Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    C'est encore un extrait très bref mais dense du chaptre 8 de la lettre de saint Paul aux Romains que nous venons d'entendre. Dimanche dernier nous nous sommes rappelés que l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, notamment dans la prière, car "nous ne savons pas prier comme il faut". Aujourd'hui, saint Paul nous assure que Dieu fait tout contribuer au bien des hommes, s'ils aiment Dieu.

    Si nous nous contentons d'une lecture superficielle, cela pourrait nous faire penser à tort que la vie chrétienne est une vie sans problèmes, comme une autoroute tracée d'avance à travers un paysage merveilleux vers un pays de rêve. Bonnes vacances ... Oui, mais ... Il suffit de relire ce qui précède au chapitre 8 pour se rendre compte que ce n'est pas vrai. Quand saint Paul dit que Dieu fait "tout" contribuer au bien de ceux qui l'aiment, ce "tout", c'est, dans l'immédiat (le temps présent), surtout des évènements ou des situations qui sont l'occasion de beaucoup de souffrances et d'angoisses :

"J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous" (v. 18).
"Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance ... Et elle n'est pas la seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance" (v. 22.23).

    Plus loin, il cite le psaume 44, 23, qui dit :

"C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, on nous prend pour des moutons d'abattoir" (v. 36).

    Nous vivons à une époque où tout une légion de marchands de bonheur (les apôtres de la "prosperity theology" notamment) nous promet le succès dans la facilité, par des méthodes "sans peine", et pas seulement pour l'apprentissage des langues étrangères. Ce sont des menteurs. Saint Paul n'est pas de ceux-là ! Il n'est pas non plus celui qui broie du noir. Il nous parle d'espérance :

"Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance ; voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment peut-on l'espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance" (v. 24-25).

    Il y a 150 ans, la Vierge Marie promettait à la petite Bernadette de la rendre heureuse, "non pas en ce monde, mais dans l'autre". Toutes les épreuves qu'elle a connues sur terre, sa maladie, les persécutions, les incompréhensions, les moqueries, mais surtout la souffrance de ne plus voir celle qu'elle avait vue ..., tout cela, le Seigneur l'a fait contribuer à son bien, et ce bien, Bernadette l'a attendu avec persévérance.

 
 

    Puisque, dans l'évangile, nous sommes dans les paraboles, voici une parabole de saison, une parabole des temps modernes :

    Le Royaume de Dieu est semblable à une famille du nord de la France qui part en vacances à la Côte d'Azur. Les jours précédant le départ ont été très stressants. Il fallait que tout soit près, et il y avait encore tant à faire. Voilà enfin arrivé le grand jour tant attendu ! Tous les bagages sont chargés, les enfants installés. Au début tout va bien. Quelle chance de pouvoir partir. Quel soulagement ! Seulement, voilà, on l'avait oublié : ce jour-là, Bison futé voyait rouge. Avec des centaines de kilomètres de bouchons, la route n'en finit pas. Les nerfs, déjà fatigués, sont mis à rude épreuve. Un moment d'inattention ... On a failli louper une bretelle d'autoroute. On a même frôlé l'accident ! Une pause s'impose. Il faut faire le plein de carburant. Le chauffeur doit se reposer, les enfants se dégourdir les jambes. Madame en profite pour lancer un petit coup de fil à ses parents :

- Allo maman ?
- Vous êtes déjà arrivés ?
- Oh non ... nous sommes encore très loin ... Il y a plein d'embouteillages ! On n'avance pas ... Mais, tant pis, on est content. C'est les vacances !

 
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"Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour.
Ceux qu'il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l'image de son Fils, pour faire de ce Fils l'aîné d'une multitude de frères.
Ceux qu'il destinait à cette ressemblance, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a justifiés, il leur a donné sa gloire."

    Nous connaissons la (pré)destination. Mais la route de la transformation à l'image du Fils crucifié et ressuscité est encore longue. En attendant, être dans les bras de la Providence, c'est déjà les vacances, même si on n'est pas encore arrivé ! Bonne route avec la sagesse de Salomon et la joie de l'homme qui a trouvé un trésor caché !
Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire
Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire

Lectures 17° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Premier livre des Rois (1R 3, 5.7-12)

3
05i  À Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Il lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai. »
07  Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c'est toi qui m'as fait roi à la place de David mon père ; or, je suis un tout jeune homme, incapable de se diriger,
08  et me voilà au centre du peuple que tu as élu ; c'est un peuple nombreux, si nombreux qu'on ne peut ni l'évaluer ni le compter.
09  Donne à ton serviteur un coeur attentif pour qu'il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; comment sans cela gouverner ton peuple, qui est si important ? »
10  Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit :
11  « Puisque c'est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis ; mais puisque tu as demandé le discernement, l'art d'être attentif et de gouverner,
12  je fais ce que tu as demandé : je te donne un coeur intelligent et sage, tel que personne n'en a eu avant toi et que personne n'en aura après toi.
 



Psaume (Ps 118, 57.72, 76-77, 127-128, 129-130)

R/ De quel amour j'aime ta loi, Seigneur !
57  Mon partage, Seigneur, je l’ai dit,
c’est d’observer tes paroles.
72  Mon bonheur, c'est la loi de ta bouche,
plus qu'un monceau d'or ou d'argent.

76  Que j'aie pour consolation ton amour
selon tes promesses à ton serviteur !
77  Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai :
ta loi fait mon plaisir.

127  Aussi j'aime tes volontés,
plus que l'or le plus précieux.
128  Je me règle sur chacun de tes préceptes,
je hais tout chemin de mensonge.

129  Quelle merveille, tes exigences,
aussi mon âme les garde !
130  Déchiffrer ta parole illumine
et les simples comprennent.


Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 28-30)

8
28i  Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour.
29  Ceux qu'il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l'image de son Fils, pour faire de ce Fils l'aîné d'une multitude de frères.
30  Ceux qu'il destinait à cette ressemblance, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a justifiés, il leur a donné sa gloire.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 44-52)

13
44i  Jésus disait à la foule ces paraboles : « Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
45  Ou encore : Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.
46  Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète la perle.
47  Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu'on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
48  Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
49  Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges viendront séparer les méchants des justes
50  et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
51  Avez-vous compris tout cela ? — Oui », lui répondent-ils.
52  Jésus ajouta : « C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien. »


 
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Lectures 17° dimanche du Temps Ordinaire A
Lectures 17° dimanche du Temps Ordinaire A

Le bon grain et l'ivraie dans le champ de la prière - Homélie 16° dimanche du T.O.

