolition de l’obligation du célibat". Et son leader était Bohumil Zahradnik, "prêtre et romancier, qui vivait depuis 1908 une union matrimoniale illégitime". 

Ce schisme conduisit à la proclamation d’une “Église tchécoslovaque”, le 8 janvier 1920. Mais ce qui intéresse le plus le cardinal, c’est d’analyser de quelle manière le Saint-Siège, dirigé par Benoît XV, réagit à cette rébellion du clergé de Bohême.

La cause principale du schisme fut trouvée dans la "formation insuffisante du clergé au cours des décennies précédentes, d’un point de vue à la fois théologique et spirituel", ce qui avait provoqué "une crise qui faisait vaciller la foi catholique sur ses bases".

Voilà pourquoi Rome refusa d’amadouer les prêtres rebelles par des concessions. Le Saint-Office les frappa "immédiatement" d’excommunication et obtint le soutien total des évêques. Et Benoît XV coupa court à toute illusion quant à un relâchement de la "sacro-sainte et extrêmement salutaire" loi du célibat.

Ainsi donc, en fin de compte, le schisme ne concerna qu’une petite fraction des catholiques de Bohême. Et l'auteur de l'article de conclure : "Ce comportement du Saint-Siège, déterminé non pas par des réflexions politiques et pragmatiques mais uniquement par la vérité de la foi", s’est révélé "le seul bon" à suivre.

C’est ainsi que s’achève la réflexion de Brandmüller, que "L'Osservatore Romano" qualifie simplement de "cardinal diacre du titre de Saint-Julien-des-Flamands", mais qui est bien plus que cela. Universitaire, il a été pendant près de 30 ans professeur d’histoire de l’Église médiévale et moderne à l’Université d’Augsbourg ; de 1998 à 2009 il a présidé la commission pontificale des sciences historiques, dont il a commencé à faire partie en 1981, lorsqu’il a été appelé à succéder à Hubert Jedin, le grand historien du concile de Trente, qui était mort l’année précédente. 

Né en 1929, Brandmüller a toujours été très estimé de son collègue enseignant et compatriote bavarois Joseph Ratzinger. Celui-ci, devenu Benoît XVI, l’a maintenu jusqu’à son 80e anniversaire à la tête du comité et il a voulu l’honorer en le créant cardinal au consistoire du 20 novembre 2010. 

Grand expert de l’histoire des conciles, Brandmüller ne dédaigne pas la polémique savante, comme lorsque, dans un article publié simultanément, le 13 juillet 2007, par "L'Osservatore Romano" et par le quotidien de la conférence épiscopale italienne "Avvenire", il avait critiqué à fond la composition de l’ouvrage “Conciliorum Oecumenicorum Generaliumque Decreta” publié sous la direction de l’école historique de Bologne.

Il ne dédaigne pas non plus de parler de l’actualité en montrant les analogies qu’elle présente avec le passé. C’est ce qu’il fait dans l’article qui a été publié le 11 mars 2012 par le quotidien du Vatican et qui est reproduit ci-dessous dans son intégralité.

Et si, dans ce cas-là, l’histoire peut vraiment devenir “magistra vitæ”, et si Benoît XVI veut agir – envers la "Pfarrer Initiative" et d’autres mouvements de prêtres rebelles – comme l’avait fait Benoît XV il y a presque un siècle de cela, c’est... une autre histoire.
Sandro Magister
www.chiesa


COMMENT NAQUIT UN SCHISME

par Walter Brandmüller



"Sans Judée, sans Rome, nous construisons la Cathédrale allemande". C’est ce qu’affirmait le mouvement "Los von Rom" du chevalier Georg von Schönerer. Né en Autriche à la charnière entre le XIXe et le XXe siècle et tendant à la séparation d’avec l’Église de Rome, ce mouvement était fondé sur des idées pangermanistes, anticléricales et antisémites. Par la suite, les nationaux-socialistes vinrent eux aussi puiser à ce réservoir idéologique.

De fait, à l’époque, son intense propagande, appuyée par l’association protestante allemande "Gustaf Adolf Verein", parvint, en un peu moins de dix ans, à inciter environ 100 000 catholiques autrichiens à s’éloigner de l’Église.

Un demi-siècle plus tard, au lendemain du concile Vatican II, ce mouvement a été relancé. Et des tendances analogues semblent réapparaître de temps en temps, y compris à l’heure actuelle, dans certains appels à la désobéissance envers le pape et les évêques.
 

***

[Plus au nord,] la désagrégation de la monarchie des Habsbourg et la création, le 28 octobre 1918, de la République Tchécoslovaque firent exploser, chez beaucoup de membres du clergé tchèque qui avaient des idées nationalistes, une tendance, déjà virulente depuis quelque temps, à s’émanciper de la domination, qu’ils avaient du mal à supporter, de l’état et de l’église autrichiens.

Rapidement un mouvement de protestation, Jednota, commença à élaborer son programme. Initialement, cette entité, qui existait déjà depuis 1890, était dirigée contre l’épiscopat fidèle aux Habsbourg. Puis elle en vint à vouloir constituer "une Église nationale démocratisée et nationalisée, indépendante de Rome" [pour reprendre l’expression employée par Emilia Hrabovec dans son ouvrage "Der Heilige Stuhl und die Slowakei 1918-1922 im Kontext internationaler Beziehungen", 2002]. À cela vint s’ajouter la demande d’une liturgie dans la langue nationale, d’une simplification de la prière du bréviaire et – avant tout – de l'abolition de l’obligation du célibat. 

Comme il n’existait pas encore de représentation du Vatican à Prague, le nonce à Vienne, Teodoro Valfrè di Bonzo, décida, à la fin du mois de février 1919, de se rendre à Prague afin de se faire une idée personnelle de la situation. Par ailleurs, déjà avant cela, l’irréprochable archevêque de Prague, le comte Pavel Huyn, qui n’était pas un autochtone, avait reçu du cardinal secrétaire d’état, Pietro Gasparri, l’ordre de quitter son diocèse et de ne pas y retourner. Les motivations qui avaient conduit à ces décisions étaient nettement politiques.

Le nonce se rendit donc à Prague, où il rencontra également les dirigeants de Jednota. On lui présenta une liste de demandes, rédigée par Bohumil Zahradník, prêtre et romancier, qui vivait depuis 1908 une union matrimoniale illégitime et que le gouvernement avait appelé à la tête de la section du ministère de l’Instruction publique chargée de l’Église.

Ces demandes concernaient principalement l’abolition du droit de patronage dont disposait l’aristocratie, le choix des évêques par le clergé et par le peuple, la dotation économique du clergé, l’utilisation de la langue tchèque dans la liturgie, la démocratisation de la constitution ecclésiastique, mais, avant tout, la suppression du célibat et des vêtements cléricaux.

De fait, avec la fin de la monarchie, le droit de patronage de l’aristocratie était devenu obsolète, et la nomination d’évêques autochtones, tchèques ou slovaques, était certainement en ligne avec la pensée de Benoît XV. 

La question de la langue utilisée dans la liturgie pouvait, elle aussi, être prise en considération. En revanche, la situation économique des prêtres ne relevait pas de la compétence de Rome.

Mais tout le reste était inconciliable avec la foi et avec le droit de l’Église. Le nonce n’avait là aucun espace de négociation. C’est pourquoi la délégation de Jednota qui se rendit à Rome vers le milieu du mois de juin 1919 pour être reçue par le pape, en accord avec le gouvernement et aux frais de celui-ci, n’eut aucun succès, elle non plus.

