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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

il est vivant !

Assise bis. Mais revu et corrigé

dominicanus #Il est vivant !

L'invitation a été adressée aussi aux non-croyants et la prière se fera dans le secret des chambres. Ce sont les deux nouveautés de la nouvelle édition de ce meeting. En arrière-plan: l'année de la foi et le martyre des chrétiens dans le monde 

 

 

assise

 

 

ROME, le 26 octobre 2011 – Benoît XVI a introduit deux nouveautés dans la "journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde" qu’il a ordonnée pour demain à Assise, vingt-cinq ans après la première édition, très discutée, qu’avait organisée le pape précédent.

La première nouveauté est que l’invitation a été adressée non seulement à des représentants des religions du monde entier mais également à des non-croyants. Du fait de leur présence, la journée d’Assise prendra la forme d’un "parvis des gentils" symbolique, animé non seulement par "ceux qui craignent Dieu" mais aussi par ceux qui ne croient pas en Dieu sans pour autant renoncer à le chercher.

Les non-croyants qui ont accepté de prendre part à la journée d’Assise sont le philosophe italien Remo Bodei, le philosophe mexicain Guillermo Hurtado, l'économiste autrichien Walter Baier et la philosophe et psychanalyste française Julia Kristeva. Celle-ci sera la dernière à prendre la parole lors de la phase initiale de la rencontre, après une série de huit interventions confiées à des responsables religieux parmi lesquels le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier et le rabbin David Rosen du Grand Rabbinat d’Israël.

Après Julia Kristeva, c’est Benoît XVI qui parlera, pour ce qui sera son unique discours de la journée.

 

***


La seconde nouveauté est qu’il n’y aura aucun moment de prière visible et organisée pour les personnes présentes, ni en commun ni en parallèle, contrairement à ce qui avait été fait en 1986, où les différents groupes religieux s’étaient réunis pour prier en divers endroits de la ville de saint François.

Demain, simplement, après le "repas frugal" pris au couvent Sainte-Marie-des-Anges, les quelque trois cents invités se verront attribuer autant de chambrettes individuelles, à l’hôtellerie adjacente au couvent, pour un "temps de silence, pour la réflexion et/ou la prière personnelles".

Ce temps de silence durera environ une heure et demie. Il fait penser à ce passage du Discours sur la Montagne dans lequel Jésus dit : "Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera" (Matthieu 6, 6).


***


Ces deux nouveautés font que la journée d’Assise décidée par Benoît XVI sera différente de la première - celle qui avait été organisée par Jean-Paul II - et des reprises ultérieures de celle-ci, qu’elles aient été dues au pape, en 1993 et en 2002, ou à la Communauté de Sant'Egidio, presque une par an, la dernière ayant eu lieu à Munich au mois de septembre dernier.

Joseph Ratzinger, qui était alors cardinal, n’avait pas participé à la rencontre d’Assise en 1986. Il ne l’a jamais critiquée en public, mais son absence a été interprétée comme une prise de distance par rapport aux équivoques que cette initiative avait incontestablement produites, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église catholique.

La rencontre de 1986 a fait naître une formule qui a provoqué l’enthousiasme d’une partie du monde catholique, mais également de sérieuses réserves chez beaucoup d’autres : "l’esprit d’Assise".

Jean-Paul II a employé cette formule pour la première fois peu de temps après la première rencontre d’Assise et il l’a réutilisée à de nombreuses reprises par la suite.

Benoît XVI, au contraire, en a fait un usage extrêmement contrôlé : sauf erreur, pas plus de deux fois, et la première fois justement pour la débarrasser de mauvaises interprétations.

C’était en septembre 2006 et la Communauté de Sant'Egidio avait organisé sa réunion interreligieuse annuelle précisément à Assise, à l’occasion du huitième centenaire de la mort de saint François.

Benoît XVI, qui avait été invité à y participer, avait décliné l’invitation. Mais il avait fait parvenir une lettre à l’évêque d’Assise, au moment même de l’ouverture de la journée.

À un moment donné, on peut lire dans cette lettre :

"Pour ne pas se méprendre sur le sens de ce que, en 1986, Jean-Paul II voulut réaliser et que l’on a l'habitude de qualifier, en reprenant l'une de ses expressions même, d’'esprit d'Assise', il est important de ne pas oublier l'attention dont on fit alors preuve afin que la rencontre interreligieuse de prière ne se prête à aucune interprétation syncrétiste, fondée sur une conception relativiste. 

"C'est précisément pour cela que, dès ses premières paroles, Jean-Paul II déclara : 'Le fait que nous soyons venus ici n'implique aucune intention de rechercher un consensus religieux entre nous, de mener une négociation sur nos convictions de foi. Il ne signifie pas non plus que les religions peuvent être réconciliées sur le plan d'un engagement commun dans un projet terrestre qui les dépasserait toutes. Il n'est pas non plus une concession au relativisme des croyances religieuses'.

"Je désire réaffirmer ce principe, qui constitue le présupposé de ce dialogue entre les religions que, il y a quarante ans, le concile Vatican II souhaita dans la Déclaration sur les Relations de l'Église avec les Religions non-chrétiennes (cf. Nostra ætate, n. 2).

"Je saisis volontiers l'occasion pour saluer les représentants des autres religions qui prennent part à l'une ou l'autre des commémorations d'Assise. Comme nous, chrétiens, eux aussi savent que c'est dans la prière qu'il est possible de faire une expérience particulière de Dieu et d'en tirer des encouragements efficaces dans le dévouement à la cause de la paix.

"Toutefois il est également nécessaire, ici, d'éviter les confusions inopportunes. C'est pourquoi, même lorsque l'on se retrouve ensemble pour prier pour la paix, il faut que la prière se déroule selon les chemins distincts propres aux diverses religions. Tel fut le choix de 1986 et ce choix ne peut manquer de demeurer valable aujourd'hui également. La convergence des différences ne doit pas donner l'impression de céder au relativisme, qui nie le sens même de la vérité et la possibilité d'y puiser".

 

***


Mais ce n’est pas tout. Pour comprendre la signification que Benoît XVI entend donner à la journée d’Assise, il faut avoir au moins deux autres faits présents à l’esprit.

Le premier est que, à la veille du rendez-vous d’Assise, le pape Joseph Ratzinger a annoncé une "année de la foi". Le pape fera coïncider celle-ci non seulement avec le cinquantenaire du début du concile Vatican II mais aussi et davantage encore avec le vingtième anniversaire du lancement de cet abécédaire de la doctrine de la foi qu’est le Catéchisme de l’Église catholique, audacieusement voulu par Jean-Paul II et trop négligé encore aujourd’hui.

Le lancement de l’"année de la foi" est étroitement lié à une autre décision qui caractérise ce pontificat : celle de la "nouvelle évangélisation". Celle-ci ne concerne pas uniquement les pays de vieille tradition chrétienne qui sont atteints par la vague de la sécularisation, y compris l'Amérique latine, mais également les endroits où le christianisme n’est jamais arrivé et qui ont besoin d’un nouvel élan missionnaire.

Il est évident que cet objectif prioritaire du pontificat de Benoît XVI est incompatible avec un "esprit d’Assise" qui, par amour de la paix, se traduirait par un abandon de l'annonce de la foi en Jésus-Christ unique sauveur.


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De plus, le rassemblement pacifique de représentants des religions à Assise ne fait pas disparaître le fait que, en différents points du globe, les croyances soient en conflit et que les chrétiens, en particulier, soient parmi les plus menacés.

Deux faits récents symbolisent cette réalité dramatique : au Caire, le massacre de dizaines de chrétiens coptes par des extrémistes musulmans et par l’armée elle-même ; aux Philippines, l'assassinat d’un missionnaire, le père Fausto Tentorio.

Le baiser de paix d’Assise a d’autant plus de valeur dans ce contexte.

De même qu’ont de la valeur d’autres signes de paix analogues. On a pu en voir un à Milan le 21 octobre dernier.

Au moment même où, dans un grand nombre de villes du monde, les "indignés" étaient en ébullition, quatre mille jeunes ont parcouru pacifiquement les rues de Milan pour demander aux États de prendre des initiatives en faveur des peuples affamés.

Et ils défilaient sous l'effigie du père Tentorio, le dernier des martyrs, dont la vie a été consacrée à l'annonce du Royaume de Dieu aux pauvres, un saint François d’aujourd’hui.

 

Sandro Magister

www.chiesa





Le programme détaillé de la journée d’Assise, le 27 octobre 2011 :

> "Pèlerins de la verité, pèlerins de la paix"



> La lettre apostolique par laquelle Benoît XVI a lancé l'année de la foi :

> "Porta fidei"



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Concile, le chantier est ouvert. Mais certains se croisent les bras

dominicanus #Il est vivant !

Le cardinal Cottier, le juriste Ceccanti, le théologien Cantoni défendent les nouveautés de Vatican II. Mais les lefebvristes ne cèdent pas et les traditionalistes accentuent leurs critiques. Les derniers développements d'une controverse enflammée 

 

cottier.jpg

 

 

ROME, le 17 octobre 2011 – La controverse relative à l'interprétation du concile Vatican II et aux changements dans le magistère de l’Église a connu de nouveaux développements ces dernières semaines, y compris à haut niveau.

Le premier développement est le "Préambule doctrinal" que la congrégation pour la doctrine de la foi a remis, le 14 septembre dernier, aux lefebvristes de la schismatique Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, comme base pour une réconciliation.

Le texte du "Préambule" est secret. Mais, dans le communiqué officiel qui l’accompagnait lorsqu’il a été remis, il est décrit de la manière suivante :

"Ce préambule énonce certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au magistère de l’Église et au “sentire cum Ecclesia”, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du concile Vatican II et du magistère qui a suivi".

 

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Un second développement est l'intervention du cardinal Georges Cottier (photo) dans la discussion qui est en cours depuis quelques mois sur www.chiesa et sur "Settimo cielo".

Cottier, 89 ans, Suisse, appartenant à l'ordre des dominicains, est théologien émérite de la maison pontificale. Son intervention a été publiée dans le dernier numéro de la revue internationale "30 Jours".

Dans ce texte, il répond à la thèse qui a été soutenue sur www.chiesa par l’historien Enrico Morini, selon laquelle avec le concile Vatican II l’Église a voulu se rattacher à la tradition du premier millénaire.

Le cardinal Cottier met en garde contre l’idée que le deuxième millénaire ait été pour l’Église une période de décadence et d’éloignement par rapport à l’Évangile.

Toutefois il reconnaît, dans le même temps, que Vatican II a eu raison de redonner force à une manière de percevoir l’Église qui a été particulièrement vivante au cours du premier millénaire : non pas comme sujet en soi, mais comme reflet de la lumière du Christ. Et il traite des conséquences concrètes qui découlent de cette perception juste.

Le texte du cardinal Cottier est reproduit intégralement sur cette page, on le trouvera ci-dessous.


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Un troisième développement de la discussion concerne une thèse de Vatican II qui est particulièrement contestée par les traditionalistes : la thèse de la liberté religieuse.

En effet, il y a indiscutablement une rupture entre les affirmations de Vatican II à ce sujet et les précédentes condamnations du libéralisme formulées par les papes du XIXe siècle.

Mais "derrière ces condamnations, il y avait en réalité un libéralisme spécifique, le libéralisme étatiste continental, avec ses prétentions à la souveraineté moniste et absolue, qui était ressenti comme une limitation de l'indépendance nécessaire à la mission de l’Église".

Alors que, au contraire, "la réconciliation concrète qui a été menée à son terme par Vatican II a été réalisée à travers le pluralisme d’un autre modèle libéral, le modèle anglo-saxon, qui relativise de manière radicale les prétentions de l’État, au point de faire de ce dernier non pas le responsable monopoliste du bien commun, mais un ensemble limité de services publics qui sont mis au service de la communauté. À l’opposition entre deux exclusivismes a succédé une rencontre placée sous le signe du pluralisme".

Les citations rapportées ici sont tirées d’un essai que Stefano Ceccanti, professeur de droit public à l'Université de Rome "La Sapienza" et sénateur du Parti Démocratique, s’apprête à publier dans la revue "Quaderni Costituzionali".

Dans cet essai, Ceccanti analyse les deux discours importants que Benoît XVI a prononcés le 22 septembre dernier au Bundestag à Berlin et le 17 septembre 2010 à Westminster Hall, pour montrer que ces deux discours "sont en pleine continuité avec cette réconciliation opérée par le concile".

Dès que l’essai de Ceccanti sera publié dans les "Quaderni Costituzionali", www.chiesa ne manquera pas de le mettre à la disposition de ses lecteurs.

 

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Un quatrième développement est la parution en Italie du livre suivant :

Pietro Cantoni, "Riforma nella continuità. Vaticano II e anticonciliarismo", [Réforme dans la continuité. Vatican II et l’anticonciliarisme], Sugarco Edizioni, Milan, 2011.

Le livre passe en revue les textes les plus controversés du concile Vatican II pour montrer que, dans ces textes, tout peut être lu et expliqué à la lumière de la tradition et de la grande théologie de l’Église, y compris saint Thomas.

L'auteur, Pietro Cantoni, est un prêtre qui – après avoir passé, dans sa jeunesse, plusieurs années en Suisse dans la communauté lefebvriste d’Écône et en être sorti – s’est formé, à Rome, à l’école de l’un des plus grands maîtres de la théologie thomiste, Mgr Brunero Gherardini.

Mais c’est précisément contre son maître que sont dirigées les critiques contenues dans son livre. Gherardini est l’un des "anticonciliaires" qu’il prend le plus pour cible.

En effet, Mgr Gherardini a formulé dans ses derniers ouvrages de sérieuses réserves quant à la fidélité de certaines affirmations du concile Vatican II à la Tradition : dans la constitution dogmatique "Dei Verbum" à propos des sources de la foi, dans le décret "Unitatis redintegratio" à propos de l'œcuménisme, dans la déclaration "Dignitatis humanae" à propos de la liberté religieuse.

Rendant compte de l’un de ses livres au mois de septembre, "La Civiltà Cattolica", la revue des jésuites de Rome qui est n’imprimée qu’après avoir été contrôlée par la secrétairerie d’état du Vatican, a reconnu à ce vieux théologien qui fait autorité un "sincère attachement à l’Église".

Mais cela n’empêche pas Gherardini d’égratigner de ses critiques Benoît XVI lui-même, coupable à ses yeux d’une exaltation du concile qui "rogne les ailes à l'analyse critique" et "empêche de regarder Vatican II avec des yeux plus pénétrants et moins éblouis".

Cela fait deux ans que Gherardini attend en vain du pape ce qu’il lui a demandé dans une "supplique" publique : qu’il soumette les documents du concile à un réexamen et qu’il clarifie de manière directive et définitive le point de savoir "si, en quel sens et jusqu’à quel point" Vatican II est ou non dans la continuité du précédent magistère de l’Église.

Il a annoncé qu’il publierait en mars 2012, à propos du concile Vatican II, un nouveau livre, dont on prévoit qu’il sera encore plus critique que les précédents.

En ce qui concerne le livre de Pietro Cantoni, on pourra en lire ci-dessous, après l'article du cardinal Cottier, un commentaire dû à Francesco Arzillo.

 

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Une autre information est que, le 22 octobre prochain, le prix Acqui Storia sera remis à Roberto de Mattei pour son ouvrage "Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta" [Le concile Vatican II. Une histoire jamais écrite], publié aux éditions Lindau et dont www.chiesa a rendu compte en son temps.

