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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

la vache qui rumine (annees b - c)

Pie XI, Institution de la fête du Christ Roi (4)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
10. II est presque inutile de rappeler qu'elle comporte les trois pouvoirs, sans lesquels on saurait à peine concevoir l'autorité royale. Les textes des Saintes Lettres que Nous avons apportés en témoignage de la souveraineté universelle de notre Rédempteur le prouvent surabondamment. C'est, d'ailleurs, un dogme de foi catholique que le Christ Jésus a été donné aux hommes à la fois comme Rédempteur, de qui ils doivent attendre leur salut, et comme Législateur, à qui ils sont tenus d'obéir. Les évangélistes ne se bornent pas à affirmer que le Christ a légiféré, mais ils nous le montrent dans l'exercice même de son pouvoir législatif.

À tous ceux qui observent ses préceptes, le divin Maître déclare, en diverses occasions et de diverses manières, qu'ils prouveront ainsi leur amour envers lui et qu'ils demeureront en son amour.

Quant au pouvoir judiciaire, Jésus en personne affirme l'avoir reçu du Père, dans une réponse aux Juifs qui l'accusaient d'avoir violé le Sabbat en guérissant miraculeusement un malade durant ce jour de repos: " Le Père, leur dit-il, ne juge personne, mais il a donné au Fils tout jugement ". Dans ce pouvoir judiciaire est également compris - car il en est inséparable - le droit de récompenser ou de châtier les hommes, même durant leur vie.

Il faut encore attribuer au Christ le pouvoir exécutif : car tous inéluctablement doivent être soumis à son empire; personne ne pourra éviter, s'il est rebelle, la condamnation et les supplices que Jésus a annoncés.

11. Toutefois, ce royaume est avant tout spirituel et concerne avant tout l'ordre spirituel: les paroles de la Bible que Nous avons rapportées plus haut en sont une preuve évidente, que vient confirmer, à maintes reprises, l'attitude du Christ-Seigneur.

Quand les Juifs, et même les Apôtres, s'imaginent à tort que le Messie affranchira son peuple et restaurera le royaume d'Israël, il détruit cette illusion et leur enlève ce vain espoir; lorsque la foule qui l'entoure veut, dans son enthousiasme, le proclamer roi, il se dérobe à ce titre et à ces honneurs par la fuite et en se tenant caché; devant le gouverneur romain, encore, il déclare que son royaume n'est pas de ce monde. Dans ce royaume, tel que nous le dépeignent les Évangiles, les hommes se préparent à entrer en faisant pénitence. Personne ne peut y entrer sans la foi et sans le baptême; mais le baptême, tout en étant un rite extérieur, figure et réalise une régénération intime. Ce royaume s'oppose uniquement au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres; à ses adeptes il demande non seulement de détacher leur cœur des richesses et des biens terrestres, de pratiquer la douceur et d'avoir faim et soif de la justice, mais encore de se renoncer eux-mêmes et de porter leur croix. C'est pour l'Eglise que le Christ, comme Rédempteur, a versé le prix de son sang; c'est pour expier nos péchés que, comme Prêtre, il s'est offert lui-même et s'offre perpétuellement comme victime: qui ne voit que sa charge royale doit revêtir le caractère spirituel et participer à la nature supraterrestre de cette double fonction?

12. D'autre part, ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-Homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu'elles soient: il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer à son gré de toutes ces créatures.

Néanmoins, tant qu'il vécut sur terre, il s'est totalement abstenu d'exercer cette domination terrestre, il a dédaigné la possession et l'administration des choses humaines, abandonnant ce soin à leurs possesseurs. Ce qu'il a fait alors, il le continue aujourd'hui. Pensée exprimée d'une manière fort heureuse dans la liturgie: " Il ne ravit point les diadèmes éphémères, celui qui distribue les couronnes du ciel. "

13. Ainsi donc, le souverain domaine de notre Rédempteur embrasse la totalité des hommes. Sur ce sujet, Nous faisons Volontiers Nôtres les paroles de Notre Prédécesseur Léon XIII, d'immortelle mémoire: " Son empire ne s'étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l'Église même s'ils sont égarés loin d'elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l'empire du Christ Jésus, c'est, en stricte vérité, l'universalité du genre humain. "

Et, à cet égard, il n'y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les États; car les hommes ne sont pas moins soumis à l'autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. Il est l'unique source du salut, de celui des sociétés comme de celui des individus: Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes qu'il leur faille invoquer pour être sauvés.

Il est l'unique auteur, pour l'État comme pour chaque citoyen, de la prospérité et du vrai bonheur: " La cité ne tient pas son bonheur d'une autre source que les particuliers, vu qu'une cité n'est pas autre chose qu'un ensemble de particuliers unis en société. " Les chefs d'État ne sauraient donc refuser de rendre - en leur nom personnel, et avec tout leur peuple - des hommages publics, de respect et de soumission à la souveraineté du Christ; tout en sauvegardant leur autorité, ils travailleront ainsi à promouvoir et à développer la prospérité nationale.

14. Au début de Notre Pontificat, Nous déplorions combien sérieusement avaient diminué le prestige du droit et le respect dû à l'autorité; ce que Nous écrivions alors n'a perdu dans le temps présent ni de son actualité ni de son à-propos: " Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l'autorité ne tenant plus son origine de Dieu mais des hommes, il arriva que... les bases mêmes de l'autorité furent renversées dès lors qu'on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d'obéir pour les autres. Inéluctablement, il s'en est suivi un ébranlement de la société humaine tout entière, désormais privée de soutien et d'appui solides (Pie XI, Lettre encyclique Ubi arcano, 23 décembre 1922). "

Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables - une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix -- se répandraient infailliblement sur la société tout entière.

En imprimant à l'autorité des princes et des chefs d'État un caractère sacré, la dignité royale de Notre Seigneur ennoblit du même coup les devoirs et la soumission des citoyens. Au point que l'Apôtre saint Paul, après avoir ordonné aux femmes mariées et aux esclaves de révérer le Christ dans la personne de leur mari et dans celle de leur maître, leur recommandait néanmoins de leur obéir non servilement comme à des hommes, mais uniquement en esprit de foi comme à des représentants du Christ; car il est honteux, quand on a été racheté par le Christ, d'être soumis servilement à un homme: Vous avez été rachetés un grand prix, ne soyez plus soumis servilement à des hommes.

Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu'ils commandent bien moins en leur propre nom qu'au nom et à la place du divin Roi, il est évident qu'ils useraient de leur autorité avec toute la vertu et la sagesse possibles. Dans l'élaboration et l'application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés!

15. Alors on verrait l'ordre et la tranquillité s'épanouir et se consolider; toute cause de révolte se trouverait écartée; tout en reconnaissant dans le prince et les autres dignitaires de l'État des hommes comme les autres, ses égaux par la nature humaine, en les voyant même, pour une raison ou pour une autre, incapables ou indignes, le citoyen ne refuserait point pour autant de leur obéir quand il observerait qu'en leurs personnes s'offrent à lui l'image et l'autorité du Christ Dieu et Homme.

Alors les peuples goûteraient les bienfaits de la concorde et de la paix. Plus loin s'étend un royaume, plus il embrasse l'universalité du genre humain, plus aussi - c'est incontestable - les hommes prennent conscience du lien mutuel qui les unit. Cette conscience préviendrait et empêcherait la plupart des conflits; en tout cas, elle adoucirait et atténuerait leur violence. Pourquoi donc, si le royaume du Christ s'étendait de fait comme il s'étend en droit à tous les hommes, pourquoi désespérer de cette paix que le Roi pacifique est venu apporter sur la terre? Il est venu tout réconcilier; il n'est pas venu pour être servi, mais pour servir; maître de toutes créatures, il a donné lui-même l'exemple de l'humilité et a fait de l'humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger.

