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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

la vache qui rumine (annees b - c)

Cardinal Josef Ratzinger, La primauté de Pierre et l'unité de l'Eglise (3)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
c) La parole sur le ministère (Mt 16,17-19)
    Il nous faut maintenant examiner d'un peu plus près ce texte central de la tradition sur Pierre. Étant donné la signification que la parole du Seigneur sur le fait de lier et de délier a reçue dans l'Église catholique, on ne peut s'étonner que toutes les polémiques confessionnelles se répercutent et se reflètent dans l'exégèse, tout comme les oscillations internes à la théologie catholique elle-même. Alors que la théologie libérale protestante a trouvé des motifs de contester que ces paroles aient Jésus pour origine, entre les deux Guerres Mondiales, même parmi les théologiens protestants, une sorte de consensus s'est affirmé, selon lequel on acceptait avec une assez grande unanimité que ces paroles avaient bien Jésus pour origine. Dans le nouveau climat théologique qui s'est créé après la guerre, ce consensus s'est très vite rompu. On ne peut s'étonner que, dans l'atmosphère de l'après-Concile, même les exégètes du côté catholique se soient éloignés toujours davantage de la thèse attribuant ces paroles à Jésus. On va désormais à la recherche des situations de l'Église primitive dans lesquelles ces paroles doivent s'insérer et l'on pense le plus souvent - avec Bultmann - aux plus anciennes communautés palestiniennes, respectivement à Jérusalem ou bien encore à Antioche, dans l'hypothèse où l'on doit situer en cet endroit le lieu de la formation de l'Évangile de Matthieu. Mais à dire vrai, il y a aussi d'autres opinions. Ainsi, récemment, J. M. Van Cangh et M. van Essbroeck, à la suite des observations de H. Riesenfeld, ont mis nouvellement en lumière le contexte juif du récit de Matthieu et proposent donc des considérations dignes de la plus grande attention: elles confirment la grande antiquité du texte et font ressortir plus clairement sa profondeur théologique, bien au-delà de ce qui était connu jusqu'ici. Nous ne pouvons ici entrer dans tous ces débats. Du reste, il n'est pas nécessaire de le faire et cela pour deux raisons: d'un côté, nous avons vu que la substance de ce qui est affirmé chez Matthieu a son correspondant dans toutes les strates de la tradition présentes dans le Nouveau Testament, quelles que soient les constructions divergentes de celles-ci. On ne peut expliquer une telle unité de la tradition que par une origine en Jésus lui même. Mais nous n'avons pas besoin de nous attarder plus longtemps sur ces discussions également pour un motif de réflexion théologique: pour celui qui lit la Bible comme Parole de Dieu dans la foi de l'Église, la validité d'une parole ne dépend pas d'hypothèses historiques sur sa forme la plus ancienne et sur son origine. Que ces hypothèses n'aient qu'une brève existence, quiconque a écouté pendant un moment les propositions des exégètes le sait bien. Pour le croyant, une parole de Jésus qui se trouve dans l'Écriture Sainte ne reçoit pas sa force contraignante du fait que la majorité des exégètes contemporains la reconnaît comme telle, et elle ne perd pas sa validité quand le contraire se vérifie. En d'autres termes, la garantie de la validité ne provient pas de constructions hypothétiques aussi fondées qu'elles puissent être, mais bien plutôt de leur appartenance au canon de l'Écriture, que la foi de l'Église garantit comme parole de Dieu, c'est-à-dire comme fondement sûr de notre existence.

    Ceci dit, naturellement il est cependant important de comprendre le plus exactement possible, par l'intermédiaire des instruments de la science historique, la structure et le contenu d'un texte. Lobjection principale de l'époque libérale contre l'origine en Jésus lui-même de cette expression de vocation, consistait dans le renvoi au fait qu'est employé ici le mot « Église» (ekklesia) qui, dans les Évangiles, n'apparaît qu'ici et en Matthieu 18, 17. Quand on présuppose avec certitude que Jésus n'a pas pu vouloir d'Église, alors cet usage linguistique apparaît comme un anachronisme significatif qui révélerait la création tardive de cette parole dans le contexte de l'Église déjà naissante. En opposition à cela, l'exégète évangélique A. Oepke a attiré l'attention sur le fait qu'on ne peut jamais être totalement tranquilles quand on se base sur de telles statistiques verbales. Il a signalé que, par exemple, dans toute la Lettre aux Romains de saint Paul, le mot « croix» n'apparaît jamais alors que sans aucun doute la Lettre est imprégnée du début à la fin de la théologie de la croix qui est celle de l'Apôtre.

    Devant ce type de remarque, il faut donc accorder plus d'importance à la forme littéraire du texte, à propos de laquelle le porte-parole indiscuté de la théologie libérale, A. Harnack, a dit: « Il y a peu de passages plus longs dans les Évangiles où transparaisse aussi sûrement le fonds araméen de la pensée et de la forme, que dans cette péricope extrêmement ramassée ». Bultmann s'est lui aussi exprimé d'une manière tout à fait similaire: « Je ne vois pas comment on pourrait attribuer autrement les conditions de son origine, sinon dans la communauté originaire de Jérusalem ». Araméenne est la formule d'introduction: « Heureux es-tu»; araméen est le nom, que l'on n'explique pas, de Bar-lona, tout comme sont araméens les concepts qui suivent comme « portes de l'enfer », « clefs du Royaume des cieux », « lier et délier », « sur la terre et dans les cieux ». Le jeu de mots sur le vocable « pierre » (tu es pierre et sur cette pierre ... ) ne marche pas du tout en grec, puisque devient alors nécessaire un changement de genre entre Pierre et pierre: ainsi, nous pouvons ici aussi entendre résonner en transparence le mot araméen Cephas et percevoir la voix même de Jésus.

    Passons à l'interprétation que, encore une fois, nous ne pouvons faire que pour quelques points principaux. Nous avons déjà parlé du symbolisme « roc-pierre », en observant qu'ainsi Pierre apparaît comme mis en parallèle avec Abraham. Sa fonction pour le nouveau peuple, l'Ekklesia, revêt une signification cosmique et eschatologique qui correspond au rang de ce peuple. Pour comprendre la manière dont Pierre est un roc, prérogative qu'il ne possède pas par lui-même, il est utile de garder en mémoire la suite du récit de Matthieu. Non pas à partir « de la chair et du sang » mais par révélation du Père, il avait exprimé au nom des Douze qu'il reconnaissait le Christ. Quand, par la suite, Jésus expliqua la forme et la voie du Christ en ce monde, prophétisant sa mort et sa résurrection, alors ce furent la chair et le sang qui répondirent: Pierre « se mit à le morigéner » : « Non, cela ne t'arrivera point! » 06,22). Et Jésus lui répliqua: « Passe derrière moi, Satan! Tu me fais obstacle (skandalon) ... » (verset 23). Celui qui, par don de Dieu, peut être un roc solide, est par lui-même une pierre le long de la route, une pierre qui fait trébucher. La tension entre le don qui vient du Seigneur et ses propres capacités devient si évidente qu'elle provoque l'étonnement. D'une certaine manière, c'est tout le drame de l'histoire de la papauté qui est ici anticipé, au cours duquel nous rencontrons toujours les deux éléments: celui par lequel la papauté, grâce à une force qui ne vient pas d'elle-même, demeure le fondement de l'Église, et cet autre élément qui fait que, dans le même temps, les papes, par les caractéristiques typiques de leur humanité, deviennent toujours à nouveau un scandale parce qu'ils veulent précéder le Christ plutôt que le suivre; parce qu'ils croient, avec leur logique humaine, qu'ils doivent lui préparer la route que lui seul, au contraire, peut déterminer. « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes» (16, 23).

    En ce qui concerne la promesse que le pouvoir de la mort ne l'emportera pas sur le roc (ou sur l'Église?), nous trouvons un parallèle dans la vocation du prophète Jérémie, à qui il fut dit au début de sa mission: « Voici que moi, aujourd'hui même, je t'ai établi comme ville fortifiée, colonne de fer et rempart de bronze devant tout le pays: les rois de Juda, ses princes, ses prêtres et le peuple du pays. Ils lutteront contre toi, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 18 ss). Ce qu'écrit A. Weiser sur ce passage de l'Ancien Testament peut très bien servir à expliquer aussi cette promesse de Jésus à Pierre: « Dieu exige tout le courage d'une confiance inconditionnelle en sa puissance extraordinaire, quand il promet ce qui est apparemment impossible, c'est-à-dire de faire de cet homme fragile une « ville fortifiée », une « colonne de fer » et un « rempart de bronze », de sorte qu'il pourra, par lui-même, résister à toute la population du pays et aux détenteurs du pouvoir, comme un vivant rempart de Dieu ... Ce n'est pas l'intangibilité d'un homme de Dieu « consacré » qui lui est assurée ... mais seulement la proximité de Dieu qui le « délivre », et ses ennemis ne l'emporteront pas sur lui (cf. Mt 16, 18) ». Vraiment, la promesse faite à Pierre est encore plus grande que celles qui furent faites aux prophètes de l'ancienne Alliance: ceux-ci ne s'affrontaient qu'aux forces qui viennent de la chair et du sang, Pierre se trouve affronté aux portes de l'enfer, aux forces destructrices des abîmes. Jérémie ne reçoit qu'une promesse personnelle en vue de son ministère prophétique; Pierre obtient une promesse pour l'assemblée du nouveau Peuple de Dieu, qui s'étend à tous les temps, une promesse qui va au-delà du temps de son existence personnelle. À cause de cela, Harnack a pensé qu'est ici prophétisée l'immortalité de Pierre et en un certain sens, il a bien saisi le signe: le roc ne sera pas écrasé car Dieu n'abandonnera pas son Église aux forces de destruction.

