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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a 2010-2011

Homélie 17e dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Homélie 16e Dimanche du Temps Ordinaire A 2011

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Lien vers mon homélie de 2008 :

16 T.O.A 2008 - Le bon grain et l'ivraie dans le champ de la prière


Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 17 juillet, seizième dimanche du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 13, versets 24 à 43. 

 

16 TOA ev



Jésus proposa cette parabole à la foule : 
« Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ ».

Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le commentaire :

Nous poursuivons avec Jésus l’exploration du Royaume de Dieu. Et Jésus poursuit sa comparaison au travers de paraboles qui viennent l’exprimer. Car comment parler de ce Royaume en notre monde si peu préparé au divin ou qui semble s’en séparer de plus en plus. Seules des images paraboliques peuvent l’évoquer à notre esprit, et, sur terre, on ne peut parler du ciel qu’autrement qu’en images. 
Les trois images que Jésus utilise montrent quelque chose du paradoxe de la croissance du Royaume de Dieu en ce monde : le bon grain doit être récolté avec l’ivraie, le levain vient enfler la pâte et la plus petite graine donne le plus grand arbre. On a l’impression que la réalité s’oppose à la croissance du Royaume, ou du moins le contrecarre. Et c’est dans cette opposition que se révèle le Royaume.
Car sans le levain, la pâte ne peut lever mais elle peut être consommée comme cela fut le cas pour le départ d’Égypte. Ainsi la fête des pains sans levain est jointe à celle de la Pâque, instituant la non fermentation comme nécessaire à cette fête et allant jusqu’à considérer la fermentation comme un état de corruption. Jésus compare le Royaume à du levain faisant lever la toute pâte, sa parole donnant la signification et l’ampleur nécessaires à la Parole de Dieu transmise au peuple hébreu. Le levain de sa Pâque pénètre dans la pâte et fait advenir le Royaume. 
De même cette graine de moutarde, considérée comme la moindre en importance et qui est par ce fait dépréciée, elle devient un arbre majestueux où la création trouve refuge. 
Le Royaume semble prendre corps dans le paradoxe et c’est bien là l’œuvre de Dieu. Là où l’habitude humaine s’englue dans un conformisme, l’annonce de la présence et de la Parole de Dieu, vient fermenter et régénérer l’action créatrice du Royaume.
Mais il est nécessaire de laisser au Royaume le temps que Dieu prend pour sa création. La parabole de bon grain et de l’ivraie s’en fait l’écho. L’œuvre du Mauvais s’oppose à la venue du Royaume et se mêle à la Parole en brouillage continu dans sa compréhension. Son intérêt est là : que l’on arrache ce qui perverti le cœur de l’homme qui désire être droit, quitte à embarquer en même temps les droites et bonnes intentions du cœur. C’est pourquoi le maître de la récolte diffère le nettoyage jusqu’à la moisson : à vouloir être parfait on écarte la sainteté, l’amour de Dieu. La force de la volonté n’égalera jamais l’humilité de l’abandon, dans l’amour. Et c’est Dieu le maître du Royaume. 
L’amour dans la foi permet le discernement de ma volonté et de la sienne ; de mon monde parfait et de son Royaume; de mon salut propre et du salut du monde.
Seigneur, que j’accepte l’ivraie en moi pour ne pas te priver du bon grain que tu as semé en ma vie car c’est toi qui sais les séparer et ton amour l’accomplit. Que ma volonté s’abandonne à ta sainteté car tu désires tant que chacun ne se prive pas de ton Royaume.

Homélie 15e dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Mon homélie du 15e dimanche du Temps Ordinaire A 2008 :

 

15° dimanche : Quand souffrance rime avec espérance, vacances et Tour de France


Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 10 juillet, quinzième dimanche du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 13, versets 1 à 23. 

 

15 TOA ev



« Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.
Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit ; toute la foule se tenait sur le rivage».

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En ce quinzième dimanche du temps ordinaire, Jésus nous livre la parabole du semeur avec son cortège d’interrogations et d’incompréhensions de la part des disciples.
Jésus raconte cette parabole des semences qui tombent en différents endroits et qui ne lèvent pas sauf les dernières qui tombent sur un terrain accueillant et produisent un fruit surabondant. 
Les disciples s’étonnent que Jésus parle à la foule en paraboles alors qu’à eux il leur a bien parlé directement. 
Mais Jésus leur répond : « À vous, il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné. Celui qui a recevra encore et il serra même dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a ».
Jésus nous fait toucher un point important. Sa réponse indique que, dans le cœur des auditeurs doit se trouver au moins un début de compréhension des choses divines si la « Parole du Royaume » doit porter du fruit en eux. Car à celui qui a, ce début des choses divines en lui, l’on donnera encore de la connaissance de Dieu. Mais à celui qui n’a rien, qui ne laisse rien pénétrer, on enlèvera même ce qu’il a. C’est -à-dire que ne laissant rien pénétrer en lui, de ce début de Dieu, sa vie n’aura aucune racine et il l’a perdra entièrement. 
Au fond, on ne peut parler de Dieu qu’en images. Celui dont le cœur est endurci, ou n’est pas prêt à comprendre, à cause des soucis du monde, ou de son esprit superficiel, celui-là ne peut pas pénétrer les images jusqu’à parvenir à la réalité divine signifiée, alors la semence se dessèche et le Mauvais enlève même aussi les germes.
Dans les disciples, par leur écoute, leur amour et leur fidélité, il y a, par la grâce de Dieu, l’amorce de la compréhension. Et l’Esprit Saint va développer, en réalité, cette compréhension dans le cœur de l’Église. Et c’est lui qui va leur apprendre à passer du symbole de la parabole à la réalité de Dieu. Mais cela prend du temps, tout le temps postpascal . Et en nous-même cela aussi prend beaucoup de temps pour cette compréhension. 
St Paul nous le redit si bien, dans la deuxième lecture, en parlant « de la création tout entière qui crie sa souffrance et passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore ». Nous, chrétiens, sommes de ceux qui ont reçu dans leur cœur un début de compréhension ; mais attention à ne pas cultiver un sol pierreux, en nous, qui empêche la semence de lever. 
Dieu attend de nous, de produire, selon notre mesure, cent , soixante ou trente pour un et son espérance est telle qu’il sait que même dans le mauvais champs du monde, il trouvera son compte : un seul saint contrebalancera cent tièdes ou incroyants. C’est d’ailleurs la signification de la croix : si l’œuvre de la vie du Fils a paru échouer devant la dureté de cœur de ses auditeurs, la croix qui supplée fut la pluie qui abreuva la terre desséchée.
Que ce temps de repos, pour ceux qui commencent des vacances, soit l’occasion de revivifier la semence de la vie de Dieu en eux.

