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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a 2010-2011

Le Christ, Berger ou Roi? - Homélie Solennité du Christ Roi de l'Univers A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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La liturgie d'aujourd'hui nous fait redécouvrir le vrai sens du mot "roi". Le Christ est Roi, mais pas à la manière des rois ou des puissants de ce monde.

À vrai dire, l'on pourrait s'ètonner, en écoutant ces lectures, du fait que le thème principal de cette fête de l'année À est celui du berger, et non pas du roi. Il faudrait donc parler de la fête du Christ Berger, plutôt que de celle du Christ Roi.

En réalité, il n'y a aucune opposition entre le berger et le roi dans la culture biblique. Le couple de berger/roi est loin d'être inconnu: David lui-même, dont Jésus est le descendant, était berger et roi (1 S 17, 14-16).

C'est le berger qui fait le troupeau, rassemble les brebis dispersées, et les mène avec son bâton jusqu'aux verts påturages. Le sceptre des rois, de même que la crosse de l'évêque, n'est autre que le bâton du berger.

À l'époque de l'Exil, les rois d'Israel sont jugés sur leur capacité ou non d'avoir su rassembler le troupeau d'Israël. Il faut bien dire que le bilan n'était guère brillant. Aussi, le prophète se fait-il l'écho de Samuel, si réticent à répondre à la requête du peuple d'avoir un roi comme les autres nations.

Ici, c'est Dieu qui prend les rênes. Lui, qui est Seigneur et Roi, ne l'est pas à l'image de ces rois qui ont oublié leur mission première de berger. Dieu sera lui-même le Roi-Berger de son peuple pour le ramener à Sion, soigner les brebis affaiblies et faire le tri dans le troupeau.

 

On ne saurait trouver meilleure réponse à Ézéchiel que le psaume 23 (22). Aujourd'hui, parler d'un troupeau de moutons n'est guère un compliment. Mais à une époque où l'on sait que le seul moyen de survivre est de se rassembler, on est en quête de bergers qui puissent assurer la vie et la survie du troupeau. On n'est pas prêt à suivre n'importe qui: il faut que le chemin proposé soit celui de l'Alliance, celui de l'élection. Peu à peu, ce psaume en viendra à évoquer le Messie, le Roi-Berger choisi par Dieu pour apporter le repos à Israël auprès de sa maison en Sion, objet de toute l'espérance portée par les prophètes du retour de l'exil. Ce Roi-Berger est celui qui est avec le croyant. Celui-ci n'a donc rien à craindre: son bâton le guide et le rassure. Et même: il prépare la table (= l'Eucharistie) pour lui devant ses ennemis.

 

Saint Paul, lui, ne reprend pas l'image du Roi-Berger, mais celle du Roi-Serviteur, ce qui revient au même. Le Christ, le Messie, l'Élu, n'a pas conquis ni conservé la vie de son Peuple par la force des armes, mais en versant son sang, en s'abaissant par amour au rang d'esclave pour recevoir du Père le titre de Roi. "Le berger donne sa vie pour les brebis", dira le Christ en S. Jean. Pour S. Paul, l'exaltation du Christ dans la résurrection est la preuve irréfutable qu'il a reçu du Père un règne que nul roi en Israël, pas même David, n'avait jusqu'alors exercé, puisque ce règne d'amour est vainqueur même de la mort. Cette mort est l'ultime exil d'où le Christ rassemblera tous les hommes. Les frontières sont abolies: le salut est offert à toutes les nations.

 
Sören Kierkegaard, un philosophe luthérien, a écrit:

"L'au-delà, et donc le jugement, est devenu une plaisanterie, une exigence tellement incertaine que l'on se divertit même à la pensée qu'à une époque cette idée transformait la vie humaine tout entière."

 
On peut tenter de se réconforter en disant que, de toute façon, le jour du jugement est bien loin, peut-être à des millions d'années... C'est encore Jésus, à travers l'Évangile, qui répond:

 
"Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme" (Lc 12, 20).

 
Alors, Berger ou Roi: on a le droit d'avoir ses préférences. Ste Thérèse ne préférait-elle pas regarder la Vierge Marie comme mère plutôt que comme Reine? "Elle est Mère plus que Reine", disait-elle même. De même, on peut préférer invoquer le Christ comme Berger, plutôt que comme Roi. Mais la grande tentation, c'est d'ériger nos préférences en exclusivité absolue. Ste Thérèse ne niait pas que la Vierge Marie était Reine aussi. Si nous préférons l'image du Christ Berger à celle du Christ Roi, nous en avons le droit. Mais attention de ne pas rejeter ce que nous aimons moins entendre. Au cours du Temps pascal, il y a le dimanche du Bon Berger. Mais à la fin de l'année liturgique, c'est le dimanche du Christ-Roi. Cela fait donc partie de notre foi, et nous n'avons pas le droit de passer cette partie sous silence.


Par exemple, j'ai eu l'occasion de lire, dans un commentaire de cette fête, la réflexion suivante:


"On n'en finit pas avec les images de la puissance. Jésus a eu beau se faire tout petit, faible, meurtri, on nous parle encore de roi, le Christ Roi! On croyait déjà en avoir fini avec le Pére tout-puissant et voilà qu'il revient dans les prières et les formules de la messe d'aujourd'hui. Quand le christianisme aura-t-il tourné le dos à ce modèle autoritaire que Jésus est venu précisément contester? Dieu n'est qu'amour et sa seule puissance est la force désarmée du don de soi."


Eh bien, si vous prenez à votre compte ce genre de propos, vous n'êtes plus dans la foi catholique! Ces bêtises-là correspondent en gros au refus de l'image paternelle dans les années qui précédèrent et suivirent mai '68.


Je ne peux m'empêcher de penser à une anecdote qui en dit long sur cet état d'esprit. En Terre Sainte, à Bethphagé, sur le lieu où l'on situe le départ de la procession des Rameaux, il y a un bloc de pierre qu'on a longtemps considéré comme le soubassement qui avait servi au Christ pour monter sur l'âne qui devait le mener à Jérusalem. Or, voici que le peintre roman qui a décoré cette base à représenté Jésus ... à cheval. Pensez donc, quelle erreur! Jésus, qui n'avait voulu comme monture que le petit d'une ânesse, se voyait attribuer un destrier prêt à la bataille!