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

    "Au secours, Esprit Saint !" Voilà un cri qu'il ne nous est peut-être jamais arrivé de pousser, et qui pourtant nous est suggéré par saint Paul aujourd'hui. Encore faut-il que nous soyons d'abord bien persuadés que "nous ne savons par prier comme il faut", et, ensuite, que ce n'est pas une formule magique ou la manifestation d'un fantôme qui va nous tirer d'affaire, comme par enchantement.

    D'abord donc, autant le dire tout de suite : de nous-mêmes, nous sommes parfaitement incapables de prier. C'est la radicale impuissance de la chair, dont il était question
il y a quinze jours. De même que Jésus dit que sans lui nous ne pouvons rien faire, de même, sans l'Esprit Saint, nous pouvons bien réciter des kilomètres de formules, mais nous n'aurons pas commencé à prier. C'est une découverte douloureuse et humiliante, qui "renverse les puissants de leur trône" (Lc 1, 52). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la prière n'est révélée par le Père qu'aux seuls petits, tandis qu'elle reste cachée aux sages et aux savants. Les saints sont peu à peu devenus conscients de cette impuissance de la chair. Voici, par exemple, comment sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein), s'adressait à l'Esprit Saint :
 
Qui es-tu, douce lumière, qui me remplis
et llumines la ténèbre de mon cœur ?
 
Comme la main d’une mère, tu me conduis
et, si tu me lâchais, je ne saurais faire un pas de plus.
 
Tu es l’espace enveloppant mon être
et l’abritant en toi.
 
Le rejetterais-tu,
il coulerait à pic dans l’abîme du néant
d’où tu le tiras pour l’élever vers la lumière.

    Les images sont parlantes et sans exagération aucune. Il faudrait plutôt dire qu'elles demeurent en deçà de la réalité. C'est dire que la prière n'est pas une question de performances ni de diplômes. C'est l'art de devenir comme des enfants. La chirurgie esthétique est à la mode et a fait des progrès impressionnants. On peut se faire faire un "lifting" pour avoir l'air plus jeune. Mais par quelle intervention chirurgicale pourrons-nous recevoir ce coeur nouveau qui nous confère l'éternelle jeunesse des saints et qui nous donne de participer à la prière même de Dieu ?
 
Qui es-tu, douce lumière, qui me remplis
et illumines la ténèbre de mon cœur ?

    Remarquez que ce n'est pas un cri de désespoir. Aucun symptome d'une frustratrion, pas l'ombre d'une déprime. C'est en raison même des ténèbres de nos coeurs que la douce lumière de l'Esprit nous est donnée, car "ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades" (Mt 9, 12). On dirait même que ce n'est qu'en présence de la lumière que l'on prend conscience des ténèbres, en présence du médecin que l'on se découvre malade. Je me croyais en bonne sante, et je ne me doutais de rien. C'est le médecin qui me "révèle" simultanément que je suis malade, et que je peux guérir.

    "L'Esprit vient au secours de notre faiblesse", dit saint Paul, "car nous ne savons pas prier comme il faut", de même qu'une maman vient au secours de son enfant parce qu'il est trop petit pour marcher tout seul. Dès que l'enfant sait marcher, sa maman n'a plus besoin d'être constamment à côté de lui (sinon pour l'empêcher de faire des bêtises). Mais dans la vie spirituelle, le progrès, la croissance ne consiste pas à apprendre à se passer de l'Esprit Saint, mais de découvrir de plus en plus combien on en a besoin.

    Cette découverte est de l'ordre, non pas de la science, mais de l'expérience. Saint Bonaventure dans son "Itinéraire de l'âme vers Dieu" nous dit :

"En cette traversée, si l'on veut être parfait, il importe de laisser là toute spéculation intellectuelle. Toute la pointe du désir doit être transportée et transformée en Dieu. Voilà le secret des secrets, que personne ne connaît sauf celui qui le reçoit, que nul ne reçoit sauf celui qui le désire, que nul ne désire sauf celui qui au plus profond est enflammé par l'Esprit Saint que le Christ a envoyé sur la terre. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit que cette mystérieuse sagesse est révélée par l'Esprit Saint. Si tu cherches comment cela se produit, interroge la grâce et non le savoir, ton aspiration profonde et non pas ton intellect, le gémissement de ta prière et non ta passion pour la lecture ; interroge l'Époux et non le professeur, Dieu et non l'homme, l'obscurité et non la clarté ; non point ce qui luit mais le feu qui embrase tout l'être et le transporte en Dieu avec une onction sublime et un élan plein d'ardeur."

    C'est donc le Saint Esprit qui donne les "explications", là où l'entendement humain ne suffit pas. L'homme, même chrétien, peut être perplexe devant la question : comment se tourner vers Dieu ? Notre expérience nous dit que même notre prière est un mélange où tout n'est pas pur et n'est pas ce qu'il faudrait. Nous entons bien que nous ne pouvons pas la faire monter vers Dieu tel quelle. Mais "l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse". Lui sait quelle est la prière agréable à Dieu, et il la prie pour nous, mais non sans nous, au plus profond de nos coeurs. Par conséquent, quand le Père entend cette prière, il entend inséparablement la prière de son Esprit et celle de nos coeurs. Dans cette unité, il n'entend plus que la "bonne prière" à laquelle nous participons quand nous prions à la fois "dans l'Esprit", mais non sans notre intelligence.

