Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La Règle d’Or pour une vraie liberté - Homélie 13° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

 

13 TOC

 

 

Deux parmi les disciples les plus proches de Jésus, Jacques et Jean, n’ont toujours pas compris leur Maître. Même au moment où celui-ci prend « prend avec courage la route de Jérusalem », pour accepter de se faire rejeter, humilier, torturer et exécuter, ils en étaient toujours au point de vouloir défendre sa seigneurie par la violence et la force. Ils ne manquaient pas de raisons. Jésus est le Seigneur, et il mérite le plus grand respect. Et donc, en le rejetant, la ville des Samaritains méritait un châtiment.

 

Mais, d’autre part, le Christ avait expliqué à de multiples reprises qu’il prenait la route de Jérusalem précisément pour se soumettre à ce rejet de la part de tout le peuple. C’est ainsi qu’il allait nous manifester la profondeur de son amour, par sa patience et son pardon inlassable, en s’abstenant de traiter ses ennemis comme ils le méritent. Si Jacques et Jean avaient détruit la ville, ils auraient pris exactement le chemin opposé. Ils se seraient empêtrés dans les chaînes de la vengeance et des représailles.

 

Jésus ne le leur permet pas. Il leur rappelle que sa mission ne consiste pas à condamner les pécheurs, mais uniquement à annoncer la Bonne Nouvelle par la parole et par l’exemple. Il ne détruit pas son prochain comme son prochain veut le détruire. Il lui donne encore une chance.

 

Voilà la vraie liberté de la vie dans l’Esprit, comme l’affirme saint Paul. Le Christ vit pour le Royaume de Dieu, et non pas pour un royaume d’égoïsme. Il n’est donc pas esclave de la soif de popularité, de puissance et de succès mondain qui, si souvent, perpétuent le cycle de la violence dans notre monde déchu. En d’autres mots, Jésus enseigne la Règle d’Or en paroles, mais aussi par l’exemple, dans tout ce qu’il fait. Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à faire de même.

 

Saint Paul s’efforce d’inculquer la même leçon dans les cœurs des Chrétiens de Galatie. Il a consacré les quatre premiers chapitres de sa lettre pour les convaincre de ne pas retourner à l’esclavage des lois de l’Ancien Testament, qui n’étaient qu’une préparation à la loi de l’Evangile, la loi de la liberté authentique.

 

Mais il se rend compte que certains risquent d’interpréter cette liberté de travers, la voyant comme un affranchissement de toute restriction morale, une liberté de suivre toutes leurs tendances égoïstes. Ce n’est pas ça du tout, évidemment. Le péché, l’égoïsme sous toutes ses formes sont des types d’esclavage. Voilà ce que saint Paul s’attache à expliquer. Chaque fois que les membres d’une communauté s’attachent à vouloir suivre leurs inclinations égoïstes, ils finissent par se mordre, se dévorer, se détruire les uns les autres. Au lieu d’être dociles à l’enseignement de Paul, les Galates sombrent dans les dissensions internes. Alors saint Paul les exhorte à se mettre « par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

 

Combien de fois nous est-il arrivé d’oublier cette règle fondamentale de la foi, quand, comme les Galates, nous nous mettons à compliquer les choses plus que de raison. Or, si suivre le Christ était compliqué, seuls les professeurs et les génies pourraient devenir des saints, ce qui n’est pas le cas du tout. La vie chrétienne n’est pas réservée aux super-intelligents. Elle est pour tout le monde, y compris vous et moi.

 

Nous reconnaissons tous la vérité derrière la Règle d’Or, et nous voulons faire l’expérience plus pleinement de la liberté qui en résulte. Mais personne d’entre nous ne la suit d’une manière parfaite. Comme Jacques et Jean, nous ne vivons pas intégralement selon la loi de l’Esprit. Quand d’autres nous maltraitent ou nous importunent, nous voulons les détruire. Habituellement nous n’appelons pas le feu du ciel sur eux, mais nous critiquons et nous jugeons les autres dans notre cœur et avec notre langue. Trop souvent, nous succombons à la tentation de dire du mal des autres, au sujet de ceux que nous connaissons personnellement ou des personnalités publiques que nous n’avons jamais rencontrées. Nous prenons du plaisir quand ils connaissent l’échec. Nous les considérons comme des adversaires, au lieu de les voir comme des frères et sœurs bien-aimés dans le Christ.

 

 

Changerons-nous un jour ? Le temps viendra-t-il où nous serons davantage semblables au Christ, donnant aux autres une nouvelle chance, autant qu’ils en ont besoin, comme Jésus le fait avec nous ? Nous le pouvons, avec la grâce de Dieu. Il a planté la semence de la vertu chrétienne en nos âmes, et il veut la faire grandir.

 

 

Une chose que nous pouvons faire pour la faire grandir plus rapidement est de faire attention à cet aspect de notre vie quand nous allons nous confesser. Dans ce sacrement, Dieu pardonne nos péchés et nous remplit de sa grâce sanctifiante au sein de notre faiblesse, exactement comme notre corps envoie du calcium vers un bras que nous avons cassé. Souvent, dans la confession, nous nous concentrons exclusivement sur les péchés évidents. A partir de maintenant, confessons aussi nos péchés plus subtils, les pensées destructives que nous entretenons, et les critiques destructives que nous répandons inutilement.

 

Si nous faisons cela, le Christ pourra nous envoyer sa grâce bienfaisante, là où nous en avons le plus besoin, pour que nous puissions mieux suivre son exemple, et ainsi faire l’expérience plus pleinement de la vraie liberté dans l’Esprit.

 

Deux parmi les disciples les plus proches de Jésus, Jacques et Jean, n’ont toujours pas compris leur Maître.

Deux parmi les disciples les plus proches de Jésus, Jacques et Jean, n’ont toujours pas compris leur Maître.

Lectures 13° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : Élisée abandonne tout pour suivre Élie (1R 19, 16b.19-21)

 

13-TOC-1lec.jpg

 

 

Lecture du premier livre des Rois

Le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafate, comme profète pour te succéder. »
Élie s'en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafate, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau.
Alors Élisée quitta ses boeufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : «Va-t'en, retourne là-bas ! Je n'ai rien fait. »
Alors Élisée s'en retourna ; mais il prit la paire de boeufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l'attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d'Élie et se mit à son service.
 
 

 

 

Psaume : Ps 15, 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b-11

R/ Dieu, mon bonheur et ma joie !

 

Garde-moi, mon Dieu : j'ai fait  de toi mon refuge.
J'ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m'avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m'abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Je n'ai pas d'autre bonheur que toi.
Tu m'apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !
 
