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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

la vache qui rumine (annees b - c)

Sainte Thérèse de Lisieux, Lettre à Céline au sujet de Zachée (LT 137 - 1)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
therese1.jpgAu Carmel 19 octobre 1892
 
Jésus +

    Ma Céline chérie,

    Autrefois, aux jours de notre enfance nous nous réjouissions de notre fête à cause des petits cadeaux que nous échangions naturellement. Le moindre objet avait alors à nos yeux une valeur sans égale... Bientôt la scène a changé, les ailes ayant poussé au plus jeune des oiseaux il s'est envolé loin du doux nid de son enfance, alors toutes les illusions se sont évanouies ! L'Été avait succédé au printemps, aux rêves de la jeunesse la réalité de la vie ...

    Céline, n'est-ce pas à ce moment décisif que les liens qui enchaînaient nos coeurs se sont resserrés ? Oui la séparation nous a unies d'une manière que le langage ne peut exprimer. Notre tendresse d'enfant s'est changée en union de sentiments, unité d'âmes et de pensées. Qui donc a pu accomplir cette merveille ? ... Ah ! c'est celui qui avait ravi nos coeurs. "Ce bien-aimé choisi entre mille, dont l'odeur seule de ses parfums suffit pour entraîner à sa suite. - En suivant es traces les jeunes filles parcourent légèrement le chemin." (Cant. des Cant.)

    Jésus nous a attirées ensemble quoique par des voies différentes, ensemble. Il nous a élevées au-dessus de toutes les choses fragiles de ce monde dont la figure passe. Il a mis pour ainsi dire toutes choses sous nos pieds. Comme Zachée nous sommes montées sur un arbre pour voir Jésus ... Alors nous pouvions dire avec St Jean de la Croix :
Tout est à moi, tout est pour moi, la terre est à moi, les cieux est à moi, Dieu est à moi et la Mère de mon Dieu est à moi.
    À propos de la Ste Vierge il faut que je te confie une de mes simplicités avec elle, parfois je me surprends à lui dire : "Mais ma bonne Ste Vierge, je trouve que je suis plus heureuse que vous, car je vous ai pour Mère, et vous, vous n'avez pas de Ste Vierge à aimer ... Il est vrai que vous êtes la Mère de Jésus mais ce Jésus vous nous l'avez donné tout entier ... et Lui sur la croix il vous a donnée à nous pour Mère. Ainsi nous sommes plus riches que vous puisque nous possédons Jésus et que vous êtes à nous aussi. Autrefois dans votre humilité vous souhaitiez d'être un jour la petite servante de l'heureuse Vierge qui aurait l'honneur d'être la Mère de Dieu, et voilà que moi, pauvre petite créature, je suis non pas votre servante, mais votre enfant, vous êtes la Mère de Jésus et vous êtes ma Mère." Sans doute la Ste Vierge doit rire de ma naïveté et cependant ce que je lui dis est bien vrai ! ... Céline, quel mystère que notre grandeur en Jésus ... Voilà tout ce que Jésus nous a montré en nous faisant monter sur l'arbre symbolique dont je te parlais tout à l'heure.

Thérèse de LIsieux, Oeuvres complètes, Cerf - DDB 1992, p. 451 ss.

Jacques de Voragine, Les motifs de l'institution de la fête de tous les saints (4)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
IV. Enfin, la fête de tous les saints a été instituée pour obtenir plus facilement ce que nous demandons dans nos prières : comme nous les honorons, en ce jour, tous à la fois, eux aussi prient tous ensemble pour nous, afin que nous obtenions plus facilement miséricorde de Dieu. S'il est en effet impossible de ne pas exaucer les prières d'une multitude, il sera plus impossible encore que les prières réunies de tous les saints ne soient pas exaucées. Cette raison est indiquée par l’oraison de l’office de ce jour dans laquelle nous disons:

Nous vous supplions, Seigneur, d'augmenter, avec le nombre de nos intercesseurs, l’abondance de votre miséricorde après laquelle nous soupirons.

Les saints intercèdent pour nous par mérite et par affection : par mérite, quand leurs mérites nous secondent : par affection, lorsqu'ils désirent l’accomplissement de nos souhaits : ce dont ils s'abstiennent toutefois à moins qu'ils ne reconnaissent la nécessité d'accomplir la volonté de Dieu.