    Écoutons encore cet enseignement de saint Paul :

"Je souhaite que vous parliez tous en langues, mais surtout que vous ayez le don de prophétie. Car prophétiser vaut mieux que parler en langues, à moins qu'on n'interprète ce qu'on dit en langues : ainsi, on aide à la construction de l'Église. Eh bien, frères, si j'arrive chez vous pour parler en langues, en quoi vous rendrai-je service si ma parole ne vous apporte ni révélation, ni connaissance de Dieu, ni prophétie, ni enseignement ?
"Ainsi, quand des objets inanimés comme la flûte ou la cithare produisent des sons, s'ils ne donnent pas des notes distinctes, comment reconnaître l'air joué par l'instrument ? Et si la trompette produit des sons confus, qui pourra se préparer au combat ?
"Vous de même, si par votre langue vous ne produisez pas un message intelligible, comment reconnaître ce qui est dit ? Vous ne serez que des gens qui parlent pour le vent. Il y a dans le monde je ne sais combien d'espèces de mots, et aucune n'est sans signification. Or si je ne connais pas la valeur du mot, je serai un barbare pour celui qui parle et il le sera pour moi.
"Alors, vous, puisque vous recherchez les phénomènes spirituels, recherchez-les en vue de construire l'Église, de manière à progresser. Et donc, celui qui parle en langues, qu'il prie pour être capable d'interpréter. Si je prie dans une langue inconnue, mon esprit a beau être en prière, mon intelligence ne produit rien. Que vais-je donc faire ? Je vais prier avec mon esprit, mais aussi avec mon intelligence, chanter avec mon esprit, mais aussi avec mon intelligence. En effet, si tu dis une prière de bénédiction avec ton esprit seulement, alors celui qui est là et n'y connaît rien, comment va-t-il répondre « Amen » à ton action de grâce, puisqu'il ne sait pas ce que tu dis ? Toi, bien sûr, tu fais une belle action de grâce, mais ce n'est pas constructif pour l'autre.
"Je parle en langues plus que vous tous, et j'en rends grâce à Dieu ; mais, quand l'Église est rassemblée, je préfère dire cinq paroles avec mon intelligence de manière à instruire les autres, plutôt que d'en dire dix mille en langues." (1 Co 14, 5-19)

    Voilà comment saint Paul priait et enseignait la prière. N'allons donc pas penser que l'Esprit est le bon grain et notre intelligence l'ivraie. Benoît XVI n'a cessé d'insister sur l'alliance qu'il doit y avoir entre religion et raison, entre foi et intelligence. Voilà le bon grain. L'ivraie, la spiritualité du Mauvais, c'est dans la séparation : la foi sans l'intelligence, ou l'intelligence sans la foi.

    Revenons à la prière de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix. En voici la suite :

 
Toi, qui m’es plus proche que je ne le suis moi-même,
qui m’es plus intérieur que mon propre cœur,
et pourtant insaisissable, inconcevable,
au-delà de tout nom,
Saint-Esprit, éternel Amour !

    Qu'elle est belle aux oreilles du Père, la prière des saints, la prière de l'Église, la prière des pauvres pécheurs que nous sommes, quand nous sommes rassemblés dans l'Église pour l'Eucharistie !
 

Lectures 16° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

Livre de la Sagesse (Sg 12, 13.16-19)

12

13  Il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur,
toi qui prends soin de toute chose,
et montres ainsi
que tes jugements ne sont pas injustes.
16  Ta force est à l'origine de ta justice,
et ta domination sur toute chose
te rend patient envers toute chose.
17  Il montre sa force,
l'homme dont la puissance est discutée,
et ceux qui la bravent sciemment, il les réprime.
18  Tandis que toi, Seigneur, qui disposes de la force,
tu juges avec indulgence,
tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement,
car tu n'as qu'à vouloir pour exercer ta puissance.
19  Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple
que le juste doit être humain,
et tu as pénétré tes fils d'une belle espérance :
à ceux qui ont péché tu accordes la conversion.

 

 

 


Psaume (Ps 85, 5-6, 9ab.10, 15-16ab)

R/ Toi qui est bon et qui pardonnes, écoute-moi mon Dieu !

 

 

05  Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent,
06  écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.

9a  Toutes les nations, que tu as faites,
9b  viendront se prosterner devant toi *
10  car tu es grand et tu fais des merveilles,
toi, Dieu, le seul.

15  Toi, Seigneur,
Dieu de tendresse et de pitié, *
lent à la colère,
plein d'amour et de vérité !
16a  Regarde vers moi,
16b  prends pitié de moi.

 

 


Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 26-27)

8

 

26i  Frères, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables
27  Et Dieu, qui voit le fond des coeurs, connaît les intentions de l'Esprit : il sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut.

 


Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 24-43)

13

 

24i  Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
25  Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla.
26  Quand la tige poussa et produisit l'épi, alors l'ivraie apparut aussi.
27  Les serviteurs du maître vinrent lui dire : 'Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ?'
28  Il leur dit : 'C'est un ennemi qui a fait cela.' Les serviteurs lui disent :'Alors, veux-tu que nous allions l'enlever ?'
29  Il répond : 'Non, de peur qu'en enlevant l'ivraie, vous n'arrachiez le blé en même temps.
30  Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.' »
31  Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu'un homme a semée dans son champ.
32  C'est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. »
33  Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu'une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé. »
34  Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles,
35  accomplissant ainsi la parole du prophète : C'est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.
36  Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s'approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l'ivraie dans le champ. »
37  Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ;
38  le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
39  L'ennemi qui l'a semée, c'est le démon ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
40  De même que l'on enlève l'ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
41  Le Fils de l'homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal,
42  et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
43  Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu'il entende !

 

 

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Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde

Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde

Quand souffrance rime avec espérance, vacances et Tour de France - Homélie 15° dimanche du T.O.A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

    Le chapitre 8 de saint Paul aux Romains est un des chapitres les plus célèbres de tout le Nouveau Testament. Dans les chapitres précédents, l'auteur a expliqué que la Loi de l'Ancien Testament n'a aucun pouvoir pour nous sauver du péché. Son utilité est de nous aider à découvrir que nous avons besoin de la grâce de Dieu. Cette grâce est venue dans le monde, plus abondante que ce que quiconque aurait pu imaginer, en Jésus Christ.

    Au chapitre 8, Paul poursuit en expliquant les conséquences de tout cela pour le
combat spirituel dans un monde déchu. Son message peut se résumer en deux mots : espérance illimitée. Tant que nous sommes unis à la grâce de Dieu, et que nous nous efforçons à vivre en amis du Christ par la prière, les sacrements et les exercices des vertus, absolument rien ne doit affaiblir notre confiance en Dieu. Voilà le coeur du message de Romains, chapitre 8.