 

 

 

2ème lecture : L'Esprit s'oppose à la chair et nous rend libres (Ga 5, 1.13-18)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères,
si le Christ nous a libérés,
c'est pour que nous soyons vraiment libres. Alors tenez bon, et ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage.
Vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres.
Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici :Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres.
Je vous le dis : vivez sous la conduite de l'Esprit de Dieu ; alors vous n'obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair.
Car les tendances de la chair s'opposent à l'esprit, et les tendances de l'esprit s'opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez.
Mais en vous laissant conduire par l'Esprit, vous n'êtes plus sujets de la Loi.
 
 

 

 

Evangile : Suivre Jésus sans condition sur la route de la Croix (Lc 9, 51-62)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd'hui le Seigneur nous appelle. Suivons-le sur les chemins de l'Évangile. Alléluia. (cf. 1 S 3, 9 ; Lc 9, 59)
 

 

13-TOC.jpg

 

 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem.
Il envoya des messagers devant lui ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir, parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem.
Devant ce refus, les disciples Jacques et Jean intervinrent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? »
Mais Jésus se retourna et les interpella vivement.
Et ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L'homme répondit : « Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d'abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu. »
 

 

 

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

Jésus demande notre engagement personnel - Homélie 12° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

12-TOC-ev.jpg

 

 

Jésus est le Christ, le Seigneur, le Sauveur envoyé par Dieu, le Fils de Dieu fait homme. C’est ce que S. Pierre affirme dans l’Evangile de ce jour, et Jésus ne le contredit pas. Pourtant cette conviction n’est pas partagée par tout le monde. Les uns disent que Jésus était un grand philosophe, un bon maître ou … un illuminé. L’identité de notre Seigneur est une question qui a été débattue en permanence depuis vingt siècles. Et même pour nous qui prétendons être de bons catholiques, c’est une question importante.

 

Mais ce qui est important dans le passage de l’évangile de ce jour n’est pas seulement le fait que cette question est posée, mais comment elle est présentée. En fait Jésus pose non pas une, mais deux questions :

 

« Pour la foule, qui suis-je ? » 

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

 

Il ne suffit pas de discuter de son identité d’une manière abstraite, académique. Les grands de ce monde se contentent d’une adhésion superficielle ; pourvu que les gens votent pour eux, ils n’essaieront pas d’empiéter dans notre espace privé. Quoique... En tout cas, ce n’est pas ainsi que fonctionne le Royaume du Christ. Un chrétien ne peut pas se contenter de l’être de manière nominale, culturelle, comme on dit parfois. Il ne suffit pas de savoir ce que les autres disent de Jésus. Nous devons le rencontrer et lui répondre de manière personnelle. Nous devons proclamer sa seigneurie, non pas seulement du bout des lèvres, mais par toute notre vie. Nous devons dire non seulement que Jésus est le Seigneur, mais qu’il est notre Seigneur, mon Seigneur, et que nous sommes prêts à le suivre partout où il nous conduit.

 

C’est cette adhésion personnelle à Jésus Christ, le fait d'assumer la responsabilité de notre foi, qui ouvre pour nous la porte de la maturité spirituelle et de la sagesse, de la joie et de la paix intérieure qui accompagnent cette maturité.

 

Un des exemples les plus marquants de quelqu’un qui a compris et vécu cette relation de manière personnelle, et pas seulement générale, nous est donné par la vie de Ste Thérèse de Lisieux. Elle vécut à la fin du 19e siècle dans le nord-ouest de la France, en Normandie. Elle était issue d’une famille de la bourgeoisie à la foi solide. Ses quatre sœurs sont toutes devenues religieuses, comme elle, et ses parents ont été béatifiés. Thérèse est morte quand elle avait à peine vingt-cinq ans, et fut déjà canonisée vingt-sept ans plus tard. En 1997 le saint Jean Paul II l’a déclarée Docteur de l’Eglise universelle, la plus haute distinction accordée par l’Eglise.

 

Thérèse découvre sa vocation très tôt. C’est avec beaucoup de foi, de détermination et de créativité qu’elle obtient la dispense de l’évêque du lieu pour entrer au couvent des Carmélites alors qu’elle n’est âgée que de quinze ans, et elle fait ses vœux à l’âge de dix-sept ans. A cette période, une de ses amies qui n’est pas religieuse, va se marier. Thérèse reçoit un faire-part de mariage. Ce faire-part est très beau, bien présenté, calligraphié et formulé de manière très distinguée. Thérèse, bien sûr, ne peut pas se rendre au mariage. Les Carmélites, une fois entrées au couvent, ne peuvent pas sortir. Mais ce faire-part va lui donner une idée. Comme le jour de ses vœux approche, elle va composer elle aussi un faire-part de mariage dans lequel elle présente Jésus, le "Roi des Rois et le Seigneur des seigneurs", comme l’époux, et elle-même, Thérèse Martin, comme l’épouse. La date est celle du 8 septembre 1890, la date de ses vœux, et la date de la réception est celle de "demain, le Jour d’Eternité"

 

Pour Thérèse, Jésus est beaucoup plus qu’une idée ou un idéal. Il est une personne vivante, qui s’intéresse à sa vie, et son amitié pour lui est réelle.

 

Ceux qui critiquent l’Eglise catholique disent parfois que nos traditions, nos rituels, nos sacrements empêchent cette dimension personnelle de notre relation avec Dieu. Ils disent que nous devrions "aller directement à Dieu", au lieu de passer par des intermédiaires : les prêtres, la Messe, la confession, les prières personnelles. Mais c’est un faux argument, pour deux raisons.

 

D’abord parce que l’Eglise nous encourage, en fait, à "aller directement à Dieu", tout le temps, aussi souvent que possible ! Voici comment Benoît XVI disait cela dans un discours :

 

« Ce qui importe le plus, c’est que vous développiez votre relation personnelle avec Dieu. »

 

L’Eglise n’est pas pour nous un obstacle à une relation personnelle avec notre Seigneur et notre Sauveur, bien au contraire !

 

La deuxième raison pour laquelle c’est au faux argument est en relation avec la raison d’être des sacrements, des rituels et des traditions. Correctement compris et vécus sincèrement, ils nous aident en fait à rencontrer Dieu plus personnellement. C’est pour cela que le Saint Esprit les a inventés, pour nous donner plus la possibilité de faire l’expérience de la proximité de Dieu d’une manière personnelle, tangible. Par exemple, quand nous confessons nos péchés à un prêtre dans le sacrement de la réconciliation, c’est une rencontre personnelle, une rencontre pleinement humaine dans laquelle Dieu nous donne l’assurance de son pardon de la manière la plus concrète qui soit. Et quand nous recevons la Sainte Communion, une fois de plus, Jésus se fait tangible, plus que nous pourrions le faire par nous-mêmes.

 

L’Eglise est le don de Dieu pour nous, munie de tous les moyens pour que nous permettre de le voir, de l’entendre, et de le toucher.

 

En poursuivant cette Messe, rendons grâce à Dieu pour s’intéresser si personnellement à chacun de nous, et promettons-lui de ne jamais nous y habituer, de toujours nous émerveiller de cette relation, qui est la plus importante de toute notre vie, celle que nous pouvons avoir avec lui, dans l’Eglise.

