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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

la vache qui rumine (annees b - c)

Georgette Blaquière, Divorce et adultère

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
27e-t.o.b.xl.jpg       … Après cette discussion avec les pharisiens, "à la maison les disciples l'’interrogèrent de nouveau sur ce point". Jésus répète le même enseignement et ajoute : "... et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l’'adultère" (Mc 10, 12). Nous imaginons mal, je crois, ce que dut être l’'effarement des apôtres en entendant Jésus évoquer l'’hypothèse qu'’une femme puisse répudier son mari, ce qui était impensable au regard de la Loi et de la pratique juives. Car imposer les mêmes devoirs à l'’un et à l’'autre, dans un parallélisme rigoureux, c’'est traiter la femme en partenaire égale dans le couple et lui reconnaître les mêmes droits , si droit il y avait.

       Dans la conception juive de la femme propriété de l'’homme, la définition de l’'adultère est très restreinte, en ce qui concerne le partenaire masculin. La faute est grave et toujours punie de mort, mais elle ne se situe pas sur le même plan pour l’'un et pour l’'autre. Pour la femme, les rapports sexuels avec un homme autre que son mari sont toujours gravement coupables, même en cas de viol. Pour l’'homme, l'’adultère consiste à prendre la femme ou la fiancée d’'autrui. Dans les rapports avec les prostituées, ou dans la polygamie, il n'’y a pas d’'adultère. Le péché de l’'homme n’'est donc pas dans l'’infidélité à l’'égard de sa femme mais dans le fait de léser gravement les droits de propriété d’'un autre homme. C'’est pour cela qu'’il mérite d'’être puni. Avec Jésus, les perspectives sont complètement renversées. L'’homme qui viole la fidélité conjugale est coupable envers sa femme, même 's’il le fait dans le divorce légal. Marc précise sur ce point le texte de Matthieu : "Si quelqu'’un répudie sa femme et en épouse une autre, il est adultère à l’'égard de la première" (Mc 10, 11). Et s'’il prend l'’initiative d’'une répudiation, il porte la responsabilité de la situation de péché à laquelle il accule sa femme dans une société où la femme ne saurait vivre seule : "quiconque répudie sa femme… la voue à devenir adultère" (Mt 5, 32).

       Tous ces textes sont formels. En établissant que l’'homme a des devoirs, et pas seulement des droits sur sa femme, ils établissent du même coup que la femme a des droits en même temps que des devoirs envers son mari : droit au respect de l’'alliance dans un mariage indissoluble qui les lie l’'un à l’'autre et autant l’'un que l’'autre dans l’'amour, un amour neuf tel qu'’il est sorti au premier jour des mains du Dieu créateur.

       Le respect que l'’homme doit à la femme – même si elle est la sienne – va plus loin encore : il est une exigence d’'ordre spirituel, au-delà des actes mêmes. "Vous avez appris qu'’il a été dit : tu ne commettras pas d’'adultère. Eh bien ! moi je vous dis : quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà dans son coeœur commis l’'adultère avec elle" (Mt 5, 27-28).

       Nous voici ramenés à cette purification fondamentale du coeœur et du regard, exigence première pour entrer dans le Royaume : "car la lampe de ton corps c’'est ton oeœil ; si donc ton œoeil est sain, tout ton corps sera dans la lumière. Mais si ton oeœil est malade, ton corps tout entier sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ce sera !" (Mt 6, 22-23).

       Jésus offre à l’'homme, au travers de l'’amour humain dans le mariage, la libération fondamentale de la forme que prend en lui le péché originel : la tentation du pouvoir, en particulier, en mettant la main sur la femme, réduite à un objet qu’'on désire, qu’'on possède, qu’'on utilise, qu’'on rejette, au gré de ses besoins ou de son caprice. Jésus inaugure le temps annoncé par le prophète Ézéchiel, le temps de la recréation du monde : "Je vous donnerai un cœoeur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau. J’'enlèverai de votre corps le cœoeur de pierre et je vous donnerai un coeœur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit et je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes" (Éz 36, 26-28).

       Par l'’initiative de Dieu et l’'Esprit répandu sur le monde, le couple humain va revenir habiter dans le jardin donné à Adam et Ève et marcher, enfin, non plus selon des lois humaines, mais selon la propre loi de Dieu, dans une liberté retrouvée. Car les lois humaines ne peuvent la plupart du temps que rechercher "le moindre mal", compte tenu de la réalité blessée du coeœur de l’'homme. Mais la loi de Dieu vise à restaurer l'’homme dans son être profond. C’'est pourquoi malgré son apparente intransigeance qui peut sembler inhumaine, elle est finalement plus libérante et plus constructrice que les lois "humaines". En rendant à la femme sa liberté fondamentale et sa dignité de personne dans le couple, du même coup Jésus affranchit l’'homme de son propre péché et le rend à sa vraie vocation. Saint Paul, dans un texte admirable, donnera le sens profond de cette re-création du couple, figure ici-bas de l’'alliance entre le Christ et l’'Église. Mais Jésus, aujourd’'hui, ne peut aller plus loin. Qui comprend le langage qu'’il tient ?…

       Les textes évangéliques ne se font pas l’'écho de la réaction des pharisiens, eux qui tous les matins doivent répéter la bénédiction rituelle : "Je te bénis, notre Dieu, de ce que tu ne m'’as fait ni gentil, ni femme, ni ignorant." Quant aux disciples, ils n'’y voient que la fin de leurs privilèges : "Si telle est la condition de l'’homme envers sa femme, il n'’y a pas intérêt à se marier" (Mt 19, 10). Jésus leur répond : "Tous en comprennent pas ce langage, mais seulement ceux à qui c'’est donné. En effet, il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein maternel ; il y a des eunuques qui ont été rendus tels par les hommes ; il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des Cieux. Comprenne qui peut comprendre !" (Mt 19, 12).

