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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#la vache qui rumine b 2009

Benoît XVI, La nouveauté de la foi biblique pour l'amour

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

27e-t.o.b.xl.jpg        Il s’agit avant tout de la nouvelle image de Dieu. Dans les cultures qui entourent le monde de la Bible, l’image de Dieu et des dieux reste en définitive peu claire et en elle-même contradictoire. Dans le parcours de la foi biblique, à l’inverse, on note que devient toujours plus clair et plus univoque ce que la prière fondamentale d’Israël, le shema, reprend par ces paroles : «Écoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est l’Unique» (Dt 6, 4). Il existe un seul Dieu, qui est le Créateur du ciel et de la terre, et qui est donc aussi le Dieu de tous les hommes. Deux éléments sont singuliers dans cette précision : le fait que, en vérité, tous les autres dieux ne sont pas Dieu, et que toute la réalité dans laquelle nous vivons remonte à Dieu, qu’elle est créée par lui. Naturellement, l’idée d’une création existe aussi ailleurs, mais c’est là seulement qu’apparaît de manière absolument claire que ce n’est pas un dieu quelconque, mais l’unique vrai Dieu, lui-même, qui est l’auteur de la réalité tout entière; cette dernière provient de la puissance de sa Parole créatrice. Cela signifie que sa créature lui est chère, puisqu’elle a été voulue précisément par Lui-même, qu’elle a été «faite» par Lui. Ainsi apparaît alors le deuxième élément important: ce Dieu aime l’homme. La puissance divine qu’Aristote, au sommet de la philosophie grecque, chercha à atteindre par la réflexion, est vraiment, pour tout être, objet du désir et de l’amour – en tant que réalité aimée cette divinité met le monde en mouvement. Dans le récit biblique, on ne parle pas de punition; pourtant, l’idée que l’homme serait en quelque sorte incomplet de par sa constitution, à la recherche, dans l’autre, de la partie qui manque à son intégrité, à savoir l’idée que c’est seulement dans la communion avec l’autre sexe qu’il peut devenir «complet», est sans aucun doute présente. Le récit biblique se conclut ainsi sur une prophétie concernant Adam : «À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un» (Gn 2, 24).


Deux aspects sont ici importants: l’eros est comme enraciné dans la nature même de l’homme; Adam est en recherche et il «quitte son père et sa mère» pour trouver sa femme; c’est seulement ensemble qu’ils représentent la totalité de l’humanité, qu’ils deviennent «une seule chair». Le deuxième aspect n’est pas moins important: selon une orientation qui a son origine dans la création, l’eros renvoie l’homme au mariage, à un lien caractérisé par l’unicité et le définitif; ainsi, et seulement ainsi, se réalise sa destinée profonde. À l’image du Dieu du monothéisme, correspond le mariage monogamique. Le mariage fondé sur un amour exclusif et définitif devient l’icône de la relation de Dieu avec son peuple et réciproquement: la façon dont Dieu aime devient la mesure de l’amour humain. Ce lien étroit entre eros et mariage dans la Bible ne trouve pratiquement pas de parallèle en dehors de la littérature biblique. (à suivre)

Encyclique Deus caritas, 9-11


S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (13)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

AMEN, AMEN, JE VOUS LE DIS: QUI CROIT EN MOI A LA VIE ÉTERNELLE.

19-T.O.B-jpgSon propos est de montrer qu’il est le pain de vie. Or, pour que le pain vivifie, il faut en prendre; et il est évident que celui qui croit en le Christ le prend au-dedans de lui-même: Que le Christ habite en vos coeurs par la foi. Si donc celui qui croit en le Christ a la vie, il est manifeste que c’est en mangeant ce pain qu’il est vivifié: Ce pain est donc le pain de vie. Et c’est ce qu’il dit: AMEN, AMEN, JE VOUS LE DIS: QUI CROIT EN MOI, à savoir d’une foi formée, qui rend parfaite non seulement l’intelligence, mais aussi la volonté aimante (en effet, on ne tend vers la réalité en laquelle on croit que si on l’aime), A LA VIE ETERNELLE.

Or le Christ est en nous de deux manières: dans l’intelligence par la foi, dans la mesure où il y a foi, et dans la volonté par la charité qui informe la foi: Celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu en lui. Qui donc croit dans le Christ de telle sorte qu’il tende vers lui, le possède dans la volonté et l’intelligence. Et si nous ajoutons que le Christ est la vie éternelle, ainsi qu’il est dit: (...) afin que nous soyons dans le véritable, dans son Fils Jésus-Christ; celui-ci est le Dieu véritable et la vie éternelle; et plus haut: En lui était la vie, nous pouvons inférer que quiconque croit en le Christ a la vie éternelle. Il l’a, dis-je, dès ici-bas, dans sa cause et en espérance; et un jour il l’aura dans sa réalité plénière.


JE SUIS LE PAIN DE VIE.

Une fois son propos manifesté, il infère ce qu’il veut montrer en disant: MOI JE SUIS LE PAIN DE VIE, c’est-à-dire qui donne la vie, ainsi qu’il découle clairement des prémisses. De ce pain, il est dit: Aser, son pain est riche; il donnera leurs délices, c’est-à-dire celles de la vie éternelle, aux rois.

VOS PÈRES ONT MANGÉ LA MANNE DANS LE DÉSERT ET ILS SONT MORTS. TEL EST LE PAIN QUI DESCEND DU CIEL: SI QUELQU’UN EN MANGE, IL NE MEURT PAS.

En disant ces paroles, le Christ pose la majeure, c’est-à-dire que donner la vie est l’effet du pain qui descend du ciel. Il met d’abord son propos en lumière avant de l’exposer.


VOS PÈRES ONT MANGÉ LA MANNE DANS LE DÉSERT ET ILS SONT MORTS.

Il met son propos en lumière par son contraire. On a dit en effet plus haut que Moïse n’a pas donné aux Juifs le pain du ciel, sauf si par ciel on entend les airs; or tout pain qui n’est pas du ciel véritable ne peut donner une vie suffisante: il est donc propre au pain du ciel de donner la vie. Et c’est pourquoi le pain de Moïse dont vous vous enorgueillissez ne donne pas la vie. Il le prouve en disant: VOS PERES ONT MANGE LA MANNE DANS LE DESERT ET ILS SONT MORTS.

Ici, il leur reproche d’abord leur vice en disant: VOS PERES. En effet, vous en êtes les fils non seulement selon l’origine de la chair, mais aussi par l’imitation des oeuvres, puisque vous êtes de la race de ceux qui murmurent, comme eux-mêmes murmurèrent sous leurs tentes et c’est pourquoi il leur disait: Vous mettez un comble à la mesure de vos pères Aussi saint Augustin dit-il qu’en aucune chose le peuple n’a plus offensé Dieu qu’en murmurant contre lui.

