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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Quand souffrance rime avec espérance, vacances et Tour de France - Homélie 15° dimanche du T.O.A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Le chapitre 8 de saint Paul aux Romains est un des chapitres les plus célèbres de tout le Nouveau Testament. Dans les chapitres précédents, l'auteur a expliqué que la Loi de l'Ancien Testament n'a aucun pouvoir pour nous sauver du péché. Son utilité est de nous aider à découvrir que nous avons besoin de la grâce de Dieu. Cette grâce est venue dans le monde, plus abondante que ce que quiconque aurait pu imaginer, en Jésus Christ.

    Au chapitre 8, Paul poursuit en expliquant les conséquences de tout cela pour le
combat spirituel dans un monde déchu. Son message peut se résumer en deux mots : espérance illimitée. Tant que nous sommes unis à la grâce de Dieu, et que nous nous efforçons à vivre en amis du Christ par la prière, les sacrements et les exercices des vertus, absolument rien ne doit affaiblir notre confiance en Dieu. Voilà le coeur du message de Romains, chapitre 8.

    Dans le
passage que nous venons d'entendre, saint Paul applique cette espérance surnaturelle à quelque chose qui nous est familier : la souffrance. Dans ces versets, il explique comment il y a fait face. Il écrit :
 


"J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous."
 


    Il ne nie pas la douleur que la souffrance peut engendrer - lui-même a été calomnié, flagellé, emprisonné, lapidé, naufragé, rejeté et trahi tout au long de son apostolat. Il sait ce que souffrir veut dire. Mais il nous montre comment regarder nos souffrances : dans la perpective de la gloire. Ce que Dieu réserve pour ceux qui le suivent fidèlement est incomparablement plus grand et durable que les pires des souffrances imaginables de cette vie ! Voilà le point de vue de saint Paul, que chaque chrétien peut et doit partager. Alors, souvenons-nous toujours que souffrance rime avec espérance.

    Il n'a rien inventé, saint Paul. Il le tient de Jésus. Dans les quatre évangiles, les quatre premiers livres du Nouveau Testament, le mot "cieux" apparaît 122 fois. Dans presque toutes ses paraboles, Jésus nous encourage à regarder plus loin que le bout de notre nez. Dans celle que nous venons d'entendre, par exemple, la motivation est dans les fruits abondants que finit par produire le grain qui est tombé dans la bonne terre. Cette semence doit faire face à trois obstacles principaux : les oiseaux, le sol pierreux, et les ronces. Jésus nous explique que ces trois obstacles représentent trois types de souffrance :
    - les attaques du démon usant de ses tromperies et ses mensonges ;
   - nos propres tendances égoïstes qui risquent de nous décourager quand il devient difficile de suivre le Christ ;
    - le monde qui nous entoure, qui peut saper notre énergie par ses soucis et ses séductions.

    Comment Jésus stimule-t-il ses auditeurs à le suivre en dépit de toutes les difficultés et les épreuves que cela comporte ? Il tourne leur regard vers le résultat, la moisson, la vie éternelle. C'est toujours ce qu'il fait. Souvenez-vous des béatitudes : "Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ; bienheureux ceux qui ont un coeur pur, car ils verront Dieu ..." Chaque béatitude nous enseigne à considérer nos souffrances à la lumière de la gloire à venir. L'Église fait de même. À chaque eucharistie, nous prions, par exemple :

    Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ;
    par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves
    en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets
    et l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur.
            (expectantes beatam spem et adventus Salvatoris nostri Iesu Christi.)

    Nous pourrons surmonter la souffrance, en trouver le sens et y puiser la force seulement si nous la mettons dans la perspective de l'éternité.

    Nous pouvons probablement tous être d'accord avec le fait que la perspective du ciel pourrait être comme un antidote au découragement qui nous guette dans les multiples épreuves de la vie. La question qui se pose est : comment garder cette perspective présente à notre esprit ? Nous n'y sommes jamais allés, au ciel !

   
Les autres lectures peuvent nous suggérer une tactique pour y arriver. Dans la première, Dieu compare sa grâce à la pluie. De même que la pluie ne manque jamais de faire pousser les récoltes, la grâce fait se lever en nos coeurs toutes sortes de fruits Le Psaume nous décrit le cycle mystérieux des saisons. Dans l'Évangile, de même, Jésus emploie une image empruntée au domaine de la nature pour nous enseigner une vérité concernant le Royaume des Cieux. Le commun dénominateur saute aux yeux : les beautés et les merveilles de la création sont des indices de la beauté de Dieu lui-même, des reflets de la gloire du ciel.

    Lorsque, dans la foi, nous admirons les merveilles de la création, celles-ci nous rappellent que Dieu est tout-puissant, omniscient et toute bonté. C'est ainsi qu'elles nous aident à considérer nos souffrances et nos combats dans la perspective dont nous parle saint Paul. Toutes ces merveilles sont l'oeuvre de Dieu, des reflets de la gloire du ciel.

    Comme le disait Benoît XVI (audience du 9 novembre 2005) :

 


"Le premier signe visible de cette charité divine - dit le Psalmiste - doit être recherché dans la création (...) Le regard, rempli d'admiration et d'émerveillement, s'arrête tout d'abord sur la création :  les cieux, la terre, les eaux, la lune et les étoiles (...) il y a une révélation cosmique, ouverte à tous, offerte à toute l'humanité par l'unique Créateur (...) Il existe donc un message divin, secrètement inscrit dans la création et signe du hesed, de la fidélité amoureuse de Dieu qui donne à ses créatures l'existence et la vie, l'eau et la nourriture, la lumière et le temps."
 


    Voilà ce qu'on découvert tous les saints. Saint Augustin l'exprime admirablement :
 


"Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent : Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (confessio). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Pulcher), non sujet au changement ? " (Serm. 241, 2, cité par le CEC n. 32).
 