       Jésus ne fait donc aucune concession pour faire admettre son enseignement. Il le sème dans le cœoeur des auditeurs et sait qu'’il lèvera un jour...… Il va plus loin, en essayant d’'annoncer l’'au-delà du couple humain, même restauré dans sa pureté première, la virginité pour le royaume. La porte est ouverte sur la grandeur des projets de Dieu.



La grâce d'’être femme, Éd. Saint-Paul 1991, p. 42-45

Compendium de la doctrine sociale de l'’Église, L'amour et la formation d'une communauté de personnes (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
27e-t.o.b.xl.jpg226 L'Eglise n'abandonne pas à eux-mêmes ceux qui, après un divorce, se sont remariés. Elle prie pour eux, les encourage dans les difficultés d’ordre spirituel qu'ils rencontrent et les soutient dans la foi et dans l’espérance. De leur côté, ces personnes, en tant que baptisées, peuvent et même doivent participer à la vie ecclésiale: elles sont exhortées à écouter la Parole de Dieu, à fréquenter le sacrifice de la messe, à persévérer dans la prière, à faire croître les oeœuvres de charité et les initiatives de la communauté en faveur de la justice et de la paix, à éduquer leurs enfants dans la foi, à cultiver l'esprit et les œuvres de pénitence pour implorer ainsi, de jour en jour, la grâce de Dieu.
Dans le sacrement de la pénitence, la réconciliation qui ouvrirait la voie au sacrement eucharistique ne peut être accordée qu'à ceux qui, repentis, sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l'indissolubilité du mariage. (Le respect dû aussi bien au sacrement du mariage qu'’aux époux eux-mêmes et aux membres de leurs familles, ainsi qu'’à la communauté des fidèles, interdit aux pasteurs, pour quelque motif ou prétexte que ce soit, même pastoral, d'’organiser tout type de cérémonie en faveur des divorcés remariés.)
En agissant de la sorte, l'Église professe sa fidélité au Christ ainsi qu'a sa vérité; en même temps, elle se comporte avec une âme maternelle envers ses enfants, spécialement envers ceux qui, sans faute de leur part, ont été abandonnés par leur conjoint légitime. Avec une ferme confiance, elle croit que ceux aussi qui se sont éloignés du commandement du Seigneur et qui vivent encore dans cet état pourront obtenir de Dieu la grâce de la conversion et du salut, s'ils ont su persévérer dans la prière, dans la pénitence et dans la charité.

227 Les unions de fait, dont le nombre a progressivement augmenté, se basent sur une fausse conception de la liberté de choix des individus et sur une vison tout à fait privée du mariage et de la famille. Le mariage n'est pas un simple pacte de vie en commun, mais bien une relation ayant une dimension sociale unique par rapport à toutes les autres, dans la mesure où la famille, pourvoyant au soin et à l'éducation des enfants, se présente comme l'instrument primordial de la croissance intégrale de toute personne et de son insertion positive dans la vie sociale.
La mise éventuelle sur un pied d'égalité de la famille et des "unions de fait" au plan juridique se traduirait par un discrédit du modèle de famille qui ne peut se réaliser dans une relation précaire entre les personnes, mais seulement dans une union permanente engendrée par le mariage c'est-à-dire par le pacte entre un homme et une femme, fondé sur un cholx réciproque accompli librement, qui implique la pleine communion conjugale orientée vers la procréation.

228 Un problème particulier lié aux unions de fait a trait à la demande de reconnaissance juridique des unions homosexuelles, qui fait toujours plus l'’objet d’'un débat public. Seule une anthropologie répondant a la pleine vérité de l'homme peut donner une réponse appropriée a ce problème, qui présente différents aspects, tant sur le plan social que sur le plan ecclésial. C'est à la lumière de cette anthropologie "qu'apparaît (...) incongrue la volonté d'attribuer une réalité "conjugale" à l'union entre des personnes du même sexe. En premier lieu s'y oppose l'’impossibilité objective de faire fructifier le mariage à travers la transmission de la vie, selon le projet de Dieu inscrit dans la structure même de l’'être humain. En outre, l'absence des présupposés pour cette complémentarité interpersonnelle que le Créateur a voulue, tant sur le plan physique et biologique sur celui éminemment psychologique entre l'homme et la femme, constitue un obstacle. Ce n’'est que dans l'union entre deux personnes sexuellement différentes que peut s'accomplir le perfectionnement de I'’individu, dans une synthèse d'unité et de complémentarité psychophysique mutuelle" (Jean-Paul II).
La personne homosexuelle doit être pleinement respectée dans sa dignité, encouragée à suivre le plan de Dieu avec un engagement particulier dans l’'exercice de la chasteté. Un tel respect ne signifie pas la légitimation de comportements non conformes à la loi morale, ni encore moins la reconnaissance d’'un droit au mariage entre personnes du même sexe. entraînant l’'assimilation de leur union à la famille" (Jean-Paul II). "Si, du point de vue juridique, le mariage entre deux personnes de sexe différent était considéré seulement comme une des formes de mariage possible, l'idée de mariage subirait un changement radical, et ce, au détriment grave du bien commun. En mettant sur un plan analogue l'union homosexuelle, le mariage ou la famille, l'État agit arbitrairement et entre en contradiction avec ses propres devoirs" (Congrégation pour la doctrine de la foi).

229 La solidité du noyau familial est une ressource déterminante pour la qualité de la vie sociale en commun ; par conséquent, la communauté civile ne peut pas rester indifférente face aux tendance de désagrégation qui minent à la base ses colonnes portantes. Si une législation peut parfois tolérer des comportements moralement inacceptables, elle ne doit jamais affaiblir la reconnaissance du mariage monogamique indissoluble comme unique forme authentique de la famille. Il est donc nécessaire que les autorités publiques, "résistant à ces tendances qui désagrègent la société elle-même et sont dommageables pour la dignité, la sécurité et le bien-être des différents citoyens, s'’emploient à éviter que l’'opinion publique ne soit entraînée à sous-estimer l’'importance institutionnelle du mariage et de la famille" (Jean-Paul II).
La communauté chrétienne et tous ceux qui ont à coeœur le bien de la société ont le devoir de réaffirmer que "la famille, bien plus qu’une simple unité juridique, sociologique ou économique, constitue une communauté d’'amour et de solidarité, apte de façon unique à enseigner et à transmettre des valeurs culturelles, éthiques, sociales, spirituelles et religieuses essentielles au développement et au bien-être de ses propres membres et de la société" (Saint-Siège, Charte des droits de la famille).

