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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a 2010-2011

Donner à César ce que Dieu veut que nous donnions à César - Homélie 29° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

 

29 TOA ev

 

L’Evangile de ce dimanche s’achève par une phrase lapidaire de Jésus, désormais bien connue :

 

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

 

Non pas ou bien César, ou bien Dieu, mais l’un et l’autre, chacun à son niveau. C’est le principe de la séparation entre religion et politique, jusqu’alors inséparables chez tous les peuples et sous tous les régimes.

 

Les juifs, eux aussi, étaient habitués à concevoir le futur règne de Dieu, instauré par le Messie, comme une théocratie, c’est-à-dire comme un gouvernement direct de Dieu sur la terre à travers son peuple. Le Christ, en revanche, révèle un règne de Dieu qui est dans le monde, mais pas de ce monde, un règne qui avance sur une longueur d’onde différente, et qui peut, par conséquent, coexister avec n’importe quel régime, qu’il soit de type sacré ou « laïc ».

 

Deux types différents de souveraineté de Dieu sur le monde sont ainsi révélés : la souveraineté spirituelle (le règne de Dieu, exercé directement en Jésus Christ), et la souveraineté temporelle ou politique que Dieu exerce indirectement, en la confiant au libre choix des personnes et au jeu des causes secondes.

 

César et Dieu ne sont toutefois pas situés sur le même plan, car César dépend lui aussi de Dieu et doit lui rendre des comptes, alors que Dieu ne dépend pas de lui, et n’a de compte à rendre à personne. « Rendre à César ce qui est à César », signifie donc : donner à César ce que Dieu lui-même veut que soit donné à César. C’est Dieu qui est le souverain ultime de tous, y compris de César.

 

Ainsi, nous ne sommes pas divisés entre deux appartenances. Nous ne sommes pas acculés à servir deux maîtres. Le chrétien doit obéir à l’Etat, mais il doit aussi lui résister, lorsque l’Etat s’oppose à Dieu et sa Loi, se prenant ainsi pour Dieu. Il n’est pas juste d’invoquer l’obéissance aux ordres reçus des supérieurs, comme ont l’habitude de le faire les responsables de crimes de guerre devant les tribunaux, par exemple. Avant d’obéir aux hommes, il faut obéir à Dieu et à sa conscience, éclairée par la Révélation. On ne peut pas donner à César ce qui ne lui appartient pas, à savoir l’âme humaine.

 

C’est S. Paul qui, le premier, a tiré les conséquences pratiques de cet enseignement. Il écrit :

 

« Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées pas Dieu. Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. (…) N’est-ce pas pour cela même que vous payez des impôts ? Car il s’agit de fonctionnaires qui s’appliquent de par Dieu à cet office. » (Rm 13, 1ss.)

 

Payer loyalement ses impôts pour un chrétien (et pour tout homme de bonne volonté), c’est s’acquitter d’un devoir de justice, une obligation de conscience. En garantissant l’ordre, le commerce et tous les services, l’Etat met à la disposition des citoyens tout une infrastructure pour laquelle il a droit à une contrepartie, précisément afin de pouvoir continuer à rendre de tels services.

 

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique rappelle que l’évasion fiscale, lorsqu’elle atteint certaines proportions, est un péché mortel ! C’est un vol perpétré contre l’Etat, c’est-à-dire non pas contre personne, mais contre toute la communauté, contre tout le monde. Ceci suppose naturellement que l’Etat aussi soit juste et équitable dans ses critères d’imposition…

 

Mais la collaboration des chrétiens à la construction d’une société juste et pacifique ne se limite pas à payer des impôts. Elle doit s’étendre à la promotion des valeurs communes telles que la famille, la défense de la vie humaine depuis le début de la conception jusqu’à sa fin naturelle, la solidarité avec les plus pauvres, la paix… Les médecins et les infirmières peuvent et doivent exercer l'objection de conscience quand ce qu'on leur demande de faire est incompatible avec l'enseignement de l'Eglise. Un chrétien ne doit pas et ne peut pas voter pour un candidat qui ne se prononce pas clairement contre l'avortement et l'euthanasie.

 

Les chrétiens devraient apporter une contribution plus efficace dans le domaine de la politique, pas tant sur le plan des contenus que des méthodes, du style. Il est urgent de désenvenimer le climat de dispute incessant pour ramener davantage de respect et de dignité dans les relations entre partis politiques, et même entre candidats d’un même parti. Respect du prochain, douceur, capacité d’autocritique… sont des éléments qu’un disciple du Christ doit apporter dans tous les domaines, sans excepter celui de la politique. Se laisser aller à des insultes, au sarcasme, aux coups bas contre les adversaires, tout cela est indigne d’un chrétien. Si, comme le dit Jésus, celui qui traite son frère d’imbécile sera condamné à la Géhenne, qu’en sera-t-il de ceux et celles qui s’évertuent à discréditer systématiquement leurs adversaires en politique ou en d’autres domaines ?

 

Que la Parole que nous avons reçue et l’Eucharistie que nous allons célébrer nous aident à être, comme le disait Ste Jean d’Arc, « digne servante de Dieu et du Roi ».

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler.

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler.

Devant la folie de l’Amour, comment rester indifférent ? - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

 

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Faisons d’abord les présentations. Le roi de l’Evangile, c’est Dieu le Père. Il prépare un repas pour son Fils, un repas de noce. Ce repas est décrit dans la 1e lecture comme un repas de joie au temps messianique, car ce n’est pas seulement Israël, ce sont tous les peuples qui y sont invités. Le voile de tristesse qui enveloppait les païens est déchiré : tout ce qui pourrait rendre triste – même la mort – a disparu. Il ne demeure aucune ombre dans cette image de l’Ancien Testament.

 

L’image du Nouveau Testament, par contre, comporte bien des zones d’ombre. Demandons-nous d’abord quel est ce repas que Dieu le Père prépare pour son Fils. C’est un repas de noce, ce que l’Apocalypse appelle le « repas des noces de l’Agneau » (Ap. 19, 7 ; 21, 9ss.). L’Agneau, c’est le Fils, qui consomme son union avec son Epouse-Eglise sur la Croix, mais aussi dans son Eucharistie.

