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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a 2010-2011

La source de l’estime de soi d’un chrétien - Homélie 3° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

3 careme A ev

 

 

L’estime de soi est un thème très en vogue ces derniers temps parmi les psychologues et les éducateurs. Ils rappellent l’importance, spécialement pour les enfants, d’avoir une attitude positive envers eux-mêmes. Cela leur donne le courage de prendre des risques pour développer leurs talents et leur personnalité. Pour développer l’estime de soi, beaucoup d’écoles psychologiques recommandent que les enfants ne devraient jamais être critiqués ou corrigés, puisque cela pourrait endommager l’image positive qu’ils ont d’eux-mêmes. La supposition à la base de cette théorie est qu’une bonne estime de soi provient des compliments reçus d’autres personnes.

Cette approche de la psychologie humaine est en partie vraie, et en partie fausse. Ce qui est vrai, c’est que la crainte, l’insécurité et le pessimisme peuvent freiner notre potentiel. Mais c’est une erreur de croire qu’il faut baser notre estime de soi sur ce que les autres pensent de nous, ou sur la reconnaissance de ce que nous faisons par d’autres. Il nous faut comprendre pourquoi cela constitue une base fragile pour l’estime de soi. Alors nous pourrons aussi comprendre que l’explication inspirée de saint Paul fournit une base plus solide.

 

Le cœur de l’homme a un grand besoin d’amitié, d’encouragement, et d’acceptation de ses pairs, parents, amis et collègues. C’est naturel. Nous ne sommes pas auto-suffisants. Nous sommes faits pour vivre en communauté, en relation, puisque nous sommes créés à l’image de Dieu, et que Dieu est Trinité. Mais même alors, l’opinion des autres n’est pas une base solide pour une saine estime de soi, pour deux raisons.

D’abord, les autres ne peuvent pas nous connaître à fond. Il y a toujours des facettes de nous-mêmes que nous avons peur de révéler, ou que nous ne savons pas comment révéler. Pour cette raison, nous savons bien, au fond de notre cœur, que l’opinion que les autres ont de nous n’est jamais parfaitement informée.

Ensuite, l’opinion que les autres se font de nous n’est pas fondamentalement objective. Elle est affectée par de préférences et des préjugés subjectifs. Cette opinion peut varier selon les variations d’humeur, les jalousies, des intérêts personnels, les circonstances. Et même dans le cas où il s’agit d’une personne rare qui nous connaît à fond et qui nous apprécie de manière objective, il y a toujours la mort, qui peut nous enlever cette personne.

Si nous basons notre estime de nous-mêmes, notre conception de notre valeur personnelle, sur les opinions versatiles et superficielles des autres, même bienveillants, nous nous condamnons à l’instabilité. Nous serons sans cesse préoccupés de plaire aux autres, toujours sous la tension de devoir faire toujours plus pour ne pas perdre leur bonne opinion, toujours anxieux à l’idée qu’ils pourraient un jour découvrir l’autre visage de ce que nous sommes, la face sombre.

Dieu ne veut pas que nous vivions constamment dans l’angoisse et la crainte d’un échec ou d’un rejet. Dieu veut que nos cœurs soient en paix, capables de résister aux tempêtes de la vie et aux incertitudes des relations dans un monde où règne le péché. Et pour cela il se donne lui-même à nous. Lui seul nous connaît à fond. Lui seul est parfaitement objectif, complètement dépourvu d’ignorance et d’influences. Nous connaissant profondément, il continue de nous aimer, il nous estime sans conditions, simplement parce que nous sommes ses enfants, et parce qu’il veut que nous partagions sa gloire. Voilà la merveilleuse Bonne Nouvelle de l’évangile.

Avec Dieu, nous n’avons pas besoin d’avoir peur de nos échecs. Son amour pour nous ne dépend pas de nos succès. Avec Dieu, nous n’avons pas besoin d’avoir peur qu’un jour il découvre nos vices cachés, nos péchés et nos fautes. Il les voit mieux que nous-mêmes, et il continue de désirer notre amitié, à tel point qu’il était prêt à souffrir et mourir sur une croix, uniquement pour nous montrer que, quoi que nous fassions, même si nous le crucifions, son amour est solide comme une montagne.

C’est ce que saint Paul nous dit dans la 2e lecture :

« Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. »

Nous ne méritons pas l’amour de Dieu en étant bons. Nous pouvons devenir bons parce que Dieu nous aime, nous pardonne, nous tend la main ! Nous avons besoin d’une bonne estime de soi, c’est vrai. Mais il est tout aussi vrai que cette estime doit être basée sur quelqu’un de plus grand, de plus fiable que nous-mêmes, que notre nature humaine faillible, et ce "quelqu’un", c’est Jésus Christ.

« nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ… »

Chacun de nous, nous avons pu faire l’expérience de l’amour inconditionnel de Dieu dans notre vie, les uns plus, les autres un peu moins. C’est pour cela que nous sommes ici. Nous avons besoin d’approfondir cette expérience, et de construire notre vie dessus. Nous sommes encore trop influencés par les opinions des autres. Nous avons besoin d’être pénétrés de l’amour inconditionnel et sauveur de Dieu dans le Christ jusqu’au fond de nous-mêmes. C’est pour cela que Dieu nous a envoyé le Saint Esprit, dont saint Paul nous dit que c’est par lui qu’il a répandu son amour dans nos cœurs.

Nous avons un réservoir de force et de courage dans nos cœurs, établi par le baptême, élargi par la confirmation. Nous devons puiser l’eau de ce réservoir pour irriguer tous les domaines de notre vie : nos relations, nos espoirs, nos craintes, nos rêves, nos difficultés, nos péchés, notre fragilité.

Nous ne pouvons le faire que par la prière. Si la prière n’est pas la plus haute priorité de notre programme de tous les jours, alors le réservoir stagne. Un colloque intime, cœur à cœur, quotidien, avec Jésus, notre Sauveur, permet à sa grâce de couler librement en nous et à travers nous. C’est ce qu’a découvert la Samaritaine quand elle rencontre Jésus au puits. Jésus nous attend au puits de la prière, comme il attendait cette femme. Il a soif de répandre sa paix, son courage, et une bonne estime de soi dans nos cœurs, comme lui seul sait le faire. Alors, aujourd’hui, renouvelons notre résolution de le rencontrer chaque jour, en commençant cette semaine, quoi qu’il arrive, au puits de la prière.

Jésus nous attend au puits de la prière...

Jésus nous attend au puits de la prière...

Rencontre au sommet - Homélie 2° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

transfiguration careme

 

Aujourd’hui Dieu nous ouvre tout grand la porte de son cœur. Il nous révèle son désir le plus cher, ce qui motive tout ce qu’il fait depuis le péché originel. L’appel d’Abraham, dont nous venons d’entendre le récit, marque une étape importante dans l’histoire du salut. C’est le début de l’Alliance de Dieu avec Israël, le peuple qu’il a choisi,  et dont est issu le Sauveur du monde, Jésus Christ. Avec l’appel d’Abraham, c’est une étape décisive du salut des pécheurs qui commence. C’est pourquoi il est tout à fait normal que Dieu nous explique ce qui le motive. Et c’est ce qu’il fait.


Il dit à Abram, qui s’appellera Abraham par la suite,  exactement pourquoi il lui demande de renoncer à sa situation confortable et de suivre cet appel. Il dit : « Je te bénirai … En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Bénédiction. Vie en abondance. Vie qui ait un sens. Epanouissement, bonheur profond et durable, sagesse, maturité, la joie d’une vie pleinement vécue, voilà ce que Dieu veut, pour chacun de nous, et pour toute la famille humaine. Voilà pourquoi il continue de prendre soin de ce monde qui l’a rejeté, et qui continue de le rejeter.


Dieu seul peut nous bénir, car lui seul peut enlever de notre vie et de notre monde les obstacles qui nous empêchent de mener la vie que nous sommes appelés à vivre : l’égoïsme, la convoitise, la paresse, la luxure, bref, le péché sous toutes ses formes.


Abraham a reçu la bénédiction de Dieu et il l’a transmis à son entourage et à ses descendants. Pourquoi ? Parce qu’il a obéi à l’appel de Dieu. Nous aussi, nous pouvons faire l’expérience d’une bénédiction divine plus abondante et la répandre sur ceux et celles que nous aimons, si nous faisons tout simplement ce que le Père demandait à Pierre, Jacques et Jean : « écouter le Christ ».