En tout état de cause, la nomination du très estimé professeur tchèque František Korda? comme archevêque de Prague, au mois de septembre 1919, fut la réponse à une attente justifiée. Mais c’est précisément à ce moment-là que se révéla le vrai visage des agitateurs, qui ne demandaient pas seulement qu’un Tchèque soit nommé à la tête du diocèse de Prague – une requête tout à fait licite et reconnue par Rome – mais voulaient également avoir un archevêque conforme à leurs désirs et à leurs idées.

En effet, aussitôt que la nomination de Korda? - un homme sincèrement attaché à l’idée nationale tchèque mais tout aussi sincèrement catholique et fidèle au pape - eut été annoncée publiquement, une vague de mécontentement se souleva contre lui chez les réformistes et ceux-ci pouvaient compter sur l’appui d’un gouvernement aux orientations laïques. 

Les résultats obtenus par la délégation de Jednota qui avait été envoyée en mission à Rome furent jugés insatisfaisants par beaucoup de gens. Cela entraîna une division des esprits au sein du clergé. La faculté de théologie de l’université Charles IV, à Prague, prit ses distances vis-à-vis de son doyen, qui avait fait partie de la délégation.

D’une part il y eut une radicalisation, dont le noyau dur était constitué par un groupe appelé Ohnisko, c’est-à-dire point focal. Bien avant le voyage à Rome, ses membres étaient décidés à mettre en pratique les réformes qu’ils demandaient, même dans le cas d’un refus de la part du Saint-Siège.

C’est pourquoi, au mois d’août 1919, ils incitèrent les prêtres à contracter mariage publiquement. L’un des premiers à le faire fut Zaradník, déjà cité plus haut, dont le mariage civil ne fut que la légalisation d’un concubinage qui perdurait depuis plusieurs années déjà. Les prêtres qui suivirent son exemple furent, dans la plupart des cas, embauchés par des services de l’État et, au mois de septembre, 1 200 demandes de dispense de célibat émanant de prêtres furent adressées au nonce à Vienne.

Puis, sous l’influence d’un nouveau gouvernement anticlérical, on en arriva à une radicalisation encore plus aigüe de Jednota, dont les protagonistes se dirigèrent résolument vers le schisme. "Une fois de plus, il apparut que la question du célibat constituait l’un des ressorts les plus puissants du mouvement schismatique" (Hrabovec). Le 8 janvier 1920, l’“Église tchécoslovaque” fut proclamée et, peu de temps après, elle fut pourvue d’un "patriarche" en la personne du prêtre Karel Farský.

Comme le montre le recensement de 1921, 3,9 % des Tchèques adhérèrent à cette Église, tandis que 76,3 % d’entre eux restaient fidèles à l’Église catholique. Neuf ans plus tard, 5,4 % adhéraient au schisme et 73,5 % à l’Église catholique. Aujourd’hui, la communauté qui se définit comme Église tchèque-hussite doit compter environ 100 000 membres. Tels sont les faits historiques.

***

Maintenant il convient de se demander comment le Saint-Siège réagit à cette évolution de la situation. Il est intéressant de constater que la première chose que fit le nonce Valfré di Bonzo fut de chercher quelles étaient les raisons qui avaient provoqué tout cela.

Le nonce ne se limita certainement pas à une analyse superficielle. Il est indiscutable qu’il comprit notamment dans quelle mesure le mouvement de protestation était dû au ressentiment qu’éprouvait une partie importante de la population tchèque envers les Habsbourg et envers Rome, ressentiment alimenté par la glorification de Jan Hus en tant que symbole du soulèvement national contre Rome, et de quelle manière ce ressentiment reflétait les tendances générales à la sécularisation de la société de l’après-guerre.

Mais il identifia, comme cause principale de l’éloignement de ces prêtres, la formation insuffisante du clergé au cours des décennies précédentes, d’un point de vue à la fois théologique et spirituel, ce qui avait par la suite entraîné chez beaucoup d’entre eux une incapacité à résister aux idées de progrès nationalistes et libérales dominantes. 

Du point de vue actuel, il convient d’ajouter que les idées de ce que l’on a appelé le catholicisme réformiste allemand eurent également une certaine influence. Par ailleurs, le mouvement de réforme n’était pas l’affaire de professeurs ou d’intellectuels, mais celle du simple clergé de campagne. L’évolution que connut par la suite l’Église nationale tchèque témoigne aussi de la forte influence du modernisme. C’est ainsi que, par exemple, le catéchisme qu’avait rédigé Karel Farský affirmait que Jésus était fils de Dieu uniquement en ce sens que tous les hommes sont fils de Dieu. Jésus n’était pas Dieu, mais plutôt le plus grand des prophètes.

Il fut facile de comprendre que les racines du problème descendaient plus profondément qu’au niveau d’une quelconque réforme pratique, disciplinaire. Il est évident que de larges fractions du clergé étaient en train de traverser une crise qui faisait vaciller la foi catholique sur ses bases. Le catéchisme de Farský publié en 1922 confirma ce diagnostic.

En somme, Rome comprit pleinement la gravité de la situation. Il y avait un sérieux danger de "restructuration de l’Église catholique selon le modèle presbytéral-synodal, en une organisation ecclésiastique nationale construite à partir de la base, disposant d’une large autonomie par rapport à Rome et soumise, en fin de compte, à la souveraineté de l’État" (Hrabovec).

Face à une telle situation, le nonce Valfrè di Bonzo avait déjà conseillé au cardinal secrétaire d’état Gasparri, en vue de l’arrivée imminente de la délégation de Jednota à Rome, d’adopter une attitude sans équivoque et décidée face aux demandes tchèques. Il estimait que les dirigeants de Jednota ne pouvaient plus être reconquis, même si on leur faisait des concessions, tandis que ceux qui hésitaient encore deviendraient encore plus instables si l’on cédait. Un geste judicieux de bonne volonté à leur égard fut le rappel définitif de l’archevêque de Prague, le comte Pavel Huyn, et de ceux des évêques des diocèses slovaques qui étaient d’origine hongroise. Mais, de toute façon, à Rome, on avait déjà décidé d’agir de cette manière.

Le reste des demandes de Jednota, en particulier l’abolition de l’obligation du célibat, ne pouvait aboutir à autre chose qu’à un refus catégorique.

La recommandation de Valfré di Bonzo – qui, au fond, n’aurait même pas été nécessaire – fut intégrée dans le comportement de la curie et du pape. Le 3 janvier 1920, avant même que le schisme n’ait eu lieu, le pape avait invité le nouvel archevêque de Prague, Korda?, à convoquer immédiatement une conférence des évêques du pays qui devait être présidée par l’archevêque d’Olomouc, le cardinal Leo Skrbensky, si sa santé le lui permettait.

Tout en ayant conscience du fait que les agitateurs ne représentaient qu’une partie du clergé, on savait qu’ils avaient une grande influence sur les autres. Il fallait donc déterminer si le mouvement Jednota pouvait être remis dans le droit chemin ou s’il fallait le dissoudre. Le fait que, dans l’intervalle, les évêques aient déjà pris l’initiative et se soient réunis en conférence est révélateur de leur attitude.

Et lorsque – le 8 janvier 1920 – le schisme se produisit, la réaction du Saint-Office fut immédiate. Un décret du 15 janvier condamna sans délai la "schismatica coalitio" et la frappa d’excommunication.

Les prêtres qui adhéraient à cette Église schismatique, abstraction faite de leur situation et de leur dignité, devaient être considérés "ipso facto" comme excommuniés. Conformément au canon 2384 du "Codex iuris canonici", cette excommunication était réservée au Saint-Siège "speciali modo". Les évêques furent invités à faire connaître immédiatement ce décret aux fidèles et à les mettre en garde contre toute forme de soutien au schisme.