 

« Pour la foule, qui suis-je ? »   « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

« Pour la foule, qui suis-je ? » « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

Lectures 12° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé » (Za 12, 10-12a ; 13, 1)

Lecture du livre de Zacharie

Parole du Seigneur :
En ce jour-là,
je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit qui fera naître en eux bonté et supplication. Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé ; ils feront une lamentation sur lui comme sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement comme sur un premier-né. 
En ce jour-là, il y aura grande lamentation dans Jérusalem.

En ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché et de leur souillure.

 

 

 

 

 

Psaume : Ps 62, 2, 3-4, 5-6, 8-9

R/ Levons les yeux vers le Seigneur : il nous sauve par sa croix.

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.
 

Je t'ai contemplé au sanctuaire,
j'ai vu ta force et ta gloire.
 
Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !
 

Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
 
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.
 

Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l'ombre de tes ailes.
 
Mon âme s'attache à toi,
ta main droite me soutient.
 
 

 

 

 

2ème lecture : La foi au Christ surmonte les barrières entre les hommes (Ga 3, 26-29)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, 
en Jésus Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi.
 
En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus. 
Et si vous appartenez au Christ, c'est vous qui êtes la descendance d'Abraham ; et l'héritage que Dieu lui a promis, c'est à vous qu'il revient.
 
 

 

 

 

Evangile : Confession de foi de Pierre et annonce de la Passion (Lc 9, 18-24)

 

12-TOC.jpg

 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour, Jésus priait à l'écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Pour la foule, qui suis-je ? » 
Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un prophète d'autrefois qui serait ressuscité. » 
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre prit la parole et répondit : « Le Messie de Dieu. » 
Et Jésus leur défendit vivement de le révéler à personne, en expliquant : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » 
Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. »
 

 

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

 

Personne n'est Père comme Dieu (Fête des pères) - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel?

Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel?

 
    À l'occasion de la fête des pères, en tant que chrétiens, nous pouvons être amenés à nous demander ce qui, dans les lectures d'aujourd'hui, et spécialement de l'évangile, pourrait éclairer le sens et l'importance de la paternité humaine.

    Un rapide coup d'oeil sur l'évangile suffit pour éprouver une certaine gêne (pour ne pas dire une gêne certaine). En effet les personnages de la scène évangélique qui nous apparaissent sous un jour favorable, sont tous ... des femmes : d'abord celle dont il est dit qu'elle est une pécheresse, mais qui, par des gestes très concrets, montre un "grand amour"; et aussi d'autres femmes qui, elles aussi, étaient des pécheresses, mais qui, elles aussi, "aidaient" Jésus et les Douze "de leurs ressources".

    Toutes ces femmes - et elles sont "beaucoup", nous dit S. Luc - forment un très vif contraste avec les représentants de la partie masculine de l'humanité, avec, dans l'ordre de leur entrée en scène dans l'évangile de ce dimanche, un pharisien (dont nous apprenons ensuite qu'il s'appelle Simon) et les Douze, qui ne sont que mentionnés furtivement, alors que les noms de certaines femmes sont mentionnés.

    Précisons tout de même la présence essentielle de Jésus, l'Homme qui nous apparaît comme l'icône parfaite du Père. Qui le voit, voit le Père (cf. Jn 14, 9).

 
Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu'il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. (Jn 5, 19)

    La paternité humaine a précisément pour vocation de refléter la paternité divine. La maternité aussi, d'ailleurs, mais pas de la même manière.
 
Chez Dieu, la paternité embrasse tout ce que nous, nous entendons par paternité et maternité. Nous, nous distinguons entre paternité et maternité parce que, dans l'humanité, on fait une différence de sexes, qui joue un rôle essentiel dans la génération. Les enfants naissent d'un père et d'une mère: la paternité appartient à une personne et la maternité à une autre. Paternité et maternité sont complémentaires dans l'éducation des enfants comme dans leur procréation. Elles ont chacune des propriétés spécifiques, celles qui correspondent au sexe masculin et au sexe féminin. Ainsi, on attribuera plus volontiers au père la force protectrice et à la mère la tendresse compatissante.
Dans le mystère éternel où le Père engendre le Fils, la personne du Père est la seule qui accomplit la génération. Selon notre manière de nous exprimer il tient à la fois le rôle du père et celui de la mère. Cependant il n'y a pas un double rôle: son action génératrice ne se divise pas en deux aspects. Sa paternité est parfaitement une, mais en comportant les propriétés de la maternité. C'est pourquoi il n'est pas appelé père et mère; il est Père, au sens d'une paternité qui dépasse les distinctions entre les sexes et qui le désigne comme le seul auteur de la génération divine du Fils.
Ce n'est donc pas une paternité qui s'affirmerait par opposition à une maternité. Elle en intègre toute la richesse. Par là, elle est beaucoup plus ample que toute paternité humaine. (Jean Galot)

    Saint Augustin écrit:
 
Dieu est un "père" parce qu'il a créé, parce qu'il appelle à son service, parce qu'il ordonne, parce qu'il gouverne; il est une "mère" parce qu'il réchauffe, nourrit, allaite et porte dans son sein.

    Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne pareillement que l'image de la maternité "indique davantage l'immanence de Dieu, l'intimité entre Dieu et sa créature", le fait qu'il est "bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants". Mais Dieu est aussi "origine première de tout et autorité transcendante". Voilà la vocation propre de la paternité humaine (complémentaire par rapport à la maternité): elle consiste précisément à refléter cet aspect-là de la paternité de Dieu, étant bien entendu que "personne n'est père comme Dieu", ni l'homme, ni la femme, parce que:
 
les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ; Is 49, 15) : Personne n’est père comme l’est Dieu. (CEC 239)

         Il y a déjà quelques années, je lisais un article d'un philosophe: François-Xavier Ajavon. L'article était intitulé: "Angoisse : dans un an 'mai 2008' ". Il commence par ces mots:
 
Qu’on se le dise dans les chaumières : le mois de mai 2008 sera peut-être un peu difficile à supporter. En effet, nous fêterons alors — dans une liesse médiatique qu’il faut craindre — les quarante ans des événements anarcho-festifs de 1968.

    Après avoir évoqué les commémorations du bicentenaire de la Révolution française en 1989, il termine ainsi:
 
Quand va t-on enfin cesser de faire de la politique sur le dos de l’histoire ? Devons-nous craindre mai 2008 ? Pour certains Français, le printemps 2008 sera une belle saison pour mourir…

    Avis aux amateurs...

    Le prêtre-psychiatre Tony Anatrella, dans un livre intitulé "La différence interdite. Sexualité, éducation, violence, 30 ans après Mai 68", affirme qu'il faudra, un jour avoir le courage de citer les chiffres du désastre. Le désastre, pour lui, c'est la confusion, la perte de l'autorité et du crédit des adultes, le manque de points de référence pour l'existence. Que ce soit l'absence du père, ou le refus du père, cette absence et ce refus sont lourds de conséquences.