« Ecouter  le  Christ  et obéir à sa voix: telle est la voie maîtresse, l'unique, qui conduit à la plénitude de la joie et de l'amour.» (Benoît XVI, Angélus, 12 mars 2006).

 

Parce que nous vivons dans un mondé plongé dans le péché, nous sommes constamment tentés d’oublier cette vérité capitale. Nous devons faire un effort conscient et concerté pour nous en souvenir. Sinon, les épreuves de la vie risquent de nous épuiser.


Un jour, un homme d’affaires de New York, en rendant visite à des amis à la campagne, avait remarqué une girouette au sommet du toit de la grange. Il y avait du vent, et la girouette tournait à toute allure. En-dessous de la girouette, il y avait une inscription, peinte en grosses lettres : « Dieu est amour ». L’homme d’affaires voulait savoir pourquoi cette parole avait été placée en-dessous de quelque chose d’aussi versatile qu’une girouette. "Pensez-vous que l’amour de Dieu est aussi changeant que le vent ?", demande-t-il. Tu ne comprends pas, répond le fermier. Cela signifie que, quelle que soit la direction du vent, Dieu est toujours amour."


Il y a des années, un banquier, lui aussi de New York, voulait encourager les soldats qui se battaient à l’époque de la Deuxième Guerre Mondiale. Mais il ne réussit pas à obtenir la permission pour se rendre au front personnellement. Alors, il a acheté dans une usine des milliers de petits miroirs de poche. Au dos de chaque miroir, il a fait imprimer Jean 3, 16 : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croît en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. » Et en-dessous de ce verset, il a fait imprimer la phrase suivante : "Si tu veux voir celui qui est tant aimé de Dieu et pour qui il a donné son Fils, regarde de l’autre côté du miroir."


L’amour de Dieu est à la fois permanent et personnel. S’il nous demande d’écouter le Christ, de suivre les enseignements de l’Eglise, c’est uniquement parce qu’il veut nous bénir avec une vraie sagesse, une joie qui demeure, une vie qui ait un sens.

 

Dans la Bible, les sommets des montagnes sont des endroits privilégiés pour rencontrer Dieu, pour faire une rencontre décisive avec Dieu. Ce n’est pas par hasard que Jésus emmène ses disciples sur la montagne pour voir sa transfiguration. Nous avons tous pu faire des rencontres "au sommet". Nous avons tous pu connaître des moments où nous avons pu faire l’expérience d’une présence palpable de Dieu, des moments om nous avions la certitude qu’il s’occupe de nous et qu’il nous guide. C’est peut-être au cours d’une retraite, ou lors de notre première communion, ou encore lorsque nous nous sommes confessés pour la première fois depuis des années et où nous avons connu un nouveau départ dans notre vie grâce à la miséricorde de Dieu. Peut-être était-ce à l’occasion d’une dure épreuve, une maladie grave. Peut-être était-ce lorsqu’un soir, vous êtes entré dans une église pour prier tout seul, ou le jour où vous êtes allé marcher dans la nature et que vous avez vu un magnifique coucher de soleil.


Nous avons tous pu faire des rencontres “au sommet”. Et si Dieu nous l’a permis, c’est qu’il y a une raison, tout comme quand il l’a permis à Pierre, Jacques et Jean, c’était pour une raison. Jésus savait que sa passion, sa crucifixion et sa mort étaient imminentes. Il savait que la foi de ses disciples serait secouée par ces événements. Il leur a permis de faire une expérience "au sommet" de sa gloire pour que, par la suite, à l’heure de la croix, ils puissent s’en souvenir et que ce souvenir puisse les fortifier.


Jésus sait qu’il est exigeant de le suivre, et que personne ne peut faire l’économie de la croix dans sa vie. Obéir à ses commandements demande la maîtrise de soi et le renoncement. Alors, aujourd’hui, il veut nous rappeler que ces épreuves aussi font partie de son projet. Aujourd’hui, et tout au long de cette semaine, il veut que nous fassions mémoire de nos rencontres "au sommet", pour lui permettre de renouveler notre foi en sa bonté, sa sagesse, et son désir de nous bénir. Avec une foi renouvelée, nous pourrons vivre un bon Carême, en écoutant le Christ, et en répondant à son appel.

Toi aussi, tu es invité(e) à une rencontre au sommet !

Toi aussi, tu es invité(e) à une rencontre au sommet !

Jésus vient nous fortifier pour le combat - Homélie 1° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Le péché originel est la première scène d’une longue et complexe pièce de théâtre de l’histoire de l’humanité. La venue du Seigneur dans la Gloire et le Jugement Dernier formeront la scène finale. Tout ce qui se trouve entre ces deux scènes est relié tout à la fois au péché originel et au Jugement Dernier.


Le monde d’aujourd’hui a massivement oublié ces deux scènes déterminantes. A cause de tous les progrès dans les sciences et la technologie, l’homme est tenté de croire qu’il peut se suffire à lui-même, qu’il n’est pas affecté par les conséquences du péché originel, et qu’il ne sera pas jugé par une puissance supérieure (Dieu) après sa mort. Mais ce n’est qu’une autre version de l’antique mensonge du démon. Tout se passe comme si le démon nous avait persuadé que, puisque nous avons appris à changer les pierres en pains, à maîtriser le monde physique, matériel, nous sommes nous-mêmes des dieux qui n’ont pas besoin d’un autre Dieu. C’est ce même mensonge qui a trompé Adam et Eve.


Aujourd’hui, au début de notre chemin de Carême, l’Eglise démasque ce mensonge. Tout au long du Carême, nous prêtons une attention particulière à nos péchés et à nos mauvaises inclinations, justement parce que nous ne voulons pas oublier la vue d’ensemble, la trame de l’histoire qui donne une signification réelle à notre vie en nous rappelant que nous ne suffisons pas à nous-mêmes.


Le péché originel constitue l’un des chapitres les plus importants de ce livre, et l’un des plus mal compris. Prenons donc quelques minutes pour nous remettre en mémoire ce dont il s’agit, et afin de nous rendre compte pourquoi c’est l’une des vérités les plus importantes de tout le Catéchisme.


Il y a trois choses que nous devons toujours garder en mémoire à propos de péché originel : le fait, la cause, et les conséquences.


D’abord, le fait que le péché originel a été commis. Cela fait partie de la révélation divine. Pour l’Eglise, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Voici comment elle l’exprime dans la Catéchisme (n. 390) :


« Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l’histoire de l’homme... La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents. »

 

Cela peut paraître évident, mais si c’était le cas, Dieu n’aurait pas jugé nécessaire de nous le révéler. En tant qu’êtres humains déchus, nous avons toujours tendance d’imputer le mal à des structures sociales abstraites, d’attribuer le péché à des traumatismes psychologiques, en d’autres mots, de nier, d’ignorer, de minimiser la véritable source du mal dans le monde : le péché originel et ses conséquences. Si nous cédons à cette tentation, nous finirons par nous séparer de Dieu et par perdre contact avec la réalité.

 

Si nos tendances peccamineuses n’étaient dues qu’à une éducation déficiente, nous n’aurions pas besoin d’un sauveur pour obtenir le pardon de nos péchés, mais uniquement de psychologues qui dispensent une thérapie.


Si tous les maux du monde étaient le résultat d’un mauvais système économique ou la faute de politiciens incapables, nous n’aurions pas besoin de la grâce de Dieu pour changer le cœur des hommes, et, pour améliorer la société, il suffirait d’élaborer une nouveau programme d’action.


Le fait que le péché originel est une réalité historique a été révélé par Dieu, et l’Eglise l’enseigne clairement. Nous avons besoin d’intégrer cela dans notre manière de voir le monde et nous-mêmes. Cela nous aidera à comprendre la réalité et à nous y épanouir.

 

 

La deuxième vérité essentielle au sujet du péché originel est la manière dont cela s’est passé. Qu’est-ce qui a causé le péché originel ?


L’Eglise précise que le récit biblique que nous venons d’entendre comporte un langage imagé, et non pas scientifique, ou historique. Cela signifie qu’il exprime la vérité sur ce qui s’est passé, mais sans pour autant donner tous les détails sur la manière dont les choses se sont passées. Nous pouvons épiloguer sur le comment, mais nos suppositions ne pourront jamais masquer le fait.


