Praedicatho homélies à temps et à contretemps d'un prêtre catholique
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

7 ans !

dominicanus

L’homélie peut être vraiment une intense et heureuse expérience de l’Esprit, une rencontre réconfortante avec la Parole, une source constante de renouveau et de croissance. (François, La Joie de l'Évangile 135)

 

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Cher lecteur internaute, cela fait aujourd'hui 7 ans que le blog Homélies à temps et à contretemps a commencé. Béni soit le nom du Seigneur. Et merci de votre soutien et de vos prières. 

J'espère que durant ces sept années, ce modeste canal de la grâce de Dieu vous aura permis de faire l'expérience de ce coeur brûlant dont témoignaient les deux disciples sur la route d'Emmaüs. 

Je rappelle que ce blog doit être aussi un lieu de dialogue. Un merci partidulier à ceux et celles qui ont pris la peine de me laisser un petit commentaire ou de poser une question. 

Je vous confie tous à la grâce de Dieu.

Père Walter Covens

 

 

 

7 ans !

Homélie Pâques A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    "Je crois en Jésus Christ, son Fils unique , notre Seigneur ..." Qu’est-ce que ça veut dire quand je dis : je crois en Jésus Christ ? La foi au Christ, qu’est-ce que c’est ?

    La définition de la foi est très importante et très difficile pour nous aujourd’hui. C’est important, car : "c’est de la conception que chacun se fait de la foi que dépendra ensuite toute sa vie religieuse (la prière) et même en grande partie sa vie morale", sa manière de se comporter dans la vie de tous les jours. C’est difficile "parce que le mot 'foi' recouvre des choses très différentes" dans notre langage (Paul VI). (Je laisse évidemment de côté l’usage qu’on fait du mot "foi" et du verbe "croire" en relation avec une réalité humaine : par exemple : je crois qu’il va faire beau, ou : je crois en l’avenir de la banane...)

    Pour beaucoup de gens, croire signifie seulement avoir un sentiment religieux, une croyance vague et générale en l’existence de Dieu. Dans le langage ordinaire, on dit souvent que quelqu’un a la foi quand il admet encore certaines formules religieuses très vagues, souvent d’ailleurs avec beaucoup de confusions. Par exemple, chaque année, vers le 8 décembre, je constate que beaucoup de gens confondent l’Immaculée Conception de la Vierge Marie avec la conception virginale de Jésus dans le sein de la Vierge Marie. Dans le premier cas, Marie est conçue sans péché dans le sein de sa maman ; dans le deuxième cas, Marie conçoit Jésus en demeurant vierge. Foi très vague et avec beaucoup de confusions, donc, parce qu’on en est resté au catéchisme de son enfance, déjà bien lointaine.

    En même temps, ces gens sont ceux qui disent souvent : "Je crois, mais je ne pratique pas." S’ils vont encore à l’église, c’est uniquement aux grandes fêtes, et pour les baptêmes, les mariages et les funérailles, et si le prêtre, à ces occasions-là n’a pas célébré l’eucharistie, ils sont quand même persuadés "qu’ils ont été à la mese". "Je crois, mais je ne pratique pas." Pour faire comprendre que ça ne tient pas debout, je raconte souvent l’histoire de ces deux amoureux qui sont assis l’un à côté de l’autre sur un divan ou sur un banc "public", en train de se dire des choses gentilles, comme le font les amoureux. Tout à coup Gertrude dit à Gaston : "Gaston, est-ce que tu m’aimes ?" Gaston répond : "Oui, Gertrude, je t’aime !" Gertrude dit : "Alors embrasse-moi !" Gaston répond : "Ah non, Gertrude, je t’aime, mais je ne pratique pas !" Pas besoin d’avoir un BAC + 6 pour comprendre que l’attitude de Gaston est ridicule. Eh bien, si vous avez compris cela, vous saurez un petit peu ce que pense Dieu de ces gens qui disent : "Je crois, mais je ne pratique pas".

    Donc : foi très vague et confuse avec une pratique religieuse très sporadique. Troisième caractéristique de ceux qui disent croire dans ce sens : c’est une foi qui est rangée dans un placard dès qu’il s’agit du concret de la vie. On fait ses prières dans sa chambre à coucher, avec une bougie allumée devant une image du Sacré-Coeur et de la Sainte Vierge, mais dans ses relations avec les autres dans le cadre de la famille, du travail, de la sexualité, des loisirs (par exemple Carnaval) on se comporte exactement comme tout le monde, comme si Dieu n’a rien à voir avec ça.

    C’est là malheureusement la foi de beaucoup de gens : une foi gardée par habitude, conventionnelle et peu pratiquée, sans cohésion avec le reste de la vie, donc. Elle n’est pas tout à fait morte, mais elle est loi d’être vivante. Je précise qu’en disant cela, je ne me permets pas de condamner qui que ce soit. Comme le dit Matthieu 12, 20 à propos de Jésus : "Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l'éteindra pas". Mais justement cela implique qu’il faut admettre que le roseau de la foi est bien froissé, et que la mèche est en train de s’éteindre.

    Alors croire qu’est-ce que c’est ?

    Le CEC (§ 26) nous dit : "La foi est la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui", et un peu plus loin (§ 143) : "Par la foi, l’homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l’homme donne son assentiment à Dieu Révélateur."

    Croire en Dieu, c’est lui répondre en se soumettant totalement à lui. Et cette réponse, cette soumission, comporte deux aspects principaux : l’intelligence et la volonté. Au § 150 nous lisons encore : "La foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu à révélée."

    C’est très important de voir ces deux aspects de la foi : un aspect subjectif ("adhésion personnelle") et un aspect objectif ("assentiment à toute la vérité que Dieu a révélée"). Le CEC enseigne que pour qu’il y ait vraiment foi il faut toujours les deux éléments "en même temps et inséparablement".

    Or, aujourd’hui on a tendance à considérer presque uniquement l’aspect subjectif de la foi. "Je crois en Dieu", veut dire alors : je lui fais totalement confiance. Je sais que rien n’est imposssible pour lui, et qu’il peut m’aider à me sortir de cette situation sans issue dans laquelle je me trouve, à surmonter cette épreuve très douloureuse que je traverse... Et on voit dans ce domaine des choses admirables, étonnantes, héroïques même. L’Histoire de l’Église abonde d’exemples. En cette année jubilaire de Lourdes, pensons à sainte Bernadette. Durant sa courte vie de trente-cinq ans entre son asthme à Lourdes et sa tuberculose osseuse à Nevers, en passant par toutes les contradictions et persécutions qu’elle a dû endurer suite aux apparations de la Vierge dans la grotte de Massabielle, quelle confiance impressionnante en celle qui lui avait dit de la part de Dieu "Je ne te promets pas de te rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre." Ca c’est l’aspect subjectif de la foi.

    Mais, à l’inverse d’un passé plus ou moins récent peut-être, et sans vouloir trop caricaturer, l’aspect objectif de la foi est souvent escamoté. Faisons une petite expérience. Je vais lire une citation et je vous invite à surveiller vos réactions intimes, la manière dont vous réagissez aux paroles de cette phrase. La voici : "Le Magistère de l’Église engage pleinement l’autorité reçue du Christ quand il définit les dogmes, c’est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire."

    Honnêtement, comment avez-vous réagi en entendant les mots : Magistère, Église, autorité, dogmes, obligeant... ? Si vous avez eu le poil hérissé, c’est que vous confirmez ce que je veux dire : vous êtes peut-être capable de faire preuve de foi dans le sens de faire confiance en Dieu, mais l’aspect objectif de la foi en tant que soumission totale de l’intelligence à des vérités qu’il faut croire vous échappe en grande partie. Entre parenthèses, la phrase que je viens de lire est tirée du CEC. C’est le § 88.

    Dans ce domaine aussi Dieu nous invite à faire preuve d’autant d’héroïsme s’il le faut. Et là aussi, dans les vies de saints les exemples abondent. Savez-vous que sainte Thérèse de Lisieux avait, à la fin de sa vie, des tentations très fortes contre la foi ? Elle se mordait les lèvres pour ne pas dire les paroles impies qui lui venaient comme malgré elle. Avec son sang elle a alors transcrit les paroles du "Je crois en Dieu" sur un bout de papier qu’elle a fixé à la fin de son évangile, en y ajoutant : "Mon Dieu, avec le secours de votre grâce je suis prête à verser tout mon sang pour affirmer ma foi."

    Des générations de chrétiens ont prié avec l’acte de foi qu’on leur a enseigné dans leur enfance, mais que les enfants ne connaissent plus aujourd’hui : "Mon Dieu, je crois fermement tout de que tu as révélé et que la sainte Église nous propose de croire parce que tu es la vérité même et que tu ne peux ni te tromper ni nous tromper. Dans cette foi je veux vivre et mourir."