    En connaissance de cause le Cardinal Lopez Trujillo, président du Conseil Pontifical pour la famille, écrivait en 1999 (Année du Père):

 
La famille subit la crise de l'absence de paternité. On a peur d'être et d'agir comme père. Si le père est source de vie, beaucoup aujourd'hui, conditionnés par la culture de la mort, éprouvent la peur d'être pères, d'assumer la paternité avec toutes ses conséquences. On a peur de transmettre la vie et il se développe dans beaucoup de pays économiquement développés, la peur de la maternité: c'est là le fruit de multiples facteurs, entre autres, le travail auquel sont contraintes les femmes hors de leur foyer. Alors, dans de nombreux cas, on en arrive même à rejeter la vie engendrée, à la répudier, en allant contre le plus fondamental des droits, celui à l'existence, dans l'abominable crime qu'est l'avortement.

    L'avortement, crime abominable, alors qu'il ne cesse d'être présenté comme un progrès dans l'émancipation de la femme... Mais le lot des enfants qui ont échappé à l'avortement est à peine plus enviable:
 
Il existe aussi une peur diffuse de l'exercice de la responsabilité paternelle, de l'exercice de l'autorité, de l'éducation (...) De la même manière se répand ce que l'on appelle le "syndrome de Peter Pan" qui met en relief le caprice de ceux qui veulent toujours rester des enfants, sans mûrir. Alors la peur d'éduquer devient une sorte de conspiration: les parents qui ne savent pas l'être répondent inconsciemment à ces caprices, non sans réflexes d'auto-justification. On avance différents arguments: les parents disent qu'ils ne se sentent pas prêts à violer la liberté de leurs enfants, à diriger et à orienter, à corriger. Ils pensent, à tort, que ou bien leurs enfants sont déjà formés, ou bien qu'ils souffrent de troubles graves qui se dressent comme des barrières infranchissables pour les diriger. Et ils ne se rendent pas compte qu'en ne les éduquant pas d'une manière responsable, ils mettent en très grand danger la formation de leurs enfants. Ils deviennent des pesonnalités qui ne mûrissent pas, qui ne grandissent pas.

    Sombre état des lieux, me direz-vous... Mais il y a encore plus grave. Car ce dont l'enfant a le plus besoin, ce n'est pas l'affection maternelle, ni l'autorité paternelle. L'enfant a besoin avant tout et surtout d'avoir un père et une mère qui s'aiment fidèlement l'un l'autre, car c'est dans cet amour qu'il trouve son origine humaine. Si cet amour-là vient à manquer, l'enfant sera privé de l'essentiel, même s'il est comblé de tout par ailleurs. Or, constate le Cardinal Lopez Trujillo,
 
La famille passe, aujourd'hui, en de nombreux endroits, par une phase de crises, d'érosion qui a une de ses racines dans les différentes formes d'absence de paternité. Le droit de l'enfant à disposer vraiment d'un foyer, d'une famille, est nié de maintes façons. L'absence d'un foyer conçu comme une communauté de vie et d'amour, au caractère permanent, constitue un environnement très pénible. Les unions libres consensuelles, le fléau du divorce dont les vrais désastres commencent seulement à être étudiés par des sociologues, des psychologues, des éducateurs, etc., la tendance à faire de la famille une sorte de club, comme dans le cas des familles monoparentales qui mêlent les enfants de précédentes unions à de nouvelles familles, toutes ces multiples formes d'abandon se paient très chèrement.
Quel sera l'avenir si les législations visent à cantonner la famille avec ces fausses options des "unions de fait" (...) alors que le mariage, comme on l'a compris depuis des siècles, cet engagement des époux basé sur l'acceptation et le don, lie l'avenir? (...) Sur cette question, on peut aller jusqu'au non-sens, pour rester modérés, en proposant le droit à l'adoption pour les couples homosexuels ou les lesbiennes, en ne prenant nullement en compte l'intérêt supérieur de l'enfant, invoqué par la Convention sur les Droits de l'Enfant (cf. art. 21).

 

    C'est sur ce fond de tableau que saint Jean-Paul II, dans sa Lettre aux familles (n. 14), avait parlé de ces "orphelins dont les parents sont vivants" !

    C'est dans ce contexte également qu'il faut surtout se souvenir de ce que Jésus énonce comme une sorte de loi générale, mais que rien n'empêche d'appliquer en particulier au domaine de la paternité humaine: "Celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour". Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel? Si les pères absents et les époux infidèles pouvaient montrer à leurs épouses délaissées et à leurs enfants négligés l'amour que la pécheresse de l'évangile a montré envers Jésus? Et inversement, si un plus grand amour conjugal et paternel devenait pour eux le tremplin pour se jeter dans les bras de Celui qui pardonne tout et tout de suite? Pour qu'ils s'entendent dire par le Seigneur en personne: "Ta foi t'a sauvé. Va en paix", serait-ce trop cher payer?

    Saint Jean Chrysostome disait:

 
Vous ne pouvez pas appeler notre Père le Dieu de toute bonté si vous conservez un coeur cruel et inhumain; parce que dans ce cas, vous n'avez plus en vous le signe de la bonté du Père du ciel. (CEC n. 2784)

    Et saint Cyprien:
 
Il faut nous souvenir, quand nous nommons Dieu notre Père, que nous devons nous comporter en fils de Dieu. (ibid.)

    Voilà tout le mal que l'on peut souhaiter aujourd'hui aux pères. À tous les pères, puisque "personne n'est père comme l'est Dieu".

La Puissance et la Beauté de la Miséricorde - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Que nous ressemblions davantage à cette femme pécheresse ou à ce Simon pécheur, peu importe...

Que nous ressemblions davantage à cette femme pécheresse ou à ce Simon pécheur, peu importe...

 

pecheresse.gif

 

 

Cet épisode de l’Evangile n’est rapporté que par S. Luc. Matthieu, Marc et Jean n’en font aucune mention. Pourquoi S. Luc a-t-il décidé de l’insérer dans son Evangile ? Sans doute pour la même raison qu’il est aussi le seul parmi les évangélistes, à inclure les paraboles du Fils Prodigue et du Bon Samaritain. S. Luc était fasciné par l’infinie miséricorde du Christ, par la puissance de son amour inconditionnel.

 

Dans sa première encyclique, Benoît XVI avait écrit que Jésus est l’amour incarné de Dieu (n. 12), l’amour et la miséricorde de Dieu rendus visibles. Prenons quelques instants pour le contempler.