    Le pouvoir des clefs renvoie à la parole de Dieu qui, en Isaïe 22, 22, est adressée à Elyakim auquel, en même temps que les clefs, sont remis « la seigneurie et le pouvoir sur la maison de David ». Mais, également, la parole du Seigneur aux scribes et aux pharisiens, à qui il est reproché de fermer aux hommes le royaume des cieux (Mt 23, 13), nous aide également à comprendre le contenu de cette parole sur le ministère: puisque Pierre est un fidèle administrateur du message de Jésus, il ouvre la porte du royaume des cieux; c'est à lui qu'appartient la fonction de portier, qui doit juger s'il accueille ou s'il refuse d'accueillir (cf. Ap 3, 7). Ainsi la signification de la parole sur les clefs nous rapproche clairement de celle sur le pouvoir de lier et de délier. Cette dernière expression est empruntée au langage rabbinique et signifie, d'une part la pleine autorité dans les décisions doctrinales, et, d'autre part, elle exprime aussi le pouvoir disciplinaire, c'està-dire le droit d'infliger ou d'enlever l'excommunication.

    Le parallélisme « sur la terre et dans les cieux » affirme que les décisions ecclésiales de Pierre ont également valeur devant Dieu, idée que l'on rencontre sous une forme semblable également dans la littérature talmudique. Si nous prêtons attention au parallèle de la parole de Jésus ressuscité, que nous rapporte Jean 20, 23, il devient évident que, par pouvoir de lier et de délier, on entend essentiellement l'autorité suprême confiée, en la personne de Pierre, à l'Église, de remettre les péchés (cf. aussi Mt 18, 15-18). Il me semble que c'est là un élément d'une très grande importance. Au cœur même du nouveau ministère, qui ôte le pouvoir aux forces de destruction il y a la grâce du pardon. C'est elle qui constitue l'Église. L'Église est fondée sur le pardon. Pierre lui-même représente ce fait en sa personne: lui qui peut être le détenteur des clefs, bien qu'il ait cédé à la tentation, est aussi capable de confesser, et est rétabli par le moyen du pardon. LÉglise est, dans son essence intime, le lieu du pardon et ainsi le chaos est banni en elle. Elle est rassemblée par le pardon et Pierre le représente pour toujours: elle n'est pas la communauté des parfaits mais la communé des pécheurs qui ont besoin du pardon et qu cherchent. Derrière la parole sur l'autorité, devient visible la puissance de Dieu en tant que miséricorde et donc comme pierre angulaire de l'Église. À l'arrière-plan, nous entendons la parole Seigneur: « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades; je suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17). L’Église ne peut apparaître que là où l'homme accepte sa vérité, et cette vérité consiste précisément dans le fait qu'il a besoin de la grâce. Là où l'orgueil l'empêche d'accéder à cette connaissance, il ne trouve pas la route qui mène à Jésus. Les clefs du royaume des cieux sont les paroles du pardon, que sûrement aucun homme ne peut prononcer de lui-même, mais que seule la puissance de Dieu garantit. Nous sommes maintenant en mesure de comprendre également pourquoi cette péricope est suivie immédiatement d'une annonce de la passion: par sa mort, Jésus a barré la porte à la mort, la puissance des enfers, et ainsi il a expié toutes les fautes, de sorte que de cette mort découle continuellement la force du pardon.
(à suivre)

Cardinal Josef Ratzinger, La primauté de Pierre et l'unité de l'Eglise (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)

La place de Pierre dans le Nouveau Testament

    Ce serait une erreur de nous précipiter immédiatement sur le témoignage classique de la primauté contenu en Matthieu 16, 13-20. Isoler une péricope rend toujours sa compréhension plus difficile. Nous voulons au contraire traiter la question en nous en rapprochant peu à peu par des cercles concentriques, en nous interrogeant d'abord sur l'image de Pierre dans le Nouveau Testament dans son ensemble, en éclairant ensuite la figure de Pierre dans les Évangiles, de manière à nous ouvrir finalement un chemin pour comprendre les textes spécifiques qui concernent la primauté.

a) La mission de Pierre dans l'ensemble de la tradition néo-testamentaire
    Ce qui impressionne tout de suite, c'est que tous les grands recueils de textes du Nouveau Testament connaissent le thème de Pierre, ce qui montre qu'il s'agit là d'un thème d'une signification universelle, et qu'on ne peut en aucune manière le limiter à une tradition déterminée, circonscrite, au sens local ou personnel. Dans le recueil des lettres pauliniennes, nous rencontrons tout d'abord un témoignage important, constitué par l'ancienne formule de foi que l'Apôtre transmet en 1 Co 15,3-7. Cephas - nom par lequel Paul désigne l'Apôtre de Bethsaïde, se servant du terme araméen qui signifie roc, pierre - est présenté comme le premier témoin de la résurrection de Jésus-Christ. D'où nous pouvons penser que la mission apostolique, également dans la perspective paulinienne, est essentiellement un témoignage de la résurrection du Christ: Paul peut donc se considérer comme apôtre au sens plénier du terme sur la base de son témoignage personnel, précisément parce que le Ressuscité lui est apparu, à lui aussi, et l'a appelé. On comprend alors, d'une certaine manière, l'importance toute particulière du fait que Pierre ait vu le Seigneur le premier et qu'il entre en tant que premier témoin dans la confession de foi formulée par la communauté chrétienne. Dans cette donnée de fait nous pourrions aussi reconnaître quelque chose comme une nouvelle institution de la primauté, de la préséance entre les Apôtres. Si nous acceptons qu'il s'agit d'une formule très ancienne, antérieure à Paul lui-même, transmise par Paul avec grand respect comme un élément intangible de la tradition, alors l'importance du texte devient évidente.

    Il est cependant vrai que la lettre polémique aux Galates nous montre Paul en conflit avec Pierre et engagé dans la revendication de l'autonomie de sa vocation apostolique. Mais, justement, ce contexte polémique confère d'autant plus d'importance au témoignage que l'épître rend à Pierre. Paul monte à Jérusalem « pour rencontrer Pierre», « vidère Petrum », selon la traduction de la Vulgate (Ga l, 18). « Je n'ai pas vu d'autre apôtre », ajoute-t-il, « sinon Jacques, frère du Seigneur ». Mais sa visite à Jérusalem n'a justement pour but que de rencontrer Pierre. Quatorze ans plus tard, Paul, obéissant à une révélation privée, se rend encore une fois dans la ville sainte, où il rend alors visite aux trois colonnes, Jacques, Cephas, Jean, cette fois avec un objectif bien clair et circonscrit. Il leur expose son Évangile, tel qu'il le prêchait parmi les païens, « pour ne pas prendre le risque de courir, ou d'avoir couru, en vain ». Affirmation surprenante dans la perspective de la Lettre, et d'une très grande importance pour la conscience de l'Apôtre des Gentils: il n'y a qu'un unique Évangile commun et la certitude de prêcher le message est liée à la communion avec les colonnes. Ce sont celles-ci qui sont le critère. Le lecteur d'aujourd'hui se sent poussé à demander comment on en est arrivé à ce groupe de trois personnes et quelle fut la position de Pierre à l'intérieur de celui-ci. Effectivement, O. Cullmann a avancé la thèse que, après l'an 42, Pierre a dû céder la primauté à Jacques et, bien plus, pour lui et pour d'autres, l'Évangile de Jean reflète la rivalité entre Jean et Pierre. Il serait intéressant d'approfondir cette question, mais cela nous entraînerait trop loin de notre thème.