    Durant ce Carême, comme chaque année, des centaines de jeunes et d’adultes se sont préparés au baptême. C’est ce qu’on appelle le catéchuménat. C’est un mot qui vient du verbe grec : "katecheo", qui veut dire : donner un enseignement oral, justement ce enseignement qui dans l’Église primitive précédait l’admission au baptême. Le catéchuménat est la première partie de l’initiation chrétienne, d’une initiation qui doit se poursuivre tout au long de notre vie.

    Le catéchuménat est comme la porte d’entrée dans la vie chrétienne. Quelle est la clé de cette porte ? C’est la fameuse question par laquelle, aujourd’hui encore, commence la grande cérémonie du baptême : "Que demandez-vous à l’Église de Dieu ?", demande le prêtre au cadidat au baptême. Réponse : "La foi." "Que vous procure la foi ?" Réponse : "La vie éternelle."

    Rien de plus simple et rien de plus important que ce dialogue fondamental : la foi est la clé d’entrée ; elle est la condition initiale, indispensable pour entrer dans la vie de Dieu. Or, pendant le catéchuménat, on demande aussi au candidat et à celui qui l’accompagne dans sa démarche, une profession de foi explicite en récitant le Credo. A ce propos, Paul VI, après avoir rappelé tout ce qui précède, ajoute ceci : "le baptême comporte un engagement doctrinal net et précis. Pour être baptisé, c’est-à-dire chrétien, il faut la foi. La foi subjective, laquelle est une réponse personnelle, totale et joyeuse à l’Amour de Dieu (...) Et la foi obbjective, qui est adhésion à la Parole de Dieu révélée, formulée dans des vérités déterminées que l’Église, avec son charisme d’enseignement, nous propose de croire, sans réserve et sans interprétations équivoques. Vous comprendrez alors que dès le début l’engagement doctrinal doit être fondamental et solennel pour celui qui tient à l’authenticité de sa profession chrétienne ; que la fidélité à cet engagement ne peut être considérée comme un intégrisme arachaïque et rigide ; qu’elle n’autorise pas des options dites pluralistes, des opinions personnelles et changeantes qui s’écartent de la substance textuelle de la doctrine, cette substance dont le magistère de l’Église a la responsabilité et le difficile devoir de 'garder le dépôt' (cf. 1 Tm 6, 20), et qu’elle conserve, défend, alimente et développe d’une façon logique en se souvenant de l’exhortation de l’Apôtre : 'Que votre charité croissant toujours de plus en plus s’épanche en vraie science.' (Ph 1, 9) Dans ses inépuisables expressions, la vérité de la foi est sécurité et harmonie. C’est de cette sécurité et de cette harmonie que l’Église a particulièrement besoin aujourd’hui, et non de syncrétisme superficiel et artificiel, non de critique contestataire et subversive, non de pluralisme indocile et indiscipliné. Ce dont elle a besoin, c’est de chrétiens, comme dit encore l’Apôtre, qui "confessent la vérité dans l’amour" (Ep 4, 15).

    Et j’ajoute, pour terminer, ce dont elle a besoin, ce sont des chrétiens, des prêtres, des évêques, qui ont l’audace de dire comme Saint Augustin : "Je ne croirais pas à l’Évangile, si l’autorité de l’Église catholique ne m’y poussait."

 

Lectures Messe du jour de Pâques A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

1ère lecture : Les Apôtres témoins de la Résurrection (Ac 10, 34a.37-43)

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Quand Pierre arriva de Césarée chez un centurion de l'armée romaine, il prit la parole : « Vous savez ce qui s'est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l'a consacré par l'Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui.
Et nous, les Apôtres, nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Ils l'ont fait mourir en le pendant au bois du supplice.
Et voici que Dieu l'a ressuscité le troisième jour.
Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts.
Il nous a chargés d'annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l'a choisi comme Juge des vivants et des morts.
C'est à lui que tous les prophètes rendent ce témoignage : Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. »

Psaume :  Ps 117, 1.4, 16-17, 22-23

R/ Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Qu'ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève, 
le bras du Seigneur est fort ! 
Non, je ne mourrai pas, je vivrai, 
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs 
est devenue la pierre d'angle : 
c'est là l'œuvre du Seigneur, la 
merveille devant nos yeux..
2ème lecture : Vivre avec le Christ ressuscité (Col 3, 1-4)
Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.
Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre.

En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu.
Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

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À la victime pascale, 
chrétiens, offrez le sacrifice de louange. 

L’Agneau a racheté les brebis; 
le Christ innocent a réconcilié 
l’homme pécheur avec le Père. 

La mort et la vie s’affrontèrent 
en un duel prodigieux. 
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. 

“Dis-nous, Marie Madeleine, 
qu’as-tu vu en chemin ?” 

“J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, 
j’ai vu la gloire du Ressuscité. 

J’ai vu les anges ses témoins, 
le suaire et les vêtements. 

Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! 
Il vous précédera en Galilée.” 

Nous le savons : le Christ 
est vraiment ressuscité des morts. 

Roi victorieux, 
prends-nous tous en pitié ! 
Amen.

Evangile : Le tombeau vide et la foi des Apôtres (Jn 20, 1-9)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Notre Pâque immolée, c'est le Christ !
Rassasions-nous dans la joie
   au festin du Seigneur !
Alléluia. (1 Co 5, 7-8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

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Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. »
Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

La loi fondamentale de la vie chrétienne - Homélie Pâques A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

paques vigile ev

 

 

Il y a deux jours à peine, le soir du Vendredi Saint, c’était la perspective d’un échec apparent qui s’imposait. Non seulement le Seigneur était-il mort et enterré, mais les Apôtres s’étaient cachés dans pièce fermée à double tour, craignant pour leur vie. Où étaient les miracles ? Que restait-il des belles paroles du Maître ? C’était comme si Dieu avait abandonné leur cause, offrant le spectacle d’un rêve naïf à souhait.

Mais maintenant pointe l’aurore du dimanche de Pâques et, avec elle, la victoire irréversible de la Résurrection. Le tombeau est vide. La pierre est roulée. L’ombre de la croix a été dissipée par la vive lumière de l’aube d’une nouvelle création. L’échec apparent du Christ s’est transformé en victoire, comme la semence n’est enfouie dans la terre que pour réapparaître avec une nouvelle fraîcheur.

C’est la loi fondamentale de la vie chrétienne, pour l’Eglise, pour les communautés chrétiennes, pour chacun de nous : les échecs apparents fleurissent en autant de victoires ; les Vendredi Saint deviennent des Dimanche de Pâques.

Si nous suivons le Christ, il nous conduit vers le sommet de la colline du Calvaire, où nous mourons à nous-mêmes dans un abandon douloureux à la volonté de Dieu, qui est notre Vendredi Saint. Mais c’est justement cette mort qui permet à la grâce de Dieu d’être à l’œuvre dans notre vie pour faire place à de nouvelles pousses de sagesse, de vertu et de bonheur, notre Dimanche de Pâques.

La vie chrétienne est constituée par un nombre incalculable de variations sur ce thème, que Dieu nous révèle en Jésus Christ : Vendredi Saint, Dimanche de Pâques, Vendredi Saint, Dimanche de Pâques, Vendredi Saint, Dimanche de Pâques…

Nous connaissons le programme avec exactitude. Si nous nous attendons à l’un sans l’autre, cela signifie que nous n’avons par appris la leçon fondamentale de l’Evangile. Quand, au contraire, nous acceptons ce rythme et que nous nous y adaptons, nous commençons à prendre de la vitesse sur la voie de la sagesse, de la sainteté et du bonheur durable.

En 2007 a été publié aux Etats-Unis un livre intitulé Made to Stick (trad. fr. 2009 : Ces Idées qui Collent). C’est une analyse intéressante des six caractéristiques qui font que les idées collent. Le livre a été écrit pour aider les enseignants et les professionnels du marketing à mieux communiquer. Une de ces six caractéristiques c’est le "storytelling", l’art de raconter les histoires. Les auteurs expliquent que ce sont les histoires qui font que les bonnes (ou les mauvaises) idées deviennent pratiques.

Les histoires sont comme des simulateurs de vol. Quand nous écoutons une histoire, c’est comme si on la vivait de l’intérieur, comme si nous avions à faire face aux défis pour les surmonter nous-mêmes. Certaines histoires nous donnent des petites leçons, comme les fables de La Fontaine, Le lièvre et la Tortue, par exemple. C’est une fable qui nous enseigne que pour mener une chose à bien, il vaut mieux agir calmement, de manière réfléchie, plutôt que d’agir précipitamment.  

Certaines histoires sont plus profondes encore. Ce sont des histoires qui font partie de notre subconscient et qui structurent notre vision du monde dans son ensemble. Elles créent comme une sorte de paysage spirituel dans le cadre duquel nous interprétons la réalité et prenons des décisions.