Le prix Acqui est l’un des plus prestigieux dans le domaine des études historiques. Le jury qui a pris la décision de le conférer à de Mattei est composé d’universitaires d’orientations diverses, catholiques et non catholiques.

Mais son président, le professeur Guido Pescosolido de l'Université de Rome "La Sapienza", a démissionné de sa charge justement pour se désolidariser de cette décision.

D’après le professeur Pescosolido, le livre de de Mattei serait gâté par un esprit de militantisme anti-conciliaire incompatible avec les canons de l’historiographie scientifique.

Le professeur Pescosolido a reçu, par le biais d’un communiqué, le soutien de la SISSCO, Société Italienne pour l’Étude de l’Histoire Contemporaine, qui est présidée par le professeur Agostino Giovagnoli, représentant bien connu de la communauté de Sant'Egidio, et qui compte parmi ses dirigeants un autre représentant de cette même communauté, le professeur Adriano Roccucci.

Et dans le "Corriere della Sera" le professeur Alberto Melloni – co-auteur d’une autre histoire bien connue de Vatican II, certainement "militante" elle aussi mais du côté progressiste, celle qui a été écrite par "l’école de Bologne" du père Giuseppe Dossetti et de Giuseppe Alberigo et qui a été traduite en plusieurs langues – a carrément maltraité de Mattei. S’il lui a bien reconnu le mérite d’avoir enrichi de documents inédits la reconstitution de l’histoire du concile, il a comparé son livre à "un ramassis d’opuscules anti-conciliaires" ne méritant pas d’être pris en considération.

Par comparaison, le calme avec lequel le professeur de Mattei a supporté de tels affronts a été pour tous une leçon d’élégance.



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Enfin, toujours dans la ligne d’interprétation de Mgr Gherardini et du professeur de Mattei, un autre livre qui distingue déjà dans le concile Vatican II les dysfonctionnements apparus après le concile est sorti en librairie le 7 octobre en Italie :

Alessandro Gnocchi, Mario Palmaro, "La Bella addormentata. Perché col Vaticano II la Chiesa è entrata in crisi. Perché si risveglierà", [La Belle endormie. Pourquoi l’Église est entrée en crise avec Vatican II. Pourquoi elle se réveillera] Vallecchi, Florence, 2011.

Les deux auteurs ne sont ni historiens ni théologiens, mais ils soutiennent leur thèse avec compétence et avec une efficacité communicative, pour un public de lecteurs plus large que celui qu’atteignent les spécialistes.

Du côté opposé aux traditionalistes, le théologien Carlo Molari a lui aussi élargi le cadre de la discussion par une série d’articles qui ont été publiés dans la revue "La Rocca" de l’association Pro Civitate Christiana d’Assise et dans lesquels il a repris et discuté les interventions parues sur www.chiesa et sur "Settimo cielo".

Grâce à eux aussi, on peut donc prévoir que la controverse relative à Vatican II atteindra un vaste public. Et cela justement à la veille du cinquantième anniversaire, en 2012, de l’ouverture de cette grande assemblée.

En vue de cet événement, qui sera célébré du 3 au 6 octobre de l'année prochaine, le Comité Pontifical des Sciences Historiques a mis en chantier un colloque destiné à étudier comment les évêques qui ont participé au concile ont décrit celui-ci dans leurs journaux intimes et dans leurs archives personnelles.

Et le 11 octobre 2012, jour anniversaire de l’ouverture du concile, sera le début d’une "année de la foi" spéciale, qui se terminera le 24 novembre de l'année suivante, en la solennité du Christ Roi de l'Univers. Benoît XVI l’a annoncé le 16 octobre, au cours de l’homélie de la messe qu’il a célébrée à la basilique Saint-Pierre devant plusieurs milliers de responsables prêts à travailler à la "nouvelle évangélisation".

Sandro Magister

www.chiesa



CETTE PERCEPTION DE L'ÉGLISE COME "LUMIÈRE RÉFLÉCHIE" QUI UNIT LES PÈRES DU PREMIER MILLÉNAIRE ET LE CONCILE VATICAN II

par Georges Cottier


Le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II tombera en 2012, année désormais proche. Un demi-siècle plus tard, ce qui a été un événement majeur de la vie de l’Église continue à susciter des débats – qui s’intensifieront probablement dans les prochains mois – sur la question de savoir quelle est l’interprétation la plus juste de cette assemblée conciliaire.

Les disputes de caractère herméneutique, importantes certainement, risquent pourtant de devenir des controverses pour spécialistes. En revanche, il peut intéresser tout le monde, dans le moment présent surtout, de redécouvrir la source de l’inspiration qui a animé le Concile Vatican II.

La réponse la plus commune reconnaît que cet événement est né du désir de renouveler la vie intérieure de l’Église et d’adapter sa discipline aux nouvelles exigences, pour proposer à nouveau, avec une nouvelle vigueur, sa mission dans le monde actuel, mission attentive dans la foi "aux signes des temps". Mais plus profondément, il faut chercher à saisir quel était le visage le plus intime de l’Église que le Concile se proposait de reconnaître et de représenter au monde, dans son dessein de mise à jour.

Le titre et les premières lignes de la constitution dogmatique conciliaire "Lumen gentium", consacrée à l’Église, sont en ce sens éclairantes dans leur limpidité et dans leur simplicité: "Le Christ est la lumière des peuples; réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église". Dans l’incipit de son document le plus important, le dernier Concile reconnaît que ce qui constitue la source de l’Église n’est pas l’Église elle-même mais la présence vivante du Christ qui édifie personnellement l’Église. La lumière qu’est le Christ se reflète dans l’Église comme dans un miroir.

La conscience de cette donnée élémentaire (l’Église est le reflet dans le monde de la présence et de l’action du Christ) éclaire tout ce que le dernier Concile a dit sur l’Église. Le théologien belge Gérard Philips, qui fut le principal rédacteur de la constitution "Lumen gentium", mit justement en évidence cette donnée dans son monumental commentaire du texte conciliaire.

Selon lui, "la constitution sur l’Église adopte dès le départ la perspective christocentrique, perspective qui s’affirmera fortement au cours de toute l’exposition. L’Église en est profondément convaincue: la lumière des peuples rayonne non à partir de l’Église mais de son divin Fondateur: et pourtant l’Église sait bien que, se reflétant sur son visage, ce rayonnement atteint l’humanité entière". Une perspective reprise jusque dans les dernières lignes du même commentaire dans lesquelles Philips répète que "ce n’est pas à nous de prophétiser sur l’avenir de l’Église, sur ses insuccès et ses développements. L’avenir de cette Église, dont Dieu a voulu faire le reflet du Christ, Lumière des Peuples, est dans Ses mains".

La perception de l’Église comme reflet de la lumière du Christ rapproche le Concile Vatican II des Pères de l’Église qui, dès les premiers siècles, recouraient à l’image du "mysterium lunae", le mystère de la lune, pour suggérer quelle était la nature de l’Église et l’action qui lui convient. Comme la lune, "l’Église brille non de sa lumière propre mais de celle du Christ" ("fulget Ecclesia non suo sed Christi lumine"), dit saint Ambroise. Tandis que, pour Cyrille d’Alexandrie, "l’Église est auréolée de la lumière divine du Christ, qui est l’unique lumière dans le royaume des âmes. Il y a donc une seule lumière: l’Église brille aussi cependant dans cette seule lumière, mais elle n’est pas le Christ lui-même".

En ce sens, mérite attention la réflexion présentée récemment par l’historien Enrico Morini dans une intervention recueillie sur le site www.chiesa.espressonline.it dont s’occupe Sandro Magister.

Selon Morini – qui est professeur d’Histoire du christianisme et des Églises à l’Université de Bologne –, le Concile Vatican II s’est mis "dans la perspective de la continuité la plus absolue avec la tradition du premier millénaire, selon une périodisation qui n’est pas purement mathématique mais qui porte sur le fond des choses, le premier millénaire d’histoire de l’Église étant celui de l’Église des sept Conciles, de l’Église encore indivise […]. En promouvant le renouvellement de l’Église le Concile n’a pas cherché à introduire quelque chose de nouveau – comme le désirent et le craignent respectivement les progressistes et les conservateurs – mais à retourner à ce qui s’est perdu".

Cette observation peut créer des équivoques si elle est assimilée au mythe historiographique qui voit le déroulement de l’histoire de l’Église comme une décadence progressive et un éloignement croissant du Christ et de l’Évangile. On ne peut pas non plus accréditer les oppositions artificieuses selon lesquelles le développement dogmatique du second millénaire ne serait pas conforme à la Tradition partagée durant le premier millénaire de l’Église indivise. Comme l’a souligné le cardinal Charles Journet, en se référant entre autres au bienheureux John Henry Newman et à son essai sur le développement du dogme, le "depositum" que nous avons reçu n’est pas un dépôt mort mais un dépôt vivant. Et tout ce qui est vivant se maintient en vie en se développant.

Il faut en même temps considérer comme un fait objectif la correspondance entre la perception de l’Église exprimée dans la "Lumen gentium" et celle qui était déjà partagée dans les premiers siècles du christianisme. C’est-à-dire que l’Église n’est pas présupposée comme un sujet distinct, préétabli. L’Église s’en tient au fait que sa présence dans le monde fleurit et subsiste comme reconnaissance de la présence et de l’action du Christ.

Dans notre plus récente actualité ecclésiale, cette perception de ce qui constitue la source de l’Église  semble parfois s’obscurcir pour beaucoup de chrétiens et une sorte de renversement paraît se produire: de reflet de la présence du Christ (qui, avec le don de Son Esprit, édifie l’Église), on passe à une perception de l’Église comme une réalité qui s’emploie matériellement et idéalement à attester et réaliser par elle-même sa présence dans l’histoire.

De ce second modèle de perception de la nature de l’Église, qui n’est pas conforme à la foi, découlent des conséquences concrètes.

Si, comme il le faut, l’Église se perçoit dans le monde comme reflet de la présence du Christ, l’annonce de l’Évangile ne peut s’effectuer que dans le dialogue et dans la liberté et doit renoncer à tout moyen de coercition aussi bien matériel que spirituel. C’est la voie indiquée par Paul VI dans sa première encyclique "Ecclesiam suam"¸ publiée en 1964, qui exprime parfaitement le regard que le Concile porte sur l’Église.

Le regard que le Concile a porté sur les divisions entre chrétiens et ensuite sur les croyants des autres religions reflétait lui aussi la même perception de l’Église. Ainsi la demande de pardon pour les fautes des chrétiens, demande qui a étonné et fait discuter au sein du corps ecclésial quand elle fut présentée par Jean Paul II, est parfaitement en accord avec la conscience de l’Église décrite jusqu’à présent. Si l’Église demande pardon ce n’est pas pour se conformer aux usages du monde mais parce qu’elle reconnaît que les péchés de ses enfants obscurcissent la lumière du Christ qu’elle est appelée à laisser se réfléchir sur son visage. Tous ses enfants sont des pécheurs appelés par l’action de la grâce à la sainteté. Une sanctification qui est toujours un don de la miséricorde de Dieu, lequel désire qu’aucun pécheur – aussi horrible soit son péché – ne soit entraîné par le Malin sur la voie de la perdition. On comprend ainsi la formule du cardinal Journet: l’Église est sans péché mais non sans pécheurs.

Le référence à la vraie nature de l’Église comme reflet de la lumière du Christ a aussi des implications pastorales immédiates. On enregistre malheureusement dans le contexte actuel la tendance de certains évêques à exercer leur magistère à travers des déclarations faites dans les media, dans lesquelles sont souvent fournies des prescriptions et des indications sur ce que doivent ou ne doivent pas faire les chrétiens. Comme si la présence des chrétiens dans le monde était le produit de stratégies et de prescriptions et ne naissait pas de la foi, c’est-à-dire de la reconnaissance de la présence du Christ et de son message.

Peut-être, dans le monde actuel, serait-il plus simple et réconfortant pour tout le monde d’écouter des pasteurs qui parlent à tout le monde sans donner la foi comme présupposée. Comme l’a reconnu Benoît XVI dans son homélie à Lisbonne, le 11 mai 2010, "souvent nous nous préoccupons fébrilement des conséquences sociales, culturelles et politiques de la foi, escomptant que cette foi existe, ce qui malheureusement s’avère de jour en jour moins réaliste".

(Traduction française de "30 Jours")



UN BON LIVRE ET DEUX CATÉCHISMES À CONFRONTER

par Francesco Arzillo


La parution du livre de Pietro Cantoni "Réforme dans la continuité. Vatican II et l’anticonciliarisme" est un événement qui mérite d’être signalé avec éloge. Il s’agit, en effet, d’un exemple de rigoureux exercice d’une "herméneutique de la continuité" : excellent remède contre la maladie que constitue la "polarisation" existant dans l'opinion publique ecclésiale, telle qu’elle se manifeste principalement dans des débats publics alimentés par des minorités "engagées" mais très peu présents dans la vie des catholiques de paroisse moyens, c’est-à-dire de la grande majorité des fidèles.

Guidé par Cantoni dans la lecture de quelques-uns des plus célèbres passages controversés des textes conciliaires, le lecteur non théologien va découvrir que ceux-ci, en fin de compte, ne contiennent rien qui ne puisse être lu et expliqué à la lumière de la Tradition et de la grande théologie de l’Église, y compris saint Thomas.

On note avec regret que cette attitude a pu être interprétée – par certains – comme une sorte de défense a priori de Vatican II, qui porterait préjudice au juste engagement contre les excès et les dysfonctionnements d’une partie de la théologie et des pratiques postconciliaires.

Mais, par ailleurs, comment un catholique pourrait-il ne pas défendre un concile œcuménique ? Sur quelle source théologique ou magistérielle une telle attitude pourrait-elle s’appuyer ? Un catholique pourrait-il sélectionner les enseignements des pasteurs en choisissant ce qui lui paraît le meilleur en fonction de sa propre sensibilité et de ses tendances culturelles ou religieuses ?

On attend encore que la grande portée du concile Vatican II soit explorée à fond dans sa richesse multiforme, qui pose certainement des problèmes d’interprétation mais qui suscite aussi des espoirs et des incitations à chercher une compréhension toujours meilleure du mystère de la foi chrétienne.

Mais, dans tout cela, quel est le rôle du simple fidèle ? On ne peut certainement pas attendre de lui qu’il s’inscrive à l’un des partis théologico-liturgico-ecclésiaux présents sur la place publique et qu’il en partage les caractères spécifiques et les présupposés souvent unilatéraux et pleins d’a priori.

On ne peut pas non plus souhaiter raisonnablement que le simple fidèle soit conduit, par exemple, à sous-estimer la Messe de Paul VI par rapport à la Messe de saint Pie V ou inversement ; ou encore à sous-estimer sainte Edith Stein par rapport à sainte Thérèse d'Avila ou inversement. Cela reviendrait à priver l’Église de la dimension étendue dans les siècles de la catholicité et à céder à la conception crypto-apocalyptique de la rupture qui se serait produite à l’époque moderne (quelles que soient la datation et la lecture, positive ou négative, que l’on veut donner de cette rupture).

On a surtout l’impression que le monde traditionaliste ne se rend pas compte du fait qu’adhérer – même sous la forme d’une opposition – à la conception de la modernité comme rupture représente une forme évidente de subordination idéologique par rapport à l'adversaire, dont on finit par accepter le présupposé de départ.

Cela donne envie de suggérer, à cet égard, un exercice plus simple que celui qui est réservé aux théologiens. Nous suggérons de lire, par exemple, au moins quelques parties du Catéchisme de saint Pie X en parallèle avec le "Compendium" de Benoît XVI.

