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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

il est vivant !

Jeanne la Pucelle - Les coulisses d'un album de bande dessinée

dominicanus #Il est vivant !

jeannecouv

 

Le dessinateur de bande dessinée Jean-François CELLIER nous présente les coulisses de la réalisation de l'album "Jeanne la Pucelle", sorti en avril 2012 aux éditions Soleil et qui raconte les premières années de la vie de Jeanne d'Arc, de sa naissance à son départ pour la cour.

 
Cette vidéo est le premier extrait d'un documentaire qui paraitra à l'occasion de la sortie du tirage de tête de l'album courant 2012..

 


Jeanne la Pucelle - Les coulisses d'un album de... by Optima_Video 

 


Scénario : Fabrice HADJADJ, Couleurs : Nicolas BASTIDE.

Retrouvez Jeanne la Pucelle et Jean-François CELLIER sur http://jeannedarcbloggercom.blogspot.com/

Dossier Jeanne la Pucelle : http://soleilprod.com/dossier/54/t/JEANNE+LA+PUCELLE

Deux statues de Jeanne d'Arc : http://photoperso.over-blog.fr/article-statue-equestre-de-sainte-jeanne-d-arc-a-paris-43679145.html

Chant grégorien. La revanche annoncée

dominicanus #Il est vivant !

La congrégation pour le culte divin veut prendre la direction de la renaissance de la grande musique sacrée. Voici son programme, rendu public pour la première fois par l'un de ses dirigeants. Mais la secrétairerie d'état a ses propres musiciens et elle freine 

 

chant.gregorien.jpeg


 

ROME, le 23 mai 2012 – Lors de la messe que Benoît XVI célèbrera à Milan le 3 juin, devant une immense foule de fidèles, à l’occasion de la Rencontre mondiale des familles, l’interprétation des chants grégoriens sera confiée au chœur que dirige le maestro Fulvio Rampi.

Il s’agit d’un chœur qui figure parmi les plus expérimentés en matière de chant grégorien. Et, pour l’étude et la pratique de ce qui est le chant "roi" de la liturgie latine, Rampi joue depuis de nombreuses années un rôle de premier ordre.

C’est précisément à ce chant qu’il a consacré, le 19 mai dernier, une conférence passionnante, à Lecce, dans le cadre d’une journée d’études dont le thème était la musique sacrée cinquante ans après le concile Vatican II et à la lumière du magistère de Benoît XVI :

> Il canto gregoriano: un estraneo in casa sua

On sait que le chant grégorien connaît actuellement des jours difficiles. Presque partout il a été banni, bien que le concile Vatican II, dans la constitution qu’il a consacrée à la liturgie, ait réaffirmé sa primauté en ces termes lapidaires :

“L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place”.

Si le grégorien a été banni, c’est parce que sa nature a été totalement oubliée. Par conséquent, pour qu’il puisse renaître, il faut avant tout qu’il soit redécouvert et compris.

Lors de sa conférence à Lecce, Rampi l’a défini à travers cinq traits caractéristiques :

1. Le grégorien est le chant "propre" de la liturgie latine. Par lui l’Église exprime sa pensée quant à la Parole de Dieu chantée.

2. Le grégorien est l’expression "sonore" de l'interprétation que l’Église fait de la Parole.

3. Le grégorien n’est pas un ornement, mais il est lui-même liturgie.

4. Le grégorien est liturgie dans ses temps et ses formes propres : depuis le chant d’entrée jusqu’au graduel et au chant de communion.

5. Le grégorien est un tout qui scande et englobe toute l’année liturgique, qui n’est intelligible que dans sa vision unitaire, comme les Saintes Écritures. C’est la forme musicale de la "lectio divina" de l’Église.
 

***

D’autres personnalités importantes dans le domaine de la musique liturgique ont également pris la parole lors de la journée d’études de Lecce.

Le cardinal Walter Brandmüller, président émérite du comité pontifical des sciences historiques, a évoqué les "prodromes historiques de la sensibilité liturgique de Joseph Ratzinger" en Allemagne au cours du XIXe siècle et en particulier à Ratisbonne.

Mgr Valentin Miserachs Grau, président sortant de l’Institut Pontifical de Musique Sacrée, a dénoncé les manques dans la formation liturgique et musicale dans les séminaires.

L’un des meilleurs disciples de Domenico Bartolucci – ancien maître de chœur de la Chapelle Sixtine et aujourd’hui cardinal –, le maestro Simone Baiocchi, a analysé de manière critique les récentes variations dans l’utilisation des chœurs religieux et des "scholæ cantorum".

Mgr Juan-Miguel Ferrer Grenesche, sous-secrétaire de la congrégation pour le culte divin, a procédé à un large tour d’horizon du magistère de l’Église en matière de musique sacrée, depuis le motu proprio "Tra le sollecitudini" publié par Pie X en 1903 jusqu’à aujourd’hui.

Ferrer en a tiré la conclusion qu’il y a en ce domaine un magistère "clair et précis". Mais on lui a désobéi et on l’a contredit tant et plus. Cela à cause d’une faute que la hiérarchie de l’Église a commise de son côté.

L’Église a parlé – a souligné Ferrer – mais il a manqué "une volonté concrète de faire appliquer la discipline en vigueur par ceux qui détenaient les responsabilités dans ce domaine ".

Ce péché par omission est largement imputable à la congrégation pour le culte divin, dont lui-même fait partie. Mais Ferrer a annoncé que l’on était en train d’y porter remède.

Cela sous l’impulsion d’un récent motu proprio de Benoît XVI, "Quærit semper", publié le 30 août 2011.

Dans la partie finale de son intervention, qui est reproduite ci-dessous, Ferrer a annoncé que la congrégation pour le culte divin allait se doter prochainement d’un service des arts et de la musique liturgique qui assurerait enfin la mise en œuvre, dans le monde entier, des prescriptions de l’Église non respectées jusqu’à présent et en premier lieu de la renaissance du chant grégorien.

Comme on pourra s’en rendre en lisant le texte ci-dessous, Ferrer donne beaucoup de détails lorsqu’il présente le futur programme d’action du nouveau service.

Toutefois il indique également que la création de ce nouveau service attend encore "d’être confirmée par la secrétairerie d’état" que préside le cardinal Tarcisio Bertone.

Et il ne dit pas – mais cela se sait – que le nouveau service a des concurrents à la curie. En effet le conseil pontifical pour la culture, qui est présidé par le cardinal Gianfranco Ravasi, a lui aussi l’ambition d’avoir voix au chapitre en matière d’art et de musique sacrée.

Par exemple, lorsque Ferrer indique que, parmi les missions du nouveau service de sa congrégation, il y aura "l'organisation de prix ou de concours internationaux de composition", il omet de préciser que le cardinal Ravasi a déjà organisé un de ces concours internationaux : pour une composition mettant en musique le "Credo apostolique".

La remise du prix aura lieu à la fin de l’été à Pérouse, dans le cadre de la Sagra Musicale Umbra. Et l’on peut noter que parmi les jurés figurera Mgr Massimo Palombella, l'actuel maître de chœur de la Chapelle Sixtine, très critiqué en raison du bas niveau de ses interprétations et défenseur d’une conception de la musique sacrée qui est loin, pour ne pas dire à l’opposé, de celle que représentent les intervenants de la journée d’études organisée à Lecce.

***

Palombella, Mgr Marco Frisina, maître de chœur de la basilique Saint-Jean-de-Latran, et les deux derniers responsables du service de la conférence des évêques d’Italie chargé de la musique liturgique, les prêtres Antonio Parisi et Vincenzo De Gregorio, constituent le quatuor qui ambitionne de prendre également le contrôle de l’Institut Pontifical de Musique Sacrée [IPMS].

Cette manœuvre – et la conception de la musique que représentent les quatre hommes – a déjà été évoquée par www.chiesa dans cet article publié le 30 mars dernier :

> Non pas de la musique sacrée, mais des bruits d'assaut

À cette date, la nomination du nouveau président de l’IPMS paraissait imminente. En réalité, elle n’a toujours pas eu lieu.

À la curie s’affrontent d’une part Mgr Palombella avec ses cardinaux de référence Bertone et Ravasi et d’autre part la congrégation pour le culte divin et celle de l'éducation catholique. Le cardinal préfet de cette dernière, Zenon Grocholewski, est également le grand chancelier de l’IPMS et il a considéré comme un camouflet le fait que la secrétairerie d’état ait rejeté son candidat à la présidence de l'institut, le Français Stéphane Quessard, choisi en continuité avec le président sortant Miserachs.

Le cardinal Bartolucci, âgé de 95 ans, appartient bien évidemment à cette seconde tendance. Et il en est de même pour le cardinal Brandmüller, compatriote du pape.

C’est un affrontement qui oppose deux conceptions antithétiques de l’avenir de la musique liturgique.

Si la décision finale – non seulement à propos de la direction de l’IPMS mais également à propos de la primauté de la congrégation pour le culte divin dans le domaine de la musique – était prise par Benoît XVI, il n’y a aucun doute quant à l'orientation qui aurait sa préférence.

Les choristes qui interpréteront des chants grégoriens sous la direction de Rampi, à l’occasion de sa messe du 3 juin à Milan, sont un exemple évident de cette orientation. 
Sandro Magister
www.chiesa


LES NOUVELLES MISSIONS DE LA CONGRÉGATION POUR LE CULTE DIVIN
EN MATIÈRE DE PROMOTION DE LA MUSIQUE SACRÉE
APRÈS LE MOTU PROPRIO "QUÆRIT SEMPER" DE BENOÎT XVI


par Juan-Miguel Ferrer Grenesche



Chacun sait avec quelle insistance le Saint-Père Benoît XVI a voulu donner, depuis le début de son pontificat, une place centrale à l’application correcte et authentique des enseignements du concile Vatican II. [...]

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le motu proprio "Quærit semper", publié au mois d’août 2011, par lequel le Saint-Père Benoît XVI a voulu concentrer encore davantage le travail de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements sur ses compétences spécifiquement liturgiques. Il affirme dans ce texte :

"Dans les circonstances présentes, il est apparu approprié que la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements s’attache principalement à donner une nouvelle impulsion à la promotion de la sainte liturgie dans l’Église, conformément au renouveau voulu par le concile Vatican II, à partir de la constitution 'Sacrosanctum Concilium'". [...]

La première conséquence du motu proprio "Quærit semper" a été l’élaboration d’un nouveau règlement interne pour la congrégation afin d’adapter la structure de celle-ci aux priorités indiquées par le Saint-Père, ainsi que le transfert d’une partie de ses compétences en matière de discipline des sacrements – en ce qui concerne le sacrement de l’ordre, il s’agit des cas de nullité de l’ordination et, en ce qui concerne le sacrement du mariage, il s’agit des cas de mariage "conclu et non consommé" – au tribunal de la Rote Romaine par création, au sein de celui-ci, d’une "section administrative". 

Notre congrégation, née de la fusion renouvelée de la congrégation pour le culte divin (ou pour la liturgie) avec celle de la discipline des sacrements, était composée de quatre sections ou services :

- le service liturgique I ;
- le service liturgique II ;
- le service matrimonial ;
- le service sacerdotal.

Le nouveau règlement, même s’il est encore en attente de confirmation par la secrétairerie d’état, prévoit le maintien de quatre sections, pour ne pas modifier les effectifs, mais qui seront en principe les suivantes :

- le service liturgique I;
- le service liturgique II; 
- le service disciplinaire, dans lequel sont réunies les compétences en matière de discipline liturgique et toutes celles qui concernent les sacramentaux ;
- le service des arts et de la musique liturgiques. 