Peu de temps après, le pape lui-même adressa à l’archevêque Korda? une lettre datée du 29 janvier 1920, dans laquelle il indiquait qu’il avait très vivement apprécié l’initiative des évêques tchèques, leur attitude sans équivoque et leurs liens étroits avec le Saint-Siège. Il prenait acte avec satisfaction de la dissolution de Jednota par les évêques et de sa division en associations diocésaines placées chacune sous l’autorité et le contrôle de l’évêque local.

Benoît XV soulignait de manière très vigoureuse que jamais un assouplissement de la loi relative au célibat, "qua ecclesia latina tamquam insigni ornamento laetatur", ne serait approuvé. Le pape indiquait ensuite combien il tenait en grande estime les évêques, qui s’étaient montrés à la hauteur du défi que constituait cette situation difficile.

Vers la fin de cette année si dramatique et si funeste, Benoît XV revint une nouvelle fois sur le sujet, plus précisément dans une allocution qu’il prononça lors du consistoire du 16 décembre. Dans ce discours, le pape fit remarquer que, jusqu’à ce moment, ceux qui avaient tourné le dos à l’Église n’avaient pas été très nombreux et que des personnes en bien plus grand nombre étaient restées fidèles, même si elles avaient été tentées par le mauvais exemple.

Il rappela encore une fois les subtilités de l’argumentation des schismatiques, qui avaient parlé de quelques erreurs de procédure qui devaient être identifiées par Rome, et il repoussa comme trompeuses les affirmations selon lesquelles Rome envisageait d’atténuer la loi sur le célibat. Selon le pape, il était superflu de préciser à quel point ce point était éloigné de la vérité. En revanche, il affirmait sa certitude que la vitalité et la splendeur de l’Église catholique devaient une grande partie de leur force et de leur gloire au célibat des prêtres, qui devait donc être conservé intact. Cela n’avait jamais été aussi nécessaire qu’en ces temps de corruption morale et de convoitises effrénées où les gens avaient un besoin urgent du bon exemple de prêtres modèles.

Et Benoît XV de poursuivre : "Nous réaffirmons maintenant solennellement et formellement ce que nous avons déjà eu l’occasion de déclarer à plusieurs reprises, à savoir que jamais ce Siège Apostolique ne sera amené non seulement à abolir, mais même à adoucir, en l’atténuant en partie, la sacro-sainte et extrêmement salutaire loi du célibat ecclésiastique".

Il en allait de même en ce qui concernait les modifications à la constitution de l’Église. Et avec cela le Saint-Siège avait dit son dernier mot.

Le fait que le jeune et prometteur Mgr Clemente Micara ait été envoyé à Prague, au mois d’octobre 1919, avant même d’y être nommé nonce au mois de juin 1920, montre également à quel point le Saint-Siège considérait la situation comme sérieuse.

Comme Valfrè di Bonzo avant lui, il avait compris depuis longtemps que les demandes formulées par les réformateurs avaient des racines plus profondes que la simple insatisfaction que leur inspirait la situation de l’Église. Ces demandes étaient plutôt l’expression d’une crise de la foi qui se répandait de plus en plus et même d’un mouvement de séparation.

À Rome, on en était arrivé à la même conclusion, comme le démontrent la clarté et la fermeté avec lesquelles le Saint-Office aussi bien que le pape lui-même répondirent aux réformateurs tchèques. On avait compris que ceux-ci ne pouvaient plus être reconquis au moyen de négociations. Les réformateurs avaient abandonné les fondements de la foi catholique et jusqu’à ceux du christianisme même.

Que ce comportement du Saint-Siège, déterminé non pas par des réflexions politiques et pragmatiques mais uniquement par la vérité de la foi, ait été le seul bon, c’est ce qui est démontré non seulement par les recensements cités plus haut, mais également par la manifestation de masse qui réunit des centaines de milliers de personnes lors de la consécration, le 3 avril 1921, du nouvel archevêque d’Olomouc, Antonín Cyril Stojan, transformée en une impressionnante démonstration de fidélité au pape et à l’Église.




Le journal du Saint-Siège dans lequel l'article a été publié le 11 mars 2012 :

> L'Osservatore Romano


Le site du mouvement de désobéissance actuellement actif en Autriche au sein du clergé :

> Pfarrer-Initiative



Tous les articles de www.chiesa à propos du gouvernement central de l’Église catholique:

> Focus VATICAN



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Journal du Vatican / Démission du pape. La théorie et la pratique

dominicanus #Il est vivant !

Benoît XVI ne l'exclut pas. Mais une chose est d'en admettre la possibilité, une autre est de se retirer vraiment. Les éléments pour et contre une décision qui n'a encore jamais été prise à l'époque moderne 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 16 mars 2012 – Une certaine émotion a été provoquée par deux articles publiés récemment en Italie qui envisagent l’hypothèse d’une démission de Benoît XVI, démission dont le but serait, entre autres, d’influer sur le choix de son successeur.

Les auteurs de ces articles sont Giuliano Ferrara, qui a publié le sien le 10 mars dans le quotidien "Il Foglio", dont il est le directeur :

> Le dimissioni del papa

et Antonio Socci, dont l’article est paru dans le quotidien "Libero", le 11 mars :

> Le (im)possibili dimissioni del papa

Ferrara n’est pas croyant, Socci est catholique militant. L’un et l’autre sont connus pour leur sincère admiration envers le pape Joseph Ratzinger.

Mais, au-delà des bonnes intentions des deux journalistes, l’hypothèse qu’ils ont esquissée ne paraît pas fondée. 

Tout d’abord parce que ceux qui ont eu l’occasion de rencontrer Benoît XVI, y compris après la publication des deux articles, n’ont pas du tout eu l’impression d’avoir en face d’eux un pape envisageant de démissionner. Bien au contraire. Que ce soit par sa capacité à saisir les liens qui lui est nécessaire pour tout acte de gouvernement, ou par la vision non limitée dans le temps en fonction de laquelle il assure, toujours "s’il plaît à Dieu", la direction de l’Église universelle.

Ensuite parce que rien n’est plus étranger à l’histoire et à la personnalité de Ratzinger que l’idée qu’il pourrait recourir à des manœuvres, même avec de nobles intentions, en ce qui concerne sa propre succession. Cette hypothèse-là est, au point de vue canonique, “subversive”. Pour un souverain pontife, la seule manière légitime d’influer sur le choix du futur pape est de créer des cardinaux. Et si l’on parcourt la liste de ceux qui ont été choisis par Benoît XVI entre 2006 et aujourd’hui, on ne peut pas y discerner une volonté claire d’hypothéquer le futur conclave, celui-ci devant, dans la "mens" de Ratzinger comme dans celle de tout bon croyant, être confié avant tout au Saint-Esprit.

Cela dit, il n’en reste pas moins que, dans son livre-entretien "Lumière du monde", paru en novembre 2010, Benoît XVI affirme (reprenant une idée qu’il avait déjà formulée avant d’être élu comme successeur de Pierre) : ''Si un pape se rend compte clairement qu’il n’est plus capable, physiquement, psychologiquement et spirituellement, d’accomplir les tâches inhérentes à sa fonction, alors il a le droit et, dans certaines circonstances l’obligation, de démissionner". 

Le code de droit canonique lui-même prévoit ce cas, au canon 332, alinéa 2 : "S'il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu'elle soit dûment manifestée, mais non pas qu'elle soit acceptée par qui que ce soit".

Un cas plus compliqué est celui où le pape serait atteint d’une maladie invalidante qui l’empêcherait de communiquer de quelque manière que ce soit ou qui le rendrait incapable de comprendre et de vouloir. Il n’y a pas de normes publiques (mais il pourrait y avoir des protocoles confidentiels) qui règlent ce cas et qui indiquent donc, entre autres, quelle est l’autorité qui aurait le pouvoir de déclarer le pape empêché.