Homélie 14e dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Mon homélie de 2008 :

 

Homélie 14 T.O.A 2008 : Le combat spirituel - la chair et l'Esprit


14 TOA ev

 

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 3 juillet, quatorzième dimanche du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 11, versets 25 à 30. 

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits ».

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Lire le commentaire :


L’évangile de ce jour nous introduit dans le dessein d’amour du Père, dessein qu’il révèle par son Fils en des mots remuants et provocateurs. « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ». 


Tout vient du Père, et Jésus le remercie de ce qu’il puisse le révéler. Et dans cette révélation, le Père a déjà prévu qu’il n’atteindrait pas « les sages et les savants », car ceux-ci pensent déjà tout savoir et savoir mieux que les autres. Ils se contentent de leur propre intelligence et fonde tout sur elle ; ainsi peu à peu, ils ne tournent que sur eux-mêmes, enivrés de découvrir le mystère insatiable de la création par leur seule raison. Peu à peu, ils s’éloignent de Dieu jusqu’à finalement l’évacuer de toute origine et crée un monde où Dieu n’a plus sa légitime place.


À contrario, les « tout-petits », ceux qui ne s’enferment pas dans leur mode de pensée, les mêmes que les « pauvres en esprit », les mêmes que les « malades » qui attendent tout du médecin, les mêmes que les « brebis épuisées » qui n’ont pas de berger, ces pauvres, ont un esprit ouvert auxquels Dieu a destiné sa révélation, toute sa révélation. 


Car ils ont conservé par leur simplicité, l’esprit filial qui attend tout du Père et dans leur relation avec Dieu, leur cœur s’offre sans réticences, sans condition.


C’est pourquoi ils vont percevoir et accepter les premiers, les abaissements et l’humilité du Fils. Toute son attitude existentielle leur crie cet amour de Dieu au travers de Jésus. 


Là où les grands vont poser mille questions et mille conditions- Se peut-il que Dieu se révèle en un homme ? S’il se dit fils de Dieu, alors il blasphème !- les tout-petits vont voir, constater et aimer ce que Dieu leur offre en son Fils. 


Et il faudra que les puissants acceptent de rentrer dans cette humilité des tout-petits pour alors eux-mêmes avoir part à la révélation. 


Et c’est parque lui, Jésus, connait les sentiments du Père qu’il peut poursuivre : « Oui, Père tu l’as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m’as été confié par mon Père ; personne ne connait le Fils, sinon le Père, et personne ne connait le Père sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler ».
Nous voici au cœur de la révélation trinitaire, car les sentiments du Père que le Fils révèle à celui qui croit indiquent le Saint esprit, qui nous met dans le cœur la connaissance des sentiments des deux, dans leur union la plus parfaitement aimante. 


C’est ce qui permet de porter le fardeau du Christ avec lui et de découvrir qu’en prenant son joug, ce fardeau devient léger. Car sa croix est lourde pour lui, comme pour nous, mais le joug est celui de l’amour, « doux et humble de cœur » qui ne gémit pas sous le poids, ne se plaint pas, ne mesure pas et ne le compare pas à ses propres forces. Ce joug ne s’arrête pas à l’homme charnel qui gémit sous le poids du fardeau mais l’atèle à l’Esprit qui redonne vie, allège largement la charge, désormais portée par le Christ et procure le repos, en Dieu. 


Seigneur, guide-moi vers ton cœur de pauvre, donne-moi ton joug, que je puisse offrir ton repos.

 

Benoît XVI, Homélie pour la Solennité des Saints Pierre et Paul

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

ROME, Mercredi 29 juin 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie prononcée par Benoît XVI au cours de la messe des saints Pierre et Paul qu’il a présidée ce mercredi au Vatican. A cette occasion, le pape, qui fête ce 29 juin son 60e anniversaire d’ordination sacerdotale, a remis le pallium aux 40 archevêques métropolitains nommés pendant l’année.

 