    Dans le
passage que nous venons d'entendre, saint Paul applique cette espérance surnaturelle à quelque chose qui nous est familier : la souffrance. Dans ces versets, il explique comment il y a fait face. Il écrit :

"J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous."

    Il ne nie pas la douleur que la souffrance peut engendrer - lui-même a été calomnié, flagellé, emprisonné, lapidé, naufragé, rejeté et trahi tout au long de son apostolat. Il sait ce que souffrir veut dire. Mais il nous montre comment regarder nos souffrances : dans la perpective de la gloire. Ce que Dieu réserve pour ceux qui le suivent fidèlement est incomparablement plus grand et durable que les pires des souffrances imaginables de cette vie ! Voilà le point de vue de saint Paul, que chaque chrétien peut et doit partager. Alors, souvenons-nous toujours que souffrance rime avec espérance.

    Il n'a rien inventé, saint Paul. Il le tient de Jésus. Dans les quatre évangiles, les quatre premiers livres du Nouveau Testament, le mot "cieux" apparaît 122 fois. Dans presque toutes ses paraboles, Jésus nous encourage à regarder plus loin que le bout de notre nez. Dans celle que nous venons d'entendre, par exemple, la motivation est dans les fruits abondants que finit par produire le grain qui est tombé dans la bonne terre. Cette semence doit faire face à trois obstacles principaux : les oiseaux, le sol pierreux, et les ronces. Jésus nous explique que ces trois obstacles représentent trois types de souffrance :
    - les attaques du démon usant de ses tromperies et ses mensonges ;
   - nos propres tendances égoïstes qui risquent de nous décourager quand il devient difficile de suivre le Christ ;
    - le monde qui nous entoure, qui peut saper notre énergie par ses soucis et ses séductions.

    Comment Jésus stimule-t-il ses auditeurs à le suivre en dépit de toutes les difficultés et les épreuves que cela comporte ? Il tourne leur regard vers le résultat, la moisson, la vie éternelle. C'est toujours ce qu'il fait. Souvez-vous des béatitudes : "Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ; bienheureux ceux qui ont un coeur pur, car ils verront Dieu ..." Chaque béatitude nous enseigne à considérer nos souffrances à la lumière de la gloire à venir. L'Église fait de même. À chaque eucharistie, nous prions, par exemple :

    Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ;
    par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves
    en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets
    et l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur.
            (expectantes beatam spem et adventus Salvatoris nostri Iesu Christi.)

    Nous pourrons surmonter la souffrance, en trouver le sens et y puiser la force seulement si nous la mettons dans la perspective de l'éternité.

    Nous pouvons probablement tous être d'accord avec le fait que la perspective du ciel pourrait être comme un antidote au découragement qui nous guette dans les multiples épreuves de la vie. La question qui se pose est : comment garder cette perspective présente à notre esprit ? Nous n'y sommes jamais allés, au ciel !

   
Les autres lectures peuvent nous suggérer une tactique pour y arriver. Dans la première, Dieu compare sa grâce à la pluie. De même que la pluie ne manque jamais de faire pousser les récoltes, la grâce fait se lever en nos coeurs toutes sortes de fruits Le Psaume nous décrit le cycle mystérieux des saisons. Dans l'Évangile, de même, Jésus emploie une image empruntée au domaine de la nature pour nous enseigner une vérité concernant le Royaume des Cieux. Le commun dénominateur saute aux yeux : les beautés et les merveilles de la création sont des indices de la beauté de Dieu lui-même, des reflets de la gloire du ciel.

    Lorsque, dans la foi, nous admirons les merveilles de la création, celles-ci nous rappellent que Dieu est tout-puissant, omniscient et toute bonté. C'est ainsi qu'elles nous aident à considérer nos souffrances et nos combats dans la pespective dont nous parle saint Paul. Toutes ces merveilles sont l'oeuvre de Dieu, des reflets de la gloire du ciel.

    Comme le disait Benoît XVI (audience du 9 novembre 2005) :

"Le premier signe visible de cette charité divine - dit le Psalmiste - doit être recherché dans la création (...) Le regard, rempli d'admiration et d'émerveillement, s'arrête tout d'abord sur la création :  les cieux, la terre, les eaux, la lune et les étoiles (...) il y a une révélation cosmique, ouverte à tous, offerte à toute l'humanité par l'unique Créateur (...) Il existe donc un message divin, secrètement inscrit dans la création et signe du hesed, de la fidélité amoureuse de Dieu qui donne à ses créatures l'existence et la vie, l'eau et la nourriture, la lumière et le temps."

    Voilà ce qu'on découvert tous les saints. Saint Augustin l'exprime admirablement :

"Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent : Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (confessio). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Pulcher), non sujet au changement ? " (Serm. 241, 2, cité par le CEC n. 32).

    Jean Paul II, lui aussi, en avait une conscience très aigüe :

"Et bien, face à la gloire de la Trinité dans la création, l'homme doit contempler, chanter, retrouver l'émerveillement. Dans la société contemporaine, l'on devient aride 'non pas par manque de merveilles, mais par manque d'émerveillement' (G.K. Chesterton). Pour le croyant, contempler le créé est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse (...) La nature devient alors un Évangile qui nous parle de Dieu :  'La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur' (Sg 13, 5). Paul nous enseigne que 'ce qu'il a d'invisible [Dieu] depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité' (Rm 1, 20). Mais cette capacité de contemplation et de connaissance, cette découverte d'une présence transcendante dans le créé doit nous conduire également à redécouvrir notre fraternité avec la terre, à laquelle nous sommes liées à partir de notre création même (cf. Gn 2, 7). (Audience du 26 janvier 2000)

    Tout à l'heure je vous faisais remarquer que souffrance rime avec espérance. Je pourrais maintenant ajouter : ... et avec vacances. Petits ou grands, pendant ce temps de loisirs, nous avons tous, d'une manière ou d'une autre, l'opportunité de faire cet exercice qui n'est quand même pas trop fastidieux : saisir toutes les occasions qui nous sont offertes pour nous mettre à l'écoute du langage silencieux de la création, nous émerveiller de toutes les beautés qui s'y trouvent et en rendre grâce au Seigneur. C'est un agréable devoir de vacances, dont nous ne manquerons pas de tirer beaucoup de fruits !