La première chose à noter au sujet de ce qui s’est passé est qu’Adam et Eve étaient des êtres humains moralement libres. Dieu les a créés « à son image », ce qui veut dire qu’ils étaient capables de vivre dans son amitié, de le connaître et de l’aimer. Mais l’amitié avec Dieu est unique, car Dieu est Dieu, et nous dépendons de lui. Pour vivre dans l’amitié avec Dieu, il est nécessaire d’admettre cela. Voici comment le Catéchisme (n. 396) l'exprime :


« Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, "car du jour où tu en mangeras, tu mourras" (Gn 2, 17). "L’arbre de la connaissance du bien et du mal" (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté. »


Nous ne sommes pas Dieu. Notre existence et notre bonheur dépendent de Dieu. Si nous ne voulons pas accepter cela, nous sommes comme un arbre qui veut "se libérer" du sol. qui le nourrit et le fait vivre. Nous allons droit à la catastrophe.


C’est exactement ce qui s’est passé avec Adam et Eve : ils se sont déracinés du sol de l’amitié avec Dieu parce qu’ils n’acceptaient pas de ne pas être les égaux de Dieu. Voilà l’essence du péché originel (n. 397) :


« L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf. Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (cf. Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté. »


Le démon a encouragé cette révolte avec ses mensonges. Il a répandu la semence de la tentation. Mais cela n’enlève rien à la responsabilité d’Adam et d’Eve, quand ils ont cédé à la tentation. Ils ont librement fait un mauvais usage de la liberté, en proclamant leur indépendance au lieu de resserrer leurs liens avec Dieu.

 

 

Le péché originel est donc un fait historique, et il a consisté dans la rébellion de nos premiers parents qui ont refusé de dépendre de Dieu.


La troisième clé pour une juste compréhension du péché originel est, pour le dire simplement, qu’il n’a pas affecté seulement Adam et Eve, mais toute la race humaine. Dieu nous a créés comme une famille, et quand nos premiers parents se sont révoltés contre lui, c’est toute la famille humaine qui en a porté les conséquences. L’aliénation qu’ont connu Adam et Eve (quand ils se sont cachés dans le jardin) a contaminé tout le genre humain. L’adversité des forces de la nature (représentée par l’enfantement dans les douleurs pour Eve, et la sueur du front d’Adam) a également affecté toute leur descendance.


De plus, le diable, à qui Adam et Eve ont choisi d’obéir plutôt qu’à Dieu, a pu exercer, par cette révolte, une grande influence sur tout ce qui concerne l’humanité.


« Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne "la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable". Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale et des mœurs. » (CEC n. 407)


Le péché originel constitue l’origine, non seulement du péché, mais de tout le combat entre le bien et le mal dont est marquée l’histoire de tout être humain et de la communauté.


Nous avons tous deux tendances en nous : l’inclination au bien (qui fait partie de notre nature créée par Dieu), et la tendance à l’égoïsme (la part déchue de notre nature). Ces deux tendances mènent un combat incessant l’une contre l’autre dans notre cœur et dans nos relations, et ce sera le cas tout au long de notre vie, même après le baptême (CEC n. 1264) :


« Dans le baptisé, certaines conséquences temporelles du péché demeurent cependant, tels les souffrances, la maladie, la mort, ou les fragilités inhérentes à la vie comme les faiblesses de caractère, etc., ainsi qu’une inclination au péché que la Tradition appelle la concupiscence, ou, métaphoriquement, " le foyer du péché " (fomes peccati) : " Laissée pour nos combats, la concupiscence n’est pas capable de nuire à ceux qui, n’y consentant pas, résistent avec courage par la grâce du Christ. Bien plus, ‘celui qui aura combattu selon les règles sera couronné’ »


Cette bataille qui fait rage dans le cœur des hommes affecte tout le cours de l’histoire des hommes. Il suffit, pour le vérifier, de lire n’importe quel journal et ou de regarder les informations à la télévision n'importe quel jour.


Ecoutez ce passage de Vatican II (Gaudium et Spes 13) :


« Établi par Dieu dans un état de justice, l’homme, séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu. Ayant connu Dieu, « ils ne lui ont pas rendu gloire comme à un Dieu (...) mais leur cœur inintelligent s’est enténébré », et ils ont servi la créature de préférence au Créateur. Ce que la Révélation divine nous découvre ainsi, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre enclin aussi au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création. »


 

A première vue, il y a de quoi se décourager. La vie est un combat qui ne cessera qu’à notre mort. Pas moyen d’y échapper… Mais le péché originel n’est que le début de l’histoire. Dieu ne nous abandonne pas. Il aurait pu. Il aurait eu le droit. Mais il ne l’a pas fait. Il est parti à la recherche d’Adam et d’Eve alors qu’ils s’étaient cachés dans le jardin. Il part aussi à notre recherche. Il nous envoie un Sauveur, Jésus Christ.


Contrairement au premier Adam, le Christ, nouvel Adam, n’a jamais désobéi à Dieu le Père. Il n’a jamais perdu confiance en lui. Des tentations au désert jusqu'à sa mort sur une croix, il est resté fidèle. Il a défait le démon, réparant ainsi la blessure ouverte par le péché originel. Marie, la nouvelle Eve, était là, avec lui, comblée de grâce, fidèle elle aussi, au pied de la croix.


C’est vrai, notre vie sera toujours un combat, à la fois contre nos propres tendances mauvaises, et contre les tendances mauvaises et la puissance du péché qui est à l’œuvre dans le monde qui nous entoure. Mais c’est dans le cadre de ce combat que notre vie prend tout son sens : nous sommes les soldats du Christ Roi. Parce que Dieu nous a révélé l’origine du mal et du chemin de la Rédemption, nous ne devons jamais être surpris ni par nos propres faiblesses, ni par les injustices et les souffrances que nous rencontrons dans le monde. Nous connaissons l’histoire ! Nous savons ce qui se passe !


Aujourd’hui, au moment où Jésus vient pour nous fortifier pour la bataille en nous donner l’énergie de la Sainte Communion, renouvelons aussi notre foi dans cette histoire, et renouvelons notre engagement à mettre nos pas dans les pas du Christ et de Marie, et non pas dans ceux d’Adam et d’Eve.

Contrairement au premier Adam, le Christ, nouvel Adam, n’a jamais désobéi à Dieu le Père.

Contrairement au premier Adam, le Christ, nouvel Adam, n’a jamais désobéi à Dieu le Père.

Ce qu’il faut chercher pour trouver la paix du coeur - Homélie 8° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Nous voudrions être libres de tout souci et de toute angoisse. Mais les paroles du Christ dans le passage de l’évangile de ce dimanche semblent trop belles pour être vraies. Jésus nous dit de cesser de nous tracasser pour tout ce qui nous tracasse : les choses matérielles, les choses du monde, ce qu’il appelle "mammon". "Mammon" vient d’un mot grec qui désigne tous les biens matériels, les possessions, tout ce qui peut être acheté avec de l’argent. Le Christ nous dit donc de ne pas nous préoccuper de notre compte en banque, de nos hypothèques, de notre carrière, de notre travail, de notre réputation, de nos réussites et de nos succès. Il nous avertit que tout cela ne peut pas combler notre cœur, et que, si nous nous en soucions excessivement, ces choses peuvent nous séparer de Dieu et nous ôter la paix du cœur qui est le fruit d’une solide amitié avec le Christ.

 

Ensuite Jésus nous indique comment nous pouvons cesser de nous préoccuper de toutes ces choses. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice », dit-il, « et tout cela vous sera donné de surcroît ». Le mot grec qui est traduit en français par "chercher" (zeteo) est un verbe très riche de sens. Il connote une recherche active, motivée, passionnée.

 

Nous tous, ici, nous croyons déjà au Christ. Mais aujourd’hui, Jésus nous demande dans quelle mesure, jusqu’à quel point. Quel est notre empressement à chercher son Royaume ? Dans quelle mesure poursuivons-nous la recherche de la justice, c’est-à-dire le succès aux yeux de Dieu, à l’opposé du succès aux yeux du monde ? Quand nos cœurs sont partagés, quand nous poursuivons la recherche du bonheur à la fois dans notre relation d’amitié avec le Christ et dans nos succès mondains, nous finissons par perdre tout, car nous ne pouvons servir deux maîtres. Si, par contre, nous cherchons d’abord son Royaume, alors « tout cela nous sera donné de surcroît ».

 

C’est pour cela que les pauvres trouvent la paix tandis que les riches sont tourmentés. Les statistiques montrent un taux de suicide plus élevé parmi les classes les plus aisées de la société. « Bienheureux les pauvres en esprit », dit Jésus, car ce sont eux qui se rendent compte que tous les biens de cette terre, que ce soit la fortune, les honneurs ou les succès, ne suffisent pas pour combler le cœur de l’homme. Si c’était le cas, alors plus on est riche, plus on serait heureux. Mais nous savons tous que ce n’est pas vrai. Ceux qui ont de la sagesse et qui sont en paix, les forts, sont ceux qui ont les yeux fixés sur le Christ.

