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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

il est vivant !

P. Jean Charbonnier, La Chine 50 ans après Vatican II : Liturgie et Inculturation

dominicanus #Il est vivant !

Un peu partout dans le monde, le cinquantième anniversaire du concile Vatican II est l’occasion d’un bilan. A l’époque du concile (1962-1965), les communications de l’Eglise de Chine avec l’Eglise universelle étaient quasi impossibles du fait de la révolution maoïste. Aujourd’hui, après trente années de politique d’ouverture en Chine, l’heure est aussi au bilan dans l’Eglise de Chine. Du 15 au 18 novembre 2011, un colloque s’est tenu à Shijiazhuang, dans le Hebei, sur le thème « Liturgie et Inculturation ». Le P. Jean Charbonnier, des Missions Etrangères, y a pris part. Il en rend compte dans le texte ci-dessous.
 


 

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Au matin du 16 novembre 2011, une clientèle bigarrée se côtoie dans la vaste salle à manger de l’Hôtel Junxing de Shijiazhuang, dans la province du Hebei. Les plats habituels du petit déjeuner sont alignés sur une série de tables accolées sur toute la largeur de la grande salle : nouilles grillées, fricassée de légumes verts, beignets youtiao, mantou, baozi, cacahuètes, bouchées de poisson séché, etc. Au bout de la table, on peut puiser dans de grandes gamelles de la soupe au millet, du lait de soja et le fameux xifan de riz liquide parfaitement insipide. Deux longues files progressent tout au long de cette table buffet, chacun picorant suivant son goût : d’un côté, une file de prêtres taoïstes en toge noire, tous coiffés de leur bonnet rituel, de l’autre, une file plus variée de prêtres catholiques, malheureusement sans la barrette qui leur donnerait la face, mais avec le col romain, accompagnés d’une douzaine de religieuses en habit et de quelques laïques. Deux grands colloques, chacun réunissant une centaine de participants, prennent place dans cet « Hôtel de l’armée victorieuse » les 16, 17 et 18 novembre 2011.

Il ne s’agit nullement d’une rencontre interreligieuse. Car si la nourriture est la même pour tous, ces deux groupes ne communiquent pas du tout entre eux. Le groupe catholique est pleinement absorbé par le thème choisi pour ce colloque : « Liturgie et Inculturation ». Je n’ai pas l’idée de demander à l’un des prêtres taoïstes de quoi ils discutent. Il est peut-être aussi question de leurs rituels à adapter à la société contemporaine… D’autres grandes assemblées taoïstes se sont réunies à ce sujet fin 2011.

Rattraper le retard du continent en matière de réforme liturgique

Le colloque catholique est organisé par l’Institut ‘Foi et Culture’ de Shijiazhuang ou plus exactement l’« Institut La Foi pour les études culturelles ». L’institut La Foi (Xinde) en effet a d’abord été le nom du journal catholique La Foi (Xinde) qui est désormais devenu un hebdomadaire après plus de vingt ans d’existence. Sur ce tronc d’origine s’est greffé un service social catholique qui a pris le nom voisin de « Jinde » (‘Entrer dans la vertu’). Le P. Jean-Baptiste Zhang Shijiang, ancien étudiant aux Philippines, est la cheville ouvrière de cet ensemble. Le réseau de relations créé par le journal La Foi lui permet maintenant d’organiser des colloques de formation théologique. Le choix du sujet, « Liturgie et inculturation », intéresse particulièrement les prêtres. L’institut La Foi a pu ainsi s’associer aux dix grands séminaires de Chine pour mettre sur pied ce colloque : séminaire national de Daxing à Pékin, séminaires régionaux du Hebei, de Xi’an, de Taiyuan, de Wuhan, de Sheshan, de Shenyang, de Chengdu, séminaire diocésain de Pékin. La faculté de théologie de l’Université Fujen de Taipei est sans doute comptée au nombre des dix séminaires impliqués.

A l’ouverture de la session, les participants reçoivent un document précieux. Il s’agit d’un bilan de la formation en compétences liturgiques au cours de vingt dernières années. Jusqu’à ce jour, vingt prêtres et une religieuse chinois se sont spécialisés dans les études liturgiques à l’étranger : Amérique, Italie, Allemagne, Philippines, Suisse. L’un d’eux a obtenu un doctorat, treize autres une licence, les autres sont encore en cours d’étude. Onze d’entre eux sont de retour en Chine et enseignent la liturgie dans les dix grands séminaires. Une étude menée par l’Institut ‘Foi et Culture’ fournit aussi le bilan statistique des publications en Chine concernant la liturgie :

- messe et sacrements : 33 titres – dont une par la Commission liturgique de la Conférence épiscopale –, sept au Shanxi, onze par la société Guangqi de Shanghai, onze par l’Institut La Foi au Hebei et trois autres ;
- autres publications au nombre d’une centaine pour des sujets tels que introductions à la liturgie, instruments liturgiques, lectures et homélies, prières liturgiques, deux périodiques liturgie et spiritualité, calendriers liturgiques, livres de chants sacrés.

En vingt ans, l’Eglise en Chine a ainsi rattrapé trente années de retard sur la mise en œuvre de la réforme liturgique à Taiwan, Hongkong et autres lieux.

Quelle inculturation pour la liturgie catholique ?

D’après la liste officielle des participants au colloque, on peut compter un évêque, Mgr Yang Xiaoting évêque « officiel » (et légitime) de Yan’an, 44 prêtres, deux séminaristes, onze religieuses, onze laïques et six personnalités de niveau universitaire intéressées par le rituel catholique et par sa base ecclésiale. Notons parmi eux le professeur Liu Guopeng, de l’Institut pour l’étude des religions mondiales de Pékin, auteur d’un gros ouvrage sur Mgr Celso Costantini, premier délégué apostolique en Chine en 1922, Mme Kang Zhijie, professeur à l’Université de Wuhan, auteur d’ouvrages sur les fêtes catholiques et sur la communauté catholique de Chayuangou, au nord du Hubei.

Une trentaine d’intervenants présenteront leur sujet au cours des trois jours du colloque. La plupart d’entre eux ont bénéficié de longues années d’étude en Amérique ou en Europe. Plusieurs sont professeurs de liturgie dans leur grand séminaire ou au séminaire national de Daxing à Pékin. C’est le cas en particulier du P. Yao Shun, de Mongolie intérieure, accueilli en Amérique par les pères de Maryknoll en 1994 et étudiant au St John’s Seminary de 1994 à 1998. Son exposé bien structuré sur la liturgie en relation à l’évangélisation pastorale est bien reçu. De même ses réponses aux questions diverses soulevées par l’assemblée. Un forum d’une soirée dirigé par le P. Jean Zhu Xile, un ancien de Fribourg en Suisse, donne lieu à quantité de questions très pratiques.

Signalons entre autres la confusion actuelle dans la traduction du nom des saints. Saint Pierre peut donner Boduolu, d’après le latin Petrus, ou bien Boduo car les prénoms chinois sont de deux mots ou encore Bide d’après l’anglais Peter. Et pourquoi pas le prénom chinois des 120 martyrs canonisés à la place du prénom de leur baptême ?

Autres questions concernant la liturgie de la messe : l’offertoire, les danses et la mémoire des saints. Peut-on offrir des intentions de prière écrites sur papier et demander au célébrant de les brûler ensuite en signe d’acceptation par Dieu ? Le P. Pan répond par la négative. Les intentions de prières sont réunies dans la prière universelle et offertes par le célébrant. Pour ce qui est des danses, il signale que Rome demande beaucoup de prudence. A Taiwan, pour célébrer les 150 ans de l’Eglise dans l’île, des danses étaient prévues pendant la messe. Elles ont ensuite été supprimées, car elles tournaient trop au spectacle et pouvaient détourner de Dieu le cœur des fidèles.

Vers un missel unique en langue chinoise

Nombres de réponses éclairées sont fournies par les deux participants de Taiwan qui bénéficient d’une longue expérience en liturgie : le P. Charles Pan, lazariste chinois de Taipei, professeur à l’Université Fujen, et Mme Thérèse Chien Ling-chu, membre de la Commission liturgique de l’archidiocèse de Taipei et responsable du Centre de recherche liturgique de la Faculté de théologie à l’Université Fujen. Le P. Charles Pan a longtemps travaillé aux côtés du P. André Chao, homme de base de la réforme liturgique à Taiwan depuis le concile Vatican II. Son apport à Shijiazhuang tend à prendre la relève des apports passés du P. Thomas Law, de Hongkong, qui avait été le principal artisan de la diffusion des orientations de Vatican II dans les grands séminaires de Chine. Les traductions du missel et du rituel faites à Taiwan sont sans doute plus proches des milieux catholiques les plus dynamiques du nord de la Chine. L’une des questions discutées au colloque est d’ailleurs la difficulté d’adopter une traduction chinoise de référence alors que trois traductions sont actuellement concurrentes à Hongkong, Taiwan et sur le continent. Bien que l’écriture idéographique soit la même partout, les langues parlées sont différentes. Il faut parfois modifier le texte écrit de façon à éviter des lectures grossièrement déviantes.

La question est posée par le P. Pierre Zhao Jianmin, ancien doctorant en Belgique, aujourd’hui directeur des éditions Sapientia et d’une formation théologique pour universitaires à Pékin : « P. Pan, P. Yao, Prof. Qian, vous êtes des autorités dans les trois territoires des deux côtés du détroit (Taiwan, Hongkong, continent). Puis-je vous demander s’il est bon que le missel et le sacramentaire que nous utilisons actuellement soit une seule édition ou bien qu’il y ait trois éditions différentes ? S’il est bon qu’il n’y ait qu’une seule édition, comment y parvenir du point de vue liturgique ? »

La première réponse est donnée par Mme Thérèse Chien, directrice de l’ALF (Asian Liturgy Forum) à l’Université Fujen : « Dans les trois territoires de chaque côté du détroit, des expressions diffèrent. Si l’unification est forcée, il y aura des mécontents. Je maintiens pourtant que les trois territoires peuvent coopérer, car l’essentiel nous est commun. Les adaptations locales sont peu nombreuses. Le curie romaine espère qu’il n’y ait qu’une traduction officielle par langue et nous ne pouvons en envoyer qu’une. Ce n’est qu’après l’approbation de Rome que nous pourrons l’utiliser. C’est pourquoi il est important que nos trois territoires se réunissent maintenant dans l’espoir de parvenir à un seul et même texte. »

Le P. Yao Shun ajoute : « Depuis nombre d’années, la traduction que nous utilisons n’est pas celle de Taiwan mais celle de Hongkong. Il y a aussi des parties de Shanghai. Cela fait plusieurs éditions. Nous le comprenons. Mais la diversité des textes peut créer des difficultés. Bien que les habitudes soient vraiment différentes, il est préférable d’œuvrer à un texte unique en intégrant les quelques adaptations convenables en chaque lieu comme le suggère Mme Chien. »

Le P. Pan conclut : « Pour l’essentiel, ma position est la même que celle de nos deux liturgistes. Par exemple à Taiwan, outre le mandarin, il y a la messe en taïwanais et dans les langues aborigènes. La messe en taïwanais est une romanisation de la messe mandarine traduite en taïwanais par les pères de Maryknoll. Quant aux aborigènes, la plupart n’ont pas de missel dans leur langue. Ils font eux-mêmes les adaptations voulues en fonction de leur langue maternelle. »

Cette dernière remarque laisse penser que la compétence du P. Pan ne s’étend pas à la liturgie des aborigènes, car les traductions voulues dans les principales langues aborigènes ont été publiées et utilisées par les Pères des Missions étrangères de Paris au cours des soixante dernières années. Le P. Pan veut peut-être seulement forcer le trait en faveur des adaptations locales.

Il s’agit ici d’une question parmi une vingtaine d’autres débats publiés par le journal Xinde des 8, 15 et 22 décembre 2011.

Un troisième expert de Taiwan intervient dans le domaine de l’architecture religieuse, symbolique de grands axes de la pensée chinoise. Il s’agit du prêtre allemand Martin Welling, SVD, missionnaire à Taiwan depuis des décennies. Ces dernières années, il dirigeait One World Community Service Center de Hsintien, un organisme d’éducation et culture, ainsi que le Genesis Conference Center. Il est maintenant affecté au service des étudiants chinois de théologie accueillis en Allemagne au centre des Pères du Verbe Divin à St Augustin, près de Cologne. Son exposé Powerpoint présente quelques constructions récentes d’églises à Taiwan combinant les requêtes de la liturgie avec une symbolique chinoise.

