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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#la vache qui rumine c 2010

Hugues de Blignières (Kéraly), Détail significatif

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 

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Détail significatif, les officiers callistes photographiaient partout leurs propres atrocités. Un cliché particulièrement symbolique montre un homme traîné sur un brancard au lieu de l’exécution, et deux autres fauchés autour, qui baignent de leur sang un sinistre caniveau. A droite et à gauche des cadavres, trois jeunes femmes d’une vingtaine d’années, voilées de noir, debout, dos au mur, montent sous l’œil des sentinelles une garde d’honneur forcée. Elles appartiennent aux “BB”, les Brigades féminines Sainte Jeanne d’Arc, et avaient mis sur pied dans leur ville un service de renseignements. La soldatesque, qui arrêtait souvent au hasard des rues, pour assouvir son appétit de viol et de sang, ne s’exposait pas ainsi à “l’erreur judiciaire” : dans le Mexique cristero, toute la jeunesse résistait…


Ruons-nous sur la consolation que Jean-Paul II et Benoît XVI apportent aujourd’hui à l’Eglise universelle en canonisant sans scrupules ni habillage diplomatique plusieurs dizaines de militants cristeros.


Puissent les signes forts que ces deux papes ont données faire aussi que les millions d’autres martyrs qui sont partis ou continuent de partir aujourd’hui vers le Ciel sans témoins ne soient pas oubliés pour toujours dans la mémoire et la prière des chrétiens.

 

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Trois générations de combattants cristeros dans l'Etat de Colima

 

 

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Exécution de saint Augustin Pro, coupable de “sympathies cristeras”, le 22 novembre 1927 à Guadalajara. En civil : le loi interdit – même aux condamnés – le port d’un vêtement religieux. Le Père Augustin vient de pardonner à cet officier, qui se méfie à juste titre du regard de ses supérieurs… Il fera face ensuite debout, sans liens ni bandeau, au peloton d'exécution, les bras en croix, en criant Viva Cristo Rey !
Augustin Pro sera béatifié en novembre 2005 dans la cathédrale de Guadalajara.

 



© H.K. / Sedcontra.fr / nov. 2010

 

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Pour en savoir plus

sur l'épopée cristera :

Hugues Kéraly,

La véritable histoire des Cristeros

(224 pages, Préface du cardinal Medina Estévez)

Editions de L’Homme Nouveau, 20 €
En ligne sur le site de l'éditeur en suivant ce lien :

www.hommenouveau.fr

Retrouvez également les portraits de deux Cristeros emblématiques, Anacleto Gonzales Flores et José Sanchez del Rio sur Sedcontra.fr en suivant ce lien.

Hugues de Blignières (Kéraly), Aux premières lignes

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 

 

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Lorsque la police commence d’arrêter ses étudiants dans la rue, l’ACJM (Association Catholique de la Jeunesse Mexicaine) diffuse un ordre du jour qui doit être consigné là-haut sur le grand livre pour la gloire du Christ-Roi : « Contre l’article 18 sur les délits en matière de culte religieux… nous avons décidé que le port permanent de notre insigne sera obligatoire pour tous les membres de l’ACJM à partir du 31 juillet. »


En juin 1927, quand le gouvernement ne contrôle plus que les capitales, force lui est de se rabattre sur les citadins. On décime. Pour l’exemple. Trois jeunes gens, torturés une nuit entière par les soldats, sont fusillés le 25 contre un mur de la cathédrale de Colima, avec toute la ville pour témoin.


– Regarde, nous allons mourir aux pieds de la Vierge de Guadalupe : derrière ce vitrail, au-dessus de nos têtes, se trouve sa statue.


 

Hugues de Blignières (Kéraly), A la grâce de Dieu

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 

 

Juin 1926. L’épiscopat mexicain décrète une mesure absolument inédite, qui devait entrer en vigueur le 31 juillet : la suspension du culte public. Pour la première fois, dans l’Église universelle, le clergé cesse partout de célébrer la messe, il cesse d’adminis­trer les sacrements dans l’ensemble des lieux de culte ouverts aux quinze millions de catholiques mexicains.


Juillet 1926. Le destin du catholicisme mexicain bascule dans l’extraordinaire. Car voici que ce peuple qui avait tout supporté du despotisme maçon, comme des bandits qui ravageaient le Mexique avant lui, voici qu’il ne supporte pas qu’on le prive des sacrements de sa religion.


A partir du mois d’août 1926, les catholiques mexicains éprouvent le sentiment tragique d’avoir dressé tous les pouvoirs contre eux. Rome se tait. La troupe viole et fusille sans jugement. Le gouverneur fait pendre les leaders catholiques. L’évêque les prive des sacrements – C’est une apocalypse, indifférente au monde entier, dans le cœur du Mexique chrétien.

 

(à suivre, avec l'aimable autorisation de l'auteur)

 

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Hugues de Blignières (Kéraly), Le feu aux poudres

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 

 

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La loi fédérale du 14 juin 1926 frappe le dernier coup : expulsion des congrégations religieuses ; confiscation des biens de l’Église; mise hors-la-loi de toutes les organisations professionnelles non gouvernementales… Le point décisif de la persécution “callista” est l’enregistrement des prêtres, qui équivaut à notre révolutionnaire assermentation. Tous les ministres du culte public sont conviés à passer sous le contrôle direct des pouvoirs civils et militaires. Le moindre curé de campagne doit “pointer” au commissariat, et y signer des engagements de non prosélytisme religieux.


Eté 1926. Voici donc le peuple mexicain au pied du mur, sommé de se défendre ou de périr dans la foi. Sa résistance est immédiate, unanime, exemplaire. Et tout entière à l’initiative des organisations de laïcs, qui commencent par épuiser l’une après l’autre les voies pacifiques sans aucun résultat.


Les catholiques mexicains organisent joyeusement le boycott économique de tous les monopoles d’Etat. Vinrent ensuite les occupations d’églises et les manifestations de rue : on marche sur les palais gouvernementaux, avec pancartes et statues, sous la protection du Saint-Sacrement. Rassemblements réprimés au Mauser et à la mitrailleuse lourde par les régiments de ligne fédéraux. – Les premiers martyrs cristeros auront compté beaucoup de femmes, d’enfants, qui défilaient armés du rosaire et vêtus de blanc.

 

(à suivre, avec l'aimable autorisation de l'auteur)

 

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Hugues de Blignières (Kéraly), Viva el Demonio !

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 


L’antithéisme de l’armée fédérale mexicaine n’est pas un vain mot. Le général Eulogio Ortiz fit fusiller séance tenante un de ses soldats qu’on avait surpris au bain, porteur d’une médaille de la Virgen de Guadalupe. Un peu partout, les officiers investissent à cheval la maison du Seigneur. Ils profanent les saintes espèces, organisent des orgies sur l’autel, montent en chaire pour blasphémer et dansent avec les statues !


Toute la hiérarchie militaire est affiliée aux Loges : elle se donne pour mission de “défanatiser” le Mexique, en extirpant la foi. Certains États punissent d’une amende de 10 Pesos – une fortune, pour les paysans – la moindre allusion sur la voie publique au nom du Tout-Puissant. On ne dira plus adios, ni si Dios quiere (si Dieu veut) ; les mendiants eux-mêmes (pordioseros) doivent changer de litanies.