 

Les Pères aimaient voir dans le Baptême du Christ les fiançailles du Christ et de son Eglise. Ce jour-là, l’Ami de l’Epoux lui présente ses premiers disciples. Mais ces fiançailles s’achèvent  aux noces de Cana qui, le septième jour, préfigurent le jour de sa Résurrection et déjà le Ciel. Le Baptême évoque le bain purificateur, premier rite du mariage dans l’Antiquité. Cana évoque l’entrée dans la chambre nuptiale, la consommation finale. Toute la vie de l’Eglise est comme résumée en cette semaine qui s’écoule du Jourdain à Cana.

 

Or, la tradition chrétienne a toujours, et dès l’origine, interprété Cana dans un sens eucharistique. Dans la célébration eucharistique, le Père organise une fête :

 

« Voilà, mon repas est prêt. », fait-il proclamer, « venez au repas de noce ».

 

Dans la prière eucharistique, l’Eglise rend grâce au Père pour son cadeau le plus grand : son Fils, sous les apparences du pain et du vin. Cette action de grâce émane de l’Eglise qui, justement par ce repas, devient Epouse. Le Père donne ce qu’il a de meilleur, et il n’a rien d’autre à donner. Celui ou celle qui méprise ce don, ne peut plus rien espérer d’autre. Il se condamne lui-même, il est voué à la mort.

 

Ensuite il nous est montré qu’il y a deux manières de refuser l’invitation : ne pas y répondre (n’en faire aucun cas), et y participer, mais de manière indigne. Saint Matthieu relie ces deux manières de se rendre indigne de ce don suprême. La première manière, c’est l’indifférence : les invités ne font aucun cas de la grâce qui leur est offerte ; ils ont autre chose à faire, oh des choses honorables, pas des activités honteuses, mais des choses plus importantes à leurs yeux que de répondre à l’invitation du roi.

 

Dieu, qui a conclu une Alliance avec l’humanité, ne peut rester de marbre devant un tel mépris pour son invitation. Tout comme, dans l’Ancien Testament, Jérémie devait annoncer la destruction de Jérusalem, de même S. Matthieu prophétise la fin définitive de la Ville Sainte. Elle sera, en effet, réduite à la ruine et à la poussière par les Romains.

 

La deuxième manière de se rendre indigne consiste dans une tout autre forme d’indifférence : celle de l’homme qui se rend à l’invitation de l’Eucharistie, mais comme s’il entrait dans un bistrot. A quoi bon revêtir des vêtements de fête ? Le roi peut déjà être content de voir que je me suis dérangé, que je pratique encore, que je fais l’effort de quitter ma chaise pour aller prendre ce morceau de pain dans ma bouche.

 

Cet homme se fait interpeller : avez-vous la moindre notion du fait qu’en venant à la messe, vous participez à la plus belle fête du Roi de l’Univers, que vous mangez les mets les plus délicats que Lui seul peut vous offrir ?

 

« L’autre garda le silence. »

 

Dehors, il aura le temps de méditer ce à côté de quoi il est passé par son arrogance.

 

Dieu nous fait un cadeau d’une valeur inestimable. A nous d’apprendre à donner aux autres sans avarice et sans calcul mesquin.

 

Dans la 2e lecture, S. Paul se réjouit du fait que les chrétiens de la ville de Philippe aient compris cela. Il ne se réjouit pas tant à cause des cadeaux qu’il reçoit d’eux, que de ce que la communauté de Philippe ait appris à donner. C’est dans ce partage des chrétiens avec lui que le sens de l’Eucharistie s’accomplit.

 

Nous aussi, nous ne pourrons jamais assez remercier le Seigneur pour ses dons. Mais la meilleure façon de le faire, celle qui le réjouit le plus, c’est qu’à notre tour, nous nous laissions animer par l’Esprit-Don, en le traduisant, en l’incarnant dans nos actes.

Devant la folie de l’Amour, comment rester indifférent ? - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire A

La déception de Dieu - Homélie 27° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

27 TOA ev

 

 

Jésus disait : « Ecoutez une autre parabole… » Première question : vous souvenez-vous de celle de dimanche dernier ? Si oui, quel est l’accueil que nous réserverons à celle-ci ?

 

« … Il y avait un père de famille, qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, il y creusa un pressoir et y bâtit une tour. Il la confia ensuite à des vignerons, et quitta le pays. »

 

Tout comme la parabole de dimanche dernier, celle de ce jour traite du nouvel Israël de Dieu, qui est l’Eglise. Cette parabole a été racontée par Jésus aux alentours du Mardi Saint, soit deux jours environ avant l’institution de l’Eucharistie, sacrement de la Nouvelle Alliance en son Sang. Ce n’est donc pas sans raison qu’il est question d’une vigne, la vigne de son Père, celle qui produit le vin que Jésus va boire dans peu de temps, auprès de son Père qui est aux cieux :

« Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai avec vous du nouveau dans le royaume de mon Père. » (Mt 26, 29).

Dans la parabole, le propriétaire de la vigne est fort désireux d’entrer en possession du produit de sa vigne. Il envoie plusieurs serviteurs, et enfin son propre fils. Personne ne réussit à rapporter au propriétaire ce fameux produit de la vigne : le vin. Car il s’agit bien de vin. Tout l’indique, en particulier le pressoir. Mais ce vin possède un fumet tout particulier, un fumet un peu désagréable même : ce vin a l’odeur du sang ! Car pour n’en avoir ne fût-ce qu’une seule goutte, le propriétaire aura été obligé de sacrifier jusqu’à la vie de son propre fils ! C’est donc par le sang du fils que le propriétaire, le père de ce fils bien-aimé, pourra, un jour, et pour la toute première fois, goûter le vin de sa vigne !

