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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Cardinal Sarah : comment remettre Dieu au cœur de la liturgie

dominicanus
La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur.

La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur.

EXCLUSIF MAG - Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, appelle à une grande réflexion sur l’eucharistie. Et invite prêtres et fidèles à se tourner vers l’Orient, le Christ.

Il y a quelques semaines, vous avez émis le souhait de voir « remis au centre le sacrement des sacrements », c’est-à-dire l’eucharistie. Pour quelle raison ?

Je souhaite engager une grande réflexion sur cette question, afin de remettre l’eucharistie au centre de notre vie. Je constate que beaucoup de nos liturgies deviennent des spectacles. Souvent, le prêtre ne célèbre plus l’amour du Christ à travers son sacrifice, mais une rencontre entre amis, un repas convivial, un moment fraternel. En cherchant à inventer des liturgies créatives ou festives, nous courons le risque d’un culte trop humain, à la hauteur de nos désirs et des modes du moment. Peu à peu, les fidèles s’éloignent de ce qui nous donne la Vie. Pour les chrétiens, l’eucharistie, c’est une question de vie ou de mort !

Repères

Orientation « Ainsi, de célébration en célébration, annonçant le mystère pascal de Jésus “jusqu’à ce qu’Il vienne” (1 Co 11, 26), le peuple de Dieu en pèlerinage s’avance par la porte étroite de la Croix. »

Catéchisme de l’Église catholique, § 1344, en conclusion du chapitre «L’institution de l’eucharistie».

Comment remettre Dieu au centre ?

La liturgie est la porte de notre union à Dieu. Si les célébrations eucharistiques se transforment en autocélébrations humaines, le péril est immense, car Dieu disparaît. Il faut commencer par replacer Dieu au centre de la liturgie. Si l’homme en est le centre, l’Église devient une société purement humaine, une simple ONG, comme l’a dit le pape François. Si, à l’inverse, Dieu est au cœur de la liturgie, alors l’Église retrouvera sa vigueur et sa sève ! « Dans notre rapport avec la liturgie se joue le destin de la foi et de l’Église », écrivait de manière prophétique le cardinal Joseph Ratzinger.

Quel remède recommandez-vous ?

La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur. Le concile Vatican II insistait sur un point majeur : dans ce domaine, l’important n’est pas ce que nous faisons, mais ce que Dieu fait. Aucune œuvre humaine ne pourra jamais réaliser ce qui se trouve au cœur de la messe : le sacrifice de la croix.

La liturgie nous permet de sortir des murs de ce monde. Retrouver la sacralité et la beauté de la liturgie requiert donc un travail de formation pour les laïcs, les prêtres et les évêques. Il s’agit d’une conversion intérieure.

Pour remettre Dieu au centre de la liturgie, il faut aussi le silence : cette capacité de se taire pour écouter Dieu et sa parole. J’affirme que nous ne rencontrons Dieu que dans le silence et l’approfondissement de sa parole dans les profondeurs de notre cœur.

Comment faire concrètement ?

Se convertir, c’est se tourner vers Dieu. Je suis profondément convaincu que nos corps doivent participer à cette conversion. Le meilleur moyen est certainement de célébrer – prêtres et fidèles – tournés ensemble dans la même direction : vers le Seigneur qui vient. Il ne s’agit pas, comme on l’entend parfois, de célébrer le dos tourné aux fidèles ou face à eux. Le problème n’est pas là. Il s’agit de se tourner ensemble vers l’abside qui symbolise l’Orient où trône la croix du Seigneur ressuscité.

Par cette manière de célébrer, nous expérimenterons, jusque dans nos corps, la primauté de Dieu et de l’adoration. Nous comprendrons que la liturgie est d’abord notre participation au sacrifice parfait de la croix. J’en ai fait personnellement l’expérience ; en célébrant ainsi, l’assemblée, avec le prêtre à sa tête, est comme aspirée par le mystère de la croix au moment de l’élévation.

Mais cette manière de faire est-elle autorisée ?

Elle est légitime et conforme à la lettre et à l’esprit du Concile. En tant que préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, je tiens à rappeler que la célébration versus orientem est autorisée par les rubriques du Missel, qui précisent les moments où le célébrant doit se retourner vers le peuple. Il n’est donc pas besoin d’autorisation particulière pour célébrer face au Seigneur. Ainsi, dans une tribune publiée par L’Osservatore Romano, en juin 2015, j’ai proposé que les prêtres et les fidèles se tournent vers l’Orient au moins pendant le rite de la pénitence, pendant le chant du Gloria, les oraisons et la prière eucharistique.

Dans l’esprit de beaucoup, le changement d’orientation de l’autel est lié à Vatican II. Est-ce vrai ?

Plus de cinquante ans après la clôture de Vatican II, il devient urgent que nous lisions ses textes ! Le Concile n’a jamais demandé de célébrer face au peuple ! Cette question n’est pas même abordée par la constitution Sacrosanctum concilium… Bien plus, les Pères du Concile voulaient souligner la nécessité pour tous d’entrer en participation du mystère célébré. Dans les années qui ont suivi Vatican II, l’Église a cherché les moyens de mettre en œuvre cette intuition.

Ainsi, célébrer face au peuple est devenu une possibilité, mais pas une obligation. La liturgie de la Parole justifie le face-à-face du lecteur et des auditeurs, le dialogue et la pédagogie entre le prêtre et son peuple. Mais dès que nous arrivons au moment où l’on s’adresse à Dieu – à partir de l’offertoire –, il est essentiel que le prêtre et les fidèles se tournent ensemble vers l’Orient. Cela correspond tout à fait à ce qu’ont voulu les Pères conciliaires.

Je crois qu’il faut revenir au texte du Concile. Certaines adaptations à la culture locale n’ont probablement pas été assez mûries. Je pense à la traduction du Missel romain. Dans certains pays, des éléments importants ont été supprimés, notamment au moment de l’offertoire. En français, la traduction de l’Orate fratres a été tronquée. Le prêtre devrait dire : « Priez mes frères pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable à Dieu le Père tout-puissant. » Et les fidèles de répondre : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice pour la louange et la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute sa sainte Église. » À l’audience qu’il m’a accordée, le samedi 2 avril, le pape m’a confirmé que les nouvelles traductions du Missel romain doivent impérativement respecter le texte latin.

Que faites-vous de la participation des fidèles ?

La participation des fidèles est primordiale. Elle consiste avant tout à se laisser entraîner à la suite du Christ dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. « On ne va pas à la messe pour assister à une représentation. On y va pour participer au mystère de Dieu », a rappelé le pape François tout récemment. L’orientation de l’assemblée vers le Seigneur est un moyen simple et concret de favoriser une vraie participation de tous à la liturgie.

La participation des fidèles ne saurait donc être comprise comme la nécessité de faire « quelque chose ». Sur ce point, nous avons déformé l’enseignement du Concile. Au contraire, il s’agit de laisser le Christ nous prendre, et nous associer à son sacrifice. Seul un regard trempé dans une foi contemplative nous gardera de réduire la liturgie à un spectacle où chacun aurait un rôle à jouer. L’eucharistie nous fait entrer dans la prière de Jésus et dans son sacrifice, car Lui seul sait adorer en esprit et en vérité.

Quel sens l’Église donne-t-elle à cette question de l’orientation ?