    Selon toute vraisemblance, Jacques exerça une sorte de primauté sur le judéo-christianisme qui avait son centre à Jérusalem. Mais cette primauté n'acquit jamais une importance au niveau de l'Église universelle et elle a disparu de l'histoire avec le déclin du judéo-christianisme. La position spéciale de Jean était d'une toute autre nature, comme cela ressort bien du quatrième Évangile. On peut ainsi accepter tranquillement, pour cette phase de formation de l'Église qui est décrite dans la Lettre aux Galates, une sorte de triple primauté, dans laquelle, cependant, la préséance de chacun des trois a des raisons différentes et est de nature différente. Aussi, quand on veut définir en détail les rapports réciproques dans le groupe des colonnes, la singulière préséance de Pierre par rapport à la « fonction commune des colonnes » demeure-t-elle intacte: elle remonte au Seigneur lui-même, et il reste donc confirmé que toute prédication de l'Évangile doit accepter de se mesurer à la prédication de Pierre. En plus de cela, la Lettre aux Galates est aussi un témoignage du fait que cette préséance est aussi valable quand le premier des Apôtres, par son comportement personnel, reste en deçà de sa mission ministérielle (Ga 2,11-14).

    Si, après ce bref aperçu sur le témoignage paulinien, nous nous tournons maintenant vers la littérature johannique, nous trouvons tout au long de l'Évangile une forte présence du thème de Pierre, auquel fait contrepoint la figure du disciple bien-aimé. Cela atteint son sommet dans la grande péricope de la mission de Jean 21, 15-19. Au point que R. Bultmann a pu affirmer clairement que, dans ce texte, est confiée à Pierre « la conduite suprême de l'Église » ; il y voit même la rédaction originelle de cette tradition qui revient dans Matthieu 16, et il considère ce passage comme un morceau très ancien de tradition préjohannique. Sa thèse, selon laquelle l'Évangéliste ne se serait intéressé à l'autorité de Pierre que pour pouvoir la revendiquer en faveur du disciple bien-aimé, après que cette autorité fut restée pour ainsi dire vacante après la mort de Pierre, est une proposition qui ne trouve de soutien ni dans le texte ni dans l'histoire de l'Église. En vérité, elle montre même qu'on ne peut éviter la question du sens que les paroles de Jésus à Pierre doivent prendre après la mort de ce dernier. Ce qui est important pour nous ici, c'est que, à côté de la ligne de tradition paulinienne, la ligne johannique nous donne elle aussi un témoignage absolument clair pour connaître la position privilégiée de Pierre, qui vient du Seigneur.

    Enfin, nous trouvons aussi dans chacun des Évangiles synoptiques des traditions autonomes sur le même thème, de sorte qu'il apparaît encore une fois évident que cela fait partie de la configuration constitutive de la prédication et que cela est présent dans tous les milieux de la Tradition, que ce soit dans la tradition judéo-chrétienne ou dans celle d'Antioche, comme aussi dans la sphère de la mission de Paul à Rome. Par souci de brièveté, nous devons renoncer à analyser ici les textes un à un, tout comme nous devons renoncer également à un regard sur la version lucanienne du mandat primatial. « Confirme tes frères » (22, 32) ancrant la mission de Pierre dans l'événement de la dernière Cène, met une accentuation ecclésiologique importante. Au lieu de tout cela, je voudrais plutôt montrer d'une manière plus générale la position spéciale qui est assignée à Pierre par les trois Évangiles synoptiques, même indépendamment de Matthieu 16.

b) Pierre dans le groupe des Douze, selon la tradition synoptique
    À cet égard, il faut tout d'abord constater d'une manière très générale la position spéciale de Pierre dans le groupe des Douze. Avec les deux fils de Zébédée, il forme, à l'intérieur des Douze, un groupe de trois, qui est mis en relief. Eux seulement sont admis à participer à deux moments d'une importance particulière: la transfiguration et le mont des Oliviers (Mc 9,2 et s.; 14,33 et s.). De même, seuls ces trois deviennent les témoins de la résurrection de la petite fille de Jaïre (Mc 5, 37). Mais, par ailleurs, parmi ces trois, Pierre se détache. C'est lui qui sert de porte-parole, dans la scène de la transfiguration; et c'est à lui que le Seigneur s'adresse à l'heure douloureuse du mont des Oliviers. En Luc 5, 1-11, la vocation de Pierre apparaît précisément comme la forme originaire de la vocation apostolique. Pierre est aussi celui qui tente d'imiter le Seigneur quand il marche sur les eaux (Mt 14, 28 ss); à propos de la concession aux disciples du pouvoir de lier et de délier, c'est lui qui demande combien de fois l'on doit pardonner (Mt 18, 21). Tout cela est souligné par la position que Pierre occupe dans la liste des disciples. Quatre versions nous en ont été transmises (Mt 10, 2-4; Mc 13, 16-19; Lc 6, 14-16; Ac 1, 13), qui présentent diverses variantes de détails mais qui néanmoins placent toutes unanimement le nom de Pierre au sommet. Dans l'Évangile de Matthieu, il est même introduit par le terme significatif « le premier » : pour la première fois, nous rencontrons ainsi cette « racine » qui, par la suite, sous le mot de « primauté », devient le concept qui exprime la mission spécifique du pêcheur de Bethsaïde. La même chose est pratiquement affirmée quand, en Marc 1, 36 et Luc 9, 32, ce disciple est présenté par la formule « Pierre et ceux qui étaient avec lui ».

    Passons maintenant à un second thème important, celui qui concerne le nouveau nom que Jésus a donné à l'Apôtre. Comme l'a souligné l'exégète protestant Schulze-Kadelbach, le fait qu'il ait été appelé du titre de « roc, pierre », et que cela n'ait pas été son nom originel mais la nouvelle appellation que Jésus lui a imposée, appartient « à ce que nous connaissons de plus certain à propos de cet homme ». Paul fait encore usage - comme nous l'avons vu - de la forme araméenne, qui vient de la bouche de Jésus, et il appelle cet Apôtre « Cephas ». Le fait que l'on ait ensuite traduit ce terme et qu'il soit entré dans l'histoire sous l'appellation grecque de Pierre, confirme sans équivoque qu'il ne s'agissait en aucune manière du nom propre d'une personne. Les noms propres ne sont jamais traduits. Mais il n'était pas inhabituel que les rabbins imposent des surnoms à leurs disciples. Jésus lui-même a fait quelque chose de semblable avec les deux fils de Zébédée, qu'il a appelés « fils du tonnerre » (Mc 3, 17). Mais comment doit-on comprendre ce nouveau nom de Pierre? Certes, il ne décrit pas le caractère de cet homme, ce contre quoi nous avait mis en garde avec une grande précision la description que Flavius Josèphe avait donnée du caractère typique du peuple galiléen: « courageux, affable, confiant, mais aussi facilement influençable et amateur de nouveautés ». La dénomination « roc, pierre » n'a aucune signification pédagogique ou psychologique: on ne doit la comprendre qu'à partir du Mystère, c'est à-dire dans une perspective christologique et ecclésiologique: Simon-Pierre deviendra à travers la charge que Jésus lui a donnée celui qu'il n'est pas du tout selon « la chair et le sang ». J. Jeremias a montré qu'il y a à l'arrière-plan le langage symbolique du rocher saint. Un texte rabbinique peut être éclairant à cet égard: « YHWH dit: "Comment puis-je créer le monde, alors que surgiront ces sans-Dieu et qu'ils se révolteront contre moi?". Mais quand Dieu vit que devait naître Abraham, il dit: "Voici que j'ai trouvé un rocher sur lequel je peux construire et fonder le monde". Aussi appela-t-il Abraham un rocher: "regardez le rocher d'où l'on vous a taillés" (ls 51, 1-2) ». Par sa foi, Abraham, le père de tous les croyants, est le rocher qui soutient la création, repoussant le Chaos, le déluge originel qui menace de tout ruiner. Simon, qui, le premier, a confessé Jésus comme le Christ et qui a été le premier témoin de la résurrection, devient alors, par sa foi digne de celle d'Abraham mais renouvelée christologiquement, le rocher qui s'oppose à la noire marée de l'incrédulité et à sa force destructrice de l'humain. On peut ainsi affirmer que vraiment, même dans la seule appellation, absolument incontestable, du pêcheur de Bethsaïde comme « roc-pierre », toute la théologie de Matthieu 16, 18 est contenue et qu'elle est donc garantie dans son authenticité.

(à suivre)

Cardinal Josef Ratzinger, La primauté de Pierre et l'unité de l'Eglise (1)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a donné, le 18 avril 1991, une conférence à l'Université pontificale Urbanienne de Rome sur la « Primauté de Pierre et l'unité de l'Église ». En voici le texte (*) :


    La question de la primauté de Pierre et de sa continuité chez les évêques de Rome est de beaucoup le sujet le plus brûlant du débat œcuménique. À l'intérieur même de l'Église catholique, la primauté de Rome a été sans cesse une pierre d'achoppement, des luttes médiévales entre l'Empire et le Sacerdoce jusqu'aux mouvements en faveur d'Églises nationales du début de l'époque moderne, et aux tendances au détachement de Rome au XIXe siècle, jusqu'aux vagues actuelles de protestation contre la fonction de guide du Pape et sa manière de la concevoir. Cependant, malgré tout, il existe aussi aujourd'hui une tendance positive: même de nombreux non catholiques affirment la nécessité d'un centre commun du christianisme. Il devient évident que seul un tel centre peut être un bouclier efficace contre le glissement vers une dépendance à l'égard des conditionnements des systèmes politiques ou culturels; que c'est seulement ainsi que la foi des chrétiens peut s'affirmer clairement au milieu du bruissement confus des diverses idéologies. Tout cela nous oblige à accorder une attention particulière, dans notre réflexion sur ce thème, au témoignage de la Bible, et à interroger avec un soin spécial la foi de l'Église des origines.