 

Regardons d’abord la femme pécheresse. Comment cette femme est-elle entrée dans la maison de Simon ? Toute penaude ? Etait-elle timide et hésitante ? Si elle avait été embarrassée, elle ne serait pas venue, tout simplement. Non, elle a dû se précipiter dans la salle, cherchant Jésus avec un regard intense. Le voyant, son regard a dû s’éclairer, son inquiétude faire place à un beau sourire : elle avait trouvé celui qu’elle cherchait !

 

Qui était Jésus pour cette femme ? Jésus était son Sauveur. Elle avait trouvé en lui ce qu’elle cherchait depuis longtemps. Nous ne savons pas comment elle l’a connu. Peut-être n’avait-elle vu Jésus que de loin, écoutant son enseignement perdue dans la foule. Peut-être, après un de ses sermons, leurs regards s’étaient-ils croisés l’espace d’une fraction de seconde. Quelles qu’aient été les circonstances de ce premier contact, la puissance de sa grâce avait, d’une manière ou d’une autre, touché son cœur, pénétrant les barrières qu’elle avait érigées dans son cœur. En Jésus, cette pécheresse publique avait fini par trouver quelqu’un qui la connaissait vraiment, qui l’avait appréciée de cette manière qu’elle avait toujours désirée, qui n’attendait rien d’elle, sinon la confiance et l’amitié. Pendant toutes ces années, elle avait cherché à s’épanouir, à faire reconnaître sa vraie valeur, au mauvais endroit.

 

Aujourd’hui, joignons-nous à elle. Répandons le précieux parfum de la reconnaissance et de l’amour sur Jésus, notre Seigneur, qui nous a supportés, cherchés, livré son corps et son sang en nourriture, et qui est toujours prêt à pardonner nos péchés.

 

Maintenant tournons notre regard vers l’autre pécheur, Simon, le pharisien. Simon avait réussi dans la vie, et il en était arrivé à penser qu’il n’avait pas besoin de Dieu. Oui, il fréquentait la synagogue. Après tout, il est un pharisien, un leader spirituel. Mais il allait à la synagogue pour montrer combien il était juste, et non pas pour mendier la grâce de Dieu. La femme, qui savait qu’elle était une pécheresse, et qu’elle avait besoin d’un Sauveur, était capable de voir la gloire du Christ et de faire l’expérience de son amour. Mais Simon, lui, est aveuglé par son arrogance et son autosuffisance, et donc il ne découvre rien d’extraordinaire en ce rabbin de Nazareth.

 

Il y a un Simon en chacun de nous, et c’est ce petit Simon qui nous retient d’aller nous confesser, et de nous confesser en vérité. Ceux qui se connaissent en vérité, qui savent vraiment qu’ils ont besoin de la miséricorde de Dieu et de sa grâce dans leur vie, ceux-là se confessent régulièrement et loyalement. Ils se jettent au pieds de Jésus dans un élan d’humble gratitude, comme la femme pécheresse. Et alors, Dieu peut en faire des saints. La Bienheureuse Mère Teresa (bientôt canonisée) se confessait chaque semaine. Simon le Pharisien ne se serait jamais confessé : il n’avait jamais tué personne. Il se trouvait quelqu’un de très bien ! Cette autosuffisance diabolique agit comme un bouclier, et fait en sorte que les flèches de la grâce sont écartées, incapables de pénétrer dans nos cœurs pour les transformer.

 

Maintenant voyons comment Jésus réagit face à ces deux pécheurs. Est-il gentil et compréhensif avec celle qui lui fait confiance et le respecte, mais dur et en colère contre celui qui le regarde de haut ? C’est l’impression que nous pourrions avoir au premier regard. Mais, en fait, il n’en est pas ainsi. Bien sûr nous pouvons imaginer son sourire quand il permet à cette femme pécheresse de le oindre pour exprimer sa gratitude. Après quoi il la regarde dans les yeux et prononce les paroles qu’elle aurait voulu entendre depuis si longtemps, des paroles de guérison et de pardon. Il les prononce à voix haute, pour qu’elle ne doute jamais plus de la miséricorde de Dieu, pour qu’elle soit vraiment libérée de ce tourment de sa culpabilité, pour qu’elle sache avec certitude qu’elle aimée du seul Homme dont l’amour est vraiment essentiel.

Et ensuite, Jésus se tourne vers Simon. Est-ce que Jésus l’agresse et l’humilie ? Pas du tout. Il le reprend avec douceur. Il le regarde, exactement comme il a regardé la femme, avec douceur et compassion. Ensuite il lui pose quelques questions, pour éveiller et éclairer sa conscience. Jésus a tellement soif de notre amitié ! Il ne nous rejette jamais ! Il nous attire vers sa lumière!

 

Saint François de Sales faisait remarquer que l’on attrape plus de mouches avec une goutte de miel qu’avec un tonneau entier de vinaigre. Le miel coule de Jésus tout au long de l’Evangile. Ce miel, c’est sa miséricorde ! Il veut nous assurer que rien pourra l’empêcher de nous aimer. Il désire que nous lui fassions confiance, que nous le suivions, que nous lui confessions nos péchés, pour qu’il puisse nous libérer afin de nous rendre capables de vivre notre vie comme nous le souhaitons vraiment.

 

Que nous ressemblions davantage à cette femme pécheresse ou à ce Simon pécheur, peu importe. C’est le même Jésus qui viendra à nous dans cette eucharistie. Accueillons-le comme il convient.

 

Lectures 11° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : David reconnaît sa faute et Dieu lui pardonne (2S 12, 7-10.13)

Lecture du second livre de Samuel

Après le péché de David, le prophète Natan vint le trouver et lui dit : « Ainsi parle le Seigneur Dieu d'Israël: Je t'ai sacré roi d'Israël, je t'ai sauvé de la main de Saül,
puis je t'ai donné la maison de ton maître, je t'ai donné les épouses du roi ; je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda et, si ce n'est pas encore assez, j'y ajouterai tout ce que tu voudras.
Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé par l'épée Ourias le Hittite ; sa femme, tu l'as prise pour femme ; lui, tu l'as fait périr par l'épée des fils d'Ammon.
Désormais, l'épée ne cessera plus de frapper ta maison, pour te punir, parce que tu m'as méprisé et que tu as pris la femme d'Ourias le Hittite pour qu'elle devienne ta femme.
David dit à Nathan : « J'ai péché contre le Seigneur ! » Nathan lui répondit : « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas. »
 
 

 

 

 

Psaume : Ps 31, 1-2, 5abcd, 5ef.7, 10bc-11

 

 

11_to_c_2007_xl.jpg

 

 

 

R/ Pardonne-moi, mon Dieu, relève-moi !

 

Heureux l'homme dont la faute est enlevée, 
et le péché remis !
Heureux l'homme dont le Seigneur ne retient pas l'offense, 
dont l'esprit est sans fraude !

Je t'ai fait connaître ma faute,
je n'ai pas caché mes torts.
J'ai dit : "Je rendrai grâce au Seigneur
en confessant mes péchés."