« Eh bien ! quand le maître de la vigne reviendra, comment va-t-il traiter ces vignerons ? »

On lui répondit :

« Il fera périr sans pitié ces misérables : il louera sa vigne à d’autres vignerons qui lui en donneront le produit en son temps. »

Selon la réponse des interlocuteurs de Jésus, le propriétaire de la vigne enverra, après son fils, d’autres vignerons, qui, eux, lui rapporteront enfin, pour la première fois, le produit de sa vigne, ce vin tant attendu. Mais pour le propriétaire, ce vin ne pourra avoir qu’un goût amer, à cause de l’odeur du sang de son fils, toujours présente dans ses narines. Que fera donc le propriétaire de la vigne ? Restera-t-il sans boire ce vin, qui lui aura coûté si cher ? Certainement pas ! Vraiment, ces nouveaux vignerons, ceux de la Nouvelle Alliance dans le Sang du Fils de Dieu, auront un visage nouveau, et donc aussi un nom nouveau, grâce au vin qu’ils apportent, grâce à l’Esprit-Saint qui enivre leur cœur et les transforme en serviteurs fidèles du Père éternel.

Mais ces envoyés de la Nouvelle Alliance seront-ils mieux traités que les prophètes de l’Ancienne Alliance ? L’histoire de l’Eglise, depuis vingt siècles, montre que non : beaucoup d’entre eux, papes, évêques, prêtres… vivent un vrai martyre à cause du rejet, du mépris, des fausses accusations…. Et si, après leur mort, on les canonise, alors on s’acharne encore à falsifier leur image, pour que cela plaise, pour que ce soit au goût de l’opinion publique. On a fait ainsi de S. François d’Assise un écolo et de Ste Thérèse une mièvre.

La parole de Jésus reste vraie aujourd’hui et au cours des siècles :

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison » (Mc 6, 4).

Chaque catholique doit donc se poser la question : ne suis-je pas personnellement concerné par la déception de Dieu dans la vigne qu’il a plantée avec tant de soin, si j’ai l’habitude de toujours critiquer l’Eglise :

« J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? »

Oui ! la déception de Dieu au sujet de tant de catholiques qui, en matière de foi, de morale, de liturgie… ont la prétention de savoir mieux que le Magistère de l’Eglise, que Dieu lui-même, avec sa Révélation désuète qu’il est décidément grand temps de mettre au goût du jour. Au lieu de le servir avec docilité, ils courent après les divinités étrangères : des célébrations eucharistiques qui visent principalement à flatter l’ego des « spectateurs » (qui applaudissent, quand ils sont contents…). Ce sont des choses comme cela qui faisaient que S. Paul s’inquiétait des chrétiens de Corinthe :

« J’ai bien peur que … votre intelligence des choses ne se corrompe en perdant la simplicité que l’on doit avoir envers le Christ » (1 Co 11, 3).

Mais de même - et beaucoup plus - que pour Israël, il subsistera toujours dans l’Eglise « un petit reste » qui, avec la Vierge Marie et tous les saints, ne se laisse pas corrompre par les idées à la mode. Ce sont les vrais fidèles que S. Paul décrit dans la 2e lecture. Quand, chez les chrétiens infidèles, règne une inquiétude permanente, une démangeaison de la nouveauté, une recherche de la facilité, en même temps règne dans le petit reste, persécuté, mais fidèle, « la paix de Dieu, qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer ». Et quand S. Paul promet à ces chrétiens fidèles : « Le Dieu de la paix sera avec vous », cela veut dire que le vrai chrétien se reconnaît à la paix qui règne dans son cœur, même s’il déplore bien des abus dans sa communauté :

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés. »

Jésus ajoute :

« N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : "La pierre mise au rebut par les maçons est devenue la pierre d’angle. C’est l’œuvre du Seigneur, et c’est merveille à nos yeux" (Ps. 117, 22-23) ? C’est pourquoi je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera ôté pour être remis à un peuple qui en produira les fruits. »

Si ceux qui se marient à l’église, qui demandent le baptême pour leurs enfants, et qui les inscrivent au catéchisme, ne s’engagent pas personnellement à leur donner une éducation religieuse, comme ils l’ont promis le jour de leur mariage et du baptême de leurs enfants, alors ils se préparent au désastre. Ces enfants non seulement ne grandiront pas dans la foi, mais ils risquent de devenir de vrais persécuteurs du Christ et de son Eglise.

Ceux qui, pas toujours sans raison, s’estiment déçus de l’Eglise catholique, et la quittent en demandant la radiation du registre des baptêmes, feraient bien de se souvenir que Jésus, lui, ayant des raisons bien plus valables d’être déçu des membres de l’Eglise, ne la quitte jamais, mais demeure fidèle à son poste de Sauveur. 

Ce qu’il faut chercher pour trouver la paix du coeur - Homélie 8° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Nous voudrions être libres de tout souci et de toute angoisse. Mais les paroles du Christ dans le passage de l’évangile de ce dimanche semblent trop belles pour être vraies. Jésus nous dit de cesser de nous tracasser pour tout ce qui nous tracasse : les choses matérielles, les choses du monde, ce qu’il appelle "mammon". "Mammon" vient d’un mot grec qui désigne tous les biens matériels, les possessions, tout ce qui peut être acheté avec de l’argent. Le Christ nous dit donc de ne pas nous préoccuper de notre compte en banque, de nos hypothèques, de notre carrière, de notre travail, de notre réputation, de nos réussites et de nos succès. Il nous avertit que tout cela ne peut pas combler notre cœur, et que, si nous nous en soucions excessivement, ces choses peuvent nous séparer de Dieu et nous ôter la paix du cœur qui est le fruit d’une solide amitié avec le Christ.

 

Ensuite Jésus nous indique comment nous pouvons cesser de nous préoccuper de toutes ces choses. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice », dit-il, « et tout cela vous sera donné de surcroît ». Le mot grec qui est traduit en français par "chercher" (zeteo) est un verbe très riche de sens. Il connote une recherche active, motivée, passionnée.

 

Nous tous, ici, nous croyons déjà au Christ. Mais aujourd’hui, Jésus nous demande dans quelle mesure, jusqu’à quel point. Quel est notre empressement à chercher son Royaume ? Dans quelle mesure poursuivons-nous la recherche de la justice, c’est-à-dire le succès aux yeux de Dieu, à l’opposé du succès aux yeux du monde ? Quand nos cœurs sont partagés, quand nous poursuivons la recherche du bonheur à la fois dans notre relation d’amitié avec le Christ et dans nos succès mondains, nous finissons par perdre tout, car nous ne pouvons servir deux maîtres. Si, par contre, nous cherchons d’abord son Royaume, alors « tout cela nous sera donné de surcroît ».

