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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

L'Évangile de la Vie tout terrain - Homélie 13° dimanche du T.O. B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
« Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

« Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

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Entre l’'évangile de dimanche dernier et celui d’'aujourd’'hui, un passage a été sauté. C'’est celui du possédé dans le pays des Géraséniens. Retenons simplement que le combat contre les démons fait partie de la formation des Apôtres à l’'évangélisation. Car c’est bien de cela qu'’il s’agit : Jésus est en train de préparer les Douze à leur premier envoi en mission. (Ce sera l’'évangile du 15e dimanche du Temps Ordinaire.) Avec ce passage qui a été sauté, et celui de dimanche dernier, l’'évangile d’'aujourd'’hui nous présente un éventail très ramassé, mais très dense, de toutes les situations auxquelles ceux que Jésus à l’'intention d’'envoyer en mission, seront confrontés : les tempêtes, suggérant toutes les angoisses qui assaillent le coeœur de l’'homme ; le combat contre les puissances du mal ; la maladie et la mort.

Les "échantillons" servant d’'exemples type sont aussi très suggestifs : les Apôtres eux-mêmes dans leur barque avec Jésus ; le Gérasénien possédé ; la fille de Jaïre déjà morte ; et une femme qui avait des pertes de sang et qui ne bénéficie guère des progrès de la médecine. C'’est plutôt la médecine qui profite de son porte-monnaie. Bref, un homme, une femme, une enfant : c'’est la mission universelle tout-terrain ! Situons bien ce passage de l’'évangile dans son contexte (cf. introduction de l'’homélie de dimanche dernier : "De l’'angoisse à la foi : quelle croisière !").

J'’insiste encore sur l'’importance du couplage de l’'enseignement de Jésus en paroles (en paraboles) et de son enseignement en actions. Le Père Tardif, qui avait un charisme évident de guérison, insistait beaucoup sur l’'importance de l’'enseignement. Il faudrait peut-être que ceux qui enseignent insistent pareillement sur l’'importance des guérisons. C'’est une vérité souvent oubliée que nous a rappelée pourtant le Concile :

"Cette économie de la révélation se fait par des actions et des paroles si étroitement liées entre elles, que les œoeuvres accomplies par Dieu dans l'’histoire du salut rendent évidentes et corroborent la doctrine et l’'ensemble des choses signifiées par les paroles, et que les paroles proclament les œoeuvres et font découvrir le mystère qui s'’y trouve contenu. " (Dei Verbum 2)

Ce rappel est dans la droite ligne de ce qu'enseignait déjà S. Cyrille d’'Alexandrie. Même dans les oeuvres, il y a toujours un geste et une parole :

"Dès lors que le Christ est entré en nous par sa propre chair (l’'Eucharistie), nous ressusciterons entièrement ; il est impossible que la Vie ne fasse pas vivre ceux chez qui elle s'’introduit. Ce n’'est donc pas à sa seule parole qu'’il donne d’'opérer la résurrection des morts ; pour montrer que son corps donne la vie, comme nous l’'avons dit, il touche les cadavres et donne par lui la vie aux corps déjà décomposés. Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à la pourriture, quel profit ne trouverons-nous pas à sa vivifiante Eucharistie quand nous la recevons."

(Nous reviendrons sur l'eucharistie un peu plus loin.) Que ce soit pour guérir la femme hémorroïsse ou pour ressusciter la fille de Jaïre, il y a bien, en même temps qu'’une parole, un contact physique avec Jésus. Jésus "SAISIT la main de l’'enfant, et lui DIT : Talitha koum." La femme se disait : "Si je parviens à TOUCHER seulement son vêtement, je serai sauvée." Et voici la PAROLE : "Ma fille, ta foi t’'a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal."

  Ce n’'est donc pas de la superstition. La femme touche avec foi. C’'est, dans toute sa simplicité et sa grandeur, la foi en l'’Incarnation. Cette foi, ne la désincarnons pas ! Nous sommes disciples du Christ, pas de Platon, ni de Descartes ! Pourquoi avoir peur des miracles ? "Ceux qui craignent les prodiges du Seigneur ont peur du Seigneur des prodiges !", disait le Père Tardif avec la logique désarmante d’e l'enfant. Peut-être ce ne sont pas les miracles qui nous font peur, mais plutôt les moqueries des autres, la peur de perdre la face. C’'est vrai : si on s'’est moqué de Jésus, on se moquera aussi de nous. Mais si ce sont les moqueries qui nous arrêtent pour aller vers Jésus, alors nous ne sommes pas dignes de lui…

Mais revenons à l'’eucharistie. "Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à la pourriture, quel profit ne trouverons-nous pas à sa vivifiante Eucharistie quand nous la recevons." Ne diluons pas le réalisme de la foi de l'’Église au mystère de l’'Eucharistie en une croyance éthérée ! Celui qui a guéri la femme qui souffrait des pertes de sang depuis douze ans, celui qui a ressuscité la fille de Jaïre, est présent dans l’'Eucharistie. Pourquoi ne croyons-nous pas qu'’il guérit encore aujourd'’hui ? Le Christ de l'’Eucharistie serait-il moins puissant que le Christ de l’'Évangile ?

Écoutons S. Jean Chrysostome :

"Voilà son Corps en ce moment devant nous. Non pas son vêtement, mais son Corps. Nous pouvons non seulement le toucher, mais nous en nourrir…. Approchons donc avec foi, chacun avec ses maladies."

Nos démarches de communion à la messe sont souvent trop compassées, trop stéréotypées. Aurons-nous aujourd’'hui l’'audace de la foi de cette femme, ou celle de Jaïre, quand, tout à l’'heure, nous nous avancerons pour la procession de communion ?

Ste Thérèse d’Avila nous rappelle quelle était sa foi à elle :

"Nous savons que tant que la chaleur du corps n'’a pas consumé les accidents du pain, le Bon Jésus reste avec nous, afin que nous nous rapprochions de lui. Puisque quand il vivait en ce monde il suffisait que les malades touchent ses habits pour être guéris, comment douter, lorsqu'’il est en moi, qu'’il fasse des miracles, si nous avons la foi et qu'’il nous donne ce que nous lui demandons, puisqu'’il habite notre maison ? Sa Majesté ne paie pas chichement notre hospitalité, si nous lui offrons bon gîte."

Voilà la question : à l’'Hôte divin, offrons-nous bon gîte ? Quelle est la qualité de notre accueil, de notre hospitalité, de notre foi ?… S. Paul dit qu'’à cause des communions indignes et sacrilèges "il y a parmi vous beaucoup de malades et d'’infirmes, et que bon nombre sont morts" . (1 Co 11, 31). N’'est-il pas vrai aussi, qu'’une bonne communion peut donner la guérison de n’'importe quelle maladie, et même la ressusciter les morts ?

"(L'’Église), dit le Catéchisme, croit en la présence vivifiante du Christ, médecin des âmes et des corps. Cette présence est particulièrement agissante à travers les sacrements, et de manière toute spéciale par l’'Eucharistie, pain qui donne la vie éternelle (cf. Jn 6, 54. 58) et dont S. Paul insinue le lien avec la santé corporelle (cf. 1 Co 11, 30). " (CEC 1509)

À Lourdes, les malades débarquent par milliers chaque semaine, grâce aux soins et aux sacrifices des brancardiers. Que faisons-nous pour amener les malades qui le pourraient à la messe du dimanche ou aux expositions du S. Sacrement dans nos paroisses ? Il n'’y a aucune raison pour que les malades qui guérissent à Lourdes lors de la messe ou pendant la procession du S. Sacrement, ne puissent pas guérir ailleurs. Je vous garantis que le jour où nos assemblées dominicales seront aussi ferventes que celles de Lourdes, le Seigneur y fera les mêmes guérisons.