    Et puis, je sais que certains d'entre vous suivent de près la plus grande des courses cyclistes de l'année : Tour de France, ça rime aussi avec souffrance. Les coureurs qui prennent le départ, voient-ils la ligne d'arrivée ? Non ! Même au bout d'une semaine, ils ne sont pas encore près de la voir. Pourtant, que de souffrances ! Hier c'était une étape relativement plate, mais il a plu des cordes toute la journée. Ils "attaquent" les Alpes et les Pyrénées, tout cela pourquoi ? Dans l'espérance de remporter la victoire finale, ou, du moins, pour pouvoir revêtir l'un des maillots, ou pour que leur chef de file puisse en remporter un. Or, personne n'est sûr de gagner. Avec le Seigneur au moins, au milieu des souffrances qui sont les nôtres, nous avons tous la certitude de remporter la victoire finale.

 

Lectures 15° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre d'Isaïe (Is 55, 10-11)

55
10i  Ainsi parle le Seigneur : La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ;
11  ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce que je veux,
sans avoir accompli sa mission.
 
 
 
Psaume (Ps 64, 10abcd, 10e-11, 12-13, 12b.14)
 
R/ Tu visites la terre, Seigneur, tu bénis ses semences
10a  Tu visites la terre et tu l'abreuves,
10b  tu la combles de richesses ; *
10c  les ruisseaux de Dieu regorgent d'eau :
10d  tu prépares les moissons.

10e  Ainsi, tu prépares la terre,
11  tu arroses les sillons ; *
tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies,
tu bénis les semailles.

12  Tu couronnes une année de bienfaits ; *
sur ton passage, ruisselle l'abondance.
13  Au désert, les pâturages ruissellent, *
les collines débordent d'allégresse.

12b  sur ton passage, ruisselle l'abondance.
14  Les herbages se parent de troupeaux +
et les plaines se couvrent de blé. *
Tout exulte et chante !
 
 
 Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 18-23)

8
18i  Frères, j’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous.
19  En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu.
20  Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance
21  d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu.
22  Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore.
23  Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.
 
 
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 1-23)

13
01  Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.
02  Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
03  Il leur dit beaucoup de choses en paraboles :
« Voici que le semeur est sorti pour semer.
04  Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
05  D'autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde.
06  Le soleil s'étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
07  D'autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
08  D'autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
09  Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »
10  Les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
11  Il leur répondit : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n'est pas donné.
12  Celui qui a recevra encore, et il sera dans l'abondance ; mais celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a.
13  Si je leur parle en paraboles, c'est parce qu'ils regardent sans regarder, qu'ils écoutent sans écouter et sans comprendre.
14  Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe :
Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas.
Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
15  Le coeur de ce peuple s'est alourdi :
ils sont devenus durs d'oreille,
ils se sont bouché les yeux,
pour que leurs yeux ne voient pas,
que leurs oreilles n'entendent pas,
que leur coeur ne comprenne pas,
et qu'ils ne se convertissent pas.
Sinon, je les aurais guéris !
16  Mais vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent !
17  Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu.
18  Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
19  Quand l'homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s'empare de ce qui est semé dans son coeur : cet homme, c'est le terrain ensemencé au bord du chemin.
20  Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c'est l'homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ;
21  mais il n'a pas de racines en lui, il est l'homme d'un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt.
22  Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c'est l'homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit.
23  Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est l'homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »

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Lectures 15° dimanche du Temps Ordinaire A
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Le combat spirituel - la chair et l'Esprit - Homélie 14° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

    Les lettres de saint Paul occupent une place importante dans le Nouveau Testament. Depuis sa conversion saint Paul a passé une grande partie de sa vie à parcourir l'Empire romain pour annoncer "son" Évangile et fonder des communautés chrétiennes. Une fois la communauté établie, il se rendait dans une autre localité pour y fonder une autre, maintenant le contact avec les précédentes par le moyen de lettres. Au moins treize de ces lettres ont été plus tard reconnues par le Magistère comme étant "canoniques", c'est-à-dire écrites sous l'inspiration du Saint Esprit. Chaque lettre est désignée par le nom de la ville (ou de la personne) à laquelle il écrivait : "Éphésiens" veut dire la lettre de saint Paul à la communauté chrétienne de la ville d'Éphèse, par exemple.

    La lettre aux Romains, dont nous avons entendu
un extrait, est la plus longue de toutes. Elle est unique en ceci surtout qu'elle est la seule que Paul ait écrite à une communauté chrétienne qu'il n'avait pas fondée lui-même. La foi chrétienne était déjà enracinée à Rome avant qu'il n'arrive. Mais c'était son grand désir de s'y rendre, puisque c'était la capitale de l'Empire. Il a écrit sa lettre pour se présenter et pour faire connaître son enseignement à cette communauté respectée de tous. Pour cette raison, la lettre aux Romains est théologiquement la plus systématique de toutes. Les autres lettres traitent de problèmes spécifiques auxquelles les communautés devaient faire face. La lettre aux Romains est plutôt une présentation synthétique de la sagesse théologique de l'auteur.

    Le passage que nous venons d'entendre touche à l'un des thèmes favoris de Paul : la dynamique du combat spirituel. Mieux nous comprendrons les tenants et les aboutissants de ce combat, et mieux nous pourrons mener le combat que nous avons à mener en tant que chrétiens, et même, tout simplement, en tant qu'êtres humains tout court.

    Saint Paul avait commencé sa lettre par une discussion assez serrée au sujet de la nécessité du salut, et le rôle de la foi pour l'accueillir. Au chapitre 8, d'où le passage de ce jour est extrait, il envisage l'expérience de quelqu'un qui mène déjà cette vie de croyant. C'est par la foi que nous recevons la grâce de Dieu. Dieu nous envoie son Esprit qui fait de nous des enfants du Père, des créatures nouvelles dans le Christ, en un mot : des chrétiens. Ainsi nous expérimentons la puissance de la grâce, qui nous pousse à suivre le Christ et à mener une vie semblable à la sienne, pleine de courage, de sagesse, de bienveillance, de joie et d'abnégation.

"Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur."

    Comme le dit saint Paul, nous sommes "dans l'Esprit", "nous appartenons au Christ" parce que "nous avons l'Esprit du Christ", et son Esprit "demeure" en nous. La vie selon (ou dans) l'Esprit : voilà encore une expression coutumière de saint Paul qui résume la manière de vivre en chrétien.

    Dans l'ordre de la nature, nous reconnaissons les membres d'une même famille grâce à leurs traits communs, leur manière de parler et de faire, leurs habitudes. Exactement de la même manière, nous dit saint Paul, le monde devrait pourvoir reconnaître un chrétien en voyant la même humilité, la même force d'âme, le même amour, la même douceur (à ne pas confondre avec la mollesse) que celle du Christ. Voilà la puissance positive dans la vie chrétienne. Comme une jeune pousse plantée dans une bonne terre, notre identité chrétienne a été implantée dans nos coeurs par le baptême. Lentement mais sûrement la pousse se développe, s'épanouit et se transforme en un arbre majestueux. Exactement de la même manière la grâce s'affermit en nous pour que notre être puisse arriver à maturité. Cette maturité n'est rien d'autre que la sainteté. Un saint, c'est un chrétien arrivé à maturité.

    Et pourtant notre expérience nous montre tous les jours qu'il ne suffit pas d'être chrétien pour vivre le ciel sur la terre. Nous croyons au Christ, nous avons été baptisés et confirmés, nous sommes nourris par l'Eucharistie et guéris de nos blessures par le sacrement de la Réconciliation. Mais même avec tous ces secours spirituels, nous expérimentons tous les jours les pulsions de l'égoïsme, de la paresse, de l'envie, du découragement et de toutes les autres tentations qui proviennent du monde du péché et de la mort. L'Esprit est à l'oeuvre en nous, mais le péché aussi. La vie dans l'Esprit n'est que la puînée, la cadette de la vie selon la chair, et le péché ne cesse de réclamer son droit d'aînesse. Notre nature humaine déchue nous tire vers le bas et nous résistons à l'oeuvre de l'Esprit. Lorsque nous cédons à ces mouvements vers le bas, nous nous détournons de la vie dans l'Esprit et nous nous abandonnons à la vie selon la chair.

    Attention : le mot "chair" est l'un des termes employés par saint Paul et très souvent compris de travers. Quand saint Paul parle de la "chair" (charnel), il se réfère à cette tendance égoïste que nous portons tous en nous. Il ne dit pas que notre corps est mauvais, et que les plaisirs que le corps nous procure sont suspects. Comment le seraient-ils, puisque ils sont voulus par Dieu ? Ce que saint Paul veut dire, c'est que, à cause du péché originel, nous avons tous tendance à nous complaire exagérément et égoïstement dans ces plaisirs. C'est cela, vivre selon la chair. Le démon et les structures de péché dans lesquels nous baignons nous poussent constamment en ce sens.

    La chair et l'esprit ici ne signifient donc pas le corps opposé à l'âme. La chair désigne la créature (l'âme aussi bien que le corps !) laissée à elle-même, à ses propres forces, sans le secours de l'Esprit Saint.

    Pensons ici à ce que dit Jésus à Simon Pierre après sa profession de foi :

"Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux." (Mt 16, 17)
 
    ou encore :

"C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien." (Jn 6, 63)

    Mais avec saint Paul , à cette idée biblique traditionnelle va s'ajouter celle de la perversion de l'homme naturel, due à son péché. Le péché ne se confond évidemment pas avec sa condition de créature, et pas davantage avec sa corporéité. Mais il se manifeste dans une préférence malheureusement accordée au désir égoïste de la jouissance immédiate, plutôt qu'à l'obéissance à la Parole de Dieu, qui nous incite à une foi par laquelle nous aurions rejoint le Dieu invisible. Ainsi la "chair", devenant esclave de l'esprit du mal par le péché, va-t-elle, d'une part, apparaître comme non seulement étrangère mais carrément opposée à l'Esprit de Dieu ; et, d'autre part, sans du tout se confondre avec le corps, deviendra-t-elle caractérisée par le dérèglement de ses désirs naturels. C'est pour cela que saint Paul dira :

"Je traite durement mon corps, et je le réduis en esclavage." (1 Co 9, 27)

    C'est la vie dans l'Esprit, et non la vie charnelle, qui nous mène à une plus grande communion avec Dieu, et c'est cette communion que est la source du vrai bonheur, d'un bonheur durable. Ainsi, saint Paul nous encourage-t-il à vivre dans l'Esprit et non pas selon la chair :

"Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez."

    Par la chair - non seulement nos péchés, mais nos propres efforts pour le vaincre, même par l'ascèse la plus rigoureuse, comme dans le boudhisme - nous ne sommes capables de rien. Puisque c'est l'âme qui a péché, le corps n'étant que son instrument, c'est l'âme elle-même qui a le plus besoin d'être sauvée. Seul l'Esprit de Dieu pourra, en la délivrant de l'esclavage de ses désirs orgueilleux, restaurer avec elle le corps dans la gloire finale à laquelle Dieu destine l'homme tout entier.

"Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes ...

(Ce verset  a été sauté dans le découpage liturgique !)

"... Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous."

    Nous voyons poindre ici l'expérience personnelle de saint Paul sur le chemin de Damas, expérience fondamentale qui a bouleversé sa vie et qu'il n'a cessé d'approfondir. Il n'était coupable d'aucun "péché de la chair", selon le sens que nous donnons spontanément à cete expression, d'aucun écart à la loi. Il avait, pensait-il, parfaitement dompté son corps et ses désirs déréglés. Mais son esprit rempli d'orgueil l'empêchait d'accueillir la grâce du salut par la foi. Il voulait se sauver par les oeuvres.

    Un jour, j'ai reçu les confidences d'un jeune, très généreux, un modèle de vertu et de maîtrise de soi peu commune. Dans sa prière, il avait dit à Dieu que, contrairement à tous ses camarades, il voulait rester chaste, mais - et c'est ici que le bât blesse - qu'il ne voulait pas que Dieu vienne à son secours par la grâce pour l'aider à tenir son engagement. C'était sa manière à lui de prouver à Dieu qu'il l'aimait. Mais quel orgueil, caché sous cette apparente générosité !