Le président Calles invente d’incroyables mesures pour limiter le nombre des prêtres, jusqu’à celles qui les laisseront tous dans l’illégalité. Les gouverneurs d’Etat se surpassent, ils feront mieux que lui. Et les fidèles bien sûr ne sont pas épargnés. Voici le texte d’une proclamation officielle, affichée sur les portes des églises au début de l’été 1926 :


ART. 1 : Tout individu responsable d’une église sera condamné à 50 Pesos d’amende et un an de prison si les cloches sonnent.

ART. 2 : Pour toute personne qui apprend à prier à ses enfants, la même peine.

ART. 3 : Dans toute maison où il se trouvera des “images pieuses », idem.

ART. 4 : Toute personne qui porte des “médailles » sur lui, idem.


Parallèlement aux profanations, l’artillerie de l’armée fédérale entreprend de détruire les édifices religieux. Dans tout l’État de Tabasco, à la veille de la dernière guerre mondiale, ne restaient sur pied que l’église de Cunduacan, transformée en garnison, et trois chapelles de village perdues dans les monts. La Révolution mexicaine interdisait militairement au peuple de restaurer les ruines ; et elle-même n’a jamais rien construit. Aujourd’hui encore, elle abrite ses musées dans des couvents confisqués à l’Église, et ses gouverneurs dans les palais épiscopaux… Toutes les Révolutions se rassemblent, dans leur néant.

 

(à suivre, avec l'aimable autorisation de l'auteur)

 

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Hugues de Blignières (Kéraly), Viva Cristo Rey !

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 

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On les appelle les Cristeros, par déformation du cri de guerre qu’ils avaient adopté : Viva Cristo Rey !


En 1925, dans l’année qui précède l’insurrection générale, Pie XI avait proclamé le Christ “Roi des Nations” (Quas Primas).


Au Mexique, une nation entière se mobilise aussitôt sous les drapeaux du Dieu fait homme, elle marche vers les mitrailleuses et les canons de l’Antéchrist parce qu’elle refuse l’abdication des dernières libertés de sa foi.


Cette épopée des Cristeros a donné plus de martyrs à l’Église universelle que les déchaînements de la persécution religieuse en République espagnole, dix ans après. Leur Cristiada entre de plain-pied avec le soulèvement de Vendée : catholique et royal chez les insurgés mexicains en la seule personne de Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle n’est connue pourtant, aujourd’hui encore, que de quelques initiés.


Le soulèvement des cristeros s’inscrit au Mexique dans l’histoire d’une longue persécution … La Constitution révolutionnaire de 1917 institue la dictature suprême de l’État contre les droits de la religion. A partir de 1924, le président Calles veut frapper un grand coup : il confie à l’armée l’application des lois antireligieuses du régime précédent.

 

(à suivre, avec l'aimable autorisation de l'auteur)

 

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Hugues de Blignières (Kéraly), La véritable histoire des Cristeros

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

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Le dimanche du Christ-Roi marque aussi l’anniversaire mystique de la plus grande insurrection catholique du XXe siècle, occultée par l’Eglise et l’Etat mexicain pendant près de trois générations. Il a fallu attendre les travaux historiques de Jean Meyer et d’Hugues Kéraly, puis les béatifications de la fin du pontificat de Jean-Paul II, pour que cette incroyable épopée sorte enfin de l’oubli : de 1926 à 1929, dans les États-Unis du Mexique, tout un peuple chrétien armé de machettes et de vieux tromblons affronte au chant du Christus Vincit des régiments de ligne fédéraux, qui arborent le drapeau noir aux tibias entrecroisés et crient Viva el Demonio !

 

Des paysans fauchés à la mitrailleuse lourde pendant qu’ils récitaient l’angélus…

Des étudiants battus à mort parce qu’ils portaient une médaille de la Vierge autour du cou…

Des enfants de quatorze ans fusillés ou pendus pour le crime qu’ils venaient de faire en public leur communion solennelle…

Des prêtres “réfractaires” dénudés, émasculés, dépecés du haut en bas et crucifiés pour l’exemple face à leurs paroissiens réunis…

 

Plusieurs d’entre eux sont aujourd’hui sur nos autels, d’autres attendent patiemment d’y être élevés. Mais l’affaire a embrassé entre deux Guerres mondiales tout le pays réel mexicain, et ses victimes sont si nombreuses, si infâmantes pour le pouvoir en place, de 1911 à 2001, que personne n’a jamais pris le risque de les recenser : il nous une vraie pléiade de détectives, chercheurs et chroniqueurs chrétiens pour faire la place qu’ils méritent dans la mémoire et la prière de l’Eglise militante à ces torrents d’héroïsme et de sainteté.

 

Les martyrs et les saints ne sortent pas des nuages. Ils sont de chair et d’os, comme nous, et ce n’est pas dans les livres, les discours ou les rêves qu’ils se sont montrés plus courageux que nous face aux ennemis de la foi. Pour leur rendre justice aujourd’hui, par-delà les procès individuels en canonisation, il faut interroger l’aventure temporelle collective qu’on nous avait cachée. Il faut s’ouvrir à cette apocalypse de leur histoire nationale, où pas une seule famille n’aura été épargnée. Il faut dresser en vue d’ensemble le martyrologe du peuple mexicain.

 

Certains ont cru toucher le fond avec un cri poussé dix ans plus tard en Espagne sous la fureur d’un gigantesque affrontement, provoqué lui aussi par les ennemis de notre religion : Viva la muerte ! Mais dans la surenchère des passions politiques, la pure frénésie de destruction spirituelle qui fut celle des Fédéraux mexicains ne se mesure à aucune autre puisque la servitude, la mort-même du croyant ne l’apaisait pas. Et dans les hiérarchies de la résistance, suivant la grande leçon laissée par Soljénitsyne, plus fort que le soulèvement national contre l’Occupant, plus fort aussi que le combat contre le totalitarisme d’un Parti, il faut placer l’insurrection contre les assassins de l’âme, notre dernier réduit…

 

(à suivre, avec l'aimable autorisation de l'auteur)

 

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Benoît XVI, Verbum Domini - L’herméneutique de l’Écriture sainte dans l’Église 4

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 

Chrétiens et Juifs face aux Écritures

43. En considérant les étroites relations qui lient le Nouveau Testament à l’Ancien, notre attention se porte spontanément sur le lien particulier qui en résulte entre Chrétiens et Juifs, un lien qui ne devrait jamais être oublié. Aux Juifs, le Pape Jean-Paul II a déclaré: vous êtes «‘nos frères préférés’ dans la foi d’Abraham, notre patriarche».[141] Certes, cette déclaration ne signifie pas une méconnaissance des ruptures affirmées dans le Nouveau Testament à l’égard des institutions de l’Ancien Testament et encore moins, de l’accomplissement des Écritures dans le Mystère de Jésus-Christ, reconnu Messie et Fils de Dieu. Cependant, cette différence profonde et radicale n’implique aucunement une hostilité réciproque. L’exemple de saint Paul (cf. Rm 9-11) démontre, au contraire, qu’«une attitude de respect, d’estime et d’amour pour le Peuple juif est la seule attitude véritablement chrétienne dans cette situation qui fait mystérieusement partie du dessein, totalement positif, de Dieu».[142] Saint Paul, en effet, affirme à propos des Juifs que «le choix de Dieu en a fait des bien-aimés, et c’est à cause de leurs pères. Les dons de Dieu et son appel sont irrévocables» (Rm 11, 28-29).