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Chers frères et sœurs,

«Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ! » (cf. Jn 15, 15). À soixante années du jour de mon Ordination sacerdotale, j’entends encore résonner en moi ces paroles de Jésus, que notre grand Archevêque, le Cardinal Faulhaber, avec une voix désormais un peu faible et cependant ferme, nous adressa à nous les nouveaux prêtres à la fin de la cérémonie d’Ordination. Selon le déroulement liturgique de l’époque, cette acclamation signifiait alors aux nouveaux prêtres l’attribution explicite du mandat pour remettre les péchés. « Non plus serviteurs, mais amis » : je savais et j’avais conscience qu’à ce moment précis, ce n’était pas seulement une parole rituelle, ni une simple citation de la Sainte Écriture. J’avais conscience qu’en ce moment-là, le Seigneur Lui-même me l’adressait de façon toute personnelle. Dans le Baptême et dans la Confirmation, Il nous avait déjà attirés vers Lui, Il nous avait déjà accueillis dans la famille de Dieu. Cependant, ce qui arrivait à ce moment-là était quelque chose de plus encore. Il m’appelle ami. Il m’accueille dans le cercle de ceux auxquels il s’était adressé au Cénacle. Dans le cercle de ceux que Lui connaît d’une façon toute particulière et qui ainsi sont amenés à Le connaître de façon particulière. Il me donne la faculté, qui fait presque peur, de faire ce que Lui seul, le Fils de Dieu, peut dire et faire légitimement : Moi, je te pardonne tes péchés. Il veut que moi – par son mandat – je puisse prononcer avec son « Je » une parole qui n’est pas seulement une parole mais plus encore une action qui produit un changement au plus profond de l’être. Je sais que derrière cette parole, il y a sa Passion à cause de nous et pour nous. Je sais que le pardon a son prix : dans sa Passion, Lui-même est descendu dans la profondeur obscure et sale de notre péché. Il est descendu dans la nuit de notre faute, et c’est seulement ainsi qu’elle peut être transformée. Et par le mandat de pardonner, Il me permet de jeter un regard sur l’abîme de l’homme et sur la grandeur de sa souffrance pour nous les hommes, qui me laisse deviner la grandeur de son amour. Il me dit : « Non plus serviteurs, mais amis ». Il me confie les paroles de la Consécration eucharistique. Il m’estime capable d’annoncer sa Parole, de l’expliquer de façon juste et de la porter aux hommes d’aujourd’hui. Il s’en remet à moi. « Vous n’êtes plus serviteurs mais amis » : c’est une affirmation qui procure une grande joie intérieure et qui, en même temps, dans sa grandeur, peut faire frémir au long des décennies, avec toutes les expériences de notre faiblesse et de son inépuisable bonté.

«Non plus serviteurs mais amis » : dans cette parole est contenu tout le programme d’une vie sacerdotale. Qu’est-ce que vraiment l’amitié ? Idem velle, idem nolle – vouloir les mêmes choses et ne pas vouloir les mêmes choses, disaient les anciens. L’amitié est une communion de pensée et de vouloir. Le Seigneur nous dit la même chose avec grande insistance : « Je connais les miens et les miens me connaissent » (cf. Jn 10, 14). Le Pasteur appelle les siens par leur nom (cf. Jn 10, 3). Il me connaît par mon nom. Je ne suis pas n’importe quel être anonyme dans l’immensité de l’univers. Il me connaît de façon toute personnelle. Et moi, est-ce que je Le connais Lui ? L’amitié qu’Il me donne peut seulement signifier que moi aussi je cherche à Le connaître toujours mieux ; que moi dans l’Écriture, dans les Sacrements, dans la rencontre de la prière, dans la communion des Saints, dans les personnes qui s’approchent de moi et que Lui m’envoie, je cherche à Le connaître toujours plus. L’amitié n’est pas seulement connaissance, elle est surtout communion du vouloir. Elle signifie que ma volonté grandit vers le « oui » de l’adhésion à la sienne. Sa volonté, en effet, n’est pas pour moi une volonté externe et étrangère, à laquelle je me plie plus ou moins volontiers, ou à laquelle je ne me plie pas. Non, dans l’amitié, ma volonté en grandissant s’unit à la sienne, sa volonté devient la mienne et ainsi, je deviens vraiment moi-même. Outre la communion de pensée et de volonté, le Seigneur mentionne un troisième, un nouvel élément : Il donne sa vie pour nous (cf. Jn 15, 13 ; 10, 15). Seigneur, aide-moi à Te connaître toujours mieux ! Aide-moi à ne faire toujours plus qu’un avec ta volonté ! Aide-moi à vivre ma vie non pour moi-même, mais à la vivre avec Toi pour les autres ! Aide-moi à devenir toujours plus Ton ami !

La Parole de Jésus sur l’amitié se place dans le contexte du discours sur la vigne. Le Seigneur associe l’image de la vigne avec la tâche confiée aux disciples : « Je vous ai institués pour que vous alliez et que vous portiez du fruit et un fruit qui demeure » (Jn 15, 16). La première tâche donnée aux apôtres – aux amis - est de se mettre en route, de sortir de soi-même et d’aller vers les autres. Puissions-nous ici entendre ensemble la parole du Ressuscité adressée aux siens, avec laquelle Saint Matthieu termine son évangile : « Allez et enseignez à tous les peuples… » (cf. Mt 28, 19s). Le Seigneur nous exhorte à dépasser les limites du milieu dans lequel nous vivons, à porter l’Évangile dans le monde des autres, afin qu’il envahisse tout et qu’ainsi le monde s’ouvre au Royaume de Dieu. Cela peut nous rappeler que Dieu-même est sorti de Lui-même, Il a abandonné sa gloire pour nous chercher, pour nous donner sa lumière et son amour. Nous voulons suivre le Dieu qui se met en chemin, surpassant la paresse de rester repliés sur nous-mêmes, afin que Lui-même puisse entrer dans le monde.

Après la parole sur la mise en route, Jésus continue : portez du fruit, un fruit qui demeure ! Quel fruit attend-Il de nous ? Quel est le fruit qui demeure ? Eh bien, le fruit de la vigne est le raisin à partir duquel se prépare par la suite le vin. Arrêtons-nous un instant sur cette image. Pour que le bon raisin puisse mûrir, il faut non seulement du soleil mais encore de la pluie, le jour et la nuit. Pour que parvienne à maturité un vin de qualité, il faut le foulage, le temps nécessaire à la fermentation, le soin attentif qui sert au processus de la maturation. Le vin fin est caractérisé non seulement par sa douceur, mais aussi par la richesse de ses nuances, l’arôme varié qui s’est développé au cours du processus de maturation et de fermentation. N’est-ce pas déjà une image de la vie humaine, et selon un mode spécial, de notre vie de prêtre ? Nous avons besoin du soleil et de la pluie, de la sérénité et de la difficulté, des phases de purification et d’épreuve, comme aussi des temps de cheminement joyeux avec l’Évangile. Jetant un regard en arrière nous pouvons remercier Dieu pour les deux réalités : pour les difficultés et pour les joies, pour les heures sombres et les heures heureuses. Dans les deux cas nous reconnaissons la présence continuelle de son amour, qui toujours nous porte et nous soutient.