Ce genre de création sophistiquée dépasse encore sans doute les rêves les plus audacieux des prêtres du continent, mais elle leur ouvre un horizon. D’autres réalisations liturgiques à Taiwan ou dans la diaspora chinoise, comme à Singapour et à Paris, ne sont pas encore familières en Chine. Les images du rituel en l’honneur des ancêtres célébré à Taipei ou à Paris à l’occasion du Nouvel An lunaire semblent être reçues avec réticence et donnent lieu à des questionnements : « Ce genre de célébration est-il permis par l’Eglise ? Les gens souhaitent-ils y participer ? »

Les réponses à ces questions sont en fait données dans l’exposé du P. Chen Kaihua, professeur au séminaire de Chengdu. Le P. Chen n’a pu venir au colloque et son exposé a seulement été distribué. Le P. Chen Kaihua, de la province du Yunnan, a été étudiant de théologie en deuxième cycle au Centre Sèvres de Paris. Il explique comment le rituel des ancêtres utilisé à Paris a d’abord été célébré à Taiwan en 1971 par Mgr Yu Pin, recteur de l’Université Fujen. Ce culte « Ji Tian Jingzu » (‘Sacrifice au Ciel - Honneur aux ancêtres’) fait problème dans l’histoire de l’évangélisation en Chine. Ce fut la source d’un conflit de pouvoir entre l’empereur de Chine et Rome et d’une « querelle des rites » entre les instituts missionnaires. Il s’agit au fond d’une question de christologie : le salut par la foi au Christ sauveur et non par les rites. Aujourd’hui, pour les Chinois de la diaspora et ceux de Taiwan exilés du continent, le recours au rituel des ancêtres répond à un besoin d’identité culturelle et de lien avec la terre des ancêtres. La Conférence épiscopale chinoise de Taiwan a publié le 29 décembre 1974 un document sur le vrai sens du culte des ancêtres pour les chrétiens. Depuis 1971, Msgr Yu Pin, Lokuang, Paul Cheng, d’autres encore, ont déterminé la portée théologique de ce rituel en relation avec les principes confucéens de respect du ciel et de piété filiale (xiaodao). Pour les théologiens du continent, il y a là un lieu significatif de dialogue interreligieux et d’approfondissement théologique.

Conclusion

Le Colloque de Shijiazhuang, bien que visant à l’inculturation de la liturgie n’est en rien une recherche aventureuse ou fantaisiste. Les discussions se réfèrent constamment à la première constitution de Vatican II De Sacra Liturgia. Le fruit principal est peut-être de mettre en valeur la plénitude de sens des célébrations liturgiques bien menées et de dissuader les célébrants de liturgies bâclées. Bien qu’ayant le sens des rites, les officiants chinois sont aussi pragmatiques et tentés de miser sur l’efficacité du rite pourvu qu’il soit complet dans le minimum de temps. Mais le ex opere operato doit être soigneusement distingué des rituels magiques d’origine animiste. La liturgie chrétienne a pour mérite d’associer le geste rituel au sens de la Parole. Encore faut-il que le geste soit bien visible et la Parole bien entendue. Le colloque a ainsi bien mis en relief les liens entre liturgie, pastorale et spiritualité.

En un temps où l’Eglise dans le monde s’apprête à célébrer le cinquantenaire de Vatican II, l’Eglise en Chine semble prendre les devants en portant l’attention sur la première des quatre constitutions conciliaires et en s’interrogeant sur sa mise en œuvre. On peut espérer que les trois autres constitutions feront l’objet de nouveaux colloques et que les théologiens de Taiwan et de Hongkong y prendront aussi une part active.


© Les dépêches d'Eglises d'Asie peuvent être reproduites, intégralement comme partiellement, à la seule condition de citer la source.

 

MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI POUR LE CARÊME 2012

dominicanus #Il est vivant !

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«Faisons attention les uns aux autres
pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes»
(He 10, 24)

 



Frères et sœurs,

Le Carême nous offre encore une fois l’opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale.

Cette année, je désire proposer quelques réflexions à la lumière d’un bref texte biblique tiré de la Lettre aux Hébreux : « Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » (10, 24). Cette phrase fait partie d’une péricope dans laquelle l’écrivain sacré exhorte à faire confiance à Jésus Christ comme Grand prêtre qui nous a obtenu le pardon et l’accès à Dieu. Le fruit de notre accueil du Christ est une vie selon les trois vertus théologales : il s’agit de nous approcher du Seigneur « avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi » (v. 22), de garder indéfectible « la confession de l’espérance » (v. 23) en faisant constamment attention à exercer avec nos frères « la charité et les œuvres bonnes » (v. 24). Pour étayer cette conduite évangélique – est-il également affirmé -, il est important de participer aux rencontres liturgiques et de prière de la communauté, en tenant compte du but eschatologique : la pleine communion en Dieu (v. 25). Je m’arrête sur le verset 24 qui, en quelques mots, offre un enseignement précieux et toujours actuel sur trois aspects de la vie chrétienne: l’attention à l’autre, la réciprocité et la sainteté personnelle.

1. « Faisons attention » : la responsabilité envers le frère.

Le premier élément est l’invitation à « faire attention » : le verbe grec utilisé est katanoein, qui signifie bien observer, être attentifs, regarder en étant conscient, se rendre compte d’une réalité. Nous le trouvons dans l’Évangile, lorsque Jésus invite les disciples à « observer » les oiseaux du ciel qui, bien qu’ils ne s’inquiètent pas, sont l’objet de l’empressement et de l’attention de la Providence divine (cf. Lc 12, 24), et à « se rendre compte » de la poutre qui se trouve dans leur œil avant de regarder la paille dans l’œil de leur frère (cf. Lc 6, 41). Nous trouvons aussi cet élément dans un autre passage de la même Lettre aux Hébreux, comme invitation à « prêter attention à Jésus » (3, 1), l’apôtre et le grand prêtre de notre foi. Ensuite, le verbe qui ouvre notre exhortation invite à fixer le regard sur l’autre, tout d’abord sur Jésus, et à être attentifs les uns envers les autres, à ne pas se montrer étrangers, indifférents au destin des frères. Souvent, au contraire, l’attitude inverse prédomine : l’indifférence, le désintérêt qui naissent de l’égoïsme dissimulé derrière une apparence de respect pour la « sphère privée ». Aujourd’hui aussi, la voix du Seigneur résonne avec force, appelant chacun de nous à prendre soin de l’autre. Aujourd’hui aussi, Dieu nous demande d’être les « gardiens » de nos frères (cf. Gn 4, 9), d’instaurer des relations caractérisées par un empressement réciproque, par une attention au bien de l’autre et à tout son bien. Le grand commandement de l’amour du prochain exige et sollicite d’être conscients d’avoir une responsabilité envers celui qui, comme moi, est une créature et un enfant de Dieu : le fait d’être frères en humanité et, dans bien des cas, aussi dans la foi, doit nous amener à voir dans l’autre un véritable alter ego, aimé infiniment par le Seigneur. Si nous cultivons ce regard de fraternité, la solidarité, la justice ainsi que la miséricorde et la compassion jailliront naturellement de notre cœur. Le Serviteur de Dieu Paul VI affirmait qu’aujourd’hui le monde souffre surtout d’un manque de fraternité : « Le monde est malade. Son mal réside moins dans la stérilisation des ressources ou dans leur accaparement par quelques-uns, que dans le manque de fraternité entre les hommes et entre les peuples » (Lett. enc. Populorum progressio [26 mars 1967], n. 66).

L’attention à l’autre comporte que l’on désire pour lui ou pour elle le bien, sous tous ses aspects : physique, moral et spirituel. La culture contemporaine semble avoir perdu le sens du bien et du mal, tandis qu’il est nécessaire de répéter avec force que le bien existe et triomphe, parce que Dieu est « le bon, le bienfaisant » (Ps 119, 68). Le bien est ce qui suscite, protège et promeut la vie, la fraternité et la communion. La responsabilité envers le prochain signifie alors vouloir et faire le bien de l’autre, désirant qu’il s’ouvre lui aussi à la logique du bien ; s’intéresser au frère veut dire ouvrir les yeux sur ses nécessités. L’Écriture Sainte met en garde contre le danger d’avoir le cœur endurci par une sorte d’« anesthésie spirituelle » qui rend aveugles aux souffrances des autres. L’évangéliste Luc rapporte deux paraboles de Jésus dans lesquelles sont indiqués deux exemples de cette situation qui peut se créer dans le cœur de l’homme. Dans celle du bon Samaritain, le prêtre et le lévite « passent outre », avec indifférence, devant l’homme dépouillé et roué de coups par les brigands (cf. Lc 10, 30-32), et dans la parabole du mauvais riche, cet homme repu de biens ne s’aperçoit pas de la condition du pauvre Lazare qui meurt de faim devant sa porte (cf. Lc 16, 19). Dans les deux cas, nous avons à faire au contraire du « prêter attention », du regarder avec amour et compassion. Qu’est-ce qui empêche ce regard humain et affectueux envers le frère ? Ce sont souvent la richesse matérielle et la satiété, mais c’est aussi le fait de faire passer avant tout nos intérêts et nos préoccupations personnels. Jamais, nous ne devons nous montrer incapables de « faire preuve de miséricorde » à l’égard de celui qui souffre ; jamais notre cœur ne doit être pris par nos propres intérêts et par nos problèmes au point d’être sourds au cri du pauvre. À l’inverse, c’est l’humilité de cœur et l’expérience personnelle de la souffrance qui peuvent se révéler source d’un éveil intérieur à la compassion et à l’empathie : « Le juste connaît la cause des faibles, le méchant n’a pas l’intelligence de la connaître » (Pr 29, 7). Nous comprenons ainsi la béatitude de « ceux qui sont affligés » (Mt 5, 4), c’est-à-dire de ceux qui sont en mesure de sortir d’eux-mêmes pour se laisser apitoyer par la souffrance des autres. Rencontrer l’autre et ouvrir son cœur à ce dont il a besoin sont une occasion de salut et de béatitude.

« Prêter attention » au frère comporte aussi la sollicitude pour son bien spirituel. Je désire rappeler ici un aspect de la vie chrétienne qui me semble être tombé en désuétude : la correction fraternelle en vue du salut éternel. En général, aujourd’hui, on est très sensible au thème des soins et de la charité à prodiguer pour le bien physique et matériel des autres, mais on ne parle pour ainsi dire pas de notre responsabilité spirituelle envers les frères. Il n’en est pas ainsi dans l’Église des premiers temps, ni dans les communautés vraiment mûres dans leur foi, où on se soucie non seulement de la santé corporelle du frère, mais aussi de celle de son âme en vue de son destin ultime. Dans l’Écriture Sainte, nous lisons : « Reprends le sage, il t'aimera. Donne au sage : il deviendra plus sage encore ; instruis le juste, il accroîtra son acquis » (Pr 9, 8s). Le Christ lui-même nous commande de reprendre le frère qui commet un péché (cf. Mt 18, 15). Le verbe utilisé pour définir la correction fraternelle – elenchein – est le même que celui qui indique la mission prophétique de la dénonciation propre aux chrétiens envers une génération qui s’adonne au mal (cf. Ep 5, 11). La tradition de l’Église a compté parmi les œuvres de miséricorde spirituelle celle d’« admonester les pécheurs ». Il est important de récupérer cette dimension de la charité chrétienne. Il ne faut pas se taire face au mal. Je pense ici à l’attitude de ces chrétiens qui, par respect humain ou par simple commodité, s’adaptent à la mentalité commune au lieu de mettre en garde leurs frères contre des manières de penser et d’agir qui sont contraires à la vérité, et ne suivent pas le chemin du bien. Toutefois le reproche chrétien n’est jamais fait dans un esprit de condamnation ou de récrimination. Il est toujours animée par l’amour et par la miséricorde et il naît de la véritable sollicitude pour le bien du frère. L’apôtre Paul affirme : « Dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien, toi aussi être tenté » (Ga 6, 1). Dans notre monde imprégné d’individualisme, il est nécessaire de redécouvrir l’importance de la correction fraternelle, pour marcher ensemble vers la sainteté. Même « le juste tombe sept fois » (Pr 24, 16) dit l’Écriture, et nous sommes tous faibles et imparfaits (cf.1 Jn 1, 8). Il est donc très utile d’aider et de se laisser aider à jeter un regard vrai sur soi-même pour améliorer sa propre vie et marcher avec plus de rectitude sur la voie du Seigneur. Nous avons toujours besoin d’un regard qui aime et corrige, qui connaît et reconnaît, qui discerne et pardonne (cf. Lc 22, 61), comme Dieu l’a fait et le fait avec chacun de nous.

