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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a (2007-2008)

La Samaritaine: Vous tous qui avez soif, venez boire à la source du baptême - Homélie 3° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
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   Après le désert, la faim et ses tentations, après la Montagne et la contemplation de la Transfiguration, nous voici, en ce troisième dimanche de Carême, auprès d'un puits. Il est midi. Jésus a soif. C'est normal. La Samaritaine aussi. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'elle vient puiser de l'eau en plein soleil. Tout le monde fait cela tôt le matin, ou en fin de journée, lorsque le soleil se fait moins ardent.

    De quelle soif s'agit-il ? D'une soif d'eau, bien sûr. Mais tout l'art de saint Jean consiste à suggérer, au-delà de cette soif d'eau, une autre soif : la soif d'une eau encore plus indispensable. Plus loin dans le récit, nous apprenons que cette femme, une Samaritaine, a eu une vie sentimentale plutôt tumultueuse, comme on dirait aujourd'hui. Comme tout le monde, elle avait eu soif d'être aimée. Personne n'a pu désaltérer cette soif (et elle-même n'a pu désaltérer la soif de personne). Au contraire, plus elle avançait dans sa vie, plus elle faisait l'expérience de ce manque d'amour. Alors que le milieu de l'époque ne tolérait tout au plus que trois mariages successifs, elle avait passé dans les bras de six hommes diférents, et elle en était restée de plus en plus frustrée. Jésus va lui révéler quelle est l'eau capable de désaltérer sa soif fondamentale et qu'aucun homme ne pourra lui donner, cette eau qu'elle n'avait même pas eu idée de demander : c'est le don de Dieu.

    Mais il y a ici plus qu'une simple question de morale conjugale et sexuelle. Par un détour inattendu, le dialogue prend subitement une autre tournure, qui rejoint d'une autre manière l'attente secrète de cette femme. Du fait que Jésus lui a dévoilé son comportement répréhensible, alors qu'il ne la connaissait pas, cette femme voit en lui un prophète. C'est pourquoi, elle lui soumet spontanément une question religieuse, à première vue sans aucun rapport avec sa vie sentimentale. Pourtant le désordre sexuel de cette femme va évoquer l'infidélité religieuse du peuple des Samaritains tout entier. Ses aventures conjugales (et extra-conjugales) évoquent l'infidélité religieuse des Samaritains. Les cinq maris correspondent aux cinq divinités introduites en Samarie après la conquête des Assyriens en 721. Dans la Bible, la compromission avec les cultes païens en abandonnant la foi au Dieu unique et un revient à vivre dans l'adultère. En invitant la femme à "appeler" son mari, Jésus la provoque à invoquer de nouveau le vrai Dieu. En lui répondant : "Je n'ai pas de mari", la femme avoue donc son a-théisme. Elle est sans Dieu, comme elle est sans mari, et le dieu qu'elle adore n'est pas son Dieu. La Samarie n'a pas de mari. C'est le peuple juif que Dieu a épousé. C'est avec ce peuple qu'il a fait alliance.

    La soif de la femme n'était donc pas seulement matérielle, ni même simplement sentimentale, mais spirituelle. Jésus ne fait que l'aider à exprimer cette soif-là, en l'invitant ensuite, elle et son peuple, à passer d'un culte païen lié à un endroit, aussi vénérable qu'il soit, à l'adoration du Père en esprit et vérité, en esprit parce qu'en vérité. En d'autres mots, une adoration n'est authentique que si elle est produite par l'Esprit Saint qui dit la Vérité du Christ. C'est donc une adoration trinitaire.

    L'eau vive et l'adoration du Père ne sont donc pas des réalités différentes. L'eau vive symbolise la révélation de Jésus et, tout autant, de l'Esprit Saint. La véritable adoration est le fruit de cette révélation. Voilà le don que nous recevons au baptême. Ce que Dieu attend, ce que le Père cherche en ceux qui sont baptisés, c'est la louange et l'action de grâce, non pas seulement en paroles, en certains endroits et à certains moments, mais dans notre vie tout entière, toujours et partout. En recevant la révélation du Dieu unique et un, adoré en esprit et vérité, comment encore vivre dès lors dans les désordres moraux de toute sorte ?