    Nous devons distinguer de plus près deux problèmes fondamentaux. On peut énoncer le premier en ces termes: y a-t-il eu vraiment une primauté de Pierre? Puis, étant donné qu'on peut difficilement le nier devant les témoignages du Nouveau Testament, nous devons mieux préciser la question. Quelle est la signification précise de cette place privilégiée accordée à Pierre, attestée de multiples manières par le Nouveau Testament? La seconde question que nous devons nous poser est plus difficile et, d'une certaine manière, plus décisive: peut-on vraiment fonder une succession de Pierre sur la base du Nouveau Testament? Celui-ci la soutient-il, ou l'exclut-il plutôt? Et, même si on admet une succession, Rome a-t-elle les titres pour avancer une prétention justifiée d'être son siège? Commençons par le premier groupe de problèmes. à suivre)

(*) Texte italien dans l'Osservatore Romano du 20 avri11991. Traduction de la DC publiée dans DC 1991, n. 2031, p. 653-659.
la documentation catholique • 2005 • Hors-série

Aime-Moi tel que tu es

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    Je connais ta misère, les combats et les tribulations de ton âme ; la faiblesse et les infirmités de ton corps ; je sais ta lâcheté, tes péchés, tes défaillances ; je te dis quand même : "Donne-moi ton cœur, aime-moi tel que tu es." Si tu attends d’être un ange pour te livrer à l’amour, tu ne m’aimeras jamais. Même si tu retombes souvent dans ces fautes que tu voudrais ne jamais commettre, même si tu es lâche dans la pratique de la vertu, je ne te permets pas de ne pas m’aimer.

    Aime-moi tel que tu es. A chaque instant et dans quelque situation que tu te trouves, dans la ferveur ou la sécheresse, dans la fidélité ou l’infidélité. Aime-moi tel que tu es. Je veux l’amour de ton cœur indigent ; si pour m’aimer tu attends d’être parfait, tu ne m’aimeras jamais. Ne pourrais-je pas faire de chaque grain de sable un séraphin tout radieux de pureté, de noblesse et d’amour ? Ne pourrais-je pas, d’un seul signe de ma volonté, faire surgir du néant des milliers de saints, mille fois plus parfaits et plus aimants que ceux que j’ai créés ? Ne suis-je pas le Tout-Puissant ? Et s’il me plaît de laisser pour jamais dans le néant ces êtres merveilleux et de leur préférer ton pauvre amour !

    Mon enfant, laisse-moi t’aimer, je veux ton cœur. Je compte bien te former, mais, en attendant, je t’aime tel que tu es. Et je souhaite que tu fasses de même ; je désire voir, du fond de ta misère, monter l’amour. J’aime en toi jusqu’à ta faiblesse. J’aime l’amour des pauvres ; je veux que de l’indigence s’élève continuellement ce cri : "Seigneur, je vous aime." C’est le chant de ton cœur qui m’importe. Qu’ai-je besoin de ta science et de tes talents ? Ce ne sont pas des vertus que je te demande ; et si je t’en donnais, tu es si faible que, bientôt, l’amour-propre s’y mêlerait ; ne t’inquiète pas de cela. J’aurais pu te destiner à de grandes choses ; non, tu seras le serviteur inutile. Je te prendrai même le peu que tu es car je t’ai créé pour l’amour. Aime ! L’amour te fera faire le reste sans que tu y penses ; ne cherche qu’à remplir le moment présent de ton amour.

    Aujourd’hui, je me tiens à la porte de ton cœur comme un mendiant, moi, le Seigneur des Seigneurs. Je frappe et j’attends ; hâte-toi de m’ouvrir. N’allègue pas ta misère, ton indigence, car si tu les connaissais pleinement, tu mourrais de douleur. Cela seul qui pourrait me blesser le cœur, ce serait de te voir douter et manquer de confiance. Je veux que tu penses à moi à chaque heure du jour et de la nuit ; je ne veux pas que tu fasses l’action la plus insignifiante pour un motif autre que l’amour. Quand il te faudra souffrir, je te donnerai la force ; tu m’as donné l’amour, je te donnerai d’aimer au-delà de ce que tu as pu souhaiter. Mais souviens-toi : Aime moi tel que tu es ; n’attends pas d’être un saint pour te livrer à l’amour, sinon tu ne m’aimeras jamais.

Auteur inconnu

Benoît XVI, Premier message

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
MISSA PRO ECCLESIA

PREMIER MESSAGE
DU PAPE BENOÎT XVI
AU TERME DE LA CONCÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE
AVEC LES CARDINAUX ÉLECTEURS DANS LA CHAPELLE SIXTINE

Mercredi 20 avril 2005



Vénérés frères Cardinaux,
Très chers frères et soeurs dans le Christ,
et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté!

1. Grâce et paix en abondance à vous tous (cf. 1 P 1, 2)! En ces heures deux sentiments contrastants cohabitent en mon âme. D'une part, un sentiment d'inadéquation et de trouble humain en raison de la responsabilité qui m'a été confiée hier, en tant que Successeur de l'Apôtre Pierre sur ce Siège de Rome, à l'égard de l'Eglise universelle. D'autre part, je ressens en moi une profonde gratitude à l'égard de Dieu, qui - comme la liturgie nous le fait chanter - n'abandonne pas son troupeau, mais le conduit à travers les temps, sous la direction de ceux qu'Il a lui même élus vicaires de son Fils et qu'il a constitués ses pasteurs (cf. Préface des Apôtres, I).

Très chers amis, cette profonde reconnaissance pour un don de la divine miséricorde prévaut malgré tout dans mon coeur. Et je considère ce fait comme une grâce spéciale qui a été obtenue pour moi par mon vénéré Prédécesseur, Jean-Paul II. Il me semble sentir sa main forte qui serre la mienne; il me semble voir ses yeux souriants et entendre ses paroles, qui s'adressent de manière particulière à moi en ce moment: "N'aie pas peur!".

La mort du Saint-Père Jean-Paul II, et les jours qui ont suivi, ont été pour l'Eglise et pour le monde entier un temps de grâce extraordinaire. La grande douleur pour sa disparition et le sentiment de vide qu'il a laissé en chacun ont été tempérés par l'action du Christ ressuscité, qui s'est manifestée durant de longues journées dans la vague unanime de foi, d'amour et de solidarité spirituelle, qui a atteint son sommet lors de ses obsèques solennelles.

Nous pouvons le dire: les funérailles de Jean-Paul II ont été une expérience véritablement extraordinaire, au cours de laquelle l'on a d'une certaine façon perçu la puissance de Dieu qui, à travers son Eglise, veut former une grande famille avec tous les peuples, grâce à la force unificatrice de la Vérité et de l'Amour (cf. Lumen gentium, n. 1). A l'heure de la mort, configuré à son Maître et Seigneur, Jean-Paul II a couronné son long et fécond Pontificat, confirmant dans la foi le peuple chrétien, le rassemblant autour de lui et faisant sentir toute la famille humaine plus unie.

Comment ne pas se sentir soutenus par ce témoignage? Comment ne pas ressentir l'encouragement qui naît de cet événement de grâce?

2. Dépassant toutes mes prévisions, la Providence divine, à travers le vote des vénérés Pères Cardinaux, m'a appelé à succéder à ce grand Pape. Je repense, en ces heures, à ce qui eut lieu dans la région de Césarée de Philippe, il y a deux mille ans. Il me semble entendre les paroles de Pierre: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant", et l'affirmation solennelle du Seigneur: "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise... Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux" (Mt 16, 15-19).

Tu es le Christ! Tu es Pierre! Il me semble revivre la même scène évangélique; moi, le Successeur de Pierre, je répète avec ardeur les paroles vibrantes du pêcheur de Galilée et j'écoute à nouveau avec une intime émotion la promesse rassurante du divin Maître. Si le poids de la responsabilité qui est placée sur mes pauvres épaules est immense, la puissance divine sur laquelle je peux compter est assurément démesurée: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise" (Mt 16, 18). En me choisissant comme Evêque de Rome, le Seigneur m'a voulu pour Vicaire, il m'a voulu "pierre" sur laquelle tous puissent s'appuyer en sécurité. Je lui demande de suppléer à la pauvreté de mes forces, afin que je sois le courageux et fidèle Pasteur de son troupeau, toujours docile aux inspirations de son Esprit.

