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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a 2010-2011

Le Baptême du Seigneur: Épiphanie trinitaire - Homélie Baptême du Seigneur A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Le baptême de Jésus dans le Jourdain révèle deux vérités fondamentales de notre foi chrétienne. La première est sans doute assez souvent présente à notre esprit, mais il est fort à craindre que ce n’est pas le cas pour la seconde.

 

La vérité qui nous paraît évidente, c’est le fait que le Christ est le Sauveur promis, le Messie, celui dont il est question dans la 1e lecture, à savoir le Dieu unique envoyé pour enlever le péché du monde et pour inaugurer un royaume nouveau et éternel de justice et d’amour. Son baptême nous le révèle par la descente du Saint Esprit et par la voix qui vient du ciel.

 

La vérité de la foi chrétienne à laquelle nous revenons moins spontanément est celle de la Très Sainte Trinité. Nous prions toujours au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Et nous professons notre foi chaque dimanche, dans le Credo, dans le vrai Dieu qui est un en trois personnes : une nature divine, et trois personnes.

 

Le Père est pleinement Dieu, le Fils est pleinement Dieu (avant son Incarnation, il était), et le Saint Esprit est pleinement Dieu. Les trois sont éternels, incréés et divins – des personnes distinctes, mais un seul Dieu. Nous ne croyons pas en trois dieux, mais en un seul. Ce Dieu unique est trois Personnes. Et ces trois Personnes sont présentes au baptême de Jésus. Le Fils est Jésus ; le Saint Esprit, c’est Dieu qui descend sur Jésus sous les apparences d’une colombe ; et le Père, c’est la voix du ciel qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ».

 

La raison pour laquelle nous ne pensons pas souvent à la Trinité est que c’est vraiment difficile pour nous à comprendre. Nous devrions pourtant y réfléchir, puisqu’après tout, c’est pour cela que Dieu nous le révèle.

 

Des musulmans croyants et cultivés sont scandalisés par la doctrine de la Trinité. Ils pensent que cela relève du polythéisme. Ce n’est pas vrai. Dieu est un, et Dieu est trois: trois personnes, une nature divine. Il est normal que ce soit difficile à comprendre – après tout, c’est de Dieu dont il est question !

 

Essayer de comprendre Dieu pleinement, c’est comme un enfant qui essaie de pleinement comprendre la physique nucléaire. C’est comme un singe qui essaie de jouer un concerto pour piano de Mozart.

 

En fait, c’est l’existence même du concept de la Trinité qui est une indication de sa vérité. Aucun esprit humain n’aurait pu l’inventer ; Dieu seul pouvait nous le révéler.

 

 

Un jour, saint Augustin, le grand évêque d’Afrique du Nord au 4e siècle, se promenait au bord de la mer en contemplant la Trinité. Il était frustré parce que, tout génial qu’il était, il n’arrivait pas à comprendre. En marchant, il aperçoit un petit garçon qui fait un trou dans le sable. Il avait un petit récipient en terre cuite, et il faisait sans cesse le va et vient de l’océan vers sont trou, et du trou vers l’océan. Il remplissait son récipient d’eau, puis allait vers le trou pour le verser. Après l’avoir observé faire cela une douzaine de fois, saint Augustin lui dit : "Mon enfant, que fais-tu là ?" Le garçon répond : "Je veux mettre l’océan dans ce trou dans le sable." Augustin se met à rire, et dit : "Mon enfant, c’est impossible ! Ton petit trou dans le sable ne pourra jamais contenir toute l’eau de l’océan." Alors l’enfant regarde saint Augustin droit dans les yeux, et répond : "Et ta petite intelligence humaine ne pourra jamais contenir la Très Sainte Trinité." C’était une leçon d’humilité. Si l’idée que nous nous faisons de Dieu était à la mesure de notre intelligence humaine limitée, ce ne serait pas vraiment Dieu !

 

 

Et pourtant, il nous est bon de méditer ce mystère. D’abord parce qu’il est vrai : c’est Dieu qui nous l’a révélé pour nous aider à mieux le connaître.

 

Vers la fin de sa vie, saint Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites, s’appliquait à méditer ce mystère tous les jours. Rien que d’y penser, cela le mettait en extase. C’était la nourriture substantielle de son âme. Nous aussi, nous devrions méditer ce mystère plus souvent, parce que ce mystère est de la plus haute importance pour la manière dont nous devons conduire notre vie. Nous sommes créés à l’image de la Trinité, et c’est pour cela que nous pouvons faire le bien ou le mal.

 

Le mariage et la famille, par exemple, sont deux réalités humaines auxquelles le mystère de la Trinité donne consistance. L’amour conjugal, l’amour d’un mari et d’une femme, est total et il est fécond. C’est une image de la Trinité, l’amour total et fécond des trois Personnes divines. Le mariage et la famille ne sont pas des inventions humaines, comme le football ou la course des yoles, et donc nous ne pouvons pas en changer les règles comme bon nous semble. Si nous le faisons, par exemple en ayant des relations sexuelles avant ou en dehors du mariage, ou en ayant recours à la contraception pour les rendre infécondes, en faisant la promotion des unions homosexuelles comme si c’étaient des mariages, ou en négligeant à venir en aide à son conjoint dans le besoin, ou encore en ayant recours à la reproduction artificielle pour concevoir des enfants comme des produits…, si nous faisons ces choses, nous allons à l’encontre de la loi de la nature humaine, et notre intégrité spirituelle sera détruite.

 

Dieu nous aime tant qu’il nous crée à son image, et il nous envoie Jésus pour restaurer cette image après qu’elle ait été abîmée par le péché originel. Aujourd’hui, en célébrant le baptême de Jésus et en le recevant dans la Sainte Communion, rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous fait ; faisons le signe de la croix, le signe de la Trinité, non seulement avec notre main, mais de tout notre cœur.

 

Suivre l’exemple de Marie - Homélie Sainte Marie, Mère de Dieu

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Les enfants ressemblent à leurs parents. L’exemple des parents leur apprend à devenir des hommes et des femmes à part entière. C’est la même chose dans notre vie spirituelle. Saint Paul (2e lect.) nous rappelle que, par la grâce de Dieu, nous sommes devenus les frères et les sœurs du Christ, et donc les enfants de Dieu. C’est le fruit du baptême. Quand nous avons été baptisés, nous sommes re-nés, surnaturellement. Dieu a infusé son ADN dans nos âmes. La vie spirituelle consiste à progressivement développer cet ADN, pour devenir des disciples adultes de Jésus Christ qui portent du fruit.

 

La solennité de ce jour nous rappelle que si nous sommes devenus spirituellement des frères et sœurs du Christ, nous sommes devenus également les enfants spirituels de Marie. La Vierge Marie est la mère de Jésus selon la chair, et elle est notre mère selon la grâce. Et tout comme nous apprenons de nos mamans selon la chair à devenir de bons adultes, ainsi nous apprenons de Marie à devenir de bons chrétiens. Elle est l’école "maternelle" vivante qui nous enseigne toute vertu qui conduit au bonheur et à la sainteté.

 

Dans l’évangile de ce jour elle nous enseigne l’une des vertus les plus importantes : la sagesse. Saint Luc nous dit comment Marie a répondu aux merveilles que Dieu a opérées en elle et autour d’elle : 

« Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. »

 

Tout comme les entrailles de Marie se sont ouvertes pour recevoir le Verbe du Dieu vivant au moment de l’Incarnation, ainsi son cœur était constamment ouvert pour accueillir ce que Dieu voulait lui dire à travers les événements de sa vie. Cette capacité et cette habitude de réfléchir dans notre cœur à l’action de Dieu dans notre vie est à la fois le signe et la source de la sagesse. Développer cette capacité est la condition indispensable pour devenir des disciples du Christ adultes, courageux et joyeux.