Tout le monde n’'a pas le charisme de guérison. Mais nous pouvons être certains d’'une chose : Jésus l’'a, ce charisme ! Pourquoi ne pas l’'enseigner dans les séminaires ? Les malades et les enfants sont les invités de marque de l’'Eucharistie ! Et pour les malades qui ne peuvent pas venir à la messe, où sont les ministres extraordinaires de la communion pour aller leur apporter le Seigneur ?

Voici une confidence de Ste Bernadette :

"J'’ai eu le bonheur de le recevoir tout le temps de ma maladie, trois fois par semaine, dans mon pauvre et indigne cœoeur. La croix devenait plus légère et les souffrances douces, quand je pensais que j’'avais la visite de Jésus."

Mais alors, que cette communion ne soit pas expédiée, mais vraiment célébrée ! Que pourrions-nous faire de plus beau pour les malades que nous aimons ? Et les parents, que peuvent-ils faire de mieux pour leurs enfants, que de venir avec eux à la messe ? Quand ils les en empêchent, c’'est de la non-assistance à personnes en danger. Ces personnes, ce sont leurs propres enfants ! Et que dire du Sacrement de Pénitence et de Réconciliation et du Sacrement des malades ? Ce sont, parmi les sept sacrements, les deux "sacrements de guérison".

"Le Seigneur Jésus-Christ, médecin de nos âmes et de nos corps, Lui qui a remis les péchés au paralytique et lui a rendu la santé du corps (cf. Mc 2, 1-12), a voulu que son Église continue, dans la force de l’'Esprit Saint, son oeœuvre de guérison et de salut, même auprès de ses propres membres. C’'est le but des deux sacrements de guérison : du sacrement de Pénitence et de l’'Onction des malades." (CEC 1421)

Jésus a vaincu la mort et il donne la santé de l’'âme ET du corps, non pas à UN pays, mais à TOUS les pays du monde. Et pour la messe du dimanche : des églises à moitié vides ! Trouver des lecteurs, ou des volontaires pour animer les chants de la messe pendant les vacances : un vrai casse-tête ! Les fils du sport sont plus enthousiastes que les fils de la vie éternelle….

Lectures 13° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus

1ère lecture : « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort,
il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants.
Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ;
ce qui naît dans le monde est porteur de vie :
on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir.
La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre,
car la justice est immortelle.


Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité,
il a fait de lui une image de sa propre identité.
C’est par la jalousie du diable
que la mort est entrée dans le monde ;
ils en font l’expérience,
ceux qui prennent parti pour lui.


– Parole du Seigneur.

 

Psaume : 29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé.

 

(29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

 

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

 

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

 

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

 

2ème lecture : « Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères,
puisque vous avez tout en abondance,
la foi, la Parole, la connaissance de Dieu,
toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous,
qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux !
Vous connaissez en effet le don généreux
de notre Seigneur Jésus Christ :
lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous,
pour que vous deveniez riches par sa pauvreté.
Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne
en soulageant les autres,
il s’agit d’égalité.
Dans la circonstance présente,
ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins,
afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance
puisse combler vos besoins,
et cela fera l’égalité,
comme dit l’Écriture à propos de la manne :
Celui qui en avait ramassé beaucoup
n’eut rien de trop,
celui qui en avait ramassé peu
ne manqua de ri
en.


– Parole du Seigneur.

 

Evangile : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)

Alléluia. Alléluia.
Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ;
il a fait resplendir la vie par l’Évangile.
Alléluia.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là,
Jésus regagna en barque l’autre rive,
et une grande foule s’assembla autour de lui.
Il était au bord de la mer.
Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre.
Voyant Jésus, il tombe à ses pieds
et le supplie instamment :
« Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité.
Viens lui imposer les mains
pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »
Jésus partit avec lui,
et la foule qui le suivait
était si nombreuse qu’elle l’écrasait.


Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans…
– elle avait beaucoup souffert
du traitement de nombreux médecins,
et elle avait dépensé tous ses biens
sans avoir la moindre amélioration ;
au contraire, son état avait plutôt empiré –
… cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus,
vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.
Elle se disait en effet :
« Si je parviens à toucher seulement son vêtement,
je serai sauvée. »
À l’instant, l’hémorragie s’arrêta,
et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.
Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui.
Il se retourna dans la foule, et il demandait :
« Qui a touché mes vêtements ? »
Ses disciples lui répondirent :
« Tu vois bien la foule qui t’écrase,
et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »
Mais lui regardait tout autour
pour voir celle qui avait fait cela.
Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante,
sachant ce qui lui était arrivé,
vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
Jésus lui dit alors :
« Ma fille, ta foi t’a sauvée.
Va en paix et sois guérie de ton mal. »


Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre,
le chef de synagogue, pour dire à celui-ci :
« Ta fille vient de mourir.
À quoi bon déranger encore le Maître ? »
Jésus, surprenant ces mots,
dit au chef de synagogue :
« Ne crains pas, crois seulement. »
Il ne laissa personne l’accompagner,
sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques.
Ils arrivent à la maison du chef de synagogue.
Jésus voit l’agitation,
et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.
Il entre et leur dit :
« Pourquoi cette agitation et ces pleurs ?
L’enfant n’est pas morte : elle dort. »
Mais on se moquait de lui.
Alors il met tout le monde dehors,
prend avec lui le père et la mère de l’enfant,
et ceux qui étaient avec lui ;
puis il pénètre là où reposait l’enfant.
Il saisit la main de l’enfant, et lui dit :
« Talitha koum »,
ce qui signifie :
« Jeune fille, je te le dis, lève-toi! »
Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher
– elle avait en effet douze ans.
Ils furent frappés d’une grande stupeur.
Et Jésus leur ordonna fermement
de ne le faire savoir à personne ;
puis il leur dit de la faire manger.


– Acclamons la Parole de Dieu.

 

 

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

« Talitha koum »

« Talitha koum »

De l'angoisse à la foi, quelle croisière! - Homélie 12° dimanche du TOB

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
De l'angoisse à la foi, quelle croisière! - Homélie 12° dimanche du TOB

Le Seigneur ne manque point d'humour. Il nous rappelle aujourd'hui que les tempêtes, aussi bien que les pêches miraculeuses, font bel et bien partie du "Temps Ordinaire" qui vient de recommencer. Après la longue cure de désintoxication du péché au cours du Carême, suivi du stage d’'entraînement à la vie éternelle du Temps pascal, notre foi devrait être bardée contre tout doute et tout adversaire pour nous permettre d'affirmer tranquillement : "Même pas peur!". 

Dans l’'itinéraire de l’'Évangile de S. Marc aussi, les Apôtres, durant plusieurs chapitres, ont été témoins des hauts faits et paroles du Seigneur. Dans une première étape, S. Marc nous avait présenté, en une double séquence, d'’abord une série d'’actes de Jésus dans la journée-type de Jésus (1, 21-45), puis une série de paroles de Jésus, dans le cadre de cinq controverses. La deuxième étape est composée de la même manière, mais dans un ordre inversé : après l'’institution des Douze (ch. 3), nous trouvons d’'abord une série de paroles de Jésus sous forme de paraboles (4, 1-34), puis une série de gestes puissants de Jésus (4, 35 – 6,6).