Compendium de la doctrine sociale de l'’Église, L'amour et la formation d'une communauté de personnes (1)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)

27e-t.o.b.xl.jpg221 La famille se propose comme espace de la communion, si nécessaire dans une société toujours plus individualiste, dans lequel il faut faire grandir une authentique communauté de personnes grâce à l'incessant dynamisme de l’amour, qui est la dimension fondamentale de l’expérience humaine et qui trouve précisément dans la famille un lieu privilégié pour se manifester. « L'amour amène l'homme à se réaliser par le don désintéressé de lui-même. Aimer signifie donner et recevoir ce qu'on ne peut ni acquérir ni vendre, mais seulement accorder librement et mutuellement ». (Jean-Paul II)

Grâce à l'amour, réalité essentielle pour définir le mariage et la famille, chaque personne, homme et femme, est reconnue, accueillie et respectée dans sa dignité. De l'amour naissent des rapports vécus à l'enseigne de la gratuité, qui « en respectant et en cultivant en tous et en chacun le sens de la dignité personnelle comme source unique de valeur. se transforme en accueil chaleureux, rencontre et dialogue, disponibilité généreuse, service désintéressé, profonde solidarité ». (Jean-Paul II) L'existence de familles qui vivent dans un tel esprit met à nu les carences et les contradictions d'une société guidée principalement, sinon exclusivement, par des critères d'efficacité et de fonctionnalité. La famille, qui vit en construisant chaque jour un réseau de rapports interpersonnels, internes et externes, apparaît en revanche comme « un apprentissage fondamental et irremplaçable de vie sociale, un exemple et un encouragement pour des relations communautaires élargies, caractérisées par le respect, la justice, le sens du dialogue, l'amour ». (Jean-Paul II)

 

222 L'amour s’exprime aussi à travers une attention prévenante envers les personnes âgées qui vivent dans la famille : leur présence peut revêtir une grande valeur. Elles sont un exemple de lien entre les générations, une ressource pour le bien-être de la famille et de la société tout entière : « Elles peuvent non seulement témoigner qu'il y a des secteurs de la vie, comme les valeurs humaines et culturelles, morales et sociales, qui ne se mesurent pas en termes économiques et de profit, mais elles peuvent aussi offrir un apport concret dans le domaine du travail et de la responsabilité. Il s'agit en définitive. non seulement de faire quelque chose en faveur des personnes âgées, mais aussi d'accepter ces personnes comme des partenaires responsables, en tenant compte de leurs moyens, et comme des acteurs de projets communs, au niveau de la réflexion, du dialogue et de l'action » (Jean-Paul II) Comme le dit l’Écriture Sainte, les personnes « dans la vieillesse portent encore du fruit » (Ps 92, 15). Les personnes âgées constituent une importante école de vie, capable de transmettre des valeurs et des traditions et de favoriser la croissance des plus Jeunes, qui apprennent ainsi rechercher non seulement leur propre bien, mais aussi celui des autres. Si les personnes âgées se trouvent dans une situation de souffrance et de dépendance, elles ont non seulement besoin de soins médicaux et d'une assistance appropriée, mais surtout d'être traitées avec amour.

 

223 L'être humain est fait pour aimer et sans amour il ne peut pas vivre. Quand il se manifeste dans le don total de deux personnes dans Ici complémentarité, l'amour ne peut pas être réduit aux émotions et aux sentiments ni, encore moins, à sa seule expression sexuelle. Une société qui tend toujours davantage à relativiser et à banaliser l'expérience de l’amour et de la sexualité exalte les aspects éphémères de la vie et en voile les valeurs fondamentales: il devient on ne peut plus urgent d'annoncer et de témoigner que la vérité de l'amour et de la sexualité conjugale existe là où se réalise un don entier et total des personnes, avec les caractéristiques de l’unité et de la fidélité. Cette vérité, source de joie, d'espérance et de vie. demeure impénétrable et impossible à atteindre tant que l'on reste enfermé dans le relativisme et le scepticisme.

 

224 Face aux théories qui ne considèrent l’identité de genre que comme un produit culturel et social dérivant de l’interaction entre la communauté et l’individu, faisant abstraction de l’identité sexuelle personnelle et sans aucune référence à la véritable signification de la sexualité, l’Église ne se lassera pas de réaffirmer son enseignement : « Il revient à chacun, homme et femme, de reconnaître et d’accepter son identité sexuelle. La différence et la complémentarité physiques, morales et spirituelles sont orientées vers les biens du mariage et l’épanouissement de la vie familiale. L’harmonie du couple et de la société dépend en partie de la manière dont sont vécus entre les sexes la complémentarité, le besoin et l'appui mutuel » (CEC 496). Cette perspective fait considérer comme un devoir la conformation du droit positif à la loi naturelle, selon laquelle l'identité sexuelle est indisponible, car elle constitue la condition objective pour former un couple dans le mariage.

 

225 La nature de l'amour conjugal exige la stabilité de l’amour matrimonial et son indissolubilité. L'absence de ces conditions porte préjudice au rapport d'amour exclusif et total spécifique lu lien conjugal, avec de graves souffrances pour les enfants et des conséquences néfastes aussi dans le tissu social.