Que tous les saints s'unissent en ce jour pour intercéder unanimement en notre faveur, nous en avons la preuve dans une vision qu'on raconte avoir eu lieu l’année qui suivit l’institution de cette solennité. À pareil jour, le coûtre de l’église de Saint-Pierre avait eu la dévotion de faire une station à chaque autel, et après avoir imploré les suffrages de tous les saints, il était enfin revenu à l’autel de saint Pierre, où s'étant reposé un instant, il fut ravi hors de lui. Il vit alors le Roi des rois assis sur un trône élevé, et autour de lui tous les anges. La Vierge des vierges ornée d'un diadème éclatant arriva, aussitôt suivie d'une multitude de vierges et de continentes. À l’instant le roi se leva pour l’accueillir, et l’invita à s'asseoir sur un siège qu'il fit placer auprès du sien. Après cela vint un personnage, revêtu d'un habit de poil de chameau, suivi par une multitude de vieillards vénérables. Ensuite s'en présenta un autre orné de vêtements pontificaux escorté par un choeur de plusieurs autres revêtus de la même manière. Enfin s'avança une multitude innombrable de soldats, après lesquels se présenta une foule infinie de nations diverses. Tous étant parvenus jusque devant le trône du Roi, ils fléchirent les genoux et l’adorèrent. Alors celui qui était orné d'habits pontificaux commença les matines que tous les autres continuèrent. Or, l’ange conducteur du coûtre lui expliqua la vision :

La vierge qui se trouvait au premier rang, c'était la mère de Dieu ; celui qui était vêtu de poil de chameau c'était saint Jean-Baptiste avec les patriarches et les prophètes ; celui qui était revêtu d'ornements pontificaux était saint Pierre, avec les autres apôtres, les soldats étaient les martyrs, et le reste de la foule se composait des confesseurs. Tous étaient venus en présence du roi pour rendre grâces de l’honneur à eux rendu en ce jour par les mortels et pour prier en faveur de l’univers entier.

Ensuite il le conduisit dans un autre endroit où il lui montra des personnes des deux sexes, les unes sur des tapis d'or, d'autres à table, dans les délices ; d'autres enfin nus, pauvres et mendiant des secours. Il lui dit alors que ce lieu était le purgatoire ; que les âmes qui vivaient dans l’abondance étaient celles dont les âmes les aidaient beaucoup de leurs suffrages, que les indigentes étaient celles dont on n'avait aucun souci. Il lui ordonna de rapporter toutes ces particularités au souverain Pontife, afin qu'après la fête de tous les saints il établît le jour des âmes, de manière que l’on adressât des supplications générales en faveur de ceux qui ne pouvaient en avoir de particulières.

Jacques de Voragine, Les motifs de l'institution de la fête de tous les saints (2-3)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
II. La fête de tous les saints a été instituée pour honorer ceux dont on ne célèbre pas la fête, et dont on ne fait pas même la mémoire. Nous ne pouvons pas, en effet, fêter tous les saints, tant à cause de leur grand nombre qu'à cause de l’impossibilité où nous réduisent notre faiblesse et notre infirmité, comme aussi à cause de l’insuffisance du temps, qui serait trop court. Car, ainsi que le dit saint Jérôme dans l’épître qui se trouve à la tête de son calendrier, il n'est pas de jour, excepté celui des calendes (1er) de janvier, auquel on ne puisse assigner cinq mille martyrs, voilà pourquoi l’Église a sagement disposé que, ne pouvant célébrer la fête de tous les saints chacun en particulier, nous les honorions tous ensemble d'une manière générale.

Mais, pourquoi célébrons-nous sur la terre les fêtes des saints ? Maître Guillaume d'Auxerre en assigne six raisons, dans sa Somme des offices.

La première, c'est l’honneur de la divine majesté ; car en honorant les saints, c'est Dieu que nous honorons et que nous proclamons admirable en leur personne, puisque celui qui fait honneur aux saints honore spécialement celui qui les a sanctifiés.

La seconde, c'est pour obtenir aide à notre misère; par nous-mêmes, nous ne pouvons obtenir le salut ; aussi avons-nous besoin des suffrages des saints, qu'il est juste que nous honorions si nous voulons mériter leur secours. On lit au IIIe livre des Rois, ce que Bersabée (nom signifiant puits d'abondance), c'est-à-dire l’Église triomphante, obtint, par ses prières, le royaume pour son fils, c'est-à-dire pour l’Église militante.