    La séparation entre la foi (le dogme) et la morale, entre les vertus théologales et les vertus morales, est toujours fallacieuse, une sorte de schizophrénie. La foi catholique sans morale serait comme une âme sans corps ; une morale sans dogme comme un corps sans âme. La morale chrétienne ne se réduit pas à un ensemble de règles déduites de quelques principes abstraits, plus ou moins communément admis, mais toujours négociable. La morale chrétienne, c'est le chemin pour connaître Dieu, pour comprendre quelles sont ses vues sur l'homme, et pour comprendre comment les hommes doivent être à la gloire de Dieu, selon ce qu'écrit saint Paul aux Romains (12, 1) :

Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable.

    À la fin de son dialogue avec Jésus, ce n'est pas avec une simple formule de circonstance que la femme exprime sa foi nouvelle. C'est en laissant la cruche qui lui servait pour puiser l'eau du puits de Jacob, puisqu'elle n'en avait plus besoin (4, 15). La cruche dit, sans paroles, que la Samaritaine ne compte plus que sur la promesse de Jésus, qu'elle s'en remet totalement à lui.

    C'est par une vie droite, fondée sur une confiance absolue en Jésus, que nous aussi, nous proclamerons aux autres quelle est notre foi.

    Saint Paul, après avoir expliqué ce qu'est l'adoration véritable, précise :

Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. (Rm 12, 2)

    Par son exemple et son enseignement, Jésus nous montre aussi qu'agir ainsi, c'est en même temps pour nous une nourriture, une nourriture que nous ne connaissons pas, mais que nous devons apprendre à connaître :

Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre.

    La foi de notre baptême, c'est une foi droite qui agit de manière droite. Saint Paul, en se présentant comme Apôtre de Jésus Christ, affirme qu'il est "chargé de conduire ceux que Dieu a choisis vers la foi et la connaissance de la vérité dans une religion vécue" (Tt 1, 1).

    Je voudrais terminer en citant un passage d'un livre du chanoine Lallement, intitulé "Vivre en chrétiens dans notre temps" :

On n'a pas compris ce qu'est le christianisme - et donc pas non plus ce qu'est la morale chrétienne - tant que l'on pense plus ou moins confusément qu'être chrétien, c'est seulement, ou principalement, une certaine manière de vivre avec Jésus une vie de la terre. Vivre avec Jésus une vie d'homme sur la terre, cela même n'est vraiment compris que si l'on sait que le Christ est venu nous ouvrir à une vie proprement divine, ou pour employer un langage précis : à une vie théologale. (...)

Les Chrétiens les plus simples, qui ont vraiment un sens surnaturel par l'action de l'Esprit-Saint, même s'ils n'ont pas de formation théologique, savent que vivre avec Jésus, vivre de la grâce de Jésus, c'est surtout une certaine intimité avec le Père des cieux, notre Père. Ces chrétiens sont conduits pas l'Esprit de charité théologale dans le détail de leur vie humaine personnelle et sociale. Et c'est ainsi que vitalement ils pratiquent avec amour, avec divin amour, la morale chrétienne. C'est infiniment autre chose qu'un certain conformisme à des règles de convenance, à des habitudes d'un certain milieu.

À la condition qu'il y ait toujours ce même simple amour filial, cette charité se nourrit mieux encore cependant d'une connaissance plus approfondie de la Révélation, connaissance que donne une vraie théologie. Alors nous discernons que l'intention de Dieu pour l'homme est ceci : faire partager sa propre vie divine, le propre bonheur éternel, divin, des Personnes de la Sainte-Trinité, par des personnes qui sont aux prises avec toutes les difficultés, toutes les contingences de la matière.

    C'est cela, je crois, qui est admirablement résumé dans la préface de ce jour et que je vous invite à retenir :

En demandant à la Samaritaine de lui donner à boire, Jésus faisait à cette femme le don de la foi. Il avait un si grand désir d'éveiller la foi dans son coeur, qu'il fit naître en elle l'amour même de Dieu.

Puisse ce désir de Jésus se réaliser aussi en chacun(e) de nous. Amen.






Les Béatitudes: portrait fidèle de Jésus, programme révolutionnaire de l'Église - Homélie 4ème dimanche du T.O. A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
undefined    Dans les chapitres 1 et 2 saint Matthieu nous a présenté Jésus comme Messie et Nouvel Israël. Les chapitres 3 et 4 nous ont montré son investiture messianique lors de son baptême comme accomplissement de l'attente du peuple, mais en contradiction avec ses conceptions du Messie. Nous abordons aujourd'hui le "Discours sur la montagne" qui occupe les chapitres 5 à 7 dans l'Évangile de saint Matthieu.