La stabilité et l'indissolubilité de l'union matrimoniale ne doivent pas être confiées exclusivement à l'intention et à l'engagement des personnes impliquées individuellement: la responsabilité de la tutelle et de la promotion de la famille comme institution naturelle fondamentale. précisément en raison de ses aspects vitaux et incontournables, revient plutôt a la société tout entière. La nécessité de conférer un caractère institutionnel au mariage, en le fondant sur un acte public, socialement et juridiquement reconnu, dérive d'exigences basilaires de nature sociale.

L’introduction du divorce dans les législations civiles a alimenté une vision relativiste du lien conjugal et s’est largement manifestée comme une « véritable plaie sociale » (CEC, 2385 ; cf. aussi 1650-1651, 2384)). Les couples qui conservent et qui développent les biens de la stabilité et de l’indissolubilité « assument (…) d’une manière humble et courageuse, la tâche qui leur est donnée, d’être dans le monde un "signe" – signe discret et précieux, parfois soumis à la tentation, mais toujours renouvelé – de la fidélité inlassable de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ pour tous les hommes, pour tout homme » (Jean-Paul II).

Benoît XVI, "L'’Esprit souffle où il veut" ...… mais pas n'’importe où

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
26 TOB ev       L'Esprit Saint, en donnant la vie et la liberté, donne également l'unité. Il s'agit ici de trois dons inséparables les uns des autres. J'ai déjà parlé trop longuement ; permettez-moi toutefois de dire encore un mot sur l'unité. Pour la comprendre, une phrase peut se révéler utile même si, au premier abord, elle semble plutôt nous éloigner de celle-ci. À Nicodème qui, dans sa recherche de la vérité, vient une nuit poser des questions à Jésus, celui-ci répond : "L'Esprit souffle où il veut" (cf. Jn 3, 8). Mais la volonté de l'Esprit n'est pas arbitraire. C'est la volonté de la vérité et du bien. C'est pourquoi il ne souffle pas n'importe où, se tournant une fois de ce côté-ci, et une autre de ce côté-là ; son souffle ne nous disperse pas mais nous réunit, parce que la vérité unit et l'amour unit. L'Esprit Saint est l'Esprit de Jésus Christ, l'Esprit qui unit le Père avec le Fils dans l'Amour qui, dans l'unique Dieu, donne et accueille. Il nous unit à ce point que saint Paul a pu dire : "Vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus" (Ga 3, 28). L'Esprit Saint, par son souffle, nous pousse vers le Christ.

       L'Esprit Saint œuvre de façon corporelle ; il n'œoeuvre pas seulement subjectivement, "spirituellement". Aux disciples qui voyaient en lui simplement un "esprit", le Christ ressuscité dit : "C'est bien moi! touchez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit – un fantôme – n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai" (cf. Lc 24, 39). Cela vaut pour le Christ ressuscité à toutes les époques de l'histoire. Le Christ ressuscité n'est pas un fantôme, il n'est pas simplement un esprit, une pensée, une idée seulement. Il est demeuré l'Incarné – celui qui a assumé notre chair – et il continue toujours à édifier son Corps, il fait de nous son Corps. L'Esprit souffle où il veut, et sa sainteté est l'unité faite corps, l'unité qui rencontre le monde et le transforme.

       Dans la Lettre aux Ephésiens, saint Paul nous dit que ce Corps du Christ qui est l'Église, possède des jointures (cf. 4, 16), il les nomme également : ce sont les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pasteurs et les docteurs (cf. 4, 11). L'Esprit dans ses dons prend de multiples formes – nous le voyons ici. Si nous regardons l'histoire, si nous regardons cette assemblée ici sur la Place Saint-Pierre – alors nous nous rendons compte qu'il suscite toujours de nouveaux dons, nous voyons combien il crée d'organes différents, et comment, de manière toujours nouvelle, il œuvre corporellement. Mais en Lui la multiplicité et l'unité vont de pair. Il souffle où il veut. Il le fait de manière inattendue, dans des lieux inattendus et sous des formes qu'on ne peut jamais imaginer à l'avance. Et avec quelle multiplicité de forme et quelle corporéité il le fait !

       Et c'est précisément ici que la multiplicité des formes et l'unité sont inséparables entre elles. Il veut que vous preniez de multiples formes et il vous veut pour l'unique corps, dans l'union avec les ordres durables – les jointures – de l'Eglise, avec les successeurs des apôtres et avec le Successeur de saint Pierre. Il ne nous enlève pas la difficulté d'apprendre comment nous rapporter les uns aux autres; il nous démontre également qu'il œoeuvre en vue de l'unique corps et dans l'unité de l'unique corps. C'est vraiment uniquement de cette manière que l'unité trouve sa force et sa beauté.

       Prendre part à l'édification de l'unique corps ! Les pasteurs seront attentifs à ne pas éteindre l'Esprit (cf. 1 Th 5, 19) et vous, vous ne cesserez d'apporter vos dons à la communauté tout entière. Une fois de plus : l'Esprit Saint souffle où il veut. Mais sa volonté est l'unité. Il nous conduit vers le Christ, dans son Corps. "[du Christ] le Corps tout entier – nous dit saint Paul –... reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l'actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité" (Ep 4, 16).



Homélie de la célébration des premières vêpres lors de la veillée de Pentecôte 2006
(Rencontre avec les mouvements ecclésiaux et les communautés nouvelles)

Jean-Paul II, Discernement des charismes

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
26 TOB ev       Le Saint Esprit, en confiant à l'Eglise-Communion les différents ministères, l'enrichit d'autres dons et impulsions particulières, appelés charismes. Ceux-ci peuvent prendre les formes les plus diverses, soit comme expression de la liberté absolue de l'Esprit qui les accorde, soit comme réponse aux multiples exigences de l'histoire de l'Eglise. La description et la classification que nous fournissent de ces dons les textes du Nouveau Testament sont un signe de leur grande variété: "Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit, en vue du bien. A celui-ci est donné, grâce à l'Esprit, le langage de la sagesse de Dieu; à un autre, toujours par l'Esprit, le langage de la connaissance de Dieu; un autre reçoit, dans l'Esprit, le don de la foi; un autre encore, des pouvoirs de guérison dans l'unique Esprit; un autre peut faire des miracles; un autre est un prophète, un autre sait reconnaître ce qui vient vraiment de l'Esprit; l'un reçoit le don de dire toutes sortes de paroles mystérieuses, l'autre le don de les interpréter" (1 Co 12, 7-10; cf. 1 Co 12, 4-6. 28-31; Rm 12, 6-8; 1 P 4, 10-11).

       Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l'Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu'ils sont à l'édification de l'Eglise, au bien des hommes et aux besoins du monde.

       De nos jours également, nous pouvons voir s'épanouir divers charismes parmi les fidèles laïcs, hommes et femmes. Ils sont donnés à une personne déterminée, mais ils peuvent être partagés par d'autres, de sorte qu'ils se maintiennent à travers le temps comme un héritage vivant et précieux, qui engendre une affinité spirituelle particulière entre de nombreuses personnes. C'est précisément au sujet de l'apostolat des laïcs que le Concile Vatican II écrit: "Pour l'exercice de cet apostolat, le Saint Esprit qui sanctifie le peuple de Dieu par les sacrements et le ministère accorde en outre aux fidèles des dons particuliers (cf. 1 Co 12, 7), les "répartissant à chacun comme Il l'entend" (cf. 1 Co 12, 11), pour que tous et "chacun selon la grâce reçue, se mettant au service des autres, soient eux-mêmes de bons intendants de la grâce multiforme de Dieu" (1 P 4, 10), en vue de l'édification du Corps tout entier dans la charité (cf. Ep 4, 16)".

       Selon la logique du dynamisme généreux qui les a fait jaillir, les dons du Saint Esprit exigent de tous ceux qui les ont reçus qu'ils les exercent pour la croissance de toute l'Eglise, comme nous le rappelle le Concile.

       Les charismes sont à accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de l'Eglise. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ; pourvu cependant qu'il s'agisse de dons qui proviennent véritablement de l'Esprit Saint et qu'ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions authentiques de ce même Esprit. C'est dans ce sens qu'apparaît toujours plus nécessaire le discernement des charismes. En réalité, comme l'ont déclaré les Pères du Synode, "l'action de l'Esprit Saint, qui souffle où il veut, n'est pas toujours facile à distinguer ni à recevoir. Nous savons que Dieu agit en tous les fidèles chrétiens et nous avons bien conscience des bienfaits qui procèdent des charismes à la fois en faveur de chacun et pour toute la communauté chrétienne. Toutefois, nous avons également conscience de la puissance du péché et de ses efforts pour semer le trouble et la confusion dans la vie des fidèles et des communautés".

       Voilà pourquoi aucun charisme ne dispense de la référence et de la soumission aux Pasteurs de l'Eglise. De façon très claire le Concile écrit: "C'est à ceux qui ont la charge de l'Eglise de porter un jugement sur l'authenticité de ces dons et sur leur usage bien entendu. C'est à eux qu'il convient spécialement, non pas d'éteindre l'Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon (cf. 1 Th 5, 12. 19-21)", afin que tous les charismes coopèrent, dans leur diversité et leur complémentarité, au bien commun. .



Chrisitfideles laici, 24

Jean-Paul II, Le primat de la grâce

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
26 TOB ev       Dans la programmation qui nous attend, nous engager avec davantage de confiance dans une pastorale qui donne toute sa place à la prière, personnelle et communautaire, signifie respecter un principe essentiel de la vision chrétienne de la vie: le primat de la grâce. Il y a une tentation qui depuis toujours tend un piège à tout chemin spirituel et à l'action pastorale elle-même: celle de penser que les résultats dépendent de notre capacité de faire et de programmer. Certes, Dieu nous demande une réelle collaboration à sa grâce, et il nous invite donc à investir toutes nos ressources d'intelligence et d'action dans notre service de la cause du Royaume. Mais prenons garde d'oublier que "sans le Christ nous ne pouvons rien faire" (cf. Jn 15,5).

       La prière nous fait vivre justement dans cette vérité. Elle nous rappelle constamment le primat du Christ et, en rapport à lui, le primat de la vie intérieure et de la sainteté. Quand ce principe n'est pas respecté, faut-il s'étonner si les projets pastoraux vont au-devant de l'échec et laissent dans le coeœur un sentiment décourageant de frustration? Nous faisons alors l'expérience des disciples dans l'épisode évangélique de la pêche miraculeuse: "Nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre" (Lc 5,5). Tel est le moment de la foi, de la prière, du dialogue avec Dieu, qui ouvre le coeœur au flot de la grâce et qui permet à la parole du Christ de passer à travers nous avec toute sa force: Duc in altum! Lors de cette pêche, il revint à Pierre de dire les mots de la foi: "Sur ton ordre, je vais jeter les filets" (ibid.). Permettez au Successeur de Pierre, au début de ce millénaire, d'inviter toute l'Église à cet acte de foi, qui s'exprime dans un engagement renouvelé de prière.



Tertio millennio ineunte, 38

Jean Paul II, Repartir du Christ

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
26 TOB ev       "Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28,20). Cette certitude, chers Frères et Sœoeurs, a accompagné l'Église pendant deux mille ans, et elle vient d'être ravivée dans nos coeœurs par la célébration du Jubilé. Nous devons y puiser un élan renouvelé pour notre vie chrétienne, en en faisant même la force inspiratrice de notre cheminement. C'est dans la conscience de cette présence du Ressuscité parmi nous que nous nous posons aujourd'hui la question adressée à Pierre à Jérusalem, aussitôt après son discours de la Pentecôte: "Que devons-nous faire ?" (Ac 2,37).

       Nous nous interrogeons avec un optimisme confiant, sans pour autant sous-estimer les problèmes. Nous ne sommes certes pas séduits par la perspective naïve qu'il pourrait exister pour nous, face aux grands défis de notre temps, une formule magique. Non, ce n'est pas une formule qui nous sauvera, mais une Personne, et la certitude qu'elle nous inspire: Je suis avec vous!