En tout cas, quelle que soit la configuration finale de ce service des arts et de la musique, on prévoit qu’il s’occupera avec une certaine différenciation de compétences des questions de musique et des questions d’architecture, de peinture, de sculpture et de ce que l’on appelle les arts mineurs.

Cela rendra nécessaire la nomination d’une série de collaborateurs externes ou de consulteurs, ayant des compétences spécifiques dans ces domaines. 

Dans le domaine spécifique de la musique sacrée, des relations spécifiques seront de nouveau établies au niveau institutionnel avec l’Institut Pontifical de Musique Sacrée, ainsi qu’avec l’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes et avec d’autres associations et institutions qui travaillent dans le domaine de la musique liturgique, que ce soit du point de vue scientifique ou du point de vue académique, ou dans la perspective de la création de nouvelles musiques ou bien dans celle de la pastorale. 

En ce qui concerne les objectifs ou défis immédiats, je voudrais en signaler quelques-uns qui sont certainement évidents :

a. Actualiser et compléter la série des livres de musique pour la liturgie en latin, que ce soit en ce qui concerne la sainte messe, ou pour l’office divin, les sacrements et les sacramentaux. Une fois que cet objectif aura été atteint, il conviendra probablement de réaliser une édition complète et plus facilement utilisable de beaucoup de ces matériaux, sous la forme d’une sorte de "liber usualis". 

b. Il semble également urgent de rassembler et de préciser les diverses normes et les orientations du magistère pontifical le plus récent en matière de musique sacrée, afin d’offrir un texte de base destiné à un guide pour le chant et la musique des célébrations liturgiques qui pourra être utilisé par les diverses conférences épiscopales, auxquelles revient la tâche d’élaborer des guides et des répertoires pour leurs pays respectifs.

Un tel guide, en ce qui concerne le chant grégorien, devra surmonter les oppositions entre les critères purement paléographiques et les critères pastoraux. Il devra également, en relation avec le dicastère compétent, poser les problèmes de l’utilisation du grégorien selon les éditions antérieures à 1962 dans ce que l’on appelle la "forme extraordinaire" du rite romain. 

c. Avec l’aide des institutions académiques et pastorales compétentes, il sera nécessaire de promouvoir, au moins dans les langues modernes les plus importantes ou les plus répandues, en harmonie avec les critères présentés dans un guide adapté, des modèles de nouvelles compositions qui aident à vérifier les propositions théoriques et à les discerner au niveau local.

Un doute subsiste quant à la meilleure stratégie à adopter pour parvenir à un tel résultat. Pour le moment, on attend que les nouveaux organismes institués au sein de la congrégation, les membres et les consulteurs, confrontent leurs points de vue à ce sujet, depuis l’édition de répertoires destinés aux célébrations internationales jusqu’à l’organisation de prix ou de concours internationaux de composition, à des cours pour compositeurs, chefs d’orchestre et interprètes, et à beaucoup d’autres propositions concrètes qu’il faut évaluer.

Pour récapituler, il est évident que, pour reconsidérer la question de la musique dans les célébrations liturgiques, la congrégation doit, en faisant siens les enseignements du pape Benoît XVI et de ses prédécesseurs immédiats en la matière, garantir :

1. la préparation d’outils actualisés et officiels pour pouvoir célébrer en chantant la liturgie romaine en latin ;

2. la clarté et la facilité pour la célébration du rite romain selon la forme ordinaire en langue vernaculaire, en chantant tout ou partie de l’ordinaire et/ou du propre de la messe ou de l’office divin sur des mélodies grégoriennes ou polyphoniques fondées sur le texte liturgique en latin ;

3. l’existence de critères actualisés permettant d’appliquer les principes de progression définis dans "Musicam sacram", aussi bien pour la célébration en latin que pour la célébration en langue vernaculaire (guide) ;

4. l’existence d’un cadre normatif sûr et répondant à l’objectif de créer des répertoires nationaux adaptés, destinés à prendre progressivement une valeur officielle, de telle sorte que l’emploi d’autres chants nécessite une autorisation "ad casum" à obtenir auprès de l’ordinaire concerné : cela faisant également partie du futur guide. 

Avec cela  [...] j’espère que l’application du motu proprio "Quærit semper" représentera pour la musique sacrée une nouvelle étape de splendeur et de beauté : sans elle, la liturgie se verrait privée de l’un de ses éléments d’expression les plus éloquents et les plus substantiels.



Le texte intégral de l’intervention de Juan-Miguel Ferrer Grenesche :

> I nuovi compiti della congregazione...


Le motu proprio publié par Benoît XVI le 30 août 2011 :

> "Quaerit semper"


Tous les articles de www.chiesa portant sur ces questions :

> Focus ARTS ET MUSIQUE




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

Jean Daniélou - Fin de la quarantaine pour le cardinal mis à l'écart

dominicanus #Il est vivant !

Une journée d'études a mis fin au silence qui entourait Jean Daniélou, l'un des plus grands théologiens du XXe siècle. Le mystère de sa mort. L'hostilité de ses confrères jésuites. L'interview qu'ils ne lui avaient pas pardonnée 

 

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ROME, le 11 mai 2012 – "Fenêtres ouvertes sur le mystère" : c’est le titre du colloque par lequel, il y a deux jours, l’Université Pontificale de la Sainte Croix a mis fin au silence qui entourait l’un des plus grands théologiens du XXe siècle, le Français Jean Daniélou, jésuite, créé cardinal par Paul VI en 1969.

Un silence qui aura duré près de quarante ans et qui a commencé au moment de sa disparition, en 1974.

En effet, le souvenir de Daniélou se réduit aujourd’hui, pour un très grand nombre de gens, au mystère de sa mort, provoquée par un infarctus, un après-midi de mai, au domicile d’une prostituée, au quatrième étage du 56 rue Dulong, à Paris.

Alors que, en réalité, le véritable mystère sur lequel Daniélou a ouvert des fenêtres à beaucoup de gens, dans son activité de théologien et d’homme spirituel, est celui du Dieu trinitaire. L’une de ses œuvres majeures a pour titre : "Essai sur le mystère de l’histoire". Une histoire qui n’est gouvernée ni par le hasard, ni par la nécessité, mais qui est pleine des "magnalia Dei", les grandioses merveilles de Dieu, plus étonnantes les unes que les autres.

Aujourd’hui, on ne trouve plus qu’un petit nombre de ses livres dans le commerce, mais ils sont toujours d’une richesse et d’une fraîcheur extraordinaires. Tout en étant simples, ils sont d’une très grande profondeur, ce que peu de théologiens ont su faire au siècle dernier, en dehors de lui et de cet autre champion de la clarté qui s’appelle Joseph Ratzinger.

Daniélou a en commun avec le pape actuel le cadre historique plutôt que philosophique qu’il donne à sa théologie, la compétence en ce qui concerne les Pères de l’Église (le premier étant passionné par Grégoire de Nysse, le second par Augustin), et la place tout à fait centrale donnée à la liturgie.

Daniélou a été, avec son confrère jésuite Henri de Lubac, le génial initiateur, en 1942, de cette collection de textes patristiques appelée "Sources Chrétiennes" qui a marqué la renaissance de la théologie dans la seconde moitié du XXe siècle et qui a préparé ce qu’il y a de meilleur dans le concile Vatican II.

Un auteur, en somme, qu’il faut absolument redécouvrir.

Mais il faut également dissiper le mystère de sa mort et de la réprobation silencieuse qui a suivi celle-ci.

Mimì Santoni, la prostituée, le vit tomber à genoux, le visage contre terre, et expirer. Et, d’après elle, "c’était une belle mort, pour un cardinal". Il était venu lui apporter de l’argent pour qu’elle puisse payer un avocat capable de faire sortir son mari de prison. Ce fut la dernière de ces actions charitables qu’il accomplissait en secret, pour des gens méprisés et qui avaient besoin d'aide et de pardon.

Les jésuites firent des enquêtes serrées, pour vérifier ce qui s’était vraiment passé. Ils contrôlèrent son innocence. Mais, de fait, ils entourèrent l’affaire d’un silence qui n’échappa pas aux soupçons.

La rupture entre Daniélou et d’autres de ses confrères jésuites de Paris et de France fut en effet la véritable cause de l'oubli dans lequel est tombé ce grand théologien et cardinal.

Une rupture qui avait précédé sa mort d’au moins deux ans.

Depuis 1972, en effet, Daniélou n’habitait plus l’immeuble où était installée "Études", la revue culturelle de pointe des jésuites français, là où il avait vécu pendant des décennies. Il avait déménagé pour aller dans un couvent de religieuses, les Filles du Cœur de Marie.

Ce qui avait provoqué le conflit, c’est une interview que Daniélou avait accordée à Radio Vatican, dans laquelle il critiquait durement la "décadence" qui dévastait tant d’ordres religieux masculins et féminins, à cause d’"une fausse interprétation de Vatican II".

L'interview fut perçue comme une accusation portée contre la Compagnie de Jésus elle-même, dont le général était à l’époque le père Pedro Arrupe, qui était également à la tête de l'Union des supérieurs généraux d’ordres religieux.

Le jésuite Bruno Ribes, directeur d’"Études", fut l’un des plus actifs dans la politique de la terre brûlée pratiquée autour de Daniélou.

Les positions des deux hommes étaient devenues antithétiques. En 1974, l'année de la mort de Daniélou, Ribes mit "Études" en situation de désobéissance ouverte envers l'enseignement de l'encyclique "Humanæ Vitæ" relative à la contraception.

Et il collabora avec d’autres théologiens "progressistes" – parmi lesquels les dominicains Jacques Pohier et Bernard Quelquejeu – à la rédaction de la loi qui, cette même année, introduisit en France la liberté d’avorter, Simone Veil étant ministre de la Santé, Valéry Giscard d'Estaing président de la république et Jacques Chirac premier ministre.

L'année suivante, en 1975, le père Ribes cessa de diriger "Études". Et, par la suite, il quitta d’abord la Compagnie de Jésus puis l’Église catholique.

On pourra lire ci-dessous l'interview qui valut à Daniélou sa mise au ban.

À quarante ans de distance, la décadence des ordres religieux qu’elle dénonçait se poursuit, comme le prouve, aux États-Unis, l’affaire de la "Leadership Conference of Women Religious":

> Journal du Vatican / Le Saint-Office met les sœurs américaines en pénitence
(30.4.2012)
www.chiesa


"LA SOURCE ESSENTIELLE DE CETTE CRISE..."

Interview du cardinal Jean Daniélou à Radio Vatican, le 23 octobre 1972



Q. – Éminence, existe-t-il réellement une crise de la vie religieuse et pouvez-vous nous en donner les dimensions ?

R. – Je pense qu’il y a actuellement une crise très grave de la vie religieuse et qu’il ne faut pas parler de renouvellement mais plutôt de décadence. Je pense que cette crise affecte avant tout le monde atlantique. L'Europe de l'Est et les pays d'Afrique et d’Asie présentent à cet égard une meilleure santé spirituelle. Cette crise se manifeste dans tous les domaines. Les conseils évangéliques ne sont plus considérés comme consécration à Dieu, mais envisagés dans une perspective sociologique et psychologique. On se préoccupe de ne pas présenter une façade bourgeoise mais, sur le plan individuel, la pauvreté n’est pas pratiquée. On substitue la dynamique de groupe à l'obéissance religieuse ; sous prétexte de réaction contre le formalisme, toute régularité de la vie de prière est abandonnée. Les conséquences de cet état de confusion sont d’abord la disparition des vocations, car les jeunes demandent une formation sérieuse, et d'autre part ce sont les nombreux et scandaleux abandons de religieux qui renient le pacte qui les liait au peuple chrétien.