2. « Les uns aux autres » : le don de la réciprocité.

Cette « garde » des autres contraste avec une mentalité qui, réduisant la vie à sa seule dimension terrestre, ne la considère pas dans une perspective eschatologique et accepte n’importe quel choix moral au nom de la liberté individuelle. Une société comme la société actuelle peut devenir sourde aux souffrances physiques comme aux exigences spirituelles et morales de la vie. Il ne doit pas en être ainsi dans la communauté chrétienne! L’apôtre Paul invite à chercher ce qui « favorise la paix et l'édification mutuelle » (Rm 14, 19), en plaisant « à son prochain pour le bien, en vue d'édifier » (Ibid.15, 2), ne recherchant pas son propre intérêt, « mais celui du plus grand nombre, afin qu'ils soient sauvés » (1 Co 10, 33). Cette correction réciproque et cette exhortation, dans un esprit d’humilité et de charité, doivent faire partie de la vie de la communauté chrétienne.

Les disciples du Seigneur, unis au Christ par l’Eucharistie, vivent dans une communion qui les lie les uns aux autres comme membres d’un seul corps. Cela veut dire que l’autre m’est uni de manière particulière, sa vie, son salut, concernent ma vie et mon salut. Nous abordons ici un élément très profond de la communion : notre existence est liée à celle des autres, dans le bien comme dans le mal ; le péché comme les œuvres d’amour ont aussi une dimension sociale. Dans l’Église, corps mystique du Christ, cette réciprocité se vérifie : la communauté ne cesse de faire pénitence et d’invoquer le pardon des péchés de ses enfants, mais elle se réjouit aussi constamment et exulte pour les témoignages de vertu et de charité qui adviennent en son sein. « Que les membres se témoignent une mutuelle sollicitude » (cf.1 Co 12, 25), affirme saint Paul, afin qu’ils soient un même corps. La charité envers les frères, dont l’aumône – une pratique caractéristique du carême avec la prière et le jeûne – est une expression, s’enracine dans cette appartenance commune. En se souciant concrètement des plus pauvres, le chrétien peut exprimer sa participation à l’unique corps qu’est l’Église. Faire attention aux autres dans la réciprocité c’est aussi reconnaître le bien que le Seigneur accomplit en eux et le remercier avec eux des prodiges de grâce que le Dieu bon et tout-puissant continue de réaliser dans ses enfants. Quand un chrétien perçoit dans l’autre l’action du Saint Esprit, il ne peut que s’en réjouir et rendre gloire au Père céleste (cf. Mt 5, 16).

3. « pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » : marcher ensemble dans la sainteté.

Cette expression de la Lettre aux Hébreux (10, 24), nous pousse à considérer l’appel universel à la sainteté, le cheminement constant dans la vie spirituelle à aspirer aux charismes les plus grands et à une charité toujours plus élevée et plus féconde (cf.1 Co 12, 31-13, 13). L’attention réciproque a pour but de nous encourager mutuellement à un amour effectif toujours plus grand, « comme la lumière de l'aube, dont l'éclat grandit jusqu'au plein jour » (Pr 4, 18), dans l’attente de vivre le jour sans fin en Dieu. Le temps qui nous est accordé durant notre vie est précieux pour découvrir et accomplir les œuvres de bien, dans l’amour de Dieu. De cette manière, l’Église elle-même grandit et se développe pour parvenir à la pleine maturité du Christ (cf. Ep 4, 13). C’est dans cette perspective dynamique de croissance que se situe notre exhortation à nous stimuler réciproquement pour parvenir à la plénitude de l’amour et des œuvres bonnes.

Malheureusement, la tentation de la tiédeur, de l’asphyxie de l’Esprit, du refus d’« exploiter les talents » qui nous sont donnés pour notre bien et celui des autres (cf. Mt 25, 25s) demeure. Nous avons tous reçu des richesses spirituelles ou matérielles utiles à l’accomplissement du plan divin, pour le bien de l’Église et pour notre salut personnel (cf. Lc 12, 21b ; 1 Tm 6, 18). Les maîtres spirituels rappellent que dans la vie de la foi celui qui n’avance pas recule. Chers frères et sœurs, accueillons l’invitation toujours actuelle à tendre au « haut degré de la vie chrétienne » (Jean-Paul II, Lett. ap. Novo millennio ineunte [6 janvier 2001], n.31). En reconnaissant et en proclamant la béatitude et la sainteté de quelques chrétiens exemplaires, la sagesse de l’Église a aussi pour but de susciter le désir d’en imiter les vertus. Saint Paul exhorte : « rivalisez d’estime réciproque » (Rm 12, 10).

Face à un monde qui exige des chrétiens un témoignage renouvelé d’amour et de fidélité au Seigneur, tous sentent l’urgence de tout faire pour rivaliser dans la charité, dans le service et dans les œuvres bonnes (cf. He 6, 10). Ce rappel est particulièrement fort durant le saint temps de préparation à Pâques. Vous souhaitant un saint et fécond Carême, je vous confie à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie et, de grand cœur, j’accorde à tous la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 3 novembre 2011.

BENEDICTUS PP. XVI

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

Message du second symposium des Evêques d’Afrique et d’Europe (Rome, 13 - 17 février 2012)

dominicanus #Il est vivant !

L’Evangélisation Aujourd’hui : Communion et collaboration entre l'Afrique et l'Europe.

 

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Aux fidèles chrétiens et aux hommes de bonne volonté, 

Cette rencontre entre Evêques d’Afrique et d’Europe s’inscrit dans une démarche fraternelle et attentive à la vie de nos deux continents et manifeste que nous sommes une même Eglise, une même famille s’exprimant d’une même voix.

Pour la deuxième fois depuis 2004, 70 évêques africains et européens, délégués des Conférences Episcopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) et du Conseil des Conférences Episcopales d'Europe (CCEE) se sont réunis, sous le patronage de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples et avec la collaboration de divers organismes de solidarité.
Cette rencontre s'inscrit dans la continuité du premier symposium qui a eu lieu à Rome en 2004 sur le thème : Communion et solidarité entre l’Afrique et l’Europe – Christ nous appelle – Christ nous envoie. Trois colloques intermédiaires ont jalonné ces huit années : le premier à Cap Coast au Ghana, en 2007, sur le thème de l’Esclavage et les nouvelles formes d’Esclavage ; le second à Liverpool, en Grande Bretagne, en 2008 sur les Migrations, nouvel espace d’évangélisation et de solidarité et un troisième en 2010, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, sur la Nouvelle situation de la Mission ad Gentes – Echanges de personnes et Formation-Vocation. Cinquante ans après l’ouverture du Concile Vatican II et à quelques mois du synode sur la Nouvelle Evangélisation, nous avons voulu nous interroger sur ce thème aujourd’hui : Communion et Collaboration entre l’Afrique et l’Europe – L’homme et Dieu, la mission de l’Eglise : annoncer la présence et l’amour de Dieu. Cette rencontre a été d’abord la joie des retrouvailles, mesurant le chemin parcouru durant ces huit années. Les Béatitudes sont vraiment notre trésor commun. Elles nous font découvrir toujours davantage notre complémentarité, mais aussi notre coresponsabilité et notre interdépendance dans la vie de nos Eglises particulières. Il s’agit de relever ensemble les défis d’une Evangélisation toujours nouvelle dans nos deux continents aujourd’hui. « Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps… et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. Ainsi le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres » (1 Co 12, 13-14). Nous nous sommes réjouis des progrès réalisés ces dernières décennies dans les relations entre nos continents : les synodes pour l’Afrique et pour l’Europe tout comme nos rencontres en sont les témoins.

Au service de l’homme et de la femme d’aujourd’hui

Dans l’écoute de la Parole de Dieu et la prière, c’est dans une grande liberté d’analyse des situations et des prises de parole, que nous nous sommes d’abord interrogés : qui sont les hommes et les femmes à qui l’Eglise est envoyée pour évangéliser dans la diversité de nos continents ? Nous avons la tâche d’être la proximité de Dieu auprès des hommes d’aujourd’hui, quelle que soit leur religion. Nous constatons que les messages donnés par les cultures actuelles sont brouillés, que de nombreux signes révèlent des hostilités envers la vie et envers l’identité des hommes et des femmes. Nous faisons l’expérience sans précédent, particulièrement dans l’hémisphère Nord, d’un refus de Dieu ou d’une indifférence croissante dans un monde où les mass médias véhiculent souvent une pensée relativiste qui lamine, tant les pays avancés que les pays émergents. Mais nous savons qu’au-delà de toutes les cultures, l’homme et la femme ont une expérience commune en leur cœur, en Afrique comme en Europe : ils sont habités du désir d’aimer, d’être aimés et de donner la vie. Nous savons aussi que la soif de la recherche de Dieu et la pratique de la foi sont des biens communautaires qu’il n’est pas possible de renvoyer au domaine de la vie privée. 

Attentifs aux défis du monde

Nous constatons ensemble que l’urbanisation, la fascination des villes, multiplient souvent les déceptions, les solitudes et les misères, sans nier pour autant que la ville peut être un lieu de rencontre et de culture. Nous avons à apprendre le langage de l’homme de la ville pour y promouvoir une véritable vie communautaire qui favorise l’accueil des questions de l’homme déraciné. Attentives aux pauvres, nos communautés paroissiales et religieuses développent le service du frère. Même dans sa souffrance, nous pouvons lui faire rencontrer un ami, Jésus-Christ, crucifié, mort et ressuscité. La complexité des mobilités sociales transforme nos sociétés : les cultures se dénaturent. Saurons-nous être présents et faire des propositions qui ouvrent à de nouveaux modes de vie, grâce à l’annonce audacieuse de l’Evangile du Christ ? 

Un autre défi apparaît aussi : le matérialisme, qui se manifeste entre autre dans le consumérisme et qui prend le pas sur tout idéal créant de nombreuses frustrations. L’appât de l’argent engendre de nouvelles formes d’égoïsme qui éloignent de la solidarité et de la recherche du bien commun.

Les migrations, entre continents et au sein d’un même continent, sont aussi un défi et posent questions dans nos sociétés. Elles peuvent provoquer des déséquilibres sociaux et des peurs. Une véritable pastorale des immigrés engage nos Eglises à être signes de la fraternité en Christ : « j’étais un étranger et vous m’avez accueilli ». 

La prolifération des sectes ne peut nous laisser indifférents. Nous avons à nous interroger sur notre langage parfois complexe et trop abstrait. Nous avons à oser davantage l’annonce de Jésus-Christ, appelant à une adhésion de foi personnelle et communautaire. 

Au plan international, face aux exploitations abusives du sol et du sous-sol, au prix de nombreuses corruptions, avec les violences, voire les guerres qui en découlent, il importe de mettre en place un agir ensemble, auprès des gouvernants, pour avoir une parole commune pour plus de justice. Nous soutenons une politique de développement agricole respectueuse des besoins des populations et de l’environnement. Nous demandons aux Universités catholiques, dans une collaboration Nord-Sud, d’entreprendre des travaux sur les fondements transcendantaux du droit, de l’écologie et de l’éthique internationale dans une société pluraliste et sécularisée. 

Bien d’autres défis seraient à relever, nous ne les ignorons pas, mais ils s’inscrivent dans un processus de réflexion et travail communs qui demande du temps.

En solidarité fraternelle

Le développement des Eglises d’Afrique, leur jeunesse, les nombreuses vocations montrent une vitalité croissante qui les fait participer à la mission universelle. 
C’est dans ce climat de commune responsabilité que nous avons pris acte des collaborations déjà mises en place ou encore à établir :
• L’échange des ouvriers apostoliques, prêtres, séminaristes, religieuses, religieux et laïcs exige de nous donner ensemble des structures de préparation et d’accompagnement dans une confiance mutuelle entre évêques.
• La formation des formateurs nécessite des efforts nouveaux, en programmes, en personnel et en moyens divers, tant financiers que matériels.
• Le dialogue interreligieux, en particulier dans la rencontre avec l’Islam, est une nécessité. Nous avons à transformer nos peurs, tout d’abord par une meilleure connaissance des autres religions.
• Le dialogue œcuménique doit amener nos communautés chrétiennes à davantage d’unité.

La mise en valeur de la vie familiale, si importante dans la formation humaine et chrétienne de la personne demeure l’objet d’une attention et d’un soutien continu dans nos projets pastoraux.
Le respect de la vie, la complémentarité naturelle de l’homme et de la femme sont des richesses inaliénables toujours à redécouvrir. Notre message à ce sujet dépasse nos communautés et s’adresse à tout homme. 