 

Nous avons tendance à nous laisser envahir par le bruit, les divertissements, le stress, les soucis égoïstes et les préoccupations matérielles du monde. A tout instant de la journée, si nous pouvions faire le scanner de notre âme, ce que nous verrions ressemblerait sans doute à un garage encombré de toutes sortes d’idées, de désirs, de regrets, d’espoirs et de pensées éparses, traînant par terre comme des vêtements sales, des jouets cassés et des magazines jamais lus.

 

La chambre intérieure de Marie n’était pas comme cela. Elle avait une vie bien remplie – après tout elle ne disposait pas d’un four à micro-ondes, d’une machine à laver le linge, d’un téléphone et d’autres moyens qui permettent à la ménagère moderne de gagner du temps. Et pourtant elle veillait à maintenir sa cellule intérieure propre et en ordre. Cela lui permettait d’entendre les messages que Dieu lui envoyait discrètement par les événements de sa vie. Elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Son cœur était comme la surface tranquille d’un lac profond : limpide et calme, capable de refléter fidèlement le ciel, le soleil et les arbres. Si quelqu’un lançait un caillou dans le lac de son cœur, elle l’absorbait par une profonde méditation, et bientôt, les remous momentanés et les grosses vagues disparaissaient, et son cœur était de nouveau dans la clarté et la lumière.

 

Son cœur était comme le caisson d’un violon : bien formé par sa foi et son amour, harmonieux et donc toujours prêt à reproduire en haute-fidélité les notes que Dieu voulait jouer sur les cordes de sa vie quotidienne.

 

Son cœur était comme un canoë parfaitement construit, solide et capable d’absorber les chocs par sa maîtrise d’elle-même, mais en même temps léger et flexible, exempt de soucis égoïstes et d’ambitions démesurées, pour pouvoir accueillir le Verbe de Dieu, et avancer agilement dans les courants de la vie.

 

Voilà à quoi ressemblait la vie intérieure de Marie, le secret de sa sagesse :

« Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur ».

 

Mais Marie savait qu’il est difficile de désencombrer son cœur. Nous avons tendance à nous laisser absorber par les multiples soucis de la vie, à nous laisser distraire par les objets clinquants du monde, alors que ce ne sont pas les choses les plus importantes. Marie sait que nous avons besoin d’aide pour apprendre à méditer assidûment sur l’action de Dieu dans notre vie, et c’est cette aide qu’elle nous propose. Elle nous fournit l’outil pour développer notre vie intérieure, et cet outil est assorti d’une garantie de succès à 100%. Tous ceux qui se sont servi de cet outil se sont rapprochés de Dieu et ont grandi en sagesse, en courage et en joie. Cet outil, la Vierge Marie l’a donné à saint Dominique dans une vision au 13e siècle. Depuis lors, une multitude d’hommes et de femmes s’en sont servi, que ce soient des paysans sans culture ou des reines raffinées, des papes ou des évêques, des mamans ou des veuves, des marins ou des soldats.

 

Cet outil, nous le connaissons tous, mais nous ne nous en servons pas assez. Il s’appelle le Rosaire.

 

Le Rosaire est la clé qui nous permet d’entrer dans le cœur de Marie. Nous pouvons nous y asseoir comme pour prendre le thé avec elle dans son parloir, dans l’intimité d’un tête à tête. Nous pouvons nous entretenir avec elle en laissant la lumière du Christ éclairer nos ténèbres, et dissiper les nuages et les orages de notre cœur, en permettant à sa grâce de guérir et de fortifier ce qui est blessé et malade dans notre vie et dans le monde.

 

Il y a une tradition qui consiste à prendre une bonne résolution le jour du Nouvel An. Pourquoi ne pas prendre celle de passer cette année pour apprendre de notre mère spirituelle comment mettre de l’ordre, de la paix, de la sagesse dans notre vie, en gardant "toutes ces choses" pour les méditer dans notre cœur par le Rosaire. Si nous faisons ce petit pas pour nous rapprocher du Christ, lui fera certainement un pas de géant pour se rapprocher de nous.

 

Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur

Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur

La sainteté à l’épreuve du temps - Homélie pour la Sainte Famille A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Le dimanche après Noël l’Eglise célèbre la fête de la Sainte Famille. Pourquoi la famille de Joseph et de Marie est-elle "sainte" ? Qu’est-ce que la sainteté évoque pour nous ? En quoi consiste-t-elle ?

 

Il n’est pas sûr que l’idée que nous nous formons de la sainteté soit la bonne. Nous sommes facilement tentés de penser que les saints, ce sont des gens d’une autre catégorie que nous-mêmes. Si c’est le cas, le démon est content, car dans ce cas, nous nous contenterons automatiquement de vivre dans une sorte de médiocrité spirituelle. Et la médiocrité spirituelle est l’antichambre de la mort spirituelle que le démon désire pour chacun de nous.

 

La sainteté n’est pas pour les gens extraordinaires. La sainteté est pour tous. C’est en vue de la sainteté que Dieu nous a créés. La sainteté est synonyme de bonheur. Notre cœur est fait pour trouver son accomplissement dans la maturité de l’amour pour Dieu et pour notre prochain, et c’est cela, la sainteté. Nous sommes tous appelés à l’excellence spirituelle, et non à la médiocrité spirituelle. Et la voie de la sainteté est une voie ordinaire, avec des virages et des chicanes, des nids de poule, des pièges, des côtes, des passages monotones, et aussi des points de vue exceptionnels. C’est le chemin du combat normal, quotidien, pour répondre à notre vocation chrétienne.

 

Marie et Joseph n’ont jamais reçu de Dieu une télécopie ou un courrier électronique avec le parcours précis de ce qu’il convient de faire pour ne pas perturber le projet de Dieu. Dieu à confié l’Enfant Jésus à leurs soins. Il les a guidés et assistés, mais il n’a pas fait le travail à leur place. Ils ont dû s’enfuir en Egypte, endurer les privations du désert, et essayer de joindre les deux bouts dans un pays étranger.

 

La Sainte Famille n’est pas sainte parce que Marie et Joseph n’ont jamais eu de problèmes, parce qu’ils ne jamais eu à se poser des questions, et qu’ils n’ont jamais dû se battre ; la Sainte Famille était sainte, parce qu’au milieu des épreuves, ils ont toujours mis leur confiance en Dieu. Ils ont fait de leur mieux, sachant que Dieu ferait le reste, et c’est ce qu’il a fait.

 

 

Aucun des saints canonisés n’est né saint (à l'exception de celle que nous appelons justement "l'Immaculée Conception", mais même dans ce cas, ce n'est pas une sainteté toute faite, mais une croissance constante de sainteté). Ils ont tous été des gens comme vous et moi. Ils ont hérité de la même condition pécheresse. Ils ont reçu les mêmes sacrements et les mêmes enseignements de l’Eglise. Ils ont reçu aussi le même appel à la sainteté, à vivre dans une relation d’amitié étroite, vivante avec Jésus Christ.