La troisième augmente notre sécurité et notre espérance, par la considération de la gloire des saints, qui nous est rappelée dans la fête que nous célébrons; car si des hommes mortels, semblables à nous, ont pu être élevés à un pareil degré de gloire, il est certain que nous pourrons ce qu'ils ont pu, puisque le bras du Seigneur n'est pas raccourci.

La quatrième, c'est comme exemple offert à notre imitation. Quand revient la fête des saints, nous sommes portés à les imiter, à mépriser, comme eux, les choses de la terre, et à soupirer après les biens du ciel.

La cinquième, c'est pour les payer de retour; car les saints font une fête dans le ciel par rapport à nous, puisqu'il y a joie chez les anges de Dieu et chez les âmes des saints, pour un pécheur qui fait pénitence. Donc, il est juste que nous les payions de retour, et que, faisant de nous une fête dans les cieux, nous célébrions aussi sur la terre une fête pour eux.

La sixième, c'est pour nous acquérir de l’honneur ; en honorant les saints, nous travaillons à notre avantage, nous nous procurons de l’honneur, parce que leur fête c'est notre gloire ; en honorant nos frères, nous nous honorons nous-mêmes. La charité fait que tous les biens soient communs ; or, nos biens sont célestes, terrestres et éternels.

Outre ces raisons, saint Jean Damascène, au livre IV, chap. VIII, en apporte d'autres. Il se demande pourquoi on doit honorer les saints, ainsi que leurs corps ou reliques. Il en donne des raisons dont plusieurs se tirent de leur dignité, d'autres de l’excellence de leurs corps. Il dit donc que leur dignité a quatre degrés : ils sont les amis de Dieu, les fils de Dieu, les héritiers de Dieu et nos guides. Ses autorités, il les puise, quant au premier degré, dans saint Jean (XV) :
Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais bien mes amis.

Quant au second degré, dans saint Jean (I) :
Il a donné à ceux qui l’ont reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu.

Quant au troisième degré, dans la troisième épître aux Romains (VIII) :
S'ils sont enfants, donc ils sont héritiers.

Par rapport au quatrième degré, voici ce qu'il dit :
Que de peines ne vous donneriez-vous pas, pour trouver un guide qui vous présenterait à un roi mortel et qui parlerait en votre faveur ? Eh bien ! les guides de tout le genre humain, nos intercesseurs auprès de Dieu, ne les honorera-t-on pas ? Oui, comme on doit honorer ceux qui élèvent un temple à Dieu; et dont on vénère la mémoire.

D'autres raisons sont prises de l’excellence de leurs corps ; saint Jean Damascène en assigne quatre et saint Augustin en ajoute une cinquième. Les corps des saints, en effet, ont été les celliers de Dieu, le temple de J.-C., le vase du parfum céleste, les fontaines divines et les membres du Saint-Esprit. Ils ont été : 1° les celliers de Dieu, et Dieu les a ornés comme des cénacles ; 2° le temple de J.-C. Dieu a habité en eux par l’intelligence ; J.-C. le dit aux apôtres :
Ne savez-vous pas que vos corps sont les temples de l’Esprit-Saint, qui habite en vous ?

Or, Dieu est esprit : et pourquoi donc ne pas honorer des temples, des tabernacles que Dieu anime Saint Jean Chrysostome dit à ce sujet :
L'homme se complaît à élever des palais, et Dieu à habiter dans ses saints. « Seigneur, dit le Psalmiste, j'ai beaucoup aimé la beauté de votre maison. » Quelle beauté ? Ce n'est pas celle qu'on obtient avec une variété de marbres précieux, mais celle qui vient de l’abondance de toutes les grâces. La première flatte la chair, la seconde vivifie l’âme. Celle-là ne dure qu'un temps, trompe les yeux ; celle-ci élève pour toujours l’intelligence jusqu'au ciel.

3° Ce sont les vases pleins d'un parfum spirituel :
Des reliques des saints, continue saint Jean Damascène, découle un parfum qui répand la meilleure odeur ; et que personne ne vienne me contredire : car, si d'un rocher, d'une pierre dure, il a jailli de l’eau dans le désert ; si, de la mâchoire de son âne, Samson brûlant de soif obtint de l’eau, à combien plus forte raison, des reliques des martyrs, doit-on croire qu'il découlera un parfum tout odoriférant, en faveur de ceux qui ont soif de la vertu divine de Dieu dans les saints, qui ont soif de cet honneur qui a sa source en Dieu ?