16. Oh! qui dira le bonheur de l'humanité si tous, individus, familles, États, se laissaient gouverner par le Christ! " Alors enfin - pour reprendre les paroles que Notre Prédécesseur Léon XIII adressait, il y a vingt-cinq ans, aux évêques de l'univers - il serait possible de guérir tant de blessures; tout droit retrouverait, avec sa vigueur native, son ancienne autorité; la paix réapparaîtrait avec tous ses bienfaits; les glaives tomberaient et les armes glisseraient des mains, le jour où tous les hommes accepteraient de bon cœur la souveraineté du Christ, obéiraient à ses commandements, et où toute langue confesserait que " le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père ".

Pie XI, Lettre encyclique Quas primas

Pie XI, Institution de la fête du Christ Roi (3)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
7. De cette doctrine, commune à tous les Livres Saints, dérive naturellement cette conséquence : étant le royaume du Christ sur la terre, qui doit s'étendre à tous les hommes et tous les pays de l'univers, l'Eglise catholique se devait, au cours du cycle annuel de la liturgie, de saluer par des manifestations multiples de vénération, en son Auteur et Fondateur, le Roi, le Seigneur, le Roi des rois. Sous une admirable variété de formules, ces hommages expriment une seule et même pensée; l'Eglise les employait jadis dans sa psalmodie et dans les anciens sacramentaires; elle en fait le même usage à présent dans les prières publiques de l'Office qu'elle adresse chaque jour à la majesté divine et, à la sainte messe, dans l'immolation de l'hostie sans tache. En cette louange perpétuelle du Christ-Roi, il est facile de saisir le merveilleux accord de nos rites avec ceux des Orientaux, en sorte que se vérifie, ici encore, l'exactitude de la maxime: " Les lois de la prière établissent les lois de la croyance. "

8. Quant au fondement de cette dignité et de cette puissance de Notre-Seigneur, saint Cyrille d'Alexandrie l'indique très bien: " Pour le dire en un mot, dit-il, la souveraineté que Jésus possède sur toutes les créatures, il ne l'a point ravie par la force, il ne l'a point reçue d'une main étrangère, mais c'est le privilège de son essence et de sa nature ". En d'autres termes, son pouvoir royal repose sur cette admirable union qu'on nomme l'union hypostatique.

Il en résulte que les anges et les hommes ne doivent pas seulement adorer le Christ comme Dieu, mais aussi obéir et être soumis à l'autorité qu'il possède comme homme; car, au seul titre de l'union hypostatique, le Christ a pouvoir sur toutes les créatures.

9. Mais quoi de plus délectable, de plus suave que de penser que le Christ, en outre, règne sur nous non seulement par droit de nature, mais encore par droit acquis, puisqu'il nous a rachetés? Ah! puissent tous les hommes qui l'oublient se souvenir du prix que nous avons coûté à notre Sauveur : Vous n'avez pas été rachetés avec de l'or ou de l'argent corruptibles, mais par le sang précieux du Christ, le sang d'un agneau sans tache et sans défaut. Le Christ nous a achetés à grand prix ; nous ne nous appartenons plus. Nos corps eux-mêmes sont des membres du Christ.

Nous voulons maintenant expliquer brièvement la nature et l'importance de cette royauté.


Pie XI, Lettre encyclique Quas primas

Pie XI, Institution de la fête du Christ Roi (2)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
4. Depuis longtemps, dans le langage courant, on donne au Christ le titre de Roi au sens métaphorique ; il l'est, en effet, par l'éminente et suprême perfection dont il surpasse toutes les créatures. Ainsi, on dit qu'il règne sur les intelligences humaines, à cause de la pénétration de son esprit et de l'étendue de sa science, mais surtout parce qu'il est la Vérité et que c'est de lui que les hommes doivent recevoir la vérité et l'accepter docilement. On dit qu'il règne sur les volontés humaines, parce qu'en lui, à la sainteté de la volonté divine correspond une parfaite rectitude et soumission de la volonté humaine, mais aussi parce que sous ses inspirations et ses impulsions notre volonté libre s'enthousiasme pour les plus nobles causes. On dit enfin qu'il est le Roi des cœurs, à cause de son inconcevable charité qui surpasse toute compréhension humaine et à cause de sa douceur et de sa bonté qui attirent à lui tous les cœurs: car dans tout le genre humain il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais personne pour être aimé comme le Christ Jésus.

5. Mais, pour entrer plus à fond dans Notre sujet, il est de toute évidence que le nom et la puissance de roi doivent être attribués, au sens propre du mot, au Christ dans son humanité ; car c'est seulement du Christ en tant qu'homme qu'on peut dire: Il a reçu du Père la puissance, l'honneur et la royauté ; comme Verbe de Dieu, consubstantiel au Père, il ne peut pas ne pas avoir tout en commun avec le Père et, par suite, la souveraineté suprême et absolue sur toutes les créatures.

6. Que le Christ soit Roi, ne le lisons-nous pas dans maints passages des Ecritures ! C'est lui le Dominateur issu de Jacob, le Roi établi par le Père sur Sion, sa montagne sainte, pour recevoir en héritage les nations et étendre son domaine jusqu'aux confins de la terre, le véritable Roi futur d'Israël, figuré, dans le cantique nuptial, sous les traits d'un roi très riche et très puissant, auquel s'adressent ces paroles: Votre trône, ô Dieu, est dressé pour l'éternité; le sceptre de votre royauté est un sceptre de droiture.

Passons sur beaucoup de passages analogues; mais, dans un autre endroit, comme pour dessiner avec plus de précision les traits du Christ, on nous prédit que son royaume ignorera les frontières et sera enrichi des trésors de la justice et de la paix: En ses jours se lèvera la justice avec l'abondance de la paix... Il dominera, d'une mer à l'autre, du fleuve jusqu'aux extrémités de la terre.

A ces témoignages s'ajoutent encore plus nombreux les oracles des prophètes et notamment celui, bien connu, d'Isaïe: Un petit enfant... nous est né, un fils nous a été donné. La charge du commandement a été posée sur ses épaules. On l'appellera l'Admirable, le Conseiller, Dieu, le Fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix. Son empire s'étendra et jouira d'une paix sans fin; il s'assoira sur le trône de David et dominera sur son royaume, pour l'établir et l'affermir dans la justice et l'équité, maintenant et à jamais.

Les autres prophètes ne s'expriment pas différemment.

Tel Jérémie, annonçant dans la race de David un germe de justice, ce fils de David qui régnera en roi, sera sage et établira la justice sur la terre. Tel Daniel, prédisant la constitution par le Dieu du ciel d'un royaume qui ne sera jamais renversé... et qui durera éternellement ; et, peu après, il ajoute : Je regardais durant une vision nocturne, et voilà que, sur les nuées du ciel, quelqu'un s'avançait semblable au Fils de l'homme ; il parvint jusqu'auprès de l'Ancien des jours et on le présenta devant lui. Et celui-ci lui donna la puissance, l'honneur et la royauté; tous les peuples, de toutes races et de toutes langues, le serviront; sa puissance est une puissance éternelle, qui ne lui sera pas retirée, et son royaume sera incorruptible. Tel Zacharie, prophétisant l'entrée à Jérusalem, aux acclamations de la foule, du juste et du sauveur, le Roi plein de mansuétude monté sur une ânesse et sur son poulain : les saints évangélistes n'ont-ils pas constaté et prouvé la réalisation de cette prophétie ?

Cette doctrine du Christ-Roi, Nous venons de l'esquisser d'après les livres de l'Ancien Testament; mais tant s'en faut qu'elle disparaisse dans les pages du Nouveau; elle y est, au contraire, confirmée d'une manière magnifique et en termes splendides.