Plus d'un accompagnateur, guide diplômé, tout comme il faut, s'est gaussé de cette "méprise" et à glosé sur ce christianisme "mal éclairé". La vérite, c'est que si méprise il y a, ce n'est pas à l'artiste du Moyen-Âge mais au guide du 21e siècle qu'il faut l'attribuer. Le peintre, plus théologien que nombre de guides actuels, ne faisait qu'évoquer l'Apocalypse (19, 11-16). Je vous invite à lire ce passage, et à le graver dans votre mémoire.

 

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Le Christ, Berger ou Roi? - Homélie Solennité du Christ Roi de l'Univers A
Le Christ, Berger ou Roi? - Homélie Solennité du Christ Roi de l'Univers A

Donner à César ce que Dieu veut que nous donnions à César - Homélie 29° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

 

29 TOA ev

 

L’Evangile de ce dimanche s’achève par une phrase lapidaire de Jésus, désormais bien connue :

 

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

 

Non pas ou bien César, ou bien Dieu, mais l’un et l’autre, chacun à son niveau. C’est le principe de la séparation entre religion et politique, jusqu’alors inséparables chez tous les peuples et sous tous les régimes.

 

Les juifs, eux aussi, étaient habitués à concevoir le futur règne de Dieu, instauré par le Messie, comme une théocratie, c’est-à-dire comme un gouvernement direct de Dieu sur la terre à travers son peuple. Le Christ, en revanche, révèle un règne de Dieu qui est dans le monde, mais pas de ce monde, un règne qui avance sur une longueur d’onde différente, et qui peut, par conséquent, coexister avec n’importe quel régime, qu’il soit de type sacré ou « laïc ».

 

Deux types différents de souveraineté de Dieu sur le monde sont ainsi révélés : la souveraineté spirituelle (le règne de Dieu, exercé directement en Jésus Christ), et la souveraineté temporelle ou politique que Dieu exerce indirectement, en la confiant au libre choix des personnes et au jeu des causes secondes.

 

César et Dieu ne sont toutefois pas situés sur le même plan, car César dépend lui aussi de Dieu et doit lui rendre des comptes, alors que Dieu ne dépend pas de lui, et n’a de compte à rendre à personne. « Rendre à César ce qui est à César », signifie donc : donner à César ce que Dieu lui-même veut que soit donné à César. C’est Dieu qui est le souverain ultime de tous, y compris de César.

 

Ainsi, nous ne sommes pas divisés entre deux appartenances. Nous ne sommes pas acculés à servir deux maîtres. Le chrétien doit obéir à l’Etat, mais il doit aussi lui résister, lorsque l’Etat s’oppose à Dieu et sa Loi, se prenant ainsi pour Dieu. Il n’est pas juste d’invoquer l’obéissance aux ordres reçus des supérieurs, comme ont l’habitude de le faire les responsables de crimes de guerre devant les tribunaux, par exemple. Avant d’obéir aux hommes, il faut obéir à Dieu et à sa conscience, éclairée par la Révélation. On ne peut pas donner à César ce qui ne lui appartient pas, à savoir l’âme humaine.

 

C’est S. Paul qui, le premier, a tiré les conséquences pratiques de cet enseignement. Il écrit :

 

« Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées pas Dieu. Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. (…) N’est-ce pas pour cela même que vous payez des impôts ? Car il s’agit de fonctionnaires qui s’appliquent de par Dieu à cet office. » (Rm 13, 1ss.)

 

Payer loyalement ses impôts pour un chrétien (et pour tout homme de bonne volonté), c’est s’acquitter d’un devoir de justice, une obligation de conscience. En garantissant l’ordre, le commerce et tous les services, l’Etat met à la disposition des citoyens tout une infrastructure pour laquelle il a droit à une contrepartie, précisément afin de pouvoir continuer à rendre de tels services.

 

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique rappelle que l’évasion fiscale, lorsqu’elle atteint certaines proportions, est un péché mortel ! C’est un vol perpétré contre l’Etat, c’est-à-dire non pas contre personne, mais contre toute la communauté, contre tout le monde. Ceci suppose naturellement que l’Etat aussi soit juste et équitable dans ses critères d’imposition…

 

Mais la collaboration des chrétiens à la construction d’une société juste et pacifique ne se limite pas à payer des impôts. Elle doit s’étendre à la promotion des valeurs communes telles que la liberté de culte, la famille, la défense de la vie humaine depuis le début de la conception jusqu’à sa fin naturelle, la solidarité avec les plus pauvres, la paix… Les médecins et les infirmières peuvent et doivent exercer l'objection de conscience quand ce qu'on leur demande de faire est incompatible avec l'enseignement de l'Eglise. Un chrétien ne doit pas et ne peut pas voter pour un candidat qui ne se prononce pas clairement contre l'avortement et l'euthanasie.

 

Les chrétiens devraient apporter une contribution plus efficace dans le domaine de la politique, pas tant sur le plan des contenus que des méthodes, du style. Il est urgent de désenvenimer le climat de dispute incessant pour ramener davantage de respect et de dignité dans les relations entre partis politiques, et même entre candidats d’un même parti. Respect du prochain, douceur, capacité d’autocritique… sont des éléments qu’un disciple du Christ doit apporter dans tous les domaines, sans excepter celui de la politique. Se laisser aller à des insultes, au sarcasme, aux coups bas contre les adversaires, tout cela est indigne d’un chrétien. Si, comme le dit Jésus, celui qui traite son frère d’imbécile sera condamné à la Géhenne, qu’en sera-t-il de ceux et celles qui s’évertuent à discréditer systématiquement leurs adversaires en politique ou en d’autres domaines ?

 

Que la Parole que nous avons reçue et l’Eucharistie que nous allons célébrer nous aident à être, comme le disait Ste Jean d’Arc, « digne servante de Dieu et du Roi ».

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler.

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler.

Devant la folie de l’Amour, comment rester indifférent ? - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

 

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Faisons d’abord les présentations. Le roi de l’Evangile, c’est Dieu le Père. Il prépare un repas pour son Fils, un repas de noce. Ce repas est décrit dans la 1e lecture comme un repas de joie au temps messianique, car ce n’est pas seulement Israël, ce sont tous les peuples qui y sont invités. Le voile de tristesse qui enveloppait les païens est déchiré : tout ce qui pourrait rendre triste – même la mort – a disparu. Il ne demeure aucune ombre dans cette image de l’Ancien Testament.