Les disciples qui, au lieu de se tenir "dehors" sans rien comprendre aux paraboles, se sont laissé ébranler par l’'enseignement de Jésus qui ouvre au mystère du Règne de Dieu, sont maintenant "entraînés" par lui dans une sorte de leçon de choses, par un enseignement, non plus en paraboles, mais en actes, au cours d'’une virée dans la région du Lac de Galilée. Après le stage en haute montagne, c'est l'heure des matchs préparatoires. Durant cette tournée, ils vont être témoins de l’'action puissante de leur Maître : il domine les éléments et les forces du mal (Satan), il arrache l’'humanité à la maladie et à la mort… C'’est ainsi que la crainte et la peur font place peu à peu à la foi. Notons que l’'évangile ne parle pas de miracles, mais de "dynameis" : des gestes puissants pleins de sens.

Mais ce véritable exode, qui part du doute et de la peur pour aboutir à la foi et la confiance, n’'est pas gagné d’avance. La non-foi aussi est possible. Voilà pourquoi S. Marc notera au passage l’'incroyance de l’'entourage et de la parenté de Jésus de Nazareth, qui entrave l'’action de Jésus. La question qui se pose alors, c'’est : où donc se situe en nos vies la frontière entre la foi et le doute ? Pas moyen de le savoir, sinon grâce aux épreuves que Dieu permet, non pas pour qu'’il puisse nous tester (il sait très bien), mais pour que nous sachions, nous, où nous en sommes, pour ne pas que nous soyons victimes du plus grand danger : celui de croire ... que nous croyons.

Et la première épreuve qui est proposée, c’'est la tempête. On apprend à l’'école que, sur l'ensemble de la superficie de la terre, les eaux recouvrent 361 millions de kilomètres carrés, soit 71% de la superficie du globe terrestre. Qui d'entre nous, à l'aube, ou au coucher du soleil, quand la mer fourmille de petites lumières qui sont comme des lucioles enchâssées sur l'étendue de l'eau, au clair de lune, de la véranda d'une maison, ou le long d'une plage, ne s'est pas arrêté pour contempler la mer, ou plutôt l'une des nombreuses mers ou océans qui recouvrent la surface de la terre avec une abondance si extraordinaire ? Peut-être même avons-nous eu le privilège de nous extasier devant la douce beauté du lac même sur lequel Jésus avait entraîné les siens… Mais qui d’'entre nous n’a pas, au moins par les images d'’un film de fiction, du journal télévisé ou d’'un documentaire, si ce n’est par sa propre expérience, été témoin aussi d’'une tempête, d'un ouragan, d'un cyclone ? Et lorsque la tempête survient, alors que l’'on se trouve, non pas sur la terre ferme, mais en pleine mer, cette expérience se transforme alors en cauchemar.

Les Apôtres, dont certains étaient pourtant des pêcheurs aguerris, mais dont la frêle embarcation n'’était qu'’un jouet pour la fureur des flots, se voyaient perdus. À leur décharge, il faut dire que la lecture de l'’Ancien Testament, où domine une attitude de crainte vis-à-vis de la mer, n’'avait pas de quoi les rassurer beaucoup. On y parle de l'’eau du déluge et d'’abîmes insondables, qui évoquent plus la mort et les tragédies qu’'une croisière de rêve au bord du Queen Mary II, quoi que...… Souvenons-nous de l’'aventure du Titanic ! Dans les mythologies païennes la mer est souvent divinisée. C’'est un moyen comme un autre pour exorciser sa peur, mais un moyen qui coûte cher, puisqu’'à l’'idole, il faut offrir des sacrifices, même humains. Nous autres, croyants du 21e siècle, avons de la peine à nous imaginer ce que doit être la furie des flots pour un athée qui s'’y trouve. Pourtant, c’'est une certitude scientifique (cf. la revue ‘Science et Vie’ d’'août 2005) : croire en Dieu augmente l’'espérance de vie sur terre (de 29 %, selon une synthèse, datant de 2002, de 42 études médicales, menées entre 1977 et 1999, concernant 126.000 personnes !), parce que la foi en Dieu permet de réduire l’'angoisse, parce que les religions apportent des réponses aux interrogations les plus profondes de l'’homme.

Est-ce une bonne nouvelle ? Pas franchement, car l’'article en question dit ceci :

"Peu importe le nom du dieu qu’'elles élisent, la genèse qu’'elles décrivent ou la nature du paradis qu’'elles promettent, toutes (les religions) produisent un discours qui, chacun à sa manière, apporte une réponse à ce qui étreint l’'homme lorsqu'’il songe à sa condition."

En d'’autres mots : peu importe si ces religions sont dans la vérité ou pas, pourvu qu’'on y croie.… C’'est un argument qui, mine de rien, peut se retourner, et qu’'on n'a pas manqué de retourner, contre la foi chrétienne. On l’'accuse d’'être une croyance pour les faibles, ("l’'opium du peuple") et, au contraire, on vante le mérite de l’'incroyant qui, lui, au moins, a le courage d’'affronter la dure réalité sans ingérer des anxiolytiques. C'’est vrai, peut-être, et dans une certaine mesure, pour les religions païennes. Est-ce vrai aussi pour la foi chrétienne ? La Bible souligne que seul Yahvé, le VRAI Dieu, peut se rendre maître de la fureur des flots qui impressionne tant et devant laquelle l'’homme se sent si petit (1e lecture). Pensons aussi aux grandes interventions de Dieu qui font échapper ses amis aux naufrages et aux inondations : le déluge, le passage de la mer Rouge, les Israélites qui avaient voyagé en mer (psaume 106). Et puis chacun connaît l’'histoire de Jonas. Tout cela les Apôtres le savaient, et sans doute mieux que le chrétien moyen aujourd'hui. Ce qu’'ils devaient encore apprendre, ou plutôt croire, c’'est que ce Dieu qui seul peut calmer la fureur des flots, et que ce Dieu, c’'est Jésus qui est avec eux dans la barque en train de dormir.

Pour l'instant, il n’'en sont encore qu’'à se poser des questions : "Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : ‘Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?’" Ou, plus exactement, ce Jésus, à qui ils s'’adressent dans leur angoisse, comme, dans le psaume, le naufragé s’'adresse à Dieu, réclame d’'eux ce que seul le vrai Dieu est en droit de réclamer de ses créatures humaines, à savoir : une confiance absolue et inconditionnelle, tempête apaisée ou non : "Jésus leur dit : ‘Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ?’" Et l’'on a vraiment l’'impression que si Jésus apaise la tempête, ce n’'est pas pour récompenser leur foi ; c’'est plutôt pour venir en aide à leur manque de foi, en espérant qu'’une prochaine fois, il n’'aura pas besoin de leur prouver de nouveau sa puissance.

Et c’'est ainsi seulement, de tempête apaisée à tempête non apaisée, que nous pouvons, peu à peu, très lentement - trop lentement - faire notre exode de l’'angoisse à la foi. Voilà donc le véritable courage, celui de la vérité, qui n'’est ni un opium ni un anxiolytique, mais qui rend vraiment libre, libre pour aimer, et pour perdre notre vie, afin de sauver celle de nos frères.

C’'est Jésus lui-même qui nous en donne un exemple parfait. Quand la tempête fait rage dans son Cœur au Jardin des Oliviers, il ne dédaigne pas "réveiller" son Père : "Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe." (Mc 14, 36) Mais il le fait en toute tranquillité, si j’'ose dire, comme la prière toute simple de la Vierge Marie à Cana : "Ils n’ont pas de vin" (Jn 2, 3). Et tout comme Jésus au Jardin de l'’Agonie ajoute : " …Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux", Marie dira aux serviteurs : "Faites tout ce qu'’il vous dira." (v. 5) Et pendant ce temps, qui dormait : Dieu ?… Ou les apôtres ?