 

Souvent, on dit que les chrétiens sont des gens tristes qui mènent une vie sérieuse, terne et sombre. La vérité, c’est que les saints sont parmi les gens les plus enjoués et créatifs de l’histoire, car c’est le péché, et non pas la foi, qui prive de la joie.

 

Saint Colomban, abbé, un jour demande à saint Deicolus : "Pourquoi est-ce que tu es toujours souriant ?" Deicolus répond : "Parce que personne ne peut arracher Dieu de mon cœur."

 

On raconte que le jour où saint Dominique Savio avait décidé de devenir un saint, il avait cessé de jouer avec les autres garçons et s’est mis à avoir une expression sérieuse. Saint Jean Bosco lui demande alors ce qui n’allait pas. Le garçon explique, et saint Jean Bosco l’a félicité pour son intention, tout en lui conseillant de rester joyeux et actif, car le fait de servir Dieu devrait nous rendre joyeux et spirituellement attrayants pour les autres. Il avait coutume de dire à tous ses garçons : "Amusez-vous autant que vous voulez, à condition de ne pas faire de péché."

 

Si nous cherchons d’abord le Royaume de Dieu, tout le reste nous sera donné de surcroît. C’est la promesse de Jésus. Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

 

Cela veut dire au moins trois choses. D’abord, cela signifie obéir aux commandements de Dieu. Nous les trouvons dans la Bible et dans l’enseignement de l’Eglise. Nous les mettons en pratique dans notre vie par la voix de notre conscience. Dans le Notre Père, nous prions : « Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite… » Le Christ est Roi. Il est celui qui règne. Et donc, ceux qui demeurent dans et qui profitent de son Royaume doivent obéir à ses lois.

 

Ensuite, chercher le Royaume du Christ signifie tendre constamment à mieux connaître Jésus par la prière et par la méditation chrétienne. Jésus est un Roi unique, car ce qu’il veut, c’est l’amitié de ses sujets. Il veut faire partie de notre vie, il veut marcher avec nous. Comme Benoît XVI le disait un jour à des séminaristes de New York, ce qui importe le plus, c’est que vous développiez une relation personnelle avec Dieu. Et cette relation s’exprime dans la prière.

 

Enfin, nous devons être sans cesse à l’affût d’occasions pour rapprocher les autres du Christ. Ce n’est pas aussi difficile que nous sommes portés à le penser. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous rappeler que Dieu est la vraie source du bonheur. Et alors, puisque nous voulons que ceux qui nous entourent trouvent le chemin du bonheur, il est tout à fait naturel de faire tout ce que nous pouvons dans ce sens.

 

Aujourd’hui, Jésus veut affermir notre relation avec lui au cours de cette Messe. Quand nous le recevrons dans la Sainte Communion, renouvelons l’engagement de notre baptême et promettons-lui de faire un effort spécial cette semaine pour chercher d’abord son Royaume.

Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

Pour les chrétiens, l’humble obéissance est une vertu - Homélie 7° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Quand Jésus dit : «  Vous avez appris qu'il a été dit », il fait clairement allusion à l’Ancien Testament, la Loi de Moïse. C’est la Loi qui conférait au peuple juif son statut particulier parmi toutes les nations de la terre, parce que c’est Dieu lui-même qui la leur avait donnée. C’est le « doigt de Dieu » qui l’avait gravée sur des tables de pierre.

 

Pendant 1500 ans, les prophètes et les rabbins d’Israël l’avaient interprétée, appliquée au gré des circonstances changeantes, en exhortant le peuple à l’observer. Mais jamais au cours de ces quinze siècles, un Israélite fidèle n’avait eu la prétention d’exercer une autorité sur elle. Après tout, la Loi provenait du directement du Seigneur. Qui donc pourrait prétendre avoir une autorité sur elle ?

 

Donc, quand Jésus dit : « … Eh bien moi, je vous dis… », suggérant un ajout à la Loi, ses auditeurs sont confrontés à quelque chose de totalement nouveau, à quelqu’un qui revendique une autorité sur la Loi de Moïse. Il réclame une nouvelle adhésion et fraie un chemin pour une Nouvelle Alliance.

 

Le Sermon sur la Montagne est révolutionnaire, non pas seulement en ce qui concerne les idées, mais dans l’autorité revendiquée par le Seigneur. Cette revendication,  implicite mais réelle, d’une autorité sur la loi divine, et donc du rang de Dieu, n’est pas sans conséquences. Cela signifie que ses commandements requièrent l’obéissance.

 

Dans le monde de l’Antiquité, l’obéissance due à celui qui gouverne était un concept familier. Dans le monde contemporain, dominé par les démocraties politiques, elle l’est beaucoup moins. En fait, la mentalité critique, indépendante, démocratique (si utile en politique) peut même s’infiltrer dans l’Eglise (où elle n’est pas à sa place).

 

La vérité du Christ ne change pas au gré des modes et des référendums. Dans notre relation avec Jésus et son Église, l’humble obéissance à l’autorité légitime est une vertu, et non pas un défaut.

 

Il faut plus de dix ans d’études intenses et de pratique pour devenir médecin. Les bons médecins voient parfois plus de 200 patients par mois. Un médecin qui pratique depuis plusieurs années possède donc une connaissance théorique, acquise par sa formation, enrichie d’une dose importante de connaissances pratiques, acquises par l’expérience. Quand nous sommes souffrants ou blessés et que nous consultons un médecin, nous nous attendons à ce qu’il sache ce que nous devons faire, en raison de ses connaissances et de son expérience, mieux que nous. Nous nous attendons à ce qu’il comprenne ce qui ne va pas chez nous, mieux que nous.

 

Quand le médecin nous prescrit ce qu’il faut faire pour guérir, la chose la plus intelligente à faire, c’est de lui obéir. Quand le médecin explique en termes simples quel est notre problème, cela est très appréciable. Mais nous n’exigeons tout de même pas de comprendre absolument tout ce qui concerne la maladie dont nous souffrons avant de lui obéir, pour la simple raison que nous n’avons pas autant de connaissances médicales que le médecin.

 

Jésus Christ est le médecin de nos âmes, qui ont été blessées par le péché originel, par nos péchés personnels, et par les péchés personnels des autres. Ses commandements, ses enseignements, et son exemple constituent les instructions qu’il nous donne pour que nous puissions guérir, grandir et murir spirituellement en avançant sur le chemin du vrai bonheur. Et Jésus est beaucoup plus compétent que même le plus brillant des médecins, parce qu’il est Dieu. Il est omniscient, il est notre créateur, et nous connaît tous de fond en comble.

 

Voilà pourquoi l’obéissance au Christ est une vertu, une bonne habitude, une règle de vie pleine de sagesse. Comme le dit le Livre des Proverbes au chapitre 28 :

 

« Qui se fie à son propre sens est un sot,

Qui chemine avec sagesse sera sauf. » (Proverbes 28, 26)

 

L’obéissance, pour les chrétiens, c’est une vertu. Mais à qui exactement devons-nous obéir ? Nous sommes appelés à obéir à Jésus, en le suivant là où il nous conduit ; il est le Verbe Incarné de Dieu, « la voie, la vérité et la vie ». Lui obéir signifie établir une relation d’amitié avec lui. Comme il le dit au cours de la Dernière Cène :

 

« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. » (Jn 14, 15)

 

Mais là, il y a un problème… Car nous vivons 2000 ans après l’Ascension du Seigneur. Jésus ne nous a pas laissé des commandements spécifiques au sujet du clonage, de la contraception, de la recherche sur les cellules-souches embryonnaires ou d’autres points de la morale contemporaine. Alors, que doit faire un disciple du Christ pour toutes ces questions qui ne sont pas mentionnées explicitement dans la liste des Dix Commandements ?

 

Jésus savait bien qu’au cours des différentes périodes de l’histoire les hommes seraient confrontés à de nouveaux dilemmes. Et il a tout prévu pour cela : il a créé son Église, en déléguant son autorité pour enseigner à ce que nous appelons le « Magistère », pour qu’avec la garantie de l’assistance du Saint Esprit, nous, ses disciples, nous ne manquions jamais d’une règle de conduite claire.

 

Quand nous obéissons à l’enseignement officiel de l’Église – l’enseignement des papes et des évêques unis au pape – nous obéissons, en fait, à Jésus, et nous le suivons avec fidélité dans la voie d’un bonheur sans cesse croissant, ici sur terre, et du bonheur éternel au ciel.