Q. – Pourriez-vous nous dire, à votre avis, quelles sont les causes de cette crise ?

R. – La source essentielle de cette crise est une fausse interprétation de Vatican II. Les directives du concile étaient très claires : fidélité plus grande des religieux et des religieuses aux exigences de l’Évangile exprimées dans les constitutions de chaque institut et en même temps adaptation des modalités de ces constitutions aux conditions de la vie moderne. Les instituts qui sont fidèles à ces directives connaissent un vrai renouveau et ont des vocations. Mais, dans nombre de cas, on a remplacé les directives de Vatican II par des idéologies erronées que répandent nombres de revues, de sessions, de théologiens et parmi ces erreurs, on peut mentionner :

- La sécularisation. Vatican II a déclaré que les valeurs humaines devaient être prises au sérieux. Il n’a jamais dit que nous entrions dans un monde sécularisé au sens où la dimension religieuse ne serait plus présente dans la civilisation et c’est au nom d’une fausse sécularisation que religieux et religieuses renoncent à leur costume, abandonnent leurs œuvres pour s’insérer dans les institutions séculières, substituant des activités sociales et politiques à l’adoration de Dieu. Et ceci est à contre-courant, d’ailleurs, du besoin de spiritualité qui se manifeste dans le monde d’aujourd’hui.

- Une fausse conception de la liberté qui entraîne la dépréciation des constitutions et des règles et exalte la spontanéité et l'improvisation. Ceci est d’autant plus absurde que la société occidentale souffre actuellement de l'absence d’une discipline de la liberté. La restauration de règles fermes est une des nécessités de la vie religieuse.

- Une conception erronée de la mutation de l’homme et de l’Église. Si les environnements changent, les éléments constitutifs de l’homme et de l’Église sont permanents et la mise en question des éléments constitutifs des constitutions des ordres religieux est une erreur fondamentale.

Q. – Mais entrevoyez-vous des remèdes pour surmonter cette crise ?

R. – Je pense que la solution unique et urgente est d’arrêter les fausses orientations prises dans un certain nombre d’instituts. Il faut pour cela arrêter toutes les expérimentations et toutes les décisions contraires aux directives du concile ; mettre en garde contre les livres, revues, sessions où ces conceptions erronées sont diffusées ; restaurer dans leur intégrité la pratique des constitutions avec les adaptations demandées par le concile. Là où ceci apparaît impossible, il me semble que l’on ne peut refuser aux religieux qui veulent être fidèles aux constitutions de leur ordre et aux directives de Vatican II, de constituer des communautés distinctes. Les supérieurs religieux sont tenus de respecter ce désir.

Ces communautés doivent être autorisées à avoir des maisons de formation. L'expérience montrera si les vocations sont plus nombreuses dans les maisons de stricte observance ou dans les maisons d’observance mitigée. Au cas où les supérieurs s’opposeraient à ces demandes légitimes, un recours au Souverain Pontife est certainement autorisé.

La vie religieuse est appelée à un immense avenir dans la civilisation technique ; plus celle-ci se développera, plus le besoin de la manifestation de Dieu se fera sentir. C’est précisément le but de la vie religieuse, mais pour accomplir sa mission, il faut qu’elle retrouve sa véritable signification et rompe radicalement avec une sécularisation qui la détruit dans son essence et qui l’empêche d’attirer des vocations.




Pour plus de détails concernant la figure de Daniélou et les affaires qui précédèrent sa mort, voir l'article de Jonah Lynch dans "Avvenire" du 8 mai 2012 :

> Daniélou, la verità usurpata

Le père Lynch est vice-recteur, à Rome, de la Fraternité Saint Charles Borromée qui prépare des prêtres destinés aux missions.

La Fraternité Saint Charles Borromée a organisé avec l’Université Pontificale de la Sainte Croix la journée d’études du 9 mai consacrée à Daniélou.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

La messe en langue vernaculaire, oui. Mais il faut au moins qu'elle soit bien traduite

dominicanus #Il est vivant !

Dans le passage du latin aux langues modernes beaucoup de richesses des textes originaux ont été perdues. Dans un livre, le liturgiste que le pape estime le plus fait l'inventaire des dégâts. Et il explique comment ils se sont produits 

 

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ROME, le 14 mai 2012 – La discussion relative aux critères pour la traduction des textes latins du missel romain est plus vive que jamais, depuis que Benoît XVI a écrit aux évêques allemands une lettre, qui est reproduite dans son intégralité sur www.chiesa :

> Journal du Vatican / "Pour beaucoup" ou bien "pour tous"? La bonne réponse est la première

Mais un livre qui a été publié au même moment aux États-Unis va l’animer encore davantage :

Uwe Michael Lang, "The Voice of the Church at Prayer. Reflections on Liturgy and Language", Ignatius Press, San Francisco, 2012.

Le pays dans lequel ce livre a été publié, les États-Unis, est également celui qui s’est mis à utiliser – depuis le premier dimanche de l’Avent de l’année dernière – une nouvelle traduction en anglais du missel romain qui répond tout à fait aux critères exposés par Benoît XVI et magnifiquement argumentés et documentés dans le livre : critères que la traduction précédente était très loin de respecter.

Il y a entre l’auteur du livre et Joseph Ratzinger – dès avant l’élection de celui-ci comme pape - une profonde communauté de vues.

Celui qui était alors le cardinal Ratzinger a écrit la préface du précédent livre de Lang, "Turning Towards the Lord" ["Se tourner vers le Seigneur"], traduit en plusieurs langues et qui traite de l'orientation "ad Dominum" de la prière liturgique.

Et à plusieurs reprises, depuis qu’il est pape, il a réexpliqué dans ses homélies les raisons de cette orientation.

Cependant celle-ci est universellement contredite, y compris à travers l’aménagement des églises, par l’habitude qui s’est instaurée de célébrer non pas vers Dieu mais vers le peuple, le prêtre jouant, de manière inappropriée, le rôle de pivot de l'assemblée.

Dans son nouveau livre, Lang reconstitue l’histoire des traductions des textes sacrés depuis les origines jusqu’à l’époque actuelle. Cette histoire est marquée par d’incessantes controverses mais également par l’identification, par l’Église, d’une voie royale, qui a pourtant été abandonnée dans bien des cas au cours des dernières décennies.

Dans le texte reproduit ci-dessous, qui a été publié dans "L'Osservatore Romano" du 7-8 mai, Lang condense les dernières pages de son livre. Afin de montrer comment l’Église est actuellement en train de remonter la pente pour restituer aux traductions du missel dans les langues courantes la splendeur qu’elles avaient perdue.

Lang, né en Allemagne et émigré à Londres, est un prêtre de la congrégation de l'Oratoire de saint Philippe Néri, comme l’était le bienheureux John Henry Newman, pour lequel il a une très grande admiration.

Appelé au Vatican en 2006, il est official de la congrégation pour le culte divin et consulteur du bureau des célébrations liturgiques du pape. Il enseigne l’art sacré et la liturgie à l’Institut Pontifical d'Archéologie Chrétienne et à l'Université Européenne de Rome.

www.chiesa



ATTENTION À NE PAS DÉVALORISER LES MOTS

par Uwe Michael Lang



L’histoire de la traduction de la Bible commence avec la version des Septante, qui a rendu les Écritures hébraïques accessibles à la langue grecque et au monde hellénistique. On ne soulignera jamais assez l'importance religieuse et culturelle de ce projet de traduction, qui n’a pas d’équivalents dans le monde antique.

Tandis que la nouvelle foi chrétienne se répandait même dans les parties les plus reculées du monde connu, la question de la traduction devenait plus urgente. Au cours de ce processus, une préférence s’est manifestée pour la traduction littérale, "mot pour mot", en faveur de laquelle se présentaient les raisons théologiques suivantes : la traduction "signification pour signification" présuppose que le traducteur soit en mesure de comprendre la pleine signification du texte original, ce qui serait en contradiction avec l'infinie richesse des Écritures.

Saint Jérôme, ayant été chargé par le pape Damase de produire une nouvelle version de la Bible en latin, qui a été connue par la suite sous le nom de Vulgate, exprimait lui aussi cette idée lorsqu’il écrivait que dans les Saintes Écritures "l’ordre des mots est aussi un mystère" (Lettre 57, 5).

Toutefois il est fréquent que la traduction littérale ne parvienne pas, dans le passage de la langue de départ à la langue d’arrivée, à communiquer le message du texte dans les langues contemporaines, en particulier lorsqu’il s’agit de textes anciens, par exemple bibliques ou liturgiques.

Bien évidemment, toute traduction cherche à transmettre le contenu spirituel et doctrinal d’une manière qui tienne compte des règles et des conventions de la langue d'arrivée.

Certaines herméneutiques de traduction vont bien au-delà, en ce sens qu’elles ne tendent plus à une traduction qui reproduise autant que possible la structure formelle de l'original. Leur objectif est plutôt d’identifier le message contenu dans le texte original et de le dégager de sa forme linguistique. Lorsque l’on traduit, il faut créer une nouvelle forme qui possède des qualités équivalentes et qui soit en mesure d’exprimer de manière plus adéquate le contenu original. En utilisant cette nouvelle forme, la traduction se propose d’avoir dans la langue d’arrivée le même effet informatif et émotif qu’aurait le texte dans sa langue d'origine.

Indiscutablement il y a des questions de méthodologie qui se posent, avant tout celle de savoir comment déterminer la signification d’un texte en la dégageant de sa forme.

En 1966 une traduction en anglais du Nouveau Testament a été publiée sous le titre "Good News for Modern Man" : bonnes nouvelles pour l'homme moderne. La version de l'Ancien Testament ayant été achevée en 1976, la Good News Bible (GNB), contenant les livres deutérocanoniques, a été publiée en 1979. Les problèmes de cette version résultent de sa confrontation avec la Revised Standard Version (RSV), qui s’insère dans la grande tradition des Bibles en langue anglaise, sous une forme mise à jour et au courant des sciences historiques.

Voici quelques exemples, en traduisant de l’anglais : là où la RSV parle d’être rachetés par "le sang précieux du Christ", la GNB écrit "le précieux sacrifice du Christ" (1 Pierre, 1, 19). Il s’agit d’une paraphrase, plutôt que d’une traduction, qui écarte l'immédiateté de l'expression biblique et ses échos dans la tradition des Écritures.

La parole du Christ "Dieu est esprit et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et vérité" (RSV) est rendue dans la GNB par "Dieu est Esprit et ce n’est que dans la puissance de son Esprit que l’on peut l’adorer tel qu’il est vraiment" (Jean, 4, 24). Dans ce passage central, le sens de la phrase qui était un précepte d’adorer Dieu “en esprit et vérité” passe à une déclaration générale selon laquelle on est en mesure d’adorer Dieu “tel qu’il est”. On perd également les nuances trinitaires et christologiques de ce passage (cf. Jean, 6, 63 e 14, 6).

Le choix méthodologique consistant à dégager le message essentiel pour le communiquer dans la langue moderne ne relève donc pas seulement de questions de style et d’expression littéraire, il soulève également des problèmes de nature doctrinale.