D’abord, nous ne sommes pas les seuls à prier de manière orientée. Le Temple juif et les synagogues ont toujours été orientés. En retrouvant cette orientation, nous pourrons repartir vers nos origines. Je constate aussi que des non chrétiens, les musulmans en particulier, sont orientés pour prier.

Pour nous, la lumière, c’est Jésus Christ. Toute l’Église est orientée vers le Christ. Ad Dominum. Une Église refermée sur elle-même en un cercle clos aurait perdu sa raison d’être. Pour être elle-même, l’Église doit vivre face à Dieu. Notre point de référence, c’est le Seigneur ! Nous savons qu’Il a vécu avec nous et qu’Il est reparti vers le Père sur le mont des Oliviers, situé à l’est de Jérusalem. Et qu’Il reviendra de la même manière. Rester tournés vers le Seigneur, c’est L’attendre chaque jour. Il ne faudrait pas que Dieu se plaigne constamment : « Ils tournent vers moi leur dos au lieu de tourner vers moi leur visage ! » (Jr 2, 27). [...]

« Mourir dans l'eucharistie »

« À la messe, nous sommes d’abord présents pour Dieu. Si nous ne tournons pas notre regard de manière radicale vers Dieu, notre foi deviendra tiède, vagabonde et incertaine. Quand j’étais enfant de chœur, j’observais avec attention la délicatesse et la ferveur avec lesquelles les missionnaires célébraient leurs messes. Grâce à eux, j’ai compris que, quand le prêtre dit : “Il est grand le mystère de la foi”, il ne s’agit pas d’une formule !

Sans la foi, que peut signifier l’eucharistie ? Souvenez-vous que beaucoup de disciples ont quitté Jésus au moment où Il leur a dit : “Je vous donne mon corps à manger. ” Aujourd’hui encore, beaucoup Le lâchent…

Ils sont présents physiquement à la messe, mais leur foi est défaillante, affaiblie par le manque de ferveur de notre temps et le paganisme de nos sociétés. C‘est la foi qui introduit les hommes dans le mystère de Dieu qui aime jusqu’à la mort.

Et je meurs aussi dans chaque eucharistie, comme le dit saint Paul : « Je meurs chaque jour » (Rm 15). Si nous mourons dans l’eucharistie, nous savons que c’est pour avoir la vie nouvelle. La messe doit être précédée par une vie de prière intense à la maison.

La célébration de l’eucharistie sera dense si chaque chrétien cultive une profonde intériorité et une intense vie de prière quotidienne.  »

Le cardinal Robert Sarah

 

Aymeric Pourbaix

Famille Chrétienne

 

Si tu vois l'amour, tu vois la Trinité - Homélie pour la Solennité de la Trinité C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 

"J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter."

 

Ces paroles de Jésus que nous venons d'entendre, l'Église, en les choisissant pour la Solennité que nous célébrons aujourd'hui, une semaine après la Pentecôte, nous suggère de les comprendre comme étant relatives au mystère de la Très Sainte Trinité. Elles ont été prononcées il y a deux mille ans. Mais combien elles demeurent d'actualité pour les chrétiens charnels que nous sommes.

 

"Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître."

 

Où en sommes-nous dans notre vie chrétienne qui est trinitaire par essence ? Souvent, pour ne pas dire presque toujours, nous vivons encore comme les disciples de Jésus avant la Pentecôte. Souvent même, nous croyons être de bons chrétiens alors que nous sommes (peut-être ?) tout juste de bons Juifs de l'Ancien Testament, si ce n'est de bons païens !

 

C'est particulièrement clair au moment où nous célébrons les funérailles de quelqu'un que nous avons connu. De tous les compliments que nous lui faisons "post mortem" - comme de toutes les qualités que nous admirons tant ... en nous-mêmes -, Jésus a pu dire: "Même les pécheurs en font autant" (Lc 6, 33).

 

Si ce que nous faisons et vivons ne vaut pas mieux que ce que vivent et font les païens, c'est donc que notre foi n'est pas chrétienne mais païenne. Nous croyons que Dieu existe, disons-nous fièrement. Oui, mais le démon le croit aussi, rétorque S. Jacques: "Tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur" (Jc 2, 19).

 

Cette lenteur à croire, que Jésus avait encore reprochée aux disciples qui battaient la retraite le jour de Pâques, était pour eux beaucoup plus excusable que pour nous, qui avons la chance inouïe de pouvoir puiser dans le trésor de deux mille ans de christianisme. Mais nous n'y puisons pas, ou si peu. Notre vie de foi s'est arrêtée, comme je le disais dimanche dernier, à notre profession de foi et notre confirmation. C'était "le début de la fin". Depuis, nous nous sommes crus en règle, au point, diplômés.

 

Mais voila justement ce qui est admirable si l'on considère notre médiocrité du point de vue de Dieu, de l'action de l'Esprit Saint dont parle Jésus: "il vous guidera vers la vérité tout entière". On n'a pas vu que les disciples à qui Jésus faisait cette promesse, étaient devenus plus intelligents et plus vertueux, pour qu'ensuite l'Esprit Saint ait pu commencer son travail. Non ! Les disciples que Jésus s'était choisis au départ ne valaient pas mieux que nous. Je ne dis pas cela pour vous tranquilliser, pour vous endormir après vous avoir secoué. Je le dis pour vous inciter à adorer le mystère de la miséricorde, de la patience de Dieu qui nous a aimés le premier en nous donnant part à son Esprit, qui est appelé le Père des pauvres.

 

C'est vrai: les chrétiens du premier siècle et ceux des siècles suivants ne valaient pas mieux que nous. Mais nous, au XXIe siècle, nous pouvons pourtant constater l'action de l'Esprit Saint qui donne toute sa mesure dans notre faiblesse (cf. 2 Co 12, 9). Ce qui est vrai pour S. Paul est vrai pour chacun de nous, et vaut surtout pour l'Église dans son ensemble: notre misère à nous tous n'empêche pas l'Esprit Saint d'agir et de conduire l'Église à la vérité tout entière. Au contraire: notre misère est la raison d'être même de l'action de l'Esprit Saint, son terrain de prédilection, en quelque sorte.

 

Voici un fait qui m'a beaucoup amusé. Après avoir écrit "une grosse brique" sur la Trinité (La Trinité, mystère et lumière, plus de 600 pages), le Père Laurentin, à peine un an plus tard, et après cinquante ans de recherche, en écrit un deuxième (Traité sur la Trinité, moins de 400 pages). Pourquoi? Il s'en explique lui-même:

 

"Pourquoi un deuxième livre sur la Trinité, guère plus d'un an après le premier? La Trinité m'a donné, contre toute attente, la lumière universelle et simple que je cherchais depuis plus d'un demi-siècle, par mes travaux de fourmi: sectoriels et minutieux. Cette lumière, celle de l'Amour qui définit Dieu, révèle non seulement l'homme et la société créés à son image, la théologie et la spiritualité ainsi unifiées, mais aussi la philosophie et même les sciences. Car Dieu crée à son image un monde intrinsèquement un et multiple, et surtout l'homme, personne et société, fondé sur l'amour qui est l'enjeu de toute vie, d'ici-bas et au-delà. (Traité sur la Trinité)."

 

Depuis le De Trinitate de saint Augustin jusqu'au Dieu est Amour de Benoît XVI, ce sera la découverte difficile mais émerveillée de tant et tant de croyants grâce à l'action toujours neuve de l'Esprit Saint qui guide "vers la vérité tout entière".