Rappelons seulement le message de l'archange apprenant à la Vierge qu'elle engendrera un fils; qu'à ce fils le Seigneur Dieu donnera le trône de David, son père; qu'il régnera éternellement sur la maison de Jacob et que son règne n'aura point de fin. Ecoutons maintenant les témoignages du Christ lui-même sur sa souveraineté. Dès que l'occasion se présente - dans son dernier discours au peuple sur les récompenses ou les châtiments réservés dans la vie éternelle aux justes ou aux coupables ; dans sa réponse au gouverneur romain, lui demandant publiquement s'il était roi; après sa résurrection, quand il confie aux Apôtres la charge d'enseigner et de baptiser toutes les nations - il revendique le titre de roi, il proclame publiquement qu'il est roi, il déclare solennellement que toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre. Qu'entend-il par là, sinon affirmer l'étendue de sa puissance et l'immensité de son royaume?

Dès lors, faut-il s'étonner qu'il soit appelé par saint Jean le Prince des rois de la terre ou que, apparaissant à l'Apôtre dans des visions prophétiques, il porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse: Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Le Père a, en effet, constitué le Christ héritier de toutes choses ; il faut qu'il règne jusqu'à la fin des temps, quand il mettra tous ses ennemis sous les pieds de Dieu et du Père.

Pie XI, Lettre encyclique Quas primas

Pie XI, Institution de la fête du Christ Roi (1)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
piusXI.JPGAux Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques et autres ordinaires de lieu, en paix et communion avec le Siège apostolique.

1. Dans la première Encyclique qu'au début de Notre Pontificat Nous adressions aux évêques du monde entier, Nous recherchions la cause intime des calamités contre lesquelles, sous Nos yeux, se débat, accablé, le genre humain.

Or, il Nous en souvient, Nous proclamions ouvertement deux choses : l'une, que ce débordement de maux sur l'univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique; l'autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur. C'est pourquoi, après avoir affirmé qu'il fallait chercher la paix du Christ par le règne du Christ, Nous avons déclaré Notre intention d'y travailler dans toute la mesure de Nos forces ; par le règne du Christ, disions-Nous, car, pour ramener et consolider la paix, Nous ne voyions pas de moyen plus efficace que de restaurer la souveraineté de Notre Seigneur.

2. Depuis, Nous avons clairement pressenti l'approche de temps meilleurs en voyant l'empressement des peuples à se tourner - les uns pour la première fois, les autres avec une ardeur singulièrement accrue - vers le Christ et vers son Église, unique dispensatrice du salut : preuve évidente que beaucoup d'hommes, jusque-là exilés, peut-on dire, du royaume du Rédempteur pour avoir méprisé son autorité, préparent heureusement et mènent à son terme leur retour au devoir de l'obéissance.

Tout ce qui est survenu, tout ce qui s'est fait au cours de l'Année sainte, digne vraiment d'une éternelle mémoire, n'a-t-il pas contribué puissamment à l'honneur et à la gloire du Fondateur de l'Église, de sa souveraineté et de sa royauté suprême?

Voici d'abord l'Exposition des Missions, qui a produit sur l'esprit et sur le cœur des hommes une si profonde impression. On y a vu les travaux entrepris sans relâche par l'Église pour étendre le royaume de son Époux chaque jour davantage sur tous les continents, dans toutes les îles, même celles qui sont perdues au milieu de l'océan ; on y a vu les nombreux pays que de vaillants et invincibles missionnaires ont conquis au catholicisme au prix de leurs sueurs et de leur sang ; on y a vu enfin les immenses territoires qui sont encore à soumettre à la douce et salutaire domination de notre Roi.

Voici les pèlerins accourus, de partout, à Rome, durant l'Année sainte, conduits par leurs évêques ou par leurs prêtres. Quel motif les inspirait donc, sinon de purifier leurs âmes et de proclamer, au tombeau des Apôtres et devant Nous, qu'ils sont et qu'ils resteront sous l'autorité du Christ?

Voici les canonisations, où Nous avons décerné, après la preuve éclatante de leurs admirables vertus, les honneurs réservés aux saints, à six confesseurs ou vierges. Le règne de notre Sauveur n'a-t-il pas, en ce jour, brillé d'un nouvel éclat ? Ah ! quelle joie, quelle consolation ce fut pour Notre âme, après avoir prononcé les décrets de canonisation, d'entendre, dans la majestueuse basilique de Saint Pierre, la foule immense des fidèles, au milieu du chant de l'action de grâces, acclamer d'une seule voix la royauté glorieuse du Christ : Tu Rex gloriae Christe !

À l'heure où les hommes et les États sans Dieu, devenus la proie des guerres qu'allument la haine et des discordes intestines, se précipitent à la ruine et à la mort, l'Église de Dieu, continuant à donner au genre humain l'aliment de la vie spirituelle, engendre et élève pour le Christ des générations successives de saints et de saintes ; le Christ, à son tour, ne cesse d'appeler à l'éternelle béatitude de son royaume céleste ceux en qui il a reconnu de très fidèles et obéissants sujets de son royaume terrestre.

Voici encore le XVIe centenaire du Concile de Nicée qui coïncida avec le grand Jubilé. Nous avons ordonné de célébrer cet anniversaire séculaire; Nous l'avons Nous-même commémoré dans la basilique vaticane, d'autant plus volontiers que c'est ce Concile qui définit et proclama comme dogme de foi catholique la consubstantialité du Fils unique de Dieu avec son Père; c'est lui qui, en insérant dans sa formule de foi ou Credo les mots cuius regni non erit finis, affirma du même coup la dignité royale du Christ.

Ainsi donc, puisque cette Année sainte a contribué en plus d'une occasion à mettre en lumière la royauté du Christ, Nous croyons accomplir un acte des plus conformes à Notre charge apostolique en accédant aux suppliques individuelles ou collectives de nombreux cardinaux, évêques ou fidèles; Nous clôturerons donc cette année par l'introduction dans la liturgie de l'Église d'une fête spéciale en l'honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ Roi.

Ce sujet, Vénérables Frères, Nous tient à ce point à cœur que Nous désirons vous en entretenir quelques instants; il vous appartiendra ensuite de rendre accessible à l'intelligence et aux sentiments de votre peuple tout ce que Nous dirons sur le culte du Christ-Roi, afin d'assurer, dès le début et pour plus tard, des fruits nombreux à la célébration annuelle de cette solennité.

Pie XI, Lettre encyclique Quas primas

Saint Thomas d’Aquin, sermon: Méfiez-vous des faux prophètes (6)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
            C’est donc pour ces quatre raisons que les faux prophètes ont été considérés comme des loups. Mais comment reconnaît-t-on les loups ? (Le Seigneur) le montre lorsqu’il dit : Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Augustin dit que beaucoup sont leurrés par le fait qu’ils pensent que les vêtements de brebis sont leurs fruits. Ils en voient certains qui font des bonnes œuvres extérieures et qui jeûnent, prient, et font des choses de ce genre, qui sont des vêtements de brebis, et ne sont pas leurs propres vêtements. Mais les brebis du Christ ne doivent pas prendre en haine leurs propres vêtements si des loups s’en vêtent.

            Mais quels sont les fruits des brebis ? À proprement parler, nous pouvons dire qu’il y a quatre fruits des brebis, par lesquels sont repérés les loups ou les hypocrites. Le premier consiste dans l’affection, le deuxième dans l’intention, le troisième dans l’action et le quatrième dans les tribulations. Le premier appartient au cœur, le deuxième à la bouche, le troisième à l’action et le quatrième à la patience et à la force.

            En premier lieu, je dis que les brebis du Christ, c’est-à-dire les saints, possèdent en propre un fruit du cœur, qui est l’amour de Dieu et du prochain. Ainsi, l’Apôtre (Galates 5, 22) : Le fruit de l’esprit est joie, amour et paix. Mais les hypocrites possèdent un autre fruit, à savoir, celui de l’ambition, parce qu’ils aiment les honneurs. Ainsi, en Isaïe (10, 12) : Je ferai visite à propos du fruit du cœur orgueilleux du roi d’Assur. Les hypocrites aiment les premières places dans les banquets et les premiers sièges dans les synagogues. Si quelqu’un veut être choisi pour un honneur et montre extérieurement de l’humilité : alors, le vêtement ne correspond pas au fruit.