    Saint Matthieu, dans le but spécifique qu'il s'est fixé en rédigeant son évangile, et dont nous avons parlé dimanche dernier, a composé ce discours à partir d'éléments divers, dont nous retrouvons des éléments chez saint Marc et saint Luc. Mais l'essentiel, l'originalité de saint Matthieu, se manifeste surtout par sa façon de structurer ces éléments.

    Une première partie, celle que constitue l'évangile de ce dimanche (5, 3-16), est appelée "les Béatitudes". Elles sont présentées par l'évangéliste comme accomplissement de la Loi. Lui seul fait parler Jésus "sur la montagne". C'est une évocation du don de la Loi sur la montagne du Sinaï (cf. Ex 24, 1-2.9). Benoît XVI (Jésus de Nazareth p. 91) nous exhorte à ne pas écouter ceux qui voudraient présenter les Béatitudes comme l'antithèse - et donc l'abolition - du Décalogue, alors qu'elles en constituent l'accomplissement.

    L'auditoire comprend "les foules", qui reparaîtront à la fin du discours (7, 28), et "ses disciples", terme que saint Matthieu emploie ici pour la première fois dans son évangile. Nous pouvons y voir en filigrane l'image des premières communautés chrétiennes après la Pentecôte, groupant à la fois les disciples (les néophytes), les catéchumènes et la foule des païens qui étaient venus pour écouter la proclamation de la Parole par le chef de la communauté chrétienne.

    Une deuxième partie, le corps du discours (5, 17 - 7, 12), est un long développement sur "la justice du Royaume des cieux" dont la révélation est faite dans la personne de Jésus. Lui, l'accomplissement, situe l'homme en vérité devant le Père et devant ses frères, et manifeste les exigences de l'engagement auquel il nous invite.

    Une troisième partie, la conclusion du discours (7, 13-27), se présente comme une invitation pressante à prendre une décision qui doit prendre corps dans la vie et qui se vérifie à la valeur des fruits et à la solidité des fondements.

    Ce survol rapide nous permet de comprendre l'importance révolutionnaire des Béatitudes qui révèlent une dimension de la vie perceptible seulement au regard de la foi. Rien à voir avec un "idéal utopique" qui pousse à vivre dans les nuages de l'abstraction ou dans les tranchées de la résignation. Benoît XVI présente les Béatitudes comme un portrait de Jésus (Jésus de Nazareth, p. 95), de Jésus, le Verbe incarné. Le Père Verlinde commente, lui aussi :

 
Lorsque Nietzsche caricature le christianisme comme "la religion du ressentiment des pauvres" - entendons : de ceux qui ne peuvent pas s’imposer dans ce monde-ci, et se convainquent que le bonheur les attend dans un autre - il a oublié de lire l’Évangile jusqu’au bout : car c’est à la lumière de la passion de Jésus que les Béatitudes prennent tout leur sens. C’est là que Notre-Seigneur nous révèle en quoi consiste la véritable pauvreté, douceur, compassion, miséricorde, justice, pureté de cœur, patience. Celui qui lit les Béatitudes à la lumière de la Croix, découvre que loin d’être l’éloge d'une tranquillité passive et béate, elles appellent à un engagement radical, concret, exigeant, ardu, proposé pourtant comme chemin de bonheur ; mais d’un bonheur vécu à contre-courant ce la mentalité dominante.

    Les Béatitudes sont bien plutôt un engagement à contribuer à faire advenir le Royaume de la libération et de la réconciliation proclamé par Jésus, et cela, au mépris de sa propre vie et en payant de sa personne. Quarante jours après la naissance de Jésus, ses parents s'en vont au Temple de Jérusalem, en offrant non seulement le sacrifice prescrit ("un couple de tourterelles ou deux petites colombes") mais leurs propres personnes en union avec leur Fils. Par le baptême nous sommes nous aussi consacrés pour faire de notre vie une offrande agréable à Dieu. Ne prétextons pas de notre pauvreté, car ce sont les riches qui s'excusent de ne pas donner. Les pauvres trouvent toujours moyen de donner (cf. 1e et 2e lect.).