 

L’Église fait même un pas de plus, s’efforçant toujours d’expliquer les raisons qui sous-tendent l’enseignement catholique, même si, trop souvent, nous ne faisons aucun effort pour comprendre ces raisons.

 

Aujourd’hui, en poursuivant la célébration de cette Eucharistie, et spécialement au moment où nous renouvelons notre foi au Christ et à son projet pour notre vie en récitant le Credo, renouvelons aussi notre engagement à obéir au Seigneur, qui est descendu du Ciel sur la terre pour nous montrer la voie vers notre véritable demeure.

Eh bien moi, je vous dis

Eh bien moi, je vous dis

Le ciel et l’enfer existent - Homélie 6° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Dans l’évangile de ce jour, Jésus parle de la géhenne. Le mot est la transcription de l'hébreu Ge-Hinnon (Val de Hinnon), vallée située au sud de Jérusalem où l'on avait pratiqué des sacrifices d'enfants en l'honneur du dieu Moloch. Quand les juifs ont décidé de mettre fin à ses pratiques, ils en ont fait un lieu d’incinération (à ciel ouvert !) des immondices. Mais le feu de ces sacrifices humains était resté le symbole du châtiment de ceux qui refusent le salut de Dieu, et la Géhenne, dans le Nouveau Testament, est synonyme de lieu de malédiction. La symbolique de la Géhenne est souvent liée à celle de l’enfer.

 

Le fait que le Christ fait souvent mention de l’enfer dans les évangiles a fait dire à certains critiques que l’Eglise a manipulé les hommes faibles et les superstitieux par une peur irrationnelle. Ces reproches sont totalement infondés. Les mises en garde du Christ sont celles d’un ami. Jésus sait que nous ne pouvons connaître le bonheur de l’éternité que dans l’amitié avec Dieu. Il veut ce bonheur pour tous les hommes, et donc, il nous met en garde contre tout ce qui pourrait mettre en péril ou détruire cette amitié, et finalement nous entraîner à l’éternité sans Dieu.

 

C’est donc une perspective vraiment très douloureuse, car l’être humain a été créé pour vivre en union avec Dieu ; l’éternité sans Dieu, c’est la frustration par excellence.

 

Puisque Jésus nous aime, il nous dit la vérité, même si elle est dure. Mais il y a une autre facette de cette vérité. C’est ce deuxième aspect auquel se réfère saint Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche. Il nous rappelle l’admirable sagesse du projet de Dieu, qui, si nous nous y soumettons, nous conduit au ciel. Le ciel, c’est cette condition d’un bonheur tellement grand et débordant que, comme nous l’explique saint Paul, il dépasse tout ce que nous pouvons voir, entendre ou même imaginer. L’enfer étant la privation éternelle de ce bonheur, vaut vraiment la peine d’une vigoureuse mise en garde. Le ciel, plénitude éternelle et inimaginable, est également une réalité et sera la récompense pour tous ceux qui meurent en amitié avec Dieu.

 

Certains reprochent à l’Eglise d’exploiter l’idée de l’enfer pour manipuler les gens. Mais le fond de commerce de Jésus n’est pas la manipulation mais la vérité. Et la vérité, c’est que dans ce monde où règne le péché, nous courons tous le danger de succomber à la tentation en faisant un mauvais usage de notre liberté, et de rejeter l’amitié que Dieu nous offre.

 

Si vous étiez dans la voiture de l’un de vos amis, et qu’il est sur le point de faire une collusion frontale avec un poids lourd, vous ne l’avertiriez pas pour qu’il évite l’accident ? Jésus nous parle de la réalité d’une éternité de privation de l’amitié divine, c’est-à-dire l’enfer, en nous avertissant. Il nous aime et désire que nous soyons ses amis, mais il ne peut pas nous forcer la main, car alors, ce ne serait plus de l’amitié. S’il nous révèle la réalité de l’enfer (et du ciel), c’est la preuve qu’il nous aime.

Demandez ce qu’en pense sainte Thérèse d’Avila, la réformatrice du Carmel au 16e siècle en Espagne. Alors qu’elle connaissait un temps de purification intérieure, Dieu lui a accordé la grâce de voir l’enfer. Voici comment elle décrit sa vision :

 

Déjà, depuis longtemps, Notre-Seigneur m’avait accordé la plupart des grâces dont j’ai parlé et d’autres encore fort insignes, lorsqu’un jour, étant en oraison, je me trouvai en un instant, sans savoir de quelle manière, transportée dans l’enfer. Je compris que Dieu voulait me faire voir la place que les démons m’y avaient préparée, et que j’avais méritée par mes péchés. Cela dura très peu ; mais quand je vivrais encore de longues années, il me serait impossible d’en perdre le souvenir.

 

L’entrée de ce lieu de tourments me parut semblable à une de ces petites rues très longues et étroites, ou, pour mieux dire, à un four extrêmement bas, obscur, resserré. Le sol me semblait être une eau fangeuse, très sale, d’une odeur pestilentielle, et remplie de reptiles venimeux. A l’extrémité s’élevait une muraille, dans laquelle on avait creusé un réduit très étroit où je me vis enfermer. Tout ce qui, jusqu’à ce moment, avait frappé ma vue, et dont je n’ai tracé qu’une faible peinture, était délicieux en comparaison de ce que je sentis dans ce cachot, Nulle parole ne peut donner la moindre idée d’un tel tourment, il est incompréhensible. Je sentis dans mon âme un feu dont, faute de termes, je ne puis décrire la nature, et mon corps était en même temps en proie à d’intolérables douleurs. J’avais enduré de très cruelles souffrances dans ma vie, et, de l’aveu des médecins, les plus grandes que l’on puisse endurer ici-bas ; j’avais vu tous mes nerfs se contracter à l’époque où je perdis l’usage de mes membres ; en outre, j’avais été assaillie par divers maux dont quelques-uns, comme je l’ai dit, avaient le démon pour auteur. Tout cela, néanmoins, n’est rien en comparaison des douleurs que je sentis alors ; et ce qui y mettait le comble, c’était la vue qu’elles seraient sans interruption et sans fin.

 

Mais ces tortures du corps ne sont rien à leur tour auprès de l’agonie de l’âme. C’est une étreinte une angoisse, une douleur si sensible, c’est en même temps une si désespérée et si amère tristesse, que j’essaierais en vain de les dépeindre. Si je dis qu’on se sent continuellement arracher l’âme, c’est peu ; car dans ce cas, c’est une puissance étrangère qui semble ôter la vie, mais ici, c’est l’âme qui se déchire elle-même. Non, jamais je ne pourrai trouver d’expression pour donner une idée de ce feu intérieur et de ce désespoir, qui sont comme le comble de tant de douleurs et de tourments. Je ne voyais pas qui me les faisait endurer, mais je me sentais brûler et comme hacher en mille morceaux : je ne crains pas de le dire, le supplice des supplices, c’est ce feu intérieur et ce désespoir de l’âme.

 

Toute espérance de consolation est éteinte dans ce pestilentiel séjour ; on ne peut ni s’asseoir ni se coucher, car l’espace manque dans cette sorte de trou pratiqué dans la muraille ; et les parois elles-mêmes, effroi des yeux, vous pressent de leurs poids. Là, tout vous étouffe ; point de lumière ; ce ne sont que ténèbres épaisses ; et cependant, ô mystère ! sans qu’aucune clarté brille, on aperçoit tout ce qui peut être pénible à la vue.

 

L’enfer existe. C’est une vérité qui fait partie de notre foi. Jésus nous aime, et il veut que nous mourions en amitié avec lui, pour que nous allions au ciel. Son avertissement dans le passage de l’évangile de ce dimanche est un avertissement d’amour. C’est ainsi que nous devons le comprendre.

 

Si Jésus nous dit la vérité au sujet du ciel et de l’enfer, c’est parce qu’il veut que nous sachions que nos choix de tous les jours ont des conséquences : ou bien ils nous font grandir dans l’amitié avec lui en nous faisant avancer sur le chemin vers le ciel, ou bien ils nous éloignent de lui, nous rendant plus vulnérables à la tentation pour finalement nous précipiter dans l’abîme de l’enfer. Nous serions fous si nous ne prenions pas cette mise en garde au sérieux.

