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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. VII)

dominicanus #Évènements

Chapitre  VII

La Parole de Dieu dans les services et
dans la formation du Peuple de Dieu

Contact permanent avec les Écritures (cf. DV 25)

            Un engagement pastoral essentiel est celui concernant la formation des fidèles à recevoir et à diffuser la Parole de Dieu. C'est ce que Dei Verbum présente avec clarté, en rappelant la valeur multiple de la Parole de Dieu et en indiquant nettement les devoirs, les responsables et le chemin de formation.


Faim et soif de la Parole de Dieu (cf. Am 8,11) : attention aux besoins du Peuple de Dieu

46.       Ces besoins peuvent être identifiés comme la connaissance, la compréhension et la pratique de la Parole. Pour ce qui est de la connaissance, elle touche la véritable nature de la Parole et de ses canaux - Écritures et Tradition - et le service que le Magistère est appelé à assumer. Beaucoup a été fait après le Concile Vatican II, mais le besoin de clarté et de certitude est toujours grand, à propos de ce qu'offre la Révélation. Quant à la compréhension, le problème de l'interprétation et de l'inculturation de la Parole de Dieu reste central, comme cela a déjà été vu précédemment. Il existe des difficultés pour la pratique de la Bible. Nombreux encore sont les fidèles qui n'ont encore pas entre les mains une traduction du texte biblique.

            Aujourd'hui, on entrevoit d'autres problèmes, dont il faut tenir compte : la difficulté de lire, du fait que l'analphabétisme existe encore dans beaucoup de régions ; le plus souvent, les personnes apprennent à partir de la télévision et de la radio, qui fournissent des informations brèves et fragmentées ; enfin, dans maintes parties du monde, la culture religieuse dominante ne se réfère pas immédiatement au Livre sacré.


« Dans les Saintes Écritures, se manifeste [...] l'admirable condescendance de la Sagesse éternelle » (DV 13)

47.       À ce sujet, il semble que l'on puisse dire que l'Esprit suggère aux Églises particulières de reprendre les documents du Concile Vatican II, spécialement les quatre Constitutions, avec comme centre Dei Verbum, et d'en faire le sujet de catéchèse pour l'ensemble du Peuple de Dieu, suivant les modalités les plus appropriées aux personnes. La théologie de la Révélation, la théologie des Écritures, le rapport entre l'Ancien et le Nouveau Testament, la pédagogie de Dieu, sont des thèmes substantiels qui ne peuvent être illustrés que par une catéchèse organique et des cours bibliques structurés.

            Il faudra aussi avoir présent à l'esprit la nécessité de disposer d'une méthodologie et de matériels. La Parole de Dieu peut être entendue de nombreuses façons. La difficulté essentielle consiste à ce qu'elle puisse toucher véritablement les cœurs et devenir une Parole vivante, et non seulement une Parole écoutée ou connue. Et pour cela, rien ne peut remplacer le travail personnel régulier et patient dans la prière. Il faut encourager, utiliser des matériels simples et accessibles à tous. Divers mouvements, parmi lesquels l'Action catholique, proposent des moyens pour mettre la vie en rapport avec la Parole de Dieu. Aujourd'hui, nombreux sont les techniques et les instruments de contact avec la Bible, et ils sont souvent bien faits : commentaires, introductions à la Bible, la Bible pour les enfants et les jeunes, les livres de spiritualité, les revues scientifiques et divulgatrices, sans parler du très vaste domaine des médias, simples et complexes, au service de la communication de la Bible. Il faut pouvoir se faire comprendre et offrir le pain de la Parole, aux frères et aux sœurs dans la foi. Dans ce but, le besoin se fait sentir d'une solidarité entre les Églises, sur le plan matériel également.

            Ici, on se trouve face au besoin de penser de façon nouvelle et plus juste tout ce qui concerne la nouvelle forme de la communication. La familiarité avec les Saintes Écritures n'est guère facile. Comme le ministre de la reine d'Ethiopie, si l'on veut comprendre ce que dit le texte, une pédagogie est nécessaire qui, à partir des Écritures, ouvre à la compréhension et à l'acceptation de la bonne nouvelle de Jésus (cf. Ac 8,26-40). Il faut ouvrir la voie, et surtout inspirer des formes créatives et évangéliques pour mettre en œuvre l'enseignement de Dei Verbum qui, à son tour, permettra un accès croyant en quantité et en qualité à la Parole de Dieu inscrite dans les Écritures.


Les évêques dans le ministère de la Parole

48.       Le Concile Vatican II enseigne qu' « il appartient aux saints évêques [...] de former opportunément les fidèles qui leur sont confiés à un usage judicieux des Livres divins » (DV 25). Aussi, cette tâche revient-elle directement aux évêques eux-mêmes, en tant qu'auditeurs de la Parole mais aussi en tant que serviteurs de celle-ci, conformément à leur munus docendi.[79]Dans un monde de communications, l'évêque doit lui-même être un communicateur qualifié de la sagesse biblique, non pas tant du fait de son savoir qu'en vertu de sa fréquentation habituelle des livres sacrés, devenant ainsi un guide pour tous ceux qui, chaque jour, ouvrent la Bible. Faisant de la Parole de Dieu et des Saintes Écritures l'âme de la pastorale, il est capable de conduire les fidèles à rencontrer le Christ, source vivante. Le Saint-Père Benoît XVI a relevé le besoin d'éduquer le peuple à lire et à méditer la Parole de Dieu comme aliment spirituel, « afin qu'à travers leur propre expérience, les fidèles voient que les paroles de Jésus sont esprit et vie (cf. JnLectio Divina. S'il sait le faire de façon adéquate et d'une manière simple, les fidèles apprendront. Un objectif certain du ministère des Pasteurs est que la pratique de la Bible et toutes les initiatives qui la promeuvent doivent être considérées comme un cheminement ecclésial et la base de toute dévotion. 6,63). [...] Nous devons fonder notre engagement missionnaire et toute notre vie sur le roc de la Parole de Dieu Dans ce but, j'encourage les Pasteurs à s'efforcer de la faire connaître ».[80] Ainsi, la meilleure façon de favoriser le goût pour les Saintes Écritures est la personne même de l'évêque, modelé par la Parole de Dieu. Il a constamment la possibilité d'aider les fidèles à goûter les Écritures. Chaque fois qu'il parle aux fidèles, et en particulier aux prêtres, il peut donner quelques exemples et quelques aperçus de Lectio Divina. S'il sait le faire de façon adéquate et d'une manière simple, les fidèles apprendront. Un objectif certain du ministère des Pasteurs est que la pratique de la Bible et toutes les initiatives qui la promeuvent doivent être considérées comme un cheminement ecclésial et la base de toute dévotion.


Devoir des prêtres et des diacres

49.       Pour les prêtres et les diacres aussi, la connaissance et la familiarité avec la Parole de Dieu assume un aspect de première importance en vue de l'évangélisation, à laquelle ils sont appelés dans leur ministère. Le Concile Vatican II affirme qu'il est obligatoire, pour les prêtres et les diacres en premier lieu, d'être en contact permanent avec les Écritures, à travers la lecture sainte assidue et l'étude minutieuse, pour éviter que celui qui ne l'écoute pas de l'intérieur ne devienne un vain prédicateur de la Parole de Dieu (cf. DV 25; PO 4). À cette doctrine conciliaire correspond la disposition canonique sur le ministère de la Parole de Dieu confiée aux prêtres et aux diacres en tant que collaborateurs de l'évêque.[81]

            Dans la fréquentation quotidienne de la Parole, ils puisent la lumière nécessaire pour ne pas se conformer à la mentalité du monde, et jouir d'un juste discernement personnel et communautaire, afin de pouvoir, en étant zélés dans l'action pastorale, guider le Peuple de Dieu sur les voies du Seigneur. Tout cela entraîne la nécessité d'une éducation et d'une formation pastorale éclairée par la Parole. Le développement des sciences bibliques, la variété des besoins et l'évolution des situations pastorales exigent qu'ils se recyclent en permanence.

            Le devoir de l'annonce détermine le recours à des initiatives spécifiques, comme par exemple la pleine mise en valeur de la Bible dans les projets pastoraux. Dans chaque diocèse, et sous la conduite de l'évêque, un projet de pastorale biblique est utile pour apporter la Bible dans les grandes initiatives de l'Église, dans l'évangélisation et dans la catéchèse. Ce faisant, on aura soin qu'à partir de la Parole de Dieu se base et se manifeste la communion entre le clergé et les laïcs, et donc entre les paroisses, les communautés de vie consacrée et les mouvements ecclésiaux.

            Dans la perspective du service sacerdotal, la formation dans les séminaires exige toujours plus une connaissance vaste et actualisée en exégèse et en théologie, une formation approfondie à l'usage pastoral de la Bible, une véritable initiation à la spiritualité biblique, sans jamais négliger l'éducation à une grande passion pour la Parole au service du Peuple de Dieu. C'est pourquoi il est souhaitable que soient nombreux les prêtres qui se consacrent aux études, académiques également, des Saintes Écritures.


Différents ministres de la Parole de Dieu

50.       Le renouvellement biblique et liturgique a révélé le besoin de serviteurs de la Parole de Dieu, en premier lieu dans l'action liturgique, et ensuite dans toutes les autres formes de communication de la Bible. En ce qui concerne le service liturgique, le ministère de la Parole de Dieu s'exerce tant dans la proclamation des lectures que notamment dans l'homélie. Celle-ci est uniquement du ressort du ministre ordonné, la proclamation dans la liturgie est réservée au lecteur - ministère institué - et, en son absence, elle peut être assurée par les laïcs, hommes et femmes.[82] Dans certains cas prévus par les canons, les laïcs peuvent être admis à prêcher dans une église ou une chapelle.[83]

            Font aussi partie des serviteurs de la Parole les catéchistes, les animateurs de groupes bibliques et tous ceux qui assurent un rôle de formation des fidèles dans la liturgie, dans la charité et dans l'enseignement religieux à l'école. Le Directoire général pour la catéchèse précise les compétences nécessaires pour ce faire. Mais cette attention aux coopérateurs pastoraux se manifeste vivement dans toutes les Églises particulières du fait que sont perçus d'une part l'attachement pour les Écritures et, de l'autre, la difficulté d'assurer un tel service.


Devoir des laïcs

51.       Devenus membres de l'Église par le baptême et ayant reçu la fonction sacerdotale prophétique et royale du Christ, les fidèles laïcs partagent la mission salvifique que le Père a confiée à son Fils pour le salut de tous les hommes (LG 34-36).[84] Pour exercer leur mission, ils « sont rendus participants autant au sens de la foi surnaturelle de l'Église qui ‘ne peut se tromper dans la foi' (LG 12) qu'à la grâce de la parole (cf. Ac 2, 17-18; Ap 19, 10); ils sont au surplus appelés à faire briller la nouveauté et la force de l'Évangile dans leur vie quotidienne, familiale et sociale ».[85] De cette façon, ils apportent leur contribution à la construction du Royaume de Dieu, en étant fidèles à sa Parole.

            Il revient aux laïcs, pour exercer leur mission dans le monde, de proclamer la Bonne Nouvelle aux hommes dans les situations de vie qui sont les leurs. Dans le style prophétique de Jésus de Nazareth, il faut que l'annonce de la Parole « apparaisse à chacun comme une ouverture à ses problèmes personnels, une réponse à ses questions, un élargissement à ses valeurs, en même temps que la satisfaction apportée à ses aspirations les plus profondes ».[86]

            Sur le chemin de la Parole de Dieu, le laïc ne doit pas être seulement un auditeur passif ; il doit participer activement, dans tous les domaines où la Bible se trouve concernée ; dans les études scientifiques, dans le service de la Parole en milieu liturgique ou catéchétique, et dans l'animation biblique des différents groupes. Le service des laïcs requiert diverses compétences pour lesquelles une formation biblique spécifique est nécessaire. On rappellera ici parmi les devoirs préférentiels : la Bible dans l'initiation chrétienne des jeunes enfants ; la Bible pour les jeunes, par exemple lors des Journées mondiales de la Jeunesse ; la Bible pour les malades, pour les soldats, pour les prisonniers.

            Un moyen privilégié de rencontrer Dieu qui nous parle est la catéchèse au sein des familles, avec l'approfondissement de quelques pages de la Bible et la préparation de la liturgie du dimanche. Une tâche de la famille est justement d'initier les enfants aux Saintes Écritures, à travers la narration des grandes histoires de la Bible, en particulier celles de la vie de Jésus, et à travers la prière s'inspirant des Psaumes ou d'autres livres de la Révélation.

            Une grande attention doit aussi être accordée aux mouvements ou aux groupes, comme les associations, les groupements, les nouvelles communautés. En effet, même s'ils sont très différents les uns des autres par leurs méthodes et leurs sphères d'engagement, un caractère qui leur est commun est la redécouverte de la Parole de Dieu, de sa situation privilégiée dans le projet spirituel et pédagogique, pour susciter et alimenter leur vie spirituelle. Ils disposent de parcours efficaces de formation centrés sur l'assimilation existentielle de la Parole de Dieu. Ils enseignent à vivre la liturgie et la prière personnelle avec une grande attention à la Parole, en privilégiant la liturgie de l'Église. La prière de l'Office et la Lectio Divina aussi sont vécus comme des moments de nourriture spirituelle.

            C'est un devoir incontournable de vérifier que, dans cette rencontre fervente avec la Parole de Dieu, soient constamment témoignées la communion ecclésiale et la charité envers les fidèles n'appartenant à aucun groupement.


Service des personnes consacrées

52.       Dans ce cheminement de la Parole de Dieu parmi le peuple chrétien, les personnes de vie consacrée jouent un rôle spécifique. Comme le souligne le Concile Vatican II, « que chaque jour la Sainte Écriture soit en leurs mains pour retirer de sa lecture et de sa méditation ‘l'éminente science de Jésus-Christ' (Ph 3,8) » (PC 6) et qu'elles puissent trouver un élan renouvelé dans leur tâche d'éducation et d'évangélisation, en particulier des pauvres, des simples et des derniers, grâce aux textes du Nouveau Testament « surtout les Évangiles, qui sont ‘le cœur de toutes les Écritures' [...] en promouvant d'une manière adaptée à leurs charismes des écoles de prière, de spiritualité et de lecture priante de l'Écriture ».[87]

            Pour les personnes consacrées, le Texte biblique doit faire l'objet d'une ruminatio quotidienne et d'une confrontation pour un discernement personnel et communautaire en vue de l'évangélisation. Selon saint Ambroise, lorsque l'homme commence à lire les Saintes Écritures, Dieu se promène à nouveau avec lui dans le paradis terrestre.[88] La lecture orante de la Parole en compagnie des jeunes est la voie pour une croissance vocationnelle renouvelée et pour un retour fécond à l'Évangile et à l'esprit des fondateurs, si fortement souhaité par le Concile Vatican II et récemment proposé une nouvelle fois par le Saint-Père Benoît XVI aux personnes de vie consacrée.[89] En particulier, il faut que les personnes consacrées donnent toute sa valeur à la confrontation communautaire avec la Parole de Dieu, qui apportera la communion fraternelle et le partage joyeux des expériences de Dieu dans leur vie, et les aidera à croître dans la vie spirituelle.[90] Le Pape Jean-Paul II affirmait : « La Parole de Dieu est la première source de toute spiritualité chrétienne. Elle nourrit une relation personnelle avec le Dieu vivant et avec sa volonté salvifique et sanctifiante. C'est pourquoi la Lectio Divina, dès la naissance des Instituts de vie consacrée, et spécialement dans le monachisme, a été l'objet de la plus haute estime. Grâce à elle, la Parole de Dieu entre dans la vie, sur laquelle elle projette la lumière de la sagesse qui est le don de l'Esprit ».[91]


La Parole de Dieu doit être en tout temps à la disposition de tous

53.       L'Église considère que « l'accès à la Sainte Écriture [doit être] largement ouvert aux chrétiens » (DVpromotion pastorale robuste et crédible des Saintes ÉcrituresDV 21). 22),[92] car les personnes ont droit de rencontrer la vérité.[93] C'est aujourd'hui une condition indispensable pour la mission. Et comme il n'est pas rare que la rencontre avec les Écritures risque de ne pas être un fait ecclésial mais d'être exposé au subjectivisme et à l'arbitraire, une devient indispensable pour annoncer, célébrer et vivre la Parole dans la communauté chrétienne, en dialoguant avec les cultures de notre époque, en se mettant au service de la vérité et non des idéologies courantes, et en développant le dialogue que Dieu désire avec tous les hommes (cf.