       Il ne s'agit pas alors d'inventer un "nouveau programme". Le programme existe déjà: c'est celui de toujours, tiré de l'Évangile et de la Tradition vivante. Il est centré, en dernière analyse, sur le Christ lui-même, qu'il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l'histoire jusqu'à son achèvement dans la Jérusalem céleste. C'est un programme qui ne change pas avec la variation des temps et des cultures, même s'il tient compte du temps et de la culture pour un dialogue vrai et une communication efficace. Ce programme de toujours est notre programme pour le troisième millénaire.

       Il est toutefois nécessaire qu'il se traduise par des orientations pastorales adaptées aux conditions de chaque communauté. Le Jubilé nous a donné l'occasion extraordinaire de nous engager, pour quelques années, sur un chemin commun à toute l'Église, un chemin de catéchèse articulée autour du thème de la Trinité et accompagnée d'engagements pastoraux spécifiques pour réaliser une féconde expérience jubilaire. J'exprime mes remerciements pour l'adhésion cordiale avec laquelle on a largement accueilli la proposition que j'avais faite dans la lettre apostolique Tertio millennio adveniente. Maintenant, ce n'est plus un objectif immédiat qui se présente à nous: c'est l'horizon le plus large et le plus exigeant de la pastorale ordinaire. Au milieu des données universelles et inaliénables, il est nécessaire que le programme unique de l'Évangile continue à s'inscrire dans l'histoire de chaque réalité ecclésiale, comme cela est toujours advenu. C'est dans les Églises locales que l'on peut fixer les éléments concrets d'un programme — objectifs et méthodes de travail, formation et valorisation du personnel, recherche des moyens nécessaires — qui permettent à l'annonce du Christ d'atteindre les personnes, de modeler les communautés, d'agir en profondeur par le témoignage des valeurs évangéliques sur la société et sur la culture.

       J'exhorte donc vivement les Pasteurs des Églises particulières, aidés par la participation des diverses composantes du peuple de Dieu, à tracer avec confiance les étapes du chemin futur, en harmonisant les choix de chaque communauté diocésaine avec ceux des Églises limitrophes et avec ceux de l'Église universelle.

       Une telle harmonie sera certainement facilitée par le travail collégial, devenu maintenant habituel, qui est mené par les Évêques dans les Conférences épiscopales et dans les Synodes. N'est-ce pas aussi le sens des Assemblées continentales du synode des Évêques, qui ont scandé la préparation du Jubilé, en élaborant des lignes significatives pour l'annonce actuelle de l'Évangile dans les multiples contextes et dans les diverses cultures? On ne doit pas laisser tomber ce riche patrimoine de réflexion, mais le rendre concrètement opérationnel.

       C'est donc une œoeuvre de reprise pastorale enthousiasmante qui nous attend. Une oeœuvre qui nous implique tous. Je désire toutefois indiquer, pour l'édification et l'orientation communes, quelques priorités pastorales, que l'expérience même du grand Jubilé a fait ressortir à mes yeux avec une force particulière.



Tertio millennio ineunte, 29

Servais-Théodore Pinckaers, La présence du Christ et l’'actualité de ses "mystères"

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)

25-T.O.B.jpg       L'’action de l'’Esprit Saint s'’étend plus loin encore. Il n’'est pas seulement une sorte de peintre intérieur qui nous utiliserait comme des toiles pour y reproduire le Christ. Son œoeuvre première est de nous rendre le Christ réellement présent dans l'’intime de l’'âme, comme une personne est présente à une autre et la fait vivre dans la foi et l’'amour. Tel est ce qu’'on peut appeler le miracle de l’'Esprit : il comble la distance de temps et d’'espace qui nous sépare de la vie du Christ sur cette terre et le place près de nous, comme un Ami parle à son ami, comme l'’Époux converse avec l’'épouse. L’'esprit abolit, en même temps, par la miséricorde et le pardon qu'’il nous accorde, le fossé creusé par nos péchés entre Dieu et nous, entre nos misères et sa perfection. 


       Par suite, les faits et gestes, les principaux événements de la vie du Christ, ce que nous nommons ses "mystères", vont s’'actualiser pour nous par l’'action de l’'Esprit ; ils se reproduisent devant nous, en nous, comme un influx de grâce qui nous conforme à eux, lorsque nous les célébrons en Église et chaque fois qu'’en les méditant nous nous soumettons à leur rayonnement spirituel. Telle est l’'intuition de foi qui a présidé à la formation de l’'année liturgique aux premiers siècles de l’'Église ; elle en soutient encore et en fait fructifier la célébration. S. Léon le Grand exprime excellemment la liaison entre la liturgie et la vie chrétienne dans une formule simple et dense. La liturgie est à la fois "sacrement et exemple". Comme sacrement, elle nous confère la grâce du Christ et par cette grâce nous modèle à son exemple dans toute notre conduite. Ainsi l’'Esprit Saint conforme-t-il l’'Église dans son ensemble et chaque chrétien personnellement à l’'image et à l'’imitation du Christ. C’est ce que l’'épître aux Éphésiens appelle : "Constituer cet Homme parfait, dans la force de l’'âge, qui réalise la plénitude du Christ" (4, 13), ou encore : "Revêtir l'’Homme nouveau qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité" (4, 24).

       Nous pouvons conclure cette première considération. L’'imitation du Christ est la réalisation d’'une vocation : l’'initiative en appartient au Christ qui nous appelle à le suivre, et l'’artisan principal en est l’'Esprit Saint qui nous conforme au Seigneur selon l'’image que nous en présentent les Écritures, "la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu". L'’imitation du Christ a bien sa source dans la foi dont elle reçoit ses traits caractéristiques ; on ne peut l’'en séparer. La "suite" du Christ s’'accomplit dans l'’imitation du Christ. Elle produit une conformité d'’âme qui se communique et rayonne.