    Jean Paul II, lui aussi, en avait une conscience très aigüe :
 


"Et bien, face à la gloire de la Trinité dans la création, l'homme doit contempler, chanter, retrouver l'émerveillement. Dans la société contemporaine, l'on devient aride 'non pas par manque de merveilles, mais par manque d'émerveillement' (G.K. Chesterton). Pour le croyant, contempler le créé est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse (...) La nature devient alors un Évangile qui nous parle de Dieu :  'La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur' (Sg 13, 5). Paul nous enseigne que 'ce qu'il a d'invisible [Dieu] depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité' (Rm 1, 20). Mais cette capacité de contemplation et de connaissance, cette découverte d'une présence transcendante dans le créé doit nous conduire également à redécouvrir notre fraternité avec la terre, à laquelle nous sommes liées à partir de notre création même (cf. Gn 2, 7). (Audience du 26 janvier 2000)
 


    Tout à l'heure je vous faisais remarquer que souffrance rime avec espérance. Je pourrais maintenant ajouter : ... et avec vacances. Petits ou grands, pendant ce temps de loisirs, nous avons tous, d'une manière ou d'une autre, l'opportunité de faire cet exercice qui n'est quand même pas trop fastidieux : saisir toutes les occasions qui nous sont offertes pour nous mettre à l'écoute du langage silencieux de la création, nous émerveiller de toutes les beautés qui s'y trouvent et en rendre grâce au Seigneur. C'est un agréable devoir de vacances, dont nous ne manquerons pas de tirer beaucoup de fruits !

    Et puis, je sais que certains d'entre vous suivent de près la plus grande des courses cyclistes de l'année : Tour de France, ça rime aussi avec souffrance. Les coureurs qui prennent le départ, voient-ils la ligne d'arrivée ? Non ! Même au bout d'une semaine, ils ne sont pas encore près de la voir. Pourtant, que de souffrances ! Ils "attaquent" les Alpes et les Pyrénées, tout cela pourquoi ? Dans l'espérance de remporter la victoire finale, ou, du moins, pour pouvoir revêtir l'un des maillots, ou pour que leur chef de file puisse en remporter un. Or, personne n'est sûr de gagner. Avec le Seigneur au moins, au milieu des souffrances qui sont les nôtres, nous avons tous la certitude de remporter la victoire finale.

Quand souffrance rime avec espérance, vacances et Tour de France - Homélie 15° dimanche du T.O.A

Lectures 15° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre d'Isaïe (Is 55, 10-11)

55
10i  Ainsi parle le Seigneur : La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ;
11  ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce que je veux,
sans avoir accompli sa mission.
 
 
 
Psaume (Ps 64, 10abcd, 10e-11, 12-13, 12b.14)
 
R/ Tu visites la terre, Seigneur, tu bénis ses semences
10a  Tu visites la terre et tu l'abreuves,
10b  tu la combles de richesses ; *
10c  les ruisseaux de Dieu regorgent d'eau :
10d  tu prépares les moissons.

10e  Ainsi, tu prépares la terre,
11  tu arroses les sillons ; *
tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies,
tu bénis les semailles.

12  Tu couronnes une année de bienfaits ; *
sur ton passage, ruisselle l'abondance.
13  Au désert, les pâturages ruissellent, *
les collines débordent d'allégresse.

12b  sur ton passage, ruisselle l'abondance.
14  Les herbages se parent de troupeaux +
et les plaines se couvrent de blé. *
Tout exulte et chante !
 
 
 Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 18-23)

8
18i  Frères, j’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous.
19  En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu.
20  Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance
21  d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu.
22  Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore.
23  Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.
 
 
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 1-23)

13
01  Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.
02  Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
03  Il leur dit beaucoup de choses en paraboles :
« Voici que le semeur est sorti pour semer.
04  Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
05  D'autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde.
06  Le soleil s'étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
07  D'autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
08  D'autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
09  Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »
10  Les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
11  Il leur répondit : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n'est pas donné.
12  Celui qui a recevra encore, et il sera dans l'abondance ; mais celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a.
13  Si je leur parle en paraboles, c'est parce qu'ils regardent sans regarder, qu'ils écoutent sans écouter et sans comprendre.
14  Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe :
Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas.
Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
15  Le coeur de ce peuple s'est alourdi :
ils sont devenus durs d'oreille,
ils se sont bouché les yeux,
pour que leurs yeux ne voient pas,
que leurs oreilles n'entendent pas,
que leur coeur ne comprenne pas,
et qu'ils ne se convertissent pas.
Sinon, je les aurais guéris !
16  Mais vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent !
17  Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu.
18  Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
19  Quand l'homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s'empare de ce qui est semé dans son coeur : cet homme, c'est le terrain ensemencé au bord du chemin.
20  Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c'est l'homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ;
21  mais il n'a pas de racines en lui, il est l'homme d'un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt.
22  Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c'est l'homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit.
23  Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est l'homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »

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Lectures 15° dimanche du Temps Ordinaire A
Lectures 15° dimanche du Temps Ordinaire A

Le combat spirituel - la chair et l'Esprit - Homélie 14° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Les lettres de saint Paul occupent une place importante dans le Nouveau Testament. Depuis sa conversion saint Paul a passé une grande partie de sa vie à parcourir l'Empire romain pour annoncer "son" Évangile et fonder des communautés chrétiennes. Une fois la communauté établie, il se rendait dans une autre localité pour y fonder une autre, maintenant le contact avec les précédentes par le moyen de lettres. Au moins treize de ces lettres ont été plus tard reconnues par le Magistère comme étant "canoniques", c'est-à-dire écrites sous l'inspiration du Saint Esprit. Chaque lettre est désignée par le nom de la ville (ou de la personne) à laquelle il écrivait : "Éphésiens" veut dire la lettre de saint Paul à la communauté chrétienne de la ville d'Éphèse, par exemple.

    La lettre aux Romains, dont nous avons entendu
un extrait, est la plus longue de toutes. Elle est unique en ceci surtout qu'elle est la seule que Paul ait écrite à une communauté chrétienne qu'il n'avait pas fondée lui-même. La foi chrétienne était déjà enracinée à Rome avant qu'il n'arrive. Mais c'était son grand désir de s'y rendre, puisque c'était la capitale de l'Empire. Il a écrit sa lettre pour se présenter et pour faire connaître son enseignement à cette communauté respectée de tous. Pour cette raison, la lettre aux Romains est théologiquement la plus systématique de toutes. Les autres lettres traitent de problèmes spécifiques auxquelles les communautés devaient faire face. La lettre aux Romains est plutôt une présentation synthétique de la sagesse théologique de l'auteur.

    Le passage que nous venons d'entendre touche à l'un des thèmes favoris de Paul : la dynamique du combat spirituel. Mieux nous comprendrons les tenants et les aboutissants de ce combat, et mieux nous pourrons mener le combat que nous avons à mener en tant que chrétiens, et même, tout simplement, en tant qu'êtres humains tout court.