            Un autre fruit des brebis du Christ consiste dans la parole, parce que les bons parlent toujours de choses bonnes et à propos du bien. Ainsi, l’Apôtre (dit-il) aux Hébreux (13, 15) : Par lui, nous offrirons le sacrifice, le fruit de nos lèvres conforme à son nom. Si quelqu’un dit quelque chose qui est en discordance avec ses actes, il ne porte pas de vêtement semblable au fruit. Ainsi, en Proverbes (18, 20) : Du fruit de la bouche de l’homme sera rempli son ventre. Il est difficile qu’un cœur plein d’envie n’en proclame pas quelque chose à un certain moment, car la bouche parle de l’abondance du cœur. Ainsi, Grégoire (écrit) :
Tant que les méchants prêchent la droiture, il est bien difficile qu’un jour ils ne proclament pas ce qu’ils désirent en secret.

            Le troisième fruit des brebis du Christ, à quoi on reconnaît les hypocrites, est celui de l’action bonne, parce que le bon fruit consiste dans le bien. L’Apôtre [dit] (Romains 1, 13) : Vous portez fruit dans la sanctification. Mais, chez les mauvais, le fruit est mauvais. Ainsi, dans les Proverbes (10, 16) : Le fruit de l’impie conduit au péché, c’est-à-dire à l’œuvre du péché. Augustin, dans l’un de ses sermons, dit :
Celui qui, sous prétexte de perfection du christianisme, se montre d’une âpreté inaccoutumée et vil aux yeux des hommes, puisqu’il fait cela volontairement et sans y être forcé par une nécessité, on peut savoir par ses autres actions s’il le fait par mépris d’un meilleur habillement ou par ambition.
Il peut parfois arriver que quelqu’un mette un vêtement éclatant par humilité, et parfois par ambition. Observe ses autres comportements : s’il montre du mépris pour l’ambition dans ceux-ci, alors il agit par humilité. Sinon, dit-il : "On peut le savoir par ses actions", car ceux qui portent un vêtement méprisable, d’une part, et, d’autre part, montrent des signes de pénitence et de bonté, sont des brebis du Christ. Sinon, ce sont des simulateurs.  "Il est donc facile, dit  Chrysostome, de reconnaître les hypocrites". Le chemin que nous devons parcourir est pénible. Les hypocrites ne choisissent pas de peiner.

De même, les hypocrites se montrent pleins de douceur, mais quand ils ont l’occasion de persécuter, alors ils persécutent le plus possible. Aussi Grégoire (écrit-il) :
Si une mise à l’épreuve de la foi éclate, aussitôt l’esprit enragé du loup se dépouille de sa toison de brebis et se met à persécuter les bons autant qu’il le peut.

            Le quatrième signe qui permet de reconnaître les hypocrites est le temps des tribulations. Ainsi dans les Proverbes (15, 6) : L’impie a comme fruits le trouble ; l’enseignement d’un homme est reconnu par sa sagesse. Augustin, dans (son commentaire) du Sermon du Seigneur sur la montagne, dit à propos des hypocrites :
Quand ils commencent à se soustraire à certaines épreuves ou à renier ce qu’ils ont poursuivi ou désiré poursuivre sous ce voile, il est inévitable que se révèle s’il s'agit d’un loup sous une peau de brebis ou s’il s’agit d’une brebis dans sa propre peau.
C’est pourquoi Jacques dit dans son Épître (en réalité II Timothée 2, 21) : Si quelqu’un se préserve de ces choses, c'est à dire des pêchés, il sera un vase d'honneur présenté au Seigneur, ce que daigne nous donner Celui qui avec le Père, etc.


Traduit par Marie-Louise Evrard, 2004
Édition numérique http://docteurangelique.free.fr

Saint Thomas d’Aquin, sermon: Méfiez-vous des faux prophètes (4)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
Deuxième partie, (Sermon du soir) - [La méthode des faux prophètes]

Évitez les faux prophètes, etc.

            On a parlé aujourd’hui des ennemis du peuple chrétien, c’est-à-dire des faux prophètes. Il faut maintenant voir comment ils nous tendent des embûches. L’Apôtre dévoile aux Corinthiens leurs embûches, et de même, le Seigneur, dans l’évangile, quand il dit : Défiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous l’apparence de brebis, etc. Par cela, on entend l’hypocrisie, parce que le repaire des faux prophètes est l’hypocrisie. Ainsi (parle) l’Apôtre à Timothée ( I. 4, 1) : L’Esprit dit clairement : "Dans les derniers temps viendront des trompeurs qui s’écarteront de la foi, s’attacheront à des esprits d'erreur et aux doctrines des démons qui propagent le mensonge par hypocrisie."

            Si l’on se réfère à leur vie et à leurs mœurs, ils paraîtront honnêtes, eux qui mènent une vie austère et s’abstiennent de relations conjugales et de mets délicats, mais qui prêtent attention aux esprits trompeurs et aux doctrines démoniaques. Faites attention à ce qu’il dit : Ceux qui viennent à vous sous l’apparence de brebis (Matthieu 7, 15); les brebis sont les fidèles du Christ qui obéissent au Christ. Ainsi en Jean (10, 27) : Mes brebis écoutent ma voix. Les vêtements des brebis sont les imitations du Christ. L’Apôtre dit  (Éphésiens 4, 23) : Renouvelez-vous par une transformation spirituelle de votre intelligence et revêtez l’homme nouveau, qui a été créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité. Deux choses sont abordées ici : à savoir que la justice semble concerner le prochain extérieurement et la sainteté de la vérité la disposition intérieure de l’âme. Ainsi en Proverbes (31, 21) : Toute sa maisonnée porte double vêtement, à savoir, les vertus intérieures de l’âme et les bonnes actions extérieures.

Il est vrai que si les faux prophètes portaient l’un et l’autre vêtement, ils seraient des brebis du Christ. L’homme a accès aux hommes par l’apparence extérieure, et par le fait qu’il dit : Ils viennent à vous sous l’apparence de brebis, on comprend qu’ils entreprennent les œuvres extérieures par lesquelles ils viennent à vous, car c'est par les œuvres intérieures que l'on a accès au Seigneur.

            Il faut noter que le vêtement des brebis du Christ a quatre éléments  : l’adoration, la justice, la pénitence et l’innocence.

Par le vêtement de l’adoration, on entend le vêtement du culte divin que portent les brebis du Christ quand elles se consacrent au culte divin. Ce vêtement, les brebis du Christ le reçoivent au baptême. Ainsi, l’Apôtre écrit aux Galates (3, 27) : Vous tous qui êtes baptisés dans le Christ, vous revêtez le Christ. Ce vêtement, les brebis du Christ l’endossent quand elles se consacrent à la prière. Ainsi, dans le Siracide (50, 12) : En montant à l’autel de l'encens, il rendit  gloire à Dieu. Ce vêtement, les hypocrites se l’approprient pour deux motifs, à savoir, pour la vaine gloire et pour s’enrichir. Pour la vaine gloire, ils se l’approprient en priant publiquement et ostensiblement. Ainsi, en Matthieu (6, 5) : Ceux-là aiment prier dans les synagogues et dans les coins des places publiques afin d’être vus par les hommes ; dans les synagogues, c’est-à-dire publiquement. Mais est-ce que cela est mal alors qu’il est écrit : Bénissez le Seigneur, tous ses anges ? Chrysostome dit que cela ne parle pas tant d’un lieu que de l’esprit. Il prie dans le secret celui qui tient son esprit tourné, non pas vers les hommes, mais vers Dieu. S’il priait seul dans sa chambre et voulait être vu par les hommes, il prierait publiquement. Qu’est-ce donc qui est défendu ? Que les hommes ne mettent pas leurs soins à ce que d’autres les voient prier : ceci doit être évité par les chrétiens. Aussi Chrysostome écrit-il : "Que celui qui prie ne fasse rien de particulier pour être vu par les hommes en criant, en se frappant la poitrine, ou en élevant les mains". Si tu pries comme les autres dans une assemblée, tu pries en secret; mais rechercher de nouveaux gestes et de nouvelles manières (de prier) appartient à ce qu’il appelle prier dans les synagogues. Dans la prière, l’homme doit être pareil aux autres, ne pas rechercher d’autres manières, comme les hypocrites qui prient en public par vaine gloire. De même, ils prient publiquement pour en tirer bénéfice. Ainsi, dans l'Évangile (Matthieu 23, 14) : Malheur à vous, scribes et pharisiens, qui dévorez la maison des veuves, en faisant de longues prières ! C’est-à-dire, qui prient pour en retirer un bénéfice. Certains cherchent à tirer un bénéfice honteux de pauvres femmes, font de longues prières pour les rendre dévotes et reçoivent d’elles des cadeaux. Mais est-ce que cela est mal de prier longuement ? Augustin répond en disant : "Que l’abondance de paroles soit absente de la prière, mais que l’abondance de prière ne fasse pas défaut, pourvu que la ferveur de son intensité perdure. Car on accomplit une telle action davantage par des larmes que par des discours."