Habités par l’Espérance

L’engagement de l’Eglise en Afrique comme en Europe est attendu. Nous avons une parole et une pratique reconnues. 
• Puissions-nous être au rendez-vous des défis de notre monde, d’abord par nos propres conversions et par la mise en place des transformations nécessaires pour mieux servir les hommes et les femmes qui vivent sur nos continents. 
• Puissions-nous, dans un soutien mutuel, participer ensemble à la mission universelle pour que le Christ soit mieux accueilli, connu et célébré. 
• Puissions-nous, en répondant à l’invitation lancée par Benoît XVI dans l’exhortation apostolique Africae munus (l’Engagement de l’Afrique), trouver ensemble un nouveau souffle pour « devenir davantage une bénédiction pour le noble continent africain et pour le monde entier ! » (Africae munus n° 177). 
• Puissions-nous, avec la jeunesse de l’Afrique, avec les espoirs nés lors des JMJ, avec les communautés locales, les mouvements et fraternités, nous engager pour une Evangélisation d’une qualité nouvelle.
Nous sommes en communion avec le Saint Père, rencontré le 16 février et soutenus par lui. D’un même pas et sur un même chemin, notre symposium affirme sa volonté de poursuivre les objectifs qu’il s’est donné pour « agir d’un seul cœur et d’une seule âme » (st Augustin), dans une seule Eglise et une même mission. 
C’est notre vœu, notre prière et notre engagement réciproque !


Ce 17 février 2012, à Rome.

Allocution de Benoît XVI aux cardinaux lors de son 4e consistoire

dominicanus #Il est vivant !

 

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« Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam ».

Vénérés Frères,
Chers Frères et Sœurs,

C’est en ces termes que le chant d’entrée nous a introduits dans le rite solennel et suggestif du Consistoire ordinaire public pour la création des nouveaux Cardinaux, l’imposition de la barrette, la remise de l’anneau et l’attribution du titre. C’est par ces paroles efficaces que Jésus a constitué Pierre comme fondement solide de l’Église. De ce fondement, la foi représente le facteur qualificatif : en effet, Simon devient Pierre – roc – car il a professé sa foi en Jésus Messie et Fils de Dieu. En annonçant le Christ, l’Église est liée à Pierre et Pierre est établi dans l’Église comme roc ; cependant celui qui édifie l’Église, c’est le Christ lui-même, Pierre doit être un élément particulier de la construction. Il doit l’être à travers sa fidélité à la confession faite à Césarée de Philippe, en vertu de l’affirmation : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

Les paroles que Jésus adresse à Pierre mettent bien en évidence le caractère ecclésial de l’événement d’aujourd’hui. Les nouveaux Cardinaux, en effet, par l’attribution du titre d’une église de cette ville ou d’un diocèse suburbicaire, sont insérés à tous les effets dans l’Église de Rome, guidée par le Successeur de Pierre, pour coopérer étroitement avec lui au gouvernement de l’Église universelle. Ces chers confrères qui dans quelques instants feront partie du Collège cardinalice, s’uniront par des liens nouveaux et plus forts non seulement au Pontife Romain, mais aussi à la communauté des fidèles tout entière, disséminée dans le monde entier. En accomplissent leur service propre comme soutien au ministère pétrinien, les nouveaux cardinaux seront en effet appelés à considérer et à apprécier les situations, les problèmes et les critères pastoraux qui touchent la mission de toute l’Église. Dans cette tâche délicate, le témoignage de foi donné à travers sa vie et sa mort par le Prince des Apôtres, qui, par amour du Christ, s’est donné totalement lui-même jusqu’au sacrifice ultime, sera pour eux un exemple et une aide.

C’est en ce sens qu’il faut comprendre aussi l’imposition de la barrette rouge. Aux nouveaux Cardinaux est confiée le service de l’amour : amour pour Dieu, amour pour son Église, amour pour le prochain avec un dévouement absolu et sans condition, jusqu’à l’effusion du sang, si nécessaire, comme le dit la formule de l’imposition de la barrette et comme l’indique la couleur rouge des habits revêtus. En outre, il leur est demandé de servir l’Église avec amour et vigueur, avec la clarté et la sagesse des maîtres, avec l’énergie et la force morale des pasteurs, avec la fidélité et le courage des martyrs. Il s’agit d’être d’éminents serviteurs de l’Église qui trouve en Pierre le fondement visible de l’unité.

Dans le passage de l’Évangile proclamé il y a quelques minutes, Jésus se présente comme serviteur, s’offrant comme modèle à imiter et à suivre. Sur le fond de la troisième annonce de la passion, mort et résurrection du Fils de l’homme, se détache avec un contraste criant la scène des deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, qui poursuivent encore des rêves de gloire auprès de Jésus. Ils lui demandèrent : « Accorde-nous […] de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire. » (Mc 10, 37). La réponse de Jésus est immédiate et sa question inattendue : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » (v. 38). L’allusion est très claire : le calice est celui de la passion, que Jésus accepte pour réaliser la volonté du Père. Le service de Dieu et des frères, le don de soi : c’est là la logique que la foi authentique imprime et développe dans notre vécu quotidien et qui, par contre, n’est pas le style mondain du pouvoir et de la gloire.

Par leur requête, Jacques et Jean montrent qu’ils ne comprennent pas la logique de vie dont Jésus témoigne, logique, qui – selon le Maître – doit caractériser le disciple, dans son esprit et dans ses actes. Cette logique erronée n’habite pas seulement les deux fils de Zébédée car, selon l’évangéliste, elle contamine aussi « les dix autres » apôtres qui « se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean » (v. 41). Ils s’indignent parce qu’il n’est pas facile d’entrer dans la logique de l’Évangile et de laisser celle du pouvoir et de la gloire. Saint Jean Chrysostome affirme que tous les apôtres étaient encore imparfaits, aussi bien les deux qui veulent s’élever au-dessus des dix, que les autres qui sont jaloux d’eux (cf. Commentaire sur Matthieu, 65, 4 : PG 58). Et, en commentant les passages parallèles dans l’Évangile selon Luc, saint Cyrille d’Alexandrie ajoute : « Les disciples étaient tombés dans la faiblesse humaine et discutaient entre eux sur qui était le chef et supérieur aux autres […]. Cela est arrivé et nous a été raconté à notre profit […]. Ce qui est arrivé aux saints Apôtres peut nous servir d’encouragement à l’humilité » (Commentaire sur Luc, 12, 5, 24 : PG 72, 912). Cet épisode permet à Jésus de s’adresser à tous les disciples et de « les appeler à lui », presque pour les serrer contre lui, pour former comme un corps unique et indivisible avec Lui et indiquer quelle est la voie pour parvenir à la vraie gloire, celle de Dieu : « Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous. » (Mc 10, 42-44).

Domination et service, égoïsme et altruisme, possession et don, intérêt et gratuité : ces logiques profondément opposées se confrontent à toute époque et en tout lieu. Il n’y a aucun doute sur la voie choisie par Jésus : il ne se limite pas à l’indiquer par ses paroles aux disciples de l’époque et d’aujourd’hui, il la vit aussi dans sa propre chair. Il explique en effet : « Aussi bien, le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (v. 45). Ces paroles éclairent d’une intensité particulière le Consistoire public d’aujourd’hui. Elles résonnent au plus profond de l’âme et sont une invitation et un appel, une consigne et un encouragement spécialement pour vous, chers et vénérés Frères, qui allez devenir membres du Collège cardinalice.

Selon la tradition biblique, le Fils de l’homme est celui qui reçoit le pouvoir et la souveraineté de Dieu (cf. Dn 7, 13s). Jésus interprète sa mission sur la terre en superposant à la figure du Fils de l’homme celle du Serviteur souffrant, décrit par Isaïe (cf. Is 53, 1-12). Il reçoit le pouvoir et la gloire uniquement en tant que « serviteur » ; mais il est serviteur dans la mesure où il prend sur lui le destin de souffrance et de péché de toute l’humanité. Son service s’accomplit dans la totale fidélité et dans la pleine responsabilité envers les hommes. C’est pourquoi la libre acceptation de sa mort violente devient le prix de la libération pour la multitude, devient le commencement et le fondement de la rédemption de chaque homme et du genre humain tout entier.

Chers Frères qui allez être devenir membres du Collège cardinalice ! Que le don total de soi, offert par le Christ sur la croix, soit pour vous la norme, le stimulant et la force d’une foi qui opère dans la charité. Que votre mission dans l’Église et dans le monde soit toujours et uniquement « dans le Christ », qu’elle réponde à sa logique et non à celle du monde, qu’elle soit éclairée par la foi et animée par la charité qui nous viennent de la Croix glorieuse du Seigneur. Sur l’anneau que je vais vous remettre dans quelques instants, sont représentés les saints Pierre et Paul, avec au centre une étoile qui évoque la Vierge Marie. En portant cet anneau, vous êtes appelés chaque jour à vous souvenir du témoignage que les deux Apôtres ont donné au Christ jusqu’à la mort par le martyre, ici, à Rome, fécondant ainsi l’Église de leur sang. Tandis que le rappel de la Vierge Marie sera toujours pour vous une invitation à suivre celle qui fut solide dans sa foi et humble servante du Seigneur.

En concluant cette brève réflexion, je voudrais adresser mon cordial salut et mes remerciements à vous tous qui êtes présents, en particulier aux Délégations officielles des différents pays et aux représentants de nombreux diocèses. Dans leur service, les nouveaux Cardinaux sont appelés à rester toujours fidèles au Christ, en se laissant guider uniquement par son Évangile. Chers frères et sœurs, priez pour qu’en eux puisse se refléter sur le vif notre unique Pasteur et Maître, le Seigneur Jésus, source de toute sagesse, qui indique la route à tous. Priez aussi pour moi, afin que je puisse toujours offrir au Peuple de Dieu le témoignage de la doctrine sûre et tenir avec une humble fermeté la barre de la sainte Église.

MESSAGE DU SAINT-PÈRE POUR LA XLIXe JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS 29 AVRIL 2012 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES

dominicanus #Il est vivant !

 

 

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Les vocations, don de l’Amour de Dieu

 

Chers frères et sœurs,

La 49ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, qui sera célébrée le 29 avril 2012, quatrième dimanche de Pâques, nous invite à réfléchir sur le thème : Les vocations, don de l’Amour de Dieu.

La source de tout don parfait est Dieu Amour – Deus caritas est – : « celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jn 4, 16). L’Écriture Sainte raconte l’histoire de ce lien originel entre Dieu et l’humanité, qui précède la création elle-même. Saint Paul, écrivant aux chrétiens de la ville d’Éphèse, fait monter un hymne de reconnaissance et de louange au Père, Lui qui, avec une infinie bienveillance, met en œuvre, au cours des siècles, son dessein universel de salut, qui est un dessein d’amour. Dans son Fils Jésus – affirme l’Apôtre – Il « nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables, sous son regard » (Ep 1, 4). Nous sommes aimés par Dieu “avant” même de venir à l’existence ! Mû exclusivement par son amour inconditionnel, Il nous a “créés de rien” (cf. 2M 7, 28) pour nous conduire à la pleine communion avec Lui.

Saisi d’émerveillement devant l’œuvre de la Providence divine, le psalmiste s’exclame : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, pour que tu en prennes souci ? » (Ps 8, 4-5). La vérité profonde de notre existence est ainsi contenue dans cet étonnant mystère: chaque créature, en particulier chaque personne humaine, est fruit d’une pensée et d’un acte de l’amour de Dieu, amour immense, fidèle, éternel (cf. Jr 31, 3). Découvrir cette réalité change véritablement notre vie en profondeur. Dans une page célèbre des Confessions, saint Augustin exprime avec une grande intensité sa découverte de Dieu, suprême beauté et suprême amour, un Dieu qui lui avait été toujours proche, auquel il ouvrait enfin son esprit et son cœur pour être transformé : « Bien tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t'ai aimée! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors. C’est là que je te cherchais. Tout disgracieux, je me ruais sur tes gracieuses créatures. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. Loin de toi, elles me retenaient, elles qui ne seraient, si elles n’étaient en toi. Tu m’appelas, crias, rompis ma surdité. Tu brillas, et ta splendeur a ôté ma cécité ; tu répandis ton parfum, je respirai, je soupirai, je t’ai goûté, et j’eus faim et soif; tu m’as touché, et je brûlai du désir de ta paix » (X, 27.38). Par ces images, le saint Évêque d’Hippone cherche à décrire le mystère ineffable de la rencontre avec Dieu, avec son amour qui transforme toute l’existence.