En outre, saint Paul utilise la belle image de l’olivier pour décrire les relations très étroites entre Chrétiens et Juifs: l’Église des Gentils est comme un rameau d’olivier sauvage, greffé sur l’olivier franc qui est le Peuple de l’Alliance (cf. Rm 11, 17-24). Nous tirons donc notre nourriture des mêmes racines spirituelles. Nous nous rencontrons comme des frères, des frères qui à certains moments de leur histoire ont eu une relation tendue, mais qui sont maintenant fermement engagés dans la construction de ponts sur la base d’une amitié durable.[143] C’est encore le Pape Jean-Paul II qui disait: «Nous avons beaucoup en commun. Ensemble, nous pouvons faire beaucoup pour la paix, pour la justice et pour un monde plus fraternel et plus humain».[144]


Je désire réaffirmer encore une fois combien le dialogue avec les Juifs est précieux pour l’Église. Il est bon que, là où on en voit l’opportunité, se créent des occasions de rencontre et d’échange, y compris publiques, qui favorisent l’approfondissement de la connaissance mutuelle, de l’estime réciproque et de la collaboration, également dans l’étude des Saintes Écritures.


L’interprétation fondamentaliste de la Sainte Écriture

44. L’attention que nous avons voulu donner jusqu’à présent au thème de l’herméneutique biblique sous ses différents aspects nous permet d’aborder celui, apparu plusieurs fois au cours du débat synodal, de l’interprétation fondamentaliste de la Sainte Écriture.[145] Sur ce thème, la Commission biblique pontificale, dans le document sur L’interprétation de la Bible dans l’Église, a formulé des indications importantes. Dans ce contexte, je voudrais attirer l’attention surtout sur ces lectures qui ne respectent pas la nature authentique du texte sacré, favorisant des interprétations subjectives et arbitraires. En effet, le «littéralisme» mis en avant par la lecture fondamentaliste représente en réalité une trahison aussi bien du sens littéral que du sens spirituel, ouvrant la voie à des instrumentalisations de diverses natures, répandant par exemple des interprétations anti-ecclésiales des Écritures elles-mêmes. L’aspect problématique de la «lecture fondamentaliste est que, en refusant de tenir compte du caractère historique de la Révélation biblique, on se rend incapable d’accepter pleinement la vérité de l’Incarnation elle-même. Le fondamentalisme fuit l’étroite relation du divin et de l’humain dans les rapports avec Dieu (…) Pour cette raison, il tend à traiter le texte biblique comme s’il avait été dicté mot à mot par l’Esprit et n’arrive pas à reconnaître que la Parole de Dieu a été formulée dans un langage et une phraséologie conditionnés par telle ou telle époque».[146] Au contraire, le Christianisme perçoit dans les paroles la Parole, le Logos lui-même, qui fait rayonner son Mystère à travers cette multiplicité et la réalité d’une histoire humaine.[147] La véritable réponse à une lecture fondamentaliste est «la lecture croyante de l’Écriture Sainte, pratiquée depuis l’Antiquité dans la Tradition de l’Église, [Celle-ci] cherche la vérité qui sauve pour la vie de chaque fidèle et pour l’Église. Cette lecture reconnaît la valeur historique de la Tradition biblique. C’est précisément à cause de cette valeur de témoignage historique que celle-ci veut redécouvrir la signification vivante des Écritures Saintes destinées aussi à la vie du croyant d’aujourd’hui»,[148] sans ignorer, donc, la médiation humaine du texte inspiré et ses genres littéraires.


Le dialogue entre Pasteurs, théologiens et exégètes

45. L’herméneutique authentique de la foi entraîne avec elle certaines conséquences importantes dans le domaine de l’activité pastorale de l’Église. Précisément à ce propos, les Pères synodaux ont recommandé, par exemple, un lien plus étroit entre Pasteurs, exégètes et théologiens. Il est bon que les Conférences épiscopales favorisent ce type de rencontre «en vue de promouvoir une plus grande communion au service de la Parole de Dieu».[149] Une telle coopération aidera chacun à mieux remplir sa tâche propre au bénéfice de toute l’Église. En effet, s’inscrire sur l’horizon du travail pastoral signifie, également pour les chercheurs, se trouver face au texte sacré en tant que communication que le Seigneur fait aux hommes pour leur salut. C’est pourquoi, comme l’a déclaré la Constitution dogmatique Dei Verbum, il est recommandé que «les exégètes catholiques et ceux qui s’adonnent à la théologie sacrée, unissant avec zèle leurs forces, s’appliquent, sous la vigilance du Magistère sacré, et par le recours aux moyens appropriés, à scruter les divines lettres et à les présenter si bien que le plus grand nombre possible des serviteurs de la Parole divine puissent fournir au Peuple de Dieu, de façon fructueuse, l’aliment des Écritures, qui éclaire les esprits, affermit les volontés, enflamme le cœur des hommes pour l’amour de Dieu».[150]


Bible et œcuménisme

46. Dans la conscience que l’Église a d’être fondée sur le Christ, le Verbe de Dieu fait chair, le Synode a voulu souligner le caractère central des études bibliques dans le dialogue œcuménique en vue de la pleine expression de l’unité de tous les croyants dans le Christ.[151] Dans l’Écriture elle-même, en effet, nous trouvons la prière vibrante de Jésus au Père pour que ses disciples soient un afin que le monde croie (cf. Jn 17, 21). Tout cela nous renforce dans la conviction qu’écouter et méditer ensemble les Écritures nous fait vivre une communion réelle même si elle n’est pas encore pleine;[152] «l’écoute commune des Écritures nous pousse ainsi au dialogue de la charité et fait grandir celui de la vérité».[153] En effet, écouter ensemble la Parole de Dieu, pratiquer la Lectio divina de la Bible, se laisser surprendre par la nouveauté, qui jamais ne vieillit ou ne s’épuise, de la Parole de Dieu, dépasser notre surdité sur ces paroles qui ne s’accordent pas avec nos opinions et nos préjugés, écouter et étudier dans la communion avec les croyants de tous les temps: tout cela constitue un chemin à parcourir pour atteindre l’unité de la foi, en tant que réponse à l’écoute de la Parole.[154] Les paroles du Concile Vatican II étaient véritablement éclairantes: «Les Écritures Saintes sont, dans le dialogue [œcuménique] lui-même, des instruments insignes entre les mains puissantes de Dieu pour obtenir cette unité que le Sauveur offre à tous les hommes».[155] En conséquence, il est bon de développer l’étude, le débat et les célébrations œcuméniques de la Parole de Dieu, dans le respect des règles en vigueur et des diverses traditions.[156] Ces célébrations profitent à la cause de l’œcuménisme et, quand elles sont vécues dans leur sens véritable, elles constituent des moments intenses d’une authentique prière pour demander à Dieu de hâter le jour désiré où nous pourrons tous nous approcher de la même table et boire à l’unique calice. Cependant, dans la juste et louable promotion de ces moments, il faut faire en sorte qu’ils ne soient pas proposés aux fidèles en remplacement de la sainte Messe prévue les jours d’obligation.