L’histoire globale du Christianisme, c’est la croix et la résurrection, c’est l’amour qui conduit au sacrifice, et le sacrifice qui conduit à la victoire. L’histoire globale qui s’est imposée à notre culture depuis une centaine d’années, l’histoire sans cesse racontée par les publicitaires, est presque exactement la même. Seul un détail a été modifié. Cette histoire est la suivante : achetez ce produit, et vous serez heureux. On raconte cette histoire en montrant le produit, quel qu’il soit, en même temps que quelque chose qui suscite des sensations agréables. Il n’y a qu’un seul petit détail qui différencie cette histoire de la foi chrétienne : elle nous promet le Dimanche de Pâques sans le Vendredi Saint.

Quelle est pour nous l’histoire globale ? Quel est le simulateur de vol avec lequel nous nous entraînons ? Est-ce que nous pensons que le bonheur vient du fait de suivre le Christ jusqu’à la croix en renonçant à nous-mêmes pour accomplir la volonté de Dieu ? Ou est-ce que nous poursuivons un bonheur qui viendrait d’un conjoint idéal, d’une maison idéale, d’un diplôme idéal, d’une amitié idéale, de vêtements idéaux, d’un compte en banque idéal ?

Aujourd’hui, le Christ nous rappelle que c’est son histoire qui est la vraie. Et il nous invite à nous l’approprier une fois de plus.

Lectures Veillée pascale A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

1ère lecture : La création de la nature de l'homme (Gn 1, 1 - 2, 2 (brève : 1, 1.26-31a))

 

Lecture du livre de la Genèse

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l'abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.
Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres.
Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le premier jour.

Et Dieu dit : « Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux. »
Dieu fit le firmament, il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament et les eaux qui sont au-dessus. Et ce fut ainsi.
Dieu appela le firmament « ciel ». Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le deuxième jour.

Et Dieu dit : « Les eaux qui sont au-dessous du ciel, qu'elles se rassemblent en un seul lieu, et que paraisse la terre ferme. » Et ce fut ainsi.
Dieu appela la terre ferme « terre », et il appela la masse des eaux « mer ». Et Dieu vit que cela était bon.
Dieu dit : « Que la terre produise l'herbe, la plante qui porte sa semence, et l'arbre à fruit qui donne, selon son espèce, le fruit qui porte sa semence. » Et ce fut ainsi.
La terre produisit l'herbe, la plante qui porte sa semence, selon son espèce, et l'arbre qui donne, selon son espèce, le fruit qui porte sa semence. Et Dieu vit que cela était bon.
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le troisième jour.

Et Dieu dit : « Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel, pour séparer le jour de la nuit ; qu'ils servent de signes pour marquer les fêtes, les jours et les années ;
et qu'ils soient, au firmament du ciel, des luminaires pour éclairer la terre. » Et ce fut ainsi.
Dieu fit les deux grands luminaires : le plus grand pour régner sur le jour, le plus petit pour régner sur la nuit ; il fit aussi les étoiles.
Dieu les plaça au firmament du ciel pour éclairer la terre,
pour régner sur le jour et sur la nuit, pour séparer la lumière des ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon.
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le quatrième jour.

Et Dieu dit : « Que les eaux foisonnent d'une profusion d'êtres vivants, et que les oiseaux volent au-dessus de la terre, sous le firmament du ciel. »
Dieu créa, selon leur espèce, les grands monstres marins, tous les êtres vivants qui vont et viennent et qui foisonnent dans les eaux, et aussi, selon leur espèce, tous les oiseaux qui volent. Et Dieu vit que cela était bon.
Dieu les bénit par ces paroles : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez les mers, que les oiseaux se multiplient sur la terre. »
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le cinquième jour.

Et Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, bestiaux, bestioles et bêtes sauvages selon leur espèce. » Et ce fut ainsi.
Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce, et toutes les bestioles de la terre selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon.
Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et tout leur déploiement.
 Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu'il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. »
Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme.
Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »
Dieu dit encore : « Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence : telle sera votre nourriture.
Aux bêtes sauvages, aux oiseaux du ciel, à tout ce qui va et vient sur la terre et qui a souffle de vie, je donne comme nourriture toute herbe verte. » Et ce fut ainsi.
Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait : c'était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et tout leur déploiement.
Le septième jour, Dieu avait achevé l'œuvre qu'il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l'œuvre qu'il avait faite.
 

Psaume :  Ps 103, 1-2a.5-6, 10.12, 13-14ab, 24.35c

 

R/ O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

 

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Revêtu de magnificence,
tu as pour manteau la lumière !

Tu as donné son assise à la terre :
qu'elle reste inébranlable au cours des temps.
Tu l'as vêtue de l'abîme des mers :
les eaux couvraient même les montagnes.

Dans les ravins tu fais jaillir des sources
et l'eau chemine au creux des montagnes ;
les oiseaux séjournent près d'elle :
dans le feuillage on entend leurs cris.

De tes demeures tu abreuves les montagnes,
et la terre se rassasie du fruit de tes oeuvres ;
tu fais pousser les prairies pour les troupeaux,
et les champs pour l'homme qui travaille.

Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur !
Tout cela, ta sagesse l'a fait ;
la terre s'emplit de tes biens.
Bénis le Seigneur, ô mon âme !
 
 
 
2ème lecture : Sacrifice et délivrance d'Isaac, le fils bien-aimé (Gn 22, 1-13.15-18)

Lecture du livre de la Genèse

Dieu mit Abraham à l'épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! »
Dieu dit : « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l'offriras en sacrifice sur la montagne que je t'indiquerai. »

Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois pour le sacrifice, et se mit en route vers l'endroit que Dieu lui avait indiqué.
Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l'endroit de loin.
Abraham dit à ses serviteurs : « Restez ici avec l'âne. Moi et l'enfant nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. »
Abraham prit le bois pour le sacrifice et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s'en allèrent ensemble.
Isaac interrogea son père Abraham : « Mon père ! - Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l'agneau pour l'holocauste ? »
Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l'agneau pour l'holocauste, mon fils », et ils s'en allaient tous les deux ensemble.

Ils arrivèrent à l'endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y éleva l'autel et disposa le bois, puis il lia son fils Isaac et le mit sur l'autel, par-dessus le bois.
Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils.
Mais l'ange du Seigneur l'appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! »
L'ange lui dit : « Ne porte pas la main sur l'enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m'as pas refusé ton fils, ton fils unique. »
Abraham leva les yeux et vit un bélier, qui s'était pris les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l'offrit en holocauste à la place de son fils.

Du ciel l'ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham :
« Je le jure par moi-même, déclare le Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton fils unique,
je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance tiendra les places fortes de ses ennemis.
Puisque tu m'as obéi, toutes les nations de la terre s'adresseront l'une à l'autre la bénédiction par le nom de ta descendance. »
 

Psaume :  Ps 15, 5.8, 9-10, 1b.11

 

R/ Garde-moi, Seigneur mon Dieu, toi, mon seul espoir !

 

Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon coeur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m'abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Mon Dieu, j'ai fait de toi mon refuge.
Tu m'apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
A ta droite, éternité de délices !
 

3ème lecture : La libération d'Israël par le passage de la mer Rouge (Ex 14, 15-31 ; 15, 1a)

 

Lecture du livre de l'Exode

Les fils d'Israël, voyant les Egyptiens lancé à leur poursuite, étaient effrayés.

Le Seigneur dit à Moïse : « Pourquoi crier vers moi ? Ordonne aux fils d'Israël de se mettre en route !
Toi, lève ton bâton, étends le bras contre la mer, fends-la en deux, et que les fils d'Israël pénètrent dans la mer à pied sec.
Et moi, je vais endurcir le coeur des Égyptiens : ils pénétreront derrière eux dans la mer ; je triompherai, pour ma gloire, de Pharaon et de toute son armée, de ses chars et de ses guerriers.
Les Égyptiens sauront que je suis le Seigneur, quand j'aurai triomphé, pour ma gloire, de Pharaon, de ses chars et de ses guerriers. »
L'ange de Dieu, qui marchait en avant d'Israël, changea de place et se porta à l'arrière. La colonne de nuée quitta l'avant-garde et vint se placer à l'arrière, entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël. Cette nuée était à la fois ténèbres et lumière dans la nuit, si bien que, de toute la nuit, ils ne purent se rencontrer.
Moïse étendit le bras contre la mer. Le Seigneur chassa la mer toute la nuit par un fort vent d'est, et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent,
et les fils d'Israël pénétrèrent dans la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.
Les Égyptiens les poursuivirent et pénétrèrent derrière eux - avec tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses guerriers - jusqu'au milieu de la mer.

Aux dernières heures de la nuit, le Seigneur observa, depuis la colonne de feu et de nuée, l'armée des Égyptiens, et il la mit en déroute.
Il faussa les roues de leurs chars, et ils eurent beaucoup de peine à les conduire. Les Égyptiens s'écrièrent : « Fuyons devant Israël, car c'est le Seigneur qui combat pour eux contre nous ! »
Le Seigneur dit à Moïse : « Étends le bras contre la mer : que les eaux reviennent sur les Égyptiens, leurs chars et leurs guerriers ! »
Moïse étendit le bras contre la mer. Au point du jour, la mer reprit sa place ; dans leur fuite, les Égyptiens s'y heurtèrent, et le Seigneur les précipita au milieu de la mer.
Les eaux refluèrent et recouvrirent toute l'armée de Pharaon, ses chars et ses guerriers, qui avaient pénétré dans la mer à la poursuite d'Israël. Il n'en resta pas un seul.
Mais les fils d'Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.