Servais-Théodore Pinckaers, La vie selon l’'Esprit, Éd. Saint-Paul-Cerf, 1996, p. 95

Servais-Théodore Pinckaers, L'’imitation du Christ, oeœuvre de l’'Esprit Saint

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)

25-T.O.B.jpg       En même temps, S. Paul nous représente la vie chrétienne, comme une vie selon l'’Esprit. Dans l’'épître aux Galates, il la décrit comme une lutte entre la chair et l’'Esprit et oppose à la liste des oeœuvres de la chair : fornication, impureté, débauche… discorde, etc., le tableau attrayant du fruit de l’'Esprit en nous : charité, joie, paix, patience, serviabilité, bonté, confiance, douceur, maîtrise de soi (5, 19-22). Le travail de l’'Esprit se fait en nous de l’'intérieur ; lui seul scrute les profondeurs de Dieu et peut révéler à notre esprit le don de Dieu, faisant de nous des "hommes spirituels" ((1 Co 2, 10-15). L’'Esprit est le principe, l’'âme, comme le sang et la sève de la vie nouvelle dans le Christ : "Ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses convoitises. Puisque l'’Esprit est notre vie, que l’'Esprit vous fasse agir" (Ga 5, 24-25). 


       Dans la 1re épître aux Corinthiens, Paul exposera l'oe’œuvre de l’'Esprit sous la forme des charismes. Certains de ces dons sont extérieurs et visibles, comme le parler en langues, l'’enseignement et les différents ministères. Mais le don principal est le plus intérieur : c’'est l’'agapè qu’'accompagnent la foi et l’'espérance ; elle inspire et vivifie les autres dons et vertus pour réaliser notre conformité au Christ et nous intégrer dans l'’unité diversifiée de l'’Église.

       Dès lors, nous pouvons rapporter à l’'Esprit Saint et à la charité les différents exposés de la catéchèse morale que nous fournit S. Paul (Rm 12-15) ; Col 3-4 ; Ép 4-6 ; etc.), en considérant les vertus qu'’il y recommande et propose à l'’imitation , non plus comme le résultat de notre effort, mais comme des grâces, les oeœuvres et les fruits de l’'Esprit Saint en nous. La morale, avec ses préceptes et vertus, en est transformée en son fond ; elle devient proprement spirituelle. L'’agir du chrétien ne procède plus de la seule sagesse et force de l’'homme, mais de la docilité à l’'Esprit. L'’idée, la nature même de la vertu en est changée : elle n'’est plus une conquête, une domination volontaire ; elle devient un accueil humble et fervent, une concordance d'’amour. C’'est ce que la théologie a voulu exprimer en parlant des vertus infuses. Celles-ci n’'agissent pas sur nous de l’'extérieur, comme les maîtres et les modèles humains. L'’action de l’'Esprit nous atteint par elles de l'’intérieur, sur le mode de l’'inspiration et le de l'’impulsion.

       Il en découle une nouvelle compréhension du thème de l’'imitation. Le Christ n’'agit pas seulement sur nous par la parole et par l'’exemple, mais comme le Maître de l’'Esprit qu'’il envoie à ses disciples pour leur procurer l'’intelligence du mystère de sa personne et élaborer en eux l’œ'oeuvre de l'’imitation en les conformant à son visage spirituel esquissé dans les Évangiles. Le Nouveau Testament nous présente, avec une sobriété remarquable, les traits que l’'Esprit Saint se propose de reproduire en nous pour nous modeler à l’'image du Christ par la conduite et par le coeœur, de sorte que la face mystérieuse de Jésus apparaisse en filigrane de notre vie mieux que dans tous les écrits ou tableaux. ).



Servais-Théodore Pinckaers, La vie selon l’'Esprit, Éd. Saint-Paul-Cerf, 1996, p. 94-95

Servais-Théodore Pinckaers, Le thème de l'’imitation chez S. Paul

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
25-T.O.B.jpg       Dès la première épître aux Thessaloniciens, S. Paul évoque le thème de l'’imitation du Christ et nous présente en quelques mots ce qu'’on pourrait appeler la chaîne de l'’imitation qui unit les chrétiens. Elle tient à la prédication même de l’'Évangile annoncé par Paul avec la puissance de l’'Esprit pour le service des croyants. "Et vous, vous êtes devenus mes imitateurs ("mimètoi") ainsi que du Seigneur, en accueillant la Parole, parmi bien des tribulations, avec la joie de l’'Esprit Saint : vous êtes ainsi devenus un modèle ("typos") pour tous les croyants de Macédoine et d’'Achaïe" (1 Th 1, 6-7). Le thème est rappelé dans la seconde épître en liaison avec le travail manuel que Paul s’'est imposé pour éviter d''’être à la charge des nouveaux convertis : "Vous savez bien comment il faut nous imiter. Nous ne sommes pas restés oisifs parmi vous" (3, 7). Dans l’'épître aux Philippiens, comme nous l’'avons vu, l’'exhortation à l’'imitation procède directement du désir de conformité au Christ manifesté par l’'Apôtre et en est la mise en œoeuvre : "Devenez à l’'envi mes imitateurs, frères, et fixez vos regards sur ceux qui se conduisent comme vous en avez en nous un exemple" (3, 17). On rencontre le thème plus tard, dans l’'épître aux Éphésiens, au centre de la catéchèse apostolique : "Devenez les imitateurs de Dieu ("mimètoi tou theo") en vous pardonnant mutuellement et marchez dans l'’amour comme le Christ lui-même vous a aimés et s'’est livré pour nous, s’'offrant à Dieu en sacrifice d’'agréable odeur" (5, 1-2).

       Ainsi entendu, le thème de l'’imitation joue un rôle principal dans la spiritualité chrétienne, rappelant le précepte supérieur du Sermon sur la montagne : "Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait (en aimant jusqu’'à vos ennemis)" (Mt 5, 48). Il peut embrasser la vie entière des croyants : imitation de Dieu et du Christ, puis imitation apostolique et fraternelle jusque dans le travail quotidien qui accompagne l’'annonce de l’'Évangile. Imitation aussi large que l’'Église, atteignant jusqu’'aux païens par le témoignage de la foi et des oeœuvres.