En second lieu, il laisse entendre que le laps de temps fut bref, lorsqu’il dit DANS LE DESERT En effet il ne dura pas, le temps pendant lequel la manne leur fut donnée: pro diguée au désert, elle ne leur fut plus donnée après leur entrée en terre promise, comme le dit le livre de Josué. Ce pain-là, par contre, maintient en vie et restaure pour l’éternité ceux qui le mangent.

Il manifeste enfin les limites de cette nourriture: elle ne maintient pas la vie indéfiniment. C’est pour cela qu’il dit: ET ILS SONT MORTS. De fait, selon le livre de Josué, tous ceux qui, à l’exception de Josué et de Caleb, avaient murmuré, moururent au désert. Telle fut la cause de la seconde circoncision: tout le peuple qui était sorti d’Egypte était mort au désert, comme le dit le livre de Josué.

Mais on peut se demander de quelle mort Dieu parle ici. En effet, s’il parle de la mort corporelle, il n’y aura aucune différence entre le pain du désert et notre pain qui descend du ciel, parce que même les chrétiens qui prennent ce pain connaissent la mort physique. Mais s’il parle de la mort spirituelle, il est clair que dans les deux cas, certains meurent spirituellement, d’autres pas. En effet, Moïse et la foule de ceux qui plurent au Seigneur échappèrent à la mort, alors que d’autres la connurent. De même, ceux qui prennent ce pain indignement meurent spirituellement: Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement (...), c’est sa propre condamnation qu’il mange et boit.

A cela il faut répondre que la nourriture prodiguée au désert possède un point commun avec notre nourriture spirituelle, en tant que les deux signifient la même réalité: en effet l’une et l’autre signifient le Christ. C’est pour cela qu’on dit qu’elles sont la même nourriture: Tous ont mangé la même nourriture spirituelle et tous ont bu la même boisson spirituelle — ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était le Christ. Il dit la même parce que l’une et l’autre sont la figure de la nourriture spirituelle. Mais elles diffèrent parce que la manne la figurait seulement, tandis que ce pain con tient ce qu’il figure, c’est-à-dire le Christ lui-même.

Il faut donc dire que dans l’un et l’autre cas, on peut se nourrir de deux manières. Ou bien on prend la nourriture en regardant matériellement le signe, c’est-à-dire qu’on en use comme d’une simple nourriture terrestre sans en saisir la signification, et prise ainsi elle ne supprime ni la mort spi rituelle, ni la mort physique. Ou bien on la prend sous ses deux aspects de signe et de signifié, c’est-à-dire que l’on prend la nourriture visible de telle sorte que l’on saisisse la nourriture spirituelle, qu’on la goûte spirituellement pour être spirituellement rassasié. Ainsi ceux qui ont mangé la manne spirituellement ne sont pas morts spirituellement. Mais ceux qui mangent l’Eucharistie spirituellement, c’est-à-dire sans péché, vivent spirituellement maintenant, et vivront avec leurs corps pour l’éternité. Notre nourriture a donc ceci de plus que la leur: elle contient en elle ce qu’elle figure.



TEL EST LE PAIN QUI DESCEND DU CIEL: SI QUELQU’UN EN MANGE, IL NE MEURT PAS.

Son propos étant manifesté, le Christ infère ici ce qu’il veut montrer. Et selon la Glose, il dit TEL en se désignant lui-même. Mais ce n’est pas là la pensée du Seigneur, car en ajoutant aussitôt: MOI JE SUIS LE PAIN VIVANT QUI SUIS DESCENDU DU CIEL, il ne ferait que se répéter.

Il faut donc dire que l’intention du Seigneur est la suivante: descend du ciel le pain qui peut donner la vie; or moi, je suis tel; donc, je suis LE PAIN QUI DESCEND DU CIEL. Et si LE PAIN QUI DESCEND DU CIEL donne la vie sans fin, c’est parce que tout aliment nourrit selon la propriété de sa nature. Or les réalités célestes sont incorruptibles; donc cette nourriture, étant céleste, ne se corrompt pas, et par conséquent vivifie aussi longtemps qu’elle demeure. Celui donc qui en aura mangé ne mourra pas. De même que si une nourriture corporelle ne se corrompait jamais, en nourrissant elle ne cesserait de vivifier. Voilà pourquoi ce pain a été signifié par l’arbre de vie qui, au milieu du paradis, donnait d’une certaine manière la vie pour toujours: Et maintenant, il ne faudrait pas qu’Adam avance la main et qu’il prenne aussi de l’arbre de vie, qu'il en mange et vive à jamais. Si l’effet de ce pain est que celui qui en mange ne meure pas, moi aussi je suis tel, et donc…




A propos du verset suivant, il développe deux aspects. Il parle d’abord de lui-même d’une manière générale puis de manière précise à propos de son corps. A son sujet, il souligne deux aspects: il conclut d’abord quant à sa propre origine puis il dévoile sa puissance.

moururent au désert. Telle fut la cause de la seconde circoncision: tout le peuple qui était sorti d’Egypte était mort au désert, comme le dit le livre de Josué

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (12)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

QUICONQUE S’EST MIS À L’ÉCOUTE DU PÈRE ET À SON ECOLE VIENT À MOI.

19-T.O.B-jpgCes mots nous révèlent que l’attraction du Père est souverainement efficace. L’Evangéliste la considère de deux manières: en tant qu’elle relève du don de Dieu lors qu’il dit: QUICONQUE S’EST MIS A L’ECOUTE, à savoir de Dieu qui révèle; en tant qu’elle relève du libre arbitre lors qu’il dit: ET A SON ECOLE, par l’adhésion de l’intelligence. Et écouter celui qui enseigne, puis saisir ce qu’on a écouté, est bien nécessaire à tout enseignement! Cela l’est donc aussi à l’enseignement de la foi.

QUICONQUE S’EST MIS À L'ECOUTE DU PÈRE qui enseigne et manifeste, ET A SON ECOLE en donnant son adhésion, VIENT A MOI. Il VIENT, dis-je, de trois manières: par la connaissance de la vérité, par l’élan de l’amour et par l’imitation de l’oeuvre. Et en chacune de ces manières, il lui faut écouter et apprendre.