Il semble que l’on ait jugé possible de faire face à ce “vide législatif” au moyen d’une sorte de lettre de démission “en blanc” signée de manière anticipée par le pape et qui serait rendue officielle dans le cas d’une grave maladie invalidante. Des documents allant dans ce sens ont été publiés en 2010 dans le livre “Perché è santo. Il vero Giovanni Paolo II raccontato dal postulatore della causa di beatificazione” [Pourquoi c’est un saint. Le véritable Jean-Paul II raconté par le postulateur de la cause de sa béatification], écrit par Mgr Slawomir Oder avec Saverio Gaeta pour les éditions Rizzoli:

> Quando Wojtyla voleva dimettersi

Mais même la démission d’un pape prévue par le droit canonique n’est simple qu’en théorie. Pas en pratique.

Jean-Paul II affirma un jour que, dans l’Église, "il n’y a pas de place pour un pape émérite". Et, en novembre 1996, le cardinal Franz Koenig déclara à l’agence de presse allemande DPA : "Le pape sait, et il l’a dit, que l'élection d’un nouveau pontife alors que le précédent est encore en vie constituerait un problème. Un pape retraité, un autre au Vatican : les gens se demanderaient quel est celui des deux qui compte".

En effet, on peut imaginer ce qui se passerait si le “pape” émérite continuait à rédiger des articles et à accorder des interviews comme un cardinal Carlo Maria Martini, ou à écrire des livres et publier des mémoires comme un cardinal Giacomo Biffi.

Voilà pourquoi même un pape comme Paul VI, qui avait envisagé sérieusement l’hypothèse de sa démission, a fini par y renoncer. En septembre 1997 le cardinal Paolo Dezza, qui fut le confesseur du pape Montini, rappelait, à propos des démissions : "Il aurait renoncé, mais il me disait : 'Ce serait un traumatisme pour l’Église', et il n’a donc pas eu le courage de le faire".

En ce qui concerne Jean-Paul II, on a commencé à parler de sa démission après l’attentat de 1981. Puis une seconde et forte vague de rumeurs s’est manifestée en 1995, à l’occasion de son 75e anniversaire. En ces deux occasions, les réactions officielles des organes de communication du Vatican furent des démentis, souvent ironiques.

C’est à partir de l’an 2000 que l’hypothèse de sa démission fut relancée non plus par des journaux, mais par des ecclésiastiques de premier plan.

En janvier de cette année-là, l’évêque Karl Lehmann, créé cardinal l’année suivante, déclara : "Je crois que le pape lui-même, s’il avait le sentiment de ne plus être en mesure de diriger l’Église de manière responsable, aurait alors la force et le courage de dire : Je ne peux plus accomplir ma tâche comme il faut".

Au mois d’octobre suivant, le cardinal belge Godfried Danneels ajouta : "Je ne serais pas surpris si le pape se retirait après l’an 2000".

Le 16 mai 2002, Ratzinger lui-même, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, n’excluant pas que Jean-Paul II puisse, en cas de détérioration de sa santé, se retirer de manière anticipée, déclara au "Muenchner Kirchenzeitung", l’hebdomadaire du diocèse de Munich et Freising : "Si le pape constatait qu’il n’arrivait absolument plus à remplir ses fonctions, alors il démissionnerait certainement".

Le même jour, une idée similaire fut exprimée, dans une autre interview, par le cardinal hondurien Oscar Andres Rodríguez Maradiaga.

Le 7 février 2005, le cardinal secrétaire d’état Angelo Sodano répondit à des journalistes qui lui demandaient si le pape Karol Wojtyla avait pensé à démissionner : "Laissons cela à la conscience du pape".

Pour l’actuel pontificat, on n’en est pas encore arrivé au point où les rumeurs concernant la démission du pape sont discutées publiquement par des ecclésiastiques de haut rang. Mais au niveau des journalistes, oui. En effet, avant la publication des deux derniers articles de Ferrara et de Socci, ce dernier en avait déjà parlé dans "Libero" du 25 septembre 2011 et le vaticaniste Marco Politi dans un ouvrage paru récemment et très critique envers l’actuel pontificat.

En tout cas, si l’on veut approfondir les implications canoniques et pratiques de la démission d’un souverain pontife ou celles du cas d’un pape empêché de poursuivre l’accomplissement de sa mission, il faut consulter deux savants articles publiés en 2000 dans "America", l’hebdomadaire des jésuites de New-York.

Le premier, paru dans le numéro du 25 mars, est de Mgr Kenneth E. Untener, évêque de Saginaw, mort en 2004 à 67 ans :

> If a Pope resigns…

Le second, publié après la mort de son auteur dans le numéro du 30 septembre, est de Mgr James H. Provost, professeur de droit canonique à la Catholic University of America, mort à 60 ans le 26 août de cette même année 2000 :

> What if the Pope became disabled?
Sandro Magister
www.chiesa


Tous les articles de www.chiesa à propos du gouvernement central de l’Église catholique:

> Focus VATICAN


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Journal du Vatican / Irlande et Pologne, les deux filles rebelles

dominicanus #Il est vivant !

Ces deux pays étaient les plus catholiques d'Europe. Mais, au niveau diplomatique, ce n'est plus qu'un souvenir. Leurs gouvernements respectifs sont sur le pied de guerre avec le Saint-Siège. À Varsovie, c'est aussi à cause de Radio Maryja 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 9 mars 2012 – Cela fait maintenant plus de deux siècles que la France a rejeté de fait son titre de "fille aînée" de l’Église, même si elle n’a pas encore renoncé, pour son chef de l’état, à la stalle de premier chanoine honoraire du chapitre de Saint-Jean-de-Latran.

Mais, ces derniers temps, deux autres filles bien-aimées de la papauté semblent faire preuve de rébellion vis-à-vis de Rome. L’Irlande ouvertement, la Pologne avec plus de circonspection.

 
***

À Dublin, le geste de rupture – comme www.chiesa l’a déjà indiqué – a été de rabaisser l'ambassade d'Irlande près le Saint-Siège au rang de représentation non résidentielle, comme celles de l’Iran et du Timor-Oriental :

> Journal du Vatican / La catholique Irlande retire le triple A au pape (5.11.2011)

Cette décision a été officiellement justifiée par des motifs budgétaires. Mais beaucoup de gens estiment qu’il s’agit d’une mesure de représailles pour l’absence présumée de collaboration du Vatican lors des enquêtes menées par le gouvernement irlandais à propos des abus sexuels sur mineurs qui ont été commis par des membres du clergé au cours des dernières décennies.

Certaines personnalités politiques ont demandé que l’on revienne sur cette décision. On a pu lire dans l’"Irish Times" que l’ambassade près le Vatican était l’une des moins onéreuses, avec un coût annuel de 348 000 euros seulement. Mais le gouvernement évalue à 600 000 euros l’économie réalisée. En tout cas, aussi bien le premier ministre irlandais Enda Kenny, lors d’un récent voyage à Rome pendant lequel il s’est soigneusement tenu à bonne distance du Vatican, que le ministre des Affaires étrangères, le travailliste agnostique Eamon Gilmore, ont affirmé (y compris à Radio Vatican pour le second) que tant que l’état des finances ne le permettrait pas, on ne reviendrait pas en arrière.

Voilà comment la magnifique Villa Spada - qui avait été achetée en 1946 par la République d’Irlande pour servir de résidence à l’une des quatre premières ambassades qu’elle ait ouvertes, en 1929, en même temps que celles de Washington, de Londres et près la Société des Nations - perdra sa fonction historique d'avant-poste irlandais au Vatican.