Et toi, tu as enlevé l'offense de ma faute.
Tu es un refuge pour moi,
mon abri dans la détresse,
de chants de délivrance tu m'as entouré.

L'amour du Seigneur entourera
ceux qui comptent sur lui.
Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes !
Hommes droits, chantez votre allégresse !
 
 

 

 

 

2ème lecture : C'est par la foi au Christ que nous sommes sauvés (Ga 2, 16.19-21)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, nous le savons bien, ce n'est pas en observant la Loi que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c'est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse, car personne ne devient juste en pratiquant la Loi.
Grâce à la Loi (qui a fait mourir le Christ) j'ai cessé de vivre pour la Loi afin de vivre pour Dieu. Avec le Christ, je suis fixé à la croix :
je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi. Ma vie aujourd'hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi.
Il n'est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c'était par la Loi qu'on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien.
 
 

 

 

 

Evangile : La pécheresse pardonnée à cause de son grand amour (brève : 36-50) (Lc 7, 36-50; 8, 1-3)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Auprès du Seigneur est la grâce, près de lui, la pleine délivrance. Alléluia. (Ps 129, 7)

 

11-TOC-ev.jpg

 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table.
Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum.
Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum.
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse. »
Jésus prit la parole : « Simon, j'ai quelque chose à te dire. - Parle, Maître. »
Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d'argent, l'autre cinquante.
Comme ni l'un ni l'autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera davantage ? »
Simon répondit : « C'est celui à qui il a remis davantage, il me semble. — Tu as raison », lui dit Jésus.
Il se tourna vers la femme, en disant à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux.
Tu ne m'as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n'a pas cessé d'embrasser mes pieds.
Tu ne m'as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m'a versé un parfum précieux sur les pieds.
Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour. »
Puis il s'adressa à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. »
Les invités se dirent : « Qui est cet homme, qui va jusqu'à pardonner les péchés ? »
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t'a sauvée. Va en paix ! »
Ensuite Jésus passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l'accompagnaient,
ainsi que des femmes qu'il avait délivrées d'esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons),
Jeanne, femme de Kouza, l'intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, qui les aidaient de leurs ressources.
 

 

 

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

Celui qui prie ne perd jamais son temps - Homélie 10° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

10-TOC-ev2.jpg

 

Difficile de trouver un miracle avec plus d'intensité dramatique que celui dont nous venons d'entendre le récit. Y a-t-il de meilleures preuves de la puissance de Dieu ? Y a-t-il de meilleures preuves de la bonté de Dieu ? Quand Jésus est ressuscité des morts il a conquis la mort et ouvert les portes de la vie éternelle. Et il l'a fait pour nous. Voilà le sens de ces miracles « précurseurs ». Ils nous montrent que la bonté et la puissance de Dieu sont à notre service, sont à l'oeuvre pour notre bien.
 
Jésus regarde chacun de nous comme il a regardé la veuve de Naïm :
 
En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : « Ne pleure pas. » 
 
Le mot grec traduit en français par « saisi de pitié » est «  splagchnizomai », qui signifie littéralement : être remué jusqu'aux entrailles, au fond de lui-même. Et c'est ainsi que Jésus réagit à la souffrance de la veuve. Cette profonde compassion le pousse à agir, et à faire ce grand miracle.
 
C'est cette même compassion qui le pousse encore aujourd'hui à agir dans les sacrements, en se rendant réellement présent dans l'Eucharistie, en nous lavant de nos péchés dans le sacrement de la réconciliation, en permettant à la Très Sainte Trinité de venir habiter nos âmes par le baptême.
 
Mais la différence entre l'action du Seigneur dans les sacrements et la résurrection du fils de la veuve de Naïm se trouve dans notre manière de réagir. Ceux qui ont été témoins de ce miracle ont réagi en rendant gloire à Dieu et en renouvelant leur confiance en lui. :
 
La crainte s'empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu.
 
En leur permettant de faire l'expérience de sa bonté et de sa puissance, Dieu a voulu 'booster' leur confiance. C'est ce qu'il veut faire aussi avec nous, si nous le voulons bien.
 
***
 
C'est la raison d'être du calendrier liturgique. Vous savez que l'Eglise catholique a son calendrier propre, basé sur la liturgie, c'est-à-dire la célébration des merveilles de Dieu dans l'histoire. Ce calendrier est élaboré autour de cinq temps liturgiques :
 
Le premier est celui de l'Avent, immédiatement suivi du Temps de Noël. Ensuite il y a le Carême et le Temps pascal. Le reste de l'année est appelé Temps ordinaire. Chaque temps liturgique a ses prières et ses couleurs propres, ses traditions.
 
En plus de ces temps, il y a des célébrations liturgiques, soit des mémoires de saints du calendrier universel ou local, soit des solennités commémorant certains grands événements de l'histoire du salut, comme l'Assomption de la Vierge Marie. Chacune des ces célébrations a aussi sa couleur et ses prières propres.
 
A cela il faut ajouter les dévotions populaires, comme le Rosaire, spécialement à l'honneur durant le mois d'octobre.
 
Durant des siècles la vie quotidienne, la culture, le travail étaient organisés en fonction des ces temps liturgiques. Il était alors plus facile pour les chrétiens de nourrir leur foi en célébrant les actions éclatantes de Dieu dans leur vie quotidienne. Leur emploi du temps le leur permettait assez facilement. De nos jours il est plus difficile d'intégrer ces temps dans un emploi du temps surchargé. Cela nous demande un effort conscient et permanent. Mais si nous sommes fidèles, nous pourrons, nous aussi, faire l'expérience de la puissance et de la bonté de Dieu et lui rendre gloire.
 
***
 
Revenons maintenant à notre veuve. L'expérience qu'elle a pu faire de la puissance et de la bonté de Dieu ont radicalement changé sa vie. N'avons-nous pas tous ce même désir ? Nous avons tous pu faire l'expérience de la mort, ou de toute autre forme de souffrance. Tous nous avons besoin de la grâce de Dieu pour donner un sens à ces souffrances, pour les transformer en joie par la puissance de son amour. Mais pour cela nous devons lui en donner l'occasion. Nous devons prêter attention à Dieu pour qu'il puisse manifester ses merveilles par la prière personnelle, en priant avec le cœur.
 
Le Catéchisme de l'Eglise Catholique (2559) dit que la prière « est l'élévation de l'âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens convenables » (S. Jean Damascène). Et si nous prenions le temps de faire cela tous les jours... Alors notre relation avec Dieu deviendrait beaucoup plus étroite ; notre expérience du Christ atteindrait rapidement un autre niveau. Si vous le faites déjà, ne lâchez rien ! Mais sinon, pourquoi ne pas commencer aujourd'hui ?
 
Ce n'est pas bien compliqué. Prenez le temps dix minutes, chaque matin, en commençant à vous souvenir de trois bénédictions que vous avez reçues durant les 24 heures qui viennent de s'écouler et pour lesquelles vous manifestez votre reconnaissance.
 