Une telle lecture permet de faire des découvertes enthousiasmantes. Elle fait voir clairement non seulement qu’il n’y a aucune contradiction entre les deux catéchismes, mais que les contenus des deux textes s’éclairent réciproquement en un enrichissement qui est circulaire mais non autoréférentiel, parce qu’il est orienté vers le référent ultime, qui est le Saint Mystère dans sa réalité objective et transcendante.

Bien évidemment, cela ne signifie pas ne pas voir les problèmes – graves aussi – qui se posent à l’époque actuelle, parmi lesquels figure notamment le problème des carences en termes d’épistémologie et de contenu que connaissent les théologies les plus répandues (c’est là une question qui fera l’objet d’une enquête approfondie dans un livre du prêtre et philosophe Antonio Livi à paraître prochainement).

Mais cela signifie voir ces problèmes dans la juste lumière, autrement dit, en dernière analyse, les voir dans l’Esprit qui anime l’Église mère et maîtresse et qui n’a pas cessé de la soutenir, même à l’époque contemporaine : l’Esprit de Jésus-Christ, qui est avec nous "tous les jours, jusqu’à la fin du monde" (Mt 28, 20).



La revue qui a publié l'intervention du cardinal Cottier :

> 30 Jours
http://www.30giorni.it/index_l4.htm



Un commentaire de Brunero Gherardini à propos des critiques formulées par Pietro Cantoni :

> Risposta a don Cantoni : fra teologia e amarezza
http://www.unavox.it/ArtDiversi/DIV206_Interv_Gherardini_su_Cantoni.html


Une interview de Gnocchi et Palmaro à propos de leur nouveau livre :

> Concilio Vaticano II: il mito di un "superdogma" da cui uscire
http://blog.messainlatino.it/2011/09/intervista-gnocchi-e-palmaro-sul-loro.html


Le discours prononcé par Benoît XVI le 22 décembre 2005 qui a lancé la discussion relative à l'herméneutique du concile :

> "Messieurs les Cardinaux..."
http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2005/december/documents/hf_ben_xvi_spe_20051222_roman-curia_fr.html


Sur www.chiesa et sur le blog "Settimo cielo", la discussion est en cours depuis plusieurs mois. Y sont intervenus à de nombreuses reprises Francesco Agnoli, Francesco Arzillo, Inos Biffi, Giovanni Cavalcoli, Stefano Ceccanti, Georges Cottier, Roberto de Mattei, Massimo Introvigne, Agostino Marchetto, Alessandro Martinetti, Enrico Morini, Enrico Maria Radaelli, Fulvio Rampi, Martin Rhonheimer, Basile Valuet, David Werling, Giovanni Onofrio Zagloba.

Voici, dans l’ordre, les précédents chapitres de la discussion, sur www.chiesa :  

> Les grands déçus du pape Benoît (8.4.2011)

> Les déçus ont parlé. Le Vatican répond (18.4.2011)

> Qui trahit la tradition ? Le grand débat (28.4.2011)

> L'Église est infaillible mais Vatican II ne l'est pas (5.5.2011)

> Benoît XVI "réformiste". La parole est à la défense (11.5.2011)

> Liberté religieuse. L'Église avait-elle raison même quand elle la condamnait? (26.5.2011)

> Un "grand déçu" rompt le silence. Par un appel au pape (16..6.2011)

> Bologne parle: la tradition est aussi faite de "ruptures" (21.6.2011)
http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1348361?fr=y

Et aussi, sur le blog SETTIMO CIELO :

> Francesco Agnoli: il funesto ottimismo del Vaticano II (8.4.2011)

> La Chiesa può cambiare la sua dottrina? La parola a Ceccanti e a Kasper (29.5.2011)

> Ancora su Stato e Chiesa. Dom Valuet risponde a Ceccanti (30.5.2011)

> Padre Cavalcoli scrive da Bologna. E chiama in causa i "bolognesi" (31.5.2011)

> Può la Chiesa cambiare dottrina? Il professor "Zagloba" risponde (6.6.2011)

> Tra le novità del Concilio ce n'è qualcuna infallibile? San Domenico dice di sì (8.6.2011)

> Esami d'infallibilità per il Vaticano II. Il quizzone del professor Martinetti (27.6.2011)
http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2011/06/27/esami-dinfallibilita-per-il-vaticano-ii-il-quizzone-del-professor-martinetti/

> Il bolognese Morini insiste: la Chiesa ritorni al primo millennio (15.7.2011)
http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2011/07/15/il-bolognese-morini-insiste-la-chiesa-ritorni-al-primo-millennio/

> La Tradizione abita di più in Occidente. Padre Cavalcoli ribatte a Morini (27.7.2011)
http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2011/07/27/la-tradizione-abita-di-piu-in-occidente-padre-cavalcoli-ribatte-a-morini/

> Rampi: come cantare il gregoriano nel secolo XXI (3.8.2011)
http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2011/08/03/rampi-come-cantare-il-gregoriano-nel-secolo-xxi/


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

Journal du Vatican / La fabrique d'évêques ne parle plus la langue de Dante

dominicanus #Il est vivant !

Au temps de Jean-Paul II, les dirigeants de cette très importante congrégation de la curie étaient tous italiens. Sous le pontificat actuel, ils sont tous étrangers. Voici, nom par nom, comment s'est fait le changement

 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 12 octobre 2011 – La curie romaine de Benoît XVI serait-elle en train de redevenir "trop" italienne ? Ce cri d’alarme a été lancé par l’hebdomadaire anglais progressiste "The Tablet" et repris çà et là.

L’historien de l’Église Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio qui est également considérée comme progressiste, s’est exprimé en faveur d’une telle évolution. À plusieurs reprises, il a expliqué que le Saint-Siège ne pouvait pas se comporter comme une quelconque grande organisation internationale : "La curie ne peut pas devenir une sorte d’ONU, parce qu’elle fait partie de l’Église romaine et qu’elle se doit d’entretenir avec celle-ci un lien particulier aux points de vue ecclésial, humain et culturel".

En tout cas, sous le pontificat du pape Joseph Ratzinger, il y a une congrégation vaticane – l’une des plus importantes et des plus délicates – qui est aujourd’hui complètement désitalianisée, quant à ses dirigeants, par rapport à l'organigramme qu’avait laissé Jean-Paul II.

Il s’agit de la congrégation pour les évêques, le dicastère qui collabore le plus étroitement avec le pape en ce qui concerne les nominations d’une grande partie des évêques de l’Église catholique : en pratique, celles de la quasi-totalité des évêques des pays du monde occidental.

En 2005, cette congrégation était dirigée par trois ecclésiastiques italiens et elle était le seul dicastère de la curie à être dans ce cas. Le cardinal Giovanni Battista Re en était préfet depuis 2000. L’archevêque Francesco Monterisi en était secrétaire depuis 1998. Mgr Giovanni Maria Rossi en était sous-secrétaire depuis 1993.

Mais, au cours du pontificat actuel, les trois hommes ont peu à peu cédé la place à des étrangers.

En juillet 2009, Monterisi, ayant atteint 75 ans, a été nommé archiprêtre de la basilique pontificale Saint-Paul-hors-les-Murs, puis créé cardinal. Son poste a été attribué à un Portugais, l’archevêque Monteiro de Castro, qui était jusqu’alors nonce apostolique en Espagne.

À la fin de juin 2010, le pape a accepté la démission que le cardinal Re, âgé de 76 ans et demi, lui avait présentée quand il avait atteint 75 ans. Et Benoît XVI a appelé à son poste le Canadien Marc Ouellet. Celui-ci a obtenu, fin 2010, la nomination comme sous-secrétaire adjoint (une nouveauté pour la congrégation) d’un compatriote en qui il a toute confiance, Mgr Serge Poitras.

La semaine dernière, enfin, Mgr Rossi a quitté ses fonctions parce qu’il avait atteint 70 ans, l’âge de la retraite pour les sous-secrétaires (à moins d’une prorogation de deux ans qui ne peut être accordée qu’avec le "placet" du préfet du dicastère).

C’est pourquoi, maintenant, pour trouver l’Italien le plus élevé en grade à la congrégation pour les évêques, il faut descendre jusqu’au troisième des trois chefs de service, Mgr Fabio Fabene, qui est également substitut de la secrétairerie du collège cardinalice.

En somme, la curie romaine de Benoît XVI est peut-être plus italienne qu’elle ne l’était précédemment. Mais la “fabrique d’évêques” l’est certainement beaucoup moins.

Également parce que, début septembre, un autre membre italien de cette congrégation qui y travaillait depuis neuf ans, Mgr Giulio Dellavite – homme de confiance de l'ancien préfet Re – est retourné, à 39 ans, dans son diocèse d’origine, Bergame. Il a été nommé secrétaire général de la curie de ce diocèse par l’évêque Francesco Beschi, lui-même originaire de la ville toute proche de Brescia, diocèse natal du cardinal Re.

 

Sandro Magister

www.chiesa



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

"Wir sind Kirche" - "Nous sommes l'Église", signé Ratzinger

dominicanus #Il est vivant !

Pour la première fois depuis qu'il est pape, Benoît XVI a cité et critiqué en public le mouvement d'opposition ecclésiale le plus répandu et le plus actif dans les pays de langue allemande. Il l'a fait dans un discours improvisé adressé aux séminaristes de Fribourg-en-Brisgau. Voici ce qu'il a dit ...

 

 

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ROME, le 30 septembre 2011 – Dans les discours et homélies de son récent voyage en Allemagne, Benoît XVI ne s’est que très rarement écarté du texte écrit.

La phrase improvisée de son discours au Bundestag, le 22 septembre à Berlin, est celle qui a le plus marqué les esprits.

Le pape venait de citer Hans Kelsen - un philosophe du droit qui avait soutenu une certaine thèse en 1965, à 84 ans, c’est-à-dire à l’âge qu’a le pape aujourd’hui - et il a ajouté, en souriant, cette phrase improvisée : "Cela me console qu’à 84 ans, on puisse encore penser correctement !".

 

***


Toutefois, parmi les dix-huit discours prononcés par Benoît XVI pendant les quatre jours qu’il a passés en terre allemande, il en est un pour lequel il n’a lu aucun texte écrit. Et dont le contenu n’a été mis par écrit et rendu public qu’après le retour du pape à Rome.

C’est le discours qu’il a adressé aux séminaristes réunis à la chapelle Saint-Charles-Borromée du séminaire de Fribourg-en-Brisgau, dans l’après-midi du samedi 24 septembre.

Benoît XVI a toujours accordé une attention particulière aux candidats au sacerdoce. 

Il y a un an, le 18 octobre 2010, il adressait aux séminaristes du monde entier une lettre ouverte qui est l’une des plus touchantes qu’il ait écrites et qui comporte des passages autobiographiques relatifs à sa jeunesse :

> "Chers séminaristes, en décembre 1944..."

Ayant médité sur cette lettre, les séminaristes de Fribourg-en-Brisgau ont envoyé au pape une réponse, que Benoît XVI, lorsqu’il les a rencontrés, a qualifiée de "belle" et "sérieuse". 

Le discours improvisé que le pape a adressé aux séminaristes de Fribourg-en-Brisgau le 24 septembre a été la continuation de ce dialogue.

Sa transcription intégrale, traduite en six langues à partir de l'original allemand, se trouve sur le site web du Vatican :

> "Cela m’est une grande joie de pouvoir me retrouver ici..."

Comme tous ceux qu’improvise le pape Joseph Ratzinger, ce discours permet de pénétrer directement dans sa pensée et dans ce qui lui tient le plus à cœur.

Mais il contient un passage qui mérite d’être mis en évidence.

C’est le paragraphe dans lequel Benoît XVI médite sur le nom – "Nous sommes l’Église" – du mouvement de contestation ecclésiale le plus répandu et le plus actif dans les pays de langue allemande, qui s’est mobilisé avec une intensité particulière à l'approche du troisième voyage du pape en Allemagne :


"Nous ne pouvons uniquement que croire en 'Nous'. Je dis parfois que saint Paul a écrit : 'Croire vient de l’écoute' non de la lecture. Le croire a besoin également de la lecture, mais il vient de l’écoute, cela veut dire de la Parole vivante, de l’encouragement des autres que je peux écouter, de l’encouragement de l’Église au long des âges, de la parole que vous donnent maintenant les prêtres, les évêques et les prochains. Le 'toi' fait partie du croire, fait partie du 'nous'. Et le fait de s’entraîner à se supporter réciproquement, est très important ; apprendre à accepter l’autre comme un autre dans son altérité, et apprendre par là qu’il doit me supporter comme étant un autre dans mon altérité, afin de devenir un 'nous', afin de pouvoir ensuite constituer un jour une communauté paroissiale, de pouvoir appeler des personnes dans l’unité de la Parole et d’être ensemble en chemin vers le Dieu vivant. Fait partie de cela ce 'nous' très concret, tel qu’il est au séminaire, tel qu’il le sera en paroisse, mais aussi toujours cherchant à aller, au-delà de ce 'nous' concret et limité, dans le grand 'nous' de l’Église de tous les temps et en tout lieu, afin que nous ne nous prenions pas uniquement pour notre propre mesure. Lorsque nous disons : 'Nous sommes l’Église' - oui, c’est vrai : Nous la sommes nous, et pas n’importe qui. Mais, le 'nous' va au-delà du groupe qui vient de l’affirmer. Le 'nous' est l’ensemble de la communauté des croyants d’aujourd’hui et de tous les lieux et de tous les temps. Et je dis toujours : Oui, il existe, pour ainsi dire, dans la communauté des croyants la sentence de la majorité de fait, mais il ne peut jamais y avoir une majorité contre les Apôtres et les Saints, il s’agit alors d’une fausse majorité. Nous sommes l’Église, soyons-le donc ! Soyons-le par le fait de nous ouvrir et d’aller au-delà de nous-mêmes, et soyons-le avec les autres".


Comme on peut le constater, Benoît XVI s’est appuyé sur le nom "Nous sommes l’Église" mais en renversant sa signification : d’un "nous" qui se sépare et qui s’oppose, il est passé à un "nous" qui embrasse l’Église "de tous les lieux et de tous les temps".

Le mouvement "Nous sommes l’Église" s’est constitué en 1995 à partir d’une collecte de signatures destinée à appuyer un "Appel du Peuple de Dieu" qui proposait l'élection démocratique des évêques, l’ordination des femmes, la suppression de la coupure entre le clergé et les laïcs, l'élimination de l'obligation du célibat pour le clergé, une nouvelle morale de la sexualité, etc. La collecte de signatures, qui en a rassemblé deux millions et demi, a commencé en Autriche et elle s’est étendue par la suite à l’Allemagne, à l’Italie, à l’Espagne, aux États-Unis, aux Pays-Bas, à la Belgique, à la France, à la Grande-Bretagne, au Portugal, au Canada. Le premier document a été suivi par beaucoup d’autres. L’épicentre de "Nous sommes l’Église" se trouve encore en Autriche et en Allemagne, où le mouvement est très suivi par le clergé et dispose d’une certaine capacité de pression sur les évêques eux-mêmes et d’une aura de sympathie dans certains séminaires.

Sauf erreur, c’est la première fois que Joseph Ratzinger, en tant que pape, a cité "Nous sommes l’Église" dans un discours public.



Le programme et les textes, en version intégrale, du voyage de Benoît XVI, y compris le discours improvisé qu’il a adressé aux séminaristes :

> Voyage apostolique en Allemagne, 22-25 septembre 2011



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

 

 

 

Dans la riche Allemagne, que l'Église se fasse pauvre!

dominicanus #Il est vivant !