Je pense aussi à S. Thomas More, dans sa prison de la Tour de Londres, méditant l’'agonie de Jésus ; et à l’'admirable dernière lettre de Giovanni Mazzucconi, né en 1826, de l'Institut Pontifical pour les Missions Étrangères de Milan (P.I.M.E.), et qui a été martyrisé en 1855 (il avait 29 ans) dans l'île Woodlark en Papouasie - Nouvelle-Guinée. Il a été béatifié par Jean-Paul II le 19 février 1984.

Mais en général, comme le dit la chanson : "Pour faire un homme, (un vrai, un croyant), mon Dieu, que c'’est long !". Et dire que Dieu, dans son atelier, ne s’'énerve pas pour autant….

"Fais-nous vivre à tout moment, Seigneur, dans l’'amour et le respect de ton saint nom, toi qui ne cesses jamais de guider ceux que tu enracines solidement dans ton amour." (prière d'’ouverture).

Les tempêtes, écoles de prière - Homélie 12° dimanche du T.O.B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Pourquoi Jésus, qui est Dieu, et donc tout-puissant, s'est-il endormi juste au moment où ses disciples angoissés traversent une tempête ? Au jardin des Oliviers il se plaindra de ce que ses amis dorment au lieu de veiller avec lui, mais ici, c'est lui qui dort !

 

Voilà une question qui, comme un pavé dans la mare, n'a pas manqué de troubler plus d'un d'entre nous, même sans prendre le bateau (ou l'avion) ... Car chacun de nous, tôt ou tard, traverse des turbulences dans sa vie, pour emprunter une image au domaine de l'aviation. Certaines catastrophes aériennes sont encore fraîches dans nos mémoires.

 

En fait, dans cette vallée de larmes, dire que les tempêtes sont monnaie courante n'est pas exagéré. Elles sont la règle. Cela peut être la maladie longue et pénible d'un proche, la mort d'un enfant chéri, les dégâts causés par l'infidélité conjugale ou par la drogue dans telle famille, les ravages d'une guerre, une catastrophe naturelle, la faillite d'une entreprise, ou, tout simplement, une solitude insupportable.

 

Pourquoi le Tout-Puissant dort-il dans la barque de notre vie pendant que la tempête se déchaîne ?

 

Le Catéchisme (n. 324) nous enseigne sans ambages que nous ne pouvons pas comprendre pleinement la manière dont Dieu agit dans notre vie tant que nous ne le voyons pas face à face, c'est-à-dire après notre mort.

 

La permission divine du mal physique et du mal moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s'il ne faisait pas sortir le bien du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie éternelle.

 

Mais nous pouvons comprendre Dieu partiellement si nous tenons compte de son planning dans nos vies. Le planning de Dieu pour notre bref séjour sur la terre n'est pas un confort parfait et une partie de plaisir ininterrompu. Dieu veut plutôt que nous parvenions à la vraie sagesse, le courage, la joie et l'équilibre intérieur d'une bonne maturité spirituelle. Et cela comprend l'apprentissage de la confiance en lui, plutôt qu'en nous-mêmes, apprentissage qui passe par l'expérience de nos limites. Nous ne sommes pas, nous, tout-puissants... Et c'est un apprentissage qui est dur, car il contredit tout ce que nous avons hérité du péché originel.

 

Et c'est pour cela que, parfois, Dieu s'endort dans nos barques alors que la tempête fait rage, pour que nous puissions apprendre à accepter la réalité de nos limites et la nécessité de notre dépendance radicale envers lui.

 

Voici, à titre d'exemple, une anecdote qui nous rappelle, si besoin est, les limites de nos possibilités humaines. Si, un jour, vous avez l'occasion d'aller à Boston, ne manquez pas d'y visiter le musée Gardiner. Vous pourrez  acheter, au magasin de souvenirs à l'accueil, le poster d'une magnifique peinture de Rembrandt qui dépeint justement la scène de l'évangile de ce jour. Dans ce chef d'œuvre le peintre représente, non pas une petite barque, mais un puissant navire, mais balloté par les vagues comme un petit bouchon, tandis que les Apôtres paniquent en voyant les voiles se déchirer. Jésus est montré au moment où il se réveille de son petit somme. Vous pouvez acheter le poster au magasin des souvenirs, mais si vous vous rendez à la galerie Rembrandt du musée pour admirer la peinture originale, vous aurez la mauvaise surprise de découvrir un cadre vide.

 

 

 

 

Que s'est-il passé ? Eh bien, le 18 mars 1990, vers deux heures du matin, cette peinture a été dérobée par deux voleurs déguisés en agents de police. Ils ont découpé la toile et l'ont emportée, de même que deux autres œuvres, pour une valeur totale d'à peu près 500 millions de dollars. C'est un des cambriolages les plus spectaculaires de l'histoire de l'art moderne. Aujourd'hui on cherche toujours les voleurs, malgré les efforts considérables de la FBI, avec l'assistance de Scotland Yard, de directeurs de musée, de marchands d'œuvres d'art, des autorités japonaises et françaises et une armée de détectives privés, en dépit aussi de centaines d'interviews, d'offres d'immunité, d'une récompense de 5 millions de dollars, de messages codés publiés par le musée dans le Boston Globe et des tonnes d'encre ainsi que des kilomètres de pellicule consacrés au sujet. Tous ces efforts humains à grand renfort de puissance, d'argent et d'intelligence des organisations culturelles et de lutte contre le crime sont restés vains.

 

Nous ne sommes pas tout-puissants. Nous avons besoin de la main de Dieu pour nous guider.

Apprendre à accepter ses limites et notre dépendance vis-à-vis de Dieu est difficile spécialement dans le monde moderne qui met une foi quasi-religieuse dans sa technologie avancée. Mais force est de constater que des problèmes restent sans solution. Le mythe du progrès scientifique tend alors à nous convaincre que ce n'est qu'une question de temps pour les résoudre, mais c'est un mirage, car nous ne pouvons pas faire le ciel sur la terre ; nous ne pouvons pas nous sauver nous-mêmes, pas même retrouver des œuvres d'art dérobées. La foi en la science nous séduit pour deux raisons :

 

Premièrement parce qu'elle est tellement répandue dans la culture moderne. On la retrouve partout, dans les campagnes publicitaires, sur les écrans de cinéma et dans les feuilletons de la télévision. Elle constitue même un argument pour les activistes qui s'efforcent de promouvoir l'avortement et le « mariage » homosexuel. C'est un effort de résoudre le problème des grossesses non désirées et les orientations sexuelles déréglées, non pas en cherchant le secours du Seigneur pour atteindre le bonheur qu'il a préparé pour nous, mais en s'efforçant de redéfinir (de fabriquer une nouvelle définition) de l'être humain.

 

La deuxième raison pour laquelle cette foi dans le progrès de la science est si séduisante est qu'elle nous flatte, à la manière du serpent qui avait dit à la femme : « Vous serez comme des dieux ». Mais c'est un mensonge aussi grotesque aujourd'hui qu'au commencement de l'humanité. Alors, Dieu continue de nous donner des occasions - des tempêtes - pour nous apprendre à mettre notre confiance en lui, pour lui remettre nos illusions d'auto-déification.

