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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

il est vivant !

Benoît XVI répond à sept questions à la télévision italienne - texte intégral

dominicanus #Il est vivant !

pape television1

 

Une initiative inédite, sans précédent : ce vendredi 22 avril, Benoît XVI a répondu à une série de questions, dans le cadre d’une émission télévisée, "A son image", diffusée par la première chaîne de la télévision italienne. Sept questions ont été sélectionnées parmi celles qui avaient été envoyées à l’avance par des hommes et des femmes de différents pays. L’émission, qui avait déjà été enregistrée par le centre de Télévision du Vatican a été diffusée à 14h 10.

Ci-dessous la traduction intégrale en français des questions et des réponses du Saint-Père

D. Saint-Père, je voudrais vous remercier pour votre présence qui nous remplit de joie et nous aide à nous rappeler qu'aujourd'hui est le jour au cours duquel Jésus montre son Amour de la façon la plus radicale, c'est-à-dire en mourant sur la Croix, innocent. C'est sur ce thème de la douleur innocente qu'est la première question d'une enfant japonaise de sept ans. Elle vous dit: “Je m'appelle Elena, je suis japonaise et j'ai sept ans. J'ai très peur car la maison dans laquelle je me sentais en sécurité a tremblé, énormément, et beaucoup d'enfants de mon âge sont morts. Je ne peux pas aller jouer au parc. Je vous demande: pourquoi dois-je avoir si peur? Pourquoi les enfants doivent-ils être si tristes? Je demande au Pape qui parle avec Dieu de me l'expliquer”.

R. Chère Elena, je te salue de tout coeur. Moi aussi je me pose les mêmes questions. Pourquoi devez-vous tant souffrir, alors que d'autres vivent aisément? Nous n'avons pas les réponses, mais nous savons que Jésus a souffert comme vous, innocent, que le vrai Dieu qui se montre en Jésus est à vos côtés. Cela me semble très important, même si nous n'avons pas de réponse et si la tristesse demeure: Dieu est à vos côtés et vous pouvez être certains que cela vous aidera. Et un jour, nous comprendrons pourquoi il en était ainsi. Pour le moment, il me semble important que vous sachiez: “Dieu m'aime, même s'il semble ne pas me connaître. Non, il m'aime, il est à mes côtés”. Et vous devez être sûrs que dans le monde, dans l'univers, beaucoup sont avec vous, pensent à vous, font leur possible pour vous, pour vous aider. Et soyez conscients qu'un jour, vous comprendrez que cette souffrance n'était pas vide, n'était pas vaine, mais que, derrière elle, il y a un bon projet, un projet d'amour. Ce n'est pas par hasard. Sois sûre que nous sommes avec toi et avec tous les enfants japonais qui souffrent, que nous voulons vous aider par la prière et par nos actes, et soyez sûrs que Dieu vous aide. Et c'est pourquoi nous prions ensemble pour que la lumière vous éclaire au plus vite. 

D. La deuxième question nous présente un calvaire, car nous avons une maman sous la croix de son fils. Cette maman est italienne et s'appelle Maria Teresa, et vous dit: “Sainteté, l'âme de mon fils Francesco qui est dans un état végétatif depuis le jour de Pâques 2009, a-t-elle abandonné son corps, vu qu'il n'est plus conscient, ou est-elle encore en lui?”.

R. Bien sûr, son âme est encore présente dans son corps. La situation, est un peu celle d'une guitare dont les cordes sont détruites et ne peuvent plus résonner. L'instrument qu'est le corps, est lui aussi fragile, il est vulnérable, et l'âme ne peut résonner, pour ainsi dire, mais elle est bien présente. Je suis aussi certain que cette âme cachée ressent en profondeur votre amour, même si elle n'en comprend pas les détails, les paroles, etc. Mais elle sent la présence d'un amour. Et c'est pourquoi votre présence, chers parents, chère maman, près de lui, chaque jour, durant des heures, est un véritable acte d'amour de grande valeur, parce que cette présence entre dans la profondeur de cette âme cachée et votre acte est ainsi également un témoignage de foi en Dieu, de foi en l'homme, de foi, disons, d'engagement pour la vie, de respect pour la vie humaine, y compris dans les situations les plus tristes. Je vous encourage donc à continuer, sachant que vous rendez un grand service à l'humanité par ce geste de confiance, par ce signe de respect de la vie, par cet amour pour un corps déchiré, une âme souffrante. 

D. La troisième question nous amène en Irak, parmi les jeunes de Bagdad, des chrétiens persécutés qui vous posent cette question: “Bonjour au Saint-Père depuis l'Irak -disent-ils-. Nous, les chrétiens de Bagdad, avons été persécutés comme Jésus. Saint-Père, selon vous, de quelle façon pouvons-nous aider notre communauté chrétienne à reconsidérer son souhait d'émigrer dans d'autres pays, en la convaincant que partir n'est pas la seule solution?”.

R. Je voudrais, avant tout, saluer de tout coeur tous les chrétiens d'Irak, nos frères, et je dois dire que je prie chaque jour pour les chrétiens en Irak. Ce sont nos frères souffrants, comme dans d'autres endroits du monde aussi, et ils sont donc particulièrement chers à notre coeur. Nous devons faire notre possible pour qu'ils puissent rester, pour qu'ils puissent résister à la tentation de migrer qui est très compréhensible vu les conditions dans lesquelles ils vivent. Je dirais qu'il est important que nous soyions proches de vous, chers frères d'Irak, que nous voulons vous aider, même quand vous venez chez nous, et vous recevoir réellement comme des frères. Naturellement, les institutions, tous ceux qui ont réellement la possibilité de faire quelque chose en Irak pour vous, doivent le faire. Le Saint-Siège est en contact permanent avec les différentes communautés, pas seulement avec les communautés catholiques, mais aussi avec les autres communautés chrétiennes, et aussi avec nos frères musulmans, qu'ils soient chiites ou sunnites. Nous voulons faire un travail de réconciliation, de compréhension, également avec le gouvernement, pour l'aider dans ce chemin difficile de recomposer une société déchirée. Parce que le problème est là: la société est profondément divisée, déchirée et il n'y a plus cette conscience d'être, dans la diversité, un peuple avec une histoire commune, et où chacun à sa place. Ils doivent reconstruire cette conscience que, dans la diversité, ils ont une histoire en commun, une détermination commune. Nous voulons, par le dialogue, avec les différents groupes, aider le processus de reconstruction et vous encourager, chers frères chrétiens d'Irak, à avoir confiance, à être patients, à avoir confiance en Dieu et à collaborer dans ce processus difficile. Soyez assurés de notre prière.

D. La question suivante vous est adressée par une femme musulmane de Côte d'Ivoire, pays en guerre depuis des années. Cette femme s'appelle Bintù et vous adresse un salut en arabe qui signifie: “Que Dieu soit au milieu de toutes les paroles que nous nous échangerons et que Dieu soit avec toi”. Cette expression est prononcée au début de chacun de leur discours. Puis, elle poursuit en français: “Cher Saint-Père, ici en Côte d'Ivoire, nous avons toujours vécu en harmonie entre chrétiens et musulmans. Les familles sont souvent formées de membres des deux religions. Il existe aussi une diversité d'ethnies, mais nous n'avons jamais eu de problèmes. Aujourd'hui, tout a changé: la crise que nous vivons, à cause de la politique, sème la division. Combien d'innocents ont perdu la vie! Combien de réfugiés, combien de mamans et combien d'enfants traumatisés! Les messagers ont exhorté à la paix, les prophètes ont exhorté à la paix. Jésus est un homme de paix. Vous, en tant qu'ambassadeur de Jésus, que conseilleriez-vous pour notre pays?".

R. Je voudrais répondre à ce salut: Dieu soit aussi avec toi, qu'il t'aide toujours. Je dois dire que j'ai reçu des lettres déchirantes de Côte d'Ivoire, qui rendent compte de toute la tristesse, de la profondeur de la souffrance, et je suis attristé que nous puissions faire si peu. Nous pouvons toujours faire une chose: être en union de prière avec vous et, dans la mesure du possible, agir dans la charité. Nous voulons surtout encourager, autant qu'il est possible, les contacts politiques et humains. J'ai chargé le Cardinal Turkson, qui est Président de notre Conseil Justice et Paix, d'aller en Côte d'Ivoire et de chercher à servir de médiateur, de parler avec les différents groupes, avec les différentes personnes pour encourager un nouveau départ. Nous voulons surtout faire entendre la voix de Jésus, auquel vous aussi vous croyez comme prophète. Il a toujours été l'homme de la paix. On pouvait s'attendre, lors de la venue de Dieu sur terre, à ce qu'il s'agisse d'un homme d'une grande force, qui détruise les puissances adverses, qu'il soit un homme de grande violence pour établir la paix. Rien de cela en fait. Il est venu faible avec la seule force de l'amour, totalement sans violence jusqu'à se laisser crucifier. Voilà le vrai visage de Dieu. La violence ne vient jamais de Dieu, elle n'aide jamais à faire de bonnes choses, elle est un moyen destructeur et ne constitue pas un chemin pour sortir des difficultés. Il est donc une forte voix contre tout type de violence. J'invite fortement toutes les parties à renoncer à la violence et à chercher les chemins de la paix. Vous ne contribuerez pas à la recomposition de votre peuple par la violence même si vous pensez avoir raison. La seule voie est de renoncer à la violence, de reprendre le dialogue et de tenter de trouver ensemble la paix avec une nouvelle attention de l'un pour l'autre, avec une nouvelle disponibilité à s'ouvrir l'un à l'autre. Et cela, chère Madame, est le vrai message de Jésus: chercher la paix par les moyens de la paix et cesser la violence. Nous prions pour vous, pour que tous les composants de votre société entendent cette voix de Jésus et que reviennent ainsi la paix et la communion.

D. Saint-Père, la question suivante aborde le sujet de la mort et de la Résurrection de Jésus et vient d'Italie. Je vous la lis: “Sainteté, que fait Jésus dans le laps de temps entre sa mort et sa résurrection? Et puisque dans le Credo, on dit que Jésus, après la mort, est descendu aux Enfers, pouvons-nous penser que cela nous arrivera à nous aussi, après la mort, avant de monter au Ciel?”.

R. Tout d'abord, cette descente de l'âme de Jésus ne doit pas être imaginée comme un voyage géographique, local, d'un continent à l'autre. C'est un voyage de l'âme. Nous ne devons pas oublier que l'âme de Jésus touche toujours le Père, qu'elle est toujours en contact avec le Père, mais qu'en même temps, cette âme humaine s'étend jusqu'aux dernières frontières de l'être humain. C'est pourquoi elle va en profondeur, aux égarés, vers tous ceux qui ne sont pas arrivés au but de leur vie et elle transcende ainsi les continents du passé. Ce passage de la descente de Jésus aux Enfers veut surtout dire que même le passé est rejoint par Jésus. Il embrasse le passé et tous les hommes de tous les temps. Les Pères disent, avec une image très belle, que Jésus prend Adam et Eve par la main, c'est-à-dire l'humanité, et la guide en avant, la guide vers le haut. Et il crée ainsi l'accès à Dieu, parce que l'homme, par lui même, ne peut atteindre la hauteur de Dieu. Lui même, en étant homme, en prenant l'homme par la main, ouvre l'accès. Qu'ouvre-t-il? La réalité que nous appelons le Ciel. C'est pourquoi cette descente aux Enfers, c'est-à-dire dans les profondeurs de l'être humain, dans les profondeurs du passé de l'humanité, est une partie essentielle de la mission de Jésus, de sa mission de rédempteur et ne s'applique pas à nous. Notre vie est différente. Nous sommes déjà rachetés par le Seigneur et nous arrivons devant le visage du Juge, après notre mort, sous le regard de Jésus. Ce regard sera purifiant d'une part car je pense que tous, dans une plus ou moins grande mesure, nous aurons besoin de purification. Le regard de Jésus nous purifie et, ensuite, nous rend capable de vivre avec Dieu, de vivre avec les saints, de vivre surtout en communion avec les personnes qui nous sont chères et qui nous ont précédés.

D. La question suivante est aussi sur la Résurrection et vient d'Italie: “Sainteté, quand les femmes arrivent au Tombeau, le dimanche suivant la mort de Jésus, elles ne reconnaissent pas le maître et le prennent pour un autre. Et il en va de même pour les apôtres: Jésus doit montrer ses plaies, rompre le pain pour être reconnu précisément par ses gestes. Il est un vrai corps de chair mais aussi un corps glorieux. Le fait que son corps ressuscité n'ait pas les mêmes traits que celui d'avant, que cela signifie-t-il? Que signifie exactement corps glorieux? Et la Résurrection sera-t-elle ainsi pour nous?”.

R. Naturellement, nous ne pouvons définir le corps glorieux parce qu'il est au-delà de nos expériences. Nous pouvons seulement enregistrer les signes que Jésus nous a donné pour comprendre au moins un peu dans quelle direction nous devons chercher cette réalité. Premier signe: le tombeau est vide. En fait, Jésus n'a pas laissé son corps se corrompre. Il nous a montré que même la matière est destinée à l'éternité, qu'il est réellement ressuscité, que rien n'est perdu. Jésus a pris aussi la matière avec lui et, ainsi, la matière a aussi la promesse de l'éternité. Mais ensuite, il a endossé cette matière dans une nouvelle condition de vie et ceci est le second point: Jésus ne meurt plus, il est en fait au-dessus des lois de la biologie, de la physique parce que l'on meurt si l'on est soumis à elles. Il existe donc une nouvelle condition, différente, que nous ne connaissons pas, mais qui se montre en Jésus. C'est la grande promesse pour nous tous d'un monde nouveau, d'une vie nouvelle vers laquelle nous sommes en marche. Et dans ces conditions, Jésus a la possibilité de se laisser toucher, de donner la main aux siens, de manger avec eux, tout en restant cependant au-dessus des conditions de la vie biologique telle que nous la vivons. Nous savons, d'une part, qu'il est un vrai homme, non un fantôme, vivant une vraie vie, mais une vie nouvelle qui n'est plus soumise à la mort et qui est notre grande promesse. Il est important de comprendre cela, dans la mesure du possible, pour l'Eucharistie. Dans l'Eucharistie, le Seigneur nous donne son corps glorieux. Il ne nous donne pas sa chair à manger au sens biologique. Il se donne lui-même, nouveauté qu'il est. Il entre dans notre “être” humains, dans notre et dans mon “être” personne, en tant que personne, et il nous touche intérieurement avec son être, de façon à ce que nous puissions nous laisser pénétrer par sa présence, transformer en sa présence. C'est un point important car nous sommes ainsi déjà en contact avec cette nouvelle vie, ce nouveau type de vie, étant lui entré en moi, et moi sorti de moi et qui m'étends vers une nouvelle dimension de vie. Je pense que cet aspect de la promesse, de cette réalité qu'il se donne à moi et me tire en dehors de moi, en hauteur, est le point le plus important. Il ne s'agit pas d'enregistrer des choses que nous ne pouvons pas comprendre, mais d'être en chemin vers la nouveauté qui commence, toujours, de nouveau, dans l'Eucharistie.

D. Saint-Père, la dernière question est sur Marie. Sous la croix, nous assistons à un dialogue touchant entre Jésus, sa mère et Jean, dans lequel Jésus dit à Marie: “Voici ton fils”, et à Jean: “Voici ta mère”. Dans votre dernier livre, “Jésus de Nazareth”, vous définissez cela comme “la dernière volonté de Jésus”. Comment devons-nous comprendre ces paroles? Quel sens avaient-elles à ce moment et quel sens ont-elles aujourd'hui? Et à propos de confiance, avez-vous à coeur de renouveler une consécration à la Vierge au début de ce troisième millénaire?