    Saint Paul avait commencé sa lettre par une discussion assez serrée au sujet de la nécessité du salut, et le rôle de la foi pour l'accueillir. Au chapitre 8, d'où le passage de ce jour est extrait, il envisage l'expérience de quelqu'un qui mène déjà cette vie de croyant. C'est par la foi que nous recevons la grâce de Dieu. Dieu nous envoie son Esprit qui fait de nous des enfants du Père, des créatures nouvelles dans le Christ, en un mot : des chrétiens. Ainsi nous expérimentons la puissance de la grâce, qui nous pousse à suivre le Christ et à mener une vie semblable à la sienne, pleine de courage, de sagesse, de bienveillance, de joie et d'abnégation.

 


"Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur."
 


    Comme le dit saint Paul, nous sommes "dans l'Esprit", "nous appartenons au Christ" parce que "nous avons l'Esprit du Christ", et son Esprit "demeure" en nous. La vie selon (ou dans) l'Esprit : voilà encore une expression coutumière de saint Paul qui résume la manière de vivre en chrétien.

    Dans l'ordre de la nature, nous reconnaissons les membres d'une même famille grâce à leurs traits communs, leur manière de parler et de faire, leurs habitudes. Exactement de la même manière, nous dit saint Paul, le monde devrait pourvoir reconnaître un chrétien en voyant la même humilité, la même force d'âme, le même amour, la même douceur (à ne pas confondre avec la mollesse) que celle du Christ. Voilà la puissance positive dans la vie chrétienne. Comme une jeune pousse plantée dans une bonne terre, notre identité chrétienne a été implantée dans nos coeurs par le baptême. Lentement mais sûrement la pousse se développe, s'épanouit et se transforme en un arbre majestueux. Exactement de la même manière la grâce s'affermit en nous pour que notre être puisse arriver à maturité. Cette maturité n'est rien d'autre que la sainteté. Un saint, c'est un chrétien arrivé à maturité.

    Et pourtant notre expérience nous montre tous les jours qu'il ne suffit pas d'être chrétien pour vivre le ciel sur la terre. Nous croyons au Christ, nous avons été baptisés et confirmés, nous sommes nourris par l'Eucharistie et guéris de nos blessures par le sacrement de la Réconciliation. Mais même avec tous ces secours spirituels, nous expérimentons tous les jours les pulsions de l'égoïsme, de la paresse, de l'envie, du découragement et de toutes les autres tentations qui proviennent du monde du péché et de la mort. L'Esprit est à l'oeuvre en nous, mais le péché aussi. La vie dans l'Esprit n'est que la puînée, la cadette de la vie selon la chair, et le péché ne cesse de réclamer son droit d'aînesse. Notre nature humaine déchue nous tire vers le bas et nous résistons à l'oeuvre de l'Esprit. Lorsque nous cédons à ces mouvements vers le bas, nous nous détournons de la vie dans l'Esprit et nous nous abandonnons à la vie selon la chair.

    Attention : le mot "chair" est l'un des termes employés par saint Paul et très souvent compris de travers. Quand saint Paul parle de la "chair" (charnel), il se réfère à cette tendance égoïste que nous portons tous en nous. Il ne dit pas que notre corps est mauvais, et que les plaisirs que le corps nous procure sont suspects. Comment le seraient-ils, puisque ils sont voulus par Dieu ? Ce que saint Paul veut dire, c'est que, à cause du péché originel, nous avons tous tendance à nous complaire exagérément et égoïstement dans ces plaisirs. C'est cela, vivre selon la chair. Le démon et les structures de péché dans lesquels nous baignons nous poussent constamment en ce sens.

    La chair et l'esprit ici ne signifient donc pas le corps opposé à l'âme. La chair désigne la créature (l'âme aussi bien que le corps !) laissée à elle-même, à ses propres forces, sans le secours de l'Esprit Saint.

    Pensons ici à ce que dit Jésus à Simon Pierre après sa profession de foi :

 


"Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux." (Mt 16, 17)
 


    ou encore :
 


"C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien." (Jn 6, 63)
 


    Mais avec saint Paul , à cette idée biblique traditionnelle va s'ajouter celle de la perversion de l'homme naturel, due à son péché. Le péché ne se confond évidemment pas avec sa condition de créature, et pas davantage avec sa corporéité. Mais il se manifeste dans une préférence malheureusement accordée au désir égoïste de la jouissance immédiate, plutôt qu'à l'obéissance à la Parole de Dieu, qui nous incite à une foi par laquelle nous aurions rejoint le Dieu invisible. Ainsi la "chair", devenant esclave de l'esprit du mal par le péché, va-t-elle, d'une part, apparaître comme non seulement étrangère mais carrément opposée à l'Esprit de Dieu ; et, d'autre part, sans du tout se confondre avec le corps, deviendra-t-elle caractérisée par le dérèglement de ses désirs naturels. C'est pour cela que saint Paul dira :
 


"Je traite durement mon corps, et je le réduis en esclavage." (1 Co 9, 27)
 


    C'est la vie dans l'Esprit, et non la vie charnelle, qui nous mène à une plus grande communion avec Dieu, et c'est cette communion que est la source du vrai bonheur, d'un bonheur durable. Ainsi, saint Paul nous encourage-t-il à vivre dans l'Esprit et non pas selon la chair :
 


"Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez."
 


    Par la chair - non seulement nos péchés, mais nos propres efforts pour le vaincre, même par l'ascèse la plus rigoureuse, comme dans le boudhisme - nous ne sommes capables de rien. Puisque c'est l'âme qui a péché, le corps n'étant que son instrument, c'est l'âme elle-même qui a le plus besoin d'être sauvée. Seul l'Esprit de Dieu pourra, en la délivrant de l'esclavage de ses désirs orgueilleux, restaurer avec elle le corps dans la gloire finale à laquelle Dieu destine l'homme tout entier.
 


"Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes ...
 


(Ce verset  a été sauté dans le découpage liturgique !)
 


"... Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous."
 


    Nous voyons poindre ici l'expérience personnelle de saint Paul sur le chemin de Damas, expérience fondamentale qui a bouleversé sa vie et qu'il n'a cessé d'approfondir. Il n'était coupable d'aucun "péché de la chair", selon le sens que nous donnons spontanément à cete expression, d'aucun écart à la loi. Il avait, pensait-il, parfaitement dompté son corps et ses désirs déréglés. Mais son esprit rempli d'orgueil l'empêchait d'accueillir la grâce du salut par la foi. Il voulait se sauver par les oeuvres.