Ce jour-là, le Seigneur sauva Israël de la main de l'Égypte, et Israël vit sur le bord de la mer les cadavres des Égyptiens.
Israël vit avec quelle main puissante le Seigneur avait agi contre l'Égypte. Le peuple craignit le Seigneur, il mit sa foi dans le Seigneur et dans son serviteur Moïse.
Alors Moïse et les fils d'Israël chantèrent ce cantique au Seigneur:
 

cantique :  (Ex 15, 2-3, 4-5, 6.10a.11, 17)

 

Ma force et mon chant, c'est le Seigneur :
il est pour moi le salut.
Il est mon Dieu, je le célèbre;
j'exalte le Dieu de mon père.
Le Seigneur est le guerrier des combats :
son nom est « Le Seigneur ».

Les chars du Pharaon et ses armées
il les lance dans la mer.
L'élite de leurs chefs
a sombré dans la mer Rouge.
L'abîme les recouvre :
ils descendent, comme la pierre, au fond des eaux.

Ta droite, Seigneur, magnifique en sa force,
ta droite, Seigneur, écrase l'ennemi.
Tu souffles ton haleine : la mer les recouvre.
Qui est comme toi, Seigneur, parmi les dieux ?
Qui est comme toi, magnifique en sainteté,
terrible en ses exploits, auteur de prodiges ?

Tu les amènes, tu les plantes
sur la montagne, ton héritage,
le lieu que tu as fait,
Seigneur, pour l'habiter,
le sanctuaire, Seigneur,
fondé par tes mains.
 
 
 
4ème lecture : L'amour de Dieu pour Jérusalem son épouse (Is 54, 5-14)

Lecture du livre d'Isaïe

Parole du Seigneur adressée à Jérusalem : Ton époux, c'est ton Créateur, « Seigneur de l'univers » est son nom. Ton Rédempteur, c'est le Dieu Saint d'Israël, il se nomme « Dieu de toute la terre ».
Oui, comme une femme abandonnée et désolée, le Seigneur te rappelle. Est-ce qu'on rejette la femme de sa jeunesse ? dit le Seigneur ton Dieu.
Un moment je t'avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse je te rassemblerai.
Ma colère avait débordé, et un moment je t'avais caché ma face. Mais dans mon amour éternel j'ai pitié de toi, dit le Seigneur, ton Rédempteur.
C'est ainsi qu'au temps de Noé, j'ai juré que les eaux ne submergeraient plus la terre. De même, je jure de ne plus me mettre en colère contre toi, et de ne plus te menacer.
Quand les montagnes changeraient de place, quand les collines s'ébranleraient, mon amour pour toi ne changera pas, et mon Alliance de paix ne sera pas ébranlée, a déclaré le Seigneur, dans sa tendresse pour toi.
Jérusalem, malheureuse, battue par la tempête, inconsolée, voici que je vais sertir tes pierres et poser tes fondations sur des saphirs.
Je ferai tes créneaux avec des rubis, tes portes en cristal de roche, et tous tes remparts avec des pierres précieuses.
Tes fils seront tous instruits par le Seigneur, ils goûteront un bonheur sans limites.
Tu seras établie sur la justice, délivrée de l'oppression, que tu ne craindras plus, délivrée de la terreur, qui ne viendra plus jusqu'à toi.
 

Psaume : 29, 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

 

R/ Je t'exalte, Seigneur, toi qui me relèves.

 

Quand j'ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m'as guéri ;
Seigneur, tu m'as fait remonter de l'abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu'un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu'il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !
 
 
 

5ème lecture : Le mystère de l'eau et de la parole (Is 55, 1-11)

 

 

Lecture du livre d'Isaïe

Vous tous qui avez soif, venez, voici de l'eau ! Même si vous n'avez pas d'argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer.
Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc : mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses !
Prêtez l'oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je ferai avec vous une Alliance éternelle, qui confirmera ma bienveillance envers David.
Lui, j'en ai fait un témoin pour les nations, un guide et un chef pour les peuples.
Et toi, tu appelleras une nation que tu ne connais pas, et une nation qui t'ignore accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause de Dieu, le Saint d'Israël, qui fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu'il est proche.
Que le méchant abandonne son chemin, et l'homme pervers, ses pensées !
Qu'il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur.
Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ;
ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.
 

Psaume :  Cantique : Is 12, 2, 4bcde, 5bc-6ac

 

R/ Ivres de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut !

 

Voici le Dieu qui me sauve :
j'ai confiance ; je n'ai plus de crainte.
Ma force et mon chant c'est le Seigneur,
Il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : "sublime est son nom!"

Car il a fait les prodiges
que toute la terre connaît.
Jubilez, criez de joie :
car Dieu est grand au milieu de vous !
 
 
 
6ème lecture : Dieu offre aux hommes la vraie sagesse (Ba 3, 9-15.32-38; 4, 1-4)

Lecture du livre de Baruc

 

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Écoute, Israël, les préceptes de vie, prête l'oreille pour acquérir la connaissance.
Pourquoi donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, vieillissant sur une terre étrangère, souillé par le contact des cadavres, inscrit parmi les habitants du séjour des morts ?
- Parce que tu as abandonné la Source de la Sagesse !
Si tu avais suivi les chemins de Dieu, tu vivrais dans la paix pour toujours.
Apprends où se trouvent et la connaissance, et la force, et l'intelligence ; apprends en même temps où se trouvent de longues années de vie, la lumière de tes yeux, et la paix.

Mais qui donc a découvert la demeure de la Sagesse, qui a pénétré jusqu'à ses trésors ?
Celui qui sait tout en connaît le chemin, il l'a découvert par son intelligence. Il a pour toujours aménagé la terre, et l'a peuplée de troupeaux.
Il lance la lumière, et elle prend sa course ; il la rappelle, et elle obéit en tremblant.
Les étoiles brillent, joyeuses, à leur poste de veille ;
il les appelle, et elles répondent : « Nous voici ! » Elles brillent avec joie pour celui qui les a faites.
C'est lui qui est notre Dieu : aucun autre ne lui est comparable.
Il a découvert les chemins de la connaissance, et il les a confiés à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé.

Ainsi la Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes.
Elle est le livre des commandements de Dieu, la Loi qui demeure éternellement : tous ceux qui l'observent vivront, ceux qui l'abandonnent mourront.
Reviens à elle, Jacob, reçois-la ; à sa lumière, marche vers la splendeur :
ne laisse pas ta gloire à un autre, tes privilèges à un peuple étranger.
Heureux sommes-nous, Israël ! Car ce qui plaît à Dieu, nous le connaissons.
 
 
 
Psaume :  Ps 18, 8, 9, 10, 11
 

R/ Dieu ! Tu as les paroles de vie éternelle.

 

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le coeur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

La crainte qu'il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables :

plus désirables que l'or,
qu'une masse d'or fin,
plus savoureuses que le miel
qui coule des rayons.
 
 
 
7ème lecture : Le cœur nouveau et l'esprit nouveau (Ez 36, 1-17a.18-28)
 
La parole du Seigneur me fut adressée :
« Fils d'homme, lorsque les gens d'Israël habitaient leur pays, ils le souillaient par leur conduite et par toutes leurs actions.
Alors j'ai déversé sur eux ma fureur, à cause du sang qu'ils avaient versé dans le pays, à cause des idoles qui l'avaient profané.
Je les ai dispersés parmi les nations païennes, ils ont été disséminés dans les pays étrangers. Je les ai jugés selon leur conduite et selon leurs actions.
Dans les nations où ils sont allés, ils ont profané mon saint nom, et l'on disait : 'C'est le peuple du Seigneur, ils sont sortis de son pays.'
Mais j'ai voulu préserver la sainteté de mon nom, que les gens d'Israël avaient profané dans les nations où ils sont allés.
Eh bien ! tu diras à la maison d'Israël : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Ce n'est pas pour vous que je vais agir, maison d'Israël, mais c'est pour mon saint nom que vous avez profané dans les nations où vous êtes allés.

Je montrerai la sainteté de mon grand nom, qui a été profané dans les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d'elles. Les nations apprendront que je suis le Seigneur - déclare le Seigneur Dieu - quand par vous je me montrerai saint à leurs yeux.
J'irai vous prendre dans toutes les nations ; je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous ramènerai sur votre terre.

Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. De toutes vos souillures, de toutes vos idoles je vous purifierai.
Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J'enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair.
Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles.
Vous habiterez le pays que j'ai donné à vos pères. Vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. »
 
 
 
Psaume :  Ps 50, 12-13, 14-15, 18-19
 

R/ Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau !

 

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d'être sauvé ;
que l'esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.

Si j'offre un sacrifice, tu n'en veux pas,
tu n'acceptes pas d'holocauste.
Le sacrifice qui plaît à Dieu,
     c'est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu,
     un cœur brisé et broyé.
 

 

 

Epître : Le baptême nous donne la vie nouvelle du Christ mort et ressuscité (Rm 6, 3b-11)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
nous tous, qui avons été baptisés en Jésus Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés.
Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts.
Car, si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne.
Nous le savons : l'homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que cet être de péché soit réduit à l'impuissance, et qu'ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché.
Car celui qui est mort est affranchi du péché.

Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui.
Nous le savons en effet : ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui la mort n'a plus aucun pouvoir.
Car lui qui est mort, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant.
De même vous aussi : pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ.
 
 

Psaume :  Ps 117, 1.4, 16-17, 22-23

 

 

R/ Alléluia, alléluia, alléluia !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Qu'ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :http://www.evangile-et-peinture.org/index.php/images-themes/resurrection/tombeau-vide/930-elles-s-apercoivent-qu-on-a-roule-la-pierre
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort ! »
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d'angle :
c'est là l'oeuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.
 
 
 
Evangile : Les femmes vont au tombeau et rencontrent le Ressuscité (Mt 28, 1-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 


 
 
 
 
Après le sabbat, à l'heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l'autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus.
Et voilà qu'il y eut un grand tremblement de terre ; l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus.
Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme la neige.
Les gardes, dans la crainte qu'ils éprouvèrent, furent bouleversés, et devinrent comme morts.
Or l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié.
Il n'est pas ici, car il est ressuscité, comme il l'avait dit. Venez voir l'endroit où il reposait.
Puis, vite, allez dire à ses disciples : 'Il est ressuscité d'entre les morts ; il vous précède en Galilée : là, vous le verrez !' Voilà ce que j'avais à vous dire. »
Vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s'approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui.
Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront. »
 
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

Samedi Saint: mystère de prédication missionnaire

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Première lettre de saint Pierre Apôtre (1P 3, 19-22)

3

19 C'est ainsi qu'il est allé proclamer son message à ceux qui étaient prisonniers de la mort.
20 Ceux-ci, jadis, s'étaient révoltés au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l'arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, huit en tout, furent sauvées à travers l'eau.
21 C'était une image du baptême qui vous sauve maintenant : être baptisé, ce n'est pas être purifié de souillures extérieures, mais s'engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ
22 qui est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu.

 
Copyright AELF - 1980 - 2006 - Tous droits réservés

 

 

 

rubens.resurrection
 
Rubens, La Résurrection


    Le samedi saint n'est pas seulement le silence du tombeau, l'absence d'un Dieu K.O. se remettant lentement de ses blessures. Le samedi saint, c'est le mystère du Christ dont nous croyons avec toute l'Eglise qu' "il est descendu aux enfers"...

    Avez-vous remarqué que dans le Symbole de Nicée-Constantinople, plus long pourtant que le Symbole des Apôtres, ce mystère n'est pas mentionné? (Cela montre bien que le Symbole des Apôtres ne doit pas être considéré comme un simple résumé du Symbole de Nicée-Constantinople.)

    Il n'en demeure pas moins que la descente de Jésus aux enfers fait partie intégrante du noyau central de notre foi:
 
Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu: le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, et il a été mis au tombeau; il est ressuscité le troisième jour conformémént aux Ecritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze.
Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres, voilà notre message, et voilà notre foi. (1 Co 15, 3-5.11)

    Ce qui est frappant, ce n'est pas le silence du tombeau; c'est notre silence au sujet de ce mystère. La Liturgie des Heures, pour l'Office des Lectures du Samedi Saint, donne une homélie ancienne du IIe siècle :
 
Il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles.
Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue.
Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis
dans les ténèbres et à l’ombre de la mort.
Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui

    Cela fait beaucoup de travail ! Et ce travail, dit saint Pierre, c'est un travail de prédication, d'annonce, de kérygme. Le comment de ce travail n'est pas notre affaire, mais celle du Christ. Il suffit de connaître le fait.

    Or, ce fait ne concerne pas seulement "les enfers", ceux qui jadis se sont révoltés, et qui attendent leur délivrance. Il nous concerne aussi: "C'est une image du baptême", écrit saint Pierre. Il concerne donc aussi ceux qui vivent dans l'attente du baptême (les catéchumènes, mais encore ceux qui, sans en être conscients, vivent dans un secret désir d'être baptisés); il concerne donc aussi tous ceux qui sont déjà baptisés, et qui doivent s'associer au Christ dans ce travail de prédication missionnaire jusqu'aux confins du monde, du monde extérieur, mais aussi intérieur, de tous les mondes connus et inconnus. Il concerne même ceux qui sont déjà baptisés, mais qui, s'étant révoltés, vivent déjà comme aux enfers.

    C'est la vocation de Ste Thérèse de Lisieux: être missionnaire de l'amour sans frontières, non seulement dans l'espace, en extension et en profondeur, mais aussi dans le temps.

    C'est la vocation de tous les baptisés. "Suis-moi", dit Jésus en appelant des premiers disciples au début de sa vie publique. Enseveli au tombeau et descendu aux enfers, il nous le dit encore. Mais qui veut passer par la porte étroite pour suivre Jésus dans sa mise au tombeau et sa descente aux enfers ? Ici, plus que jamais, "la moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux..." Le Cardinal Ouellet écrit que:
 
notre monde a bien besoin de méditer ce mystère pour retrouver le sérieux de la vie et de la mort avec le fondement de la véritable Espérance.

    Prions donc le Maître de la moisson, qu'il envoie des ouvriers à sa moisson.

Benoît XVI, Méditation sur le Samedi Saint devant le Saint-Suaire de Turin

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Chers amis,

C'est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière:  sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l'Eglise, et même toute l'humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l'occasion de partager avec vous une brève méditation qui m'a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle:  "Le mystère du Samedi Saint".

On peut dire que le Saint-Suaire est l'Icône de ce mystère, l'Icône du Samedi Saint. En effet, il s'agit d'un linceul qui a enveloppé la dépouille d'un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l'après-midi. Le soir venu, comme c'était la Parascève, c'est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d'Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu'il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l'autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l'enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C'est ce que rapporte l'Evangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu'à l'aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l'image de ce qu'était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification.

Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie:  "Que se passe-t-il? Aujourd'hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort... Dieu s'est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers" (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ "a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts".

Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l'humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l'homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s'est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait:  "Dieu est mort! Et c'est nous qui l'avons tué!". Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulagHiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint:  l'obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s'interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.

Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d'espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document "photographique", doté d'un "positif" et d'un "négatif". Et en effet, c'est précisément le cas:  le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d'une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une "terre qui n'appartient à personne" entre la mort et la résurrection, mais dans cette "terre qui n'appartient à personne" est entré l'Un, l'Unique qui l'a traversée avec les signes de sa Passion pour l'homme:  "Passio Christi. Passio hominis". Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l'intervalle unique et qu'on ne peut répéter dans l'histoire de l'humanité et de l'univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale.

Dans ce "temps-au-delà-du temps", Jésus Christ "est descendu aux enfers". Que signifie cette expression? Elle signifie que Dieu, s'étant fait homme, est arrivé au point d'entrer dans la solitude extrême et absolue de l'homme, où n'arrive aucun rayon d'amour, où règne l'abandon total sans aucune parole de réconfort:  "les enfers". Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d'abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l'obscurité, et seule la présence d'une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c'est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint:  dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L'impensable a eu lieu:  c'est-à-dire que l'Amour a pénétré "dans les enfers":  dans l'obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L'être humain vit pour le fait qu'il est aimé et qu'il peut aimer; et si dans l'espace de la mort également, a pénétré l'amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l'heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls:  "Passio Christi. Passio hominis".

Tel est le mystère du Samedi Saint! Précisément de là, de l'obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d'une espérance nouvelle:  la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu'en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images - c'est parce qu'en lui, elles ne voient pas seulement l'obscurité, mais également la lumière; pas tant l'échec de la vie et de l'amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l'amour sur la haine; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection; au sein de la mort bat à présent la vie, car l'amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint-Suaire:  du visage de cet "Homme des douleurs", qui porte sur lui la passion de l'homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également - "Passio Christi. Passio hominis" - de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint-Suaire? Il parle avec le sang, et le sang est la vie! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang; le sang d'un homme flagellé, couronné d'épines, crucifié et transpercé au côté droit. L'image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d'un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d'amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d'eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C'est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l'entendre, nous pouvons l'écouter, dans le silence du Samedi Saint.

Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l'image du Saint-Suaire, portons dans le cœur cette parole d'amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d'espérance et de charité. Merci.