 

Comment pouvons-nous tirer profit au maximum de ces occasions ? Le moyen par excellence est la prière, c'est d'apprendre à mieux prier. C'est en se tournant vers Jésus, endormi à l'arrière de la barque, que les Apôtres ont découvert sa grandeur et ont survécu à la tempête. La prière, c'est notre manière à nous de nous tourner vers le Seigneur, pour découvrir la beauté et la sagesse qui se cachent dans le planning de Dieu. La prière, c'est l'école où nous exerçons et fortifions la foi qui permet à Jésus, le Prince de la Paix, de devenir le Seigneur de nos vies, pas seulement en théorie, mais aussi en pratique.

 

Aujourd'hui, alors que Jésus renouvelle son engagement envers nous dans cette Eucharistie, demandons-lui d'être notre force parmi les tempêtes de la vie, et promettons-lui de renouveler notre engagement à devenir des experts en prière.

 

 

 

Lectures 12° Dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : Dieu maître de la mer (Jb 38, 1.8-11)

 

Lecture du livre de Job

Du milieu de la tempête, le Seigneur répondit à Job :
"Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein de l'abîme ;
quand je fis de la nuée son vêtement, et l'enveloppai de nuages pour lui servir de langes ; quand je lui imposai des limites, et que je disposai les portes et leurs verrous ? Je lui dis : 'Tu viendras jusqu'ici ! tu n'iras pas plus loin, ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots !'"
 
 
 

Psaume : 106, 21a.22a.24, 25-26a.27b, 28-29, 30-31

R/ Rendons grâce au Seigneur qui seul fait des merveilles.

Qu'ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
qu’ils offrent des sacrifices de louange,
ceux qui ont vu les oeuvres du Seigneur
et ses merveilles parmi les océans.

Il parle, et provoque la tempête,
un vent qui soulève les vagues :
portés jusqu'au ciel, retombant aux abîmes,
leur sagesse était engloutie.

Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur,
et lui les a tirés de la détresse,
réduisant la tempête au silence,
faisant taire les vagues.

Ils se réjouissent de les voir s'apaiser,
d'être conduits au port qu'ils désiraient.
Qu'ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
de ses merveilles pour les hommes.


 
 

2ème lecture : Créatures nouvelles en Jésus Christ (2Co 5, 14-17)

 

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, l'amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu'un seul est mort pour tous, et qu'ainsi tous ont passé par la mort.
Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux.
Désormais nous ne connaissons plus personne à la manière humaine : si nous avons compris le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le comprenons plus ainsi.
Si donc quelqu'un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s'en est allé, un monde nouveau est déjà né.


 

Evangile : La tempête apaisée (Mc 4, 35-41)

 
Acclamation : Venez et voyez les hauts faits de Dieu : la voix du Seigneur domine les vents, le Seigneur apaise le fracas de la mer. (Ps 65, 5 ; 28, 3 ; 64, 8)
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule en paraboles. Le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l'autre rive. »
Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque, comme il était ; et d'autres barques le suivaient.
Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d'eau.
Lui dormait sur le coussin à l'arrière. Ses compagnons le réveillent et lui crient : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »
Réveillé, il interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme.
Jésus leur dit : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ? »
Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
 


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
 
Lectures 12° Dimanche du Temps Ordinaire B

Lenteur et grandeur du Règne de Dieu - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Année B 2015
Lenteur et grandeur du Règne de Dieu - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire B

Le règne de Dieu est le thème préféré, prioritaire de Jésus, à tel point qu’il l’a placé au coeur de la prière qu’il a enseigné à ses disciples : « Que ton règne vienne ». Mais étant donné qu’à cause de notre nature pécheresse nous risquons de mal comprendre le règne de Dieu, Jésus a recours aux paraboles. Les paraboles de la croissance de l’évangile de ce dimanche nous révèlent deux caractéristiques essentielles de la vie du Royaume de Dieu, deux choses que nous devons toujours avoir présentes à l’esprit pour que nous puissions approfondir notre amitié avec le Roi.

 

D’abord, l’appartenance et la croissance de la vie du Règne de Dieu ne vient pas de nous, mais de Dieu. La fécondité de la semence, d’où vient-elle? Pas du semeur, mais du Créateur. De même, si Dieu n’insufflait pas constamment la vie de sa grâce en nous, tous les efforts que nous puissions fournir ne nous permettraient pas d’approfondir notre relation avec lui, pas plus que le semeur pourrait transformer un caillou en un épi de blé. Notre vie d’union à Dieu dépend foncièrement de Dieu, et non pas de nos efforts. La bonne nouvelle, c’est que Dieu est toujours à l’oeuvre, même quand nous dormons:

 

« En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, + tu manges un pain de douleur : Dieu comble son bien-aimé quand il dort. » (Ps 127,2)

 

Deuxièmement, notre croissance dans la sainteté est un processus graduel qui prend du temps. Nous, chrétiens, ne sommes pas comme les héros des films d’Hollywood, qui deviennent des champions du monde en moins de 90 minutes. Notre maturation chrétienne nécessite une coopération de longue haleine avec le Seigneur. Pour nous, c’est dur à admettre, surtout aujourd’hui, où la culture nous a habitués à une exigence de résultats immédiats. On ne devient pas un saint comme on fait une tasse de café instantané! La maturation de la vie chrétienne est plutôt comparable à la construction d’une cathédrale, comme celles du Moyen-Âge, où comme celle, toujours inachevée de Barcelone, pour prendre un exemple moderne, qui nécessitent des décennies, voire plus d’un siècle pour leur construction. Il est arrivé que trois ou même quatre générations de maçons ont travaillé à la construction de la même cathédrale! Pensez donc… Ça voudrait dire que votre grand-père, votre père, vous-même et votre fils auraient tous les quatre travaillé pendant toute votre vie à la même construction, mais que seul votre fils en aurait vu l’achèvement.

 

La vie chrétienne n’est donc pas une affaire qu’on règle en peu de temps, moyennant quelques heures supplémentaires durant le weekend! Non, c’est l’aventure de tout une vie. La croissance du Royaume de Dieu dans nos coeurs dépend donc principalement de Dieu, et secondairement de nous, dans un processus qui prend beaucoup de temps. Voilà la sagesse que le Christ veut nous communiquer à travers ces paraboles. Si nous prenons du temps pour réfléchir et pour prier là-dessus, nous pourrons découvrir peu à peu quelles en sont les conséquences et les implications.

 

Une de ces implications particulièrement actuelles pour notre culture contemporaine, c’est de nous montrer les vraies raisons de nos frustrations et de nos découragements. Le découragement ne vient jamais de Dieu. Dieu n’est pas au ciel en train de taper sa montrer et de froncer les sourcils parce que nous ne sommes pas encore devenus des saints. C’est lui qui a créé notre nature humaine. C’est lui qui a pris chair de la Vierge Marie. Il sait donc parfaitement bien que la sainteté prend du temps. Il est ce semeur plein de sagesse qui prend soin patiemment de son champs, sachant que la récolte viendra le moment venu. 