            Pour ce faire, il est nécessaire de diffuser la pratique biblique avec des matériels appropriés, de susciter le mouvement biblique parmi les laïcs, et de soigner la formation des animateurs des groupes, avec une attention particulière pour les jeunes,[94] en proposant aussi aux immigrés et aux personnes qui sont à la recherche du sens de la vie, la connaissance de la foi à travers la Parole de Dieu.

            Puisque « le premier aréopage des temps modernes est le monde de la communication, qui donne une unité à l'humanité, [...] l'usage des médias est devenu essentiel pour l'évangélisation et la catéchèse. [...] l'Église se sentirait coupable devant son Seigneur si elle ne mettait pas en œuvre ces puissants moyens. [...] En eux, l'Église trouve une version moderne et efficace de la chaire. Grâce à eux, elle réussit à parler aux masses »[95] (cf. IM 11). Aussi, faut-il, avec un équilibre savant, laisser dans la transmission de la Parole de Dieu une large place aux méthodes et aux nouvelles formes de langage et de communication telles que : radio, télévision, théâtre, cinéma, musique et chansons, et jusqu'aux nouveaux médias comme les CD, les DVD, Internet, etc. Mais il ne faut toutefois pas oublier qu'un bon usage des médias exige, de la part des agents pastoraux, engagement et compétence. Il est nécessaire d'intégrer le message lui-même dans la « nouvelle culture » créée par la communication moderne, avec des langages nouveaux, des techniques nouvelles et des attitudes psychologiques nouvelles.[96]

            Enfin, c'est notre devoir de rappeler qu'existe et œuvre, depuis 1968, la Fédération Biblique Catholique mondiale (CBF), instituée par le Pape Paul VI au service de la diffusion des orientations du Concile Vatican II sur la Parole de Dieu.


[79] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Pastores gregis (16.10.2003), III : AAS 96 (2004) 859-867.
[80] Benedictus XVI, Allocutio In inauguratione operum V Cœtus Generalis Episcoporum Americæ Latinæ et Regionis Caraibicæ (13.05.2007), 3 : AAS 99 (2007) 450.
[81] Cf. CIC can. 757 ; CCEO can. 608 ; 614.
[82] Cf. Missale Romanum, Institutio generalis, 66, editio typica III, Typis Vaticanis 2002, p. 34.
[83] Cf. CIC can. 766, CCEO can. 614, § 3 ; 4.
[84] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Christifideles laici (30.12.1988), 8.14 : AAS 81 (1989) 404-405 ; 409-411 ; CIC can. 204 ; CCEO can. 7,1.
[85] Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Christifideles laici (30.12.1988), 14 : AAS 81 (1989) 411.
[86] Paulus VI, IVème Congrès national français de l'enseignement religieux (01-03.04.1964) : La Documentation Catholique 1422 (19.04.1964) p. 503.
[87] Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Vita consecrata (25.03.1996), 94 : AAS 88 (1996) 469.
[88] Cf. S. Ambrosius, Epist. 49, 3 : PL 16, 1154 B.
[89] Cf. Benedictus XVI, Allocution à l'occasion de la Journée mondiale de la Vie consacrée (02.02.2008) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 6 (12.02.2008) 7.
[90] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Vita consecrata (25.03.1996), 94 : AAS 88 (1996) 469.
[91] Ibidem.
[92] Cf. CIC can. 825 ; CCEO can. 662 § 1 ; 654.
[93] Cf. Congregatio pro Doctrina Fidei, Note doctrinale sur certains aspects de l'évangélisation (03.12.2007) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 51 (18.12.2007) p. 8.
[94] Cf. Benedictus XVI, Message du Saint-Père pour la XXIème Journée mondiale de la Jeunesse (22.02.2006) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 9 (28.02.2006) p. 3.
[95] Congregatio pro Clericis, Directorium generale pro catechesi (15.08.1997), 160 ; Enchiridion Vaticanum 16, EDB, Bologna 1999, p. 844 ; cf. Paulus VI, Adhort. Apost. Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 45 : AAS 68 (1976) 35 ; Ioannes Paulus II, Litt. Enc. Redemptoris missio (07.12.1990), 37 : AAS 83 (1991) 284-286 ; CIC can. 761 ; CCEO can. 651 § 1.
[96] Cf. Congregatio pro Clericis, Directorium generale pro catechesi (15.08.1997), 161 : Enrichidion Vaticanum 16, EDB, Bologna 1999, p. 846.

© Copyright 2008 - Secrétairerie Générale du Synode des Évêques et Libreria Editrice Vaticana.

Wanted : un portrait robot de l'Apôtre saint Paul

dominicanus #La Parole à S. Paul
Quelques semaines avant le début de l'année consacrée à Saint Paul, un portrait robot de l'Apôtre a été présenté en Allemagne.

(Photo: Landeskriminalamt)


Saint Paul est né env. 7 à 10 av. J.C. et fut exécuté à Rome entre 64 et 67.

Le protrait a été fait par les services de la police criminelle de Düsseldorf (LKA) pour un livre de l'historien allemand Michael Hesemann : Paulus von Tarsus. Archäologen auf den Spuren des Völkerapostels (Paul de Tarse. Des Archéologues sur les Traces de l'Apôtre des Peuples)

http://i10.ebayimg.com/07/s/000/77/44/bad9_1.JPG

L'auteur présentant son livre à Benoît XVI

Des experts de la police criminelle allemande ont tenté, sur la base de témoignages, de descriptions et d'images, de faire un protret de l'Apôtre.

La LKA n'en est pas à son premier coup d'essai. En 21003 un portrait robot
de l'Apôtre saint Pierre avait déjà été réalisé pour un livre du même auteur, intitulé : Der erste Papst, Archäologen auf der Spur des historischen Petrus (Le premier Pape, des Archéologues sur les Traces du Pierre historique).

Ces portrets
ne sont évidemment jamais fiables à 100%, mais donnent en principe une idée  assez précise des caractéristiques principales d'un criminel en fuite pour permettre à quelqu'un de le reconnaître.

Cette photo permettra-t-elle à nos contemporains de grandir dans la connaissance de saint Paul ? Peut-être. Mais elle ne remplacera jamais la fréquentation assidue de ses lettres, dont je publie des passages classés par thème sur ce blog :


L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. VI)

dominicanus #Évènements

TROISIÈME  PARTIE

LA PAROLE DE DIEU DANS LA MISSION DE L'ÉGLISE


« Il vint à Nazareth où il avait été élevé, entra, selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il était écrit : ‘L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur'. Il replia le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : ‘Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture' » (Lc 4,16-21).


Mission de l'Église

42.          Dans son annonce de la Bonne Nouvelle, la mission de l'Église est étroitement liée à l'expérience de la Parole de Dieu dans la vie. À l'école de la Parole incarnée elle-même, l'Église a conscience que, conformément au commandement du Seigneur, sa fréquentation du Christ est une parole, une expérience de vie devant être communiquée à tous les hommes. Aujourd'hui, la mission de l'Église, au service de la Parole de Dieu, s'adresse à différents milieux : peuples et groupes humains, contextes socio-culturels où le Christ et son Évangile sont encore inconnus ou n'ont pas encore pris racines ; il y a aussi des communautés chrétiennes ferventes de foi et de vie ; et la situation de groupes entiers de baptisés qui ne se reconnaissent plus comme membres de l'Église et conduisent une existence loin du Christ et de son Évangile.[69] Aussi devient-il nécessaire de réfléchir de manière appropriée sur ce dynamisme missionnaire diversifié de la Parole de Dieu dans l'Église.


 

Chapitre  VI

Pour « que l'accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert » (DV 22)

La mission de l'Église est de proclamer la Parole et de construire le Royaume de Dieu


43.          En ce début de nouveau millénaire, la mission de l'Église est de se nourrir de la Parole, pour la servir en s'engageant dans l'évangélisation.[70]

               La raison d'être de l'Église et de sa mission est sans aucun doute d'annoncer l'Évangile. Ce qui implique qu'elle doit vivre ce qu'elle prêche. C'est là le chemin décisif pour qu'apparaisse crédible ce qu'elle proclame, nonobstant les faiblesses et les pauvretés. Lorsqu'il répondait à la Parole de Dieu, le peuple d'Israël disait : « Tout ce que [le Seigneur] a dit, nous le ferons et nous y obéirons » (Ex 24,7) ; Jésus aussi invitait ses disciples à répondre de cette façon à la fin du Discours sur la Montagne (cf. Mt 7,21-27).

               La force intime et le contenu de l'annonce de la Parole de Dieu, à l'école de Jésus, sont le Royaume de Dieu (cf. Mc 1,14-15). Le Royaume de Dieu est la Personne même de Jésus qui, par les mots et par les œuvres, offre le salut à tous les hommes. En prêchant Jésus-Christ, l'Église participe donc à la construction du Royaume de Dieu, elle en éclaire la dynamique de semence qui germe (cf. Mc 4,27) et invite tous les hommes à l'accueillir.

               « Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile » (1 Co 9,16) : cette phrase de Saint Paul résonne aujourd'hui encore dans l'Église de façon urgente et devient pour tous les chrétiens non pas une simple information, mais une vocation au service de l'Évangile pour le monde. En effet, comme le dit Jésus, « la moisson est abondante » (Mt 9,37) et variée : nombreux sont ceux qui n'ont jamais entendu l'Évangile et attendent d'en recevoir la première annonce, en particulier dans les continents de l'Afrique et de l'Asie ; et il y en aussi beaucoup qui ont oublié l'Évangile et attendent une nouvelle évangélisation. Un critère indispensable de vérification de la mission de l'Église consiste à apporter le témoignage clair et partagé d'une vie selon la Parole de Dieu, attestée par Jésus.

               En vérité, sur le chemin de l'annonce de l'Évangile et de l'écoute du Seigneur, les difficultés ont été nombreuses et elles continuent de l'être. Et ce pour différents motifs : la culture contemporaine qui, pour diverses raisons, est portée au relativisme et au sécularisme; les nombreuses sollicitations du monde et l'activisme qui étouffent l'esprit, ce pourquoi on remarque une certaine difficulté à intérioriser le message évangélique ; dans de nombreuses régions, le manque de matériels bibliques entrave l'utilisation du Texte biblique, sa traduction et sa diffusion. En outre, on se heurte aussi en particulier à l'obstacle des sectes et du fondamentalisme qui empêche une interprétation correcte de la Bible. Apporter la Parole de Dieu est une mission forte qui implique une compréhension profonde et convaincue cum Ecclesia.

L'une des premières conditions d'une annonce évangélique efficace est la confiance dans la puissance transformatrice de la Parole dans le cœur de celui qui écoute. Car, « vivante, en effet, est la Parole de Dieu, efficace, [...] elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur » (He 4,12). Une deuxième condition, particulièrement ressentie et crédible aujourd'hui, est d'annoncer la Parole de Dieu comme une source de conversion, de justice, d'espérance, de fraternité et de paix. Les autres conditions sont la franchise, le courage, l'esprit de pauvreté, l'humilité, la cohérence et la cordialité, de la part de ceux qui servent la Parole de Dieu. Saint Augustin a écrit : « Tout ce que nous avons pu dire jusqu'alors en traitant des choses, se résume à établir cette grande vérité, que la plénitude et la fin de la loi et de toutes les divines Écritures, consiste dans l'amour [...]. C'est donc à tort qu'on se flatterait de comprendre les divines Écritures en tout ou en partie, si cette connaissance ne sert pas à établir le double amour de Dieu et du prochain : c'est ne pas en avoir encore la moindre intelligence ».[71] En résumé, comme l'affirme le Saint-Père Benoît XVI, lorsqu'on reçoit la Parole de Dieu, qui est amour, il s'en suit qu'on ne peut véritablement annoncer le Seigneur si on ne pratique pas l'amour, dans l'exercice de la justice et de la charité.[72]


La mission de l'Église se réalise dans l'évangélisation et dans la catéchèse

44.       Dans l'histoire du Peuple de Dieu, depuis toujours la Parole est annoncée à travers l'évangélisation et la catéchèse. À partir du Concile Vatican II, on se rend compte que le rapport entre la Bible et l'évangélisation sous ses différentes formes - depuis la première annonce jusqu'à la catéchèse permanente - est très étroit. Partout, les Catéchismes nationaux et les Directoires qui les inspirent présentent les qualités bibliques requises et mettent à la première place la Parole de Dieu puisée dans les Écritures. Souvent, des explications sont demandées sur un thème central : l'intégration de l'intelligence de foi que proposent la Tradition et le Magistère avec le Texte biblique.

            Pour ce qui est du principe, il faut rappeler dans toute sa clarté l'affirmation conciliaire suivante : « C'est aussi de la même parole de l'Écriture que le ministère de la parole, autrement dit la prédication pastorale, la catéchèse et toute l'instruction chrétienne, dans laquelle il faut que l'homélie liturgique ait une place privilégiée, est nourri de façon salutaire et trouve sa sainte vigueur » (DV 24). Le Pape Jean-Paul II a affirmé qu' « il y a l'évangélisation et la catéchèse qui prennent une nouvelle vigueur précisément lorsqu'on est attentif à la Parole de Dieu ».[73] Le Directoire général pour la catéchèse précise le sens de la « Parole de Dieu, source de la catéchèse » en affirmant : « La catéchèse puisera toujours son contenu à la source vivante de la Parole de Dieu, transmise dans la Tradition et dans les Écritures ».[74]

            Il est important de recommander de ne pas réduire la Parole de Dieu dans la catéchèse à un simple objet qu'il convient de connaître, comme une matière scolaire. À la lumière de la Révélation, il faudra être attentif à ce que la rencontre avec les Écritures dans la catéchèse soit un acte par lequel Dieu lui-même s'adresse aux personnes, tout comme il en est dans la célébration liturgique. Il s'agit, grâce aux textes bibliques, de faire ressentir la présence réelle et bienveillante de Dieu, qui ne cesse jamais de se manifester aux hommes. Dans une telle perspective, la catéchèse est étroitement liée à la Lectio Divina, du fait qu'elle est une expérience d'écoute et de prière de la Parole de Dieu, dès les premières années de la vie.

45.       Pour ce qui est de l'application, il faut avoir présent à l'esprit les différentes formes de communication de la Parole de Dieu, en même temps que les exigences toujours nouvelles des fidèles selon la diversité des âges et des conditions spirituelles, culturelles et sociales, comme l'indiquent le Directoire général de la catéchèse et les Directoires catéchétiques des différentes Églises particulières.[75]

            L'évangélisation a lieu suivant des canaux privilégiés tels que le parcours de l'Année liturgique, le cheminement d'initiation chrétienne, la formation permanente.[76] La catéchèse catéchuménale et mystagogique conduit à une mentalité biblique féconde, qui permet aussi d'éclairer efficacement la religiosité populaire grâce à la Parole de Dieu à laquelle elle puise souvent. Un rôle important est celui de la rencontre directe avec les Saintes Écritures qui constitue un objectif premier. La catéchèse « doit s'imprégner et se pénétrer de la pensée, de l'esprit et des attitudes bibliques et évangéliques par un contact assidu avec les textes eux-mêmes ».[77]

            En raison de son importance culturelle particulière, l'enseignement de la Bible doit être valorisé dans les écoles et plus spécialement lors de l'enseignement de la religion, afin de proposer un itinéraire complet de découverte des grands textes bibliques mais aussi des méthodes d'interprétation adoptées par l'Église. Pour ce faire, le Catéchisme de l'Église catholique est « un instrument valable et autorisé au service de la communion ecclésiale et [...] une norme sûre pour l'enseignement de la foi ».[78] L'intention n'est nullement qu'il remplace la catéchèse biblique, mais plutôt qu'il l'insère dans la vision plus complète de l'Église.

            Étant donné les importants changements culturels et sociaux survenus, une catéchèse qui aide à expliquer les « pages difficiles » de la Bible devient nécessaire. On remarque ce type de difficultés pour ce qui touche à l'histoire, à la science et à la vie morale, et en particulier pour ce qui concerne certaines représentations de Dieu et certains comportements éthiques de l'homme, plus spécialement dans l'Ancien Testament. Une solution sera recherchée à partir d'une réflexion organique de caractère exégétique et théologique, mais aussi anthropologique et pédagogique.