 

© Copyright 2010 - Libreria Editrice Vaticana

 

(Vidéo)

Vendredi Saint : L'amour sans peur de souffrir (Joris Van Ael)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Pourquoi représenter la passion du Seigneur ? Pourquoi la représentation explicite du récit de la passion est-elle une tradition pleine de sens dans nos communautés de croyants ?

 

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 Joris Van Ael, Notre-Dame des Douleurs

 

Dieu parachève son "exode" à Jérusalem

La souffrance et la mort du Christ sont au coeur de la grande aventure de Dieu avec ses créatures. C'est l'achèvement de son grand Exode. C'est l'épnouissement final de son amour extatique (un amour ouvert sur autrui), qui trouve son expression la plus profonde dans la passion : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses frères" (Jn 15, 13).

L'Exode de Dieu a commencé le premier jour, quand il fit sortir l'ordre du chaos et fit apparaitres sa création. Son Exode a continué dans les Ecritures et dans le ministère de son Incarnation. Il s'est achévé à Jérudalem.

Les scènes de la Passion nous manifestent l'accomplissement de cette Grande Venue. Elles nous montrent l'ultime descente de Dieu par laquelle il se fait proche en tout de sa créature. Ils manifestent la volonté et le désir de Dieu de suivre sa créature jusqu'au bout de ses chemins de traverses. Afin de lui donner la chance de rencontrer le grand Amour, où qu'il se trouve, aussi loin qu'il soit. Ni l'obscurité de la souffrance de l'innocent, ni celle de la torture ou de l'horreur, ni celle de la tombe ne l'empêchent d'être proche de sa créature. En tout, il devient semblable à nous, il adopte tout l'humain et il montre par là qu'aucune réalité n'est privée de sa lumière, à part le péché.

La souffrance et la mort du Dieu Christ sont donc bien le signe de son amour qui va jusqu'au bout. Un amour qui cherche à nous donner répit, soulagement, et qui ouvre sur l'avenir. Un amour qui nous cherche et qui désire nous embrasser.

 

La souffrance, un écheveau qui nous éloigne de l'amour

Les Pères de l'Eglise ont mis en lumière la passibilité humaine, une des séquelles du péché originel : la sensibilité à la souffrance, le fait d'être sans cesse exposé à la douleur, un spectre qui nous hante.

Pour nous, la souffrance n'est que rarement un sol favorable à la croissance de l'amour. En première instance, il s'agit d'une réalité qui nous éloigne de l'amour, qui nous prive d'amour et qui en dérange et en défigure l'expérience.

La peur de la souffrance, quelle qu'elle soit, nous pousse dans de multiples mécanismes de sauvegarde. Quelle n'est pas notre inventivité pour les dresser tout autour de nous, telles des défenses face aux souffrances toujours à l'affût. Certes, il n'y a pas là à s'en formaliser. Il n'est pas sain d'adopter des comportements risqués vis à vis de la souffrance. Mais la peur endémique de la souffrance nous fait exagérer notre souci de nous en préserver. Notre propre sécurité se fait alors au dépens de celle d'autrui et devient ainsi involontairement la source de souffrances supplémentaires et variées.

Nous pouvons en donner de nombreux exemples. Un premier exemple se situe dans l'immense domaine de la propriété et de l'économie. Notre richesse, les aménagements exagérés de notre vie quotidienne et de notre habitat sont souvent des réactions superflues face à une souffrance éventuelle. Il arrive que, par peur de la souffrance, nous ayons de la peine à garder la juste mesure des choses et que nous allions trop loin. C'est ainsi que notre bien-être occidental est démesuré devant la pauvreté du reste du monde. La sécurisation et l'aménagement de ma vie se fait aux dépens de la vie d'autrui. La sécurité offerte par toute propriété, spirituelle aussi bien que matérielle, est bien souvent un parapet, un rempart contre l'ennemi de toujours qu'est la souffrance. Il doit obturer pour nous l'affliction de l'humiliation, de la précarité et de la faiblesse.

Prenons aussi un exemple à plus petite échelle : la personne qui me fait de la peine, qui me blesse et me désavantage, n'est-elle pas souvent une source de ressentiment ? La peine qu'elle m'occasionne ne me pousse-t-elle pas souvent à la rancune, à la rupture, à la médisance ? A creuser la distance ?

C'est ainsi que la peur de la souffrance et de toute forme de mort est source fondamentale d'inégalité dans notre monde, la raison pour laquelle les hommes ont tant de peine à vivre ensemble dans la paix. La menace d'une souffrance éventuelle nous fait continuellement ériger des murs, des fortifications pour nous mettre sans cesse à l'abri de la souffrance que les autres pourraient nous causer. La continuelle vulnérabilité à la souffrance me cache les sentiers de l'amour, fait que j'ai peur d'aimer. L'amour, en effet, est tellement vulnérable, et l'amour blessé fait mal deux fois.

 

L'amour authentique ne connaît pas la peur

Cependant l'amour cherche toujours le risque. Son dynamisme est d'une force inouïe. Il vainc sans cesse la peur. L'amour authentique et plénier ne connaît pas la peur, il est plus fort que toute forme de peur, il est même plus fort que la mort. L'amour vrai cherche à aimer, toujours, en toutes circonstances, ni plus ni moins. Il ne se laisse pas enfermer dans des spéculations exagérées de sécurité et d'assurances. Par ailleurs, les hommes demeurent confrontés à cette réalité : la peur que suscite la vulnérabilité à la souffrance et qui risque sans cesse de nous faire quitter l'amour, de voiler, de déformer, de fausser ses exigences et ses visées. Voilà pourquoi notre regard est trouble, voilà pourquoi nous ne pouvons porter de jugement juste et vrai sur les choses et les situations, et que nous faisons des choix erronnés ou incomplets. Ceux-ci, à leur tour, engendreront, dans notre vie et dans celle d'autrui d'autres maux, nouveaux et différents.

Il est clair que la souffrance et la peur de souffrir repandent sur nos vies une sorte de brouillard. C'est comme un nuage bas qui nous enveloppe. Devant cette réalité fondamentale, il nous faut prendre attitude et passer peu à peu de la peur à l'amour.

Finalement se pose la question : la croix perçue comme symbole de toute expérience pénible n'est-elle pas le terrain d'élection sur lequel l'amour peut se frayer un chemin ?

 

Jésus souffre par amour et souffre en aimant

Dans nos églises, nous représentons la souffrance de Jésus. Parce que lui, il a continué à aimer au coeur de la souffrance. Jusque sur la croix, il a évité le piège qui pouvait hypothéquer l'amour : sa grande mission et son désir suprême. C'est par amour qu'il a pris sur lui la souffrance, mais c'est aussi au coeur de la souffrance qu'il a continué à aimer. Il n'est pas seulement mort par amour, mais il a aussi persévéré dans l'amour. Il a souffert en aimant. C'est ainsi qu'il a voulu manifester la plénitude de l'amour. La première Lettre de saint PIerre (1 P 2, 21-23) l'exprime admirablement :

Car le Christ aussi a souffert pour vous,

vous laissant un modèle

afin que vous suiviez ses traces,

- lui qui n'a pas commis de faute -

et il ne s'est pas trouvé de fourberie dans sa bouche ;

lui qui, insulté, ne rendait pas l'insulte,

souffrant, ne menaçait pas,

mais s'en remettait à Celui qui juge avec justice.

 

En cela, le Seigneur nous indique une voie. Une voie qui finit par vaincre la mort et la souffrance. Un cheminement qui nous libérera de notre peur, de notre tendance irrésistible à élaborer des zones de sécurité pour nous-mêmes, pour les nôtres, pour notre peuple et notre patrie, pour notre race et notre religion.

En cela consiste la voie : que le Seigneur, au coeur de la souffrance, n'a laissé aucune chance au Malin et n'a pas admis le moindre mouvement qui ternirait l'amour. Ainsi sa mort a-t-elle été une mort sans cause véritable, sans raison véritable. Ainsi, le corps mort du Seigneur, en qui l'immense amour de Dieu s'est donné à l'extrême, s'est transformé en appât pour le Malin ; c'est ainsi que le Seigneur a vaincu la mort par sa mort ; par sa mort, subie en aimant, il a tué la mort. L'amour est la force profonde qui est à même de détruire en même temps la mort et le péché. Voilà pourquoi les ténèbres du tombeau ont éclaté en Lumière. En effet, qu'ont en commun les ténèbres et le Lumière ? La mort et l'amour sont pour moi des ennemis. "Je les hais d'une haine parfaite", déclare le psalmiste (Ps 139, 22).

Aussi cela a-t-il du sens pour montrer explicitement dans nos lieux de rencontre le chemin de la passion, la mort et l'ensevelissement du Seigneur. Ils nous rappellent que le Seigneur a obtenu durement la victoire sur la mort en passant par la souffrance. "Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans la gloire ?" (Lc 24, 26). Ils nous rappellent, à nous chrétiens, que nous devons veiller à ne pas transformer la douleur et la menace permanente de la souffrance en terreau qui mûrit des pensées, des actions et des mouvements affectifs et rationnels empêchant l'amour, ou même changeant l'amour en haine. Les images de la passion du Seigneur nous montrent que, dans la souffrance et la douleur, l'amour est éprouvé et purifié, et qu'en fin de compte, il est rendu parfait dans le mystère d'abandon et de don de soi, libre de tout reproche, capable de pardonner, libre de toute amertume. La souffrance et la douleur sont le champ de bataille où l'amour est conquérant, mais où, finalement, il remportera la victoire.