 

C’est pour cela que les pauvres trouvent la paix tandis que les riches sont tourmentés. Les statistiques montrent un taux de suicide plus élevé parmi les classes les plus aisées de la société. « Bienheureux les pauvres en esprit », dit Jésus, car ce sont eux qui se rendent compte que tous les biens de cette terre, que ce soit la fortune, les honneurs ou les succès, ne suffisent pas pour combler le cœur de l’homme. Si c’était le cas, alors plus on est riche, plus on serait heureux. Mais nous savons tous que ce n’est pas vrai. Ceux qui ont de la sagesse et qui sont en paix, les forts, sont ceux qui ont les yeux fixés sur le Christ.

 

Souvent, on dit que les chrétiens sont des gens tristes qui mènent une vie sérieuse, terne et sombre. La vérité, c’est que les saints sont parmi les gens les plus enjoués et créatifs de l’histoire, car c’est le péché, et non pas la foi, qui prive de la joie.

 

Saint Colomban, abbé, un jour demande à saint Deicolus : "Pourquoi est-ce que tu es toujours souriant ?" Deicolus répond : "Parce que personne ne peut arracher Dieu de mon cœur."

 

On raconte que le jour où saint Dominique Savio avait décidé de devenir un saint, il avait cessé de jouer avec les autres garçons et s’est mis à avoir une expression sérieuse. Saint Jean Bosco lui demande alors ce qui n’allait pas. Le garçon explique, et saint Jean Bosco l’a félicité pour son intention, tout en lui conseillant de rester joyeux et actif, car le fait de servir Dieu devrait nous rendre joyeux et spirituellement attrayants pour les autres. Il avait coutume de dire à tous ses garçons : "Amusez-vous autant que vous voulez, à condition de ne pas faire de péché."

 

Si nous cherchons d’abord le Royaume de Dieu, tout le reste nous sera donné de surcroît. C’est la promesse de Jésus. Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

 

Cela veut dire au moins trois choses. D’abord, cela signifie obéir aux commandements de Dieu. Nous les trouvons dans la Bible et dans l’enseignement de l’Eglise. Nous les mettons en pratique dans notre vie par la voix de notre conscience. Dans le Notre Père, nous prions : « Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite… » Le Christ est Roi. Il est celui qui règne. Et donc, ceux qui demeurent dans et qui profitent de son Royaume doivent obéir à ses lois.

 

Ensuite, chercher le Royaume du Christ signifie tendre constamment à mieux connaître Jésus par la prière et par la méditation chrétienne. Jésus est un Roi unique, car ce qu’il veut, c’est l’amitié de ses sujets. Il veut faire partie de notre vie, il veut marcher avec nous. Comme Benoît XVI le disait un jour à des séminaristes de New York, ce qui importe le plus, c’est que vous développiez une relation personnelle avec Dieu. Et cette relation s’exprime dans la prière.

 

Enfin, nous devons être sans cesse à l’affût d’occasions pour rapprocher les autres du Christ. Ce n’est pas aussi difficile que nous sommes portés à le penser. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous rappeler que Dieu est la vraie source du bonheur. Et alors, puisque nous voulons que ceux qui nous entourent trouvent le chemin du bonheur, il est tout à fait naturel de faire tout ce que nous pouvons dans ce sens.

 

Aujourd’hui, Jésus veut affermir notre relation avec lui au cours de cette Messe. Quand nous le recevrons dans la Sainte Communion, renouvelons l’engagement de notre baptême et promettons-lui de faire un effort spécial cette semaine pour chercher d’abord son Royaume.

Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

De quel bois se chauffer? - Homélie Vendredi Saint

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

portement de croix

Pour les lectures liturgiques du Vendredi Saint, cliquer sur l'image ci-dessus

 

 

Une ancienne légende roumaine raconte l’histoire d’un groupe de soldats qui s’étaient perdus une nuit d’hiver dans une terrible tempête de neige. Ils ne savaient pas dans quelle direction aller, et donc ils décident de camper pour la nuit. Mais le froid mordant rendait leur petit feu presqu’inutile. Il n’y avait pas de bois, pas d’arbres, pas de clôtures. Ils savaient qu’ils mourraient de froid s’ils ne trouvaient pas du bois pour faire du feu. L’un d’entre eux se porte volontaire pour aller en chercher. Il s’éloigne et disparaît bientôt dans l’épais rideau de neige. Il arrive dans un cimetière et finit par y trouver une croix en bois. L’extrême nécessité le poussait à la prendre, mais le respect lui commandait de la laisser. Il finit quand même par l’emmener vers le groupe. Le chef dit : "Nous ne pouvons pas brûler une croix, même si nous avons un urgent besoin de nous chauffer." Un à un, les hommes s’endorment, sauf le jeune qui avait trouvé la croix de bois. Comme hébété, il restait assis de longues heures dans la nuit. Soudain il voit une lueur, faible en vacillante. Elle se dirigeait vers lui. Il finit par distinguer une silhouette : c’était Jésus lui-même, portant une lourde croix. Il se dirigeait tout droit et posait sa croix sur les braises de feu sur le point de s’éteindre. Les flammes jaillissantes et la chaleur brûlante réveille les autres. Le chef demande qui a mis la croix de bois dans le feu, mais le jeune qui avait vu Jésus le faire s’était agenouillé dans la neige, comme s’il voyait toujours quelqu’un…

Quand nous mettons notre foi dans le sens que le Christ a voulu donner à la croix, comme les soldats qui ont voulu la traiter avec respect, elle devient alors un grand feu de sagesse et d’amour, capable de surmonter, de faire fondre toute la froide indifférence et l’égoïsme qui tuent notre cœur.

Comme le disait saint Ignace de Loyola, "Il n’y a pas de bois plus utile pour ranimer et alimenter le feu de l’amour divin que le bois de la croix."