Jamais, avant son troisième voyage dans sa patrie, Benoît XVI n'avait donné autant de relief à l'idéal d'une Église pauvre en structures, en richesses, en pouvoir. Mais, pendant ce même voyage, il a également insisté sur la nécessité d'une forte "présence publique" de cette même Église. Est-il possible de réaliser les deux en même temps? 

 

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ROME, le 28 septembre 2011 – L'impact du troisième voyage de Benoît XVI en Allemagne a dissipé une fois encore, comme cela avait été le cas précédemment lors de ses autres voyages, les nuages qui avaient obscurci les jours qui l’ont précédé.

Les critiques, y compris les plus hostiles, ont été plus que compensées par les très nombreuses réactions favorables et cela dans une atmosphère de sympathie générale.

Le discours prononcé au Bundestag le jeudi 22 septembre a immédiatement attiré une attention respectueuse sur la pensée du pape Joseph Ratzinger en ce qui concerne les bases de nature et de raison de l’État libéral : une nature et une raison animées par l’Esprit Créateur de Dieu.

Ce discours de Berlin en 2011 constitue, avec celui de Ratisbonne en 2006 et celui du Collège des Bernardins, à Paris, en 2008, une trilogie qui sert de programme à l’ensemble du pontificat et qui est centrée sur les rapports féconds entre la Jérusalem de la révélation divine, l'Athènes de la raison philosophique et la Rome de la pensée juridique, ainsi que sur une relecture originale et positive des valeurs des Lumières.

Un autre moment important du voyage de Benoît XVI en Allemagne a été sa rencontre, à Erfurt, avec les Églises issues de la réforme luthérienne.

En ce qui concerne Martin Luther, le pape a rappelé non pas ses actes de rupture avec l’Église de Rome, mais sa recherche dramatique et incessante d’un Dieu capable de miséricorde envers une humanité profondément marquée par le mal et par le péché.

"La question brûlante de Luther doit devenir de nouveau notre question", a déclaré Benoît XVI. En disant cela, il a tracé une voie œcuménique qui n’est ni une tactique de négociation à courte vue, ni un affaiblissement de la foi en vue de la rapprocher du monde, mais une reprise des questions essentielles du christianisme, les seules qui constituent pour les Églises une raison d’être et de parler ensemble aux hommes.

 

***


Mais les discours de Benoît XVI qui provoqueront le plus de discussions sont peut-être ceux qu’il a adressés aux catholiques d’Allemagne et, à travers eux, à l’ensemble du monde catholique occidental.

Dans une Allemagne marquée, non seulement chez les protestants mais également chez les catholiques, par des sentiments anti-romains persistants et par des pressions récurrentes visant à obtenir des réformes disciplinaires et pratiques telles que l'abolition du célibat du clergé, le sacerdoce des femmes, la communion aux divorcés remariés, l'élection "démocratique" des évêques, Benoît XVI n’a cédé en rien à ces pressions, il ne les a même pas citées, mais il a obligé tout le monde, y compris ceux qui proposent ces réformes, à prendre en considération la gravité de l’enjeu. 

L’Église catholique allemande est – le pape l’a fait remarquer – une puissance "organisée de manière excellente". Même les réformes continuellement demandées appartiennent à ce contexte structurel. "Mais derrière les structures – a demandé le pape – y a-t-il aussi la force spirituelle correspondante, la force de la foi en un Dieu vivant ?".

Pour Benoît XVI "il y a un excédent de structures par rapport à l’Esprit". Parce que "la vraie crise de l’Église dans le monde occidental est une crise de la foi". Et par conséquent "si nous n’arrivons pas à un véritable renouvellement dans la foi, toute la réforme structurelle demeurera inefficace".

C’est aux dirigeants du Comité Central des Catholiques allemands que le pape a dit cela, mais il a également tenu des propos semblables dans l’homélie qu’il a prononcée au cours de la messe célébrée à Fribourg-en-Brisgau le dimanche 25 septembre et lors de la rencontre qui a suivi avec les catholiques "engagés dans l’Église et dans la société".

Au lieu de réformes des institutions et des structures, qui constitueraient, d’après lui, une adaptation stérile de l’Église au monde, Benoît XVI a proposé dans sa prédication une réforme intérieure, spirituelle, ayant en son centre ce suprême "scandale" de la Croix "qui ne peut être aboli si on ne veut pas abolir le christianisme". Ce scandale qui, malheureusement, a été "dissimulé récemment par d’autres scandales douloureux dus à des gens qui annoncent la foi" et qui se sont rendus coupables d’abus sexuels sur des mineurs.

Le pape a lancé une mise en garde contre une foi exclusivement individuelle, renfermée à l’intérieur de soi. Il a insisté sur le lien indissoluble qui unit chaque chrétien aux autres, au sein de l’Église universelle.

Mais il a également annoncé un avenir, en Allemagne et en Occident, fait non pas de grandes masses de fidèles, mais de "petites communautés de croyants", de celles qu’en d’autres occasions il a appelées "minorités créatives", capables, dans une société pluraliste, de "rendre les autres désireux de chercher la lumière".

Dans l’homélie qu’il a prononcée pendant la messe célébrée à Fribourg-en-Brisgau, le pape a même déclaré que ces chercheurs de lumière inquiets précédaient "dans le Royaume de Dieu" les fidèles de routine :

"Les agnostiques qui, au sujet de la question de Dieu, ne trouvent pas la paix ; les personnes qui souffrent à cause de leurs péchés et ont le désir d’un cœur pur, sont plus proches du royaume de Dieu que ne le sont les fidèles «de routine» qui, dans l’Église, voient désormais seulement ce qui paraît, sans que leur cœur soit touché par la foi".

Et ce n’est pas tout. Dans le discours qu’il a adressé aux catholiques engagés dans l’Église et dans la société, Benoît XVI a souhaité que l’Église soit purifiée non seulement des "excès" de ses structures d’organisation, mais aussi des richesses et du pouvoir en général, de "son fardeau matériel et politique". Il a rappelé qu’il en était déjà ainsi dans l'Ancien Testament pour la tribu sacerdotale de Lévi, qui ne possédait pas de patrimoine terrestre mais "exclusivement la parole de Dieu et ses signes".

Il s’agit là d’affirmations que Joseph Ratzinger a toujours équilibrées par d’autres, complémentaires. Et cette fois-ci encore, il l’a fait.

Par exemple, à propos des "fidèles de routine" précédés dans le Royaume des Cieux par les agnostiques qui sont à la recherche de Dieu, il faut remarquer que, à un autre moment de son voyage – au cours de la veillée avec les jeunes – le pape a réaffirmé que tous les baptisés, y compris les plus tièdes et les plus routiniers, sont de toute façon qualifiés, à juste titre, de "saints" par l'apôtre Paul : et cela non pas parce qu’ils sont bons et parfaits, mais parce qu’ils sont aimés de Dieu et qu’ils sont tous appelés par lui à être sanctifiés.

Et à propos d’une Église sans biens ni pouvoirs terrestres, on notera que Benoît XVI a également insisté à plusieurs reprises, en Allemagne, sur la nécessité d’une forte "présence publique" de cette même Église, ce qui est impensable si celle-ci n’a pas un "corps" matériel qui concrétise la foi par les œuvres.

Il n’en reste pas moins que jamais, avant ce voyage, Benoît XVI n’avait insisté de manière aussi marquée sur le registre spirituel. Et que jamais il n’avait donné autant de relief à l'idéal d’une Église pauvre en structures, en richesses, en pouvoir.

Mais, en même temps, jamais avant le discours qu’il a prononcé au Bundestag le pape Benoît n’avait affirmé aussi vigoureusement que le christianisme est la base de la culture juridique de l’Occident et de l’humanité tout entière. Et que l’Église est aujourd’hui le grand défenseur de cette civilisation, à une époque où celle-ci perd ses bases.

Sandro Magister

www.chiesa



Le programme et le texte intégral des discours et homélies du voyage de Benoît XVI :

> Voyage apostolique en Allemagne, 22-25 septembre 2011

Parmi les discours du pape, il y en a trois qui ont été repris dans leur intégralité sur www.chiesa : celui qu’il a prononcé au Bundestag, le discours adressé aux luthériens et celui qui a été tenu aux catholiques engagés dans l’Église et dans la société :

> Il y a un juge à Berlin. Et il veut retrouver le roi Salomon (22.9.2011)

> "La question brûlante de Martin Luther doit devenir de nouveau notre question" (23.9.2011)

> "C'est de nouveau l’heure de retirer courageusement ce qu'il y a de mondain dans l’Église" (25.9.2011)

Et voici le résumé que Benoît XVI a fait de son voyage, mercredi 28 septembre, lors de la première audience générale qui a suivi son retour :

> "Là où est le Christ, là est l’avenir..."



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

 

 

 

Les États-Unis redécouvrent leur langue maternelle: le latin

dominicanus #Il est vivant !

Le nombre d'immigrés latino-américains y augmentant constamment, ils compteront bientôt plus de cent millions de catholiques. Mais la première évangélisation du pays avait également été catholique et hispanique. Une relecture choc de l'histoire et de l'identité américaines, par l'archevêque de Los Angeles 

 

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ROME, le 13 septembre 2011 – Parmi les nominations clés à la tête de diocèses importantsROME, le 13 septembre 2011 – Parmi les nominations clés à la tête de diocèses important qui ont marqué la phase récente du pontificat de Benoît XVI, il n’y a pas seulement celles d’Angelo Scola à Milan, de Charles J. Chaput à Philadelphie, de Rainer Maria Woelki à Berlin, d’André-Joseph Léonard à Malines-Bruxelles, de Timothy M. Dolan à New-York.

Il y a aussi celle de José H. Gómez à Los Angeles (photo).

Trois des nominations qui sont mentionnées ci-dessus concernent des dirigeants de l’Église catholique aux États-Unis. Ceux-ci sont désormais l’un des principaux pays du catholicisme mondial, aussi bien au point de vue de la quantité qu’à celui de la qualité.

Il y a aujourd’hui 77,7 millions de catholiques aux États-Unis. Mais les dynamiques qui se manifestent actuellement donnent à penser qu’ils seront 110 millions au milieu du XXIe siècle.

L’une de ces dynamiques est celle des flux migratoires. Déjà aujourd’hui un catholique sur trois, aux États-Unis, est originaire d'Amérique latine, parle espagnol ou portugais et fréquente de préférence des églises dans lesquelles il trouve des fidèles également venus du sud.

L'actuel archevêque de Los Angeles est lui-même l’un d’eux. Il est Mexicain, natif de Monterrey. Il fait partie de l'Opus Dei. Précédemment il a été archevêque de San Antonio, au Texas.

Los Angeles et San Antonio : deux noms emblématiques.

En effet, bien avant l’arrivée des Pères pèlerins anglo-protestants sur la côte Est, une évangélisation antérieure, catholique et hispanique, avait pénétré dans les actuels Etats-Unis par le sud et par l’ouest, à partir du XVIe siècle, y laissant de nombreuses traces dans les noms géographiques eux-mêmes.

Aujourd’hui, du fait des immigrations, une autre vague de catholiques d’origine latine est en train de modifier le visage de ce pays. Et elle remet au premier plan ce chapitre de ses origines, qui avait été plutôt négligé jusqu’à maintenant.

C’est précisément ce "morceau manquant" de l’histoire de l’Amérique que l'archevêque de Los Angeles, José H. Gómez, a voulu mettre en évidence au cours d’une conférence qu’il a faite le 28 juillet dernier au Napa Institute, en Californie, dans le cadre des conférences annuelles consacrées aux "catholiques dans l'Amérique de l’avenir".

La thèse de Gómez est que les États-Unis perdent leur identité nationale s’ils oublient que leurs racines partent de la mission hispano-catholique dans le Nouveau Monde.

L'archevêque de Los Angeles s’oppose ainsi aux affirmations de Samuel Huntington, qui soutenait dans son dernier livre que le catholicisme latin des nouveaux immigrés est incompatible avec la culture anglo-protestante des Pères fondateurs.

C’est le contraire qui est vrai, soutient Gómez : "Je crois que nos frères et nos sœurs immigrés sont la clé du renouvellement américain et nous savons tous que l’Amérique a besoin d’un renouvellement économique et politique, mais également spirituel, moral et culturel".

Le texte qui suit est une synthèse de la conférence, rédigée par Gómez lui-même pour "L'Osservatore Romano", qui l'a publiée dans son édition du 11 août.

Il suffit de le lire pour percevoir la force "affirmative" qui caractérise le magistère de certains évêques américains ayant fait récemment l’objet d’une nomination, lorsqu’ils s’adressent aux catholiques et au pays.

 

Sandro Magister

www.chiesa



L’IMMIGRATION ET L’AMÉRIQUE DE L’AVENIR?

par José Horacio Gómez 



[...] L’un de nos problèmes actuels est que nous avons perdu le sens de l’histoire nationale de l’Amérique. Quand nous connaissons notre histoire, ce que nous savons est incomplet. Et si nous ne connaissons pas la totalité de notre histoire, nous finissons par avoir des idées fausses à propos de l’identité et de la culture américaines.


Notre histoire nationale


L’histoire de l’Amérique, telle que la plupart des Américains la connaissent, commence en Nouvelle Angleterre. C’est l’histoire des Pères pèlerins et du Mayflower, du premier Thanksgiving et du sermon de John Winthrop où il est question d’une "cité sur une colline".

Cette histoire est celle de grands hommes tels que Washington, Jefferson et Madison. C’est l’histoire de grands documents comme la Déclaration d’Indépendance et la Déclaration des Droits. C’est une belle histoire. C’est aussi une histoire vraie. Tous les Américains devraient connaître ces personnages ainsi que les idéaux et principes pour lesquels ils ont combattu. À travers cette histoire nous apprenons que notre identité et notre culture d’Américains sont enracinées dans des croyances essentiellement chrétiennes en ce qui concerne la dignité de la personne humaine.

Mais l’histoire des Pères fondateurs et des vérités qu’ils considéraient comme évidentes n’est pas toute l’histoire de l’Amérique. Le reste de l’histoire commence plus d’un siècle avant l’arrivée des Pères pèlerins. Elle commence dans les années 1520 en Floride et dans les années 1540 en Californie.

Ce n’est pas une histoire de colonisation et d’opportunité politique et économique, c’est une histoire d’exploration et d’évangélisation. Cette histoire n’est pas anglo-protestante mais hispano-catholique. Elle est centrée non pas sur la Nouvelle Angleterre mais sur la Nouvelle Espagne – Nueva España – en deux points opposés du continent.

Cette histoire nous apprend qu’avant que cette terre n’ait un nom, ses habitants étaient baptisés au nom de Jésus-Christ. Les habitants de cette terre ont été appelés chrétiens avant d’être appelés Américains. Et ils portaient ce qualificatif en espagnol, en français et en anglais.

Cette histoire nous apprend que, longtemps avant la Boston Tea Party, des missionnaires catholiques célébraient la sainte messe sur le sol de ce continent. Ce sont des catholiques qui ont fondé en 1565 la plus ancienne colonie des États-Unis, à Saint Augustine, en Floride. Des missionnaires immigrés donnaient aux rivières, aux montagnes et aux territoires de ce continent des noms de saints, de sacrements et d’articles de foi.

Aujourd’hui ces noms nous paraissent tout à fait normaux. Mais notre géographie de l’Amérique atteste que notre pays est né de la rencontre avec Jésus-Christ : Sacramento, Las Cruces, Corpus Christi, Sangre de Cristo Mountains.