    Les Béatitudes proposent donc une exigence d'engagement. À chacun de trouver les modalités concrètes, sachant que l'initiative revient à Dieu qui donne la force pour cela. Mais elles ne se réduisent pas non plus à un effort humain d'ordre politique ou social, comme si l'avènement du Royaume dépendait de nos propres forces.  La solidarité humaine qui nous pousse à construire un monde plus juste, une paix véritable, se fonde essentiellement sur une fraternité qui a son origine dans la paternité universelle de Dieu et qui nous est donnée à vivre par Jésus en Église, dans une Église persécutée, oui, mais dans une Église heureuse d'être la famille de Dieu sur terre. Si donc, les Béatitudes sont le portrait de Jésus, elles sont aussi le programme de l'Église et de chaque chrétien.

 
Si donc, les Béatitudes sont le portrait de Jésus, elles sont aussi le programme de l'Église et de chaque chrétien.

Si donc, les Béatitudes sont le portrait de Jésus, elles sont aussi le programme de l'Église et de chaque chrétien.

Nous laisser conduire de nos ténèbres à la lumière - Homélie 3° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
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    Nous retrouvons à partir de ce dimanche la lecture de l'Évangile de saint Matthieu. Arrêtons-nous donc un instant pour nous rappeler des choses fondamentales qu'il est indispensable d'avoir en mémoire pour bien comprendre cet évangile. Écoutons ce que nous en dit un exégète averti, le cardinal Martini (Bible et vocation, p. 109 ss.) :
L'Église a toujours considéré la vocation chrétienne comme une suite d'initiations au mystère chrétien : initiations qui s'étendent depuis un point de départ jusqu'à un point d'arrivée, en franchissant des étapes intermédiaires. À mon avis, tout cela est très bien exprimé dans les quatre évangiles considérés comme "manuels" pour ces différents moments ou étapes de l'initiation chrétienne.


    Jésus dit que "le sabbat a été fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat" (Mc 2, 27). Nous pourrions dire la même chose des évangiles : les évangiles ont été faits pour l'homme et non pas l'homme pour les évangiles ! Et c'est pour cela qu'il y en a quatre, parce que cela correspond à un besoin humain. Écoutons encore le cardinal Martini :

Nous pouvons retrouver dans le mystère chrétien quatre étapes d'une ascèse, étapes qui se rattachent facilement aux quatre évangiles. La première étape est celle du catéchuménat qu'on peut mettre en relation avec l'évangile de Marc, ou évangile de l' "initiation catéchuménale". La deuxième étape est celle de l' "illumination" (retenez bien ce mot !) ou du baptême, en relation avec l'évangile de Matthieu ou "évangile de l'Église", parce qu'il contient tout ce qui est nécessaire pour insérer le nouveau baptisé dans la communauté. La troisième étape est celle de l' "évangélisation" ou du témoignage, en relation à l'évangile de Luc et aux Actes des Apôtres, dans lesquels est contenu tout ce qui contribue à la formation de l'évangélisateur. La quatrième étape est celle du "sacerdoce" ou du "christianisme adulte", en relation à l'évangile de Jean parce que celui-ci contient ce qui peut éduquer à la maturité de la foi, au "sacerdoce" chrétien. (pour l'Évangile de Jean cf. Cardinal Martini, Voici votre roi.)


    L'Évangile de saint Marc est le plus ancien, et a donc été utilisé dès le début pour annoncer le Christ aux non-croyants, pour les acheminer vers la conversion et le baptême. Il fait comprendre aux catéchumènes quel chemin ils sont appelés à faire. C'est le manuel de la préparation au baptême. C'est aussi ce manuel que nous devons sans cesse reprendre pour ne pas tomber dans la routine, pour ne pas nous contenter d'une connaissance superficielle du mystère chrétien, pour une "nouvelle évangélisation", comme on dit aujourd'hui. L'évangélisation de ceux qui sont déjà baptisés, mais qui ne vivent pas leur baptême, parce qu'ils sont tombés dans la routine, est une tâche très importante pour l'Église aujourd'hui.

    Cette première étape est exigeante, mais la deuxième ne l'est certainement pas moins (cf. deuxième lect.), et toujours à remettre en chantier aussi. C'est pour nous aider à la parcourir que nous est donné l'évangile de saint Matthieu, qui est l'"Évangile de l'Église".