 

"Ce qui va venir, il vous le fera connaître."

 

Adrienne von Speyr commente:

 

"Il ne le fera pas comme le Fils, qui a parlé sur terre comme un messager (...), mais il parlera immédiatement du lieu où il entend: du sein de la Trinité. Et lorsqu'il annoncera les choses à venir, il s'agira moins d'événements particuliers de l'avenir que du caractère futur de la vérité en général. Ce qu'il annonce, il l'annoncera de manière à le faire apparaître comme une chose qui est en train d'arriver et de se réaliser dans l'Esprit. Sa prophétie concernera le développement de l'Église, de la communauté et, en elle, l'épanouissement de l'individu particulier. Et cela ne se fera pas à l'aide de dates et de détails historiques, comme cela plaît tant à la curiosité humaine, mais de manière à rendre évidentes les exigences essentielles de la vie chrétienne. Il fera voir par exemple à ceux qui savent écouter ses prophéties ce qu'une communauté, un pays, un peuple peuvent devenir, s'ils s'ouvrent à la grâce de Dieu. Ou inversement: de quels châtiments sont menacés ceux qui se ferment à la grâce.

 

"Tout ce qui est dogme et règle dans l'Église entre également dans sa prophétie; dans l'Église, il ne sera pas d'abord l'amour visible, mais la structure solide, son objectivité à travers le temps, le cadre fermé à l'intérieur duquel la vie ecclésiale se développe. Bien que tout cela soit apparemment figé et actuel, nullement vivant et à venir, c'est justement là que l'Esprit prophétise. Car tout ce qui est vivant ne cesse d'y prendre sa source. Toute vérité nouvellement reconnue apparaît dans l'Église comme une déduction de ce qui était déjà connu. C'est l'Esprit qui fait pousser du tronc du dogme des branches et des fleurs toujours nouvelles. C'est lui qui fait comprendre aux fidèles les lois nécessaires à l'existence de l'Église à une époque pour qu'elle mène à Dieu les hommes de tout temps. Il donne l'interprétation toujours exacte de l'Évangile. En tout temps, il sert de médiateur entre la structure solide de la Tradition et les exigences variables de l'époque. C'est en cela que consistera sa prophétie. (...)

 

"Dans les discours et les actes du Seigneur, tout n'était qu'appel à l'amour. Seul l'Esprit nous dira clairement comment réaliser l'amour dans chaque cas particulier. Cela ne signifie pas un appauvrissement de l'amour, mais au contraire son enrichissement. Car dorénavant, il sera possible, à l'aide de lois claires, d'expliquer à d'autres quels sont les chemins qui mènent à l'amour et comment on peut y persévérer. C'est comme si le Seigneur avait fait cadeau aux siens d'un bout de terrain, avec l'ordre de le cultiver. Mais c'est l'Esprit qui défriche, qui trace les chemins, qui plante, taille, arrose, sème et récolte."

 

Voilà, je crois, ce que voulait dire saint Augustin quand il disait : "Si tu vois l'amour, tu vois la Trinité".

 

Si nous ne voyons pas l'amour dans l'Eucharistie, qui est "le sacrement de l'amour", comment pourrions-nous le voir ailleurs sans nous tromper lourdement ? Le monde se meurt en cherchant l'amour là où il n'est pas, et en le méprisant là où il se donne en vérité et dans toute sa plénitude. Demandons au Seigneur de pouvoir accueillir, célébrer et adorer le don qu'il nous fait de son amour dans l'Eucharistie, les autres sacrements et dans toute la vie de l'Église. Dimanche prochain soyons nombreux à mettre tout notre coeur à lui témoigner l'hommage de notre reconnaissance à l'occasion de la messe et ensuite de la procession du Très Saint Sacrement dans les rues de nos villes et de nos villages.

 

Ce qui va venir, il vous le fera connaître.

Ce qui va venir, il vous le fera connaître.

La Création raconte la Gloire de Dieu - Homélie Trinité Année C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Un des exemples préférés de Benoît XVI pour parler de l’existence de Dieu est l’analogie de l’électricité. Personne, ne dit-il, ne voit l’électricité, mais nous voyons ses effets, et c’est ainsi que nous savons que Dieu existe : l’ampoule s’allume, l’aspirateur se met en marche, le réveil sonne. De la même manière, personne ne voit Dieu directement, face à face, mais nous pouvons voir les œuvres de Dieu : l’Eglise, les saints, et, bien sûr, les beautés merveilleuses de la création qui nous entoure.

 

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Un ami me disait un jour avoir été émerveillé avec sa famille par les chutes de Foz Do Iguaçu (80 mètres de dénivellation, contre 56 pour les chutes du Niagara !), situées sur la triple frontière Brésil – Argentine – Paraguay, avec le barrage hydro-électrique, le plus puissant du monde (en attendant la fin de la construction du barrage des 3 gorges en Chine), qui peut fournir trois fois plus d'énergie que le barrage d'Assouan en Egypte. Il alimente en électricité tout le sud du Brésil et l’ensemble du Paraguay.

 

Le Psaume qui nous a aidés à prier après la 1e lecture exprime ce sens de l’émerveillement que nous avons tous pu expérimenter à un moment donné de notre vie en admirant tel ou tel paysage de notre petite planète, ou même de l’univers que l’on commence tout juste à explorer.

 

 

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Cela a pu être un magnifique coucher de soleil ou un lever de lune, ou une vue sur l’océan qui nous a coupé le souffle. C’est l’expérience que décrit le psalmiste :

 

« A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,

la lune et les étoiles que tu fixas,

qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui,

le fils d'un homme, que tu en prennes souci ? »

 

C’est le même sentiment qui est évoqué dans la 1e lecture du Livre des Proverbes. Dans ce célèbre passage du chapitre 8, la Sagesse de Dieu est personnifiée et se décrit elle-même comme préexistant à toutes les merveilles mystérieuses du monde visible : les montagnes et les collines, les océans et les cieux, même les fondations de la terre…

 

Avant que tout cela n’existe, la Sagesse de Dieu était déjà à l’œuvre. Ce que l’auteur de ce livre veut dire, c’est que toutes ces choses magnifiques et merveilleuses, pour impressionnantes qu’elles soient, ne sont qu’un pâle reflet de la beauté de Dieu qui les a faites. Le soleil n’est que l’ombre de Dieu !

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à contempler la nature intime de Dieu lui-même, la Très Sainte Trinité, et elle le fait en nous demandant de nous émerveiller devant les splendeurs de la création.

 

C’est une chose que dont les saints ont toujours eu une conscience aigüe. Nous avons tous entendu les récits autour de S. François d’Assise, qui trouvait en chaque aspect de la création un frère ou une sœur. Il lui arrivait même de se baisser pour écarter de la route un vers de terre pour ne pas qu’il se fasse écraser. Il se souvenait du passage de la Bible qui dit que Jésus sur la Croix était considéré comme un vers, non comme un homme.

 

Cette capacité de voir Dieu dans sa création relève de l’un des sept dons du Saint Esprit, le don de science. Puisque tous les saints sont particulièrement dociles au Saint Esprit, ils sont aussi très sensibles à l’éloquence silencieuse de la nature pour parler de Dieu.