 

Parmi tout ce qui peut nous aider, il y a la possibilité de faire un usage intelligent des saintes images. Les crucifix, les images de saints, les statues de la Vierge Marie, etc..., sont utiles pour nous rappeler la perspective de l’éternité dans ce monde agité et bruyant dans lequel nous vivons. Ils nous permettent de garder présent à notre esprit ce qui est vraiment important. Ils sont comme les photos de famille que les soldats portent sur eux dans la bataille.

 

Tous les fonctionnaires catholiques devraient avoir une pieuse image sur leur bureau pour leur rappeler que leur travail doit faire partie du projet de Dieu sur leur existence. Dans chaque foyer chrétien, il devrait y avoir un crucifix et une image de la Vierge Marie bien en vue, pour que personne n’oublie la grande famille dont nous faisons tous partie et la grande réunion de famille à laquelle nous sommes tous invités au ciel. Tous les catholiques devraient avoir dans leur voiture une pieuse image près du tableau de bord, parce que les petites distances que nous parcourons tous les jours sont des étapes de ce grand voyage de notre vie vers la maison du Père.

 

Alors que nous poursuivons la célébration de cette Messe, au cours de laquelle Jésus va se donner lui-même en nourriture pour la route, renouvelons notre désir de lui être fidèles chaque jour, chaque heure, chaque instant, pour que nous puissions entrevoir déjà l’inimaginable joie qu’il prépare pour tous ceux qui l’aiment.

Puisque Jésus nous aime, il nous dit la vérité, même si elle est dure.

Puisque Jésus nous aime, il nous dit la vérité, même si elle est dure.

Notre mission est d’être sel et lumière - Homélie 5° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Jésus ne choisit pas ses paroles au hasard. Cela vaut aussi pour le passage de l’évangile que nous venons d’entendre. Elles font partie du célèbre Sermon sur la Montagne, qui est en quelque sorte la quintessence de tous ses sermons. Dans cette partie, il explique à ses auditeurs ce qu’il attend d’eux. C’est comme quand un entraîneur s’adresse  aux joueurs de son équipe avant le match décisif. Ici, c’est Jésus qui nous parle du jeu de la vie.

 

Autre comparaison : un général qui exhorte ses troupes avant le grand combat. Ici, c’est Jésus qui nous parle du combat de la vie.

 

Jésus nous parle de la mission de toute notre vie. Quelle est-elle ? Elle consiste à être sel et lumière dans le monde qui nous entoure.

 

Le sel avait deux fonctions dans le monde de l’Antiquité : il donnait de la saveur aux aliments, et il en permettait la conservation. Il n’y avait pas de réfrigérateurs à l’époque. On conservait la viande en la couvrant d’une fine couche de sel.

 

La lumière avait la même fonction qu’aujourd’hui : elle repousse les ténèbres, sauf qu’à l’époque, avant l’invention de l’électricité, les ténèbres constituaient une réalité beaucoup plus dramatique que pour nous. Les anciens avaient davantage conscience du fait que sans lumière, ils étaient impuissants. Nous autres, parce que la lumière de l’électricité est omniprésente, nous ne pensons que rarement à notre besoin de lumière.

 

Sel et lumière : voilà donc les comparaisons dont se sert Jésus pour nous expliquer quelle est la mission de notre vie. Quelle est la caractéristique commune du sel et de la lumière ? Tous les deux sont pour autre chose. Le sel n’est pas pour lui-même ; la lumière non plus. Voilà ce qui est important. La mission d’un chrétien dans le monde, tout comme celle du Christ, c’est d’avoir une influence positive sur les autres en leur apportant la puissance et l’illumination de l’évangile.

 

Cette mission nous permet d’entrevoir le cœur même de Dieu. Il désire que tout homme soit persuadé de sa bonté, pour que chacun puisse lui faire confiance et le suivre dans l’apprentissage du bonheur ici-bas, et pour le bonheur parfait au ciel. Ceci explique pourquoi, plus nous nous approchons de Dieu, et plus nous éprouvons le besoin de le communiquer à notre prochain, notre cœur brûlant du même feu que celui du Christ. Tous les saints le savent.

 

 

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Sainte Elisabeth Anne Seton, par exemple, a connu un long et difficile parcours pour arriver à la foi catholique. Elle vivait autour des années 1800, et faisait partie de la haute société de New York, aussi bien de naissance que par son mariage. Comme jeune épouse et maman, elle connut une profonde inquiétude spirituelle. En tant que chrétienne non catholique, elle aspirait à une relation plus profonde avec le Christ, mais ne savait pas où la trouver. Une série d’épreuves, parmi lesquelles la mort de son mari, l’ont amenée à l’Eglise catholique, et c’est là qu’elle a trouvé ce qu’elle cherchait, dans le sacrement de l’Eucharistie.

 

Sa conversion au catholicisme lui a valu d’être critiquée et abandonnée de ses amis, de son milieu social, et même de sa famille. Mais sa plus grande intimité avec le Christ en valait bien la peine. Au lieu de tomber dans le découragement et de se plaindre, elle s’est sentie poussée de commencer une nouvelle congrégation religieuse pour s’occuper de l’éducation des jeunes. C’est ainsi qu’elle a fondé les Sœurs de la Charité, répandues aujourd’hui aux Etats-Unis et au Canada. C’est le début du système de l’éducation catholique américain, qui comporte aujourd’hui, en 2011, plus de 7.000 écoles primaires et secondaires, rien qu’aux Etats-Unis.

 

Dieu veut mettre de la saveur et de la lumière dans le monde, et plus nous sommes proches de son Cœur, plus nos cœurs brûlerons de ce même désir.

 

Si Dieu nous appelle à avoir une influence décisive sur la vie des autres, alors il doit être possible de le réaliser. Mais comment ?

 

Pour nous mettre sur la voie, la 1e lecture nous donne une liste de différentes possibilités :

  • Partage ton pain avec celui qui a faim,
  • recueille chez toi le malheureux sans abri,
  • couvre celui que tu verras sans vêtement,
  • ne te dérobe pas à ton semblable.

Voilà des exemples de ce que la Tradition appelle les œuvres de miséricorde corporelle.

 

Nous pouvons trouver une autre liste des œuvres de miséricorde spirituelle :

  • conseiller ceux qui en ont besoin,
  • instruire les ignorants,
  • exhorter les pécheurs,
  • consoler les affligés,
  • pardonner les offenses,
  • supporter patiemment les personnes ennuyeuses,
  • prier pour les vivants et pour les morts.

 

Je suis certain qu’au cours de cette Messe, le Saint Esprit pourra traduire ces idées générales en quelques possibilités concrètes pour chacun de nous. Mais le Saint Esprit est extrêmement poli. Il ne veut pas que nous soyons ses esclaves, mais ses amis. Et donc, même s’il veut nous donner de bonnes idées, il ne nous forcera pas de les exécuter. Il nous laisse libre de dire oui ou non.

 

En poursuivant cette célébration du sacrifice du Christ, de son "oui" parfait au Père, disons-lui notre "oui". Que la beauté et la puissance de cette Messe nous donne le courage dont nous avons besoin pour vivre la mission de notre vie un peu mieux que la semaine dernière, pour être sel et lumière dans un monde cassé et paumé.

Le sel n’est pas pour lui-même ; la lumière non plus.

Le sel n’est pas pour lui-même ; la lumière non plus.

Tous appelés à la sainteté - Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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La mission de Jean Baptiste consistait à aider le peuple d’Israël à se préparer pour pouvoir reconnaître et recevoir Jésus comme le Messie annoncé. Dieu avait équipé Jean pour cette mission en lui permettant de voir le Saint Esprit descendre sur le Christ à l’occasion de son baptême. Cela avait été pour Jean une vision décisive.

 

Des siècles auparavant, à l’époque où Israël avait été infidèle au Seigneur, lors de la destruction du premier Temple, le prophète Ezéchiel avait déjà vu la présence, la gloire de Dieu quitter le Temple. Avec Jean Baptiste, le dernier d’une longue lignée de prophètes, cette présence divine revient enfin. Jean voit la présence visible de Dieu qui revient vers Israël au moment où le Saint Esprit descend sur le Christ sous la forme d’une colombe. L’Ancienne Alliance, fondée sur la Loi, n’avait pas pu rétablir la pleine communion entre Dieu et l’homme. Mais dans le Christ, une Alliance Nouvelle a été instaurée, et cette communion est devenue permanente.