Et saint François d’Assise : “Je vous exhorte, frères, à avoir continuellement présent à votre esprit la Passion bienheureuse de notre Seigneur, Jésus Christ. Elle vous fortifiera, et vous encouragera pour souffrir plus généreusement par amour pour lui."

Jésus ne nous laisse pas tomber - Homélie pour Noël

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

noel

 

La fête de Noël a quelque chose de spécial. Je ne dis pas cela à cause des illuminations, des cadeaux et de l’ambiance festive. Ces choses-là sont l’expression de la différence, et non pas la cause. Même les soldats qui font la guerre dans des régions montagneuses enneigées ou dans des déserts arides sentent la différence, même de pauvres réfugiés qui fuient la guerre civile qui sévit dans leur pays sentent la différence, alors même qu’ils n’ont pas de sapins ni de repas de Noël, souvent même pas de messe de Noël.


Alors quelle est la différence ? Quel est le secret de Noël pour que cette fête touche les cœurs les plus endurcis ? Le secret, c’est le message si simple que Dieu nous a envoyé par un bébé qu’on a appelé Jésus, le Fils du Père qui s’est fait semblable à nous, en devenant un petit bébé qui ne peut pas survivre sans qu’on s’occupe de lui. Il est venu des splendeurs célestes pour vivre une vie humaine ordinaire dans la douleur, la tristesse, l’injustice, toutes ces souffrances d’un monde déchu. Ce que Dieu nous dit par ce bébé tout fragile, c’est quelque chose que nous avons tous besoin d’entendre. Il nous dit : "Je ne te laisse pas tomber".


Nous, les humains, nous avons tout gâché dans ce monde merveilleux que Dieu a confié à nos soins, mais Dieu, lui, ne nous a pas laissé tomber. Depuis que le péché originel a enténébré notre intelligence et empoisonné notre cœur, nous avons tous pu ressentir la solitude, le regret, le remords, les tiraillements… Vraiment, nous avons tous péché. Nous nous sommes tous rebellés contre Dieu. Et pourtant, il ne nous a pas laissé tomber. Sa puissance est plus grande que tout l’égoïsme du monde. Sa lumière est plus forte que les ténèbres les plus épaisses. Son amour est fidèle et solide, plus que les montagnes. Sa sagesse est plus profonde que les océans. Sa bonté est infinie, plus que le firmament. Dieu ne nous a pas laissé tomber, et il ne nous laissera jamais tomber. C’est pour cela qu’on appelle Jésus le Sauveur.


Aujourd’hui, dans la Cité de David, un Sauveur nous est né. Il est né pour nous, pour chacun de nous, parce que Dieu nous espère.

 

L’histoire de Noël est remplie de signes du fait que Dieu ne nous laisse jamais tomber, du fait que la grâce de Dieu peut transformer des tragédies en triomphe.


Un des faits les plus éloquents est le cessez-le-feu de Noël en 1914 sur les champs de bataille ensanglantés de la Première Guerre Mondiale, dans les tranchées de la Belgique et de la France. Entre les tranchées, il y avait une zone étroite, appelée "No-man’s land", jonchée des cadavres jamais enterrés des soldats qui avait essayé de prendre d’assaut les tranchées ennemies. C’était une bande très étroite, de souvent guère plus de 60, voire 40 mètres de large.


Le 24 décembre 1914, les soldats britanniques aussi bien que les soldats allemands avaient reçu bon nombre de colis de Noël. Les soldats allemands avaient même reçu des sapins de Noël. Ils avaient placé ces petits sapins, décorés de bougies, au-dessus des tranchées. Et ils ont commencé à chanter des chants de Noël. En face, les troupes britanniques avaient d’abord commencé à tirer sur les sapins. Mais ensuite, ils se sont mis à écouter les chants allemands, et à la fin de chaque chant, ils applaudissaient. Bientôt, les soldats allemands ont commencé à brandir des calicots improvisés appelant à un cessez-le-feu : "You no fight, we no fight." Les unités britanniques, à leur tour, ont fabriqué des calicots à la hâte en répondant : "Joyeux Noël !"


Au lever du jour, le 25 décembre, le "No-Man’s Land" était rempli de soldats des deux camps en train de fraterniser, riant, chantant, échangeant des cadeaux, des adresses, des cartes postales. Ils ont aussi pu enterrer leurs morts. Parmi les soldats, il y en avaient qui étaient coiffeurs de métier. Ils ont gracieusement offert de couper les cheveux de tout le monde. L’un des soldats allemands était jongleur professionnel. Il a commencé à faire un spectacle. Certaines unités ont organisé des matches de football, se servant de leur casques pour délimiter les buts. Selon le journal d’un soldat du 133e Régiment Saxon, la partie s’est terminée sur le score de 3-2 pour les Allemands.


Même à l’encontre des ordres des officiers supérieurs, le cessez-le-feu a duré, dans certaines zones de tranchées, jusqu’au Nouvel An. C’était comme si, juste pour Noël, Dieu voulait rappeler au monde que, même au plus fort de la guerre, ce grand fléau déclenché par le péché, il est présent. Même si nous le laissons tomber en péchant, lui ne nous laisse jamais tomber. Sa grâce peut faire la différence.


Cette nuit (ou ce jour), nous pouvons laisser tomber les murs défensifs que nous avons construit tout autour de nos cœurs. Aujourd’hui, c’est Noël, et Dieu vient frapper à la porte de notre cœur. Il voudrait entrer, pour nous rappeler que nous en sommes pas seuls, que les souffrances, les déceptions, les échecs de cette vie ne sont que passagers, alors que son amitié est tellement plus grande, qu’elle peut donner un sens, même aux tragédies les plus douloureuses, et combler les trous les plus noirs, qu’elle est pour toujours. C’est cette amitié qu’il nous offre depuis la pauvre mangeoire de Bethléem.


Nous avons pu être blessé par certains. D’autres se sont montré infidèles. D’autres encore nous ont trahi. Mais Jésus ne l’a pas fait, et il ne le fera jamais. Même si le monde devait nous crucifier, comme il a crucifié Jésus, si nous ne lâchons pas sa main, il nous relèvera, exactement comme lui-même s’est relevé d’entre les morts au matin de Pâques.