En effet, celui qui vient par la connaissance de la vérité doit écouter, puisque Dieu l’inspire — J’écouterai ce que dit en moi le Seigneur Dieu, et apprendre en donnant son adhésion, comme on l’a dit. Celui qui vient au Christ par l’amour et le désir — selon qu’il est dit plus loin: Si quelqu'un a soif, c’est-à-dire désire, qu'il vienne à moi et qu'il boive — doit aussi écouter la parole du Père et la faire sienne, afin d’en pénétrer le sens et pour qu’elle enflamme en lui le désir. Celui-là, en effet, apprend une parole, qui la saisit selon le sens qu’elle a pour celui qui la dit; or la Parole, le Verbe de Dieu le Père, est celui qui spire l’Amour; donc, celui qui le reçoit avec la ferveur de l’Amour apprend: La Sagesse (...) se répand dans les âmes saintes, elle en fait des amis de Dieu et des prophètes. Enfin, on va au Christ par l’imitation de son oeuvre: Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Et c’est encore de cette manière que quiconque apprend vient au Christ: en effet, la conclusion est au savoir ce que l’action est à l’agir. Or, dans les sciences, celui qui apprend parfaitement parvient à la conclusion; et donc, dans l’agir, celui qui apprend parfaitement les paroles en vient à l’action droite: Le Seigneur m’a ouvert l’oreille, et moi je ne me suis pas rebellé


NON QUE PERSONNE AIT VU LE PÈRE, SI CE N’EST CELUI QUI EST DE DIEU: CELUI-LÀ A VU LE PÈRE.

Mais parce que certains pourraient penser que les hommes entendraient sensiblement la voix du Père et apprendraient ainsi de lui, le Seigneur ajoute, afin d’exclure cette opinion: NON QUE PERSONNE AIT VU LE PERE, c’est-à-dire aucun homme en cette vie n’a vu le Père dans son essence — L'homme ne peut me voir et vivre, SI CE N’EST CELUI, c’est le Fils, QUI EST DE DIEU; CELUI-LA A VU LE PERE, son Père, dans son essence. Ou bien: PERSONNE n’a vu le Père de la vision de compréhension, vision que ni l’homme ni l’ange n’ont jamais eue, ni ne peuvent avoir, SI CE N’EST CELUI QUI EST DE DIEU, c’est-à-dire le Fils: Nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils.

En voici la raison: puisque toute vision et connaissance se font par une certaine similitude, la connaissance que les créatures ont de Dieu découle du mode de similitude qu’el les ont par rapport à Dieu. A cause de cela, les philosophes disent que les intelligences connaissent la cause première dans la mesure où elles en ont la similitude. Et toute créature a en participation une certaine similitude de Dieu, mais infiniment distante de la similitude de sa nature; et, à cause de cela, aucune créature ne peut connaître Dieu lui-même parfaitement et totalement, selon ce qu’il est dans sa nature. Le Fils, lui, parce qu’il a reçu parfaitement toute la nature du Père par la génération éternelle, le voit totalement et le comprend.

Notons bien la pertinence de l’ordre du discours. En effet, lorsqu’il parlait plus haut de la connaissance des autres, le Christ a parlé en terme d’audition; mais ici, lors qu’il parle de la connaissance du Fils, il parle de vision. En effet, la connaissance par la vue est immédiate et évidente, alors que, par l’ouïe, nous connaissons par l’intermédiaire de celui qui voit. Ainsi, la connaissance que nous avons du Père, nous l’avons reçue du Fils qui voit; de telle sorte que nul ne connaît le Père si ce n’est par le Christ qui le manifeste, et nul ne vient au Fils s’il n’a entendu le Père qui le manifeste.

Le murmure des Juifs réprimé, le Seigneur prend en compte la difficulté née dans le coeur des Juifs au sujet de la parole qu’il avait dite: Moi, je suis le pain (...) qui suis descendu du ciel; il a l’intention de prouver que c’est à son sujet qu’elle est vraie, et il argumente ainsi: Ce pain descend du ciel qui donne la vie au monde; mais MOI JE SUIS LE PAIN qui donne la vie au monde; je suis donc LE PAIN QUI SUIS DESCENDU DU CIEL.

Il répond en trois temps: En posant d’abord ce qui est comme la mineure de son raisonnement, puis la majeure, c’est-à-dire que le pain descendu du ciel doit donner la vie; enfin il conclut. Dans le premier temps, il manifeste son propos, puis il infère ce qu’il voulait montrer comme étant prouvé.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (11)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
19-T.O.B-jpgIL EST ÉCRIT DANS LES PROPHÈTES: TOUS SERONT ENSEIGNÉS PAR DIEU QUICONQUE S’EST MIS À L’ÉCOUTE DU PÈRE ET À SON ÉCOLE VIENT À MOI. NON QUE PERSONNE AIT VU LE PÈRE, SI CE N’EST CELUI QUI EST DE DIEU: CELUI-LÀ A VU LE PÈRE.

Par ces paroles, le Seigneur détermine d’une part le mode selon lequel l’attraction s’exerce, d’autre part son efficacité. Et il exclut qu’elle puisse s’exercer par la vision, ce que l’on aurait pu concevoir.

IL EST ÉCRIT DANS LES PROPHÈTES: TOUS SERONT ENSEIGNÉS PAR DIEU

Par ces mots l’Évangéliste exprime le mode selon lequel l’attraction s’exerce. Ce mode concorde avec ce qui a été révélé précédemment de l’attraction, puisque le Père attire en révélant et en enseignant. D’après Bède cela a été écrit dans Joël, mais cela ne semble pas y être dit expressément, bien qu’on y trouve quelque chose d’avoisinant: Et vous, fils de Sion, exultez et réjouissez-vous dans le Seigneur votre Dieu, car il vous a donné un maître de justice. Et pour cette raison, selon Bède, le Christ dit DANS LES PROPHETES pour faire comprendre que ce sens peut être conclu de diverses paroles des Prophètes. Mais nous le remarquons de la manière la plus frappante dans Isaïe: Tous tes fils seront enseignés par le Seigneur. Il est dit aussi dans Jérémie: Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, qui vous feront paître avec science et intelligence.

Le mot TOUS peut se comprendre de trois manières: il peut désigner soit tous les hommes du monde, soit tous ceux qui sont dans l’Eglise du Christ, soit tous ceux qui seront dans le Royaume des cieux.

Si TOUS est pris dans le premier sens, il apparaît clairement que l’affirmation n’est pas vraie. En effet, le Christ ajoute aussitôt: QUICONQUE S’EST MIS A L’ECOUTE DU PERE ET A SON ECOLE VIENT A MOI. Si donc tous les hommes du monde étaient enseignés par Dieu, tous viendraient au Christ. Mais cela est faux, car tous n’ont pas la foi.

A cela il y a trois réponses. En effet, selon Chrysostome il faut dire que cela concerne la plupart des hommes. Ils seront, dit-il, TOUS, c’est-à-dire le plus grand nombre... C’est en ce sens qu’il est dit en Matthieu: Beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident.

La deuxième réponse est que TOUS, pour autant que cela dépend de Dieu, SERONT ENSEIGNES. Mais si certains ne le sont pas, et c’est un fait, cela dépend d’eux. Le soleil en effet, quant à lui, illumine tout, mais il se peut que certains ne le voient pas s’ils ferment les yeux ou s’ils sont aveugles. C’est en ce sens que l’Apôtre dit: Dieu (...) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.