            Il existe un autre vêtement pour les brebis du Christ : la justice et la miséricorde, dont il est dit dans Job (29, 14‑16) : Revêtu de justice comme d’un vêtement, j’ai été l’œil pour l’aveugle, le pied pour le boiteux, le père des pauvres. Les hypocrites revêtent toujours ce vêtement. Ainsi dans l'Évangile (Matthieu (6, 1‑2) : Gardez-vous d’afficher votre justice devant les hommes pour vous faire remarquer par eux; et quand tu fais l’aumône, ne va pas le claironner comme font les hypocrites. Chrysostome dit que "claironner, c’est agir ou parler en le faisant avec ostentation ; par exemple, tu fais l’aumône, mais tu ne la ferais pas s’il ne s’agissait d’une personne plus honorable qui peut te récompenser : voilà ce qu’est claironner ! De la même façon, tu veux faire l’aumône en secret pour être considéré de manière élogieuse : c’est  claironner !"

                Le troisième vêtement des brebis du Christ, c’est la pénitence : J’ai fait du cilice mon vêtement (Psaume 69[68], 12). Les hypocrites utilisent ce vêtement, en faisant semblant et de mener une vie austère. Ainsi dans l'Évangile  (Matthieu 6, 16) : Lorsque vous jeûnez, ne vous montrez pas  tristes à la façon des hypocrites. Ils prennent une mine défaite pour ressembler à des hommes qui jeûnent. Ils recherchent cela et le font pour paraître jeûner devant les hommes. Augustin (écrit) : "En cette matière il faut observer que l’ostentation peut parfois résider, non seulement dans l'éclat des choses corporelles, mais peut aussi se retrouver dans les saletés de la boue, et elle est d’autant plus insidieuse qu’elle trompe, sous le nom de service du Seigneur." Le Philosophe dit que "si l’homme utilise un vêtement plus vil que ne l’exige sa condition, cela peut se rapporter à l’ostentation". Ces comportements extérieurs sont comme des insignes. Dans une armée, chaque corps porte son insigne : ce n’est pas présomptueux. Dans n’importe quelle condition, l’homme doit se contenter du juste milieu et ne pas rechercher des choses trop basses. Ainsi Augustin (écrit-il) : "Nous devons utiliser des choses qui ne sont ni trop précieuses ni trop méprisables". Et pourquoi? Parce que, par ces deux (comportements), nous pouvons rechercher la gloire. Ainsi est-il dit en Zacharie (13, 4) à propos de ce vêtement méprisable : Ils ne se couvriront plus du manteau de poil, à savoir, pour faire semblant.

            Le quatrième vêtement des brebis du Christ est l’innocence, qui est un vêtement pur et blanc, comme dans Proverbes (31, 25) : Force et beauté sont son vêtement. Ce vêtement, les hypocrites le mettent, sous couvert de piété et de pureté. Ainsi, dans l'Évangile (Matthieu 23, 27) : Malheur à vous, hypocrites, qui êtes semblables à des sépulcres blanchis, c’est-à-dire qu’ils paraissent blancs aux hommes, mais, à l’intérieur, ils sont pleins d’ossements et de morts et de toute pourriture, c’est-à-dire de vol et d’impudicité. Et Chrysostome dit : "Ce qui est honteux en apparence est plus honteux en réalité; ce qui est beau en apparence est plus beau en réalité." Tels sont ceux qui viennent sous des vêtements de brebis.

Il faut noter que certains viennent en vêtements de brebis sans être des brebis, comme ceux qui recherchent le profit temporel et leurs propres honneurs. Ainsi Augustin fait une distinction en disant qu’autre est la personne du voleur, autre celle du loup, autre celle du berger et autre celle du mercenaire ; car le pasteur veille à l’intérêt de ses brebis, le loup et le voleur détruisent les brebis, le mercenaire cherche à tirer son propre profit des brebis. Augustin (écrit) : "Le mercenaire, on doit le supporter; le berger, l’aimer ; le loup, le fuir." C’est ce que dit l’évangile (Matthieu 7, 15) : Ils viennent à vous sous l’apparence des brebis, mais à l’intérieur, ce sont des loups rapaces.

Traduit par Marie-Louise Evrard, 2004
Édition numérique http://docteurangelique.free.fr

Saint Thomas d’Aquin, sermon: Méfiez-vous des faux prophètes (3)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
            Il est donc dit : Gardez-vous, etc. Mais quel est le sens du mot prophète ici ? Chrysostome dit qu'on appelle ici prophètes, non pas ceux qui prophétisent au sujet du Christ, mais ceux qui interprètent une prophétie au sujet du Christ. Car personne ne peut interpréter les sens prophétiques si ce n’est par l’Esprit Saint.

            Voyons qui on appelle faux prophètes. Il arrive que la prophétie soit fausse de quatre façons. Premièrement, par la fausseté de l’enseignement ; deuxièmement, par la fausseté de l’inspiration ; troisièmement, par la fausseté de l’intention ; et quatrièmement, par la fausseté de la vie.

            En premier lieu, certains sont appelés faux prophètes à cause de la fausseté de (leur) enseignement, comme lorsqu’ils annoncent et enseignent des choses fausses. Il est de la fonction du prophète qu’il annonce et dise des choses vraies. Ainsi, en Daniel (10, 1), une parole fut révélée à Daniel, et c’était une parole vraie. Et le Seigneur dit : Si quelqu’un annonce mes paroles, qu’il parle en vérité. Mais beaucoup annoncent des choses fausses. Ainsi, dans l'épître canonique (II Pierre 2, 1) : Il y a eu des faux prophètes dans le peuple, et parmi vous il y aura des maîtres mensongers qui ne craignent pas de susciter des sectes de perdition. Arius et ses semblables n'ont-ils pas été des menteurs qui ont voulu corriger l’enseignement du Christ ? Ainsi, en Lamentations (2, 14) : Tes prophètes n'ont vu que des faussetés et à des sottises. Mais quelles sottises ? Celui qui parle volontiers de choses fausses dira ce qui plaît. Isaïe (30, 10) : Dites-nous des choses qui nous plaisent, ayez pour nous des visions illusoires. Jérémie, interrogé sur les choses qu’ont vues les faux prophètes, dit (Lam. 2, 14) : Ils n'ont pas montré ton iniquité pour te ramener à la pénitence. Si certains disent que le bien est le mal et que le mal est le bien, ce sont des faux prophètes. Jérémie [dit] (Lam. 2, 14) : Ils ont vu de fausses affirmations et de faux refus. Ce qui est affirmé est élevé et ce qui est refusé est condamné. Quand donc ce qui doit être élevé est rabaissé et ce qui doit être abaissé est élevé, alors, on voit de fausses affirmations.