Maintenant, nous devons cependant nous demander : de quelle sorte est le fruit que le Seigneur attend de nous ? Le vin est l’image de l’amour : celui-ci est le vrai fruit qui demeure, celui que Dieu veut de nous. N’oublions pas pourtant que dans l’Ancien Testament le vin qu’on attend du raisin de qualité est avant tout une image de la justice qui se développe dans une vie vécue selon la loi de Dieu ! Et nous ne disons pas qu’il s’agit d’une vision vétérotestamentaire et dépassée aujourd’hui : non, cela demeure toujours vrai. L’authentique contenu de la Loi, sasumma, est l’amour pour Dieu et le prochain. Ce double amour, cependant, n’est pas simplement quelque chose de doux. Il porte en lui la charge de la patience, de l’humilité, de la maturation dans la formation de notre volonté jusqu’à son assimilation à la volonté de Dieu, à la volonté de Jésus-Christ, l’Ami. Ainsi seulement, l’amour véritable se situe aussi dans le devenir vrai et juste de tout notre être, ainsi seulement il est un fruit mûr. Son exigence intrinsèque, la fidélité au Christ et à son Église, requiert toujours d’être réalisée aussi dans la souffrance. Ainsi vraiment grandit la véritable joie. Au fond, l’essence de l’amour, du vrai fruit, correspond à l’idée de se mettre en chemin, de marcher : l’amour signifie s’abandonner, se donner ; il porte en soi le signe de la croix. Dans ce contexte Grégoire-le-Grand a dit une fois : si vous tendez vers Dieu, veillez à ne pas le rejoindre seul (cf. H Ev 1,6,6 : PL 76, 1097s) - une parole qui doit nous être, à nous comme prêtres, intimement présente chaque jour.

Chers amis, je me suis peut-être attardé trop longtemps sur la mémoire intérieure des soixante années de mon ministère sacerdotal. Il est maintenant temps de penser à ce qui est propre au moment présent.

À l’occasion de la Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, j’adresse mon salut le plus cordial au Patriarche Œcuménique Bartolomée Ieret à la Délégation qu’il a envoyée et que je remercie vivement pour la visite appréciée en cette heureuse circonstance des Saints Apôtres Patrons de Rome. Je salue également Messieurs les Cardinaux, les Frères dans l’Épiscopat, Messieurs les Ambassadeurs et les Autorités civiles, ainsi que les prêtres, les religieux et les fidèles laïcs. Je vous remercie tous pour votre présence et votre prière.

Aux Archevêques Métropolitains nommés après la dernière Fête des grands Apôtres, le pallium va maintenant être imposé. Qu’est-ce que cela signifie ? Celui-ci peut nous rappeler avant tout le joug léger du Christ qui nous est déposé sur les épaules (cf. Mt 11, 29s). Le joug du Christ est identique à son amitié. C’est un joug d’amitié et donc un « joug doux », mais justement pour cela aussi, un joug qui exige et qui modèle. C’est le joug de sa volonté, qui est une volonté de vérité et d’amour. Ainsi, c’est pour nous surtout le joug qui introduit les autres dans l’amitié avec le Christ et nous rend disponibles aux autres pour en prendre soin comme Pasteurs. Avec cela, nous atteignons un sens supplémentaire du pallium : tissé avec de la laine des agneaux bénis en la fête de Sainte Agnès, il nous rappelle ainsi le Pasteur devenu Lui-même Agneau par amour pour nous. Il rappelle le Christ qui a marché sur les montagnes et dans les déserts, où son agneau - l’humanité - s’était égaré. Le pallium nous rappelle que Lui a pris l’agneau, l’humanité - moi - sur ses épaules, pour me ramener à la maison. Il nous rappelle de cette manière que, comme Pasteurs à son service, nous devons aussi porter les autres, les prendre, pour ainsi dire, sur nos épaules et les porter au Christ. Il nous rappelle que nous pouvons être Pasteurs de son troupeau qui reste toujours sien et ne devient pas nôtre. Enfin, le pallium signifie aussi très concrètement la communion des Pasteurs de l’Église avec Pierre et avec ses successeurs – il signifie que nous devons être des Pasteurs pour l’unité et dans l’unité et que c’est seulement dans l’unité dont Pierre est le symbole que nous conduisons vraiment vers le Christ.

Soixante années de ministère sacerdotal – chers amis, je me suis peut-être trop attardé sur des éléments particuliers. Mais en cet instant, je me suis senti poussé à regarder ce qui a caractérisé ces dizaines d’années. Je me suis senti poussé à vous dire - à tous, prêtres et Évêques comme aussi aux fidèles de l’Église - une parole d’espérance et d’encouragement ; une parole, murie à travers l’expérience, sur le fait que le Seigneur est bon. Cependant, c’est surtout un moment de gratitude : gratitude envers le Seigneur pour l’amitié qu’Il m’a donnée et qu’Il veut nous donner à tous. Gratitude envers les personnes qui m’ont formé et accompagné. Et en tout cela se cache la prière qu’un jour le Seigneur dans sa bonté nous accueille et nous fasse contempler sa joie. Amen !