Je m'apprête à entreprendre ce ministère particulier, le ministère "pétrinien" au service de l'Eglise universelle, en m'abandonnant humblement entre les mains de la Providence de Dieu. C'est tout d'abord au Christ que je renouvelle mon adhésion totale et confiante: "In Te, Domine, speravi; non confundar in aeternum!".

A vous, Messieurs les Cardinaux, l'âme pleine de reconnaissance pour la confiance que vous m'avez démontrée, je demande de me soutenir par la prière et une collaboration constante, active et sage. Je demande également à tous mes frères dans l'épiscopat d'être à mes côtés à travers la prière et le conseil, afin que je puisse vraiment être le Servus servorum Dei. De même que Pierre et les autres Apôtres constituèrent, sur la volonté du Seigneur, un unique Collège apostolique, le Successeur de Pierre et les Evêques, successeurs des Apôtres - le Concile l'a réaffirmé avec force (cf. Lumen gentium, n. 22) -, doivent être étroitement unis entre eux. Cette communion collégiale, tout en conservant la diversité des rôles et des fonctions du Pontife Romain et des Evêques, est au service de l'Eglise et de l'unité dans la foi, dont dépend dans une large mesure l'efficacité de l'action évangélisatrice dans le monde contemporain. C'est donc ce chemin, sur lequel ont avancé mes vénérés prédécesseurs, que j'entends poursuivre moi aussi, avec pour unique préoccupation de proclamer au monde entier la présence vivante du Christ.

3. J'ai en particulier à l'esprit le témoignage du Pape Jean-Paul II. Il laisse une Eglise plus courageuse, plus libre, plus jeune. Une Eglise qui, selon son enseignement et son exemple, regarde le passé avec sérénité et n'a pas peur de l'avenir. Lors du grand Jubilé, celle-ci s'est avancée dans le nouveau millénaire en portant dans ses mains l'Evangile, appliqué au monde actuel à travers l'interprétation faisant autorité du Concile Vatican II. Le Pape Jean-Paul II a indiqué à juste titre le Concile comme la "boussole" qui permet de s'orienter dans le vaste océan du troisième millénaire (cf. Lettr. ap. Novo millennio ineunte, nn. 57-58). Dans son Testament spirituel, il notait également: "Je suis convaincu qu'il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XX siècle nous a offertes" (17.III.2000).

Alors que je me prépare moi aussi au service qui est propre au Successeur de Pierre, je veux affirmer avec force la ferme volonté de poursuivre l'engagement de mise en oeuvre du Concile Vatican II, dans le sillage de mes Prédécesseurs et en fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l'Eglise. C'est précisément cette année le 40 anniversaire de la conclusion de l'Assemblée conciliaire (8 décembre 1965). Au fil des ans, les Documents conciliaires n'ont pas perdu leur actualité; leurs enseignements se révèlent même particulièrement pertinents au regard des nouvelles exigences de l'Eglise et de la société actuelle mondialisée.

4. De manière plus que significative, mon Pontificat commence alors que l'Eglise vit l'Année spéciale consacrée à l'Eucharistie. Comment ne pas saisir dans cette coïncidence providentielle un élément qui doit caractériser le ministère auquel j'ai été appelé? L'Eucharistie, coeur de la vie chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l'Eglise, ne peut que constituer le centre permanent et la source du service pétrinien qui m'a été confié.

L'Eucharistie rend constamment présent le Christ ressuscité, qui continue à se donner à nous, en nous appelant à participer au banquet de son Corps et de son Sang. De la pleine communion avec Lui naît tout autre élément de la vie de l'Eglise, en premier lieu la communion entre tous les fidèles, l'engagement d'annoncer et de témoigner l'Evangile, l'ardeur de la charité envers tous, en particulier envers les pauvres et les petits.

La Solennité du Corpus Domini de cette année devra donc être célébrée avec une importance particulière. L'Eucharistie se trouvera ensuite, en août, au centre de la Journée mondiale de la Jeunesse à Cologne et, en octobre, de l'Assemblée ordinaire du Synode des Evêques, qui se déroulera sur le thème: "L'Eucharistie source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise". Je demande à tous d'intensifier l'amour et la dévotion à Jésus Eucharistie au cours des prochains mois et d'exprimer de façon courageuse et claire la foi dans la présence réelle du Seigneur, en particulier à travers la solennité et la dignité des célébrations.

Je le demande de manière particulière aux Prêtres, auxquels je pense en ce moment avec une grande affection. Le sacerdoce ministériel est né dans le Cénacle, en même temps que l'Eucharistie, comme l'a tant de fois souligné mon vénéré Prédécesseur Jean-Paul II. "L'existence sacerdotale doit avoir à un titre spécial une "forme eucharistique"", a-t-il écrit dans sa dernière Lettre pour le Jeudi Saint . La pieuse célébration quotidienne de la Messe, centre de la vie et de la mission de chaque Prêtre contribue avant tout à cet objectif.

5. Nourris et soutenus par l'Eucharistie, les catholiques ne peuvent que se sentir incités à tendre vers cette pleine unité que le Christ a ardemment souhaitée au Cénacle. Le Successeur de Pierre sait qu'il doit de manière toute particulière prendre en charge cette aspiration suprême du Divin Maître. C'est à Lui, en effet, qu'a été confiée la tâche de confirmer ses frères (cf. Lc 22, 32).

C'est donc pleinement conscient, au début de son ministère dans l'Eglise de Rome que Pierre a baigné de son sang, que son Successeur actuel prend comme premier engagement de travailler sans épargner ses forces à la reconstruction de l'unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ. Telle est son ambition, tel son devoir pressant. Il est conscient que dans ce but, les manifestations de bons sentiments ne suffisent pas. Des gestes concrets sont nécessaires, qui pénètrent les âmes et remuent les consciences, appelant chacun à cette conversion intérieure qui est le présupposé de tout progrès sur la voie de l'oecuménisme.

Le dialogue théologique est nécessaire, l'approfondissement des motivations historiques des choix qui ont eu lieu par le passé est également indispensable. Mais ce qui est plus urgent encore, est la "purification de la mémoire", tant de fois évoquée par Jean-Paul II, qui seule peut disposer les âmes à accueillir la pleine vérité du Christ. C'est devant Lui, Juge suprême de tout être vivant, que chacun de nous doit se placer, conscient de devoir un jour Lui rendre compte de ce qu'il a accompli ou non à l'égard du grand bien de l'unité pleine et visible de tous ses disciples.

Le Successeur actuel de Pierre se laisse interpeller personnellement par cette question et il est disposé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir la cause fondamentale de l'oecuménisme. Dans le sillage de ses Prédécesseurs, Il est pleinement déterminé à cultiver toute initiative qui apparaîtra opportune pour promouvoir les contacts et l'entente avec les représentants des diverses Eglises et Communautés ecclésiales. En cette occasion, il leur adresse même son plus cordial salut dans le Christ, unique Seigneur de tous.

6. En ce moment, je reviens en mémoire à l'inoubliable expérience que nous avons tous vécue à l'occasion de la mort et des funérailles du regretté Jean-Paul II. Autour de sa dépouille mortelle posée sur la terre nue, se sont rassemblés les chefs des Nations, des personnes de toutes les catégories sociales, et en particulier des jeunes, dans une inoubliable étreinte d'affection et d'admiration. Le monde entier s'est tourné vers lui avec confiance. Il a semblé à de nombreuses personnes que cette intense participation, amplifiée jusqu'aux limites de la planète par les moyens de communication sociale, ait été comme une demande d'aide unanime adressée au Pape de la part de l'humanité actuelle qui, troublée par les incertitudes et les craintes, s'interroge sur son avenir.

L'Eglise d'aujourd'hui doit raviver en elle la conscience de la tâche de reproposer au monde la voix de Celui qui a dit: "Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie" (Jn 8, 12). En commençant son ministère, le nouveau Pape sait que sa tâche est de faire resplendir devant les hommes et les femmes d'aujourd'hui la lumière du Christ: non pas sa propre lumière, mais celle du Christ.

Je m'adresse à tous avec cette conscience, également à ceux qui pratiquent d'autres religions ou qui cherchent simplement une réponse aux questions fondamentales de l'existence et qui ne l'ont pas encore trouvée. Je m'adresse à tous avec simplicité et affection, pour les assurer que l'Eglise désire continuer à tisser avec eux un dialogue ouvert et sincère, à la recherche du bien véritable de l'homme et de la société.

J'invoque de Dieu l'unité et la paix pour la famille humaine et je déclare la disponibilité de tous les catholiques à coopérer pour un développement social authentique, respectueux de la dignité de chaque être humain.