 

Quand des chrétiens sont baptisés, ils entrent dans cette communion. Nous avons été oints avec le Saint-Chrême, qui symbolise le venue de ce même Esprit en nos cœurs, tout comme il était descendu sur le Christ lors de son baptême. Et à la confirmation, une deuxième onction avec ce même Chrême est l’instrument de la pleine effusion du Saint Esprit, tout comme il est descendu sur le Apôtres à la Pentecôte. Sous l’Ancienne Alliance, le Temple matériel avait été rempli de la présence et de la gloire de Dieu. Sous la Nouvelle Alliance, durant le temps de l’Eglise, chaque chrétien devient, dans le Christ, un Temple de la présence de Dieu sur la terre.

 

C’est pourquoi tous les chrétiens partagent la même vocation fondamentale : celle qui consiste à devenir saints, à conformer notre vie à l’Esprit-Saint qui habite en nos cœurs. C’est exactement ce que saint Paul veut dire quand il écrit aux Corinthiens :

 

« vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint… »

 

Le mot employé par saint Paul et qui est traduit en français par "saint" est le mot grec "hagios", qui veut dire littéralement "mis à part", "séparé". Dans l’Antiquité, ce mot évoquait tout ce qui est exclusivement réservé à Dieu, tout ce qui revêt de ce fait une beauté particulière et nécessite un respect spécial, comme, par exemple, les églises. Aujourd’hui, les rues de Rome sont à peu près comme les rues de toute grande ville moderne : remplie de trafic de voitures, de cris et de bruits de tout genre. Mais en vous promenant dans quelque rue étroite, voilà que vous débouchez soudain sur une vaste place, et une façade de marbre resplendissant se dresse en face de vous, majestueuse, noble, et exerce sur vous un pouvoir d’attraction mystérieux.

 

Si vous poussez la porte d’entrée, le bruit de la ville s’estompe, et vous voilà pris par une force, une impression d’ordre et d’harmonie. Vous respirez la bonne odeur de l’encens et vous êtes envahi par un silence invitant à la prière, au respect, à la révérence. Les magnifiques statues, les piliers impressionnants, les tableaux de maître et les mosaïques, tout vous parle et vous invite à l’humilité. En regardant devant vous, vous yeux découvrent le point d’attraction central de tout l’édifice, le tabernacle, la présence réelle de Jésus Christ dans l’Eucharistie.

 

Notre monde est plein de bruit, de corruption, d’activité frénétique, et voilà que vous rencontrez un chrétien. C’est comme quand vous voyez une magnifique façade en marbre qui se dégage dans la grisaille. Vous avez rencontré quelqu’un qui n’est pas comme les autres, quelqu’un de simple, de noble, qui exerce sur vous une attraction mystérieuse. Si vous faites sa connaissance, vous constatez une belle harmonie de vertus, de maîtrise de soi, de considération, de foi et d’espérance, d’humilité et de sagesse… Et puis vous découvrez la source de toutes ces vertus : Jésus Christ. C’est cela, la sainteté à laquelle nous sommes appelés. Nous sommes les Temples du Dieu vivant, et ce Dieu vivant veut faire de nous des édifices durables à sa gloire.

 

Comment pouvons-nous grandir dans cette sainteté à laquelle nous sommes appelés ? Uniquement en suivant l’exemple d’humilité de Jean Baptiste. Saint Jean disait aux gens qui venaient se faire baptiser par lui :

 

« Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. »

 

Il acceptait tout simplement le fait de ne pas être Dieu, de ne pas être le Seigneur. Il reconnaissait que Jésus est plus grand que lui, et il l’acceptait. Jésus est plus grand que nous. C’est lui, le Roi, pas nous. C’est lui, le Seigneur, et nous sommes ses amis, ses frères et ses sœurs, ses ambassadeurs, mais pas ses égaux. Il a plus de sagesse que nous, et nous devons le suivre. Le suivre, cela veut dire : lui obéir, obéir à son commandement d’aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes, de pardonner à ceux qui nous ont offensés, d’être dociles aux enseignements de l’Eglise, même ceux qui sont contraires à l’esprit de notre époque, comme ceux qui concernent le mariage et la morale sexuelle.

 

90% du temps, nous pouvons savoir exactement ce que Dieu veut que nous fassions. Notre conscience nous le dit, le Catéchisme nous l’apprend, les Dix Commandements nous le rappellent. 10% du temps, nous devons prendre le temps de réfléchir, de prier, de demander conseil, parce que nous ne voyons pas clair.

 

Si nous obéissons à la volonté du Seigneur, même si ça fait mal, si nous reconnaissons sa seigneurie et si nous le suivons, au lieu de vouloir que ce soit lui qui nous suive, alors nous découvrirons et nous pourrons rayonner les joies indescriptibles de la sainteté.

 

Aujourd’hui, quand Jésus renouvelle le don qu’il nous fait dans la Sainte Communion, renouvelons aussi le don de nous-mêmes, et prions de tout notre cœur : Que ton Règne vienne, pas le mien ; que ta volonté soit faite dans ma vie, comme au ciel.

Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Suivre l’exemple de Marie - Homélie Sainte Marie, Mère de Dieu

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Les enfants ressemblent à leurs parents. L’exemple des parents leur apprend à devenir des hommes et des femmes à part entière. C’est la même chose dans notre vie spirituelle. Saint Paul (2e lect.) nous rappelle que, par la grâce de Dieu, nous sommes devenus les frères et les sœurs du Christ, et donc les enfants de Dieu. C’est le fruit du baptême. Quand nous avons été baptisés, nous sommes re-nés, surnaturellement. Dieu a infusé son ADN dans nos âmes. La vie spirituelle consiste à progressivement développer cet ADN, pour devenir des disciples adultes de Jésus Christ qui portent du fruit.

 

La solennité de ce jour nous rappelle que si nous sommes devenus spirituellement des frères et sœurs du Christ, nous sommes devenus également les enfants spirituels de Marie. La Vierge Marie est la mère de Jésus selon la chair, et elle est notre mère selon la grâce. Et tout comme nous apprenons de nos mamans selon la chair à devenir de bons adultes, ainsi nous apprenons de Marie à devenir de bons chrétiens. Elle est l’école "maternelle" vivante qui nous enseigne toute vertu qui conduit au bonheur et à la sainteté.

 

Dans l’évangile de ce jour elle nous enseigne l’une des vertus les plus importantes : la sagesse. Saint Luc nous dit comment Marie a répondu aux merveilles que Dieu a opérées en elle et autour d’elle : 

« Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. »

 

Tout comme les entrailles de Marie se sont ouvertes pour recevoir le Verbe du Dieu vivant au moment de l’Incarnation, ainsi son cœur était constamment ouvert pour accueillir ce que Dieu voulait lui dire à travers les événements de sa vie. Cette capacité et cette habitude de réfléchir dans notre cœur à l’action de Dieu dans notre vie est à la fois le signe et la source de la sagesse. Développer cette capacité est la condition indispensable pour devenir des disciples du Christ adultes, courageux et joyeux.

 

Nous avons tendance à nous laisser envahir par le bruit, les divertissements, le stress, les soucis égoïstes et les préoccupations matérielles du monde. A tout instant de la journée, si nous pouvions faire le scanner de notre âme, ce que nous verrions ressemblerait sans doute à un garage encombré de toutes sortes d’idées, de désirs, de regrets, d’espoirs et de pensées éparses, traînant par terre comme des vêtements sales, des jouets cassés et des magazines jamais lus.

 

La chambre intérieure de Marie n’était pas comme cela. Elle avait une vie bien remplie – après tout elle ne disposait pas d’un four à micro-ondes, d’une machine à laver le linge, d’un téléphone et d’autres moyens qui permettent à la ménagère moderne de gagner du temps. Et pourtant elle veillait à maintenir sa cellule intérieure propre et en ordre. Cela lui permettait d’entendre les messages que Dieu lui envoyait discrètement par les événements de sa vie. Elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Son cœur était comme la surface tranquille d’un lac profond : limpide et calme, capable de refléter fidèlement le ciel, le soleil et les arbres. Si quelqu’un lançait un caillou dans le lac de son cœur, elle l’absorbait par une profonde méditation, et bientôt, les remous momentanés et les grosses vagues disparaissaient, et son cœur était de nouveau dans la clarté et la lumière.

 

Son cœur était comme le caisson d’un violon : bien formé par sa foi et son amour, harmonieux et donc toujours prêt à reproduire en haute-fidélité les notes que Dieu voulait jouer sur les cordes de sa vie quotidienne.

 

Son cœur était comme un canoë parfaitement construit, solide et capable d’absorber les chocs par sa maîtrise d’elle-même, mais en même temps léger et flexible, exempt de soucis égoïstes et d’ambitions démesurées, pour pouvoir accueillir le Verbe de Dieu, et avancer agilement dans les courants de la vie.