© Copyright 2011 : Libreria Editrice Vaticana

Traduction française distribuée par la salle de presse du Saint-Siège

Homélie Solennité du Corps et du Sang du Christ A 2011

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

Homélie Fête-Dieu: Première communion - Communion fidèle (Jn 6, 51-58)

 

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Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 26 juin, fête du Corps et du Sang du Christ. Évangile selon saint Jean, chapitre 6, versets 51 à 58.


Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons, Jésus disait : 
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »

 
Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le commentaire :


Nous fêtons aujourd’hui le Corps et le Sang du Christ et l’évangile nous introduit au discours sur le pain de vie, juste après la multiplication des pains et des poissons pour une foule immense dans un endroit désert. 
Jésus va déclarer : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain il vivra éternellement ». 
À juste titre la liturgie place en première lecture le récit de Moïse dans le deutéronome, rappelant le don de l’eau et de la manne dans le désert. C’est d’ailleurs par rapport à ce texte que les juifs vont refuser les paroles de Jésus car ils n’arrivent pas, comme nous parfois, à aller au-delà du naturel pour laisser le divin nous toucher.
L’eau du rocher et la manne, sont présentées au peuple seulement parce qu’il meurt de faim et de soif, et que tout espoir de nourriture est perdu à moins qu’il ne vienne de Dieu. Dieu répond en montrant explicitement sa faiblesse au peuple : « il voulait t’humilier » et son manque d’entière confiance en lui « il voulait t’éprouver » . Ainsi, Parole de Dieu et réponse de subsistance corporelle sont bien distincts dans ce récit.
Dans l’évangile, le miracle des pains qui fait s’exclamer Jésus : « Moi, je suis le pain vivant » vint nous révéler et nous signifier que l’unité entre la Parole de Dieu et le pain de Dieu sont accomplis en lui. Et Jésus se trouve en but au refus des juifs, et même de ses disciples, face à une telle identification. 
Jésus peut transmettre la parole de Dieu, mais comment sa chair et son sang feront-ils un avec cette Parole ? Et cela à tel point que celui qui ne mange pas sa chair et ne boit pas son sang, n’a aucune perspective de vie éternelle ?
Il ne se contente pas d’inviter à ce repas, il pousse, il force à y prendre part. Seul celui qui le reçoit en nourriture a en lui la Parole de Dieu et par là Dieu lui-même. 
Ici toute comparaison avec la manne des Pères devient boiteuse, car ceux-là sont « morts », ils n’ont pas obtenu la vie éternelle. Cette vie éternelle, on ne l’obtient que par le repas offert ici. 
Face à cette révélation la plus dure de Jésus, il n’y a que la séparation totale : le non de la foule qui désormais l’abandonne, et un oui entier que Pierre exprimera, car il ne voit plus d’autre chemin que Jésus. 
Il est bon ici de se rappeler la réalité du désert, Dieu mène dans une situation sans issue, où il ne subsiste plus de salut sinon une confiance entière et aveugle en lui. Aveugle, car on n’en discerne pas la raison ni la finalité. Il nous semble être complétement perdu. 
Jésus n’explique pas comment le miracle est possible ; il nous présente seulement plutôt l’affirmation : « ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson » ; et celui qui n’accepte pas cela n’a pas « la vie en lui ». 
En recevant l’eucharistie, chacun de nous doit se rappeler qu’au milieu du désert de cette vie, il se jette comme un affamé dans les bras de Dieu, et que cette vie à laquelle nous tenons tant, devient éternelle quand la Parole de Dieu prend corps et sang dans nos assemblées dominicales puis dans nos activités quotidiennes.

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour la Trinité 2011 Année A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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L'existence historique de Jésus-Christ, et particulièrement, comme nous l’avons vu les mois passés, le temps de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection, a été vécue par lui au sein d'un dialogue d'Amour constant avec le Père. Sa mission, pourrions-nous dire, a été d'introduire ses amis, les disciples de toute époque, à la connaissance de celui qui l'avait envoyé, au moyen de l’action constante du Consolateur (Cfr Collecte).

Si nous ne partons pas de ce fait, tellement évident dans l'Écriture Sainte que beaucoup ne s’y arrêtent pas, nous ne pouvons pas comprendre qui est la Très Sainte Trinité ; pourtant, avant même d’être un Dogme de foi, elle est certainement un mystère dans lequel il faut être introduit.

Comment pourrait-on en effet connaître ce qui est impossible à définir ? Saint Augustin en a fait lui-même l’expérience lorsque, plongé dans la profondeur de ses méditations, sur les rivages de la mer Tyrrhénienne, il rencontra un enfant qui tentait avec ténacité de verser toute l'eau de la grande mer Méditerranée à l'intérieur d'un petit trou creusé dans le sable. Devant la stupeur du grand saint, l'enfant lui dit avec un sourire : « Et toi, comme peux-tu penser comprendre Dieu qui est infini, avec ton esprit tellement limité? ».

Mais ce qui pourrait sembler une défaite pour l'intelligence de l'homme, est en réalité le début d'un nouveau type de connaissance qui, comme la fleur la plus belle, peut croître sur la base solide de la raison humaine, en l'exaltant et en la portant à son achèvement : il s'agit de la foi !

Pour pouvoir connaître l'océan infini, en effet, la meilleure chose est de se laisser pousser sur la solide barque de Pierre, l'Église, par l'action de l'Esprit Saint : ce vent impétueux connaît la route à suivre.

La Très Sainte Trinité ne peut pas être comprise, mais on peut la voir en action et surtout on peut vivre en elle, depuis que Jésus nous a ouvert la porte du Royaume des cieux. Il faut donc entrer « dans ce nuage » à travers lequel Dieu se révèle à l'homme, en faisant de lui son héritage (Cfr Ex 34,5.9).