Je n'épargnerai pas mes efforts ni mon dévouement pour poursuivre le dialogue prometteur entamé par mes vénérés Prédécesseurs avec les différentes civilisations, afin que de la compréhension réciproque naissent les conditions d'un avenir meilleur pour tous.

Je pense en particulier aux jeunes. A eux, les interlocuteurs privilégiés du Pape Jean-Paul II, va mon étreinte affectueuse dans l'attente, si Dieu le veut, de les rencontrer à Cologne à l'occasion de la prochaine Journée mondiale de la Jeunesse. Je continuerai à dialoguer avec vous, chers jeunes, avenir et espérance de l'Eglise et de l'humanité, en écoutant vos attentes dans l'intention de vous aider à rencontrer toujours plus en profondeur le Christ vivant, celui qui est éternellement jeune.

7. Mane nobiscum, Domine! Reste avec nous Seigneur! Cette invocation, qui constitue le thème dominant de la Lettre apostolique de Jean-Paul II pour l'Année de l'Eucharistie, est la prière qui jaillit spontanément de mon coeur, alors que je m'apprête à entamer le ministère auquel le Christ m'a appelé. Comme Pierre, je Lui renouvelle moi aussi ma promesse inconditionnée de fidélité. Je n'entends servir que Lui seul en me consacrant totalement au service de son Eglise.

Pour soutenir cette promesse, j'invoque l'intercession maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, entre les mains de laquelle je dépose le présent et l'avenir de ma personne et de l'Eglise. Que les saints Apôtres Pierre et Paul, et tous les saints, interviennent également à travers leur intercession.

Avec ces sentiments, je vous donne, vénérés Frères Cardinaux, ainsi qu'à ceux qui participent à ce rite et à ceux qui m'écoutent à travers la télévision et la radio, une affectueuse Bénédiction.



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Jean-Paul II, Méditation posthume pour le dimanche de la Miséricorde

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
En ce deuxième anniversaire de l'élection de Benoît XVI au siège de Rome, voici la méditation pour le dimanche de la Miséricorde qu'avait préparé Jean-Paul II avant sa mort.
Demain,je publierai le premier message de Benoît XVI au lendemain de son élection.

CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE EN SUFFRAGE

DE SA SAINTETÉ JEAN-PAUL II

REGINA CÆLI

Solennité de la Divine Miséricorde
II Dimanche de Pâques, 3 avril 2005



Le Pape Jean-Paul II avait indiqué le thème de la méditation pour la prière du "Regina Caeli" du II Dimanche de Pâques, Dimanche de la Divine Miséricorde. En conclusion de la concélébration eucharistique présidée sur la Place Saint-Pierre par le Cardinal Angelo Sodano, S.Exc. Mgr Leonardo Sandri a prononcé les paroles suivantes, avant de donner lecture du texte du Saint-Père: "J'ai été chargé de vous lire le texte préparé, sur ses indications explicites, par le Saint-Père Jean-Paul II. Je le fais en ressentant profondément cet honneur, mais également avec une grande nostalgie".



Très chers frères et soeurs!

1. Le joyeux Alleluia de la Pâque retentit également en ce jour. La page de l'Evangile de Jean d'aujourd'hui souligne que le Ressuscité, le soir de ce jour, apparut aux Apôtres et "leur montra ses mains et son côté" (Jn 20, 20), c'est-à-dire les signes de la passion douloureuse imprimés de façon indélébile sur son corps, également après la résurrection. Ces plaies glorieuses, qu'il fit toucher huit jours plus tard à Thomas, incrédule, révèlent la miséricorde de Dieu, qui "a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3, 16).

Ce mystère d'amour se trouve au centre de la liturgie d'aujourd'hui du Dimanche in Albis, dédié au culte de la Divine Miséricorde.

2. Le Seigneur ressuscité offre en don à l'humanité, qui semble parfois égarée et dominée par le pouvoir du mal, par l'égoïsme et par la peur, son amour qui pardonne, qui réconcilie et ouvre à nouveau l'âme à l'espérance. C'est l'amour qui convertit les coeurs et qui donne la paix. Combien le monde a besoin de compréhension et d'accueillir la Divine Miséricorde!

Seigneur, Toi qui par ta mort et ta résurrection révèles l'amour du Père, nous croyons en Toi et nous te répétons aujourd'hui avec confiance: Jésus, j'ai confiance en Toi, aies pitié de nous et du monde entier.

3. La solennité liturgique de l'Annonciation, que nous célébrerons demain, nous pousse à contempler avec les yeux de Marie l'immense mystère de cet amour miséricordieux qui naît du coeur du Christ. Aidés par Elle, nous pouvons comprendre le sens véritable de la joie pascale, qui se fonde sur cette certitude: Celui que la Vierge a porté dans son sein, qui a souffert et qui est mort pour nous, est véritablement ressuscité. Alleluia!


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Jean-Paul II, Homélie pour le dimanche de la Miséricorde 2001

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE
DU DIMANCHE DE LA DIVINE MISÉRICORDE

HOMÉLIE DE JEAN PAUL II

Dimanche 22 avril 2001


1. "Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles" (Ap 1, 17-18).

Dans la seconde lecture, tirée du livre de l'Apocalypse, nous avons écouté ces paroles réconfortantes. Elles nous invitent à tourner le regard vers le Christ, pour faire l'expérience de sa présence rassurante. A chacun, quelle que soit la condition dans laquelle il se trouve, même la plus complexe et dramatique, le Ressuscité répète: "Ne crains pas!"; je suis mort sur la croix, mais à présent "me voici vivant pour les siècles des siècles", "Je suis le Premier et le Dernier, le Vivant".

"Le Premier", c'est-à-dire la source de chaque être et prémisse de la nouvelle création; "le Dernier", le terme définitif de l'histoire; "le Vivant", la source intarissable de la Vie qui a vaincu la mort pour toujours. Dans le Messie crucifié et ressuscité nous reconnaissons les traits de l'Agneau immolé sur le Golgotha, qui implore le pardon pour ses bourreaux et qui ouvre les portes du ciel pour les pécheurs repentis; nous entrevoyons le visage du Roi immortel qui détient désormais "la clef de la Mort et de l'Hadès" (Ap 1, 18).


2. "Rendez grâce à Yahvé, car il est bon, car éternel est son amour!" (Ps 117, 1).

Nous faisons nôtre l'exclamation du Psalmiste, que nous avons chantée dans le Psaume responsorial: la miséricorde du Seigneur est éternelle! Pour comprendre jusqu'au bout la vérité de ces paroles, laissons-nous conduire par la liturgie au coeur de l'événement de salut, qui unit la mort et la résurrection du Christ à notre existence et à l'histoire du monde. Ce prodige de miséricorde a radicalement changé le destin de l'humanité. C'est un prodige dans lequel apparaît en plénitude l'amour du Père qui, pour notre rédemption, ne recule pas même devant le sacrifice de son Fils unique.

Dans le Christ humilié et qui souffre, les croyants et les non-croyants peuvent admirer une solidarité surprenante, qui l'unit à notre condition humaine au-delà de toute mesure imaginable. La Croix, également après la résurrection du Fils de Dieu, "parle et ne cesse jamais de parler de Dieu-le-Père, qui est toujours fidèle à son amour éternel envers l'homme [...] Croire en un tel amour signifie croire dans la miséricorde" (Dives in misericordia, n. 7).

Nous voulons rendre grâce au Seigneur pour son amour, qui est plus fort que la mort et que le péché. Il se révèle et se réalise comme miséricorde dans notre existence quotidienne et il invite chaque homme à avoir, à son tour, "miséricorde" à l'égard du Crucifié. Le programme de vie de chaque baptisé et de l'Eglise tout entière n'est-il pas précisément d'aimer Dieu et d'aimer son prochain et même ses "ennemis", en suivant l'exemple de Jésus?


3. Avec ces sentiments, nous célébrons le deuxième Dimanche de Pâques, qui depuis l'année dernière, année du grand Jubilé, est également appelé "Dimanche de la Miséricorde divine". C'est pour moi une grande joie de pouvoir me joindre à vous tous, chers pèlerins et fidèles venus de divers pays pour commémorer, après un an, la canonisation de soeur Faustyna Kowalska, témoin et messagère de l'amour miséricordieux du Seigneur. L'élévation aux honneurs des autels de cette humble religieuse, fille de ma terre, ne représente pas seulement un don pour la Pologne, mais aussi pour toute l'humanité. Le message dont elle a été la détentrice constitue la réponse adéquate et incisive que Dieu a voulu offrir aux hommes de notre temps, marqué par d'immenses tragédies. Jésus dit un jour à soeur Faustyna: "L'humanité ne trouvera pas la paix, tant qu'elle ne s'adressera pas avec confiance à la Miséricorde divine" (Petit journal, p. 132). La Miséricorde divine! Voilà le don pascal que l'Eglise reçoit du Christ ressuscité et qu'il offre à l'humanité, à l'aube du troisième millénaire.