4° Ce sont des fontaines divines : ils vivent au sein de la vérité et jouissent de la présence de Dieu. J.-C., notre maître, nous a donné, dans les reliques des saints, des sources de salut qui répandent des bienfaits de toute nature; ils sont l’organe de l’Esprit-Saint. C'est la raison qu'allègue saint Augustin (Cité de Dieu, l. I, c. XIII) :
Il ne faut pas, dit-il, abandonner avec dédain les corps des saints qui, pendant leur vie, ont été l’organe et l’instrument du Saint-Esprit pour toute bonne oeuvre.

Ce qui fait dire à l’apôtre :
Est-ce que vous voulez éprouver J.-C. qui parle par ma bouche ?

Il est dit encore de saint Étienne que ses ennemis ne pouvaient résister à la sagesse et à l’esprit qui parlait en lui. Saint Ambroise s'exprime ainsi dans. son Hexaëmon :
Voici ce qu'il y a de plus précieux, c'est que l’homme soit l’organe de la voix de Dieu, et qu'il exprime les oracles divins avec des lèvres humaines.


III. La fête de la Toussaint a été instituée pour expier nos négligences. En effet bien que nous ne fassions la fête que d'un petit nombre de saints, cependant il s'y mêle beaucoup de négligence, et notre ignorance comme notre négligence nous y font oublier une multitude de choses. Si, donc nous avons négligé quoi que ce soit dans les autres solennités des saints, nous pouvons le suppléer dans cette fête générale, et nous purifier des fautes qui pourraient nous être imputées. Cette raison est touchée dans le sermon qui se récite en ce jour dans l’office de l’Église (Bède le Vénérable, sermon XVIII). Il y est. dit :

Il a été décrété qu'en ce jour on ferait mémoire de tous les Saints, afin que si la fragilité humaine a quelque chose à regretter dans la manière dont elle a solennisé les Saints; soit par ignorance et par négligence, soit par les embarras des affaires, elle puisse l’expier en cette circonstance.

Il faut remarquer qu'il y a quatre classes différentes de saints du Nouveau Testament, que nous honorons dans le courant de l’année et que nous réunissons aujourd'hui tous ensemble, afin de suppléer à ce que nous avons fait avec négligence : ce sont les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges.  (...)


La légende dorée de Jacques de Voragine
nouvellement traduite en français par l'abbé J.-B. Roze
Édouard Rouveyre, éditeur
Paris MDCCCCII
© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais

Jacques de Voragine, Les motifs de l'institution de la fête de tous les saints (1)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
L'institution de la fête de tous les saints paraît se rattacher à quatre motifs :
1° la dédicace d'un temple ;
2° la fête des saints omis dans le cours de l’année  ;
3° l’expiation de nos négligences ;
4° une plus grande facilité d'obtenir ce que nous demandons dans nos prières.
 