 

Mais ils n’ont pas eu une vie à l’abri de tout problème. Ils ont été confrontés à des difficultés, tout comme nous. Joseph et Marie ne sont pas une exception à la règle. Saint Patrick a été enlevé et vendu comme esclave. Sainte Elisabeth de Hongrie est devenue presque folle quand son mari a succombé à la malaria à peine quelques années après leur mariage. Le saint Padre Pio de Pietrelcina a été critiqué par ses frères religieux, incompris de ses supérieurs, et même interdit par le Vatican de célébrer la Messe en public. Saint Thomas More, un laïc et homme de loi, s’est fait éjecter de son poste par le roi, puis emprisonné, jugé, avec interdiction de voir sa famille. Et quand il a persisté dans son refus d’abandonner son appartenance à l’Eglise catholique, il s’est fait trancher la tête. Sainte Rita de Cascia voulait devenir religieuse, mais ses parents l’ont forcée (à l’âge de douze ans !) à épouser un homme d’affaires prospère, mais violent et malhonnête. Elle a souffert de ses infidélités et de ses abus pendant dix-huit ans, jusqu’à ce qu’il se convertisse sur son lit de mort.

 

Dieu n’a pas préservé ces saints de la souffrance, pas davantage que son propre Fils n’a été préservé de la Croix, au contraire. Car Dieu agit par la Croix. Quand nous sommes confrontés à des difficultés, ce n’est pas que Dieu nous a oubliés, ou qu’il a une dent contre nous. C’est à dessein que Dieu permet les épreuves quotidiennes. Elles constituent des occasions pour que nous puissions exercer notre foi, pour que nous puissions devenir des chrétiens mûrs, remplis de sagesse, de joie profonde, pour avancer dans la voie de la sainteté.

 

 

Il est réconfortant de penser que nos épreuves de tous les jours, petites ou grandes, sont les moyens qui nous permettent de grandir en sainteté, et donc, ce qui revient au même, de devenir pleinement heureux.

 

Mais cela ne fait pas que ces épreuves quotidiennes ne soient plus des épreuves. Elles font toujours mal. Elles nous épuisent. Et elles épuisent aussi ceux qui nous entourent. Quand Joseph est allé réveiller Marie au milieu de la nuit, pour lui dire qu’ils devaient se lever tout de suite, pour traverser le desert et aller habiter en Egypte, elle n’était probablement pas folle de joie. Et lui n’était pas fou de joie non plus à l’idée de le lui dire. C’était un parfait exemple d’un combat spirituel.

 

Mais saint Matthieu nous donne à comprendre qu’aucun des deux n’a empiré la situation en se lamentant, en s’énervant, en gémissant. Il écrit :

 

« Joseph se leva ; dans la nuit il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Egypte. »

 

Tous les deux ont fait confiance à Dieu qui leur a permis de se rencontrer et de se marier. Tous les deux ont dépassé leur tendance naturelle à avoir peur et à s’énerver. Et c’est ensemble qu’ils ont fait en sorte que cette situation éprouvante soit supportable, en s’épaulant mutuellement, avec humilité et courage. Cet esprit de coopération et d’oubli de soi aimant peut faire des merveilles pour adoucir les épreuves de tous les jours de ceux qui nous entourent. Et il n’y a pas de meilleure façon pour faire l’expérience de la paix du Christ dans notre cœur, que d’aider à soulager les fardeaux de ceux qui nous entourent. C’est pourquoi saint Paul nous encourage (2e lect.) :

 

« Revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. »

 

Aujourd’hui, demandons au Seigneur de nous accorder cette grâce, et promettons-lui de faire de notre mieux pour nous y exercer.

Les trois noms du Christ - Homélie 4° dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

 

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Noël est très proche maintenant. La joie de la venue du Christ illumine déjà nos cœurs. Mais Notre Seigneur veut les illuminer encore davantage. Aujourd’hui il nous révèle ses trois noms. Nous avons déjà eu l’occasion de les entendre souvent, mais nous avons besoin de les méditer à nouveau pour les approfondir. Les noms dégagent une force, et les noms du Christ, si nous les comprenons réellement, ont assez d’énergie et de puissance pour élever notre relation avec Dieu à un degré radicalement nouveau.

Les parents choisissent toujours le prénom de leurs enfants avec soin. Ils veulent que ce nom ait un sens, qu’il signifie l’importance qu’ils attachent à la vie nouvelle qui leur est donnée. Dieu le Père, lui aussi, a choisi un nom pour son Fils avec beaucoup de soin. Il n’a pas permis à Marie et à Joseph de donner libre cours à leur créativité pour choisir eux-mêmes un nom pour son Fils. Il l’a choisi lui-même, et il a envoyé un ange pour faire connaître son choix à Marie et à Joseph.

Dans l’Ancien Testament, Dieu change quelquefois le nom des gens, surtout quand ils sont investis d’une mission spéciale dans l’histoire du salut, comme Abram et Jacob. Quand Dieu décide d’appeler Abram "Abraham" et Jacob "Israël", ce changement de nom signifiait un changement de rôle dans le projet de Dieu. Mais quand Dieu ordonne à Joseph d’appeler le fils de Marie "Jésus", dès avant sa naissance, cela montre que Jésus n’est pas seulement un prophète de plus. Le Père fait comprendre que Jésus est son propre Fils d’une manière tout à fait unique – si bien que Dieu le Père a le droit de choisir son nom dès le début de son existence humaine.

Et que signifie ce nom ? En hébreu, Jésus signifie "Dieu sauve". Ce nom révèle donc la mission du Christ. Contrairement aux prophètes de l’Ancien Testament, Jésus n’est pas venu dans le monde seulement pour annoncer le projet de Dieu qui consiste à sauver les hommes du péché et de tout mal ; il est venu pour mettre ce projet en œuvre, et de réaliser ce salut.

 

Mais Dieu nous révèle encore un autre nom : Emmanuel. Ce nom avait déjà été annoncé par Isaïe, et saint Matthieu applique explicitement ce nom à Jésus. "Emmanuel" en hébreu signifie : "Dieu est avec/parmi nous". Le nom de "Jésus" est une référence à la mission du Christ, ce qu’il est venu faire.  "Emmanuel" se réfère à son identité, à qui il est. Il y a évidemment un lien entre les deux. L’unique raison pour laquelle Jésus est capable de procurer le salut pour tout le genre humain est précisément qu’il est tout à la fois vrai homme et vrai Dieu. Le péché originel avait exclu la race humaine de l’amitié avec Dieu. Il a fait des hommes les esclaves du démon. Adam et Eve ont librement choisi de désobéir à Dieu et d’obéir au démon, et ainsi ils se sont mis, eux et leur descendance (c’est-à-dire chacun d’entre nous) sous le pouvoir et l’influence du démon. C’est cela, l’origine du mal dans le monde.

Nous ne pouvions pas rétablir nous-mêmes la relation d’amitié avec Dieu. Il fallait que ce soit Dieu en Personne qui prenne l’initiative. Nous avions besoin d’un Sauveur capable de réconcilier Dieu et la famille humaine. Jésus est ce Sauveur. Il réconcilie Dieu et les hommes en sa propre personne. Son Père est Dieu, et lui-même est pleinement Dieu. Sa mère est Marie, et lui-même est pleinement homme. Et ainsi, parce qu’il est "Emmanuel" (Dieu parmi nous), il peut être aussi "Jésus" (Dieu sauve).

Dieu qui se fait homme pour sauver l’humanité, voilà la plus grande histoire jamais racontée, une histoire plus fantastique que tous les contes les plus beaux qui soient, et pourtant une histoire aussi vraie que l’air que nous respirons. Voilà le vrai sens de Noël.