Il s’agit d’un amour sans réserve qui nous précède, nous soutient et nous appelle tout au long du chemin de la vie et qui s’enracine dans l’absolue gratuité de Dieu. Se référant en particulier au ministère sacerdotal, mon prédécesseur, le Bienheureux Jean-Paul II, affirmait que « tout acte ministériel, en même temps qu'il conduit à aimer et à servir l'Église, pousse à mûrir toujours davantage dans l'amour et dans le service du Christ Tête, Pasteur et Époux de l'Église ; cet amour se présente toujours comme une réponse à l'amour prévenant, libre et gratuit de Dieu dans le Christ » (Exhort. apost. Pastores dabo vobis, 25). Chaque vocation particulière naît, en effet, de l’initiative de Dieu, est don de l’amour de Dieu ! C’est Lui qui fait le “premier pas”, non à cause d’une particulière bonté rencontrée chez nous, mais grâce à la présence de son amour « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5).

En tout temps, à la source de l’appel divin, il y a l’initiative de l’amour infini de Dieu, qui se manifeste pleinement en Jésus Christ. Comme je l’ai écrit dans ma première Encyclique Deus caritas est : « En fait, Dieu se rend visible de multiples manières. Dans l’histoire d’amour que la Bible nous raconte, Il vient à notre rencontre, Il cherche à nous conquérir – jusqu’à la dernière Cène, jusqu’au Cœur transpercé sur la croix, jusqu’aux apparitions du Ressuscité et aux grandes œuvres par lesquelles, à travers l’action des Apôtres, Il a guidé le chemin de l’Église naissante. Et de même, par la suite, dans l’histoire de l’Église, le Seigneur n’a jamais été absent : il vient toujours de nouveau à notre rencontre – par des hommes à travers lesquels il transparaît, ainsi que par sa Parole, dans les Sacrements, spécialement dans l’Eucharistie » (n. 17).

L’amour de Dieu demeure pour toujours, il est fidèle à lui-même, à la « parole édictée pour mille générations » (Ps 105 [104], 8). Il faut donc ré-annoncer, spécialement aux nouvelles générations, la beauté attrayante de cet amour divin, qui précède et accompagne : c’est lui le ressort secret, la motivation qui ne fait jamais défaut, même dans les situations les plus difficiles.

Chers frères et sœurs, c’est à cet amour que nous devons ouvrir notre vie, et c’est à la perfection de l’amour du Père (cf. Mt 5, 48) que Jésus Christ nous appelle chaque jour ! Le haut degré de la vie chrétienne consiste en effet à aimer “comme” Dieu ; il s’agit d’un amour qui se manifeste dans le don total de soi, fidèle et fécond. A la prieure du monastère de Ségovie, peinée par la situation dramatique de la suspension dont il était l’objet au cours de ces années, saint Jean de la Croix répond en l’invitant à agir selon le dessein de Dieu : « Ne pensez à rien d’autre, sinon que tout est disposé par Dieu; et là où il n’y a pas d’amour, mettez l’amour et vous récolterez l’amour » (Lettre, 26).

C’est sur ce terrain d’oblation ouverte à l’amour de Dieu et fruit de cet amour, que naissent et grandissent toutes les vocations. Et c’est en puisant à cette source dans la prière, avec une fréquentation assidue de la Parole et des Sacrements, particulièrement l’Eucharistie, qu’il est possible de vivre l’amour envers le prochain dans lequel on apprend à découvrir le visage du Christ Seigneur (cf. Mt 25, 31-46). Pour exprimer le lien inséparable qui relie ces “deux amours”– l’amour envers Dieu et celui envers le prochain – jaillissant de la même source divine et orientés vers elle, le Pape saint Grégoire le Grand recourt à l’exemple de la jeune pousse : « Dans le terrain de notre cœur, [Dieu] a d’abord planté la racine de l’amour envers Lui, et puis, comme une frondaison, s’est développé l’amour fraternel » (Moralium Libri, sive expositio in Librum B. Job, Lib. VII, cap. 24, 28; PL 75, 780D).

Ces deux expressions de l’unique amour divin, doivent être vécues avec une particulière intensité et pureté de cœur par ceux qui ont décidé d’entreprendre un chemin de discernement vocationnel vers le ministère sacerdotal et la vie consacrée ; elles en constituent l’élément caractéristique. En effet, l’amour pour Dieu, dont les prêtres et les religieux deviennent des images visibles – même si elles sont toujours imparfaites – est la motivation de la réponse à l’appel à une consécration spéciale au Seigneur par l’Ordination presbytérale ou la profession des conseils évangéliques. La vigueur de la réponse de saint Pierre au Divin Maître : « Je t’aime, tu le sais » (Jn 21,15), est le secret d’une existence donnée et vécue en plénitude, et par là comblée d’une joie profonde.

L’autre expression concrète de l’amour, celui envers le prochain, surtout envers les plus nécessiteux et les plus souffrants, est le meilleur ressort qui fait du prêtre et de la personne consacrée, un artisan de communion entre les gens et un semeur d’espérance. Le rapport des consacrés, spécialement du prêtre, à la communauté chrétienne est vital et devient aussi une part fondamentale de leur horizon affectif. A ce sujet, le saint Curé d’Ars aimait répéter : « Le prêtre n’est pas prêtre pour lui. […] il l’est pour vous » (Le Curé d’Ars. Sa pensée – Son cœur, Foi Vivante, 1966, p. 100).

Chers frères dans l’épiscopat, chers prêtres, diacres, consacrés et consacrées, catéchistes, agents pastoraux, et vous tous qui êtes engagés dans le domaine de l’éducation des nouvelles générations, je vous exhorte avec une vive sollicitude à vous mettre à l’écoute attentive de tous ceux qui à l’intérieur des communautés paroissiales, des associations et des mouvements perçoivent les signes d’un appel au sacerdoce ou à une consécration particulière. Il est important que dans l’Église se créent les conditions favorables afin que puissent éclore beaucoup de ‘oui’, comme autant de réponses généreuses à l’appel d’amour de Dieu.

Ce sera la tâche de la pastorale des vocations d’offrir des lignes directrices pour un cheminement fructueux. Un élément central sera l’amour pour la Parole de Dieu, en cultivant une familiarité croissante avec l’Écriture Sainte, et une prière personnelle et communautaire attentive et constante, de manière à être capable d’entendre l’appel divin au milieu de tant de voix qui remplissent la vie quotidienne. Mais par-dessus tout que l’Eucharistie soit le “centre vital” de tout cheminement vocationnel: c’est là que l’amour de Dieu nous rejoint dans le sacrifice du Christ, expression parfaite de l’amour, c’est là que nous apprenons toujours plus à vivre selon le “haut degré” de l’amour de Dieu. Parole, prière et Eucharistie constituent le trésor précieux qui fait comprendre la beauté d’une vie totalement consacrée au Royaume de Dieu.

Je souhaite que les Églises locales, dans leurs différentes composantes, deviennent les “lieux” d’un discernement attentif et d’une vérification approfondie des vocations, offrant aux jeunes gens et aux jeunes filles un sage et solide accompagnement spirituel. De cette manière la communauté chrétienne devient elle-même manifestation de l’Amour de Dieu qui prend soin de tout appel. Une telle dynamique, qui répond aux exigences du commandement nouveau de Jésus, peut trouver une réalisation éloquente et singulière dans les familles chrétiennes, dont l’amour est l’expression de l’amour du Christ qui s’est donné lui-même pour son Église (cf. Ep5, 32). Dans les familles, «communautés de vie et d’amour » (Gaudium et spes, 48), les nouvelles générations peuvent faire une admirable expérience de cet amour oblatif. En effet, elles sont non seulement le lieu privilégié de la formation humaine et chrétienne, mais elles peuvent représenter « le premier et le meilleur séminaire de la vocation à une vie consacrée au Royaume de Dieu » (Exhort. Apost. Familiaris consortio, 53), en faisant redécouvrir, justement à l’intérieur de la famille, la beauté et l’importance du sacerdoce et de la vie consacrée. Que les pasteurs et tous les fidèles laïcs sachent toujours collaborer afin que se multiplient dans l’Église ces « foyers et écoles de communion » sur le modèle de la Sainte Famille de Nazareth, reflet harmonieux, sur la terre, de la vie de la Sainte Trinité.

Avec ces souhaits, j’accorde de tout cœur la Bénédiction Apostolique à vous, Vénérables Frères dans l’épiscopat, aux prêtres, aux diacres, aux religieux, aux religieuses et à tous les fidèles laïcs, en particulier aux jeunes gens et jeunes filles qui se mettent avec un cœur docile à l’écoute de la voix de Dieu, prêts à l’accueillir avec une adhésion généreuse et fidèle.

Du Vatican, le 18 octobre 2011

 

BENOÎT XVI

 

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MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI À L'OCCASION DE LA XXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE (11 FÉVRIER 2012)

dominicanus #Il est vivant !

 

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« Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé » (Lc 17,19)

 

Chers frères et sœurs,

À l’occasion de la Journée Mondiale du Malade, que nous célébrerons le 11 février 2012 prochain, mémoire de Notre-Dame de Lourdes, je souhaite renouveler ma proximité spirituelle à tous les malades qui se trouvent dans des lieux de soins ou sont pris en charge par leurs familles, exprimant à chacun la sollicitude et l’affection de toute l’Église. Dans l’accueil généreux et aimant de chaque vie humaine et en particulier de celle qui est faible et malade, le chrétien exprime un aspect important de son témoignage évangélique, à l’exemple du Christ qui s’est penché sur les souffrances matérielles et spirituelles de l’homme pour le guérir.

1. En cette année qui constitue la préparation immédiate à la Journée Mondiale solennelle du Malade qui sera célébrée en Allemagne le 11 février 2013, et qui s’appuiera sur la figure évangélique emblématique du Bon Samaritain, (cf. Lc 10, 29-37), je voudrais mettre l’accent sur les "sacrements de guérison", c'est-à-dire sur le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation et sur l’Onction des malades, qui trouvent leur accomplissement naturel dans la communion eucharistique.

La rencontre de Jésus avec les dix lépreux, racontée dans l’évangile de saint Luc (cf. Lc 17, 11-19), et en particulier les paroles que le Seigneur adresse à l’un d’entre eux : « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ! » (v. 19), aident à prendre conscience de l’importance de la foi pour ceux qui, marqués par la souffrance et la maladie, s’approchent du Seigneur. Dans leur rencontre avec Lui, ils peuvent réellement faire l’expérience que celui qui croit n’est jamais seul ! En effet, Dieu, dans son Fils ne nous abandonne pas à nos angoisses et à nos souffrances, mais Il nous est proche, Il nous aide à les porter et Il désire nous guérir au plus profond de notre cœur (cf. Mc 2, 1-12).

La foi de l’unique lépreux qui - se voyant guéri, plein de surprise et de joie - revient immédiatement à Jésus, à la différence des autres, pour manifester sa reconnaissance, nous permet de percevoir que la santé recouvrée est le signe de quelque chose de plus précieux que la simple guérison physique ; elle est le signe du salut que Dieu nous donne dans le Christ. Ceci s’exprime dans les paroles de Jésus : ta foi t’a sauvé. Celui qui invoque le Seigneur dans la souffrance et la maladie est sûr que Son amour ne l’abandonne jamais, et que l’amour de l’Église, qui prolonge dans le temps Son œuvre de Salut, ne lui manquera jamais. La guérison physique, expression d’un salut plus profond, révèle ainsi l’importance que l’homme a aux yeux du Seigneur, dans la totalité de son âme et de son corps. Du reste, chaque sacrement exprime et réalise la proximité de Dieu lui-même, qui, d’une façon absolument gratuite, « nous touche au moyen des réalités matérielles…, en en faisant des instruments de la rencontre entre nous et Lui-même » (Homélie, Messe chrismale, 1er avril 2010). « L’unité entre création et rédemption est ainsi rendue visible. Les sacrements sont l’expression du caractère corporel de notre foi, qui embrasse la personne tout entière dans son corps et dans son âme » (Homélie, Messe chrismale, 21 avril 2011).

La tâche principale de l’Église est certainement l’annonce du Royaume de Dieu, « mais cette annonce doit elle-même constituer un processus de guérison "…panser les cœurs meurtris" (Is 61,1) » (ibid), selon la charge que Jésus a confiée à ses disciples (cf. Lc 9, 1-2 ; Mt 10, 1.5-14 ; Mc 6, 7-13). Le lien entre la santé physique et la guérison des blessures de l’âme nous aide donc à mieux comprendre "les sacrements de guérison".