Ensuite pensez à trois personnes que vous connaissez, que vous portez dans votre cœur, ou qui ont besoin d'aide, et demandez à Dieu de les bénir.
 
Ensuite, prenez votre Bible et lisez un passage en réfléchissant à la manière dont il se rapporte à votre vie.
 
Terminez par un Notre Père et un Je Vous Salue Marie.
 
Vous voyez : rien de bien compliqué. Tout le monde peut le faire. Soyez certains que vos dix minutes seront bien investies. Ceux qui prient ne perdent jamais leur temps.

 

La crainte s'empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu.

La crainte s'empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu.

Lectures 10° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

Premier livre des Rois 17,17-24. 
Après cela, le fils de la femme chez qui habitait Élie tomba malade ; le mal fut si violent que l'enfant expira. 
Alors la femme dit à Élie : « Qu'est-ce que tu fais ici, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » 
Élie répondit : « Donne-moi ton fils ! » Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre en haut de la maison et l'étendit sur son lit. 
Puis il invoqua le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu'à faire mourir son fils ? » 
Par trois fois, il s'étendit sur l'enfant en invoquant le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, je t'en supplie, rends la vie à cet enfant ! » 
Le Seigneur entendit la prière d'Élie ; le souffle de l'enfant revint en lui : il était vivant ! 
Élie prit alors l'enfant, de sa chambre il le descendit dans la maison, le remit à sa mère et dit : « Regarde, ton fils est vivant ! » 
La femme lui répondit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. » 

 

 

 

Psaume 30(29),3-4.5-6ab.6cd.12.13. 
Quand j'ai crié vers toi, Seigneur, 
mon Dieu, tu m'as guéri ; 
Seigneur, tu m'as fait remonter de l'abîme 
et revivre quand je descendais à la fosse. 

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, 
rendez grâce en rappelant son nom très saint. 
Sa colère ne dure qu'un instant, 
sa bonté, toute la vie. 

Avec le soir, viennent les larmes, 
mais au matin, les cris de joie. 
Tu as changé mon deuil en une danse, 
mes habits funèbres en parure de joie. 

Que mon cœur ne se taise pas, 
qu'il soit en fête pour toi, 
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, 
je te rende grâce ! 

Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 1,11-19. 
Frères, il faut que vous le sachiez, l'Évangile que je proclame n'est pas une invention humaine. 
Ce n'est pas non plus un homme qui me l'a transmis ou enseigné : mon Évangile vient d'une révélation de Jésus Christ. 
Vous avez certainement entendu parler de l'activité que j'avais dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l'Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. 
J'allais plus loin dans le judaïsme que la plupart des gens de mon peuple qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. 
Mais Dieu m'avait mis à part dès le sein de ma mère, dans sa grâce il m'avait appelé, 
et, un jour, il a trouvé bon de mettre en moi la révélation de son Fils, pour que moi, je l'annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l'avis de personne, 
sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient Apôtres avant moi, je suis parti pour l'Arabie ; de là, je suis revenu à Damas. 
Puis, au bout de trois ans, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours avec lui. 
Je n'ai vu aucun des autres Apôtres sauf Jacques, le frère du Seigneur. 

10-TOC-ev1.jpg
La ville de Naim aujourd'hui

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7,11-17. 

10-TOC-ev.jpg

Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu'une grande foule. 
Il arriva près de la porte de la ville au moment où l'on transportait un mort pour l'enterrer ; c'était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme. 
En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : « Ne pleure pas. » 
Il s'avança et toucha la civière ; les porteurs s'arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi. » 
Alors le mort se redressa, s'assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. 
La crainte s'empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu : « Un grand prophète s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » 
Et cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins. 

©Evangelizo.org 2001-2013

Cardinal Sarah : comment remettre Dieu au cœur de la liturgie

dominicanus
La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur.

La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur.

EXCLUSIF MAG - Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, appelle à une grande réflexion sur l’eucharistie. Et invite prêtres et fidèles à se tourner vers l’Orient, le Christ.

Il y a quelques semaines, vous avez émis le souhait de voir « remis au centre le sacrement des sacrements », c’est-à-dire l’eucharistie. Pour quelle raison ?

Je souhaite engager une grande réflexion sur cette question, afin de remettre l’eucharistie au centre de notre vie. Je constate que beaucoup de nos liturgies deviennent des spectacles. Souvent, le prêtre ne célèbre plus l’amour du Christ à travers son sacrifice, mais une rencontre entre amis, un repas convivial, un moment fraternel. En cherchant à inventer des liturgies créatives ou festives, nous courons le risque d’un culte trop humain, à la hauteur de nos désirs et des modes du moment. Peu à peu, les fidèles s’éloignent de ce qui nous donne la Vie. Pour les chrétiens, l’eucharistie, c’est une question de vie ou de mort !

Repères

Orientation « Ainsi, de célébration en célébration, annonçant le mystère pascal de Jésus “jusqu’à ce qu’Il vienne” (1 Co 11, 26), le peuple de Dieu en pèlerinage s’avance par la porte étroite de la Croix. »

Catéchisme de l’Église catholique, § 1344, en conclusion du chapitre «L’institution de l’eucharistie».

Comment remettre Dieu au centre ?

La liturgie est la porte de notre union à Dieu. Si les célébrations eucharistiques se transforment en autocélébrations humaines, le péril est immense, car Dieu disparaît. Il faut commencer par replacer Dieu au centre de la liturgie. Si l’homme en est le centre, l’Église devient une société purement humaine, une simple ONG, comme l’a dit le pape François. Si, à l’inverse, Dieu est au cœur de la liturgie, alors l’Église retrouvera sa vigueur et sa sève ! « Dans notre rapport avec la liturgie se joue le destin de la foi et de l’Église », écrivait de manière prophétique le cardinal Joseph Ratzinger.

Quel remède recommandez-vous ?

La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur. Le concile Vatican II insistait sur un point majeur : dans ce domaine, l’important n’est pas ce que nous faisons, mais ce que Dieu fait. Aucune œuvre humaine ne pourra jamais réaliser ce qui se trouve au cœur de la messe : le sacrifice de la croix.

La liturgie nous permet de sortir des murs de ce monde. Retrouver la sacralité et la beauté de la liturgie requiert donc un travail de formation pour les laïcs, les prêtres et les évêques. Il s’agit d’une conversion intérieure.

Pour remettre Dieu au centre de la liturgie, il faut aussi le silence : cette capacité de se taire pour écouter Dieu et sa parole. J’affirme que nous ne rencontrons Dieu que dans le silence et l’approfondissement de sa parole dans les profondeurs de notre cœur.

Comment faire concrètement ?