R. Ces paroles de Jésus sont surtout un acte très humain. Nous voyons Jésus comme un vrai homme qui pose un acte d'homme, un acte d'amour pour sa mère en confiant sa mère au jeune Jean pour qu'elle soit en sécurité. Une femme seule, en Orient, à cette époque, était dans une situation impossible. Il confie sa maman à ce jeune homme et lui donne sa mère. Jésus agit ainsi vraiment comme un homme avec un sentiment profondément humain. Cela me semble très beau, très important, qu'avant toute théologie, nous voyons ici la vraie humanité, le vrai humanisme de Jésus. Mais naturellement, ce geste prend différentes dimensions et ne concerne pas seulement ce moment, mais toute l'histoire. Jésus nous confie tous avec Jean, toute l'Eglise, tous ses futurs disciples, à sa mère et sa mère à nous. Et cela s'est réalisé au cours de l'histoire: l'humanité et les chrétines ont davantage compris que la mère de Jésus est leur mère. Et ils se sont davantage confiés à sa Mère: pensons aux grands sanctuaires, pensons à cette dévotion pour Marie où les gens entendent toujours plus “Voici ta Mère”. Et certains qui ont du mal à accéder à Jésus dans sa grandeur de fils de Dieu, se confient sans difficulté à sa Mère. On peut dire: “Mais cela n'a aucun fondement biblique!”. Je répondrai ici avec saint Grégoire le Grand: “C'est en lisant -a-t-il dit- que grandissent les paroles de l'Ecriture”. En fait, elles se développent dans la réalité, grandissent, et cette Parole se développe toujours plus dans l'histoire. Nous voyons comment nous pouvons être tous reconnaissants parce que notre Mère existe réellement, une mère qui nous a été donnée à tous. Nous pouvons aller avec une grande confiance vers cette Mère qui est, pour chaque chrétien, sa Mère. D'autre part, cette Mère représente aussi l'Eglise. Nous ne pouvons pas être chrétiens tout seuls, avec un christianisme construit à notre idée. La Mère est l'image de l'Eglise, de l'Eglise-Mère, et en nous confiant à Marie, nous devons aussi nous confier à l'Eglise, vivre l'Eglise, être l'Eglise avec Marie. Et j'en arrive ainsi au point de la consécration: les Papes -que ce soit Pie XII, Paul VI ou Jean-Paul II, ont fait un grand acte de consécration à la Vierge et, il me semble que, comme geste devant l'humanité, devant Marie elle-même, c'était un geste très important. Je pense que maintenant, il est important d'intérioriser cet acte, de nous laisser pénétrer, de le réaliser en nous-mêmes. C'est pourquoi, je me suis rendu dans quelques grands sanctuaires mariaux dans le monde: Lourdes, Fatima, Czestochowa, Altötting…, toujours avec cette idée de concrétiser, d'intérioriser cet acte de consécration pour qu'il devienne réellement notre acte. Je pense que l'acte grand, public, a été fait. Peut-être, un jour, sera-t-il nécessaire de le répéter, mais aujourd'hui, il me semble plus important de le vivre, de le réaliser, d'entrer dans cette confiance pour qu'elle soit réellement nôtre. Par exemple, à Fatima, j'ai vu combien les personnes présentes sont réellement entrées dans cette confiance, se sont confiées, ont concrétisé en elles-mêmes, pour elles-mêmes cette confiance. C'est ainsi qu'elle devient réalité dans l'Eglise vivante et c'est aussi comme cela que grandit l'Eglise. La confiance commune à Marie, le fait de nous laisser tous pénétrer par sa présence et former, entrer en communion avec Marie, nous rend Eglise, nous fait devenir, avec Marie, réellement cette épouse du Christ. Je n'ai donc pas l'intention pour le moment de faire une nouvelle consécration publique, mais je voudrais vous inviter davantage à entrer dans cette confiance déjà posée pour qu'elle soit une réalité vécue par nous, chaque jour, et que grandisse ainsi une Eglise vraiment mariale qui est Mère, Epouse et Fille de Jésus.

Le "Dies irae" du pape. Et le mystère du mal

dominicanus #Il est vivant !

Benoît XVI arrache chacun de son sommeil. De cette "insensibilité à la présence de Dieu qui nous rend aussi insensibles au mal". Et il cite le chant du Jugement dernier, lorsque le dernier voile sera levé, révélant pourquoi Dieu "s'est fatigué" dans sa recherche de l'homme égaré.

 

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ROME, le 21 avril 2011 – La Semaine Sainte de cette année est spéciale pour le pape. Avec une nouveauté sans précédent.

Le Vendredi Saint, avant la liturgie dans la basilique Saint-Pierre et le chemin de croix au Colisée, Benoît XVI répondra à la télévision à sept questions qui lui sont adressées depuis autant de pays du monde. Sept questions parmi des milliers d'autres. Celles qui vont droit au coeur du drame de l'existence de l'homme.

La première question, celle d'une fillette japonaise, portera sur le scandale du mal. Du mal incompréhensible, comme celui d'un séisme. Du mal qui a comme fond le mystère de la douleur innocente.

On écoutera la réponse du pape à cette question et aux autres.

Mais Joseph Ratzinger est déjà entré dans le vif du sujet. Il l'a fait durant l'audience générale du Mercredi Saint et dans l'homélie de la messe chrismale, le matin du Jeudi Saint. La première fois en improvisant, ayant quitté son texte des yeux. La deuxième fois dans un texte écrit entièrement de sa main, qui vient aussi du coeur.

Grâce à cette double introduction aux rites de Pâques, on comprend plus que jamais à quel point le rapprochement de l'homme avec Dieu est la "priorité" du pontificat de Benoît XVI. Ce Dieu qui semble lointain, mais qui, en réalité, est sans cesse en marche pour retrouver l'homme égaré.

Benoît XVI a cité le "Dies irae", ce chant qui a été subitement effacé de la liturgie parce qu'il était considéré comme imprégné de terreur, alors qu'il porte les traits d'une tendresse touchante, comme lorsqu'il dit :

 

Quaerens me, sedisti lassus,
redemisti Crucem passus:
tantus labor non sit cassus.

 

Ce que le pape a traduit par : "En me cherchant tu t'es assis fatigué... Que tous ces efforts ne soient pas vains!". Et il y a lu l'aventure de Dieu "qui s'est acheminé vers nous" par pur amour, et qui pour cela "s'est fait homme et est descendu jusqu'aux abîmes de l'existence humaine, jusqu'à la nuit de la mort".

Le sommeil des disciples sur le Mont des Oliviers, pendant que Jésus accepte de boire le calice de la passion – a dit Benoît XVI lors de l'audience du Mercredi Saint – c'est notre insensibilité à Dieu, d'où vient aussi notre insensibilité envers la force que le mal a dans le monde.

"Recherchez toujours son visage", a insisté le pape, citant le psaume 105. Ce qui est aussi une constante de sa prédication : comme dans le mémorable discours de Paris, en 2008, à propos du "quaerere Deum", de la recherche de Dieu comme base de la civilisation occidentale.

On trouvera ci-dessous les passages-clés de l'audience du Mercredi Saint et de l'homélie du matin du Jeudi Saint. Suivis du texte intégral du "Dies irae".


Les textes intégraux, ainsi que les autres textes de la Semaine Sainte de Benoît XVI, se trouvent sur le site du Vatican :

> Homélies 

> Audiences 

Sandro Magister

www.chiesa



EXTRAIT DE L'AUDIENCE GÉNÉRALE DU MERCREDI SAINT

Place Saint-Pierre, le 20 avril 2011



Chers frères et sœurs, [...] ayant quitté le Cénacle, Jésus se retira pour prier, seul, devant le Père. Dans ce moment de communion profonde, les Evangiles rapportent que Jésus ressentit une profonde angoisse, une souffrance telle qu'il verse une sueur de sang (cf. Mt 26, 38). Conscient de sa mort imminente sur la croix, Il ressent une profonde angoisse et l'approche de la mort.

Dans cette situation, apparaît également un élément de grande importance pour toute l'Eglise. Jésus dit aux siens : demeurez ici et veillez ; et cet appel à la vigilance concerne précisément ce moment d'angoisse, de menace, au cours duquel arrivera le traître, mais il concerne toute l'histoire de l'Eglise. C'est un message permanent pour tous les temps, car la somnolence des disciples était le problème non seulement de ce moment, mais est le problème de toute l'histoire.

La question est de savoir en quoi consiste cette somnolence, et en quoi consisterait la vigilance à laquelle le Seigneur nous invite. Je dirais que la somnolence des disciples tout au long de l'histoire est un certain manque de sensibilité de l'âme pour le pouvoir du mal, un manque de sensibilité pour tout le mal du monde. Nous ne voulons pas nous laisser trop troubler par ces choses, nous voulons les oublier : nous pensons que peut"être ce ne sera pas si grave, et nous oublions.

Et il ne s'agit pas seulement de manque de sensibilité pour le mal, alors que nous devrions veiller pour faire le bien, pour lutter pour la force du bien. C'est un manque de sensibilité pour Dieu : telle est notre véritable somnolence ; ce manque de sensibilité pour la présence de Dieu qui nous rend insensibles également au mal. Nous ne sentons pas Dieu " cela nous dérangerait " et ainsi, nous ne sentons pas non plus naturellement la force du mal et nous restons sur le chemin de notre confort.

L'adoration nocturne du Jeudi saint, la vigilance avec le Seigneur, devrait être précisément le moment pour nous faire réfléchir sur la somnolence des disciples, des défenseurs de Jésus, des apôtres, de nous, qui ne voyons pas, qui ne voulons pas voir toute la force du mal, et qui ne voulons pas entrer dans sa passion pour le bien, pour la présence de Dieu dans le monde, pour l'amour du prochain et de Dieu.

Puis le Seigneur commence à prier. Les trois apôtres " Pierre, Jacques et Jean " dorment, mais quelques fois se réveillent, et entendent le refrain de cette prière du Seigneur : "Que soit faite non pas ma volonté, mais ta volonté". Qu'est"ce que ma volonté, qu'est"ce que ta volonté dont parle le Seigneur ? Ma volonté est "qu'il ne devrait pas mourir", que lui soit épargnée la coupe de la souffrance : c'est la volonté humaine, de la nature humaine, et le Christ ressent, avec toute la conscience de son être, la vie, l'abîme de la mort, la terreur du néant, cette menace de la souffrance. Et Lui plus que nous, qui avons cette aversion naturelle pour la mort, cette peur naturelle de la mort, encore plus que nous, il ressent l'abîme du mal.

Il ressent, avec la mort, également toute la souffrance de l'humanité. Il sent que tout cela est la coupe qu'il doit boire, qu'il doit s'obliger à boire, il doit accepter le mal du monde, tout ce qui est terrible, l'aversion pour Dieu, tout le péché. Et nous pouvons comprendre que Jésus, avec son âme humaine, est terrorisé face à cette réalité, qu'il perçoit dans toute sa cruauté : ma volonté serait de ne pas boire cette coupe, mais ma volonté est soumise à ta volonté, à la volonté de Dieu, à la volonté du Père, qui est également la véritable volonté du Fils.

Et ainsi, Jésus transforme, dans cette prière, l'aversion naturelle, l'aversion pour la coupe, pour sa mission de mourir pour nous ; il transforme sa volonté naturelle en volonté de Dieu, dans un "oui" à la volonté de Dieu. L'homme en soi est tenté de s'opposer à la volonté de Dieu, d'avoir l'intention de suivre sa propre volonté, de se sentir libre uniquement s'il est autonome ; il oppose sa propre autonomie à l'hétéronomie de suivre la volonté de Dieu. Cela est tout le drame de l'humanité. Mais en vérité, cette autonomie est fausse et cette obéissance à la volonté de Dieu n'est pas une opposition à soi"même, n'est pas un esclavage qui viole ma volonté, mais cela signifie entrer dans la vérité et dans l'amour, dans le bien. Et Jésus tire notre volonté, qui s'oppose à la volonté de Dieu, qui cherche l'autonomie, il tire notre volonté vers le haut, vers la volonté de Dieu.

Tel est le drame de notre rédemption, que Jésus tire vers le haut notre volonté, toute notre aversion pour la volonté de Dieu et notre aversion pour la mort et le péché, et l'unit à la volonté du Père : "Non pas ma volonté mais la tienne". Dans cette transformation du "non" en "oui", dans cette insertion de la volonté de la créature dans la volonté du Père, il transforme l'humanité et nous rachète. Et il nous invite à entrer dans son mouvement : sortir de notre "non" et entrer dans le "oui" du Fils. Ma volonté existe, mais la volonté du Père est décisive, car elle est la vérité et l'amour.

Un ultérieur élément de cette prière me semble important. Les trois témoins ont conservé " comme on le voit dans les Saintes Ecritures " la parole juive ou araméenne avec laquelle le Seigneur a parlé au Père, il l'a appelé "Abbà", père. Mais cette formule, "Abbà", est une forme familière du terme père, une forme qui s'utilise uniquement en famille, qui n'a jamais été utilisée à l'égard de Dieu. Ici, nous voyons dans l'intimité de Jésus comment il parle en famille, il parle vraiment comme un Fils à son Père. Nous voyons le mystère trinitaire : le Fils qui parle avec le Père et rachète l'humanité.

Encore une remarque. La Lettre aux Hébreux nous a donné une profonde interprétation de cette prière du Seigneur, de ce drame de Gethsémani. Elle dit : ces larmes de Jésus, cette prière, ce cri de Jésus, cette angoisse, tout cela n'est pas simplement une concession à la faiblesse de la chair, comme on pourrait le dire. C'est précisément ainsi qu'il réalise la charge de Souverain Prêtre, parce que le Souverain Prêtre doit porter l'être humain, avec tous ses problèmes et ses souffrances, à la hauteur de Dieu. Et la Lettre aux Hébreux dit : avec tous ces cris, ces larmes, ces souffrances, ces prières, le Seigneur a porté notre réalité à Dieu (cf. Hb 5, 7sqq). Et il utilise ce mot grec "prosferein", qui est le terme technique de ce que doit faire le Souverain Prêtre pour offrir, pour élever les mains. C'est précisément dans ce drame de Gethsémani, où il semble que la force de Dieu ne soit plus présente, que Jésus réalise la fonction du Souverain Prêtre. Et il dit en outre que dans cet acte d'obéissance, c'est"à"dire de conformation de la volonté naturelle humaine à la volonté de Dieu, il est perfectionné comme prêtre. Et il utilise de nouveau le mot technique pour ordonner prêtre. C'est précisément ainsi qu'il devient réellement le Souverain Prêtre de l'humanité et ouvre ainsi le ciel et la porte à la résurrection.

Si nous réfléchissons sur ce drame de Gethsémani, nous pouvons voir aussi le fort contraste entre Jésus avec son angoisse, sa souffrance, et le grand philosophe Socrate, qui reste pacifique et ne se laisse pas perturber face à la mort. Cela semble l'idéal.

Nous pouvons admirer ce philosophe, mais la mission de Jésus était une autre. Sa mission n'était pas cette totale indifférence et liberté ; sa mission était de porter en soi toute notre souffrance, tout le drame humain. Et c'est pourquoi précisément cette humiliation de Gethsémani est essentielle pour la mission de l'Homme"Dieu. Il porte en lui"même notre souffrance, notre pauvreté, et il la transforme selon la volonté de Dieu. Et il ouvre ainsi les portes du ciel, il ouvre le ciel : ce rideau du Très Saint, que jusqu'alors l'homme a fermé contre Dieu, est ouvert à cause de cette souffrance et de cette obéissance.

(Traduction par > Zenit).



EXTRAIT DE L'HOMÉLIE DE LA MESSE CHRISMALE DU JEUDI SAINT

Basilique de Saint-Pierre, le 21 avril 2011
 



Chers frères et sœurs, au centre de la liturgie de ce matin, se trouve la bénédiction des huiles saintes. [...] Il y a tout d’abord l’huile des catéchumènes. Cette huile indique en quelque sorte une première manière d’être touchés par le Christ et par son Esprit – un toucher intérieur par lequel le Seigneur attire les personnes à lui. Par cette première onction, qui est faite encore avant le Baptême, notre regard se tourne donc vers les personnes qui se mettent en chemin vers le Christ – vers celles qui sont à la recherche de la foi, à la recherche de Dieu. L’huile des catéchumènes nous dit: ce ne sont pas seulement les hommes qui cherchent Dieu. Dieu Lui"même s’est mis à notre recherche. Le fait que lui"même se soit fait homme et soit descendu dans les abîmes de l’existence humaine, jusque dans la nuit de la mort, nous montre combien Dieu aime l’homme, sa créature. Poussé par l’amour, Dieu s’est mis en marche vers nous. «Me cherchant, Tu t’es assis, fatigué… qu’un tel effort ne soit pas vain!» prions"nous dans le "Dies Irae". Dieu est à ma recherche. Est"ce que je veux le reconnaître? Est"ce que je veux qu’il me connaisse, qu’il me trouve? Dieu aime les hommes. Il va au devant de l’inquiétude de notre cœur, de l’inquiétude de nos questions et de nos recherches, avec l’inquiétude de son propre cœur, qui le pousse à accomplir l’acte extrême pour nous. L’inquiétude envers Dieu, – le fait d’être en chemin vers lui pour mieux le connaître, pour mieux l’aimer –, ne doit pas s’éteindre en nous.