Par l’enseignement du Seigneur apparaît ce qui doit être élevé et ce qui doit être abaissé. Le comportement du siècle et la vie du monde doivent être rabaissés. Si quelqu’un dit qu’il vaut mieux jeûner sans vœu qu’avec vœu et en empêche d’autres d’entrer en religion, où l’on jeûne avec vœu, et les convainc de jeûner sans vœu dans le siècle, il donne un faux enseignement. Le prophète dit : Faites un vœu et accomplissez-le ! (Psaume 76[75], 12). Il dit cela parce qu’il vaut mieux jeûner en faisant un vœu que sans vœu. Anselme prend un exemple dans son Livre sur les similitudes, en disant que "celui qui donne un arbre avec ses fruits donne plus que celui qui ne donne que les fruits". Ainsi, celui qui fait un vœu et l’accomplit fait mieux que celui qui fait le bien sans vœu. Toutefois, il vaut mieux ne pas faire de promesse que de ne pas exécuter les choses promises (Qohélet 5, 4).

            De même, on parle de faux prophètes en raison de la fausseté de l’inspiration. D’où vient l’inspiration des vrais prophètes? Certainement de Dieu et de l’Esprit Saint. Ainsi, dans la deuxième lettre de Pierre (1, 21) : Aucune prophétie ne vient d'une volonté personnelle, mais c’est inspirés par l’Esprit Saint que les saints hommes de Dieu ont parlé. On peut être inspiré faussement par le diable, on peut l'être aussi par son propre esprit. Nous trouvons les deux choses dans la Sainte Écriture.

Premièrement, je dis que quelque chose de faux peut être inspiré à quelqu’un par le Diable. Ainsi, dans Jérémie (2, 8) : Ses prophètes ont prophétisé au nom de Baal. Prophétiser au nom de Baal, c’est-à-dire au nom du Diable, c'est révéler des choses secrètes. Les nécromanciens qui recherchent la vérité à propos de vols, prophétisent au nom de Baal sous l’inspiration du Diable, et c’est là le plus grave des péchés, une espèce d’idolâtrie. Et ils ne sont pas excusés par le fait qu’ils disent qu’ils font cela pour faire le bien, car le mal ne doit pas être fait en vue du bien. Ainsi en Romains (3, 8) : Ferions-nous le mal pour qu’en sorte le bien? Ceux-là méritent leur condamnation.

D’autres tirent une inspiration fausse de leur propre esprit. Ainsi Ezéchiel (13, 3) : Le Seigneur dit : "Malheur aux prophètes insensés qui suivent leur propre esprit sans rien voir !" Jérémie (23, 16) : Ils débitent les visions de leur cœur, non de la bouche du Seigneur. Ceux qui suivent la raison humaine  parlent selon leur propre esprit. Tels sont ceux qui parlent selon les raisonnement platoniciens, qui ne peuvent atteindre la vérité : par exemple, ceux qui disent que le monde est éternel. On trouve des gens qui s’appliquent à la philosophie et qui disent certaines choses qui ne sont pas vraies selon la foi ; et quand on leur dit que cela est contraire à la foi, ils disent que le Philosophe dit cela, mais eux ne l'affirment pas, mais ne font que répéter les mots du Philosophe. Un tel homme est un faux prophète, un faux docteur, car c’est la même chose de susciter un doute et de ne pas le supprimer, que d’y acquiescer. C'est ce qui est signifié dans l'Exode (21, 33‑34), où il est dit que si quelqu'un creuse un puits ou ouvre une citerne et ne la rebouche pas, si le bœuf du voisin vient et tombe dans la citerne, celui qui a ouvert la citerne sera tenu à restitution. Celui qui a ouvert la citerne, c’est celui qui suscite une difficulté dans ce qui concerne la foi. Celui qui n’a pas couvert la citerne, c’est celui qui ne résout pas la difficulté, même si lui-même a un esprit clair et sain et qu’il n’est pas égaré. Cependant, un autre qui n’a pas l’esprit aussi clair est réellement trompé, et celui qui suscite le doute est tenu à restitution, car c’est à cause de lui que l’autre est tombé dans la fosse.

            Voyez, très chers [frères] : il y a eu beaucoup de philosophes et ils ont dit beaucoup de choses à propos de choses qui concernent la foi, et vous en trouverez à peine deux qui soient d'accord sur un seul point ; et tous ceux qui ont dit quelque chose de vrai ne l’ont pas dit sans y mélanger quelque fausseté. Une petite vieille en sait bien plus aujourd'hui sur ce qui se rapporte à la foi que tous les philosophes de jadis ! On raconte que Pythagore fut d’abord boxeur. Il entendit un maître disserter sur l’immortalité de l’âme et affirmer que l’âme était immortelle, et il fut si séduit que, abandonnant tout le reste, il se consacra à l’étude de la philosophie. Mais quelle est la petite vieille qui ne sait pas aujourd’hui que l’âme est immortelle ? La foi est beaucoup plus puissante que la philosophie ; par conséquent, si la philosophie s’oppose à la foi, il ne faut pas l’accepter. Aussi l'Apôtre dit aux Colossiens (2, 8 et 19) : Veillez à ce que personne ne vous trompe par l’emprise de la fausse philosophie ou ne vous séduise par la vaine gloire qui est aveugle, en marchant plus vite que ne le permet le souffle de sa chair, sans garder la tête, c’est-à-dire le Christ.

D’autres sont faux prophètes par une intention fausse. Mais quelle est l’intention vraie d'un prophète ? Certainement l’intérêt du peuple. Ainsi l'Apôtre aux Corinthiens (I 14, 13) : Celui qui prophétise parle aux hommes pour les édifier, les exhorter et les consoler. Pour les édifier, afin de rendre les hommes pieux ; pour les exhorter, afin de les rendre prompts aux bonnes œuvres ; pour les consoler, afin de les rendre patients dans les difficultés. Si quelqu’un recherche par son enseignement autre chose que l’intérêt du peuple, c’est un faux prophète.

Celui qui est évêque reçoit la fonction d’administrer et de prêcher, et il doit rechercher l’intérêt du peuple ; mais s’il ne recherche que le profit temporel ou une vaine gloire, il est un faux prophète parce qu'il ne respecte pas une intention droite. C’est ainsi que Jean Chrysostome dit que de nombreux prêtres ne se soucient pas de la manière dont vit le peuple, mais de la manière dont il fait des offrandes. Ainsi le Seigneur se plaint en Ezéchiel (13, 19) : Ils me déshonorent pour quelques poignées d’orge et un morceau de pain, à l’opposé de ceux dont parle l’Apôtre aux Corinthiens (II 2, 17) : Nous ne sommes pas comme le plus grand nombre qui altèrent la parole de Dieu. Et Grégoire dit que "celui-là est coupable de pensée adultère, s’il cherche à plaire aux yeux de l’épouse, lui par qui l’époux transmet les cadeaux à l’épouse". L’adultère ne cherche pas à donner une descendance à la femme, mais recherche avant tout le plaisir corporel. De la même manière, celui-là trahit la parole du Seigneur, qui ne recherche pas une descendance spirituelle, mais seulement un profit temporel ou une vaine gloire.

De même, il y a des faux prophètes en raison de leur mauvaise vie, comme lorsque quelqu’un enseigne une chose et vit d’une autre manière ; alors, leur doctrine n'est pas reçue. Et c’est pour cela que le Christ commence à agir et à enseigner. Et on lit en Luc (1, 10) : Comme il a parlé par la bouche des saints qui sont ses prophètes depuis des siècles, comme s’il disait : "Les prophètes par lesquels s’exprime le Seigneur doivent être saints" ; mais il y a certains dont se plaint le Seigneur en Jérémie (23, 11) : Prêtres et prophètes, dit-il, sont impies, dans ma maison ; j’ai vu leur malice. Prions le Seigneur, etc.