L'évangile de Matthieu aide le catéchiste à donner au nouveau baptisé une connaissance ordonnée, systématique et organique du mystère chrétien. Il offre au nouveau baptisé toute l'instruction nécessaire pour sa pleine insertion dans la communauté. (Martini)


    Pour comprendre, il suffit de lire la finale de cet évangile :

Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. (Mt 28, 19-20)


    Ce qui est demandé au catéchumène, c'est principalement de reconnaître Dieu dans la personne de Jésus. Ce qui est demandé au néophyte, c'est de reconnaître la personne de Jésus dans l'Église. Combien y a-t-il de baptisés qui n'ont jamais fait ce pas, ou qui ne le font que timidement, avec bien des hésitations. Voilà donc "la sauce" à laquelle nous allons être mangés durant cette année A du cycle liturgique, qui revient tous les trois ans. Et nous en avons bien besoin !

Le Christ est la Lumière des nations ; aussi, en annonçant l'Évangile à toute créature (cf. Mc 16, 15), le saint Concile réuni dans l'Esprit-Saint désire-t-il ardemment illuminer tous les hommes de la lumière du Christ qui resplendit sur le visage de l'Église.


    Vous avez reconnu là une affirmation que j'ai déjà citée et que vous avez donc pu reconnaître assez facilement : c'est le début de la constitution dogmatique sur l'Église du Concile Vatican II (Lumen gentium). Ce désir de l'Esprit, c'est un ordre pour l'Église :

Ce devoir, les conditions actuelles l'imposent à l'Église avec une urgence accrue : il importe en effet que la communauté humaine, toujours plus étroitement unifiée par de multiples liens sociaux, techniques, culturels, puisse atteindre également sa pleine unité dans le Christ.


    Il y a les États-Unis d'Amérique, les Nations Unies, l'Union Européenne. Et que dire de l'Internet (la toile mondiale) ? ...

    Un peu plus loin (n. 2) le Concile affirme :

Par une disposition tout à fait libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté, le Père éternel a créé l'univers. Il a voulu élever les hommes jusqu'au partage de la vie divine. Et une fois qu'ils eurent péché en Adam, il ne les abandonna pas ; sans cesse il leur offrit des secours pour leur salut en considération du Christ rédempteur, "qui est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature" (Col. 1, 15).


    Voilà, si l'on suit l'analyse du Cardinal Martini, le propos de l'Évangile de saint Marc. Voici celui de saint Matthieu (c'est la suite de la constitution conciliaire) :

D'autre part, ceux qu'il a choisis, le Père avant tous les siècles les "a d'avance connus et prédestinés à reproduire l'image de son Fils, pour que celui-ci soit le premier-né d'un grand nombre de frères" (Rom. 8, 29). Et ceux qui ont foi dans le Christ, il a voulu les rassembler en la sainte Église qui, préfigurée dès l'origine du monde, admirablement préparée dans l'histoire du peuple d'Israël et l'ancienne Alliance, établie en ces temps qui sont les derniers, a été manifestée par l'effusion de l'Esprit et sera glorieusement achevée à la fin des siècles. Alors seulement, comme on peut le lire dans les saints Pères, tous les justes depuis Adam, "depuis le juste Abel jusqu'au dernier élu" seront rassemblés auprès du Père dans l'Église universelle.

    Ce passage du Concile est, me semble-t-il, un très beau commentaire de l'évangile que nous venons d'entendre, et notamment du verset qui est une citation du Livre d'Isaïe que nous avons entendu dans la première lecture :

Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée.


    Cette lumière, dit le Concile, c'est "la lumière du Christ", mais elle "resplendit sur le visage de l'Église", dont l'Esprit Saint désire "illuminer tous les hommes" (le "pays de Zabulon et de Nephtali ... le carrefour des païens).

    Un soir, ou plutôt une nuit, j'avais laissé un commentaire sur un blog français, dont l'auteur était en train de dormir (décalage horaire !), mais qui, avant de s'endormir, avait souhaité une bonne nuit à tous ces lecteurs. Dans mon commentaire j'écrivais que je lui envoyais mon ange pour aider le sien à la garder sur tous ses chemins. Ce matin, en me réveillant, je me suis aperçu que la personne avait posté une réponse sur l'un de mes blogs :

Je voulais juste vous dire pour qu'il n'y ait pas de rejet ou méprise de votre part que je suis athée et de façon irrévocable ce qui ne m'empêche nullement de vous lire et d'avoir un profond respect pour la religion et ceux ou celles qui ont la foi.