L’un des exemples les plus connus est le récit de l'Annonciation par Luc, dans lequel la GNB traduit le mot grec "parthènos" (Luc, 1, 29) par “jeune femme” au lieu de “vierge”, masquant ainsi une affirmation essentielle de l’Évangile.

Cependant ces théories ont influencé la traduction des nouveaux livres liturgiques dans les langues vernaculaires et elles ont été appliquées de la manière la plus cohérente dans la version anglaise du "Missale Romanum" de Paul VI, publiée en 1974.

On ne peut pas présenter ici un tableau détaillé, mais il peut être utile de faire apparaître de manière générale quelques tendances qui sont évidentes surtout dans les prières variables de la messe. Très souvent la version anglaise restructure la prière originale, en ne prêtant pas grande attention à la succession des idées théologiques et à leur expression rhétorique, qui sont caractéristiques de l’eucologie romaine classique.

Il n’est pas rare que ceux au nom de qui la prière est faite soient réduits à un “nous” indéterminé, dont on suppose qu’il faut l’identifier à l’assemblée particulière. Cela a pour effet de limiter l’objectif universel de très nombreuses prières, qui inclut toute la communauté chrétienne ou même l’humanité tout entière.

Des phrases typiques comme "praesta, ut" ou "concedere, ut", par lesquelles est exprimée la supplication à Dieu, sont habituellement traduites par une variante d’“aide-nous”. De cette façon, on introduit une conception faible de la causalité divine et on réduit l'action mystérieuse de la grâce divine dans le cœur de l’homme, avec une nuance semi-pélagienne.

Dans le texte de la collecte du vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire, la tendance générale à rendre l'original en paraphrases a été si loin que le concept biblique concret d’amour de la loi divine ("id amare quod praecipis") est transformé en “valeurs” ("values"). On ne peut pas ne pas y voir un pas vers l'auto-sécularisation et peut-être aussi vers le relativisme moral (dans la mesure où le concept de “valeurs” est communément employé pour remplacer le discours relatif à un ordre moral objectif). Si l’on se demande quelles sont ces “valeurs”, la version anglaise donne la réponse : ce sont celles "qui nous apporteront une joie durable dans ce monde qui change (that will bring us lasting joy in this changing world)". Alors que, quand l'ancienne collecte romaine parle d’"inter mundanas varietates", on perçoit aussi les connotations négatives qui sont au contraire perdues dans la phrase qui parle du monde qui change.

Plus important encore : le texte original ne demande pas la joie durable au milieu des incertitudes de ce monde, mais il prie plutôt pour que notre cœur soit fixé là où se trouve la vraie joie, dans la réalité transcendante du ciel : "ibi nostra fixa sint corda, ubi vera sunt gaudia". Dans la version anglaise on ne trouve plus l'écho de Luc, 12, 34, "là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur".

La conscience que cette traduction était trop éloignée de la "lex orandi" du rite romain a conduit au grand projet de révision lancé par l’instruction du Saint-Siège "Liturgiam authenticam", publiée en 2001.

Par la suite, on a préparé une nouvelle traduction du "Missale Romanum", qui a été introduite de manière définitive dans un très grand nombre de pays anglophones le premier dimanche de l’Avent de l'année dernière.

Même si une traduction peut seulement se rapprocher de l'élégance et de la concision des anciennes oraisons latines avec leur rythme de prose et leurs figures rhétoriques, le nouveau "Roman Missal", à la différence de son prédécesseur, ouvre fidèlement et intégralement le trésor de la tradition liturgique latine à l’Église dans le monde anglophone.

D’autre part il contribue notablement à la formation d’“une langue sacrée vernaculaire”, comme le prévoit l’instruction "Liturgiam authenticam" (n° 47) : un langage de culte qui se distingue du langage quotidien et qui est perçu comme la voix de l’Église en prière.

"À travers ces textes sacrés et les actes qui les accompagnent, le Christ sera rendu présent et actif parmi les siens. La voix qui a contribué à faire jaillir ces paroles aura achevé sa tâche" (Benoît XVI, Discours aux membres du comité “Vox clara”, le 28 avril 2010).

Pour les pasteurs, à qui est confiée la mission d’introduire la nouvelle traduction dans leurs communautés, c’est aussi une occasion unique d’enseigner la "lex credendi" qui trouve dans ces prières une belle et profonde expression, une occasion qui "devra être saisie fermement" (Benoît XVI, ibidem).



Le quotidien du Saint-Siège dans lequel a été publié l’article :

> L'Osservatore Romano


L'instruction, publiée en 2001, par laquelle la congrégation pour le culte divin a rappelé les traducteurs au respect des critères inhérents aux textes liturgiques :

> "Liturgiam authenticam"


Le texte original en latin de la collecte du XXIe dimanche du temps ordinaire citée par Lang dans son article :

Deus, qui fidelium mentes unius efficis voluntatis,
da populis tuis id amare quod præcipis,
id desiderare quod promittis,
ut, inter mundanas varietates,
ibi nostra fixa sint corda, ubi vera sunt gaudia.

La traduction en anglais qui a été utilisée aux États-Unis de 1974 à 2011 :

Father, help us to seek the values
that will bring us lasting joy
in this changing world.
In our desire for what you promise
make us one in mind and heart.

La nouvelle traduction en anglais qui est utilisée aux États-Unis depuis le premier dimanche de l’Avent de 2011 :

O God, who cause the minds of the faithful to unite in a single purpose,
grant your people to love what you command
and to desire what you promise,
that, amid the uncertainties of this world,
our hearts may be fixed on the place where true gladness is found.



À propos de la place centrale de la liturgie dans la pensée de Benoît XVI, la préface qu’il a rédigée pour le premier volume publié de ses "Opera omnia" :

> Dans les "Opera omnia" de Ratzinger théologien, l'ouverture est toute entière consacrée à la liturgie



Illustration : Antonello da Messina, Saint Jérôme dans son cabinet de travail, 1474, Londres, National Gallery.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Les papiers perdus de Vatican II

dominicanus #Il est vivant !

Un demi-siècle après le concile, une grande partie de sa documentation attend encore d'être reclassée et étudiée. Certains documents de valeur ont même été égarés. La protestation choc d'un archiviste 

 

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ROME, le 7 mai 2012 – Comme on le sait, Benoît XVI a décidé qu’il y aurait une Année de la Foi spéciale. Elle commencera le 11 octobre prochain et coïncidera avec deux anniversaires : le cinquantième de l'ouverture du concile œcuménique Vatican II et le vingtième de la promulgation du Catéchisme de l’Église Catholique.

Ni l'un ni l’autre de ces deux anniversaires ne sont paisibles.

Le Catéchisme a souffert et souffre encore d’un refus très répandu, y compris au sein de l'épiscopat et du clergé.

En ce qui concerne le concile, la polémique quant à son interprétation et à sa réception est encore vive aujourd’hui et elle a même donné lieu à un schisme qui a séparé l’Église de Rome et les fidèles de l’archevêque Marcel Lefebvre.

Dans la lettre apostolique en forme de motu proprio "Porta fidei" par laquelle il a proclamé l'Année de la Foi, Benoît XVI exprime le souhait que celle-ci soit "une occasion favorable" de lire et d’accueillir les documents du concile "dans le cadre d’une herméneutique correcte", parce ce n’est qu’ainsi qu’"il peut être et devenir de plus en plus une grande force pour le renouvellement toujours nécessaire de l’Église" :

> "Porta fidei"

Le pape Joseph Ratzinger a consacré à l’herméneutique, c’est-à-dire à l'interprétation, de Vatican II le premier des discours de vœux qu’il a adressés à la curie romaine :

> "Expergiscere, homo..."

Bien évidemment, la reconstitution historique de l'événement qu’est le concile est également essentielle pour son herméneutique.

Et, pour que cette reconstitution soit fondée, il faut que les historiens travaillent sur une documentation exhaustive à propos de cet événement.

Or, même si cela peut paraître incroyable, il "existe toute une série de papiers et de documents encore inexplorés et très précieux pour comprendre à la fois l’esprit du concile et l’herméneutique correcte de ses documents".

C’est ce qu’écrit un archiviste des Archives Secrètes du Vatican en conclusion d’un impressionnant compte-rendu qu’il a rédigé et qui a été publié dans "L'Osservatore Romano" du 1er mai 2012.

Cet archiviste, Piero Doria, a travaillé et travaille encore actuellement à rassembler et à mettre en ordre – pour la rendre accessible aux chercheurs – une énorme masse de documentation relative aux travaux conciliaires, qui, au fil du temps, était devenue la proie de l’incurie ou avait même été partiellement dispersée.

Par exemple, on a découvert que, parmi les papiers qui ont été égarés, il y a "le registre de protocole de la commission théologique et de la commission 'De doctrina fidei et morum'", c’est-à-dire de deux commissions conciliaires d’une importance capitale.

D’autres paquets de documents ont heureusement été retrouvés et récupérés au domicile de l’un ou l’autre des pères conciliaires ou des experts.

Mais laissons Piero Doria décrire l’état de la situation et le degré d'avancement des travaux de catalogage des documents.

On trouvera ci-dessous un large extrait de son article choc paru dans "L'Osservatore Romano".




BIEN DES POINTS DU CONCILE SONT ENCORE À ÉTUDIER

par Piero Doria



Le 27 septembre 1967, Paul VI décidait de créer les Archives du Concile Vatican II, [...] "un service provisoire chargé de l’impression des actes du concile et du classement scientifique de tout le matériel d’archives". [...]

Le nouveau service fut également chargé, conformément aux intentions de Paul VI, de mettre progressivement à la disposition des chercheurs l’énorme masse de documents. Le pape Montini savait en effet qu’il était important, comme le montre l’histoire des conciles, d’éviter tout de suite, en favorisant l’étude des documents d’archives, les dérives théologiques ou les interprétations de documents subjectives qui auraient pu soit fausser l’esprit du concile, soit empêcher une lecture correcte des documents conciliaires eux-mêmes. [...]

Les Archives du Concile Vatican II, qui dès leur création eurent comme destination finale les Archives Secrètes du Vatican, regroupent plusieurs fonds d’archives particuliers. [...] Le service des Archives s’installa d’abord au 10, via Pancrazio Pfeiffer. [...] Au mois de juillet 1975, il fut transféré au Palais des Congrégations, piazza Pio XII, [...] où il est resté jusqu’au 9 mars 2000, [...] date à laquelle le cardinal Jorge Maria Mejía, archiviste et bibliothécaire de la Sainte Église romaine, et le père Sergio Pagano, préfet des Archives Secrètes du Vatican, prirent officiellement possession des Archives du Concile Vatican II, l’auteur de ces lignes étant présent en tant que responsable de la rédaction de l’inventaire.

Le dépôt de la documentation dans les locaux des Archives Secrètes du Vatican eut lieu dans les jours qui suivirent, sous la supervision du préfet, avec ma collaboration et celle de quelques employés des Archives Secrètes du Vatican. Au moment du dépôt, les Archives du Concile comptaient 2 001 enveloppes non numérotées.

Au terme des opérations de dépôt et de la reconstitution fidèle de l’ordre établi par le Service déposant, j’ai commencé à consulter pour l’étudier la monumentale documentation afin de définir les critères et le genre de l’inventaire à rédiger et [...] je me suis immédiatement rendu compte de la complexité de sa nature. [...]