En ce sens, nous devrions toujours rester des catéchumènes. «Recherchez sans relâche sa face», dit un psaume (105, 4). Augustin a commenté à ce propos: Dieu est tellement grand qu’il dépasse infiniment toute notre connaissance et tout notre être. La connaissance de Dieu ne s’épuise jamais. Toute l’éternité, nous pouvons, avec une joie grandissante, continuer sans cesse à le chercher, pour le connaître toujours plus et l’aimer toujours plus. «Notre cœur est inquiet, tant qu’il ne repose en toi», a dit Augustin au début de ses Confessions. Oui, l’homme est inquiet, car tout ce qui est temporel est trop peu. Mais sommes"nous vraiment inquiets à son égard? Ne nous sommes"nous pas résignés à son absence et ne cherchons"nous pas à nous suffire à nous"mêmes? Ne permettons pas de telles réductions de notre être humain! Restons continuellement en marche vers lui, ayant la nostalgie de lui, accueillant de manière toujours nouvelle connaissance et amour! [...]

En troisième lieu, il y a enfin la plus noble des huiles ecclésiales, le chrême, une mixture d’huile d’olive et de parfums végétaux. C’est l’huile de l’onction sacerdotale et de l’onction royale, onctions qui se rattachent aux grandes traditions d’onction dans l’Ancienne Alliance. Dans l’Eglise, cette huile sert surtout pour l’onction lors de la Confirmation et lors des Ordinations sacrées. La liturgie d’aujourd’hui associe à cette huile les paroles de promesse du prophète Isaïe: "Vous serez appelés ‘prêtres du Seigneur’, on vous nommera ‘ministres de notre Dieu’» (61, 6). Le prophète reprend par là la grande parole de charge et de promesse, que Dieu avait adressée à Israël au Sinaï: «Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte» (Ex 19, 6). Dans le vaste monde et pour le vaste monde qui, en grande partie, ne connaissait pas Dieu, Israël devait être comme un sanctuaire de Dieu pour la totalité, il devait exercer une fonction sacerdotale pour le monde. Il devait conduire le monde vers Dieu, l’ouvrir à lui.

Saint Pierre, dans sa grande catéchèse baptismale, a appliqué ce privilège et cette tâche d’Israël à l’entière communauté des baptisés, proclamant: «Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous qui, jadis, n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu» (1 P 2, 9 s.).

Le Baptême et la Confirmation constituent l’entrée dans ce peuple de Dieu, qui embrasse le monde entier; l’onction du Baptême et de la Confirmation est une onction qui introduit dans ce ministère sacerdotal en faveur de l’humanité. Les chrétiens sont un peuple sacerdotal pour le monde. Les chrétiens devraient rendre visible au monde le Dieu vivant, en témoigner et conduire à Lui. Quand nous parlons de notre charge commune, en tant que baptisés, nous ne devons pas pour autant en tirer orgueil. C’est une question qui, à la fois, nous réjouit et nous préoccupe: sommes"nous vraiment le sanctuaire de Dieu dans le monde et pour le monde? Ouvrons"nous aux hommes l’accès à Dieu ou plutôt ne le cachons"nous pas ? Ne sommes"nous pas, nous – peuple de Dieu –, devenus en grande partie un peuple de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu? N’est"il pas vrai que l’Occident, les Pays centraux du christianisme sont fatigués de leur foi et, ennuyés de leur propre histoire et culture, ne veulent plus connaître la foi en Jésus Christ? Nous avons raison de crier vers Dieu en cette heure : Ne permets"pas que nous devenions un non"peuple! Fais que nous te reconnaissions de nouveau! En effet, tu nous as oints de ton amour, tu as posé ton Esprit Saint sur nous. Fais que la force de ton Esprit devienne à nouveau efficace en nous, pour que nous témoignions avec joie de ton message!

Malgré toute la honte que nous éprouvons pour nos erreurs, nous ne devons pas oublier cependant qu’il existe aussi aujourd’hui des exemples lumineux de foi; qu’il y a aussi aujourd’hui des personnes qui, par leur foi et leur amour, donnent espérance au monde. Quand le 1 mai prochain sera béatifié le Pape Jean Paul II, nous penserons à lui, pleins de gratitude, comme à un grand témoin de Dieu et de Jésus Christ à notre époque, comme à un homme rempli d’Esprit Saint. [...]



DIES IRAE


Dies Irae, dies illa
solvet saeclum in favilla:
teste David cum Sybilla.

Quantus tremor est futurus,
Quando judex est venturus,
Cuncta stricte discussurus.

Tuba, mirum spargens sonum
per sepulcra regionum
coget omnes ante thronum.

Mors stupebit et natura,
cum resurget creatura,
judicanti responsura.

Liber scriptus proferetur,
in quo totum continetur,
unde mundus judicetur.

Judex ergo cum sedebit,
quidquid latet, apparebit:
nil inultum remanebit.

Quid sum miser tunc dicturus
quem patronum rogaturus,
cum vix justus sit securus

Rex tremendae majestatis,
qui salvandos salvas gratis,
salva me, fons pietatis.

Recordare, Jesu pie,
quod sum causa tuae viae
ne me perdas illa die.

Quaerens me, sedisti lassus,
redemisti Crucem passus:
tantus labor non sit cassus.

Juste judex ultionis,
donum fac remissionis
ante diem rationis.

Ingemisco, tamquam reus,
culpa rubet vultus meus
supplicanti parce, Deus.

Qui Mariam absolvisti,
et latronem exaudisti,
mihi quoque spem dedisti.

Preces meae non sunt dignae,
sed tu bonus fac benigne,
ne perenni cremer igne.

Inter oves locum praesta,
et ab haedis me sequestra,
statuens in parte dextra.

Confutatis maledictis,
flammis acribus addictis,
voca me cum benedictis.

Oro supplex et acclinis,
cor contritum quasi cinis:
gere curam mei finis.

Lacrimosa dies illa,
qua resurget ex favilla
judicandus homo reus.
Huic ergo parce, Deus.

Pie Jesu Domine,
dona eis requiem. Amen.



***



Jour de colère, ce jour là
réduira le monde en poussière,
David l'atteste, et la Sibylle.

Quelle terreur à venir,
quand le juge apparaîtra
pour tout strictement examiner !

La trompette répand étonnamment ses sons,
parmi les sépulcres de tous pays,
rassemblant tous les hommes devant le trône.

La Mort sera stupéfaite, comme la Nature,
quand ressuscitera la créature,
pour être jugée d'après ses réponses.

Un livre écrit sera produit,
dans lequel tout sera contenu ;
d'après quoi le Monde sera jugé.

Quand le Juge donc tiendra séance,
tout ce qui est caché apparaîtra,
et rien d'impuni ne restera.

Que, pauvre de moi, alors dirai-je ?
Quel protecteur demanderai-je,
quand à peine le juste sera en sûreté ?

Roi de terrible majesté,
qui sauvez, ceux à sauver, par votre grâce,
sauvez-moi, source de piété.

Souvenez-vous, Jésus si doux,
que je suis la cause de votre route ;
ne me perdez pas en ce jour.

En me cherchant vous vous êtes assis fatigué,
me rachetant par la Croix, la Passion,
que tant de travaux ne soient pas vains.

Juste Juge de votre vengeance,
faites-moi don de la rémission
avant le jour du jugement.

Je gémis comme un coupable,
la faute rougit mon visage,
au suppliant, pardonnez Seigneur.

Vous qui avez absout Marie(-Madeleine),
et, au bon larron, exaucé les vœux,
à moi aussi vous rendez l'espoir.

Mes prières ne sont pas dignes (d'être exaucées,)
mais vous, si bon, faites par votre bonté
que jamais je ne brûle dans le feu.

Entre les brebis placez-moi,
que des boucs je sois séparé,
en me plaçant à votre droite.

Confondus, les maudits,
aux flammes âcres assignés,
appelez-moi avec les bénis.

Je prie suppliant et incliné,
le cœur contrit comme de la cendre,
prenez soin de ma fin.

Jour de larmes que ce jour là,
où ressuscitera, de la poussière,
pour le jugement, l'homme coupable.
À celui-là donc, pardonnez, ô Dieu.

Doux Jésus Seigneur,
donnez-leur le repos. Amen.

Le dimanche de Benoît XVI à la télévision. Avec ses homélies en peinture et en musique

dominicanus #Il est vivant !

L'art et la musique accompagneront la parole du pape, qui constituera un guide pour les messes de fêtes. La nouvelle émission sera diffusée chaque samedi en Italie sur TV 2000. Mais on pourra la voir dans le monde entier sur le web

 

 

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ROME, le 7 mars 2011 – À partir de samedi prochain, veille du premier dimanche de Carême, on pourra voir tous les samedis Benoît XVI à la télévision avec le meilleur de sa prédication : celle des homélies des messes, celle des Angélus où il commente l’Évangile du jour.

Mais à côté de la parole du pape il y aura autre chose. L’émission, qui sera intitulée "La domenica con Benedetto XVI [Le dimanche avec Benoît XVI]", sera structurée en trois phases très liées entre elles : l’art, la parole, la musique.

La parole, qui constituera la phase centrale, sera celle du pape Joseph Ratzinger en personne. Ses archives contiennent presque six ans d’homélies et d’Angélus, un trésor maintenant très riche. On en tirera et on en diffusera chaque samedi, avec sa voix et en images, les passages permettant le mieux de faire comprendre et apprécier les textes de la messe du lendemain.

L’art, pour sa part, constituera l’“ouverture” de l’émission. À chaque fois, le grand historien de l’art Timothy Verdon présentera et expliquera trois chefs d’œuvre de la peinture chrétienne liés aux thèmes et aux sujets traités dans la messe du lendemain, ceux-là même qu’abordera le pape.

Enfin il y aura la musique, qui couronnera le tout. Les "Cantori Gregoriani" dirigés par le maestro Fulvio Rampi – ils comptent parmi les meilleurs interprètes mondiaux du chant liturgique de rite latin – feront entendre le chant d’entrée et le chant de communion du propre de chaque dimanche, en grégorien très pur. Un commentaire de leur chef de chœur en révèlera les merveilles musicales et liturgiques, qui auront parfois été évoquées préalablement par le pape lui-même.


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“Le dimanche avec Benoît XVI” durera une demi-heure. L’émission sera diffusée en Italie chaque samedi à 17 heures 30 et de nouveau à 22 heures 35. Elle couvrira la totalité de l’année liturgique, sans aucune interruption pour cause de vacances.

La chaîne qui diffusera ce nouveau programme est TV 2000, qui appartient à la conférence des évêques d’Italie. Son directeur des programmes est Dino Boffo et ses studios centraux se trouvent à Rome. On peut la capter par satellite et en numérique terrestre en Italie, ainsi qu’en streaming dans le monde entier, sur son site web :

> TV 2000

Mais TV 2000 pourrait être bientôt suivie par des chaînes de télévision d’autres pays et continents. Certaines d’entre elles ont déjà manifesté un vif intérêt pour la retransmission de cette émission dans leurs langues respectives.

Pour concevoir la nouvelle émission, TV 2000 s’est inspirée d’une ligne maîtresse du pontificat de Benoît XVI. Celle qui a son point focal dans la messe : "l'acte dans lequel Dieu vient parmi nous et dans lequel nous le touchons", comme l’a dit le pape dans son livre-interview "Lumière du monde" ; l'acte dans lequel le Verbe de Dieu "se fait chair" en la personne de Jésus et "se donne en nourriture" dans le pain transubstantié.

La messe n’est pas du "théâtre", elle n’est pas du "spectacle", a encore dit le pape Benoît XVI. Elle "tire sa vie d’un Autre et cela doit devenir évident". Mais lorsqu’elle accueille ce don qu’elle reçoit du Christ, l’Église catholique agit non seulement par le sacrement, mais aussi par l'architecture, par les arts, par la musique. La liturgie devient ainsi la porte qui rapproche de Dieu et en fait entrevoir le mystère, y compris à ceux dont la foi est tiède et à ceux qui en sont éloignés.


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Concrètement, chaque samedi, Benoît XVI expliquera les textes de la messe du dimanche en utilisant des passages tirés de sa prédication vivante, d’une homélie, d’un Angélus.

Et quand ce ne sera pas suffisant, des passages de son livre "Jésus de Nazareth" relatifs à l’Évangile du jour seront lus en intégrant la voix du pape.

Ce sera le cas, par exemple, du premier dimanche de Carême. La veille, on entendra, de la voix de Benoît XVI, ce qu’il avait dit lors d’un Angélus consacré aux tentations de Jésus dans le désert, qui seront le sujet de l’Évangile du lendemain. Mais la majeure partie de son intervention sera tirée du premier volume qu’il a consacré à Jésus, de ce passage suggestif dans lequel, commentant la dernière tentation, celle du pouvoir, le pape en arrive à demander : "Mais qu’a vraiment apporté Jésus, s’il n’a pas apporté la paix sur terre, le bien-être pour tous, un monde meilleur ? Qu’a-t-il apporté ?". Et de répondre : "Il a apporté Dieu".

En d’autres occasions, la parole sera donnée, en plus du pape, aux Pères de l’Église, qu’il cite et commente souvent.

Mais, dans la majorité des cas, ce sera Benoît XVI en personne qui expliquera les lectures bibliques de la messe dominicale, à l’aide de ses seules homélies.

Celles-ci apparaissent, un peu plus chaque année, comme un trait caractéristique de son pontificat, ce qui avait été mis en lumière par l’article de www.chiesa paru à l’occasion de la publication du livre d’homélies de Benoît XVI pour l’année liturgique écoulée :

> Benoît XVI homme de l'année. En raison de ses homélies


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En ce qui concerne l’"ouverture" artistique de l’émission, il faut savoir que Timothy Verdon – historien de l'art, prêtre, né aux États-Unis mais vivant à Florence où il dirige le bureau diocésain pour la catéchèse par l'art – est l’un des partisans les plus convaincus d’une idée très chère au pape Ratzinger, à savoir que l'art chrétien est une voie royale d’introduction aux divins mystères.

Verdon en est tellement convaincu qu’il a, ces dernières années, publié trois livres consacrés aux trois cycles de lectures du missel romain, livres dans lesquels il a présenté et commenté chaque messe des dimanches et des jours de fête justement en s’appuyant sur des chefs d’œuvre de l'art chrétien choisis en fonction de l’Évangile du jour :

> Comment peindre une homélie dans les règles de l'art

Dans la nouvelle émission de TV 2000, Verdon traduira cette idée en langage télévisuel, à la portée d’un vaste public. Il donnera, à travers les couleurs et les lumières de la peinture, un avant-goût de la page d’Évangile qui sera expliquée, tout de suite après, par la parole de Benoît XVI.

Par exemple, la veille du premier dimanche de Carême, Verdon illustrera l’Évangile des tentations par un tableau du Tintoret que l’on peut voir à la Scuola di San Rocco de Venise, une peinture sur bois de Duccio di Buoninsegna conservée à la Frick Collection à New-York et une mosaïque du Ve siècle qui se trouve à Ravenne et qui représente la Multiplication des pains.


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Enfin, en ce qui concerne la partie musicale, des éléments du propre des dimanches de Carême seront chantés en grégorien dans l’église Sant'Abbondio de Crémone, qui est aussi celle où fut baptisé le grand Claudio Monteverdi, né justement à Crémone.

Mais, à partir de Pâques, les chants seront également exécutés en d’autres lieux, parmi lesquels quelques-unes des plus belles églises de Rome.

En certaines occasions les "Cantori Gregoriani" seront remplacés par un chœur polyphonique, également dirigé par le maestro Rampi, qui chantera des motets de Palestrina, Monteverdi et autres grands compositeurs, correspondant aux textes liturgiques de chaque dimanche.