    "Athée" ... "de façon irrévocable" ... Nous nous trouvons bien au carrefour des païens d'aujourd'hui...

    Eh bien, que voyons-nous dans la suite du passage de l'évangile ? Saint Matthieu nous y résume non seulement l'activité missionnaire de Jésus, mais il nous montre Jésus appelant à lui ses premiers disciples. En fait, ils ne sont pas encore appelés "disciples". Jésus leur demande seulement de venir derrière lui, mais en ajoutant qu'il fera d'eux des pêcheurs d'hommes, des pêcheurs de païens. D'emblée, Jésus les associe à sa mission.

    La façon dont saint Matthieu nous présente la scène est une façon d'affirmer que la communauté chrétienne pour laquelle il écrit, aux confins de la Syrie et de la Palestine, s'origine dans la prédication de Jésus, et dans nulle autre, et qu'écouter cette prédication engage à faire du Royaume la préoccupation essentielle. Le Royaume, c'est Jésus qui nous libère, qui nous invite à quitter le tout de notre vie quotidienne pour qu'il puisse la transfigurer.

Commencer à le suivre, c'est venir lui présenter nos maladies, nos tourments, nos aliénations, nos paralysies, afin qu'il les guérisse. N'est-ce pas dans cette situation concrète que la célébration eucharistique, chaque dimanche, nous rassemble ? Savons-nous discerner l'absolu du Royaume et nous laisser conduire de nos ténèbres à la lumière ? (Jean Radermakers)
Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.

Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.

Marie, étoile de l'espérance (Mt 2, 1-12) - Homélie Épiphanie

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
Aucune autre étoile ne peut faire ce que fait Jésus :  tout en demeurant la "gloire d'Israël", il est la lumière qui éclaire toutes les nations et toutes les générations.

Aucune autre étoile ne peut faire ce que fait Jésus :  tout en demeurant la "gloire d'Israël", il est la lumière qui éclaire toutes les nations et toutes les générations.

    Vivre sous une bonne étoile, dormir à la belle étoile, voir des étoiles, voir dans les étoiles, suivre son étoile  ... : voilà autant d'expressions françaises qui sont entrées dans le langage courant. Nous parlons aussi des étoiles du cinéma, du sport. On les appelle plus souvent des stars. Il y a des danseurs ou des danseuses étoile. Peut-être ne manquez-vous jamais une émission de la Star Academy (Star Ac pour les intimes) pour assister à la naissance de nouvelles étoiles.

    Dans l'évangile de l'Épiphanie, c'est aussi une étoile naissante qui conduit les mages au Messie :
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui,
disent les mages venus d'Orient à Hérode lors de leur arrivée à Jérusalem.

    Attention ! Ne confondons pas tout : ce n'est pas un horoscope qu’auraient tiré les mages qui les a incités à partir. Le Christ n'est pas déterminé par l'étoile. Il est le Créateur du ciel et de la Terre et il utilise les évènements et les hommes, ici les mages, pour se révéler à nous :
Un astre brille dans le ciel. Alors est détruite toute magie et l’ignorance dissipée ... Les mages n'hésitent pas à quitter leurs idoles pour adorer l’auteur des étoiles. (Saint Ignace d'Antioche)
    Ils vont même jusqu'à tout quitter, comme Abraham, sans savoir où ils vont.

    Tout à la fin de la Bible, dans le dernier chapitre de l'Apocalypse, mot qui veut dire "Révélation", Jésus se présente lui-même sous le signe de l'Étoile :
Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Je suis le descendant, le rejeton de David, l’Étoile resplendissante du matin. (22, 16)

    Dans la première lecture (livre d'Isaïe) déjà, la lumière de cette étoile est aperçue de loin, attirant vers elle ceux qui vivent dans les ténèbres.
Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi. Regarde : l'obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.

    Dans l'évangile, d'autres prophéties viendront préciser : celle de Zacharie, peu de temps avant l'apparition de l'étoile, lors de la naissance de Jean Baptiste :
Telle est la tendresse du coeur de notre Dieu : grâce à elle, du haut des cieux, un astre est venu nous visiter ; il est apparu à ceux qui demeuraient dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, pour guider nos pas sur le chemin de la paix.
    Puis vient celle de Siméon lors de la Présentation au Temple :
Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël, ton peuple.