Complexité également confirmée par des mémorandums de Mgr Emilio Governatori, archiviste, conservés dans les Archives du Concile, dans lesquels, [...] parlant des phases antépréparatoire et préparatoire, il avait écrit :

"Pendant deux bonnes années, tous les documents concernant les réponses des évêques, qui constituaient le premier et le plus gros noyau des Archives, ont servi à la rédaction des volumes d’'Acta et documenta' : ce sont les originaux eux-mêmes qui ont été manipulés pour ce faire, parce qu’il n’y avait pas de photocopieuse efficace. L’ordre établi par ceux qui avaient rassemblé les documents a été faussé et réorganisé à plusieurs reprises parce que les responsables de la correction des épreuves prélevaient les documents nécessaires sans en informer le moins du monde l’archiviste". 

Et plus loin :

"Jamais il n’y a eu un unique et véritable responsable des Archives et du Protocole. De très nombreux documents, parmi les plus importants, étaient conservés par le secrétaire lui-même dans ses archives particulières : ce n’est qu’en 1962, peu de temps avant le concile, que le secrétaire a pu faire une révision de ses archives et que beaucoup de documents sont passés aux archives générales. Un grand nombre de documents n’a jamais fait l’objet d’un protocole, ou alors très tardivement : il est donc possible que beaucoup de documents ne se trouvent pas dans l’ordre chronologique voulu, en termes d’emplacement aussi bien  que de protocole". [...]

Ces témoignages, malheureusement tous vérifiables, ainsi que d’autres faits (comme la présence excessive de photocopies ; l’utilisation de textes originaux ou de copies originales comme épreuves pour l’impression ; les votes des évêques séparés et rangés par thèmes dans des enveloppes différentes ; des lettres d’accompagnement et des votes joints, parfois sans signature, sans date et sans numéro de protocole, conservés dans des enveloppes différentes ; absence de certains registres de protocole) ont amené le préfet des Archives Secrètes du Vatican a prendre la décision [...] de procéder à la rédaction d’un inventaire analytique, autrement dit document par document, de toute la documentation des Archives du Concile, en étant bien conscient du fait qu’un inventaire de ce genre allongerait certainement la durée du travail, mais apporterait, en compensation, à la fois un instrument de recherche très utile pour les chercheurs et [...] une table des matières complète et totale de cette très importante documentation.

Au point d’avancement actuel des travaux, 1 465 enveloppes sur un total de 2 153 ont été inventoriées, représentant plus de 7 200 pages d’inventaire réparties en 18 volumes, dont le XVIIIe est encore en cours de réalisation mais comprend déjà 408 pages. [...]

En revanche, en ce qui concerne les Archives, [...] je dois dire [...] que le service n’a pas prêté une attention particulière à leur reclassement et que, au contraire, le travail de publication des volumes des "Acta Synodalia" a absorbé toute l’énergie, ou presque, des employés du service, surtout après l’affectation à d’autres fonctions, au mois de décembre 1968, d’Emilio Governatori qui avait été jusqu’à ce moment l’archiviste du secrétariat général. [...] Je crois pouvoir dire qu’au moment de son départ [...] le reclassement a été interrompu et qu’il n’a pas été poursuivi avec le même “enthousiasme” par ses successeurs immédiats.

Seules ces raisons peuvent expliquer un classement aussi approximatif de la documentation, surtout en ce qui concerne le secrétariat général [du concile]. Pour cette section, en effet, les enveloppes ont été classées extérieurement d’une manière parfois confuse qui, malheureusement, ne fait de référence particulière [...] ni à un ordre chronologique, ni à un ordre thématique, et surtout sans aucune sorte de numérotation extérieure des enveloppes, ce qui explique peut-être en partie qu’après avoir été consultées elles aient été remises à une place qui n’était pas la leur. [...]

Il faut également tenir compte du fait que les personnes appelées à travailler comme archivistes n’avaient pas toujours les compétences nécessaires. [...] Prenons un exemple valable pour tous : le registre de protocole. En général, ses critères de rédaction ont été bien respectés ; mais parfois ces critères ont été trop personnalisés, avec des résultats parfois contradictoires, comme dans le cas des registres de protocole rédigés par le secrétariat pour l’unité des chrétiens. [...]

Un autre aspect du problème doit être signalé : c’est la dispersion de la documentation, qui s’est produite pendant les travaux conciliaires mais qui ne signifie pas automatiquement que les papiers soient perdus. Il est malheureusement arrivé aux secrétaires des commissions, en particulier, de rapporter chez eux du travail et donc les papiers correspondants. Dans certains cas, ces papiers ont été perdus, dans d’autres, heureusement, ils ont été récupérés.

Je me limiterai à citer deux cas. Le premier concerne le registre de protocole de la commission théologique et de la commission "De doctrina fidei et morum". Malheureusement, dans ce cas, il faut parler, au moins dans l’état actuel de la situation, de la perte de ce précieux instrument de recherche. En effet, en 2006, j’avais signalé cette absence au préfet des Archives Secrètes du Vatican, qui écrivit au sous-secrétaire de la congrégation pour la doctrine de la foi. Malheureusement, la réponse de la congrégation fut négative ; de même, le sondage effectué auprès des pères jésuites de l’Université Pontificale Grégorienne, chez qui résidait le père Sebastiano Tromp, n’a pas donné le résultat espéré.

Le second exemple, heureusement en sens inverse, concerne les archives de la commission préparatoire "De sacra liturgia" qui, comme le cardinal Pericle Felici l’écrivait, le 4 mars 1967, au cardinal Ferdinando Antonelli, se trouvaient chez Mgr Annibale Bugnini.

Quelques publications récentes et excellentes me donnent l’occasion d’aborder, à ce point de mon propos, la question des nouvelles perspectives en matière de recherche.

En effet il convient de se demander si, pour reconstituer les dynamiques conciliaires, les documents publiés dans les "Acta et documenta" et dans les "Acta Synodalia" sont encore suffisants, même s’ils sont très importants, comme c’est souvent le cas y compris dans des publications très récentes, même si au moins l’une d’elles est, hélas, d’une valeur scientifique douteuse, ou bien s’il n’est pas nécessaire d’effectuer des recherches approfondies en archives, comme le démontrent, par exemple, les livres de Mauro Velati et d’autres chercheurs.

Il est évident que la réponse, en ce qui me concerne, réside entièrement dans la seconde partie de l’affirmation précédente.

À ce propos, je souhaite rappeler qu’il existe aux Archives du Concile Vatican II toute une série de papiers et de documents encore inexplorés et très précieux pour comprendre à la fois l’esprit du concile et l’herméneutique correcte des documents tels qu’ils ont été approuvés par l’assemblée des évêques réunis dans la basilique vaticane et par Paul VI.



Le texte intégral de l'article de Piero Doria paru dans "L'Osservatore Romano" du 1er mai 2012 :

> Quanto Concilio ancora da studiare



Dans les derniers paragraphes de son article, Doria cite "ad honorem" un livre d’un chercheur qui appartient à "l’école de Bologne" fondée par Giuseppe Dossetti et par Giuseppe Alberigo.

Cet ouvrage est un riche recueil de documents relatif au secrétariat pour l'unité des chrétiens au cours des trois ans qui ont précédé le début du concile Vatican II :

Mauro Velati, "Dialogo e rinnovamento. Verbali e testi del segretariato per l'unità dei cristiani nella preparazione del Concilio (1960-1962)", Publications de l'Institut pour les Sciences Religieuses, Bologne, Il Mulino, 2011.

En revanche, quelques lignes plus haut, Doria critique, comme étant "hélas, d’une valeur scientifique douteuse" une autre publication "très récente" consacrée à une reconstitution historique du concile. Il ne cite pas de noms mais semble faire allusion à l’ouvrage suivant :

Roberto de Mattei, "Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta", Lindau, Turin, 2011.


À propos de ce livre, voir sur www.chiesa :

> L'Église est infaillible mais Vatican II ne l'est pas (5.5.2011)




Parmi les papiers concernant le concile Vatican II qui sont encore inédits malgré leur très grande importance, il y a les journaux intimes de celui qui en fut le secrétaire général, Pericle Felici.

Lors d’un colloque organisé en 2002 à l’occasion du vingtième anniversaire de la mort de celui-ci, à Segni, sa ville natale, Mgr Vincenzo Carbone, ancien archiviste et responsable de la publication des "Acta Synodalia" dans les années 90, avait consulté les journaux intimes de Felici pour décrire son rôle pendant le concile.

En marge du colloque, Carbone avait déclaré qu’il était en train de travailler pour la publication "dans deux ans" de ces journaux intimes, qui seraient dotés d’un volumineux apparat critique.

Mais dix ans se sont écoulés. Et il n’y a toujours aucune trace des journaux intimes de Felici.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Journal du Vatican / "Pour beaucoup" ou bien "pour tous"?

dominicanus #Il est vivant !
La bonne réponse est la première

C'est ce que Benoît XVI écrit aux évêques allemands. Et il veut que dans toute l'Église on respecte les paroles prononcées par Jésus lors de la dernière cène, sans en inventer d'autres comme dans les missels postconciliaires. Le texte intégral de la lettre du pape 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 3 mai 2012 –  L'une après l’autre, les Églises des différents pays du monde sont en train de rétablir, dans les textes de la messe, les paroles de la consécration du vin tirées textuellement des Évangiles et utilisées pendant des siècles, mais qui, au cours des dernières décennies, ont été remplacées, presque partout, par une traduction différente.

Alors que le texte traditionnel, dans sa version de base en latin, dit encore aujourd’hui : "Hic est enim calix sanguinis mei […] qui pro vobis et pro multis effundetur", les nouvelles versions postconciliaires ont lu dans le "pro multis" un imaginaire "pro omnibus". Et, au lieu de "pour beaucoup", elles ont traduit "pour tous".

Déjà, au cours de la dernière phase du pontificat de Jean-Paul II, quelques dirigeants du Vatican, peu nombreux, parmi lesquels Joseph Ratzinger, avaient essayé de faire revivre dans les traductions la fidélité au "pro multis". Mais sans aucun succès.

Benoît XVI a pris personnellement l’affaire en mains. La preuve en est la lettre qu’il a écrite le 14 avril dernier aux évêques d’Allemagne.

On trouvera ci-dessous la traduction intégrale de cette lettre. Benoît XVI y résume les éléments principaux de la controverse, afin de mieux motiver sa décision de rétablir une traduction correcte du "pro multis". 

Mais, pour mieux comprendre le contexte, il est utile de rappeler ici un certain nombre de points.

 

***


Tout d’abord, en envoyant sa lettre aux évêques d’Allemagne, Benoît XVI veut également s’adresser, à travers eux, aux évêques des autres régions germanophones : l'Autriche, les cantons d’expression allemande en Suisse, le Sud-Tyrol en Italie.

En effet, alors qu’en Allemagne la conférence des évêques a récemment choisi, même si ce n’a pas été sans de fortes résistances, de traduire le "pro multis" non plus par "für alle", pour tous, mais par "für viele", pour beaucoup, il n’en va pas de même en Autriche.

Et en Italie non plus. Au mois de novembre 2010, lors d’un vote, sur 187 évêques votants 11 seulement avaient choisi le "pour beaucoup". Une majorité écrasante avait voté en faveur du "pour tous", sans se soucier des indications données par le Vatican. Peu de temps auparavant, les conférences épiscopales des seize régions ecclésiastiques italiennes, à la seule exception de la Ligurie, s’étaient également prononcées pour le maintien de la formulation "pour tous".

Dans d’autres parties du monde on en revient à l’utilisation du "pour beaucoup" : c’est le cas dans différents pays d'Amérique latine, en Espagne, en Hongrie, aux États-Unis. Souvent avec des contestations et des désobéissances.