La troisième réponse est d’Augustin: il s’agit ici d’un universel restreint par son contexte, de telle sorte qu’on dit: TOUS SERONT ENSEIGNES PAR DIEU, c’est-à-dire tous ceux qui sont enseignés sont enseignés par Dieu. Ainsi, parlant de quelqu’un qui enseigne les lettres, nous disons, s’il enseigne dans la cité: lui seul enseigne tous les enfants de la cité, parce qu’aucun n’y est enseigné si ce n’est par lui. En ce sens, il est dit plus haut: Il était la lumière, la vraie, qui illumine tout homme venant en ce monde.

Si maintenant sont visés ceux qui sont dans l’Eglise, il est dit proprement qu’ILS SERONT TOUS, c’est-à-dire ceux qui sont dans l’Eglise, ENSEIGNES PAR DIEU En effet, il est dit dans Isaïe: Tous tes fils seront enseignés par le Seigneur ce qui montre la transcendance de la foi chrétienne qui n’est pas liée à un enseignement humain, mais à celui de Dieu.

En effet, l’enseignement de l’Ancien Testament avait été donné par les Prophètes, mais celui du Nouveau Testament a été donné par le Fils de Dieu lui-même: Après avoir à bien des reprises et de bien des manières, c’est-à-dire dans l’Ancien Testament, parlé jadis à nos pères par les Prophètes, Dieu, en cette fin des jours, nous a parlé par le Fils; et dans la même épître: Le salut annoncé d’abord par Notre Seigneur nous a été confirmé par ceux qui l’ont entendu., cela même qui est enseigné par l’intermédiaire d’un homme l’est par Dieu qui enseigne de l’intérieur: Vous n’avez qu’un seul maître: le Christ. En effet l’intelligence, qui nous est tout particulièrement nécessaire pour recevoir l’enseignement, nous vient de Dieu.

Si enfin l’on considère ceux qui sont dans le Royaume des cieux, alors TOUS SERONT ENSEIGNES PAR DIEU parce qu’ils verront immédiatement son essence: Nous le verrons tel qu'il est.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (10)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
ET MOI JE LE RESSUSCITERAI A U DERNIER JOUR.

19-T.O.B-jpgIl s’agit ici de l’accomplissement et du fruit du secours divin: la résurrection opérée aussi par le Christ en tant qu’il est homme. En effet, à cause de ce qu’il a accompli dans sa chair, nous obtenons le fruit de la résurrection: Ainsi donc, comme par la faute d'un seul ce fut pour tous les hommes la condamnation, de même, par l’oeuvre de justice d’un seul, c'est pour tous les hommes la justification qui donne la vie. MOI donc, en tant qu’homme, JE LE RESSUSCITERAI non seulement pour une vie conforme à notre nature, mais pour une vie de gloire, et cela AU DERNIER JOUR.

La foi catholique, en effet, affirme que le monde existera d’une manière nouvelle: Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. Et parmi ce qui concourt au renouvellement du monde, nous croyons à l’arrêt du mouvement céleste et par conséquent du temps: Et l’ange que j’avais vu debout sur la mer et sur la terre leva sa main droite vers le ciel et jura (...) qu’il n'aurait plus de temps. Parce que, le temps ayant cessé à la résurrection, le jour et la nuit cesseront à leur tour, d’après ce passage de Zacharie: Ce sera un jour unique — il est connu de Yahvé — il n'y aura ni jour ni nuit, il dit: JE LE RESSUSCITERAI AU DERNIER JOUR.


Mais pourquoi le mouvement du ciel durera-t-il jusqu’à ce moment, ainsi que le temps, au lieu de cesser avant ou de se prolonger au delà? Il faut savoir que ce qui est à cause d’un autre est disposé de différentes façons, suivant la manière dont est disposé ce à cause de quoi il est. Or toutes les réalités corporelles ont été faites pour l’homme et, pour cette raison, selon que diffère la disposition de l’homme ces réalités doivent être disposées différemment. Donc, puisqu’au moment de leur résurrection commencera pour les hommes un état d’incorruptibilité — Lors donc que cet être corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l’immortalité... alors la corruption cessera même dans les réalités du monde, et donc le mouvement du ciel cessera, lui qui est cause de génération et de corruption pour les réalités corporelles: La création, elle aussi, sera libérée de l’esclavage de la corruption en vue de la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Il s’avère donc ainsi que l’attraction du Père nous est nécessaire pour croire.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (9)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

LA RÉPONSE DU CHRIST



19-T.O.B-jpgLa réponse NE MURMUREZ PAS ENTRE VOUS, met un terme au murmure. Le Seigneur en effet y coupe court, mais lève ensuite l’incertitude qui l’avait suscité.


I. JÉSUS RÉPONDIT DONC ET LEUR DIT: "NE MURMUREZ PAS ENTRE VOUS; NUL NE PEUT VENIR À MOI SI LE PÈRE QUI M’A ENVOYÉ NE L’A TTIRE ET MOI JE LE RESSUSCITERAI AU DERNIER JOUR. IL EST ECRIT DANS LES PROPHÈTES: TOUS SERONT ENSEIGNÉS PAR DIEU QUICONQUE S’EST MIS À L’ÉCOUTE DU PÈRE ET À SON ÉCOLE VIENT À MOI NON QUE PERSONNE AIT VU LE PÈRE, SI CE N’EST CELUI QUI EST DE DIEU: CELUI-LÀ A VU LE PÈRE. "


Après avoir mis un terme au murmure, le Christ en dévoile la cause.

JÉSUS RÉPONDIT DONC ET LEUR DIT: "NE MURMUREZ PAS ENTRE VOUS. "

Jésus, connaissant leur murmure, leur répond en y mettant fin: NE MURMUREZ PAS ENTRE VOUS. C’est là, assurément, un avertissement salutaire: en effet, celui qui murmure révèle que son esprit n’était pas établi en Dieu, et pour cette raison il est dit dans le livre de la Sagesse: Gardez vous donc du murmure, car il ne sert à rien.

C’est parce qu’ils n’ont pas la foi que les Juifs murmurent, et le Seigneur le dévoile par ces mots: NUL NE PEUT VENIR A MOI... Le Christ montre d’abord que l’attraction du Père est nécessaire pour venir à lui, puis comment elle s’accomplit. Si l’attraction du Père est nécessaire, c’est parce que l’homme n’a pas, par lui-même, le pouvoir de venir au Christ par la foi; il a besoin d’un secours divin, qui est efficace; quant à l’accomplissement ultime, ou au fruit de cette attraction, il est excellent.


NUL NE PEUT VENIR À MOI SI LE PÈRE QUI M'A ENVOYÉ NE L’ATTIRE.