    Un jour, j'ai reçu les confidences d'un jeune, très généreux, un modèle de vertu et de maîtrise de soi peu commune. Dans sa prière, il avait dit à Dieu que, contrairement à tous ses camarades, il voulait rester chaste, mais - et c'est ici que le bât blesse - qu'il ne voulait pas que Dieu vienne à son secours par la grâce pour l'aider à tenir son engagement. C'était sa manière à lui de prouver à Dieu qu'il l'aimait. Mais quel orgueil, caché sous cette apparente générosité !

    - Eh bien, me dit-il, je suis tombé dans le panneau. Je suis tombé dans les bras d'une fille.

    J'ai pensé alors à la parole de Jésus :

 


"En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire" (Jn 15, 5).
 


    Vivre selon la chair, c'est vouloir se sauver soi-même ; c'est dire à Jésus : - Moi, je n'ai pas besoin de toi, car je suis quelqu'un de bien, pas comme les autres. Je suis gentil, je rends service, je suis honnête, je ne fais rien de mal. Alors, je n'ai pas besoin de prier, d'aller à la messe, de me confesser. Je n'ai pas besoin de l'Église. Je n'ai pas besoin de Jésus.

    Dans l'évangile nous voyons Jésus exulter de joie sous l'action de l'Esprit Saint :

 


"Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits."
 


    Avant sa rencontre avec Jésus Saul de Tarse était ce sage, ce savant, très doué, généreux à l'extrême, mais étranger au mystère de la foi et à la vie dans l'Esprit. Ensuite il est devenu l'un de ces "tout-petits" à qui le Père à révélé ce mystère, et par qui le Père le révèle aujourd'hui à nous.

"Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler."

    Saint Pierre, de même était l'un de ces petits :

 


"Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle." (Mt 16, 17-18)
 


    Comme c'est fatiguant de vouloir se battre en ne comptant que sur soi-même, dans une sorte de course à l'auto-glorification ! Comme c'est reposant de savoir que le démon n'aura pas le dernier mot ...
 


"Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos."
 


    Voilà le combat spirituel. Voilà le terrain sur lequel se déroule quotidiennement le drame de notre salut, dans chacune de nos vies, alors que l'Esprit et la chair se disputent notre adhésion. Aujourd'hui, alors qu'une fois encore, Jésus nous affermit dans la vie selon l'Esprit en nous nourrissant par sa Parole et par son Eucharistie, renouvelons notre foi et notre confiance en lui, et demandons-lui humblement et avec confiance de nous aider à combattre pour son Royaume en menant cette semaine, et chaque semaine qui nous reste à vivre, avec courage la vie dans l'Esprit.

Le combat spirituel - la chair et l'Esprit - Homélie 14° dimanche du Temps Ordinaire A

Lectures 14° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre de Zacharie (Za 9, 9-10)

9
09  Exulte de toutes tes forces, fille de Sion !
Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !
Voici ton roi qui vient vers toi :
il est juste et victorieux,
humble et monté sur un âne,
un âne tout jeune.
10  Ce roi fera disparaître d'Éphraïm les chars de guerre,
et de Jérusalem les chevaux de combat ;
il brisera l'arc de guerre,
et il proclamera la paix aux nations.
Sa domination s'étendra d'une mer à l'autre,
et de l'Euphrate à l'autre bout du pays.
 



Psaume (Ps 144, 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14)

R/ Béni sois-tu à jamais, Seigneur, Dieu de l'univers !
01  Je t'exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
02  Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

08  Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d'amour ;
09  la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses oeuvres.

10  Que tes oeuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
11  Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits,

13c  Le Seigneur est vrai en tout ce qu'il dit,
13d  fidèle en tout ce qu'il fait.
14  Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.



Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 9.11-13)

8
09i  Frères, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous.Celui qui n’a pas l’Esprit de Christ ne lui appartient pas.
11  Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
12  Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair.
13  Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 25-30)

11
25  En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits.
26  Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
27  Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
28  «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
29  Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos.
30  Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »


 
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Lectures 14° dimanche du Temps Ordinaire A

Jésus et le Père, le disciple et les gens de sa propre maison - Homélie 13ème dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2017
Jésus et le Père, le disciple et les gens de sa propre maison - Homélie 13ème dimanche du Temps Ordinaire A

Le passage de l'évangile de ce dimanche fait suite à celui de dimanche passé dans le "discours de mission" que Jésus tient aux disciples qu'il vient de se lier personnellement à lui en les appelant comme apôtres.

La clé de ce discours se trouve dans les deux versets centraux du chapitre 10 :

  • 24 Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur.
  • 25 Il suffit que le disciple soit comme son maître, et le serviteur, comme son seigneur. Si les gens ont traité de Béelzéboul le maître de maison, ce sera bien pire pour ceux de sa maison.

Ils mettent l'accent sur l'attachement qui doit lier le disciple à son Maître dans une conformité de plus en plus radicale et totale.

C'est cette conformité à Jésus qui prémunit le disciple contre la crainte venant des hommes et qui lui donne assurance auprès du Père :

  • 26 Ne craignez donc pas ces gens-là ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu.

    27 Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.

    28 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps.

    29 Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille.

    30 Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.

    31 Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.

    32 Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.

    33 Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

Cette conformité met le disciple dans la vérité, face à Jésus. Et parce que cette vérité règle tous les comportements du disciple, elle porte le fer au cœur des relations les plus nécessaires à l'homme, dans la mesure où celles-ci ne sont pas encoure sous l'emprise de cette vérité totale :

  • 36 on aura pour ennemis les gens de sa propre maison.

Ainsi donc, par les exigences qu'il propose et qui expriment en termes humains l'amour gratuit et absolu du Père, Jésus devient signe de contradiction pour le monde, c'est-à-dire appel à opter librement pour ou contre la Vérité apparue en sa personne. 

Le disciple se heurtera à la persécution et au rejet, à la suite de son Maître. Mais ce n'est pas une raison de craindre, car l'identification entre le Seigneur et son serviteur est telle que l'Esprit du Père est promis pareillement au disciple pour qu'il rende son témoignage avec courage et vérité :

20 Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous.

