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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#porta fidei

Un « Manifeste pour la foi » pour l’Église d’aujourd’hui par le cardinal Müller

dominicanus #Porta fidei

 

S’il y a bien un précurseur de ce « Manifeste pour la foi » du cardinal Gerhard Müller aujourd’hui publié dans le monde entier, c’est le « Credo du Peuple de Dieu » proclamé par Paul VI en 1968.

À l’époque comme aujourd’hui, l’Église était au beau milieu de la tempête et sa propre foi vacillait. Paul VI se sentit le devoir de réaffirmer les socles de la doctrine de l’Église.  Aujourd’hui, c’est le cardinal qui a été préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 2012 à 2017 qui donne publiquement ce témoignage de foi.

Le cardinal Müller s’est décidé à franchir ce pas sur la demande insistante de « Nombreux évêques, prêtres, religieux et laïcs de l’Église catholique » préoccupés par « confusion qui se répand dans l’enseignement de la foi ».

Paul VI avait choisi le « Credo » du concile de Nicée comme trame de son « Credo du Peuple de Dieu ». Quant à lui, le cardinal Müller a choisi de suivre fil conducteur pour ce « Manifeste pour la foi » le Catéchisme de l’Église catholique auquel les numéros entre parenthèses dans le texte font référence.

Depuis son origine, l’Église a été éprouvée dans les fondements de la foi, comme l’apôtre Paul l’écrivait à Timothée (2 Tm 4,3-5) :

« Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère ».

Dans le « Manifeste » qui va suivre, le cardinal Müller a voulu accomplir aujourd’hui ce mandat que l’apôtre a confié à son disciple.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

*

Manifeste pour la foi

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé » (Jn 14, 1)

Face à la confusion qui se répand dans l’enseignement de la foi, de nombreux évêques, prêtres, religieux et fidèles laïcs de l’Eglise catholique m’ont demandé de rendre témoignage publiquement à la vérité de la Révélation. Les Pasteurs ont l’obligation de guider ceux qui leur sont confiés sur le chemin du Salut. Cela n’est possible que si cette voie est connue et qu’ils la suivent. A ce sujet, voici ce que l’Apôtre affirme : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu » (1 Co 15, 3). Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens ne sont même plus conscients des enseignements fondamentaux de la foi, de sorte qu’ils risquent toujours plus de s’écarter du chemin qui mène à la vie éternelle. Pourtant, la mission première de l’Eglise est de conduire les hommes à Jésus-Christ, la Lumière des nations (cf. Lumen Gentium, 1). Une telle situation pose la question de la direction qu’il faut suivre. Selon Jean-Paul II, le « Catéchisme de l’Église catholique » est une « norme sûre pour l’enseignement de la foi » (Fidei Depositum, IV). Il a été publié pour renforcer la fidélité de nos frères et sœurs chrétiens dont la foi est gravement remise en question par la « dictature du relativisme ».

1.  Le Dieu unique et trinitaire, révélé en Jésus-Christ

La confession de la Très Sainte Trinité se situe au cœur de la foi de tous les chrétiens. Nous sommes devenus disciples de Jésus, enfants et amis de Dieu, par le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. La distinction entre les trois Personnes dans l’unité du même Dieu (254) établit une différence fondamentale entre le christianisme et les autres religions tant au niveau de la croyance en Dieu que de la compréhension de ce qu’est l’homme. Les esprits se divisent lorsqu’il s’agit de confesser Jésus le Christ. Il est vrai Dieu et vrai homme, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie. Le Verbe fait chair, le Fils de Dieu, est le seul Rédempteur du monde (679) et le seul Médiateur entre Dieu et les hommes (846). Par conséquent, la première épître de saint Jean présente celui qui nie sa divinité comme l’Antichrist (1 Jn 2, 22), puisque Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est de toute éternité un seul et même Etre avec Dieu, son Père (663). La rechute dans les anciennes hérésies, qui ne voyaient en Jésus-Christ qu’un homme bon, un frère et un ami, un prophète et un moraliste, doit être combattue avec une franche et claire détermination. Jésus-Christ est essentiellement le Verbe qui était avec Dieu et qui est Dieu, le Fils du Père, qui a pris notre nature humaine pour nous racheter, et qui viendra juger les vivants et les morts. C’est Lui seul que nous adorons comme l’unique et vrai Dieu dans l’unité du Père et de l’Esprit Saint (691).

2.  L’Eglise

Jésus-Christ a fondé l’Église en tant que signe visible et instrument du Salut. Cette Eglise est réalisée dans l’Église catholique (816). Il a donné une constitution sacramentelle à son Église, qui est née « du côté du Christ endormi sur la croix » (766), et qui demeure jusqu’au plein achèvement du Royaume (765). Le Christ-Tête et les fidèles de l’Eglise en tant que membres du Corps, constituent le « Christ total » (795) ; c’est pourquoi l’Église est sainte, parce que le seul et unique Médiateur a constitué et soutient continuellement sa structure visible (771). Par l’Eglise, l’œuvre de la Rédemption du Christ est rendue présente dans le temps et dans l’espace dans la célébration des sacrements, en particulier dans le Sacrifice eucharistique, la Sainte Messe (1330). Par l’autorité du Christ, l’Église transmet la Révélation divine qui s’étend à tous les éléments qui composent sa doctrine, « y compris morale, sans lesquels les vérités salutaires de la foi ne peuvent être gardées, exposées ou observées » (2035).

3.  L’ordre sacramentel

L’Église est le sacrement universel du Salut en Jésus-Christ (776). Elle ne brille pas par elle-même, mais elle reflète la lumière du Christ qui resplendit sur son visage. Cette réalité ne dépend ni de la majorité des opinions, ni de l’esprit du temps, mais uniquement de la vérité qui est révélée en Jésus-Christ et qui devient ainsi le point de référence, car le Christ a confié à l’Église catholique la plénitude de la grâce et de la vérité (819) : Lui-même est présent dans les sacrements de l’Église.

L’Église n’est pas une association créée par l’homme, dont la structure serait soumise à la volonté et au vote de ses membres. Elle est d’origine divine. « Le Christ est Lui-même la source du ministère dans l’Église. Il l’a instituée, lui a donné autorité et mission, orientation et finalité » (874). L’avertissement de l’Apôtre, selon lequel quiconque annonce un Evangile différent, « y compris nous-mêmes ou un ange du ciel » (Ga 1,8), est toujours d’actualité. La médiation de la foi est indissociablement liée à la fiabilité de ses messagers qui, dans certains cas, ont abandonné ceux qui leur avaient été confiés, les ont déstabilisés et ont gravement abîmé leur foi. A ce propos, la Parole de la Sainte Ecriture s’adresse à ceux qui ne se conforment pas à la vérité et, ne suivant que leurs propres caprices, flattent les oreilles de ceux qui ne supportent plus l’enseignement de la saine doctrine (cf. 2 Tm 4, 3-4).

La tâche du Magistère de l’Église est de « protéger le peuple des déviations et des défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique » (890). Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les sept sacrements. La Sainte Eucharistie est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (1324). Le Sacrifice eucharistique, dans lequel le Christ nous unit à son Sacrifice accompli sur la Croix, vise à notre union la plus intime avec le Christ (1382). C’est pourquoi, au sujet de la réception de la sainte Communion, la Sainte Ecriture contient cette mise en garde : « Celui qui mange le pain ou boit à la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du Corps et du Sang du Seigneur » (1 Co 11, 27). « Celui qui est conscient d’un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d’accéder à la communion » (1385). Il résulte clairement de la logique interne du Sacrement que les chrétiens divorcés civilement, dont le mariage sacramentel existe devant Dieu, de même que les chrétiens qui ne sont pas pleinement unis à la foi catholique et à l’Église, comme tous ceux qui ne sont pas aptes à communier, ne reçoivent pas avec fruit la Sainte Eucharistie (1457) ; en effet, celle-ci ne leur procure pas le Salut. Affirmer cela fait partie des œuvres spirituelles de miséricorde.

L’aveu des péchés dans la sainte confession, au moins une fois par an, fait partie des commandements de l’Eglise (2042). Lorsque les croyants ne confessent plus leurs péchés et ne font plus l’expérience de l’absolution des péchés, alors la Rédemption tombe dans le vide, car Jésus-Christ s’est fait homme pour nous racheter de nos péchés. Le pouvoir de pardonner, que le Seigneur ressuscité a conféré aux apôtres et à leurs successeurs dans le ministère des évêques et des prêtres, s’applique autant aux péchés graves que véniels que nous commettons après le baptême. La pratique actuelle de la confession montre clairement que la conscience des fidèles n’est pas suffisamment formée. La miséricorde de Dieu nous est offerte afin qu’en obéissant à ses commandements, nous ne fassions qu’un avec sa sainte Volonté, et non pas pour nous dispenser de l’appel à nous repentir (1458).

« Le prêtre continue l’œuvre de la Rédemption sur la terre » (1589). L’ordination sacerdotale « lui confère un pouvoir sacré » (1592), qui est irremplaçable, parce que par elle Jésus-Christ devient sacramentellement présent dans son action salvifique. C’est pourquoi les prêtres choisissent volontairement le célibat comme « signe d’une vie nouvelle » (1579). En effet, il s’agit du don de soi-même au service du Christ et de son Royaume à venir. Pour conférer les trois degrés de ce sacrement, l’Eglise se sait « liée par le choix du Seigneur lui-même. C’est pourquoi l’ordination des femmes n’est pas possible » (1577). Ceux qui estiment qu’il s’agit d’une discrimination à l’égard des femmes ne font que montrer leur méconnaissance de ce sacrement, qui n’a pas pour objet un pouvoir terrestre, mais la représentation du Christ, l’Epoux de l’Eglise.

4.  La loi morale

La foi et la vie sont inséparables, car la foi privée des œuvres accomplies dans le Seigneur est morte (1815). La loi morale est l’œuvre de la Sagesse divine et elle mène l’homme à la Béatitude promise (1950). Ainsi, « la connaissance de la loi morale divine et naturelle montre à l’homme la voie à suivre pour pratiquer le bien et atteindre sa fin » (1955). Pour obtenir le Salut, tous les hommes de bonne volonté sont tenus de l’observer. En effet, ceux qui meurent dans le péché mortel sans s’être repentis sont séparés de Dieu pour toujours (1033). Il en résulte, dans la vie des chrétiens, des conséquences pratiques, en particulier celles-ci qui, de nos jours, sont souvent occultées (cf. 2270-2283; 2350-2381). La loi morale n’est pas un fardeau, mais un élément essentiel de cette vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32), grâce à laquelle le chrétien marche sur le chemin qui le conduit au Salut ; c’est pourquoi, elle ne doit en aucun cas être relativisée.

5.  La vie éternelle

Face à des évêques qui préfèrent la politique à la proclamation de l’Évangile en tant que maîtres de la foi, beaucoup se demandent aujourd’hui à quoi sert l’Eglise. Pour ne pas brouiller notre regard par des éléments que l’on peut qualifier de négligeables, il convient de rappeler ce qui constitue le caractère propre de l’Eglise. Chaque personne a une âme immortelle, qui, dans la mort, est séparée de son corps ; elle espère que son âme s’unira de nouveau à son corps lors de la résurrection des morts (366). Au moment de la mort, la décision de l’homme pour ou contre Dieu, est définitive.

Immédiatement après sa mort, toute personne doit se présenter devant Dieu pour y être jugée (1021). Alors, soit une purification est nécessaire, soit l’homme entre directement dans le Béatitude du Ciel où il peut contempler Dieu face à face. Il y a aussi la terrible possibilité qu’un être humain s’obstine dans son refus de Dieu jusqu’au bout et, en refusant définitivement son Amour, « se damne immédiatement pour toujours » (1022). « Dieu nous a créés sans nous, Il n’a pas voulu nous sauver sans nous » (1847). L’existence du châtiment de l’enfer et de son éternité est une réalité terrible qui, selon le témoignage de la Sainte Ecriture, concerne tous ceux qui « meurent en état de péché mortel » (1035). Le chrétien préfère passer par la porte étroite, car « elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent » (Mt 7,13).

Garder le silence sur ces vérités et d’autres vérités de la foi, et enseigner avec cette disposition d’esprit, est la pire des impostures au sujet de laquelle le « Catéchisme » nous met en garde avec vigueur. Elle fait partie de l’épreuve finale de l’Église et conduit à une forme d’imposture religieuse de mensonge, « au prix de l’apostasie de la vérité » (675) ; c’est la duperie de l’Antichrist. « Il séduira avec toute la séduction du mal, ceux qui se perdent du fait qu’ils n’ont pas accueilli l’amour de la vérité, ce qui les aurait sauvés » (2 Th 2, 10).

Appel

En tant qu’ouvriers envoyés dans la vigne du Seigneur, nous tous avons la responsabilité de rappeler ces vérités fondamentales en adhérant fermement à ce que nous-mêmes avons reçu. Nous voulons encourager les hommes de notre temps à suivre le chemin de Jésus-Christ avec détermination afin qu’ils puissent obtenir la vie éternelle en obéissant à ses commandements (2075).

Demandons au Seigneur de nous faire connaître la grandeur du don de la foi catholique, qui nous ouvre la porte de la vie éternelle. « Car celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges » (Mc 8,38). Par conséquent, nous nous engageons à renforcer la foi en confessant la vérité qui est Jésus-Christ Lui-même.

Nous, évêques et prêtres, nous sommes plus particulièrement interpellés par cet avertissement que saint Paul, l’Apôtre de Jésus-Christ, adresse à son collaborateur et successeur Timothée : « Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère » (2 Tm 4, 1-5).

Que Marie, la Mère de Dieu, implore pour nous la grâce de demeurer fidèles à la vérité de Jésus-Christ sans vaciller.

Unis dans la foi et la prière.

Gerhard Cardinal Müller
Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de 2012 à 2017

https://www.diakonos.be/settimo-cielo/

 

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À comparer avec :

 

Oui, non, je ne sais pas, décidez vous-mêmes. Le magistère liquide du pape François

Il ne dit jamais tout ce qu’il a dans la tête, il le laisse seulement deviner. Il accepte que l’on remette tout en discussion. Ainsi tout devient discutable, dans une Église où chacun fait ce qu’il veut 

Benoît XVI, Les vocations, signe de l’espérance fondée sur la foi, Message pour la journée mondiale de prière pour les vocations

dominicanus #Porta fidei

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Le message du Pape pour la journée mondiale de prière pour les vocations a été publié samedi. Elle sera célébrée le 21 avril prochain, quatrième dimanche de Pâques. A l’occasion de cette 50ème édition, Benoît XVI invite à une réflexion sur le thème «Les vocations, signe de l’espérance fondée sur la foi». Un thème qui s’inscrit dans le contexte de l’Année de la Foi et du cinquantenaire de l’ouverture du Concile Vatican II. 
 

Compte rendu d'Olivier Bonnel (Radio Vatican) : >>   

Voici le texte intégral du Message de Benoît XVI :


MESSAGE DU SAINT-PÈRE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS 21 AVRIL 2013 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES

Thème: Les vocations, signe de l’espérance fondée sur la foi

Chers frères et sœurs,


En cette 50ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, célébrée le 21 avril 2013, quatrième dimanche de Pâques, je voudrais vous inviter à réfléchir sur le thème: «Les vocations, signe de l’espérance fondée sur la foi», qui s’inscrit bien dans le contexte de l’Année de la Foi et dans le 50ème anniversaire de l’ouverture du Concile Œcuménique Vatican II. Le Serviteur de Dieu Paul VI, pendant l’Assemblée conciliaire, institua cette Journée d’invocations unanimes adressées à Dieu le Père pour qu’il continue d’envoyer des ouvriers pour son Eglise (cf. Mt 9,38). «Le problème du nombre suffisant de prêtres – soulignait alors le Pontife – touche de près tous les fidèles: non seulement parce que l’avenir religieux de la société chrétienne en dépend, mais aussi parce que ce problème est le signe précis et indéniable de la vitalité de la foi et de l’amour des communautés paroissiales et diocésaines particulières, et le témoignage de la santé morale des familles chrétiennes. Là où l’on vit généreusement selon l’Evangile, là jaillissent de nombreuses vocations à l’état clérical et religieux» (PAUL VI, Radio message, 11 avril 1964).


Ces dernières décennies, les diverses communautés ecclésiales répandues dans le monde entier se sont retrouvées spirituellement unies chaque année, le quatrième dimanche de Pâques, pour implorer de Dieu le don de saintes vocations et pour proposer à nouveau à la réflexion de tous l’urgence de la réponse à l’appel divin. Ce rendez-vous annuel significatif a favorisé, en effet, un engagement fort pour mettre toujours plus au centre de la spiritualité, de l’action pastorale et de la prière des fidèles, l’importance des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée.L’espérance est attente de quelque chose de positif pour l’avenir, mais qui en même temps doit soutenir notre présent, souvent marqué par les insatisfactions et les insuccès. Où se fonde notre espérance? En regardant l’histoire du peuple d’Israël racontée dans l’Ancien Testament, nous voyons émerger, même dans les moments de plus grande difficulté comme ceux de l’exil, un élément constant, rappelé en particulier par les prophètes: la mémoire des promesses faites par Dieu aux Patriarches; mémoire qui requiert d’imiter l’attitude exemplaire d’Abraham, rappelée par l’Apôtre Paul, «espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi père d'une multitude de peuples, selon qu'il fut dit: telle sera ta descendance» (Rm 4,18). Une vérité éclairante et consolante qui émerge de toute l’histoire du salut est la fidélité de Dieu à l’alliance, dans laquelle il s’est engagé et qu’il a renouvelée chaque fois que l’homme l’a trahie par l’infidélité, le péché, de l’époque du déluge (cf. Gn 8,21-22) à celle de l’exode et de la traversée du désert (cf. Dt 9,7); fidélité de Dieu qui est allée jusqu’à sceller la nouvelle et éternelle alliance avec l’homme, à travers le sang de son Fils, mort et ressuscité pour notre salut.


A tout moment, surtout dans les moments les plus difficiles, c’est toujours la fidélité de Dieu, authentique force motrice de l’histoire et du salut, qui fait vibrer les cœurs des hommes et des femmes et qui les confirme dans l’espérance de rejoindre un jour la «Terre promise». Là se trouve le fondement sûr de toute espérance: Dieu ne nous laisse jamais seuls et il est fidèle à la parole donnée. Pour cette raison, en toute situation, heureuse ou défavorable, nous pouvons nourrir une solide espérance et prier avec le psalmiste: «En Dieu seul repose-toi, mon âme, de lui vient mon espoir» (Ps 62,6). Espérer signifie donc se confier dans le Dieu fidèle, qui garde les promesses de l’alliance. Foi et espérance sont ainsi étroitement unies. «De fait ‘espérance’ est un mot central de la foi biblique – au point que, dans certains passages, les mots ‘foi’ et ‘espérance’ semblent interchangeables. Ainsi, la Lettre aux Hébreux lie étroitement à la ‘plénitude de la foi’ (10, 22) ‘l'indéfectible profession de l'espérance’ (10, 23). De même, lorsque la Première Épître de Pierre exhorte les chrétiens à être toujours prêts à rendre une réponse à propos du logos – le sens et la raison – de leur espérance (cf. 3, 15), ‘espérance’ est équivalent de ‘foi’» (Enc. Spe salvi, n. 2).


Chers frères et sœurs, en quoi consiste la fidélité de Dieu à laquelle nous devons nous confier avec une ferme espérance? En son amour. Lui, qui est Père, répand son amour dans notre être le plus profond, par l’Esprit Saint (cf. Rm 5,5). Et cet amour précisément, manifesté pleinement en Jésus Christ, interpelle notre existence, requiert une réponse sur ce que chacun veut faire de sa propre vie, sur ce qu’il est disposé à mettre en jeu pour la réaliser pleinement. L’amour de Dieu suit parfois des chemins impensables, mais rejoint toujours ceux qui se laissent trouver. L’espérance se nourrit donc de cette certitude : «Et nous, nous avons reconnu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru» (1 Jn 4,16). Et cet amour exigeant, profond, qui dépasse la superficialité, nous donne courage, nous fait espérer dans le chemin de la vie et dans l’avenir, nous fait avoir confiance en nous-mêmes, dans l’histoire et dans les autres. Je voudrais m’adresser tout particulièrement à vous les jeunes et vous redire: «Que serait votre vie sans cet amour? Dieu prend soin de l’homme de la création jusqu’à la fin des temps, lorsqu’il mènera à bien son projet de salut. Dans le Seigneur ressuscité nous avons la certitude de notre espérance!» (Discours aux jeunes du diocèse de San Marino-Montefeltro, 19 juin 2011).