L'appel que nous lancent à chacun les scènes de la passion, nous pouvons sans doute le formuler ainsi : fais de la souffrance un évènement d'amour et découvre, à la contemplations des scènes de ma souffrance et de ma mort, l'histoire de mon chemin de croix comme une histoire d'amour. Un amour qui se fait proche de toi, de chacun. Afin d'être à tes côtés, fragile humain.

Joris Van Ael, Le récit de la Passion en 16 icônes, Ed. Fidélité 2007, p. 23 ss

 

Lectures de l'Office de la Passion - Vendredi Saint

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : La grande prophétie du Serviteur souffrant (Is 52, 13-15; 53, 1-12)


Lecture du livre d'Isaïe

 

 

 


Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ;il montera, il s'élèvera, il sera exalté !
La multitude avait été consternée en le voyant,car il était si défiguréqu'il ne ressemblait plus à un homme ;il n'avait plus l'aspect d'un fils d'Adam.
Et voici qu'il consacrera une multitude de nations ;devant lui les rois resteront bouche bée,car ils verront ce qu'on ne leur avait jamais dit,ils découvriront ce dont ils n'avaient jamais entendu parler.

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Qui aurait cru ce que nous avons entendu ?
A qui la puissance du Seigneur a-t-elle été ainsi révélée ?
Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive,
enracinée dans une terre aride.
Il n'était ni beau ni brillant pour attirer nos regards,son extérieur n'avait rien pour nous plaire.
Il était méprisé, abandonné de tous,homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne ;
et nous l'avons méprisé, compté pour rien.
Pourtant, c'étaient nos souffrances qu'il portait,
nos douleurs dont il était chargé.
Et nous, nous pensions qu'il était châtié,
frappé par Dieu, humilié.
Or, c'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé,
c'est par nos péchés qu'il a été broyé.
Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui,
et c'est par ses blessures que nous sommes guéris.
Nous étions tous errants comme des brebis,
chacun suivait son propre chemin.
Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

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Maltraité, il s'humilie,
il n'ouvre pas la bouche :comme un agneau conduit à l'abattoir,
comme une brebis muette devant les tondeurs,
il n'ouvre pas la bouche.
Arrêté, puis jugé, il a été supprimé.
Qui donc s'est soucié de son destin ?
Il a été retranché de la terre des vivants,
frappé à cause des péchés de son peuple.
On l'a enterré avec les mécréants,
son tombeau est avec ceux des enrichis ;
et pourtant il n'a jamais commis l'injustice,
ni proféré le mensonge.
Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur.
Mais, s'il fait de sa vie un sacrifice d'expiation,
il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s'accomplira la volonté du Seigneur.
A cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé.
Parce qu'il a connu la souffrance,
le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.
C'est pourquoi je lui donnerai la multitude en partage, les puissants seront la part qu'il recevra,
car il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort, il a été compté avec les pécheurs,
alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs.



Psaume : 30, 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25

R/ O Père, dans tes mains je remets mon esprit.


En toi, Seigneur, j'ai mon refuge ;
garde-moi d'être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.


Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins;
je fais peur à mes amis,
s'ils me voient dans la rue, ils me fuient.


On m'ignore comme un mort oublié, 
comme une chose qu'on jette.
 
J'entends les calomnies de la foule ;
ils s'accordent pour m'ôter la vie.
 

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! » 
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s'acharnent.


Sur ton serviteur, que s'illumine ta face ; 
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage, 
vous tous qui espérez le Seigneur !




2ème lecture : Jésus, le grand prêtre, cause de notre salut (He 4, 14-16; 5, 7-9)


Lecture de la lettre aux Hébreux

Frère, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux ; tenons donc ferme l'affirmation de notre foi.
En effet, le grand prêtre que nous avons n'est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l'épreuve comme nous, et il n'a pas péché.
Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.
Pendant les jours de sa vie mortelle, il a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort ; et, parce qu'il s'est soumis en tout, il a été exaucé.
Bien qu'il soit le Fils, il a pourtant appris l'obéissance par les souffrances de sa Passion ;
et, ainsi conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.




Evangile : La Passion (Jn 18, 1-40; 19, 1-42)

Acclamation : Pour nous, le Christ s'est fait obéissant, jusqu'à lamort, et la mort sur une croix. Voilà pourquoi Dieu l'a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom.


La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples.
Judas, qui le livrait, connaissait l'endroit, lui aussi, car Jésus y avait souvent réuni ses disciples.

 

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Judas prit donc avec lui un détachement de soldats, et des gardes envoyés par les chefs des prêtres et les pharisiens. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes.
Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? »
Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C'est moi. » Judas, qui le livrait, était au milieu d'eux.
Quand Jésus leur répondit : « C'est moi », ils reculèrent, et ils tombèrent par terre.
Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazaréen. »
Jésus répondit : « Je vous l'ai dit : c'est moi. Si c'est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. »
(Ainsi s'accomplissait la parole qu'il avait dite : « Je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés ».)






Alors Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira du fourreau ; il frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l'oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus.
Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. Est-ce que je vais refuser la coupe que le Père m'a donnée à boire ? »
Alors les soldats, le commandant et les gardes juifs se saisissent de Jésus et l'enchaînent.
Ils l'emmenèrent d'abord chez Anne, beau-père de Caïphe, le grand prêtre de cette année-là.
(C'est Caïphe qui avait donné aux Juifs cet avis : « Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple. »)
Simon-Pierre et un autre disciple suivaient Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour de la maison du grand prêtre,
mais Pierre était resté dehors, près de la porte. Alors l'autre disciple - celui qui était connu du grand prêtre - sortit, dit un mot à la jeune servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre.
La servante dit alors à Pierre : « N'es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme-là ? » Il répondit : « Non, je n'en suis pas ! »
Les serviteurs et les gardes étaient là ; comme il faisait froid, ils avaient allumé un feu pour se réchauffer. Pierre était avec eux, et se chauffait lui aussi.
Or, le grand prêtre questionnait Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine.
Jésus lui répondit : « J'ai parlé au monde ouvertement. J'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n'ai jamais parlé en cachette.
Pourquoi me questionnes-tu ? Ce que j'ai dit, demande-le à ceux qui sont venus m'entendre. Eux savent ce que j'ai dit. »
A cette réponse, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! »
Jésus lui répliqua : « Si j'ai mal parlé, montre ce que j'ai dit de mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »
Anne l'envoya, toujours enchaîné, au grand prêtre Caïphe.
Simon-Pierre était donc en train de se chauffer ; on lui dit : « N'es-tu pas un de ses disciples, toi aussi ? » Il répondit : « Non, je n'en suis pas ! »
Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, insista : « Est-ce que je ne t'ai pas vu moi-même dans le jardin avec lui ? »
Encore une fois, Pierre nia. A l'instant le coq chanta .
Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au palais du gouverneur. C'était le matin. Les Juifs n'entrèrent pas eux-mêmes dans le palais, car ils voulaient éviter une souillure qui les aurait empêchés de manger l'agneau pascal.
Pilate vint au dehors pour leur parler : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » Ils lui répondirent :
« S'il ne s'agissait pas d'un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. »
Pilate leur dit : « Reprenez-le, et vous le jugerez vous-mêmes suivant votre loi. » Les Juifs lui dirent : « Nous n'avons pas le droit de mettre quelqu'un à mort. »
Ainsi s'accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir.
Alors Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d'autres te l'ont dit ?
Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t'ont livré à moi : qu'as-tu donc fait ? »
Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici. »
Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »
Pilate lui dit : « Qu'est-ce que la vérité ? »Après cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.
Mais c'est la coutume chez vous que je relâche quelqu'un pour la Pâque : voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
Mais ils se mirent à crier : « Pas lui ! Barabbas ! » (Ce Barabbas était un bandit.)
Alors Pilate ordonna d'emmener Jésus pour le flageller.

 

 

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Les soldats tressèrent une couronne avec des épines, et la lui mirent sur la tête ; puis ils le revêtirent d'un manteau de pourpre.
Ils s'avançaient vers lui et ils disaient : « Honneur à toi, roi des Juifs ! » Et ils le giflaient.
Pilate sortit de nouveau pour dire aux Juifs : « Voyez, je vous l'amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. »
Alors Jésus sortit, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : « Voici l'homme. »

 

 

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Quand ils le virent, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. »
Les Juifs lui répondirent : « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu'il s'est prétendu Fils de Dieu. »
Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte.
Il rentra dans son palais, et dit à Jésus : « D'où es-tu ? » Jésus ne lui fit aucune réponse.