 

Alors, si le découragement ne vient pas de Dieu, d’où vient-il? De notre orgueil démoniaque et de notre immaturité spirituelle. Si nos prières ne produisent pas un feu d’artifice instantané, si nos mauvaises habitudes ne disparaissent pas en un clin d’oeil, si nous ne comprenons pas parfaitement tout ce qui concerne la foi chrétienne après avoir fait une retraite, nous risquons de flancher dans nos efforts, et même de tout laisser tomber, comme des enfants gâtés. Cela peut paraître absurde, mais en fait, ça arrive souvent: chaque fois que nous perdons patience (avec les autres, et surtout avec nous-mêmes), c’est comme si nous disions à la semence: « Poussez plus vite, vauriens, plus vite! »

 

Il y a pourtant une différence entre ce qui se passe dans l’ordre de la nature et dans l’ordre de la grâce. Dans la nature, la vie vient et elle s’en va, elle grandit et fleurit, puis se fane et meurt. Il n’en va pas ainsi dans l’ordre de la grâce. C’est ce que nous montre le psaume:

 

Le juste grandira comme un palmier, 

il poussera comme un cèdre du Liban ; 

planté dans les parvis du Seigneur, 

il grandira dans la maison de notre Dieu. 

 

Vieillissant, il fructifie encore, 

il garde sa sève et sa verdeur 

pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! 

Pas de ruse en Dieu, mon rocher !

 

Lectures 11° dimanche du Temps Ordinaire Année B

dominicanus

Livre d'Ézéchiel 17,22-24. 


Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. 
Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. 
Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. » 



Psaume 92(91),2-3.13-14.15-16. 


Qu'il est bon de rendre grâce au Seigneur, 
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, 
d'annoncer dès le matin ton amour, 
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier, 
il poussera comme un cèdre du Liban ; 
planté dans les parvis du Seigneur, 
il grandira dans la maison de notre Dieu. 

Vieillissant, il fructifie encore, 
il garde sa sève et sa verdeur 
pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! 
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! » 




Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 5,6-10. 


Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; 
en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. 
Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. 
Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. 
Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps. 



Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 4,26-34. 


En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : 
nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. 
D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. 
Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. » 
Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? 
Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. 
Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. » 
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. 
Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.

 

« À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? »

« À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? »

Eucharistie ou fast food ? - Homélie pour la Fête-Dieu B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

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Pour bien comprendre le sens de la solennité que nous célébrons aujourd’hui, commençons par un peu d'’histoire. Elle a été instituée en 1264 par le pape Urbain IV. L’'année précédente avait eu lieu un événement qui avait fait grand bruit. Un miracle était survenu dans la basilique Sainte-Christine de Bolsena, au nord de Rome et au sud d'Orvieto. Un prêtre de Bohème, Pierre de Prague, qui venait d'accomplir un long et difficile pèlerinage, priait sur la tombe de sainte Christine. Il passait par une crise spirituelle profonde et demandait à la sainte d'intercéder pour que sa foi se fortifie et soit libérée des doutes qui le tourmentaient, en particulier à propos de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Et voilà que, juste après avoir prononcé les paroles de la consécration au cours d’une messe célébrée en présence de nombreux fidèles, le prêtre vit l'hostie qu'il tenait au-dessus du calice prendre une couleur rosée. Des gouttes de sang tombèrent sur le corporal et sur le pavement. Le prêtre bouleversé interrompit la messe pour porter les saintes espèces à la sacristie. Le pape Urbain IV fut immédiatement informé de l'événement. Il vint constater lui-même ce qui était survenu. Une année plus tard, Urbain IV institua la fête du Corpus Domini (bulle "Transiturus de hoc mundo") et confia alors à St Thomas d'Aquin la rédaction de textes liturgiques pour cette solennité qu'il fixait au jeudi après l'octave de la Pentecôte. La fête fut ensuite confirmée par le pape Clément V en 1314.

Or, avant de devenir pape, Urbain IV avait été, en Belgique, le confesseur de sainte Julienne de Mont Cornillon. C'est à elle que revient le mérite d'avoir demandé au pape l'institution de cette fête. Orpheline, elle avait été recueillie à l'âge de cinq ans, avec sa soeœur Agnès, d'un an son aînée, par les Soeœurs Augustines du Mont-Cornillon, près de Liège. Comme les religieuses soignaient les lépreux, les deux sœoeurs vécurent d'abord en retrait, à la ferme. Mais à quatorze ans, Julienne fut admise parmi les religieuses.

Ste Julienne avait appris à lire les psaumes et à les retenir par cœoeur. D'’une intelligence hors du commun, elle avait lu toute l’'Écriture Sainte (en latin et en français), ensuite les livres de S. Augustin, puis les écrits de S. Bernard, dont elle connaissait par coeœur plus de vingt sermons sur le Cantique des Cantiques. Très tôt, elle avait un goût profond pour la prière. Dès sa jeunesse, elle avait eu des visions dont elle n'’a pas parlé pendant vingt ans. Elle avait vu, notamment, la lune avec une fraction manquante. Dans la prière, elle avait compris que le Seigneur lui signifiait par là qu’'il manquait à l’'Église une fête en l’'honneur du Sacrement du Corps et du Sang du Christ.

Devenue prieure, Julienne se heurtait à de cruelles incompréhensions : on la traitait de fausse visionnaire. À cause de ces visions, et aussi de la rigueur avec laquelle elle voulait vivre la règle augustinienne, elle fut chassée deux fois de son monastère. La première fois, l'évêque la rappela. La seconde, en 1248, elle se réfugia dans la région de Namur, auprès d'un monastère cistercien, avant d'embrasser la vie d'ermite recluse, à Fosses. L'abbaye cistercienne de Villlers, entre Bruxelles et Namur, lui offrit une sépulture.

Cependant, relayés par Ève de Liège, ses efforts ne furent pas vains, car la fête du Saint-Sacrement fut introduite dans son diocèse. Et elle allait être étendue à toute l'Église par Urbain IV, six ans après sa mort. Pendant très longtemps on a dit que sainte Julienne du Mont-Cornillon a voulu promouvoir au 13e siècle tout à la fois un culte d'’adoration du Saint-Sacrement, des processions et des saluts. Mais récemment, on a été davantage sensible à un autre aspect de ses voeœux. Ce que Julienne aurait désiré, dit-on, c’est seulement la communion eucharistique des fidèles. Vu les progrès apportés dans ce domaine par le Concile, la Fête-Dieu, concluent certains, aurait perdu sons sens. En conséquence de quoi les processions et les expositions du Saint-Sacrement ne présenteraient plus aucun intérêt, seraient plutôt une déformation de la vraie liturgie et de toute façon sans aucun lien avec les souhaits de la sainte.

Le Concile a bon dos ! Jean-Paul II oppose un démenti catégorique à cette façon réductrice de voir à la fois le Concile et l’Eucharistie :

"Ce culte, écrit-il dans sa Lettre apostolique aux prêtres sur le mystère et le culte de la sainte Eucharistie (24 février 1980), doit apparaître dans chacune de nos rencontres avec le Saint Sacrement, quand nous visitions nos églises, ou quand les saintes espèces sont portées et administrées aux malades. L'’adoration du Christ dans ce sacrement d’amour doit trouver ensuite son expression en diverses formes de dévotion eucharistique : prières personnelles devant le Saint Sacrement, heures d’'adoration, expositions brèves, prolongées, annuelles (quarante heures), bénédictions eucharistiques, processions eucharistiques, congrès eucharistiques. La solennité du ‘Corps et du Sang du Christ’, instaurée par mon prédécesseur Urbain IV en mémoire de l’'institution de ce grand mystère, comme acte public rendu au Christ présent dans l’Eucharistie, appelle ici une mention spéciale (…...) L'’animation et l’'approfondissement du culte eucharistique sont une preuve du renouveau authentique que le Concile s’'est fixé comme but et ils en sont le point central. (rien que cela !) (…...) Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer dans l’'adoration, dans la contemplation pleine de foi."