Un historien du XIXe siècle, John Gilmary Shea a fort bien expliqué qu’avant qu’il n’y ait des maisons dans ce pays, il y avait déjà des autels : "La messe était célébrée pour sanctifier la terre et attirer la bénédiction céleste avant même que l’on n’ait commencé à construire une habitation humaine. L’autel était plus ancien que le foyer".


Le morceau manquant de l’histoire d’Amérique


C’est là le morceau manquant de l’histoire de l’Amérique. Et aujourd’hui plus que jamais, il faut que nous connaissions cet héritage de sainteté et de service – en particulier en tant que catholiques américains. Nous devons connaître, en même temps que Washington et Jefferson, l’histoire de ces grands apôtres de l’Amérique. Nous devons connaître les missionnaires français comme Mère Joseph et deux jésuites, saint Isaac Jogues et le père Jacques Marquette, venus du Canada pour apporter la foi dans la moitié Nord de notre pays. Nous devons connaître les missionnaires hispaniques tels que le franciscain Magin Catalá et le père jésuite Eusebio Kino, venus du Mexique pour évangéliser les territoires du Sud-ouest et du Nord-ouest.

Nous devons connaître l’histoire de gens comme le Vénérable Antonio Margil. Ce prêtre franciscain est l’une de mes figures préférées parmi les premiers évangélisateurs de l’Amérique. Le Vénérable Antonio quitta sa patrie, l’Espagne, pour se rendre dans le Nouveau Monde, en 1683. Il dit à sa mère qu’il y allait parce que "des millions d’âmes [étaient] perdues par manque de prêtres pour dissiper les ténèbres de l’incroyance".

On l’appelait "le Père Volant". Il parcourait de 65 à 80 kilomètres chaque jour, marchant pieds nus. Le sens missionnaire de Frère Antonio était vraiment à l’échelle continentale. Il construisit des églises au Texas et en Louisiane, mais également au Costa-Rica, au Nicaragua, au Guatemala et au Mexique.

C’était un prêtre plein de courage et d’amour. En de nombreuses occasions il faillit être tué par les indigènes qu’il était venu évangéliser. Un jour il se trouva face à une douzaine d’Indiens armés d’arcs et de flèches, prêts à tirer. Une autre fois il manqua d’être brûlé vif sur un bûcher.

J’ai découvert l’existence de Frère Antonio alors que j’étais archevêque de San Antonio, au Texas. Il avait prêché dans cette ville en 1719 et 1720 et il y avait fondé la mission de San José. Il parlait de San Antonio comme du centre de l’évangélisation de l’Amérique. Il disait : "San Antonio… sera le quartier général de toutes les missions que Dieu notre Seigneur créera" de manière à ce que… "le moment venu, tout ce nouveau monde puisse être converti à sa sainte foi catholique".

Voilà la véritable raison d’être de l’Amérique, lorsque nous envisageons notre histoire à la lumière du plan de Dieu pour les nations. L’Amérique est destinée à être un lieu de rencontre avec Jésus-Christ vivant. C’était la motivation des missionnaires qui sont venus ici les premiers. Le caractère et l’esprit national des Américains sont profondément marqués par les valeurs évangéliques qu’ils ont apportées dans ce pays. Ces valeurs sont ce qui rend si spéciaux les documents fondateurs de notre système politique.

Bien qu’elle ait été fondée par des chrétiens, l’Amérique est devenue une terre d’accueil pour une extraordinaire variété de cultures, de religions et de modes de vie, qui s’y épanouissent précisément parce que les fondateurs de notre pays avaient une vision chrétienne de l’être humain, de la liberté et de la vérité.


Le Credo américain


G. K. Chesterton disait, en une formule célèbre, que "L’Amérique est le seul pays au monde qui soit fondé sur un credo". Et il reconnaissait que ce "credo" est fondamentalement chrétien. La conviction de base des Américains est que tous les hommes et toutes les femmes naissent égaux et qu’ils ont reçu de Dieu le droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.

Tous les autres pays dans l’histoire ont été créés sur la base d’un territoire et d’une appartenance ethnique communs – les liens créés par une même terre et une même origine. L’Amérique, au contraire, est fondée sur l’idéal chrétien, sur ce credo qui reflète l’étonnant universalisme de l’Évangile. Le résultat, c’est que nous avons toujours été une nation de nationalités. "E pluribus unum" [Un à partir de plusieurs]. Un peuple composé de gens provenant de nombreuses nations, races et croyances.

Tout au long de l’histoire de notre pays, des problèmes sont apparus à chaque fois que nous avons considéré comme acquis ce credo américain. Ou quand nous avons essayé de le limiter d’une manière quelconque. Voilà pourquoi il est essentiel qu’aujourd’hui nous nous souvenions de l’histoire missionnaire de l’Amérique – et que nous adhérions de nouveau aux concepts qui forment le "credo" fondateur de l’Amérique.

Lorsque nous oublions que les racines de notre pays vont jusqu’à la mission hispano-catholique dans le Nouveau Monde, nous finissons par avoir des idées fausses à propos de notre identité nationale. Nous finissons par penser que les Américains descendent uniquement d’Européens blancs et que notre culture est basée exclusivement sur l’individualisme, sur l’éthique du travail et sur l’état de droit qui nous ont été légués par nos ancêtres anglo-protestants.

Lorsque cela nous est arrivé dans le passé, cela a donné lieu aux épisodes de notre histoire dont nous sommes le moins fiers – les mauvais traitements infligés aux indigènes américains ; l’esclavage ; les poussées récurrentes d’hostilité aux immigrés et d’anticatholicisme ; l’internement des Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre Mondiale ; les drames dus à la théorie de la "Destinée Manifeste".

Il y a, bien entendu, des causes bien plus compliquées derrière ces moments de notre histoire. Mais je crois qu’à leur origine, il est possible de percevoir un facteur commun : l’idée erronée que les “vrais Américains” appartiennent à une race, à une classe, à une religion ou à une origine ethnique particulières.


Une nouvelle période d’hostilité aux immigrés ?


Je crains que, dans les débats actuels à propos de l’immigration, nous ne soyons en train d’entrer dans une nouvelle période d’hostilité aux immigrés. La justification intellectuelle de ce nouveau courant a été formulée, il y a quelques années, dans un livre de Samuel Huntington, de Harvard, intitulé "Who Are We?" ["Qui sommes-nous ? "]. Il y faisait appel à un grand nombre d’arguments qui paraissaient sophistiqués, mais l’argument de base était que l’identité et la culture américaines sont menacées par l’immigration mexicaine.

D’après Huntington, l’authentique identité américaine "était le produit de la culture anglo-protestante qui caractérisait les colons fondateurs de l’Amérique aux XVIIe et XVIIIe siècles". En revanche, les valeurs des Mexicains sont enracinées dans une "culture du catholicisme" qui est fondamentalement incompatible avec la première et qui, affirmait Huntington, n’attribue pas de valeur à la capacité d’initiative ou à l’éthique du travail, mais encourage au contraire la passivité et l’acceptation de la pauvreté.

Il s’agit là de théories hostiles aux immigrés qui sont anciennes et bien connues et que l’on peut aisément discréditer. On pourrait mettre en évidence le magnifique héritage que constituent la littérature et l’art hispaniques, ou bien la réussite d’Américains d’origine mexicaine ou hispanique dans les entreprises, au gouvernement, en médecine et dans d’autres domaines. Malheureusement, aujourd’hui, des idées comme celles de Huntington sont répétées sur les chaînes de télévision câblée et sur les radios de discussion – et même, quelquefois, par certains de nos leaders politiques.

Il n’est pas question de nier qu’il existe des différences significatives entre les concepts culturels hispano-catholiques et anglo-protestants. Ce genre de pensée fanatique est le résultat d’une compréhension incomplète de l’histoire de l’Amérique. Historiquement, les deux cultures sont en droit de réclamer une place dans notre "histoire" nationale – ainsi que dans la formation d’une identité américaine et d’un caractère national authentiques.


Vers un nouveau patriotisme 


Je crois que les catholiques américains ont aujourd’hui un devoir spécial, qui est d’être les gardiens de la vérité en ce qui concerne l’esprit américain et notre identité nationale. Je crois qu’il nous incombe de témoigner d’un nouveau genre de patriotisme américain.

Nous sommes appelés à manifester tout ce qu’il y a de noble dans l’esprit américain. Nous sommes également appelés à défier ceux qui voudraient réduire ou "diminuer" la véritable identité américaine. Depuis que je suis arrivé en Californie, j’ai beaucoup pensé au bienheureux Junípero Serra, un franciscain immigré venu d’Espagne, en passant par le Mexique, pour évangéliser ce grand état.

Le bienheureux Junípero aimait les populations indigènes de ce continent. Il apprit leurs langues, leurs coutumes et leurs croyances locales. Il leur traduisit l’Évangile, les prières et les enseignements de la foi afin que chacun d’eux puisse entendre les grandes œuvres de Dieu dans sa propre langue maternelle ! Il avait l’habitude de tracer le signe de la croix sur le front des gens et de leur dire : Amar a Dios ! Aimez Dieu !

C’est une bonne façon de comprendre notre devoir en tant que catholiques dans notre culture d’aujourd’hui. Nous devons trouver une manière de “traduire” l’Évangile d’amour pour les gens de notre époque. Nous devons rappeler à nos frères et à nos sœurs les vérités enseignées par le bienheureux Junípero et par ses confrères missionnaires. À savoir que nous sommes tous les enfants du même Père céleste et que celui-ci ne considère pas que certaines nationalités ou groupes raciaux sont "inférieurs" ou moins dignes de ses bénédictions.

Les catholiques doivent conduire notre pays vers un nouvel esprit d’empathie. Il faut que nous aidions nos frères et nos sœurs à commencer à percevoir les étrangers qui sont chez nous comme ce qu’ils sont vraiment – et non pas en fonction de catégories politiques ou idéologiques ou de définitions enracinées dans nos propres peurs.

C’est difficile, je le sais. Je sais que c’est un défi particulier que de voir l’humanité de ces immigrés qui sont ici de manière illégale. Mais la vérité c’est qu’il y a très peu de gens qui "choisissent" d’abandonner leur patrie. L’émigration est presque toujours imposée aux gens par les conditions de vie très difficiles dans lesquelles ils doivent vivre.

La plupart des hommes et des femmes qui vivent en Amérique sans avoir les papiers voulus ont parcouru des centaines ou même des milliers de kilomètres. Ils ont laissé derrière eux tout ce qu’ils possédaient, ils ont mis en danger leur sécurité et leur vie. S’ils l’ont fait, ce n’est pas pour leur propre bien-être ou pour des raisons d’intérêt égoïstes. Ils l’ont fait pour nourrir leurs proches. Pour être de bonnes mères et de bons pères. Pour être des fils et des filles aimants.

Ces immigrés – quelle que soit la façon dont ils sont arrivés ici – sont des gens pleins d’énergie et d’aspirations. Ce sont des gens qui n’ont pas peur de travailler dur et de faire des sacrifices. Ils ne ressemblent pas du tout à la description que le professeur Huntington et d’autres en font ! Ces hommes et ces femmes ont du courage et d’autres vertus. La très grande majorité d’entre eux croit en Jésus-Christ et aime notre Église catholique, ils partagent les valeurs américaines traditionnelles de foi, de famille et de communauté.


Immigration et renouvellement américain


Voilà pourquoi je crois que nos frères et sœurs immigrés sont la clé du renouvellement américain. Et nous savons tous que l’Amérique a besoin d’un renouvellement – économique et politique, mais également spirituel, moral et culturel. Je crois que ces hommes et ces femmes qui viennent dans notre pays vont apporter à notre économie un nouvel esprit entrepreneurial, juvénile et prêt à travailler dur. Je crois également qu’ils vont contribuer à renouveler l’âme de l’Amérique.

Dans son dernier livre, "Mémoire et Identité", le bienheureux Jean-Paul II a écrit : "L’histoire de toutes les nations est appelée à prendre sa place dans l’histoire du salut". Nous devons voir l’immigration dans le contexte du besoin de renouvellement de l’Amérique. Et nous devons envisager l’immigration et le renouvellement de l’Amérique en pensant au plan de salut de Dieu et à l’histoire des nations.

La promesse de l’Amérique, c’est que nous pouvons être une nation dans laquelle les hommes et les femmes de toutes races, de toutes croyances et de toutes origines nationales peuvent vivre comme des frères et des sœurs. Chacun de nous est un enfant de cette promesse. Dans la généalogie de presque tout le monde en Amérique, les lignées d’ancêtres nous conduiront en dehors de nos frontières, jusqu’au pays étranger d’où chacun de nos ancêtres est venu à l’origine.

Cet héritage vient maintenant aux catholiques américains comme un cadeau et comme un devoir. Nous sommes appelés à apporter notre propre contribution à ce pays – par la manière dont nous vivons notre foi en Jésus-Christ en tant que citoyens. Notre histoire nous montre que l’Amérique est née de la mission de l’Église envers les nations. "L’Amérique de l’avenir" sera déterminée par les choix que nous faisons en tant que disciples du Christ et citoyens américains. Par nos attitudes et nos actes, par les décisions que nous prenons, nous sommes en train d’écrire les prochains chapitres de l’histoire de l’Amérique.

Que Notre-Dame de Guadalupe, Mère des Amériques, obtienne pour nous le courage dont nous avons besoin pour faire ce que notre bon Seigneur nous demande.


L'institut californien dans lequel l'archevêque de Los Angeles a fait sa conférence :

> Napa Institute

Et le journal du Vatican qui en a publié une synthèse le 11 août 2011 :

> "L'Osservatore Romano"


Les principales données d’une enquête du Pew Forum sur l'immigration latino-américaine aux États-Unis :

> Benoît XVI au Brésil. Pendant ce temps les "latinos" envahissent le Nord
(9.5.2007)




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

La Cantate de Bach que Ratzinger préfère

dominicanus #Il est vivant !

C'est celle, centrée sur la parabole des vierges sages et des vierges folles, du dernier dimanche de l'année liturgique luthérienne. Tous les détails d'un souvenir personnel du pape Benoît XVI, à la veille de son voyage prochain en Allemagne 

 

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ROME, le 5 septembre 2011 – Lors de l’audience de mercredi dernier, s’adressant aux pèlerins et aux fidèles rassemblés sur la petite place de Castel Gandolfo, Benoît XVI a parlé de la beauté de l'art comme "vraie voie vers Dieu qui est la Beauté suprême".

Ce n’est pas la première fois que le pape Joseph Ratzinger affirme que l’art et la musique constituent "la plus grande apologie de notre foi". Autant que la "trace lumineuse" laissée par les saints et davantage que les arguments relevant de la raison.

Cette fois-ci, cependant, le pape y a ajouté un souvenir personnel :

"Il me revient à l’esprit un concert d’œuvres de Jean-Sébastien Bach, à Munich, dirigé par Leonard Bernstein. Au terme du dernier morceau, l’une des Cantates, je ressentis, non pas de façon raisonnée mais au plus profond de mon cœur, que ce que j’avais écouté m’avait transmis la vérité, la vérité du suprême compositeur, et me poussait à rendre grâces à Dieu. A côté de moi se tenait l’évêque luthérien de Munich et spontanément je lui dis : En écoutant cela, on comprend que c’est vrai ; une foi aussi forte est vraie, de même que la beauté qui exprime de façon irrésistible la présence de la vérité de Dieu".

Quelle est cette Cantate de Bach qui avait touché si profondément le cœur du futur pape ?

C’est celle que Bach a composée pour la messe du vingt-septième dimanche après la Trinité, dernier dimanche avant le temps de l'Avent dans l’année liturgique luthérienne.