 

 

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Un exemple parmi d’autres est S. Jean Gualbert (fin 10e – début 11e siècle), abbé fondateur de la congrégation de Vallombreuse que le pape Pie XII a déclaré saint patron des forestiers italiens en 1951 et des forestiers brésiliens en 1957. C’était un noble de la région de Florence, en Italie, soldat violent jusqu’au jour où  il découvre sa vocation de commencer un monastère pour restaurer la vie monastique de la région dans sa pureté originelle. En ce qui concerne l’emplacement de ce monastère, il y avait un avantage et un inconvénient. L’avantage était que c’était à l’écart des bruits de la ville en plein essor. L’inconvénient était que le terrain était inculte et désert, sans aucun attrait. Jean était d’avis que si le terrain était mieux entretenu, cela faciliterait la contemplation et la vie spirituelle. Alors il engage les moines à planter des arbres (pins et sapins) partout dans la propriété pour en faire un parc, une réserve naturelle, et ainsi favoriser la prière. On peut encore visiter les lieux aujourd’hui.

 

 

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Voilà le sens de la beauté de la création : Dieu nous l’a donnée pour nous attirer à lui davantage.

 

Dieu nous a fait ce merveilleux cadeau de la création. Comment pouvons-nous en faire un meilleur usage ? D’abord en évitant deux extrêmes.

 

Le premier extrême, c’est de traiter la nature sans aucun respect, et de ne penser qu’à l’exploiter sauvagement. L’Eglise nous rappelle fréquemment que Dieu a fait des hommes les gardiens de la création. Cela veut dire que nous aurions tort d’abuser des ressources de la nature sans nous soucier d’en sauvegarder les richesses. Ca, c’est le premier extrême.

 

Mais il y en a un autre que nous devons éviter avec autant de soin. C’est celui de traiter la nature avec trop de respect. Nous vivons dans un monde qui passe. Ce monde ne durera pas. Chaque personne humaine durera davantage que les océans et les montagnes. Nous sommes tous appelés à ressusciter à la fin de l’histoire. Ceux qui seront morts en amitié avec le Christ ressusciteront pour la vie ; ceux qui meurent en dehors de cette amitié avec le Christ ressusciteront pour la mort éternelle. Le monde qui passe est un don de Dieu pour nous. Nous ne devons pas avoir peur d’en user, d’en profiter, de le cultiver. Les êtres humains ne sont pas des parasites de la planète terre. Nous en sommes les gardiens, les jardiniers. Ne faisons pas de la nature une idole. Ce qu’il y a de plus précieux dans la création, c’est l’être humain !

 

A l’approche des grandes vacances, et alors que le Christ va venir en nous par la Sainte Communion, par le "fruit de la terre" et le "fruit de la vigne", remercions-le de nous entourer avec tant de beauté. Et demandons-lui de nous ouvrir les yeux pour voir la planète terre (et l’univers tout entier) pour ce qu’elle est : une révélation de sa sagesse et de sa bonté.

Lectures pour la Solennité de la Très Sainte Trinité C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : La Sagesse est avec Dieu dès le commencement (Pr 8, 22-31)

 

 

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Lecture du livre des Proverbes

Écoutez ce que déclare la Sagesse : "Le Seigneur m'a faite pour lui au commencement de son action, avant ses oeuvres les plus anciennes.
Avant les siècles j'ai été fondée, dès le commencement, avant l'apparition de la terre.
Quand les abîmes n'existaient pas encore, qu'il n'y avait pas encore les sources jaillissantes, je fus enfantée.
Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée.
Alors que Dieu n'avait fait ni la terre, ni les champs, ni l'argile primitive du monde,
lorsqu'il affermissait les cieux, j'étais là. Lorsqu'il traçait l'horizon à la surface de l'abîme,
chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l'abîme,
lorsqu'il imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n'en franchissent pas les rivages, lorsqu'il établissait les fondements de la terre,
j'étais à ses côtés comme un maître d'oeuvre. J'y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant,
jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes."
 
 

 

 

 

Psaume : Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9

R/ O Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par tout l’univers

A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas, 

qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui,
le fils d'un homme, que tu en prennes souci ?
 

Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu,
le couronnant de gloire et d'honneur ; 

tu l'établis sur les oeuvres de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds.


Les troupeaux de boeufs et de brebis,
et même les bêtes sauvages, 

les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

 

 

 

 

2ème lecture : Dans l’Esprit nous sommes en paix avec Dieu par le Christ (Rm 5, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,
qui nous a donné, par la foi, l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c'est d'espérer avoir part à la gloire de Dieu.
Mais ce n'est pas tout : la détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ;
la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l'espérance ;
et l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.
 
 

 

 

Evangile : L’Esprit nous conduira vers le mystère de Dieu (Jn 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

 

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l"heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « J"aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l"instant vous n"avez pas la force de les porter.
Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
 

 

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

 

 

Être disciple et missionnaire du Christ - Homélie Pentecôte - Profession de foi

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Etre disciple et missionnaire du Christ afin que les pays aient vie en lui

Etre disciple et missionnaire du Christ afin que les pays aient vie en lui

 
    Avec la confirmation et la première communion, en cette solennité de la Pentecôte, de nombreuses paroisses célèbrent ces jours-ci la profession de foi solennelle.

    Cette décision, réfléchie au cours de plusieurs années de catéchisme, et, tout particulièrement durant la semaine écoulée pendant un temps de retraite, ne peut que réjouir la communauté paroissiale que nous formons tous.

    Malheureusement, cette joie que j'évoquais à l'instant est sérieusement tempérée par le fait que la majorité des jeunes, sûrement influencés par leurs familles, vivent ces différentes étapes de la vie chrétienne uniquement comme des rites, comme des fêtes païennes avec une petice couche de venis chrétien, et considèrent la profession de foi et la confirmation comme "le début de la fin", ainsi que l'avait écrit naïvement un jeune confirmand à notre archevêque dans sa "lettre de motivation".

    Dans l'ordre actuel des évènements qui marquent la vie de nos jeunes de chez nous, la profession de foi se situe entre le baptême et la première communion qu'ils ont déjà célébrés, et la confirmation qu'ils sont appelés à recevoir dès l'année prochaine.

    Peut-être serait-il préférable de prévoir, dans un ordre normal, la profession de foi après la confirmation, car la confirmation, comme le baptême, et avant même l'eucharistie, fait partie des sacrements "de l'initiation", c'est-à-dire des sacrements "des débutants". L'élitisme qui tendrait à réserver la confirmation aux baptisés engagés dans un mouvement ou un service d'Église est certainement à éviter. Il est de la nature d'une initiation d'être proposée à tous les débutants. Mais la profession de foi, elle, qui n'est pas un sacrement, mais l'engagement personnel à vivre dans la fidélité la foi de son baptême dans l'Église catholique jusqu'à la fin de sa vie, pourrait être réservée aux jeunes réellement pratiquants et célébré à un âge plus avancé.

    Il n'est pas concevable, par exemple, qu'un jeune (et nous l'avons tous été...) qui a fait sa profession de foi, ne participe pas ensuite à la messe dominicale chaque semaine et ne s'engage pas à témoigner de sa foi par sa vie de chaque jour en se nourrissant de la Parole de Dieu comme d'un "pain quotidien". Faire sa profession de foi un dimanche, et le dimanche suivant manquer la messe parce qu'on est resté au lit, devant la télévision ou sur un terrain de sport, cela n'a aucun sens. C'est une contradiction.