Comme il advint dans le cours de son existence terrestre, aujourd’hui encore Jésus, le Ressuscité, marche au long des routes de notre vie, et nous voit plongés dans nos activités, avec nos désirs et nos besoins. C’est justement dans le quotidien qu’il continue de nous adresser sa parole; il nous appelle à réaliser notre vie avec Lui, le seul qui soit capable d’étancher notre soif d’espérance. Aujourd’hui encore, Vivant dans la communauté des disciples qui est l’Eglise, il appelle à le suive. Et cet appel peut nous rejoindre à n’importe quel moment. Aujourd’hui encore Jésus répète: «Viens! Suis-moi!» (Mc 10,21). Pour accueillir cette invitation, il faut ne plus choisir soi-même son propre chemin. Le suivre signifie immerger sa propre volonté dans la volonté de Jésus, lui donner vraiment la priorité, le mettre à la première place par rapport à tout ce qui fait partie de notre vie: la famille, le travail, les intérêts personnels, soi même. Cela signifie Lui remettre notre propre vie, vivre avec Lui dans une intimité profonde, entrer à travers Lui en communion avec le Père dans l’Esprit Saint et, en conséquence, avec les frères et sœurs. Cette communion de vie avec Jésus est le «lieu» privilégié où l’on fait l’expérience de l’espérance et où se réalisera une vie libre et remplie!


Les vocations sacerdotales et religieuses naissent de l’expérience de la rencontre personnelle avec le Christ, du dialogue sincère et confiant avec Lui, pour entrer dans sa volonté. Il est donc nécessaire de grandir dans l’expérience de la foi, comprise comme relation profonde avec Jésus, comme écoute intérieure de sa voix, qui résonne en nous. Ce chemin, qui rend capable d’accueillir l’appel de Dieu, peut advenir à l’intérieur de communautés chrétiennes qui vivent un intense climat de foi, un témoignage généreux d’adhésion à l’Evangile, une passion missionnaire qui conduit au don total de soi pour le Royaume de Dieu, alimenté par la fréquentation des Sacrements, en particulier de l’Eucharistie, et par une fervente vie de prière. Cette dernière «doit, d'une part, être très personnelle, une confrontation de mon moi avec Dieu, avec le Dieu vivant. D'autre part, cependant, elle doit toujours être à nouveau guidée et éclairée par les grandes prières de l'Église et des saints, par la prière liturgique, dans laquelle le Seigneur nous enseigne continuellement à prier de façon juste» (Enc. Spe salvi, n. 34).


La prière constante et profonde fait croître la foi de la communauté chrétienne, dans la certitude toujours renouvelée que Dieu n’abandonne jamais son peuple et qu’il le soutient en suscitant des vocations spéciales, au sacerdoce et à la vie consacrée, pour qu’elles soient signes d’espérance pour le monde. Les prêtres et les religieux, en effet, sont appelés à se donner d’une manière inconditionnée au peuple de Dieu, dans un service d’amour de l’Evangile et de l’Eglise, un service de cette ferme espérance que seule l’ouverture à l’horizon de Dieu peut donner. Ainsi, avec le témoignage de leur foi et avec leur ferveur apostolique, ils peuvent transmettre, particulièrement aux nouvelles générations, le vif désir de répondre généreusement et promptement au Christ qui appelle à le suivre de plus près. Quand un disciple de Jésus accueille l’appel divin pour se dédier au ministère sacerdotal ou à la vie consacrée, se manifeste un des fruits les plus mûrs de la communauté chrétienne, qui aide à regarder avec une particulière confiance et espérance vers l’avenir de l’Eglise et vers sa mission d’évangélisation. 


Cela nécessite toujours en effet de nouveaux ouvriers pour la prédication de l’Evangile, pour la célébration de l’Eucharistie, pour le Sacrement de la Réconciliation. Par conséquent, que ne manquent pas les prêtres zélés, qui sachent accompagner les jeunes comme «compagnons de voyage» pour les aider à reconnaître, sur le chemin souvent tortueux et obscur de la vie, le Christ, Voie, Vérité et Vie (cf. Jn 14,6); pour leur proposer, avec courage évangélique, la beauté du service de Dieu, de la communauté chrétienne, des frères! Des prêtres qui montrent la fécondité d’un engagement enthousiasmant, donnant un sens plénier à leur propre existence, parce que fondé sur la foi en celui qui nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 4,19)! Je souhaite également que les jeunes, au milieu de tant de propositions superficielles et éphémères, sachent cultiver l’attrait pour les valeurs, les buts élevés, les choix radicaux, pour un service des autres sur les pas de Jésus. Chers jeunes, n’ayez pas peur de le suivre et de parcourir les voies exigeantes et courageuses de la charité et de l’engagement généreux! Ainsi vous serez heureux de servir, vous serez témoins de cette joie que le monde ne peut donner, vous serez les flammes vives d’un amour infini et éternel, vous apprendrez à «rendre raison de l’espérance qui est en vous» (1 P 3, 15)!


Du Vatican, le 6 octobre 2012

Benoît XVI, Homélie pour l'ouverture de l'Année de la Foi

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"Vénérés frères
Chers frères et sœurs,

 
"À 50 ans de l’ouverture du Concile Œcuménique Vatican II, c’est avec une joie profonde que nous inaugurons aujourd’hui l’Année de la foi. Je suis heureux de saluer toutes les personnes présentes, en particulier Sa Sainteté Bartholomée I, Patriarche de Constantinople, ainsi que Sa Grâce Rowan Williams, Archevêque de Canterbury. J’ai une pensée spéciale pour les Patriarches et les Archevêques majeurs des Églises orientales catholiques et pour les Présidents des Conférences épiscopales. Pour faire mémoire du Concile, que certains d’entre nous ici présents – et que je salue affectueusement – ont eu la grâce de vivre personnellement, cette célébration est encore enrichie par quelques signes spécifiques : la procession initiale qui rappelle la procession inoubliable des Pères conciliaires lorsqu’ils firent leur entrée solennelle dans cette Basilique ; l’intronisation de l’Evangéliaire, copie de celui-là même qui a été utilisé durant le Concile ; les sept Messages finaux du Concile ainsi que le Catéchisme de l’Église catholique que je remettrai à la fin de la Messe, avant la Bénédiction. Non seulement ces signes nous rappellent le devoir de commémoration qui est le nôtre, mais ils nous offrent aussi l’opportunité de dépasser cette perspective pour aller au-delà. Ils nous invitent à entrer plus avant dans le mouvement spirituel qui a caractérisé Vatican II, pour se l’approprier et lui donner tout son sens. Ce sens fut et demeure la foi en Christ, la foi apostolique, animée par l’élan intérieur qui pousse à annoncer le Christ à chaque homme et à tous les hommes pendant le pèlerinage de l’Église sur les chemins de l’histoire.

 
"La cohérence entre l’Année de la foi que nous ouvrons aujourd’hui et le chemin que l’Église a parcouru depuis les 50 dernières années est évidente : à commencer par le Concile, puis à travers le Magistère du Serviteur de Dieu Paul VI qui, déjà en 1967, avait proclamé une « Année de la foi », jusqu’au Grand Jubilée de l’an 2000 par lequel le Bienheureux Jean-Paul II a proposé à nouveau à toute l’humanité Jésus-Christ comme unique Sauveur, hier, aujourd’hui et pour toujours. Entre ces deux pontifes, Paul VI et Jean-Paul II, existe une convergence totale et profonde précisément au sujet du Christ, centre du cosmos et de l’histoire, ainsi qu’au regard du zèle apostolique qui les a portés à l’annoncer au monde. Jésus est le centre de la foi chrétienne. Le chrétien croit en Dieu par Jésus qui nous en a révélé le visage. Il est l’accomplissement des Écritures et leur interprète définitif. Jésus-Christ n’est pas seulement objet de la foi mais, comme le dit la Lettre aux Hébreux, il est « celui qui donne origine à la foi et la porte à sa plénitude » (He 12,2). 

 
"L’Évangile de ce jour nous dit que Jésus, consacré par le Père dans l’Esprit-Saint, est le sujet véritable et pérenne de l’évangélisation. « L’Esprit du Seigneur est sur moi pour cela il m’a consacré par l’onction et m’a envoyé annoncer aux pauvres une bonne nouvelle » (Lc 4,18). Cette mission du Christ, ce mouvement, se poursuit dans l’espace et dans le temps, il traverse les siècles et les continents. C’est un mouvement qui part du Père et, avec la force de l’Esprit, porte la bonne nouvelle aux pauvres de tous les temps, au sens matériel et spirituel. L’Église est l’instrument premier et nécessaire de cette œuvre du Christ parce qu’elle est unie à Lui comme le corps l’est à la tête. « Comme le Père m’a envoyé, moi-aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). C’est ce qu’a dit le Ressuscité aux disciples et, soufflant sur eux, il ajouta : « Recevez l’Esprit Saint » (v. 22). C’est Dieu le sujet principal de l’évangélisation du monde, à travers Jésus-Christ ; mais le Christ lui-même a voulu transmettre à l’Église sa propre mission, il l’a fait et continue de le faire jusqu’à la fin des temps en répandant l’Esprit-Saint sur les disciples, ce même Esprit qui se posa sur Lui et demeura en Lui durant toute sa vie terrestre, Lui donnant la force de « proclamer aux prisonniers la libération et aux aveugles la vue », de « remettre en liberté les opprimés » et de « proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19).


"Le Concile Vatican II n’a pas voulu consacrer un document spécifique au thème de la foi. Pourtant, il a été entièrement animé par la conscience et le désir de devoir, pour ainsi dire, s’immerger à nouveau dans le mystère chrétien, afin d’être en mesure de le proposer à nouveau efficacement à l’homme contemporain. A cet égard, le Serviteur de Dieu Paul VI déclarait deux ans après la clôture de l’Assise conciliaire : « Si le Concile ne traite pas expressément de la foi, il en parle à chaque page, il en reconnait le caractère vital et surnaturel, il la répute entière et forte et établit sur elle toutes ses affirmations doctrinales. Il suffirait de rappeler quelques affirmations conciliaires […] pour se rendre compte de l’importance essentielle que le Concile, en cohérence avec la tradition doctrinale de l’Église, attribue à la foi, à la vraie foi, celle qui a pour source le Christ et pour canal le magistère de l’Eglise (Catéchèse de l’Audience générale du 8 mars 1967). Ainsi s’exprimait Paul VI.


"Mais nous devons maintenant remonter à celui qui a convoqué le Concile Vatican II et qui l’ouvrit : le Bienheureux Jean XXIII. Dans son discours inaugural, celui-ci présenta le but principal du Concile en ces termes : « Voici ce qui intéresse le Concile Œcuménique : que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit défendu et enseigné de façon plus efficace. (…) Le but principal de ce Concile n’est donc pas la discussion de tel ou tel thème de doctrine … pour cela il n’est pas besoin d’un Concile … Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée de façon à répondre aux exigences de notre temps » (AAS 54 [1962], 790.791-792).


"À la lumière de ces paroles, on comprend ce que j’ai moi-même eu l’occasion d’expérimenter : durant le Concile il y avait une tension émouvante face au devoir commun de faire resplendir la vérité et la beauté de la foi dans l’aujourd’hui de notre temps, sans pour autant sacrifier aux exigences du moment présent ni la confiner au passé : dans la foi résonne l’éternel présent de Dieu, qui transcende le temps et qui pourtant ne peut être accueillie par nous que dans notre aujourd’hui qui est unique. C’est pourquoi je considère que la chose la plus importante, surtout pour un anniversaire aussi significatif que celui-ci, est de raviver dans toute l’Église cette tension positive, ce désir d’annoncer à nouveau le Christ à l’homme contemporain. Mais afin que cet élan intérieur pour la nouvelle évangélisation ne reste pas seulement virtuel ou ne soit entaché de confusion, il faut qu’il s’appuie sur un fondement concret et précis, et ce fondement est constitué par les documents du Concile Vatican II dans lesquels il a trouvé son expression. Pour cette raison, j’ai insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de revenir, pour ainsi dire, à la “ lettre ” du Concile – c’est-à-dire à ses textes – pour en découvrir aussi l’esprit authentique, et j’ai répété que le véritable héritage du Concile réside en eux. La référence aux documents protège des excès ou d’une nostalgie anachronique et ou de courses en avant et permets d’en saisir la nouveauté dans la continuité. Le Concile n’a rien produit de nouveau en matière de foi et n’a pas voulu en ôter ce qui est antique. Il s’est plutôt préoccupé de faire en sorte que la même foi continue à être vécue dans l’aujourd’hui, continue à être une foi vivante dans un monde en mutation. 


"Si nous acceptons la direction authentique que le Bienheureux Jean XXIII a voulu imprimer à Vatican II, nous pourrons la rendre actuelle durant toute cette Année de la foi, dans l’unique voie de l’Église qui veut continuellement approfondir le dépôt de la foi que le Christ lui a confié. Les Pères conciliaires entendaient présenter la foi de façon efficace. Et s’ils se sont ouverts dans la confiance au dialogue avec le monde moderne c’est justement parce qu’ils étaient sûrs de leur foi, de la solidité du roc sur lequel ils s’appuyaient. En revanche, dans les années qui ont suivi, beaucoup ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du depositum fidei qu’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité.


"Si aujourd’hui l’Église propose une nouvelle Année de la foi ainsi que la nouvelle évangélisation, ce n’est pas pour célébrer un anniversaire, mais parce que c’est une nécessité, plus encore qu’il y a 50 ans ! Et la réponse à donner à cette nécessité est celle voulue par les Papes et par les Pères du Concile, contenue dans ses documents. L’initiative même de créer un Conseil Pontifical destiné à promouvoir la nouvelle évangélisation, que je remercie pour les efforts déployés pour l’Année de la foi, entre dans cette perspective. Les dernières décennies ont connu une « désertification » spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du Concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’est le vide qui s’est propagé. Mais c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. La foi vécue ouvre le cœur à la Grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’hui plus que jamais évangéliser signifie rendre témoignage d’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin. La première Lecture nous a parlé de la Sagesse du voyageur (cf. Sir 34,9-13) : le voyage est une métaphore de la vie et le voyageur sage est celui qui a appris l’art de vivre et est capable de le partager avec ses frères – comme c’est le cas pour les pèlerins sur le Chemin de Saint-Jacques ou sur les autres voies qui ont connu récemment, non par hasard, un regain de fréquentation. Comment se fait-il que tant de personnes ressentent le besoin de parcourir ces chemins ? Ne serait-ce pas parce qu’il trouvent là, ou au moins y perçoivent quelque chose du sens de notre être au monde ? Voici alors la façon dont nous pouvons penser cette Année de la foi : un pèlerinage dans les déserts du monde contemporain, au cours duquel il nous faut emporter seulement ce qui est essentiel : ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent et n’ayez pas deux tuniques – comme dit le Seigneur à ses Apôtres en les envoyant en mission (cf. Lc 9,3) – mais l’Évangile et la foi de l’Église dont les documents du Concile Œcuménique Vatican II sont l’expression lumineuse, comme l’est également le Catéchisme de l’Église catholique, publié il y a 20 ans maintenant.


"Vénérés et chers Frères, le 11 octobre 1962 on célébrait la fête de la Vierge Marie, Mère de Dieu. C’est à elle que nous confions l’Année de la foi, comme je l’ai fait il y a une semaine lorsque je suis allé en pèlerinage à Lorette. Que la Vierge Marie brille toujours comme l’étoile sur le chemin de la nouvelle évangélisation. Qu’elle nous aide à mettre en pratique l’exhortation de l’Apôtre Paul : « Que la Parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse… Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père » (Col 3,16-17). Amen."

 

 



(Photo : la procession des Cardinaux jeudi matin, avant la messe du Pape à l'occasion du début de l'Année de la foi)

Analphabétisme religieux. Les adultes sont les premiers qu'il faudrait faire retourner à l'école

dominicanus #Porta fidei

Beaucoup d'évêques et de prêtres pensent que l'on peut résoudre le problème du déclin de la foi en pariant sur les très jeunes. C'est une grave erreur, objecte le professeur Pietro De Marco: ce sont les adultes qui décideront de la réussite ou de l'échec de l’Année de la Foi qui va bientôt commencer. Le cas de l'Italie 

 

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ROME, le 25 juin 2012 – L'Année de la Foi imaginée et ordonnée par Benoît XVI approche.

Elle va commencer le 11 octobre prochain. Cinquante ans après l’ouverture du concile Vatican II et vingt ans après la publication du Catéchisme de l’Église catholique, considéré par Benoît XVI comme le document le plus important qui ait été produit jusqu’à maintenant afin d’atteindre le premier objectif du concile : raviver la foi.

Pour le pape Joseph Ratzinger, en effet, la disparition de la foi, y compris dans de nombreux pays de vieille chrétienté, est la principale difficulté que l’Église traverse aujourd’hui.

En ce qui concerne son Allemagne natale, les gens qui ne croient en aucune religion constituent désormais la majorité de la population dans les régions de l’Est du pays. Et il en est de même en République Tchèque. L’Irlande, quant à elle, connaît actuellement une chute soudaine de la foi que l’on ne peut comparer qu’à celle qui a déjà eu lieu au Québec, région très catholique qui est devenue en très peu d’années une zone largement déchristianisée.

Mais même en Italie, pays considéré comme une "exception" où perdure un catholicisme du peuple avec une Église fortement présente et enracinée, les risques d’un prochain et vaste affaiblissement de la foi sont réels.

Un livre paru ces jours-ci sous la signature de deux sociologues des religions, Massimo Introvigne et PierLuigi Zoccatelli, quantifie et analyse la présence d’athées dans une zone de la Sicile centrale dont les indicateurs coïncident fréquemment avec ceux de la moyenne nationale.

Ce livre, intitulé "Gentili senza cortile" [Des Gentils sans parvis], a été publié aux Edizioni Lussografica de Caltanissetta.

Les auteurs ont constaté la présence d’athées "forts", c’est-à-dire de gens qui expliquent leur athéisme par des raisons idéologiques. Ils représentent 2,4 % de la population et ce sont, pour la plupart, des personnes âgées et des militants communistes de longue date.

À côté d’eux, on trouve des athées "faibles", c’est-à-dire des gens qui considèrent que Dieu et la religion sont sans importance pour leur vie, dans laquelle ne comptent que le travail, l’argent et les relations affectives. Ils représentent 5 % de la population et sont, pour la plupart, jeunes et instruits.

Mais les auteurs poussent leur analyse plus loin. Aux deux groupes que constituent les athées "forts" et les athées "faibles" ils ajoutent le groupe des "éloignés" de l’Église catholique et de toute autre religion. Un groupe beaucoup plus nombreux, puisqu’il représente plus de 60 % de la population.

"Les 'éloignés' sont des gens – écrivent les deux auteurs de la recherche – qui, dans leur grande majorité, ne se disent pas athées mais qui ont perdu tout contact avec la religion : ils vont à l’église uniquement pour les mariages et les enterrements ; s’ils se disent religieux ou spirituels, ils réunissent des croyances disparates. Il s’agit désormais d’une solide majorité des Italiens".

La thèse d’Introvigne et Zoccatelli peut faire l’objet de critiques. Ils ont tendance à faire coïncider les catholiques uniquement avec les gens qui vont à la messe tous les dimanches ou presque. Alors que le catholicisme italien est caractérisé, en réalité, par les modalités très diverses selon lesquelles il se pratique, y compris dans les cas d’observance faible et intermittente, et qu’il comprend justement un grand nombre de ceux que les deux auteurs excluent en tant qu’"éloignés".

Une analyse du catholicisme italien opposée à celle d’Introvigne et Zoccatelli sur bien des points est, par exemple, celle qu’a donnée Pietro De Marco, de l'Université de Florence, lui aussi sociologue des religions, dans cet article publié par www.chiesa :

> Peu pratiquants et peu virtuoses. Mais ce sont eux qui forment "L'Église du peuple"

Le professeur Paolo Segatti, de l'Université de Milan, est lui aussi d’accord pour reconnaître l’empreinte catholique persistante d’une bonne partie de la population italienne.

Mais, en même temps, dans une enquête publiée par le journal "Il Regno" le 15 mai 2010, Segatti a mis en garde, le premier, contre un risque qui pèse sur l’avenir de la foi catholique en Italie.

En effet son enquête a mis en lumière une fracture spectaculaire entre les personnes nées après 1970 - et plus encore celles qui sont nées après 1981 - et les générations précédentes :

"On a vraiment l’impression d’observer un autre monde. Les très jeunes sont, parmi les Italiens, les plus étrangers à une expérience religieuse. Ils vont nettement moins à l’église, croient moins en Dieu, prient moins, ont moins confiance en l’Église, se définissent moins comme catholiques et considèrent qu’être Italien n’équivaut pas à être catholique".

La baisse est tellement nette qu’elle fait disparaître même les différences qui, dans les générations adultes, se manifestent entre les hommes et les femmes, ces dernières étant en général beaucoup plus pratiquantes. Chez les très jeunes, même les femmes vont très peu à l’église, à égalité avec les hommes.