 

L’image du Nouveau Testament, par contre, comporte bien des zones d’ombre. Demandons-nous d’abord quel est ce repas que Dieu le Père prépare pour son Fils. C’est un repas de noce, ce que l’Apocalypse appelle le « repas des noces de l’Agneau » (Ap. 19, 7 ; 21, 9ss.). L’Agneau, c’est le Fils, qui consomme son union avec son Epouse-Eglise sur la Croix, mais aussi dans son Eucharistie.

 

Les Pères aimaient voir dans le Baptême du Christ les fiançailles du Christ et de son Eglise. Ce jour-là, l’Ami de l’Epoux lui présente ses premiers disciples. Mais ces fiançailles s’achèvent  aux noces de Cana qui, le septième jour, préfigurent le jour de sa Résurrection et déjà le Ciel. Le Baptême évoque le bain purificateur, premier rite du mariage dans l’Antiquité. Cana évoque l’entrée dans la chambre nuptiale, la consommation finale. Toute la vie de l’Eglise est comme résumée en cette semaine qui s’écoule du Jourdain à Cana.

 

Or, la tradition chrétienne a toujours, et dès l’origine, interprété Cana dans un sens eucharistique. Dans la célébration eucharistique, le Père organise une fête :

 

« Voilà, mon repas est prêt. », fait-il proclamer, « venez au repas de noce ».

 

Dans la prière eucharistique, l’Eglise rend grâce au Père pour son cadeau le plus grand : son Fils, sous les apparences du pain et du vin. Cette action de grâce émane de l’Eglise qui, justement par ce repas, devient Epouse. Le Père donne ce qu’il a de meilleur, et il n’a rien d’autre à donner. Celui ou celle qui méprise ce don, ne peut plus rien espérer d’autre. Il se condamne lui-même, il est voué à la mort.

 

Ensuite il nous est montré qu’il y a deux manières de refuser l’invitation : ne pas y répondre (n’en faire aucun cas), et y participer, mais de manière indigne. Saint Matthieu relie ces deux manières de se rendre indigne de ce don suprême. La première manière, c’est l’indifférence : les invités ne font aucun cas de la grâce qui leur est offerte ; ils ont autre chose à faire, oh des choses honorables, pas des activités honteuses, mais des choses plus importantes à leurs yeux que de répondre à l’invitation du roi.

 

Dieu, qui a conclu une Alliance avec l’humanité, ne peut rester de marbre devant un tel mépris pour son invitation. Tout comme, dans l’Ancien Testament, Jérémie devait annoncer la destruction de Jérusalem, de même S. Matthieu prophétise la fin définitive de la Ville Sainte. Elle sera, en effet, réduite à la ruine et à la poussière par les Romains.

 

La deuxième manière de se rendre indigne consiste dans une tout autre forme d’indifférence : celle de l’homme qui se rend à l’invitation de l’Eucharistie, mais comme s’il entrait dans un bistrot. A quoi bon revêtir des vêtements de fête ? Le roi peut déjà être content de voir que je me suis dérangé, que je pratique encore, que je fais l’effort de quitter ma chaise pour aller prendre ce morceau de pain dans ma bouche.

 

Cet homme se fait interpeller : avez-vous la moindre notion du fait qu’en venant à la messe, vous participez à la plus belle fête du Roi de l’Univers, que vous mangez les mets les plus délicats que Lui seul peut vous offrir ?

 

« L’autre garda le silence. »

 

Dehors, il aura le temps de méditer ce à côté de quoi il est passé par son arrogance.

 

Dieu nous fait un cadeau d’une valeur inestimable. A nous d’apprendre à donner aux autres sans avarice et sans calcul mesquin.

 

Dans la 2e lecture, S. Paul se réjouit du fait que les chrétiens de la ville de Philippe aient compris cela. Il ne se réjouit pas tant à cause des cadeaux qu’il reçoit d’eux, que de ce que la communauté de Philippe ait appris à donner. C’est dans ce partage des chrétiens avec lui que le sens de l’Eucharistie s’accomplit.

 

Nous aussi, nous ne pourrons jamais assez remercier le Seigneur pour ses dons. Mais la meilleure façon de le faire, celle qui le réjouit le plus, c’est qu’à notre tour, nous nous laissions animer par l’Esprit-Don, en le traduisant, en l’incarnant dans nos actes.

Devant la folie de l’Amour, comment rester indifférent ? - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire A

La déception de Dieu - Homélie 27° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

27 TOA ev

 

 

Jésus disait : « Ecoutez une autre parabole… » Première question : vous souvenez-vous de celle de dimanche dernier ? Si oui, quel est l’accueil que nous réserverons à celle-ci ?

 

« … Il y avait un père de famille, qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, il y creusa un pressoir et y bâtit une tour. Il la confia ensuite à des vignerons, et quitta le pays. »

 

Tout comme la parabole de dimanche dernier, celle de ce jour traite du nouvel Israël de Dieu, qui est l’Eglise. Cette parabole a été racontée par Jésus aux alentours du Mardi Saint, soit deux jours environ avant l’institution de l’Eucharistie, sacrement de la Nouvelle Alliance en son Sang. Ce n’est donc pas sans raison qu’il est question d’une vigne, la vigne de son Père, celle qui produit le vin que Jésus va boire dans peu de temps, auprès de son Père qui est aux cieux :

« Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai avec vous du nouveau dans le royaume de mon Père. » (Mt 26, 29).

Dans la parabole, le propriétaire de la vigne est fort désireux d’entrer en possession du produit de sa vigne. Il envoie plusieurs serviteurs, et enfin son propre fils. Personne ne réussit à rapporter au propriétaire ce fameux produit de la vigne : le vin. Car il s’agit bien de vin. Tout l’indique, en particulier le pressoir. Mais ce vin possède un fumet tout particulier, un fumet un peu désagréable même : ce vin a l’odeur du sang ! Car pour n’en avoir ne fût-ce qu’une seule goutte, le propriétaire aura été obligé de sacrifier jusqu’à la vie de son propre fils ! C’est donc par le sang du fils que le propriétaire, le père de ce fils bien-aimé, pourra, un jour, et pour la toute première fois, goûter le vin de sa vigne !