            Enfin, la prédication dans ses formes les plus variées reste l'un des principaux moyens pour communiquer la foi dans l'Église, mais aussi la forme la plus exposée au jugement des fidèles. Il faut penser à un projet stratégique de formation à la prédication de la Parole (cf. DV 25). Quant au processus de communication, l'Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi du Pape Paul VI garde toute son actualité, en particulier lorsqu'elle déclare qu'il faut reconnaître la première place au témoignage personnel dans l'annonce de la Parole de Dieu et à sa transmission dans les structures familiales ou dans les milieux habituellement fréquentés.



[69] Cf. Ioannes Paulus II, Litt. Enc. Redemptoris missio (07.12.1990), 33 : AAS 83 (1991) 277-278.
[70] Cf. Ioannes Paulus II, Litt. Apost. Novo millennio ineunte (06.01.2001), 40 : AAS 93 (2001) 294.
[71] S. Augustinus, De doctrina christiana, I, 35,39-36,40 : PL 34,34.
[72] Cf. Benedictus XVI, Litt. Enc. Deus caritas est (25.12.2005) : AAS 98 (2006) 217-252.
[73] Ioannes Paulus II, Litt. Apost. Novo millennio ineunte (06.01.2001), 39 : AAS 93 (2001) 293.
[74] Congregatio pro Clericis, Directorium generale pro catechesi (15.08.1997), 94 : Enchiridion Vaticanum 16, EDB, Bologna 1999, pp. 738-740; Ioannes Paulus II, Adhort Apost. Catechesi tradendæ (16.10.1979), 27 : AAS 71 (1979) 1298.
[75] Cf. Congregatio de Culto Divino et Disciplina Sacramentorum, Directoire sur la Piété populaire et la Liturgie (09.04.2002), 87-89, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2002, pp. 81-82.
[76] Cf. Congregatio pro Clericis, Directorium generale pro catechesi (15.08.1997), I, 2 : Enchiridion Vaticanum 16, EDB, Bologna 1999, pp. 684-708.
[77] Ibidem, 127, p. 794; Ioannes Paulus II, Adhort Apost. Catechesi tradendæ (16.10.1979), 27 : AAS 71 (1979) 1298.
[78] Ioannes Paulus II, Const. Apost. Fidei depositum (11.10.1992), IV : AAS 86 (1994) 117.

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L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. V)

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ChapitreV

La Parole de Dieu dans les multiples services de l'Église

«de la table de la Parole de Dieu comme de celle du Corps du Christ [...] prendre le pain de vie » (DV 21)


Ministère de la Parole

32.          « La prédication ecclésiastique tout entière, tout comme la religion chrétienne elle-même [...] doit [être] nourrie et guidée par la Sainte Écriture » (DV 21). Avec cette affirmation, le Concile Vatican II rappelle les engagements spécifiques nécessitant des interventions concrètes.

               Il faut noter que le service de la Parole dans les Églises particulières se réalise dans les différentes sphères et expressions de vie, avec un programme conduisant à reconnaître au moment liturgique de l'Eucharistie et de chaque sacrement l'aspect primordial d'expérience de la Parole de Dieu. La nécessité se fait sentir de considérer la lecture orante dans la forme de la Lectio Divina, au niveau communautaire et personnel, comme l'objectif élevé et commun, et de promouvoir une catéchèse qui soit une initiation aux Saintes Écritures, en vivifiant par elles les programmes catéchistiques et les catéchismes eux-mêmes, ainsi que la prédication et la piété populaire. Il faut en outre encourager la rencontre avec la Parole de Dieu par l'intermédiaire de l'Apostolat biblique, en veillant à la naissance et à la conduite des groupes bibliques et faire en sorte que la Parole, pain de vie, devienne aussi un pain ‘concret', c'est-à-dire qui porte à aider les pauvres et ceux qui souffrent. On considère comme urgente la mise en valeur de la Parole à travers aussi des études et des rencontres qui mettent en relief ses rapports avec la culture et l'esprit humain, dans une confrontation interreligieuse et interculturelle. Pour ce faire, il est besoin d'une foi attentive, d'un dévouement apostolique, d'une pastorale intelligente, créative et permanente, dans un exercice qui favorise l'esprit de communion. Jamais autant que dans cette sphère, émerge l'exigence d'une pastorale animée par la Bible en permanence.

               Dans cette perspective d'unité et d'interaction, il faut que soit reconnu et pleinement soutenu le dynamisme avec lequel la Parole de Dieu rencontre l'homme, dynamisme qui se trouve à la base de toute l'action pastorale de l'Église : la Parole annoncée et écoutée veut se faire Parole célébrée, dans la Liturgie et les sacrements, pour pouvoir ainsi motiver une vie selon la Parole, à travers l'expérience de la communion, de la charité et de la mission.[43]


Expérience dans la liturgie et dans la prière

33.          À partir des expériences des Églises particulières émergent plusieurs points communs : pour une grande majorité de chrétiens à travers le monde, la rencontre avec la Parole de Dieu a lieu uniquement dans la célébration eucharistique du dimanche ; on voit grandir, chez le Peuple de Dieu, la conscience de l'importance de la liturgie de la Parole de Dieu, grâce aussi au renouvellement des règles de celle-ci dans le nouveau Lectionnaire ; certains, toutefois, souhaitent une révision de celui-ci pour une meilleure syntonie entre les différentes lectures, ainsi qu'une fidélité plus grande aux textes originaux ; on espère une nette amélioration de l'homélie ; il arrive aussi que la liturgie de la Parole soit configurée comme une forme de Lectio Divina ; enfin, l'Office divin ne connaît pas une large diffusion parmi les chrétiens. Par ailleurs, on note que le Peuple de Dieu n'est pas véritablement introduit à la théologie de la Parole de Dieu dans la liturgie et qu'il la vit encore de façon passive, en n'en percevant pas le caractère sacramentel et en ignorant les riches Introductions des livres liturgiques, du fait que les Pasteurs ne semblent pas toujours s'en intéresser ; le vaste monde des signes propres à la liturgie de la Parole apparaît assez souvent réduit à des formalités rituelles dépourvues de toute compréhension intérieure ; en particulier, le rapport entre la Parole de Dieu et le sacrement de réconciliation semble insuffisamment mis en valeur.


Motivation théologique et pastorale : Parole, Esprit, Liturgie et Église

34.          À tous les niveaux de la vie ecclésiale il est nécessaire de faire mûrir la compréhension de la liturgie en tant que lieu privilégié de la Parole de Dieu, qui édifie l'Église. Aussi est-il important de fournir quelques affirmations fondamentales.

-        La Bible est le livre d'un peuple et pour un peuple. Elle est un héritage, un testament remis aux lecteurs pour qu'ils réalisent dans leur vie l'histoire du salut dont témoignent les écrits. Il existe donc un rapport d'appartenance réciproque vitale entre le peuple et le Livre : la Bible reste un Livre vivant, si le peuple la lit ; le peuple ne subsiste pas sans le Livre car il trouve en lui sa raison d'être, sa vocation et son identité.

-        Cette appartenance mutuelle du peuple et des Saintes Écritures est célébrée dans l'assemblée liturgique, lieu où la Bible est diffusée et reçue. À ce propos, le discours de Jésus dans la Synagogue de Nazareth (cf. Lc 4,16-21) est des plus significatifs. Ce qui se passe là se produit aussi chaque fois que la Parole de Dieu est proclamée pendant la liturgie.

-        La proclamation de la Parole de Dieu renfermée dans les Écritures est une action de l'Esprit : tout comme il a agi pour que la Parole devienne Livre, maintenant dans la liturgie il transforme le Livre en Parole. La tradition liturgique alexandrine présente une double épiclèse, c'est-à-dire une invocation de l'Esprit avant la proclamation des lectures, et une autre après l'homélie:[44] c'est l'Esprit qui guide celui qui préside dans la tâche prophétique de comprendre, proclamer et expliquer la Parole de Dieu à l'assemblée de façon adéquate et, en même temps, d'invoquer un accueil juste et digne de la Parole de la part de la communauté rassemblée.

-        Grâce à l'Esprit Saint, l'assemblée liturgique écoute le Christ, car « c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Église les Saintes Écritures » (SC 7) et elle accueille l'alliance que Dieu renouvelle avec son peuple. Ainsi, les Écritures et la liturgie convergent dans l'unique but de conduire le peuple à dialoguer avec le Seigneur. La Parole prononcée par Dieu et dont témoignent les Écritures, Lui retourne sous la forme d'une réponse orante du peuple (cf. Is 55,10-11).

-        Les Écritures sont proclamées dans la Parole au cours de la liturgie, et principalement dans l'assemblée eucharistique, selon un dynamisme dialogique profond. Depuis le début, dans l'histoire du Peuple de Dieu, pendant le temps biblique comme après, la Bible a toujours été le Livre destiné à soutenir le rapport entre Dieu et son peuple ; c'est-à-dire le livre de culte et de prière. En effet, la liturgie de la Parole « est moins un moment de méditation et de catéchèse que le dialogue de Dieu avec son peuple, dialogue où sont proclamées les merveilles du salut et continuellement proposées les exigences de l'Alliance ».[45]

-        À l'intérieur du rapport entre la Parole et la liturgie, une place importance pour toute l'Église mais surtout pour la vie consacrée est celle occupée par la prière de l'Office divin. La Liturgie des Heures doit être vue comme un lieu privilégié de formation à la prière, surtout grâce aux Psaumes, dans lesquels le caractère divin et humain des Écritures se manifeste de façon idéale. Les Psaumes enseignent à prier, en amenant ceux qui les chantent ou les récitent à écouter, intérioriser et interpréter la Parole de Dieu.

-        Accueillir la Parole de Dieu dans la prière liturgique, outre que dans la prière personnelle et communautaire, devient donc, pour tous les chrétiens, un objectif incontournable, qui les amène à avoir une vision nouvelle des Saintes Écritures. Plus qu'un Livre écrit, elles doivent être vues comme une proclamation et un témoignage de l'Esprit Saint sur le Christ, selon l'affirmation conciliaire déjà citée : « c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Église les Saintes Écritures » (SC 7). Il en résulte que « dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture a une importance extrême » (SC 24).


Parole de Dieu et Eucharistie

35.          Tandis que dans la pratique, la liturgie de la Parole paraît fréquemment improvisée et parfois insuffisamment liée à la Liturgie eucharistique, l'unité profonde entre Parole et Eucharistie a ses racines dans le témoignage des Écritures (cf. Jn 6), soulignée par les Pères de l'Église et réaffirmée par le Concile Vatican II (cf. SCDV 21.26 ; AG 6.15 ; PO 18 ; PC 6). Dans la grande Tradition de l'Église, on trouve des expressions significatives telles que : « Corpus Christi intelligitur etiam [...] Scriptura Dei » (l'Écriture de Dieu aussi est considérée comme le Corps du Christ),[46] « ego Corpus Iesu Evangelium puto » (je considère l'Évangile comme le Corps de Jésus).[47] 48.51.56 ;

               La conscience accrue de la présence du Christ dans la Parole favorise aussi bien la préparation immédiate à la célébration eucharistique que l'union avec le Seigneur dans les célébrations de la Parole. C'est pour cela que le présent Synode suit la ligne du précédent sur l'Eucharistie et demande une réflexion spécifique sur le rapport entre la Parole de Dieu et l'Eucharistie.[48] Saint Jérôme affirme : « La chair du Seigneur est vraie nourriture et son sang vraie boisson; c'est là le vrai bien qui nous est réservé dans la vie ici-bas, se nourrir de Sa chair et boire Son sang, non seulement dans l'Eucharistie, mais aussi dans la lecture des Saintes Écritures. En effet, la Parole de Dieu que l'on puise à la connaissance des Écritures est vraie nourriture et vraie boisson ».[49]


Parole et économie sacramentelle

36.          La Parole doit être vécue au sein de l'économie sacramentelle, en tant qu'accueil de puissance et de grâce, et non seulement comme une communication de vérité, de doctrine et de normes éthiques. Chez celui qui écoute avec foi, elle suscite une rencontre et devient la célébration de l'alliance.

               Il faudra être aussi attentifs à toutes les formes de rencontre avec la Parole dans l'action liturgique : dans les sacrements, la célébration de l'Année liturgique, la Liturgie des Heures, les sacramentaux. Un soin particulier devra être accordé à la Liturgie de la Parole dans les célébrations des trois sacrements de l'initiation chrétienne: le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie. Une nouvelle prise de conscience est nécessaire pour ce qui est de l'annonce de la Parole de Dieu dans la célébration, spécialement de celle du sacrement de la Pénitence au niveau individuel. La Parole de Dieu doit aussi être mise en valeur dans les différentes formes de la prédication et de la piété populaire.


Incidences pastorales

37.          C'est à l'Eucharistie que revient la première place dans l'attention pastorale, en tant que « table de la Parole de Dieu comme de celle du Corps du Christ » intimement unies (DV 21), notamment dans le Jour du Seigneur. L'Eucharistie est « le lieu privilégié où la communion est constamment annoncée et entretenue ».[50] Tenant aussi compte de ce que, pour la majorité des chrétiens, la Messe du dimanche est, jusqu'à ce jour, le seul moment de rencontre sacramentelle avec le Seigneur, elle devient un don et un devoir à promouvoir, avec une passion pastorale, avec des célébrations authentiques et joyeuses. L'Eucharistie célébrée selon cette fusion intime de la Parole, du sacrifice et de la communion, constitue un objectif primordial de l'annonce et de la vie chrétienne.

               Il faudra prêter attention au déroulement harmonieux des différentes parties de la liturgie de la Parole : annonce des lectures, homélie, profession de foi, prière des fidèles, en rappelant le lien intime qui existe avec la liturgie eucharistique.[51] Celui dont les textes parlent devient présent dans le sacrifice total de soi au Père.

               Il est nécessaire de valoriser les Introductions, qui expliquent le contenu de la liturgie, en particulier les Prænotanda du Missel Romain, les Anaphores orientales, l'Ordo Lectionum Missæ, les Lectionnaires, l'Office divin et d'en faire le sujet d'une formation liturgique pour les Pasteurs et les fidèles, avec la Constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II.

               À propos de la traduction aussi, il est demandé de moins fragmenter les extraits et de rester le plus possible fidèle au texte original. En ayant à l'esprit que, dans la liturgie, le rite et la parole doivent toujours rester étroitement liés (cf. SC 35), la rencontre avec la Parole de Dieu doit se faire dans la spécificité des signes correspondants dans la célébration liturgique. Par exemple, la mise en place de l'ambon, le soin des livres liturgiques, un style adéquat de lecture, la procession et l'encensement de l'Évangile.

               En outre, il faudra soigner le plus possible la liturgie de la Parole, dans la proclamation des textes de façon claire et compréhensible, dans la prédication de l'homélie qui fait l'écho de la Parole.[52] Ce qui comporte d'avoir à disposition des lecteurs aptes et bien préparés. Dans ce but, il est besoin d'écoles, même au niveau diocésain, pour la formation de ces lecteurs. Dans cette perspective d'une meilleure compréhension de la Parole de Dieu pendant la Messe, de brèves monitions semblent utiles pour présenter le sens des lectures à proclamer.

               À propos de l'homélie, on attend un meilleur engagement dans la fidélité à la parole biblique et à la condition des fidèles, en les aidant à interpréter les événements de la vie et de l'histoire à la lumière de la foi. Elle ne devrait pas se limiter exclusivement à l'aspect biblique mais il serait opportun qu'elle embrasse également des thèmes essentiels concernant le dogme et la morale. Pour ce faire, une formation adaptée des futurs ministres se révèle indispensable. Il est recommandé que la communication de la Parole de Dieu se fasse avec le chant et la musique, et que les mots et les silences soient mis en valeur ; en dehors de la liturgie, il est possible de mettre en œuvre des formes de récitation de la Parole de Dieu, avec l'aide de phrases écrites et de dessins, ainsi que d'œuvres artistiquement appropriées comme, par exemple, le théâtre sacré.

               Il est souhaitable que les communautés religieuses, en particulier celles monastiques, aident les communautés paroissiales à découvrir et à goûter la Parole de Dieu dans la célébration liturgique. À propos de l'Office divin et de la Liturgie des Heures, auxquels le peuple est disposé à participer, il est devenu indispensable, aujourd'hui, de réfléchir sur la façon de rendre cet excellent canal de la Parole de Dieu plus adéquat au plan pastoral et plus accessible aux fidèles.