Dans ce travail d’étude et de prière, nous reconnaissons avec sérénité également les aspects qui demandent à êtres approfondis et sur lesquels nous sommes encore éloignés, comme par exemple la compréhension du sujet qui, dans l’Église, fait autorité pour l’interprétation et le rôle décisif du Magistère.[157]


Je voudrais souligner, par ailleurs, ce qu’ont dit les Pères synodaux au sujet de l’importance, dans ce labeur œcuménique, des traductions de la Bible dans les différentes langues. Nous savons en effet que traduire un texte n’est pas une tâche purement mécanique mais fait partie en un certain sens du travail d’interprétation. À ce sujet, le vénérable Jean-Paul II a affirmé: «Ceux qui se rappellent quelle influence les débats autour de l’Écriture ont eue sur les divisions, surtout en Occident, peuvent comprendre l’avancée notable que représentent ces traductions communes».[158] En ce sens, la promotion des traductions communes de la Bible participe à l’effort œcuménique. Je désire remercier ici tous ceux qui portent cette grande responsabilité et les encourager à poursuivre leur tâche.


Conséquences sur l’organisation des études théologiques

47. Une autre conséquence qui dérive d’une herméneutique correcte de la foi concerne la nécessité d’en montrer les implications pour la formation exégétique et théologique, en particulier des candidats au sacerdoce. On doit faire en sorte que l’étude de la Sainte Écriture soit véritablement l’âme de la théologie dans la mesure où l’on reconnaît en elle la Parole de Dieu, qui s’adresse aujourd’hui au monde, à l’Église et à chacun personnellement. Il est important que les critères indiqués par le numéro 12 de la Constitution dogmatique Dei Verbum soient effectivement pris en considération et fassent l’objet d’un approfondissement. Qu’on évite de cultiver un concept de recherche scientifique, que l’on voudrait neutre face à l’Écriture. C’est pourquoi, en même temps que l’étude des langues dans lesquelles la Bible a été écrite et des méthodes d’interprétation qui conviennent, il est nécessaire que les étudiants aient une profonde vie spirituelle, de façon à saisir qu’on ne peut comprendre l’Écriture que si on la vit.


Dans cette perspective, je recommande que l’étude de la Parole de Dieu, transmise et écrite, ait lieu dans un esprit profondément ecclésial. Dans ce but, qu’on tienne justement compte, dans la formation académique, des interventions du Magistère sur cette thématique, lequel «n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais est à son service, n’enseignant que ce qui a été transmis, pour autant que, par mandat divin et avec l’assistance du Saint-Esprit, il écoute cette Parole pieusement, la garde saintement et l’expose fidèlement».[159] Il convient donc de veiller à ce que les études se déroulent dans la conviction que «selon le très sage dessein de Dieu, la sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église sont reliés et associés entre eux de telle façon qu’aucun d’entre eux ne subsiste sans les autres».[160] Je souhaite donc que, selon l’enseignement du Concile Vatican II, l’étude de l’Écriture Sainte, lue dans la communion de l’Église universelle, soit réellement comme l’âme des études théologiques.[161]


Les saints et l’interprétation de l’Écriture

48. L’interprétation de la Sainte Écriture demeurerait incomplète si on ne se mettait pas à l’écoute de qui a véritablement vécu la Parole de Dieu, c’est-à-dire les saints.[162] De fait, «viva lectio est vita bonorum».[163] En effet, l’interprétation la plus profonde de l’Écriture vient proprement de ceux qui se sont laissés modeler par la Parole de Dieu, à travers l’écoute, la lecture et la méditation assidue.


Ce n’est certainement pas un hasard si les grandes spiritualités qui ont marqué l’histoire de l’Église sont issues d’une référence explicite à l’Écriture. Je pense par exemple à saint Antoine abbé, mu par l’écoute des paroles du Christ: «Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi» (Mt 19, 21).[164] Le cas de saint Basile le Grand n’est pas moins suggestif, lui qui, dans l’opera Moralia s’interroge: «Qu’est-ce qui est le propre de la foi? C’est la pleine et indubitable certitude de la vérité des paroles inspirées par Dieu […] Qu’est-ce qui est le propre du fidèle? De se conformer avec cette totale certitude à ce qu’expriment les paroles de l’Écriture, et ne pas oser en retrancher ou en ajouter une seule».[165] Saint Benoît, dans sa Règle, renvoie à l’Écriture en tant que «norme parfaitement droite pour la vie humaine».[166] Saint François d’Assise – écrit Tommaso de Celano – «en entendant que les disciples du Christ ne devaient posséder ni or, ni argent, ni monnaie, ni prendre de besace, ni pain, ni bâton pour la route, ni avoir de sandales, ni deux tuniques … aussitôt, exultant dans l’Esprit Saint, s’exclama: ‘cela je le veux, cela je le demande, cela je désire le faire de tout mon cœur!’».[167] Sainte Claire d’Assise reprend pleinement à son compte l’expérience de saint François: «La forme de vie de l’Ordre des Sœurs pauvres (…) est celle-ci: observer le saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ».[168] Saint Dominique de Guzman aussi, «partout, se présentait comme un homme évangélique, dans ses paroles comme dans ses œuvres»[169] et il voulait que tels soient ses frères prédicateurs: «des hommes évangéliques».[170] Sainte Thérèse de Jésus, carmélite, qui dans ses écrits recourt continuellement à des images bibliques pour expliquer son expérience mystique, rappelle que Jésus lui-même lui révèle que «tout le mal du monde provient de l’absence de connaissance claire des vérités de l’Écriture Sainte».[171] Sainte Thérèse-de-l’Enfant-Jésus découvre l’Amour comme sa vocation personnelle en scrutant les Écritures, en particulier les chapitres 12 et 13 de la première Lettre aux Corinthiens;[172] c’est la même sainte qui décrit la fascination qu’exercent les Écritures: «Je n’ai qu’à jeter les yeux dans le saint Évangile, aussitôt je respire les parfums de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir».[173] Chaque saint représente comme un rayon de lumière qui jaillit de la Parole de Dieu: de même nous pensons à saint Ignace de Loyola dans sa recherche de la vérité et dans le discernement spirituel; à saint Jean Bosco dans sa passion pour l’éducation des jeunes; à saint Jean-Marie Vianney dans sa conscience de la grandeur du sacerdoce comme don et devoir; à saint Pio de Pietrelcina en tant qu’instrument de la miséricorde divine; à saint Josemaría Escrivá dans sa prédication sur l’appel universel à la sainteté; à la bienheureuse Teresa de Calcutta, missionnaire de la charité de Dieu pour les plus délaissés, et jusqu’aux martyrs du nazisme et du communisme, représentés, d’une part, par sainte Bénédicte de la Croix (Édith Stein), moniale carmélite, et, d’autre part, par le bienheureux Aloys Stepinac, Cardinal Archevêque de Zagreb.


49. La sainteté dans son rapport à la Parole de Dieu s’inscrit ainsi d’une certaine façon dans la tradition prophétique, où la Parole de Dieu prend à son service la vie même du prophète. En ce sens, la sainteté dans l’Église constitue une herméneutique de l’Écriture dont personne ne peut faire abstraction. L’Esprit Saint qui a inspiré les auteurs sacrés est le même qui conduit les saints à donner leur vie pour l’Évangile. Se mettre à leur école représente un chemin sûr pour entreprendre une interprétation vivante et efficace de la Parole de Dieu.