« Eh bien ! quand le maître de la vigne reviendra, comment va-t-il traiter ces vignerons ? »

On lui répondit :

« Il fera périr sans pitié ces misérables : il louera sa vigne à d’autres vignerons qui lui en donneront le produit en son temps. »

Selon la réponse des interlocuteurs de Jésus, le propriétaire de la vigne enverra, après son fils, d’autres vignerons, qui, eux, lui rapporteront enfin, pour la première fois, le produit de sa vigne, ce vin tant attendu. Mais pour le propriétaire, ce vin ne pourra avoir qu’un goût amer, à cause de l’odeur du sang de son fils, toujours présente dans ses narines. Que fera donc le propriétaire de la vigne ? Restera-t-il sans boire ce vin, qui lui aura coûté si cher ? Certainement pas ! Vraiment, ces nouveaux vignerons, ceux de la Nouvelle Alliance dans le Sang du Fils de Dieu, auront un visage nouveau, et donc aussi un nom nouveau, grâce au vin qu’ils apportent, grâce à l’Esprit-Saint qui enivre leur cœur et les transforme en serviteurs fidèles du Père éternel.

Mais ces envoyés de la Nouvelle Alliance seront-ils mieux traités que les prophètes de l’Ancienne Alliance ? L’histoire de l’Eglise, depuis vingt siècles, montre que non : beaucoup d’entre eux, papes, évêques, prêtres… vivent un vrai martyre à cause du rejet, du mépris, des fausses accusations…. Et si, après leur mort, on les canonise, alors on s’acharne encore à falsifier leur image, pour que cela plaise, pour que ce soit au goût de l’opinion publique. On a fait ainsi de S. François d’Assise un écolo et de Ste Thérèse une mièvre.

La parole de Jésus reste vraie aujourd’hui et au cours des siècles :

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison » (Mc 6, 4).

Chaque catholique doit donc se poser la question : ne suis-je pas personnellement concerné par la déception de Dieu dans la vigne qu’il a plantée avec tant de soin, si j’ai l’habitude de toujours critiquer l’Eglise :

« J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? »

Oui ! la déception de Dieu au sujet de tant de catholiques qui, en matière de foi, de morale, de liturgie… ont la prétention de savoir mieux que le Magistère de l’Eglise, que Dieu lui-même, avec sa Révélation désuète qu’il est décidément grand temps de mettre au goût du jour. Au lieu de le servir avec docilité, ils courent après les divinités étrangères : des célébrations eucharistiques qui visent principalement à flatter l’ego des « spectateurs » (qui applaudissent, quand ils sont contents…). Ce sont des choses comme cela qui faisaient que S. Paul s’inquiétait des chrétiens de Corinthe :

« J’ai bien peur que … votre intelligence des choses ne se corrompe en perdant la simplicité que l’on doit avoir envers le Christ » (1 Co 11, 3).

Mais de même - et beaucoup plus - que pour Israël, il subsistera toujours dans l’Eglise « un petit reste » qui, avec la Vierge Marie et tous les saints, ne se laisse pas corrompre par les idées à la mode. Ce sont les vrais fidèles que S. Paul décrit dans la 2e lecture. Quand, chez les chrétiens infidèles, règne une inquiétude permanente, une démangeaison de la nouveauté, une recherche de la facilité, en même temps règne dans le petit reste, persécuté, mais fidèle, « la paix de Dieu, qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer ». Et quand S. Paul promet à ces chrétiens fidèles : « Le Dieu de la paix sera avec vous », cela veut dire que le vrai chrétien se reconnaît à la paix qui règne dans son cœur, même s’il déplore bien des abus dans sa communauté :

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés. »

Jésus ajoute :

« N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : "La pierre mise au rebut par les maçons est devenue la pierre d’angle. C’est l’œuvre du Seigneur, et c’est merveille à nos yeux" (Ps. 117, 22-23) ? C’est pourquoi je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera ôté pour être remis à un peuple qui en produira les fruits. »

Si ceux qui se marient à l’église, qui demandent le baptême pour leurs enfants, et qui les inscrivent au catéchisme, ne s’engagent pas personnellement à leur donner une éducation religieuse, comme ils l’ont promis le jour de leur mariage et du baptême de leurs enfants, alors ils se préparent au désastre. Ces enfants non seulement ne grandiront pas dans la foi, mais ils risquent de devenir de vrais persécuteurs du Christ et de son Eglise.

Ceux qui, pas toujours sans raison, s’estiment déçus de l’Eglise catholique, et la quittent en demandant la radiation du registre des baptêmes, feraient bien de se souvenir que Jésus, lui, ayant des raisons bien plus valables d’être déçu des membres de l’Eglise, ne la quitte jamais, mais demeure fidèle à son poste de Sauveur. 

La déception de Dieu - Homélie 27° dimanche du Temps Ordinaire A

L'ennemi le plus dangereux de l'Église - Homélie 26° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

26 TOA ev

 

Ce matin, j'ai rencontré deux dames. Il ne m'a guère fallu de temps pour me rendre compte qu'elles étaient Témoins de Jéhovah. L'une d'entre elles prit aussitôt sa Bible. S. Pierre Canisius, qui n'avait pas affaire à des Témoins mais aux protestants, avait déjà écrit (au 16e siècle):



"Comment est-il possible que la parole de Dieu, si riche de sens, soit biaisée dans les contradictions et les contre-vérités? Comment est-il possible que les hommes rejettent orgueilleusement cette parole de Dieu, et en abusent avec tant ingéniosité, qu'ils lui prêtent délibérément des significations différentes pour la déchirer au détriment du royaume du Christ? Pourquoi y a-t-il des schismes de toute sorte? Quand y a-t-il eu autant de gens qui ont combattu les intérêts de l'Eglise, qui est la maison et l'arche de Dieu, en dehors de laquelle aucun salut n'est possible?"
 

Pourtant, l'Evangile de ce dimanche pose une autre question, une question que ne s'adresse ni aux protestants, ni aux Témoins de Jéhovah, mais à nous qui, dans l'Église catholique, forment une petite minorité (en Occident) de "fidèles". Et cette question est la suivante: vous dites que vous observez la Parole de Dieu, mais le faites-vous réellement?