La Lectio Divina

38.          La rencontre orante avec la Parole de Dieu dispose d'une expérience privilégiée, appelée traditionnellement Lectio Divina. « La Lectio divina est une lecture, individuelle ou communautaire, d'un passage plus ou moins long de l'Écriture accueillie comme Parole de Dieu et se développant sous la motion de l'Esprit en méditation, prière et contemplation ».[53]

               On peut dire que, dans toutes les Églises, on assiste à une attention spécifique renouvelée à la Lectio Divina. Dans plusieurs régions, il s'agit d'une tradition séculière. Dans certains diocèses, elle s'est affirmée de façon progressive après le Concile Vatican II. Dans nombre de communautés, elle devient une nouvelle forme de prière et de spiritualité chrétienne, avec des avantages œcuméniques notables. Par ailleurs, le besoin se fait sentir d'adapter la forme classique aux différentes situations, en prenant en compte les possibilités effectives des fidèles, de façon à conserver l'essence de cette lecture orante, tout en favorisant sa qualité de nourriture pour la foi de tous.

               Il est bon de rappeler ici que la Lectio Divina est une lecture de la Bible, qui remonte aux origines chrétiennes et qui a accompagné l'Église tout au long de son histoire. Elle reste vivante dans l'expérience monastique mais aujourd'hui, à travers le Magistère, l'Esprit la propose en tant qu'élément significatif au plan pastoral et comme devant être valorisé pour la vie de l'Église en tant que tel, pour l'éducation et la formation des prêtres, pour la vie quotidienne des personnes consacrées, pour les communautés paroissiales, pour les familles, pour les associations et les mouvements, pour les chrétiens individuellement, adultes et jeunes, qui peuvent trouver dans cette forme de lecture un outil accessible et pratique pour accéder personnellement et communautairement à la Parole de Dieu (cf. OT 4).[54]

               Le Pape Jean-Paul II a déclaré : « Il est nécessaire, en particulier, que l'écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l'antique et toujours actuelle tradition de la Lectio Divinapermettant de puiser dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, qui oriente, qui façonne l'existence ».[55] Le Saint-Père Benoît XVI précise que cela advient « en utilisant aussi les nouvelles méthodes, soigneusement méditées et adaptées à notre époque ».[56] En particulier, le Saint-Père rappelle aux jeunes qu'il « est toujours importante de lire la Bible de façon très personnelle, en dialoguant avec Dieu, mais il est aussi important de la lire en compagnie des personnes avec lesquelles on avance sur la route [...] ».[57] Il exhorte les jeunes à « acquérir familiarité avec la Bible, à la tenir toujours à portée de la main, pour qu'elle soit une boussole indiquant la route à suivre ».[58] Que la diffusion de la Lectio Divina tienne à cœur au Saint-Père Benoît XVI et qu'il la considère comme le point décisif pour un renouvellement de la foi aujourd'hui, cela transparaît clairement du message qu'il adresse à différentes catégories de personnes, et en particulier aux jeunes, à qui il recommande : « Je voudrais surtout évoquer et recommander l'antique tradition de la Lectio Divina : la lecture assidue de l'Écriture Sainte, accompagnée par la prière, réalise le dialogue intime dans lequel, en lisant, on écoute Dieu qui parle et en priant, on Lui répond, avec une ouverture du cœur confiante (cf. DV 25). Cette pratique, si elle est promue de façon efficace, apportera à l'Église, j'en suis convaincu, un nouveau printemps spirituel. En tant que point ferme de la pastorale biblique, la Lectio Divina doit donc être davantage encouragée à travers l'utilisation également de méthodes nouvelles, étudiées attentivement et au rythme des époques. On ne doit jamais oublier que ‘la Parole de Dieu est la lampe sur nos pas et la lumière sur notre route'(Ps 119,105) ».[59]

               La nouveauté de la Lectio Divina dans le Peuple de Dieu exige une pédagogie opportune d'initiation, qui explique clairement ce dont il s'agit et contribue à éclaircir le sens des différents degrés et leur application fidèle et sagement créative. En effet, il existe différents procédés, comme celui dit des « sept pas » (Seven Steps), que pratiquent de nombreuses Églises particulières en Afrique. Ce nom est dû au fait que la rencontre avec la Bible est comme un chemin constitué de sept moments successifs : présence de Dieu, lecture, méditation, arrêt, communication, colloque et prière commune. L'expression Lectio Divina elle-même est modifiée en plusieurs endroits, et devient par exemple « École de la Parole », ou encore « Prière orante ».

               Et surtout, il faudra avoir présent à l'esprit que l'auditeur/lecteur d'aujourd'hui est différent de celui du passé, il vit une situation de rapidité et de fragmentation. Ce qui demande une formation éclairée, patiente et permanente des prêtres, des personnes de vie consacrée et des laïcs. Des objectifs utiles déjà en œuvre peuvent être le partage des expériences, motivées par la Parole écoutée (collatio)[60] ou bien les décisions pratiques, surtout de charité (actio).

               La Lectio Divina doit pouvoir devenir une source inspirant les différentes pratiques de la communauté, comme les exercices spirituels, les retraites, les dévotions et les expériences religieuses. L'objectif important est de faire mûrir la personne grâce à la lecture de la Parole, capable de discernement sapientiel de la réalité. La Lectio Divina n'est pas du tout une pratique devant être réservée à des fidèles moins engagés ou à un groupe de spécialistes de la prière. Elle est une réalité sans laquelle nous ne serions pas des chrétiens authentiques dans un monde sécularisé. Ce monde demande des personnes contemplatives, attentives, critiques et courageuses. Il requiert à chaque fois des choix nouveaux et inédits. Il exigera des interventions particulières qui ne seront pas le fruit de la seule habitude ni de l'opinion commune, mais de l'écoute de la Parole du Seigneur et de la perception mystérieuse de l'Esprit Saint dans les cœurs.


Parole de Dieu et service de charité

39.          La diakonia - ou service de la charité - est une vocation de l'Église de Jésus-Christ, dans le domaine de la charité, et que le Verbe de Dieu a manifestée par ses mots et par ses œuvres.

               La Parole de Dieu doit conduire à l'amour du prochain. Dans de nombreuses communautés, il est affirmé que la rencontre avec la Parole ne s'épuise ni dans l'écoute ni dans la célébration elle-même, mais qu'elle vise à devenir un engagement concret, personnel et communautaire, envers le monde des pauvres, en tant que signe de la présence du Seigneur. Dans cette optique, il est fait mention de l'approche de la Bible pratiquée de façon ‘libérationniste' : pour le développement ultérieur et la fécondité de cette approche dans l'Église « un facteur décisif sera la mise au clair de ses présupposés herméneutiques, de ses méthodes et de cohérence avec la foi et la Tradition de l'ensemble de l'Église ».[61]

               Il est urgent de mettre en lumière ce rapport entre la Parole de Dieu et la charité, du fait que, pour les croyants et les non-croyants, la charité imprime un élan important à la rencontre avec la Parole de Dieu. Ce lien se trouve affirmé dans l'Encyclique du Saint-Père Benoît XVI Deus caritas est, qui présente, réunis, les trois éléments constituant la nature profonde de l'Église : la proclamation de la Parole de Dieu (kerygma-martyria), la célébration des sacrements (leitourgia) et l'exercice du ministère de la charité (diakonia). Sa Sainteté affirme : « L'Église ne peut pas négliger le service de la charité, de même qu'elle ne peut négliger les Sacrements ».[62] L'Encyclique Spe salviAc 10,38). affirme en outre que « le message chrétien n'est pas seulement ‘informatif', mais ‘performatif'. Cela signifie que l'Évangile n'est pas uniquement une communication d'éléments que l'on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie ».[63] Il est clair qu'à la base de ce rapport entre la Parole et la charité se trouve la Parole même incarnée, Jésus de Nazareth, qui « a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui » (Ac 10,38).

               Avec, à l'esprit, les nombreuses pages des Saintes Écritures qui non seulement recommandent, mais ordonnent même le respect de la justice envers le prochain (cf. Dt 24,14-15 ; Am 2,6-7 ; Je 22,13 ; Jc 5,4), on est fidèle à la Parole de Dieu lorsque la première forme de charité se réalise dans le respect des droits de la personne humaine, dans la défense des opprimés et de ceux qui souffrent. Pour ce faire, il faut avoir présent l'importance que revêtent les communautés de foi, formées aussi de pauvres et animées par la lecture de la Bible. Il est nécessaire d'apporter consolation et espérance aux pauvres du monde. Le Seigneur, qui aime la vie, entend, avec sa Parole, éclairer, guider et soutenir toute la vie des croyants, en toutes circonstances, dans le travail et dans la fête, dans la souffrance, dans les loisirs, dans les engagements familiaux et sociaux et à chaque moment de la vie, afin que tous puissent discerner toutes choses et retenir ce qui est bon (cf. 1 Th 5,21), en reconnaissant par là la volonté de Dieu, et la mettre en pratique (cf. Mt 7,21).


Exégèse des Saintes Écritures et théologie

40.          « Aussi l'étude des Saintes Lettres doit-elle être comme l'âme de la sainte théologie » (DV 24). Il est hors de doute que les fruits réalisés dans ce domaine dans le sillage du Concile Vatican II sont tels que nous devons louer le Seigneur. Aujourd'hui, ressort comme un point important l'engagement d'un grand nombre d'exégètes et de théologiens qui étudient et expliquent les Écritures « selon le sens de l'Église » en interprétant et en proposant la Parole écrite de la Bible dans le contexte de la Tradition vivante, en valorisant par là l'héritage des Pères, en confrontant les indications du Magistère (cf. DV 12) et en aidant avec dévouement les Pasteurs dans leur service, méritant ainsi un mot de remerciement et d'encouragement.[64]

               Par ailleurs, la Parole de Dieu ayant planté sa tente parmi nous (cf. Jn 1,14), il est certain que l'Esprit nous pousse à méditer sur les nouveaux itinéraires qu'elle entend réaliser parmi les hommes de notre temps et, en outre, ce même Esprit invite à relever les espérances et les défis que l'humanité d'aujourd'hui pose à la Parole. Il en dérive de nouveaux engagements au niveau des études, ainsi que de services à la communauté.

               Il devient indispensable d'organiser l'étude selon les indications du Magistère, aussi bien quant à la connaissance et à l'emploi de la méthode de recherche, qu'au processus d'interprétation qui doit déboucher dans la plénitude donnée par le sens spirituel du Texte sacré.[65] Il est demandé que soit surmontée la distance perçue entre la recherche exégétique et l'élaboration théologique, en vue d'une collaboration réciproque : le théologien doit utiliser les données bibliques sans les manipuler, tandis que l'exégète ne doit pas limiter sa recherche seulement aux données littérales mais s'engager à reconnaître et à communiquer les contenus théologiques présents dans le texte inspiré. En particulier, on attend du théologien qu'il fasse sienne une théologie des Saintes Écritures qui aide à comprendre et à valoriser la vérité de la Bible dans la vie de foi et dans le dialogue avec les cultures, en réfléchissant sur les tendances anthropologiques actuelles, sur les instances morales, sur le rapport entre la raison et la foi, et sur le dialogue avec les grandes religions.

               Parmi les points de référence du travail exégétique et théologique, il faut souligner les témoignages de la Tradition sacrée, tels que la liturgie et les Pères de l'Église. La communauté attend des experts des « matériels appropriés » qui aident les ministres de la Parole divine à offrir au Peuple de Dieu « une nourriture des Écritures qui éclaire leur esprit, fortifie leur volonté, excite à l'amour de Dieu les cœurs des hommes » (DV 23). Pour cela, un dialogue intense et constructif est souhaité entre les exégètes, les théologiens et les pasteurs. Ce dialogue permettrait de traduire la réflexion théologique en propositions d'évangélisation plus incisives. Dans cette optique globale, l'attention est attirée sur les perspectives tracées en son temps par le Décret Optatam totius du Concile Vatican II à propos de l'enseignement de la théologie et de l'exégèse biblique et, par conséquent, de la méthodologie à préparer pour former les futurs pasteurs. Les perspectives qui y sont tracées attendent encore en grande partie d'être appliquées.


Parole de Dieu dans la vie des croyants

41.          La conscience que la Parole de Dieu est un don inestimable a déterminé la responsabilité de l'accueil de la foi. Et puisque, comme le dit Jésus, l'écoute de la Parole commande de faire la Parole (cf. Mt 7,21), l'Église a toujours proposé une conduite de vie correspondante, en visant la formation d'une spiritualité biblique.

               Le type de rapport avec la Parole de Dieu est clairement déterminé par une vision de foi. L'analyse de l'expérience permet de noter comment la Bible risque de rester, pour certains, un simple objet culturel, sans aucune incidence dans leur vie et, pour d'autres, un livre qu'ils aiment, sans savoir pourquoi. Enfin, à l'image des divers terrains de la parabole du semeur, certains portent des fruits à 30, d'autres à 60 et d'autres à 100 % (cf. Mc 4,20). Il est raisonnable d'affirmer qu'avec le progrès catéchistique, celui spirituel constitue l'un des aspects les plus beaux et prometteurs de la rencontre de la Parole de Dieu avec son peuple.

               Les raisons d'une relation vitale avec la Bible se trouvent synthétisée dans Dei Verbum selon laquelle il est nécessaire de s'attacher aux Écritures par une lecture assidue et une étude soigneuse (cf. DV 25), du fait que la Bible est « la source pure et intarissable de la vie spirituelle » (DV 21). En vue d'une spiritualité authentique de la Parole, il faut rappeler que « la prière doit accompagner la lecture de la Sainte Écriture pour que s'établisse un dialogue entre Dieu et l'homme, car ‘c'est à lui que nous nous adressons quand nous prions; c'est lui que nous écoutons, quand nous lisons les oracles divins'[66]» (DV 25). Saint Augustin le confirme : « Ta prière est la parole que tu adresses à Dieu. Lorsque tu lis la Bible, c'est Dieu qui te parle ; lorsque tu pries, c'est toi qui parles à Dieu ».[67] Il est alors nécessaire d'éclairer les fidèles sur ce qu'apporte la lecture croyante de la Bible dans la vie du chrétien, quand, il aura fait lui-même de son cœur une bibliothèque de la Parole.[68]

               La Parole de Dieu contribue à la vie de foi, en ce qu'elle n'exprime pas avant tout un résumé de questions doctrinales ou une série de principes éthiques, mais bien l'amour de Dieu qui invite à le rencontrer personnellement et qui manifeste sa grandeur inénarrable dans l'événement pascal. La Parole de Dieu propose un projet salvifique du Père pour chaque personne et chaque peuple. Elle interpelle, exhorte, encourage à un engagement de disciple à la suite du Christ, elle dispose à accepter l'action transformatrice de l'Esprit, favorise largement la fraternité en créant des liens profonds, et provoque un engagement évangélisateur. Tout cela vaut de façon toute particulière pour les personnes consacrées.

               Ce qui conduit à être attentif à certaines attitudes. En premier lieu, on peut rencontrer la Parole de Dieu si on a l'âme du pauvre, intérieurement mais aussi extérieurement, à l'image du « Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2 Co 8,9), c'est-à-dire avec des comportements basés sur ceux de Jésus qui écoute la Parole du Père et qui l'annonce aux pauvres (cf. Lc 4,18). Il existe des personnes, en particulier des femmes, qui travaillent dans des conditions souvent difficiles, s'occupent du foyer, se consacrent à leurs enfants, rendent différents services à leurs voisins, le tout avec une foi vivante et une référence spontanée aux Psaumes et à l'Évangile. C'est le témoignage de la vie qui donne crédibilité à la lecture de la Bible.

            Les maîtres spirituels rappellent les conditions pour que la Parole nourrisse la vie du croyant, en engendrant la spiritualité biblique : l'intériorisation profonde de la Parole ; la persévérance dans les épreuves, à partir de la Parole ; enfin, la lutte spirituelle contre les paroles, les pensées, les attitudes fausses et hostiles. La Bible aussi est sous le signe de la croix ; elle est la demeure du Crucifié. Des témoignages de tels comportements sont donnés par les communautés religieuses et les centres de spiritualité, qui apportent une contribution importante dans l'expérimentation de la Parole de Dieu en profondeur.