2. Le sacrement de la Pénitence a souvent été au centre de la réflexion des Pasteurs de l’Église, en particulier du fait de sa grande importance sur le chemin de la vie chrétienne, puisque « toute l’efficacité de la Pénitence consiste à nous rétablir dans la grâce de Dieu et à nous unir à Lui dans une souveraine amitié » (Catéchisme de l’Église Catholique, n°1468). L’Église, en continuant de proclamer le message de pardon et de réconciliation de Jésus, ne cesse jamais d’inviter l’humanité tout entière à se convertir et à croire à l’Évangile. Elle fait sien l’appel de l’apôtre Paul : « Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Durant sa vie, Jésus annonce et rend présente la miséricorde du Père. Il est venu non pour condamner mais pour pardonner et sauver, pour donner de l’espérance même dans les ténèbres les plus profondes de la souffrance et du péché, pour donner la vie éternelle ; ainsi dans le sacrement de la Pénitence, dans « le remède de la confession », l’expérience du péché ne dégénère pas en désespoir mais rencontre l’Amour qui pardonne et transforme (cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique postsynodale Reconciliatio et Paenitentia, n°31).

Dieu, « riche en miséricorde » (Ep 2,4), comme le père de la parabole évangélique (cf. Lc 15, 11-32) ne ferme son cœur à aucun de ses fils, mais Il les attend, les recherche, les rejoint là où le refus de la communion emprisonne dans l’isolement et la division, Il les appelle à se rassembler autour de sa table, dans la joie de la fête du pardon et de la réconciliation. Le temps de la souffrance, dans lequel pourrait surgir la tentation de s’abandonner au découragement et au désespoir, peut alors se transformer en temps de grâce pour rentrer en soi-même, et comme le fils prodigue de la parabole, pour réfléchir à sa vie, en y reconnaissant des erreurs et des échecs, pour éprouver la nostalgie de l’étreinte du Père, et reprendre le chemin vers sa maison. Lui, dans son grand amour, veille toujours et partout sur nos vies et nous attend pour offrir à chacun des enfants qui reviennent à Lui le don de la pleine réconciliation et de la joie.

3. La lecture des Évangiles fait clairement apparaître que Jésus a toujours manifesté une attention particulière aux malades. Il n’a pas seulement envoyé ses disciples soigner leurs blessures (cf. Mt 10,8 ; Lc 9,2 ; 10,9), mais il a aussi institué pour eux un sacrement spécifique : l’Onction des malades. La lettre de Jacques atteste la présence de ce geste sacramentel dès la première communauté chrétienne (cf. 5, 14-16) : dans l’Onction des malades, accompagnée de la prière des Anciens, l’Église tout entière confie les malades au Seigneur souffrant et glorifié pour qu’Il allège leurs peines et les sauve ; plus encore, elle les exhorte à s’unir spirituellement à la passion et à la mort du Christ, afin de contribuer ainsi au bien du Peuple de Dieu.

Ce sacrement nous amène à contempler le double mystère du Mont-des-Oliviers, où Jésus s’est trouvé dramatiquement confronté à la voie que lui indiquait le Père, celle de la Passion, de l’acte suprême d’amour, et l’a accueillie. Dans cette heure d’épreuve, Il est le médiateur, « en portant en lui-même, assumant en lui la souffrance et la passion du monde, la transformant en cri vers Dieu, la portant devant les yeux et entre les mains de Dieu, et la portant ainsi réellement au moment de la Rédemption » (Lectio Divina, Rencontre avec le clergé de Rome, 18 février 2010). Mais « le Jardin des Oliviers est aussi le lieu d’où Il est monté vers le Père ; c’est donc le lieu de la Rédemption… Ce double mystère du Mont-des-Oliviers est aussi sans cesse "actif" dans l’huile sacramentelle de l’Église… signe de la bonté de Dieu qui nous rejoint » (Homélie, Messe Chrismale, 1er avril 2010). Dans l’Onction des malades, la matière sacramentelle de l’huile nous est offerte, pourrait-on dire, « comme un remède de Dieu… qui à ce moment nous assure de sa bonté, nous offre force et consolation, mais qui, en même temps, au-delà du temps de la maladie, nous renvoie à la guérison définitive, à la résurrection (cf Jc 5,14) » (ibid).

Ce sacrement mérite aujourd’hui une plus grande considération, aussi bien dans la réflexion théologique que dans l’action pastorale auprès des malades. Puisque l’Onction des Malades valorise le contenu des prières liturgiques adaptées aux diverses situations humaines liées à la maladie, et pas seulement à la fin de la vie, elle ne doit pas être considérée comme un "sacrement mineur" par rapport aux autres. L’attention - et le soin pastoral - des malades si elle est, d’une part, le signe de la tendresse de Dieu pour celui qui souffre, constitue également, d’autre part, un bien spirituel pour les prêtres et la communauté chrétienne tout entière, prenant conscience que ce qui est fait au plus petit est fait à Jésus lui-même (cf Mt 25,40).

4. À propos des "sacrements de guérison", saint Augustin affirme : « Dieu guérit toutes tes maladies. N’aie donc pas peur : toutes tes maladies seront guéries… tu dois seulement Lui permettre de te soigner et tu ne dois pas repousser ses mains » (Exposé sur le Psaume 102, 5 : PL 36, 1319-1320). Il s’agit d’instruments précieux de la grâce de Dieu qui aident le malade à se conformer toujours plus pleinement au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. En soulignant l’importance de ces deux sacrements, je voudrais insister aussi sur l’importance de l’Eucharistie. Reçue dans un temps de maladie, elle contribue de manière singulière à une telle transformation, en associant la personne qui se nourrit du Corps et du Sang de Jésus à l’offrande qu’Il a faite de Lui-même au Père pour le salut de tous. La communauté ecclésiale tout entière, et les communautés paroissiales en particulier doivent s’efforcer de garantir l’accès fréquent à la communion sacramentelle à ceux qui, pour raison de santé ou d’âge, ne peuvent se rendre dans un lieu de culte. Ces frères et sœurs ont ainsi la possibilité de renforcer leur relation avec le Christ crucifié et ressuscité, en participant à la mission même de l’Église, à travers leur vie offerte par amour pour le Christ. Dans cette perspective, il importe que les prêtres qui prêtent leur service dans les hôpitaux, dans les maisons de soins et chez les personnes malades, s’estiment de vrais "ministres des malades", signe et instrument de la compassion du Christ qui entend rejoindre toute personne marquée par la souffrance » (Message pour la XVIIIe Journée Mondiale du Malade, 22 novembre 2009).

La conformation au Mystère Pascal du Christ, qui se réalise également par la pratique de la Communion spirituelle, prend une signification toute particulière lorsque l’Eucharistie est administrée et reçue comme viatique. À un tel moment de la vie, la parole du Seigneur est encore plus parlante : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,54). De fait l’Eucharistie, surtout en tant que viatique, est – selon la définition de saint Ignace d’Antioche – « remède d’immortalité, antidote contre la mort » (Lettre aux Éphésiens, 20 : PG 5, 661), sacrement du passage de la mort à la vie, de ce monde au Père qui les attend tous dans la Jérusalem céleste.

5. Le thème de ce message pour la XXe Journée Mondiale du Malade, « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ! » oriente aussi vers la prochaine "Année de la Foi" qui commencera le 11 octobre 2012, et constituera une occasion propice et précieuse pour redécouvrir la force et la beauté de la foi, pour en approfondir les contenus et pour en témoigner dans la vie de tous les jours (cf. Lettre Apostolique Porta fidei, 11 octobre 2011). Je désire encourager les malades et les souffrants à trouver toujours un ancrage sûr dans la foi, en l’alimentant dans l’écoute de la Parole de Dieu, la prière personnelle et les Sacrements, et j’invite en même temps les pasteurs à être toujours plus disponibles pour les célébrer à l’intention des malades. À l’exemple du Bon Pasteur et comme guides du troupeau qui leur est confié, que les prêtres soient pleins de joie, attentifs aux plus faibles, aux simples, aux pécheurs, manifestant l’infinie miséricorde de Dieu par les paroles rassurantes de l’espérance (cf. saint Augustin, Lettre 95, 1 : PL 33, 351-352).

À tous ceux qui travaillent dans le monde de la santé, comme aussi aux familles qui voient dans leurs proches le visage souffrant du Seigneur Jésus, je renouvelle mes remerciements et ceux de l’Église parce que par leur compétence professionnelle et dans le silence, souvent sans même mentionner le nom du Christ, ils Le manifestent concrètement (cf. Homélie, Messe Chrismale, 21 avril 2011).

Vers Marie, Mère de miséricorde et Santé des malades, nous élevons notre regard confiant et notre prière. Puisse sa maternelle compassion, vécue à côté de son Fils mourant sur la Croix, accompagner et soutenir la foi et l’espérance de chaque personne malade et souffrante sur son chemin de guérison des blessures du corps et de l’esprit.

Je vous assure tous de mon souvenir dans la prière et j’adresse à chacun de vous une particulière Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 20 novembre 2011, en la Solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi de l’Univers.

BENOÎT PP XVI

 

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

Père Daniel Ange, Invité d'Un coeur qui écoute - KTO

dominicanus #Il est vivant !

Après trente ans de vie monastique dont douze au Rwanda et bouleversé par la détresse des jeunes, Daniel-Ange ressent un appel : leur transmettre l'amour de Dieu et le don de la Vie. Ordonné prêtre en 1981, il fonde en 1984 jeunesse-lumière, une des premières écoles catholiques d'évangélisation en Europe. Engagé également dans la communion entre les églises catholiques et orthodoxes, il réalise des tournées d'évangélisation dans une quarantaine de pays. À l'occasion de la publication de son dernier livre La mort et l'au-delà - Noël éternel, qui clôt sa série « Ces lieux où toucher Dieu », il est l'invité d'Un coeur qui écoute.

 

 

Diffusé le 06/02/2012 / Durée 26 mn

Journal du Vatican / Le cardinal Bertone dispose d'une vitesse de plus

dominicanus #Il est vivant !

Pour obtenir des "facultés spéciales" en dérogation aux normes canoniques, les chefs de la curie ne peuvent plus s'adresser directement à Benoît XVI. Ils doivent passer par le secrétaire d'état. Qui instruira lui-même le dossier 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 12 décembre 2011 – Une innovation normative introduite au cours de ces derniers mois a redéfini et augmenté le pouvoir de coordination de la secrétairerie d’état envers les autres dicastères de la curie romaine.

Cette nouveauté est contenue dans un rescrit “ex audientia SS.mi” signé par le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone.

Les rescrits sont des mesures prises par le pape lors d’une audience accordée au secrétaire d’état ; d’habitude, ils sont publiés uniquement dans les "Acta Apostolicæ Sedis", le Journal Officiel du Saint-Siège.

Dans le rescrit en question, qui est du 7 février dernier, le cardinal Bertone annonce que "le Saint Père, en date du 1er février 2011, a approuvé le texte suivant en tant qu’article 126 bis du Règlement général de la curie romaine". Et il précise que son entrée en vigueur est fixée au 1er mars suivant.

Ce nouvel article du règlement se compose de quatre alinéas. 

"Le dicastère – indique le premier alinéa – qui estime nécessaire de demander au Souverain Pontife des facultés spéciales doit formuler sa requête par écrit, par l’intermédiaire de la secrétairerie d’état, en y joignant un projet de texte définitif, avec l’indication précise des facultés demandées, la motivation de la demande et en spécifiant les éventuelles dérogations aux normes canoniques universelles ou particulières, qui en seraient modifiées ou non appliquées d’une manière ou d’une autre".

"La secrétairerie d’état – explique le deuxième alinéa – demandera leur avis aux dicastères compétents en la matière et à ceux qu’il considérera comme éventuellement intéressés, ainsi qu’au conseil pontifical pour les textes législatifs en ce qui concerne la formulation juridique correcte et, au cas où des questions doctrinales seraient mises en jeu, à la congrégation pour la doctrine de la foi".

Le troisième alinéa explique quelles sont les modalités concrètes à suivre pour la formulation de la demande relative aux "facultés spéciales" et enfin le quatrième souligne que "la secrétairerie d’état [communiquera] aux dicastères le texte des facultés éventuellement concédées par le Souverain Pontife et, conjointement avec le dicastère demandeur, elle examinera s’il convient de procéder à sa publication et comment".

En application de ce rescrit, donc, il ne pourra plus y avoir de dialogue direct entre le pontife et les dicastères de la curie en ce qui concerne la concession des "facultés spéciales", qui sont, en langage ordinaire, des décrets qui dérogent aux normes canoniques en vigueur et qui ont valeur de loi jusqu’à la mort du pontife qui les a émis.