Cette question vaut la peine de s'y attarder un peu ... L'ennemi le plus dangereux de l'Église n'est pas en dehors mais à l'intérieur de l'Eglise. Ce ne sont pas les protestants ou les Témoins de Jéhovah, les communistes ou les franc-maçons, mais les catholiques qui sont tous les dimanches et jours de semaine à la messe, mais qui, quand le Seigneur leur demande de se convertir, ne remuent même pas le petit doigt. C'est à nous que s'adresse Jésus quand il dit:

 

'Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu."

 

Vous n'avez pas cru à sa parole.
Vous n'avez pas cru à sa parole.
Vous n'avez pas cru à sa parole.

Vous n'avez pas cru à sa parole.

Le travail que Dieu nous demande - Homélie 25° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

25 TOA ev

 

Dans la parabole des ouvriers de la vigne, faisons attention à ce que Jésus veut nous dire. Ce qu’il veut nous dire d’abord, c’est que Dieu est souverainement libre :

« N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? »

 

Le Royaume des cieux est le Royaume de Dieu, c’est son bien, pas le nôtre !

 

Ensuite, Jésus veut nous dire que Dieu est infiniment bon :

 

« Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? »

 

A qui ces deux questions sont-elles posées ? Qui remet en cause la souveraine liberté de Dieu ? Qui regarde Dieu de travers quand il fait preuve de bonté ?

D’après l’évangile, ce sont d’abord les scribes et les pharisiens qui reprochent à Jésus de manger et de boire avec les publicains et les prostituées, qui représentaient à leurs yeux les deux grandes catégories de pécheurs, de gens non fréquentables, de damnés…, qui n’ont aucun mérite à faire valoir, tandis que eux, ils ont toujours fidèlement observé la Loi, moyennant une ascèse impressionnante.

Mais ensuite, cette parabole s’adressera au peuple juif dans son ensemble, le peuple de la première alliance, appelé depuis Abraham à marcher dans les voies du Seigneur, qui ont accueilli Jésus comme Seigneur en devenant chrétiens à la Pentecôte. Après la Pentecôte, l’Esprit-Saint aura fort à faire pour leur faire admettre que les païens sont appelés à faire partie de l’Alliance eux aussi, sans qu’ils aient besoin d’observer toutes les prescriptions de la Loi de Moïse.

Enfin, cette parabole s’adresse à nous, chrétiens issus du paganisme, certes, mais baptisés de longue date, devenus, vaille que vaille, mais non sans peine, des chrétiens « militants », « engagés », « actifs » dans l’Eglise. C’est à nous que pensait S. Grégoire le Grand quand il disait :

 

« Les ouvriers sont appelés à la vigne à des heures différentes, comme pour signifier que l’on est appelé à la sainteté  au moment de son enfance, un autre dans sa jeunesse, un autre à son âge mûr, et un autre à un âge plus avancé. »

 

La parabole, en fin de compte, s’adresse donc à toutes les époques de l’histoire du Peuple de Dieu et à chaque peuple qui veut comprendre le fond de la pensée de Jésus. Et Jésus nous invite à penser comme Lui :

 

« Je vous le dis : si votre justice ne dépasse pas celles des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez sûrement pas dans le Royaume des cieux » (Mt 5, 20).

 

Attention ! Cela ne signifie certainement pas que Dieu, dans son amour miséricordieux, serait injuste. La justice, tout comme l’amour et la miséricorde, est un attribut de Dieu. Dans son discours sur la montagne, Jésus nous dit qu’il n’est pas venu abolir la Loi, mais pour l’accomplir, et qu’il n’y a pas la moindre prescription de la Loi qui ne passera, pour autant qu’elle vienne de Dieu. Toute présentation de la morale chrétienne qui oublie cela, est fausse. La justice de ce monde, qu’elle soit de nature publique ou privée, n’est pas abolie. Mais elle est dépassée par l’agir de Dieu dans le Christ et dans l’agir de la communauté de ceux qui le suivent.

La 1e lecture exprime combien la conception que Dieu se fait de la justice dépasse nos pauvres conceptions humaines : autant que le ciel est élevé au-dessus de la terre. Et la pensée et l’agir de Dieu portent précisément le sceau de la miséricorde et du pardon, qui comportent, bien entendu, une exigence de conversion. C’est cela qui est juste aux yeux de Dieu :

 

« Va, et ne pèche plus. »

 

(Voir aussi la parabole de dimanche dernier).

 

Dans la 2e lecture, S. Paul nous donne une magnifique illustration de ce que Jésus veut dire dans la parabole d’aujourd’hui. En quoi consiste pour lui la meilleure manière d’imiter la bonté de Dieu ? La plupart des hommes souhaitent une longue vie sur terre. Les vœux de Nouvel An comportent inévitablement des souhaits de bonne santé… Ce n’est pas ce que S. Paul souhaite. Il souhaite plutôt mourir pour être avec le Christ. Mais si Dieu veut qu’il reste encore sur la terre, pour travailler dans sa vigne, cela serait en opposition avec ce vœu ardent. Alors il ne choisit pas. Il laisse Dieu choisir ce qu’il y a de meilleur que lui et pour la communauté chrétienne.

De nouveau, ici, faisons bien attention ! Ce qu’il y a de mieux, ce n’est pas, comme beaucoup pourraient le penser, une accumulation de bonnes œuvres, une activité de plus en plus débordante, à la limite de la fébrilité, tout cela dans le but, bien entendu, de faire des conversions de plus en plus nombreuses et de remplir les églises. Non, le meilleur, c’est de faire la volonté de Dieu, dont les pensées et les projets dépassent infiniment les pensées et les projets de l’Apôtre, mais qui sont pourtant, pour lui et pour l’Eglise, les meilleures.

Pour S. Paul, concrètement, cela a pu être la prison. Pour tel ou telle parmi nous, cela peut être la maladie et l’hôpital, ou, en tout cas, l’une ou l’autre forme d’impuissance à travailler avec une efficacité humaine, dans l’entreprise « Eglise ».