1. Cette fête fut instituée pour la dédicace d'un temple. Les Romains, après s'être rendus maîtres de l’univers, construisirent un temple magnifique au milieu duquel ils placèrent leur idole, et autour de sa statue, celles des divinités de chaque province tournées de face vers l’idole des Romains. S'il arrivait qu'une province se révoltât, aussitôt, dit-on, par l’artifice du diable, la statue de l’idole de cette province tournait le dos à l’idole de Rome, comme pour faire entendre qu'elle cessait de reconnaître son haut domaine. Alors les Romains levaient en toute hâte une armée nombreuse contre le pays révolté et le faisaient rentrer sous leurs lois. Mais ce ne fut pas assez pour les Romains d'avoir dans leur ville les simulacres des faux dieux de toutes les provinces ; ils firent plus ; ce fut de construire un temple consacré à chacun des dieux qui les avaient rendus, en quelque sorte, les vainqueurs et les maîtres de toutes ces provinces. Cependant comme toutes les idoles ne pouvaient avoir chacune un temple dans Rome, les Romains, pour faire parade de leur folie, érigèrent, en l’honneur de tous les dieux, un temple plus merveilleux et plus élevé que les autres qu'ils nommèrent Panthéon, mot qui signifie tous les dieux et formé de Pan, tout et, Theos, Dieu. Les pontifes des idoles avaient en effet inventé, pour induire le peuple en erreur, que Cybèle, nommée par eux la mère de tous les dieux, leur avait ordonné d'élever un temple magnifique à ses enfants, si on voulait vaincre toutes les nations. On jeta les fondements du temple sur un plan sphérique, pour mieux démontrer par là l’éternité des dieux. Mais comme la largeur de la voûte était telle qu'il ne paraissait pas possible qu'elle se soutînt, quand l’édifice fut un peu élevé au-dessus du sol, on en remplit tout l’intérieur avec de la terre, dans laquelle on jeta, dit-on, de la monnaie: et l’on continua d'en faire autant jusqu'à l’entier achèvement de ce temple merveilleux. On permit alors à quiconque voudrait enlever la terre de garder pour soi tout l’argent qui y serait trouvé ; la foule accourut et vida de suite l’édifice. Enfin, les Romains fabriquèrent un globe d'airain doré, en forme de pomme de pin, qu'ils placèrent au sommet. On rapporte encore que sur ce globe étaient sculptées de main de maître toutes les provinces, de telle sorte que celui qui venait à Rome pouvait savoir de quel côté du monde était son pays. Mais dans la suite des temps ce globe vint à tomber ; de là, l’ouverture qui est restée au sommet. Du temps donc de l’empereur Phocas, quand Rome avait depuis longtemps déjà reçu la foi du Seigneur, Boniface, le quatrième pape après saint Grégoire le Grand, vers: l’an du Seigneur 605, obtint de cet empereur ce temple qu'il purgea de ses idoles immondes et qu'il consacra le 3 des Ides de mai (13 mai), en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les martyrs. Il lui donna le nom de Sainte-Marie-aux-Martyrs (et il est connu aujourd'hui du peuple sous celui de Sainte-Marie-de-la-Rotonde) ; car à cette époque, on ne célébrait pas encore dans l'Église de fêtes pour les confesseurs. Or, comme à cette consécration se rendait une multitude de monde infinie et que le manque de vivres ne permettait pas de la célébrer, un pape, du nom de Grégoire IV, établit de la transférer aux calendes (1er) de novembre, alors que la moisson et les vendanges sont terminées ; il décida qu'on célébrerait en ce jour, dans l’univers entier, une fête solennelle en l’honneur de tous les saints. Ce fut ainsi qu'un temple bâti pour toutes les idoles fut dédié à tous les saints, et que l’on adresse de pieuses louanges à la multitude des saints en un lieu où l’on adorait une multitude d'idoles.

La légende dorée de Jacques de Voragine
nouvellement traduite en français par l'abbé J.-B. Roze
Édouard Rouveyre, éditeur
Paris MDCCCCII
© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais

Père R. Cantalamessa, Deux manières de concevoir le salut (fin)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
    Appliquons maintenant cette parabole à nous-mêmes. Personne, ou presque personne, ne se range, ou toujours du côté du pharisien, ou toujours du côté du publicain. La plupart d’entre nous sont un peu l’un et un peu l’autre. La pire des choses serait de nous comporter comme le publicain dans la vie et comme le pharisien dans le temple. Les publicains étaient considérés, et en fait ils l’étaient, des pécheurs, des hommes sans scrupules qui plaçaient l’argent et les affaires au-dessus de tout. À l’inverse, les pharisiens étaient, dans la vie pratique, très austères et respectueux de la Loi. Nous ressemblons donc au publicain dans la vie et au pharisien dans le temple, si comme le publicain, nous sommes des pêcheurs et si comme le pharisien, nous croyons être justes.


    Si vraiment nous devons nous résigner à être un peu l’un et un peu l’autre, alors que nous le soyons inversement: pharisien dans la vie et publicain dans le temple! Comme le pharisien employons-nous, dans la vie de tous les jours, à ne pas être voleurs, injustes et adultères, à observer au mieux les commandements de Dieu; comme le publicain, reconnaissons, quand nous sommes devant Dieu, que ce peu que nous avons fait est un don total, et implorons sa miséricorde pour nous-mêmes et pour les autres.

© P. Raniero Cantalamessa, OFMCap - 2003-2007

Père R. Cantalamessa, Deux manières de concevoir le salut (suite)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
    Déplaçons maintenant l’objectif sur le publicain. Celui-ci ne se mesure pas aux autres, comme faisait le pharisien, mais uniquement à lui-même et à Dieu. Il n’ose pas aller vers l’autel, s’estimant indigne de s’approcher de Dieu et n’ose même pas lever les yeux vers le ciel. Il se frappe la poitrine. De son cœur jaillit une prière beaucoup plus courte que celle du pharisien. Mais il y a mis tout son cœur, contrit et humilié:
« Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis! ».