    - Eh bien, me dit-il, je suis tombé dans le panneau. Je susi tombé dans les bras d'une fille.

    J'ai pensé alors à la parole de Jésus :

"En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire" (Jn 15, 5).

    Vivre selon la chair, c'est vouloir se sauver soi-même ; c'est dire à Jésus : - Moi, je n'ai pas besoin de toi, car je suis quelqu'un de bien, pas comme les autres. Je suis gentil, je rends service, je suis honnête, je ne fais rien de mal. Alors, je n'ai pas besoin de prier, d'aller à la messe, de me confesser. Je n'ai pas besoin de l'Église. Je n'ai pas besoin de Jésus.

    Dans l'évangile nous voyons Jésus exulter de joie sous l'action de l'Esprit Saint :

"Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits."

    Avant sa rencontre avec Jésus Saul de Tarse était ce sage, ce savant, très doué, généreux à l'extrême, mais étranger au mystère de la foi et à la vie dans l'Esprit. Ensuite il est devenu l'un de ces "tout-petits" à qui le Père à révélé ce mystère, et par qui le Père le révèle aujourd'hui à nous.

"Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler."

    Saint Pierre, de même était l'un de ces petits :

"Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle." (Mt 16, 17-18)

    Comme c'est fatiguant de vouloir se battre en ne comptant que sur soi-même, dans une sorte de course à l'auto-glorification ! Comme c'est reposant de savoir que le démon n'aura pas le dernier mot ...

"Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos."

    Voilà le combat spirituel. Voilà le terrain sur lequel se déroule quotidiennement le drame de notre salut, dans chacune de nos vies, alors que l'Esprit et la chair se disputent notre adhésion. Aujourd'hui, alors qu'une fois encore, Jésus nous affermit dans la vie selon l'Esprit en nous nourrissant par sa Parole et par son Eucharistie, renouvelons notre foi et notre confiance en lui, et demandons-lui humblement et avec confiance de nous aider à combattre pour son Royaume en menant cette semaine, et chaque semaine qui nous reste à vivre, avec courage la vie dans l'Esprit.

Lectures 14° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre de Zacharie (Za 9, 9-10)

9
09  Exulte de toutes tes forces, fille de Sion !
Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !
Voici ton roi qui vient vers toi :
il est juste et victorieux,
humble et monté sur un âne,
un âne tout jeune.
10  Ce roi fera disparaître d'Éphraïm les chars de guerre,
et de Jérusalem les chevaux de combat ;
il brisera l'arc de guerre,
et il proclamera la paix aux nations.
Sa domination s'étendra d'une mer à l'autre,
et de l'Euphrate à l'autre bout du pays.
 



Psaume (Ps 144, 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14)

R/ Béni sois-tu à jamais, Seigneur, Dieu de l'univers !
01  Je t'exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
02  Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

08  Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d'amour ;
09  la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses oeuvres.

10  Que tes oeuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
11  Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits,

13c  Le Seigneur est vrai en tout ce qu'il dit,
13d  fidèle en tout ce qu'il fait.
14  Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.



Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 9.11-13)

8
09i  Frères, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous.Celui qui n’a pas l’Esprit de Christ ne lui appartient pas.
11  Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
12  Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair.
13  Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 25-30)

11
25  En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits.
26  Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
27  Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
28  «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
29  Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos.
30  Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »


 
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Lectures 14° dimanche du Temps Ordinaire A

Journal d'un curé de campagne. Jésus n'a jamais dit : "Vous êtes le miel de la terre".

dominicanus

La solennité des saints Pierre et Paul, le 29 juin, est traditionnellement la date à laquelle beaucoup de prêtres sont ordonnés. Un confrère me signale à cette occasion un texte de Bernanos, tiré de son 'Journal d'un Curé de Campagne', que je vous transmets bien volontiers ... Attention ! Ça décoiffe ...


« – Je me demande ce que vous avez dans les veines aujourd’hui, vous autres jeunes prêtres ! De mon temps, on formait des hommes d’église – ne froncez pas les sourcils, vous me donnez envie de vous calotter – oui, des hommes d’Église, prenez le mot comme vous voudrez, des chefs de paroisse, des maîtres, quoi, des hommes de gouvernement. Ça vous tenait un pays, ces gens-là, rien qu’en haussant le menton. Oh ! je sais ce que vous allez me dire : ils mangeaient bien, buvaient de même, et ne crachaient pas sur les cartes. D’accord ! Quand on prend convenablement son travail, on le fait vite et bien, il vous reste des loisirs et c’est tant mieux pour tout le monde.

Maintenant les séminaires nous envoient des enfants de chœur, des petits va-nu-pieds qui s’imaginent travailler plus que personne parce qu’ils ne viennent à bout de rien. Ça pleurniche au lieu de commander. Ça lit des tas de livres et ça n’a jamais été fichu de comprendre – de comprendre, vous m’entendez ! – la parabole de l’Époux et de l’Épouse.

Qu’est-ce que c’est qu’une épouse, mon garçon, une vraie femme, telle qu’un homme peut souhaiter d’en trouver une s’il est assez bête pour ne pas suivre le conseil de saint Paul ? Ne répondez pas, vous diriez des bêtises ! Hé bien, c’est une gaillarde dure à la besogne, mais qui fait la part des choses, et sait que tout sera toujours à recommencer jusqu’au bout. La Sainte Église aura beau se donner du mal, elle ne changera pas ce pauvre monde en reposoir de la Fête-Dieu. J’avais jadis – je vous parle de mon ancienne paroisse – une sacristaine épatante, une bonne sœur de Bruges sécularisée en 1908, un brave cœur. Les huit premiers jours, astique que j’astique, la maison du bon Dieu s’était mise à reluire comme un parloir de couvent, je ne la reconnaissais plus, parole d’honneur ! Nous étions à l’époque de la moisson, faut dire, il ne venait pas un chat, et la satanée petite vieille exigeait que je retirasse mes chaussures – moi qui ai horreur des pantoufles ! Je crois même qu’elle les avait payées de sa poche. Chaque matin, bien entendu, elle trouvait une nouvelle couche de poussière sur les bancs, un ou deux champignons tout neufs sur le tapis de chœur, et des toiles d’araignées – ah, mon petit ! des toiles d’araignées de quoi faire un trousseau de mariée.