 

Et pourtant il y a encore un autre nom que l’Eglise nous rappelle aujourd’hui. Dans la deuxième lecture, saint Paul résume la mission extraordinaire du Christ en se réfèrant à lui comme notre "Seigneur". "Jésus" et "Emmanuel" sont des noms que Dieu seul pouvait donner, mais "Seigneur" est un nom que nous seuls pouvions donner. "Seigneur" est la traduction de l’hébreu "Adonaï", fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament. C’est une altération grammaticale du mot "adoni", qui se rapporte aux rois, à ceux qui possédaient des esclaves, aux maîtres de maison… Tous ceux qui avaient une autorité sur d’autres personnes, et pas seulement sur des choses ou des animaux, étaient appelés "adoni". Mais Dieu seul est appelé "Adonaï". Toute autorité humaine est une autorité reçue de quelqu’un ou de quelque chose, comme, par exemple, une position sociale, une autorité supérieure ou une tradition culturelle.

Dieu, lui, ne reçoit son autorité de personne. Il est lui-même la source ultime de tout ordre, de tout pouvoir, de toute grandeur. Il est Adonaï, c’est-à-dire Seigneur par nature. Quand nous appelons Jésus "Seigneur", nous affirmons qu’il est bien plus qu’un de ces grands leaders religieux. Nous confessons, que vraiment, Jésus est le Sauveur, qu’il est vraiment Emmanuel, Dieu avec nous, et qu’il est digne de notre foi et de notre obéissance.

Quand nous appelons Jésus "Seigneur", nous prenons en fait une décision. Nous nous engageons à le suivre et à lui obéir. Dieu ne peut pas s’appeler Seigneur lui-même, car il ne peut pas se soumettre à lui-même. Il n’y a que nous qui puissions donner ce nom à Jésus, car il n’y a que nous qui puissions librement choisir de nous soumettre à son autorité, d’être ses disciples, d’être chrétiens.

Aujourd’hui, Jésus, Emmanuel, viendra à nous encore une fois dans la Sainte Communion. Au moment où il le fera, renouvelons notre foi et notre confiance en l’appelant "Seigneur". Et durant ces quelques jours qui nous restent avant Noël, gardons ces trois noms dans nos cœurs et sur nos lèvres, comme le font tous les vrais amoureux.

‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’

‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’

Pourquoi Dieu attend-il? - Homélie 3° dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

  

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Cela fait environ deux mille ans que Jésus est né. C’était le premier Noël. Et pourtant, depuis lors, le monde a continué d’être déchiré par des guerres, des catastrophes naturelles, du racisme, et d’innombrables autres formes de misère, d’injustice et de souffrance.

 

Cela fait deux mille ans que les chrétiens célèbrent Noël, la venue de notre Sauveur. Mais où est le salut ?

 

De la même manière, Jésus est entré dans notre vie personnelle depuis de nombreuses années. Notre baptême a été comme un Noël pour notre vie. Et depuis lors, nous avons reçu l’Eucharistie de nombreuses fois, nous avons été confirmés, nous avons pu nous confesser. Et pourtant, si nous nous examinons sincèrement, nous pouvons remarquer que nous sommes toujours égoïstes, faibles, insatisfaits.

 

Nous avons tous célébré Noël un certain nombre de fois au cours de notre existence. Sommes-nous devenus meilleurs pour autant ? Avons-nous fait du progrès dans notre vie spirituelle ?

 

Quelle est la réponse de Dieu à ces questions ? Il y a deux mille ans, Dieu a semé la semence de la grâce dans le monde, et depuis lors, elle n’a cessé de croître. L’Eglise n’a cessé de grandir, donnant des saints, fécondant la culture humaine de l’intérieur par des innombrables fondations telles qu’orphelinats, hôpitaux, universités, écoles…

 

Il y a un certain nombre d’années, Dieu a semé la semence de la grâce dans notre cœur, le jour de notre baptême, et cette semence a produit les fruits de l’espérance, de la foi, d’une conscience éclairée… que n’ont pas ceux qui ne connaissent pas le Christ.

 

Dans les deux cas, la transformation a été progressive, comme celle des plantes qui poussent, jour après jour, dans le champ du cultivateur, comme saint Jacques nous l’explique (2e lect.). C’est bien comme cela que Dieu travaille, peu à peu, progressivement, lentement mais sûrement, car il sait que s’il voulait aller plus vite, nous ne pourrions pas suivre.

 

Jésus adopte la même manière de faire dans la vie de chacun de nous. Il ne fait pas de nous des saints en un jour habituellement. Il ne nous fait pas connaître le bonheur parfait tout de suite. Il entre dans notre vie comme compagnon et comme guide, comme un ami plein de sagesse. Et il nous invite à le suivre tout au long du chemin de la vie. C’est la raison pour laquelle cela nous prend du temps pour arriver à la maturité spirituelle. Jésus ne nous manipule pas comme des robots. Il ne nous programme pas comme des ordinateurs, faisant de nous des êtres parfaits instantanément, en faisant tout le travail à lui tout seul. Non, il veut que nous soyons ses amis. Il veut que nous contribuions à notre propre croissance spirituelle.

 

Jésus est comme un entraîneur qui ne se contente pas de vaincre lors d’une course. Il veut que nous soyons vainqueurs pour toujours. Sainte Thérèse d’Avila, par exemple, docteur de l’Eglise et réformatrice du Carmel, a été une mauviette, une religieuse médiocre et mesquine, pendant vingt ans. Il a fallu qu’elle fasse un entraînement spirituel et une réhabilitation pendant deux décennies avant de pouvoir atteindre son vrai potentiel.

 

Il a fallu trente ans pour qu’avec le secours de la Vierge Marie un petit bébé, nommé Jésus, puisse grandir et remplir la mission de sa vie. De la même manière, la grâce de Dieu suppose du temps et le concours de nos propres efforts pour pouvoir grandir et remplir notre vie de la lumière du Christ.

 

Dans la vie de chaque chrétien, le soleil commence à lever le jour du baptême, mais contrairement à ce qui se passe dans la nature, il ne pourra atteindre le zénith que si nous le voulons pleinement, si nous choisissons de suivre le Christ et de vivre en amitié avec lui.

 

Dieu achèvera son ouvrage dans l’histoire. Il achèvera son ouvrage dans notre cœur. C’est la promesse de l’Avent, la promesse que saint Jacques reprend dans la deuxième lecture :

« Voyez : le Juge est à notre porte. »

 

Mais cet ouvrage, Dieu l’achèvera selon son propre planning, et ce planning est régi par sa sagesse, sa bonté, sa puissance et son amour. Quant à nous autres, nous sommes exhortés à la patience et à la persévérance. Saint Jacques nous dit que nous devons être comme des cultivateurs qui attendent patiemment que la récolte soit arrivée à maturité. Imaginez un cultivateur se tenant au bord de son champ et criant aux plantes qu’elles doivent pousser plus vite. Ce serait absurde. S’il fournit l’eau et les engrais, la Providence divine s’occupera du reste.

 

Nous, de même, nous devons faire notre part. Nous devons arroser avec l’eau de la prière et épandre l’engrais des sacrements, mais nous devons aussi faire confiance à Dieu qui fait sa part. Si nous perdons patience avec Dieu, et que nous désobéissons à ses commandements, que nous faisons fi de notre conscience, que notre amitié avec le Christ s’affadit, c’est comme si nous étions en train de crier à la récolte de la grâce de pousser plus vite. Alors nous ne sommes pas disposés à attendre la croissance du fruit du bonheur durable selon le planning de Dieu. Nous la voulons pour tout de suite !

 

Aujourd’hui, tournons les yeux vers le Soleil levant, le Fils de Dieu, et renouvelons notre confiance en lui, en renouvelant notre engagement à suivre ses commandements.

 

 

Pourquoi Dieu attend-il? - Homélie 3° dimanche de l'Avent A

Les catholiques sont appelés à être chrétiens - Homélie 2ème dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Le titre de cette homélie peut sembler quelque peu énigmatique, voire provocateur. Permettez-moi de préciser ma pensée.