En poursuivant cette belle célébration, rendons grâce à Dieu du fond de notre cœur de ne pas nous avoir laissé tomber. Et pensons aussi à tous ces gens dans notre vie, nos amis, les membres de notre famille, nos collègues de travail… Y-a-t-il quelqu’un parmi eux que nous avons laissé tomber ? Si c’est le cas, c’est maintenant le moment favorable pour permettre au Seigneur de nous render espoir pour cette personne, et de prendre un nouveau depart dans notre relation avec elle.


Notre cœur peut être rempli de vieille paille nauséabonde, comme l’étable de Bethléem. Mais si nous laissons entrer le Christ et si nous le laissons demeurer en nous, alors sa force, son espérance et sa lumière ferons que même cette paille devienne une lumière resplendissante comme l’or. Si nous laissons entrer le Christ dans l’auberge de notre cœur, il rendra nos cœurs semblables au sien, et nous pourrons, comme lui, remplir ce monde d’une lumière que les ténèbres ne pourront jamais éteindre.

Père Guy Bedouelle, Du désir de justice et de vérité -

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Théologien dominicain, recteur de l'Université catholique de l'Ouest de 2008 à 2011, le père dominicain Guy Bedouelle est décédé le 22 mai 2012 à Fribourg en Suisse. Nous écoutons son homélie donnée à Sorèze le dimanche 2 octobre 2011. Il y rendait hommage au Père Henri-Dominique Lacordaire, à l'occasion du 150e anniversaire de sa mort. 

 

 

Is 5, 1-7 ; Ps. 79 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43
Paroisse : Eglise Notre-Dame-de-la-Paix
Ville : Sorèze (Tarn)

02/10/2011, 27e dimanche du temps ordinaire - Année A


Du désir de justice et de vérité

« Pourquoi revenez-vous sans cesse sur cette idée que ‘je fais de la politique’ ou que ‘je dois m’en garder’ », écrit à l’un de ses amis, au début de 1850, le P. Henri-Dominique Lacordaire. Et il poursuit : « La vérité est que mon crime est de ne pas faire de politique qui serait de demeurer en dehors de tous les partis et leur dire à tous, dans l’occasion, les grandes vérités sociales de l’Évangile ».

Qui est ce Lacordaire, dont nous célébrons, aujourd’hui, le 150e anniversaire de la mort, au lieu même où il est enterré ? Il était certainement, à son époque, au XIXe siècle, le personnage de l’Église de France le plus connu, qu’il soit admiré ou controversé.

Après la Révolution de juillet 1830, ce jeune prêtre fonde, avec Lamennais, un quotidien, l’Avenir, qui porte fièrement la devise : « Dieu et la liberté ». Il y réclame la séparation de l’ Église et de l’État, à une époque où ni l’Église, ni l’État, n’en veulent. Il y soutient aussi le droit des minorités nationales opprimées. Comme l’Église lui signifie que son expression est exagérée, il se soumet sans renoncer à ses opinions. Il accepte de donner un exposé progressif des vérités de la foi par les conférences de Notre-Dame, que les étudiants catholiques, dont le bienheureux Ozanam, ont réclamé à l’archevêque de Paris. Lacordaire va s’y illustrer.

C’est alors qu’il entreprend de refonder l’ordre dominicain en France, qui y avait été aboli depuis la Révolution comme les autres congrégations. Lacordaire n’entend pas réclamer des privilèges, mais que les religieux puissent simplement jouir du droit d’association, comme de simples citoyens. Et il le dit, et il l’écrit, et il le fait en ouvrant son premier couvent à Nancy.

En février 1848, c’est pour lui un moment providentiel : une Révolution et une République, certes, mais pacifiques, éprises de justice et surtout respectueuses de la religion. Tout le monde plante des arbres de la liberté que bénissent les évêques et les curés de paroisse. Sans trop y croire, il se laisse inscrire par ses amis sur des listes de candidats pour les députés de la future Assemblée constituante. Et il est élu à Marseille. Le voilà représentant du peuple, comme on disait, des Bouches-du-Rhône. Il décide de siéger, en habit dominicain, à l’extrême-gauche, ce qui n’était pas le meilleur choix pour quelqu’un qui voulait se situer au-dessus des partis. Après la tentative de prise du pouvoir par des insurgés pénétrant dans la salle des séances, violence qui, pour lui, est la dénégation de la démocratie, Lacordaire prend une de ces décisions brusques qui le caractérisent : après 14 jours de mandat, il donne sa démission de député. Comme il l’explique à ses électeurs : « dans une assemblée politique, l’impartialité condamne à l’impuissance et à l’isolement, il fallait choisir son camp. Je ne pus m’y résoudre ».

Et il précise : « Pour moi, la politique, c’est dire la vérité, la vérité la plus générale, aux riches, aux pauvres, aux croyants, aux incroyants ». Et ainsi, elle est, pour lui, inséparable des valeurs chrétiennes, des grandes vérités morales ; elle est expression de la liberté évangélique.

Lacordaire est certainement idéaliste, incontestablement romantique, et en même temps, il est ancré résolument dans la société moderne, issue de la Révolution de 1789 dont il récuse les excès ultérieurs. Mais il voit cette nouvelle société  dans une perspective chrétienne. Il veut la convertir, s’adresser à l’opinion publique qui n’entend jamais parler de Dieu. C’est pourquoi aussi il veut former des chrétiens authentiques, et consacre les sept dernières années de sa vie dans ce collège, qui le confirme dans sa vocation d’éducateur et de prédicateur, à laquelle il ajoute la tâche de conseiller municipal de Sorèze.

« Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu… tout cela prenez-le à votre compte », avons-nous entendu saint Paul s’adressant aux Philippiens dans la deuxième lecture. C’était bien l’attitude de Lacordaire en son temps, et c’est, je crois, ce qui est demandé à chaque génération de chrétiens. La parole de l’Évangile du Christ est une force et une grâce : elle accueille et réveille le désir de justice et de vérité qui existe dans le cœur de chacunLacordaire que nous honorons aujourd’hui est un des témoins de ce service que le christianisme rend à la société.