Aussi longtemps qu’il a été résident, le représentant de Dublin près le Saint-Siège était l’un de ceux, très rares, qui bénéficiaient d’un circuit préférentiel pour être reçus très rapidement en audience personnelle par le pape. Mais ce qui se passe actuellement, c’est que le nouvel ambassadeur désigné, David Cooney, qui a obtenu l’agrément du Vatican avant Noël, est traité comme tous les autres diplomates. En fait, il est encore sur la liste d’attente pour être reçu par Benoît XVI afin de lui remettre ses lettres de créance, lors de l’une de ces audiences "cumulatives" que le pape accorde aux chefs de mission non résidents et dont la prochaine est prévue pour mai ou juin.

Par une curieuse coïncidence, presque une ironie de l’histoire, au moment même où le pays de saint Patrick, catholique per antonomase, relâche ses liens millénaires avec Rome, son voisin le Royaume-Uni – qui, notamment au nom de sa foi protestante, a opprimé l’Irlande pendant des siècles –  ne cesse d’améliorer ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège.

Des points de friction, bien évidemment, il en reste. À Rome, on craint avec préoccupation que le gouvernement de Londres n’en arrive à assimiler les unions homosexuelles à un mariage pur et simple. Mais ce désaccord, même s’il est profond, ne porte pas préjudice aux bons rapports entre les deux diplomaties, qui au contraire progressent à pleines voiles.

La preuve en est l’accueil triomphal qui a été réservé par la secrétairerie d’état du Vatican à la baronne Sayeeda Warsi, de religion musulmane, que le premier ministre britannique David Cameron a choisie comme chef de la délégation ministérielle envoyée à Rome pour fêter les trente ans de relations diplomatiques complètes avec le Saint-Siège.

Au cours de cette mission, la baronne Warsi a pu être reçue en audience par le pape, rencontrer le secrétaire d’état et même écrire un article qui a été publié en première page de "L'Osservatore Romano". Sa visite a été conclue le 15 février par un long communiqué conjoint au ton très positif :

> "On 14-15 February 2012..."

Un signe supplémentaire, mineur mais tout de même significatif, de l’amélioration des relations entre Rome et Londres est la nomination de l’Écossais Mgr Charles Burns, conseiller ecclésiastique de l’ambassade britannique depuis 2003, en tant que chanoine de Saint-Pierre, au Vatican. Burns a pris possession de cette charge prestigieuse lors d’une cérémonie qui a eu lieu à la basilique Saint-Pierre, le dimanche 19 février.
 

***

En ce qui concerne les difficultés croissantes que la diplomatie vaticane rencontre avec l'insoupçonnable Pologne, le nœud de l’affaire est la célèbre Radio Maryja, fondée par un religieux rédemptoriste, Tadeusz Rydzyk. Ou plus exactement, c’est la chaîne de télévision qui lui est associée, TV Trwam, qui a été exclue de l’attribution des fréquences sur la plateforme numérique terrestre qui arrivera dans tous les foyers en 2013.

La décision d’exclure TV Trwam de la plateforme numérique a été prise, le 19 décembre dernier, par le Conseil national de la radio et de la télévision polonaises, KRRiTV. Les membres de ce Conseil sont nommés par le président de la république et par le parlement ; il est donc dominé par le parti de la Plateforme civique, PO, dont font partie à la fois le président Bronislaw Komorowski, en charge depuis 2010, et le premier ministre Donald Tusk, arrivé au pouvoir après les élections de 2007 et confirmé à son poste après celles de 2011, nettement remportées l’une et l’autre par la PO.

Le motif allégué est le peu de solidité financière de la fondation Lux Veritatis, propriétaire de TV Trwam. Un motif vigoureusement contesté par la chaîne de télévision catholique qui, au mois de janvier dernier, a déposé un recours devant les tribunaux locaux et mobilisé ses auditeurs, recueillant en quelques semaines plus de 1 700 000 signatures de soutien. Quelques parlementaires ont interpellé la Commission européenne à ce sujet.

TV Trwam ne dissimule pas sa sympathie, tout à fait partagée, pour le principal parti d’opposition, le parti conservateur Droit et Justice, PiS, de l’ancien premier ministre Jaroslaw Kaczynski. Ce qui donne à penser que, derrière la décision du KRRiTV, il pourrait y avoir la volonté éminemment politique de bâillonner une chaîne d’opposition très suivie.

Mais TV Trwam est aussi, et peut-être surtout, la plus importante des chaînes de télévision catholiques du pays, aussi bien par son organisation que par ses programmes, et c’est la seule qui, quant au nombre de téléspectateurs, pouvait être admise au numérique. Par conséquent, si la décision n’est pas annulée, il n’y aura plus aucune voix ouvertement catholique sur la plateforme numérique, dans un pays comme la Pologne où l’Église, bien que la sécularisation soit arrivée jusque là, conserve encore un rôle très important.

C’est pour cette raison que le conseil permanent de la conférence des évêques de Pologne est intervenu. 

Dans une déclaration officielle, le 16 janvier, les évêques ont déploré que la décision du KRRiTV "porte atteinte au principe de la pluralité et à celui de l’égalité devant la loi, et cela d’autant plus que la majorité des habitants de notre pays sont des catholiques qui devraient avoir librement accès aux programmes de TV Trwam dans le système du numérique terrestre". Et ils ont exprimé l’espoir de voir cette chaîne "qui émet depuis plus de huit ans, faisant preuve de stabilité financière" être intégrée "dans le système de la télévision numérique en Pologne".

 Cette déclaration est importante parce que, à l’exception de l’archevêque de Gniezno, les douze plus hauts représentants de la hiérarchie catholique polonaise ont participé à la réunion du conseil permanent où elle a vu le jour : aussi bien ceux qui, historiquement, sont les plus proches de Radio Maryja, comme le président de la conférence des évêques de Pologne, l’archevêque de Przemysl, Jozef Michalik, et l’archevêque de Dantzig, Slawoj L. Glodz, que ceux qui n’ont pas manifesté beaucoup de sympathie pour la chaîne, comme les cardinaux de Varsovie et de Cracovie, Kazimierz Nycz et Stanislaw Dziwisz.

Beaucoup d’autres évêques – ceux de Pelpin, Bydgoszcz, Swidnica, Legnica, Zielona Gora, Kalisz... – ont par la suite fait des déclarations de soutien à la cause de TV Trwam au nom de la défense de la liberté des moyens de communication à caractère catholique.

Des manifestations de soutien réunissant des dizaines de milliers de personnes ont eu lieu à Varsovie et à Cracovie. Et d’autres ont été organisées dans les villes d’Amérique du Nord où existe une émigration polonaise historiquement consolidée : l’une d’elles a rassemblé trois mille personnes à Chicago.

Il est utile de noter que le parti de la Plateforme civique, qui est en position hégémonique au sein du KRRiTV, n’est pas un parti anticlérical, contrairement au mouvement Palikot qui, aux élections du mois d’octobre dernier, a créé la surprise en parvenant à obtenir 10 % des suffrages. Mais sa composante catholique a un profil plutôt intellectuel et libéral, de type “catholiques adultes”, et elle supporte mal ce catholicisme populaire et traditionnel qui est particulièrement vivace dans les régions du centre-sud et du centre-est de la Pologne, où la participation active à la vie de l’Église est plus élevée et où, comme par hasard, les opinions favorables au parti conservateur Droit et Justice restent majoritaires.

Cette aversion, également culturelle, de l'actuel gouvernement de Varsovie pour Radio Maryja (celle-ci est sans aucun lien avec la Radio Maria italienne, même si ces deux stations ont en commun une large diffusion populaire et une défense intransigeante de la foi et des valeurs catholiques) a amené ce gouvernement à aller jusqu’à exercer des pressions sur le Saint-Siège pour que celui-ci intervienne contre la radio et la télévision du père Tadeusz Rydzyk.