 

Il y a deux manières de vivre notre foi catholique. Nous pouvons la vivre passivement ou personnellement. Si nous vivons notre foi de manière passive, nous sommes comme les Pharisiens et les Sadducéens qui étaient venus se faire baptiser par Jean dans le Jourdain. Ils étaient des personnages très en vue, religieusement et socialement parlant, en Israël. Ils comptaient, dirait-on aujourd’hui, parmi les membres les plus actifs de leur paroisse. Ils savaient ce qu’il convenait de faire quand ils allaient à l’église, ils connaissaient toutes les prières. Aux yeux des autres, ils apparaissaient comme des modèles de la religion. Ils se targuaient d’être les enfants d’Abraham. Bref, culturellement parlant, ils étaient de bons Juifs. Ils étaient issus de familles juives et observaient les coutumes juives.

 

Mais voilà qu’arrive Jean Baptiste. Il les avertit qu’être de culture juive n’est pas suffisant :

 

« Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,  et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. »

 

Leur religion était une religion de façade, illusoire, car sans conversion réelle.

 

Nous sommes constamment tentés de faire la même erreur. Nous sommes facilement victimes de la même illusion. Et le démon le sait très bien. Peu à peu, nous pouvons nous complaire en nous-mêmes parce que nous allons à la messe, que nous recevons les sacrements, que nous faisons partie de tel mouvement d’Eglise, parce que les autres nous considèrent comme de bons catholiques.

 

Mais la foi catholique, c’est beaucoup plus que cela. Etre catholique, c’est être "chrétien", c’est être un authentique disciple du Christ ; c’est cultiver des liens d’amitié avec Jésus, d’une amitié qui soit en même temps personnelle et ecclésiale, car de même qu’on n’honore pas le Dieu d’Abraham si on rejette le Christ, de même on n’honore pas le Christ si on rejette l’Eglise.

Une foi de façade ressemble à ces fleurs artificielles qui sont très bien faites, à tel point qu’on dirait qu’elles sont vraies, mais qui ne portent jamais de fruits. Jean Baptiste nous appelle aujourd’hui de la part du Seigneur à ne pas nous contenter des apparences, et à nous convertir en profondeur. C’est alors seulement que nous pourrons changer le monde. C’est si nous changeons d’abord nos cœurs. Quand nous mourrons, nous voudrions tous laisser derrière nous une famille, une commune, un pays, une paroisse plus beaux. Nous avons tous le désir de faire de notre vie quelque chose de durable. C’est un désir naturel, car c’est Dieu qui l’a mis dans nos cœurs. C’est pour cela que la description d’un monde nouveau que nous avons entendue dans la 1e lecture est si parlante :

 

« Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. »

 

Aux Etats-Unis un jeune est entré dans un ordre religieux et a commencé une marche longue et difficile vers le sacerdoce. Avant d’entrer au séminaire, il a composé un petit mémoire dans lequel il décrit les raisons qui l’ont poussé à vouloir devenir prêtre :

 

"Une petite voix disait très doucement au fond de moi qu’il se pourrait que j’aie la vocation. Ma réponse initiale était un ‘non’ catégorique. Mais avec le temps, spécialement lors des attentats terroristes dans mon pays, je me suis mis à réfléchir beaucoup sur le vrai sens de la vie, sur ce qui valait vraiment la peine d’être vécu…"

 

Ce jeune, voyant les problèmes du monde, a ressenti le désir de faire quelque chose pour que ça change. Et la grâce de Dieu lui a montré ce que Dieu nous montre aujourd’hui : changer le monde d’une manière durable, cela signifie l’aider à correspondre à la volonté de Dieu qui est de tout réunir dans le Christ. C’est lui seul qui peut faire en sorte que le loup habite avec l’agneau. Et seuls les vrais chrétiens, et non pas les chrétiens pharisaïques, superficiels, peuvent rapprocher les autres du Christ.

 

Une manière de vivre notre foi en profondeur, c’est de cultiver une vertu qui est au cœur du Temps de l’Avent. Saint Paul met cette vertu en lumière dans la 2e lecture, tirée de la lettre aux Romains :

 

« … tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture. »

 

En d’autres mots, l’intervention de Dieu dans l’histoire du monde que nous méditons durant l’Avent devrait nous remplir d’un optimisme surnaturel, ce que saint Paul appelle l’espérance. L’espérance, c’est tout le contraire du découragement et du pessimisme. L’espérance, c’est la confiance que, quelles que soient les ténèbres qui nous entourent, la lumière du Christ ne s’éteindra jamais. Le démon a horreur de l’espérance. Ce qu’il aime, c’est le découragement, car le découragement engendre le cynisme et le désespoir. Le démon fait tout ce qu’il peut pour fixer notre attention sur les ténèbres, sur tout ce qui ne tourne pas rond en ce monde et dans notre entourage.

 

Le découragement, c’est le plus paralysant de tous les vices. Si nous cédons au découragement, notre foi devient comme morte, purement routinière. Alors, comment faire pour faire échec au démon, et pour se prémunir de la paralysie du cynisme et du découragement ? C’est très simple : en arrêtant de critiquer et de se plaindre. Il y a beaucoup de choses qui ne tournent pas rond dans le monde, dans l’Eglise, dans notre propre vie. Mais les critiques et les complaintes ne servent à rien, sinon à faire de nous des obsédés des ténèbres.

 

Pour faire partie de l’Eglise, il faut “entrer dans l’espérance”, comme le disait Jean Paul II, et Benoît XVI après lui, dans Spe salvi, nous devons apprendre à arrêter de nous plaindre pour commencer à faire quelque chose de constructif, en Eglise, car il n’y a pas de problèmes sans solution. C’est ainsi que pensent et que vivent les vrais chrétiens, en vrais disciples du Christ, dont la puissance et la sagesse sont sans limites.

 

Les catholiques sont appelés à être chrétiens - Homélie 2ème dimanche de l'Avent A

Un Avent différent - Homélie 1er dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Cet Avent est différent de tous les autres Avents que nous avons vécus tout au long de notre vie. Il est différent, parce que nous sommes différents. Au cours de cette dernière année nous avons changé. Nous avons vécu bien des événements en un an. C’était peut-être, une année de succès, de joies, de progrès, ou une année d’échecs et de péchés, ou encore une année de souffrances et d’épreuves. En tout cas, quels que soient les événements que nous avons pu vivre, ils nous ont affectés. Nous avons acquis de nouvelles expériences, de nouvelles connaissances, et, espérons-le, un peu plus de sagesse et un amour plus profond pour Dieu et notre prochain.

 

Quand, une fois encore, nous tournons les yeux vers l’Avent, vers les trois venues du Christ : sa première venue il y a 2000 ans ; sa dernière venue, le jour que nous ne connaissons pas ; et sa venue permanente, par sa grâce, sa providence, les sacrements – quand nous tournons notre regard vers ces trois venues du Christ, nous verrons quelque chose de nouveau, de différent.

 

Jésus Christ est Dieu, beauté, puissance, bonté et vérité infinies. Nous ne pourrons jamais le connaître totalement. Il est un trésor inépuisable de grandeur. Grâce à l’expérience de la vie que nous avons acquise au cours de cette année écoulée, nous sommes prêts maintenant pour découvrir des nouvelles facettes de ce trésor, de nouvelles dimensions de sagesse, de force et de joie.

 

La Providence divine nous a préparés tout au long de cette année écoulée, pour que nous puissions apprendre du nouveau sur Dieu et son projet de salut, des choses qu’il ne pouvait pas nous montrer avant, parce que nous n’étions pas prêts.