Parmi les quelque deux cents Cantates que Bach nous a laissées, c’est celle qui porte le numéro BWV 140.

La Cantate était une véritable musique liturgique. Elle prenait place entre les lectures de la messe et l'homélie. À l’époque de Luther il s’agissait d’un simple hymne. Mais au XVIIe siècle elle s’est développée sous la forme qui a ensuite été utilisée par Bach : emploi de l’orgue et d’un orchestre, d’un chœur et de solistes, introduction de chorals, de récitatifs, de duos.

Le texte de la Cantate avait comme point de départ les lectures de la messe du jour, en particulier l’Évangile, dont il faisait la matière d’une intime méditation spirituelle, avec quelquefois des passages poétiques. Parfois l'homélie était placée non pas à la fin de la Cantate mais en son milieu.

Les fidèles l’écoutaient en silence. Il arrivait que le texte de toute l’œuvre fût distribué aux fidèles présents, afin de leur permettre de mieux suivre.

Dans le cas du vingt-septième dimanche après la Trinité – celui de la Cantate dirigée par Bernstein qui avait procuré tant d’émotion à Joseph Ratzinger – les lectures avaient un caractère eschatologique, elles portaient sur la fin des temps.

La première lecture était tirée de la seconde épître aux Corinthiens (5, 1-10) ou bien de la première épître aux Thessaloniciens (5, 1-11) ; l’Évangile était celui de Matthieu 25, 1-13, avec la parabole des vierges sages et des vierges folles :

"Le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, sortirent à la rencontre de l'époux. Cinq d'entre elles étaient folles et cinq étaient sages. Les folles, en prenant leurs lampes, n'avaient pas pris d'huile avec elles ; mais les sages avaient pris de l'huile dans leurs vases avec leurs lampes. Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : 'Voici l'époux ! Allez à sa rencontre !' Alors toutes ces vierges se levèrent et préparèrent leurs lampes. Et les folles dirent aux sages : 'Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent'. Les sages répondirent : 'De crainte qu'il n'y en ait pas assez pour nous et pour vous, allez plutôt chez ceux qui en vendent et achetez-en pour vous'. Mais, pendant qu'elles s'en allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui au festin des noces et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges vinrent aussi, disant : 'Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous !'. Mais il répondit : 'En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas'. Donc veillez, car vous ne savez ni le jour, ni l'heure".

L'auteur du texte de la Cantate, Philipp Nicolai, s’était inspiré précisément de cette parabole en 1599 pour développer sa méditation, avec des références lyriques au Cantique des Cantiques et au symbole des époux.

C’était notamment le cas dans le récitatif qui suit le choral initial :

"Il arrive, il arrive,
le fiancé arrive !
O filles de Sion, venez dehors,
il vient d'en haut avec rapidité 
vers la maison de votre mère.
Le fiancé arrive,
comme un chevreuil et ses jeunes,
il saute sur les collines
et vous apporte le repas du mariage.
Réveillez-vous,
levez-vous pour embrasser le fiancé.
Là, regardez, il arrive par ici".

Ou dans le duo suivant, entre soprano et basse :

S. – Quand viendras-tu, mon sauveur ?
B. – J'arrive, moi qui suis une part de toi.
S. – J'attends, la lampe allumée. Ouvre la salle pour le repas céleste.
B. – J'ouvre la salle pour le repas céleste.
S. – Viens, Jésus !
B. – Viens, âme délicieuse !

C’est sur ce texte que Bach composa à Leipzig l’une de ses Cantates, qui figure à juste titre parmi ses plus célèbres. Elle tire son nom, comme toutes les autres Cantates, des premiers mots du choral d’introduction : "Wachet auf, ruft uns die Stimme".

Ce n’est pas par hasard que cette Cantate clairement eschatologique, qui s’achève sur une vision de la Jérusalem céleste, avait été mise au programme du concert dirigé par Bernstein à Munich, Joseph Ratzinger étant dans le public.

On était en 1981. Ratzinger était archevêque de Munich depuis quatre ans. Le 15 février de cette année-là, l’un des plus grands interprètes de la musique de Bach, en tant qu’organiste et claveciniste mais également en tant que chef d’orchestre, Karl Richter, était mort brusquement dans la capitale de la Bavière.

Ce concert, donné en mémoire de Richter, avec le Bach-Orchestra et le Bach-Choir de Munich, était entièrement composé d’œuvres de Bach. Dans l'ordre :

- le choral "Wenn ich einmal soll scheiden" de la Passion selon saint Matthieu (BWV 244) ;

- le concerto Brandebourgeois n° 3 en sol majeur (BWV 1048) ;

- la Cantate "Wachet auf, ruft uns die Stimme" (BWV 140).

Et après l’entracte :

- le Magnificat en ré majeur (BWV 243).

Par conséquent la Cantate qui avait tellement ému le futur pape concluait, à proprement parler, non pas le concert tout entier, mais seulement sa première partie.

L’évêque luthérien qui était assis à côté de Ratzinger et à qui celui-ci avait confié ses sentiments était Johannes Hanselmann, mort en 2002, grande figure du dialogue œcuménique qu’il conduisit à la déclaration relative à la doctrine de la justification qui fut signée conjointement en 1999 par l’Église catholique et par la fédération luthérienne mondiale.

> "La déclaration sur la doctrine de la justification..."

L’article ci-après du vaticaniste américain John L. Allen offre – à deux semaines du voyage prochain de Benoît XVI en Allemagne – une captivante reconstitution de la naissance difficile de cette déclaration, avec Ratzinger et Hanselmann parmi les principaux acteurs :

> A German pope heads for the Land of Luther

 

Sandro Magister

www.chiesa



Le texte intégral de la Cantate BWV 140 de Jean-Sébastien Bach, dans sa version originale en allemand et en traduction :

> "Wachet auf, ruft uns die Stimme..."

Le texte intégral de l’audience générale de Benoît XVI, le 31 août 2011 :

> "Chers frères et sœurs..."


En fin d’après-midi, ce même mercredi 31 août, Benoît XVI a assisté, dans la cour du palais pontifical de Castel Gandolfo, à un concerto qui lui était offert par le cardinal Domenico Bartolucci, 94 ans, ancien maître du chœur de la Chapelle Sixtine et musicien de grand renom.

Le concert, entièrement composé d’œuvres de Bartolucci, était dirigé par l’un de ses élèves, le très compétent maestro Simone Baiocchi, et il a commencé par un "Benedictus" en l’honneur du pape, composé pour l'occasion.

Remerciant le cardinal Bartolucci, Benoît XVI l’a félicité de sa "valorisation du précieux trésor qu’est le chant grégorien et de l’usage savant [qu’il fait] de la polyphonie, fidèle à la tradition mais également ouvert à de nouvelles sonorités".

Voici le texte intégral du discours du pape à l’issue du concert :

> "Questa sera ci siamo immersi nella musica sacra..."


Tous les articles de www.chiesa portant sur ces questions :

> Focus ARTS ET MUSIQUE

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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Après Madrid. Les innovations de Benoît XVI aux JMJ

dominicanus #Il est vivant !

Trois nouveautés au moins caractérisent les Journées Mondiales de la Jeunesse de ce pape: les temps de silence, la très grande jeunesse des participants, la passion de témoigner de sa foi dans le monde 

 

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ROME, le 24 août 2011 – Après chacun de ses voyages hors d'Italie, Benoît XVI aime à en présenter un bilan à l’occasion de l’audience générale du mercredi qui suit.

C’est ce qu’il avait fait après les Journées Mondiales de la Jeunesse de Cologne, en août 2005 :

> Le message d'espérance des jeunes

En revanche il ne l’avait pas fait trois ans plus tard, à son retour de Sydney, parce que l’on était en juillet, mois pendant lequel les audiences générales sont suspendues. Mais le pape avait commenté ultérieurement son voyage en Australie, lors du discours dans lequel il avait adressé à la curie romaine ses vœux pour Noël 2008, discours reproduit dans ce récent article de www.chiesa :

> Une étoile brille à Madrid

Voici la réflexion que Benoît XVI, de retour de Madrid, a consacrée cette fois-ci, le mercredi 24 août, à ses troisièmes Journées Mondiales de la Jeunesse :

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Cette réflexion et les précédentes montrent que Benoît XVI considère les Journées Mondiales de la Jeunesse comme un moment important de sa mission de successeur de Pierre.

Un simple examen extérieur de ces rassemblements mondiaux met également en évidence des caractéristiques qui se sont manifestées de manière particulièrement visible à Madrid.


***



La première est le silence. Un silence prolongé, très intense, qui saisit, aux moments-clés, la marée de jeunes gens qui, un instant plus tôt, explosait de joie dans une atmosphère de fête.

Le chemin de croix est l’un de ces moments-clés. Un autre, encore plus impressionnant, est celui de l’adoration de la sainte hostie, au cours de la veillée nocturne. Un troisième est celui de la communion pendant la messe de clôture.

L'adoration silencieuse de la sainte hostie est une innovation introduite par Benoît XVI aux Journées Mondiales de la Jeunesse. Le pape s’agenouille et, en même temps que lui, des centaines de milliers de jeunes gens s’agenouillent sur la terre nue. Tous ces jeunes sont tournés non pas vers le pape mais vers "notre pain quotidien" : Jésus.

À Madrid, le violent tonnerre de l’orage qui a précédé l'adoration eucharistique a rendu ce silence encore plus impressionnant. Et il en a été de même le lendemain matin, pendant la messe. L'annulation inattendue de la distribution de la communion – pour des raisons de sécurité qui n’ont pas été précisées – n’a provoqué ni désordre ni distraction dans l’immense foule de jeunes gens mais, au contraire, un silence d’une tenue et d’une intensité surprenantes, une "communion spirituelle" de masse dont il n’y a pas de précédents connus.


***


Une deuxième caractéristique de ces dernières Journées Mondiales de la Jeunesse est l’âge moyen, très bas, des jeunes qui étaient présents : 22 ans.

Cela veut dire que beaucoup d’entre eux y participaient pour la première fois. Leur pape, c’est Benoît XVI, pas Jean-Paul II, qu’il n’ont connu que dans leur enfance. Ils appartiennent à une génération de jeunes et de très jeunes gens qui est très exposée à une culture sécularisée. Mais, en même temps, ils sont le signe que les questions à propos de Dieu et des fins dernières sont vivantes et présentes dans cette génération aussi. Et ce qui fait agir ces jeunes, c’est précisément ces questions, auxquelles un pape comme Benoît XVI apporte des réponses simples tout en étant puissamment exigeantes et attirantes.

Les vétérans des Journées Mondiales de la Jeunesse étaient présents à Madrid. Mais on les trouvait surtout parmi les dizaines de milliers de volontaires qui se sont proposés pour l'organisation. Ou parmi les nombreux prêtres et religieux qui ont accompagné les jeunes et dont les vocations sont nées justement au cours de précédentes Journées Mondiales de la Jeunesse. Il est désormais bien établi que ces rassemblements sont un vivier de futurs leaders des communautés catholiques dans le monde.


***


Une troisième caractéristique est que ces jeunes sont tournés "ad extra". Ils ne sont pas du tout intéressés par les batailles internes à l’Église pour une modernisation qui la mettrait au goût du jour. Ils sont à des années-lumière du "cahier de doléances" de certains de leurs aînés qui demandent le mariage des prêtres, l’ordination des femmes, la communion pour les divorcés remariés, l’élection populaire des évêques, la démocratie dans l’Église, etc.

Pour eux, tout cela est insignifiant. Il leur suffit d’être catholiques comme le pape Benoît le montre et l’explique. Sans détours, sans rabais. Si le prix auquel nous avons été sauvés, le sang du Christ, est élevé, l'offre de vie des vrais chrétiens doit également être élevée.

Ce n’est pas la réorganisation interne de l’Église mais la passion pour l'évangélisation du monde qui fait agir ces jeunes. Le pape allait le leur dire en ces termes, dans son discours qui a été interrompu par l’orage :

"Chers amis, qu’aucune adversité ne vous paralyse. N’ayez pas peur du monde, ni de l’avenir, ni de votre faiblesse. Le Seigneur vous a donné de vivre en ce moment de l’histoire, pour que, grâce à votre foi, son Nom retentisse sur toute la terre".

Le vaticaniste américain John L. Allen a qualifié les jeunes rassemblés à Madrid d’"Evangelical Catholics" :

> Big Picture at World Youth Day: 'It's the Evangelicals, stupid!'

Sandro Magister

www.chiesa




À propos d’une autre innovation introduite par Benoît XVI lors des dernières Journées Mondiales de la Jeunesse :

> Le pape Benoît XVI confesseur. Début à Madrid



Le texte intégral des discours et des homélies de Benoît XVI aux Journées Mondiales de la Jeunesse de Madrid, sur le site du Vatican :

> JMJ 2011 Madrid

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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Soleil à Madrid, tempête à Damas

dominicanus #Il est vivant !

Les quelques chrétiens arabes présents aux Journées Mondiales de la Jeunesse demandent à ne pas être oubliés. En Libye et plus encore en Syrie, ils craignent que la chute des régimes ne leur apporte plus de mal que de bien. La prudence de la diplomatie vaticane 

 

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ROME, le 18 août 2011 – Parmi les centaines de milliers de jeunes qui affluent à Madrid pour les Journées Mondiales de la Jeunesse – le pape Benoît XVI arrive aujourd’hui dans la capitale espagnole – il y en a quelques uns qui viennent des pays arabes.

Ce sont de petits groupes, pour la plupart libanais. La "révolution" juvénile qui a agité les places publiques de différentes villes arabes ne trouve à Madrid qu’un écho minime.

À cela de multiples raisons. Les chrétiens locaux ont participé à cette "révolution" de manière marginale. Et, jusqu’à maintenant, ils n’en ont tiré aucun avantage. En Égypte, par exemple, les gestes initiaux de fraternisation entre chrétiens coptes et musulmans ont été suivis par une reprise d’activité des courants islamistes les plus hostiles, avec de nouvelles agressions contre les hommes et contre les églises.

De plus, presque partout, les évêques locaux, qu’ils soient catholiques ou orthodoxes, ont déconseillé à leurs fidèles de prendre une part active à la contestation des régimes en place.

La diplomatie du Vatican elle-même s’est comportée avec une extrême prudence. Benoît XVI s’est exprimé en de rares occasions et en termes très mesurés.

Un précédent éloquent est celui de l’Irak. Dans ce pays, la hiérarchie catholique avait clairement pris parti pour Saddam Hussein, dont la dictature assurait aux chrétiens une protection qui – craignait-on – disparaîtrait en cas de chute du régime.

Ce qui est effectivement arrivé. Avant les deux guerres du Golfe les chrétiens d’Irak étaient plus de deux millions. Aujourd’hui on estime qu’il en reste 400 000, qui sont constamment menacés.

L’opposition du Saint-Siège aux deux guerres d'Irak trouve là l’une de ses explications.

Aujourd’hui deux pays sont mis particulièrement en évidence : la Libye et la Syrie.


***


En Libye le vicaire apostolique de Tripoli, Giovanni Innocenzo Martinelli, s’est opposé avec vigueur, dès le début, à la guerre entreprise contre Kadhafi par les puissances occidentales, avec l'aval de l'ONU et le soutien de quelques pays arabes.

Initialement cette guerre a bénéficié de l’accord tacite des autorités vaticanes. Mais très vite le pape et le Saint-Siège ont commencé à insister pour que les armes cèdent la place à une solution politique :

> Le Vatican s'associe à la Babel de Libye. En se taisant
 (24.3.2011)

Selon l’évêque Martinelli, la Libye de Kadhafi était le pays arabe dans lequel les chrétiens jouissaient des plus larges libertés, sauf celle de convertir les musulmans au christianisme.