Dans le passé récent, ces "facultés spéciales" ont été un outil utilisé pour combattre plus rapidement et plus efficacement les abus sexuels commis par des clercs sur des mineurs.

À partir de 2001, en effet, des "facultés spéciales" ont été accordées par Jean-Paul II à la congrégation pour la doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger. Celui-ci les avait demandées, notamment, pour pouvoir définir de nouveaux cas de délits canoniques pénaux ou pour pouvoir infliger des peines très graves, telles que la réduction à l’état laïc, même en l’absence d’un procès canonique en bonne et due forme.

En 2005, l’un des premiers actes de gouvernement de Benoît XVI a été de remettre en vigueur ces "autorisations spéciales" qui  avaient pris fin à la mort de son prédécesseur. Et en juillet 2010 certaines de ces facultés ont été définitivement codifiées dans les nouvelles normes de la congrégation pour la doctrine de la foi relatives aux "delicta graviora".

Au cours de ces dernières années, des "facultés spéciales" de nature analogue ont également été accordées à d’autres congrégations, telles que celle de la Propagation de la foi et celle pour le Clergé.

Dans la matinée du 22 janvier 2010 une réunion des chefs des dicastères de la curie a eu lieu au Vatican, sous la présidence de Benoît XVI. L’ordre du jour n’en a pas été révélé. Mais on a su qu’au cours de cette réunion une plus grande coordination de la curie romaine a été souhaitée, à réaliser par la secrétairerie d’état.

Le rescrit de février dernier semble aller en ce sens.
Sandro Magister
www.chiesa


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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Des théologiens et des apologètes. Voilà ce que doivent être les nouveaux évêques

dominicanus #Il est vivant !

Au cours de ces cinq derniers mois, il y a eu douze nominations correspondant à ce modèle. Les voici, une par une: Milan, Philadelphie, Manille, Fribourg... Le cardinal qui sélectionne les candidats explique quelles sont les raisons qui président à ses choix 

 

Marc Ouellet


 

ROME, le 1er décembre 2011 – Ayant franchi le cap de sa première année en tant que préfet de la congrégation pour les évêques, le cardinal Marc Ouellet (photo) en a fait le bilan lors d’une interview accordée à Gianni Cardinale pour "Avvenire", le quotidien qui appartient à la conférence des évêques d’Italie.

Au cours de cette interview, il a notamment révélé qu’il arrivait fréquemment, "plus que ce à quoi je pouvais m’attendre", que le candidat choisi pour être nommé évêque n’accepte pas cette nomination.

Il a indiqué que de tels refus avaient pour motif la difficulté croissante à assumer ce rôle, dans une société où les évêques sont soumis à des attaques publiques "notamment en conséquence des scandales et des critiques portant sur les abus sexuels".

En ce qui concerne les ambitions en matière de carrière, le cardinal a lancé un avertissement : si un prêtre ou un évêque aspire à être promu à un diocèse important et s’il manœuvre dans ce but, "il est bon qu’il reste là où il est".

Et il a conclu l'interview en traçant le profil de l’évêque dont l’Église a le plus besoin aujourd’hui : c’est un évêque qui est à la fois un théologien et un apologète, défenseur public de la foi :

"Aujourd’hui, tout particulièrement dans le contexte de nos sociétés sécularisées, nous avons besoin d’évêques qui en soient les premiers évangélisateurs et qui ne soient pas de simples administrateurs de diocèses. C’est-à-dire des évêques qui soient capables de proclamer l’Évangile. Qui soient non seulement théologiquement fidèles au magistère et au pape mais également capables d’exposer la foi et, si nécessaire, de la défendre publiquement".

***

Ce profil d’évêque théologien et "defensor fidei" correspond parfaitement à celui du cardinal Ouellet lui-même.

Canadien du Québec, âgé de 67 ans, Ouellet appartient à la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice et il a fait partie de l’équipe de rédaction de la revue internationale de théologie "Communio", fondée notamment par Joseph Ratzinger et Hans Urs von Balthasar, à l’école desquels il a été formé.

Pendant de nombreuses années, en tant que professeur de séminaire et éducateur, il a fait la navette entre le Canada et la Colombie. Puis il est parti s’installer à Rome, où il a été professeur de théologie systématique à l’Université Pontificale du Latran, à l’époque où celle-ci avait pour recteur le futur cardinal Angelo Scola, lui aussi membre de l’équipe de rédaction de "Communio".

En 2001, il a été nommé secrétaire du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens et, l'année suivante, archevêque de Québec et primat du Canada. Il est cardinal depuis 2003.

Chez lui, au Québec, le cardinal Ouellet a été le témoin direct de l’une des plus soudaines baisses du catholicisme au cours du siècle dernier. Cette région, dont l’empreinte catholique a été très forte jusqu’au milieu du XXe siècle, est aujourd’hui l’une des plus sécularisées au monde.

En tant qu’archevêque, Ouellet s’est battu énergiquement pour redonner de la voix et du corps au christianisme dans sa terre natale. Et Benoît XVI l'a tellement apprécié qu’il l’a appelé à Rome, d’abord comme rapporteur au synode des évêques de 2008 puis, de manière stable, à partir de 2010, comme préfet de la congrégation pour les évêques.

Parmi les cardinaux de la curie romaine, Ouellet est certainement le plus intime du pape Joseph Ratzinger, qu’il rencontre régulièrement une fois par semaine. Et c’est peut-être le seul auquel le pape se confie sans réserves.

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C’est un fait que, depuis qu’Ouellet préside la congrégation vaticane qui choisit et propose au pape les nouveaux évêques, la préférence accordée aux théologiens et aux défenseurs de la foi est de plus en plus évidente.

Rien qu’au cours de ces cinq derniers mois, on peut compter au moins douze nominations présentant ces caractéristiques.

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La première, qui a eu lieu le 28 juin, est celle du cardinal Angelo Scola comme archevêque de Milan.

En tant que théologien, son maître a été principalement von Balthasar ; mais Ratzinger a également eu une influence significative sur sa formation. Pendant le temps où Scola en a été le recteur, c’est-à-dire entre 1995 et 2002, l’Université Pontificale du Latran a connu une renaissance. Et à Venise, dont il a été le patriarche pendant neuf ans, il a fondé, sous le nom de saint Marc, un "Studium generale" couvrant tous les degrés du savoir, depuis l’enfance jusqu’à l'université, avec des cours dans diverses disciplines et avec la théologie qui les embrasse toutes.

Son talent a été et est de se faire entendre, plus que dans les salles de cours, sur la place publique. Après Carlo Maria Martini, Scola est le cardinal auquel les médias laïcs prêtent le plus d’attention. Avec cette différence, par rapport à son prédécesseur, que ce qu’il dit et écrit est en pleine harmonie avec le magistère de Benoît XVI.

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La deuxième nomination de cette série, qui a eu lieu le 19 juillet, est celle de Charles J. Chaput comme archevêque de Philadelphie.

Chaput n’a jamais été théologien au sens strict du terme. Mais c’est certainement un grand apologète, capable de prêcher l’Évangile sur les toits, sans timidité et sans rien retrancher, dans une société comme celle des États-Unis où la compétition est particulièrement rude, y compris dans et contre le domaine religieux.

Et c’est ce profil de défenseur "positif" de la foi et de l’Église qui a fait pencher la balance en sa faveur, lors de la procédure qui a abouti à sa nomination au siège de Philadelphie. Le candidat numéro un sur la liste de trois noms présentée aux autorités vaticanes par le nonce apostolique aux États-Unis était l'actuel évêque de Louisville, Joseph E. Kurtz. Chaput venait en seconde position. Mais lorsque, après l’examen des candidats par la congrégation, Ouellet est monté chez Benoît XVI pour être reçu en audience, Chaput était passé en tête de liste et il a été rapidement nommé par le pape.

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La troisième nomination, qui a eu lieu le 27 juillet, est celle d’Ivo Muser comme évêque de Bolzano et Bressanone, le diocèse du Sud-Tyrol où ont vécu la grand-mère et l’arrière-grand-mère maternelles du pape Ratzinger.

Le nouvel évêque a étudié la théologie à Innsbruck et à l’Université Pontificale Grégorienne de Rome. Il a enseigné au Studio Accademico Teologico de Bressanone. Il a également été, pendant quelques années, le secrétaire de l’évêque qui l’a précédé dans ce diocèse, Wilhelm Egger, lui-même théologien et bibliste de renom.

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La quatrième nomination, qui a eu lieu le 26 septembre, est celle de Stanislaw Budzik comme archevêque de Lublin.

Budzik, qui est depuis 2007 le secrétaire général de la conférence des évêques de Pologne, a lui aussi étudié la théologie à Innsbruck et il a obtenu le titre de professeur à l’Académie Pontificale de Théologie de Cracovie.

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Cinquième nomination, qui a eu lieu le 10 octobre : celle de Nuno Brás da Silva Martins comme évêque auxiliaire de Lisbonne.

Le nouvel évêque a obtenu un doctorat en théologie à l’Université Pontificale Grégorienne et il a enseigné la théologie fondamentale à l'Université Catholique Portugaise ainsi qu’à la Grégorienne, à Rome, ville où il a également été recteur du Collège Pontifical Portugais.

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Sixième nomination, qui a eu lieu le 13 octobre : celle de Luis Antonio Tagle comme archevêque de Manille.

Tagle a obtenu un doctorat en théologie aux États-Unis, à la Catholic University of America, avec une thèse consacrée à la collégialité épiscopale, sous la direction du professeur Joseph Komonchak. Il a collaboré avec ce dernier à la rédaction de l’histoire du concile Vatican II la plus lue au monde, œuvre de "l’école de Bologne" fondée par le père Giuseppe Dossetti : c’est une histoire à thèse, qui voit en Vatican II un virage marquant une rupture et un nouveau début par rapport à la vie précédente de l’Église.

Dans cette histoire, Tagle a écrit, entre autres, le chapitre qui traite de ce que l’on a appelé la "semaine noire" de novembre 1964 : "noire" pour les progressistes, hostiles surtout à la "Nota explicativa prævia" que Paul VI plaça, en cette circonstance, avant la constitution dogmatique "Lumen gentium" afin d’en dissiper les équivoques.

Lorsque le volume qui contient cet essai a été publié, en 1999, Tagle était depuis deux ans membre de la commission théologique internationale qui apporte son aide à la congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, cette dernière étant alors présidée par Ratzinger.

En 2001 Tagle est devenu évêque d’Imus, où il s’est distingué par sa proximité envers les pauvres et par son mode de vie simple et charitable.

Au sein de la conférence des évêques des Philippines, il est président de la commission pour la doctrine de la foi.

Comme www.chiesa l’a révélé dans un article publié le 14 novembre dernier, la collaboration de Tagle à "l’école de Bologne" a été totalement passée sous silence dans la biographie remise aux cardinaux et évêques de la congrégation vaticane chargée de l’évaluer en tant que candidat à l’archevêché de Manille. Cela au grand regret de certains d’entre eux, qui n’ont été informés de ce point qu’après que la nomination eut été effectuée.

L’archevêché de Manille est un siège cardinalice. Et certains ont même déjà inscrit Tagle sur la liste des "papabili".

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Septième nomination de la série : celle de Charles Morerod comme évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, qui a eu lieu le 3 novembre.

Morerod est dominicain et il a 50 ans. C’est un théologien de réputation mondiale. Il a commencé ses études à l'Université de Fribourg, celle-là même où la revue "Communio" a vu le jour. Il y a ensuite enseigné, avant de devenir professeur, à Rome, à l’Université Pontificale Saint Thomas d'Aquin, que l’on appelle l’Angelicum pour faire court. Il a dirigé la revue théologique "Nova et Vetera" et, en 2009, il a été nommé secrétaire général de la commission théologique internationale, consulteur de la congrégation pour la doctrine de la foi et enfin recteur de l'Angelicum.

Parmi ses nombreuses publications, on remarquera "Tradition et unité des chrétiens. Le dogme comme condition de possibilité de l’œcuménisme", Parole et Silence, Paris, 2005. Dans cet ouvrage Morerod critique l'œcuménisme libéral de théologiens tels que Rahner, Fries, Tillard, en insistant sur le caractère indispensable d’une solide doctrine catholique, à la fois théologique et philosophique.

En ce qui concerne les relations entre les religions, il a soumis à une dure critique les thèses relativistes du catholique Paul Knitter et de l'anglican John Hick.

Morerod est l’un des trois théologiens qui représentent Rome dans les discussions actuellement en cours entre l’Église de Rome et les traditionalistes schismatiques lefebvristes de la Fraternité Saint Pie X.