Ce témoignage, Jésus lui-même le reprend à son compte, car il réfère à "son Père qui est dans les cieux" l'attitude et l'option prises par chacun devant les hommes :

32 Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.

33 Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

C'est donc la confiance filiale qui prémunit l'apôtre contre la crainte; elle est le fruit de la sollicitude gratuite de celui qui est "notre Père", parce qu'il est d'abord celui de Jésus.

Lectures 13ème dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

PREMIÈRE LECTURE

« Celui qui s’arrête chez nous est un saint homme de Dieu » (2 R 4, 8-11.14-16a)

Lecture du deuxième livre des Rois

Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ;
une femme riche de ce pays
insista pour qu’il vienne manger chez elle.
Depuis, chaque fois qu’il passait par là,
il allait manger chez elle.
    Elle dit à son mari :
« Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous
est un saint homme de Dieu.
    Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ;
nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe,
et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. »


    Le jour où il revint,
il se retira dans cette chambre pour y coucher.
    Puis il dit à son serviteur :
« Que peut-on faire pour cette femme ? »
Le serviteur répondit :
« Hélas, elle n’a pas de fils,
et son mari est âgé. »
    Élisée lui dit :
« Appelle-la. »
Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte.
    Élisée lui dit :
« À cette même époque,
au temps fixé pour la naissance,
tu tiendras un fils dans tes bras. »


    – Parole du Seigneur.

PSAUME

(Ps 88 (89), 2-3, 16-17, 18-19)

R/ Ton amour, Seigneur,
sans fin je le chante !
 (Ps 88, 2a)

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.

 

Heureux le peuple qui connaît l’ovation !
Seigneur, il marche à la lumière de ta face ;
tout le jour, à ton nom il danse de joie,
fier de ton juste pouvoir.

 

Tu es sa force éclatante ;
ta grâce accroît notre vigueur.
Oui, notre roi est au Seigneur ;
notre bouclier, au Dieu saint d’Israël.

DEUXIÈME LECTURE

Unis, par le baptême, à la mort et à la résurrection du Christ (Rm 6, 3-4.8-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
    ne le savez-vous pas ?
Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus,
c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême.
    Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort,
nous avons été mis au tombeau avec lui,
c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi,
comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père,
est ressuscité d’entre les morts.


    Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ,
nous croyons que nous vivrons aussi avec lui.
    Nous le savons en effet :
ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ;
la mort n’a plus de pouvoir sur lui.
    Car lui qui est mort,
c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ;
lui qui est vivant,
c'est pour Dieu qu'il est vivant.
    De même, vous aussi,
pensez que vous êtes morts au péché,
mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

 

   – Parole du Seigneur.

ÉVANGILE

« Celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de moi. Qui vous accueille m’accueille » (Mt 10, 37-42)

Alléluia. Alléluia. 
Descendance choisie, sacerdoce royal, nation sainte,
annoncez les merveilles de Celui qui vous a appelés
des ténèbres à son admirable lumière.
Alléluia. (cf.
1 P 2, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
Jésus disait à ses Apôtres :
    « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi
n’est pas digne de moi ;
celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi
n’est pas digne de moi ;
    celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas
n’est pas digne de moi.
    Qui a trouvé sa vie
la perdra ;
qui a perdu sa vie à cause de moi
la gardera.
    Qui vous accueille
m’accueille ;
et qui m’accueille
accueille Celui qui m’a envoyé.
    Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète
recevra une récompense de prophète ;
qui accueille un homme juste en sa qualité de juste
recevra une récompense de juste.
    Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche,
à l’un de ces petits en sa qualité de disciple,
amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »


    – Acclamons la Parole de Dieu.

 

Lectures 13ème dimanche du Temps Ordinaire A

Journal d'un curé de campagne. Jésus n'a jamais dit : "Vous êtes le miel de la terre".

dominicanus
Journal d'un curé de campagne. Jésus n'a jamais dit : "Vous êtes le miel de la terre".

La solennité des saints Pierre et Paul, le 29 juin, est traditionnellement la date à laquelle beaucoup de prêtres sont ordonnés. Un confrère me signale à cette occasion un texte de Bernanos, tiré de son 'Journal d'un Curé de Campagne', que je vous transmets bien volontiers ... Attention ! Ça décoiffe ...