    Jésus nous montre ainsi deux manières radicalement différentes de concevoir le salut: soit comme quelque chose que l’homme prétend réaliser tout seul, soit comme un don de la grâce et de la miséricorde de Dieu. Ces deux manières de concevoir le salut sont encore présentes et actives dans le panorama religieux d’aujourd’hui. Bon nombre des soi-disant « nouvelles formes de religiosité », aujourd’hui en vogue, conçoivent la salut comme une conquête personnelle, due à des techniques de méditation, des habitudes alimentaires, ou à des connaissances philosophiques particulières. La foi chrétienne le conçoit comme un don gratuit de Dieu en Jésus-Christ, qui exige certainement des efforts personnels et l’observance des commandements, mais plus encore comme une réponse à la grâce que comme une cause de cette grâce.

© P. Raniero Cantalamessa, OFMCap - 2007

Père R. Cantalamessa, Deux manières de concevoir le salut

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
raniero.cantalamessa.jpg    L’Évangile de ce dimanche est la parabole du pharisien et du publicain. La phrase initiale s’acquitte de ce devoir qui consiste, dans un drame, à présenter les personnages : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain ». Une phrase tout aussi lapidaire décrit, à la fin, l’issue de l’histoire: « Ce dernier rentra chez lui, devenu juste et non pas l’autre ».


    On pense généralement que le pharisien est un homme bien, « irrépréhensible quant à l’observance qui dérive de la loi » et que sa seule faute est de manquer d’humilité. Mais ceci n’est peut-être pas tout à fait exact. Jésus dit cette parabole « pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes: pas pour ceux qui étaient justes, mais pour ceux qui étaient convaincus de l’être. En réalité, qu’a fait le pharisien? Il s’est confectionné une morale comme un habit sur mesure. Il a déterminé à lui seul quelles étaient les choses autour desquelles on peut décider qui est juste et qui ne l’est pas, qui est bon et qui est méchant. Les choses importantes sont celles qu’il fait lui et que les autres ne font pas : jeûner, payer les impôts... Il s’est fait un autoportrait. De cette manière-là, on finit toujours pas sortir vainqueur de la confrontation. Il ne s’aperçoit par exemple pas qu’il a négligé d’insérer dans ce tableau un point très important de la Loi, à savoir, l’amour de son prochain.


    Mais l’attitude du pharisien est à déplorer pour une raison encore plus grave. Il a complètement inversé les rôles entre Dieu et lui. Il a fait de Dieu un débiteur et de lui-même un créditeur. Il a accompli quelques bonnes actions et se présente ensuite à Dieu pour recevoir ce qui lui est dû. Que fait Dieu, de grand et d’extraordinaire dans ce cas-là ? Rien de plus que ce que fait un vendeur qui remet la marchandise à celui qui lui présente le ticket de caisse.

© P. Raniero Cantalamessa, OFMCap - 2007

Conf. des évêques de France, Une catéchèse vécue dans des communautés missionnaires (6)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)

1.6. La catéchèse introduit à la vie ecclésiale.


    L'existence d'un "bain ecclésial" est particluièrement déterminante dans un contexte où tout porte à vivre un rapport indiviudalisé au Christ. Beaucoup de personnes viennent à la foi ou vivent de la foi chrétienne sans trouver important de vivre cette foi au sein d'une communauté. C'est donc un défi majeur que de travailler à susciter, construire, faire grandir une vie de communauté.

    Une vie de communauté découle de la relation au Christ. Tous ceux qui ont part au même baptême appartiennent au Christ et font partie de son Corps qui est l'Église. Quand le baptisé accepte de se laisser prendre par l'Esprit Saint et reconnaît Dieu comme Père, il est conduit à reconnaître les autres chrétiens comme frères et soeurs. Or aujourd'hui cette conscience d'appartenir au Corps du Christ ne va pas de soi.

    Le concile Vatican II demande aux pasteurs de "développer vraiment l'esprit communautaire" (Concile Vatican II, décret Presbyterorum ordinis, n° 6). Cela passe aujourd'hui par des initiatives qui rendent possible l'affiliation. Pour rendre conscient des liens d'appartenance, il est bon par exemple qu'une communauté chrétienne prenne l'habitude du dialogue sur les questions essentielles ou qu'elle développe le parrainage entre aînés dans la foi et nouveaux croyants.