Et si l’on songe que la foi est généralement transmise aux enfants par leur mère ou, en tout cas, principalement par des femmes, on n’aura pas de peine à pressentir que cette transmission risque d’être interrompue lorsque les très jeunes d’aujourd’hui seront à leur tour devenus des pères et des mères.

C’est là l'aspect le plus dramatique de ce que les évêques italiens et Benoît XVI lui-même appellent "urgence éducative".

À cette urgence – qui n’est pas propre à l’Italie et que l’on retrouve dans beaucoup de pays – l’Église catholique tend souvent à répondre en misant sur une pastorale ciblée, justement, sur les très jeunes.

Si ce sont eux qui constituent le point faible, pense-t-on, c’est sur eux qu’il convient d’agir. Une action à leur mesure. Dans l’espoir que, lorsqu’ils seront devenus adultes, leur foi deviendra adulte, elle aussi.

Mais est-ce une bonne idée ? D’après le professeur De Marco non, c’est une erreur grave.

Et ci-dessous il explique pourquoi. 
Sandro Magister
www.chiesa



FORMER AVANT TOUT LES ADULTES AVEC DES CONTENUS POUR ADULTES (1)

par Pietro De Marco



On apprend que des évêques de Vénétie – ils constituent le plus récent exemple d’une série que l’on ne rencontre pas qu’en Italie – ont l’intention de révolutionner le moment et l’ordre dans lequel les enfants et les adolescents reçoivent les sacrements de l'initiation chrétienne, en multipliant "de manière pédagogique" les événements, les gestes rituels et les symboles.

Mais ni le problème critique de "l’urgence éducative", générale et chrétienne, ni la préoccupation qu’exprime l'Année de la Foi ne sont créés principalement par les adolescents. Et, en tout cas, il n’est pas bon d’y faire face par des pédagogies d’"école active" qui ont contribué à cette urgence.

Le problème est plutôt créé par les adultes, qui sont d’ailleurs les fidèles laïcs adultes dans la plus grande extension sociologique du terme (2).  

Prenons en considération le premier élément générateur d’"urgence", à savoir la "tradition", c’est-à-dire la transmission de la foi et de la culture d’une génération à l’autre.

La formation est la culture même d’une civilisation consciente d’elle-même. L’adulte y confirme et y met à l’épreuve sa propre constitution, la socialisation réalisée.

S’il existe quelque chose comme une "formation des adultes" c’est, avant tout, l’existence adulte mise à l’épreuve. Mais en même temps l’adulte est en relation constitutive avec les générations plus jeunes. Et avec elles il est toujours dans une relation sociale asymétrique, en termes d’âge et de rôle. Une société est culture et pratique de l’asymétrie générationnelle.

De plus, l’adulte est la contrepartie des processus et des traumatismes d’identification qui accompagnent la construction de l’identité personnelle. En somme, l’adulte est le principal milieu de l’être en formation, même lorsque les adolescents se réfugient dans des communautés de pairs, naturelles ou électroniques.

L’ambition contemporaine en termes de pédagogie conçoit l'adulte comme un "soi" pérenne qu’il faut former et donc comme un élève pérenne de l’éducateur éclairé. Mais il n’en est pas ainsi. L’adulte reste, à tout moment, l’acteur dominant et libre de la scène sociale. Sans oublier que cet "autre" par rapport à l’adolescent est, en effet, une constellation organisée de différences et de conflits. C’est ainsi que la socialisation familiale est défiée et érodée par la concurrence de toutes les autres pratiques de formation. C’est le cas de l’école, par rapport à d’autres "agencies".

L’état d’adolescence est, en somme, influencé par des réseaux d’adultes très denses qui sont en compétition les uns avec les autres et qui ne sont pas stables dans le temps. 

Par conséquent si les adultes sont le milieu dans lequel se trouvent les personnes en formation et si ce milieu est, en plus, fluide et conflictuel – s’il constitue une "urgence éducative", justement – c’est bien eux, les adultes, qu’il faut replacer au centre de la préoccupation chrétienne en matière d’éducation.
 

***

À contre-courant de la pensée dominante, je propose les thèses suivantes.

A. Le choix confiant de donner aux adolescents la priorité et parfois l'exclusivité dans la stratégie pastorale est une erreur. La pastorale ordinaire a fait le pari de fonder sur les adolescents, sur les "jeunes" au sens général et émotionnel du terme, la formation chrétienne, qui est ainsi devenue l’unique formation existant dans les églises (3). Mais cette formation est, par définition, inadaptée aux adultes. Et par conséquent elle sera inadaptée aux individus mêmes qui sont actuellement en cours de formation, une fois qu’ils seront devenus adultes. 

L’évidence de cette erreur apparaît chaque jour. Que reste-t-il au jeune une fois qu’il est devenu adulte ? Il lui reste des "récits" à propos de Jésus, des bons sentiments ou des idéaux, c’est-à-dire toute la faiblesse de la catéchèse contemporaine.

Je parle de faiblesse, parce que la transmission d’un "credendum" nécessaire, d’un ensemble de vérités de foi, déjà pour quelqu’un qui est sorti de l’enfance et qui est entré dans l'adolescence, ne peut pas être "narrative".

Les traces chrétiennes qui datent de l’enfance se révèlent donc tout d’un coup comme marginales par rapport à ce qui compte dans le monde des adultes, y compris lorsque l'adulte se demande à lui-même et demande aux autres de "donner la raison de l’espérance" (1 P 3, 15). De son côté,  s’il ne s’oppose pas à la "paideia" chrétienne qu’a reçue l’adolescent, le monde dans lequel vivent les adultes ne la confirme pas non plus, il ne l’alimente pas et il la met moins encore à jour. Il ne le peut pas, il ne le veut pas. 

B. La stratégie pastorale la plus répandue en faveur des adolescents est en outre caractérisée, à mon avis, par trois convictions dangereuses.

1. La conviction inavouée qu’il s’agit d’un engagement plus facile – en raison de la plasticité présumée du "soi" des adolescents – et destiné, dans la mesure où il est "basique", à avoir des résultats permanents. 

2. La conviction anti-adulte qui cache une attitude de suffisance défensive vis-à-vis de l’homme ordinaire, mais aussi vis-à-vis du croyant sans qualification particulière, et peut-être même vis-à-vis du dévot ; une conviction dans laquelle convergent souvent le clergé et les laïcs "engagés. Le "choix prioritaire en faveur du pauvre" est souvent accompagné par ce mépris vis-à-vis du croyant de "classe moyenne".

3. La conviction anti-intellectuelle et fidéiste qu’il est possible, à travers les jeunes, de s’opposer au "logos" catholique, à la cohérence rationnelle et à la formulation de contenus et d’arguments, alors qu’elles sont nécessaires à la "fides" du chrétien adulte.

*** 

À l’encontre de ces convictions et de ces pratiques théologico-pastorales, largement partagées et répandues, je considère que, dans la formation chrétienne "l’édification" de l’adulte ne peut pas rester un chapitre facultatif, renvoyé au lendemain, suspendu au succès présumé de la formation de l’adolescent, aujourd’hui.

Au contraire, c’est justement "l’édification" de l’adulte qui doit constituer, aujourd’hui, une pratique directe et prioritaire de la pastorale catholique.

Il n’est pas vrai que des jeunes "bien formés" seront par là même de bons adultes. Au fil des années, le jeune est puissamment "socialisé" par des processus d’identification et d’émulation, par de nouveaux savoirs et par des communautés de communication, par des possibilités imprévues de réalisation de soi, le tout par l’intermédiaire d’adultes ; mais qui l’aidera à développer parallèlement son esprit de foi ?

Si les adultes de référence ne sont pas, aujourd’hui, conduits de manière cohérente (4) à confirmer la formation chrétienne avant tout en eux-mêmes, en tant qu’adultes, alors, dans la communication entre les générations, la formation à la vision catholique du monde (5), offerte aujourd’hui aux adolescents dans la pastorale, est déjà menacée d’échec.

Ceux qui instruisent les jeunes générations chrétiennes doivent combattre sur son terrain un théorème insidieux du XXe siècle pédagogique, en partie hérité de Rousseau. C’est le théorème qui veut favoriser l'autoformation des adolescents, afin qu’ils se "déculturent". Et qui veut, en même temps, ramener les adultes à l’école, afin que l'intelligentsia puisse les "rééduquer". À quoi ? À rien. C’est ce qu’il reste de la Révolution. Ce n’est pas peu de chose et cela ne doit pas réussir.
 

NOTES

(1) Je prends le mot "adulte" dans son acception anthropologique : l'individu désormais constitué dans son autonomie du fait des soins donnés par ses parents et par la communauté. L'analyse ne gagne pas grand-chose à l’évaluation éthique ou psychologique du mot "adulte" compris comme opposé à "immature" ; et encore moins à l’évocation, souvent abusive, de la formule occasionnelle de Dietrich Bonhoeffer à propos du "monde adulte". C’est pourquoi j’adopte l’expression "contenus [de foi] pour adultes" et non pas "contenus adultes", qui n’existent que dans l’esprit de l’intelligentsia.

(2) Depuis les laïcs adultes qui se qualifient d’"adultes" parce qu’ils se sont émancipés de leur passé catholique, qui pèsent sur les paroisses, jusqu’aux croyants marginaux qui pratiquent occasionnellement, ou aux croyants "à ma façon". 

(3) Je ne parle pas des mouvements et institutions de perfectionnement dans leurs divers sens et développements. Je ne pense ici qu’aux milieux et aux pratiques de la pastorale ordinaire.

(4) Je dis "conduits" non pas par des cours ou par des conférences occasionnelles, destinés à un petit nombre de gens, mais par le discours "erga omnes". En effet la salle de cours des adultes, c’est l’espace public, à commencer par celui où a lieu la prédication. Or il semble que ce soit le contraire qui se produit : les prêtres de paroisses évitent les adultes, peut-être parce qu’ils ne savent pas quoi leur dire, ni en tant que directeurs spirituels ni en tant que guides intellectuels. Et comment pourrait-on le demander, désormais ? La culture d’élite de l’après-concile a déprécié ou détruit l’apologétique en même temps que la direction spirituelle, désarmant ainsi, à travers les médias catholiques et les séminaires, l’intelligence et la spiritualité de plusieurs générations de laïcs et de prêtres. Aujourd’hui nous n’avons plus que des restes de tout cela.

(5) Je dis "vision catholique du monde" en connaissance de cause, parce qu’il y a une idée insidieuse qui circule parmi les éducateurs et les responsables de la pastorale, à savoir que l’éducation chrétienne nécessaire et suffisante est l’éducation de l’homme, dans le souvenir d’un Jésus "homme [et croyant] parfait". Voilà d’où vient le pédagogisme activiste, dans la catéchèse et dans la liturgie elle-même, et pas seulement pour les "jeunes". Si c’est là ce que doit être l’alphabétisation religieuse à laquelle l’Église est invitée par la presse catholique de pointe, il serait préférable de protéger le peu de foi catholique qu’il reste aux adultes en lien avec le souvenir du vieux catéchisme, notamment lorsque l’on voit à quel point le nouveau catéchisme est mal connu.




À propos du concept de "foi adulte" et contre l'utilisation anti-hiérarchique que certains catholiques font de cet adjectif, Benoît XVI a dit quelque chose de définitif dans l’homélie qu’il avait prononcée aux vêpres de la vigile des saints Pierre et Paul en 2009.

Voici le passage "ad hoc" de cette homélie :

"Dans le quatrième chapitre de la Lettre, l'apôtre nous dit qu'avec le Christ nous devons atteindre l'âge adulte, une foi mûre. Nous ne pouvons plus rester 'comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d'idées...' (4, 14). Paul désire que les chrétiens aient une foi 'responsable', une 'foi adulte'.

"L'expression 'foi adulte' est devenue un slogan fréquent ces dernières années. Mais on l'entend souvent au sens de l'attitude de celui qui n'écoute plus l'Eglise et ses pasteurs, mais qui choisit de manière autonome ce qu'il veut croire ou ne pas croire - donc une foi 'bricolée'. Et on la présente comme le 'courage' de s'exprimer contre le magistère de l'Eglise. Mais en réalité, il n'y a pas besoin de courage pour cela, car l'on peut toujours être sûr de l'ovation du public. Il faut plutôt du courage pour adhérer à la foi de l'Eglise, même si celle-ci contredit le 'schéma' du monde contemporain.

"C'est ce non-conformisme de la foi que Paul appelle une 'foi adulte'. C'est la foi qu'il veut. Il qualifie en revanche d'infantile le fait de courir derrière les modes et les courants de l'époque.

"Par exemple, il appartient à la foi adulte de s'engager pour l'inviolabilité de la vie humaine dès son premier moment, en s'opposant radicalement au principe de la violence, précisément aussi en défense des créatures humaines les plus faibles. Il appartient à la foi adulte de reconnaître le mariage entre un homme et une femme pour toute la vie comme une disposition du Créateur, à nouveau rétablie par le Christ.

"La foi adulte ne se laisse pas transporter ici et là par n'importe quel courant. Elle s'oppose aux vents de la mode. Elle sait que ces vents ne sont pas le souffle de l'Esprit Saint; elle sait que l'Esprit de Dieu s'exprime et se manifeste dans la communion avec Jésus Christ.

"Toutefois, ici aussi Paul ne s'arrête pas à la négation, mais il nous conduit au grand 'oui'. Il décrit la foi mûre, vraiment adulte de manière positive par l'expression: 'agir selon la vérité dans la charité' (cf. Ep 4, 15). La nouvelle façon de penser, qui nous est donnée par la foi, se tourne tout d'abord vers la vérité. Le pouvoir du mal est le mensonge. Le pouvoir de la foi, le pouvoir de Dieu est la vérité. La vérité sur le monde et sur nous-mêmes devient visible lorsque nous tournons notre regard vers Dieu. Et Dieu apparaît à nous dans le visage de Jésus Christ.

"En regardant le Christ nous reconnaissons une chose supplémentaire: vérité et charité sont inséparables. En Dieu, les deux sont une chose indissoluble: telle est précisément l'essence de Dieu. C'est pourquoi, pour les chrétiens vérité et charité vont de pair. La charité est la preuve de la vérité. Nous devrons toujours à nouveau être mesurés selon ce critère, qui est que la vérité devient charité et la charité nous rend authentiques".



À propos d’une autre recherche menée en Sicile par les sociologues Massimo Introvigne et PierLuigi Zoccatelli, comparée avec d’autres enquêtes et avec le cas de la Pologne :

> Ceux qui vont à la messe et ceux qui n'y vont pas. L'avenir incertain de l'Italie catholique (6.8.2010)



Illustration : Fra Angelico, "Le sermon sur la montagne" (détail), 1440, Florence, Couvent de San Marco.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Présentation de l'Année de la Foi par Mgr Fisichella - Faire du Credo la prière quotidienne

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ROME, jeudi 21 juin 2012 (ZENIT.org) – « L’un des objectifs de l’Année de la foi est de faire du Credo la prière quotidienne, apprise par cœur, comme c’était l’habitude des premiers siècles chrétiens », a explique ce matin Mgr Fisichella.

Voici le texte intégral – dans notre traduction rapide, de travail -, de l’intervention de Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, à l’occasion de la présentation de l’Année de la foi, à Rome, ce jeudi matin, 21 juin 2012.

 


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Intervention de Mgr Fisichella :

Dans sa lettre apostolique Porta fidei, Benoît XVI a écrit: “Depuis le commencement de mon ministère comme Successeur de Pierre, j’ai rappelé l’exigence de redécouvrir le chemin de la foi pour mettre en lumière de façon toujours plus évidente la joie et l’enthousiasme renouvelé de la rencontre avec le Christ » (n. 2). A la lumière de cette pensée, il a promulgué l’Année de la foiqui commencera avec l’heureuse coïncidence de deux anniversaires : le 50e anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II (1962), et le 20e anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique (1992).

Un remerciement sincère parvient au Saint-Père de l’Eglise tout entière parce qu’il a voulu cetteAnnée-làL’attente est grande, et aussi le désir et la volonté d’y répondre pleinement et de façon cohérente. Ce remerciement va aussi au Pape Benoît XVI parce qu’il a voulu accompagner cette Année de sa présence et de son enseignement. Nous lui sommes déjà reconnaissants d’avoir décidé de consacrer ses catéchèses du mercredi au thème de la foi. Ce sera un autre instrument précieux pour pouvoir rendre raison de la foi, avec le soutien de sa parole et de son exemple.

Avant tout, l’Année de la foi entend soutenir la foi de tant de croyants qui, dans la fatigue quotidienne, ne cessent de confier leur existence au Seigneur Jésus avec conviction et avec courage. Leur témoignage, qui n’attire pas l’attention des hommes, mais est précieux aux yeux du Très-Haut, est ce qui permet à l’Eglise de se présenter au monde d’aujourd’hui, comme par le passé, avec la force de la foi et l’enthousiasme des simples. Cependant, cette Année s’insère dans un contexte plus ample marqué par une crise généralisée qui implique aussi la foi. Soumis depuis des décennies aux assauts d’une sécularisation - qui, au nom de l’autonomie individuelle, réclamait l’indépendance de toute autorité révélée et faisait sien ce programme de « vivre dans le monde comme si Dieu n’existait pas » -, notre contemporain se retrouve souvent à ne plus savoir se situer. La crise de la foi est l’expression dramatique d’une crise anthropologique qui a livré l’homme à lui-même ; c’est pour cela qu’il se retrouve aujourd’hui dans la confusion, la solitude, en proie à des forces dont il ne connaît pas même le visage, et sans un but vers lequel diriger son existence. Il est nécessaire de dépasser la pauvreté spirituelle dans laquelle se retrouvent beaucoup de nos contemporains, qui ne perçoivent plus l’absence de Dieu de leur vie comme une absence à combler. L’Année de la foi entend donc être un parcours que la communauté chrétienne offre aux nombreuses personnes vivant avec la nostalgie de Dieu, et le désir de le rencontrer à nouveau. Il est par conséquent nécessaire que les croyants perçoivent leur responsabilité d’offrir la compagnie de la foi, de se faire proches de ceux qui nous demandent raison de notre foi.

Dans Porta fidei, le Pape a indiqué les objectifs vers lesquels diriger l’engagement de l’Eglise. Il a écrit : « Nous désirons que cette Année suscite en chaque croyant l’aspiration à confesser la foi en plénitude et avec une conviction renouvelée, avec confiance et espérance. Ce sera aussi une occasion propice pour intensifier la célébration de la foi dans la liturgie, et en particulier dans l’Eucharistie (…). En même temps, nous souhaitons que le témoignage de vie des croyants grandisse en crédibilité. Redécouvrir les contenus de la foi professée, célébrée, vécue et priée, et réfléchir sur l’acte lui-même par lequel on croit, est un engagement que chaque croyant doit faire sien » (Pf 9).

C’est un programme exigeant qui engage la vie quotidienne de chaque croyant, et la pastorale ordinaire de la communauté chrétienne, qui doit retrouver l’esprit missionnaire authentique nécessaire pour donner vie à la nouvelle évangélisation. A ce sujet, je suis content de pouvoir annoncer que la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a approuvé le rituel d’une sainte messe spéciale « Pour la Nouvelle évangélisation ». C’est un signe clair afin que cette Année et à la veille du synode pour la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi, on donne le primat à la prière et spécialement à la sainte eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne.

En même temps que ce parcours quotidien, la Note à caractère pastoral que la Congrégation pour la doctrine de la foi a publiée le 6 janvier dernier propose différentes initiatives concrètes qui peuvent trouver un écho au niveau des Conférences épiscopales, des diocèses, des paroisses, des associations et des mouvements. Comme on le sait, le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation s’est vu confier la tâche de proposer, d’animer, de coordonner des événements à caractère universel. Je vais donc maintenant vous présenter quelques initiatives qui ont été approuvées et qui constitueront des moments caractéristiques du déroulement de l’Année de la foi.

1. On a, tout d’abord, préparé le logo qui marquera tous les événements de cette Année. Il représente une barque, image de l’Eglise, qui navigue sur les flots. Son mât est une croix sur laquelle on hisse les voiles, signes dynamiques qui forment le trigramme du Christ - IHS -. Sur le fond des voiles est représenté le soleil lequel, associé au trigramme, renvoie à l’eucharistie.

2. A partir de maintenant, le site, entre en fonction : il est disponible en version multilingue et directement à l’adresse http://www.annusfidei.va . Le site a été projeté de façon innovante et l’on peut le consulter depuis tous les supports mobiles et les tablettes, grâce à un choix de composantes et de technologies de nouvelle conception. Il offre donc la possibilité de connaître tous les rendez-vous prévus avec le Saint-Père et les événements de plus grande importance des Conférences épiscopales, des diocèses, des mouvements, et des associations. Il est à partir d’aujourd’hui en italien et en anglais, mais ces prochains jours, viendront s’ajouter les éditions en espagnol, français, allemand et polonais.