Jean-Paul II reviendra sur le sujet à maintes occasions, notamment, bien sûr, lors de l’année de l'’Eucharistie. Dans son encyclique " L'’Église vit de l’'Eucharistie ", il y a des pages entières consacrées à ce thème. C’est chaque fois la même insistance, non seulement pour encourager l’'adoration eucharistique, par la parole et par son propre exemple, et en demandant instamment aux pasteurs, évêques et prêtres, d’'en faire autant, mais aussi pour déplorer le délaissement du culte de l’'Eucharistie en dehors de la messe :

"Malheureusement, à côté de ces lumières, les ombres ne manquent pas. Il y a en effet des lieux où l’'on note un abandon presque complet du culte de l’'adoration eucharistique." (n. 10)

En fait, à revenir aux origines de la Fête-Dieu, on arrive à cette conclusion : la Fête-Dieu garde tout son sens. Aujourd’hui la foi en Jésus Eucharistie n'aurait-elle plus besoin d’'être ravivée ? Paul VI, dans sa Profession de Foi solennelle de 1968, a cru nécessaire d'’insister sur le vrai sens de l’'Eucharistie, alors que ce sacrement n’'est pas mentionné dans le symbole des Apôtres ou dans celui de Nicée Constantinople. Par ailleurs, si l’'on réduit la Fête-Dieu à une célébration en l’'honneur de la Sainte Cène, en quoi cette fête manquerait-elle à l'’Église, puisqu’'on la célèbre déjà le soir du Jeudi Saint ?

Or, la fête de l’'institution de l’'Eucharistie le soir du Jeudi Saint célèbre un évènement. La Fête-Dieu, quant à elle, célèbre une vérité de notre foi ("Il est grand, le mystère de la foi !") et insiste davantage sur la permanence de la présence du Christ à son peuple dans le sacrement de l’'eucharistie :

"Donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang, que nous puissions recueillir sans cesse le fruit de ta rédemption." (prière d’ouverture de la messe de la Fête du S. Sacrement)

Et que l'’on ne vienne pas objecter en disant que le Christ n’'a pas dit : "Prenez et adorez", mais "Prenez et mangez". Oui, mais justement, nous ne mangeons pas quelque chose, mais quelqu'’un, quelqu’'un qui est Dieu ! Ce n’'est pas une "pastille" à "prendre", c’'est le Corps de Dieu à accueillir. Et puis, ne confondons pas eucharistie et "fast food" !

"On ne peut pas, dit Benoît XVI, ‘manger’ le Ressuscité, présent dans la figure du pain, comme un simple morceau de pain. Manger ce pain signifie communier, signifie entrer dans la communion avec la personne du Seigneur vivant. Cette communion, cet acte de ‘manger’, est réellement une rencontre entre deux personnes, une façon de se laisser pénétrer par la vie de Celui qui est le Seigneur, de Celui qui est mon Créateur et mon Rédempteur. Le but de cette communion, de cet acte de manger, est l'assimilation de ma vie à la sienne, ma transformation et ma conformation à Celui qui est Amour vivant. C'est pourquoi cette communion implique l'adoration, implique la volonté de suivre le Christ, de suivre Celui qui nous précède. Adoration et procession font donc partie d'un unique geste de communion, et répondent à son mandat : ‘Prenez et mangez’."

Qu’'on se le dise !… Les siècles passent. Cependant, même après 760 ans, le message de Julienne garde toute son actualité et sa raison d’être. Avec cette différence qu’au 13e siècle la communion quotidienne pour les laïcs n’'avait pas encore été instaurée par l’'Église. Elle ne le sera qu’'en 1905. C'’est, avec l’'admission à la communion des enfants (en 1910), une grande grâce que Dieu a faite à son Église.

Mais comme toute grâce, elle comporte une responsabilité, et aussi un danger : celui de la routine. De nos jours, nous sommes tellement habitués à communier que la communion en devient banalisée. Or, S. Paul dit :

"Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le Corps" (1 Co 11, 27-28).

Au lieu de prendre au sérieux ces paroles, l’'on se permet de communier, même en état de péché grave, notamment à l’'occasion de mariages ou d’'enterrements, si bien (ou plutôt : si mal) que les évêques des Antilles-Guyane ont été amenés à interdire la célébration de l’'eucharistie en ces circonstances ! Dans les premiers temps de l’'Eglise, au moment de la communion retentissait un cri dans l’'assemblée : "Sancta sanctis !" ("Celui qui est saint, qu'’il communie, que celui qui ne l’est pas se repentisse !"). Mais le fait de communier sans aucune préparation, et sans faire une action de grâce digne de ce nom, ne constitue-t-il pas en lui-même un péché grave ? Certes, la liturgie de l’'eucharistie elle-même nous prépare à la communion, notamment la préparation pénitentielle et la liturgie de la Parole, mais l’'Église met aussi à la disposition de ses enfants des prières pour la préparation personnelle. Or, combien de chrétiens, au lieu de tirer profit de ces prières, passent leur temps à observer tout ce qui se passe autour d'’eux, à papoter avec le voisin, quand ils ne se permettent pas d’'arriver cinq, dix minutes en retard, et même davantage ? Certes, l’'eucharistie est elle-même l’'action de grâce par excellence, mais cette action de grâce commune demande à se prolonger dans notre action de grâce personnelle. Ici encore, combien de chrétiens, à peine quelques minutes après avoir communié, quittent l’'église en la transformant en parloir si ce n’'est en bistrot, empêchant même ceux qui le voudraient, de demeurer dans le recueillement ?

Au temps de Ste Julienne, une religieuse qui communiait restait souvent en silence une semaine entière ! S. Augustin écrit :

"Dans cette chair (le Seigneur) a marché sur notre terre et il nous a donné cette même chair à manger pour notre salut ; et personne ne la prend sans l’avoir d’'abord adorée (...…), de sorte qu'’en l’'adorant, nous ne péchons point, mais au contraire nous péchons si nous ne l’'adorons pas."

Voilà donc que la Solennité de ce jour, avec ses processions et ses expositions du S. Sacrement, loin d'’être une piété tombée en désuétude, n’'en devient que plus actuelle. Elle nous rappelle en quoi l’'eucharistie doit être pour nous, et pour chacune de nos communautés, source et sommet de notre vie chrétienne et de notre mission, tout au long de l’année et dans tous les domaines. "LOUÉ SOIT À TOUT INSTANT JÉSUS AU SAINT SACREMENT !"

La Croix est le nouvel arbre de vie; l’Eucharistie en est le fruit - Homélie Fête-Dieu B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

Dieu a eu un projet pour la famille humaine, et selon la Genèse,  le premier couple à ruiné ce projet en mangeant. Quand Adam et Eve, cédant à la tentation du démon, ont mangé du fruit défendu du bien et du mal, ils ont désobéi à Dieu. C’est le péché originel. En mangeant de ce fruit, ils ont manifesté leur désir d’agir selon leur volonté propre, et non pas selon la volonté de Dieu. Mais ce n’était pas une bonne idée, car « sans le Créateur, la créature s’évanouit ». Dieu est la source de tout ce qui est bon. Quand la famille humaine s’est révoltée contre lui, elle s’est de ce fait exclu du paradis et a été livrée au pouvoir du mal. Voilà pourquoi il y a tant de misère, de souffrances, de crimes en ce monde. Le fait de manger du fruit défendu a également introduit la mort dans la famille humaine. Le projet initial de Dieu pour l’humanité était de la préserver de la mort pour l’arbre de vie. Mais depuis le péché originel, la mort est devenue notre compagne quotidienne et notre fin inévitable.