Jésus, donc, dit d’abord: il n’est pas étonnant que vous murmuriez, parce que vous n’avez pas encore été attirés à moi par le Père. En effet, NUL NE PEUT VENIR A MOI, en croyant en moi, SILE PERE QUI M’A EN VOYE NE L'ATTIRE.

Mais ici trois questions se posent. La première d’entre elles concerne cette parole du Christ SI LE PERE NE L’ATTIRE. En effet, nous venons au Christ par la foi, puisque, ainsi que nous l’avons déjà dit, c’est une même chose de venir à lui et de croire en lui. Or on ne peut croire qu’en le voulant. Mais le terme "attraction" exprime une certaine violence; celui qui vient au Christ en étant attiré vient donc à lui contraint et forcé.

Je réponds en disant que ce qui est affirmé ici de l’attraction du Père n’implique pas de contrainte, car tout ce qui attire ne fait pas nécessairement violence. Ainsi donc, le Père a de multiples manières d’attirer au Fils sans exercer de violence sur les hommes. En effet, on peut attirer quelqu’un en le persuadant par une démarche de l’intelligence. Et de cette manière, le Père attire les hommes au Fils en leur démontrant qu’il est son Fils, soit par une révélation intérieure — Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, parce que ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, à savoir que le Christ est le Fils du Dieu vivant, mais mon Père qui est dans les cieux —, soit par des miracles accomplis par la puissance qu’il tient du Père: Les oeuvres que le Père m’a données pour que je les accomplisse (...) rendent témoignage de moi.

D’autre part, certains attirent par leur charme: Par la douceur de ses lèvres, elle l’a entraîné. Ainsi, ceux qui s’approchent du Christ à cause de l’autorité de la majesté du Père sont-ils attirés par le Père. Quiconque en effet met sa foi dans le Christ parce qu’il le croit Fils de Dieu, celui-là, le Père l’attire au Fils par sa majesté. Arius n’a pas subi cette attraction, lui qui ne croyait pas que le Christ est le vrai Fils de Dieu ni qu’il est engendré de la substance du Père; Photin non plus, lorsqu’il a affirmé comme étant de foi que le Christ n’est qu’un homme. Ainsi, ils sont attirés par le Père, ceux qui sont saisis par sa majesté; mais le Fils aussi les attire par l’amour de la vérité et le fait d’y trouver une joie prodigieuse; car la vérité est finalement le Fils de Dieu lui-même. Si en effet, ainsi que le dit Augustin, chacun est entraîné par ce qui lui donne de la joie, combien plus l’homme doit-il être entraîné vers le Christ s’il trouve sa joie dans la vérité, la béatitude, la justice, la vie éternelle, et si le Christ est tout cela? Si donc c’est par lui que nous devons être entraînés, laissons-nous entraîner par la joie que procure la vérité: Mets ta joie dans le Seigneur, et il te donnera ce que demande ton coeur; c’est pourquoi l’épouse disait: Entraîne-moi à ta suite, nous courrons à l’odeur de tes parfums.

Mais puisque la révélation extérieure et l’objet n’ont pas seuls la puissance d’attirer, puisque l’instinct intérieur qui pousse et meut à croire la possède aussi, le Père en attire beaucoup au Fils par cet instinct, effet de l’opération divine qui meut intérieurement le coeur de l’homme à croire: Dieu lui-même est celui qui opère en nous le vouloir et son accomplissement. — Avec des liens humains, je les attirerai dans les liens de la charité — Le coeur du roi est dans la main du Seigneur: il l’incline partout où il veut.

La deuxième question est la suivante: puisqu’il est dit que le Fils attire au Père — Nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils et celui auquel le Fils aura voulu le révéler et plus bas j’ai man ton nom aux hommes que tu m’as donnés —, comment affirme-t-on ici que le Père attire au Fils?

Disons qu’on peut répondre à cela de deux manières. En effet, nous pouvons parler du Christ soit selon qu’il est homme, soit selon qu’il est Dieu. En tant qu’homme, le Christ est la voie: Moi, je suis la voie. Ainsi considéré, le Christ conduit au Père comme la voie conduit au terme ou au but. Le Père nous attire au Christ-homme en tant qu’il nous donne par sa puissance de croire dans le Christ: C’est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu. En tant que le Christ est Verbe de Dieu et manifestation du Père, ainsi le Fils attire au Père. Le Père, lui, attire au Fils en tant qu’il le manifeste.



La troisième question concerne l’affirmation d’après laquelle personne ne peut venir s’il n’est attiré par le Père; parce qu’alors, si quelqu’un ne vient pas au Christ, ce n’est pas à lui qu’il faut l’imputer, mais à celui qui ne l’a pas attiré.

Je réponds en disant que, en vérité, personne ne peut venir s’il n’est attiré par le Père. En effet, de même que ce qui est pesant par nature ne peut par lui-même se porter vers le haut s’il n’y est pas attiré par un autre, de même le coeur de l’homme, se portant de lui-même vers les réalités inférieures, ne peut s’élever s’il n’est pas attiré vers le haut. Mais s’il n’est pas élevé, la défection n’est pas du côté de celui qui attire, parce que, quant à lui, il ne fait défaut à personne; c’est parce qu’il y a un obstacle en celui qui n’est pas attiré.

Mais à ce sujet, il faut distinguer l’homme qui est dans l’état de nature intègre de celui qui est dans l’état de nature corrompue. En effet, dans la nature intègre, il n’y avait aucun empêchement capable de nous soustraire à cette attraction, et dans cet état, tous les hommes auraient pu avoir part à cette attraction. Mais dans la nature corrompue, tous y sont également soustraits par l’obstacle du péché et, pour cette raison, ont besoin d’être entraînés.

Quant à Dieu, il tend la main à chacun pour l’attirer et, qui plus est, non seulement il attire celui qui la saisit, mais il fait revenir aussi ceux qui se sont détournés de lui: Fais-nous revenir à toi, Seigneur, et nous reviendrons; et dans le psaume 84, selon la version des Septante: Reviens, toi ô Dieu, et tu nous donneras la vie. Du fait que Dieu est prêt à donner sa grâce à tous et à attirer à lui, si quelqu’un ne le reçoit pas, ce n’est pas imputable à Dieu, mais à celui qui ne le reçoit pas.

Mais pourquoi, de tous ceux qui se sont détournés, n’en attire-t-il que certains, bien que tous se soient également détournés? On peut, d’une manière générale, donner pour raison qu’en ceux qui ne sont pas attirés apparaît et resplendit l’ordre de la justice divine, et en ceux qui le sont l’immensité de la miséricorde divine. Mais pourquoi attire-t-il précisément celui-ci et pas celui-là? Il n’y a à cela aucune autre raison que le bon plaisir de la volonté divine. C’est pourquoi Augustin dit: "Quel est celui qu’il tire et celui qu’il ne tire pas, pourquoi il tire celui-ci et ne tire pas celui-là, questions dont tu ne dois pas te faire juge si tu ne veux pas te tromper. Saisis-le bien une fois pour toutes et comprends-le: tu n’es pas encore tiré. Prie pour être tiré".