3. L’hymne officiel de l’Année de la foi est également prêt. Son refrain est : « Credo, Domine, adauge nobis fidem », une invocation du Seigneur pour qu’il augmente en nous la foi, toujours si faible et ayant besoin de sa grâce. 

4. Le Livret pastoralVivre l’Année de la foi, sera publié en différentes langues début septembre : il a été préparé pour accompagner avant tout la communauté paroissiale et ceux qui voudront entrer dans l’intelligence des contenus du Credo.

5. Une petite image du Christ de la cathédrale de Cefalu (ville italienne située dans la province de Palerme en Sicile, ndlr) accompagnera les pèlerins et les croyants des différentes régions du monde. Au dos se trouve la Profession de foi. Un des objectifs de l’Année de la foi est en effet de faire du Credo la prière quotidienne, apprise par cœur, comme c’était l’habitude des premiers siècles chrétiens. C’est ce que dit saint Augustin : « Recevez la formule de la foi qu’on appelleSymbole. Et quand vous l’aurez reçu, imprimez-le dans votre cœur, et répétez-le chaque jour intérieurement. Avant de dormir, avant de sortir, munissez-vous de votre Symbole. Personne n’écrit le Symbole pour qu’il soit lu, mais pour qu’il soit médité ».

6. En ce qui concerne le calendrier des événements, nous ne nous référons ici qu’aux événements à caractère universel en présence du Saint-Père et célébrés à Rome.

* L’ouverture solennelle de l’Année de la foi aura lieu place Saint-Pierre, le jeudi 11 octobre 2012, pour le 50e anniversaire du début du concile Vatican II. La célébration eucharistique solennelle sera concélébrée par tous les pères du synode, par les président des Conférences épiscopales du monde, et par les pères conciliaires encore vivants qui pourront venir.

* Le premier événement de l’Année sera, le dimanche 21 octobre, la canonisation de 6 martyrs et confesseurs de la foi. Le signe est éloquent. Dans le sillage de ce qui est écrit dans Porta fidei : « Par la foi, au cours des siècles, des hommes et des femmes de tous les âges, dont le nom est inscrit au Livre de vie, ont confessé la beauté de suivre le Seigneur Jésus là où ils étaient appelés à donner le témoignage de leur être chrétiens » (Pf 13). Seront canonisés: Jacques Berthieu,  prêtre, jésuite, martyr, missionnaire à Madagascar (1896) ; Pierre Calungsod, laïc, catéchiste, martyr aux Philippines (1672) ; Jean-Baptiste Piamarta, prêtre, témoin de la foi par l’éducation de la jeunesse (1913) ; Mère Marianne (Barbara Copé), témoin de la foi dans une léproserie à Molokai (1918); Marie du Mont Carmel, religieuse en Espagne (1911); Catherine Tekakwitha, laïque indienne (d’Amérique du Nord, ndlr) venue à la foi catholique (1680); et Anna Schäfer, laïque bavaroise, témoin de l’amour du Christ de son lit de souffrances (1925). Nous pourrons donc réfléchir et prier à partir de ces témoins - et de l’héroïsme de leur vie -, proposés par l’Eglise comme des exemples de foi vécue.

* Le 25 janvier 2013, la traditionnelle célébration œcuménique de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs aura un caractère œcuménique plus solennel et nous prierons ensemble afin que par la profession commune du Symbole les chrétiens qui ont reçu le même baptême n’oublient pas la voie de l’unité comme signe visible à offrir au monde.

* Samedi 2 février, la célébration pour toutes les personnes qui ont consacré leur vie au Seigneur par la profession religieuse pourront se retrouver dans la basilique Saint-Pierre pour une prière commune de façon à témoigner que la foi exige aussi des signes concrets qui indiquent la direction pour maintenir vivante l’attente du retour du Seigneur.

* Le dimanche des Rameaux, le 24 mars, sera comme toujours dédié aux jeunes qui se préparent à la Journée mondiale de la jeunesse.

* Le dimanche 28 avril sera consacré à tous les jeunes qui ont reçu le sacrement de la confirmation. Le Saint-Père confèrera la Confirmation à un petit groupe de jeunes comme témoignage de leur profession publique de foi qui confirme la foi baptismale.

* Le dimanche 5 mai sera consacré à la célébration de la foi qui trouve dans la piété populaire son expression initiale et qui au cours des siècles s’est transmise comme une forme particulière de foi du peuple à travers la vie des Confraternités.

* Le 18 mai, la veille de la Pentecôte, sera consacrée à tous les mouvements, anciens et nouveaux, avec le pèlerinage au tombeau de Pierre, témoin de la foi qui, le jour de la Pentecôte, a ouvert les portes de sa maison pour aller sur les places et dans les rues pour annoncer la résurrection du Christ. Place Saint-Pierre, nous demanderons au Seigneur d’envoyer encore avec abondance son Esprit afin qu’il renouvelle les prodiges comme aux premiers temps de l’Eglise naissante.

* Le dimanche 2 juin, en la fête du Corpus Domini, nous aurons une adoration eucharistique solennelle qui sera simultanée dans le monde entier. Dans la cathédrale de chaque diocèse, et dans chaque église où ce sera possible, à la même heure, on réalisera le silence de la contemplation pour témoigner de la foi qui contemple le mystère du Dieu vivant et présent au milieu de nous dans son Corps et dans son Sang.

* Le dimanche 16 juin sera consacré au témoignage de l’Evangile de la vie qui a depuis toujours vu l’Eglise comme la promotrice de la vie humaine et de la défense de la dignité de la personne de son premier instant à son dernier moment naturel.

* Le dimanche 7 juillet, ce sera, à Rome, la conclusion du pèlerinage que séminaristes, novices et ceux qui cheminent vers une vocation accompliront pour rendre publique la joie de leur choix de suivre le Seigneur au service de son Eglise.

* Du 23 au 28 juillet, la Journée mondiale de la jeunesse de Rio de Janeiro sera le sommet d’un cheminement qui verra les jeunes du monde entier se rencontrer joyeusement pour dire à tous l’importance de la foi.

* Le 29 septembre sera particulièrement consacré aux catéchistes pour rendre plus évidente l’importance de la catéchèse pour la croissance de la foi et de la compréhension intelligente et systématique de la foi par rapport à la vie personnelle et la croissance communautaire. Ce sera l’occasion de rappeler aussi le 20eanniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique.

* Le dimanche 13 octobre sera marqué par la présence de toutes les réalités mariales pour manifester comment la Vierge Marie, Mère de Dieu, est l’icône de la foi de tout croyant, qui, dans sa confiante obéissance à la volonté du Père, peut accomplir d’authentiques merveilles.

* Enfin, le dimanche 24 novembre, on célébrera la journée de conclusion de l’Année de la foi.

7. Le calendrier de l’Année est beaucoup plus ample que ces grands événements. Les différents dicastères ont déjà programmé des initiatives publiées sur le calendrier. Selon leurs compétences, les dicastères célèbreront le 50e anniversaire du concile Vatican II par des congrès et des initiatives culturelles. Un parcours catéchétique particulier sera proposé, par exemple, dans les catacombes par le Conseil pontifical de la culture. On pourra suivre sur le site les initiatives qui jour après jour seront communiquées au secrétariat général par différentes réalités ecclésiales.

8. De grands événements à caractère culturel manifesteront que la foi a suscité des hommes et des femmes qui dans l’art, la littérature, et la musique ont exprimé leur génie et leur foi. Je pense en particulier à l’exposition qui sera organisée au Château Saint-Ange du 7 février au 1ermai 2013 avec des œuvres très rares évoquant la figure de l’apôtre Pierre, témoin du Christ, de Césarée de Philippes jusqu’à Rome. Elle a été confiée aux soins du P. Alessio Geretti et réalisée grâce à la disponibilité du Ministre des biens et des activités culturelles et de la Surintendance pour le pôle des musées romains. Et un grand concert aura lieu place Saint-Pierre le samedi 22 juin.    

Comme Benoît XVI l’a écrit : « La foi grandit et se renforce seulement en croyant » (Pf 7). Ces événements à caractère universel ne veulent être qu’un signe pour re-parcourir ensemble un passage de l’histoire qui nous rassemble et nous rend responsables du moment que nous avons à vivre. Car on ne croit jamais tout seul. Le chemin à faire est toujours le fruit d’une vie de relations et d’expériences de communauté qui nous permettent de saisir l’Eglise comme le premier sujet qui croit et qui transmet la foi de toujours. C’est une étape de cette histoire bimillénaire que, « par la foi », nous sommes nous aussi appelés à parcourir.

Traduction d’Anita Bourdin

Congrégation pour le Clergé, Lettre aux Prêtres 2012

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Chers Prêtres,

En la prochaine solennité du Sacré-Coeur de Jésus (le 15 juin 2012), nous célébrerons comme d'habitude la « Journée mondiale de prière pour la sanctification du Clergé ».

L'expression de l’Ecriture : « Car la volonté de Dieu, c’est votre sanctification ! » (1Th 4,3), s’adresse à tous les chrétiens, mais elle nous concerne particulièrement nous les prêtres, qui avons accueilli non seulement l'invitation à « nous sanctifier », mais aussi celle à devenir des « ministres de sanctification » pour nos frères.

Cette « volonté de Dieu », dans notre cas, s’est en quelque sorte re doublée et multipliée à l'infini, nous pouvons et nous devons lui obéir en chaque action ministérielle que nous accomplissons.

Tel est notre magnifique destin : nous ne pouvons pas nous sanctifier sans travailler à la sainteté de nos frères, et nous ne pouvons pas travailler à la sainteté de nos frères sans avoir d'abord travaillé et sans travailler encore à notre propre sainteté.

En introduisant l'Église dans le nouveau millénaire, le Bienheureux Jean-Paul II nous rappelait la normalité de cet « idéal de perfection », qui doit être proposé dès le début à tout le monde : « Demander à un catéchumène : ‘Voulez-vous recevoir le Baptême ?’ signifie lui demander en même temps : ‘Voulez-vous devenir saint ?’ »1.


Certes, le jour de notre Ordination Sacerdotale, cette même question baptismale a résonné de nouveau en notre coeur, en demandant toujours notre réponse personnelle ; mais elle nous a été aussi confiée, pour que nous sachions l'adresser à nos fidèles, en en gardant la beauté et la valeur. 

 Cette persuasion n'est pas contredite par la conscience de nos défaillances personnelles, ni même pas les fautes de certains qui ont parfois déshonoré le sacerdoce aux yeux du monde.

À dix ans de distance - en considérant l’aggravation ultérieure des nouvelles diffuses - nous devons faire résonner encore dans notre coeur, avec plus de force et d’urgence, les paroles que Jean-Paul II nous a adressées le Jeudi Saint 2002 :

« A cet instant en outre, en tant que prêtres, nous sommes personnellement ébranlés en profondeur par les péchés de certains de nos frères qui ont trahi la grâce reçue avec l'Ordination, en cédant jusqu’aux pires manifestations du mysterium iniquitatis à l’œuvre dans le monde. C’est ainsi que surgissent de graves scandales, avec la conséquence de jeter une lourde ombre de suspect sur tous les autres prêtres méritants, qui accomplissent leur ministère avec honnêteté et cohérence, et parfois avec une charité héroïque. Pendant que l'Église exprime sa sollicitude pour les victimes et s’efforce de répondre selon la vérité et la justice à chaque situation pénible, nous tous - conscients de la humaine faiblesse, mais confiants en la puissance de guérison de la grâce divine – nous sommes appelés à embrasser le « mysterium Crucis » et à nous engager plus avant dans la recherche de la saintetéNous devons prier Dieu pour que dans sa providence, il suscite dans les coeurs une généreuse relance des idéaux de totale donation au Christ qui sont à la de base du ministère sacerdotal »2.

Comme ministres de la miséricorde de Dieu, nous savons donc que la recherche de la sainteté peut toujours reprendre, à partir du repentir et du pardon. Mais comme prêtres, nous ressentons aussi le besoin de le demander au nom de tous les prêtres et pour tous les prêtres3.

Notre confiance est ultérieurement renforcée par l'invitation que l'Église même nous adresse: franchir de nouveau la Porta fidei, en accompagnant tous nos fidèles.

Nous savons que c’est le titre de la Lettre Apostolique par laquelle le Saint Père Benoît XVI a convoqué l'Année de la Foi à partir du 12 octobre prochain.

Une réflexion sur les circonstances de cette invitation peut nous aider. 

 Elle se situe dans le cadre du cinquantième anniversaire de l'ouverture du Concile Oecuménique Vatican II (11 octobre 1962), et du vingtième anniversaire de la publication du Catéchisme de l'Eglise Catholique (11 octobre 1992). En outre, pour le mois d'octobre 2012, a été convoquée l'Assemblée Générale du Synode des Évêques, sur le thème de La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne.

Il nous sera donc demandé de travailler en profondeur chacun de ces « chapitres » :

- le Concile Vatican II, pour qu’il soit à nouveau accueilli comme « la grande grâce dont l'Église a bénéficié au XXe siècle » : « Une boussole sûre pour nous orienter dans le chemin du siècle qui s'ouvre », « une grande force pour le renouvellement toujours nécessaire de l'Église »4;

- le Catéchisme de l'Eglise Catholique, pour qu’il soit vraiment accueilli et utilisé « comme un instrument valide et légitime au service de la communion ecclésiale et comme une norme sûre pour l'enseignement de la foi »5;

- la préparation du prochain Synode des Évêques, pour qu’il soit vraiment « une occasion propice d’introduire tout l’ensemble de l’Eglise à un temps particulier de réflexion et de redécouverte de la foi »6.

Pour l'instant - comme introduction à tout ce travail - nous pouvons brièvement méditer cette indication du Pontife, vers laquelle tout converge : « C’est l'amour du Christ qui comble nos coeurs et nous pousse à évangéliser.

Aujourd'hui comme autrefois, il nous envoie sur les routes du monde pour proclamer son Évangile à tous les peuples de  la terre (cfr. Mt 28,19). Par son amour, Jésus-Christ attire à lui les hommes de chaque génération : à chaque époque Il convoque l'Église en lui confiant l'annonce de l'Évangile, avec un mandat qui est toujours nouveau. C’est pourquoi de nos jours également il faut un engagement ecclésial plus convaincu en faveur d'une nouvelle évangélisation, pour redécouvrir la joie de croire et retrouver l'enthousiasme dans la communication de la foi »7.

« Tous les hommes de chaque génération », « tous les peuples de la terre », « nouvelle évangélisation » : devant cet horizon tellement universel, c’est surtout nous les prêtres qui devons nous demander comment et où ces affirmations peuvent se relier et prendre de la consistance.

Nous pouvons alors commencer en rappelant comment déjà le Catéchisme de l'Eglise Catholique s'ouvre en embrassant un horizon universel, reconnaissant que « L'homme est ‘capable’ de Dieu »8; mais il l'a fait en choisissant - comme première citation - ce texte du Concile Oecuménique Vatican II : « La raison la plus haute (« eximia ratio ») de la dignité humaine consiste dans la vocation de l'homme à la communion avec Dieu. L'homme est invité au colloque avec Dieu dès son origine : car il n'existe que parce que, créé par Dieu à partir de Son amour (« ex amore »), c’est toujours du sein de l’amour (« ex amore ») qu’il est conservé ; et il ne vit pleinement selon la vérité que s'il reconnaît librement cet amour et s’abandonne à son Créateur. Pourtant, beaucoup de nos contemporains ne perçoivent pas du tout, ou même rejettent explicitement cette conjonction intime et vitale avec Dieu » (« hanc intimam ac vitalem coniunctionem cum Deo »)9.

Comment oublier qu’avec un tel texte - dans la richesse même des formulations choisies - les Pères conciliaires entendaient s'adresser directement aux athées, en affirmant l'immense dignité de la vocation dont ils s’étaient éloignés déjà en tant qu'hommes ? Et ils le faisaient avec les mêmes paroles qui servent à décrire l'expérience chrétienne, au sommet de son intensité mystique !

La Lettre Apostolique Porta Fidei commence elle aussi en affirmant que cette expérience « introduit à la vie de communion avec Dieu », ce qui signifie qu'elle nous permet de nous plonger directement dans le mystère central de la foi que nous devons professer : « Professer la foi en la Trinité - Père, Fils et Esprit Saint - équivaut à croire en un seul Dieu qui est Amour » (Ivi. n. 1).

Tout ceci doit résonner particulièrement dans notre coeur et dans notre intelligence, pour nous rendre conscients de ce qui est aujourd'hui le plus grand drame de notre époque.

Les nations déjà christianisées ne sont plus tentées de céder à un athéisme générique (comme dans le passé), mais elles risquent d'être victimes de cet athéisme particulier qui provient de l’oubli de la beauté et de la chaleur de la Révélation Trinitaire.

Aujourd'hui ce sont surtout les prêtres, dans leur adoration quotidienne et leur ministère quotidien, qui doivent tout reconduire à la Communion Trinitaire : ce n’est qu’à partir d'elle et en se plongeant en elle que les fidèles peuvent découvrir vraiment le visage du Fils de Dieu et sa contemporanéité, et qu’ils peuvent vraiment rejoindre le coeur de chaque homme et la patrie à laquelle tous sont appelés. Ainsi seulement, les prêtres que nous sommes peuvent proposer de nouveau aux hommes d'aujourd'hui la dignité d'être une personne, le sens des relations humaines et de la vie sociale, et le but de toute la création.

« Croire en un seul Dieu qui est Amour » : aucune nouvelle évangélisation ne sera vraiment possible si nous chrétiens ne sommes pas en mesure d'étonner et d’émouvoir à nouveau le monde, par l'annonce de la Nature d'Amour de notre Dieu, dans les Trois Personnes Divines qui l'expriment et qui nous impliquent dans leur propre vie. 

 Le monde d'aujourd'hui, avec ses déchirures toujours plus douloureuses et préoccupantes, a besoin de Dieu-Trinité, et la tâche de l'Église  est de l'annoncer. 

 L'Église, pour s'acquitter de cette tâche, doit rester indissolublement enlacée avec le Christ, et ne jamais se laisser séparer de lui : elle a besoin de Saints qui habitent « dans le coeur de Jésus » et qui soient des témoins heureux de l'Amour Trinitaire de Dieu. 

 Et les Prêtres, pour servir l'Église et le Monde, ont besoin d'être Saints !

 

Du Vatican, le 26 Mars 2012

Solennité de l'Annonciation de la Très Sainte Vierge Marie

Mauro Card. Piacenza

Préfet

Celso Morga Iruzubieta

Archev. tit. d’Alba Maritime

Secrétaire

 


1. Lettre Apostolique Novo millennio ineunte, n. 31.

 

2. JEAN-PAUL II, Lettre aux prêtres pour le jeudi saint de l'année 2002

3. CONGREGATION POUR LE CLERGE, Le prêtre ministre de la Miséricorde Divine. Subside pour Confesseurs et Directeurs spirituels, 9 Mars 2011, 14-18 ; 74-76 ; 110-116 (Le prêtre comme pénitent et disciple spirituel).

4. Cfr Porta fidei, n.5.

5. Cfr. Ivi, n. 11.

6. Ivi, n. 5

 

7. Ivi, n. 7.

8. Première section. Chapitre I.

9. Gaudium et Spes, n. 19 ; cfr. Catéchisme de l'Eglise Catholique n. 27.


LECTURES ET TEXTES

pour d’éventuels approfondissements ou célébrations

 

LECTURES BIBLIQUES


De l'Evangile de Jean, 15, 14 - 17

De l'Evangile de Luc, 22, 14 - 27

De l'Evangile de Jean, 20, 19 - 23

De la Lettre aux Hébreux, 5, 1 - 10

 

LECTURES PATRISTIQUES


S. JEAN CHRYSOSTOME, Le sacerdoce, III, 4-5 ; 6.

ORIGENE, Homélies sur le Lévitique, 7, 5.

 

 

LECTURES DU MAGISTÈRE


Gaudium et Spes, n. 19 et Catéchisme de l'Eglise Catholique, n. 27.

JEAN-PAUL II, Lettre aux Prêtres pour le Jeudi Saint, 2001.

Benoît XVI, Homélie du Jeudi Saint, 13 avril 2006.

 

 

LECTURES d'ÉCRITS des SAINTS


SAINT GREGOIRE LE GRAND, Dialogues, 4, 59.

SAINTE CATHERINE DE SIENNE, Le Dialogue de la divine Providence, c. 116 ; cfr. Ps 104, 15.

SAINTE THERESE DE LISIEUX, Ms A 56r ; LT 108 ; LT 122 ; LT 101 ; Pr n. 8.