Après avoir commencé par réprimer les chrétiens, Kadhafi avait effectué une spectaculaire marche arrière. En 1986 il avait écrit à Jean-Paul II pour lui demander de lui envoyer des religieuses et des infirmières pour ses hôpitaux. Il y a aujourd’hui en Libye quelque 80 000 religieuses et plus de 10 000 infirmières catholiques, en grande partie philippines. Selon l’évêque Martinelli "ces femmes catholiques, compétentes, gentilles, qui traitent les malades de manière humaine, sont en train de faire changer l’opinion du peuple libyen à propos du christianisme". Kadhafi s’en glorifiait : lorsqu’il recevait la visite d’un membre d’un gouvernement étranger, il l’emmenait immanquablement visiter la cathédrale catholique de Tripoli.

C’est pour cette raison que l’évêque de Tripoli et les autorités vaticanes estiment qu’une sortie de scène de Kadhafi ouvrirait la route à un avenir plein d’embûches pour les catholiques présents en Libye. Selon eux, le groupement confus des opposants ne laisse rien présager de bon.


***


Le cas de la Syrie est encore plus emblématique. La dictature de Bachar el-Assad garantit aux chrétiens, qu’ils soient catholiques ou orthodoxes, une protection que sa chute mettrait certainement en danger. C’est si vrai que la plupart des chrétiens d’Irak, quand ils fuient à l’étranger, se réfugient précisément en Syrie.

Jusqu’à présent, les propos les plus explicites de Benoît XVI à propos de la Syrie sont ceux qu’il a tenus après l'Angélus du dimanche 7 août :

"Je suis avec une vive préoccupation les dramatiques et croissants épisodes de violence en Syrie, qui ont provoqué de nombreuses victimes et de graves souffrances. J'invite les fidèles catholiques à prier, afin que l'effort pour la réconciliation prévale sur la division et sur la rancœur. Je renouvelle en outre aux autorités et à la population syrienne un appel pressant, afin de rétablir aussi vite que possible la coexistence pacifique et de répondre de manière adéquate aux aspirations légitimes des citoyens, dans le respect de leur dignité et pour le bien de la stabilité dans la région".

Les médias syriens n’ont pas du tout parlé de cet appel du pape. Dans une interview qu’il a accordée peu après à Radio Vatican, Gregorios III, patriarche de l’Église gréco-melkite catholique, a exprimé ses condoléances pour les morts "des deux camps, les manifestants et l’armée" et il a déclaré : "Nous n’avons pas peur de l'islam, nous avons peur que le chaos n’apparaisse en Syrie, comme il l’a fait en Irak".

Gregorios III ne parlait pas depuis le siège officiel du patriarcat, à Damas, mais depuis sa résidence d’été d’Ain-Traz, au Liban. Et il parlait pour un public étranger. En effet, jusqu’à présent, en Syrie, aucun dirigeant d’Église n’a jamais osé parler en public d’un après-Assad ni définir comme des manifestants ceux que le régime disqualifie en bloc en les traitant de "terroristes".

En Syrie on considère comme des références les lettres écrites par Gregorios III à des chefs d’état occidentaux pour leur demander de soutenir Assad et de ne pas aider la contestation, lettres que l’on peut lire sur le site web du patriarcat, en arabe, en anglais et en français.

D’autres dirigeants d’Églises chrétiennes ont exprimé en termes encore plus explicites leur soutien au président Assad. Un article d’"Asia News" en a donné un compte-rendu précis :

> L'appello del papa e i timori dei cristiani di Siria

D’après "Asia News", un auxiliaire du patriarche syro-orthodoxe Ignace Zakka Ier aurait été jusqu’à chasser de la cathédrale patriarcale, à la fin d’une "prière œcuménique" pro-Assad, l'ambassadeur des États-Unis en Syrie, Robert Ford, à qui il reprochait d’avoir manifesté sa solidarité avec les opposants de Hama, ville où de violents combats ont fait de nombreux morts, abattus par les chars du régime. Le département d’état américain a démenti.

La Syrie des Assad est dominée par les alaouites, une minorité musulmane chiite, très mal vue par la majorité sunnite. Les chrétiens, catholiques et orthodoxes, bénéficient d’un "statut personnel" favorable, en grande partie tiré du code canonique pour les Églises orientales promulgué par Jean-Paul II en 1990.

Les relations entre Assad, Gregorios III et d’autres leaders chrétiens sont officiellement bonnes. La visite du pape Karol Wojtyla à Damas, en 2001, avait été un succès pour le président. Le pape l’avait écouté sans réagir invectiver impudemment Israël et les Juifs.

Le nonce apostolique à Damas, l'archevêque Mario Zenari, a récemment déclaré que la Syrie était un "exemple d’harmonie entre les différentes confessions religieuses et de respect mutuel entre la majorité musulmane et la minorité chrétienne".

Mais, en privé, plusieurs dirigeants d’Églises doutent de plus en plus de la durée du régime d’Assad et commencent à prendre leurs distances. Certains d’entre eux se sont enfermés depuis un moment dans un silence prudent, comme par exemple le vicaire apostolique latin d’Alep, l’évêque Giuseppe Nazzaro, un franciscain italien.

La chute d’Assad serait considérée par un grand nombre de chrétiens de Syrie comme un cauchemar. Mais il y en a également beaucoup qui approuvent aussi les justes raisons de la contestation d’une dictature qui se révèle de plus en plus comme impitoyable, corrompue, inacceptable.

Et ils attendent du monde extérieur et des Églises non pas le silence et le désintérêt, mais un soutien concret.

Sandro Magister

www.chiesa

 



Le cas de la Syrie commenté par le jésuite Samir Khalil Samir, égyptien et spécialiste de l’islam :

> Rivolta in Siria : le violenze non fermano il popolo assetato di libertà e dignità


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus ISLAM


Le site officiel des prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse :

> Madrid 2011

Et le programme de la visite de Benoît XVI :

> JMJ 2011 Madrid


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Lettre de la Congrégation pour le Clergé aux Recteurs de Sanctuaires

dominicanus #Il est vivant !

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Du Vatican, le 15 août 2011
En l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Prot. N. 2011 0546

Éminence/Excellence Révérendissime,
Dans le grand horizon de la nouvelle évangélisation, cette Congrégation, compétente en la matière, se fait un devoir de transmettre par l'aimable intermédiaire de Votre Éminence/Excellence, une lettre d'encouragement aux Recteurs des Sanctuaires de votre circonscription (cf. P.J.).

Au cours de l'histoire les Sanctuaires sont apparus comme des lieux merveilleux dont la Providence se sert pour la conversion, le soutien et le réconfort de nombre de personnes. Encore aujourd'hui ils peuvent continuer à éclairer de nombreuses personnes par la joie de la foi chrétienne, et contribuer à sensibiliser à l'écoute de l'appel universel à la sainteté. Avec de telles ressources nous pourrons humblement collaborer à endiguer le sécularisme et à augmenter la pratique religieuse.

Nous appelons donc de nos voeux un zèle renouvelé de la part des prêtres chargés du soin pastoral des Sanctuaires, une plus pleine compréhension de l'importance qu’il y a à valoriser chaque occasion pour prendre soin de la liturgie, de la catéchèse, de la prédication, de l'écoute des confessions, de la célébration des sacramentaux et même de l’art sacré, et ainsi, à travers tous ces détails, on pourra proposer de l’aide à ceux qui pénètrent dans un Sanctuaire, ne serait-ce qu’occasionnellement.

En vous remerciant de ce que vous voudrez bien faire pour la diffusion et la mise en valeur de cette lettre, je profite de l’occasion pour vous renouveler en sentiment de profonde affection collégiale l’expression de mon plus grand dévouement dans le Seigneur
 

Mauro Card. Piacenza
Préfet
XCelso Morga Iruzubieta
Arch. tit. de Alba Maritima
Secrétaire
 



Révérends Recteurs,

 

 
Je désire adresser à chacun de vous mon salut cordial, que j'étends volontiers à ceux qui sont à vos côtés dans le soin pastoral des Sanctuaires, avec l'expression de ma sincère gratitude pour le dévouement attentionné avec lequel vous répondez quotidiennement aux besoins pastoraux de pèlerins qui, de toute part dans le monde, accourent toujours plus nombreux dans les lieux de culte qui vous sont confiés.

Par cette Lettre, je me fais avant tout l’interprète des sentiments du Saint-Père Benoît XVI qui considère de grande importance la présence des Sanctuaires, précieux dans la vie de l'Église, puisque, comme but de pèlerinage, ils sont surtout les lieux « d’un rappel, qui attire un nombre croissant de pèlerins et de touristes religieux, certains desquels se trouvent dans des situations humaines et spirituelles complexes, assez éloignés du vécu de la foi et avec une faible appartenance ecclésiale » (Lettre à l'occasion du II Congrès Mondial de pastorale des pèlerinages et des Sanctuaires – Saint Jacques de Compostelle, 27-30 septembre 2010). Le Bienheureux Pape Jean-Paul II affirmait : « toujours et partout, les Sanctuaires chrétiens ont été ou ont voulu être les signes de Dieu, de son irruption dans l'histoire humaine » (Discours aux Recteurs de sanctuaires - 22.01.1981). Les sanctuaires, donc, sont « un signe du Christ vivant parmi nous, et dans ce signe les chrétiens ont toujours reconnu l'initiative de l'amour de Dieu vivant pour les hommes » (Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et Itinérants, le Sanctuaire. Mémoire, présence et prophétie du Dieu vivant - 8.05.1999, n. 5).

Conscient, donc, de la valeur particulière que les sanctuaires revêtent dans l'expérience de foi de chaque chrétien, la Congrégation pour le Clergé, compétente en la matière (cfr. Jean-Paul II, Constitution Apostolique Pastor bonus - 28.06.1988, art. 97, 1°), entend proposer à votre attention quelques considérations destinées à donner une impulsion renouvelée et plus efficace aux activités ordinaires de la pastorale qui se déroulent en ces lieux. Dans un climat de sécularisme diffus, le sanctuaire continue effectivement, encore aujourd'hui, à représenter un lieu privilégié où l'homme, pèlerin sur cette terre, fait l’expérience de la présence affectueuse et salvifique de Dieu. Là il trouve un espace fécond, loin des essoufflements quotidiens, où il peut se recueillir et retrouver sa vigueur spirituelle pour reprendre le chemin de foi avec une plus grande ardeur, pour chercher, trouver et aimer le Christ dans la vie ordinaire au milieu du monde.

Quel est le coeur des activités pastorales dans un Sanctuaire ? La réglementation canonique, à propos de ces lieux de culte, prévoit avec une profonde sagesse théologique et l’expérience de l’Eglise, qu’en ces lieux « on offre aux fidèles avec une plus grande abondance les moyens du salut, en annonçant avec soin la Parole de Dieu, en développant opportunément la vie liturgique, surtout par la célébration de l'Eucharistie et de la Pénitence, comme aussi en cultivant les formes saines de la piété populaire » (can. 1234, §1). La norme canonique donc, en traçant une synthèse précieuse de la pastorale spécifique aux Sanctuaires, fournit une occasion intéressante pour réfléchir brièvement sur quelques éléments fondamentaux caractéristiques de l'office que l’Eglise vous a confié.

 

1. Annonce de la Parole, prière et piété populaire
 

Le sanctuaire est le lieu où résonne avec une singulière puissance la Parole de Dieu. Le Saint Père Benoît XVI, dans l'Exhortation Apostolique post-synodale Verbum Domini, récemment publiée (30.09.2010), réaffirme que l’Eglise « se fonde sur la Parole de Dieu, elle naît et vit d'elle » (n. 3). Elle est la « maison » (cfr. ibidem, n. 52) dans laquelle la parole divine est accueillie, méditée, annoncée et célébrée (cfr. ibidem, n. 121). Ce que le Souverain Pontife dit de l'Église peut être affirmé du Sanctuaire d'une manière analogue.
L'annonce de la Parole revêt un rôle essentiel dans la vie pastorale du Sanctuaire. Les ministres sacrés ont par conséquent la tâche de préparer cette annonce, dans la prière et dans la méditation, en filtrant le contenu de l'annonce à l’aide de la Théologie spirituelle, à l'école du Magistère et des Saints. Les sources principales de leur prédication seront l'Écriture
Sainte et la Liturgie (cfr. Concile OEcuménique Vatican II, Constitution Sacrosanctum Concilium, 4.12.1963, n. 35), auxquelles se joignent le précieux Catéchisme de l'Eglise Catholique et son Abrégé. Le ministère de la Parole, exercé de différentes façon en conformité au dépôt révélé, sera ensuite d'autant plus efficace et incisif qu’il naîtra du coeur, dans la prière, et qu’il s’exprimera à travers des langages accessibles et beaux, capables de montrer correctement l’actualité permanente du Verbe éternel.

La réponse humaine à une annonce féconde de la Parole de Dieu est la prière. « Les Sanctuaires sont, pour les pèlerins en quête de leurs sources vives, des lieux exceptionnels pour vivre « en Église » les formes de la prière chrétienne » (Jean-Paul II, Catéchisme de l'Eglise Catholique [CCC], 11.10.1992, n. 2691). La vie de prière se développe de différentes façons, parmi lesquelles nous trouvons diverses formes de piété populaire qui doivent toujours laisser une « juste place à la proclamation et à l'écoute de la Parole de Dieu ; en effet, “ la piété populaire trouvera dans la Parole Biblique une source inépuisable d'inspiration, des modèles de prière inégalables et des propositions particulièrement fécondes de thèmes“ » (Verbum Domini, n. 65). Le Directoire sur la piété populaire et liturgie (Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, 09.04.2002) dédie un chapitre aux Sanctuaires et aux pèlerinages, en souhaitant « des relations harmonieuses entre les célébrations liturgiques et les pieux exercices » (n. 261). La piété populaire a une grande importance pour la foi, la culture et l'identité chrétienne de beaucoup de peuples. Elle est l’expression de la foi d'un peuple, « vrai trésor du peuple de Dieu » (ibidem, n. 9), dans et pour l’Eglise: pour le comprendre, il suffit d’imaginer la pauvreté à laquelle serait réduite l'histoire de la spiritualité chrétienne d'Occident en l'absence du « Rosaire », du « Chemin de Croix », ou encore des processions. Ce ne sont que deux exemples, mais suffisamment évidents pour relever le caractère indispensable de cette piété.

En exerçant votre ministère auprès d'un Sanctuaire, vous avez souvent l’occasion d'observer les gestes de pitiés, aussi particuliers qu’expressifs, par lesquels les pèlerins ont l’habitude d’exprimer visiblement la foi qui les anime. Les formes multiples et polychromes de dévotion, qui dérivent souvent d’autant de sensibilités et de traditions culturelles, témoignent de l'intensité fervente d'une vie spirituelle alimentée par une prière constante et par le désir intime d'adhérer toujours plus étroitement au Christ. L'Église, consciente de l’incidence significative de ces manifestations religieuses dans la vie spirituelle des fidèles, a toujours reconnu leur valeur et en a respecté les expressions naturelles. Non seulement, mais à travers les enseignements des Pontifes Romains et des Conciles, elle les a recommandées et favorisées. En même temps, pourtant, là où elle a relevé des attitudes ou des mentalités que l’on ne pouvait pas ramener à un sens religieux suffisamment sain, elle a éprouvé le besoin d'intervenir, en purifiant ces actes de leurs éléments fallacieux ou en fournissant des méditations, des cours, des enseignements, etc. La piété populaire, en effet, ne pourra être locus fidei que si elle s’enracine dans une tradition catholique originaire ; alors elle sera un instrument fécond d'évangélisation, dans lequel même les éléments de la culture ambiante autochtone pourront trouver accueil et dignité en synergie.