 

Mais si le projet de Dieu a été tenu en échec par un repas, ce projet a été restauré également par un repas ! Puisque nous nous sommes exclus du paradis, si bien que nous n’avons plus accès à l’arbre de vie, Dieu est venu vers nous avec une alternative géniale : il est venu vers nous avec l’arbre de vie ! Voilà la mission de Jésus. Par sa mort sur la croix, il a réparé les dégâts causés par le péché originel, en prenant sur lui nos souffrances et en dénouant les nœuds de notre désobéissance. De cette manière, la croix de Jésus est devenue le nouvel arbre de vie. L’arbre de la croix est chargé d’un fruit surnaturel : l’Eucharistie, le corps et le sang de notre Seigneur.

 

Quand nous mangeons de ce fruit, nous exprimons notre repentir et notre désir de revenir de notre révolte, d’être uni au Christ. Ce fruit surnaturel est l’antidote du poison du fruit défendu. C’est un remède qui nous guérit progressivement de notre égoïsme et de tous nos péchés, et qui nous nourrit de la générosité, la sagesse, le courage et l’amour du Christ.

 

Voilà ce qui nous célébrons joyeusement et solennellement aujourd’hui. C’est vraiment la Bonne Nouvelle de la foi chrétienne : Jésus a inondé le monde de sa grâce, non pas d’une manière purement symbolique, mais très concrètement, en rendant présente cette grâce dans le monde par le grand mystère de l’Eucharistie.

 

Dans les pays germaniques (Allemagne, Suisse, Autriche), les catholiques célèbrent cette Bonne Nouvelle d’une manière très belle et pleine de sens. Lors de la Fête-Dieu, des processions solennelles sont organisées à beaucoup d’endroits, en ville ou à la campagne. Au cours de ces processions le Saint-Sacrement est porté sur le territoire de la paroisse. Tous les catholiques des environs se joignent à cette procession, habillés de leurs plus beaux habits, portant des fleurs et des présents, chantant et priant, accompagnés de plusieurs chorales et fanfares.

 

Le long du parcours il y a quatre arrêts. Des reposoirs magnifiquement décorés sont préparés à chacun de ces endroits. Au moment où la procession arrive, l’ostensoir avec l’Eucharistie est placé sur l’autel. L’on récite de prières, l’on chante des cantiques, la bénédiction est donnée. A certains endroits, même, les honneurs militaires sont rendus par des coups de fusil ou de canon à chaque reposoir.

 

Deux autres composantes de la procession expriment bien la rédemption du monde déchu, la guérison de l’humanité empoisonnée, opérée par le Très-Saint-Sacrement. Les quatre endroits où des reposoirs sont dressés sont choisis avec beaucoup de soin. Chacun est orienté dans une direction différente, selon les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est et l’ouest. A chaque arrêt l’on proclame le commencement de l’un des quatre évangiles, symbolisant ainsi la présence universelle rédemptrice du Christ par son Eglise. La Croix du Christ est l’arbre de vie pour tous les peuples et pour tous les temps, et l’Eucharistie en est le fruit de vie éternelle.

 

La sainte Eucharistie est la rédemption en acte du monde par la présence réelle du Christ parmi nous et en nous. Voilà pourquoi l’Eglise réclame le plus grand respect dans les églises pour le Très-Saint-Sacrement. Ainsi, par exemple, nous devons toujours nous garder de recevoir la sainte Communion si nous avons commis un péché grave dont nous ne nous sommes pas encore confessé et pour lequel nous n’avons pas encore reçu l’absolution. Un péché mortel est une révolte consciente contre Dieu. Un catholique qui n’est pas fidèle à la messe dominicale (sauf cas de force majeure) est en état de péché mortel ! Un homme d’affaires qui détourne des sommes importantes de son entreprise commet une injustice grave. Au lieu de se servir de son intelligence pour faire le bien, il s’en sert pour faire le mal. Communier dans cet état est un sacrilège.

 

Le Seigneur nous a donné le sacrement de la réconciliation précisément parce qu’il sait que nous en avons besoin. Ce sacrement nous permet de vider nos âmes du vinaigre du péché, pour que le Seigneur puisse les remplir du vin doux de sa grâce, notamment par l’Eucharistie.

 

Les péchés véniels, c’est différent : par exemple quand on se fache sans raison (et sans amour) à la table du petit déjeuner parce qu’on a eu une semaine fatigante et que l’on n’a pu dormir suffisamment la nuit précédente. Cela ne devrait pas nous empêcher de communier.

 

En fait, la Sainte Communion est un des moyens dont Dieu se sert pour pardonner nos péchés véniels et nous en guérir. La communion fréquente est un excellent moyen prophylactique !

 

Poursuivons donc la célébration de cette eucharistie en renouvelant dans nos cœurs la gratitude et le respect pour ce don merveilleux du Corps et du Sang du Christ qui se donne en nourriture et qui s’offre à notre adoration, et promettons-lui de faire tout notre possible pour recevoir ce don aussi souvent que possible, avec humilité, respect et joie.

Lectures pour la Solennité du Saint-Sacrement B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : Conclusion solennelle de la première Alliance (Ex 24, 3-8)

 
 

Lecture du livre de l'Exode

En descendant du Sinaï, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et tous ses commandements. Le peuple répondit d'une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. »
Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur ; le lendemain matin, il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d'Israël.
Puis il chargea quelques jeunes Israélites d'offrir des holocaustes, et d'immoler au Seigneur de jeunes taureaux en sacrifice de paix.
Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des bassins ; puis il aspergea l'autel avec le reste du sang.
Il prit le livre de l'Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »
Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l'Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »


 

Psaume : 115, 12-13, 15-16ac, 17-18

R/ Nous partageons la coupe du salut en invoquant le nom du Seigneur.

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu'il m'a fait ?
J'élèverai la coupe du salut,
j'invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t'offrirai le sacrifice d'action de grâce,
j'invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.



 

2ème lecture : Le Christ nous purifie par son propre sang (He 9, 11-15)

 

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ est le grand prêtre du bonheur qui vient. La tente de son corps est plus grande et plus parfaite que celle de l'ancienne Alliance ; elle n'a pas été construite par l'homme, et n'appartient donc pas à ce monde.
C'est par elle qu'il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel en répandant, non pas le sang des animaux, mais son propre sang : il a obtenu ainsi une libération définitive.
S'il est vrai qu'une simple aspersion avec du sang d'animal, ou avec de l'eau sacrée, rendait à ceux qui s'étaient souillés une pureté extérieure pour qu'ils puissent célébrer le culte, le sang du Christ, lui, fait bien davantage : poussé par l'Esprit éternel, Jésus s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache ; et son sang purifiera notre conscience des actes qui mènent à la mort pour que nous puissions célébrer le culte du Dieu vivant.
Voilà pourquoi il est le médiateur d'une Alliance nouvelle, d'un Testament nouveau : puisqu'il est mort pour le rachat des fautes commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l'héritage éternel déjà promis.
 
 
 

Evangile : L’institution de l’Eucharistie, sacrement de la nouvelle Alliance(Mc 14, 12-16.22-26)

 
Acclamation : Tu es le pain viavnt venu du ciel, Seigneur Jésus. Qui mange de ce pain vivvra pour toujours. (Jn 6, 51-52)
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l'on immolait l'agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? »
Il envoie deux disciples : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le.
Et là où il entrera, dites au propriétaire : 'Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?'
Il vous montrera, à l'étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque.
Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.  Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

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