Il l’a également fait de manière formelle, au mois de juin 2011, par le biais d’une note diplomatique qui a été suivie d’une intervention directe du ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, lors d’un entretien que celui-ci a eu avec son homologue au Vatican, l’archevêque Dominique Mamberti.

Mais ces pressions ne semblent pas avoir produit les effets espérés. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire la lettre écrite au nom de Benoît XVI, le 1er décembre dernier, par le cardinal secrétaire d’état, Tarcisio Bertone, au supérieur des rédemptoristes de la province de Varsovie, le père Janusz Sok, pour le vingtième anniversaire de la radio.

La lettre a un "incipit" au ton fortement élogieux : "Le Saint-Père Benoît XVI, en union spirituelle avec les personnes qui participent au XXe anniversaire de Radio Maryja, envoie par mon intermédiaire, par les mains du père provincial, son salut et sa Bénédiction apostolique au fondateur et directeur de la Radio, le père Tadeusz Rydzyk, à tous les collaborateurs ecclésiastiques et laïques, aux volontaires et à ceux qui trouvent dans cette radio catholique une aide dans la foi sur le chemin qui mène à la rencontre avec Dieu". 

La suite de la lettre est truffée de citations des nombreux éloges adressés à la Radio par le bienheureux Jean-Paul II au cours de son pontificat.

En somme, la lettre du cardinal Bertone semble montrer que  le Saint-Siège et les dirigeants de l’épiscopat polonais sont tout à fait d’accord pour voir en Radio Maryja une radio catholique qu’il n’est pas juste de marginaliser.

Mais, en tout cas, cette lettre n’a pas évité la "très grave décision" prise par le KRRiT gouvernemental d’exclure la télévision de Radio Maryja de la plateforme numérique.

Décision qui, en Pologne mais aussi à Rome, est considérée comme dictée, au-delà des "faibles excuses à propos de l’'instabilité financière'", surtout "par de forts intérêts idéologiques".

La bataille, également diplomatique, entre Rome et Varsovie à propos de Radio Maryja semble loin d’être terminée.
Sandro Magister
www.chiesa



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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

La théologie aujourd’hui : perspectives, principes et critères

dominicanus #Il est vivant !

 

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La théologie aujourd’hui : perspectives, principes et critères. C’est le titre d’un document de la Commission théologique internationale, rendu public ce jeudi, 8 mars. Cette commission a pour mission d’aider le Saint-Siège, et principalement la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans l’examen des questions doctrinales d’importance majeure. 


Approuvé par le cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le document est divisé en trois chapitres. Le premier explique que la théologie suppose l’écoute de la parole de Dieu accueillie dans la foi. Le second souligne qu’elle s’exerce dans la communion de l’Église. Le troisième rappelle qu’elle vise à rendre raison sur un mode scientifique de la vérité de Dieu dans la perspective d’une authentique sagesse.


Ce texte technique rappelle que la théologie est une discipline bien à part, et différente des sciences religieuses. Il veut aider l’ensemble du monde universitaire à bien faire la distinction en se basant sur des critères méthodologiques. 


Xavier Sartre (Radio Vatican) a interrogé le père Bonino, O.P, doyen de philosophie et de théologie près l’Institut catholique de Toulouse. >>RealAudioMP3  

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Communiqué du Saint-Siège

Après le document A la recherche d’une éthique universelle, Nouveau regard sur la loi naturelle (2009), la Commission théologique internationale, dont la mission est d’aider le Saint-Siège, et principalement la Congrégation pour la doctrine de la foi dans l’examen des questions doctrinales d’importance majeure, met à la disposition du public dès le 8 mars 2012 un nouveau document rédigé en anglais : Theology Today : Perspectives, Principles and Criteria. Le texte est publié sur la page internet de la Commission théologique internationale sur le site du Vatican (). Le même jour le document est publié aussi sur la revue Origins. CNS Documentary Service et sur le site internet de la Conférence épiscopale des États-Unis. Une traduction italienne sera disponible sous peu dans La Civiltà Cattolica, et des traductions dans les principales langues nationales sont prévues.


Commencé pendant le quinquennium 2004-2008 par une sous-commission présidée par le P. Santiago del Cura Elena, le document a été achevé, sur la base du travail déjà effectué, pendant le quinquennium suivant par une sous-commission présidée par Mgr Paul McPartlan.
Ce document examine quelques perspectives actuelles de la théologie et propose, en fonction des principes constitutifs de la théologie, des critères méthodologiques qui permettent de distinguer ce qui relève de la théologie catholique de ce qui relève de disciplines voisines, comme les sciences religieuses. Il comporte trois chapitres : la théologie suppose l’écoute de la parole de Dieu accueillie dans la foi (ch. 1) ; elle s’exerce dans la communion de l’Église (ch. 2) ; elle vise à rendre raison sur un mode scientifique de la vérité de Dieu dans la perspective d’une authentique sagesse (ch. 3).


Le texte a été approuvé in forma specifica par la Commission théologique internationale le 29 novembre 2011 et a été ensuite soumis au président de cette même Commission, le Cardinal William Levada, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui en a autorisé la publication.

L'Amérique d'Obama, ou de la liberté perdue

dominicanus #Il est vivant !

Même dans la patrie du droit et de la démocratie, la liberté de conscience est en danger. C'est l'accusation sans précédent que les évêques lancent contre le président des États-Unis. Voici la lettre confidentielle dans laquelle ils expliquent pourquoi 

 

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ROME, le 5 mars 2012 – Radio Vatican et "L'Osservatore Romano" ont parlé de cette lettre. Mais elle n’apparaît pas sur le site web de l’USCCB, la conférence des évêques catholiques des États-Unis.

Elle porte deux signatures : celle du cardinal Timothy M. Dolan, archevêque de New-York et président de l’USCCB (photo), et celle de l’évêque de Bridgeport, William E. Lori, président du comité pour la liberté religieuse.

Les deux prélats l’ont adressée, le 22 février dernier, à tous les évêques des États-Unis. De manière confidentielle. Mais en les invitant à en faire connaître le contenu à tous les fidèles.

On peut en lire ci-dessous le texte intégral.

Cette lettre leur a été inspirée par les règles publiées au mois de janvier par le ministère de la Santé, qui font obligation à toutes les institutions, y compris catholiques, de fournir à leurs employés un contrat d’assurance-santé qui s’appliquera même aux produits pharmaceutiques abortifs, à la stérilisation et à la contraception.

Ce n’est pas la première fois que les évêques affrontent l'administration Obama à propos de décisions concernant le ministère de la Santé, confié à la catholique "liberal" Kathleen Sebelius.

Mais, cette fois-ci, il s’agit d’un affrontement de bien plus grande portée. Selon les évêques, ce qui est aujourd’hui en danger, aux États-Unis, c’est tout simplement la liberté religieuse. 

Parler de liberté religieuse, aux États-Unis, c’est toucher aux fondements mêmes de la nation. Les États-Unis sont nés justement au nom de la défense intégrale de la liberté religieuse des individus et des communautés contre tout pouvoir terrestre, à commencer par l’État.

Cette lettre peut donc surprendre les lecteurs européens, qui vivent dans des états qui se sont au contraire constitués pour défendre leur "laïcité" contre les "ingérences" des Églises, constamment soupçonnées et accusées d’envahir leur domaine. 

C’est ce qui explique la prudence avec laquelle, en général, la hiérarchie catholique, en Europe, affronte les autorités civiles. Une prudence qui est d’autant plus évidente lorsqu’on la compare à la franchise avec laquelle, dans la société américaine, les communautés religieuses s’expriment dans la sphère publique et critiquent le pouvoir politique.