Lors d'une audience générale Benoît XVI avait encouragé les évêques, "à poursuivre et à renforcer l'engagement de la nouvelle évangélisation, en les exhortant à développer de manière ramifiée et méthodique la diffusion de la Parole de Dieu, afin que la religiosité innée et diffuse des populations puisse être approfondie et devenir une foi mûre, une adhésion personnelle et communautaire au Dieu de Jésus Christ".

    Lors du concert offert pour ses quatre-vingts ans, il avait ajouté que pour tout croyant et pour toute communauté ecclésiale "la rencontre avec le Crucifié ressuscité est de la plus haute importance : sans cette expérience, sans cette amitié avec Jésus, la foi est superficielle et stérile".

    À Aparecida, le grand lieu de pèlerinage marial du Brésil, la Ve Conférence générale des Évêques de l'Amérique latine et des Antilles avait pour thème “Etre disciple et missionnaire du Christ afin que les pays aient vie en lui”. En approfondissant ce thème les évêques ont été amenés à voir le déroulement de la vie chrétienne en trois étapes: vocation, formation et mission, en deux dimensions: personnelle et communautaire, et en trois phases: attraction pour les choses divines, scandale de la croix et victoire de la vie.

    Le baptême est le temps de la vocation. C'est un appel à suivre le Christ. La formation correspond au cheminement, à la catéchèse. Cette catéchèse répond à un besoin permanent (une formation permanente) et ne se limite donc pas au catéchisme donné aux enfants. L'appel et la formation doivent nous mettre en état de mission, doivent nous permettre d'être des témoins de Jésus mort et réssuscité, à la fois de manière personnelle et communautaire. Tout cela exige une conversion, un amour et une passion pour le Règne de Dieu.

    La première phase de cette formation est “l’attraction pour les choses de Dieu, qui dans la vie de Jésus est constituée par la prédication en Galilée : dans ce moment de la vie publique du Christ, les apôtres se sentirent attirés par la capacité de Jésus de “faire des miracles et de séduire les multitudes par sa prédication. C’est l’évidence du pouvoir de Dieu qui enthousiasme ses disciples”.

    Le second moment dans la phase de l’apostolat est “le scandale de la croix, route qui conduit à Jérusalem”, étape “la plus dure et la plus douloureuse de la formation” qui signifie "l'épreuve de la foi, la Kénosis personnelle et communautaire”, et implique une réponse radicale.

    La troisième étape est la “victoire de la vie, Emmaüs et Pentecôte”, phase de maturité du disciple qui a compris “le scandale de voir le Messie crucifié”.

    Suivre ce processus conduit à faire en sorte que le “disciple mûr devienne apôtre et maître”, capable de “renoncer à lui-même, d’embrasser la croix de chaque jour et de se mettre entre les mains de Dieu pour accomplir la volonté du Père”.

    L’un des grands défis pour l'Église est alors “l’adaptation des structures ecclésiales, en particulier de la paroisse", afin que la paroisse soit non seulement "le centre d’attention pour les chrétiens qui s’y rendent habituellement", mais qu'elle devienne aussi "centre de mission qui cherche les catholiques éloignés ou distants” ainsi que tous ceux qui ne connaissent pas le Christ.

    Ce grand défi est devant nous. Ce n'est pas le moment ni de baisser les bras pour ceux et celles qui sont déjà sur le terrain, ni de déserter pour ceux et celles qui se contentent d'être des spectateurs passifs ou de purs consommateurs. C'est le moment d'unir toutes nos forces, avec l'aide et sous la conduite de l'Esprit Saint et de ceux qu'il a choisis pour être pasteurs du troupeau, pour être, chacun et chacune avec les dons qu'il ou elle a reçus, des témoins audacieux et fidèles de Jésus dans le monde d'aujourd'hui.

    À propos de Jeanne d'Arc le Père Guy Bedouelle, qui a été mon professeur d'Histoire de l'Église, écrivait:
 
Il n'y a sans doute pas dans l'histoire de l'Église de destin plus paradoxal et plus déconcertant que celui de la bergère de Domrémy. Comment cette jeune fille illettrée a-t-elle pu avoir un tel rôle politique, donnant, dans sa vie et dans sa mort, un exemple d'innocence et de vertu, célébrée de son vivant par Gerson, et par la postérité, tout particulièrement par Charles Péguy, en passant par Shakespeare, Voltaire, G.B. Shaw, Anouilh, par Dreyer et Bresson, et tant d'autres?
Dans la France occupée en majeure partie par les Anglais soutenus par les Bourguignons, dans la profonde confusion d'une guerre civile et le découragement du roi Charles VII et de son entourage, Jeanne d'Arc ravive les énergies et arrive à faire reconnaître la mission qui lui a été dictée par ses "voix": S. Michel, Ste Catherine et Ste Marguerite. En habit d'homme, sans porter les armes, accompagnée de son étendard qui porte de symbole de la Trinité et les mots "Jesus Maria", par sa seule présence, elle donne courage et assure la victoire.
(...) La similitude de sa passion avec celle du Christ, la simplicité avec laquelle elle a exercé les vertus théologales, son absolue confiance en Dieu, sa dévotion à l'Eucharistie, font de Ste Jeanne d'Arc une des figures les plus lumineuses et pures d'une histoire pleine d'ombres et d'horreurs.
 
(Dictionnaire d'Histoire de l'Église, Éd. C.L.D.)

    Puisse son exemple et sa prière être pour vous, les jeunes, et pour nos paroisses et nos communautés, une source d'inspiration et d'action. Nous en avons grand besoin. La Martinique en a grand besoin. La France en a grand besoin. Le monde entier en a grand besoin. Il n'y a pas de temps à perdre: "La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux".

Là où il y a un chrétien, il y a de l’espoir - Homélie pour la Pentecôte C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Lectures de la Vigile de Pentecôte

Lectures du jour

 

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Durant sept semaines nous avons vu la flamme du cierge pascal dans le sanctuaire chaque fois que l’eucharistie était célébrée. Cette vive flamme du cierge pascal nous a rappelé que le Christ est vivant, qu’il s’est levé d’entre les morts, tout comme le soleil, chaque matin, se lève pour mettre fin aux ténèbres de la nuit. La flamme de ce grand cierge blanc nous a rappelé la fidélité de Dieu à travers l’histoire. Ce cierge symbolise les deux colonnes – de fumée pendant le jour, et de feu pendant la nuit – qui ont guidé les Israélites dans leur sortie d’Egypte, et tout au long de leur traversée du désert jusqu’à la Terre Promise. Maintenant c’est le Christ, Seigneur ressuscité, qui est pour nous colonne de fumée et colonne de feu pour nous guider tout au long de notre libération de l’esclavage du péché, dans ce monde d’épreuves et de tentations, vers le Terre Promise du Ciel.


Demain, le cierge pascal ne sera plus là. Jusqu’à Pâques de l’année prochaine, il ne sera utilisé que pour les baptêmes et les funérailles. Cela signifie-t-il que le Christ ne sera plus avec nous ? Non ! La lampe du sanctuaire auprès du tabernacle nous rappelle que Jésus n’est pas parti en vacances. La  solennité de la Pentecôte, c’est le jour où la vie du Christ ressuscité est confiée à l’Eglise par le don du Saint Esprit, la troisième Personne de la Très Sainte Trinité, qui est descendu sous la forme de langues de feu sur le Apôtres, neuf jours après l’Ascension du Seigneur Jésus.