BIENHEUREUX CHARLES DE FOUCAULD, Ecrits Spirituels, pp. 69-70.

SAINTE THERESE BENEDICTE DE LA CROIX (EDITH STEIN), WS, 23.

 

 

PRIÈRE POUR LA SAINTE EGLISE

ET POUR LES PRÊTRES


Oh mon Jésus, je te prie pour toute l'Église,

accorde-lui l'amour et la lumière de ton Esprit,

donne vigueur aux paroles des prêtres,

de sorte que les coeurs endurcis

s'attendrissent et reviennent à toi, Seigneur.

Oh Seigneur, donne-nous de saints prêtres ;

conserve les toi-même dans la sainteté.

Oh Divin et Souverain Prêtre,

que la puissance de ta miséricorde

les accompagne partout et les défende

des embûches et des lacets que le diable

tend continuellement aux âmes des prêtres.

Que la puissance de ta miséricorde,

oh Seigneur, brise et anéantisse

tout ce qui peut obscurcir la sainteté des prêtres,

puisque tu peux tout.

Mon Jésus très aimé,

je te prie pour le triomphe de l'Église,

pour que tu bénisses le Saint Père et tout le clergé ;

pour obtenir la grâce de la conversion

des pécheurs endurcis dans le péché ;

pour une bénédiction et une lumière spéciales,

je t'en prie, Jésus, pour les prêtres

auprès de qui je me confesserai au cours de la vie.

(Sainte Faustine Kowalska)


 

EXAMEN DE CONSCIENCE POUR LES PRETRES


1.  « Pour eux je me consacre moi-même, pour qu’ils soient eux aussi consacrés d ans la vérité » (Jn 17,19)

Est-ce que j’envisage sérieusement la sainteté dans mon sacerdoce ? Suis je convaincu que la fécondité de mon ministère sacerdotal vient de Dieu et que, avec la grâce du Saint Esprit, je dois m’identifier au Christ et donner ma vie pour le salut du monde ?

2. « Ceci est mon corps » (Mt 26,26)

Le Saint Sacrifice de la Messe est-il le centre de ma vie intérieure ? Est-ce que je me prépare bien, est-ce que je célèbre avec dévotion et après, est-ce que je me recueille pour rendre grâce? La Messe constitue-t-elle le point de référence habituelle dans ma journée pour louer Dieu, le remercier de ses bienfaits, recourir à sa bienveillance et réparer pour mes péchés et pour ceux de tous les hommes ?

3. « Le zèle pour ta maison me dévore » (Jn 2,17)

Est-ce que je célèbre la Messe selon les rites et les règles établies, avec une motivation authentique, avec les livres liturgiques approuvés ? Suis-je attentif  aux saintes espèces conservées dans le tabernacle, en les renouvelant périodiquement ? Quel est mon soin des vases sacrés ? Est -ce que je porte avec dignité tous les vêtements sacrés prescrits par l’Église, en tenant compte du fait que j’agis in persona Christi Capitis?

4. « Demeurez dans mon amour » (Jn 15,9)

Est-ce que je trouve de la joie à rester devant Jésus-Christ présent au Très Saint Sacrement, ou dans ma méditation et mon adoration silencieuse ? Suis-je fidèle à la visite quotidienne au Très Saint Sacrement ? Mon trésor est-il dans le Tabernacle ?

5. « Explique-nous la parabole » (Mt 13,36)

Est-ce que je fais tous les jours ma méditation avec attention, en cherchant à dépasser toute sorte de distraction qui me séparerait de Dieu, en cherchant la lumière du Seigneur que je sers? Est -ce que je médite assidûment la Sainte Écriture ? Est-ce que je récite avec attention mes prières habituelles ?

6. Il faut « prier sans cesse, sans se lasser » (Lc 18,1)

Est-ce que je célèbre quotidiennement la Liturgie des Heures intégralement, dignement, attentivement et avec dévotion? Suis-je fidèle à mon engagement envers le Christ en cette dimension importante de mon ministère, en priant au nom de toute l’Église ?

7. « Viens et suis-moi » (Mt 19,21)

Notre Seigneur Jésus-Christ est-il le vrai amour de ma vie ? Est-ce que j’observe avec joie l’engagement de mon amour envers Dieu dans la continence du célibat ? Me suis -je arrêté consciemment sur des pensées, des désirs ou ai-je commis des actes impurs? Ai-je tenu des conversations inconvenantes ? Me suis-je mis dans l’occasion prochaine de pécher contre la chasteté ? Ai-je gardé mon regard ? Ai-je été prudent dans la manière de traiter avec les diverses catégories de personnes ? Ma vie témoigne-t-elle, pour les fidèles, que la pureté est quelque chose de possible, de fécond et d’heureux ?

8.  « Qui es-Tu ? » (Jn 1,20)

Dans ma conduite habituelle, est-ce que je trouve des éléments de faiblesse, de paresse, de lassitude ? Mes conversations sont-elles conformes au sens humain et surnaturel qu’un prêtre doit avoir ? Suis -je attentif à faire en sorte que dans ma vie ne s’introduisent pas des a spects superficiels ou frivoles ? Dans toutes mes actions suis-je cohérent avec ma condition de prêtre?

9.  « Le Fils de l’homme n’a pas où poser la tête » (Mt 8,20)

Est-ce que j’aime la pauvreté chrétienne ? Est -ce que je repose mon cœur en Dieu et suis-je détaché, intérieurement, de tout le reste ? Suis-je disposé à renoncer, pour mieux servir Dieu, à mes commodités actuelles, à mes projets personnels, à mes affections légitimes? Est -ce que je possède des choses superflues, ai-je fait des frais inutiles ou est-ce que je me laisse prendre par l’anxiété des biens de consommation? Est -ce que je fais mon possible pour vivre les instants de repos et de congé en présence de Dieu, en me rappelant que je suis prêtre toujours et partout, même en ces instants?

10.  « Tu as tenu cachées ces choses aux savants et aux intelligents et tu les as révélées aux petits  » (Mt 11,25)

Y a-t-il dans ma vie des péchés d’orgueil : des difficultés intérieures, des susceptibilités, de l’irritation , de la résistance à pardonner, une tendance au découragement, etc.? Est -ce que je demande à Dieu la vertu de l’humilité ?

11.  « Et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau  » (Jn 19,34)

Ai-je la conviction que, en agissant « dans la personne du Christ »,  je suis directement impliqué dans le Corps même du Christ, l’Église ? Puis-je dire sincèrement que j’aime l’Église et que je sers avec joie sa croissance, ses causes, chacun de ses membres, toute l’humanité ?

12.  « Tu es Pierre » (Mt 16,18)

Nihil sine Episcopo – rien sans l’Évêque – disait Saint Ignace d’Antioche : ces paroles sont-elles à la base de mon ministère sacerdotal ? Ai-je reçu docilement des commandements, des conseils ou des corrections de mon Ordinaire ? Est-ce que je prie spécialement pour le Saint-Père, en pleine union avec ses enseignements et ses intentions ?

13. « Aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34)

Me suis-je comporté avec mes frères prêtres avec une charité empressée ou, au contraire, me suis-je désintéressé d’eux par égoïsme, apathie ou insouciance ? Ai-je critiqué mes frères dans le sacerdoce ? Ai-je été auprès de ceux qui souffrent physiquement ou moralement ? Est -ce que je vis la fraternité pour que personne ne soit seul ? Est-ce que je traite tous mes frères prêtres et aussi  les fidèles laïcs avec la même charité et la même patience que le Christ ?

14.  « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6)

Est-ce que je connais en profondeur les enseignements de l’Église ? Est ce que je les assimile et les transmets fidèlement ? Suis-je conscient du fait qu’enseigner ce qui ne correspond pas au Magistère, tant solennel qu’ordinaire, constitue un grave abus, qui comporte des do mmages pour les âmes ?

15. « Va et dorénavant ne pèche plus » (Jn 8,11)

L’annonce de la Parole de Dieu conduit les fidèles aux sacrements. Est-ce que je me confesse régulièrement et fréquemment, conformément à mon état et aux choses saintes que je traite? Est -ce que je célèbre avec générosité le Sacrement de la Réconciliation ? Suis-je largement disponible à la direction spirituelle des fidèles en y dédiant un temps particulier ? Est-ce que je prépare avec soin la prédication et la catéchèse ? Est-ce que je prêche avec zèle et amour de Dieu ?

16. « Il appela à lui ceux qu’il voulut et ils vinrent à lui  » (Mc 3,13)

Suis-je attentif à percevoir les germes de vocation au sacerdoce et à la vie consacrée ? Est ce que je me préoccupe de répandre parmi tous les fidèles une plus grande conscience de l’appel universel à la sainteté ? Est-ce que je demande aux fidèles de prier pour les vocations et pour la sanctification du clergé ?

17. « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir  » (Mt 20,28)

Ai-je cherché à me donner aux autres dans le quotidien, en servant évangéliquement ? Est-ce que je manifeste la charité du Seigneur même à travers les œuvres ? Vois-je dans la Croix la présence de Jésus-Christ et le triomphe de l’amour ? Est-ce que mon quotidien est caractérisé par l’esprit de service ? Est-ce que je considère que l’exercice de l’autorité liée à mon office est aussi une forme indispensable de service ?

18.  « J’ai soif » (Jn 19,28)

Ai-je prié et me suis-je sacrifié vraiment et avec générosité pour les âmes que Dieu m’a confiées? Est -ce que j’accomplis mes devoirs pastoraux ? Ai-je de la sollicitude aussi pour les âmes des fidèles défunts ?

19.  « Voici ton fils ! Voici ta mère ! » (Jn 19,26-27)

Fais-je recours, plein d’espérance, à la Sainte Vierge, la Mère des prêtres, pour aimer et faire aimer davantage son Fils Jésus ? Est-ce que je cultive la piété mariale ? Est-ce que je réserve un temps tous les jours pour le Saint Rosaire ? Est-ce que j’ai recours à Sa maternelle intercession dans la lutte contre le démon, la concupiscence et l’esprit du monde?

20. « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23.44)

Suis-je prompt pour assister et administrer les sacrements aux moribonds? Est -ce que je considère dans ma méditation personnelle, dans ma catéchèse et ma prédication ordinaire la doctrine de l’Église sur les fins dernières? Est-ce que je demande la grâce de la persévérance finale et invite les fidèles à en faire autant ? Est-ce que j’offre fréquemment, et avec dévotion, les suffrages pour les âmes des défunts ?

Raniero Cantalamessa, Prédication Vendredi Saint

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cantalamessa vendredi saint

 

Certains Pères de l’Eglise ont concentré en une seule image tout le mystère de la rédemption. La scène, disent-ils, est celle d’un combat épique dans un stade. Un homme vaillant affronte le cruel tyran qui tient la ville en esclavage et, au bout d’immenses efforts et souffrances, emporte la victoire. Tu étais sur les gradins, tu n’as pas combattu, tu ne t’es ni fatigué ni blessé. Mais si tu admires le héros, si tu te réjouis avec lui de sa victoire, si tu lui tresses des couronnes, que tu provoques et agites pour lui l’assemblée, si tu t’inclines avec joie aux pieds du vainqueur, que tu poses un baiser sur sa tête et lui serres la main; en somme, si tu es en délire pour lui, au point de faire de sa victoire la tienne, moi je te dis que tu auras certainement ta part dans le prix du vainqueur.

Mais plus encore : suppose que le vainqueur n’ait vraiment pas besoin du prix qu’il vient de remporter, que ce qu’il désire surtout c’est voir honorer son supporteur et que le prix gagné au combat soit le couronnement de son ami. Dans ce cas, cet homme, qui n’a pourtant connu ni fatigue ni blessure, obtiendra-t-il la couronne ? Bien sûr qu’il l’obtiendra !1

Eh bien, c'est ce qui se passe entre le Christ et nous. Jésus, sur la croix, a vaincu le vieil adversaire. « Nos épées, s’exclame saint Jean Chrysostome, ne sont pas tachées de sang, nous n’étions pas dans l’arène, nous ne ramenons aucune blessure, la bataille nous ne l’avons même pas vue, et voici que nous obtenons la victoire. Cette lutte était la sienne, notre couronne. Et puisque cette victoire est aussi la nôtre, imitons ce que font les soldats en ces cas-là : exultons de joie, entonnons des hymnes de louange au Seigneur »2.


* * *

 

On ne saurait mieux expliquer le sens de la liturgie que nous célébrons aujourd’hui. Mais ce que nous faisons est-ce, là aussi, une image, la représentation d’une réalité du passé, ou est-ce la réalité même? Les deux à la fois! Saint Augustin disait : « Nous savons et croyons avec certitude que le Christ est mort une seule fois pour nous […]. Vous savez parfaitement que cela ne s’est accompli qu’une fois. Or, cette fête est renouvelée périodiquement […]. Il n’y a pas opposition entre la réalité historique et la fête liturgique ; l’une ne dit pas vrai pour faire mentir l’autre, mais ce que l’une représente comme n’étant arrivé qu’une fois effectivement, l’autre le rappelle aux cœurs pieux pour le leur faire célébrer plusieurs fois »3.

La liturgie « renouvelle » l’événement: que de discussions, depuis cinq siècles, sur le sens de ce mot, surtout lorsque celui-ci s’appliqué à la croix et à la messe ! Paul VI a utilisé un verbe qui pourrait ouvrir la voie à une entente œcuménique sur la question: le verbe « représenter », compris au sens fort du mot re-présenter, c’est-à-dire rendre à nouveau présent et actif ce qui a déjà eu lieu4.

Il y a une différence substantielle entre la représentation de la mort du Christ et celle, par exemple, de la mort de Jules César dans la tragédie, du même nom, de Shakespeare. Personne n’assiste en tant que vivant à l’anniversaire de sa propre mort; le Christ oui, car il est ressuscité. Lui seul peut dire, comme il le fait dans l’Apocalypse: « J’étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles » (Ap 1,18). Il nous faut faire attention ce jour-là, lorsque on visite les reposoirs, ou on participe aux processions du Christ mort, à ne pas mériter le reproche que le Ressuscité a fait aux pieuses femmes au matin de Pâques: « Pourquoi cherchez vous le Vivant parmi les morts ? » (Lc 24,5).

« L’anamnèse, c’est-à-dire le mémorial liturgique – certains auteurs ont affirmé - rend l’événement encore plus vrai que lorsqu’il s’est accompli la première fois dans l’histoire ». Autrement dit, plus vrai et plus réel pour nous qui le revivons « selon l’esprit », que pour ceux qui l’ont vécu « selon la chair », avant que l’Esprit Saint ne révèle à l’Eglise sa pleine signification.

Ce n’est pas seulement un anniversaire que nous célébrons mais un mystère. Et c’est encore S. Augustin qui explique la différence entre les deux choses. Pour une célébration « anniversaire », il n’est besoin, dit-il, que « de marquer par une fête religieuse le jour où l’évènement s’accomplit »; pour une solennité qui célèbre un mystère (« in Sacramento »), « non seulement nous commémorons l’événement, mais nous y joignons tout ce qui peut en faire connaître la mystérieuse signification et l’accueillir saintement »5.

Cela change tout. Il ne s’agit pas seulement d’assister à une représentation, mais « d’en accueillir » la signification, de ne plus être spectateurs mais acteurs. C’est donc à nous de choisir quel rôle nous voulons jouer dans le drame, qui nous voulons être: si c’est Pierre, Judas, Pilate, ou la foule, le Cyrénéen, Jean, Marie … Personne ne peut rester neutre ; ne pas prendre position c’est en prendre une bien précise: celle de Pilate qui s’en lave les mains ou de la foule qui, de loin « restait là à regarder » (Lc 23,35).

Si, en rentrant chez nous ce soir, quelqu’un nous demande: « D’où viens-tu? », répondons tranquillement, au moins dans notre cœur: « du Calvaire! »


* * *

 

Mais tout cela n’arrive pas automatiquement, pour le seul motif d’avoir participé à cette liturgie. Il s’agit, disait Augustin, d’ « accueillir » la signification du mystère. Et cela passe par la foi. Aussi fort que puisse jouer l’orchestre, il n’y a pas de musique sans oreilles pour écouter ; donc il ne saurait y avoir de grâce sans une foi pour l’accueillir.

Dans une homélie pascale du IVème siècle, voici ce que disait l’évêque dans un langage extraordinairement moderne et, dirait-on, existentialiste: « Pour chaque homme, le principe de la vie est celui à partir duquel le Christ s’est immolé pour lui. Mais le Christ s’est immolé pour lui au moment où il a reconnu la grâce et est devenu conscient de la vie qui lui a été donnée par cette immolation »6.

Cela est arrivé sacramentellement par le baptême, mais doit arriver, toujours et encore,consciemment dans la vie. Nous devons, avant de mourir, avoir le courage de l’audace, donner comme un coup d’aile : nous approprier de la victoire du Christ. Une appropriation indue ! Une chose malheureusement commune dans une société comme la nôtre, mais avec Jésus, celle-ci n’est pas interdite, elle nous est même recommandée. « Indue » veut dire qu’elle ne nous est pas due, que nous ne l’avons pas méritée, mais qu’elle nous est donnée gratuitement, par la foi.

Ecoutons sur cela un docteur de l’Eglise. Saint Bernard dit : « Pour moi, ce que je ne trouve pas en moi,  je me l’approprie(littéralement, usurpo, je l’usurpe), avec confiance dès les entrailles du Sauveur, parce qu'elles sont toutes pleines d'amour. La miséricorde du Seigneur est donc la matière de mes mérites. J'en aurai toujours tant qu'il daignera avoir de la compassion pour moi. Et mes mérites seront abondants si les miséricordes sont abondantes (Ps 119, 156). Sera-ce ma propre justice que je célébrerai ? Non, Seigneur, je me souviendrai de votre seule justice. Car la vôtre est aussi la mienne, parce que vous êtes devenu vous-même ma propre justice » (cf. 1 Co 1, 30)7.

Peut-être que cette manière de concevoir la sainteté a-t-elle rendu saint Bernard moins hardi dans les bonnes œuvres, moins vaillant dans l’acquisition des vertus ? Peut-être oubliait-il de traiter durement son corps, de le réduire en esclavage (cf. 1 Co 9,27), l’apôtre Paul qui, avant tout le monde et plus que tout autre, avait fait de cette appropriation de la justice du Christ le but de sa vie et de sa prédication (cf. Ph 3, 7-9)?

A Rome, comme dans toutes les grandes villes, on voit beaucoup de sans-abri. Il existe un nom pour eux dans toutes les langues: homelessclochardsmendigos, barboni: des personnes humaines qui n’ont pour biens que des haillons, qu’ils portent sur eux, et quelque objet qu’ils emportent dans des sacs en plastique. Essayons d’imaginer qu’un jour on entende dire que via Condotti (tout le monde sait ce que représente la via Condotti à Rome!) la propriétaire d’une boutique de luxe, pour on ne sait quelle obscure raison, d’intérêt ou de générosité, s’est mise à inviter tous les clochards de la Gare de Termini dans son magasin ; qu’elle les invite à déposer leurs haillons sales, à se prendre une belle douche et puis à choisir le vêtement qui leur plaît parmi ceux exposés. Qu’elle leur demande de l’emporter, comme ça, gratuitement.

Tout le monde pense en son for intérieur : « C’est une blague, cela n’arrivera jamais! ». C’est très vrai, mais ce qui n’arrive jamais entre les hommes est ce qui peut arriver chaque jour entre les hommes et Dieu, car devant Lui, nous sommes ces clochards ! C’est ce qui arrive lors d’une belle confession : tu déposes tes haillons sales, les péchés, tu reçois le bain de la miséricorde et quand tu te lèves, tu es « revêtu des vêtements du salut, enveloppé du manteau de la justice » (Is 61, 10).

Le Publicain de la parabole est monté au Temple pour prier; il dit tout simplement, mais du plus profond de son cœur: « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! », puis il rentre chez lui «  devenu juste » (Lc 18,14), réconcilié, remis à neuf, innocent. Si nous avons sa foi et son repentir, on pourra en dire autant de nous en rentrant chez nous après cette liturgie.


* * *

 

Parmi les personnages de la Passion auxquels nous pouvons nous identifier je m’aperçois que j’ai omis d’en citer un qui, plus que quiconque, attend qu’on suive son exemple : le bon larron.

Le bon larron fait une confession complète du péché commis. Il dit à son compagnon qui insulte Jésus: « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal » (Lc 23, 40 s.). Le bon larron se montre ici excellent théologien. En effet Dieu seul, s’il souffre, souffre en innocent absolu. Tout autre individu qui souffre doit dire: « Pour moi c’est juste ». Car, même sans être responsable de l’action qui lui est reprochée, il n’est jamais tout à fait sans faute. Seule la souffrance des enfants innocents ressemble à celle de Dieu et c’est pourquoi elle est si mystérieuse et si sacrée.