Dans la lettre, le cardinal Dolan et l’évêque Lori – qui n’est pas pour rien chargé précisément, à l’USCCB, des questions de liberté religieuse – expliquent clairement comment ils perçoivent ce dramatique enjeu.

Et ils donnent des indications en ce qui concerne la manière d’agir pour défendre concrètement la liberté de conscience qui est ainsi menacée. Il y a, sur le site web de l’USCCB, une partie où l’on peut trouver les lignes d’action de la campagne :

> Conscience Protection

"Nous continuerons jusqu’à ce que la protection du droit de conscience soit rétablie", a déclaré l’évêque Lori après le rejet au sénat, le 2 mars, par 51 voix contre 48, d’un amendement intitulé "Respect for Right of Conscience Act" qui avait été présenté par Roy Blunt, sénateur républicain du Missouri.

Traditionnellement, dans les différents pays, ce sont les nonces apostoliques qui effectuent des démarches confidentielles auprès des autorités politiques, pour mettre fin aux conflits.

Mais aux États-Unis, plus qu’ailleurs, ce sont les évêques qui interviennent directement et publiquement.

Et cela est encore plus vrai pour les évêques très "positifs" qui constituent aujourd’hui l'aile marchante de l'épiscopat américain, à commencer par l’archevêque de New-York.

Dolan est un cardinal sur lequel Benoît XVI lui-même compte beaucoup. C’est lui que le pape a chargé d’ouvrir, le 17 février, la journée "de réflexion et de prière" qui a réuni tous les cardinaux autour du pape, la veille du dernier consistoire.

Il suffit de lire le discours que Dolan a prononcé à cette occasion, pour comprendre que c’est un homme au caractère bien trempé :

> "We gather as missionaries, as evangelizers"
Sandro Magister
www.chiesa


"JUSQU'À CE QUE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE SOIT RÉTABLIE..."


Le 22 février 2012

Chers frères dans l’épiscopat,

Depuis la dernière fois où nous vous avons écrit à propos des très grands efforts que nous faisons ensemble afin de protéger la liberté religieuse dans notre pays bien-aimé, vous avez été nombreux à nous demander de vous écrire encore une fois pour vous tenir informés de la situation et pour demander à nouveau l’assistance de tous les fidèles dans cette tâche si importante. Nous sommes heureux de le faire maintenant.

Tout d’abord, nous voulons vous dire, à vous et à tous nos sœurs et frères en Jésus-Christ, combien nous apprécions du fond du cœur le remarquable témoignage d’unité dans la foi et de force de conviction que vous avez donné au cours de ce dernier mois. Nous avons fait entendre nos voix et nous continuerons à le faire jusqu’à ce que la liberté religieuse soit rétablie.

Comme nous le savons, le ministère de la Santé et des services sociaux a annoncé, le 20 janvier, sa décision de publier des règles définitives qui contraindraient à peu près tous les employeurs, parmi lesquels un grand nombre d’institutions religieuses, à payer pour des produits pharmaceutiques abortifs, des stérilisations et des actes de contraception. Ces règles n’assureraient aucune protection à nos grandes institutions – telles que les organisations de charité catholiques, les hôpitaux, les universités – ou aux fidèles pris individuellement. Ces règles frappent au cœur notre droit fondamental à la liberté religieuse, ce qui affecte notre capacité à servir ceux qui ne font pas partie de notre communauté de foi. 

Depuis le 20 janvier, la réaction a été immédiate et incessante. Nous nous sommes rassemblés - et nous avons été rejoints par des gens de toutes croyances et de toutes opinions politiques - pour rendre parfaitement clair ce point : nous sommes unis pour nous opposer à toute tentative de refuser ou d’affaiblir le droit à la liberté religieuse sur lequel notre pays a été fondé.

Le vendredi 10 février, l'Administration a publié les règles définitives. Pour reprendre ses propres termes, elles ont été confirmées "sans changement". L'obligation de fournir les prestations illicites est maintenue. L'exemption extrêmement restreinte qui est accordée aux églises est maintenue. En dépit de la vague de protestations, toutes les menaces contre la liberté religieuse créées par les règles initiales sont maintenues.

La liberté religieuse est un droit fondamental pour tous. Ce droit ne dépend pas de la décision de l’accorder qui serait prise par quelque gouvernement que ce soit : c’est un don de Dieu et les sociétés justes en reconnaissent et en respectent le libre exercice. Le libre exercice de la religion va bien au-delà de la liberté de culte. Il interdit également au gouvernement de contraindre des individus ou des groupes à violer leurs convictions religieuses les plus profondes et d’interférer dans les affaires internes des organisations religieuses.

Des actes récents de l'Administration ont cherché à réduire ce libre exercice à un "privilège" arbitrairement accordé par le gouvernement, comme une simple exemption par rapport à une forme globale et extrême de sécularisme. L'exemption est trop étroitement délimitée, parce qu’elle n’exempte pas la plupart des employeurs religieux à but non lucratif, les assureurs affiliés à des organismes religieux, les employeurs auto-assurés, ou d’autres entreprises privées possédées et gérées par des personnes qui refusent à juste titre de payer pour des produits pharmaceutiques abortifs, pour des stérilisations et pour des contraceptions. Et puisqu’elle n’est instituée que par un coup de tête du pouvoir exécutif, cette exemption excessivement restreinte peut elle-même être supprimée facilement.

Aux États-Unis, la liberté religieuse ne dépend pas de la bienveillance de ceux qui nous gouvernent. Elle est notre "première liberté" et le respect que l’on a pour elle doit être large et inclusif, et non pas étroit et exclusif. Les catholiques et les autres croyants de bonne volonté ne sont pas des citoyens de seconde zone. Et ce n’est pas au gouvernement de décider lequel de nos ministères est "suffisamment religieux" pour justifier la protection de la liberté religieuse.

Tout cela n’est pas qu’une question de contraception, de produits pharmaceutiques abortifs et de stérilisation, même si tout le monde doit reconnaître qu’il y a de l’injustice à les inclure dans un programme de protection sanitaire obligatoire pour tous. Ce n’est pas une question de républicains ou de démocrates, de conservateurs ou de "liberal". C’est une question de gens qui ont la foi. C’est d’abord et avant tout une question de liberté religieuse pour tout le monde. Si le gouvernement peut, par exemple, dire aux catholiques qu’ils ne peuvent pas agir aujourd’hui dans le domaine des assurances sans violer leurs convictions religieuses, comment cela va-t-il finir ? C’est une violation des limites constitutionnelles fixées à notre gouvernement et des droits fondamentaux sur lesquels notre pays a été fondé.

Il reste encore beaucoup à faire. Nous ne pouvons pas rester inactifs face à une menace aussi grave contre la liberté religieuse pour laquelle nos parents et nos grands-parents se sont battus. En ce moment de l’histoire, nous devons travailler activement pour défendre la liberté religieuse et pour faire disparaître tout ce qui menace la pratique de notre foi dans le domaine public. C’est notre patrimoine en tant qu’Américains. Le président Obama doit abroger la loi ou, à tout le moins, prendre des mesures complètes et efficaces pour protéger la liberté religieuse et la conscience.

Avant tout, chers frères, nous comptons sur l’aide du Seigneur dans ce combat important. Nous avons tous le devoir d’agir maintenant, en prenant contact avec nos législateurs pour soutenir la loi sur le respect des droits de la conscience, ce qui peut être fait en utilisant l’appel qui se trouve sur le site www.usccb.org/conscience.

Nous vous invitons à partager le contenu de cette lettre avec les fidèles de votre diocèse, sous les formes ou par les moyens qui vous paraîtront les plus efficaces. Continuons à prier pour qu’il soit mis fin rapidement et complètement à cette menace et à toutes les autres qui pèsent sur la liberté religieuse et sur la pratique de notre foi dans notre grand pays. 