Cette nouvelle période dans la vie de l’Eglise correspond à un nouveau temps liturgique, le Temps Ordinaire. Le cierge pascal est retiré du sanctuaire, parce que nous-mêmes sommes devenus des lumières de Pâques, des vives flammes de sagesse, des colonnes de foi et d’amour pour répandre l’espérance du Christ dans le monde.


Là où il y a un chrétien, il y a de l’espoir, car Dieu lui-même est présent dans l’âme de ce chrétien. Cela signifie qu’un seul chrétien suffit pour commencer une révolution de la rédemption dans une famille, une communauté, ou même dans un tout un pays.


 

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Sainte Nina en est un exemple éloquent. Nina était une esclave chrétienne du 4e siècle en Géorgie, au sud de la Russie.  Elle était une servante modèle, très appliquée, et elle impressionnait tous ceux qui la fréquentaient par sa tempérance joyeuse, sa chasteté et sa piété. Quand on lui posait la question de sa foi, elle répondait tout simplement : "J’adore le Christ comme Dieu".


Un jour, une maman lui apporte un bébé malade, lui demandant que faire. Nina prend l’enfant dans ses bras, l’enveloppe de son manteau, et invoque le nom du Seigneur. Quand elle rend l’enfant à sa mère, il était parfaitement guéri.


La reine de Géorgie, qui souffrait d’une maladie mystérieuse et invalidante, entend parler du miracle, en envoie chercher Nina pour venir la guérir. Nina refuse. Alors, la reine, faisant un acte d’humilité et de foi, se rend auprès de la jeune vierge, et elle aussi est guérie. Elle en fait part au roi, qui, peu de temps après, est sauvé lui aussi après un accident de chasse. Le roi et la reine font alors publiquement part de leur décision de devenir chrétiens. Ils sont instruits par Nina, et ils envoient chercher un évêque et des prêtres à Constantinople et commencent la construction de la première église chrétienne en Géorgie.

Là où il y a un chrétien, il y a de l’espoir, parce que Dieu lui-même est présent. C’est là le sens de la Pentecôte.


Alors, comment pouvons-nous, nous aussi, devenir un cierge pascal pour le monde ? D’abord, nous devons garder la flamme allumée dans nos cœurs, en particulier par la prière quotidienne et une fréquentation fervente des sacrements. Mais la lumière, nous devons aussi la répandre. C’est pour cela qu’il y a la confirmation. Un auteur spirituel écrit que chaque chrétien doit apprendre à suivre son "saint mécontentement". Nous savons tous que beaucoup de choses vont de travers en ce monde. Mais nous ne sommes pas touchés par toutes les misères du monde avec la même intensité. Nous avons tous des domaines auxquels nous sommes particulièrement sensibles. Pour les uns, ce sont les sans abris ; pour d’autres ce sont les victimes de l’avortement, ou la question du "mariage pour tous", ou encore ceux qui manquent d’une solide formation chrétienne. Sans doute Dieu nous a-t-il donné une sensibilité particulière dans ce domaine pour que nous y fassions briller sa lumière.


Si, cette année, chacun de nous prenait l’engagement d’apporter la lumière du Christ dans une de ces parties ténébreuses du monde, pensez donc combien ce monde pourrait être plus lumineux dans douze mois.


Les chrétiens n’ont pas vocation à se plaindre sans arrêt. Les chrétiens sont appelés à être conquérants, comme le Christ. Nous sommes appelés à vaincre le mal et les ténèbres avec la puissance de vie de la Résurrection, avec le feu que le Saint Esprit vient allumer dans nos cœurs.


Prions aujourd’hui pour une nouvelle Pentecôte dans notre vie, notre paroisse, notre monde, et promettons de faire tout ce que nous pouvons, chacun sa part, pour que cette prière soit exaucée.

 

 

Lectures pour le jour de la Pentecôte Année C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : La venue de l'Esprit Saint sur les disciples (Ac 2, 1-11)

 

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Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble.
Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie.
Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d'eux.
Alors ils furent tous remplis de l'Esprit Saint : ils se mirent à parler en d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit.
Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d'eux les entendait parler sa propre langue.
Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ?
Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d'Asie,
de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici,
Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »
 
 

 

 

 

Psaume : Ps 103, 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34

R/ O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

 

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
La terre s'emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, il expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

 

 

 

 

 

2ème lecture : « L'Esprit fait de nous des fils » (Rm 8, 8-17)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, sous l'emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu.
Or, vous, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas.
Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes.
Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair.
Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez.
En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.
L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : « Abba ! »
C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.
 
 

 

 

 

Séquence

Viens, Esprit-Saint, en nos cœurs,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres.
Viens, dispensateur des dons.
Viens, lumière en nos cœurs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.

O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu'à l'intime
le cœur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n'est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

A tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient,
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu
donne le salut final
donne la joie éternelle.

 

 

 

Evangile : « L'Esprit Saint vous enseignera tout» (Jn 14, 15-16.23b-26)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Pénètre le cœur de tes fidèles ! Qu'ils soient brûlés au feu de ton amour ! Alléluia.

 

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l"heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m"aimez, vous resterez fidèles à mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l'Esprit de vérité.
Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui.
Celui qui ne m'aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé.
Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ;
mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
 
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

Lectures pour la Vigile de la Pentecôte Année C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : Babel : les hommes révoltés ne parlent plus le même langage (Gn 11, 1-9)

Lecture du livre de la Genèse

 

 

Toute la terre avait alors le même langage et les mêmes mots.
Au cours de leurs déplacements du côté de l'orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et ils s'y installèrent.
Ils se dirent l'un à l'autre : « Allons ! fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! » Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier.
Ils dirent : « Allons ! bâtissons une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Nous travaillerons à notre renommée, pour n'être pas dispersés sur toute la terre. »
Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties.
Et le Seigneur dit : « Ils sont un seul peuple, ils ont tous le même langage : s'ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu'ils décideront.
Eh bien ! descendons, embrouillons leur langage : qu'ils ne se comprennent plus les uns les autres. »
De là, le Seigneur les dispersa sur toute l'étendue de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville.
C'est pourquoi on l'appela Babel (Babylone), car c'est là que le Seigneur embrouilla le langage des habitants de toute la terre ; et c'est de là qu'il les dispersa sur toute l'étendue de la terre.
 
 
 

 

 

 

Psaume : Ps 103, 1-2a, 1a.24, 27-28, 29bc-30

R/ O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

 

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Revêtu de magnificence,

Tu as pour manteau la lumière !

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur !
Tout cela, ta sagesse l'a fait ; 
la terre s'emplit de tes biens.


Tous les vivants comptent sur toi
pour recevoir leur nourriture au temps voulu.
Tu donnes : eux, ils ramassent ;
tu ouvres la main : ils sont comblés.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.

Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

 

 

 

 

 

2ème lecture : L'Esprit vien au secours de notre faiblesse (Rm 8, 22-27)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore.
Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.
Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance ; voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment peut-on l'espérer encore ?
Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance.
Bien plus, l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables.
Et Dieu, qui voit le fond des coeurs, connaît les intentions de l'Esprit : il sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut.

 

 

 

 

 

Evangile : Jésus promet l'Esprit aux croyants (Jn 7, 37-39)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Pénètre le cœur de tes fidèles ! Qu'ils soient brûlés au feu de ton amour ! Alléluia.