Les "Cantori Gregoriani" sont actifs depuis de nombreuses années. Ils ont donné des concerts dans différents pays du monde. Mais ils sont les premiers à savoir et à théoriser que le chant grégorien ne peut être compris et apprécié que s’il est replacé dans son contexte propre, qui est celui de la liturgie.

Il n’y a, en fait, pas d’autre manière de restituer au chant grégorien sa vérité. Et de lui rendre la place prééminente que le concile Vatican II lui avait confirmée, comme chant principal de la liturgie catholique.

Et c’est précisément ce que les "Cantori Gregoriani" feront au cours de la partie finale de l’émission. Non seulement ils exécuteront les chants spécifiques de chaque messe dominicale, mais leur chef de chœur replacera ceux-ci, en les commentant, dans le contexte liturgique dont ils sont une partie essentielle. 

Pour en savoir plus à propos de ce chœur il y a un site web, en italien et en anglais :

> Cantori Gregoriani

À ce sujet, le maestro Rampi a également écrit un livre des plus cultivés et des plus fascinants : "Del canto gregoriano. Dialoghi sul canto proprio della Chiesa" [Du chant grégorien. Dialogues sur le chant propre de l’Église], édité par Rugginenti, à Milan.

 

Sandro Magister



La chaîne de télévision des évêques d’Italie qui diffusera, à partir du samedi 12 mars, "La domenica con Benedetto XVI" [Le dimanche avec Benoît XVI] :

> TV 2000

La nouvelle émission sera diffusée chaque samedi à 17 heures 30 et de nouveau à 22 heures 35.

TV 2000 peut être captée en Italie par satellite (Sky canal 801) et en numérique terrestre (canal 28). Et dans le monde entier en streaming sur son site web.


Tous les articles de www.chiesa sur ces sujets :

> Focus ARTS ET MUSIQUE

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Cardinal Marc Ouellet, "Un livre historique, qui inaugure une nouvelle ère de l'exégèse théologique"

dominicanus #Il est vivant !

Le nouveau "Jésus de Nazareth" de Benoît XVI introduit et commenté par un cardinal théologien formé à son école

 

 

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Ce livre très dense se lit malgré tout d’un seul trait. En parcourant ses neuf chapitres ouverts sur une prospective, le lecteur est entraîné par des chemins escarpés vers la rencontre captivante de Jésus, une figure familière qui se révèle encore plus proche en son humanité comme en sa divinité. Une fois terminée la lecture, on voudrait continuer le dialogue, non seulement avec l’auteur mais avec Celui dont il parle. "Jésus de Nazareth" est plus qu’un livre, c’est un témoignage émouvant, fascinant, libérateur. Que d’intérêt il soulèvera chez les experts et les fidèles!


L’ÉVÉNEMENT


Outre l’intérêt d’un livre sur Jésus, c’est le livre du pape qui se présente humblement au forum des exégètes, pour échanger avec eux sur les méthodes et les résultats de leurs recherches. Le but du Saint-Père est d’aller plus loin avec eux, en toute rigueur scientifique, bien sûr, mais aussi dans la foi en l’Esprit Saint qui sonde les profondeurs de Dieu dans la Sainte Écriture. À ce forum, les bons échanges dominent de beaucoup les pointes critiques, ce qui contribue à mieux faire connaître et reconnaître la contribution essentielle des exégètes.

N’y a-t-il pas beaucoup à espérer de ce rapprochement entre l’exégèse rigoureuse des textes bibliques et l’interprétation théologique de la Sainte Écriture? Je ne peux m’empêcher de voir dans ce livre l’aurore d’une nouvelle ère de l’exégèse, une ère prometteuse d’exégèse théologique.

Le pape dialogue avant tout avec l’exégèse allemande mais il n’ignore pas des auteurs reconnus appartenant aux aires linguistiques francophone, anglophone et latine. Il excelle à identifier les questions essentielles et les enjeux décisifs, s’obligeant à éviter les discussions de détails et les querelles d’école qui nuiraient à son propos. Celui-ci est de « trouver le Jésus réel », pas le « Jésus historique » du courant principal de l’exégèse critique, mais le « Jésus des Évangiles » écouté en communion avec les disciples de Jésus de tous les temps, et ainsi « parvenir à la certitude de la figure vraiment historique de Jésus » (11).

Cette formulation de son objectif manifeste l’intérêt méthodologique du livre. Le pape aborde de façon pratique et exemplaire le complément théologique souhaité par l’Exhortation Apostolique "Verbum Domini" pour le développement de l’exégèse. Rien ne stimule davantage que l’exemple donné et les résultats obtenus. "Jésus de Nazareth" offre une base magnifique pour un dialogue fructueux non seulement entre exégètes, mais aussi entre pasteurs, théologiens et exégètes!

Avant d’illustrer par quelques exemples les résultats de cette exégèse de Joseph Ratzinger-Benoît XVI, j’ajoute encore une observation sur la méthode. L’auteur s’efforce d’appliquer plus profondément les trois critères d’interprétation formulés au Concile Vatican II par la Constitution sur la révélation divine Dei Verbum : Tenir compte de l’unité de la Sainte Écriture, de l’ensemble de la Tradition de l’Église et respecter l’analogie de la foi. En bon pédagogue qui nous a habitués à ses homélies mystagogiques, dignes de saint Léon le Grand, Benoît XVI illustre à partir de la figure ô combien centrale et unique de Jésus, la plénitude de sens qui émane de la Sainte Écriture « interprétée dans le même Esprit qui l’a fait écrire » (DV 2).

Même si l’auteur se défend d’offrir un Enseignement officiel de l’Église, il est facile d’imaginer que son autorité scientifique et la reprise en profondeur de certaines questions disputées, serviront beaucoup à confirmer la foi d’un grand nombre. Elles serviront en outre à faire avancer des débats ensablés par les préjugés rationalistes et positivistes qui ont entaché la réputation de l’exégèse moderne et contemporaine.

Entre la parution du premier tome en avril 2007 et celle du deuxième tome en ce carême 2011, beaucoup d’événements heureux mais aussi d’expériences pénibles ont marqué la vie de l’Église et du monde. On se demande comment le pape a pu faire pour écrire cette œuvre très personnelle et très exigeante, dont l’actualité du thème et l’audace de l’entreprise sautent aux yeux de quiconque s’intéresse au christianisme. Comme théologien et comme pasteur, j’ai l’impression de vivre un moment historique d’une grande portée théologique et pastorale. C’est comme si au milieu des flots qui agitent la barque de l’Église, Pierre avait de nouveau saisi la main du Seigneur venant à nous sur les eaux, pour nous sauver (Mt 14, 22-33).


NŒUDS À DÉNOUER


Ceci étant dit concernant le caractère historique, théologique et pastoral de l’événement, venons-en au contenu du livre que je voudrais résumer bien imparfaitement autour de quelques questions cruciales. Tout d’abord la question du fondement historique du christianisme qui traverse les deux tomes de l’œuvre; ensuite la question du messianisme de Jésus, suivie de la question de l’expiation des péchés par le Rédempteur, qui fait problème pour beaucoup de théologiens; la question également du Sacerdoce du Christ en rapport avec sa Royauté et son Sacrifice qui ont tant d’importance pour la conception catholique du sacerdoce et de la Sainte Eucharistie; la question enfin de la résurrection de Jésus, son rapport à la corporéité et son lien avec la fondation de l’Église.

La liste n’est pas exhaustive cela va sans dire et beaucoup trouveront d’autres questions plus intéressantes, par exemple son commentaire du discours eschatologique de Jésus ou encore de la prière sacerdotale de Jean 17. J’identifie les questions ci-haut comme des nœuds à dénouer en exégèse comme en théologie, afin de reconduire la foi des fidèles à la Parole de Dieu elle-même, comprise dans toute sa force et sa cohérence, malgré les conditionnements théologiques et culturels qui bloquent parfois l’accès au sens profond de l’Écriture.

1. La question du fondement historique du christianisme occupe Joseph Ratzinger depuis les années de sa formation et de son premier enseignement, comme il appert de son volume sur "La foi chrétienne, hier et aujourd’hui [Einführung in das Christentum]", publié il y plus de quarante ans, et qui eut un impact remarquable sur les auditeurs et lecteurs de l’époque. Le christianisme étant la religion du Verbe incarné dans l’histoire, il est indispensable pour l’Église de tenir aux faits et aux événements réels, justement parce qu’ils contiennent des « mystères » que la théologie doit approfondir en utilisant des clefs d’interprétation qui ressortent au domaine de la foi. Dans ce deuxième tome portant sur les événements centraux de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ, l’auteur confesse que la tâche est particulièrement délicate. Son exégèse interprète les faits réels d’une façon analogue au traité sur « les mystères de la vie de Jésus » de saint Thomas d’Aquin, « guidé par l’herméneutique de la foi, mais en tenant compte en même temps et de manière responsable de la raison historique, nécessairement contenue dans cette même foi » (11).

Dans cette lumière, on comprend l’intérêt du Pape pour l’exégèse historico-critique qu’il connaît bien et dont il extrait le meilleur pour approfondir les événements de la Dernière Cène, la signification de la prière à Gethsémani, la chronologie de la passion et particulièrement les traces historiques de la résurrection. Il ne manque pas de dénoncer au passage le manque d’ouverture d’une exégèse pratiquée trop exclusivement selon la « raison », mais son propos principal demeure d’éclairer théologiquement les faits du Nouveau Testament avec l’aide de l’Ancien Testament et vice-versa, d’une façon analogue mais plus rigoureuse que l’interprétation typologique des Pères de l’Église. Le lien du christianisme avec le judaïsme apparaît renforcé par cette exégèse qui s’enracine dans l’histoire d’Israël ressaisie dans son orientation vers le Christ. C’est pourquoi la prière sacerdotale de Jésus, par exemple, qui semble par excellence une méditation théologique, acquiert chez lui une toute nouvelle dimension grâce à son interprétation éclairée par la tradition juive du Yom Kippur.

2. Un deuxième nœud concerne le messianisme de Jésus. Certains exégètes modernes ont fait de Jésus un révolutionnaire, un maître de morale, un prophète eschatologique, un rabbi idéaliste, un fou de Dieu, un partisan engagé pour les marginaux de l’époque, un messie en quelque sorte à l’image de son interprète influencé par les idéologies dominantes.

L’exposé de Benoît XVI à ce sujet est diffus et bien enraciné dans la tradition juive. Il s’inscrit dans la continuité de cette tradition qui unit le religieux et le politique, mais en soulignant à quel point Jésus opère la rupture entre les deux domaines. Jésus reconnaît devant le Sanhédrin qu’il est le Messie, mais non sans clarifier la nature exclusivement religieuse de son messianisme. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est condamné pour blasphème, puisqu’il s’est identifié avec « le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel ». Le pape illustre avec force et clarté les dimensions royale et sacerdotale de ce messianisme, dont le sens est d’instaurer le culte nouveau, l’adoration en Esprit et en Vérité, qui implique toute l’existence, personnelle et communautaire, comme une offrande d’amour pour la glorification de Dieu dans la chair.

3. Un troisième nœud à dénouer concerne le sérieux de la rédemption et la place que doit y occuper ou pas l’expiation des péchés. Le pape affronte les objections modernes à cette doctrine traditionnelle. Un Dieu qui exige une expiation infinie n’est-il pas un Dieu cruel dont l’image est incompatible avec notre idée d’un Dieu miséricordieux? Comment concilier nos mentalités modernes sensibles à l’autonomie des personnes avec l’idée d’une expiation vicaire de la part du Christ? Ces nœuds sont particulièrement difficiles à dénouer.

L’auteur reprend ces questions plusieurs fois, à différents niveaux, et montre comment la miséricorde et la justice vont de pair dans le cadre de l’Alliance voulue par Dieu. Un Dieu qui pardonnerait tout sans se soucier de la réponse que doit fournir sa créature aurait-il pris au sérieux l’Alliance et surtout le mal horrible qui empoisonne l’histoire du monde? Quand on regarde de près les textes du Nouveau Testament, demande l’auteur, n’est-ce pas Dieu qui prend sur lui-même, en son Fils crucifié, l’exigence d’une réparation et d’une réponse d’amour authentique? « Dieu lui-même ‘boit le calice’ de tout ce qui est terrible et il rétablit ainsi le droit par la grandeur de son amour qui, à travers la souffrance, transforme les ténèbres » (264-265).

Ces questions sont posées et résolues dans un sens qui invite à la réflexion et surtout à la conversion. Car on ne peut voir clair en ces questions ultimes en restant neutre ou distant. Il faut y investir sa liberté pour découvrir le sens profond de l’Alliance qui engage justement la liberté de chaque personne. La conclusion du Saint-Père est péremptoire : « Le mystère de l’expiation ne doit être sacrifié à aucun rationalisme pédant » (272).

4. Un quatrième nœud concerne le Sacerdoce du Christ. Dans les catégories ecclésiales d’aujourd’hui, Jésus était un laïc investi d’une vocation prophétique. Il n’appartenait pas à l’aristocratie sacerdotale du Temple et vivait en marge de cette institution fondamentale du peuple d’Israël. Ce fait a induit bien des interprètes à considérer la figure de Jésus comme totalement étrangère au sacerdoce et sans rapport avec lui. Benoît XVI corrige cette interprétation en s’appuyant fortement sur l’Épitre aux Hébreux qui parle abondamment du Sacerdoce du Christ, et dont la doctrine s’harmonise bien avec la théologie de saint Jean et de saint Paul.

Benoît XVI répond amplement aux objections historiques et critiques en montrant la cohérence du Sacerdoce nouveau de Jésus avec le culte nouveau qu’il est venu établir sur terre en obéissance à la volonté du Père. Le commentaire de la prière sacerdotale de Jésus est d’une grande profondeur et mène le lecteur à des pâturages qu’il n’avait pas imaginés. L’institution de l’Eucharistie apparaît dans ce contexte d’une beauté lumineuse qui rejaillit sur la vie de l’Église comme son fondement et sa source permanente de paix et de joie. L’auteur se tient au plus près des analyses historiques les plus poussées mais il dénoue lui-même des apories comme seule une exégèse théologique peut le faire. On termine le chapitre sur la Dernière Cène non sans émotion et dans l’admiration.

5. Enfin un dernier nœud que je retiens concerne la résurrection, sa dimension historique et eschatologique, son rapport à la corporéité et à l’Église. Le Saint Père commence sans ambages : « La foi chrétienne tient par la vérité du témoignage selon lequel le Christ est ressuscité des morts, ou bien elle s’effondre » (275).

Le pape s’insurge contre les élucubrations exégétiques qui déclarent compatibles l’annonce de la résurrection du Christ et la permanence de son cadavre dans le tombeau. Il exclut ces théories absurdes en signalant que le tombeau vide, même s’il n’est pas une preuve de la résurrection, dont personne n’a été directement témoin, demeure un signe, un présupposé, une trace laissée dans l’histoire par un événement transcendant. « Seul un événement réel d’une qualité radicalement nouvelle était en mesure de rendre possible l’annonce apostolique, qui ne peut être expliquée par des spéculations ou des expériences intérieures mystiques » (310).

La résurrection de Jésus introduit selon lui, une sorte de « mutation décisive », un « saut de qualité » qui inaugure « une nouvelle possibilité d’être homme ». L’expérience paradoxale des apparitions révèle que dans cette nouvelle dimension de l’être, « il n’est pas lié aux lois de la corporéité, aux lois de l’espace et du temps ». Il vit pleinement, dans un nouveau rapport à la corporéité réelle, mais il est libre vis-à-vis des liens du corps tels que nous les connaissons.

L’importance historique de la résurrection se manifeste dans le témoignage des premières communautés qui ont créé la tradition du dimanche comme signe identitaire d’appartenance au Seigneur. « La célébration du Jour du Seigneur, qui dès le début distingue la communauté chrétienne, est pour moi, dit le Saint-Père, une des preuves les plus puissantes du fait que, ce jour-là, quelque chose d’extraordinaire s’est produit --- la découverte du tombeau vide et la rencontre avec le Seigneur ressuscité » (294).