Timothy Cardinal Dolan
Archevêque de New-York
Président de la conférence des évêques catholiques des États-Unis

William E. Lori
Évêque de Bridgeport
Président du comité "ad hoc" pour la liberté religieuse

 


À propos des évêques "positifs", qui constituent aujourd’hui l'aile marchante de l'épiscopat américain, et de leur manière de concevoir la religion dans la société, l’un d’eux est l'archevêque de Los Angeles, José H. Gómez :

> Les États-Unis redécouvrent leur langue maternelle: le latin (13.9.2011)

Et un autre est l’archevêque de Philadelphie (précédemment évêque de Denver), Charles J. Chaput :

> La doctrine du catholique Kennedy? À oublier (2.3.2010)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

Benoît XVI, La souffrance des couples stériles

dominicanus #Il est vivant !

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Messieurs les cardinaux,

Vénérés frères dans l’épiscopat et le sacerdoce,

Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de vous rencontrer à l’occasion des travaux de la XVIIIe Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la vie. Je vous salue et je vous remercie de votre généreux service pour défendre et favoriser la vie. Je remercie en particulier votre président, Mgr Ignacio Carrasco de Paula, pour les paroles qu’il m’a adressées en votre nom. La mise en route de vos travaux manifeste la confiance que l’Eglise a toujours placée dans les possibilités de la raison humaine et dans un travail scientifique rigoureusement conduit, tenant toujours à l’esprit l’aspect moral. Le thème que vous avez choisi cette année, "Diagnostic et thérapie de la stérilité", en plus d’avoir une importance humaine et sociale, possède une valeur scientifique particulière et exprime la possibilité concrète d’un dialogue fécond entre dimension éthique et recherche biomédicale. Devant le problème de la stérilité du couple, en effet, vous avez choisi de rappeler et considérer soigneusement la dimension morale, recherchant des voies pour une évaluation diagnostique juste et une thérapie qui corrige les causes de la stérilité. Cette approche procède du désir non seulement de donner un enfant au couple, mais de rendre aux époux leur fertilité et toute la dignité d’être responsables de leurs propres choix procréatifs, pour être des collaborateurs de Dieu dans la génération d’un nouvel être humain. La recherche d’un diagnostic et d’une thérapie représente l’approche qui est scientifiquement la plus juste pour la question de la stérilité, mais aussi celle qui est la plus respectueuse de l’humanité intégrale des sujets impliqués. En effet, l’union de l’homme et de la femme dans cette communauté d’amour et de vie qu’est le mariage, constitue l’unique "lieu" digne pour l’appel à l’existence d’un nouvel être humain, qui est toujours un don.

Par conséquent, je désire encourager l’honnêteté intellectuelle de votre travail, expression d’une science qui garde éveillé son esprit de recherche de la vérité, au service du bien authentique de l’homme, et qui évite le risque d’être une pratique purement fonctionnelle. La dignité humaine et chrétienne de la procréation, en effet, ne consiste pas à être un "produit", mais repose sur son lien avec l’acte conjugal, expression de l’amour des époux, de leur union non seulement biologique, mais également spirituelle. L’Instruction Donum vitae nous rappelle, à ce sujet, que "par son intime structure, l’acte conjugal, unissant les époux d’un lien très profond, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon les lois inscrites dans l’être même de l’homme et de la femme" (n. 126). Les légitimes aspirations à enfanter, du couple qui se trouve en état de stérilité, doivent par conséquent trouver, avec l’aide de la science, une réponse qui respecte pleinement leur dignité de personnes et d’époux. L’humilité et la précision avec lesquelles vous approfondissez ces problématiques méritent encouragement et soutien, à la différence de certains de vos collègues, entrainés par la fascination de la technologie de la fécondation artificielle. A l’occasion du Xe anniversaire de l’encyclique Fides et ratio, j’ai rappelé comment "le profit facile ou, pire encore, l’arrogance de se substituer au Créateur, jouent, parfois, un rôle déterminant. C’est une forme d’hybris de la raison, qui peut endosser des caractéristiques dangereuses pour l’humanité" (Discours aux participants du Congrès international de l’Université pontificale du Latran, 18 octobre 2008). En vérité, le scientisme et la logique du profit semblent aujourd’hui dominer le domaine de la stérilité et de la procréation humaine, tendant à entraver également de nombreux autres terrains de recherche.

L’Eglise prête une grande attention aux souffrances des couples stériles, se préoccupe d’eux et, justement pour cela, encourage la recherche médicale. La science, cependant, n’est pas toujours en mesure de répondre aux désirs de tant de couples. Je voudrais, en ce sens, rappeler aux époux qui vivent la condition de la stérilité, que leur vocation matrimoniale n’en est pas pour autant amoindrie. Les conjoints, par leur vocation baptismale et matrimoniale, sont toujours appelés à collaborer avec Dieu à la création d’une nouvelle humanité. En effet, la vocation à l’amour est vocation au don de soi et ceci est une possibilité qu’aucune condition organique ne peut empêcher. Par conséquent, où la science ne trouve pas de réponse, la réponse qui donne la lumière vient du Christ.

Je désire vous encourager, vous tous qui avez afflué pour ces journées d’étude et qui parfois travaillez dans un contexte médico-scientifique où la dimension de la vérité s’avère brouillée: poursuivez le chemin entrepris, d’une science intellectuellement honnête et pénétrée par la recherche continuelle du bien de l’homme. Dans votre parcours intellectuel, ne dédaignez pas le dialogue avec la foi. Je vous adresse l’appel exprimé dans l’encyclique Deus caritas est: "Pour pouvoir agir de manière droite, la raison doit constamment être purifiée, car son aveuglement éthique, découlant de la tentation de l’intérêt et du pouvoir qui l’éblouissent, est un danger qu’on ne peut jamais totalement éliminer. […] La foi permet à la raison de mieux accomplir sa tâche et de mieux voir ce qui lui est propre." (n. 28). En outre, c’est justement la matrice culturelle instaurée par le christianisme  – enracinée dans l’affirmation de l’existence de la vérité et de l’intelligibilité du réel à la lumière de la Vérité suprême – qui a rendu possible, dans l’Europe du Moyen Age, le développement du savoir scientifique moderne, savoir qui, dans les cultures précédentes, était restée seulement en germe.

Illustres scientifiques, et vous tous membres de l’Académie, engagés à promouvoir la vie et la dignité de la personne humaine, gardez toujours présent à l’esprit, également, le rôle culturel fondamental que vous jouez dans la société et l’influence que vous avez pour former l’opinion publique. Mon prédécesseur, le bienheureux Jean-Paul II rappelait que les savants, "justement parce qu’ils savent davantage, sont appelés à servir davantage" (Discours à l’Académie pontificale des sciences, 11 novembre 2002). Les personnes ont confiance en vous qui servez la vie, ont confiance dans votre engagement à soutenir ceux qui ont besoin de réconfort et d’espérance. Ne cédez jamais à la tentation de traiter le bien des personnes en le réduisant à un simple problème technique ! L’indifférence de la conscience par rapport au vrai et au bien représente une menace dangereuse pour le progrès scientifique authentique.

Je voudrais conclure en renouvelant le souhait que le Concile Vatican II adresse aux hommes de pensée et de science: "Bienheureux ceux qui, possédant la vérité, continuent à la chercher, pour la renouveler, l’approfondir, la donner aux autres" (Message aux hommes de pensée et de science, 8 décembre 1965). C’est avec ces augures que je vous donne, à vous tous ici et à ceux qui vous sont chers, ma bénédiction apostolique.

© Libreria Editrice Vaticana - 2012

Traduction de ZENIT, par Anne Kurian

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