On peut montrer cela par un exemple: pourquoi l’artisan place-t-il certaines pierres en bas, d’autres en haut, et d’autres sur les côtés? La raison en est le bon arrangement de la maison dont la perfection exige cet ordre. Mais pour quoi place-t-il ces pierres à cet endroit, celles-là à cet autre endroit? Cela dépend de son seul vouloir. De là vient que la raison première de l’arrangement se rapporte au vouloir de l’artisan. Ainsi donc, pour la perfection de l’univers, Dieu en attire certains pour qu’en eux apparaisse sa miséricorde, mais il en est d’autres qu’il n’attire pas, pour qu’en eux sa justice soit manifestée. Mais qu’il attire ceux-ci et non pas ceux-là, cela relève du bon plaisir de sa volonté. De même aussi, pourquoi dans l’Église fait-il de certains des apôtres, d’autres des confesseurs, d’autres des martyrs? La raison en est la beauté de l’Eglise et sa perfection. Mais pourquoi a t-il fait de Pierre un Apôtre, d’Etienne un martyr et de Nicolas un confesseur? Il n’y a pas à cela d’autre raison que sa volonté.

Ainsi donc sont manifestes la déficience de la capacité humaine et l’assistance que lui porte le secours divin.


S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (8)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
19-T.O.B-jpgLE MURMURE DES FOULES

CEPENDANT LES JUIFS MURMURAIENT CONTRE LUI, PARCE QU’IL A VAIT DIT: "MOI, JE SUIS LE PAIN VIVANT QUI SUIS DESCENDU DU CIEL ";

ET ILS DISAIENT: "N’EST-CE PAS LÀ LE FILS DE JOSEPH, DONT NOUS CONNAISSONS LE PÈRE ET LA MÈRE? COMMENT DONC DIT-IL: 'JE SUIS DESCENDU DU CIEL’?"

L’Évangéliste rapporte d’abord le murmure des foules, puis l’intervention du Christ qui y met fin. Pour cela, il expose d’abord l’occasion du murmure, puis les paroles mêmes de ceux qui murmurent.

CEPENDANT LES JUIFS MURMURAIENT CONTRE LUI, PARCE QU’IL AVAIT DIT: "MOI, JE SUIS LE PAIN VIVANT QUI SUIS DESCENDU DU CIEL"

L’Évangéliste ajoute ici que quelques-uns murmuraient au sujet de certaines paroles du Christ, notamment celles-ci: Le vrai pain de Dieu est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde, et plus loin: C’est moi qui suis le pain de vie ce pain spirituel qu’ils ne prenaient pas ni ne désiraient. Et s’ils murmuraient, c’est parce qu’ils étaient dans un état d’esprit étranger aux choses spirituelles, et cela depuis bien longtemps: Ils murmuraient sous leurs tentes — Ne murmurez pas comme certains d’entre eux murmurèrent.

Si jusque-là, ainsi que le dit Chrysostome ils ne murmuraient pas, c’est parce qu’ils espéraient encore obtenir une nourriture terrestre: cet espoir évanoui, ils commencent aussitôt à murmurer, même s’ils allèguent une autre cause. En effet, ils ne le contredisent pas ouvertement, à cause de la déférence qu’ils avaient encore à son égard, au souvenir du miracle précédent.

ET ILS DISAIENT: "N’EST-CE PAS LÀ LE FILS DE JOSEPH, DONT NOUS CONNAISSONS LE PÈRE ET LA MÈRE? COMMENT DONC DIT-IL: 'JE SUIS DESCENDU DU CIEL’?"

Ainsi murmuraient les Juifs. Parce qu’ils étaient soumis à la chair, ils ne considéraient que la génération charnelle du Christ, ce qui les empêchait de connaître sa génération spirituelle et éternelle; c’est pourquoi ils ne parlent que de celle de la chair, d’après ce précédent passage: Celui qui est issu de la terre (...) parle de la terre, et la génération spirituelle leur échappe. C’est pour cela qu’ils ajoutent: COMMENT DONC DIT-IL: 'JE SUIS DESCENDU DU CIEL'? Et ils l’appellent fils de Joseph à cause de l’opinion établie: Joseph était en effet son père nourricier, d’après ce passage de Luc: II était, à ce qu’on croyait, fils de Joseph.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (7)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

18-T.O.B-2009.jpgILS LUI DIRENT DONC: "QUEL SIGNE FAIS-TU DONC POUR QUE NOUS VOYIONS ET CROYIONS EN TOI? QUELLE OEUVRE FAIS-TU? NOS PÈRES ONT MANGÉ LA MANNE DANS LE DÉSERT, COMME IL EST ÉCRIT: IL LEUR A DONNÉ À MANGER UN PAIN DU CIEL. "JÉSUS LEUR DIT DONC: "AMEN, AMEN, JE VOUS LE DIS, CE N’EST PAS MOÏSE QUI VOUS A DONNÉ LE PAIN DU CIEL, MAIS C’EST MON PERE QUI VOUS DONNE LE VRAI PAIN DU CIEL. CAR LE VRAI PAIN [DIEU] EST CELUI QUI DESCEND DU CIEL ET DONNE LA VIE AU MONDE. "


Ce passage traite de l’origine de cette nourriture, que Jésus révèle en réponse à une question des Juifs qui réclament un signe et qui précisent lequel en mettant en avant le témoignage de l’Ecriture.

Ils demandent un signe en posant une question: ILS LUI DIRENT: "QUEL SIGNE FAIS-TU DONC POUR QUE NOUS VOYIONS ET CROYIONS EN TOI?"

Cette question est éclaircie par Chrysostome, et d’une autre manière par Augustin. Chrysostome dit en effet que le Seigneur les avait invités à la foi. Or, parmi ce qui nous conduit à embrasser la foi, il y a les miracles: Des signes sont donnés pour ceux qui n'ont pas la foi; et pour cette raison, ils demandent encore un signe grâce auquel ils puissent croire; c’est en effet une habitude chez les Juifs que de demander des signes: Les Juifs réclament des signes. C’est pour cette raison qu’ils disent: QUEL SIGNE FAIS-TU DONC?