C’est l'incorporation au Christ qui rend possible en nous cette action de l'Esprit : nous ne saurions même pas que dire, si nous n'avions pas reçu en nos « coeurs l'Esprit du Fils, qui crie Abba, Père » (Cfr. Antienne à la Communion).

La Vérité de Dieu, nous le comprenons en ce dimanche, n'est donc pas tant une abstraction philosophique à posséder, qu’une réalité d'Amour infini en laquelle il faut se laisser plonger et dont il faut faire l’expérience, comme des fils régénérés dans le Fils, constamment tournés vers le Père céleste qui veut nous offrir « le salut » et « la vie éternelle » (Cfr Jn 3,16-17).

Laissons-nous donc transformer par le Pain eucharistique que nous recevrons d’ici peu, en un « sacrifice éternel », agréable au Seigneur (Cfr Prière sur les offrandes), pour que notre vie soit conformée à celle du Christ, et commençons par cultiver en nous « ses propres sentiments » (Cfr. 2Cor 13.11).

Homélie pour la Solennité de la Trinité A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

Homélie Trinité A 2008 : L'amour n'est pas aimé (Jn 3, 16-18)

 


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Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 19 juin, fête de la Sainte Trinité. Évangile selon saint Jean, chapitre 3, versets 16 à 18.


« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ».

 
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La fête de la Sainte Trinité que nous célébrons aujourd’hui nous plonge dans le cœur de la révélation chrétienne. En effet, les personnes qui la constituent n’ont jamais été explicitement unies dans l’ancien Testament et la communion que Jésus nous révèle va nous inviter à vivre de cette révélation. 


La première lecture nous rappelle le nom que Dieu se donne à lui-même en passant devant Moïse sur le Sinaï : « Yahvé, la Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité ». Sa révélation concerne la découverte de ses commandements, de son pardon et de sa fidélité. L’alliance unit l’homme et Dieu par une implication mutuelle. 


L’Esprit, lui, est mentionné dès la Genèse lors de la création comme l’ordonnateur des éléments, faisant passer du chaos à l’ordre voulu par Dieu et où la vie peut prendre corps. Il agira dans le même ordre, en inspirant tant de prophètes, pour rediriger le chemin du peuple, égaré dans le chaos de cultes voisins sacrilèges, vers la bonté et la fidélité du Dieu unique.


La venue d’un envoyé, du « oint de Dieu », d’un enfant né d’une vierge apparait dans le même temps prophétique et donne l’espérance d’un nouveau Messie, d’un nouveau Moïse. 


Mais le récit biblique semble indiquer ces pistes en des figures non encore pleinement reliées entre elles. 


La venue du Christ va offrir aux hommes la pleine révélation de la communion intra trinitaire. 

L’évangile nous y introduit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans la monde, non pas pour juger le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé ». 


Ces quelques mots nous invitent à comprendre que Dieu est unité, fondé par Dieu le Père, dans le Fils par l’Esprit. Chacun agit en lui-même en une manifestation particulière qui se tient constamment au service de la plénitude de l’unité. 


Ainsi le Fils est devenu homme non de sa propre initiative, mais porté par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge ; Il est par avance aussi bien un homme véritable issu de Marie que celui qui porte l’Esprit dans tout son agir, jusqu’à la croix.


Là, où il a accompli dans l’obéissance au Père, toute sa mission, il exhale dans la mort, son Esprit. Et cet Esprit, il reçoit pouvoir d’en disposer en communion avec le Père en tant que ressuscité par la volonté du Père. 


Il insuffle alors à l’Église l’Esprit de son unité avec le Père d’abord dans le silence de la cène jusqu’aux apparitions, puis, dans l’éclatement du feu et de la tempête, audibles et visibles pour tous, à partir de la Pentecôte. 


L’Esprit, présence du Père et du Fils dans notre monde, nous offre l’unité dans notre propre vie. Dans le silence et la manifestation, il agit dans son Église. Il agit en nous, ses membres. 


Cette révélation est unique, et Dieu a choisi de passer par nous pour l’annoncer : que nos cœurs ne cessent pas de vivre et de proclamer le salut qu’accomplit la Sainte Trinité.

Messe de la Pentecôte 2011 : Homélie de Benoît XVI

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Chers frères et sœurs !


Nous célébrons aujourd’hui la grande solennité de la Pentecôte. Si, en un certain sens, toutes les solennités liturgiques de l’Eglise sont grandes, celle de la Pentecôte l’est d’une manière particulière, parce qu’elle marque, au bout de cinquante jours, l’accomplissement de l’événement de la Pâque, de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus, à travers le don de l’Esprit du Ressuscité. L’Eglise nous a préparés à la Pentecôte dans les jours précédents, à travers sa prière, avec l’invocation répétée et intense à Dieu pour obtenir une effusion renouvelée de l’Esprit Saint sur nous. L’Eglise a revécu ainsi ce qui est advenu à ses origines, lorsque les Apôtres, réunis au Cénacle de Jérusalem, « étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1, 14). Ils étaient réunis dans l’attente humble et confiante que s’accomplisse la promesse du Père qui leur avait été communiquée par Jésus : « C’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés sous peu de jours... vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous » (Ac 1, 5.8).