« – Je me demande ce que vous avez dans les veines aujourd’hui, vous autres jeunes prêtres ! De mon temps, on formait des hommes d’église – ne froncez pas les sourcils, vous me donnez envie de vous calotter – oui, des hommes d’Église, prenez le mot comme vous voudrez, des chefs de paroisse, des maîtres, quoi, des hommes de gouvernement. Ça vous tenait un pays, ces gens-là, rien qu’en haussant le menton. Oh ! je sais ce que vous allez me dire : ils mangeaient bien, buvaient de même, et ne crachaient pas sur les cartes. D’accord ! Quand on prend convenablement son travail, on le fait vite et bien, il vous reste des loisirs et c’est tant mieux pour tout le monde. Maintenant les séminaires nous envoient des enfants de chœur, des petits va-nu-pieds qui s’imaginent travailler plus que personne parce qu’ils ne viennent à bout de rien. Ça pleurniche au lieu de commander. Ça lit des tas de livres et ça n’a jamais été fichu de comprendre – de comprendre, vous m’entendez ! – la parabole de l’Époux et de l’Épouse. Qu’est-ce que c’est qu’une épouse, mon garçon, une vraie femme, telle qu’un homme peut souhaiter d’en trouver une s’il est assez bête pour ne pas suivre le conseil de saint Paul ? Ne répondez pas, vous diriez des bêtises ! Hé bien, c’est une gaillarde dure à la besogne, mais qui fait la part des choses, et sait que tout sera toujours à recommencer jusqu’au bout. La Sainte Église aura beau se donner du mal, elle ne changera pas ce pauvre monde en reposoir de la Fête-Dieu. J’avais jadis – je vous parle de mon ancienne paroisse – une sacristaine épatante, une bonne sœur de Bruges sécularisée en 1908, un brave cœur. Les huit premiers jours, astique que j’astique, la maison du bon Dieu s’était mise à reluire comme un parloir de couvent, je ne la reconnaissais plus, parole d’honneur ! Nous étions à l’époque de la moisson, faut dire, il ne venait pas un chat, et la satanée petite vieille exigeait que je retirasse mes chaussures – moi qui ai horreur des pantoufles ! Je crois même qu’elle les avait payées de sa poche. Chaque matin, bien entendu, elle trouvait une nouvelle couche de poussière sur les bancs, un ou deux champignons tout neufs sur le tapis de chœur, et des toiles d’araignées – ah, mon petit ! des toiles d’araignées de quoi faire un trousseau de mariée. « Je me disais : Astique toujours, ma fille, tu verras dimanche. Et le dimanche est venu. Oh ! un dimanche comme les autres, pas de fête carillonnée, la clientèle ordinaire, quoi. Misère ! Enfin, à minuit, elle cirait et frottait encore, à la chandelle. Et quelques semaines plus tard, pour la Toussaint, une mission à tout casser, prêchée par deux Pères rédemptoristes, deux gaillards. La malheureuse passait ses nuits à quatre pattes entre son seau et sa vassingue – arrose que j’arrose – tellement que la mousse commençait de grimper le long des colonnes, l’herbe poussait dans les joints des dalles. Pas moyen de la raisonner, la bonne sœur ! Si je l’avais écoutée, j’aurais fichu tout mon monde à la porte pour que le bon Dieu ait les pieds au sec, voyez-vous ça ? Je lui disais : « Vous me ruinerez en potions » – car elle toussait, pauvre vieille ! Elle a fini par se mettre au lit avec une crise de rhumatisme articulaire, le cœur a flanché et, plouf ! voilà ma bonne sœur devant saint Pierre. En un sens, c’est une martyre, on ne peut pas soutenir le contraire. Son tort, ça n’a pas été de combattre la saleté, bien sûr, mais d’avoir voulu l’anéantir, comme si c’était possible. Une paroisse, c’est sale, forcément. Une chrétienté, c’est encore plus sale. Attendez le grand jour du Jugement, vous verrez ce que les anges auront à retirer des plus saints monastères, par pelletées – quelle vidange ! Alors, mon petit, ça prouve que l’Église doit être une solide ménagère, solide et raisonnable. Ma bonne sœur n’était pas une vraie femme de ménage : une vraie femme de ménage sait qu’une maison n’est pas un reliquaire. Tout ça, ce sont des idées de poète. » Je l’attendais là. Tandis qu’il rebourrait sa pipe, j’ai maladroitement essayé de lui faire comprendre que l’exemple n’était peut-être pas très bien choisi, que cette religieuse morte à la peine n’avait rien de commun avec les « enfants de chœur », les « va-nu-pieds » qui « pleurnichent au lieu de commander ». – Détrompe-toi, m’a-t-il dit sans douceur. L’illusion est la même. Seulement les va-nu-pieds n’ont pas la persévérance de ma bonne sœur, voilà tout. Au premier essai, sous prétexte que l’expérience du ministère dément leur petite jugeote, ils lâchent tout. Ce sont des museaux à confitures. Pas plus qu’un homme, une chrétienté ne se nourrit de confitures. Le bon Dieu n’a pas écrit que nous étions le miel de la terre, mon garçon, mais le sel. Or, notre pauvre monde ressemble au vieux père Job sur son fumier, plein de plaies et d’ulcères. Du sel sur une peau à vif, ça brûle. Mais ça empêche aussi de pourrir. Avec l’idée d’exterminer le diable, votre autre marotte est d’être aimés, aimés pour vous-mêmes, s’entend. Un vrai prêtre n’est jamais aimé, retiens ça. Et veux-tu que je te dise ? L’Église s’en moque que vous soyez aimés, mon garçon. Soyez d’abord respectés, obéis. L’Église a besoin d’ordre. Faites de l’ordre à longueur du jour. Faites de l’ordre en pensant que le désordre va l’emporter encore le lendemain parce qu’il est justement dans l’ordre, hélas ! que la nuit fiche en l’air votre travail de la veille – la nuit appartient au diable. »

Lectures Solennité saint Pierre et saint Paul

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre des Actes des Apôtres (Ac 12, 1-11)

12
01  A cette époque, le roi Hérode Agrippa se mit à maltraiter certains membres de l'Église.
02  Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter.
03  Voyant que cette mesure était bien vue des Juifs, il décida une nouvelle arrestation, celle de Pierre. On était dans la semaine de la Pâque.
04  Il le fit saisir, emprisonner, et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats ; il avait l'intention de le faire comparaître en présence du peuple après la fête.
05  Tandis que Pierre était ainsi détenu, l'Église priait pour lui devant Dieu avec insistance.
06  Hérode allait le faire comparaître ; la nuit précédente, Pierre dormait entre deux soldats, il était attaché avec deux chaînes et, devant sa porte, des sentinelles montaient la garde.
07  Tout à coup surgit l'ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. L'ange secoua Pierre, le réveilla et lui dit : « Lève-toi vite. » Les chaînes tombèrent de ses mains.
08  Alors l'ange lui dit : « Mets ta ceinture et tes sandales. » Pierre obéit, et l'ange ajouta : « Mets ton manteau et suis-moi. »
09  Il sortit derrière lui, mais, ce qui lui arrivait grâce à l'ange, il ne se rendait pas compte que c'était vrai, il s'imaginait que c'était une vision.
10  Passant devant un premier poste de garde, puis devant un second, ils arrivèrent à la porte en fer donnant sur la ville. Elle s'ouvrit toute seule devant eux. Une fois dehors, ils marchèrent dans une rue, puis, brusquement, l'ange le quitta.
11  Alors Pierre revint à lui, et il dit : « Maintenant je me rends compte que c'est vrai : le Seigneur a envoyé son ange, et il m'a arraché aux mains d'Hérode et au sort que me souhaitait le peuple juif. »




Psaume (Ps 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9)

R/ De toutes leurs épreuves, Dieu délivre ses amis.
02  Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
03  Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m'entendent et soient en fête !

04  Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
05  Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

06  Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
07  Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

08  L'ange du Seigneur campe à l'entour
pour libérer ceux qui le craignent.
09  Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !



Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée (2Tm 4, 6-8.16-18)

4
06i  Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu.
07  Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle.
08  Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire.
16  La première fois que j'ai présenté ma défense, personne ne m'a soutenu : tous m'ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur.
17  Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu'au bout l'Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. J'ai échappé à la gueule du lion ;
18  le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu'on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 16, 13-19)
12 TOC


16
13  Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? »
14  Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. »
15  Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
16  Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
17  Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
18  Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.
19  Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »



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Dieu et le courage - Homélie 12ème dimanche du T.O. A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

   
 
Le 11ème dimanche du T.O., c'était l'envoi en mission des Douze. Aujourd'hui, Jésus leur dit qui ils ne doivent pas craindre. Ce ne sont pas des paroles en l'air. Entre ces deux passages, Jésus avait dit :
 

"Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups (...) Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi (...) Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ..."
 