Traduit par Marie-Louise Evrard, 2004
Édition numérique http://docteurangelique.free.fr

Saint Thomas d’Aquin, sermon: Méfiez-vous des faux prophètes (2)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
Pour savoir qui sont les faux prophètes, voyons d’abord ce qu'est la  prophétie et comment il arrive d'être faux prophète.

            Je dis que quatre choses font partie de la prophétie.

            La première est la révélation divine ; ainsi, en Amos (3, 7) : Le Seigneur Dieu ne parle pas, si ce n’est pour révéler son secret à ses prophètes.

Parfois, certaines choses sont divinement révélées à une personne, mais celle-ci ne comprend pas, comme lorsque Nabuchodonosor vit une statue (Daniel 2, 31) et lorsque quelque chose fut révélé à Pharaon, quand il vit des épis et du bétail, mais il n’a pas compris (Genèse 41, 5). Voilà pourquoi, en deuxième lieu, l’intelligence est nécessaire. Ainsi, en Daniel (10, 1) : La parole fut révélée à Daniel et il en comprit le sens. L’intelligence est donc nécessaire au milieu des visions.

Si un homme avait une révélation venant de Dieu et, alors qu’il la comprendrait, la gardait pour lui-même, elle ne serait alors d’aucune utilité. Pour cette raison, en troisième lieu, il est nécessaire que ce qui est ainsi révélé et qu’on comprend soit annoncé à un autre. Isaïe (21, 10) : Ce que j’ai appris du Dieu des armées d’Israël, je vous l’ai annoncé.

            Certaines choses qui dépassent l’entendement humain sont divinement révélées et annoncées, mais les hommes ne (les) croiraient pas si elles n'étaient pas prouvées. La preuve en est l’accomplissement de miracles. C’est ce qui est signifié dans les Rois (II [IV],5, 8), où il est raconté que, alors que Naaman le Syrien était venu pour être guéri de sa lèpre chez le roi d’Israël, Élisée dit : Envoie-le moi, afin qu’il sache qu’il y a un prophète en Israël.

            Mais, selon ce qui a déjà été dit, le nom de prophète s’entend de quatre façons.

Parfois, on appelle prophète celui à qui la révélation divine est faite. Ainsi, dans les Nombres (12, 6) : S’il y a parmi vous un prophète du Seigneur, je lui parlerai en songe pendant son sommeil.

Mais parfois on appelle prophète celui à qui n’a pas été faite une révélation divine, mais à qui il est donné de comprendre les choses révélées. Ainsi, dans la Première aux Corinthiens (14, 29) : Qu’il y ait deux ou trois prophètes qui parlent et que les autres discernent. Il appelle prophètes les docteurs et les prédicateurs, selon ce passage du Siracide (24, 33) : Les docteurs répandront mon enseignement comme une prophétie.

D’autres sont appelés prophètes parce qu’ils racontent les choses révélées ; ainsi dans les Chroniques (I, 25, 1) : Les fils d’Asaph et Idithun prophétisaient.

D’autres sont appelés prophètes parce qu’ils font des miracles. Ainsi, il est dit dans le Siracide (48, 14) que le corps défunt d’Élisée prophétisa,  c’est-à-dire qu’il accomplit un miracle prophétique. Dans le livre des Rois (II [IV], 13, 21), il est dit que des bandits effrayés jetèrent le cadavre de quelqu’un qui avait été tué, dans le tombeau où reposait Élisée, et que [le corps] revint à la vie. Et, comme il est dit dans l’évangile, lorsque le Christ fit des miracles, les Juifs dirent : Un grand prophète s’est levé parmi nous ! (Luc 7, 16).

Traduit par Marie-Louise Evrard, 2004
Édition numérique http://docteurangelique.free.fr
 

Saint Thomas d’Aquin, sermon: Méfiez-vous des faux prophètes (1)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
Prologue

St-Thomas4.jpg            Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous, sous des vêtements de brebis ; mais au-dedans, ce sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez (Matthieu 7, 15‑16).

            L’Apôtre atteste que deux éléments contraires se trouvent dans ces paroles : L’esprit convoite contre la chair, dit-il, et la chair contre l’esprit (Galates 5, 17). Et pourtant il arrive qu’il y ait péché du fait des deux : parfois le péché vient de la faiblesse de la chair, parfois il vient de l’ignorance de l’esprit. Ainsi, l’Apôtre [dit] aux  Corinthiens (II, 7, 1) : Purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit. Et comme le péché de la chair provient de la faiblesse de la chair – ainsi (lisons-nous) en Matthieu (26, 41) : L’esprit est prompt, mais la chair est faible –, ainsi le péché de l’esprit provient-il de l’ignorance de l’esprit, à savoir, lorsque l’esprit est abusé.

            Et ainsi, en ce dimanche, nous sommes mis en garde contre l’un et l’autre péché. Contre le péché résultant de la faiblesse de la chair, nous sommes mis en garde par ce que dit l’Apôtre dans l’épître : Nous sommes débiteurs envers la chair, mais pas pour vivre selon la chair (Romains 8, 12). Contre le péché qui résulte d’une tromperie de l’esprit, nous sommes mis en garde dans l’évangile, où il est dit : Gardez-vous des faux prophètes, etc.

            Prions le Sauveur qui nous a voulus sur nos gardes par rapport à l’un et l’autre péché ; que lui-même (me) donne de dire quelque chose à sa louange, etc.

Première partie
[Identifier l’ennemi]

            Méfiez-vous des faux prophètes, etc.

            Il relève de la fonction du bon chef de rendre ses soldats prudents contre des embûches. Il est vrai que notre ennemi est perfide et rusé. Ainsi, dans le Siracide 11, 31 : Nombreuses sont les ruses de l’homme perfide. Il siège au milieu des ruses avec les riches (Psaume 10, 8), c’est-à-dire avec les orgueilleux. Ces ruses, l’Apôtre les explique (en 2 Corinthiens 11, 14), en disant que Satan se déguise en ange de lumière et ses ministres, en ministres de justice. À l’égard de ces ministres, Dieu nous rend prudents par les paroles proposées dans lesquelles il nous enseigne quatre choses.

Premièrement, en effet, il nous apprend le genre d’ennemis : Gardez-vous des faux prophètes. En deuxième lieu, il nous renseigne sur la manière de tendre les embûches : Ceux qui viennent à vous, déguisés en brebis. En troisième lieu, vient le préjudice qui nous menace : Au-dedans, ce sont des loups rapaces. En quatrième lieu, il nous apprend la manière de les reconnaître : Vous les reconnaîtrez à leurs fruits.

Ces ennemis sont les faux prophètes, et ils sont très dangereux, et ils doivent être évités pour cette raison, car ils sont pour nous aussi dangereux que les bons anges nous sont nécessaires et utiles. Ainsi, dans les Proverbes (11, 14) : Quand la prophétie fait défaut, le peuple sera en déroute. Des faux prophètes, il est dit en Jérémie (23, 15) : Venant des prophètes de Jérusalem, l’impiété s’est répandue sur la terre.

Traduit par Marie-Louise Evrard, 2004
Édition numérique http://docteurangelique.free.fr

Conférence épiscopale allemande, La vie du monde à venir (6)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)

2.3. La résurrection des morts


    Dieu veut, appelle et aime l'homme tout entier, qui est à la fois corps et âme. L'homme considéré dans sa totalité est nécessairement en relation avec le monde et les autres hommes, par l'intermédiaire de son corps. L'espérance en la résurrection corporelle des morts n'est donc pas une addition tardive et étrangère à la foi en Dieu, mais une conséquence intrinsèque de celle-ci.

    À s'en tenir au témoignage de la Bible, la foi sait avec certitude que nous ressusciterons, mais la manière dont la résurrection se produira n'est pas décrite. Les croyants de l'Ancien Testament ont acquis cette certitude en pensant à Dieu dans les dures épreuves par lesquelles ils sont passés, surtout au temps des martyrs Maccabées.