[43] Cf. Congregatio pro Clericis, Directorium generale pro catechesi (15.08.1997), 47-49 : Enrichidion Vaticanum 16, EDB, Bologna 1999, pp. 662-664.
[44] Cf. Euchologion Serapionis, 19-20, ed. Johnson M.E., The Prayers of Serapion of Thmuis (Orientalis Christiana Analecta 249), Roma 1995, pp. 70-71.
[45] Ioannes Paulus II, Epist. Apost. Dies Domini (31.05.1998), 41 : AAS 90 (1998) 738-739.
[46] Waltramus, De Unitate Ecclesiæ conservanda, 13, ed. W. Schenkenbecher, Hannoveræ 1883, p. 33 : « Dominus enim Iesus Christus ipse est, quod prædicat Verbum Dei, ideoque Corpus Christi intelligitur etiam Evangelium Dei, doctrina Dei, Scriptura Dei ».
[47] Origenes, In Ps 147 : CCL 78,337.
[48] Cf. Benedictus XVI, Adhort. Apost. Post-syn. Sacramentum caritatis (22.02.2007), 44-46 : AAS 99 (2007) 139-141.
[49] S. Hieronymus, Commentarius in Ecclesiasten, 313 : CCL 72, 278.
[50] Ioannes Paulus II, Litt. Apost. Novo millennio ineunte (06.01.2002), 36 : AAS 93 (2001) 291.
[51] Cf. Benedictus XVI, Adhort. Apost. Post-syn. Sacramentum caritatis (22.22.2007), 44-48 : AAS 99 (2007) 139-142.
[52] Cf. ibidem, 46: AAS 99 (2007) 141.
[53] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), IV, C 2 : Enchiridion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1718.
[54] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Pastores dabo vobis (25.03.1992), 47: AAS 84 (1992) 740-742; Benedictus XVI, Rencontre avec les jeunes Romains (06.04.2006): L'Osservatore Romano , E.H.L.F. 15 (11.04.2006) p. 4; Message pour la Journée mondiale de la Jeunesse (22.02.2006): L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 9 (28.02.2006)  p. 3.
[55] Ioannes Paulus II, Litt. Apost. Novo millennio ineunte (06.01.2001), 39 : AAS 93 (2001) 294.
[56] Benedictus XVI, Ad Conventum Internationalem La Sacra Scrittura nella vita della Chiesa (16.09.2005) : AAS 97 (2005) 957.
[57] Benedictus XVI, Rencontre avec les jeunes Romains (06.04.2006): L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 15 (11.04.2006) p. 4.
[58] Benedictus XVI, Message pour la Journée mondiale de la Jeunesse (22.02.2006): L'Osservatore Romano,  E.H.L.F. 9 (28.02.2006) p. 3.
[59] Benedictus XVI, Ad Conventum Internationalem La Sacra Scrittura nella vita della Chiesa (16.09.2005) : AAS 97 (2005) 957. Cf. DV 21.25 ; PO 18-19 ; Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 1177; Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Pastores dabo vobis (25.03.1992), 47 : AAS 84 (1992) 740-742 ; Adhort. Apost. Post-syn. Vita consecrata (25.03.1996), 94: AAS 88 (1996) 469-470 ; Litt. Apost. Novo millennio ineunte (06.01.2001), 39-40 : AAS 93 (2001) 293-295; Adhort. Apost. Post-syn, Ecclesia in Oceania (22.11.2001), 38 : AAS 94 (2002) 411 ; Adhort. Apost. Post-syn. Pastores gregis (16.10.2003), 15 : AAS 96 (2004) 846-847.
[60] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Vita consecrata (25.03.1996), 94 ; AAS 88 (1996) 469-470.
[61] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), I, E 1 : Enchiridion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1622.
[62] Benedictus XVI, Litt. Enc. Deus caritas est (25.12.2005), 22 : AAS 98 (2006) 234-235.
[63] Benedictus XVI, Litt. Enc. Spe salvi (30.11.2007), 2 : AAS 99 (2007) 986.
[64] Cf. Ratzinger J., Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 19.
[65] Cf. ibidem, p. 261.
[66] S. Ambrosius, De officiis ministrorum, I, 20, 88 : PL 16,50.
[67] S. Augustinus, Enarrat. in Ps. 85, 7 : CCL 39, 1177.
[68] Cf. Origenes, In Genesim homiliæ, 2,6 : SChr 7 bis, 108.

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L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. IV)

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DEUXIÈME PARTIE

LA PAROLE DE DIEU DANS LA VIE DE L'ÉGLISE

« Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sont élevées mes voies au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n'y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j'ai voulu et réalisé l'objet de sa mission » (Is 55,9-11).


Chapitre  IV

La Parole de Dieu vivifie l'Église

« La lettre que Dieu a envoyée aux hommes »[36]

               Quand l'Esprit Saint commence à faire mouvoir la vie du peuple, l'un des premiers signes et l'un des plus forts est l'amour pour la Parole de Dieu dans les Écritures, et le désir de les connaître davantage. Cela parce que la Parole des Écritures est une parole que Dieu adresse à chacun, personnellement, comme une lettre dans les circonstances concrètes de la vie. Elle est extraordinairement immédiate et a le pouvoir de pénétrer au cœur de l'être humain. En effet :

-        l'Église naît et vit de la Parole de Dieu ;

-        la Parole de Dieu soutient l'Église tout au long de son histoire ;

-        la Parole de Dieu imprègne et anime - dans la puissance de l'Esprit Saint - toute la vie de l'Église.


L'Église naît de la Parole de Dieu et vit par elle

27.          Dans les Actes des Apôtres, on lit à propos de Paul et Barnabé qu'à peine arrivés à Antioche, « ils réunirent l'Église et se mirent à rapporter tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi » (Ac 14,27).

               Le Synode est le lieu où l'on pourra certainement percevoir « les miracles et les prodiges » de la Parole de Dieu, comme ce fut le cas à Antioche et dans l'assemblée de Jérusalem qui écoutait Paul et Barnabé (cf. Ac 15,12). En effet, dans toutes les Églises particulières, il est possible d'expérimenter la Parole de Dieu de différentes façons : dans l'Eucharistie, dans la Lectio Divina - communautaire et personnelle -, pendant la Journée de la Bible, les cours bibliques, dans les groupes de l'Évangile ou d'écoute de la Parole de Dieu, dans le chemin biblique diocésain, les exercices spirituels, les pèlerinages en Terre Sainte, les célébrations de la Parole, les expressions de la musique, des arts plastiques, de la littérature et du cinéma.

               De multiples constatations émergent des réponses aux Lineamenta :

-        Après le Concile Vatican II, la lecture de la Parole de Dieu s'est intensifiée, surtout dans le cadre de la liturgie eucharistique. Beaucoup d'Églises accordent une place privilégiée à la Bible, en l'exposant bien en vue à côté de l'autel, ou sur l'autel, comme c'est le cas dans les Églises orientales.

-        Pour développer la lecture de la Parole, l'Église fait des efforts importants pour que l'accès aux Saintes Écritures soit un fait concernant le peuple. Les Conférences épiscopales, les diocèses, les paroisses, les communautés religieuses, les associations et les mouvements ont choisi d'avancer sur le chemin de la Parole de Dieu, de façon tout à fait novatrice par rapport à il y a quelques décennies.

-        Le désir d'apprendre à aimer la Parole de Dieu l'emporte chez certains, par rapport à d'autres questions d'ordre pastoral. De toutes façons, il reste toujours comme le désir de fond des personnes - même les plus distraites - qui sont sensibles au Jésus des Évangiles.

-        Cela n'empêche pas que le degré de familiarité avec la Parole de Dieu soit très diversifié. Dans les sociétés d'ancienne chrétienté, on trouve la Bible dans les maisons plus qu'en d'autres périodes, mais pas toujours comme Livre véritablement lu. Les données statistiques provenant de certaines parties du monde attestent que l'usage significatif de la Bible doit sensiblement se développer, tout comme doit mûrir la conscience du rôle fondamental et décisif de la Parole de Dieu pour une vie de foi.

-        Dans d'autres zones géographiques, où le problème consiste plutôt en pénurie de moyens - plus particulièrement les traductions -, les données sont différentes. Il est utile de rappeler les expériences que ces frères et sœurs, souvent pauvres, vivent au contact de la Parole de Dieu. La Notede la Commission Pontificale Biblique en donne une attestation compétente : « [...] il y a lieu de se réjouir de voir la Bible prise en mains par d'humbles gens, des pauvres, qui peuvent apporter à son interprétation et son actualisation une lumière plus pénétrante, du point de vue spirituel, que celle qui vient d'une science sûre d'elle-même ».[37]

-        Un paradoxe se manifeste : à la faim de la Parole de Dieu ne correspond pas toujours une prédication adéquate de la part des Pasteurs de l'Église, à cause d'une insuffisance dans la préparation au séminaire ou dans l'exercice pastoral.


La Parole de Dieu soutient l'Église tout au long de son histoire

28.          Une donnée constante dans la vie du Peuple de Dieu est de puiser sa force à la Parole, celle-ci n'étant donc pas statique mais une Parole qui accomplit sa course (cf. 2 Th 3,1) et descend, comme une pluie féconde qui vient du ciel (cf. Is 55,10-11). C'est ce qui se produit depuis que les prophètes parlaient au peuple, Jésus à la foule et à ses disciples, les apôtres à la première communauté, et jusqu'à nos jours. Nous pouvons bien dire que le service de la Parole de Dieu caractérise les différentes époques au sein même du monde biblique, puis dans l'histoire de l'Église.

               Ainsi, comme au temps des Pères, les Écritures sont au centre comme la source où puiser la théologie, la spiritualité et l'orientation pastorale. Les Pères sont les maîtres incomparables de cette lecture spirituelle des Écritures qui, lorsqu'elle est faite de façon authentique, n'est pas oubli de la lettre - c'est-à-dire du juste sens historique - mais est capable de lire la lettre dans l'Esprit. Au Moyen-Âge, les Pages Saintes constituaient la base de la réflexion théologique : pour les aborder correctement, a été élaborée la doctrine des quatre sens de l'Écriture : littéral, allégorique, tropologique et anagogique.[38] Dans les temps anciens, la Parole de Dieu dans la Lectio Divina constituait la forme monastique de la prière; la source de l'inspiration artistique; elle se transmettait au peuple dans les nombreuses formes de la prédication et de la piété populaire. De nos jours, la manifestation de l'esprit critique, le progrès scientifique, la division des chrétiens et l'engagement œcuménique qui s'en suit, encouragent - non sans difficulté ni contraste - une étude plus correcte et une meilleure compréhension du mystère des Écritures au sein de la Tradition. Aujourd'hui se développe le projet de renouvellement basé sur la centralité de la Parole de Dieu qui, à travers le Concile Vatican II, se poursuit jusqu'à l'actuel Synode.

               Dans le cadre de la grande Tradition, toutes les Églises particulières se développent dans le temps selon des modes et des caractères propres. Et surtout, comme l'enseigne encore l'histoire, il est possible de voir les liens et les influences réciproques. Il est toutefois nécessaire de prendre connaissance d'une double nouvelle : d'une part, on peut constater que la Parole de Dieu se diffuse et évangélise les différentes Églises particulières des cinq continents; elle s'incarne progressivement en elles, devenant l'âme vivifiante de la foi de nombreux peuples, facteur fondamental de communion, source d'inspiration et transformation des cultures et de la société ; d'autre part, il semble que la pastorale biblique ait à souffrir pour des raisons historiques, liées au moment de l'évangélisation, mais aussi pour des problèmes réels de foi dans des contextes de vie différents ou en raison de pénuries économiques.


La Parole de Dieu imprègne et anime, dans la puissance de l'Esprit Saint, toute la vie de l'Église

29.          Il existe une corrélation entre l'usage de la Bible, la conception de l'Église et la pratique pastorale. Le juste rapport se réalise lorsque l'Esprit Saint engendre l'harmonie entre l'Écriture et la Communauté. Il importera donc de respecter le besoin intérieur qui fait avancer la communauté pour rencontrer la Parole de Dieu, mais il faudra aussi être attentif à contrôler cette sensibilité qui exalte la spontanéité, l'expérience étroitement subjective et la soif de prodigieux. De même, il faudra être attentif à ce que dit le texte des Écritures, en s'efforçant de le méditer pour en saisir le sens littéral, avant de vouloir l'appliquer dans la vie. Ce qui n'est pas toujours facile. On signale en outre le risque du fondamentalisme, phénomène ayant des conséquences anthropologiques, sociologiques et psychologiques importantes, qui s'applique tout particulièrement à la lecture de la Bible et à l'interprétation du monde qui en est faite. Au niveau de cette lecture biblique, le fondamentalisme se réfugie dans le littéralisme et refuse de tenir compte de la dimension historique de la révélation biblique, de sorte qu'il ne parvient pas à accepter totalement l'Incarnation elle-même. « Ce genre de lecture trouve de plus en plus d'adhérents [... même] parmi les catholiques [...]. Le fondamentalisme [...] exige une adhésion sans défaillance à des attitudes doctrinaires rigides et impose, comme source unique d'enseignement au sujet de la vie chrétienne et du salut, une lecture de la Bible qui refuse tout questionnement et toute recherche critique ».[39] La forme extrême de ce type de tendance est la secte. Dans ce cas, les Écritures sont soustraites à l'action dynamique et vivifiante de l'Esprit, et la communauté s'atrophie comme un corps qui ne vit plus et est devenu un groupe fermé, qui n'admet aucune différence ni pluralité à son intérieur, et montre une attitude agressive envers les autres modes de penser.[40]

               Au contraire, il devient urgent de conserver vivante dans la communauté la docilité à l'Esprit Saint, en surmontant le risque d'éteindre l'Esprit par un activisme excessif et l'extériorité de la vie de foi, en évitant le danger de la bureaucratisation de l'Église, celui de l'action pastorale limitée à ses aspects institutionnels et de la réduction de la lecture biblique à une activité parmi d'autres.

30.          Il faut avoir présent à l'esprit, comme l'affirme Jésus, que l'Esprit guide l'Église vers la vérité dans sa totalité (cf. Jn 16,13), et qu'ainsi, il fait comprendre la vraie signification de la Parole de Dieu, en conduisant à la fin à rencontrer le Verbe lui-même, Fils de Dieu, Jésus de Nazareth. L'Esprit est l'âme et l'exégèse des Saintes Écritures. Aussi, non seulement « l'Écriture Sainte doit être lue et interprétée avec le même Esprit qui l'a fait écrire » (DV 12), mais guidée par l'Esprit, l'Église doit s'efforcer d'en avoir une compréhension toujours plus profonde pour nourrir ses fils, à partir plus spécialement de l'étude des Pères d'Orient et d'Occident (cf. DV 23), de la recherche exégétique et théologique, et de la vie des témoins et des saints.

               À ce propos, la ligne indiquée dans les Prænotanda au Lectionnaire se révèle précieuse, lorsqu'on trouve affirmé : « Pour que la Parole de Dieu mette vraiment en acte dans les cœurs ce qui résonne aux oreilles, l'action de l'Esprit Saint est nécessaire ; sous son inspiration et avec son assistance la Parole de Dieu devient le fondement de l'action liturgique, la norme et le soutien de toute la vie. L'action de ce même Esprit Saint non seulement devance, accompagne et suit toute l'action liturgique, mais suggère à chacun dans le cœur (cf. Jn 14,15-17.25-26 ; 15,26-16,15) tout ce qui, dans la proclamation de la Parole de Dieu, est dit pour l'assemblée des fidèles toute entière et, alors qu'il renforce l'unité de tous, il favorise aussi la diversité des charismes et en met son action multiple en valeur».[41]

               Ainsi, la communauté chrétienne se construit chaque jour en se laissant guider par la Parole de Dieu, sous l'action de l'Esprit Saint, qui apporte lumière, conversion et consolation. En effet, « tout ce qui a été écrit dans le passé le fut pour notre instruction, afin que la constance et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l'espérance » (Rm 15,4). Le premier devoir des Pasteurs consiste alors à aider les fidèles à comprendre ce que signifie rencontrer la Parole de Dieu avec le guide de l'Esprit, comme cela se réalise en particulier dans la lecture spirituelle de la Bible, dans l'attitude d'écoute et de prière. À ce sujet, Pierre Damascène affirme : « Celui qui a l'expérience du sens spirituel des Écritures sait que le sens de la parole la plus simple de l'Écriture et de celle la plus savante et exceptionnelle ne sont qu'un et visent le salut de l'homme ».[42]


Incidences pastorales

31.          Si la Parole de Dieu est source de vie pour l'Église, il devient essentiel de considérer les Saintes Écritures comme un aliment vital. Ce qui comporte :

a.       De vérifier en permanence la place effective que la Parole de Dieu occupe dans la vie de la communauté d'appartenance, les expériences plus constructives et aussi les risques les plus fréquents.

b.      De reconnaître l'histoire et la diffusion de la Parole de Dieu dans chaque communauté, dans chaque diocèse, nation, continent, dans l'Église en général, pour apprendre les grandes actions de Dieu (magnalia Dei), mieux percevoir les besoins et les initiatives à prendre et assurer la solidarité envers les communautés pauvres en ressources matérielles et spirituelles.

c.       Que, pour réaliser de façon incisive une pastorale animée par la Parole de Dieu, il est indispensable de reconnaître et promouvoir le rôle irremplaçable des Églises particulières en communion entre elles. C'est de leur initiative effective en tant que Peuple de Dieu uni à leur évêque que naissent de grandes et petites expériences et que se crée un flux continu de la Parole dans les différentes communautés.