 

Voilà à quoi ressemblait la vie intérieure de Marie, le secret de sa sagesse :

« Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur ».

 

Mais Marie savait qu’il est difficile de désencombrer son cœur. Nous avons tendance à nous laisser absorber par les multiples soucis de la vie, à nous laisser distraire par les objets clinquants du monde, alors que ce ne sont pas les choses les plus importantes. Marie sait que nous avons besoin d’aide pour apprendre à méditer assidûment sur l’action de Dieu dans notre vie, et c’est cette aide qu’elle nous propose. Elle nous fournit l’outil pour développer notre vie intérieure, et cet outil est assorti d’une garantie de succès à 100%. Tous ceux qui se sont servi de cet outil se sont rapprochés de Dieu et ont grandi en sagesse, en courage et en joie. Cet outil, la Vierge Marie l’a donné à saint Dominique dans une vision au 13e siècle. Depuis lors, une multitude d’hommes et de femmes s’en sont servi, que ce soient des paysans sans culture ou des reines raffinées, des papes ou des évêques, des mamans ou des veuves, des marins ou des soldats.

 

Cet outil, nous le connaissons tous, mais nous ne nous en servons pas assez. Il s’appelle le Rosaire.

 

Le Rosaire est la clé qui nous permet d’entrer dans le cœur de Marie. Nous pouvons nous y asseoir comme pour prendre le thé avec elle dans son parloir, dans l’intimité d’un tête à tête. Nous pouvons nous entretenir avec elle en laissant la lumière du Christ éclairer nos ténèbres, et dissiper les nuages et les orages de notre cœur, en permettant à sa grâce de guérir et de fortifier ce qui est blessé et malade dans notre vie et dans le monde.

 

Il y a une tradition qui consiste à prendre une bonne résolution le jour du Nouvel An. Pourquoi ne pas prendre celle de passer cette année pour apprendre de notre mère spirituelle comment mettre de l’ordre, de la paix, de la sagesse dans notre vie, en gardant "toutes ces choses" pour les méditer dans notre cœur par le Rosaire. Si nous faisons ce petit pas pour nous rapprocher du Christ, lui fera certainement un pas de géant pour se rapprocher de nous.

 

Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur

Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur

Les trois noms du Christ - Homélie 4° dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

 

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Noël est très proche maintenant. La joie de la venue du Christ illumine déjà nos cœurs. Mais Notre Seigneur veut les illuminer encore davantage. Aujourd’hui il nous révèle ses trois noms. Nous avons déjà eu l’occasion de les entendre souvent, mais nous avons besoin de les méditer à nouveau pour les approfondir. Les noms dégagent une force, et les noms du Christ, si nous les comprenons réellement, ont assez d’énergie et de puissance pour élever notre relation avec Dieu à un degré radicalement nouveau.

Les parents choisissent toujours le prénom de leurs enfants avec soin. Ils veulent que ce nom ait un sens, qu’il signifie l’importance qu’ils attachent à la vie nouvelle qui leur est donnée. Dieu le Père, lui aussi, a choisi un nom pour son Fils avec beaucoup de soin. Il n’a pas permis à Marie et à Joseph de donner libre cours à leur créativité pour choisir eux-mêmes un nom pour son Fils. Il l’a choisi lui-même, et il a envoyé un ange pour faire connaître son choix à Marie et à Joseph.

Dans l’Ancien Testament, Dieu change quelquefois le nom des gens, surtout quand ils sont investis d’une mission spéciale dans l’histoire du salut, comme Abram et Jacob. Quand Dieu décide d’appeler Abram "Abraham" et Jacob "Israël", ce changement de nom signifiait un changement de rôle dans le projet de Dieu. Mais quand Dieu ordonne à Joseph d’appeler le fils de Marie "Jésus", dès avant sa naissance, cela montre que Jésus n’est pas seulement un prophète de plus. Le Père fait comprendre que Jésus est son propre Fils d’une manière tout à fait unique – si bien que Dieu le Père a le droit de choisir son nom dès le début de son existence humaine.

Et que signifie ce nom ? En hébreu, Jésus signifie "Dieu sauve". Ce nom révèle donc la mission du Christ. Contrairement aux prophètes de l’Ancien Testament, Jésus n’est pas venu dans le monde seulement pour annoncer le projet de Dieu qui consiste à sauver les hommes du péché et de tout mal ; il est venu pour mettre ce projet en œuvre, et de réaliser ce salut.

 

Mais Dieu nous révèle encore un autre nom : Emmanuel. Ce nom avait déjà été annoncé par Isaïe, et saint Matthieu applique explicitement ce nom à Jésus. "Emmanuel" en hébreu signifie : "Dieu est avec/parmi nous". Le nom de "Jésus" est une référence à la mission du Christ, ce qu’il est venu faire.  "Emmanuel" se réfère à son identité, à qui il est. Il y a évidemment un lien entre les deux. L’unique raison pour laquelle Jésus est capable de procurer le salut pour tout le genre humain est précisément qu’il est tout à la fois vrai homme et vrai Dieu. Le péché originel avait exclu la race humaine de l’amitié avec Dieu. Il a fait des hommes les esclaves du démon. Adam et Eve ont librement choisi de désobéir à Dieu et d’obéir au démon, et ainsi ils se sont mis, eux et leur descendance (c’est-à-dire chacun d’entre nous) sous le pouvoir et l’influence du démon. C’est cela, l’origine du mal dans le monde.

Nous ne pouvions pas rétablir nous-mêmes la relation d’amitié avec Dieu. Il fallait que ce soit Dieu en Personne qui prenne l’initiative. Nous avions besoin d’un Sauveur capable de réconcilier Dieu et la famille humaine. Jésus est ce Sauveur. Il réconcilie Dieu et les hommes en sa propre personne. Son Père est Dieu, et lui-même est pleinement Dieu. Sa mère est Marie, et lui-même est pleinement homme. Et ainsi, parce qu’il est "Emmanuel" (Dieu parmi nous), il peut être aussi "Jésus" (Dieu sauve).

Dieu qui se fait homme pour sauver l’humanité, voilà la plus grande histoire jamais racontée, une histoire plus fantastique que tous les contes les plus beaux qui soient, et pourtant une histoire aussi vraie que l’air que nous respirons. Voilà le vrai sens de Noël.

 

Et pourtant il y a encore un autre nom que l’Eglise nous rappelle aujourd’hui. Dans la deuxième lecture, saint Paul résume la mission extraordinaire du Christ en se réfèrant à lui comme notre "Seigneur". "Jésus" et "Emmanuel" sont des noms que Dieu seul pouvait donner, mais "Seigneur" est un nom que nous seuls pouvions donner. "Seigneur" est la traduction de l’hébreu "Adonaï", fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament. C’est une altération grammaticale du mot "adoni", qui se rapporte aux rois, à ceux qui possédaient des esclaves, aux maîtres de maison… Tous ceux qui avaient une autorité sur d’autres personnes, et pas seulement sur des choses ou des animaux, étaient appelés "adoni". Mais Dieu seul est appelé "Adonaï". Toute autorité humaine est une autorité reçue de quelqu’un ou de quelque chose, comme, par exemple, une position sociale, une autorité supérieure ou une tradition culturelle.

Dieu, lui, ne reçoit son autorité de personne. Il est lui-même la source ultime de tout ordre, de tout pouvoir, de toute grandeur. Il est Adonaï, c’est-à-dire Seigneur par nature. Quand nous appelons Jésus "Seigneur", nous affirmons qu’il est bien plus qu’un de ces grands leaders religieux. Nous confessons, que vraiment, Jésus est le Sauveur, qu’il est vraiment Emmanuel, Dieu avec nous, et qu’il est digne de notre foi et de notre obéissance.

Quand nous appelons Jésus "Seigneur", nous prenons en fait une décision. Nous nous engageons à le suivre et à lui obéir. Dieu ne peut pas s’appeler Seigneur lui-même, car il ne peut pas se soumettre à lui-même. Il n’y a que nous qui puissions donner ce nom à Jésus, car il n’y a que nous qui puissions librement choisir de nous soumettre à son autorité, d’être ses disciples, d’être chrétiens.

Aujourd’hui, Jésus, Emmanuel, viendra à nous encore une fois dans la Sainte Communion. Au moment où il le fera, renouvelons notre foi et notre confiance en l’appelant "Seigneur". Et durant ces quelques jours qui nous restent avant Noël, gardons ces trois noms dans nos cœurs et sur nos lèvres, comme le font tous les vrais amoureux.

‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’

‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’

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