(Source: Le Jour du Seigneur.com)

Benoît XVI, Homélie du Christ Roi à Cotounou

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Au dernier jour de son voyage apostolique au Bénin, Benoît XVI a célébré la messe au "stade de l'amitié" de Cotonou. Devant plus de 30 000 personnes le Pape a appelé les fidèles à suivre le chemin du Christ en étant "attentifs au cri du pauvre, du faible, du marginalisé".

 

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Homélie de la messe Cotonou, Stade de l’Amitié 20.XI.2011

Chers frères dans l’Épiscopat et le sacerdoce, Chers frères et sœurs, À la suite de mon bienheureux prédécesseur le Pape Jean-Paul II, c’est une grande joie pour moi de visiter pour la deuxième fois ce cher continent africain, en venant chez vous, au Bénin, et de vous adresser un message d’espérance et de paix. Je voudrais tout d’abord remercier très cordialement Monseigneur Antoine Ganyé, Archevêque de Cotonou, pour ses paroles de bienvenue et saluer les Évêques du Bénin, ainsi que tous les Cardinaux et les Évêques venus de nombreux pays d’Afrique et d’autres continents. Et à vous tous, frères et sœurs bien-aimés, venus participer à cette messe célébrée par le Successeur de Pierre, j’adresse mes salutations les plus chaleureuses. Je pense certes aux béninois, mais aussi aux fidèles des pays francophones voisins, le Togo, le Burkina Faso, le Niger et d’autres. Notre célébration eucharistique en cette solennité du Christ Roi de l’univers, est l’occasion de rendre grâce à Dieu pour le cent cinquantième anniversaire des débuts de l’évangélisation du Bénin ainsi que pour la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques qui s’est tenue à Rome il y a quelques mois.

L’évangile que nous venons d’entendre, nous dit que Jésus, le Fils de l’homme, le juge final de nos vies, a voulu prendre le visage de ceux qui ont faim et soif, des étrangers, de ceux qui sont nus, malades ou prisonniers, finalement de toutes les personnes qui souffrent ou sont mises de côté ; le comportement que nous avons à leur égard sera donc considéré comme le comportement que nous avons à l’égard de Jésus lui-même. Ne voyons pas là une simple formule littéraire, une simple image ! Toute l’existence de Jésus en est une illustration. Lui, le Fils de Dieu, est devenu homme, il a partagé notre existence, jusque dans les détails les plus concrets, se faisant le serviteur du plus petit de ses frères. Lui qui n’avait pas où reposer sa tête, sera condamné à mourir sur une croix. Tel est le Roi que nous célébrons !

Sans doute cela peut nous paraître déconcertant ! Aujourd’hui encore, comme il y a 2000 ans, habitués à voir les signes de la royauté dans la réussite, la puissance, l’argent ou le pouvoir, nous avons du mal à accepter un tel roi, un roi qui se fait le serviteur des plus petits, des plus humbles, un roi dont le trône est une croix. Et pourtant, nous disent les Écritures, c’est ainsi que se manifeste la gloire du Christ ; c’est dans l’humilité de son existence terrestre qu’il trouve son pouvoir de juger le monde. Pour lui, régner c’est servir ! Et ce qu’il nous demande, c’est de le suivre sur ce chemin, de servir, d’être attentifs au cri du pauvre, du faible, du marginalisé. Le baptisé sait que sa décision de suivre le Christ peut l’amener à de grands sacrifices, parfois même à celui de sa vie. Mais, comme nous l’a rappelé saint Paul, le Christ a vaincu la mort et il nous entraîne à sa suite dans sa résurrection. Il nous introduit dans un monde nouveau, un monde de liberté et de bonheur. Aujourd’hui encore, tant de liens avec le monde ancien, tant de peurs nous tiennent prisonniers et nous empêchent de vivre libres et heureux. Laissons le Christ nous libérer de ce monde ancien ! Notre foi en lui qui est vainqueur de toutes nos peurs, de toutes nos misères, nous donne accès à un monde nouveau, un monde où la justice et la vérité ne sont pas une parodie, un monde de liberté intérieure et de paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. Tel est le don que Dieu nous a fait dans notre baptême !

Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde’ (Mt 25, 34). Accueillons cette parole de bénédiction que le Fils de l’homme adressera, au jour du Jugement, à ceux et à celles qui auront reconnu sa présence parmi les plus humbles de ses frères, dans un cœur libre et rempli de l’amour du Seigneur ! Frères et Sœurs, ce passage de l’Évangile est vraiment une parole d’espérance, parce que le Roi de l’univers s’est fait tout proche de nous, serviteur des plus petits et des plus humbles. Et je voudrais m’adresser avec affection à toutes les personnes qui souffrent, aux malades, à celles qui sont touchées par le sida ou par d’autres maladies, à tous les oubliés de la société. Gardez courage ! Le Pape vous est proche par la prière et la pensée. Gardez courage ! Jésus a voulu s’identifier au petit, au malade ; il a voulu partager votre souffrance et reconnaître en vous des frères et des sœurs, pour les libérer de tout mal, de toute souffrance ! Chaque malade, chaque pauvre mérite notre respect et notre amour car à travers lui Dieu nous indique le chemin vers le ciel.

Et ce matin, je vous invite encore à vous réjouir avec moi. En effet, voici 150 ans que la croix du Christ a été implantée sur votre terre, que l’Évangile y a été annoncé pour la première fois. En ce jour, rendons grâce à Dieu pour l’œuvre accomplie par les missionnaires, par les « ouvriers apostoliques » originaires de chez vous ou venus d’ailleurs, évêques, prêtres, religieux, religieuses, catéchistes, tous ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont permis l’extension de la foi en Jésus-Christ sur le continent africain ! Je salue ici la mémoire du vénéré Cardinal Bernardin Gantin, exemple de foi et de sagesse pour le Bénin et pour le continent africain tout entier !