Mais il est évident que, dans cette affaire, Benoît XVI veut aller jusqu’au bout. Sans imposer, mais en exhortant les évêques à préparer le clergé et les fidèles, par une catéchèse appropriée, à un changement qui devra de toutes façons être effectué.

Après cette lettre, il est donc facile de prévoir que le "pour beaucoup" sera également rétabli dans les messes célébrées en Italie, en dépit du vote contraire émis par les évêques en 2010.

La nouvelle version du missel, approuvée par la conférence des évêques d’Italie, est actuellement en cours d’examen à la congrégation vaticane pour le culte divin. Et elle sera certainement corrigée, sur ce point, d’après les indications du pape.


***


Une seconde remarque concerne les obstacles que le rétablissement d’une traduction correcte du "pro multis" a continuellement rencontrés sur sa route.

Jusqu’en 2001, les partisans des traductions plus “libres” des textes liturgiques s’appuyaient sur un document élaboré en 1969 par le "Consilium ad exsequendam Constitutionem de Sacra Liturgia" qui avait pour secrétaire Mgr Annibale Bugnini. Ce document non signé est, particularité insolite, rédigé en français, et il est habituellement désigné par ses premiers mots : "Comme le prévoit".

En 2001, la congrégation pour le culte divin publia une instruction, "Liturgiam authenticam", consacrée à l’application correcte de la réforme liturgique conciliaire. Le texte, daté du 28 mars, portait la signature du cardinal préfet Jorge Arturo Medina Estevez et celle de l’archevêque secrétaire Francesco Pio Tamburrino, et il avait été approuvé par Jean-Paul II lors d’une audience accordée huit jours plus tôt au cardinal secrétaire d’état Angelo Sodano.

Rappelant que le rite romain "a un style et une structure propres qui doivent être respectés autant que possible, y compris pour les traductions", l'instruction recommandait une traduction des textes liturgiques qui soit l’expression "non pas tant de l’exercice d’une créativité que du souci de la fidélité et de l’exactitude quand il s’agit de rendre les textes latins en langue vernaculaire". Les bonnes traductions – prescrivait le document – "doivent être détachées de toute dépendance excessive vis-à-vis des formes d’expression modernes et, en général, vis-à-vis d’une langue à tonalité psychologisante".

L'instruction "Liturgiam authenticam" ne citait même pas le texte "Comme le prévoit". Et c’était une omission volontaire, afin de retirer définitivement à ce texte une autorité et un caractère officiel qu’il n’avait jamais eus.

Mais, malgré cela, l'instruction rencontra une très forte résistance, y compris au sein de la curie romaine, au point même d’être ignorée et contredite par deux documents pontificaux ultérieurs.

Le premier est l’encyclique “Ecclesia de Eucharistia” publiée par Jean-Paul II en 2003. Dans son paragraphe 2, où sont rappelées les paroles de Jésus pour la consécration du vin, on lit : "Prenez et buvez-en tous : ceci est la coupe de mon sang, pour l’alliance nouvelle et éternelle, versé pour vous et pour la multitude ["pro omnibus" dans le texte latin officiel de l’encyclique] en rémission des péchés (cf. Mc 14, 24 ; Lc 22, 20 ; 1 Cor 11, 25)". Le "pour la multitude" ["pro omnibus", pour tous] est ici une variation qui n’a aucune correspondance dans les textes bibliques cités et qui est évidemment introduite par imitation des traductions présentes dans les missels postconciliaires.

Le second document est la dernière des lettres que Jean-Paul II avait l’habitude d’adresser aux prêtres chaque Jeudi Saint. Elle était datée de la Polyclinique Gemelli, le 13 mars 2005, et au quatrième paragraphe elle disait :

"'Hoc est enim corpus meum quod pro vobis tradetur'. Le corps et le sang du Christ sont donnés pour le salut de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes. C’est un salut intégral et en même temps universel, parce qu’il n’y a pas d’homme qui, à moins d’un acte libre de refus, soit exclu de la puissance salvifique du sang du Christ : 'qui pro vobis et pro multis effundetur'. Il s’agit d’un sacrifice offert pour 'beaucoup', comme le dit le texte biblique (Mc 14, 24 ; Mt 26, 28 ; cf. Is 53, 11-12) en une expression sémitique typique qui, tout en mentionnant la multitude atteinte par le salut opéré par l’unique Christ, implique en même temps la totalité des êtres humains auxquels ce salut est offert : c’est le sang 'versé pour vous et pour tous', comme cela est légitimement explicité dans certaines traductions. La chair du Christ est en effet donnée 'pour la vie du monde' (Jn 6,51 ; cf. 1 Jn 2,2)".

La vie de Jean-Paul II ne tenait qu’à un fil, il allait mourir une vingtaine de jours plus tard. Et c’est à un pape qui était dans cet état, qui n’avait même plus la force de lire, que l’on fit signer un document en faveur de la formule "pour tous".

La congrégation pour la doctrine de la foi, à laquelle ce texte n’avait pas été soumis préalablement, nota le fait avec désappointement. La preuve en est que, quelques jours plus tard, le 21 mars, Lundi Saint, lors d’une réunion orageuse des chefs de certains dicastères de la curie, le cardinal Ratzinger émit des protestations.

Moins d’un mois plus tard, ce même Ratzinger était élu pape. Ce qu’annonça au monde, avec une satisfaction visible, le cardinal proto-diacre Medina, celui-là même qui avait signé l'instruction "Liturgiam authenticam".


***


Benoît XVI ayant été élu pape, le rétablissement d’une traduction correcte du "pro multis" devint immédiatement un objectif de sa "réforme de la réforme", dans le domaine de la liturgie.

Il savait qu’il rencontrerait des oppositions tenaces. Mais dans ce domaine il n’a jamais craint de prendre des décisions même fortes, comme le prouve le motu proprio "Summorum pontificum" de 2007 pour la libéralisation de la messe selon le rite ancien.

Un point très intéressant est la manière que Benoît XVI veut employer pour mettre en œuvre ses décisions. Pas exclusivement en donnant des ordres péremptoires, mais en cherchant à convaincre.

Trois mois après avoir été élu pape, il fit réaliser par la congrégation pour le culte divin, alors présidée par le cardinal Francis Arinze, un sondage auprès des conférences épiscopales, afin de connaître leur avis en ce qui concernait la traduction du "pro multis" par "pour beaucoup".

Ayant obtenu ces avis, le 17 octobre 2006, le cardinal Arinze, sur les indications du pape, envoya à toutes les conférences épiscopales une circulaire dans laquelle il énumérait six raisons d’adopter le "pour beaucoup" et exhortait les évêques – là où la formule "pour tous" était utilisée – à "entreprendre la nécessaire catéchèse des fidèles" en vue du changement.

C’est la catéchèse que Benoît XVI suggère de faire en particulier en Allemagne, dans la lettre qu’il a envoyée aux évêques allemands le 14 avril dernier. Dans laquelle il fait remarquer que, à sa connaissance, cette initiative pastorale suggérée par des voix autorisées six ans plus tôt n’a jamais été mise en œuvre.

Deux notes en marge du texte pontifical : 1) Le "Gotteslob" est le livre commun de chants et de prières utilisé dans les diocèses catholiques de langue allemande. 2) La citation "Grâces soient rendues au Seigneur qui, par sa grâce, m’a appelé dans son Église..." est le dernier verset de la première strophe d’un chant qui revient souvent dans les églises allemandes : "Fest soll mein Taufbund immer stehen".

www.chiesa



"NOUS SOMMES BEAUCOUP ET NOUS REPRÉSENTONS L’ENSEMBLE..."



Excellence !
Révérend et cher archevêque !

À l’occasion de votre visite, le 15 mars 2012, vous m’avez informé du fait que, en ce qui concerne la traduction des mots "pro multis" dans la prière du canon de la sainte messe, il n’y avait toujours pas de consensus entre les évêques de la zone germanophone. 

Il semble qu’il y ait un danger que, dans la nouvelle édition de ‘Gotteslob’, à paraître prochainement, certaines parties de la zone d’expression allemande ne désirent conserver la traduction "pour tous", bien que la conférence des évêques d’Allemagne soit d’accord pour utiliser l’expression "pour beaucoup", conformément au souhait du Saint-Siège. 

Je vous ai promis de m’exprimer par écrit à propos de cette importante question, afin de prévenir une telle division sur le point le plus intime de notre prière. Je vais faire en sorte que cette lettre, que j’adresse par votre intermédiaire à tous les membres de la conférence des évêques d’Allemagne, soit également envoyée aux autres évêques de la zone d’expression allemande.

Permettez-moi de dire rapidement quelques mots à propos de l’origine du problème. 

Dans les années 60, lorsque le Missel Romain a dû être traduit en langue allemande, sous la responsabilité des évêques, il existait un consensus exégétique sur le fait que les mots "les multitudes", "beaucoup", en Isaïe 53, 11 et suivants, étaient une forme d’expression hébraïque pour indiquer l’ensemble, "tous". Le mot "beaucoup", dans les récits de l’institution faits par Matthieu et Marc, était par conséquent considéré comme un sémitisme et il devait être traduit par "tous". Ce raisonnement fut également appliqué à la traduction du texte latin, où "pro multis", à travers les récits évangéliques, renvoyait à Isaïe 53 et devait donc être traduit par "pour tous". 

Mais, depuis cette époque, ce consensus exégétique s’est effrité ; il n’existe plus. Dans le récit de la dernière cène que donne la traduction allemande unifiée de la Sainte Écriture, on lit : "Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour beaucoup" (Mc 14, 24, cf. Matt. 26, 28). Cela met en évidence quelque chose de très important : la traduction de "pro multis" par "pour tous" n’a pas été une pure traduction, mais plutôt une interprétation, qui était et qui reste bien motivée mais qui est une explication et donc quelque chose de plus qu’une traduction.

Ce mélange de traduction et d’interprétation fait partie, par certains côtés, des principes qui, immédiatement après le concile, ont inspiré la traduction des livres liturgiques en langues modernes. On sentait bien à quel point la Bible et les textes liturgiques étaient éloignés de l’univers du langage et de la pensée de l’homme moderne, ce qui avait pour conséquence que, même traduits, ils continueraient à être incompréhensibles pour les personnes qui participeraient à l’office divin. Un nouveau risque tenait au fait que, grâce à la traduction, les textes sacrés seraient accessibles à ceux qui participeraient à la messe, tout en restant très éloignés de leur univers, et que cette distance deviendrait encore plus perceptible qu’auparavant. Il paraissait donc non seulement permis mais même obligatoire d’introduire de l’interprétation dans la traduction, de manière à réduire la distance entre les textes et les gens dont les cœurs et les esprits devaient être atteints par ces mots.

Dans une certaine mesure, le principe d’une traduction donnant le contenu des textes fondamentaux sans être nécessairement littérale continue à être justifié. Comme je prononce fréquemment les prières liturgiques en diverses langues, j’ai remarqué que, dans certains cas, on ne trouve presque pas de ressemblances entre les différentes traductions et que le texte commun sur lequel ces traductions sont fondées n’est que difficilement reconnaissable. En même temps on a constaté des banalisations qui constituent de véritables pertes. C’est pourquoi, au fil des années, j’ai moi-même compris de plus en plus clairement que, en tant que ligne directrice pour la traduction, le principe de l’équivalence non pas littérale mais structurelle avait ses limites. 