Au chapitre sur la Dernière Cène, le pape affirmait : « Avec l’Eucharistie, l’Église elle-même a été instituée ». Il ajoute ici une observation d’une grande portée théologique et pastorale : « Le récit de la résurrection devient par lui-même ecclésiologie : la rencontre avec le Seigneur ressuscité est mission et donne sa forme à l’Église naissante » (295). Chaque fois que nous participons à l’Eucharistie dominicale nous allons à la rencontre du Ressuscité qui revient vers nous, dans l’espérance que nous rendions ainsi témoignage qu’Il est vivant et qu’Il nous fait vivre. N’y a-t-il pas là de quoi refonder le sens de la messe dominicale et de la mission?


INVITATION AU DIALOGUE


Ayant évoqué ces nœuds sans qu’il me soit possible d’exposer proprement leur dénouement, je tiens à conclure cette présentation sommaire en dégageant un peu plus la signification de cette grande œuvre sur Jésus de Nazareth.

Il est évident que par cette œuvre le successeur de Pierre s’adonne à son ministère spécifique qui est de confirmer ses frères dans la foi. Ce qui frappe ici au plus haut point, c’est la manière de le faire, en dialogue avec les experts dans le domaine de l’exégèse, et en vue de nourrir et de fortifier la relation personnelle des disciples avec leur Maître et Ami, aujourd’hui. Une telle exégèse, théologique quant à sa méthode, mais incluant la dimension historique, renoue effectivement avec la manière d’interpréter des Pères de l’Église, sans toutefois que l’interprétation s’éloigne du sens littéral et de l’histoire concrète pour s’évader dans des allégories artificielles.

Grâce à l’exemple qu’il donne et aux résultats qu’il obtient, ce livre exercera une médiation entre l’exégèse contemporaine et l’exégèse patristique, d’une part, de même que dans le nécessaire dialogue entre exégètes, théologiens et pasteurs, d’autre part. Je vois dans cette œuvre une grande invitation au dialogue sur l’essentiel du christianisme, dans un monde en recherche de repères, où les différentes traditions religieuses peinent à transmettre aux nouvelles générations l’héritage de la sagesse religieuse de l’humanité.

Dialogue donc à l’intérieur de l’Église, dialogue avec les autres confessions chrétiennes, dialogue avec les Juifs dont l’implication historique comme peuple dans la condamnation à mort de Jésus est exclue une fois de plus. Dialogue enfin avec d’autres traditions religieuses sur le sens de Dieu et de l’homme qui émane de la figure de Jésus, si propice à la paix et à l’unité du genre humain.

Au terme d’une première lecture, ayant goûté davantage la Vérité dont témoigne humblement et passionnément l’auteur, j’éprouve le besoin de donner suite à cette rencontre de Jésus de Nazareth tant en invitant autrui à le lire qu’en reprenant la lecture une seconde fois comme méditation de la saison liturgique du carême et de Pâque.

Je crois que l’Église doit rendre grâce à Dieu pour ce livre historique, pour cette œuvre charnière entre deux âges, inaugurant une nouvelle ère de l’exégèse théologique. Ce livre aura un effet libérateur pour stimuler l’amour de la Sainte Écriture, pour encourager la "lectio divina" et pour aider les prêtres à prêcher la Parole de Dieu.

À la fin de ce survol d’une œuvre qui rapproche le lecteur du vrai visage de Dieu en Jésus Christ, il me reste à dire : Merci très Saint-Père! Permettez-moi toutefois d’ajouter encore un dernier mot, une question, car un tel service rendu à l’Église et au monde dans les circonstances que l’on sait et avec les contraintes que l’on devine, mérite plus qu’une parole ou qu’un geste de gratitude. Le Saint-Père tient la main de Jésus sur les flots agités et il nous tend l’autre main pour qu’ensemble nous ne fassions qu’un avec Lui. Qui saisira cette main tendue qui nous transmet les paroles de la Vie éternelle?

Rome, le 10 mars 2011

Saint Augustin et Benoît XVI : Bas les masques, comédien !

dominicanus #Il est vivant !

La critique de la société du spectacle par le christianisme, depuis les Pères de l'Église jusqu’à Benoît XVI. Les nouveaux dangers de l'ère numérique. Comment glorifier ou détruire quelqu'un à coups d’image.

 

 

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ROME, le 20 février 2011 – Le message de Benoît XVI pour la journée mondiale des communications, qui a été publié le jour de la fête du patron des journalistes, saint François de Sales, a attiré l'attention sur une question d’une très grande actualité, rendue plus brûlante encore par certains événements nationaux et internationaux récents.

Cette question, c’est celle du respect de la "vérité" des faits et des personnes dans le tourbillon des communications. Cette vérité est déjà difficile à saisir dans les relations directes entre les hommes, face à face, dans lesquelles ce qui est authentique est bien souvent masqué par la représentation que chacun d’entre nous a tendance à donner de lui-même. Mais elle est encore plus en danger lorsqu’elle est filtrée par les médias et encore davantage par internet, parce que la possibilité pour quiconque de modeler à sa guise une ou plusieurs identités s’y dilate jusqu’à l’extrême.

La rébellion populaire qui, depuis plusieurs semaines, envahit les places de différents pays musulmans d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient a été déclenchée et propagée dans une large mesure grâce à internet. Mais c’est précisément pour cette raison qu’elle est plus difficile à comprendre et que son résultat politique est plus incertain. Dans le monde du virtuel, la frontière entre la réalité et l’artifice est plus que jamais fuyante.

En Italie, cela fait plusieurs mois que les pouvoirs se livrent une bataille féroce, elle aussi marquée profondément par ces ambiguïtés. Son épicentre, c’est la vie privée libertine du premier ministre, Silvio Berlusconi, qui est en même temps un magnat de la télévision. Et les instruments contondants qui y sont employés font eux-mêmes partie d’un "reality show" – non pas télévisuel mais qui se joue dans la société elle-même – dans lequel vérité et mensonge, réalité et fiction, public et privé, personnes réelles et "personæ" au sens latin de masques sont mélangés en un enchevêtrement inextricable.

Commentant ces faits avec compétence, le 24 janvier dernier, le cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques d’Italie, a fait état du "désarroi" qui saisit ceux qui, dans une telle situation, "regardent les acteurs présents sur la scène publique".

La métaphore du théâtre est plus que jamais appropriée. Parce que les dangers que l’on trouve dans une "société du spectacle" ne se manifestent pas seulement aujourd’hui, pas plus qu’ils n’appartiennent uniquement au monde virtuel, mais qu’ils accompagnent la totalité de l’histoire de l’homme, la vie de celui-ci étant également toujours du théâtre.


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En effet le christianisme de l’antiquité considérait lui aussi le théâtre comme un thème donnant lieu à de fortes réflexions critiques. Et de nombreux Pères de l’Église, parmi lesquels Augustin, ont écrit à ce sujet des choses remarquables qui, lorsqu’on les relit aujourd’hui, impressionnent par leur actualité.

Un spécialiste de l’œuvre littéraire des Pères, le professeur Leonardo Lugaresi, enseignant à Bologne et à Paris, a fait paraître dans "L'Osservatore Romano" du 16 février dernier une revue raisonnée des critiques que le christianisme de l’antiquité adressait à la société du spectacle.

Lugaresi y soutient que "la question de fond reste toujours la même : c’est celle de l’authenticité de l’expérience humaine, c’est-à-dire, en définitive, celle de l’identité".

Benoît XVI, dans son message pour la journée mondiale des communications, insiste sur le même concept, lorsqu’il invite à relever "le défi d'être authentique, fidèle à soi-même, sans céder à l'illusion de construire artificiellement son 'profil' public".

Un appel qui s’applique également à la tentation diabolique – du diable comme "simulateur" – de fabriquer de fausses images non seulement de soi-même mais aussi d’autres personnes, soit pour glorifier soit pour détruire.

Un exemple spectaculaire de destruction d’un individu à partir d’images de lui qui sont fausses est celle qui a frappé, il y a deux ans, Dino Boffo, qui était alors directeur d’"Avvenire", le quotidien de la conférence des évêques d’Italie (CEI). Il n’a été réhabilité que plusieurs mois plus tard, avec sa nomination en tant que directeur des programmes de TV2000, la chaîne de télévision qui appartient à cette même CEI.

Cette attaque a été menée par plusieurs personnes et sur différents terrains : médiatique, politique, ecclésiastique. Le pape lui-même a été mis en cause à tort dans l’affaire. Le jeu des artifices a été tel que, aujourd’hui encore, certains aspects de cette histoire demeurent obscurs, même si l’essentiel de l’affaire a été résumé par www.chiesa dans l’article suivant :

> Italie, États-Unis, Brésil. Du Vatican à la conquête du monde (11.2.2010)


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Ces jours derniers, en Italie mais également dans quelques pays étrangers, une autre foire aux illusions a été constituée par les manifestations qui se sont déroulées sur de nombreuses places publiques "pour la défense de la dignité de la femme", contre la vie privée libertine du premier ministre Berlusconi.

Dans ce cas-là le langage a atteint un niveau extraordinaire d’altération de la vérité. Au point que les propos sincères et sages que certaines personnes et certaines fractions du monde catholique lui-même ont cru devoir tenir sur la place publique et au public ont été immédiatement modifiés, eux aussi, de manière erronée.

"La mise en scène de la vie quotidienne" est le titre d’un célèbre livre d’Erving Goffman. 

Dans son message pour la journée mondiale des communications, Benoît XVI demande à tout le monde que la "mise en scène" publique de soi et des autres, réelle et virtuelle, soit fidèle à la vérité.

Mais voici tout de suite l'article très éclairant du professeur Lugaresi qui a été publié dans "L'Osservatore Romano" du 16 février 2011.




LES PÈRES DE L’ÉGLISE ENTRE THÉÂTRE ET INTERNET

par Leonardo Lugaresi



Le message de Benoît XVI pour la journée mondiale des communications sociales, rendu public le 24 janvier, attire notre attention sur les problèmes que posent "certaines limites typiques de la communication numérique : la partialité de l'interaction, la tendance à communiquer seulement quelques aspects de son monde intérieur, le risque de tomber dans une sorte de construction de l'image de soi qui peut conduire à l’auto-complaisance". [...]

Il est intéressant de remarquer que le rappel qui a été formulé par le pape, même s’il se réfère à un phénomène totalement nouveau, présente des analogies significatives avec une question très ancienne, sur laquelle la réflexion critique des Pères de l’Église s’est exercée de manière magistrale et dont il peut donc être utile de reprendre quelques éléments, pour comprendre de manière plus approfondie cet enseignement de Benoît XVI.

Bien évidemment, les Pères n’ont pas connu internet, mais pour eux le "monde virtuel" dont il fallait tenir compte était constitué – dans une "société du spectacle" comme l’était dans une large mesure la société gréco-romaine de l’époque impériale – par la dimension du "ludus", c’est-à-dire de la représentation scénique et plus largement de cette théâtralité qui envahissait tant d’aspects de la vie civile à la fin de la période antique, y compris en dehors des murs des théâtres, amphithéâtres et cirques et des nombreuses festivités du calendrier.

En effet la condamnation des spectacles - si nette et sans nuances dans l’Église de l’antiquité - est motivée, en fin de compte, non pas par leur contenu idolâtre ou immoral, comme on le répète encore souvent, mais par une profonde préoccupation face à la menace qu’ils constituent pour ce que Tertullien, dans son "De spectaculis", appelle la "ratio veritatis", le critère de la vérité. 

En effet les spectacles se présentaient aux yeux des Pères comme une réalité profondément ambivalente, dans laquelle le vrai et le faux se confondaient au point de rendre incertaine la validité même de cette opposition. Il suffit de se rappeler qu’un acteur, lorsqu’il interprète un personnage, est "vrai" précisément en ce qu’il est "faux", dans la mesure où il est et en même temps n’est pas le personnage qu’il représente. 

L’aptitude de l’être humain à se transformer en surmontant toutes les limites "normales" créées par les distinctions d’âge, de genre, de "status" - grâce à quoi le même individu pourra être, selon les moments, homme ou femme, jeune ou vieux, roi ou esclave - apparaît donc comme une menace dangereuse contre l’identité naturelle de l’homme : comme si l’ombre multiforme de Protée se levait pour cacher le visage d’Adam.

Le thème de la critique de l’ambivalence de la représentation est d’empreinte platonicienne, mais il trouve dans le christianisme un approfondissement décisif. En effet l’identité qui est menacée est perçue comme une identité de créature, dans la mesure où l’image originelle que Dieu y a imprimée se reflète dans la nature de chaque être humain.

C’est pourquoi la pensée des Pères de l’Église reconnaît, dans ce bouleversement de la réalité naturelle opéré par la "fictio" du spectacle et dans la construction de pseudo-réalités aussi capables de susciter des passions et des émotions chez les spectateurs qu’elles sont dépourvues de consistance ontologique, la main du diable, c’est-à-dire la main de celui qui est par définition le "mauvais imitateur" de Dieu, la "simia Dei", et qui, incapable de créer, peut seulement corrompre la nature créée par Dieu. À ce sujet Tertullien parle explicitement du diable comme d’un "æmulator" et "interpolator" de l’œuvre divine.

Lorsque le pape soulève avec franchise la question de l’authenticité de l’amitié dans le monde virtuel, on perçoit dans ses propos l’écho d’une profonde réflexion patristique.

Dans une page très connue de ses "Confessions" (3, 2), Augustin, se souvenant combien, lorsqu’il était jeune, il fréquentait passionnément les théâtres, note avec beaucoup de finesse que les spectateurs se plaisent à souffrir en voyant se dérouler sur scène des histoires douloureuses et tragiques qui devraient susciter leur pitié s’ils les rencontraient dans la vie réelle. Il se demande "quelle est, en définitive, la pitié que l’on éprouve en ce qui concerne les fictions théâtrales. En effet le spectateur n’est pas incité à porter secours, il est seulement invité à s’apitoyer et plus on apprécie l’acteur qui joue ces scènes, plus on souffre". 

Ce passage mériterait une exégèse approfondie mais le point essentiel est très clair : pour Augustin, une relation véritablement humaine ne se réalise que lorsqu’il y a responsabilité. L’autre, au moment où je le rencontre, me rend en quelque sorte responsable, au sens que rend parfaitement clair la parabole du Bon Samaritain par laquelle Jésus répond à la question même que Benoît XVI – et ce n’est pas par hasard – nous pose à son tour en se référant au monde virtuel : "Qui est mon prochain ?". 

La relation avec le prochain, la seule qui soit véritablement humaine, implique toujours cet élément qu’est la responsabilité, en ce sens que l’autre m’interpelle du fait même de son existence et qu’il constitue pour moi un défi auquel je dois répondre. 

Augustin affirme précisément que cela ne peut pas se produire dans la pseudo-relation entre le spectateur et l’acteur et certainement nous ne pouvons que lui donner raison si nous appliquons son analyse à la télévision, le média qui par excellence nous met en position de "fausse proximité" vis-à-vis de la réalité, puisque nous y voyons tout, mais en tant que spectateurs totalement passifs et déresponsabilisés. 

Internet, nous dit-on, c’est autre chose et, de fait, c’est précisément l’interaction très ramifiée et très répandue - avec la possibilité pour chaque utilisateur d’être un sujet actif au sein du réseau de communication dans lequel il entre - qui paraît être sa caractéristique la plus innovante et la plus séduisante.

Il y a toutefois une condition incontournable pour que cela ait lieu : c’est l’engagement pour la vérité et avec la vérité. "La vérité qui est le Christ – nous rappelle le pape – est en dernière analyse la réponse pleine et authentique à ce désir humain de relation, de communion et de sens qui émerge même dans la participation massive aux divers réseaux sociaux".

Mais l’engagement avec la vérité exige continuité de l’attention, sens du concret, concentration sur ce qui est essentiel. Ici entre en jeu un autre facteur d’ambivalence qui est typique du monde virtuel.
    
Certes l’énorme multiplicité des centres d’intérêt, des occasions, des attractions et l’extraordinaire facilité avec laquelle on peut établir des liens avec les domaines les plus divers de l’expérience humaine – dans une dimension qui semble annuler les obstacles placés par le temps et par l’espace dans le monde réel – sont une grande richesse. Mais elles constituent également une très puissante incitation à la distraction, ou plutôt à la dispersion du je qui passe du "dedans" au "dehors" de soi (selon une dynamique psychologique bien connue de tous ceux qui naviguent sur le web, lorsqu’ils se rendent compte que, de connexion en connexion, ils ont perdu des heures précieuses, mais qui n’a peut-être jamais été analysée avec autant de lucidité que par Augustin).