    Et c’est ici que commence l'évangile d’aujourd’hui. C'est alors que Jésus poursuit en disant : "Ne craignez pas les hommes ...".

    L'envoyé du Seigneur ne peut pas annoncer la Parole "à te
mps et à contretemps", selon l'expression de saint Paul, sans s'attirer l'inimitié du monde. Inévitablement il sera persécuté. Mais c'est cette même Parole qui lui donne la force de persévérer jusqu'au bout (cf. 1° lect).

    Pour nous, ces mots évoquent irrésistiblement la figure de Jean Paul II (1920-2005), le Pape dont tout l'héritage pourrait se résumer en ces mots du début de son pontificat : "N'ayez pas peur". Ils vont donner le ton de ses 25 ans de pontificat. Ils sont devenus célèbres. Rien qu'en français, on en a fait le titre d'un livre, d'un DVD et d'un spectacle.

    Ce qu'on a peut-être tendance à oublier, comme pour tous les mots célèbres, ce sont les circonstances dans lesquelles ils ont été prononcés. Le dimanche 22 octobre 1978, quelques jours après son élection sur le trône de Saint-Pierre, Karol Wojtila, devenu Jean Paul II, s'adresse à 250.000 fidèles réunis sur la place Saint-Pierre ainsi qu'aux délégations diplomatiques et aux télévisions du monde entier :

 

"Frères et soeurs, n'ayez pas peur d'accueillir le Christ et d'accepter son pouvoir ! N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N'ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu'il y a dans l'homme ! Et lui seul le sait !"
 

    Le message est adressé par le pape aux catholiques du monde entier et surtout à ses compatriotes de Pologne et à l'ensemble des Européens de l'Est qui vivaient encore sous le joug soviétique. Appelant chacun à ne plus avoir peur de qui que ce soit, y compris de soi-même, le jeune pape - il n'a alors que 58 ans ! - sonne le glas des régimes communistes européens.

    Plus tard, il opérera un retour sur l'Histoire en évoquant avec force et lucidité les totalitarismes païens du XXe siècle :

 

"On ne peut pas oublier que c'est la négation de Dieu et de ses commandements qui a créé au siècle passé la tyrannie des idoles, exprimée dans la glorification d'une race, d'une classe, d'un parti, de l'État ou de la nation. Si l'on supprime les droits de Dieu, les droits de l'homme ne sont plus respectés." (16 décembre 2002)
 

    Dans "Levez-vous ! Allons !", livre dans lequel le pape slave médite sur la vocation épiscopale, et plus précisément dans la sixième et dernière partie intitulée "Dieu et le courage", Jean Paul II rappelle la mémoire de "tant d’évêques intrépides". Pour comprendre les sources de son célèbre "N’ayez pas peur", relisons le passage où il honore la dette qu’il avait à l’égard de Mgr Wyszynski, quand il reprend à son compte ses paroles de feu :
 

"Pour un évêque le manque de force est le début de la défaite. Peut-il continuer à être apôtre ? Pour un apôtre en effet, le témoignage rendu à la vérité est essentiel. Et exige toujours la force."
 

    Et encore :
 

"La plus grande faiblesse de l’apôtre est la peur. C’est le manque de foi dans la puissance du Maître qui réveille la peur ; cette dernière oppresse le cœur et serre la gorge. L’apôtre cesse alors de professer. Reste-t-il apôtre ? Les disciples, qui abandonnèrent le maître, augmentèrent le courage des bourreaux. Celui qui se tait face aux ennemis d’une cause enhardit ces derniers. La peur de l’apôtre est le premier allié des ennemis de la cause. 'Par la peur contraindre à se taire', telle est la première besogne de la stratégie des impies. La terreur utilisée par toute dictature est calculée sur la peur des apôtres. Le silence ne possède son éloquence apostolique que lorsqu’il ne détourne pas son visage devant celui qui le frappe. C’est ce que fit le Christ en se taisant. Mais par ce signe, il démontra sa propre force. Le Christ ne s’est jamais laissé terroriser par les hommes. Sorti dans la foule, il dit avec courage : 'C’est moi.'"
 

    Le cardinal Dziwisz, dans "Une Vie avec Karol", revient également sur le "N’ayez pas peur" inaugural du pontificat, "appel inoubliable", "défi … sans précédent". Pour le fidèle Stanislaw, il y avait là contenu "tout son projet de vie, le projet de son cœur, de sa piété et, en même temps, le projet du service pastoral qu’il était, en digne successeur de Pierre, en train de bâtir pour l’Église universelle". La "devise de sa vie", devint par là même les "lignes directrices de son pontificat".
 

"Derrière ces paroles se cachait la volonté d’insuffler de la force et du courage, en particulier aux nations réduites en l’esclavage auxquelles il faisait découvrir la liberté."
 

    Les Soviétiques ont pu croire un temps, analysant à tort de manière politique cette élection de tous les dangers pour eux, qu’il serait certainement possible de neutraliser ce pape venu de l’Est. Mais c’était oublier, nous rappelle Mgr Dziwisz, que le "fameux N’ayez pas peur" ne venait pas d’une idéologie mais "de l’application de l’Évangile, de l’imitation du Christ".

    Toute la vérité de sa force s’explique par la force de la vérité elle-même.

 

"Riche de ces paroles, le nouveau pape commença à parcourir le monde et, sous mes yeux, à le transformer."
 

    La vocation universelle à laquelle Jean-Paul II a si bien répondu et en même temps appelé tout homme de bonne volonté, vocation mondialiste, pourrait-on presque dire, cette vocation si large faisait partie de sa mémoire, de son histoire, de l’héritage de sa foi et de sa culture qu’il avait emporté de sa patrie jusque sur la chaire de Pierre. De cette devise naîtra la grande intuition développée dans la toute première encyclique :
 

"Il faut constamment remonter au 'N’ayez pas peur', car il est source de l’inspiration de Jean-Paul II pour identifier l’idée maîtresse de Redemptor hominis : l’homme, puisqu’il a été racheté par le Christ, est la 'route' de l’Église, l’homme dans son intégrité d’âme et de corps, dans sa tension constante entre vérité et liberté. Oui, au moins à ce moment-là, au moins dans certains milieux, dans une situation ecclésiale encore marquée par certaines peurs du passé, il se peut que cette notion ait aussi surpris, déconcerté. Mais elle a fini par s’imposer comme le programme de toute l’Église, le programme du pontificat et aujourd’hui, encore, elle n’a rien perdu de son actualité. Elle fait partie de son magistère, de la mission de la communauté ecclésiale".
 