S’inspirant de ces intuitions, l’instruction destinée aux traducteurs "Liturgiam authenticam", promulguée par la congrégation pour le culte divin le 28 mars 2001, a replacé au premier plan le principe de la correspondance littérale, sans pour autant, bien sûr, prescrire un verbalisme unilatéral. 

L’importante intuition qui est à la base de cette instruction est la distinction entre traduction et interprétation, déjà mentionnée plus haut. Elle est nécessaire à la fois pour les mots des Écritures et pour les textes liturgiques. D’une part, la Parole sacrée doit apparaître le plus possible en elle-même, y compris avec son étrangeté et avec les questions qu’elle porte en elle. D’autre part l’Église a été chargée de faire le travail d’interprétation, afin que – dans les limites de notre compréhension respective – le message que le Seigneur a voulu nous faire connaître parvienne jusqu’à nous. 

Même la traduction la plus exacte ne peut pas remplacer l’interprétation : une partie de la structure de la révélation est que la Parole de Dieu soit lue dans la communauté interprétante de l’Église, que la fidélité et l’actualisation soient associées. La Parole doit être présente en elle-même, dans sa propre forme qui nous est peut-être étrangère ; l’interprétation doit être évaluée en fonction de sa fidélité à la Parole elle-même, mais en même temps elle doit rendre celle-ci accessible à ceux qui l’écoutent aujourd’hui.

Dans ce contexte, le Saint-Siège a décidé que, dans la nouvelle traduction du Missel, l’expression "pro multis" doit être traduite comme telle, sans être déjà interprétée. La traduction interprétative "pour tous" doit être remplacée par la simple traduction "pour beaucoup". Je voudrais rappeler qu’aussi bien dans Matthieu que dans Marc il n’y a pas d’article et qu’il faut donc dire […] "pour beaucoup". 

Si, du point de vue de la corrélation fondamentale entre traduction et interprétation, cette décision est, comme je l’espère, tout à fait compréhensible, je suis pourtant bien conscient que cela représente un immense défi pour tous ceux à qui est confiée la tâche d’expliquer la Parole de Dieu dans l’Église. 

Pour les gens qui se rendent normalement à la messe, cela va presque inévitablement apparaître comme une rupture avec le centre même du rite sacré. Ils vont se demander : est-ce que le Christ n’est pas mort pour tous ? L’Église a-t-elle modifié sa doctrine ? Peut-elle le faire et est-ce que cela lui est permis ? Est-ce une réaction qui veut détruire l’héritage du concile ? 

L’expérience des cinquante dernières années nous a appris à tous combien la modification des formes et textes liturgiques affecte profondément les gens et donc combien un changement portant sur un point aussi central du texte doit les inquiéter. C’est bien pour cette raison que, lorsque la traduction "beaucoup" a été choisie à cause de la différence entre traduction et interprétation, il a été également décidé que, dans les différentes zones linguistiques, la traduction devrait être précédée par une catéchèse approfondie dans laquelle les évêques devraient expliquer concrètement à leurs prêtres, et à travers eux aux fidèles, de quoi il s’agit. 

Cette catéchèse préalable est le présupposé essentiel de l’entrée en vigueur de la nouvelle traduction. Pour autant que je sache, une telle catéchèse n’a, jusqu’à maintenant, pas existé dans la zone d’expression allemande. Par la présente lettre, chers frères, je voudrais vous demander instamment de préparer maintenant une telle catéchèse, puis d’en parler avec vos prêtres et en même temps de la rendre accessible aux fidèles.

Dans cette catéchèse il faut tout d’abord expliquer brièvement pourquoi, dans la traduction du missel, le mot "beaucoup" a été rendu, après le concile, par "tous" : afin d’exprimer sans aucune équivoque, dans le sens voulu par Jésus, l’universalité du salut qui vient de lui. 

Mais cela amène tout de suite cette question : si Jésus est mort pour tous, pourquoi, lorsqu’il a prononcé les mots de la Dernière Cène, a-t-il dit "pour beaucoup" ? Et pourquoi, alors, insistons-nous sur ces mots de Jésus lors de l’institution ? 

Avant tout il faut encore préciser, à ce point du raisonnement, que, selon Matthieu et Marc, Jésus a dit "pour beaucoup" alors que, selon Luc et Paul, il a dit "pour vous". Apparemment cela rétrécit encore davantage le cercle. Mais c’est justement à partir de là que l’on peut s’approcher de la solution. Les disciples savent que la mission de Jésus les transcende, eux et leur groupe ; qu’Il est venu pour rassembler tous les enfants de Dieu dispersés dans le monde entier (Jn. 11, 52). Les mots "pour vous" rendent la mission de Jésus très concrète pour ceux qui sont présents. Ils ne sont pas un quelconque élément anonyme d’un ensemble immense, mais chacun d’eux sait que le Seigneur est mort précisément pour lui, pour nous. "Pour vous" remonte dans le passé et se porte vers l’avenir, il s’adresse à moi personnellement ; nous, qui sommes rassemblés ici, nous sommes connus et aimés en tant que tels par Jésus. Donc ce "pour vous" n’est pas une limitation, mais une concrétisation qui est valable pour toute communauté qui célèbre l’Eucharistie, qui l’unit concrètement à l’amour de Jésus. Le canon romain a uni entre elles les deux expressions bibliques dans les paroles de la consécration et il dit donc : "pour vous et pour beaucoup". Lors de la réforme de la liturgie, cette formulation a été adoptée pour toutes les prières eucharistiques.

Mais, une fois encore : pourquoi employer l’expression "pour beaucoup" ? Est-ce que le Seigneur n’est pas mort pour tous ? Le fait que Jésus-Christ, en tant que Fils de Dieu fait homme, soit l’homme pour tous les hommes, le nouvel Adam, c’est l’une des certitudes fondamentales de notre foi. Je voudrais, à ce propos, rappeler seulement trois passages des Écritures. Dieu a livré Son Fils "pour nous tous", écrit Paul dans la lettre aux Romains (Rom 8, 32). "Un seul est mort pour tous", affirme-t-il dans la seconde lettre aux Corinthiens à propos de la mort de Jésus (2 Cor. 5, 14). Jésus "s’est livré en rançon pour tous", lit-on dans la première lettre à Timothée (1 Tim 2:6). 

Mais alors faut-il vraiment demander de nouveau : si c’est tellement évident, pourquoi la prière eucharistique dit-elle "pour beaucoup" ? Et bien, l’Église a tiré cette formulation des récits de l’institution qui se trouvent dans le Nouveau Testament. Elle l’utilise par respect pour la parole de Dieu, pour Lui rester fidèle jusque dans la parole. La raison de la formulation de la prière eucharistique, c’est la crainte révérencielle face à la parole de Jésus elle-même. Mais alors nous nous demandons : pourquoi Jésus a-t-il parlé ainsi ? La véritable raison, c’est que, de la sorte, Jésus s’est fait reconnaître comme le serviteur de Dieu dont il est question en Isaïe 53, qu’il s’est révélé comme la figure annoncée par la prophétie. La crainte révérencielle de l’Église devant la Parole de Jésus, la fidélité de Jésus aux paroles de "l’Écriture" : c’est cette double fidélité qui constitue le motif concret de la formulation "pour beaucoup". Nous nous insérons dans cette chaîne de respectueuse fidélité par la traduction littérale de la Parole de l’Écriture.

De même que nous avons dit précédemment que le "pour vous" de la tradition de Luc et Paul n’est pas une limitation mais une concrétisation, de même nous pouvons reconnaître maintenant que la dialectique entre "beaucoup" et "tous" a une importance propre. "Tous" se place au niveau ontologique – l’être et l’action de Jésus incluent l’humanité tout entière, le passé, le présent et l’avenir. Mais de fait, historiquement, dans la communauté concrète de ceux qui célèbrent l’Eucharistie, ils n’impliquent que "beaucoup". Cela fait que l’on peut distinguer une triple signification de l’attribution de "beaucoup" et de "tous". 

Tout d’abord, pour nous, qui pouvons nous asseoir à sa table, cela doit signifier surprise, joie et gratitude d’avoir été appelés, de pouvoir être avec lui et de pouvoir le connaître. "Grâces soient rendues au Seigneur qui, par sa grâce, m’a appelé dans son Église…". 

Mais, en deuxième lieu, c’est également une responsabilité. La forme sous laquelle le Seigneur atteint les autres – "tous" – à sa manière reste un mystère. Néanmoins il ne fait pas de doute que c’est une responsabilité que d’être appelé directement par lui à sa table pour pouvoir entendre : pour vous, pour moi, Il a souffert. "Beaucoup" ont la responsabilité de "tous". La communauté qui est constituée par "beaucoup" doit être la lumière sur le candélabre, la ville construite sur une hauteur, le levain pour "tous". C’est une vocation qui concerne chacun d’entre nous de manière tout à fait personnelle. "Beaucoup", c’est-à-dire nous, doivent avoir la responsabilité de l’ensemble, en étant conscients de leur mission. 

À cela, enfin, peut s’ajouter un troisième aspect. Dans la société actuelle, nous avons la sensation d’être non pas "beaucoup", mais très peu nombreux, de constituer un petit groupe qui ne cesse de diminuer. Et bien non – nous sommes "beaucoup" : "Après quoi, voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, impossible à dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue", nous dit l’Apocalypse de Jean (Ap 7, 9). Nous sommes "beaucoup" et nous représentons "tous". Ainsi les deux mots “beaucoup” et  “tous”, vont ensemble et font référence l’un à l’autre pour ce qui est de la responsabilité et de la promesse.

Excellence, cher frère dans l'épiscopat ! Dans tout ce qui précède j’ai voulu esquisser les lignes directrices de la catéchèse qui devra préparer le plus rapidement possible les prêtres et les laïcs à la nouvelle traduction. Je souhaite que tout cela puisse également contribuer à une participation plus intense à la célébration de la sainte eucharistie, s’insérant ainsi dans l’importante démarche que nous allons entreprendre avec l'"Année de la Foi". Je peux espérer que la catéchèse soit bientôt prête et qu’ainsi elle devienne une partie du renouvellement liturgique auquel le concile a travaillé dès sa première session.

Avec mes salutations et ma bénédiction de Pâques, je suis vôtre dans le Seigneur.

Benedictus PP XVI

Le 14 avril 2012


Le texte original en allemand de la lettre du pape aux évêques d’Allemagne, sur le site de leur conférence épiscopale :

> "Bei ihrem Besuch..."


L'instruction de la congrégation pour le culte divin publiée en 2001 :

> "Liturgiam authenticam"



La lettre écrite en 2006 par le cardinal Arinze, toujours absente du site du Vatican mais publiée dans "Notitiæ", le bulletin de la congrégation pour le culte divin, n. 481-482, sept. oct. 2006, pp. 9-10 :

> "Nel mese di luglio..."



Tous les articles de www.chiesa à propos du gouvernement central de l’Église catholique:

> Focus VATICAN


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

La Conférence des évêques publie 'Les rassemblements dominicaux - Pistes pour un discernement'

dominicanus #Il est vivant !

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La Conférence des évêques publie Les rassemblements dominicaux - Pistes pour un discernement, un ensemble de fiches destinées aux responsables diocésains et paroissiaux pour réfléchir sur le sens à donner au rassemblement dominical. 

Mgr Jean-Christophe Lagleize, évêque de Valence et président du groupe de travail, détaille l'ambition de ce document :

Réfléchir sur nos rencontres dominicales


Pro multis, au cœur du mystère eucharistique. L'éclairage du Père Lombardi

dominicanus #Il est vivant !