C’est cette maladie de l’esprit que la pensée antique avait diagnostiquée sous le nom de "polypragmosynè", "curiositas", et à propos de laquelle – dans le cadre de la polémique contre les spectacles – les Pères de l’Église ont également dit des choses mémorables. Il suffit de rappeler la formule éloquente par laquelle Tertullien, dans son "De praescriptione haereticorum" (7, 12) indique en quoi le point de vue chrétien est nouveau : "Nobis curiositate opus non est post Christum Jesum nec inquisitione post evangelium". Après la rencontre avec la bonne nouvelle qu’est Jésus-Christ, il n’y a plus de place pour la "curiositas" et nous n’avons plus besoin de Google pour savoir qui nous sommes.

La vieille condamnation du théâtre par le christianisme ne peut certes plus être proposée aujourd’hui, pas plus que l’Église ne veut prendre ses distances par rapport à internet, qu’elle regarde au contraire avec une sympathie sincère.

Mais certaines des raisons sur lesquelles  les Pères se sont appuyés, avec une grande force de pensée, pour formuler ce jugement méritent encore aujourd’hui de faire l’objet de notre réflexion, afin de nous aider à incarner ce "style chrétien de présence au monde numérique" que souhaite le pape.



Le texte intégral du message de Benoît XVI pour la journée mondiale des communications, le 5 juin 2011 :

> Vérité, annonce et authenticité de vie à l’ère du numérique




À propos des manifestations du 13 janvier en Italie, les opinions différentes de l'éditorialiste du quotidien de la conférence des évêques d’Italie "Avvenire", Marina Corradi, et du directeur du même journal, Marco Tarquinio, qui avaient été placées l’une à côté de l’autre sur la première page de l'édition de la veille : 

> Corradi : Io non ci andrò, e rifletto

> Tarquinio : Io ci andrei, per poter dire

Et la réponse de Tarquinio aux lecteurs du journal, après les manifestations :

> Ascoltare, capire, esser chiari


www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Benoît XVI, Message pour le Carême 2011

dominicanus #Il est vivant !

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«Ensevelis avec le Christ lors du Baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui» (Cf. Col 2, 12)

Chers Frères et Sœurs,

Le Carême, qui nous conduit à la célébration de la Pâques très Sainte, constitue pour l'Eglise un temps liturgique vraiment précieux et important. Aussi est-ce avec plaisir que je vous adresse ce message, afin que ce Carême puisse être vécu avec toute l'ardeur nécessaire. Dans l'attente de la rencontre définitive avec son Epoux lors de la Pâque éternelle, laCommunauté ecclésiale intensifie son chemin de purification dans l'esprit, par une prière assidue et une charité active, afin de puiser avec plus d'abondance, dans le Mystère de la Rédemption, la vie nouvelle qui est dans le Christ Seigneur (cf. Préface I de Carême).

1. Cette vie nous a déjà été transmise le jour de notre Baptême lorsque, «devenus participants de la mort et de la résurrection du Christ», nous avons commencé «l'aventure joyeuse et exaltante du disciple» (Homélie en la Fête du Baptême du Seigneur, 10 janvier 2010). Dans ses épîtres, Saint Paul insiste à plusieurs reprises sur la communion toute particulière avec le Fils de Dieu, qui se réalise au moment de l'immersion dans les eaux baptismales. Le fait que le Baptême soit reçu le plus souvent en bas-âge, nous indique clairement qu'il est un don de Dieu: Nul ne mérite la vie éternelle par ses propres forces. La miséricorde de Dieu, qui efface le péché et nous donne de vivre notre existence avec «les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus» (Ph 2,5), est communiquée à l'homme gratuitement.

Dans sa lettre aux Philippiens, l'Apôtre des Gentils nous éclaire sur le sens de la transformation qui s'effectue par la participation à la mort et à la résurrection du Christ, en nous indiquant le but poursuivi: «le connaître lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts» (Ph 3, 10-11). Le Baptême n'est donc pas un rite du passé, il est la rencontre avec le Christ qui donne forme à l'existence toute entière du baptisé, lui transmet la vie divine et l'appelle à une conversion sincère, mue et soutenue par la Grâce, lui permettant ainsi de parvenir à la stature adulte du Christ.

Un lien spécifique unit le Baptême au Carême en tant que période favorable pour expérimenter la grâce qui sauve. Les Pères du Concile Vatican II ont lancé un appel à tous les Pasteurs de l'Eglise pour que soient «employés plus abondamment les éléments baptismaux de la liturgie quadragésimale» (Const. Sacrosanctum Concilium, 109). En effet, dès ses origines, l'Eglise a uni la Veillée Pascale et la célébration du Baptême: dans ce sacrement s'accomplit le grand Mystère où l'homme meurt au péché, devient participant de la vie nouvelle dans le Christ ressuscité, et reçoit ce même Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d'entre les morts (cf. Rm 8,11). Ce don gratuit doit être constamment ravivé en chacun de nous, et le Carême nous offre un parcours analogue à celui du catéchuménat qui, pour les chrétiens de l'Eglise primitive comme pour ceux d'aujourd'hui, est un lieu d'apprentissage indispensable de foi et de vie chrétienne: ils vivent vraiment leur Baptême comme un acte décisif pour toute leur existence.

2. Pour emprunter sérieusement le chemin vers Pâques et nous préparer à célébrer la Résurrection du Seigneur - qui est la fête la plus joyeuse et solennelle de l'année liturgique -, qu'est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n'est de nous laisser guider par la Parole de Dieu? C'est pourquoi l'Eglise, à travers les textes évangéliques proclamés lors des dimanches de Carême, nous conduit-elle à une rencontre particulièrement profonde avec le Seigneur, nous faisant parcourir à nouveau les étapes de l'initiation chrétienne: pour les catéchumènes en vue de recevoir le sacrement de la nouvelle naissance; pour ceux qui sont déjà baptisés, en vue d'opérer de nouveaux pas décisifs à la suite du Christ, dans un don plus plénier.

Le premier dimanche de l'itinéraire quadragésimal éclaire notre condition terrestre. Le combat victorieux de Jésus sur les tentations qui inaugure le temps de sa mission, est un appel à prendre conscience de notre fragilité pour accueillir la Grâce qui nous libère du péché et nous fortifie d'une façon nouvelle dans le Christ, chemin, vérité et vie (cf. Ordo Initiationis Christianae Adultorum, n. 25). C'est une invitation pressante à nous rappeler, à l'exemple du Christ et en union avec lui, que la foi chrétienne implique une lutte contre les «Puissances de ce monde de ténèbres» (Ep 6,12) où le démon est à l'œuvre et ne cesse, même de nos jours, de tenter tout homme qui veut s'approcher du Seigneur: le Christ sort vainqueur de cette lutte, également pour ouvrir notre cœur à l'espérance et nous conduire à la victoire sur les séductions du mal.

L'évangile de la Transfiguration du Seigneur nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l'homme. La communauté chrétienne découvre qu'à la suite des apôtres Pierre, Jacques et Jean, elle est conduite «dans un lieu à part, sur une haute montagne» (Mt 17,1) afin d'accueillir d'une façon nouvelle, dans le Christ, en tant que fils dans le Fils, le don de la Grâce de Dieu: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le» (v.5). Ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l'esprit, là où elle discerne le bien et le mal (cf. He 4,12) et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.

«Donne-moi à boire» (Jn 4,7). Cette demande de Jésus à la Samaritaine, qui nous est rapportée dans la liturgie du troisième dimanche, exprime la passion de Dieu pour tout homme et veut susciter en notre cœur le désir du don de «l'eau jaillissant en vie éternelle» (v.14): C'est le don de l'Esprit Saint qui fait des chrétiens de «vrais adorateurs», capables de prier le Père «en esprit et en vérité» (v.23). Seule cette eau peut assouvir notre soif de bien, de vérité et de beauté! Seule cette eau, qui nous est donnée par le Fils, peut irriguer les déserts de l'âme inquiète et insatisfaite «tant qu'elle ne repose en Dieu», selon la célèbre expression de saint Augustin.

Le dimanche de l'aveugle-né nous présente le Christ comme la lumière du monde. L'Evangile interpelle chacun de nous: «Crois-tu au Fils de l'homme?» «Oui, je crois Seigneur!» (Jn 9, 35-38), répond joyeusement l'aveugle-né qui parle au nom de tout croyant. Le miracle de cette guérison est le signe que le Christ, en rendant la vue, veut ouvrir également notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique Sauveur. Le Christ illumine toutes les ténèbres de la vie et donne à l'homme de vivre en «enfant de lumière».

Lorsque l'évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: «Je suis la résurrection et la vie... le crois-tu?» (Jn 11, 25-26). A la suite de Marthe, le temps est venu pour la communauté chrétienne de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth: «Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde» (v.27). La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l'obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l'espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l'homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l'histoire humaine, à l'existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l'économie. Privé de la lumière de la foi, l'univers entier périt, prisonnier d'un sépulcre sans avenir ni espérance.

Le parcours du Carême trouve son achèvement dans le Triduum Pascal, plus particulièrement dans la Grande Vigile de la Nuit Sainte: en renouvelant les promesses du Baptême, nous proclamons à nouveau que le Christ est le Seigneur de notre vie, de cette vie que Dieu nous a donnée lorsque nous sommes renés «de l'eau et de l'Esprit Saint», et nous réaffirmons notre ferme propos de correspondre à l'action de la Grâce pour être ses disciples.

3. Notre immersion dans la mort et la résurrection du Christ, par le sacrement du Baptême, nous pousse chaque jour à libérer notre cœur du poids des choses matérielles, du lien égoïste avec la «terre», qui nous appauvrit et nous empêche d'être disponibles et accueillants à Dieu et au prochain. Dans le Christ, Dieu s'est révélé Amour (cf. 1 Jn 4,7-10). La Croix du Christ, le «langage de la Croix» manifeste la puissance salvifique de Dieu (cf. 1 Cor 1,18) qui se donne pour relever l'homme et le conduire au salut: il s'agit de la forme la plus radicale de l'amour (cf. Enc. Deus caritas est, 12). Par la pratique traditionnelle du jeûne, de l'aumône et de la prière, signes de notre volonté de conversion, le Carême nous apprend à vivre de façon toujours plus radicale l'amour du Christ. Le jeûne, qui peut avoir des motivations diverses, a pour le chrétien une signification profondément religieuse: en appauvrissant notre table, nous apprenons à vaincre notre égoïsme pour vivre la logique du don et de l'amour; en acceptant la privation de quelque chose - qui ne soit pas seulement du superflu -, nous apprenons à détourner notre regard de notre «moi» pour découvrir Quelqu'un à côté de nous et reconnaître Dieu sur le visage de tant de nos frères. Pour le chrétien, la pratique du jeûne n'a rien d'intimiste, mais ouvre tellement à Dieu et à la détresse des hommes; elle fait en sorte que l'amour pour Dieu devienne aussi amour pour le prochain (cf. Mc 12,31).

Sur notre chemin, nous nous heurtons également à la tentation de la possession, de l'amour de l'argent, qui s'oppose à la primauté de Dieu dans notre vie. L'avidité de la possession engendre la violence, la prévarication et la mort; c'est pour cela que l'Eglise, spécialement en temps de Carême, appelle à la pratique de l'aumône, c'est à dire au partage. L'idolâtrie des biens, au contraire, non seulement nous sépare des autres mais vide la personne humaine en la laissant malheureuse, en lui mentant et en la trompant sans réaliser ce qu'elle lui promet, puisqu'elle substitue les biens matériels à Dieu, l'unique source de vie. Comment pourrions-nous donc comprendre la bonté paternelle de Dieu si notre cœur est plein de lui-même et de nos projets qui donnent l'illusion de pouvoir assurer notre avenir? La tentation consiste à penser comme le riche de la parabole: «Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années...». Nous savons ce que répond le Seigneur: «Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme...» (Lc 19,19-20). La pratique de l'aumône nous ramène à la primauté de Dieu et à l'attention envers l'autre, elle nous fait découvrir à nouveau la bonté du Père et recevoir sa miséricorde.

Pendant toute la période du Carême, l'Eglise nous offre avec grande abondance la Parole de Dieu. En la méditant et en l'intériorisant pour l'incarner au quotidien, nous découvrons une forme de prière qui est précieuse et irremplaçable. En effet l'écoute attentive de Dieu qui parle sans cesse à notre cœur, nourrit le chemin de foi que nous avons commencé le jour de notre Baptême. La prière nous permet également d'entrer dans une nouvelle perception du temps: Sans la perspective de l'éternité et de la transcendance, en effet, le temps n'est qu'une cadence qui rythme nos pas vers un horizon sans avenir. En priant, au contraire, nous prenons du temps pour Dieu, pour découvrir que ses «paroles ne passeront pas» (Mc 13,31), pour entrer en cette communion intime avec Lui «que personne ne pourra nous enlever» (cf. Jn 16,22), qui nous ouvre à l'espérance qui ne déçoit pas, à la vie éternelle.

En résumé, le parcours du Carême, où nous sommes invités à contempler le mystère de la Croix, consiste à nous rendre «conformes au Christ dans sa mort» (Ph 3,10), pour opérer une profonde conversion de notre vie: nous laisser transformer par l'action de l'Esprit Saint, comme saint Paul sur le chemin de Damas; mener fermement notre existence selon la volonté de Dieu; nous libérer de notre égoïsme en dépassant l'instinct de domination des autres et en nous ouvrant à la charité du Christ. La période du Carême est un temps favorable pour reconnaître notre fragilité, pour accueillir, à travers une sincère révision de vie, la Grâce rénovatrice du Sacrement de Pénitence et marcher résolument vers le Christ.

Chers Frères et Sœurs, par la rencontre personnelle avec notre Rédempteur et par la pratique du jeûne, de l'aumône et de la prière, le chemin de conversion vers Pâques nous conduit à découvrir d'une façon nouvelle notre Baptême. Accueillons à nouveau, en ce temps de Carême, la Grâce que Dieu nous a donnée au moment de notre Baptême, afin qu'elle illumine et guide toutes nos actions. Ce que ce Sacrement signifie et réalise, nous sommes appelés à le vivre jour après jour, en suivant le Christ avec toujours plus de générosité et d'authenticité. En ce cheminement, nous nous confions à la Vierge Marie qui a enfanté le Verbe de Dieu dans sa foi et dans sa chair, pour nous plonger comme Elle dans la mort et la résurrection de son Fils Jésus et avoir la vie éternelle.

Du Vatican, le 4 novembre 2010

BENEDICTUS PP XVI

© Copyright 2011 : Libreria Editrice Vaticana

Ceci n'est pas un gag

dominicanus #Il est vivant !

Benoît XVI, 'Je vous conseille la lecture d'un livre extraordinaire' - Youcat dédicacé par le pape

dominicanus #Il est vivant !

C'est le catéchisme destiné aux très jeunes. Il sera lancé lors du rassemblement mondial de Madrid. Benoît XVI compte beaucoup sur lui et le recommande. "Parce qu'il nous parle de notre destin", plus captivant qu'un roman policier

 

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ROME, le 5 février 2011 – La rédaction et la publication d’un "Catéchisme de l’Église catholique" a été l’une des plus grandes entreprises du pontificat de Jean-Paul II. Mais c’est également l’une des moins comprises et des moins appréciées.

Celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger a apporté à cette entreprise une contribution décisive.

Et l’un de ses tout premiers actes en tant que pape a justement été la publication, le 28 juin 2005, d’un Catéchisme bis : le "Compendium", une version plus courte du grand Catéchisme, concentrée en 598 questions et réponses.

Mais Benoît XVI revient à nouveau sur le sujet. Il s’apprête à publier une troisième version du Catéchisme, destinée aux jeunes de 14 à 20 ans et rédigée dans un langage prévu pour mieux leur convenir.