De ce lien entre Parole de Dieu et sainteté, nous avons eu un témoignage direct pendant la XIIe Assemblée du Synode, lorsque le 12 octobre, sur la place saint Pierre, s’est déroulée la canonisation de quatre nouveaux saints: le prêtre Gaetano Errico, fondateur de la Congrégation des Missionnaires des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie; Mère Maria Bernarda Bütler, née en Suisse et missionnaire en Équateur et en Colombie; Sœur Alphonsine de l’Immaculée Conception, première sainte canonisée née en Inde; la jeune laïque équatorienne Narcisa de Jésus Martillo Morán. Par leur vie, ils ont rendu témoignage pour le monde et pour l’Église à la fécondité éternelle de l’Évangile du Christ. Demandons au Seigneur que, par l’intercession de ces saints, canonisés précisément au cours de l’Assemblée synodale sur la Parole de Dieu, notre vie soit cette «bonne terre» sur laquelle le divin Semeur puisse semer la Parole afin qu’elle porte en nous des fruits de sainteté, «trente, soixante, cent pour un» (Mc 4, 20).

 


 

 

[141]  Jean-Paul II, Message au Grand Rabbin de Rome (22 mai 2004). La DC n. 2316, p. 553.
[142]  Commission Biblique Pontificale, Le peuple juif et ses Écritures saintes dans la Bible chrétienne (24 mai 2001), n. 87: Ench. Vat. 20, n. 1150.
[143]  Cf. Benoît XVI, Discours de congé à l’aéroport international Ben Gourion de Tel Aviv (15 mai 2009): L’ORf, 26 mai 2009, p. 13.
[144]  Jean-Paul II, Discours aux grands rabbins d’Israël
(23 mars 2000), La DC n. 2224, p. 372.
[145]  Cf. Propositions 46 et 47.
[146]  Commission Biblique Pontificale, L’interprétation de la Bible dans l’Église (15 avril 1993), I, F; pp. 62-63: Ench. Vat. 13, n. 2974
[147]  Cf. Benoît XVI, Rencontre avec le monde de la culture au Collège des Bernardins de Paris (12 septembre 2008): AAS 100 (2008), p. 726.
[148] Proposition 46.
[149] Proposition 28.
[150]  Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, n. 23.
[151]  On rappelle cependant qu’en ce qui concerne les Livres dits deutérocanoniques de l’Ancien Testament et leur inspiration, les Catholiques et les Orthodoxes n’ont pas exactement le même canon biblique que les Anglicans et les Protestants.
[152]  Cf. XIIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Relatio post disceptationem, n. 36.
[153] Proposition 36.
[154]  Cf. Benoît XVI, Discours au IXe Conseil ordinaire du Secrétariat général du Synode des Évêques (25 janvier 2007): AAS 99 (2007), pp. 85-86.
[155]  Conc. Œcum. Vat. II, Décret sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio, n. 21.
[156]  Cf. Proposition 36.
[157]  Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, n. 10.
[158]  Lett. enc. Ut unum sint, (25 mai 1995), n. 44: AAS 87 (1995), p. 947.
[159]  Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, n. 10.
[160] Ibidem.
[161]  Cf. Ibid., n. 24.
[162]  Cf. Proposition 22.
[163]  S. Grégoire le Grand, Moralia in Job XXIV, VIII, 16: PL 76, 295.
[164]  Cf. Saint Athanase, Vita Antonii, 2, 4: PL 73, 127.
[165] Moralia, Regula : LXXX, XXII, PG 31, 867.
[166] Règle, n. 73, 3: SC 182, p. 673.
[167]  Tommaso de Celano, La vita prima di S. Francesco,
22, 2-3: FF 670.672.
[168] Règle, I, 1-2: FF 2292.
[169]  B. Giordano da Sassonia, Libellus de principiis Ordinis Praedicatorum, 104 : Monumenta Fratrum Praedicatorum Historica, Roma 1935, 16, p. 75.
[170]  Ordre des Frères Prêcheurs, Premières Constitutions ou Consuetudines, II, XXXI.
[171] Vie 40, 1.
[172]  Cf. Histoire d’une âme, Ms B, foglio 3 recto.
[173] Ibidem, Ms C, foglio 35 verso.


Benoît XVI, Verbum Domini - L’herméneutique de l’Écriture sainte dans l’Église 3

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Le nécessaire dépassement de la lettre

38. Dans la saisie de l’articulation entre les différents sens de l’Écriture, il devient alors décisif de comprendre le passage de la lettre à l’esprit. Il ne s’agit pas d’un passage automatique et spontané; il faut plutôt un dépassement de la lettre: «la Parole de Dieu, en effet, n’est jamais simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l’atteindre, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble des textes et, à partir de là, doit également devenir un processus vital».[125] Nous découvrons ainsi pourquoi le processus d’interprétation authentique n’est jamais purement intellectuel mais aussi vital, pour lequel est requis une pleine implication dans la vie ecclésiale, en tant que vie «sous la conduite de l’Esprit de Dieu» (Ga 5, 16). De cette façon, les critères mis en évidence par le numéro 12 de la Constitution dogmatique Dei Verbum deviennent plus clairs: un tel dépassement ne peut être réalisé à partir d’un seul fragment littéraire mais en lien avec la totalité de l’Écriture. C’est en effet en direction d’une Parole unique que nous sommes appelés à opérer ce dépassement. Un tel processus comporte un caractère dramatique profond puisque, dans le processus de dépassement, le passage qui s’accomplit dans l’Esprit rencontre inévitablement la liberté de chacun. Saint Paul a pleinement vécu ce passage dans sa propre existence. Ce que signifie le dépassement de la lettre et sa compréhension uniquement à partir du tout, il l’a exprimé de façon radicale dans la phrase: «la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie» (2 Co 3, 6). Saint Paul découvre que «l’Esprit qui rend libre possède un nom et donc que la liberté a une mesure intérieure: “Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté” (2 Co 3, 6). L’Esprit qui rend libre ne se réduit pas à l’idée ou à la vision personnelle de celui qui interprète. L’Esprit, c’est le Christ et le Christ est le Seigneur qui nous indique le chemin».[126] Nous savons aussi combien, pour saint Augustin, ce passage fut à la fois dramatique et libérateur; il crut aux Écritures, qui lui apparurent dans un premier temps si particulières et en même temps grossières, uniquement grâce à ce dépassement qu’il apprit de saint Ambroise à travers l’interprétation typologique, selon laquelle tout l’Ancien Testament est un chemin vers Jésus-Christ. Pour saint Augustin, le dépassement de la lettre a rendu crédible la lettre elle-même et lui a permis de trouver enfin la réponse aux profondes inquiétudes de son âme, assoiffée de la vérité.[127]