Chers frères et sœurs, tous ceux qui ont reçu ce don merveilleux de la foi, ce don de la rencontre avec le Seigneur ressuscité, ressentent aussi le besoin de l’annoncer aux autres. L’Église existe pour annoncer cette Bonne Nouvelle ! Et ce devoir est toujours urgent ! Après 150 ans, nombreux sont ceux qui n’ont pas encore entendu le message de salut du Christ ! Nombreux sont aussi ceux qui sont réticents à ouvrir leurs cœurs à la Parole de Dieu ! Nombreux sont ceux dont la foi est faible, et dont la mentalité, les habitudes, la façon de vivre ignorent la réalité de l’Évangile, pensant que la recherche d’un bonheur égoïste, du gain facile ou du pouvoir, est le but ultime de la vie humaine. Avec enthousiasme, soyez des témoins ardents de la foi que vous avez reçue ! Faites resplendir en tous lieux le visage aimant du Sauveur, en particulier devant les jeunes, en recherche de raisons de vivre et d’espérer dans un monde difficile ! L’Église au Bénin a beaucoup reçu des missionnaires : elle doit à son tour porter ce message d’espérance aux peuples qui ne connaissent pas ou qui ne connaissent plus le Seigneur Jésus. Chers frères et sœurs, je vous invite à avoir ce souci de l’évangélisation, dans votre pays et parmi les peuples de votre continent et du monde entier. Le récent Synode des Évêques pour l’Afrique le rappelle avec insistance : homme d’espérance, le chrétien ne peut se désintéresser de ses frères et de ses sœurs. Ce serait en pleine contradiction avec le comportement de Jésus. Le chrétien est un bâtisseur inlassable de communion, de paix et de solidarité, ces dons que Jésus lui-même nous a faits. En y étant fidèles, nous collaborons à la réalisation du plan de salut de Dieu pour l’humanité.

Chers frères et sœurs, je vous engage donc à affermir votre foi en Jésus Christ, en opérant une authentique conversion à sa personne. Lui seul nous donne la vie véritable et peut nous libérer de toutes nos peurs et lenteurs, de toutes nos angoisses. Retrouvez les racines de votre existence dans le baptême que vous avez reçu et qui fait de vous des enfants de Dieu ! Que le Christ Jésus vous donne à tous la force de vivre en chrétiens et de chercher à transmettre généreusement aux générations nouvelles ce que vous avez reçu de vos Pères dans la foi ! Que le Seigneur vous comble de ses grâces !

Homélie: Entre les citrouilles et les cimetières, la Solennité de Tous les Saints

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Jean-Côme About, commentaire Evangile du 2èe dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

27 TOA evLe Père Jean-Côme About commente l'Évangile de ce dimanche 25 septembre, XXVIIème dimanche du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 21, versets 33 à 43.

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens : « Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde.»

Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le texte

L’évangile de ce jour nous rapporte la parabole des vignerons homicides que nous pourrions renommer la parabole de la patience et de la bonté de Dieu.
En effet, le maître de la vigne, en l’occurrence Dieu, ne va avoir de cesse de rattraper l’attitude honteuse des vignerons et les poursuivre de son désir de les racheter.
D’abord il plante cette vigne et fait tout pour que sa culture soit optimum. Il la confie au mieux à des vignerons qui doivent la faire fructifier. Ils ont en main, par la bonté du Maître, toutes les clefs pour la réussite.
Puis il part en voyage, pour un long voyage, précisera saint Luc. Ce départ peut être interprété comme une mise à l’épreuve mais si l’on regarde bien il s’agit plutôt d’une responsabilité totale confiée aux vignerons.
C’est la manière de faire de Dieu, après avoir donné le tout dans le meilleur, il nous donne la responsabilité de notre vie et de la création. 
C’est un temps de silence de Dieu mais qu’il ne faudrait pas interpréter comme une absence volontairement coupable de Dieu qui laisserait aller toute sa création. Non, ne soyons pas étonné de voir la non-ingérence de Dieu dans notre monde. Dieu joue le jeu de la liberté. Il se retire pour que nous nous révélions à nous-mêmes : Il nous traite en hommes responsables, gérants de sa création. Ce que nous appelons trop souvent abandon ou indifférence de Dieu, est l’une des formes les plus hautes de l’amour. 
Des parents qui aiment leur enfant adolescent, par amour, doivent l’inciter à se prendre en charge et à assumer sa propre vie, sinon il ne restera qu’un enfant. Dieu désire que nous soyons libres et responsables comme lui.
Mais surgit l’erreur si commode et fondamentale : la vigne appartient à Dieu, notre vie est l’œuvre de Dieu et l’on ne peut se l’approprier : nous n’en sommes que les gérants. Vient un moment, tôt au tard, où nous devrons rendre des comptes, des comptes non pas selon un rendement prédéterminé ou selon la mode ou les considérations simplement humaines du temps mais selon l’amour que Dieu nous aura confié et que nous aurons fait fructifié selon les commandements rappelés par son fils Jésus-Christ.
C’est pourquoi il a envoyé des prophètes et envoie à notre époques des saints connus ou non qui nous rappelle les intérêts d’amour que nous devons à Dieu. 
Mais ne sommes-nous pas parfois comme les vignerons, désireux d’être possesseurs de la « vigne » c’est-à-dire de la création et de l’amour de Dieu pour nous-mêmes exclusivement ? 
Dieu avec une innocence d’amour qui en dit long sur le salut auquel il nous destine, envoie son propre fils, qui, comme les autres est tué. Son propre fils ! L’héritier, maître de l’héritage entier. Son élimination donne-t-il l’héritage ? Non, il est confié à d’autres ! Et celui qui était éliminé, devient la pierre angulaire qui soutient toute la voûte de la rédemption. 
L’homme n’arrivera jamais à décourager Dieu de l’aimer, sa patience et son amour envers nous sont inépuisables. 
Mais nous qui sommes les gérants de cette vigne, qu’en faisons-nous ? 
Comment accueillons-nous l’envoi du Fils, sans cesse renouvelé, dans notre Église ?
Seigneur, fais-nous aimer l’Église dans l’authenticité de ta parole incarnée.
Libère-nous des contingences trop humaines qui nous font la juger comme de mauvais vignerons.

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