 

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C'était le jour solennel où se terminait la fête des Tentes. Jésus, debout, s'écria : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l'Écriture : Des fleuves d'eau vive jailliront de son coeur. »
En disant cela, il parlait de l'Esprit Saint, l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Jésus. En effet, l'Esprit Saint n'avait pas encore été donné, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié par le Père.

 

 

 

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

La prière, interprète de l'espérance contre toute espérance - Homélie 7° dimanche de Pâques C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

 
 
 
   Durant les jours qui vont de l'Ascension à la Pentecôte, l'Église a vécu - et vit toujours - le mystère du Cénacle. Le mystère du Cénacle, c'est le mystère de la vie intérieure, de la vie cachée de l'Église. Quelqu'un a dit très justement: "La vie intérieure, c'est l'intérieur de la vie !" Ensuite il y aura les manifestations, les oeuvres, des plus ordinaires au plus éclatantes. Mais d'abord, à la racine de l'Église, "à intérieur", il y a l'expérience fondatrice de la prière, qui conserve toute sa valeur et qui demeure nécessaire pour la vitalité (et même la simple survie) des oeuvres. Les oeuvres qui ne s'enracinent pas dans la prière, même si elles peuvent susciter l'admiration humaine, telle le Temple de Jérusalem, ne tiennent pas. L'Église tient, parce qu'elle est fondée sur l'expérience permanente de la prière.

    Ce qui fonde cette expérience, c'est à la fois la puissance de la grâce de Dieu et la faiblesse humaine. "À la fois", cela veut dire qu'il y a une conjonction. Ce n'est pas la grâce de Dieu sans la faiblesse des hommes. Ce n'est pas non plus la faiblesse humaine sans la grâce de Dieu. Toute l'Église est là, dans ce tandem, mieux: dans ces "noces". S'il n'y avait pas la faiblesse humaine, les hommes n'auraient pas besoin de prier. S'il n'y avait pas la puissance de la grâce, cela ne servirait à rien de prier.

    Au Cénacle on retrouve ce binôme. Il y a la lâcheté, il y a l'infidélité, il y a le reniement de ceux que le Seigneur avait choisis et munis de tout ce qu'il fallait pour qu'ils puissent "tenir la route". Il les avait avertis, prévenus, enseignés. Il les avait nourris de son corps, abreuvés de son sang. Il les avait aussi exhortés à la prière. Mais ils n'avaient pas écouté. Ils n'avaient pas prié. Ils avaient dormi. Et ensuite ils se sont enfermés, barricadés. Sans doute avaient-ils récité des prières avant: des psaumes, les prières de tout juif pratiquant. Mais leur prière était comme une parenthèse, un emploi à temps partiel, une sorte de luxe quand on n'a plus rien d'autre à faire. Leur coeur n'était pas pétri de prière, enraciné dans la prière, parce que, naïvement, ils n'avaient pas encore vraiment éprouvé la nécessité absolue de prier. Ils se croyaient meilleurs que ce qu'ils étaient.

    Mais au Cénacle il y a aussi l'irruption de Jésus ressuscité. Le Seigneur a permis, il a supporté leur défaillance, il a pardonné. Et ils n'ont pas désespéré. Il n'ont pas été dégoûtés d'eux-mêmes. En voyant le Seigneur ressuscité, ils étaient remplis de joie, dit S. Jean. Et après l'Ascension, ils ont enfin prié comme ils n'avaient jamais prié auparavant. Or, comme l'écrit le Cardinal Schönborn, la prière est l'interprète de l'espérance, de l'espérance contre toute espérance.

    Or, qu'est-ce que l'espérance ? Réponse:
 
L'espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. (Compendium n. 387)

    Ne pas tenir compte de notre faiblesse humaine, c'est le danger de la présomption. Ne pas tenir compte de la puissance de la grâce, c'est le danger du désespoir. Or, de la présomption au désespoir il n'y a souvent qu'un pas. C'est le pas que Judas a fait. Mais il n'y pas que ce pas-là. Il y en a un autre: celui de Pierre - et des dix autres: celui du repentir plein d'espérance.

    Prier, ce n'est pas une déchéance humiliante. Ce n'est pas Dieu qui dirait du haut de sa supériorité: "Vous voyez bien, espèce de vauriens, d'incapables ! Vous voyez bien que vous n'arrivez à rien de bon. Alors à genoux ! Rampez par terre, et que j'entende vos supplications... Les disciples avaient vu Jésus. Ils l'avaient entendu prier lui-même, longuement, sereinement, dignement, dans ses joies et dans ses peines, tous les jours, et même la nuit. Un jour, en le voyant prier, ils avaient même demandé: "Apprends-nous à prier". Mais ils n'avaient rien compris.

    Avant sa conversion, sainte Édith Stein était entrée un jour dans la cathédrale de Francfort avec une amie. Elle aperçoit une femme qui, après avoir fait son marché, s'était agenouillée pour prier. Plus tard Sainte Édith dira que cette scène d'une simple femme, agenouillée dans une église en train de prier, a joué un rôle déterminant dans son cheminement vers la foi.

    Mais aujourd'hui se pose une question redoutable: est-ce que cette racine de la prière qui a été implantée dans notre coeur depuis notre baptême a encore une chance de percer le béton de notre monde, de notre vie remplie de bruit à tel point que, même dans la campagne du Vert-Pré je dois me battre contre la mauvaise habitude qu'ont les gens de laisser la radio ou la télévision allumée toute la journée, même quand je vais apporter la communion aux malades ? Quand j'arrive avec Jésus, on ne pense même pas à éteidre. La prière peut-elle encore s'épanouir quand on passe en moyenne quinze ans de sa vie devant le poste de la télévision, comme l'a fait remarquer Neil Postman dans un livre intitulé: "Se distraire à en mourir" ?

    Le Cardinal Schönborn fait remarquer que dans le Code de droit canonique, il y a un paragraphe qui met en garde même les religieux contre un usage excessif des médias, parce que cela met leur vocation en danger. (Curieux détail: ce paragraphe porte le numéro 666... ) Et, si j'ai bonne mémoire, c'est le Père Manaranche qui rapporte qu'étant invité à prêcher une retraite à une communauté religieuse féminine, il s'entend dire qu'il n'est pas question de faire une conférence à l'heure du feuilleton à la télévision !

    Mais n'est-ce pas là non plus une occasion pour ceux qui échappent encore à cette maladie mortelle d'espérer contre toute espérance, et de ne pas baisser les bras en voyant tant d'autres faire la sourde oreille aux appels de l'Esprit Saint ? Il n'est pas interdit de croire, il est vrai au prix de dégats considérables, que les hommes et les femmes, les parents d'aujourd'hui, remettent la prière, et donc le Seigneur, à la place d'honneur qui lui revient dans leur maison, pour que l'Esprit Saint puisse venir enfin au secours de leur faiblesse.

    Pour terminer, remarquons que la prière de Jésus dans l'évangile de ce jour a pour objet la demande de l'unité. Si l'union fait la force, la division est certainement un aspect significatif de notre faiblesse humaine. Alors que l'unité est le fruit de la grâce, la division est la conséquence de l'orgueil. À propos de l'espérance je citais la définition du Compendium. Voici ce qu'il y est dit à propos de l'unité. Pourquoi l'Église est-elle une (n. 161)?
 