L’unité intrinsèque de la Bible

39. À l’école de la grande Tradition de l’Église, nous apprenons à saisir également dans le passage de la lettre à l’esprit l’unité de toute l’Écriture, puisque unique est la Parole de Dieu qui interpelle notre vie en l’appelant constamment à la conversion.[128] Les expressions d’Hugues de Saint-Victor demeurent un guide sûr pour nous: «Toute l’Écriture divine constitue un Livre unique et ce Livre unique, c’est le Christ, il parle du Christ et trouve dans le Christ son accomplissement».[129] Envisagé sous l’aspect purement historique ou littéraire, la Bible n’est certainement pas simplement un livre, mais un recueil de textes littéraires, dont la composition s’étend sur plus d’un millénaire et dont chaque livre n’est pas aisément reconnaissable comme faisant partie d’un tout; il existe au contraire entre ces textes des tensions visibles. Ceci vaut déjà dans la Bible d’Israël que nous, Chrétiens, appelons l’Ancien Testament. Et cela vaut plus encore quand nous, en tant que Chrétiens, relions le Nouveau Testament et ses écrits, presque comme clé herméneutique, avec la Bible d’Israël, l’interprétant comme un chemin vers le Christ. Dans le Nouveau Testament, en général, le terme «l’Écriture» (cf. Rm 4, 3; 1 P 2, 6) n’est pas utilisé, mais plutôt «les Écritures» (cf. Mt 21, 43; Jn 5, 39; Rm 1, 2; 2 P 3, 16), qui, néanmoins, sont ensuite considérées dans leur ensemble comme l’unique Parole de Dieu qui nous est adressée.[130] Il apparaît ainsi clairement comment la personne du Christ donne son unité aux «Écritures» en référence à l’unique «Parole». Ainsi, on comprend ce qu’affirme le numéro 12 de la Constitution dogmatique Dei Verbum, en indiquant l’unité interne de la Bible comme le critère décisif pour une herméneutique correcte de la foi.


Le rapport entre l’Ancien et le Nouveau Testament

40. Dans la perspective de l’unité des Écritures dans le Christ, il est nécessaire pour les théologiens comme pour les Pasteurs d’être conscients des relations qui existent entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Avant tout, il est évident que le Nouveau Testament lui-même reconnaît l’Ancien Testament comme Parole de Dieu et c’est pourquoi il accueille l’autorité des Saintes Écritures du peuple juif.[131] Il le reconnaît implicitement en recourant au même langage et en faisant fréquemment allusion à des passages de ces Écritures. Il le reconnaît explicitement parce qu’il en cite de nombreux extraits et qu’il s’en sert pour argumenter. Une argumentation fondée sur des textes de l’Ancien Testament possède ainsi dans le Nouveau Testament une valeur décisive, supérieure à celle des raisonnements purement humains. Dans le quatrième Évangile, Jésus déclare à ce propos que «l’Écriture ne peut être abolie» (Jn 10, 35) et saint Paul précise en particulier que la Révélation de l’Ancien Testament continue à valoir pour nous Chrétiens (cf. Rm 15, 4; 1 Co 10, 11).[132] En outre, nous affirmons que «Jésus de Nazareth était un Juif et que la Terre Sainte est la terre-mère de l’Église».[133] La racine du Christianisme se trouve dans l’Ancien Testament et le Christianisme se nourrit toujours de cette racine. Aussi, la saine doctrine chrétienne a-t-elle toujours refusé toute forme récurrente de marcionisme qui tend, de diverses manières, à opposer l’Ancien et le Nouveau Testament.[134]


Par ailleurs, le Nouveau Testament lui-même s’affirme conforme à l’Ancien et proclame que dans le Mystère de la vie, de la mort et de la Résurrection du Christ, les Saintes Écritures du Peuple juif ont trouvé leur parfait accomplissement. Il faut observer cependant que le concept d’accomplissement des Écritures est complexe, parce qu’il possède une triple dimension: un aspect fondamental de continuité avec la Révélation de l’Ancien Testament, un aspect de rupture et un aspect d’accomplissement et de dépassement. Le Mystère du Christ est en continuité d’intention avec le culte sacrificiel de l’Ancien Testament; il s’est cependant réalisé d’une manière très différente, qui correspond à plusieurs oracles des prophètes, et il a atteint ainsi une perfection jamais obtenue auparavant. L’Ancien Testament, en effet, est plein de tensions entre ses aspects institutionnels et ses aspects prophétiques. Le Mystère pascal du Christ est pleinement conforme – d’une façon qui toutefois était imprévisible – aux prophéties et à l’aspect préfiguratif des Écritures; néanmoins, il présente des aspects évidents de discontinuité par rapport aux institutions de l’Ancien Testament.


41. Ces considérations manifestent ainsi l’importance incontournable de l’Ancien Testament pour les Chrétiens, mais en même temps, mettent en évidence l’originalité de la lecture christologique. Depuis les temps apostoliques et ensuite dans la Tradition vivante, l’Église a mis en lumière l’unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la typologie, laquelle n’a pas un caractère arbitraire mais est intrinsèque aux événements racontés par le texte sacré et concerne par voie de conséquence toute l’Écriture. La typologie «discerne dans les œuvres de Dieu sous l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné».[135] Les Chrétiens lisent donc l’Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. Si la lecture typologique révèle l’inépuisable contenu de l’Ancien Testament en relation avec le Nouveau, cela ne doit toutefois pas conduire à oublier qu’il conserve sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). En conséquence, «le Nouveau Testament demande aussi d’être lu à la lumière de l’Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (1 Co 5, 6-8; 1 Co 10, 1-11)».[136] Les Pères synodaux ont pour cette raison affirmé que «la compréhension juive de la Bible peut aider les Chrétiens dans l’intelligence et l’étude des Écritures».[137]


«Le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien et l’Ancien est révélé dans le Nouveau»,[138] c’est ainsi qu’avec une profonde sagesse, saint Augustin s’exprimait sur ce thème. Il est donc important qu’aussi bien dans la pastorale que dans le milieu académique, soit bien mise en évidence la relation intime entre les deux Testaments, en rappelant avec saint Grégoire-le-Grand que ce que «l’Ancien Testament a promis, le Nouveau Testament l’a fait voir; ce que celui-là annonçait de façon cachée, celui-ci le proclame ouvertement comme présent. C’est pourquoi l’Ancien Testament est prophétie du Nouveau Testament; et le meilleur commentaire de l’Ancien Testament est le Nouveau Testament».[139]


Les pages «obscures» de la Bible

42. Dans le contexte de la relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament, le Synode a aussi abordé le thème des pages de la Bible qui se révèlent obscures et difficiles en raison de la violence et de l’immoralité qu’elles contiennent parfois. À ce sujet, il faut avant tout tenir compte du fait que la Révélation biblique est profondément enracinée dans l’histoire. Le dessein de Dieu s’y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes. Dieu choisit un peuple et l’éduque avec patience. La Révélation s’adapte au niveau culturel et moral d’époques lointaines et rapporte par conséquent des faits et des usages, par exemple des manœuvres frauduleuses, des interventions violentes, l’extermination de populations, sans en dénoncer explicitement l’immoralité. Cela s’explique par le contexte historique, mais peut surprendre le lecteur moderne, surtout lorsqu’on oublie les nombreux comportements «obscurs» que les hommes ont toujours eus au long des siècles, et cela jusqu’à nos jours. Dans l’Ancien Testament, la prédication des prophètes s’élève vigoureusement contre tout type d’injustice et de violence, collective ou individuelle, et elle est de cette façon l’instrument d’éducation donné par Dieu à son Peuple pour le préparer à l’Évangile. Il serait donc erroné de ne pas considérer ces passages de l’Écriture qui nous apparaissent problématiques. Il faut plutôt être conscient que la lecture de ces pages requiert l’acquisition d’une compétence spécifique, à travers une formation qui lit les textes dans leur contexte historico-littéraire et dans la perspective chrétienne qui a pour ultime clé herméneutique «l’Évangile et le Commandement nouveau de Jésus-Christ accompli dans le Mystère pascal».[140] J’exhorte donc les chercheurs et les Pasteurs à aider tous les fidèles à s’approcher aussi de ces pages à travers une lecture qui fasse découvrir leur signification à la lumière du Mystère du Christ.