 

 

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Pilate lui dit alors : « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher, et le pouvoir de te crucifier ? »
Jésus répondit : « Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais reçu d'en haut ; ainsi, celui qui m'a livré à toi est chargé d'un péché plus grave. »
Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. Quiconque se fait roi s'oppose à l'empereur. »
En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l'endroit qu'on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha).
C'était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. »
Alors ils crièrent : « A mort ! A mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les chefs des prêtres répondirent : « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur. »
Alors, il leur livra Jésus pour qu'il soit crucifié, et ils se saisirent de lui.
Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, en hébreu : Golgotha.



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Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu.

 

 

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Pilate avait rédigé un écriteau qu'il fit placer sur la croix, avec cette inscription : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. »
Comme on avait crucifié Jésus dans un endroit proche de la ville, beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, qui était libellé en hébreu, en latin et en grec.
Alors les prêtres des Juifs dirent à Pilate : « Il ne fallait pas écrire : 'Roi des Juifs' ; il fallait écrire : 'Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs'. »
Pilate répondit : « Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit. »
Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique ; c'était une tunique sans couture, tissée tout d'une pièce de haut en bas.
Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l'aura. » Ainsi s'accomplissait la parole de l'Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C'est bien ce que firent les soldats.
Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la soeur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine.
Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »
Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
Après cela, sachant que désormais toutes choses étaient accomplies, et pour que l'Écriture s'accomplisse jusqu'au bout, Jésus dit : « J'ai soif. »
Il y avait là un récipient plein d'une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d'hysope, et on l'approcha de sa bouche.
Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l'esprit.
Comme c'était le vendredi, il ne fallait pas laisser des corps en croix durant le sabbat (d'autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque). Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu'on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes.
Des soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis du deuxième des condamnés que l'on avait crucifiés avec Jésus.
Quand ils arrivèrent à celui-ci, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes,
mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l'eau.

 

 

 

 

Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez vous aussi. (Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu'il dit vrai.)
Tout cela est arrivé afin que cette parole de l'Écriture s'accomplisse : Aucun de ses os ne sera brisé.
Et un autre passage dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé.

 

 

 

Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus.

 

 

 

 

Nicodème (celui qui la première fois était venu trouver Jésus pendant la nuit) vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres.
Ils prirent le corps de Jésus, et ils l'enveloppèrent d'un linceul, en employant les aromates selon la manière juive d'ensevelir les morts.
Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n'avait encore mis personne.
Comme le sabbat des Juifs allait commencer, et que ce tombeau était proche, c'est là qu'ils déposèrent Jésus.



Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Les trois dons de Jésus le soir du Jeudi Saint - Homélie

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Tout être humain éprouve deux besoins plus fondamentaux que n’importe quels autres. Nous avons besoin d’être aimés, et nous avons besoin d’aimer. La raison en est que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et Dieu est amour. La Très Sainte Trinité, c’est l’amour de Dieu, pleinement vivant, chaque Personne, Père, Fils et Saint Esprit aimant les autres et étant aimée des autres. C’est à cette image-là que nous sommes créés ; nous sommes faits pour suivre cet exemple.

Nous pouvons posséder tout l’or du monde, toute la popularité, la puissance et le succès possible et imaginable, mais si nous ne sommes pas aimés profondément, simplement pour ce que nous sommes, librement, et si nous n’aimons pas un(e) autre au point de nous sacrifier nous-mêmes pour lui (elle), nous serons des misérables.

Jésus connaît notre double besoin fondamental. Par sa souffrance et sa mort, sa Passion qui commence ce soir, il y a pourvu. Saint Jean nous dit :

« Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »

Ceci veut dire que Jésus nous a donné la preuve ultime, par sa Passion, de son amour sans bornes pour chacun de nous. Et ce soir, en ce Jeudi Saint, il nous a fait trois dons dans le prolongement sa Passion tout au long de l’histoire.

  • -       Il nous a donné l’Eucharistie, sa Présence réelle qui nous nourrit en chaque tabernacle, lors de chaque communion.
  • -       Il nous a donné le sacrement de l’Ordre, comme une multiplication sacramentelle, à travers le temps et l’espace, de son propre amour miséricordieux.
  • -       Et il nous a donné le commandement du véritable amour, pour que nous sachions comment aimer en vérité, sans retour sur nous-mêmes, comme quand il a lavé les pieds de ses disciples.

 

Par ces dons éternels, inestimables, Dieu nous sauve, répondant aux deux besoins fondamentaux de tout cœur humain.

 

Chacun de ces dons répond à nos deux besoins les plus profonds. Prenons, par exemple, le sacrement de l’Ordre. Le sacerdoce, c’est la manière que Dieu a choisi pour être présent dans notre vie comme maître, comme père et comme guide, sans pour autant nous envahir. Il envoie sa grâce par les prêtres, des hommes en chair et en os avec qui nous pouvons entrer en relation. Plus question de coups de tonnerre et de nuées de feu et de fumée, comme dans l’Ancien Testament. Dieu se met à notre niveau, pour pouvoir nous élever à son niveau.

La veille des funérailles de Jean Paul II, Rome était envahie d’une foule de cinq millions de pèlerins, selon les estimations. La ville avait de la peine à héberger un tel nombre. Des milliers et milliers ont passé la nuit dans les rues. Et partout où il y avait du monde dans la ville, tout au long de la nuit, l’on pouvait voir des prêtres entendant les confessions dans des confessionnaux improvisés, avec des panneaux autour du cou pour indiquer les langues qu’ils parlaient. Tout au long de la nuit, Dieu prouvait son amour, répandant doucement la lumière de sa miséricorde par le sacrement de la confession.

Dans la matinée suivante, l’un de ces prêtres était interviewé par un journaliste pour un "talk show" américain. Le prêtre était fatigué, affamé, non rasé, mais ses yeux pétillaient de joie. Le journaliste lui demande ce qu’il avait fait toute la nuit. "J’ai entendu des confessions dans les rues de Rome", a-t-il répondu. "Des personnes âgées ?", demande le journaliste. "Certains âgés, mais la plupart des jeunes,", répond le prêtre. Le journaliste demande alors : "C’est bien connu que les jeunes aimaient Jean Paul II parce qu’il était une célébrité. Mais pourquoi veulent-ils se confesser ? Est-ce qu’ils ne veulent pas changer les enseignements de l’Eglise au sujet du péché ?" Le prêtre sourit, et dit : "Ce qu’ils veulent changer, c’est eux-mêmes. Et Jean Paul II leur a rappelé qu’avec la grâce de Dieu, ils en sont capables. Voilà pourquoi ils sont venus se confesser." Aussitôt l’interview a été interrompue pour faire place à un spot publicitaire.

Voilà le don que le Christ nous a laissé dans le sacrement de l’Ordre : une assistance puissante, sacramentelle, vivante tout au long du chemin difficile de la vie, un don qui, à la fois, prouve que nous sommes aimés et qui fortifie notre amour.

 

C’est au cours de cette nuit que Jésus nous a fait ces grands cadeaux.

La meilleure manière, peut-être, de le remercier, c’est de prendre du temps au cours des jours qui vont suivre, pour vraiment en profiter, pour en faire bon usage. C’est de permettre à ces dons de répondre à nos besoins les plus profonds en ouvrant notre cœur avec courage au Christ.

Le premier besoin, c’est celui d’être aimé. Si nous ne savons pas que nous sommes aimés de manière inconditionnelle, pleinement, de fond en comble, simplement pour ce que nous sommes, il est pratiquement impossible pour nous de pouvoir aimer en retour, comme nous y sommes appelés parce que nous sommes à l’image de Dieu. Et plus nous savons que nous sommes aimés, plus nous sommes fortifiés, et plus nous devenons capables d’aimer en retour. Nous avons tous pu en faire l’expérience, même au niveau purement humain. Quand nous nous savons aimés, nous sommes forts.

Eh bien, permettons à Jésus de nous assurer de son amour pour nous tout au long de ce temps, en priant, en lisant, en réfléchissant, en participant à la liturgie, en recevant les sacrements. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Nous tous qui sommes ici ce soir, nous avons tous pu faire déjà l’expérience de l’amour du Christ pour nous, au moins un peu, même si nous avons besoin d’en faire l’expérience toujours plus.

Mais je suis sûr que chacun de nous connaît quelqu’un qui n’en a jamais fait l’expérience, ou qui n’en a plus fait l’expérience depuis longtemps. Soyons des chrétiens véritables, authentiques pour ces gens, de vrais disciples du Christ en ce temps de Pâques. Prions pour eux, invitons-les à nos liturgies, ou allons à leur rencontre, en leur lavant les pieds d’une manière ou d’une autre, pour leur permettre de faire l’expérience de l’amour du Christ par notre amour à l’image de l’amour du Christ. Jésus n’est-il pas mort pour eux aussi ? Son amour qui sauve est beaucoup trop précieux pour les garder pour nous-mêmes.

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