4. L'Evangile, qui vient d'être proclamé, nous aide à saisir pleinement le sens et la valeur de ce don. L'évangéliste Jean nous fait en quelque sorte partager l'émotion éprouvée par les Apôtres lors de la rencontre avec le Christ, après sa résurrection. Notre attention s'arrête sur le geste du Maître, qui transmet aux disciples craintifs et stupéfaits la mission d'être ministres de la Miséricorde divine. Il leur montre ses mains et son côté qui portent les signes de la passion et leur dit: "Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie" (Jn 20, 21). Ayant dit cela "il souffla sur eux et leur dit: Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jn 20, 22-23). Jésus leur confie le don de "remettre les péchés", un don qui naît des blessures de ses mains, de ses pieds et surtout de son côté transpercé. C'est de là qu'une vague de miséricorde se déverse sur l'humanité tout entière.

Nous revivons ce moment avec une grande intensité spirituelle. Aujourd'hui, le Seigneur nous montre à nous aussi ses plaies glorieuses et son coeur, fontaine intarissable de lumière et de vérité, d'amour et de pardon.


5. Le Coeur du Christ! Son "Sacré Coeur" a tout donné aux hommes: la rédemption, le salut, la sanctification. De ce coeur surabondant de tendresse sainte Faustyna Kowalska vit se libérer deux rayons de lumière qui illuminaient le monde. "Les deux rayons - selon ce que Jésus lui-même lui confia - représentent le sang et l'eau (Petit journal, p. 132). Le sang rappelle le sacrifice du Golgotha et le mystère de l'Eucharistie; l'eau, selon le riche symbolisme de l'évangliste Jean, fait penser au baptême et au don de l'Esprit Saint (cf. Jn 3, 5; 4, 14).

A travers le mystère de ce coeur blessé, le flux restaurateur de l'amour miséricordieux de Dieu ne cesse de se répandre également sur les hommes et sur les femmes de notre temps. Ce n'est que là que celui qui aspire au bonheur authentique et durable peut en trouver le secret.


6. "Jésus, j'ai confiance en Toi". Cette prière, chère à tant de fidèles, exprime bien l'attitude avec laquelle nous voulons nous aussi nous abandonner avec confiance entre tes mains, ô Seigneur, notre unique Sauveur.

Tu brûles du désir d'être aimé, et celui qui se met en harmonie avec les sentiments de ton coeur apprend à être le constructeur de la nouvelle civilisation de l'amour. Un simple acte de confiance suffit à briser la barrière de l'obscurité et de la tristesse, du doute et du désespoir. Les rayons de ta miséricorde divine redonnent l'espérance de façon particulière à celui qui se sent écrasé par le poids du péché.

Marie, Mère de la Miséricorde, fais en sorte que nous conservions toujours vivante cette confiance dans ton Fils, notre Rédempteur. Assiste-nous, toi aussi, sainte Faustyna, que nous rappelons aujourd'hui avec une affection particulière. Avec toi nous voulons répéter, en fixant notre humble regard sur le visage du divin Sauveur: "Jésus, j'ai confiance en Toi". Aujourd'hui et à jamais. Amen.


Jean Paul II, Homélie pour la canonisation de Ste Faustyna (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Le Saint-Père a ensuite poursuivi en polonais:

5. La canonisation de Soeur Faustyna revêt une éloquence particulière: à travers cet acte, j'entends transmettre aujourd'hui ce message au nouveau millénaire. Je le transmets à tous les hommes afin qu'ils apprennent à connaître toujours mieux le véritable visage de Dieu et le véritable visage de leurs frères.

L'amour de Dieu et l'amour des frères sont en effet indissociables, comme nous l'a rappelé la première Epître de Jean: "Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu à ce que nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements" (5, 2). L'Apôtre nous rappelle ici à la vérité de l'amour, nous montrant dans l'observance des commandements la mesure et le critère.
Il n'est pas facile, en effet, d'aimer d'un amour profond, fait de don authentique de soi. Cet amour ne s'apprend qu'à l'école de Dieu, à la chaleur de sa charité. En fixant le regard sur Lui, en nous syntonisant sur son coeur de Père, nous devenons capables de regarder nos frères avec des yeux nouveaux, dans une attitude de gratuité et de partage, de générosité et de pardon. Tout cela est la miséricorde!

Dans la mesure où l'humanité saura apprendre le secret de ce regard miséricordieux, la description idéale de la première lecture se révèle être une perspective réalisable: "La multitude des croyants n'avait qu'un coeur et qu'une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun" (Ac 4, 32). Ici, la miséricorde du coeur est devenue également un style de rapports, un projet de communauté, un partage de biens. Ici ont fleuri les "oeuvres de miséricorde" spirituelles et corporelles. Ici, la miséricorde est devenue une façon concrète d'être le "prochain" des frères les plus indigents.


6. Soeur Faustyna Kowalska a écrit dans son journal: "J'éprouve une douleur atroce, lorsque j'observe les souffrances du prochain. Toutes les souffrances du prochain se répercutent dans mon coeur; je porte dans mon coeur leurs angoisses, de sorte qu'elles m'anéantissent également physiquement. Je voudrais que toutes les douleurs retombent sur moi, pour soulager mon prochain" (Journal, p. 365). Voilà à quel point de partage conduit l'amour lorsqu'il se mesure à l'amour de Dieu!

C'est de cet amour que l'humanité d'aujourd'hui doit s'inspirer pour affronter la crise de sens, les défis des besoins les plus divers, en particulier l'exigence de sauvegarder la dignité de chaque personne humaine. Le message de la divine miséricorde est ainsi, de façon implicite, également un message sur la valeur de chaque homme. Chaque personne est précieuse aux yeux de Dieu, le Christ a donné sa vie pour chacun, le Père fait don à tous de son Esprit et offre l'accès à son intimité.


7. Ce message réconfortant s'adresse en particulier à celui qui, touché par une épreuve particulièrement dure ou écrasé par le poids des péchés commis, a perdu toute confiance dans la vie et est tenter de céder au désespoir. C'est à lui que se présente le visage doux du Christ, c'est sur lui qu'arrivent ces rayons qui partent de son coeur et qui illuminent, réchauffent, indiquent le chemin et diffusent l'espérance. Combien d'âmes a déjà réconforté l'invocation: "Jésus, j'ai confiance en Toi", que la Providence a suggérée à Soeur Faustyna! Cet acte simple d'abandon à Jésus dissipe les nuages les plus épais et fait pénétrer un rayon de lumière dans la vie de chacun.


8. Misericordia Domini in aeternum cantabo (Ps 88 [89], 2). A la voix de la Très sainte Vierge Marie, la "Mère de la miséricorde", à la voix de cette nouvelle sainte, qui dans la Jérusalem céleste chante la miséricorde avec tous les amis de Dieu, nous unissons nous aussi, Eglise en pèlerinage, notre voix.

Et toi, Faustyna, don de Dieu à notre temps, don de la terre de Pologne à toute l'Eglise, obtiens-nous de percevoir la profondeur de la miséricorde divine, aide-nous à en faire l'expérience vivante et à en témoigner à nos frères. Que ton message de lumière et d'espérance se diffuse dans le monde entier, pousse les pécheurs à la conversion, dissipe les rivalités et les haines, incite les hommes et les nations à la pratique de la fraternité. Aujourd'hui, en tournant le regard avec toi vers le visage du Christ ressuscité, nous faisons nôtre ta prière d'abandon confiant et nous disons avec une ferme espérance: Jésus, j'ai confiance en Toi!

Jean Paul II, Homélie pour la canonisation de Ste Faustyna (1°

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
1. "Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in saeculum misericordia eius", "Rendez grâce à Yahvé, car il est bon, car éternel est son amour!" (Ps 118, 1). C'est ce que chante l'Eglise en l'Octave de Pâques, recueillant presque des lèvres du Christ ces paroles du Psaume; des lèvres du Christ ressuscité, qui dans le Cénacle, apporte la grande annonce de la miséricorde divine et en confie le ministère aux apôtres: "Paix à vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie [...] Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jn 20, 21-23).

Avant de prononcer ces paroles, Jésus montre ses mains et son côté. C'est-à-dire qu'il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du coeur, source d'où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l'humanité. De ce coeur, Soeur Faustyna Kowalska, la bienheureuse que dorénavant nous appellerons sainte, verra partir deux faisceaux de lumière qui illuminent le monde. "Les deux rayons, lui expliqua un jour Jésus lui-même, représentent le sang et l'eau" (Journal, Librairie éditrice vaticane, p. 132).