Dans la liturgie de la Pentecôte, au récit des Actes des Apôtres sur la naissance de l’Eglise (cf. Ac 2, 1-11), correspond le Psaume 103 que nous avons écouté, une louange de toute la création, qui exalte l’Esprit Créateur qui a fait toute chose avec sagesse : « Que tes œuvres sont nombreuses, Seigneur ! toutes avec sagesse tu les fis, la terre est remplie de ta richesse... A jamais soit la gloire du Seigneur, que le Seigneur se réjouisse en ses œuvres ! » (Ps 103, 24.31). Ce que veut nous dire l’Eglise est ceci : l’Esprit créateur de toutes les choses, et l’Esprit Saint que le Christ a fait descendre du Père sur la communauté des disciples, sont un et identique : création et rédemption s’appartiennent réciproquement et constituent, en profondeur, un unique mystère d’amour et de salut. L’Esprit Saint est avant tout Esprit Créateur et donc la Pentecôte est aussi fête de la création. Pour nous chrétiens, le monde est le fruit d’un acte d’amour de Dieu, qui a fait toute chose et duquel Il se réjouit parce que « cela est bon », « cela est très bon », comme le dit le récit de la création (cf. Gn 1, 1-31). Dieu n’est pas le totalement Autre, innommable et obscur. Dieu se révèle, il a un visage, Dieu est raison, Dieu est volonté, Dieu est amour, Dieu est beauté. La foi dans l’Esprit Créateur et la foi dans l’Esprit que le Christ Ressuscité a donné aux Apôtres et donne à chacun de nous, sont alors inséparablement liées.


La deuxième lecture et l’Evangile d’aujourd’hui nous montrent ce lien. L’Esprit Saint est Celui qui nous fait reconnaître en Christ le Seigneur, et nous fait prononcer la profession de foi de l’Eglise : « Jésus est Seigneur » (cf. 1 Co 12, 3b). Seigneur est le titre attribué à Dieu dans l’Ancien Testament, titre qui dans la lecture de la Bible prenait la place de son nom imprononçable. Le Credo de l’Eglise n’est rien d’autre que le développement de ce qui est dit à travers cette simple affirmation : « Jésus est Seigneur ». De cette profession de foi, saint Paul nous dit qu’il s’agit précisément de la parole et de l’œuvre de l’Esprit. Si nous voulons être dans l’Esprit Saint, nous devons adhérer à ce Credo. En le faisant nôtre, en l’acceptant comme notre parole, nous accédons à l’œuvre de l’Esprit Saint. L’expression « Jésus est Seigneur » peut se lire dans les deux sens. Elle signifie : Jésus est Dieu, et dans le même temps : Dieu est Jésus. L’Esprit Saint éclaire cette réciprocité : Jésus a une dignité divine et Dieu a le visage humain de Jésus. Dieu se montre en Jésus et il nous donne ainsi la vérité sur nous-mêmes. Se laisser éclairer en profondeur par cette parole, tel est l’événement de la Pentecôte. En récitant le Credo nous entrons dans le mystère de la première Pentecôte : après le désordre de Babel, de ces voix qui crient l’une contre l’autre, a lieu une transformation radicale : la multiplicité se fait unité multiforme, à travers le pouvoir unificateur de la Vérité grandit la compréhension. Dans le Credo qui nous unit de tous les coins de la Terre, qui, à travers l’Esprit Saint, fait en sorte que l’on se comprenne même dans la diversité des langues, à travers la foi, l’espérance et l’amour, se forme la nouvelle communauté de l’Eglise de Dieu.


Le passage évangélique nous offre ensuite une merveilleuse image pour éclairer le lien entre Jésus, l’Esprit Saint et le Père : l’Esprit Saint est représenté comme le souffle de Jésus Christ ressuscité (cf. Jn 20, 22). L’évangéliste Jean reprend ici une image du récit de la création, là où il est dit que Dieu souffla dans les narines de l’homme une haleine de vie (cf Gn 2, 7). Le souffle de Dieu est vie. Aujourd'hui, le Seigneur souffle dans notre âme la nouvelle haleine de vie, l’Esprit Saint, son essence la plus intime, et il l’accueille de cette manière dans la famille de Dieu. A travers le baptême et la confirmation nous est fait ce don de manière spécifique, et à travers les sacrements de l’Eucharistie et de la pénitence, il se répète continuellement : le Seigneur souffle dans notre âme une haleine de vie. Tous les sacrements, chacun à leur manière, communiquent à l’homme la vie divine, grâce à l’Esprit Saint qui œuvre en eux.


Dans la liturgie d’aujourd’hui nous saisissons encore un lien supplémentaire. L’Esprit Saint est Créateur, il est en même temps Esprit de Jésus Christ, mais de façon à ce que le Père, le Fils et l’Esprit Saint soient un seul et unique Dieu. Et à la lumière de la première Lecture nous pouvons ajouter : l’Esprit Saint anime l’Eglise. Elle ne dérive pas de la volonté humaine, de la réflexion, de l’habileté de l’homme ou de sa grande capacité d’organisation, car s’il en était ainsi, elle se serait déjà éteinte depuis longtemps, comme toute chose humaine passe. L’Eglise en revanche est le Corps du Christ, animé par l’Esprit Saint. Les images du vent et du feu, utilisées par saint Luc pour représenter la venue de l’Esprit saint (cf. Ac 2, 2-3), rappellent le Sinaï, où Dieu s’est révélé au peuple d’Israël et lui avait concédé son alliance ; « la montagne du Sinaï était toute fumante – lit-on dans le Livre de l’Exode –, parce que le Seigneur y était descendu dans le feu » (19, 18). En effet, Israël fêta le cinquantième jour après Pâques, après la commémoration de la fuite d’Egypte, comme la fête du Sinaï, la fête du Pacte. Quand saint Luc parle de langues de feu pour représenter l'Esprit Saint, on rappelle l'antique Pacte, établi sur la base de la Loi reçue par Israël sur le Sinaï. Ainsi, l’événement de la Pentecôte est représenté comme un nouveau Sinaï, comme le don d’un nouveau Pacte où l’alliance avec Israël est étendue à tous les peuples de la Terre, où tombent toutes les barrières de l’ancienne Loi et apparaît son cœur le plus saint et immuable, c’est-à-dire l’amour, que l’Esprit Saint justement communique et diffuse, l’amour qui embrasse toute chose. Dans le même temps, la Loi s’élargit, s’ouvre, tout en devenant plus simple : c’est le Nouveau Pacte, que l’Esprit « écrit » dans les cœurs de ceux qui croient dans le Christ. L’extension du Pacte à tous les peuples de la Terre est représentée par saint Luc à travers une énumération de populations considérables pour l’époque (cf. Ac 2, 9-11). A travers une chose très importante nous est ainsi communiquée que l’Eglise est catholique dès le premier moment, que son universalité n’est pas le fruit de l’agrégation successive de différentes communautés. Dès le premier instant, en effet, l’Esprit Saint l’a créée comme l’Eglise de tous les peuples ; elle embrasse le monde entier, dépasse toutes les frontières de race, de classe, de nation : elle abat toutes les barrières et unit les hommes dans la profession du Dieu un et trine. Dès le début, l’Eglise est une, catholique et apostolique : c’est sa vraie nature et elle doit être reconnue comme telle. Elle est sainte non pas grâce à la capacité de ses membres, mais parce que Dieu lui-même, avec son Esprit, la crée, la purifie et la sanctifie toujours.