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Après Pâques, Benoît XVI avait pris quelques jours de repos à la résidence pontificale de Castelgandolfo, près de Rome. Il en a profité pour écrire dans sa propre langue, l’Allemand, une longue lettre aux évêques allemands (qui l’ont publiée quelques jours plus tard), pour les inviter à modifier la traduction du « pro multis » de la prière eucharistique. Il s’agit de la traduction postconciliaire de la formule de consécration du vin au cours de la messe. Le « pro multis » latin (« pour beaucoup ») a été traduit en langue vernaculaire par « pour tous ». 

 
Un ajustement avait été demandé au début de ce pontificat par la Congrégation pour le Culte divin, mais il n’avait pas eu un vaste écho, les avis étant partagés dans l’Eglise à ce propos. L’épiscopat hongrois a été le premier en 2009, à appliquer les retouches demandées. Les Chiliens, les Argentins, les anglophones ont suivi. Les francophones ne sont pas concernés car ils ont adopté après le Concile une formulation plus proche du texte latin «Pour vous et pour la multitude ».

En vue de la parution prochaine d’une nouvelle traduction allemande des livres liturgiques, le Pape a décidé d’intervenir personnellement. Sur un ton fraternel mais ferme, il demande aux évêques germanophones une traduction plus fidèle aux paroles prononcées par le Christ lors de l’institution de l’Eucharistie.


Dans son éditorial hebdomadaire, le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, et de la radio et télévision vaticanes, explique pourquoi la traduction « pour beaucoup », plus fidèle au texte de l’Evangile, est préférable à « pour tous », qui visait à expliciter l’universalité du salut apporté par le Christ. Certains pourraient penser que cette clarification linguistique ne s’adresse qu’à quelques spécialistes raffinés. En réalité, elle permet de comprendre ce qui est important pour le Pape et avec quelle attitude spirituelle il affronte ses priorités. 

 
Pour Benoît XVI, explique le Père Lombardi, les paroles de l’institution de l’Eucharistie sont absolument fondamentales : nous sommes au cœur de la vie de l’Eglise. Avec la formule « pour beaucoup », Jésus s’identifie au Serviteur de Jahvé, annoncé par le prophète Isaïe ; en répétant ces paroles, nous exprimons mieux une double fidélité : notre fidélité à la parole de Jésus, et la fidélité de Jésus à l’Ecriture. Il ne fait aucun doute que Jésus est mort pour le salut de tous, il faut l’expliquer aux fidèles, mais il faut dans le même temps leur expliquer la signification profonde des paroles de l’institution de l’Eucharistie. Le Seigneur se donne « pour vous et pour beaucoup » : nous nous sentons directement concernés et dans notre gratitude nous devenons responsables du salut promis à tous. Le Pape – qui avait déjà abordé cette question dans son livre sur Jésus* – nous donne un exemple de catéchèse, profond et passionnant, sur une des formulations les plus importantes de la foi chrétienne. Une leçon d’amour et de respect vécu pour la Parole de Dieu, de réflexion théologique et spirituelle essentielle et de très haut niveau, pour vivre plus profondément l’Eucharistie. 

 

* Jésus de Nazareth, deuxième partie. De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection, Editions du Rocher 2011, p. 158-162.

Un pape rare: ayant le "sense of humour"

dominicanus #Il est vivant !

Le 16 avril 2012, Benoît XVI a 85 ans. Et, trois jours plus tard, il arrive à sept ans de pontificat. Un écrivain en fait le portrait. Surprenant 

 

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"La joie profonde du cœur
est aussi la vraie condition de l’'humour';
et donc l’'humour',
à un certain point de vue,
est un signe,
un baromètre de la foi".

(Benoît XVI)
 

***

Je n’ai pas fait un examen approfondi, mais je suis prêt à parier que, si l’on analysait la fréquence d’utilisation des mots dans les textes de Benoît XVI, celui que l’on rencontrerait le plus souvent serait “joie”.

Partons de l’une de ses très nombreuses affirmations à propos de l'importance de la joie pour le chrétien et essayons de l’appliquer à ce pape qui s’est présenté, à peine élu, comme un "humble ouvrier dans la vigne du Seigneur". C’est une phrase qui est tirée de son livre-entretien "Lumière du monde" et, placée presque en ouverture du livre, elle a une tonalité catégorique : 

“Toute ma vie a toujours été traversée par un fil conducteur, que voici : le christianisme donne de la joie, il élargit les horizons. En définitive une existence vécue toujours et uniquement 'contre' serait insupportable”. 

Premier point : la joie et la raison sont liées l’une à l’autre. Et le lien qui les unit se trouve dans cette étrange religion qui “élargit les horizons”. Gilbert K. Chesterton, parlant de sa conversion, écrivait : “Devenir catholique élargit l’esprit” et, plus loin : “Devenir catholique ne signifie pas arrêter de penser, mais apprendre à le faire”.

Second point, surprenant : nous nous étions peut-être habitués à l'idée d’un pape révolutionnaire, d’un pape "contre”, et voici qu’arrive tout de suite le démenti, parce que l’on ne peut pas vivre “toujours et uniquement 'contre'”.

Bien évidemment, cette opposition est seulement apparente. En effet, plus loin dans la même phrase, le pape précise : “ Mais en même temps j’ai toujours eu plus ou moins présente à l’esprit l’idée que l’Évangile s’oppose à des appareils puissants. […] Supporter des attaques et opposer une résistance, cela fait donc partie du jeu ; c’est une résistance, mais elle a pour objectif de mettre en lumière ce qu’il y a de positif”.

Résistance, donc, qui signifie abandon de toute résignation, de toute plainte ou de tout ressentiment et démarche de recherche patiente et tenace de “ce qu’il y a de positif”, de cette bonté qui est cachée dans les replis de l’histoire des hommes. C’est cela, le courage de Benoît, le courage de la joie :

“La joie simple, authentique, est devenue plus rare. La joie est aujourd’hui, en quelque sorte, de plus en plus chargée d’hypothèques morales et idéologiques. […] Le monde ne devient pas meilleur s’il est privé de joie, le monde a besoin de gens qui découvrent le bien, qui sont capables d’en ressentir de la joie et qui, de cette manière, reçoivent aussi l’incitation et le courage qu’il faut pour faire le bien. […] Nous avons besoin d’éprouver cette confiance originelle que, en dernier ressort, seule la foi peut nous donner. Croire que, en fin de compte, le monde est bon, que Dieu existe et qu’il est bon. De là découle aussi le courage de la joie, qui devient à son tour engagement pour que les autres puissent également éprouver de la joie et recevoir la bonne nouvelle”. 

Humilité veut dire courage, le courage de la joie. 

Joie et humilité progressent ou régressent d’un même pas. C’est ce qu’avait bien exprimé Chesterton dans le court mais dense essai qu’il consacra à l’humilité en 1901 : 

“Selon la nouvelle philosophie de l’estime de soi et de l'affirmation de soi, l'humilité est un vice. […] Elle accompagne chacune des grandes joies de la vie avec la précision d’une horloge. Personne, par exemple, n’a jamais été amoureux sans se livrer à une véritable orgie d’humilité. […] Si aujourd’hui l’humilité est discréditée comme vertu, il ne sera pas du tout superflu de faire remarquer que ce discrédit coïncide avec la grande régression de la joie dans la littérature et dans la philosophie contemporaines. […] Quand nous sommes authentiquement heureux, nous pensons que nous ne méritons pas le bonheur. Mais quand nous prétendons à une émancipation divine, nous paraissons avoir la certitude absolue que nous ne méritons rien”.

Joie et humilité, donc. Les deux sont indissociables. Mais il manque un petit élément intermédiaire qui est pourtant bien présent chez l’homme et chez le pape bavarois : l'humour. 

Pour Benoît XVI, joie et humour sont étroitement liés. Il écrit en conclusion de son essai de théologie dogmatique “Le Dieu de Jésus-Christ” :

”L’une des règles fondamentales pour le discernement des esprits pourrait donc être celle-ci : là où la joie fait défaut, là où l’humour meurt, il n’y a pas non plus l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus-Christ. Et inversement : la joie est un signe de la grâce. Celui qui est profondément serein, celui qui a souffert sans pour autant perdre la joie, celui-là n’est pas loin du Dieu de l’Évangile, de l’Esprit de Dieu, qui est l’Esprit de la joie éternelle”.

Jacques Maritain disait qu’une société qui perd le sens de l'humour se prépare à ses funérailles.

L’humour comme chemin vers la joie ; le "sense of humour" comme manière divertissante (au sens le plus sain du terme) de vivre la vie, en partant du point fondamental : l'essence du christianisme est la joie. Pour le dire avec Chesterton, ce maître d’humour, “la joie est le grand secret du chrétien”. Dans "Le sel de la terre" Benoît XVI écrit :

“La foi donne la joie. Si Dieu n’y est pas, le monde est une désolation et tout devient ennuyeux, tout est totalement insuffisant. […] L'élément constitutif du christianisme est la joie. Mais pas la joie au sens d’un divertissement superficiel, dont le fond peut aussi être le désespoir”.

Si le monde tourne le dos à Dieu, nous dit le pape-théologien ex-préfet de l'ex-Saint-Office, il ne se condamne pas à la fausseté, ni au blasphème, ni même à l’hérésie, mais à l’ennui. Ce qui fait penser à la boutade formulée par Clive S. Lewis alors qu’il ne s’était pas encore converti de l'athéisme au christianisme : “Les chrétiens ont tort, mais tous les autres sont ennuyeux”.
Andrea Monda



(s.m.) La page reproduite ci-dessus est tirée du dernier chapitre du livre consacré à Benoît XVI que l’auteur a publié ces jours-ci :

Andrea Monda, "Benedetta umiltà. Le virtù semplici di Joseph Ratzinger", Lindau, Turin, 2012, 192 pp., 14,00 euros.


Dans son portrait du pape, Monda place nettement au centre de la scène deux de ses vertus, l'humilité "et son fruit le plus savoureux", l'humour :

"Ce sont deux mots qui ont comme racine étymologique commune le terme 'humus', terre. Celui qui est 'simple', qui ne s’enorgueillit pas, est en même temps humble et doué d’humour, parce qu’il se rend compte qu’il existe un monde plus grand que son moi et qu’il y a Quelqu’un d’encore plus grand au-delà de ce monde. Humilité et humour sont le secret de la vie, surtout pour un catholique, et ce sont ces deux traits qui caractérisent au plus haut degré l'homme Joseph Ratzinger-Benoît XVI, tout autant que son œuvre".

Andrea Monda est diplômé de l’Université Pontificale Grégorienne. Il enseigne la religion dans des lycées de Rome. Il écrit dans différents quotidiens et périodiques. Il est l’auteur d’ouvrages consacrés à Tolkien et à C. S. Lewis.
www.chiesa


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Pâque de saint Gauthier

dominicanus #Il est vivant !

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Si je vous dis que c'est aujourd'hui la fête de Pâques, je ne vous apprends probablement rien de neuf. 

Mais permettez-moi de partager avec vous que Pâques pour moi cette année, c'est un peu spécial. C'est qu'elle tombe le jour de ma fête patronale.

En effet, le 8 avril c'est la fête de saint Gauthier, et, là encore, je vous apprends peut-être quelque chose, Gauthier est la forme française de ... Walter ! 

Alors, si vous n'avez pas trop fêté, vous pourriez peut-être faire votre B.A. pascale et me laisser en commentaire un petit coucou de bonne fête. Mais avant cela, lisez la suite...

 

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