 

Les trois venues du Christ ont toutes le même but : restaurer et approfondir notre amitié avec Dieu. Jésus n’a de cesse d’approfondir notre amitié avec lui durant ces semaines à venir.

 

Une des choses que vous avez certainement déjà remarquées quand vous voyagez, c’est que les habitudes engendrent l’indifférence. Quand nous visitons une ville comme Paris, par exemple, comme touriste ou comme pèlerin, nous sommes touchés par la beauté des anciennes églises, monuments, œuvres d’art. On a tendance à penser que les Parisiens connaissent et apprécient ces trésors qui les entourent encore davantage que nous, puisqu’ils ils sont à leur porte. En fait, si vous leur posez la question, vous vous apercevez bien vite que, souvent, vous qui avez passé quelques jours en tant que touriste ou pèlerin, vous en savez plus que ceux qui habitent sur place ! Quel dommage ! Ceux qui ont le plus d’opportunités pour profiter de ces trésors les ignorent souvent totalement !

 

La même chose peut nous arriver à nous, non seulement en tant que Martiniquais, mais en tant que catholiques, dans un sens spirituel. Nous pouvons nous habituer aux vérités révélées et aux œuvres de Dieu à tel point que nous oublions combien elles sont admirables, merveilleuses, étonnantes. On dit souvent que les convertis de fraîche date sont les catholiques les plus fervents, justement parce qu’ils voient la beauté et la valeur de notre foi avec un regard neuf.

 

L’Avent, c’est l’Eglise qui nous invite à rafraîchir notre manière de voir les merveilles que Dieu a faites, qu’il fait et qu’il fera.

 

Nous tous qui sommes ici aujourd’hui, nous croyons que Dieu a des nouvelles choses à nous montrer durant cet Avent, qu’il a de nouvelles énergies à nous accorder, une nouvelle sagesse à nous enseigner. Sinon, à quoi bon être ici ?

 

Mais en même temps, nous sommes bien placés pour savoir comment nous sommes. Nous savons que, par le passé, nos temps de l’Avent n’ont pas été aussi enrichissants qu’ils auraient dû l’être. Que pouvons-nous faire pour que cet Avent soit différent, pour qu’il réponde aux attentes de Dieu ? Dieu fera sa part, mais comment faire la nôtre ?

 

Notre part consiste à faire deux choses. D’abord, nous devons renouveler notre engagement à passer du temps chaque jour avec Jésus pour prier. Cela peut être très simple, ne fût-ce que dix ou quinze minutes pour lire un bon livre, ou pour méditer un passage de la Bible. Si nous ne prenons même pas ce temps très court pour être uniquement avec Dieu, il sera pratiquement impossible de l’entendre parler à notre cœur.

 

Ensuite, nous devons partager notre foi. La meilleure façon de rafraîchir notre conscience de tout ce que Dieu a fait dans l’histoire du monde et de notre vie, c’est de le partager avec d’autres. Tant de nos voisins, de nos collègues, de membres de notre famille sont éloignés du Christ ! Leur vie est dépourvue de l’espérance et du sens que le Christ seul peut donner. Durant cet Avent, nous devrions être les messagers de Dieu, tout comme les anges ont été les messagers de Dieu pour les bergers la première nuit de Noël, pour leur la Bonne Nouvelle avec nos paroles et notre souci actif des autres.

 

Dans quelques instants, Jésus va une nouvelle fois se donner à nous dans la Sainte Communion. Promettons-lui alors de suivre son exemple avec courage en le donnant aux autres durant ce temps de l’Avent.

 

 


Et toujours d'actualité : mon homélie de 2007 - Laisons-nous plonger dans le bain de l'espérance

 

 

L’Avent, c’est l’Eglise qui nous invite à rafraîchir notre manière de voir les merveilles que Dieu a faites, qu’il fait et qu’il fera.

L’Avent, c’est l’Eglise qui nous invite à rafraîchir notre manière de voir les merveilles que Dieu a faites, qu’il fait et qu’il fera.

Dieu est Roi ; il vient pour régner - Homélie Epiphanie

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Dieu est Roi ; il vient pour gouverner. Hérode a tremblé, parce qu’il le savait. Les Mages se sont réjoui, parce qu’ils le savaient.

 

Avant même que Jésus ne soit capable de parler, il nous enseigne une vérité très importante au sujet de nous-mêmes. Notre cœur est habité par deux réponses possibles à la venue de ce Roi : la réponse d’Hérode ou celle des Mages.

 

Hérode avait passé toute sa vie à massacrer, à extorquer et à édifier un royaume personnel qu’il puisse gouverner à sa convenance et pour sa propre gloire. Le Christ entre en scène, un Roi revêtu de l’autorité d’en haut. Hérode est immédiatement conscient du danger qui le menace : si le Christ n’est pas éliminé ou discrédité, cela pourrait signifier l’échec de tous ses efforts.

 

Les Mages, par contre, loin de craindre les exigences de ce nouveau Roi pour leur liberté personnelle, se réjouissent en sachant que le Sauveur envoyé par Dieu est enfin arrivé. Au lieu de mettre leurs trésors - les fruits du travail de toute une vie – en sécurité, ils les offrent généreusement au Christ pour rendre hommage à Celui qui est venu pour régner sur un Royaume éternel.

 

Chaque fois que le Christ entre dans notre vie - et il le fait chaque jour par la voix de notre conscience, les enseignements de l’Eglise et les desseins de sa Providence - nous avons à choisir quel exemple nous voulons suivre : celui d’Hérode ou celui des Mages. Allons-nous trembler, par peur de ce que Jésus pourrait nous demander, ou allons-nous nous réjouir, heureux de pouvoir suivre un tel Seigneur de gloire ? Nous portons les deux possibilités dans notre cœur. Nous sommes tous des Hérode ou des Mages en puissance.

 

Jésus espère bien sûr que nous allons nous réjouir. Il ne veut pas que nous tremblions de peur, puisqu’il est venu pour nous sauver.

 

 

L’obéissance est la vertu la plus difficile à pratiquer, mais c’est aussi la plus importante. La désobéissance est la cause de l’irruption du mal et de la souffrance dans le monde. L’obéissance du Christ a sauvé le monde. Notre obéissance au Christ nous permet de goûter aux fruits de la rédemption.

 

Alexandre le Grand, l’un des plus grands chefs militaires de l’histoire, avait conquis pratiquement le monde entier connu de son temps avec sa redoutable armée. Une nuit, alors qu’il était en campagne, il n’arrive pas à trouver le sommeil. Il sort de sa tente pour faire quelques pas dans le campement.

 

Voilà qu’en marchant, il rencontre un soldat en train de sommeiller, alors qu’il était censé monter la garde. C’était un manquement grave. La sanction qu’encourait un soldat surpris en train de dormir alors qu’il est de garde pouvait aller dans certains cas jusqu’à la peine de mort. Il est arrivé qu’un supérieur qui prenait un soldat de garde en flagrant délit de dormir l’arrose d’essence pour le brûler vif.

 

Mais voilà que le soldat qui dormait se réveille en entendant Alexandre le Grand s’approcher de lui. Le reconnaissant, le jeune homme craignait le pire.

 

-       Sais-tu quelle est la sanction pour un soldat de garde qui s’est endormi ?

 

demande Alexandre le Grand au soldat.

 

-       Oui, mon seigneur,

 

répond le soldat d’une voie tremblante.

 

-       Soldat, quel est ton nom ?

 

lui demande Alexandre le Grand.

 

-       Alexandre, mon seigneur.

 

Alexandre le Grand répète la question : "Quel est ton nom ?"

 

-       Je m’appelle Alexandre, mon seigneur.