Comme responsables de la pastorale dans les Sanctuaires, par conséquent, votre tâche est d'instruire les pèlerins sur le caractère absolument prééminent que la célébration liturgique doit revêtir dans la vie de chaque croyant. La pratique personnelle de formes de piété populaire ne doit absolument pas être entravée ou rejetée, au contraire il faut la favoriser, mais elle ne peut pas se substituer à la participation au culte liturgique. Ces expressions, en effet, plutôt que s'opposer à la place centrale de la Liturgie, doivent l’accompagner et être toujours orientées vers elle. C’est en effet dans la célébration liturgique des Sacrés Mystères que s'exprime la prière commune de toute l'Église.

 

2. Miséricorde de Dieu dans le sacrement de la Pénitence


La mémoire de l'amour de Dieu, qui se fait présent de façon éminente dans le sanctuaire, amène à la demande de pardon pour ses péchés et au désir d'implorer le don de la fidélité au dépôt de la foi. Le Sanctuaire est aussi le lieu de l’actualisation permanente de la miséricorde de Dieu. C’est le lieu accueillant où l'homme peut avoir une réelle rencontre avec le Christ, en faisant l’expérience de la Vérité de Son enseignement et de Son pardon, pour s'approcher dignement, et donc fructueusement, de l'Eucharistie.

Dans ce but il faut favoriser, et là où c’est possible intensifier, la présence constante de prêtres qui, avec un esprit humble et accueillant, se consacrent généreusement à l'écoute des confessions sacramentelles. Dans l'administration du sacrement du Pardon et de la Réconciliation, les confesseurs, qui agissent comme « le signe et l'instrument de l'amour miséricordieux de Dieu envers le pécheur » (CEC, n. 1465), aident les pénitents à expérimenter la tendresse de Dieu, à percevoir la beauté et la grandeur de sa bonté, et à redécouvrir en leurs coeurs le désir intime de la sainteté, vocation universelle et fin ultime de chaque croyant (cfr. Congrégation pour le Clergé, le Prêtre ministre de la miséricorde divine, 9.03.2011, n. 22).

Les confesseurs, en éclairant la conscience des pénitents, mettent aussi en évidence le lien étroit qui relie la Confession sacramentelle à une existence nouvelle, orientée vers une conversion décidée. Qu'ils exhortent donc les fidèles à s'approcher avec régularité et avec une dévotion fervente de ce sacrement, pour que, soutenus par la grâce qui y est offerte, ils puissent alimenter constamment leur fidèle engagement d'adhésion au Christ, en progressant dans la perfection évangélique.

Que les ministres de la Pénitence soient disponibles et accessibles, en cultivant une attitude compréhensive, accueillante et encourageante (cfr. Le Prêtre ministre de la miséricorde divine, nn. 51-57). Pour respecter la liberté de chaque fidèle et aussi pour favoriser une pleine sincérité au for sacramentel, il est opportun que soient disponibles en des endroits indiqués (par exemple, si possible, une chapelle de la Réconciliation), des confessionnaux pourvus d'une grille fixe. Comme l’enseigne le Bienheureux Pape Jean-Paul II dans la Lettre Apostolique Misericordia Dei (7.04.2002) : « La question du siège pour les confessions est disciplinée par les normes promulguées par chaque conférence d’évêques, qui garantiront qu'il soit placé en un lieu visible et soit aussi pourvu d’une grille fixe, pour permettre aux fidèles et aux confesseurs mêmes qui le désirent de s’en servir librement » (n. 9, b - cfr. Can. 964, § 2 ; Conseil Pontifical pour l'Interprétation des textes Législatifs, Responsa ad propositum dubium : de loco excipiendi sacramentales confessiones [7 Juillet 1998] : AAS 90 [1998] 711 ; cfr. Le Prêtre ministre de la miséricorde divine, n. 41). Les ministres, en outre, auront soin de faire comprendre les fruits spirituels dérivants de la rémission des péchés. Le sacrement de la Pénitence, en effet, « apporte une véritable « résurrection spirituelle », une restitution de la dignité et des biens de la vie des enfants de Dieu dont le plus précieux est l'amitié de Dieu » (CEC, n. 1468).

En considération du fait que les Sanctuaires sont des lieux de vraie conversion, il peut être opportun de renforcer la formation des confesseurs pour le soin pastoral de ceux qui n’ont pas respecté la vie humaine, de la conception jusqu'à son terme naturel. Les prêtres, ensuite, en dispensant la miséricorde divine, doivent remplir ce ministère particulier comme il se doit, en adhérant avec fidélité à l'enseignement authentique de l'Église. Qu’ils soient bien formés dans la doctrine, et qu’ils ne négligent pas de se mettre à jour périodiquement surtout dans les questions touchant à la morale et à la bioéthique (cfr. CEC, n. 1466). Dans le domaine matrimonial également, qu’ils respectent ce qu’enseigne avec autorité le Magistère ecclésial. Qu'ils évitent donc de manifester en siège sacramentel des doctrines privées, des opinions personnelles ou des évaluations arbitraires non conformes à ce que l’Eglise croie et enseigne. Pour leur formation permanente il sera utile de les encourager à participer à des cours spécialisés, comme par exemple, ceux qu’organise la Pénitencerie Apostolique et quelques Universités Pontificales (cfr. Le Prêtre ministre de la miséricorde divine, n. 63).

 

3. L'Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne


La Parole de Dieu et la célébration de la Pénitence sont intimement unis à la Sainte Eucharistie, mystère central en lequel « est renfermé tout le bien spirituel de l'Église, c'est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâques » (Concile OEcuménique Vatican II, Décret Presbyterorum ordinis, 7.12.1965, n. 5). La célébration Eucharistique constitue le coeur de la vie sacramentelle du Sanctuaire. Le Seigneur s’y donne à nous. Il faut dès lors que les pèlerins qui visitent les sanctuaires soient rendus conscients que, s'ils accueillent avec confiance le Christ eucharistique en leur intimité, Il leur offre la possibilité d'une réelle transformation de l'existence.

Que la dignité de la célébration Eucharistique soit aussi opportunément mise en valeur grâce au chant grégorien, polyphonique ou populaire (cfr. Sacrosanctum Concilium, nn. 116 et 118) ; mais également en sélectionnant adéquatement tant les instruments de musique les plus nobles (orgues à tuyaux et similaires - cfr. ibidem, n. 120), que les vêtements revêtus par les ministres ainsi que les objets utilisés dans la Liturgie. Ceux-ci doivent répondre à des critères de noblesse et de caractère sacré. Dans le cas des concélébrations, que l’on veille à avoir un Maître des cérémonies qui ne concélèbre pas, et que l’on fasse ce qui est possible pour que chaque concélébrant revête la chasuble, en tant qu’ornement propre du prêtre qui célèbre les divins mystères.

Le Saint Père Benoît XVI écrivait, dans l'Exhortation Apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis (22.02.2007), que « la meilleure catéchèse sur l'Eucharistie est l’Eucharistie elle-même bien célébrée » (n. 64). Dès lors, que dans la Sainte Messe les ministres respectent fidèlement ce qu’établissent les normes des Livres liturgiques. Les rubriques, en effet, ne sont pas des indications facultatives pour le célébrant mais plutôt des prescriptions obligatoires qu'il doit observer soigneusement avec fidélité à chaque geste ou signe. Chaque norme, en effet, est sous-tendue par un sens théologique profond, qui ne peut être ni diminué ni simplement ignoré. Un style de célébration qui introduirait des innovations liturgiques arbitraires, en plus d'engendrer la confusion et la division parmi les fidèles, lèserait la vénérable Tradition et l'autorité même de l'Église, ainsi que l'unité ecclésiale.

Le prêtre qui préside l'Eucharistie n'est cependant pas non plus un simple exécutant de rubriques rituelles. Plutôt, la participation intérieure intense et dévote avec laquelle il célébrera les divins mystères, accompagnée d’une valorisation opportune des signes et des gestes liturgiques prévus, non seulement façonnera son esprit de prière, mais se révélera aussi féconde pour la foi eucharistique des croyants qui participent à la célébration avec leur actuosa partecipatio (cfr. Sacrosanctum Concilium, n.14).

Comme fruit de Son don dans l'Eucharistie, Jésus-Christ demeure sous les espèces du pain. Les célébrations comme l'Adoration eucharistique en-dehors de la sainte Messe, avec l'exposition et la bénédiction du Très saint Sacrement, manifestent ce qui est au coeur de la célébration : l'Adoration, c'est-à-dire l'union avec Jésus Hostie.

À cet égard, le Pape Benoît XVI enseigne que « dans l'Eucharistie, en effet, le Fils de Dieu vient à notre rencontre et désire s'unir à nous ; l'adoration eucharistique n'est rien d’autre que le développement explicite de la Célébration eucharistique, qui est en elle-même le plus grand acte d'adoration de l'Église » (Sacramentum Caritatis, n. 66), et il ajoute aussi : « L'acte d'adoration en-dehors de la Messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la Célébration liturgique elle-même » (là). De la sorte, que l’on attribue une importance très considérable à l’emplacement du tabernacle dans le Sanctuaire (ou aussi à celui d'une chapelle destinée exclusivement à l'adoration du Saint-Sacrement) puisqu'il est en lui-même un « aimant », une invitation et un stimulant pour la prière, l'adoration, la méditation, l'intimité avec le Seigneur. Le Souverain Pontife, dans l’Exhortation susmentionnée, souligne que « la localisation correcte [du tabernacle], aide en effet à reconnaître la présence réelle du Christ dans le Saint-Sacrement. Il est donc nécessaire que le lieu où sont conservées les espèces eucharistiques soit facilement identifiable par quiconque entre dans une église, grâce aussi à la traditionnelle veilleuse » (ibidem, n. 69).

Que le tabernacle, réserve eucharistique, occupe donc une place prééminente dans les Sanctuaires, et aussi, en se souvenant de la relation entre art, foi et célébration, que l’on fasse attention « à l'unité entre les éléments constitutifs du presbyterium : autel, crucifix, tabernacle, ambon, siège » (ibidem, n. 41). L’emplacement correct des signes éloquents de notre foi, dans l'architecture des lieux de culte, favorise indubitablement, en particulier dans les sanctuaires, la juste priorité du Christ, pierre vivante, avant même de saluer la Vierge ou les Saints justement vénérés en ce lieu, en donnant ainsi l’occasion à la piété populaire de manifester ses racines vraiment eucharistiques et chrétiennes.

 

4. Un nouveau dynamisme pour l'évangélisation


Enfin, j’aime remarquer qu'encore aujourd'hui les Sanctuaires conservent une fascination extraordinaire, comme en témoigne le nombre croissant de pèlerins qui s’y rendent. Il n’est pas rare qu’il s’agisse d'hommes et de femmes de tout âge et condition, porteurs de situations humaines et spirituelles complexes, assez éloignés d'une vie de foi solide, ou avec un sens d'appartenance ecclésiale fragile. Rendre visite à un Sanctuaire peut se révéler pour eux une précieuse occasion de rencontrer le Chris, et de redécouvrir le sens profond de leur vocation baptismale, ou d’en percevoir l’appel salutaire.

J'exhorte donc chacun de vous à porter sur ces personnes un regard particulièrement accueillant et attentionné. Dans ce domaine également, que rien ne soit laissé à l'improvisation. Avec sagesse évangélique et une sensibilité élargie, il serait hautement éducatif de devenir compagnon de voyage des pèlerins et visiteurs, en déterminant les raisons du coeur et les attentes de l'esprit. Dans un tel service la collaboration à des tâches
particulières de la part de personnes douées d'une humanité accueillante, de perspicacité spirituelle, d'intelligence théologale, servira à introduire les pèlerins au Sanctuaire comme à un événement de grâce, un lieu d'expérience religieuse, de joie retrouvée. À cet égard il sera avantageux de considérer la possibilité de créer des rendez-vous spirituels même en soirée ou de nuit (des adorations nocturnes ou des veillées de prière), là où l'afflux de pèlerins reprend de façon notable avec un flux permanent.

Votre charité pastorale pourra constituer une bonne occasion et un fort stimulant pour que jaillisse dans leur coeur le désir d'entreprendre un chemin de foi sérieux et intense. Avec diverses formes de catéchèse, vous pourrez faire comprendre que la foi, loin d'être un sentiment religieux vague et abstrait, est concrètement tangible et qu’elle s'exprime toujours dans l'amour et la justice des uns envers les autres.

Ainsi, auprès des Sanctuaires, l'enseignement de la Parole de Dieu et de la doctrine de l'Église, au moyen des prédications, des catéchèses, de la direction spirituelle et des retraites, constitue une excellente préparation pour accueillir le pardon de Dieu dans le sacrement de la Pénitence, et la participation active et fructueuse à la célébration du Sacrifice de l'autel. L'Adoration eucharistique, la pieuse pratique du Chemin de Croix et la prière christologique et mariale du Saint Rosaire seront, avec les sacramentaux et les bénédictions votives, des témoignages de la piété humaine et un chemin avec Jésus vers l'amour miséricordieux du Père dans l'Esprit. Ainsi la pastorale de la famille sera renforcée, et la prière de l'Église au « Maître de la moisson parce qu'il envoie des ouvriers à sa moisson » (Mt 9, 38) sera heureusement féconde : de saintes et nombreuses vocations sacerdotales et
consécration particulière !Que les Sanctuaires en outre, dans la fidélité à leur tradition glorieuse, n'oublient pas de s’engager dans les oeuvres caritatives et dans le service de l'assistance, dans la promotion humaine, dans la sauvegarde des droits de la personne, dans l'engagement pour la justice, selon la doctrine sociale de l'Église. Autour d’eux il est bien que fleurissent aussi des initiatives culturelles, comme des congrès, des séminaires, des expositions, des revues, des concours et autres manifestations artistiques sur des thèmes religieux. De la sorte les Sanctuaires deviendront aussi des promoteurs de culture, tant savante que populaire, en contribuant pour leur part au projet culturel de l'Église, orienté en sens chrétien.

Ainsi sous la conduite de la Vierge Marie, Étoile de la nouvelle évangélisation à travers qui la grâce elle-même se communique à l'humanité qui a besoin de rédemption, l’Eglise se prépare partout dans le monde à la venue du Sauveur. Les Sanctuaires, lieux dans lesquels on se rend pour chercher, pour écouter, pour prier, deviendront mystérieusement les lieux dans lesquels on sera vraiment touché par Dieu à travers sa Parole, le sacrement de la Réconciliation et de l'Eucharistie, l'intercession de la Mère de Dieu et des Saints. Ce n’est que de cette façon, entre les vagues et les tempêtes de l'histoire, en défiant le sens opiniâtre de relativisme qui règne actuellement, que les sanctuaires seront les promoteurs d’un dynamisme renouvelé en vue de la nouvelle évangélisation tellement attendue.

En remerciant encore chaque Recteur pour le dévouement et la charité pastorale qu’il déploie pour que le Sanctuaire soit toujours davantage un signe de la présence aimante du Verbe Incarné, nous vous assurons de notre plus cordiale proximité dans le seigneur, sous le regard de la Bienheureuse Vierge Marie.

Du Vatican, le 15 août 2011
En l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Mauro Card. Piacenza
Préfet
X Celso Morga Iruzubieta
Arch. tit. de Alba Maritima
Secrétaire

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