L'Église est une, parce qu'elle a comme origine et comme modèle l'unité d'un seul Dieu, dans la Trinité des Personnes; comme fondateur et comme tête, Jésus Christ, qui rassemble tous les peuples dans l'unité d'un seul corps; comme âme, l'Esprit Saint, qui unit tous les fidèles dans la communion dans le Christ. Elle a une seule foi, une seule vie sacramentelle, une seule succession apostolique, une espérance commune et la même charité.

    Tout cela est le fruit de la grâce de l'Esprit Saint qui vient au secours de notre faiblesse, et sans qui nous ne sommes que misérable misère. L'Église, c'est le miracle permanent de la grâce de Dieu plus forte que notre faiblesse. Ce n'est que dans cette perspective que notre misère devient aimable au sens fort, et que, comme Saint Paul, nous pouvons mettre notre orgueil dans nos faiblesses. "Viens Esprit Saint, Père des pauvres !"
La prière de Jésus dans l'évangile de ce jour a pour objet la demande de l'unité.

La prière de Jésus dans l'évangile de ce jour a pour objet la demande de l'unité.

Etienne, prototype du chrétien - Homélie 7° dimanche de Pâques C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Au cours des ces sept semaines du temps pascal, l’Eglise nous a invité à contempler le Christ ressuscité. C’est ce que nous rappelle le cierge pascal, qui représente le Christ ressuscité. C’est aussi ce que rappelle la couleur blanche (ou dorée) des vêtements liturgiques, symbole de la gloire de la Résurrection, de la lumière que les ténèbres n’ont pu éteindre. Dans une semaine, après la Pentecôte, le cierge pascal sera rangé, et, sauf pour les solennités, nous retrouverons la couleur verte qui caractérise le Temps Ordinaire.


Au cours du Temps pascal, nous avons célébré la victoire du Christ. Durant le Temps ordinaire, nous célébrons les efforts de l’Eglise pour annoncer cette victoire. C’est donc à juste titre que, maintenant que s’approche la fin des célébrations pascales, l’Eglise nous rappelle saint Etienne, le premier martyr ("protomartyr") chrétien, qui a témoigné de la victoire du Christ par la parole, par l’exemple, et jusque dans la mort.

 

 

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Qui était saint Etienne, et pourquoi en est-il arrivé à être lapidé ? Les historiens nous apprennent qu’Etienne fut l’un des 72 disciples de Jésus. Les 12 Apôtres constituaient le cercle des plus proches disciples du Christ. Le cercle suivant était constitué par les 72. Ils ont suivi Jésus tout au long de sa vie publique et pris part aux premières activités missionnaires. Ainsi donc, saint Etienne a connu et suivi le Christ. Après la Pentecôte, alors que le nombre de chrétiens augmentait rapidement, le choix des Apôtres s’est porté naturellement sur pour faire partie des sept diacres à qui ils imposèrent les mains pour les assister dans leur ministère.


Mais Etienne était juif. Il brûlait d’un grand désir d’annoncer Jésus, le Messie, à ses frères de race. Et c’est ce qu’il a fait avec une éloquence inspirée, confirmée par des miracles. Malheureusement, beaucoup de Juifs n’étaient pas aussi zélés pour écouter sa prédication qu’Etienne pour la donner. Quand certains chef de la synagogue l’engagent dans un débat et qu’Etienne s’en sort très bien, ils ne l’ont pas digéré. Ils le font arrêter pour de fausses accusations et il est sommé de comparaître devant le Sanhédrin, la Cour Suprême de Jérusalem.


C’est là qu’Etienne fait un discours magistral qui résume toute l’histoire du salut, expliquant que Jésus est le Messie, et réfutant les objections des chefs de Jérusalem qui ne voulaient pas accepter le Christ.


Comment les membres du Sanhédrin réagissent-ils ? La Bible nous dit que leurs cœurs sont endurcis. Ils refusent de croire. Imaginez la douleur d’Etienne. Il a accompli des miracles au nom de Jésus, expliqué les Ecritures, réfuté tous leurs arguments et ouvert son cœur devant les dirigeants de son peuple, tout cela sans réussir à les convaincre. Ce disciple hors pair s’est heurté à un mur. Il ne serait pas étonnant si Etienne, à ce moment, a éprouvé une très grande tristesse, s’est senti découragé, jusqu’au désespoir. Il a pu penser que Dieu l’avait conduit devant le Sanhédrin justement pour convertir ces personnalités. Mais il avait failli. Il était un saint, mais humain aussi. Il a expérimenté la douleur du rejet, la frustration déconcertante de l’echec.


Voilà donc le contexte de la scène dont nous venons d’entendre le récit. Selon toutes les apparences, saint Etienne avait failli. Mais avait-il failli aux yeux du Christ ? Non! A ce moment crucial, où Etienne avait fait tout ce qui était en son pouvoir, et où les cœurs des Juifs étaient restés endurcis, Jésus vient à son secours.


Le Livre des Actes raconte qu’il


« regardait vers le ciel ; il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. »


Dans le Nouveau Testament, il y a plusieurs endroits où il est dit que Jésus est à la droite du Père, mais chaque fois, il est précisé qu’il est assis. Ceci est le seul passage où il est dit qu’il est debout. Il est debout pour venir au secours de son soldat, Etienne, qui souffre, dont le courage risque de flancher, qui ne sait plus quoi dire ni quoi faire sous le poids d’un échec apparent. Jésus renouvelle son courage et récompense sa fidélité.


Alors Etienne annonce ce qu’il voit, et les membres du Sanhédrin sont fous de rage. Ils se bouchent les oreilles, refusant d’entendre la vérité, exactement comme ils avaient fait avec Jésus. Ils courent vers Etienne et le saisissent, exactement comme avec Jésus. Ils le font mourir, comme ils ont fait mourir Jésus. Alors Etienne tombe à genoux, et perdant tout son sang, il achève son long plaidoyer en priant le Seigneur Jésus, attestant clairement par là sa divinité.


Et comme Jésus, mourant sur la croix, avait remis son esprit entre les mains du Père, ainsi Etienne recommande son âme entre les mains du Christ :


« Seigneur Jésus, reçois mon esprit. »


Puis, suivant toujours l’exemple de son Maître, lui aussi prie pour ses assassins :


« Seigneur, ne leur compte pas ce péché. »


Et c’est ainsi qu’il meurt.


Saint Etienne reproduit donc exactement la trame de la vie du Christ : tous les deux ont annoncé la Bonne Nouvelle, ont souffert à cause de cela, et aimé leurs ennemis. C’est aussi la trame de l’Eglise, qui, tout au long de l’histoire, annonce la Bonne Nouvelle, dans la souffrance et l’amour des pécheurs.

 

Chaque chrétien est l’Eglise en miniature, un autre Christ, et cette trame est aussi la voie de chaque chrétien vers la plénitude. Si nous passons notre vie en annonçant la Bonne Nouvelle du Christ par la parole et l’exemple, endurant toutes les souffrances dans la fidélité à la volonté de Dieu et l’enseignement de l’Eglise, souhaitant du bien à ceux qui nous veulent du mal, alors, tout comme Etienne, nous verrons le Christ en gloire. Nous aussi, nous recevrons la couronne de la victoire ("Etienne" veut dire "couronne" en grec), nous endormant dans le Seigneur, pour nous éveiller dans la maison du Père, pour le début d’une aventure sans fin.

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