 

Une troisième fois, Alexandre le Grand demande au soldat quel est son nom. Pour la troisième fois, le soldat répond doucement : "Je m’appelle Alexandre, mon seigneur."

 

Alexandre le Grand regarde alors le soldat droit dans les yeux.

 

-       Soldat, lui dit-il avec force, ou bien change ton nom, ou bien change ta conduite.

 

Nous tous qui portons le nom du Christ et qui nous disons chrétiens, nous devons faire en sorte de mériter de porter ce nom. Nous devons chercher le Christ pour le suivre, comme les Mages, et non pas l’ignorer, ou même, pire, supprimer sa vie dans notre cœur, comme Hérode, en désobéissant à sa volonté.

 

 

Qu’est-ce qui vous retient ? Quelle est la partie de votre vie où vous ne voulez pas que Jésus entre pour régner ? Quelle chambre de votre âme est toujours fermée à clé, alors que vous n’avez pas donné cette clé à Jésus ?

 

Cela peut être un but que vous vous êtes fixé. Peut-être pensez-vous que les grandes choses que vous accomplirez donneront un sens à votre vie. Non ! Seul le Christ peut donner un sens à votre vie. La seule chose qui ne passera pas consiste à accomplir sa volonté avec amour. Aujourd’hui, une fois pour toutes, déposez vos projets, les médailles d’or dont vous rêvez, aux pieds de l’Enfant Jésus, comme les Mages lui ont offert de l’or.

 

Peut-être ce seront les affections de votre cœur. Peut-être pensez-vous encore que telle relation puisse donner un sens à votre vie. Eh bien, non ! Il n’existe pas de bonnes relations sans le Christ. En fait, c’est lui qui confère à toute relation sa beauté durable, sa joie éternelle. Nous devons chercher de toutes nos forces à lui plaire d’abord à lui. Alors, il pourra rendre nos relations fructueuses au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Alors, en ce jour, déposons nos affections de notre cœur à ses pieds, tout comme les Mages ont offert au Seigneur la bonne odeur de leur encens.

 

Peut-être sont-ce nos souffrances. Peut-être êtes-vous encore fâché avec Dieu pour la blessure que vous portez dans votre cœur. Mais si le Seigneur a permis cela, c’est uniquement parce qu’il sait qu’il peut la guérir, la transformer en grâce. Déposez vos souffrances à ses pieds ; permettez-lui de conduire votre vie ; ne vous rebellez pas contre le Roi plein de sagesse. Donnez-lui votre vie, comme les Mages lui ont offert de la myrrhe, ce parfum épicé dont on se sert pour embaumer les corps pour l’ensevelissement.

 

Jésus veut être notre Roi, pour que nous puissions goûter la joie de pouvoir vivre et lutter pour son Royaume. Donnons-lui carte blanche.

Nous sommes tous des Hérode ou des Mages en puissance.

Nous sommes tous des Hérode ou des Mages en puissance.

Le Christ, Berger ou Roi? - Homélie Solennité du Christ Roi de l'Univers A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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La liturgie d'aujourd'hui nous fait redécouvrir le vrai sens du mot "roi". Le Christ est Roi, mais pas à la manière des rois ou des puissants de ce monde.

À vrai dire, l'on pourrait s'ètonner, en écoutant ces lectures, du fait que le thème principal de cette fête de l'année À est celui du berger, et non pas du roi. Il faudrait donc parler de la fête du Christ Berger, plutôt que de celle du Christ Roi.

En réalité, il n'y a aucune opposition entre le berger et le roi dans la culture biblique. Le couple de berger/roi est loin d'être inconnu: David lui-même, dont Jésus est le descendant, était berger et roi (1 S 17, 14-16).

C'est le berger qui fait le troupeau, rassemble les brebis dispersées, et les mène avec son bâton jusqu'aux verts påturages. Le sceptre des rois, de même que la crosse de l'évêque, n'est autre que le bâton du berger.

À l'époque de l'Exil, les rois d'Israel sont jugés sur leur capacité ou non d'avoir su rassembler le troupeau d'Israël. Il faut bien dire que le bilan n'était guère brillant. Aussi, le prophète se fait-il l'écho de Samuel, si réticent à répondre à la requête du peuple d'avoir un roi comme les autres nations.

Ici, c'est Dieu qui prend les rênes. Lui, qui est Seigneur et Roi, ne l'est pas à l'image de ces rois qui ont oublié leur mission première de berger. Dieu sera lui-même le Roi-Berger de son peuple pour le ramener à Sion, soigner les brebis affaiblies et faire le tri dans le troupeau.

 

On ne saurait trouver meilleure réponse à Ézéchiel que le psaume 23 (22). Aujourd'hui, parler d'un troupeau de moutons n'est guère un compliment. Mais à une époque où l'on sait que le seul moyen de survivre est de se rassembler, on est en quête de bergers qui puissent assurer la vie et la survie du troupeau. On n'est pas prêt à suivre n'importe qui: il faut que le chemin proposé soit celui de l'Alliance, celui de l'élection. Peu à peu, ce psaume en viendra à évoquer le Messie, le Roi-Berger choisi par Dieu pour apporter le repos à Israël auprès de sa maison en Sion, objet de toute l'espérance portée par les prophètes du retour de l'exil. Ce Roi-Berger est celui qui est avec le croyant. Celui-ci n'a donc rien à craindre: son bâton le guide et le rassure. Et même: il prépare la table (= l'Eucharistie) pour lui devant ses ennemis.

 

Saint Paul, lui, ne reprend pas l'image du Roi-Berger, mais celle du Roi-Serviteur, ce qui revient au même. Le Christ, le Messie, l'Élu, n'a pas conquis ni conservé la vie de son Peuple par la force des armes, mais en versant son sang, en s'abaissant par amour au rang d'esclave pour recevoir du Père le titre de Roi. "Le berger donne sa vie pour les brebis", dira le Christ en S. Jean. Pour S. Paul, l'exaltation du Christ dans la résurrection est la preuve irréfutable qu'il a reçu du Père un règne que nul roi en Israël, pas même David, n'avait jusqu'alors exercé, puisque ce règne d'amour est vainqueur même de la mort. Cette mort est l'ultime exil d'où le Christ rassemblera tous les hommes. Les frontières sont abolies: le salut est offert à toutes les nations.

 
Sören Kierkegaard, un philosophe luthérien, a écrit:

"L'au-delà, et donc le jugement, est devenu une plaisanterie, une exigence tellement incertaine que l'on se divertit même à la pensée qu'à une époque cette idée transformait la vie humaine tout entière."

 
On peut tenter de se réconforter en disant que, de toute façon, le jour du jugement est bien loin, peut-être à des millions d'années... C'est encore Jésus, à travers l'Évangile, qui répond:

 
"Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme" (Lc 12, 20).

 
Alors, Berger ou Roi: on a le droit d'avoir ses préférences. Ste Thérèse ne préférait-elle pas regarder la Vierge Marie comme mère plutôt que comme Reine? "Elle est Mère plus que Reine", disait-elle même. De même, on peut préférer invoquer le Christ comme Berger, plutôt que comme Roi. Mais la grande tentation, c'est d'ériger nos préférences en exclusivité absolue. Ste Thérèse ne niait pas que la Vierge Marie était Reine aussi. Si nous préférons l'image du Christ Berger à celle du Christ Roi, nous en avons le droit. Mais attention de ne pas rejeter ce que nous aimons moins entendre. Au cours du Temps pascal, il y a le dimanche du Bon Berger. Mais à la fin de l'année liturgique, c'est le dimanche du Christ-Roi. Cela fait donc partie de notre foi, et nous n'avons pas le droit de passer cette partie sous silence.