1. L'’imitation procède de la foi au Christ

       Le premier point que Paul nous indique dans ces textes est décisif : l’'imitation dont il parle procède immédiatement de la foi au Christ. La formule qui introduit le thème de l'’imitation est bien dans le style très dense de l'’Apôtre. Traduisons littéralement : "Nous souvenant de vous, de l’œ'oeuvre de la foi et du labeur de l’'agapè et de la patience de l’'espérance de notre Seigneur Jésus Christ en présence de notre Dieu et Père" (1 Th 1, 3).

       La mention du Christ concerne l'’ensemble : à la source de l’'imitation se tiennent, en un seul jaillissement, la foi au Christ, l’'amour du Christ, l’'espérance dans le Christ. Paul précise ensuite : telle est la foi de l'’Évangile qu'’il a prêché et qui agit avec la puissance de l’'Esprit Saint, faisant de lui le serviteur de tous.

       Le rapport entre la foi et l’'imitation évoque la relation du disciple au maître : le disciple se met à l'’école du maître en accordant foi à son enseignement et en suivant son exemple. Ainsi le Christ apparaît-il sous la figure du Maître qui enseigne ses disciples par sa parole et par ses actes, comme dans le Sermon sur la montagne. La foi de l'’écoute se prolonge dans la docilité de l'’imitation.

       Cette représentation traditionnelle est certainement exacte ; mais elle ne suffit pas, à elle seule, à rendre compte de ce qu'’il y a de nouveau dans le rapport au Christ instauré par la foi. On pourrait, en effet, n’'y voir rien de plus que la soumission à un sage, à un éducateur modèle.

       Dans la 1re lettre aux Corinthiens, S. Paul place l’'imitation dans le cadre d’'une liaison plus riche que la relation pédagogique : le rapport unique de paternité dans le don de la foi qui l’'unit aux chrétiens de Corinthe : "Auriez-vous des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n'’avez pas plusieurs pères ; car, c’'est moi qui, par l’'Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus. Je vous en prie donc, montrez-vous mes imitateurs" (1 Co, 4, 15-16). On a pu remarquer, à ce sujet, que Paul ne se propose lui-même en modèle qu'’aux communautés qu'’il a fondées : Thessalonique, Corinthe, Philippes, les Galates (4, 12). Ailleurs il parle de l’'imitation de Dieu et du Christ. Nous devons donc chercher dans la foi et dans les relations qu’'elle crée la racine de l'’imitation évangélique.

2. La foi comme source de la morale

       C'’est dans les épîtres aux Romains et aux Corinthiens que S. Paul nous expose le plus clairement le bouleversement qu’'opère la foi au Christ dans le domaine de la vie morale où se réalise l'’imitation. Ayant démaqué avec vigueur l’'échec de la morale juive qui aboutit à l'’hypocrisie, et de la morale grecque qui conduit à la corruption, l’'Apôtre dresse en face d’'elles la morale évangélique : elle naît de la foi au Christ crucifié, devenu pour nous le dispensateur de la justice et de la sagesse de Dieu. Rejetée comme une folie et un scandale par les sages et les puissants, la Parole de l’'Évangile pénètre au plus profond de cœoeur de l’'homme, au-delà des idées et des sentiments, pour y changer la source même de l’agir moral : à l’'assurance de l’'homme en lui-même qu’'engendre l’'orgueil, elle substitue la foi au Christ, humble et obéissant jusqu’'à la Croix, mais devenu, par la résurrection, le donateur d’'une vie nouvelle dont l’'origine est en Dieu. Ainsi l’'imitation commence-t-elle dans la foi même : elle est une humble remise de soi au Christ humilié pour nous et exalté pas Dieu. "Tandis que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous prêchons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs comme Grecs, c'’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu…" (1 Co 1, 22-24).

       En plaçant ainsi la foi à l’'origine de la morale évangélique, S. Paul lui confère une caractéristique unique en son genre : la personne même du Christ devient le foyer de la vie des croyants. Par le moyen de la foi s’'établissent des liens vitaux entre le Maître et les disciples. Par le baptême qui les associe à la mort et à la résurrection de Jésus, les disciples reçoivent un être nouveau à l'’origine d’'une vie qui formera en eux un "homme nouveau" et que Paul caractérisera comme une "vie dans le Christ", une "vie avec le Christ". Ils pourront redire avec l’'Apôtre : "Ce n’'est plus moi qui vis, c'’est le Christ qui vit en moi...… Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'’a aimé et s’est livré pour moi" (Ga 2, 20-21).

       S. Paul y ajoutera la comparaison de l’'Église avec le corps et les membres, dans lesquels circule un même sang qui les assimile les uns aux autres. Il placera cette vue au début de sa catéchèse morale pour bien montrer la dimension christologique et ecclésiale de la vie chrétienne, avec les vertus qu’elle met en œoeuvre. "À plusieurs, nous ne formons qu'’un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres" (Rm 12, 5). "... en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir à ne faire plus qu'’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’'âge, qui réalise la plénitude du Christ " (Ép 4, 12-13).

       S. Jean, quant à lui, exposera cette communication de vie à l’'aide de la comparaison si expressive de la vigne et des sarments qu’'alimente une même sève : "Je suis la vigne ; vous êtes les sarments. Qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire" (15, 5).

       Telle est la nouvelle base que reçoit l'’imitation : elle ne reproduit plus un modèle extérieur, mais procédant d'’une union vitale avec le Christ, réalisée par la foi, elle se présente comme une conformation nécessaire pour ceux qui deviennent les membres de son Corps.



Servais-Théodore Pinckaers, La vie selon l’'Esprit, Éd. Saint-Paul-Cerf, 1996, p. 91-94

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