[36] S. Gregorius Magnus, Registrum Epistolarum V, 46, ed. Ewald-Harmann, pp. 345-346.
[37] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), IV, C 3 : Enrichidion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1724.
[38] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 115-119.
[39] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), I, F : Enrichidion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1630.
[40] Cf. Ioannes Paulus II, Discours sur l'interprétation de la Bible dans l'Église (23.04.1993) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 18 (04.05.1993) p. 7.
[41] Missale Romanum, Ordo Lectionum Missæ : Editio typica altera, Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano 1981 : Prænotanda, 9.
[42] Petrus Damascenus, Liber II, vol. III, 159 : La Filocalia, 3, Torino 1985, p. 253.

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Congrès Eucharistique International 2008 : Une ouverture grandiose

dominicanus #Évènements

Une ouverture grandiose du CEI 2008

 


Hier avait lieu, en présence d'une assemblée de pèlerins estimée à 14,000 personnes, l'ouverture éclatante du 49e Congrès eucharistique international à la Cité eucharistique, plus précisément au Colisée Pepsi. Une célébration grandiose de quatre heures dans un Colisée presque bondé avec une assistance attentive et recueillie qui n'a rien voulu manquer du début à la fin.


Comme prévu, la célébration a été présidée par le Cardinal Josef Tomko entouré de quelques cardinaux dont le Cardinal Ouellet. Cette célébration d'ouverture du CEI 2008 restera gravée dans les mémoires. Préparer et réaliser une célébration d'une telle ampleur était tout un défi qui a été relevé avec brio.


 

Après une introduction protocolaire des pièces musicales et une chorégraphie mettant en présence des figures géantes de l'histoire religieuse du Québec ont grandement impressionné l'assistance. La photo illustre un peu la chose en présence du compositeur connu Robert Lebel «accompagné» par monseigneur François de Laval!


De son côté, le Cardinal Josef Tomko a souligné dans son homélie que le Christ dans l'Eucharistie ne nous fait pas un don appartenant à ce monde mais qu'Il se donne lui-même en personne. Il a répété qu'« il est grand le mystère de la foi », expression que nous redisons à chaque célébration eucharistique comme pour nous inviter à toujours entrer de plus en plus profondément dans la réalité mystérieuse mais bien réelle qui se déroule à chaque fois dans la messe célébrée.


Il a aussi poser les questions fondamentales sur notre monde, d'où vient-il et où va-t-il? Il a souligner que nous avons besoin d'une présence supérieure pour illuminer notre chemin, et cette présence c'est le Christ qui se donne dans l'Eucharistie. Le CEI, a-t-il poursuivi, est une occasion de se pencher sur le sens de notre existence et de notre mort, de l'importance vitale de l'Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde.

 

www.ecdq.tv

> Homélie du Cardinal Tomko en anglais

> Regarder les autres vidéos du Symposium et du Congrès en français


Homélie 11 T.O.A 2008 : Un collège pour une mission

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

   L'Euro2008 bat son plein. Des centaines de milliers de supporters se sont rendus en Suisse et en Autriche pour encourager (ou pour siffler) leur équipe favorite. Ceux qui n'ont pas cette chance sont rivés devant leur écran de télévision. Même le Pape a assuré qu'il suivrait les rencontres à la télévision, comme je le fais moi-même, chaque fois que mes occupations me le permettent (pendant mes repas, surtout).

    Pour nous, chrétiens, amateurs de football, c'est plus qu'un moment de détente, qui, non seulement ne nous empêche pas d'écouter attentivement l'
Évangile, mais qui nous aide à le méditer, tout comme les compétitions sportives de son époque aidaient saint Paul à approfondir et à proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

    Dans le passage que nous venons d'entendre, Jésus se présente comme un joueur dans une équipe. Il aurait pu s'acquitter de sa mission tout seul, en jouant les prolongations et en parcourant le monde entier à travers toute l'histoire, guérissant les malades et enseignant les foules, au lieu de le faire durant trois années, et seulement en Judée et en Galilée.

    Quand il est saisi de pitié à la vue des foules "parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger", au lieu d'accomplir toute l'oeuvre du salut à lui tout seul, il a décidé de sélectionner des "joueurs" - non pas onze, mais douze -, qu'il a convoqués pour un stage d'entraînement intensif de trois années, posant ainsi les bases d'une équipe capable de remporter non seulement l'Euro mais le Mondial ! Et cette équipe s'appelle le collège des apôtres. C'est l'ensemble des apôtres, institués par Jésus Christ lui-même, qui lui a donné une configuration hiérarchique, avec Pierre à sa tête.

    Il est permis de s'étonner ... Car ceux qu'il choisit ne sont sans doute pas les plus doués. Ce n'étaient certainement pas des anges ! Non, ce sont ceux-là même qui ont besoin d'être sauvés. Dieu a donc décidé de sélectionner les "mauvais joueurs" pour gagner une compétition de haut niveau ! Pas étonnant si l'Église est tant sifflée, tant conspuée. Mais en décriant l'Église, c'est Jésus que nous critiquons ...

    Il est tellement facile d'oublier que l'Église n'est pas partie d'un projet humain, d'une institution humaine. Le fondateur de l'Église, c'est Jésus Christ ! Il n'est pas seulement son fondateur, mais celui qui lui donne vie sans cesse :

"Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." (Mt 26,20)

   
Dimanche dernier, nous avons entendu le récit de la vocation de Matthieu. Un tel récit ne manque pas de susciter notre admiration : Dieu est bon pour les pécheurs ! s'exclame-t-on. Oui ... mais avons-nous songé aux conséquences ? Nous avons vu dimanche dernier que la vocation était le lieu de la conversion. Aujourd'hui, l'Évangile nous montre que cela débouche sur une mission d'Église. Or, force nous est de constater que ceux-là même qui se prévalent de la miséricorde de Dieu pour ne pas se convertir, sont aussi les premiers à critiquer l'Église pour ses faiblesses humaines.

    Ce que nous avons comparé à une "équipe" s'appelle, en langage d'Église, un "collège". Tout en étant appelés, chacun, personnellement, pas leur nom, les Douze sont envoyés ensemble. Comme l'enseigne le Catéchisme de l'Église Catholique,

"Le Christ, en instituant les Douze, 'leur donna la forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux' (LG 19). 'De même que S. Pierre et les autres apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre et les évêques, successeurs des apôtres, forment entre eux un tout' (LG 22 ; cf. ⇒ CIC, can. 330)." (CEC n. 880)

    À ce collège, Jésus confère le charisme d'infaillibilité que le pape exerce quand

"il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les moeurs". (CEC n. 891)

"(Cette infaillibilité) promise à l'Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son Magistère suprême en union avec le successeur de Pierre', surtout dans un Concile Oecuménique (LG 25 ; cf. Vatican I : DS 3074). (CEC ibid.)

    Pensons aussi au
Synode qui se tiendra bientôt et qui aura pour objet la Parole de Dieu.

    De même qu'il y a le Collège des Apôtres, de même il y a le Collège des Évêques :

"De même que, par disposition du Seigneur, saint Pierre et les autres apôtres constituent un seul collège, d'une manière semblable le pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des apôtres, sont unis en entre eux. (CIC c. 330)

    Ce collège ne peut jamais exister sans sa tête - le pape -, ni agir indépendamment de lui. Le concile Vatican II a précisé que le Pape est la tête du collège des évêques, et que ceux-ci doivent agir en communion avec lui et sous sa direction.

    Voilà donc le cadeau offert par Jésus à ceux qu'il institue comme de véritables pères et pasteurs dans la foi pour être au service de tous les orphelins du monde qu'il prend en pitié parce qu'ils sont fatigués et abattus comme des brebis sans berger (cf. Évangile) : l'infaillibilité.

    Et nous, quel est le cadeau que nous pouvons et que nous devons leur faire ? Réponse du Catéchisme :

"Lorsque par son Magistère suprême, l'Église propose quelque chose 'à croire comme étant révélé par Dieu' (DV 10) et comme enseignement du Christ, 'il faut adhérer dans l'obéissance de la foi à de telles définitions' (LG 25). Cette infaillibilité s'étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine (cf. LG 25)." (CEC ibid.)

    Même lorsque l'infallibilité n'est pas en jeu, il y a une assistance particulière qui oblige à un assentiment religieux :

"L'assistance divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion avec le successeur de PIerre, et, d'une manière particulière, à l'Éveque de Rome, Pasteur de toute l'Église, lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d'une 'manière définitve', ils proposent dans l'exercice du Magistère ordinaire un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de foi et de moeurs. À cet enseignement, ordinaire les fidèles doivent 'donner l'assentiment religieux de leur esprit' (LG 25) qui, s'il se distingue de l'assentiment de la foi, le prolonge cependant."

    En réalité, ce qui nous est demandé n'est pas un cadeau, c'est une question de simple justice. Nous serons nous-mêmes les premiers lésés si nous ne nous acquittons pas de ce devoir. En cette fête des pères, n'oublions pas que ce qui vaut pour nos pères selon la chair s'applique aussi à nos pères selon l'Esprit :

"Nous sommes tenus d'honorer et de respecter tous ceux que Dieu, pour notre bien, a revêtus de son autorité". (CEC 2197)

L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. III)

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Chapitre   III

Attitude requise chez celui qui écoute la Parole

« Écoute, mon peuple » (Ps 50,7)

               Des réponses des évêques aux Lineamenta, il ressort qu'il est nécessaire de cultiver dans le peuple une relation orante, personnelle et communautaire avec la Parole de Dieu, celle-ci suscitant et nourrissant la réponse de la foi.


Parole efficace

23.          L'événement de la Parole a pour sujets Dieu, qui l'annonce, et le destinataire - individu ou communauté. Dieu parle, mais si le croyant n'écoute pas, la Parole est seulement prononcée, et non accueillie. C'est pourquoi on peut dire que la révélation biblique est la rencontre de Dieu avec le peuple, dans l'expérience de l'unique Parole, et que tous deux font la Parole. La foi agit, la Parole la crée.

               Le texte de He 4,12-13, et celui d'Is 55,9-11 avec d'autres encore, affirment l'infaillible efficacité de la Parole de Dieu. Comment comprendre cette efficacité ? La question devient encore plus nécessaire à partir d'un fait avancé dans différentes contributions des évêques : certains chrétiens néophytes attribuent à la lecture du Livre Sacré une valeur magique, sans qu'il y ait un engagement spécifique et personnel de responsabilité. En réalité, la Parole de Dieu déploie son efficacité - comme l'affirme la parabole du semeur (cf. Mc 4,1-20) - lorsque tous les obstacles sont éliminés et qu'existent les conditions pour que la graine de la Parole puisse fructifier.

               Et quant au type d'efficacité propre à la Parole de Dieu, un autre texte évangélique est source de lumière en employant l'image de la graine qui doit mourir pour porter des fruits : le Christ parle de sa mort nécessaire pour réaliser le dessein du salut. La croix est, de façon directe, puissance et sagesse de Dieu ; l'Évangile est la « parole de la croix » écrit Saint Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Co 1,18). L'efficacité de la Parole est donc de l'ordre de la croix. La Parole et la croix sont deux réalités situées à un même niveau. Leur puissance réside entièrement dans le dynamisme de l'amour divin qui les traverse : « car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn 3,16 ; cf. Rm 5,8). Celui qui, croyant en l'amour de Dieu, prononce la Parole trouve le fruit de cette Parole. Alors, celle-ci assume toute sa puissance, se réalise et se fait véritablement personnelle.


Le croyant : celui qui écoute la Parole de Dieu dans la foi

24.          « À Dieu qui révèle, il faut apporter ‘l'obéissance de la foi' ». À Lui qui se donne dans la Parole, l'homme, en l'écoutant, « s'en remet tout entier librement » (DV 5). L'homme qui, en vertu de l'intime structure de la personne, est celui qui écoute la Parole, reçoit de Dieu la grâce de répondre dans la foi. Ce qui comporte, de la part de la communauté et de chaque croyant, une attitude d'adhésion totale à une proposition de pleine communion avec Dieu et de remise confiante à sa volonté (cf. DV 2). Cette attitude de foi dans la communion se manifestera pour chaque rencontre avec la Parole de Dieu, dans la prédication vivante et dans la lecture de la Bible. Ce n'est pas un hasard si Dei Verbum applique au Livre Sacré ce qu'elle affirme globalement pour la Parole de Dieu: « il s'adresse aux hommes comme à des amis [...] pour les inviter à entrer en communion avec lui » (DV 2). « Dans les Livres saints, le Père qui est aux cieux s'avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils, engage conversation avec eux » (DVDV 25). 21). La Révélation est une communion d'amour, que les Écritures expriment souvent par le mot d'alliance. En bref, il s'agit d'une attitude de prière, d'un « dialogue entre Dieu et l'homme, car ‘c'est à lui que nous nous adressons quand nous prions; c'est lui que nous écoutons, quand nous lisons les oracles divins'»[31] (

               La Parole de Dieu transforme la vie de ceux qui l'abordent en ayant la foi. La Parole ne s'épuise jamais, elle est nouvelle chaque jour. Mais pour qu'il en soit ainsi, il faut une foi qui écoute. Les Écritures attestent à plusieurs reprises que c'est l'écoute qui fait d'Israël le Peuple de Dieu : « Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples » (Ex 19,5 ; cf. Je 11,4). L'écoute engendre une appartenance, un lien, elle fait entrer dans l'alliance. Dans le Nouveau Testament, l'écoute est dirigée vers la personne de Jésus, Fils de Dieu : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le » (Mt 17,5 et par.).

               Le croyant est quelqu'un qui écoute. Celui qui écoute reconnaît la présence de celui qui parle et désire s'impliquer avec lui ; celui qui écoute creuse au fond de lui un espace pour que l'autre vienne y habiter ; celui qui écoute s'ouvre avec confiance à celui qui parle. C'est pour cela que les évangiles demandent le discernement à propos de ce qu'on écoute (cf. Mc 4,24) et de comment on écoute (cf. Lc 8,18) : en effet, nous sommes ce que nous écoutons ! La figure anthropologique que la Bible entend construire est donc celle d'un homme capable d'écouter, habité par un cœur qui écoute (cf. 1 R 3,9). Cette écoute n'étant pas la simple audition de phrases bibliques, mais bien le discernement pneumatique de la Parole de Dieu, elle a besoin de la foi et elle doit se dérouler dans l'Esprit Saint.


Marie, modèle d'accueil de la Parole pour le croyant

25.          Dans l'histoire du salut émergent de grands personnages d'auditeurs et d'évangélisateurs de la Parole de Dieu : Abraham, Moïse, les prophètes, Saints Pierre et Paul, les autres apôtres, les évangélistes. Tous, en écoutant fidèlement la Parole du Seigneur et en la communiquant, ont préparé un espace pour le Royaume de Dieu.

               Dans cette perspective, un rôle central est celui assumé par la Vierge Marie, qui a vécu de façon incomparable sa rencontre avec la Parole de Dieu, qui est Jésus lui-même. C'est pour cette raison qu'elle constitue le modèle providentiel de toute écoute et de toute annonce. Déjà formée à la familiarité avec la Parole de Dieu à travers l'expérience si intense des Écritures du peuple auquel elle appartient, à partir de l'événement de l'Annonciation et jusqu'à la Croix - et même jusqu'à Pentecôte - c'est dans la foi que Marie de Nazareth accueille, médite la Parole de Dieu, la fait sienne et la vit intensément (cf. Lc 1,38 ; 2,19.51 ; Ac 17,11). Avec son OUI, initial et permanent, à la Parole de Dieu, elle sait regarder autour d'elle et elle vit les urgences du quotidien, en étant consciente que ce qu'elle reçoit en don du Fils est un don pour tous : dans le service à Elisabeth, à Cana et au pied de la croix (cf. Lc 1,39 ; Jn 2,1-12 ; 19,25-27). En vertu de cela, les mots que Jésus prononce en sa présence lui conviennent parfaitement : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8,21). « Étant profondément pénétrée par la Parole de Dieu, elle peut devenir la mère de la Parole incarnée ».[32]

               En particulier, il faut prendre en considération sa façon d'écouter la Parole. Le texte de l'Évangile « quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2,19) signifie qu'elle écoutait et connaissait les Écritures, qu'elle les méditait dans son cœur avec une espèce de processus intérieur de maturation, là où l'intelligence ne fait qu'un avec le cœur. Marie recherchait le sens spirituel des Écritures et elle le trouvait en le rapportant (symballousa) aux paroles, à la vie de Jésus et aux événements qu'elle découvrait progressivement dans son histoire personnelle. Marie est notre modèle à la fois dans l'accueil de la foi et de la Parole, et dans l'étude de celle-ci. Il ne lui suffit pas de l'accueillir, elle s'y arrête. Non seulement elle la possède, mais en même temps elle lui donne toute sa valeur. Elle y adhère mais aussi elle la développe. Ainsi, Marie devient un symbole pour nous, pour la foi des gens simples et pour celle des docteurs de l'Église qui étudient, évaluent et définissent la façon de professer l'Évangile.