« Je me disais : Astique toujours, ma fille, tu verras dimanche. Et le dimanche est venu. Oh ! un dimanche comme les autres, pas de fête carillonnée, la clientèle ordinaire, quoi. Misère ! Enfin, à minuit, elle cirait et frottait encore, à la chandelle. Et quelques semaines plus tard, pour la Toussaint, une mission à tout casser, prêchée par deux Pères rédemptoristes, deux gaillards. La malheureuse passait ses nuits à quatre pattes entre son seau et sa vassingue – arrose que j’arrose – tellement que la mousse commençait de grimper le long des colonnes, l’herbe poussait dans les joints des dalles. Pas moyen de la raisonner, la bonne sœur ! Si je l’avais écoutée, j’aurais fichu tout mon monde à la porte pour que le bon Dieu ait les pieds au sec, voyez-vous ça ? Je lui disais : « Vous me ruinerez en potions » – car elle toussait, pauvre vieille ! Elle a fini par se mettre au lit avec une crise de rhumatisme articulaire, le cœur a flanché et, plouf ! voilà ma bonne sœur devant saint Pierre. En un sens, c’est une martyre, on ne peut pas soutenir le contraire.

Son tort, ça n’a pas été de combattre la saleté, bien sûr, mais d’avoir voulu l’anéantir, comme si c’était possible. Une paroisse, c’est sale, forcément. Une chrétienté, c’est encore plus sale. Attendez le grand jour du Jugement, vous verrez ce que les anges auront à retirer des plus saints monastères, par pelletées – quelle vidange ! Alors, mon petit, ça prouve que l’Église doit être une solide ménagère, solide et raisonnable. Ma bonne sœur n’était pas une vraie femme de ménage : une vraie femme de ménage sait qu’une maison n’est pas un reliquaire. Tout ça, ce sont des idées de poète. »

Je l’attendais là. Tandis qu’il rebourrait sa pipe, j’ai maladroitement essayé de lui faire comprendre que l’exemple n’était peut-être pas très bien choisi, que cette religieuse morte à la peine n’avait rien de commun avec les « enfants de chœur », les « va-nu-pieds » qui « pleurnichent au lieu de commander ».

– Détrompe-toi, m’a-t-il dit sans douceur. L’illusion est la même. Seulement les va-nu-pieds n’ont pas la persévérance de ma bonne sœur, voilà tout. Au premier essai, sous prétexte que l’expérience du ministère dément leur petite jugeote, ils lâchent tout. Ce sont des museaux à confitures. Pas plus qu’un homme, une chrétienté ne se nourrit de confitures. Le bon Dieu n’a pas écrit que nous étions le miel de la terre, mon garçon, mais le sel. Or, notre pauvre monde ressemble au vieux père Job sur son fumier, plein de plaies et d’ulcères. Du sel sur une peau à vif, ça brûle. Mais ça empêche aussi de pourrir. Avec l’idée d’exterminer le diable, votre autre marotte est d’être aimés, aimés pour vous-mêmes, s’entend. Un vrai prêtre n’est jamais aimé, retiens ça. Et veux-tu que je te dise ? L’Église s’en moque que vous soyez aimés, mon garçon. Soyez d’abord respectés, obéis. L’Église a besoin d’ordre. Faites de l’ordre à longueur du jour. Faites de l’ordre en pensant que le désordre va l’emporter encore le lendemain parce qu’il est justement dans l’ordre, hélas ! que la nuit fiche en l’air votre travail de la veille – la nuit appartient au diable. »

Lectures Solennité saint Pierre et saint Paul

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre des Actes des Apôtres (Ac 12, 1-11)

12
01  A cette époque, le roi Hérode Agrippa se mit à maltraiter certains membres de l'Église.
02  Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter.
03  Voyant que cette mesure était bien vue des Juifs, il décida une nouvelle arrestation, celle de Pierre. On était dans la semaine de la Pâque.
04  Il le fit saisir, emprisonner, et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats ; il avait l'intention de le faire comparaître en présence du peuple après la fête.
05  Tandis que Pierre était ainsi détenu, l'Église priait pour lui devant Dieu avec insistance.
06  Hérode allait le faire comparaître ; la nuit précédente, Pierre dormait entre deux soldats, il était attaché avec deux chaînes et, devant sa porte, des sentinelles montaient la garde.
07  Tout à coup surgit l'ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. L'ange secoua Pierre, le réveilla et lui dit : « Lève-toi vite. » Les chaînes tombèrent de ses mains.
08  Alors l'ange lui dit : « Mets ta ceinture et tes sandales. » Pierre obéit, et l'ange ajouta : « Mets ton manteau et suis-moi. »
09  Il sortit derrière lui, mais, ce qui lui arrivait grâce à l'ange, il ne se rendait pas compte que c'était vrai, il s'imaginait que c'était une vision.
10  Passant devant un premier poste de garde, puis devant un second, ils arrivèrent à la porte en fer donnant sur la ville. Elle s'ouvrit toute seule devant eux. Une fois dehors, ils marchèrent dans une rue, puis, brusquement, l'ange le quitta.
11  Alors Pierre revint à lui, et il dit : « Maintenant je me rends compte que c'est vrai : le Seigneur a envoyé son ange, et il m'a arraché aux mains d'Hérode et au sort que me souhaitait le peuple juif. »




Psaume (Ps 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9)

R/ De toutes leurs épreuves, Dieu délivre ses amis.
02  Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
03  Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m'entendent et soient en fête !

04  Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
05  Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

06  Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
07  Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

08  L'ange du Seigneur campe à l'entour
pour libérer ceux qui le craignent.
09  Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !



Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée (2Tm 4, 6-8.16-18)

4
06i  Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu.
07  Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle.
08  Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire.
16  La première fois que j'ai présenté ma défense, personne ne m'a soutenu : tous m'ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur.
17  Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu'au bout l'Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. J'ai échappé à la gueule du lion ;
18  le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu'on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 16, 13-19)
12 TOC


16
13  Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? »
14  Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. »
15  Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
16  Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
17  Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
18  Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.
19  Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »



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