Se convertir, c’est se tourner vers Dieu. Je suis profondément convaincu que nos corps doivent participer à cette conversion. Le meilleur moyen est certainement de célébrer – prêtres et fidèles – tournés ensemble dans la même direction : vers le Seigneur qui vient. Il ne s’agit pas, comme on l’entend parfois, de célébrer le dos tourné aux fidèles ou face à eux. Le problème n’est pas là. Il s’agit de se tourner ensemble vers l’abside qui symbolise l’Orient où trône la croix du Seigneur ressuscité.

Par cette manière de célébrer, nous expérimenterons, jusque dans nos corps, la primauté de Dieu et de l’adoration. Nous comprendrons que la liturgie est d’abord notre participation au sacrifice parfait de la croix. J’en ai fait personnellement l’expérience ; en célébrant ainsi, l’assemblée, avec le prêtre à sa tête, est comme aspirée par le mystère de la croix au moment de l’élévation.

Mais cette manière de faire est-elle autorisée ?

Elle est légitime et conforme à la lettre et à l’esprit du Concile. En tant que préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, je tiens à rappeler que la célébration versus orientem est autorisée par les rubriques du Missel, qui précisent les moments où le célébrant doit se retourner vers le peuple. Il n’est donc pas besoin d’autorisation particulière pour célébrer face au Seigneur. Ainsi, dans une tribune publiée par L’Osservatore Romano, en juin 2015, j’ai proposé que les prêtres et les fidèles se tournent vers l’Orient au moins pendant le rite de la pénitence, pendant le chant du Gloria, les oraisons et la prière eucharistique.

Dans l’esprit de beaucoup, le changement d’orientation de l’autel est lié à Vatican II. Est-ce vrai ?

Plus de cinquante ans après la clôture de Vatican II, il devient urgent que nous lisions ses textes ! Le Concile n’a jamais demandé de célébrer face au peuple ! Cette question n’est pas même abordée par la constitution Sacrosanctum concilium… Bien plus, les Pères du Concile voulaient souligner la nécessité pour tous d’entrer en participation du mystère célébré. Dans les années qui ont suivi Vatican II, l’Église a cherché les moyens de mettre en œuvre cette intuition.

Ainsi, célébrer face au peuple est devenu une possibilité, mais pas une obligation. La liturgie de la Parole justifie le face-à-face du lecteur et des auditeurs, le dialogue et la pédagogie entre le prêtre et son peuple. Mais dès que nous arrivons au moment où l’on s’adresse à Dieu – à partir de l’offertoire –, il est essentiel que le prêtre et les fidèles se tournent ensemble vers l’Orient. Cela correspond tout à fait à ce qu’ont voulu les Pères conciliaires.

Je crois qu’il faut revenir au texte du Concile. Certaines adaptations à la culture locale n’ont probablement pas été assez mûries. Je pense à la traduction du Missel romain. Dans certains pays, des éléments importants ont été supprimés, notamment au moment de l’offertoire. En français, la traduction de l’Orate fratres a été tronquée. Le prêtre devrait dire : « Priez mes frères pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable à Dieu le Père tout-puissant. » Et les fidèles de répondre : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice pour la louange et la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute sa sainte Église. » À l’audience qu’il m’a accordée, le samedi 2 avril, le pape m’a confirmé que les nouvelles traductions du Missel romain doivent impérativement respecter le texte latin.

Que faites-vous de la participation des fidèles ?

La participation des fidèles est primordiale. Elle consiste avant tout à se laisser entraîner à la suite du Christ dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. « On ne va pas à la messe pour assister à une représentation. On y va pour participer au mystère de Dieu », a rappelé le pape François tout récemment. L’orientation de l’assemblée vers le Seigneur est un moyen simple et concret de favoriser une vraie participation de tous à la liturgie.

La participation des fidèles ne saurait donc être comprise comme la nécessité de faire « quelque chose ». Sur ce point, nous avons déformé l’enseignement du Concile. Au contraire, il s’agit de laisser le Christ nous prendre, et nous associer à son sacrifice. Seul un regard trempé dans une foi contemplative nous gardera de réduire la liturgie à un spectacle où chacun aurait un rôle à jouer. L’eucharistie nous fait entrer dans la prière de Jésus et dans son sacrifice, car Lui seul sait adorer en esprit et en vérité.

Quel sens l’Église donne-t-elle à cette question de l’orientation ?

D’abord, nous ne sommes pas les seuls à prier de manière orientée. Le Temple juif et les synagogues ont toujours été orientés. En retrouvant cette orientation, nous pourrons repartir vers nos origines. Je constate aussi que des non chrétiens, les musulmans en particulier, sont orientés pour prier.

Pour nous, la lumière, c’est Jésus Christ. Toute l’Église est orientée vers le Christ. Ad Dominum. Une Église refermée sur elle-même en un cercle clos aurait perdu sa raison d’être. Pour être elle-même, l’Église doit vivre face à Dieu. Notre point de référence, c’est le Seigneur ! Nous savons qu’Il a vécu avec nous et qu’Il est reparti vers le Père sur le mont des Oliviers, situé à l’est de Jérusalem. Et qu’Il reviendra de la même manière. Rester tournés vers le Seigneur, c’est L’attendre chaque jour. Il ne faudrait pas que Dieu se plaigne constamment : « Ils tournent vers moi leur dos au lieu de tourner vers moi leur visage ! » (Jr 2, 27). [...]

« Mourir dans l'eucharistie »

« À la messe, nous sommes d’abord présents pour Dieu. Si nous ne tournons pas notre regard de manière radicale vers Dieu, notre foi deviendra tiède, vagabonde et incertaine. Quand j’étais enfant de chœur, j’observais avec attention la délicatesse et la ferveur avec lesquelles les missionnaires célébraient leurs messes. Grâce à eux, j’ai compris que, quand le prêtre dit : “Il est grand le mystère de la foi”, il ne s’agit pas d’une formule !

Sans la foi, que peut signifier l’eucharistie ? Souvenez-vous que beaucoup de disciples ont quitté Jésus au moment où Il leur a dit : “Je vous donne mon corps à manger. ” Aujourd’hui encore, beaucoup Le lâchent…

Ils sont présents physiquement à la messe, mais leur foi est défaillante, affaiblie par le manque de ferveur de notre temps et le paganisme de nos sociétés. C‘est la foi qui introduit les hommes dans le mystère de Dieu qui aime jusqu’à la mort.

Et je meurs aussi dans chaque eucharistie, comme le dit saint Paul : « Je meurs chaque jour » (Rm 15). Si nous mourons dans l’eucharistie, nous savons que c’est pour avoir la vie nouvelle. La messe doit être précédée par une vie de prière intense à la maison.

La célébration de l’eucharistie sera dense si chaque chrétien cultive une profonde intériorité et une intense vie de prière quotidienne.  »

Le cardinal Robert Sarah

 

Aymeric Pourbaix

Famille Chrétienne

 

Afficher plus d'articles

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>
RSS Contact