2. Sang et eau! La pensée s'envole vers le témoignage de l'évangéliste Jean, qui, lorsqu'un soldat sur le Calvaire frappa de sa lance le côté du Christ, en vit sortir "du sang et de l'eau" (cf. Jn 19, 34). Et si le sang évoque le sacrifice de la croix et le don eucharistique, l'eau, dans la symbolique de Jean, rappelle non seulement le Baptême, mais également le don de l'Esprit Saint (cf. Jn 3, 5; 4, 14; 7, 37-39).

A travers le coeur du Christ crucifié, la miséricorde divine atteint les hommes: "Ma Fille, dis que je suis l'Amour et la Miséricorde en personne", demandera Jésus à Soeur Faustyna (Journal, 374). Cette miséricorde, le Christ la diffuse sur l'humanité à travers l'envoi de l'Esprit qui, dans la Trinité, est la Personne-Amour. Et la miséricorde n'est-elle pas le "second nom" de l'amour (cf. Dives in misericordia, n. 7), saisi dans son aspect le plus profond et le plus tendre, dans son aptitude à se charger de chaque besoin, en particulier dans son immense capacité de pardon?

Aujourd'hui, ma joie est véritablement grande de proposer à toute l'Eglise, qui est presque un don de Dieu pour notre temps, la vie et le témoignage de Soeur Faustyna Kowalska. La Divine Providence a voulu que la vie de cette humble fille de la Pologne soit totalement liée à l'histoire du vingtième siècle, le siècle que nous venons de quitter. C'est, en effet, entre la Première et la Seconde Guerre mondiale que le Christ lui a confié son message de miséricorde. Ceux qui se souviennent, qui furent témoins et qui prirent part aux événements de ces années et des atroces souffrances qui en découlèrent pour des millions d'hommes, savent bien combien le message de la miséricorde était nécessaire.

Jésus dit à Soeur Faustyna: "L'humanité n'aura de paix que lorsqu'elle s'asdressera avec confiance à la Divine Miséricorde" (Journal, p. 132). A travers l'oeuvre de la religieuse polonaise, ce message s'est lié à jamais au vingtième siècle, dernier du second millénaire et pont vers le troisième millénaire. Il ne s'agit pas d'un message nouveau, mais on peut le considérer comme un don d'illumination particulière, qui nous aide à revivre plus intensément l'Evangile de Pâques, pour l'offrir comme un rayon de lumière aux hommes et aux femmes de notre temps.


3. Que nous apporteront les années qui s'ouvrent à nous? Quel sera l'avenir de l'homme sur la terre? Nous ne pouvons pas le savoir. Il est toutefois certain qu'à côté de nouveaux progrès ne manqueront pas, malheureusement, les expériences douloureuses. Mais la lumière de la miséricorde divine, que le Seigneur a presque voulu remettre au monde à travers le charisme de Soeur Faustyna, illuminera le chemin des hommes du troisième millénaire.

Comme les Apôtres autrefois, il est toutefois nécessaire que l'humanité d'aujourd'hui accueille elle aussi dans le cénacle de l'histoire le Christ ressuscié, qui montre les blessures de sa crucifixion et répète: Paix à vous! Il faut que l'humanité se laisse atteindre et imprégner par l'Esprit que le Christ ressuscité lui donne. C'est l'Esprit qui guérit les blessures du coeur, abat les barrières qui nous éloignent de Dieu et qui nous divisent entre nous, restitue la joie de l'amour du Père et celle de l'unité fraternelle.


4. Il est alors important que nous recevions entièrement le message qui provient de la Parole de Dieu en ce deuxième Dimanche de Pâques, qui dorénavant, dans toute l'Eglise, prendra le nom de "Dimanche de la Miséricorde divine". Dans les diverses lectures, la liturgie semble désigner le chemin de la miséricorde qui, tandis qu'elle reconstruit le rapport de chacun avec Dieu, suscite également parmi les hommes de nouveaux rapports de solidarité fraternelle. Le Christ nous a enseigné que "l'homme non seulement reçoit et expérimente la miséricorde de Dieu, mais aussi qu'il est appelé à "faire miséricorde" aux autres: "Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde" (Mt 5, 7)" (Dives in misericordia, n. 14). Il nous a ensuite indiqué les multiples voies de la miséricorde, qui ne pardonne pas seulement les péchés, mais répond également à toutes les nécessités de l'homme. Jésus s'incline sur toute forme de pauvreté humaine, matérielle et spirituelle.

Son message de miséricorde continue de nous atteindre à travers le geste de ses mains tendues vers l'homme qui souffre. C'est ainsi que l'a vu et l'a annoncé aux hommes de tous les continents Soeur Faustyna, qui, cachée dans son couvent de Lagiewniki, à Cracovie, a fait de son existence un chant à la miséricorde: Misericordias Domini in aeternum cantabo.

Dimanche 30 avril 2000

"Mon témoignage"

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Pour terminer cette semaine pascale, voici le témoignage de "Maria", une jeune fille qui vient d'être baptisée. Je vous le livre tel quel, avec son aimable permission. Il est daté du 22 septembre 2006, un an après sa coversion. Vous pouvez aller la féliciter en allant sur son blog, où vous pourrez voir aussi les photos de la célébration.

Mon témoignage

Aujourd'hui, ça fait un an que je me suis convertie. c'est donc un jour très important car c'est ce jour-là que Dieu à choisit pour m'appeler à Lui.

Je vais donc, pour cet anniversaire, vous raconter un peu comment ça c'est passé:

Tout d'abord, il faut savoir que suis fille d'un père musulman et d'une mère catholique, et que j'ai deux frères: Yann, 27ans; et Sam, 16ans.

A ma naissance, mes parents ne voulaient pas me faire baptiser ni me faire suivre aucune religion. Ils voulaient me laisser libre choix et ils avaient fait le serment de me laisser prendre ma décision lors de mes 18ans.

Puis, mes parents ne s'entendaient plus, et en 1996, ils ont divorsés.

Nous sommes restés vivre avec ma mère. Mais en juin 1997 elle fut emportée par une maladie et elle mourut très rapidement. Ce fut deux mois avant que j'atteigne mes 10ans, et mon petit frère Sam n'en avait que 6.



Notre père est donc revenu vivre chez nous, et nous avons vécus avec lui durant deux ans, puis en 1999, mon père est retourné en Tunisie (son pays natal) et il s'est remarié mais cette fois avec une musulmane. Nous vivons donc mon petit frère et moi avec eux encore aujourd'hui. (Mon grand frère a quitté la maison à 19ans et il a aujourd'hui 27ans).



Nous sommes maintenant au mois de septembre de l'année 2005. Tout allait bien, et les jours se suivaient sans que rien d'extraordinaire n'arrive.

Sauf un après-midi, vers 18h plus exactement, je rentrais à la maison et je revenais de mon Code ( pour le permis) et je suis passée comme d'habitude devant l'Eglise de ma ville (Eglise St Joseph). Et d'un seul coup, j'eu une envie d'y entrer, moi qui avant ne suportais pas les Eglises et ne pouvais pas rester plus de 5 min à l'interieur! (en effet mes grands parents maternel avaient essayés plusieurs fois de m'amener à la Messe, sans succès). J'y suis donc entrée, elle était toute sombre, et il n'y avait absolument personne. Je me suis assise et je me suis mise à contempler vraiment pour la première fois l'autel sur lequel il y avait le Tabernacle et Jésus à l'interieur. Je suis restée là environs 15min, ce fut intense.

Puis je suis ressortie, mais je n'étais plus du tout la même, en effet, moi qui faisais toujours la tête et qui aimais tout ce qui était sombre, j'avais maintenant le sourire jusqu'aux oreilles et je fus prise soudainement d'une envie de lire la Bible et plus particulièrement les Evangiles.

Je retournai donc chez moi avec la Bible que j'avais emprunté à la bibliothèque municipale, et je commençai à La lire.

Puis le lendemain, je retournai à l'Eglise pour cette fois non seulement dire bonjour à Jésus, mais aussi pour parler au prètre que je ne connaissais pas encore. Je lui ai dit ce qui c'était passé la veille, et je lui dis aussi que je demandais le baptême. Le Père était très heureux et il m'a expliqué exactement ce qui m'attendait et ce que je devais faire.

Puis, il a appelé des religieuses qui s'occupent des adultes pour la démarche du baptême. Et un mois après, et bien j'ai enfin commencé à avancer vers la Foi.



Aujourd'hui, ça fait un an que j'avance, et ma Foi grandit encore plus chaque jour. Je suis persuadée que c'est un appel de Notre-Seigneur que j'ai reçu et je suis vraiment touchée qu'il m'ait appelé, moi qui ne suis rien.

Dans sept mois aura lieu mon baptême ainsi que ma première communion, et je suis profondément émue quand je vois le chemin que j'ai parcouru. C'est vraiment merveilleux et je le souhaite à beaucoup de monde car je vis cela comme une renaissance, j'entre dans une nouvelle vie, je vais devenir Enfant de Dieu et ça, c'est la plus belle chose qui puisse arriver à quelqu'un.

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