Par exemple, j'ai eu l'occasion de lire, dans un commentaire de cette fête, la réflexion suivante:


"On n'en finit pas avec les images de la puissance. Jésus a eu beau se faire tout petit, faible, meurtri, on nous parle encore de roi, le Christ Roi! On croyait déjà en avoir fini avec le Pére tout-puissant et voilà qu'il revient dans les prières et les formules de la messe d'aujourd'hui. Quand le christianisme aura-t-il tourné le dos à ce modèle autoritaire que Jésus est venu précisément contester? Dieu n'est qu'amour et sa seule puissance est la force désarmée du don de soi."


Eh bien, si vous prenez à votre compte ce genre de propos, vous n'êtes plus dans la foi catholique! Ces bêtises-là correspondent en gros au refus de l'image paternelle dans les années qui précédèrent et suivirent mai '68.


Je ne peux m'empêcher de penser à une anecdote qui en dit long sur cet état d'esprit. En Terre Sainte, à Bethphagé, sur le lieu où l'on situe le départ de la procession des Rameaux, il y a un bloc de pierre qu'on a longtemps considéré comme le soubassement qui avait servi au Christ pour monter sur l'âne qui devait le mener à Jérusalem. Or, voici que le peintre roman qui a décoré cette base à représenté Jésus ... à cheval. Pensez donc, quelle erreur! Jésus, qui n'avait voulu comme monture que le petit d'une ânesse, se voyait attribuer un destrier prêt à la bataille!


Plus d'un accompagnateur, guide diplômé, tout comme il faut, s'est gaussé de cette "méprise" et à glosé sur ce christianisme "mal éclairé". La vérite, c'est que si méprise il y a, ce n'est pas à l'artiste du Moyen-Âge mais au guide du 21e siècle qu'il faut l'attribuer. Le peintre, plus théologien que nombre de guides actuels, ne faisait qu'évoquer l'Apocalypse (19, 11-16). Je vous invite à lire ce passage, et à le graver dans votre mémoire.

 

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Le Christ, Berger ou Roi? - Homélie Solennité du Christ Roi de l'Univers A

Grandeur et misère du sacerdoce ministériel - Homélie 31ème dimanche du T.O. année A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

  

 

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Tous les textes d’aujourd’hui traitent de la place du clergé dans le peuple de Dieu. Dans l’Évangile, c’est l’exemple mauvais et pernicieux des scribes et des pharisiens qui est critiqué. Ils enseignent la Loi de Dieu, mais ils ne l’observent pas eux-mêmes. Ils imposent aux gens de lourds fardeaux, qu’ils ne portent pas eux-mêmes. Ils réussissent même, dans leur vanité, à occuper partout les places d’honneur, et ils convoitent les titres honorifiques.

Mais l’Église du Christ est un peuple de frères, en communion avec Dieu, qui seul est Père, dans le Christ, qui seul est Maître. Si Jésus bâtit son Eglise sur Pierre et sur les autres Apôtres, et leur confie à eux seuls les pleins pouvoirs, c’est – comme Jésus le montre constamment par son enseignement et par son exemple – pour être au service de leurs frères. Cela s’appelle le sacerdoce « ministériel », ce qui veut dire que ce sacerdoce, même s’il est un honneur pour celui qui le reçoit, est un honneur parce qu’il est un service, un service de table !

Peut-on dire que les membres du clergé en sont plus conscients aujourd’hui que jadis ? Dieu seul le sait. Il est vrai que rares sont ceux qui deviennent prêtres aujourd’hui, du moins en Occident, en vue d’une promotion sociale, comme c’était le cas il y a encore cinquante ans, et qui, voyant l’évolution de la mentalité peu respectueuse dont l’opinion publique entoure les prêtres maintenant, ne se cachaient pas pour dire, que si c’était à recommencer, ils auraient choisi une autre voie … Si l’on fait encore des reproches de ce genre à des prêtres, c’est souvent en vertu d’une fausse conception de la démocratie dans l’Eglise, un néo-cléricalisme, en quelque sorte, tout aussi éloigné de l’Évangile.

Pourtant il n’est pas rare que certains, n’ayant pas cherché à se faire ordonner, poussés par cette soif de pouvoir et des honneurs, par la suite se laissent prendre par la tentation du carriérisme, que Jésus reproche aux pharisiens, dans le but d’exercer un pouvoir qu’ils n’ont jamais reçu…

Ce qui est dénoncé dans la 1e lecture atteste que ce cléricalisme est de tous les temps. Nous sommes ici 450 ans avant JC, environ. Ce qui est reproché par Dieu aux prêtres de cette époque est toujours d’actualité. Le fondement est le même que dans l’Evangile : nous avons tous le même Père, et nous sommes tous frères. C’est l’oubli de cette double vérité qui entraîne trois reproches faits aux prêtres :

Ils-  Ils ne prennent « pas à cœur de glorifier mon Nom ». Ils ne mettent pas l’honneur de Dieu à la première place. Ils proclament une morale psychologique et sociale axée sur le monde et qui plaît au peuple ;

Ils - Ils ont fait de la Loi de Dieu « une occasion de chute » ; ils ne comprennent plus la religion de l’Alliance, ils s’en éloignent, et même, s’en écartent tout à fait. Les psaumes les plus tardifs en fournissent une indication très claire ;

Ils - Ils agissent « avec partialité, en accommodant la Loi » : on travaille avec des petits groupes sélectionnés, on fait de la psychologie de groupe et autres choses de ce genre, en abandonnant les autres à leur sort.

Les menaces que Dieu profère l’encontre de ces méthodes « pastorales » sont sévères : ces prêtres profanent « l’Alliance de nos pères ». « À mon tour, je vous ai déconsidérés, abaissés devant tout le peuple », déclare le Seigneur.

Dans la 2e lect., S. Paul nous dresse, par contre, le tableau du prêtre idéal : il aime la communauté qui lui est confiée comme une mère aime son enfant. Sa relation avec elle n’est pas une relation de fonctionnaire, mais une relation personnelle. Il permet à ses frères de partager avec lui sa vie, comme le Christ l’a fait. Il ne veut pas être à la charge de la communauté. Donc il travaille. Sa plus grande joie consiste en ce que les gens le reconnaissent comme un serviteur, qu’il est réellement, et qu’ils comprennent sa prédication comme une pure transmission de la Parole de Dieu, « ce qu’elle est réellement », et non pas comme une parole humaine, même si c’est la parole d’un saint. Il ne cherche pas à avoir un rôle influent dans la communauté. La seule chose qu’il cherche, c’est que cette Parole soit « à l’œuvre en vous, les croyants ».

Ce qui ne l’empêchera pas d’être la victime d'accusations calomnieuses, dictées par la prétention et la soif de pouvoir… Mais il sait que cela fait partie de son ministère :

 

« Les gens nous insultent, nous les bénissons. Ils nous persécutent, nous supportons. Ils nous calomnient, nous avons des paroles d’apaisement. Jusqu’à maintenant, nous sommes pour ainsi dire les balayures du monde, le rebut de l’humanité. Je ne vous écris pas cela pour vous faire honte, mais pour vous reprendre comme des enfants bien-aimés. »

 

Et S. Paul ajoute alors une phrase qui paraît en contradiction avec les paroles du Christ, mais qui, en réalité n’est qu’une contradiction de l’interprétation que l’on en fait, dans certains milieux évangéliques, par exemple :

« Car vous auriez beau avoir dix mille surveillants pour vous mener dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères : c’est moi qui, par l’annonce de l’Evangile, vous ai fait renaître à la vie du Christ Jésus. » (1 Co 4, 12-15)

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