Combien de délits atroces restés, ces derniers temps, sans coupable, combien d’affaires irrésolues! Le bon larron lance un appel aux responsables : faites comme moi, découvrez-vous, confessez votre faute ; faites, vous aussi, l’expérience de cette joie que j’ai éprouvée en entendant Jésus dire : « Aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis! » (Lc 23,43). Combien d’accusés, après avoir avoué leur faute, peuvent confirmer qu’il en a été ainsi aussi pour eux: qu’ils sont passés de l’enfer au paradis le jour où ils ont eu le courage de se repentir et de confesser leur faute. J’en ai connu quelques uns moi aussi. Le paradis promis est la paix de la conscience, la possibilité de se regarder dans un miroir ou de regarder ses enfants sans devoir se mépriser.

N’emportez pas votre secret dans la tombe; la condamnation qui vous reviendrait serait bien plus terrible que celle des humains. Le peuple italien n’est pas impitoyable avec celui qui a commis une erreur mais reconnaît le mal qu’il a fait, sincèrement, non par calcul. Au contraire! Il est prêt à s’apitoyer et à accompagner le repenti sur le chemin de son rédemption (qui de toute façon sera ainsi plus court). « Dieu pardonne beaucoup de choses, pour une bonne action accomplie », dit Lucia à celui qui l’a enlevée dans « Les Fiancés » d’Alessandro Manzoni. Combien plus à raison devons-nous dire qu’il pardonne beaucoup de péchés pour un acte sincère de repentance. Il l’a promis solennellement : « Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront comme la neige. S'ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront blancs comme la laine » (Is 1, 18).

Revenons maintenant à ce que nous avons dit au début et faisons-le - c’est notre tâche aujourd’hui - en éclatant de joie, exaltons la victoire de la croix, entonnons des hymnes de louange au Seigneur. Disons avec la liturgie: « O Redemptor, sume carmen temet concinentium 8 - Ô Rédempteur, accepte l'hymne de ceux qui chantent ta victoire ».

 

Traduction de ZENIT par Isabelle Cousturié

 


1 Nicolas Cabasilas, La vie dans le Christ, I, 9 (PG 150, 517).

 2 S. Jean Chrysostome, De coemeterio et de cruce (PG, 49, 596). 

 3 S. Augustin, Sermon 220 (PL 38, 1089). 

 4 Cf. Paul VI,Mysterium fidei (AAS 57, 1965, p. 753 ss). 

 5 S. Augustin, Lettre 55, 1, 2 (CSEL 34, 1, p. 170). 

 6  Homélie pascale de l’an 387 (SCh 36, p. 59 s.). 

 7 S. Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique, 61, 4-5 (PL 183, 1072). 

 8 Hymne du Dimanche des Rameaux et de la Messe chrismale du Jeudi saint.

Journal du Vatican / Le Saint-Office à portée de souris

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Il suffit d'un clic pour accéder à tous les documents de la congrégation pour la doctrine de la foi, depuis 1965 jusqu'à aujourd’hui. Le plus ancien de la série, rédigé par le cardinal Ottaviani, semble avoir été écrit sur mesure pour la discussion actuelle avec les lefebvristes 

CITÉ DU VATICAN, le 2 avril 2012 –  Depuis deux semaines, les documents du Vatican concernant la doctrine catholique sont plus facilement accessibles, dans toutes les principales langues du monde. 
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En effet, le 16 mars, la congrégation pour la doctrine de la foi, CDF, tout en conservant ses documents sur le site officiel du Saint-Siège, a ouvert une nouvelle page web pour faciliter leur consultation :

> Congrégation pour la doctrine de la foi

On peut y lire toutes les déclarations de la congrégation qui sont postérieures au concile. C’est-à-dire, en pratique, toutes celles qui ont été publiées après que son nom eut été modifié – par le motu proprio de Paul VI "Integrae Servandae" du 7 décembre 1965 – devenant ainsi "congrégation pour la doctrine de la foi" au lieu de "congrégation du Saint-Office".

Pour faciliter la consultation, les liens qui renvoient aux documents sont présentés non seulement en une liste générale mais également en trois listes thématiques : documents de nature doctrinale (74 documents), documents de nature disciplinaire (33) et documents concernant les sacrements (39).

Les principaux documents sont présentés en huit langues : en plus de la version en latin, on les trouve en italien, anglais, français, espagnol, portugais, allemand et polonais, et quelquefois également en hongrois, en slovaque, en tchèque et en néerlandais.

Une note publiée par la CDF le 16 mars explique que "la réunion de l’ensemble des traductions est en cours de réalisation" et que "dès à présent, chacun des documents est en tout cas proposé dans la langue originale et dans quelques traductions". Pour 7 documents seulement sur 146 – tous d’importance secondaire et antérieurs à 1981 – ce n’est pas le texte électronique qui est proposé pour le moment, mais uniquement l’indication bibliographique.

On trouve également sur la nouvelle page internet des informations mises à jour à propos de la série "Documents et Études", dans laquelle les documents les plus importants du dicastère sont publiés à nouveau "avec des commentaires dus à des théologiens faisant autorité". 

De plus des informations sont données à propos des volumes contenant les actes de symposiums organisés par la congrégation et l’on peut lire les discours et interventions des deux derniers préfets de la congrégation : le cardinal William J. Levada, qui la dirige depuis 2005, et celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger, préfet pendant les 23 années précédentes.

Par cet effort de divulgation – explique la note – "la congrégation cherche à atteindre un nombre croissant de destinataires dans toutes les parties du monde". 

En ce qui concerne la valeur des documents, la note souligne que "les documents de la CDF approuvés expressément par le Saint-Père participent au magistère ordinaire du successeur de Pierre (cf. Instruction 'Donum veritatis' relative à la vocation ecclésiale du théologien, 24 mai 1990, n.18). Cela explique l’importance d’une réception attentive de ces déclarations par les fidèles, en particulier par ceux qui sont engagés, au nom de l’Église, dans le domaine théologique et pastoral".

Enfin la note insiste sur le fait que "dans le monde d’aujourd’hui" il est "nécessaire [d’assurer] une diffusion plus importante de l'enseignement du dicastère", parce que "surtout les documents qui ont été publiés depuis l’époque du concile Vatican II jusqu’à aujourd’hui traitent de questions importantes pour la vie et pour la mission de l’Église et apportent des réponses doctrinales sûres aux défis auxquels nous devons faire face".
 

***

La congrégation pour la doctrine de la foi avait déjà publié, il y a cinq ans, un imposant recueil regroupant 105 de ses documents : Congregatio pro Doctrina Fidei, "Documenta inde a Concilio Vaticano secundo expleto edita (1966-2005)", Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 2007, 672 pp.

Toutefois ces documents n’avaient pas tous été produits par la CDF et ils étaient reproduits uniquement dans la langue originale dans laquelle ils avaient été rédigés.

Les 200 premières pages de ce volume réunissaient les documents publiés par la congrégation lorsqu’elle avait pour préfets les cardinaux Alfredo Ottaviani, qui se retira en 1968, et Franjo Seper, qui resta en fonctions jusqu’en 1981.

Les 400 pages suivantes contenaient, quant à elles, les textes correspondant à l’époque où la congrégation avait pour préfet celui qui était alors le cardinal Ratzinger.

Aujourd’hui, la liste de documents présents sur la nouvelle page web en mentionne une vingtaine d’autres qui ont été publiés pendant la période couverte par  le volume, auxquels s’ajoutent 16 autres textes parus ultérieurement, c’est-à-dire, en pratique, depuis que Ratzinger est devenu pape et que le cardinal Levada lui a succédé en tant que préfet.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, seule une part limitée des interventions de la congrégation concerne les ouvrages de théologiens entrés en conflit avec le magistère de l’Église. En plus de 46 ans, des déclarations de nature diverse ont été faites à propos de textes de dix-huit auteurs, dont les noms suivent : Hans Küng (en 1975 et 1979), Jacques Pohier (1979), Anthony Kosnik (1979), Edward Schillebeeckx (1980, 1984, 1985), Leonardo Boff (1985), Charles Curran (1986), Gyorgy Bulanyi (1986), André Guindon (1986), Vassula Ryden (1995), Tissa Balasuriya (1997), Anthony de Mello (1998), Jeannine Gramick et Robert Nugent (1999), Reinhard Messner (2000), Jacques Dupuis (2001), Marciano Vidal (2001), Roger Haight (2004), Jon Sobrino (2006). 

Les documents qui suivent sont certainement plus caractéristiques du travail accompli par la congrégation à l’époque de Ratzinger/Benoît XVI :

- les deux instructions relatives à la théologie de la libération, publiées l’une en 1984 et l’autre en 1986 ;
- l'instruction "Donum Vitae" relative à la vie naissante et à la procréation, publiée en 1987 et mise à jour en 2008 par l’instruction “Dignitas personae” ;
- l'instruction "Donum Veritatis" relative aux rapports entre les théologiens et le magistère, publiée en 1990 ;
- la lettre "Communionis Notio" relative aux rapports entre l’Église universelle et les Églises locales, publiée en 1992 ;
- la déclaration "Dominus Jesus" relative au christianisme par rapport aux autres religions, publiée en 2000 ;
- la note doctrinale relative aux catholiques dans la vie politique, publiée en 2002 ;
- la note relative à la légalisation des unions entre personnes du même sexe, publiée en 2003 ;
- la lettre relative à la femme, publiée en 2004.

Sans compter les règles relatives aux "delicta graviora", promulguées en 2001 et publiées en "editio typica" mise à jour en 2010.

***

Curieusement, la note par laquelle la CDF a présenté sa nouvelle page internet a été publiée précisément le jour de la délicate et importante rencontre entre les dirigeants ce qui fut le Saint-Office et l’évêque Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X lefebvriste.

Lors de cette rencontre, un délai d’un mois a été donné au leader traditionaliste pour signer un préambule doctrinal – contenant l’acceptation du concile Vatican II – comme condition pour une pleine réintégration au sein de l’Église catholique.

Mais il est également possible qu’au cours de cet entretien ait été ressorti l’un des premiers documents émis par la “nouvelle” congrégation pour la doctrine de la foi à l’époque où elle fut créée. 

Il s’agit de la lettre circulaire adressée par le cardinal Ottaviani, le 24 juillet 1966, aux présidents des conférences épiscopales du monde entier “au sujet de certains abus et d’opinions erronées dans l’interprétation de la doctrine du concile Vatican II”.

Dans la liste des documents à caractère doctrinal qui sont réunis sur la nouvelle page web de la CDF, ce texte occupe la première place par ordre chronologique :

> Lettre aux Présidents...

Dans cette lettre, le cardinal Ottaviani, qui n’était certainement pas considéré comme progressiste, tient à distinguer "le Concile œcuménique Vatican II" - qui "a promulgué des documents très sages, que ce soit en matière doctrinale ou en matière disciplinaire, pour promouvoir efficacement la vie de l’Église" - des "abus grandissants dans l’interprétation de la doctrine du Concile".

Et, parlant d’œcuménisme, il affirme :

"Le Siège Apostolique approuve assurément ceux qui, dans l’esprit du décret conciliaire relatif à l'œcuménisme, prennent des initiatives pour favoriser la charité envers les frères séparés et les attirer vers l'unité de l’Église ; mais il regrette qu’il ne manque pas de personnes qui, interprétant à leur manière le décret conciliaire, préconisent une action œcuménique qui offense la vérité à propos de l'unité de la foi et de l’Église, favorisant ainsi un irénisme pernicieux et un indifférentisme tout à fait étranger à l’esprit du concile".

Qui sait si cette lettre d’Ottaviani, maintenant insérée à juste titre parmi les documents officiels de la congrégation pour la doctrine de la foi, sera relue avec fruit par les dirigeants des lefebvristes...




Tous les articles de www.chiesa à propos du gouvernement central de l’Église catholique:

> Focus VATICAN


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Raniero Cantalamessa, S. Grégoire de Nysse, vers la connaissance de Dieu (4° prédication de carême)

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cantalamessa vendredi saint

 

1. Les deux dimensions de la foi

A propos de la foi, saint Augustin a fait une distinction qui reste, encore aujourd’hui, un classique : celle entre les choses crues et l’acte d’y croire: « Aliud sunt ea quae creduntur, aliud fides qua creduntur »1, la fidea quae et la fides qua, comme on dit en théologie. La première est aussi appelée « foi objective », la seconde « foi subjective ». Toute la réflexion chrétienne sur la foi se déroule entre ces deux pôles.

Il en ressort deux orientations. D’un côté nous avons ceux qui accentuent l’importance de l’intellect dans la croyance et donc la foi objective, comme assentiment aux vérités révélées, de l’autre ceux qui accentuent l’importance de la volonté et de l’affect, donc la foi subjective, avoir foi en quelqu’un (« croire en »), plutôt que croire à quelque chose (« croire que »). D’une part ceux qui accentuent les raisons de l’esprit et de l’autre ceux qui, comme Pascal, accentuent « les raisons du cœur ».

Cette oscillation réapparait, sous différentes formes, à chaque tournant de l’histoire de la théologie: au moyen âge, dans une accentuation différente entre la théologie de saint Thomas et celle de saint Bonaventure ; au temps de la Réforme entre la foi « confiance » de Luther et la foi catholique informée par la charité; plus tard entre la foi contenue dans les limites de la simple raison de Kant et la foi fondée sur le sentiment de Schleiermacher et celui du romantisme en général; plus proche de nous entre la foi de la théologie libérale et la foi existentielle de Bultmann, pratiquement privée de tout contenu objectif.

La théologie catholique contemporaine s’efforce de trouver, comme d’autres fois par le passé, un juste équilibre entre les deux dimensions de la foi. On a dépassé la phase où, pour des raisons polémiques contingentes, toute l’attention dans les manuels de théologie avait fini par se concentrer sur la foi objective (fides quae), c’est-à-dire sur l’ensemble des vérités auxquelles il nous faut croire. « L’acte de foi, lit-on dans un récent dictionnaire critique de théologie, dans le courant dominant de toutes les confessions, apparaît aujourd’hui comme la découverte d’un Tu divin. L’apologétique de la preuve tend aujourd’hui à se placer derrière une pédagogie de l’expérience spirituelle qui tend à ouvrir à une expérience chrétienne, dont on reconnaît la possibilité inscrite a priori dans chaque être humain »2. En d’autres termes, plutôt que de faire levier sur la force d’argumentation qui est en dehors de la personne, on veut l’aider à trouver en elle la confirmation de sa foi, essayant de réveiller cette étincelle qui brille dans le « cœur inquiet » de chaque homme parce qu’il a été créé « à l’image de Dieu ».

J’ai fait ce préambule pour montrer encore une fois que les Pères peuvent être un atout dans nos efforts pour redonner éclat et force de choc à la foi de l’Eglise. Les plus grands parmi eux sont des modèles uniques d’une foi aussi bien objective que subjective, autrement dit préoccupée du contenu et de son orthodoxie, mais accompagnée aussi par l’adhésion du cœur et l’élan de la vie. L’Apôtre avait proclamé : « corde creditur » (Rom 10,10), on croit avec son cœur, et nous savons que le mot ‘cœur’, dans la Bible, désigne les deux dimensions spirituelles de l’homme, son intelligence et sa volonté, l’endroit symbolique de la connaissance et de l’amour. C’est dans cette optique que les Pères sont un maillon indispensable pour retrouver la foi comme l’entendent les Ecritures.


2. « Je crois en un seul Dieu »

Dans cette dernière méditation, nous recourons aux Pères pour renouveler notre foi en son objet premier, en ce que sous-entend généralement le mot « croire », et en nous fondant sur ce qui fait la différence entre les personnes croyantes et non croyantes : la foi en l’existence de Dieu. Dans les méditations précédentes nous avons réfléchi à la divinité du Christ, à l’Esprit Saint et à la Trinité. Mais la foi au Dieu trine est le stade final de la foi, ce « surplus » sur Dieu révélé par le Christ. Pour atteindre cette plénitude il faut d’abord avoir cru en Dieu. Avant la foi en Dieu trine, il y a la foi en Dieu un.

Saint Grégoire de Nazianze nous a rappelé la pédagogie de Dieu quand il se révèle à nous. Dans l’Ancien Testament, le Père est révélé ouvertement, et le Fils de manière voilée, dans le Nouveau Testament, le Fils est révélé ouvertement et l’Esprit Saint de manière voilée. Maintenant, dans l’Eglise, nous jouissons de la Trinité entière et de sa pleine lumière. Jésus dit lui aussi qu’il s’abstient de dire aux apôtres les choses dont ils ne sont pas encore en mesure de « porter le poids » (Jn 16, 12). Nous devons suivre la même pédagogie à l’égard de ceux auxquels nous voulons annoncer aujourd’hui la foi.

La Lettre aux Hébreux dit quel est le premier pas à faire pour aller vers Dieu : « pour s'avancer vers lui, il faut croire qu'il existe et qu'il assure la récompense à ceux qui le cherchent. » (He 11,6). C’est de ce premier pas que dépend tout le reste et celui-ci restera quelque chose de présupposé même lorsque l’on aura cru en la Trinité.  Essayons de voir comment les Pères peuvent nous inspirer de ce point de vue là, mais sans perdre de vue notre objectif principal qui n’est pas apologétique, mais spirituel, c’est-à-dire davantage centré sur l’affermissement de notre foi que sur sa transmission aux autres. Le guide que nous choisissons dans cette approche est saint Grégoire de Nysse.

Grégoire de Nysse (331- 394), frère charnel de saint Basile, ami et contemporain de Grégoire de Nazianze, est un Père et docteur de l’Eglise dont on découvre de plus en plus clairement la stature intellectuelle et l’importance décisive dans le développement de la pensée chrétienne. « Un des penseurs les plus puissants et les plus originaux que connaisse l’histoire de l’Eglise » (L. Bouyer), « le fondateur d’une nouvelle religiosité mystique et extatique » (H. von Campenhausen).

Les Pères n’ont pas eu, comme nous, à devoir démontrer l’existence de Dieu, mais l’unicité de Dieu ; ils n’ont pas eu à combattre l’athéisme, mais le polythéisme. Nous verrons, cependant, que la route qu’ils ont tracée pour arriver à la connaissance du Dieu unique, est la même que celle qui peut conduire l’homme d’aujourd’hui à la découverte de Dieu tout court.

Pour mettre en valeur la contribution des Pères et en particulier celle de Grégoire de Nysse, il nous faut savoir comment se présentait le problème de l’unicité de Dieu à leur époque. Au fur et à mesure que la doctrine de la Trinité devenait de plus en plus explicite, les chrétiens se voyaient exposés à la même accusation que celle qu’ils avaient eux-mêmes proférée contre les païens: celle de croire en plusieurs divinités. Ceci explique l’ajout, petit mais significatif, qui est fait dans la première phrase du Credo des chrétiens. Après trois siècles dans lesquels le symbole de la foi en toutes ses rédactions commençait en disant « Je crois en Dieu » (Credo in Deum), au IVème siècle, on voit apparaitre la formule « Je crois en un seul Dieu (Credo in unum Deum) qui ne changera plus.

Il n’est pas utile ici de refaire l’historique du parcours qui a conduit à ce résultat; il nous suffit de tenir compte de sa conclusion. Vers la fin du IVème siècle la transformation du monothéisme de l’Ancien testament en monothéisme trinitaire des chrétiens tire à sa fin. Les Latins, pour exprimer les deux aspects du mystère, utilisaient la formule « une substance et trois personnes », les Grecs celle des « trois hypostases, une seule ousie ». Au bout de durs échanges, le processus s’est, semble-t-il, conclu par un accord total entre les deux théologies. « Peut-on concevoir, s’était exclamé Grégoire de Nazianze, un accord plus total et dire cela de manière plus absolue, tout en utilisant des mots différents ? »3.

Il restait en réalité une différence entre les deux manières d’exprimer le mystère. Aujourd’hui, on a l’habitude de dire : Grecs et Latins abordent la question de la Trinité dans une optique différente; les Grecs partent des personnes divines, c’est-à-dire de la pluralité, pour arriver à l’unité de la nature; les Latins, c’est le contraire, ils partent de l’unité de la nature divine, pour arriver aux trois personnes. « Le Latin considère la personnalité comme une manière d’être de la nature ; le Grec considère la nature comme le contenu de la personne ».4

Mais je crois que cette différence peut être expliquée aussi d’une autre manière. Tous les deux, Latins et Grecs, partent de l’unité de Dieu ; tant le symbole grec que le symbole latin commence en disant: « Je crois en un seul Dieu » (Credo in unum Deum!). Sauf que chez les Latins cette unité est encore comprise comme impersonnelle ou pré-personnelle ; c’est l’essence de Dieu qui se décline ensuite en Père, en Fils et en Saint-Esprit sans être, naturellement, imaginée come préexistante aux personnes. Chez les Grecs, au contraire, il s’agit d’une unité déjà personnalisée, car pour eux « l’unité est le Père, à partir de qui et vers qui se déclinent les autres personnes ».5 Le premier article du credo des Grecs dit lui aussi « Je crois en un seul Dieu le Père tout puissant » (Credo in unum Deum Patrem omnipotentem), sauf qu’ici le « Père tout puissant » n’est pas détaché de 'unum Deum', comme dans le credo latin, mais forme avec lui un tout: « Je crois en un seul Dieu qui est le Père tout puissant ».