 



 

[125]  Benoît XVI, Rencontre avec le monde de la culture au Collège des Bernardins de Paris (12 septembre 2008): AAS 100 (2008),
p. 726.
[126] Ibidem.
[127]  Cf. Benoît XVI, Audience générale (9 janvier 2008): L’ORf, 15 janvier 2008, p. 12.
[128]  Cf. Proposition 29.
[129] De arca Noe, 2, 8: PL 176, 642 C-D.
[130]  Cf. Benoît XVI, Rencontre avec le monde de la culture au Collège des Bernardins de Paris (12 septembre 2008): AAS 100 (2008), p. 725.
[131]  Cf. Proposition 10; Commission Biblique Pontificale, Le peuple juif et ses Écritures saintes dans la Bible chrétienne (24 mai 2001), n. 3-5: Ench. Vat. 20, nn. 748-755.
[132]  Cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 121-122.
[133] Proposition 52.
[134]  Cf. Préface à Commission Biblique Pontificale, Le peuple juif et ses Écritures saintes dans la Bible chrétienne (24 mai 2001), 19: Ench. Vat. 20, nn. 799-801; cf. Origène, Homélies sur les Nombres 9, 4: SC 415, p. 238-242.
[135] Catéchisme de l’Église catholique, 128.
[136] Ibidem, 129.
[137] Proposition 52.
[138] Questiones in Heptateuchum, 2, 73: PL 34, 623.
[139] Homiliae in Ezechielem, I, VI, 15: PL, 76, 836 B.
[140] Proposition 29.

Benoît XVI, Verbum Domini - L’herméneutique de l’Écriture sainte dans l’Église 2

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L’herméneutique biblique conciliaire: une indication à recevoir

34. Sur cet horizon, il est possible de mieux apprécier les grands principes d’interprétation propre à l’exégèse catholique exprimés au Concile Vatican II, particulièrement dans la Constitution dogmatique Dei Verbum: «Puisque Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes, l’interprète de la Sainte Écriture, pour percevoir ce que Dieu Lui-même a voulu nous communiquer, doit chercher attentivement ce que les hagiographes ont réellement eu l’intention de dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire savoir par leurs paroles».[106] D’une part, le Concile indique l’étude des genres littéraires et du contexte, comme éléments fondamentaux pour saisir la signification de l’hagiographe. D’autre part, la Sainte Écriture devant être interprétée dans le même Esprit que celui dans lequel elle a été écrite, la Constitution dogmatique indique trois critères de base pour tenir compte de la dimension divine de la Bible: 1) interpréter le texte en tenant compte de l’unité de l’ensemble de l’Écriture – on parle aujourd’hui d’exégèse canonique; 2) tenir compte ensuite de la Tradition vivante de toute l’Église, et 3) respecter enfin l’analogie de la foi. «Seulement dans le cas où les deux niveaux méthodologiques, celui de nature historique et critique et celui de nature théologique, sont observés, on peut alors parler d’une exégèse théologique, d’une exégèse adaptée à ce Livre».[107]


Les Père synodaux ont affirmé avec raison que le fruit positif apporté par l’usage de la recherche historico-critique moderne est incontestable. Toutefois, alors que l’exégèse académique actuelle, y compris catholique, travaille à un haut niveau sur le plan de la méthodologie historico-critique en intégrant les apports les plus récents, il convient d’exiger une étude similaire de la dimension théologique des textes bibliques afin que progresse l’approfondissement selon les trois éléments indiqués par la Constitution dogmatique Dei Verbum.[108]


Le péril du dualisme et l’herméneutique sécularisée

35. Il convient de signaler à ce sujet le risque grave d’un dualisme qui apparaît aujourd’hui dans l’approche des Saintes Écritures. En effet, en distinguant les deux niveaux d’approche, il ne s’agit pas de les séparer, ni de les opposer, ni simplement de les juxtaposer. Ils sont liés l’un à l’autre. Malheureusement, il n’est pas rare qu’une séparation infructueuse des deux engendre une hétérogénéité entre exégèse et théologie, qui «touche aussi les niveaux académiques les plus élevés».[109] Je voudrais ici rappeler les conséquences les plus préoccupantes qu’il convient d’éviter.


a) Avant tout, si l’activité exégétique se réduit seulement au premier niveau, cela a pour conséquence de faire de l’Écriture même un texte du passé: «On peut en tirer des conséquences morales, on peut en apprendre l’histoire, mais le livre en tant que tel, parle seulement du passé et l’exégèse n’est plus véritablement théologique, mais devient une pure historiographie, une histoire de la littérature».[110] Il est clair qu’avec une telle réduction, on ne peut en aucune façon comprendre l’événement de la Révélation de Dieu par sa Parole qui se transmet à nous dans la Tradition vivante et dans l’Écriture.


b) Le déficit d’une herméneutique de la foi à l’égard de l’Écriture ne se résume pas seulement en termes d’absence; à sa place s’inscrit inévitablement une autre herméneutique, une herméneutique sécularisée, positiviste, dont la clé fondamentale est la conviction que le divin n’apparaît pas dans l’histoire humaine. Selon cette herméneutique, lorsqu’il semble qu’existe un élément divin, on doit l’expliquer d’une autre façon et tout ramener à la dimension humaine. En conséquence, on propose des interprétations qui nient l’historicité des éléments divins.[111]


c) Une telle position ne peut que produire des dégâts dans la vie de l’Église, répandant un doute sur les Mystères fondamentaux du Christianisme et sur leur valeur historique, comme par exemple l’institution de l’Eucharistie et la Résurrection du Christ. On impose alors une herméneutique philosophique, qui nie la possibilité de l’entrée et de la présence du divin dans l’histoire. L’acceptation d’une telle herméneutique dans les études théologiques introduit inévitablement un dualisme pesant entre l’exégèse, qui s’établit uniquement sur le premier niveau et la théologie qui s’ouvre à la dérive d’une spiritualisation du sens des Écritures qui ne respecte pas le caractère historique de la Révélation.


Cette position ne peut qu’avoir un résultat négatif tant sur la vie spirituelle que sur l’activité pastorale; «la conséquence de l’absence du second niveau méthodologique est qu’il s’est créé un profond fossé entre exégèse scientifique et Lectio divina; il en ressort parfois une forme de perplexité également dans la préparation des homélies».[112] On doit aussi signaler qu’un tel dualisme produit parfois incertitude et manque de solidité dans le chemin de formation intellectuelle de certains candidats aux ministères ordonnés.[113] En définitive, «là où l’exégèse n’est pas théologie, l’Écriture ne peut être l’âme de la théologie, et vice versa, là où la théologie n’est pas essentiellement interprétation de l’Écriture dans l’Église, cette théologie n’a plus de fondement».[114]Il est donc nécessaire de se décider fermement à considérer avec davantage d’attention les indications données par la Constitution dogmatique Dei Verbum sur ce point.