Mais c’est alors, justement, que la fécondité devient la plus grande : quand, humblement, l’on accepte d’être réduit ainsi à l’impuissance en ce monde, alors même que l’on ne peut pas non plus déjà jouir de la plénitude du bonheur qui consiste à voir Dieu face à face. Le travail que Dieu nous demande, en fin de compte, c’est celui-là : mener « une vie digne de l’Evangile du Christ ».

Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'

Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'

On ne badine pas avec l’Amour ! Homélie 24ème dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

24 TOA ev

 

Les rabbins enseignaient qu’il faut pardonner jusqu’à trois fois les offenses d’une même personne. Imaginez la perplexité de Simon Pierre, qui, plein de bonne volonté, se déclare prêt à placer la barre du pardon très haut, en la fixant à sept, quand il entend Jésus lui dire qu’il est encore très loin du compte ! Une parabole n’est pas de trop pour l’aider à revoir ses ambitions (ou plutôt sa foi, car à l'homme, cela est impossible!) à la hausse. En écoutant cette parabole, nous comprenons avec lui que mieux vaut ne pas compter du tout, et toujours recommencer, non seulement pour « ceux qui nous doivent », mais d’abord pour nous-mêmes.

Dans notre mentalité contemporaine, les esprits les plus généreux seront sans doute moins chiches que les érudits juifs d’il y a deux mille ans, et se fixeront volontiers comme idéal le pardon incessant et donc exigeant, préconisé par Jésus.

Notre perplexité à nous sera sans doute plutôt d'entendre Jésus affirmer à la fin de la parabole :

« Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il ait tout remboursé.


C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur. »

 

Comment donc celui qui exige un pardon incessant peut-il faire preuve ensuite d’une si grande intransigeance ?

Le fait est que la plupart des commentateurs contemporains font de leur mieux pour édulcorer cette dernière phrase quand ils ne la passent pas tout simplement sous silence ! Si Jésus avait terminé ce récit avec les dernières paroles de la parabole, ils auraient eu au moins une excuse. Ils auraient pu dire que ce n’est qu’une parabole et que dans une parabole, il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre… Mais voilà : le Maître, doux et humble de cœur, a ajouté quelque chose qui ne fait pas partie de la parabole, mais qui en est la clé de lecture, la pointe, comme l’on dit aujourd’hui : « C’est ainsi (et pas autrement) que mon Père du ciel vous traitera… »

Si nous prenons Jésus au sérieux, nous, avec notre mentalité de gentils chrétiens, nous ne serons pas moins étonnés, voire scandalisés, à la fin de la parabole, que Pierre avec sa mentalité de bon petit juif au début. J’en veux pour preuve la réaction de ceux qui ont lu la réponse de Benoît XVI à la question d’un journaliste (Peter Seewald) à propos des abus sexuels commis par des prêtres et des religieux. Comment de tels abus non seulement ont pu être commis pas des ecclésiastiques, mais passés sous silence par leurs supérieurs ? Réponse du Saint-Père :

« La conscience dominante affirmait que l’Eglise ne devait plus être l’Eglise du droit mais l’Eglise de l’amour, elle ne devait pas punir. On avait perdu la conscience que la punition pouvait être un acte d’amour. »

« Dieu ne punit pas ! » Qui n’a pas entendu ces paroles péremptoires qui sont démenties par la Révélation biblique non moins que par les faits ? Pensez donc… un Dieu si gentil… Le Pape parle alors d’un « étrange obscurcissement de la pensée » :

« Il s’est produit aussi à cette époque (les années soixante), chez des gens très bons, un étrange obscurcissement de la pensée. »

Ce qui passe pour être la lumière du christianisme, Benoît XVI affirme que c’est une « obscurcissement de la pensée », une « altération de la conscience », qui va de pair avec un « obscurcissement du droit », causé par un « rétrécissement du concept d’amour ». Et il appelle à la conversion :

« Aujourd’hui, nous devons de nouveau apprendre que l’amour pour le pécheur et l’amour pour la victime sont maintenus dans un juste équilibre si je punis le pécheur sous une forme possible et adaptée. Il y a eu dans le passé une altération de la conscience qui a provoqué un obscurcissement du droit et marqué la nécessité de la punition. En fin de compte est aussi intervenu un rétrécissement du concept d’amour, qui n’est pas seulement gentillesse et amabilité, mais qui existe aussi dans la vérité. Et que je doive punir celui qui a péché contre le véritable amour fait aussi partie de la vérité. »

Nous nous sommes inventé un Dieu dont le pardon n’a rien à voir avec la vérité de l’amour, dans une tentative - souvent réussie, si l’on peut parler ici de réussite - d’endormir la conscience de nos propres fautes, même de notre manque de pardon, pour finir par dire le contraire de ce que dit Jésus dans l’Evangile : « Même si nous ne pardonnons pas aux autres, Dieu nous pardonnera toujours… »

 

Jésus a dit à Ste Faustine : « Je ne peux punir le plus grand pécheur… si celui-ci implore ma Miséricorde. » Mais il a dit aussi que les hommes, en ces jours qui sont les derniers, doivent profiter de sa Miséricorde parce que le jour de sa Justice approche. La Vierge avait dit à sœur Faustine que même les anges tremblaient en anticipation de ce jour terrible.

Benoît XVI parlait d’une altération de la conscience. A propos, dans le trésor de la prière catholique, il y a une prière, appelée le Dies irae. J’aimerais bien que vous me disiez quand vous l’avez priée la dernière fois, et quand vous en avez entendu parler récemment, dans une homélie, par exemple. Par qui ? Au bas de chaque publication de ce blog il y a la possibilité de laisser un commentaire. Pourriez-vous me faire l’amitié de répondre ? Merci d’avance.

« La conscience dominante affirmait que l’Eglise ne devait plus être l’Eglise du droit mais l’Eglise de l’amour, elle ne devait pas punir. On avait perdu la conscience que la punition pouvait être un acte d’amour. »

« La conscience dominante affirmait que l’Eglise ne devait plus être l’Eglise du droit mais l’Eglise de l’amour, elle ne devait pas punir. On avait perdu la conscience que la punition pouvait être un acte d’amour. »

Correction fraternelle, oui, mais dans l'ordre et avec charité, S.V.P. ! Homélie 23° dimanche du T.O. A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

Les textes de ce dimanche sont absolument déterminants pour la formation de l’Eglise, telle que Dieu la veut. La correction fraternelle y occupe une place centrale, puisque, membres de l’Eglise, nous n’en sommes pas pour autant moins personnellement pécheurs et solidaires du péché des autres. Il est donc du devoir de chaque chrétien de pratiquer la correction fraternelle. Nous sommes tous membres d’un même corps, et aucun membre de ce corps ne peut rester indifférent si un des autres membres se fait du tort gravement et cause des dégâts importants dans la vie de l’ensemble de ce corps.