Enfin l’Evangile d’aujourd’hui nous offre cette très belle expression : « Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur » (Jn 20, 20). Ces paroles sont profondément humaines. L’Ami perdu est à nouveau présent, et qui était jusque là bouleversé se réjouit. Mais celle-ci nous dit bien davantage. Parce que l’Ami perdu ne vient pas d’un lieu quelconque, mais de la nuit de la mort : et Il l’a traversée ! Il n’est plus un parmi d’autres, mais il est l’Ami et en même temps Celui qui est la Vérité qui fait vivre les hommes ; et ce qu’il donne n’est pas une joie quelconque, mais c’est la joie même, don de l’Esprit saint. Oui, il est bon de vivre parce que je suis aimé, et c’est la Vérité qui m’aime. Les disciples furent remplis de joie, en voyant le Seigneur. Aujourd’hui, à la Pentecôte, cette expression nous est destinée aussi, parce que dans la foi nous pouvons Le voir ; dans la foi Il vient parmi nous et à nous aussi Il nous montre ses mains et son côté, et nous en sommes remplis de joie. C’est pourquoi nous voulons prier : Seigneur, montre-toi ! Fais-nous le don de ta présence, et nous aurons le don le plus beau : ta joie. Amen !


© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana

Traduction : Zenit

Congrégation pour le clergé, Homélie pour la solennité de la Pentecôte Année A

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Le cinquantième jour après Pâques, les Apôtres se retrouvèrent « tous ensemble » dans le Cénacle (Cfr. Ac 2.1) pour la fête juive de la Pentecôte, lors de laquelle on faisait mémoire du don, fait à Moïse sur la montagne du Sinaï, de la Torah, la Loi de Dieu. Aucun d'entre eux ne pouvait prévoir que, précisément ce jour, le Seigneur aurait accompli la promesse faite si souvent par Jésus lui-même concernant le Paraclet, c'est-à-dire l'Esprit Saint (Cfr. Jn 14.16).

À cette lumière, ce qui attire notre attention, outre les signes prodigieux qui se produisirent dans cette pièce, c’est donc le fait que des « Juifs fervents, de toutes les nations qui sont sous le ciel » purent les entendre dire dans leurs propres langues « les merveilles de Dieu » (Ac 2,5.11).

L'Esprit Saint est, au fond, un nouveau grand don, une nouvelle Loi, que Dieu fit d'abord à ceux qui avaient persévéré jusqu'à la fin : un don de grâce, non plus destiné à un groupe ethnique mais qui, comme l'air, doit nécessairement être communiqué à toutes les créatures qui sont dans le monde, parce que si « on leur enlève le souffle : ils meurent » (Cfr. Ps 103.29).

Après ce cinquantième jour, se clarifie la signification de l’invitation pressante que le Seigneur n'a jamais cessé d’adresser à chacun de nous : « La paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20.21). Mais on comprend encore davantage comment, pour réaliser ce mandat, il est nécessaire « de recevoir l'Esprit Saint » (Cfr. Jn 20.22) qui, selon une autre comparaison, est comme l'eau : tout en restant la même, elle rend fertile la vie des disciples de Jésus, elle augmente la puissance de la spécificité de cette vie à travers une « manifestation particulière de l'Esprit en vue du bien commun » (1Cor 12.7).

Ainsi, l'adjectif « particulier » nous ramène encore au début de notre réflexion d'aujourd'hui : que signifie, pour nous aujourd'hui, « parler dans les différentes langues » et en quoi consiste la Loi nouvelle que Dieu a livrée à l'Église naissante ?

C’est encore la liturgie, le grand canal éducatif, le trésor de grâces dans les mains de l’Église elle-même, qui va éclairer ces questions.

La Loi nouvelle qui nous est remise en ce dimanche est la vie même de Dieu, qui est Amour : un amour qui n'a pas de barrières, même pas la mort, après que celle-ci ait été vaincue par le Crucifié : « Il leur montra ses mains et ses pieds » (Jn 20.20). Elle est un don qui nous porte directement dans le coeur de Dieu, et seul ce don peut nous peut donner la force nécessaire pour que « notre coeur s'allume du feu de son amour » (Cfr. Acclamation à l'Évangile).

Nous sommes donc appelés à désirer et à accueillir le don de l'Esprit Saint, parce que notre vie, avant même nos paroles, devienne un témoignage compréhensible, et donc crédible, aux yeux de nos si nombreux frères qui n'ont pas encore expérimenté la joie d'être chrétiens, afin que dans la Pentecôte renouvelée, eux aussi « stupéfaits et émerveillés » puissent en arriver à dire : « Nous les entendons proclamer les merveilles de Dieu » (Ac 2,7.11).

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