    Ce 'N’ayez pas peur' est en effet non pas enterré avec celui qui l'a prononcé, ni avec Jésus, ni avec Jean Paul II, mais poursuit sa course, telle une fusée une fois lancée sur orbite. Elle atteint le cœur de tous ceux qui veulent être fidèles à l’esprit de Jean-Paul II et, au-delà de lui, à son successeur. Car Benoît XVI a repris le témoin et a fait entendre de manière nouvelle une devise devenue un mot d'ordre pour toute l'Église, élargissant l’appel de Jean-Paul II, l’extirpant de son  interprétation historique immédiate et de son conditionnement communiste, même si des pays comme la Chine, la Corée du Nord ou Cuba, par exemple, restent encore tributaires de ce premier sens-là. Voici comment Benoît XVI concluait l’homélie de la messe inaugurale de son pontificat :
 

"En ce moment, je me souviens du 22 octobre 1978, quand le Pape Jean-Paul II commença son ministère ici, sur la Place Saint-Pierre. Les paroles qu’il prononça alors résonnent encore et continuellement à mes oreilles : 'N’ayez pas peur, au contraire, ouvrez tout grand les portes au Christ'. Le Pape parlait aux forts, aux puissants du monde, qui avaient peur que le Christ les dépossède d’une part de leur pouvoir, s’ils l’avaient laissé entrer et s’ils avaient concédé la liberté à la foi. Oui, il les aurait certainement dépossédés de quelque chose : de la domination de la corruption, du détournement du droit, de l’arbitraire. Mais il ne les aurait nullement dépossédés de ce qui appartient à la liberté de l’homme, à sa dignité, à l’édification d’une société juste. Le Pape parlait en outre à tous les hommes, surtout aux jeunes.

"En quelque sorte, n’avons-nous pas tous peur – si nous laissons entrer le Christ totalement en nous, si nous nous ouvrons totalement à lui – peur qu’il puisse nous déposséder d’une part de notre vie ? N’avons-nous pas peur de renoncer à quelque chose de grand, d’unique, qui rend la vie si belle ? Ne risquons-nous pas de nous trouver ensuite dans l’angoisse et privés de liberté ? Et encore une fois le Pape voulait dire: Non ! Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie. Dans cette amitié seulement se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seulement nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. Ainsi, aujourd’hui, je voudrais, avec une grande force et une grande conviction, à partir d’une longue expérience de vie personnelle, vous dire, à vous les jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie. Amen."

 

    Puis, aux jeunes de Cologne en 2005, le pape allemand a repris, une nouvelle fois et de manière nouvelle, les paroles de "son vénéré prédécesseur" :
 

"Mais vous, chers jeunes, n’ayez pas peur de proclamer l’Évangile de la Croix en toutes circonstances. N’ayez pas peur d’aller à contre-courant !"
 

    N'ayez pas peur ! Levez-vous ! Allons ! Avance au large et jetez les filets ! Tous ces impératifs divins se tiennent et s'appellent. Demandons au Seigneur de nous délivrer de toute crainte servile, non pas pour notre tranquillité personnelle, afin de nous installer, mais en vue de la mission dans un monde en pleine tempête.

Lectures 12ème dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre de Jérémie (Jr 20, 10-13)

20
10i  Moi, Jérémie, j’ai entendu les menaces de la foule : « Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, l’homme qui voit partout la terre ! » Mes amis eux-mêmes guettent mes faux pas et ils disent : « Peut-être se laissera-t-il séduire… Nous réussirons, et nous prendrons notre revanche ! »
11  Mais le Seigneur est avec moi, comme un guerrier redoutable :
mes persécuteurs s'écrouleront, impuissants.
Leur défaite les couvrira de honte,
d'une confusion éternelle, inoubliable.
12  Seigneur de l'univers, toi qui scrutes l'homme juste,
toi qui vois les reins et les coeurs,
montre-moi la revanche que tu prendras sur ces gens-là,
car c'est à toi que j'ai confié ma cause.
13  Chantez le Seigneur,
alléluia !
Il a délivré le pauvre
du pouvoir des méchants.
 


Psaume (Ps 68, 8, 10, 14, 30-31, 33-34)

R/ A vous qui cherchez Dieu : vie et bonheur !
08  C'est pour toi que j'endure l'insulte,
que la honte me couvre le visage :

10  L'amour de ta maison m'a perdu ;
on t'insulte, et l'insulte retombe sur moi.

14  Et moi, je te prie, Seigneur :
c'est l'heure de ta grâce ; *
dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi,
par ta vérité sauve-moi.

30  Et moi, humilié, meurtri,
que ton salut, Dieu, me redresse.
31  Et je louerai le nom de Dieu par un cantique,
je vais le magnifier, lui rendre grâce.

33  Les pauvres l'ont vu, ils sont en fête :
« Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! »
34  Car le Seigneur écoute les humbles,
il n'oublie pas les siens emprisonnés.



Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 5, 12-15)

5
12i  Frères, par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché.
13  Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde. Certes, on dit que le péché ne peut être sanctionné quand il n'y a pas de loi ;
14  mais pourtant, depuis Adam jusqu'à Moïse, la mort a régné, même sur ceux qui n'avaient pas péché par désobéissance à la manière d'Adam. Or, Adam préfigurait celui qui devait venir.
15  Mais le don gratuit de Dieu et la faute n'ont pas la même mesure. En effet, si la mort a frappé la multitude des hommes par la faute d'un seul, combien plus la grâce de Dieu a-t-elle comblé la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 26-33)

10
26i  Jésus disait aux douze Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu.
27  Ce que je vous dis dans l'ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l'oreille, proclamez-le sur les toits.
28  Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l'âme aussi bien que le corps.
29  Est-ce qu'on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille.
30  Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés.
31  Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde.
32  Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.
33  Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.



 
Lectures 12ème dimanche du Temps Ordinaire A

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