C’est en ces termes que les trois Cappadociens conçoivent l’unicité de Dieu, mais surtout saint Grégoire de Nysse. Pour lui, l’unité des trois personnes divines vient de ce que le Fils est parfaitement (substantiellement) « uni » au Père, comme l’est le Saint Esprit par le Fils »6. C’est cette thèse qui est difficile pour les Latins, qui y voient le danger de subordonner le Fils au Père et l’Esprit à l’un et à l’autre : « Le nom de 'Dieu', écrit Augustin, indique toute la Trinité, pas seulement le Père ».7

Dieu est le nom que nous donnons à la divinité quand nous ne la considérons pas pour elle-même, mais en rapport aux hommes et au monde, car tout ce qu’elle accomplit en dehors d’elle, elle l’accomplit conjointement, comme unique cause efficiente. La conclusion importante que nous pouvons tirer de tout cela c’est que la foi chrétienne est, elle aussi, monothéiste; les chrétiens n’ont pas renoncé à la foi juive en un seul Dieu, ils l’ont plutôt enrichie, donnant du contenu et un sens nouveau et merveilleux à cette unité. Dieu est Un. Mais pas solitaire!


3. « Moïse entra dans la nuée »

Pourquoi choisir saint Grégoire de Nysse comme guide vers la connaissance de ce Dieu devant lequel nous nous tenons comme des créatures devant le Créateur ? La raison en est que ce Père est le premier dans le christianisme à avoir tracé une voie vers la connaissance de Dieu qui puisse vraiment répondre à la situation religieuse de l’homme aujourd’hui : un chemin vers la connaissance qui passe par … la non-connaissance.

Il en a eu l’occasion lors de la polémique avec l’hérétique Eunome, le représentant d’un arianisme radical contre lequel écrivent tous les Pères illustres du IVème siècle finissant : Basile, Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome et, de manière encore plus aiguë Grégoire de Nysse. Eunome définissait l’essence de Dieu par le terme « inengendré » (agennetos). En ce sens il considérait cette essence parfaitement connaissable et dénuée de mystère ; nous pouvons connaître Dieu aussi bien qu’il se connaît lui-même.

Les Pères ont réagi en chœur, soutenant la thèse selon laquelle il est « impossible de connaître Dieu » dans sa réalité intime. Mais alors que les autres se sont arrêtés à une réfutation d’Eunome qui se fondait essentiellement sur les paroles de la Bible, Grégoire de Nysse est allé plus loin, démontrant que reconnaitre son incompréhensibilité est la voie qui conduit à la vraie connaissance (theognosia) de Dieu. Il le fait en reprenant un thème déjà esquissé par Philon d’Alexandrie8: celui de Moïse qui rencontre Dieu en entrant dans la nuée. Le texte biblique est Exode 24, 15-18 et voici son commentaire:

« C'est dans la lumière que Dieu commença à se manifester à Moïse. Puis il parla avec lui par la nuée. Enfin, s'étant élevé davantage dans la perfection, il voit Dieu dans les ténèbres. Le passage de l’obscurité à la lumière est la première séparation des idées fausses et erronées sur Dieu; l’intelligence plus attentive aux choses cachées, conduisant l’âme à travers les choses visibles à la réalité invisible, est comme une nuée qui obscurcit tout le sensible et habitue l’âme à la contemplation de celui qui est caché; enfin l’âme qui a pris ces chemins et s’avance vers les choses célestes, après avoir laissé autant que possible les choses terrestres à la nature humaine, pénètre dans le sanctuaire de la connaissance de Dieu (theognosia) entourée de toute part par les ténèbres divines »9.

La vraie connaissance et la vision de Dieu consistent à « voir qu’il est invisible, car celui que l’âme cherche transcende chaque connaissance, séparé de toute part par son incompréhensibilité comme par des ténèbres »10. A ce stade final de la connaissance, on n’a pas un concept de Dieu, mais ce que Grégoire de Nysse, par une expression devenue célèbre, définit « un certain sentiment de présence » (aisthesin tina tes parusias)11. Sentir non pas avec les sens du corps, entend-on par là, mais avec les sens intérieurs du cœur. Ce sentiment n’est pas un dépassement de la foi, mais sa mise en œuvre la plus haute : « Par la foi, s’exclame l’épouse du Cantique (Ct 3, 6), j’ai trouvé celui que mon cœur aime ». Elle ne le « comprend » pas ; elle fait mieux, elle le « saisit »!12.

Ces idées ont beaucoup influencé la pensée chrétienne des générations suivantes, au point que Grégoire de Nysse sera considéré comme le fondateur de la mystique chrétienne. A travers Denis l’Aréopagite et Maxime le Confesseur, qui s’inspirent de lui sur ce thème, cette influence s’étendra aux deux mondes grec et latin. On retrouve cette question de la connaissance de Dieu dans les ténèbres chez Angèle de Foligno, chez l’auteur de la Nuée de la non-connaissance, dans le thème de la « docte ignorance » de Nicolas de Cues, dans « la nuit obscure » de Jean de la Croix et chez tant d’autres.


4. Qui humilie vraiment la raison ?

Je voudrais maintenant montrer comment l’intuition de Grégoire de Nysse peut nous aider, nous croyants, à approfondir notre foi et à indiquer à l’homme moderne, devenu sceptique devant les « cinq voies » de la théologie traditionnelle, comment retrouver un sentier qui puisse le conduire à Dieu.

La nouveauté introduite par Grégoire de Nysse dans la pensée chrétienne est le fait de devoir dépasser les frontières de la raison pour rencontrer Dieu. Nous sommes aux antipodes du projet de Kant qui consiste à maintenir la religion « dans le cadre de la simple raison ». Dans la culture sécularisée d’aujourd’hui, on est allé au-delà de Kant : celui-ci, au nom de la raison (au moins de la raison pratique) « postulait » l’existence de Dieu, chose que les rationalistes des époques suivantes rejettent aussi.

Ceci nous révèle à quel point la pensée de Grégoire de Nysse est d’actualité. Il nous montre que la partie la plus élevée de la personne, la raison, n’est pas exclue de la recherche de Dieu; que l’on n’est pas obligé de choisir entre suivre sa foi et suivre l’intelligence. En entrant dans la nuée, c’est-à-dire en croyant, la personne ne renonce pas à sa propre rationalité, mais la transcende, ce qui est bien diffèrent. Elle y épuise, pour ainsi dire, les ressources de sa propre raison, lui permettant de poser son acte le plus noble, car, comme dit Pascal, « la démarche ultime de la raison est de reconnaître qu’il existe une infinité de choses qui la dépassent »13.

Saint Thomas d’Aquin, considéré à juste titre comme un des plus grands défenseurs des exigences de la raison, a écrit: « On dit qu’au terme de notre connaissance, Dieu est connu comme l’Inconnu car notre esprit a touché l’extrémité de sa connaissance de Dieu quand, à la fin, il s’est aperçu que son essence est au-dessus de tout ce qu’il peut connaître ici-bas »14. A l’instant même où la raison reconnaît sa limite, elle la brise et va au-delà. Elle comprend qu’elle ne peut pas comprendre, « voit qu’elle ne peut pas voir », disait Grégoire de Nysse, mais elle comprend aussi qu’un Dieu compris ne serait plus Dieu. C’est grâce à la raison que se produit cette reconnaissance qui est donc un acte tout-à-fait rationnel. Celle-ci est, à la lettre, une « docte ignorance »15 , ignorer « en connaissance de cause ».

On doit donc plutôt dire le contraire, c’est-à-dire que celui qui pose une limite à la raison et l’humilie est celui qui ne lui reconnaît pas cette capacité à se transcender. « Jusqu’à présent, écrit Kierkegaard, on a toujours dit : ‘Dire que l’on ne peut comprendre telle ou telle chose, ne satisfait pas la science qui veut comprendre’. Voilà l’erreur. On doit dire tout le contraire : ‘Si la science humaine ne veut pas reconnaître qu’il y a quelque chose qu’elle ne peut pas comprendre, ou – de manière encore plus précise - quelque chose dont ‘elle peut clairement comprendre qu’elle ne peut comprendre’, alors c’est le monde à l’envers’. Il appartient donc à la connaissance humaine de comprendre qu’il y a des choses, et quelles sont ces choses, qu’elle ne peut pas comprendre »16 .

Mais de quel genre d’obscurité s’agit-il? Il est dit de la nuée qui est venue, à un certain moment, s’interposer entre les Egyptiens et les Hébreux, qu’elle était « à la fois ténèbres et lumière dans la nuit » (cf. Ex14, 20). Le monde de la foi est ténèbres pour celui qui la regarde de l’extérieur, mais il est lumière pour celui qui est dedans. Une lumière spéciale, qui vient plus du cœur que de l’esprit. Dans la Nuit obscure de saint Jean de la Croix (une variante par rapport à la nuée de Grégoire de Nysse!) l'âme déclare avoir pris une nouvelle route, « sans autre lumière ni guide hormis celle qui brûlait en mon cœur ». Mais une lumière qui est néanmoins « plus sûre que le soleil de midi »17.

La bienheureuse Angèle de Foligno, une des plus hautes représentantes de la vision de Dieu dans les ténèbres, dit que la Mère de Dieu « fut si ineffablement unie à la somme et absolument indicible Trinité, qu’elle éprouva dans la vie cette même joie dont jouissent les saints au ciel, la joie de l’incompréhensibilité (gaudium incomprehensibilitatis), parce qu’ils comprennent que l’on ne peut pas comprendre »18. Ceci est un merveilleux complément à la doctrine de Grégoire de Nysse sur la non-connaissance de Dieu. Il nous garantit que loin de nous humilier et de nous priver de quelque chose, cette non-connaissance est faite pour remplir l’homme d’enthousiasme et de joie; il nous dit que Dieu est infiniment plus grand, plus beau, plus bon, de ce que nous pourrions jamais imaginer, et qu’il est tout cela pour nous, pour que notre joie soit pleine et totale ; pour que la moindre petite idée que nous pourrions nous ennuyer à passer l’éternité près de lui ne puisse jamais nous effleurer!

Une autre idée utile de Grégoire de Nysse dans cette confrontation avec la culture religieuse moderne est celle du « sentiment d’une présence » que celui-ci place au sommet de la connaissance de Dieu. La phénoménologie religieuse a mis en évidence, avec Rudolph Otto, l’existence d’un élément primaire, présent, à divers degrés de pureté, dans toutes les cultures et à tout âge, qu’il appelle « sentiment du numineux », soit un sentiment mêlé de terreur et d’attraction, qui s’empare tout à coup de l’être humain lorsqu’un un fait surnaturel ou supra-rationnel se passe devant lui19. Si la défense de la foi, selon les dernières indications de l’apologétique évoquée au début, « passe par une pédagogie de l’expérience spirituelle, dont on reconnaît la possibilité inscrite a priori dans chaque être humain », nous ne pouvons négliger l’accroche que nous offre la phénoménologie religieuse moderne.

Certes, le « sentiment d’une certaine présence » de Grégoire de Nysse est autre chose que le sens confus du numineux et du frisson du surnaturel, mais les deux ont quelque chose en commun. L’un est le début d’une marche vers la découverte du Dieu vivant, l’autre en est le terme. La connaissance de Dieu, disait Grégoire de Nysse, commence par un passage des ténèbres à la lumière et se termine par un passage de la lumière aux ténèbres. On n’arrive pas au second passage sans passer par le premier ; autrement dit, sans s’être d’abord purifiés du péché et des passions. « J’aurais déjà abandonné les plaisirs, dit le libertin, si j’avais la foi. Mais moi je lui réponds, dit Pascal: Tu aurais déjà la foi si tu avais abandonné les plaisirs »20.

L’image qui, grâce à Grégoire de Nysse, nous a accompagnés tout au long de cette méditation, est celle de Moïse gravissant la montagne du Sinaï et entrant dans la nuée. L’approche de Pâques nous encourage à aller au-delà de cette image, de passer du symbole à la réalité. Il y a une autre montagne où un autre Moïse a rencontré Dieu « alors que l'obscurité se fit sur toute la terre » (Mt 27,45). Sur le mont Calvaire, l’homme Dieu, Jésus de Nazareth, a uni pour toujours l’homme à Dieu. Au terme de son Itinéraire de l’esprit à Dieu, Saint Bonaventure écrit:

« Après toutes ces considérations, ce qu’il reste à notre esprit est de s’élever en spéculant non seulement au-dessus de ce monde sensible, mais au-dessus aussi de lui-même ; et dans cette ascèse le Christ est le chemin et la porte, le Christ est l’échelle et le véhicule … Celui qui tourne résolument et pleinement ses yeux vers le Christ en le regardant suspendu à la croix, avec foi, espérance et charité, dévotion, admiration, exultation, reconnaissance, louange et jubilation, célèbre la Pâque avec lui, c’est-à-dire le passage»21.

Puisse le Seigneur nous accorder de faire cette belle et sainte Pâques avec lui!


1 Augustin, De Trinitate XIII,2,5)

2 J.-Y. Lacoste et N. Lossky, « Foi » dans Dictionnaire critique de Théologie, Presses Universitaires de France 1998, p.479.

3 Grégoire de Nazianze, Oratio 42, 16 (PG 36, 477).

4 Th. De Régnon, Études de théologie positive sur la Sainte Trinité, I, Paris 1892, 433.

5 S. Grégoire de Naz., Or. 42, 15 (PG 36, 476).

6 Cf. Grégoire de Nysse, Contra Eunomium 1,42 (PG 45, 464)

7 Augustin, De Trinitate, I, 6, l0; cf. Aussi IX, 1, 1 («Credamus Patrem et Filium et Spiritum Sanctum esse unum Deum»).

8 Cf. Philon d’Alexandrie, De posteritate, 5,15.

9 Grégoire de Nysse, Homélie XI sur le Cantique (PG 44, 1000 C-D).

10 Vie de Moïse, II,163 (SCh 1bis, p. 210 s.).

11 Homélie XI sur le Cantique (PG 44, 1001B).

12 Homélie VI sur le Cantique (PG 44, 893 B-C).

13 B. Pascal, Pensées, 267 (éd. Brunswick).

14 Thomas, In Boet. Trin. Proem. q.1, a.2, ad 1.

15 Augustin, Epître 130,28 (PL 33, 505).

16 S. Kierkegaard, Journal, VIII A 11.

17 Jean de la Croix, Nuit obscure, Chant de l’âme, str. 3-4.

18 Libro della beata Angela da Foligno, éd. Quaracchi 1985, p. 468.

19 R. Otto, Le Sacré, Payot, Petite Bibliothèque, 1995.

20 Pascal, Pensées, 240 Br.

21 Bonaventurae Itinerarium mentis in Deum, VII, 1-2 (Oeuvres de S. Bonaventure, V,1, Rome, Nouvelle Cité 1993, p. 564).

Raniero Cantalamessa, S. Basile, héraut de la pleine divinité de l'Esprit (3° prédication de carême)

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1. La foi s’arrête aux choses

Le philosophe Edmund Husserl a résumé le programme de sa phénoménologie sous une maxime: Zu den Sachen selbst! Aller aux choses, aux choses comme elles sont en réalité, avant leur conceptualisation et formulation, sans aucun « préjudice » à leur égard. Un autre philosophe venu après lui, Sartre, dit que « les mots et, avec eux, la signification des choses et leurs modes d’emploi » ne sont que « de faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface »: il faut les dépasser pour avoir la révélation subite, qui laisse sans souffle, de l’ « existence » des choses1.

Saint Thomas d’Aquin avait formulé bien avant un principe analogue par rapport aux choses ou aux objets de la foi: « Fides non terminatur ad enunciabile, sed ad rem »: la foi ne s’arrête pas aux énoncés, mais à la réalité2. Les Pères de l’Église sont des modèles impérissables de cette foi qui ne s’arrête pas aux formules, mais va à la réalité. Au lendemain de l’âge d’or des grands Pères et Docteurs, on assiste presque tout de suite à ce que l’un des experts de la pensée patristique a défini comme « le triomphe du formalisme »3. Concepts et termes, comme « substance », « personne », « hypostase », sont analysés et étudiés pour eux-mêmes, sans ce renvoi constant à la réalité que les artisans du dogme, à travers eux, avaient cherché à exprimer.

Athanase est peut-être le cas le plus exemplaire d’une foi qui se préoccupe davantage de la chose que de son énonciation. Pendant quelques temps, après le concile de Nicée, il donne comme l’impression d’ignorer le terme homousios, « consubstantiel », alors qu’il défend farouchement, comme nous l’avons vu, son contenu, soit la pleine divinité du Fils et son égalité avec le Père. Il est également prêt à accueillir des termes qui, selon lui, sont équivalents, mais à condition, clairement, que cela ne desserve pas la foi de Nicée, qu’elle reste entière. C’est dans un deuxième temps seulement, lorsqu’il s’apercevra que ce terme est finalement le seul à ne pas laisser d’échappatoire à l’hérésie, qu’il en fera un usage de plus en plus large.

Ce fait mérite notre attention car nous savons ce que veut dire d’avoir donné plus d’importance à un accord sur les termes plutôt qu’aux contenus de la foi : nous savons les dégâts que cela a produit sur la communion ecclésiale. Il y a quelques années, on a pu rétablir la communion avec certaines Eglises orientales, dites « monophysites » ou « nestoriennes », après avoir reconnu que leur opposition avec la foi de Chalcédoine reposait sur une différence de sens attribuée aux termes « ousie » et « hypostase », et non sur la substance de la doctrine. L’accord entre l’Eglise catholique et la fédération mondiale des Eglises luthériennes sur le thème de la justification par la foi, signé en 1998, a lui-même montré que l’opposition séculaire sur ce point résidait plus dans les termes que dans la réalité concrète. Les formules, une fois forgées, tendent à se fossiliser, à devenir des drapeaux et des signes d’appartenance plus que les expressions d’une foi vécue.


2. Saint Basile et la divinité du Saint-Esprit

Aujourd’hui nous montons sur les épaules d’un autre géant, saint Basile le Grand (329- 379), pour scruter avec lui une autre réalité de notre foi, l’Esprit Saint. Nous verrons d’emblée qu’il est lui aussi un modèle de foi qui ne s’arrête pas aux formules mais va à la réalité.

Sur la divinité du Saint-Esprit, Basile ne dit ni le premier ni le dernier mot, c’est-à-dire qu’il n’est ni celui qui ouvre le débat ni celui qui l’achève. Celui qui a ouvert le discours sur le statut ontologique de l’Esprit est saint Athanase. Avant lui, la doctrine autour du Paraclet, était restée dans l’ombre, et l’on comprend aussi pourquoi : on ne pouvait définir la position de l’Esprit Saint dans la divinité, avant que ne fût définie celle du Fils. On se limitait donc à répéter dans le symbole de foi: « et je crois en l’Esprit Saint », sans rien ajouter d’autre.

Athanase, dans ses Lettres à Sérapion, ouvre le débat qui conduira à la définition de la divinité de l’Esprit Saint lors du concile de Constantinople en 381. Il enseigne que l’Esprit Saint est pleinement divin, consubstantiel au Père et au Fils, qu’il n’appartient pas au monde des créatures, mais à celui du créateur et la preuve en est, ici aussi, que son contact nous sanctifie, nous divinise, chose qu’il ne pourrait pas faire s’il n’était pas Dieu.

J’ai dit que Basile ne dit pas non plus le dernier mot. Il se retient d’appliquer au Paraclet le titre de « Dieu » et celui de « consubstantiel ». Il affirme clairement sa foi en la pleine divinité de l’Esprit en utilisant des expressions équivalentes, comme l’égalité avec le Père et le Fils dans l’adoration (l’isotimia), son homogénéité, et non pas hétérogénéité, par rapport à eux. C’est en ces termes que le concile de Constantinople, en 381, a défini le caractère divin de l’Esprit et c’est sur eux que repose l’article de foi sur l’Esprit Saint que nous professons encore aujourd’hui dans notre credo :

Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; 
il procède du Père (et du Fils).
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;
il a parlé par les prophètes.

Cette attitude prudentielle de Basile, visant à ne pas éloigner davantage le parti adversaire des Macédoniens, lui attira la critique de Grégoire de Nazianze qui classe son ami parmi ceux qui ont eu le courage de penser que l’Esprit Saint est Dieu, mais pas assez pour le proclamer tel de manière explicite. Rompant toute hésitation, il écrit. « L’Esprit est-il donc Dieu? Certainement ! Est-il consubstantiel ? Oui, s’il est vrai qu’il est Dieu »4.