               En accueillant la Bonne Nouvelle, Marie se dévoile comme le type idéal de l'obéissance de la foi, elle devient une icône vivante de l'Église au service de la Parole. Pour Isaac de l'Étoile : « Dans les Écritures, inspirées par Dieu, ce qui est dit de façon générale pour l'Église vierge et mère, s'applique individuellement à Marie, vierge et mère [...] L'Église est l'héritière universelle du Seigneur, Marie l'est tout spécialement, et chaque âme fidèle de manière particulière. Dans le tabernacle du sein de Marie, le Christ est resté pendant neuf mois; dans le tabernacle de la foi de l'Église, il reste jusqu'à la fin du monde, dans la connaissance et dans l'amour de l'âme fidèle pour l'éternité ».[33] Marie enseigne à ne pas rester étranger et spectateur d'une Parole de vie, mais à participer, en réalisant le « me voici » des prophètes (cf. Is 6,8), et en nous laissant conduire par l'Esprit Saint qui habite en nous. Elle « magnifie » le Seigneur en découvrant dans sa vie la miséricorde de Dieu, qui la rend « bienheureuse » parce qu'elle « a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc 1,45). Saint Ambroise dit que tout chrétien qui croit conçoit et engendre le Verbe de Dieu. S'il n'existe qu'une unique mère du Christ selon la chair, selon la foi, au contraire, le Christ est le fruit de tous.[34]


Incidences pastorales

26.          Les incidences pastorales relatives à la foi dans la Parole de Dieu sont importantes.

a.       Il est possible de lire la Bible sans avoir la foi, mais sans la foi il est impossible d'écouter la Parole de Dieu. Un groupe biblique n'est valable que si, alors qu'il procède à la lecture des textes sacrés, il s'éduque à la foi, conformant la vie chrétienne aux indications offertes par la Bible et éclairant avec la foi les moments difficiles.

b.      Il faut s'adresser à l'homme d'aujourd'hui de façon positive et encourageante, en offrant de multiples suggestions pour aborder le texte, la lecture spirituelle, la prière, le partage de la Parole. Il s'agit avant tout d'aborder la Parole non pas tant comme un dépôt de références dogmatiques ou pastorales que comme une source d'eau vive, dans la joyeuse surprise d'écouter le Seigneur dans le contexte de vie propre à chacun. Il s'agit de mettre en œuvre le cercle herméneutique complet : croire pour comprendre, comprendre pour croire ; la foi recherche l'intelligence, l'intelligence s'ouvre à la foi. Le récit d'Emmaüs est un modèle exemplaire de rencontre du croyant avec la Parole incarnée elle-même (cf. Lc 24,13-35).

c.       « Écoute, Israël », « Shemà Israel » : tel est le premier commandement du Peuple de Dieu (cf. Dt 6,4). « Écoute » : c'est aussi le premier mot de la Règle de Saint Benoît. Dieu invite les fidèles à écouter avec l'oreille du cœur. Dans la Bible, le cœur n'est pas seulement le siège des sentiments ou de l'émotion ; il est aussi le centre le plus profond de la personne, là où se prennent les décisions. C'est pourquoi le silence est nécessaire, un silence qui se prolonge au-delà des mots. L'Esprit Saint fait entendre et comprendre la Parole de Dieu, en s'unissant silencieusement à notre esprit (cf. Rm 8,26-27).

d.      Il nous faut écouter comme Marie et avec Marie, mère et éducatrice de la Parole de Dieu. Il existe la forme simple et universelle d'écoute de la Parole dans la prière, que sont les mystères du Rosaire. Jean-Paul II a mis en lumière sa richesse biblique, en le définissant « résumé de l'Évangile », où l'énonciation du mystère « laisse parler Dieu » et permet de « contempler avec Marie le visage du Christ ».[35] Plus encore, tout comme la Vierge Marie, temple de l'Esprit, dans une vie silencieuse, humble et cachée, l'Église tout entière doit être éduquée à témoigner de ce rapport étroit entre la Parole et le Silence, la Parole et l'Esprit de Dieu. L'écoute de la Parole effectuée dans la foi devient ensuite pour le croyant compréhension, méditation, communion, partage et mise en œuvre. On entrevoit ici les traits de la Lectio Divina comme étant la voie privilégiée pour aborder la Bible avec foi.

e.       Il convient de rappeler que l'attitude de foi concerne la Parole de Dieu dans tous ses signes et langages. C'est une foi qui reçoit de la Parole une communication de vérité à travers le récit ou la formule doctrinale ; une foi qui reconnaît la Parole de Dieu comme le premier encouragement à une conversion efficace, comme la lumière pour répondre aux nombreuses questions que se posent les croyants, comme le guide à un discernement sapientiel de la réalité, une sollicitation à faire la Parole (cf. Lc 8,21) et pas seulement à la lire ou à la prononcer et, pour finir, la source permanence de consolation et d'espérance. Il s'ensuit le devoir de reconnaître et d'assurer la première place à la Parole de Dieu dans la vie de chaque croyant, en l'accueillant telle que l'Église l'annonce, la comprend, l'explique et la vit.

Enfin, pour nombre de personnes qui ne savent pas lire, il est nécessaire de préparer des services opportuns de communication de la Parole traduite dans les langues appropriées.


[31] S. Ambrosius, De officiis ministrorum, I, 20, 88 : PL 16,50.
[32] Benedictus XVI, Litt. Enc. Deus caritas est (25.12.2005), 41 : AAS 98 (2006) 251.
[33] Isaac de Stella, Serm. 51 : PL 194, 1862-1863, 1865.
[34] Cf. S. Ambrosius, Evang. secundum Lucam 2, 19 : CCL 14,39.
[35] Ioannes Paulus II, Epist. Apost. Rosarium Virginis Mariæ (16.10.2002), 1; 3; 18; 30 : AAS 95 (2003) 5; 7; 17; 27.

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AVIS

dominicanus
Depuis hier arpès-midi je suis dans l'impossibilité de me connecter à Internet dans mon bureau. Mon homélie de ce 11° dimanche sera mise en ligne dès que possible. Cela dépendra de la rapidité de la maintenance (hmmm...).

Cette semaine je me contenterai de mettre en ligne le texte intégral de l'Instrumentum Laboris du prochain Synode : chaque jour un chapitre.  Je vous invite à pendre du temps pour le lire et vous invite à porter le Synode, tout comme le Congrès Eucharistique Mondial, dans votre prière.

L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. II)

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Chapitre II

A. La Bible, Parole de Dieu inspirée et sa vérité

« L'Église a toujours témoigné son respect à l'égard des Écritures, tout comme à l'égard du Corps du Seigneur lui-même » (DV 21)


Questions

14.          L'un des problèmes plus fortement ressentis par les Pasteurs est le rapport entre les Saintes Écritures et la Parole de Dieu, en particulier son inspiration et sa vérité. On distingue trois niveaux de questions :

-        certaines questions sont inhérentes à la nature de la Bible : ce qu'on entend par inspiration, ou par canon, quel type de vérité revient aux Écritures, et comment comprendre son historicité ;

-        d'autres questions concernent le rapport entre les Écritures et la Tradition et le Magistère ;

-        d'autres encore se rapportent aux pages difficiles de la Bible, plus spécialement dans l'Ancien Testament. On abordera ces questions dans la partie qui traite de la Parole de Dieu dans la catéchèse.


Les Saintes Écritures, Parole de Dieu inspirée

15.          De nombreuses réponses aux Lineamenta soulèvent des questions à propos de la façon d'expliquer aux fidèles le charisme de l'inspiration et de la vérité des Écritures. À ce sujet, il est nécessaire, avant tout, de bien préciser le rapport entre la Bible et la Parole de Dieu ; de clarifier l'action de l'Esprit Saint ; de spécifier certains points concernant l'identité de la Bible.

a.       Il faut que soit reconnu le rapport de distinction et de communion entre la Bible et la Parole de Dieu. C'est la Bible elle-même qui atteste l'absence de toute coïncidence matérielle entre la Parole de Dieu et les Écritures. La Parole de Dieu est une réalité vivante, efficace (cf. He 4, 12-13), éternelle (cf. Is 40,8), « toute puissante » (Sg 18,15), créatrice (cf. Gn 1,3sv.) et instauratrice d'histoire. Pour le Nouveau Testament, cette Parole c'est le Fils de Dieu lui-même, le Verbe incarné (cf. Jn 1,1sv. ; He 1,2). Au contraire, les Écritures sont l'attestation de ce rapport entre Dieu et l'homme, elles l'éclairent et l'orientent de façon certaine. Aussi la Parole de Dieu va-t-elle au-delà du Livre, et rejoint-elle aussi l'homme à travers le chemin de l'Église, Tradition vivante. Cela implique de dépasser une interprétation subjective et fermée des Écritures, de sorte qu'elle doit être lue à l'intérieur d'un processus plus vaste, et même inépuisable, de la Parole de Dieu, ainsi que le démontre le fait que la Parole continue d'alimenter la vie de générations dans des temps toujours nouveaux et différents. Ainsi, la communauté chrétienne devient le sujet de la transmission de la Parole de Dieu, et en même temps le sujet privilégié pour saisir le sens profond des Saintes Écritures, la progression de la foi et, donc, le développement du dogme. En vertu de cette prérogative, depuis le début l'Église a profondément vénéré les livres bibliques et, par règle ou canon de la foi dans la Révélation divine, elle en a établi une liste certaine et définitive : 73 livres, dont 46 dans l'Ancien Testament, et 27 dans le Nouveau.[12]

b.      L'Esprit permet à la parole écrite de respirer et situe le Livre dans le mystère plus vaste de l'Incarnation et de l'Église. C'est pour cela que, grâce à l'Esprit, la Parole de Dieu est une réalité liturgique et prophétique ; elle est une annonce (kerygma) avant d'être un livre, elle est le témoignage de l'Esprit Saint sur la présence du Christ.

c.       On peut affirmer en synthèse que :

-        le charisme de l'inspiration permet de dire que Dieu est l'auteur de la Bible, d'une manière qui n'exclut pas l'homme en tant que véritable auteur lui-même. En effet, à la différence d'une dictée, l'inspiration n'élimine ni la liberté ni les capacités personnelles de l'écrivain, mais elle les éclaire et les suscite ;

-        même si les Saintes Écritures sont inspirées dans leur totalité, leur inerrance se réfère uniquement à la « vérité [...] que Dieu, en vue de notre salut, a voulu qu'elle [l'Écriture] fût consignée dans les Saintes Lettres » (DV 11) ;

-        grâce au charisme de l'inspiration, l'Esprit Saint constitue les livres bibliques en Parole de Dieu, et il les confie à l'Église, afin qu'ils soient accueillis dans l'obéissance de la foi ;

-        dans son ensemble et son unité organique, le Canon constitue le critère permettant d'interpréter le Livre Saint ;

-        la Bible étant la Parole de Dieu en langage des hommes, son interprétation se fait de façon harmonieuse, suivant des critères littéraires, philosophiques et théologiques, toujours sous la force unifiante de la foi et la guide du Magistère.[13]


Tradition, Écritures et Magistère

16.          Le Concile Vatican II insiste sur l'unité d'origine et sur les nombreuses connexions entre la Traditions et les Écritures, que l'Église accueille « avec un égal sentiment de piété, avec un égal respect » (DV 9). Rappelons à ce sujet que la Parole de Dieu, devenue dans le Christ Évangile et Bonne Nouvelle (cf. Rm 1,16), et comme telle confiée à la prédication apostolique, continue sa course à travers :

-        en premier lieu, le flux de la Tradition vivante manifestée par «tout ce que [l'Église] est elle-même, tout ce qu'elle croit » (DV 8), comme le culte, l'enseignement, la charité, la sainteté, le martyre ;

-        mais aussi les Saintes Écritures qui, par inspiration de l'Esprit Saint, dans l'immutabilité de l'écriture, conservent justement de cette Tradition vivante les éléments constitutifs et originaux : « cette Tradition sainte et la Sainte Écriture des deux Testaments sont donc comme le miroir dans lequel l'Église, pendant son pèlerinage sur terre, contemple Dieu, de qui elle reçoit tout, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à son terme: Le voir face à face tel qu'Il est (cf. 1 Jn 3,2) » (DV 7).

               Enfin, c'est au Magistère de l'Église - qui n'est pas supérieur à la Parole de Dieu - qu'il revient « d'interpréter authentiquement la Parole de Dieu écrite ou transmise [...] puisque [...] il écoute pieusement la parole, la garde religieusement, l'explique fidèlement » (DV 10). En résumé, une vraie lecture des Écritures comme Parole de Dieu ne peut se faire qu'in Ecclesia, selon son enseignement.


Ancien et Nouveau Testament : une unique économie du salut

17.          Un problème aigu que connaissent les catholiques est celui de la reconnaissance de l'Ancien Testament en tant que Parole de Dieu et, en particulier, son rapport avec le mystère du Christ et de l'Église. En raison aussi de difficultés exégétiques non résolues, on assiste à une certaine résistance devant des pages de l'Ancien Testament qui semblent incompréhensibles, et donc exposées à la sélection arbitraire, au refus. Selon la foi de l'Église, l'Ancien Testament doit être considéré comme une partie de l'unique Bible des chrétiens, partie constitutive de la Révélation et, donc, de la Parole de Dieu. D'où le besoin d'une formation urgente à la lecture chrétienne de l'Ancien Testament, en reconnaissant le rapport qui lie les deux Testaments et les valeurs permanentes de l'Ancien (cf. DVcommençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes,leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24,27). L'affirmation augustinienne « Novum in Vetere latet et in Novo Vetus patet » (le Nouveau Testament est celé dans l'Ancien, et l'Ancien est révélé dans le Nouveau)[15] est tout à fait précise. Saint Grégoire le Grand affirme : « Ce que l'Ancien Testament a promis, le Nouveau l'a fait voir ; ce que l'Ancien annonce de façon voilée, le Nouveau le proclame ouvertement comme étant actuel. Aussi l'Ancien Testament est-il la prophétie du Nouveau ; et le meilleur commentaire de l'Ancien Testament est le Nouveau Testament ».[16] Les implications pratiques de cette doctrine sont nombreuses et vitales. 15-16).[14]Nous sommes aidés en cela par la pratique liturgique, qui proclame toujours le texte sacré de l'Ancien Testament comme page essentielle pour une pleine compréhension du Nouveau Testament, ainsi que l'atteste Jésus lui-même dans l'épisode d'Emmaüs, où le Maître «  [...]