Le roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle (2 M 7,9) ;

Nos frères, après avoir enduré maintenant une douleur passagère en vue d'une vie intarissable, sont tombés pour l'alliance de Dieu" (2 M 7,36 ; cf. Dn 12,2-3).


    C'est seulement dans la littérature dite apocryphe, qui ne fait pas partie de la Bible, que se trouvent des descriptions hautes en couleur de la résurrection des morts, suivie de la récompense des bons et du châtiment des méchants. Cette imagerie parfois surréaliste, tributaire des conceptions de l'époque, prête aujourd'hui à sourire. Mais elle n'est pas nécessairement liée à la foi en la résurrection ; bien plus, Jésus s'en démarque formellement dans sa réponse aux sadducéens (cf. Mc 12,24-27). Lorsque ces gens, qui niaient la résurrection des morts, exposèrent à Jésus le cas d'une femme qui avait eu successivement sept maris, et lui demandèrent à qui elle appartiendrait après la résurrection, il leur répondit :

Vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu, vous êtes dans l'erreur (Mc 12,24).

    À la résurrection des morts, on ne prendra ni femme ni mari ; de la puissance créatrice de Dieu naîtra un autre monde. En fin de compte, la foi en la résurrection des morts repose sur la foi que Dieu "n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants" (Mc 12,27).

    Pour l'Église primitive, la résurrection de Jésus constitue le fondement inébranlable de la foi en la résurrection des morts (cf. Ac 4,1-2 ; 17,18.32, etc.). Paul dit:

Si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous (Rm 8,11 ; cf. l Co 15,12-22).

    Dans l'évangile de Jean, nous voyons qu'il y a une relation intime entre l'eucharistie et la résurrection future ; Jésus dit :

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour (6,54).

    À un autre endroit, il est dit :

L'heure vient où tous ceux qui gisent dans les tombeaux entendront sa voix, et ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection qui mène à la vie (5,28-29).

    Jésus lui-même est "la Résurrection et la Vie" ; qui croit en lui vivra, même s'il est mort (cf. 11,25).

    L'Évangile dit que tous ceux qui sont dans les tombeaux "en sortiront", ceux qui auront fait le bien pour la résurrection qui mène à la vie, ceux qui auront commis le mal, pour la résurrection qui mène au jugement (cf. Jn 5,29). La mentalité scientifique actuelle a peine à comprendre une telle formulation. Mais comment la Bible pourrait-elle exprimer le mystère du monde futur et de la résurrection des morts qui y est liée, autrement qu'avec les mots et les conceptions de son temps ? Nous ne sommes pas les premiers pour qui le message de la résurrection de la chair fait problème. À l'époque du Nouveau Testament, les difficultés étaient encore beaucoup plus grandes en dehors du monde juif, surtout dans le milieu hellénistique. Espérer en la résurrection de la chair apparaissait tout à fait insensé et scandaleux. Lorsque Paul en parla devant les sages de l'aréopage à Athènes, "les uns se moquaient, d'autres déclarèrent : Nous t'entendrons là-dessus une autre fois" (Ac 17,32). Aujourd'hui comme hier, la question est la même : comment concevoir cela ? Comment cela doit-il arriver ? Paul a déjà entendu cette question :

Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? (1 Co 15,35).

    Il est évident que ces questions acquièrent une nouvelle dimension et prennent un caractère plus aigu au regard de notre vision moderne du monde, marquée par les sciences de la nature.

    Pour répondre à ces questions, les théologiens ont déployé beaucoup d'ingéniosité et élaboré bien des théories, dont certaines paraissent aujourd'hui étranges. Deux extrêmes étaient à éviter : d'un côté, un matérialisme grossier, qui pense qu'à la résurrection des morts, nous reprendrons la même matière, la même chair et les mêmes os qu'en cette vie. Or, nous savons maintenant que déjà en cette vie, l'ensemble de la matière dont nous sommes constitués, se trouve renouvelé en un laps de temps d'environ sept ans. Le fait qu'il s'agisse d'une même personne dans cette vie et la vie future, ne peut donc pas dépendre du fait que la même matière se retrouve ici et là. Paul dit également que la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu, parce que la corruption n'hérite pas de l'incorruptibilité. Nous serons, certes, les mêmes, et pourtant nous serons tous transformés (cf. 1 Co 15,50-51).

Il faut en effet que cet être corruptible revête l'incorruptibilité, et que cet être mortel revête l'immortalité (1 Co 15,53).

    D'autre part, on ne doit pas comprendre cette transformation d'une façon purement spirituelle, comme le voudrait un spiritualisme totalement coupé du monde. Il s'agit d'une nouvelle corporéité, transformée et glorifiée par l'Esprit de Dieu, et d'une identité substantielle, non matérielle, du corps lui-même. C'est en ce sens qu'il faut entendre l'enseignement du quatrième concile du Latran (1215), selon lequel tous ressusciteront avec leur propre corps, qu'ils ont maintenant (DS 801; FC 30). Cette position intermédiaire entre le matérialisme et le spiritualisme peut être qualifiée de réalisme spirituel. Elle dit qu'à la fin, tout sera transformé et transfiguré par l'Esprit de Dieu. Nous ne pouvons pas nous représenter cela concrètement. Nous ne savons qu'une chose : nous, notre monde et notre histoire serons les mêmes, mais nous serons les mêmes d'une tout autre façon.

Il en est ainsi pour la résurrection des morts : semé corruptible, le corps ressuscite incorruptible ; semé méprisable, il ressuscite éclatant de gloire; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel (1 Co 15,42-44).

    Si on entend par "corps", au sens de la Sainte Écriture, le rapport spécifique que toute personne humaine entretient nécessairement avec le milieu et le monde au sein duquel elle vit, la résurrection de la chair signifie que le rapport aux autres et au monde est restauré d'une manière nouvelle et complète. À la résurrection des morts, il ne s'agit donc pas simplement de l'accomplissement de l'individu, mais de l'accomplissement de toute réalité. À la fin des temps, le monde entier et l'histoire entière seront remplis de l'Esprit de Dieu. Jésus-Christ remettra alors la royauté à Dieu le Père, et Dieu sera tout en tous (1 Co 15,28). Alors également, le désir ardent de toute la création, qui "gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement" (Rm 8,22), sera comblé. Une nouvelle communion et une nouvelle solidarité entre frères et soeurs naîtra dans ce Royaume de liberté (cf. Rm 8,21 ; GS 32). Lorsqu'on engrangera la moisson de l'histoire, tout ce que les hommes ont réalisé au fil du temps sera récolté, et tout ce qu'ils ont accompli par amour se verra confirmé et entrera avec eux dans l'éternité. "La charité et ses oeuvres demeureront" (GS 39). Ainsi apparaîtra clairement ce qui est maintenant caché et perceptible seulement dans la foi, à savoir que Dieu est le maître de toute réalité ; sa gloire emplira tout l'univers

    La foi ne nous enseigne pas tout cela pour nous consoler à peu de frais dans les épreuves que nous traversons ici-bas. Cet enseignement est avant tout une exhortation à nous engager au service de la vie et à lutter contre les puissances de la mort, contre ce qui diminue et rabaisse l'homme dans son corps ou dans son esprit, contre l'absence de relations entre les hommes, contre tout ce qui blesse, humilie et détruit la vie. La promesse de la vie future implique des obligations dans la vie présente et pour la vie présente, que cette promesse concerne. L'espérance en la résurrection de la chair signifie que le chrétien a également une responsabilité envers la création matérielle ; celle-ci aussi est destinée à être glorifiée. Mais ici, nous ne pouvons pas nous empêcher de poser une question. Est-ce que réellement, tout entrera dans le Royaume éternel de Dieu, même le mal? Pourrions- nous espérer, dans ces conditions, que justice sera vraiment rendue à tous les hommes.

Catéchisme pour adultes publié par la Conférence épiscopale allemande. La foi de l'Église,
Brepols/Centurion/Cerf 1987, p. 396 s.

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