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Huitième nomination, qui a eu lieu le 14 novembre : celle de Francesco Cavina comme évêque de Carpi.

Docteur en droit canonique, Cavina était depuis 1996 official de la section pour les rapports avec les états de la secrétairerie d'état. Dans le même temps, il enseignait la théologie sacramentaire à l’Université Pontificale de la Sainte Croix.

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Neuvième nomination, qui a eu lieu le 21 novembre : celle de Filippo Santoro comme archevêque de Tarente.

Quand il était jeune prêtre, Cavina a fait ses débuts comme directeur de l'Institut Supérieur de Théologie de Bari. Par la suite, il est parti en mission au Brésil, en qualité de responsable de Communion et Libération pour ce pays et pour tout le continent latino-américain. En 1992 il a participé en tant que théologien à la IVe conférence de l'épiscopat latino-américain à Saint-Domingue.

Ordonné évêque en 1996, il a été tout d’abord évêque auxiliaire du cardinal Eugênio de Araújo Sales à Rio de Janeiro et ensuite, à partir de 2004, évêque du diocèse de Petrópolis et grand chancelier de l'Université Catholique de cette ville.

Au sein de la conférence des évêques du Brésil, il a été membre de la commission pour la doctrine de la foi.

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Dixième nomination, qui a eu lieu le 24 novembre : celle de Franco Giulio Brambilla comme évêque de Novare.

Brambilla est depuis 2007 évêque auxiliaire du diocèse de Milan et vicaire pour la culture. C’est l’un des théologiens italiens les plus réputés.

Il a été professeur de christologie et d’anthropologie théologique à la Faculté de Théologie d'Italie Septentrionale, dont il est devenu président en 2007. Il a été le théologien de référence de la conférence des évêques d’Italie lors du grand colloque ecclésial organisé à Vérone en 2006, auquel Benoît XVI a participé. Et il a été considéré comme l’un des successeurs possibles de l'actuel archevêque de Florence, Giuseppe Betori, pour le poste de secrétaire de la conférence des évêques d’Italie.

Il a étudié l’œuvre du théologien néerlandais Edward Schillebeeckx, dont il a écrit une biographie, et il a figuré, en 1983, parmi les signataires italiens d’un document revendiquant la liberté de recherche qui a été signé par les théologiens progressistes européens les plus connus.

À cette occasion, un autre théologien, qui était son collègue à cette même faculté milanaise, Dionigi Tettamanzi, avait formulé dans le journal "Avvenire" de dures critiques contre les théologiens rebelles. Ce qui lui a ouvert la porte d’une brillante carrière – qui a atteint son point culminant lorsqu’il est devenu cardinal archevêque de Milan – tandis que celle de Brambilla a été bloquée pendant longtemps en raison de cette signature.

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Onzième nomination, qui a eu lieu le 26 novembre : celle de Johannes Wilhelmus Maria Liesen comme évêque de Breda, aux Pays-Bas.

Liesen est, depuis 2004, membre de la commission théologique internationale. Il a été professeur de théologie biblique aux séminaires de Roermond, Haarlem-Amsterdam et 's-Hertogenbosch.

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Le même jour, 26 novembre, a également été marqué par l’annonce de la nomination – la douzième de cette série – de Charles John Brown comme archevêque titulaire d’Aquilée.

Toutefois le nouvel archevêque ne se rendra pas à Aquilée qui, en tant que diocèse, ne subsiste plus que comme souvenir historique. Sa véritable destination est l’Irlande, où il sera nonce apostolique. Brown n’a jamais fait partie du corps diplomatique du Vatican et c’est un Américain de New-York. Mais c’est bien lui que Benoît XVI a voulu comme ambassadeur dans un pays secoué par les scandales comme l'Irlande, qui compte actuellement sept diocèses vacants et qui est en attente d’une redéfinition et d’un nouveau départ avec des hommes nouveaux.

Et, une fois encore, le choix de Brown a été déterminé par ses références en tant que "defensor fidei" et de "defensor ecclesiæ". Le pape Ratzinger le connaît bien depuis 1994, date à laquelle Brown est devenu official de la congrégation pour la doctrine de la foi, à quoi il ajoute, depuis deux ans, la fonction de secrétaire-adjoint de la commission théologique internationale.

Sandro Magister
 www.chiesa


L'interview accordée par le cardinal Ouellet à "Avvenire" et publiée le 18 novembre 2011, avec un bilan de sa première année en tant que préfet de la congrégation pour les évêques :

> Missione del vescovo: donarsi alla Chiesa

Et l’une de ses précédentes réflexions en tant qu’archevêque de l’une des régions les plus déchristianisées du monde :

> Alors que l'on débat à Rome, le Québec a déjà été pris d'assaut (8.10.2008)




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Le principe "espérance" de Benoît l'Africain

dominicanus #Il est vivant !

Ce que le pape a offert au continent le plus pauvre du monde, ce n'est pas de l'or ou de l'argent, mais "la parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie". Les raisons de ce pari, dans le discours-clé de son voyage au Bénin

 

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ROME, le 21 novembre 2011 – Comme prévu, le moment marquant du voyage de Benoît XVI au Bénin a été le discours qu’il a prononcé, au palais présidentiel de Cotonou, devant les autorités politiques, des personnalités de la société civile et du monde de la culture, des évêques et des représentants de diverses religions.

Il y a dans ce de discours - manifestement pensé et écrit presque intégralement par le pape - un mot-clé : "espérance".

Et ce mot, il l’a appliqué à deux réalités : la vie sociopolitique et économique du continent africain et le dialogue interreligieux.
 

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Le mot "espérance" est très cher au pape Joseph Ratzinger. Il lui a consacré toute une encyclique, "Spe salvi", la plus "sienne" des trois qu’il a publiées jusqu’à présent, écrite de sa main du premier au dernier mot.

Et c’est en particulier à l'Afrique que le pape associe ce mot, au continent qui a connu au siècle dernier la plus étonnante expansion du christianisme et qui pourrait le plus en déterminer l’avenir.

Mais de quelle espérance parle Benoît XVI ? Sa réponse, dans le discours de Cotonou, est d’une simplicité inouïe :

"Parler de l’espérance, c’est parler de l’avenir et donc de Dieu !".

C’est une simplicité dont le pape Ratzinger ne s’écarte pas même lorsqu’il se réfère à la vie sociopolitique et économique de l'Afrique :

"L’Église n’apporte aucune solution technique et n’impose aucune solution politique". Simplement "elle accompagne l’État dans sa mission ; elle veut être comme l’âme de ce corps, en lui indiquant inlassablement l’essentiel : Dieu et l’homme. Elle désire accomplir, ouvertement et sans crainte, cette tâche immense de celle qui éduque et soigne, et surtout de celle qui prie sans cesse, qui montre où est Dieu et où est l’homme véritable".

Exhortant l’Église à accomplir ces tâches qui sont les siennes, le pape s’est référé à quatre passages de l’Évangile, dont le dernier (Jean 19, 5) est celui dans lequel Pilate présente Jésus couronné d’épines et couvert du manteau de pourpre et dit à la foule : "Voici l'homme !".

Le lendemain, 20 novembre, était le dimanche du Christ-Roi, le dernier de l'année liturgique. Et Benoît XVI a de nouveau affirmé, dans son homélie, que Dieu "règne" par le bois de la croix et pas autrement. Son règne qui "est vraiment une parole d’espérance, puisque le Roi de l’univers s’est fait tout proche de nous, serviteur des plus petits et des plus humbles", pour nous introduire, lui le ressuscité, "dans un monde nouveau, un monde de liberté et de bonheur".

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Abordant le thème du dialogue interreligieux, Benoît XVI a, une fois encore, fondé l’espérance inhérente à ce dialogue sur l'absolue centralité de Dieu.

Si nous dialoguons, a-t-il dit, ce ne doit pas être "par faiblesse, mais nous dialoguons parce que nous croyons en Dieu, le créateur et le père de tous les hommes. Dialoguer est une manière supplémentaire d’aimer Dieu et notre prochain dans l'amour de la vérité. Avoir de l’espérance, ce n’est pas être ingénu, mais c’est poser un acte de foi en Dieu, Seigneur du temps, Seigneur aussi de notre avenir".

Benoît XVI s’est référé à ce qui s’est passé à Assise le 27 octobre dernier :

"La connaissance, l’approfondissement et la pratique de sa propre religion sont essentielles au vrai dialogue interreligieux. Celui-ci ne peut que commencer par la prière personnelle sincère de celui qui désire dialoguer. Qu’il se retire dans le secret de sa chambre intérieure (cf. Mt 6, 6) pour demander à Dieu la purification du raisonnement et la bénédiction pour la rencontre désirée. Cette prière demande aussi à Dieu le don de voir dans l’autre un frère à aimer et, dans la tradition qu’il vit, un reflet de la vérité qui illumine tous les hommes. Il convient donc que chacun se situe en vérité devant Dieu et devant l’autre. Cette vérité n’exclut pas et elle n’est pas une confusion. Le dialogue interreligieux mal compris conduit à la confusion ou au syncrétisme. Ce n’est pas ce dialogue qui est recherché". 

***

Dans la conclusion de son discours, le pape a d’abord appliqué à l’espérance l’image de la main :

"Cinq doigts la composent et ils sont bien différents. Chacun d’eux est pourtant essentiel et leur unité forme la main. La bonne entente entre les cultures, la considération non condescendante des unes pour les autres et le respect des droits de chacune sont un devoir vital. Il faut l’enseigner à tous les fidèles des diverses religions. La haine est un échec, l’indifférence une impasse et le dialogue une ouverture ! N’est-ce pas là un beau terrain où seront semées des graines d’espérance ? Tendre la main signifie espérer pour arriver, dans un second temps, à aimer. Quoi de plus beau qu’une main tendue ? Elle a été voulue par Dieu pour offrir et recevoir. Dieu n’a pas voulu qu’elle tue ou qu’elle fasse souffrir, mais qu’elle soigne et qu’elle aide à vivre. À côté du cœur et de l’intelligence, la main peut devenir, elle aussi, un instrument du dialogue. Elle peut faire fleurir l’espérance, surtout lorsque l’intelligence balbutie et que le cœur trébuche".

Et enfin il s’est appuyé sur trois symboles d’espérance présents dans les Écritures :

"Selon les Saintes Écritures, trois symboles décrivent l’espérance pour le chrétien : le casque, car il protège du découragement (cf. 1 Th 5, 8), l’ancre sûre et solide qui fixe en Dieu (cf. He. 6, 19) et la lampe qui permet d’attendre l’aurore d’un jour nouveau (cf. Lc 12, 35-36). Avoir peur, douter et craindre, s’installer dans le présent sans Dieu, ou encore n’avoir rien à attendre, sont autant d’attitudes étrangères à la foi chrétienne et, je crois, à toute autre croyance en Dieu. La foi vit le présent, mais attend les biens futurs. Dieu est dans notre présent, mais il vient aussi de l’avenir, lieu de l’espérance. La dilatation du cœur est non seulement l’espérance en Dieu, mais aussi l’ouverture au souci des réalités corporelles et temporelles pour glorifier Dieu. À la suite de Pierre dont je suis le successeur, je souhaite que votre foi et votre espérance soient en Dieu. C’est là le vœu que je formule pour l’Afrique tout entière, elle qui m’est si chère ! Aie confiance, Afrique, et lève-toi ! Le Seigneur t’appelle".

***

On retrouve la même logique dans l'exhortation apostolique post-synodale "Africæ munus" que Benoît XVI a remise aux catholiques africains le 20 novembre.

Aux paragraphes 148-149, après avoir rappelé l'épisode évangélique du paralytique à la piscine de Bethesda (Jean 5, 3-9), le pape écrit : 

"L’accueil de Jésus offre à l’Afrique une guérison plus efficace et plus profonde que toute autre. Comme l’apôtre Pierre l’a déclaré dans les Actes des Apôtres, je redis que ce n’est ni d’or, ni d’argent que l’Afrique a d’abord besoin ; elle désire se mettre debout comme l’homme de la piscine de Bethesda ; elle désire avoir confiance en elle-même, en sa dignité de peuple aimé par son Dieu. C’est donc cette rencontre avec Jésus que l’Église doit offrir aux cœurs meurtris et blessés, en mal de réconciliation et de paix, assoiffés de justice. Nous devons offrir et annoncer la Parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie".



Le programme et les textes intégraux du voyage de Benoît XVI :

> Voyage Apostolique au Bénin, 18-20 novembre 2011

L'exhortation apostolique post-synodale remise le 20 novembre aux catholiques africains :

> "Africæ munus"


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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