Foi et raison dans l’approche de l’Écriture

36. Je crois que ce qu’a écrit le Pape Jean-Paul II à ce sujet dans l’encyclique Fides et ratio peut contribuer à une compréhension plus complète de l’exégèse et, donc, de son rapport avec toute la théologie. Il affirmait qu’il ne faut pas sous-estimer «le danger inhérent à la volonté de faire découler la vérité de l’Écriture Sainte de l’application d’une méthodologie unique, oubliant la nécessité d’une exégèse plus large qui permet d’accéder, avec toute l’Église, au sens plénier des textes. Ceux qui se consacrent à l’étude des Saintes Écritures doivent toujours avoir présent à l’esprit que les diverses méthodologies herméneutiques ont, elles aussi, à leur base une conception philosophique: il convient de l’examiner avec discernement avant de l’appliquer aux textes sacrés».[115]


Cette réflexion clairvoyante nous permet d’observer comment, dans l’approche herméneutique de la Sainte Écriture, se joue inévitablement le rapport correct entre foi et raison. En effet, l’herméneutique sécularisée de la Sainte Écriture se place comme l’acte d’une raison qui veut structuralement exclure la possibilité que Dieu entre dans la vie des hommes et qu’il parle aux hommes en une parole humaine. Dans ce cas, il est donc nécessaire d’inviter à élargir les espaces de la rationalité elle-même.[116] C’est pourquoi dans l’utilisation des méthodes d’analyse historique, on devra éviter de prendre à son compte, là où ils se présentent, des critères qui, au préalable, se ferment à la Révélation de Dieu dans la vie des hommes. L’unité des deux niveaux du travail d’interprétation de la Sainte Écriture présuppose, en définitive, une harmonie entre la foi et la raison. D’une part, il faut une foi qui, maintenant un rapport adéquat avec la droite raison, ne dégénère jamais en fidéisme, fauteur d’une lecture fondamentaliste de l’Écriture. D’autre part, il faut une raison qui, en recherchant les éléments historiques présents dans la Bible, se montre ouverte et ne refuse pas a priori tout ce qui excède sa propre mesure. Du reste, la religion du Verbe incarné ne pourra que se montrer profondément raisonnable à l’homme qui cherche sincèrement la vérité et le sens ultime de sa vie et de l’histoire.


Sens littéral et sens spirituel

37. Une écoute renouvelée des Pères de l’Église et de leur approche exégétique contribuera de façon significative à revaloriser une herméneutique adéquate de l’Écriture, comme l’Assemblée synodale l’a affirmé.[117] En effet, les Pères de l’Église nous offrent encore aujourd’hui une théologie de grande valeur parce que centrée sur l’étude de l’Écriture Sainte dans son intégralité; ils sont d’abord et avant tout des «commentateurs de la Sainte Écriture».[118] Leur exemple peut «enseigner aux exégètes modernes une approche vraiment religieuse de la Sainte Écriture, ainsi qu’une interprétation qui s’en tienne constamment au critère de communion avec l’expérience de l’Église, qui chemine dans l’histoire sous la conduite de l’Esprit Saint».[119]


Ignorant, bien sûr, les ressources d’ordre philologique et historique qui sont à la disposition de l’exégèse moderne, la Tradition patristique et médiévale savait reconnaître les divers sens de l’Écriture en commençant par le sens littéral, celui qui est «signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation».[120] Par exemple, saint Thomas d’Aquin affirme: «tous les sens de la Sainte Écriture se basent sur le sens littéral».[121] Il est nécessaire, cependant, de rappeler qu’au temps patristique et médiéval, toute forme d’exégèse, y compris littérale, était conduite sur la base de la foi et ne faisait pas nécessairement la distinction entre sens littéral et sens spirituel. Rappelons ici la distinction classique qui établit la relation entre les divers sens de l’Écriture:


«Littera gesta docet, quid credas allegoria,
Moralis quid agas, quo tendas anagogia
.

Le sens littéral enseigne les événements, l’allégorie ce qu’il faut croire,
le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie vers quoi il faut tendre».[122]


Notons ici l’unité et l’articulation entre sens littéral et sens spirituel, lequel se subdivise en trois sens, avec lesquels sont décrits les contenus de la foi, de la morale et de la tension eschatologique.


En définitive, en reconnaissant la valeur et la nécessité, même avec ses limites, de la méthode historico-critique, nous apprenons de l’exégèse patristique que «on n’est fidèle à l’intentionnalité des textes bibliques que dans la mesure où l’on essaie de retrouver, au cœur de leur formulation, la réalité de foi qu’ils expriment et où l’on relie cette réalité à l’expérience croyante de notre monde».[123] C’est seulement dans cette perspective que l’on peut reconnaître que la Parole de Dieu est vivante et s’adresse à chacun dans l’actualité de sa vie. En ce sens, l’affirmation de la Commission biblique pontificale demeure pleinement valable, qui définit le sens spirituel selon la foi chrétienne comme «le sens exprimé par les textes bibliques lorsqu’on les lit sous l’influence de l’Esprit Saint dans le contexte du Mystère pascal du Christ et de la vie nouvelle qui en résulte. Ce contexte existe effectivement. Le Nouveau Testament y reconnaît l’accomplissement des Écritures. Il est donc normal de relire les Écritures à la lumière de ce nouveau contexte, qui est celui de la vie dans l’Esprit».[124]



 
[106]  N. 12.

[107]  Benoît XVI, Aux participants de la XIVeCongrégation Générale du Synode des Évêques (14 octobre 2008); La DC n. 2412, p. 1015; cf. Proposition 25.

[108]  Cf. Proposition 26.
[109] Proposition 27.
[110]  Benoît XVI, Aux participants de la XIVeCongrégation Générale du Synode des Évêques (14 octobre 2008); La DC n. 2412, pp. 1015-1016; Proposition 26.
[111]  Cf. Ibid.
[112] Ibid.
[113]  Cf. Proposition 27.
[114]  Benoît XVI, Aux participants de la XIVeCongrégation Générale du Synode des Évêques (14 octobre 2008); La DC n. 2412, pp. 1015-1016.
[115]  Jean-Paul II, Lett. enc. Fides et ratio (14 septembre 1998), n. 55: AAS 91 (1999), pp. 49-50.
[116]  Cf. Benoît XVI, Discours au 4eme Congrès national ecclésial d’Italie (19 octobre 2006): AAS 98 (2006), pp. 804-815; L’ORf, 24 octobre 2006, p. 3-4.
[117]  Cf. Proposition 6.
[118]  Cf. Saint Augustin, De libero arbitrio, III, XXI, 59:
PL 32, 1300; De Trinitate, II, I, 2: PL 42, 845.
[119]  Congrégation pour l’Éducation Catholique, Instr. Inspectis dierum (10 novembre 1989), n. 26: AAS 82 (1990), p. 618.
[120] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 116.
[121] Summa Theologiae, I, q.1, a.10, ad 1.
[122] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 118.
[123]  Commission Biblique Pontificale, L’interprétation de la Bible dans l’Église (15 avril 1993), II, A, 2: Ench. Vat. N. 2987.
[124] Ibid., II, B, 2: Ench. Vat. 13, n. 3003.

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