Incidences pastorales

18.          On ressent de façon toujours plus consciente qu'une lecture superficielle de la Bible est insuffisante. On constate que différents groupes bibliques, partis avec enthousiasme à la découverte du Livre Sacré, se dissolvent ensuite progressivement, le bon terrain venant à manquer - c'est-à-dire la Parole de Dieu perçue dans son mystère de grâce - comme le dit Jésus dans la parabole du semeur (cf. Mt 13,20-21). Dans cette optique, sont proposées les implications suivantes :

a.       Du fait que les Écritures sont intimement liées à l'Église, celle-ci assume un rôle essentiel pour accéder à la Parole dans l'authenticité de sa source, devenant ainsi le critère pour comprendre correctement la Tradition, du fait que la liturgie comme la catéchèse tirent leur substance de la Bible. Ainsi que cela a déjà été mentionné, les livres des Saintes Écritures libèrent une force d'appel direct et concret que n'ont pas d'autres interventions ou textes ecclésiaux.

b.      Il faut ensuite considérer la distinction - dans ses effets pratiques - entre la Tradition apostolique constitutive et les traditions ecclésiales. En effet, tandis que la première émane des apôtres et transmet ce qu'ils ont appris de Jésus et de l'Esprit Saint lui-même, les traditions ecclésiales sont nées au cours des temps dans les Églises locales et sont une forme d'adaptation de la « grande Tradition ».[17] En outre, il faut évaluer la portée décisive de la reconnaissance canonique réalisée par l'Église à propos des Écritures en en garantissant l'authenticité face à la prolifération de livres inauthentiques ou apocryphes. Les interprétations gnostiques vulgarisées aujourd'hui à propos de la vérité sur les origines chrétiennes obligent à expliquer ce qu'est le Canon des Livres Sacrés et comment il est né. On oriente ainsi opportunément la traduction et la diffusion des Écritures et on justifie la reconnaissance indispensable de la part de l'Église. Il reste à reprendre la comparaison entre les Écritures, la Tradition et les signes de la Parole de Dieu dans le monde créé, en particulier avec l'homme et son histoire, car chaque créature est parole de Dieu, puisqu'elle proclame Dieu.[18]

c.       Lorsqu'il propose des orientations ou proclame des définitions, l'intention du Magistère n'est pas de limiter la lecture personnelle des Écritures. Au contraire, il offre un cadre sûr de références où la recherche peut s'exercer. Hélas, l'enseignement du Magistère et la valeur des différents niveaux de déclarations ne sont pas toujours bien connus et acceptés. Le Synode est une occasion pour redécouvrir Dei Verbum et les documents pontificaux postérieurs. En particulier, il convient de noter l'orientation pour la compréhension et l'usage de la Parole de Dieu dans la Bible donnée par le Saint-Père Benoît XVI dans plusieurs de ses interventions magistrales.

d.      Dans le sillage de la Tradition vivante, et donc en tant que service authentique à la Parole de Dieu, il faut également considérer l'instrument du Catéchisme, à partir du premier Symbole de la foi, noyau de tout le Catéchisme, et jusqu'aux différentes expositions promues le long des siècles dans l'Église. Une attestation plus récente de celles-ci est le Catéchisme de l'Église catholique, et les Catéchismes respectifs dans les Églises locales.

e.       À ce point, il devient nécessaire de considérer comme fondamentale une distinction qui aura de nombreuses répercussions dans la pratique pastorale : la rencontre avec les Écritures dans les grandes actions ecclésiales, comme la liturgie et la catéchèse, c'est-à-dire là où la Bible se situe dans un contexte de ministère public; il y a aussi la rencontre immédiate, comme la Lectio Divina, les cours bibliques, les groupes bibliques. Ce sont là des voies à promouvoir aujourd'hui du fait que, d'une manière ou d'une autre, le Peuple de Dieu s'éloigne de l'usage direct et personnelle des Écritures.

f.        Quant à l'Ancien Testament, celui-ci doit être compris comme une étape dans le développement de la foi et de la compréhension de Dieu. Son caractère figuré et son rapport avec la mentalité scientifique et historique de notre temps doivent être clarifiés. En même temps, nombre de ses passages qui renferment une force spirituelle, sapientielle et culturelle unique, permettent une riche catéchèse sur les réalités humaines, et manifestent les étapes du chemin de foi de tout un peuple. La connaissance et la lecture des Évangiles n'excluent pas qu'une ultérieure méditation de l'Ancien Testament apporte à la lecture et à l'intelligence du Nouveau Testament une profondeur toujours plus importante.

g.       Enfin, dans une optique pastorale très concrète, il convient de signaler certaines observations pouvant aider à mieux discerner le rapport que les fidèles ont avec la doctrine de la foi. En général, les fidèles distinguent la Bible des autres textes religieux et la considèrent comme plus importante dans la vie de foi mais, dans la pratique, beaucoup préfèrent les textes spirituels plus simples à comprendre, les messages et les écrits édifiants ou différentes manifestations de la piété populaire. On pourrait dire que le peuple rencontre la Parole de Dieu de façon pratique, en la vivant plus qu'en en voulant connaître les origines et les motivations. C'est une situation à la fois de positivité et de fragilité. Il faut savoir parler aux gens en reconnaissant leur façon de comprendre. Aider les fidèles à comprendre ce qu'est la Bible, pourquoi elle existe, ce qu'elle apporte à la foi et comment l'utiliser devient un devoir nécessaire dans les activités pastorales.

 


B.  Comment interpréter la Bible selon la foi de l'Église

« Vivante est la Parole de Dieu, efficace » (He 4,12)


Le problème herméneutique dans la perspective pastorale

19.          Le problème herméneutique, dans lequel se situent l'actualisation de la Parole de Dieu et l'inculturation,[19] est une question délicate et importante. En effet, Dieu propose aux hommes non pas quelques informations plus ou moins curieuses, et pas même d'ordre purement humain ou scientifique, mais il leur communique sa Parole de vérité et de salut, ce qui exige, de la part de celui qui écoute, une compréhension intelligente, vitale, responsable, et donc actuelle. Cela comporte le double mouvement de reconnaître le sens authentique de la Parole dite ou écrite, comme le Seigneur la communique à travers les auteurs sacrés, mais aussi que la Parole soit significative pour ceux qui l'écoutent aujourd'hui encore.


À l'écoute de l'expérience

20.          Des réponses des évêques il ressort que, malgré l'apparence contraire, l'interprétation de la Parole reste accessible. De nombreux chrétiens - en communauté ou individuellement - étudient la Parole de Dieu, disponibles à comprendre ce que Dieu dit et à y obéir scrupuleusement. Et bien, cette disponibilité de la foi est pour l'Église une possibilité précieuse de faire comprendre et d'appliquer correctement les Textes Sacrés. Aujourd'hui, cette opportunité (kairos) vaut encore davantage d'une certaine façon, puisque s'ouvre une nouvelle confrontation entre la Parole de Dieu et les sciences des hommes, en particulier dans la sphère de la recherche philosophique, scientifique et historique. Ce contact entre la Parole et la culture engendre une grande richesse de vérités et de valeurs sur Dieu, sur l'homme et sur les choses. Aussi, la raison interpelle-t-elle la foi, et est-elle sollicitée à son tour par celle-ci à collaborer pour atteindre une vérité et une vie en accord avec la Révélation de Dieu et les attentes de l'humanité.

               Mais il existe aussi les risques d'une interprétation arbitraire et réductive, dus surtout au fondamentalisme, de sorte que, d'une part on voit se manifester le désir de rester fidèle au Texte et, de l'autre, on méconnaît la nature même des textes, en risquant de graves erreurs et en provoquant aussi des conflits inutiles.[20] Il existe aussi ce qui est appelé les « lectures idéologiques de la Bible », selon des compréhensions a priori rigides d'ordre spirituel ou social et politique, ou tout simplement humaines, sans support de la foi (cf. 2 P 1,19-20; 3,16), jusqu'à des formes d'opposition et de séparation entre la forme écrite, attestée surtout dans la Bible, la forme vivante de l'annonce et l'expérience de vie des croyants. En général, on note une connaissance moindre ou imprécise des règles herméneutiques de la Parole.


Sens de la Parole de Dieu et voie pour y parvenir

21.          À la lumière du Concile Vatican II et du Magistère successif,[21] certains aspects semblent devoir faire aujourd'hui l'objet d'une attention et d'une réflexion spécifiques, en vue d'une communication pastorale adéquate : la Bible, livre de Dieu et de l'homme, doit être lue en unifiant correctement le sens historique et littéral et le sens théologique et spirituel - ou plus simplement le sens spirituel.[22] La Note, déjà citée, de la Commission Pontificale Biblique en donne la définition suivante : « En règle générale, on peut définir le sens spirituel, compris selon la foi chrétienne, comme le sens exprimé par les textes bibliques, lorsqu'on les lit sous l'influence de l'Esprit Saint dans le contexte du mystère pascal du Christ et de la vie nouvelle qui en résulte. Le contexte existe effectivement. Le Nouveau Testament y reconnaît l'accomplissement des Écritures. Il est donc normal de relire les Écritures à la lumière de ce nouveau contexte, qui est celui de la vie dans l'Esprit ».[23]

               Cela signifie que la méthode historique et critique est nécessaire pour une exégèse correcte, une fois adéquatement enrichie par d'autres formes d'approche[24] mais, pour atteindre le sens plénier des Écritures, il est nécessaire d'utiliser des critères théologiques, tels que les repropose Dei Verbum: « contenu et [...] unité de l'Écriture tout entière, compte tenu de la Tradition vivante de l'Église tout entière, et de l'analogie de la foi » (DVDei Verbum, le Concile l'a voulu : qu'ils voient l'unité intérieure de l'Écriture - ce qui est aujourd'hui facilité par l' ‘exégèse canonique' (qui se trouve sans aucun doute encore à un timide stade initial) - et qu'ils fassent ensuite de celle-ci une lecture spirituelle, qui n'est pas quelque chose d'extérieure à caractère édifiant, mais en revanche une immersion intérieure dans la présence de la Parole. Cela me semble une tâche très importante de faire quelque chose dans ce sens, de contribuer à ce que, côte à côte, avec et dans l'exégèse historico-critique, soit véritablement donnée une introduction l'Écriture vivante comme Parole de Dieu actuelle ».[26] 12).[25] Aujourd'hui, on perçoit à ce propos la nécessité d'approfondir ultérieurement la réflexion théologique et pastorale, pour former nos communautés à une intelligence droite et fructueuse. Le Pape Benoît XVI affirme : « j'ai profondément à cœur que les théologiens apprennent à lire et à aimer l'Écriture de la manière dont, selon Dei Verbum, le Concile l'a voulu : qu'ils voient l'unité intérieure de l'Écriture - ce qui est aujourd'hui facilité par l' ‘exégèse canonique' (qui se trouve sans aucun doute encore à un timide stade initial) - et qu'ils fassent ensuite de celle-ci une lecture spirituelle, qui n'est pas quelque chose d'extérieure à caractère édifiant, mais en revanche une immersion intérieure dans la présence de la Parole. Cela me semble une tâche très importante de faire quelque chose dans ce sens, de contribuer à ce que, côte à côte, avec et dans l'exégèse historico-critique, soit véritablement donnée une introduction l'Écriture vivante comme Parole de Dieu actuelle ».[26]


Incidences pastorales

22.          Le Peuple de Dieu doit être éduqué à découvrir cet immense horizon de la Parole de Dieu, en faisant en sorte que la lecture de la Bible ne soit pas compliquée. Ce qui est vrai c'est que les choses les plus importantes qui se trouvent dans la Bible sont aussi celles qui sont liées plus directement à l'existence, par exemple la vie de Jésus. Nous rappelons ici quelques-uns des points centraux pour une juste interprétation du Livre Sacré.

a.       Il faut rappeler avant tout l'interprétation de la Parole de Dieu qui a lieu chaque fois que l'Église se réunit pour célébrer les mystères divins. À ce sujet, l'Introduction au Lectionnaire, qui est proclamé dans l'Eucharistie, rappelle : « Puisque, par la volonté du Christ lui-même, le nouveau Peuple de Dieu se distingue par l'admirable variété de ses membres, ainsi tout aussi différents sont les devoirs et les rôles qui reviennent à chacun à propos de la Parole de Dieu : aux fidèles, il revient de l'écouter et de la méditer ; à ceux qui en vertu de leur ordination ont une charge de magistère ou à ceux auxquels est confié l'exercice de ce ministère, il revient de l'exposer. Ainsi dans la doctrine, dans la vie et dans le culte, l'Église perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu'elle-même est et tout ce qu'elle croit de manière à tendre incessamment à travers les siècles à la plénitude de la vérité divine, jusqu'à ce que s'accomplisse en elle la Parole de Dieu ».[27]

b.      Il convient de préciser que « le sens spirituel n'est pas à confondre avec les interprétations subjectives dictées par l'imagination ou la spéculation intellectuelle. Il résulte de la mise en rapport de trois niveaux de réalités : le texte biblique [dans son sens littéral], le mystère pascal et les circonstances présentes de vie dans l'Esprit ».[28] Dans tous les cas, il faut partir du texte biblique, premier et irremplaçable dans l'action pastorale également.

c.       Tout en reconnaissant que, de façon générale, la Notede la Commission Pontificale Biblique intitulée L'interprétation de la Bible dans l'Église n'a pas dépassé le cercle des experts, il faut s'engager à aider les lecteurs croyants à connaître les lois élémentaires d'une approche du texte biblique. Les matériels élaborés dans ce sens constituent une aide de grande valeur.

d.      Dans cette perspective, il faut prendre en considération, comprendre correctement et récupérer l'exégèse extraordinaire des Pères[29] ainsi que la grande intuition médiévale des « quatre sens des Écritures », qui n'ont aucunement perdu leur intérêt ; on ne doit pas négliger les différentes résonances et traditions que la Bible suscite dans la vie du Peuple de Dieu, dans les personnages des saints, des maîtres spirituels et des témoins. Tout comme il faut considérer l'apport des sciences théologiques et humaines; l'« histoire des effets » (Wirkungsgeschichte), dans l'art plus spécialement, peut constituer un témoignage fécond de lecture spirituelle. Et comme, aujourd'hui, la Bible est aussi lue par les non-chrétiens, qui mettent en lumière sa valeur anthropologique, il peut être enrichissant d'interpréter correctement cet aspect. Les Saintes Écritures doivent être lues en communion avec l'Église en tous lieux et en tous temps, avec les grands témoins de la Parole, depuis premiers Pères jusqu'aux saints et au Magistère d'aujourd'hui.[30]

e.       Il faut mettre l'accent sur la demande présentée au Synode non seulement d'affronter les problèmes classiques de la Bible, mais aussi de mettre celle-ci en rapport avec les problèmes actuels tels que la bioéthique et l'inculturation. Ce que l'on peut dire avec une expression couramment employée par les groupes bibliques : « comment est-il possible d'aller de la vie au texte, et du texte à la vie », ou encore « comment lire la Bible avec la vie, et la vie avec la Bible ? »

f.        Il convient de signaler, du point de vue de la communication de la foi, un problème nouveau de l'herméneutique biblique. Il concerne non seulement la compréhension du langage biblique, mais aussi la connaissance de la culture actuelle, toujours moins liée à la parole orale ou écrite, et davantage orientée vers une culture électronique, avec la conséquence que la proclamation traditionnelle de la Parole peut être perçue comme ennuyeuse par les auditeurs, submergés par les techniques informatiques.


[12] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 120.
[13] Cf. Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), IV, C 3 : Enrichidion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1724.
[14] Cf. Pontificia Commissio biblica, Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne (24.05.2001), 19: Enchiridion Vaticanum 20, EDB, Bologna 2004, pp. 570-574.
[15] S. Augustinus, Quæstiones in Heptateucum, 2, 73 : PL 34, 623 ; cf. DV 16.
[16] S. Gregorius Magnus, In Ezechielem, I, 6, 15 : CCL 142, 76.
[17] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 83 ; Ratzinger J., Commento alla Dei Verbum, L Th K, 2, pp. 519-523.
[18] Cf. S. Bonaventura, Itinerarium mentis in Deum, II, 12: ed. Quaracchi, 1891, vol. V, p. 302 sv. Cf. Ratzinger J., Un tentativo circa il problema del concetto di tradizione : Rahner K. - Ratzinger J., Rivelazione e Tradizione, Morcelliana, Brescia 2006, pp. 27-73.
[19] Cf. Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), IV, A-B : Enrichidion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, pp. 1702-1714.
[20] Cf. ibidem, I, A-F, pp. 1568-1634.
[21] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 115-119 ; Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), I, F ; Enchiridion Vaticanum 13, EDB Bologna 1995, pp. 1628-1634.
[22] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 117.
[23] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), II, B, 2 : Enrichidion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, pp. 1648-1650.
[24] Cf. ibidem, I, pp. 1568-1628.
[25] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 109-114.
[26] Benedictus XVI, Discours aux évêques de Suisse (07.11.2006) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 47 (21.11.2006) p. 44 ; cf. Ratzinger J., Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, pp. 7-20.
[27] Missale Romanum, Ordo Lectionum Missæ : Editio Typica altera, Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano 1981 : Prænotanda, 8.
[28] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), II, B 2 : Enchiridion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1650.
[29] Cf. ibidem, III, B 2, pp. 1672-1676.
[30] Cf. Benedictus XVI, Ad sacrorum alumnos Seminarii Romani Maioris (19.02.2007) : AAS 99 (2007) 254.

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