Si quelqu’un est en danger sur la route, dans l’eau ou ailleurs, la loi nous fait un devoir de lui porter secours. Ce n’est pas une option, mais une obligation. Si nous ne le faisons pas, cela relève de la non-assistance à personnes en danger. Dans la communauté chrétienne il n’en va pas autrement. Au contraire, car ce qui nous unit en tant que chrétiens est plus fort que ce qui nous relie dans la communauté humaine.

Le prophète Ezéchiel a été établi comme « guetteur » pour la Maison d’Israël. Le guetteur, c’est celui qui veille, celui qui est attentif à ce que personne ne soit à danger. A l’occasion il peut être sauveteur.

L’admonition et – si nécessaire – la correction, peut, selon l’Evangile, seulement se faire en référence à la Révélation divine et la discipline de l’Eglise, voulue par le Christ. Celui qui corrige doit avoir l’humilité de ne pas s’ériger lui-même comme norme. Il doit se référer à la norme de la grâce de Dieu, et à son exigence. Cette exigence, selon S. Paul dans la 2e lecture, c’est la charité chrétienne, qui renferme tous les commandements. Il faut que la correction soit fraternelle, charitable. Si elle ne l’est pas, que le correcteur en herbe commence par se corriger lui-même ! (« Si ton frère a commis un péché… »). Qu’il enlève d’abord la poutre de son œil, avant de prétendre enlever la paille des yeux des autres ! C’est la charité qui « accomplit » toute la loi, y compris celle de la correction.

Mais l’homme reste libre. La correction, même la meilleure (pensons à celle du Christ à l’égard des … pharisiens, par exemple) – que ce soit en tête-à-tête, ou que ce soit d’une manière plus officielle par les autorités ecclésiales – respectez l’ordre S.V.P ! - peut essuyer une fin de non recevoir obstinée. Celui qui pêche contre l’unité, par exemple, ou contre le respect de la vie humaine, dira que c’est « par amour », par compassion… Alors il faut lui montrer que sa « version » de l’amour, loin d’être l’accomplissement de l’amour, en est une contrefaçon démoniaque, comme celle de Pierre vis-à-vis de Jésus (cf. évangile de dimanche dernier).

La 1e lecture de ce dimanche nous rappelle que si l’on a mis en garde quelqu’un qui n’est pas prêt pour autant à changer de comportement, on a fait son devoir et on a « sauvé » sa propre vie. La correction fraternelle relève strictement du devoir, mais Dieu ne promet pas la réussite ! En cas d’échec, il y a une ligne de séparation. Quand un pécheur se trouve de l’autre côté de cette ligne, il ne peut plus être considéré comme un membre de l’Eglise. Ce n’est pas l’Eglise qui le met à la porte. Il s’excommunie en quelque sorte lui-même. L’Eglise doit alors en prendre note, et le confirmer publiquement, afin que ce soit clair pour tout le monde. Cela se passait déjà comme cela dans l’Ancien Testament. Dans le Nouveau, où l’appartenance à la communauté ecclésiale du Seigneur est encore plus personnelle et exigeante, cela doit se faire de manière d’autant plus claire.

Dans les dernières paroles de l’Evangile d’aujourd’hui,  nous voyons combien la prière de la communauté de l’Eglise est exaucée par Dieu. Les deux promesses sont grandes : ce que deux hommes qui se mettent par amour devant le Seigneur Lui demandent, cela leur sera accordé. Là où deux ou trois sont réunis au nom de Jésus, Il est au milieu d’eux. Au temps de Jésus, les rabbins disaient ceci : « Quand deux hommes s’asseyent ensemble autour des paroles de la Torah, alors la Shekinah (la présence de Dieu dans le monde) est au milieu d’eux. Le Christ remplace le fait de s’asseoir autour des paroles de la Loi par la prière, la Loi elle-même par la Loi nouvelle et vivante, Jésus Christ, et la Shekinah par la présence eucharistique.

Ainsi, nous devons, par la charité, nous efforcer de ramener dans le mystère central de l’Eglise, c’est-à-dire l’Eucharistie (source et sommet de la vie de l’Eglise),  tous ceux qui s’égarent en qui se trouvent en danger de se perdre. Encore faut-il que notre présence à la messe du dimanche soit elle-même un acte de charité. C’est loin d’être toujours le cas ! C’est ce que déplorait déjà S. Jean Chrysostome au 4e siècle.

Parfois aussi, c’est tout une communauté qui peut se mettre en situation de péché. J’ai lu le témoignage d’un prêtre qui parlait de ses paroissiens : pris individuellement, chacun y est très généreux. Les uns et les autres sont assez doués dans le domaine où ils souhaitent s’investir. Mais dès qu’ils sont ensemble, ils ne peuvent pas se supporter. Ils sont incapables de partager des responsabilités. Ils ne parviennent pas à se parler pour résoudre leurs conflits. Comment une communauté aussi divisée peut-elle témoigner de l’Evangile ? Un jour, Jésus a dit : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples » (Jn 13, 35).

Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux.
Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux.
Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux.

Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux.

Le Rocher et les Clefs, c'est quelqu'un, et pas n'importe qui - Homélie 21° dimanche du temps ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile de ce XXI° dimanche du temps ordinaire. 

 

21 TOA ev

 


EVANGILE - Matthieu 16, 13 – 20 
Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.

 
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Lire le commentaire :

Ce 21° dimanche du temps ordinaire nous relate la profession de foi de Pierre et la réponse de Jésus qui l’institue pierre sur laquelle il va fonder son Église.


Deux images vont dominer : celle du rocher et celle des clefs. Toutes deux ont leur origine dans l’Ancien Testament et trouvent leur accomplissement dans la fondation qu’est Jésus-Christ. 