Si Basile ne dit donc, sur la théologie de l’Esprit Saint, ni le premier ni le dernier mot, pourquoi le choisir lui comme maître de la foi dans le Paraclet ? Le fait est que Basile, comme déjà Athanase, se préoccupe davantage de la « chose » que de sa formulation, s’occupe davantage de la pleine divinité de l’Esprit que des termes avec lesquels exprimer cette foi. La chose, pour reprendre les termes utilisés par Thomas d’Aquin, l’intéresse plus que son énonciation. Il nous entraîne dans le vif de la personne et de l’action de l’Esprit Saint.

La pneumatologie de Basile est une pneumatologie concrète, vécue, pas du tout « scholastique » , mais « fonctionnelle » dans le sens plus positif du terme, et c’est en cela qu’elle est pour nous aujourd’hui d’une grande actualité et utilité. Au fil des siècles, la pneumatologie, marquée par l’affaire du Filioque, a fini par se focaliser davantage sur le problème de savoir si le Saint-Esprit procède seulement du Père, comme le disent les Orientaux, ou aussi du Fils, comme le professent les latins. Quelque chose de la pneumatologie concrète des Pères est passée dans les traités sur « les sept dons de l’Esprit Saint », mais en se limitant au seul domaine de la sanctification personnelle et à la vie contemplative.

Le concile Vatican II a ouvert, dans ce domaine, une nouvelle page, ramenant par exemple les charismes de l’hagiographie, c’est-à-dire de la vie des saints, à l’ecclésiologie, soit à la vie de l’Eglise, en parlant d’eux dans Lumen Gentium5. Mais cela n’était qu’un début ; il reste beaucoup de chemin à faire pour mettre en lumière l’action de l’Esprit Saint dans tout le vécu du Peuple de Dieu. En 1981, à l’occasion du XVIe centenaire du Concile œcuménique de Constantinople de 381, le bienheureux Jean-Paul II a écrit une lettre apostolique dans laquelle il dit entre autres : « Tout le travail de renouveau de l'Église que le Concile Vatican II a si providentiellement proposé et commencé … ne peut se réaliser que dans l'Esprit Saint, c'est-à-dire avec l'aide de sa lumière et de sa puissance »6. Et c’est précisément dans cette voie que Basile, comme nous le verrons, nous entraîne.


3. L’Esprit Saint dans l’histoire du salut et dans l’Eglise

Il est intéressant de connaître l’origine de son traité sur l’Esprit Saint. Curieusement, celle-ci remonte à la prière du Gloria Patri. Au cours d’une liturgie, Basile avait prononcé la doxologie en utilisant tantôt la formule : « Gloire au Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit », tantôt celle-ci: « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ». Par rapport à la première, la seconde formule fait davantage ressortir l’égalité des trois personnes, les coordonne entre elles au lieu de les subordonner. Dans le climat surchauffé des discussions sur la nature de l’Esprit Saint, ceci provoqua des contestations et Basile se mit à écrire son ouvrage pour justifier son acte; concrètement, pour défendre contre les hérétiques macédoniens la pleine divinité de l’Esprit Saint.

Mais venons tout de suite au point pour lequel, disais-je, la doctrine de Basile se révèle d’une grande actualité : sa capacité à mettre en lumière l’intervention de l’Esprit dans chaque épisode de l’histoire du salut et dans chaque secteur de la vie de l’Eglise. Il commence par l’opération de l’Esprit dans la création.

« Dans la création des êtres, le Père est la cause primitive de tout ce qui est créé dans le monde, le Fils la cause instrumentale et le Saint-Esprit la cause perfective. C’est par volonté du Père que les esprits créés existent ; c’est par la puissance d’action du Fils qu’ils sont amenés à « être » et par la présence de l’Esprit qu’ils atteignent la perfection …Si tu essaies de soustraire l’Esprit à la création, toutes les choses se mélangent et leur vie apparaît sans loi, sans ordre, sans aucune détermination »7.

Saint Ambroise reprendra de Basile cette pensée et en tirera une conclusion intéressante. Voici ce qu’il dit en référence aux deux premiers versets de la Genèse (« la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme ») :

« Quand l’Esprit commença à souffler sur elle, la Création n’avait encore aucune beauté. En revanche quand elle reçut l’opération de l’Esprit, elle obtint toute cette splendeur de beauté qui la fait resplendir comme ‘monde’ »8.

Autrement dit, l’Esprit Saint est celui qui fait passer la création du chaos au cosmos, qui en fait quelque chose de beau, d’ordonné, de propre : un « monde » (mundus) donc, selon le premier sens de ce terme, et du mot grec cosmos. Nous savons maintenant que l’action créatrice de Dieu ne se limite par à l’instant initial, comme on le pensait dans la vision déiste ou mécaniste de l’univers. Dieu « n’a pas été » une seule fois, il « est » toujours le créateur. Cela signifie que l’Esprit Saint est celui qui, continuellement, fait passer l’univers, l’Eglise et toute personne, du chaos au cosmos, c’est-à-dire : du désordre à l’ordre, de la confusion à l’harmonie, de la difformité à la beauté, de la vétusté à la nouveauté. Ce qui ne veut pas dire, mécaniquement et subitement, mais en ce sens qu’il opère en lui et guide son évolution vers un but. Il est celui qui, toujours, « crée et renouvelle la face de la terre » (cf. Ps 104,30).

Cela ne signifie pas, explique Basile dans ce même texte, que le Père a créé quelque chose d’imparfait et de « chaotique » qui avait besoin de retouches ; mais que cela relève tout simplement du projet et de la volonté du Père de créer en passant par son Fils et de conduire les êtres à la perfection par l’intermédiaire de l’Esprit.

De la création, le saint docteur passe à la rédemption, où l’Esprit est également à l’œuvre :

« En ce qui concerne le plan de salut (oikonomia) réservé à l’homme par notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus, établi selon la volonté de Dieu, qui pourrait contester qu’il s’accomplit par grâce de l’Esprit Saint? »9

Là, Basile s’abandonne à la contemplation de la présence de l’Esprit Saint dans la vie de Jésus qui est l’un des plus beaux passages de cette œuvre et ouvre à la pneumatologie un champ de recherche que l’on a recommencé à considérer, mais depuis très peu de temps seulement10. L’Esprit Saint est déjà à l’œuvre dans l’annonce des prophètes et dans la préparation à la venue du Sauveur; c’est par sa puissance que se réalise l’incarnation dans le sein de Marie; Il est le chrême avec lequel Dieu a oint Jésus lors de son baptême. Chacune de ses œuvres se sont réalisées en présence de l’Esprit. Celui-ci« était présent quand il fut tenté par le diable, quand il accomplissait des miracles, ne l’a pas quitté quand il ressuscita des morts, et le jour de Pâques, il le souffla sur les disciples (cf. Jn 20, 22 s.). Le Paraclet fut « le compagnon inséparable » de Jésus durant toute sa vie.

De la vie de Jésus saint Basile passe à la présence de l’Esprit dans l’Eglise :

« Et l’organisation de l’Eglise, n’est-il pas clair et indéniable qu’elle est œuvre de l’Esprit ? Il a lui-même donné l’Eglise, dit Paul, ‘en premier lieu les apôtres, puis les prophètes, puis les maîtres …cet ordre est organisé selon la diversité des dons de l’Esprit »11.

Dans l’Anaphore qui porte le nom de saint Basile - que notre IVe Prière eucharistique actuelle a suivi de près -, l’Esprit Saint occupe une place centrale.

Le dernier tableau concerne la présence du Paraclet dans l’eschatologie : « Egalement au moment de la manifestation attendue du Seigneur du Ciel, écrit Basile, l'Esprit Saint ne sera pas absent ». Ce moment sera, pour les élus, le passage des « prémices » à la pleine possession de l’Esprit’ » et pour les réprouvés la séparation définitive, la coupure nette, entre l’âme et l’Esprit12.


4. L’âme et l’Esprit

Mais saint Basile ne s’arrête pas à l’action de l’Esprit dans l’histoire du salut et dans l’Eglise. En ascète et en homme spirituel, son intérêt majeur est pour l’action de l’Esprit dans la vie personnelle de chaque baptisé. Il n’établit pas encore la distinction et l’ordre des trois voies qui deviendront ensuite les voies classiques, mais il met merveilleusement l’accent sur l’action de l’Esprit dans la purification de l’âme souillée par le péché, dans son illumination et cette divinisation qu’il appelle aussi « intimité avec Dieu »13.

Comment ne pas lire cette page où le saint, en référence constante aux Ecritures, décrit cette action et nous transporte par son enthousiasme:

« L'introduction de l'âme dans la familiarité de l'Esprit Saint ne consiste pas dans un rapprochement local. Comment pourrait-on s'approcher corporellement de Celui qui est incorporel ? Mais elle consiste en l’exclusion des passions qui assaillent l'âme et la séparent de la parenté de Dieu. Se purifier de la laideur pétrie par le vice, revenir à la beauté de la nature créée par Dieu, et pour ainsi dire revenir à l'image royale, par la pureté, restituer sa forme primitive, c'est cela l'unique manière de s'approcher du Saint-Esprit. Et Lui, comme un soleil s'emparant d'un œil très pur, te montrera en Lui-même l'image du Père invisible. Et dans la bienheureuse contemplation de cette Image, tu verras la beauté indicible de Celui qui est l'Archétype et la source. Par l'Esprit, les cœurs s'élèvent, les faibles sont pris par la main, les progressants deviennent parfaits. C'est lui, l'Esprit, qui, brillant en ceux qui se sont purifiés, les rend spirituels par la communion avec Lui. Comme les corps translucides et transparents, lorsqu'un rayon les frappe, deviennent, eux aussi, étincelants et d'eux-mêmes reflètent un autre éclat, ainsi les âmes qui portent l'Esprit, illuminées par l'Esprit, deviennent-elles spirituelles elles aussi, et renvoient-elles sur les autres la grâce. De là viennent la prévision de l'avenir, l'intelligence des mystères, la compréhension des choses cachées, la distribution des dons de la grâce, la citoyenneté des cieux, la danse avec les anges, la joie sans fin, la durée en Dieu, la ressemblance avec Dieu, et le comble de ce que nous pouvons désirer : devenir Dieu »14.

Les chercheurs n’ont eu aucun mal à découvrir derrière ce texte de Basile des images et des concepts dérivant des Ennéades de Plotin et de parler, à ce propos, d’une infiltration étrangère dans le corps du christianisme. En réalité, il s’agit d’un thème typiquement biblique et paulinien qui s’exprime, dûment, en termes familiers et significatifs, en rapport avec la culture de l’époque. A la base de tout, Basile ne met pas l’action de l’homme - la contemplation -, mais l’action de Dieu et l’imitation du Christ. Nous sommes aux antipodes de la vision de Plotin et de tout philosophe. Tout, pour lui, commence avec le baptême, qui est une nouvelle naissance. L’acte décisif n’est pas à la fin, mais au début du cheminement:

« Comme dans la double course des stades, un arrêt et un repos séparent les parcours en sens opposé, et il faudrait aussi que dans le changement de vie, une mort se superpose aux deux vies pour mettre fin à ce qui précède et entreprendre les choses suivantes. Comment parvenir à descendre aux enfers? En imitant la sépulture du Christ par le baptême »15.

Le schéma de base est le même que celui de Paul. Au chapitre 6 de son Epître aux Romains, l’apôtre parle d’une purification radicale du péché qui passe par le baptême et, au chapitre 8, il décrit la lutte que le chrétien, soutenu par l’Esprit, devra mener jusqu’à la fin de son existence, contre les désirs de la chair, pour avancer dans la vie nouvelle :

« Ceux qui vivent selon la chair désirent ce qui est charnel ; ceux qui vivent selon l’esprit, ce qui est spirituel. Car le désir de la chair, c’est la mort, tandis que le désir de l’esprit, c’est la vie et la paix; puisque le désir de la chair est inimitié contre Dieu : il ne se soumet pas à la loi de Dieu, il ne le peut même pas, et ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu […]. Ainsi donc, mes frères, nous sommes débiteurs, mais non point envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair vous mourrez. Mais si par l'Esprit vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez » (Rm 8, 5-13).

Il n’y a rien d’étonnant à ce que Basile, pour illustrer le devoir décrit par saint Paul, ait utilisé une image de Plotin. Celle-ci est à l’origine d’une des métaphores les plus universelles de la vie spirituelle et elle est aussi parlante pour nous aujourd’hui que pour les chrétiens de jadis:

« Rentre en toi-même et examine-toi. Si tu n'y trouves pas encore la beauté, fais comme l'artiste qui retranche, enlève, polit, épure, jusqu'à ce qu'il ait orné sa statue de tous les traits de la beauté. Retranche ainsi de ton âme tout ce qui est superflu, redresse ce qui n'est point droit, purifie et illumine ce qui est ténébreux, et ne cesse pas de perfectionner ta statue jusqu'à ce que la vertu brille à tes yeux de sa divine lumière »16.

Si la sculpture, comme le disait Léonard de Vinci, est « l’art d’enlever », le philosophe a raison de comparer la purification et la sainteté à la sculpture. Mais pour le chrétien, il ne s’agit pas d’atteindre une beauté abstraite, de créer une belle statue, mais de ramener au jour et de rendre encore plus éclatante cette image de Dieu que le péché tend continuellement à recouvrir.

On raconte qu’un jour Michel Ange, qui se promenait dans une cour de Florence, vit un bloc de marbre à l’état brut recouvert de poussière et de boue. Il s’arrêta brusquement pour le regarder, puis, comme traversé par un éclair, dit aux gens qui l’entouraient : « Dans cette masse de pierre est caché un ange: je veux le tirer de là! ». Et il se mit au travail, usant de son scalpel pour donner forme à l’ange qu’il avait entrevu. C’est la même chose pour nous. Nous sommes encore des masses de pierre à l’état brut, avec sur nous tant de « terre » et tant de morceaux inutiles. Dieu le Père nous regarde et dit: « Dans ce morceau de pierre se cache l’image de mon Fils ; je veux la tirer de là, pour qu’elle brille à jamais à côté de moi au Ciel! » Et pour faire cela il utilise le scalpel de la croix, il nous nettoie (cf. Jn 15,2)

Les plus généreux, non seulement supportent les coups de scalpel qui viennent de l’extérieur, mais ils y mettent eux aussi la main, autant qu’ils le peuvent, en s’imposant d’eux-mêmes des mortifications, petites ou grandes, et en brisant leur vieille volonté. Un père du désert a dit:

« Si nous voulons nous libérer totalement, apprenons à briser notre volonté, et ainsi, peu à peu, avec l’aide de Dieu, nous avancerons et arriverons à la pleine libération des passions. Il est possible de briser dix fois sa propre volonté en un temps très bref et je vous dis comment. Un homme est en train de se promener et voit quelque chose : sa pensée lui dit: 'regarde là!', mais lui, il répond à sa pensée: 'Non, je ne regarde pas!', et il brise sa volonté »17.

Ce Père des temps anciens apporte d’autres exemples tirés de la vie monastique. On dit du mal de quelqu’un, de notre supérieur peut-être; le vieil homme qui est en toi te dit: « Participe toi aussi; dis ce que tu sais. Mais toi tu réponds : « Non ! ». Et tu mortifies le vieil homme … Mais il n’est pas difficile d’allonger la liste par d’autres actes de renoncement, selon nos conditions de vie et les charges que nous recouvrons.

Tant que nous vivons selon les désirs de la chair, nous ressemblons aux deux célèbres « Bronzes de Riace », au moment de leur repêchage en mer, entièrement recouverts d’incrustations et leurs silhouettes humaines à peine reconnaissables. Si nous tenons à retrouver nous aussi notre éclat, comme ces deux chefs-d’œuvre après leur restauration, le carême est un bon moment pour se mettre à l’œuvre.


5. Une mortification « spirituelle »

Il y a un point où la transformation de l’idéal de Plotin en idéal chrétien est encore incomplète, ou du moins peu explicite. Saint Paul, nous avons entendu, a dit : « si par l'Esprit vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez ». L’Esprit n’est donc pas seulement le résultat de la mortification, mais aussi ce qui la rend possible; ce n’est pas uniquement au bout du chemin, mais aussi au début. Les apôtres n’ont pas reçu l’Esprit à la Pentecôte car ils étaient devenus fervents; ils sont devenus fervents parce qu’ils avaient reçu l’Esprit.

Les trois Pères cappadociens étaient fondamentalement des ascètes et des moines; Basile, en particulier, avec ses Règles monastiques (Asceticon!), fut un des fondateurs de l’ascétisme chrétien. Cela qui le conduira à mettre un fort accent su l’importance de l’effort chez l’homme. Le frère et disciple de Basile, Grégoire de Nysse, ira dans le même sens, écrivant : « Au fur et à mesure que se développeront tes efforts pour défendre la piété, se développera la grandeur de ton âme, grâce à l’énergie que tu y mettras »18.

A la génération suivante, cette vision de l’ascèse sera reprise et développée par des auteurs spirituels, comme Jean Cassien, mais détachée de la solide base théologique présente chez Basile et chez Grégoire de Nysse. « C’est de là, relève Louis Bouyer, que le pélagianisme, en plaçant l’effort humain avant la grâce, prendra son essor »19. Mais on ne peut certes pas imputer à Basile et aux Cappadociens cette issue négative.

Revenons pour conclure à la raison pour laquelle la doctrine de Basile sur l’Esprit saint reste éternellement valable et aujourd’hui, disais-je, plus que jamais actuelle et nécessaire: sa réalité concrète et son adhérence à la vie de l’Eglise. Nous, les latins, nous avons un moyen privilégié pour faire nôtre et transformer en prière ce même type de pneumatologie: l’hymne du Veni creator.

C’est, du début jusqu’à la fin, une contemplation orante de ce que l’Esprit fait concrètement : sur toute la terre et sur l’humanité comme Esprit créateur ; dans l’Eglise, comme Esprit de sanctification (don de Dieu, eau vive, feu, amour et onction spirituelle) et comme Esprit charismatique (multiforme dans tes dons, doigt de la droite de Dieu, qui mets sur les lèvres la parole); dans la vie de chaque croyant, comme lumière pour l’esprit, amour pour le cœur, guérison pour le corps; comme notre allié dans la lutte contre le mal et comme guide dans le discernement du bien.

Invoquons-le avec les paroles du premier couplet. Demandons-lui de faire passer aussi, notre monde et notre âme du chaos au cosmos, de la dispersion à l’unité, de la laideur du péché à la beauté de la grâce.

Veni, Creator Spiritus,

mentes tuorum visita,

imple superna gratia

quae tu creasti pectora

Viens, Esprit Créateur,

visite l’âme de tes fidèles,

emplis de la grâce d’En-Haut

les cœurs que tu as créés.

    (zenit.org)


1 J.-P. Sartre, La Nausée, trad. ital, Milano 1984, p. 193 s.

2 Thomas d’Aquin, Somme Théologique, II-IIae, q. 1,a.2,ad 2.

3 Cf. G. Prestige, God in Patristic Thought, London 1936, chap. XIII( trd. Ital., Dio nei pensiero dei Padri, Bologna, il Mulino, 1969, pp. 273 ss).

4 Grégoire de Nazianze, Oratio 31, 5.10; cf. aussi Oratio 6: « Jusqu’à quand tiendrons-nous la lampe cachée sous le boisseau et continuerons-nous à ne pas proclamer à haute voix la pleine divinité du Saint-Esprit ? »

5 Cf. Lumen Gentium, 12.

6 Jean-Paul II, A concilio Costantinopolitano I, in AAS 73, 1981, p. 521.

7 Basile, Sur le Saint-Esprit, XVI, 38 (PG 32, 137B); trad. ital. par E. Cavalcanti, L’expérience de Dieu chez les Pères grecs, Rome,1984.

8 Ambroise, Sur le Saint-Esprit, II, 32.

9 Basile, Sur l’Esprit Saint, XVI, 39.

10 J.D.G.Dunn, Jesus and the Spirit, London 1988.

11 Basile, Sur le Saint-Esprit, XVI, 39.

12 Ib. XVI, 40.

13 Ib. XIX, 49.

14 Ib. IX,23.

15 Ib. XV,35.

16 Plotin, Ennéades I, 9 (trad. ital. par V. Cilento, vol. I, Laterza, Bari 1973, p. 108).

17 Dorothée de Gaza, Enseignements 1,20 (SCh 92, p. 177).

18 Grégoire de Nysse, De instituto christiano (éd. W. Jaeger, Two Rediscovered Works, Leyde, 1954, p.46).

19 L. Bouyer, La spiritualité des Pères, (en italien, Edizioni Dehoniane, Bologna 1968, p. 295).

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