Mais il est ridicule, de la part des Juifs, de réclamer un miracle pour croire, quel que soit ce miracle, puisque le Christ venait d’en accomplir en multipliant les pains et en marchant sur le mer et que ces miracles, grâce auxquels ils auraient pu croire, s’étaient produits sous leurs yeux. Mais s’ils disent cela, c’est pour provoquer le Seigneur et l’amener à leur procurer toujours la nourriture. Cela est évident, puisqu’ils ne font mention d’aucun autre signe que celui accompli par Moïse pour leurs pères pendant quarante années, comme si par là ils lui demandaient de toujours les nourrir: NOS PERES ONT MANGE LA MANNE DANS LE DESERT, et non pas: Dieu a nourri nos pères de la manne, pour ne pas laisser croire qu’ils voulaient en faire l’égal de Dieu. Ils ne disent pas non plus que Moïse les a nourris, pour ne pas laisser penser qu’ils préféraient Moïse au Christ: ne voulaient-ils pas l’amadouer, pour que sans cesse il les nourrisse? De cette nourriture il est dit: Voici que moi je vais faire pleuvoir pour vous un pain du ciel, et dans les Psaumes: L’homme a mangé le pain des anges.



NOS PÈRES ONT MANGÉ LA MANNE DANS LE DÉSERT, COMME IL EST ÉCRIT: IL LEUR A DONNÉ À MANGER UN PAIN DU CIEL.
Augustin, lui, dit que le Seigneur a affirmé qu’il allait leur donner LA NOURRITURE QUI DEMEURE POUR LA VIE ETERNELLE comme pour faire apparaître sa prééminence sur Moïse. Les Juifs, eux, estimaient Moïse plus grand que le Christ. Pour cette raison ils affirmaient:

Dieu a parlé à Moïse, mais celui-ci, nous ne savons d’où il est. Et c’est pour cela qu’ils réclamaient du Christ qu’il accomplisse des actions plus grandes que celles de Moïse. Et à cause de cela, ils évoquent ce que fit Moïse en disant: NOS PERES ONT MANGE LA MANNE DANS LE DESERT, comme s’ils voulaient dire: l’action que tu t’attribues est plus grande que ce que Moïse a accompli, parce que toi tu promets la nourriture qui ne périt pas, tandis que la manne donnée par Moïse, si elle était gardée pour le lendemain, grouillait de vers. Si donc tu veux que nous croyions en toi, accomplis quelque chose de plus grand que Moïse; ce que tu as accompli, en effet, n’est pas plus grand, parce que tu as rassasié cinq mille hommes, mais avec des pains d’orge et une seule fois, alors que lui, c’est tout le peuple qu’il a rassasié avec la manne, et pendant quarante années, et cela dans le désert, ainsi qu’il est écrit dans le psaume: Il leur a donné à manger un pain du ciel.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (6)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
18-T.O.B-2009.jpgILS LUI DIRENT DONC: "QUE FERONS-NOUS POUR TRAVAILLER AUX OEUVRES DE DIEU?" Sur cette question, sachons que les Juifs, instruits par la Loi, croyaient que rien n’est éternel, si ce n’est Dieu. Ainsi, lorsque le Seigneur eut dit que la nourriture spirituelle DEMEURE POUR LA VIE ETERNELLE, ils comprirent que cette nourriture est quelque chose de divin. Et voilà pourquoi, en interrogeant, ils mentionnent non pas la nourriture mais l’oeuvre de Dieu: QUE FERONS-NOUS POUR TRAVAILLER AUX OEUVRES DE DIEU? En cela, ils n’étaient pas loin de la vérité puisque la nourriture spirituelle n’est rien d’autre que de travailler aux oeuvres de Dieu — Que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle?
 
JÉSUS RÉPONDIT ET LEUR DIT: "L’OEUVRE DE DIEU, C’EST QUE VOUS CROYIEZ EN CELUI QU’IL A ENVOYÉ."
Dans cette réponse du Seigneur, il faut avoir présent à l’esprit que l’Apôtre distingue la foi des oeuvres, en disant qu’Abraham n’a pas été justifié par les oeuvres mais par la foi. Qu’est-ce donc que le Seigneur affirme là, que la foi elle-même, c’est-à-dire croire, est l’oeuvre de Dieu?

A cela il y a deux réponses. L’une consiste à dire que l’Apôtre ne distingue pas la foi des oeuvres prises au sens absolu, mais des oeuvres extérieures. Certaines oeuvres en effet sont extérieures, celles que produisent les membres du corps, et parce qu’elles sont plus manifestes, elles sont communément appelées oeuvres. D’autres au contraire sont intérieures, celles qui s’exercent dans l’âme elle-même, qui ne sont connues que des sages et de ceux qui se recueillent en leur coeur. En un autre sens, on dit que croire peut être compté parmi les oeuvres extérieures, non que la foi soit les oeuvres elles-mêmes, mais au sens où elle en est le principe. C’est pour cela qu’il dit expressément: C’EST QUE VOUS CROYIEZ EN CELUI QU’IL A ENVOYE. Ce n’est pas en effet la même chose de dire croire à Dieu — ainsi en effet je désigne l’objet —, croire Dieu parce qu’ainsi je désigne le témoin, et croire en Dieu parce qu’ainsi je désigne la fin; de sorte que Dieu se rapporte à la foi comme son objet, son témoin et sa fin, mais autrement ici ou là, parce que l’objet de la foi peut être une créature [comme créée] — je crois en effet que le ciel a été créé — et qu’une créature peut aussi être témoin de la foi — je crois en effet Paul ou n’importe lequel des saints — mais la fin de la foi ne peut être que Dieu: de fait, c’est vers Dieu seul que notre esprit peut être tourné comme vers sa fin. Or la fin, qui comme telle est bonne, est l’objet de l’amour: voilà pourquoi croire en Dieu comme à une fin est propre à la foi formée par la charité. Cette foi ainsi formée est principe de toutes les bonnes oeuvres et, dans cette mesure, le fait même de croire est appelé OEUVRE DE DIEU.


Mais si la foi est L’OEUVRE DE DIEU, comment les hommes accomplissent-ils les oeuvres de Dieu?

Cette difficulté est dénouée par Isaïe lorsqu’il dit: Toutes nos oeuvres, c'est toi qui les fais pour nous, Seigneur. En effet, le fait même que nous croyions et tout ce que nous accomplissons de bien nous vient de Dieu: Dieu lui-même est celui qui opère en vous le vouloir et son accomplissement. Et s’il dit explicitement que croire est l’oeuvre de Dieu, c’est pour manifester que la foi est un don de Dieu, comme il est dit dans l’épître aux Ephésiens.


S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (5)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

18-T.O.B-2009.jpgTRAVAILLEZ NON PAS EN VUE DE LA NOURRITURE QUI PÉRIT, MAIS EN VUE DE CELLE QUI DEMEURE POUR LA VIE ÉTERNELLE.