En premier lieu, le Rocher. C’est le fondement sur lequel on peut s’appuyer sans condition et de nombreux psaumes signifient que c’est Dieu lui-même : « Dieu seul mon salut, mon Rocher » dit le psaume 62. 


Sa parole divine est ce qui est parfaitement sûr et quand elle devient homme et s’incarne, quand elle devient ainsi le sauveur du peuple, alors le force de Dieu, la force du Rocher devient visible à tous : « ce Rocher, c’est le Christ » proclamera St Paul dans la première lettre aux Corinthiens ( 1 Cor, 10,4). 


Mais bien loin de conserver ce caractère unique et propre pour lui-même, Jésus, après la réponse de Pierre inspirée par le Père, va en donner part à celui-ci : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». L’Église aussi aura part à ce caractère sans condition : « Les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle ». La transmission de cette propriété ne peut se réaliser que par la foi parfaite qui est due à la grâce du Père dans le ciel, et nullement par une bonne inspiration de Pierre. La foi en Dieu et dans le Christ, devient elle-même ferme comme le roc, uniquement par Dieu et le Christ eux-mêmes. C’est un fondement sur lequel non pas l’homme, mais le Christ bâtit son Église. 


En second lieu, les Clefs. La propriété d’être le rocher-fondement contient déjà le pouvoir des clefs car celui qui est fondé en Dieu reçoit le pouvoir d’exercer en son nom et il ne peut être lui-même que sûr, par la grâce de Dieu. Ainsi la clef de la maison de David est mise sur l’épaule d’Eliakim, choisi par Dieu, dans la première lecture : « s’il ouvre, personne ne fermera, s’il ferme, personne n’ouvrira ». Désormais c’est le Christ, qui, ayant reçu ce pouvoir du Père, donne part à l’homme Pierre, sur qui l’Église est bâtie, à ce pouvoir qui pénètre désormais dans l’au-delà : ce qu’il lie ou délie sera lié ou délié dans le ciel.


Mais il nous faut remarquer qu’aussi bien dans l’Ancienne que dans la Nouvelle alliance, chez le Christ et Pierre, c’est toujours une personne bien déterminée qui reçoit les clefs. Il ne s’agit pas d’une fonction impersonnelle comme pour une présidence, où, à la place du titulaire, un autre peut être choisi. Dans la fondation du Christ, il s’agit toujours d’une personne très déterminée qui détient les clefs : nul ne peut se procurer un passe-partout ou une clef de rechange qui pourrait ouvrir ou fermer. 


Cela s’applique aussi à tous ceux qui participent au ministère sacerdotal, dérivé des apôtres : dans une communauté, seul le curé (et ses auxiliaires ordonnés) détient la clef qu’il ne peut céder à personne, partager avec personne. Il peut répartir des tâches et des « ministères », mais ce n’est pas lui qui est bâti sur le rocher de la communauté. C’est la communauté, une partie de l’Église, qui est bâtie sur le rocher de Pierre, auxquels tous les ministres sacerdotaux ont part. 


Seigneur, donne-nous d’aimer la place que tu nous donnes et d’aimer l’Église telle que tu l’as fondée en nous confiant à la richesse de ta grâce qui la fait vivre et en accueillant ses manifestations de faiblesse humaine comme nos propres faiblesses.

Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.
Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.

Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.

La foi change tout - Homélie 20° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile de ce 20ème dimanche du temps ordinaire. Évangile selon Saint Matthieu, chapitre 15, versets 21-28).

 

20 TOA ev


Jésus s'était retiré vers la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »

 
Ecoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le commentaire :

L’évangile de ce jour nous fait le récit de la rencontre de la cananéenne et de Jésus. Et l’attitude de Jésus nous semble très dure par rapport à cette femme qui demande l’aide d’une guérison pour sa fille possédée.
Bien qu’elle supplie, « Jésus ne répondit rien » nous dit l’évangile, comme s’il refusait de l’écouter. Nous avons bien du mal à imaginer Jésus méprisant. 
Ce n’est que lorsque les disciples sont agacés par ses cris que Jésus répond et objecte : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ». Là encore nos réflexes altruistes butent sur cette réponse de Jésus. 
Mais la femme ne se décourage pas, elle vient bloquer ses pas en se prosternant devant lui. « Seigneur, viens à mon secours » 
Jésus répond : « il n’est pas bien de prendre le pain des petits enfants pour le donner aux petits chiens ». Là de même, l’incompréhension surgit dans notre réflexion : comment Jésus peut-il comparer la cananéenne à un petit chien ? 
Mais il nous faut resituer le contexte et surtout comprendre la mission de Jésus. « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ». 
Nous oublions facilement que la mission terrestre de Jésus concerne réellement Israël : il est le peuple élu, autour duquel ensuite, une fois le peuple sauvé et parvenu à la vraie foi, les peuples païens devaient se rassembler et eux-mêmes découvrir le vrai Dieu et le salut. Et pour lui cette mission a un caractère exclusif : il a été envoyé pour cela et doit s’y consacrer entièrement.
C’est-à-dire qu’il ne peut pas agir en passant à côté de sa mission messianique mais uniquement à travers l’accomplissement de celle-ci.
Cette mission est accomplie à la croix, où rejeté par Israël, il souffre non seulement pour Israël, mais pour tous les pécheurs. Et le don de sa vie, dès lors, ne s’arrêtera plus à une communication de la révélation à un seul peuple mais à tous ceux qui vont croire en lui, en celui qui l’a envoyé et en son œuvre.

« C’est vrai Seigneur » réponds la cananéenne car elle voit la mission de Jésus et la comprend comme prépondérante. 
« Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître». Réponse merveilleuse qui achève de convaincre Jésus de la foi de cette femme : elle se met à la dernière place tout comme le centurion païen de capharnaüm : « Seigneur, ne te dérange pas davantage, je ne suis pas digne ».
Et la foi opère ce qui n’était pas prévu : « Femme, ta foi est grande, que tout se passe pour toi comme tu le veux ». 


La foi change tout et trouve toujours une réponse en Dieu.
Seigneur, suscite en nous cette foi si attentive qu’elle appelle ta tendresse de Père et nous rend visible le salut auquel tu nous destines.

La foi change tout et trouve toujours une réponse en Dieu.

La foi change tout et trouve toujours une réponse en Dieu.

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