L’ouvrage est intitulé "YouCat", acronyme de "Youth Catechism", catéchisme des jeunes. Ce projet est né en Autriche, sous la supervision du cardinal archevêque de Vienne, Christoph Schönborn. La langue d’origine du livre est donc l’allemand. Des traductions en douze autres langues sont en cours et seront publiées peu à peu dans les différents pays à partir du mois de mars prochain. L'édition italienne a été supervisée par le patriarche de Venise, Angelo Scola, et elle a été imprimée par Città Nuova, la maison d’édition des Focolarini. Le lancement en grand de "YouCat" aura lieu lors des Journées Mondiales de la Jeunesse programmées à Madrid du 16 au 21 août. À cette occasion, chaque jeune en trouvera un exemplaire dans son "sac de pèlerin".

Le schéma du "YouCat" est le même que celui du grand Catéchisme. Tout d’abord les articles du "Credo", puis les sept sacrements, ensuite les dix commandements et enfin le "Notre Père".

Le livre aura comme introduction une préface de Benoît XVI, en forme de lettre. Le mensuel "Il Messaggero di Sant'Antonio" l'a publiée en avant-première et "L'Osservatore Romano" a fait de même le 2 février, fête de clôture du temps de Noël.

Cette préface est remarquablement intéressante, comme c’est souvent le cas pour les textes que le pape Ratzinger écrit personnellement, dans un langage direct, sans réticences.

Le pape y retrace l’histoire de la naissance du grand Catéchisme, en soulignant l'audace de l'entreprise. Et il explique pourquoi il a voulu cette nouvelle version, destinée aux jeunes.

On ne peut pas dire si le "YouCat" aura du succès. Mais jusqu’à présent le grand Catéchisme lui-même n’a pénétré que faiblement dans le corps de l’Église. Et il en est de même pour le Compendium.

Au cours des dernières décennies, les diverses Églises nationales ont consacré beaucoup d’énergie à la production de leurs textes de catéchèse, mais presque toujours en se fondant sur des critères éloignés sinon opposés à ceux du Catéchisme voulu par Wojtyla et Ratzinger. Le résultat a été presque partout un échec.

La conséquence c’est que la transmission de la doctrine chrétienne aux nouvelles générations est aujourd’hui l’un des trous noirs les plus dramatiques de la pastorale de l’Église.

C’est un trou noir qui sert d’arrière-plan à la préface écrite par Benoît XVI pour "YouCat". Par exemple quand il exhorte les jeunes à "être bien plus profondément enracinés dans la foi que la génération de vos parents".

C’est une préface à lire en totalité. La voici.

 

Sandro Magister




"JE VOUS CONSEILLE LA LECTURE D’UN LIVRE EXTRAORDINAIRE"

par Benoît XVI


Chers jeunes amis ! Aujourd’hui je vous conseille la lecture d’un livre extraordinaire. Il est extraordinaire par son contenu mais aussi par son processus d’élaboration, que je désire vous décrire en quelques mots, pour que vous puissiez en comprendre la particularité.

Le "YouCat" tire son origine, pour ainsi dire, d’un autre ouvrage qui remonte aux années 80. C’était, pour l’Église et aussi pour la société mondiale, un moment difficile où s’annonçait la nécessité de nouvelles orientations pour trouver une route vers l’avenir. Après le concile Vatican II (1962-1965) et dans le climat culturel changé, beaucoup de gens ne savaient plus correctement ce que les chrétiens devaient vraiment croire, ce que l’Église enseignait, si elle pouvait enseigner quelque chose "tout court", et comment tout cela pouvait s’adapter au nouveau climat culturel.

Le christianisme en tant que tel n’est-il pas dépassé ? Aujourd’hui peut-on raisonnablement être croyant ? Voilà des questions que beaucoup de chrétiens se posent aujourd’hui encore. Le pape Jean-Paul II prit alors une décision audacieuse : il décida que les évêques du monde entier allaient écrire un livre qui permettrait de répondre à ces questions.

Il me confia la mission de coordonner le travail des évêques et de veiller à ce qu’un livre naisse des contributions des évêques : je veux dire un vrai livre, pas la simple juxtaposition d’une multitude de textes. Ce livre devait porter le titre traditionnel de "Catéchisme de l’Église catholique" et pourtant être quelque chose d’absolument stimulant et nouveau ; il devait montrer ce que l’Église catholique croit aujourd’hui et comment on peut croire de manière raisonnable.

Je fus épouvanté par cette mission et je dois reconnaître qu’il me parut douteux qu’un pareil projet puisse réussir. Comment pouvait-il se faire que des auteurs dispersés dans le monde entier parviennent à produire un livre qui soit lisible ? Comment des hommes qui vivaient sur des continents différents d’un point de vue non seulement géographique mais également intellectuel et culturel pouvaient-ils produire un texte pourvu d’une unité interne et qui soit compréhensible sur tous les continents ?

À cela s’ajoutait le fait que les évêques devaient écrire non pas simplement en tant qu’auteurs individuels, mais en tant que représentants de leurs confrères et de leurs Églises locales.

Je dois avouer qu’aujourd’hui encore le fait que ce projet ait fini par réussir me paraît miraculeux. Nous nous rencontrions pendant une semaine trois ou quatre fois par an et nous discutions passionnément des portions de texte qui s’étaient développées entre deux rencontres.

La première tâche a été de définir la structure du livre : il devait être simple, pour que chacun des groupes d’auteurs puisse avoir une mission claire et qu’il ne soit pas obligé d’insérer de force ses propos dans un système compliqué.

C’est la structure même de ce livre. Elle est tirée simplement d’une expérience catéchétique longue de plusieurs siècles : que croyons-nous ? Comment célébrons-nous les mystères chrétiens ? Comment avons-nous la vie dans le Christ ? Comment devons-nous prier ?

Je ne veux pas vous expliquer maintenant comment nous avons confronté nos points de vue sur les très nombreuses questions jusqu’à ce qu’il en sorte un véritable livre. Pour un ouvrage de ce genre, il y a beaucoup de points qui prêtent à discussion : tout ce que font les hommes est insuffisant et peut être amélioré. Pourtant c’est un grand livre, un signe d’unité dans la diversité. À partir d’un grand nombre de voix nous avons pu former un chœur parce que nous avions en commun la partition de la foi, que l’Église nous a transmise depuis les apôtres à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi tout cela ?

Déjà à ce moment-là, à l’époque de la rédaction du "Catéchisme de l’Église catholique", nous avons dû constater non seulement que les continents et les cultures des peuples qui y vivent sont différents, mais aussi qu’au sein de chaque société, il y a plusieurs "continents" : un ouvrier n’a pas la même mentalité qu’un paysan, un physicien qu’un philologue, un entrepreneur qu’un journaliste, un jeune qu’un vieux. Voilà pourquoi, dans le langage et dans la pensée, nous avons dû nous placer au-dessus de ces différences et, pour ainsi dire, chercher un espace commun aux différents univers mentaux. Cela nous a rendus de plus en plus conscients du fait que le texte demandait des "traductions" pour être adapté aux différents univers, afin de pouvoir atteindre les gens avec leurs mentalités et leurs problématiques différentes.

Depuis lors, des jeunes du monde entier se sont rencontrés aux Journées Mondiales de la Jeunesse (Rome, Toronto, Cologne, Sydney), des jeunes qui veulent croire, qui sont à la recherche de Dieu, qui aiment le Christ et qui souhaitent trouver des chemins communs. Dans ce contexte nous nous sommes demandé si nous ne devrions pas essayer de traduire le "Catéchisme de l’Église catholique" dans le langage des jeunes et faire pénétrer ses paroles dans leur monde. Bien sûr, il y a aussi beaucoup de différences entre les jeunes d’aujourd’hui ; c’est ainsi que, sous la conduite sûre de l’archevêque de Vienne, Christoph Schönborn, un "YouCat" a été élaboré pour les jeunes. J’espère que beaucoup d’entre eux se laisseront attirer par ce livre.

Il y a des gens qui me disent que le catéchisme n’intéresse pas la jeunesse d’aujourd’hui ; mais je crois que ce n’est pas vrai et je suis sûr d’avoir raison. La jeunesse n’est pas aussi superficielle qu’on lui reproche de l’être ; les jeunes veulent savoir en quoi consiste réellement la vie. Un roman policier est captivant parce qu’il nous entraîne dans un destin qui est celui d’autres personnes mais qui pourrait être aussi le nôtre ; ce livre-ci est captivant parce qu’il nous parle de notre propre destin et qu’il concerne donc chacun d’entre nous de près.

Voilà pourquoi je vous dis : étudiez le catéchisme ! C’est ce que je souhaite de tout mon cœur.

Cette aide au catéchisme ne vous flatte pas ; elle ne vous offre pas des solutions faciles ; elle exige de vous une nouvelle vie ; elle vous présente le message de l’Évangile comme la "perle précieuse" (Matthieu 13, 45) pour laquelle il faut donner tout ce que l’on possède. Voilà pourquoi je vous dis : étudiez le catéchisme avec passion et persévérance ! Sacrifiez votre temps pour lui ! Étudiez-le dans le silence de votre chambre, lisez-le à deux, si vous êtes amis, formez des groupes et des réseaux d’étude, échangez vos idées sur Internet. Continuez à dialoguer de toutes les manières à propos de votre foi !

Vous devez connaître ce que vous croyez ; vous devez connaître votre foi aussi précisément qu’un informaticien connaît le système d’exploitation d’un ordinateur ; vous devez la connaître comme un musicien connaît son morceau. Oui, vous devez être bien plus profondément enracinés dans la foi que la génération de vos parents, pour pouvoir résister avec force et décision aux défis et aux tentations de ce temps.

Vous avez besoin de l’aide divine si vous ne voulez pas que votre foi se dessèche comme une goutte de rosée au soleil, si vous ne voulez pas succomber aux tentations du consumérisme, si vous ne voulez pas que votre amour se noie dans la pornographie, si vous ne voulez pas trahir les faibles et les victimes d’abus et de violences.

Si vous vous consacrez avec passion à l’étude du catéchisme, je voudrais vous donner encore un dernier conseil : vous savez tous comment la communauté des croyants a été blessée, ces derniers temps, par les attaques du mal, par le péché qui a pénétré à l’intérieur, ou plutôt au cœur de l’Église. N’en faites pas un prétexte pour fuir devant Dieu ; vous êtes vous-mêmes le corps du Christ, l’Église ! Apportez le feu intact de votre amour dans cette Église à chaque fois que les hommes en auront assombri le visage. "Soyez d’un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l’Esprit, au service du Seigneur" (Romains 12, 11).

Dieu a appelé à l’aide d’Israël, au moment le plus sombre de son histoire, non pas les grands et les gens considérés, mais un jeune nommé Jérémie ; Jérémie s’est senti investi d’une mission trop lourde pour lui : "Ah, mon Seigneur et mon Dieu, je ne sais pas porter la parole, je suis un enfant !" (Jérémie 1, 6). Mais Dieu ne s’est pas laissé abuser : "Ne dis pas : 'Je suis un enfant'. Va là où je t’envoie, et tout ce que je t’ordonnerai, dis-le" (Jérémie 1, 7).

Je vous bénis et je prie chaque jour pour vous tous.



La grande édition du Catéchisme, publiée en 1992 :

> Catéchisme de l'Église Catholique

L'édition abrégée, présentée sous forme de questions et réponses, publiée en 2005 :

> Compendium

À propos des illustrations qui accompagnent le "Compendium" :

> Un catechismo per la civiltà dell’immagine [Un catéchisme pour la civilisation de l’image] (5.7.2005)


www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Benoît XVI, Message pour la Journée Mondiale du Malade 2011

dominicanus #Il est vivant !

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“C'est par ses blessures que vous avez été guéris” (1P 2,24)

 

Chers frères et chères sœurs,

 

Le 11 février de chaque année, lorsqu'est célébrée la mémoire de la bienheureuse Vierge de Lourdes, l'Eglise propose la Journée Mondiale du Malade. Conformément à la volonté du vénérable Jean-Paul II, cette circonstance devient une occasion propice pour réfléchir sur le mystère de la souffrance et, surtout, pour sensibiliser davantage nos communautés et la société civile à l'égard de nos frères et sœurs malades. Si tout homme est notre frère, d'autant plus celui qui est le plus faible, celui qui souffre et celui qui a besoin de soins doivent-ils être au centre de notre attention, afin qu'aucun d'eux ne se sente oublié ou marginalisé ; en effet, "la mesure de l'humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine" (Lettre encycl. Spe salvi, 38). Que les initiatives qui seront promues dans chaque diocèse à l'occasion de cette Journée soient un encouragement pour rendre toujours plus efficaces les soins envers ceux qui souffrent, dans la perspective aussi de la célébration solennelle – prévue en 2013 – au Sanctuaire marial d'Altötting, en Allemagne.

 

1. Je garde encore au fond du cœur le moment où, lors de ma visite pastorale à Turin, j'ai pu réfléchir et prier devant le Saint Suaire, devant ce visage souffrant, qui nous invite à méditer sur Celui qui a pris sur lui la passion de l'homme de tous les temps et de tous lieux, avec nos souffrances aussi, nos difficultés et nos péchés. Au cours de l'histoire, combien de fidèles sont passés devant cette toile sépulcrale qui a enveloppé le corps d'un homme crucifié, qui répond en tout et pour tout à ce que disent les Evangiles sur la passion et la mort de Jésus ! Le contempler est une invitation à réfléchir sur ce qu'a dit saint Pierre : "C'est par ses blessures que vous avez été guéris" (1 P 2,24). Le Fils de Dieu a souffert, est mort, mais il est ressuscité et c'est justement pour cela que ces plaies deviennent le signe de notre rédemption, du pardon et de la réconciliation avec le Père ; mais elles deviennent aussi un banc d'essai pour la foi des disciples et pour notre foi ; chaque fois que le Seigneur parle de sa passion et de sa mort, ils ne comprennent pas, ils refusent et s'opposent. Pour eux, comme pour nous, la souffrance reste toujours lourde de mystère, difficile à accepter et à porter. Les deux disciples d'Emmaüs avancent tristement, à cause des événements survenus ces jours-là à Jérusalem, et ce n'est que lorsque le Ressuscité marche à leurs côtés qu'ils s'ouvrent à une vision nouvelle (cf. Lc 24,13-31). L'apôtre Thomas aussi a des difficultés à croire à la voie de la passion rédemptrice : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas" (Jn 20,25). Mais devant le Christ qui montre ses plaies, sa réponse se transforme en une émouvante profession de foi : "Mon Seigneur et mon Dieu !" (Jn 20, 28). Ce qui était d'abord un obstacle insurmontable, parce que signe de l'échec apparent de Jésus, devient – dans la rencontre avec le Ressuscité – la preuve d'un amour victorieux : "Seul un Dieu qui nous aime au point de prendre sur lui nos blessures et notre souffrance, surtout la souffrance de l’innocent, est digne de foi" (Message Urbi et Orbi, Pâques 2007).

 

2. A vous tous qui êtes malades et qui souffrez, je dis que c'est justement à travers les blessures du Christ qu'avec les yeux de l'espoir, nous pouvons voir tous les maux qui affligent l'humanité. En ressuscitant, le Seigneur n'a pas enlevé au monde la souffrance et le mal, mais il les a vaincus à la racine. A la force du Mal, il a opposé la toute-puissance de son Amour. Et il nous a indiqué alors que le chemin de la paix et de la joie, c'est l'Amour : "comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres" (Jn 13,34). Christ, vainqueur de la mort, est vivant parmi nous ! Et tandis qu'avec saint Thomas nous disons nous aussi : "Mon Seigneur et mon Dieu !", suivons notre Maître dans la disponibilité à donner notre vie pour nos frères (cf. 1 Jn 3,16) en devenant des messagers d'une joie qui ne craint pas la douleur, la joie de la Résurrection.

 

Saint Bernard affirme : "Dieu ne peut pas pâtir, mais il peut compatir". Dieu, la Vérité et l'Amour en personne, a voulu souffrir pour nous et avec nous ; il s'est fait homme pour pouvoir com-patir avec l'homme, réellement, dans la chair et dans le sang. Alors, dans toute souffrance humaine Quelqu'Un est entré, qui partage la souffrance et la patience; dans toute souffrance, se diffuse la con-solatio, la consolation de l'amour qui vient de Dieu qui participe, pour faire surgir l'étoile de l'espérance (cf. Lettre encycl. Spe salvi, 39).