La puissance de cette nourriture ressort du fait qu’elle ne périt pas. Sachons à ce propos que les réalités corporelles ont une certaine ressemblance avec les réalités spi rituelles dans la mesure où celles-ci en sont cause et source; et c’est pourquoi elles imitent en quelque manière les réalités spirituelles. Or le corps est soutenu par la nourriture; cela donc qui soutient l’esprit, quoi que ce soit, en est appelé la nourriture. Et ce qui soutient le corps, puisqu’il passe dans la nature de ce corps, est corruptible; mais la nourriture qui soutient l’esprit est incorruptible parce qu’elle n’est pas changée en l’esprit lui-même, mais c’est au contraire l’esprit qui est changé en la nourriture. Voilà pourquoi Augustin dit: "Je suis la nourriture des grands; grandis et tu me mangeras. Et tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair; mais c’est toi qui seras changé en moi.

C’est pour cela que le Seigneur dit: TRAVAILLEZ, c’est-à-dire, recherchez en travaillant — autrement dit, méritez par vos travaux — non pas LA NOURRITURE QUI PERIT, celle qui est corporelle — Les aliments sont pour le ventre et le ventre pour les aliments, et Dieu abolira l’un comme l'autre, les autres parce qu’on ne fera pas toujours usage des aliments, mais TRAVAILLEZ en vue de cette nourriture, celle de l’esprit, QUI DEMEURE POUR LA VIE ÉTERNELLE. Cette nourriture est Dieu lui-même en tant qu’il est la vérité à contempler et la bonté à aimer qui nourrissent l’esprit — Mangez mon pain — Elle l’a nourri d’un pain de vie et d’intelligence. Cette nourriture est aussi l’obéissance aux commandements divins — Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé; et encore le Christ lui-même — C’est moi qui suis le pain de vie. Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson, cela en tant que [sa chair est] conjointe au Verbe de Dieu qui est la nourriture dont vivent les anges. Plus haut, à propos de la boisson corporelle et de la boisson spirituelle, il avait mis en lumière une différence semblable à celle qu’il établit ici entre la nourriture corporelle et la nourriture spirituelle: Quiconque boit de cette eau aura encore soif mais celui qui boit de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif. La raison en est que les réalités corporelles sont corruptibles, tandis que les réalités spirituel les, et Dieu plus que tout, demeurent éternellement.

Mais il faut savoir, selon Augustin (dans son livre sur Le travail des moines), que sur cette parole TRAVAILLEZ NON PAS EN VUE DE LA NOURRITURE QUI PÉRIT, MAIS EN VUE DE CELLE QUI DEMEURE POUR LA VIE ETERNELLE, certains moines trouvèrent le moyen d’errer en disant que les hommes spirituels ne devaient pas travailler de leurs mains, à quelque oeuvre que ce soit. Mais cette interprétation est fausse, puisque Paul, qui fut éminemment spirituel, a travaillé de ses propres mains, comme lui-même le rapporte dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens: Nous n'avons pas mangé gratuitement le pain de qui conque, mais dans le labeur et la fatigue, oeuvrant jour et nuit, afin de n’être un poids pour personne. La véritable intelligence du passage est donc que nous orientions notre oeuvre, c’est-à-dire notre principal effort et notre intention, vers la recherche de la nourriture qui conduit à la vie éternelle, c’est-à-dire vers les biens spirituels. Sur les choses temporel les, nous ne devons pas porter en premier lieu notre attention, mais seulement d’une manière relative: nous les procurer uniquement en raison de notre corps corruptible qu’il faut soutenir aussi longtemps que nous vivons ici-bas. Pour cette raison, et à l’encontre de ces moines, l’Apôtre dit explicitement: Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus, comme s’il disait: ceux qui disent qu’il ne faut travailler à aucune oeuvre corporelle — et manger en est bien une —, ceux-là doivent aussi ne pas manger.

 ET QUE LE FILS DE L’HOMME VOUS DONNERA; CAR DIEU LE PÈRE L’A MARQUÉ.
L’Évangéliste considère ici l’auteur du don de la nourriture spirituelle. Il mentionne d’abord de qui il s’agit, puis montre d’où lui vient l’autorité de la donner.

L’auteur et le donateur de la nourriture spirituelle est le Christ. Et c’est pourquoi il dit CELLE, c’est-à-dire la nourriture qui ne périt pas, QUE LE FILS DE L’HOMME VOUS DONNERA. S’il avait dit "le Fils de Dieu ", on n’y aurait rien vu d’étonnant. Mais que ce soit le Fils de l’homme qui la donne est plus propre à éveiller l’attention. La raison pour laquelle il revient proprement au Fils de l’homme de don ner est que la nature humaine blessée par le péché se dégoûtait de la nourriture spirituelle, et n’était pas capable de la prendre dans ce qu’elle a de spirituel: pour cette rai son, il a été nécessaire que le Fils de Dieu prît chair et que, par sa chair, il nous redonnât vigueur — Tu as préparé devant moi une table.


D’où lui vient l’autorité de donner? L’Évangéliste le dit: DIEU LE PERE L’A MARQUE, comme s’il disait: si le Fils donne, cela ne lui revient qu’à cause du caractère uni que et éminent de sa plénitude de grâce, par laquelle il sur passe tous les fils des hommes. Il l’a MARQUE, c’est-à-dire choisi explicitement parmi les autres: Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile d’allégresse de préférence à tous tes compagnons.

Ou, selon Hilaire, il l’a MARQUÉ, c’est-à-dire marqué de son sceau. Quand on a imprimé un sceau dans de la cire, celle-ci conserve toute la figure du sceau. De même, le Fils reçoit toute la forme du Père. Et c’est de deux manières que le Fils reçoit du Père: l’une est éternelle et ce qui est dit ici ne la signifie pas, parce que dans l’apposition d’un sceau, autre est la nature de ce qui reçoit, autre celle de ce qui imprime. Mais il faut le comprendre du mystère de l’Incarnation, parce que Dieu le Père a imprimé dans la nature humaine le Verbe qui, par son Incarnation, est le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance.

Ou, selon Chrysostome, il l’a MARQUE, c’est-à-dire Dieu le Père l’a établi spécialement pour donner la vie éternelle au monde: Moi, je suis venu pour que mes brebis aient la vie et qu’elles l’aient plus abondamment. Ainsi en effet, quand quelqu’un est choisi pour assumer une fonction importante, on dit qu’il est détaché en vue d’exercer cette fonction: Après cela, le Seigneur détacha encore soixante-douze autres disciples. Ou encore, il l'a MARQUE, c'est-à-dire l'a manifesté par la voix lors du baptême, et par les oeuvres, comme on l’a dit plus haut.

Ensuite, en disant: ILS LUI DIRENT DONC: "QUE FERONS-NOUS POUR TRAVAILLER AUX OEUVRES DE DIEU?", l’Evangéliste manifeste ce qu’est la nourriture spirituelle; il note d’abord la question des Juifs, puis la réponse de Jésus-Christ.


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