    L'"affiliation" se construit aussi par des propositions spécifiques d'organisation catéchétique. Des temps de catéchèse organisés dans le cadre du rassemblement dominical favorisent une expérience de l'Église comme communauté de croyants quand ils intègrent des temps conviviaux et développent le partage entre personnes de générations et de situations différentes : parents d'enfants catéchisés, néophytes, familles, fiancés, catéchumènes, pratiquants habituels. Les chrétiens se découvrent partie prenante de la catéchèse lorque des étapes liturgiques célébrées avec l'assemblée du dimanche et la famille des catéchisés rythment la proposition catéchétique qui conduit aux sacrements.

    Susciter et développer des liens d'appartenance demande enfin d'accepter qu'une communauté chrétienne soit ce qu'elle est, avec ses dynamismes, mais aussi ses lourdeurs institutionnelles, ses lenteurs pastorales, le péché, la fatigue ou l'apathie de ses membres. Il pourrait exister une certaine tentation de vouloir présenter à des nouveaux croyants une Église rêvée, alors que Dieu se donne à rencontrer dans l'épaisseur d'une Église qui ne déserte pas la terre.

    La pédagogie catéchistique n'est efficace que dans la mesure où la communauté chrétienne devient la référence concrète et exemplaire du cheminement de foi de chaque personne. Cela se produit si la communauté se propose comme la source, le lieu, et le terme de la catéchèse. Elle devient alors concrètement le lieu visible du témoignage croyant, elle pourvoit à la formation de ses membres, les accueille en véritable famille de Dieu, en devenant aussi le milieu vital et permanent de croissance de la foi.

À côté de la proclamation de l'Évangile sous forme publique et collective, la relation de personne à personne, à l'exemple de Jésus et des apôtres, demeure toujours indispensable (Directoire général pour la catéchèse, n° 158).

Texte national pour l'orientation de la catéchèse en France, Bayard, Cerf, Fleurus-Mame, 2006, p.23 et ss.

Conf. des évêques de France, Une catéchèse vécue dans des communautés missionnaires (5)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
1.5. L'action catéchétique se vit dans la communion ecclésiale.

    Si le dynamisme évangélisateur de l'Église est fondé dans la communion missionnaire, l'action catéchétique a besoin, pour pouvoir s'exercer, de ce que l'on pourrait appeler un "bain" de vie ecclésiale. L'expression - qui ne peut être limitée à une seule connotation sociologique - renvoie à la symbolique baptismale et au lieu vital qu'est l'Église du Christ pour toute catéchèse, dans la communion de ses membres et de ses communautés. Le Directoire général pour la catéchèse le rappelle :

La communauté chrétienne est en elle-même une catéchèse vivante. En vertu de ce qu'elle est, elle annonce, agit et demeure toujours le lieu vital, indipensable et premier de la catéchèse (Directoire général pour la catéchèse, n° 14).

La communauté donne à la catéchèse un milieu nourricier.


La catéchèse est intimement liée à toute la vie de l'Église. (Catéchisme de l'Église catholique, n° 7)

    Quand la communauté se nourrit de la Parole de Dieu, quand elle se laisse conduire par les itinéraires de foi que la liturgie lui fait vivre, quand elle puise sa dynamique dans la vie sacramentelle, quand elle développe en son sein des occasions de partager les question de foi, quand elle vit la réciprocité et l'attention mutuelle par un accueil et une charité inventive, quand elle se soucie de laisser toute leur place aux petits, quand elle participe acitvement à la vie de la cité et y atteste concrètement l'amour de Dieu, quand elle vit le pardon mutuel et connaît la joie de la réconciliation, quand elle découre l'Esprit à l'oeuvre dans le monde, alors ces différentes facettes de la vie ecclésiale forment comme un "milieu nourricier où s'enracine l'expérience de foi"  (Lettre aux catholiques de France, p. 52).

La communauté exerce une fonction maternelle.