 

Chers frères et chères sœurs, je vous redis ce message pour que vous en soyez les témoins à travers votre souffrance, votre vie et votre foi.

 

3. Dans la perspective de la rencontre de Madrid en août prochain, pour la Journée Mondiale des Jeunes, je voudrais aussi tourner ma pensée particulièrement vers les jeunes, et plus spécialement vers ceux qui vivent l'expérience de la maladie. Souvent, la Passion, la Croix de Jésus, font peur parce qu'elles apparaissent comme étant la négation de la vie. En réalité, c'est exactement le contraire ! La Croix est le "Oui" de Dieu à l'homme, l'expression la plus haute et la plus intense de Son amour, et la source d'où jaillit la vie éternelle. Cette vie divine a jailli du cœur transpercé de Jésus. Il est le seul qui soit capable de libérer le monde du mal et de faire se diffuser son Royaume de justice, de paix et d'amour auquel nous aspirons tous (cf. Message pour la Journée Mondiale des Jeunes 2011, 3). Mes jeunes amis, apprenez à "voir" et à "rencontrer" Jésus dans l'Eucharistie, où il est réellement présent pour nous jusqu'à se faire nourriture pour le chemin ; mais sachez aussi le reconnaître et le servir dans les pauvres, les malades, les frères souffrants et en difficulté, qui ont besoin de votre aide (cf. ibid., 4). A vous tous, les jeunes, qui êtes malades ou non, je redis l'invitation à créer des ponts d'amour et de solidarité, pour que personne ne se sente seul, mais proche de Dieu et faisant partie de la grande famille de Ses enfants (cf. Audience générale, 15 novembre 2006).

 

4. Lorsque nous contemplons les plaies de Jésus, notre regard se tourne vers son cœur très saint, dans lequel l'amour de Dieu se manifeste de façon suprême. Le Sacré-Cœur, c'est le Christ crucifié, le côté ouvert par la lance d'où jaillissent le sang et l'eau (cf. Jn 19,34) et d'où "il fit naître les sacrements de l'Eglise, pour que tous les hommes, attirés vers son Cœur, viennent puiser la joie aux sources vives du salut" (Missel Romain, Préface du Sacré-Cœur). Et plus spécialement vous qui êtes malades, vous percevez la proximité de ce Cœur plein d'amour et vous puisez à cette source avec foi et dans la joie, en priant : "Eau du côté du Christ, lave-moi ; Passion du Christ, fortifie-moi ; O bon Jésus, exauce-moi ; Dans tes blessures, cache-moi" (Prière de Saint Ignace de Loyola).

 

5.A la fin de mon Message pour la prochaine Journée Mondiale du Malade, je désire vous exprimer mon affection, à tous et à chacun, en prenant part aux souffrances et aux espérances que vous vivez chaque jour en union avec le Christ crucifié et ressuscité, pour qu'il accorde la paix et la guérison du cœur. Avec lui, que veille aussi près de vous la Vierge Marie, que nous invoquons avec confiance comme la Santé des malades et la Consolatrice de ceux qui souffrent. Aux pieds de la Croix, se réalise en elle la prophétie de Siméon : son cœur de mère a été transpercé (cf. Lc 2,35). Du fond de l'abîme de sa douleur, participation à celle de son Fils, Marie a pu recevoir sa nouvelle mission : devenir la Mère du Christ dans ses membres. A l'heure de la Croix, Jésus lui présente chacun de ses disciples en disant : "Voici ton fils" (Jn 19,26-27). La compassion maternelle pour le Fils devient compassion maternelle pour chacun de nous, dans nos souffrances quotidiennes (cf. Homélie à Lourdes, 15 septembre 2008).

 

Très chers frères et très chères sœurs, en cette Journée Mondiale du Malade, j'invite aussi les Autorités à investir toujours davantage d'énergies dans des structures de santé aptes à aider et soutenir ceux qui souffrent, surtout les plus pauvres et les plus nécessiteux ; et, en adressant ma pensée à tous les diocèses, j'envoie un salut affectueux aux évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées, aux séminaristes, aux agents de la santé, aux volontaires et à tous ceux qui se consacrent avec amour à soigner et soulager les plaies de chaque frère ou sœur malade, dans les hôpitaux ou dans les instituts de soin, dans les familles ; sachez toujours voir sur le visage des malades le Visage des visages : celui du Christ.

 

Je vous garde tous dans mes prière et donne à chacun une Bénédiction Apostolique spéciale.

 

Du Vatican, 21 novembre 2010, Fête du Christ Roi de l'Univers.

 

Benoît P.P. XVI

 

© Copyright 2010 - Libreria Editrice Vaticana

Ombres et lumières de la finance au Vatican

dominicanus #Il est vivant !

L'objectif est l'inscription du Saint-Siège sur la "White List" des états vertueux. Mais la justice italienne soupçonne l'existence d'opérations illicites et il y a de la discorde au Vatican. La légende noire insensée qui s'en prend à Angelo Caloia, le président qui a sauvé l'IOR du désastre

 

 

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ROME, le 27 janvier 2011 – Depuis une semaine, l'Autorità di Informazione Finanziaria (AIF) – le nouvel organisme créé par le Vatican pour veiller à ce que des opérations de blanchiment de capitaux d’origine criminelle ou de financement du terrorisme ne soient pas effectuées dans des organismes liés au Saint-Siège – a un président, en la personne du cardinal Attilio Nicora (photo). Celui-ci reste par ailleurs président de l'Administration du Patrimoine du Siège Apostolique.

Le premier objectif de Nicora est l'inscription du Saint-Siège sur la "White List", c’est-à-dire la liste des états les plus engagés dans la prévention et la lutte contre les crimes financiers qui viennent d’être cités.

Avec la création de l'AIF et la promulgation de quatre lois "ad hoc" le 30 décembre dernier, le Saint-Siège a franchi une étape indispensable dans sa progression vers cet objectif.

Mais ce parcours n’en est qu’à ses premiers pas, a déclaré dans une interview à Radio Vatican l'avocat Marcello Condemi, l’un des quatre experts qui assistent le cardinal Nicora. Parce que le GAFI, le Groupe d’Action Financière Internationale contre le blanchiment de capitaux, va examiner le système mis en place par le Vatican et qu’il exigera éventuellement des modifications.

Condemi a travaillé à la Banque d'Italie et il a été pendant de nombreuses années membre de la délégation italienne au GAFI, organisme avec lequel le Saint-Siège a déjà des contacts actuellement. 

Mais l'examen que fera le GAFI ne sera pas le seul élément qui déterminera dans quel délai le Saint-Siège sera inscrit sur la "White List".

*

Un obstacle sérieux subsiste en effet : c’est l’enquête ouverte le 21 septembre 2010 par le tribunal de Rome et qui vise Ettore Gotti Tedeschi et Paolo Cipriani, respectivement président et directeur général de l'Istituto per le Opere di Religione (IOR), la banque du Vatican. Ils sont soupçonnés de violations des lois contre le blanchiment de capitaux, dans des opérations qui représentent un montant total de 23 millions d’euros, sur un compte de l’IOR ouvert dans une banque italienne, le Credito Artigiano.

Le tribunal, averti par la Banque d'Italie, a ordonné que la somme soit mise sous séquestre. Le Saint-Siège a déclaré que tout était né d’un "malentendu" et que "la nature et le but des opérations qui font l’objet de l’enquête pouvaient être éclaircis de manière extrêmement simple".

Le 30 septembre, Gotti Tedeschi – qui avait été reçu le dimanche précédent par Benoît XVI à Castel Gandolfo – a accepté d’être interrogé par les magistrats de Rome, tout comme un Italien ordinaire faisant l’objet d’une enquête.

Une telle disponibilité est sans précédent dans l’histoire de la banque vaticane. En 1993, celui qui était alors président de l’IOR, Angelo Caloia, avait été convoqué pour un interrogatoire par les magistrats de Milan. Il avait obtenu que ces magistrats recourent à une commission rogatoire internationale, la demande devant être transmise par la voie diplomatique au Saint-Siège dans la mesure où celui-ci est un état étranger.

Dans cette situation, l’IOR avait répondu en fournissant une déposition écrite, également transmise par la voie diplomatique. Il avait donné les preuves du délit – concernant des "pots-de-vin" d’Enimont représentant un montant d’environ 45 millions d’euros – et obtenu des applaudissements dans toute la presse pour avoir collaboré avec la justice. Le coupable, l’évêque Donato De Bonis – qui avait été le secrétaire général de l’IOR pendant vingt ans puis son "prélat" pendant quatre autres années – ne pouvait pas être poursuivi par la justice italienne dans la mesure où il était fonctionnaire d’un état étranger, ayant été nommé tout récemment assistant ecclésiastique de l’Ordre Souverain et Militaire de Malte.

Deux membres de la commission cardinalice de vigilance de l’IOR, les cardinaux Nicora et Jean-Louis Tauran – ce dernier a été ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège et possède une grande expérience diplomatique – estiment qu’en 2010 aussi le Vatican aurait dû réagir de cette façon à l'intervention de la magistrature italienne, en exigeant une commission rogatoire internationale entre états. 

Mais c’est l’avis contraire du président de l’IOR, soutenu par le président de la commission cardinalice, le secrétaire d’état Tarcisio Bertone, qui a prévalu.

Gotti Tedeschi a donc été interrogé dans les bureaux du tribunal de Rome. Sa déposition a rempli 91 pages de procès-verbal, dont quelques extraits sont parvenus à la presse. Il y expliquait son geste comme "une manifestation de la volonté de se conformer à une nouvelle époque".

Mais les magistrats ont estimé que les éclaircissements qui leur étaient fournis n’étaient pas satisfaisants. Et ils ont jusqu’à présent répondu par des refus répétés à la demande de déblocage des 23 millions d’euros mis sous séquestre formulée par l’IOR. Le dernier en date de ces refus est du 20 décembre. Il est motivé par le fait que "l’identification des bénéficiaires de virements et de chèques reste impossible", et que, par conséquent, en l’absence d’"un déroulement ordonné et transparent des rapports entre les établissements de crédit italiens et l’IOR dans le domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux", la banque du Vatican "peut facilement devenir un canal pour la réalisation d’opérations illicites de blanchiment portant sur des sommes d’argent [qui seraient] d’origine délictueuse".

Il est évident qu’un tel état de fait rend plus difficile l'inscription du Saint-Siège sur la "White List".

Dans un mémoire signé par les deux magistrats romains qui mènent l’enquête, Nello Rossi et Stefano Rocco Fava, on lit ceci à propos des consultations en cours entre le Saint-Siège et les organismes italiens et internationaux chargés de la question :

"On souligne que, dans le rapport du 6 octobre 2010 qui a été transmis à ce service [judiciaire], la Banque d'Italie a indiqué que ces consultations avaient été tout à fait infructueuses".

*

À ces turbulences viennent s’en ajouter d’autres qui sont, elles, internes au Vatican.

"En dix mois, on a fait plus qu’en vingt ans, il y a des décennies d’habitudes à changer" : cette phrase, attribuée à "un haut responsable du Vatican" et publiée de manière très visible dans le "Corriere della Sera" du 22 octobre, a donné corps à la légende noire selon laquelle les ennuis judiciaires de l'actuel président de l’IOR, Gotti Tedeschi, qui est à ce poste depuis le 23 septembre 2009, seraient imputables à la mauvaise gestion de son prédécesseur Angelo Caloia, patron de l’IOR au cours des vingt années précédentes.

Gotti Tedeschi affirme qu’il n’a jamais prononcé ni même pensé cette phrase. Caloia, pour sa part, a demandé à la secrétairerie d’état du Vatican une réparation publique de cet affront. Mais jusqu’à présent "L'Osservatore Romano", le quotidien du Saint-Siège auquel incombe logiquement la mission de rétablir la paix entre les deux hommes, n’a pas publié une seule ligne d’éclaircissement. De plus, alors que Gotti Tedeschi est un chroniqueur réputé de ce journal dirigé par Giovanni Maria Vian et qu’il l’était déjà avant même d’être nommé à la tête de l’IOR, les articles  écrits par Caloia pendant la phase finale de sa présidence n’ont jamais été acceptés.

En réalité, dès que l’on examine le travail méritoire accompli par les deux derniers présidents de l’IOR, on se rend compte que l’opposition entre l’un et l’autre ne repose sur rien.

Gotti Tedeschi a à son actif un peu plus d’un an de présidence. Pendant ce laps de temps, il a agi résolument pour que l’IOR mais aussi tous les organismes économiques liés au Saint-Siège soient de plus en plus "exemplaires et en même temps efficaces".

Mais, à plus forte raison, on ne peut pas ne pas apprécier le travail d’assainissement et de réorganisation accompli par Caloia au cours des vingt années précédentes, dans une situation qui était au départ presque désespérée, l’IOR ayant été à moitié détruit par Paul Marcinkus et plus encore par Mgr De Bonis, le véritable "mauvais génie" de cette période.

Lorsque Caloia a pris la direction de l’IOR, en juin 1989, Marcinkus n’y était plus. Mais il restait De Bonis. Celui-ci s’était assuré une situation sur mesure, celle de "prélat" de la banque vaticane, et il continua pendant plusieurs années, comme si de rien n’était, à gérer des opérations financières nettement illégales.

Caloia mena une lutte très difficile pour s’opposer à De Bonis et pour convaincre la secrétairerie d’état du Vatican d’évincer celui-ci. Il y parvint en 1993 mais, dans les mois qui suivirent, il dut encore écrire au secrétaire d’état Angelo Sodano que De Bonis continuait à intervenir de l’extérieur à l’IOR et qu’il poursuivait son "activité criminelle". Une documentation précise à propos de cette lutte a été publiée en Italie en 2009 dans un livre de Gianluigi Nuzzi qui est encore actuellement un succès éditorial : "Vaticano S.p.A.".

De Bonis est mort en 2001. L’IOR a alors connu quelques années de tranquillité relative et de bons profits, providentiels pour assurer l’équilibre des comptes du Saint-Siège. Jusqu’au moment où éclata le conflit entre le cardinal Sodano et son successeur désigné à la secrétairerie d’état, Bertone.

Sodano fit tout ce qu’il pouvait pour rester à son poste. Et lorsqu’il dut s’incliner, en 2006, son dernier geste fut de ressusciter la charge de prélat de l’IOR, vacante depuis 1993, et de l’attribuer à l’un de ses protégés, son secrétaire personnel, Piero Pioppo.

Pour Caloia ce fut un nouveau chemin de croix. Comme De Bonis l’avait fait avant lui, Pioppo prit la direction d’une gestion parallèle de l’IOR, qui contournait le président.

Le secrétaire d’état Bertone envisagea à plusieurs reprises d’éloigner Pioppo, mais sans succès. Le président de l’IOR se sentait de plus en plus isolé. Lorsqu’il décida de lancer les procédures pour l'inscription du Saint-Siège sur la "White List" et qu’il transmit les documents nécessaires à la secrétairerie d’état, parce que c’est elle qui devait traiter le dossier, il ne fut même pas tenu au courant des démarches accomplies ultérieurement par les autorités vaticanes.

Le départ de Caloia de la présidence de l’IOR était dans l’air. Son remplacement par Gotti Tedeschi eut lieu le 23 septembre 2009.

Quatre mois plus tard, le 25 janvier 2010, Pioppo était envoyé en tant que nonce apostolique au Cameroun et en Guinée Équatoriale. 

Depuis cette date le poste de prélat est vacant. Mais il ne va plus l’être longtemps. On attend la nomination, à ce poste qui dans le passé a toujours donné de très mauvais résultats, de Mgr Luigi Mistò, 58 ans, responsable pour le diocèse de Milan du service de soutien économique de l’Église.

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Les documents, publiés à la fin de 2010, qui dotent le Saint-Siège des outils nécessaires pour la prévention et la lutte contre les activités illégales dans le domaine financier :

> "Transparence, honnêteté et responsabilité"

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L’article qui donne d’autres détails à propos de l’enquête judiciaire sur l’IOR qui a été ouverte en 2010 par la justice italienne :


> Le banquier du pape résiste à la tempête (24.9.2010)

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L'interview accordée le 30 décembre 2010 à Radio Vatican par l'avocat Marcello Condemi, conseiller du cardinal Nicora :

> "Così può iniziare il percorso per entrare nella 'White List'..."

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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 


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