    À l'image et avec l'aide de la Vierge Marie, une communauté catholique exerce ainsi une fonction maternelle à l'égard de la catéchèse. Par l'action de l'Esprit, elle met au monde le Christ dans le coeur des fidèles. Elle nourrit, soutient et fortifie l'éclosion de leur vie de foi. Ele les accompagne dans la croissance de leur vie chrétienne, en se tenant proche d'eux, dans la joie comme dans les difficultés, en s'appliqaunt à "garder dans son coeur" ce qui marque leur histoire. Sans cette "sollicitude maternelle" (Directoire général pour la catéchèse, n° 254) de la communauté chrétienne, la catéchèse ne pourrait pas aider des hommes et des femmes à "se tenir dans la vie en croyants".

    Les prêtres ont à cet égard une responsabilité particluière. Non seulement ils sont des éducateurs de la foi, mais ils doivent veiller à favoriser au sein de la communauté chrétienne l'accueil et l'accompagnement des personnes qui désirent connaître le Christ et cherchent un chemin possible pour vivre de sa vie. "Conscients que leur sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun des fidèles" (Directoire général pour la catéchèse, n° 224), les prêtres s'efforceront de servir cette maturation progressive des communautés chrétiennes dans leur vocation à être le lieu vital au sein duquel on naît à la foi.

Texte national pour l'orientation de la catéchèse en France, Bayard, Cerf, Fleurus-Mame, 2006, p.23 et ss.

Conf. des évêques de France, Une catéchèse vécue dans des communautés missionnaires (4)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
1.4. Un exercice diversifié du ministère de la Parole.

    Pour exercer sa responsabilité catéchétique, l'Église a besoin de déployer ce choix de la pédagogie d'initiation selon les formes diversifiées et complémentaires du ministère de la Parole. Aujourd'hui, les attentes des personnes sont variées, les histoires individuelles contrastées, les parcours mouvementés, si bien qu'une forme unique de mise en oeuvre devient souvent problématique.

Proposer une catéchèse ordonnée


    Aujourd'hui, les personnes s'éveillent à la foi à tout âge. On devient chrétien au fil d'un développement continu. Il faut alors être en mesure de proposer, régulièrement et de manière renouvelée, des propositions de catéchèse systématique et ordonnée. Pour répondre au choix de la pédagogie de l'initiation, celles-ci doivent revêtir

le caractère de la formation intégrale, et ne pas se réduire à un simple enseignement (Directoire général pour la catéchèse, n° 29).

    Elles rempliront la fonction d'initiation si elles sont centrées "sur le noyau de l'expérience chrétienne", poursuivent le but d'établir "les fondements de l'édifice spirituel du chrétien" et cherchent à apporter tout ce qui pourra nourrir "les racines de la vie de la foi (Directoire général pour la catéchèse, n° 67).

Trouver des formes de première annonce.


    Le choix d'une pédagogie d'initiation demande que se développent aussi des intitatives de "première annonce", comme il peut en exister par exemple dans l'enseignement catholique de la part de la communauté éducative. Ce sont des propositions ponctuelles, qui ne présupposent pas déjà un acte volontaire de la part de ceux à qui elles sont adressées. Cette annonce est appelée "première" parce qu'elle appelle à croire et conduit au seuil où va être possible une conversion. Elle travaille à éveiller le désir, elle invite à un chemin de foi, elle suscite de l'intérêt, mais sans attendre que la personne à qui elle s'adresse ait déjà choisi de devenir disciple. Elle s'affronte aux questions que la soicété pose à l'Église et ose une véritable apologétique.

Développer une éducation permanente de la foi.


    Le choix d'une pédagogie d'initiation demande également que se développent des initiatives pour une éducation permanente de la foi. Ce sont des propositions qui aident les baptisés à nourrir et à mûrir sans cesse leur foi, tout au long de leur vie : par des invitations à une lecture priante des Écritures, par des temps forts communautaires occasionnels, par l'approfondissement systématique d'un aspect de la vie de foi, par le travail sur la Tradition et l'enseignement du Magistère. Cette éducation de la foi est dite "permanente" parce que celui qui croît adhère au Christ et vit la condition du disciple qui marche à sa suite. Il cherche toujours à savoir et à comprendre, même si sa raison ne rend pas compte de toute la vérité, car la vérité de Dieu toujours le dépasse.

    De telles propositions trouvent leur cadre naturel dans les familles et dans les paroisses, mais aussi dans bien d'autres lieux d'Église en lien avec l'évêque diocésain, sans oublier les médias chrétiens qui peuvent leur apporter un réel dynamisme.

Texte national pour l'orientation de la catéchèse en France, Bayard, Cerf, Fleurus-Mame, 2006, p.23 et ss.

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