    Aucune autre étoile ne peut faire ce que fait Jésus :  tout en demeurant la "gloire d'Israël", il est la lumière qui éclaire toutes les nations et toutes les générations. Il est, comme nous le professons dans le Credo, "lumière né de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu. C'est pourquoi le Concile Vatican II affirme, tout au début de la Constitution sur l'Église (Lumen Gentium) :
Le Christ est la Lumière des nations ; aussi, en annonçant l'Évangile à toute créature (cf. Mc 16, 15), le saint Concile réuni dans l'Esprit-Saint désire-t-il ardemment illuminer tous les hommes de la lumière du Christ qui resplendit sur le visage de l'Église.

    Mais il ajoute aussitôt :
Celle-ci (l'Église), pour sa part, est dans le Christ comme un sacrement ou, si l'on veut, un signe et un moyen d'opérer l'union intime avec Dieu et l'unité de tout le genre humain ; elle se propose donc, en suivant de près la doctrine des précédents Conciles, de faire connaître avec plus de précision à ses fidèles et au monde entier sa nature et sa mission universelle.

    Voilà toute la mission, la raison d'être de l'Église : être le signe et l'instrument dont Jésus se sert pour éclairer toute l'humanité. Il n'y a donc ni opposition ni contradiction entre "la Lumière" et les témoins de la Lumière (cf. Jn 1, 7-9). Jésus dit : "Je suis la Lumière du monde" (Jn 8, 12). C'est le même Jésus qui dit à ses disciples : "Vous êtes la lumière du monde" (Mt 5, 14). C'est pour cela que nous avons été baptisés et confirmés. C'est pour cela que nous sommes rassemblés pour l'eucharistie chaque dimanche : pour être des étoiles dans la nuit de ce monde, pour montrer à tous ceux qui sont dans les ténèbres de l'erreur le chemin vers le Christ.

    Saint Paul (cf. 2° lect.) a été l'un de ces témoins hors pair que le Seigneur a suscité au commencement de l'Église pour éclairer les nations. Mais encore bien plus que lui et obéissant à une vocation unique, il y a, dans l'Église, et comme son modèle, la Vierge Marie, appelée, elle aussi, dans les litanies, "étoile du matin". En conclusion de la constitution Lumen Gentium, le même Concile affirme que :
sur cette terre, jusqu'à ce que vienne le jour du Seigneur (cf. 2 P 3, 10), elle brille, devant le Peuple de Dieu en marche, comme un signe d'espérance certaine et de consolation.

    C'est pourquoi,
Quand l'Église considère le rôle de la Vierge Marie dans l'histoire du salut, elle l'appelle souvent "notre espérance" ou "mère de l'espérance" : elle se dit "heureuse de la nativité de la Vierge Marie qui fit lever sur le monde l'espérance et l'aurore du salut" (PC du 8 septembre) ; dans le mystère de l'Assomption, elle évoque, en reprenant presque à la lettre les termes déjà cités de Lumen Gentium la Vierge Marie qui "guide et soutient l'espérance de ton peuple en chemin" (Pf) ; dans la messe votive en l'honneur de le Marie, mère de l'Église, elle chante Marie, "élevée dans la gloire du ciel, (qui) accompagne et protège l'Église (...) dans sa marche vers la patrie". (Messes en l'honneur de la Vierge Marie, n° 37, Sainte Marie, mère de l'espérance)

    Quoi d'étonnant si Benoît XVI termine lui aussi son encyclique sur l'espérance, Spe salvi, en évoquant et en priant la Vierge Marie, "étoile de l'espérance" et qui est donc aussi l'étoile de l'évangélisation.

N.B. 1 : Demain et après-demain je mettrai en ligne sur ce blog les deux paragraphes de l'encyclique évoqués dans cette homélie.

N.B. 2 : Pour mieux "coller" au mystère de l'Épiphanie, j'ai volontairement sauté un passage important de l'encyclique Spe salvi. J'y reviendrai au moment opportun.

Respirez ! Espérez ! Enfantez ! - Homélie 4° dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
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    Le Père Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, dans une homélie, dit que l'on pourrait appeler ce dimanche le "Dimanche des naissances". En effet, dans les trois lectures de ce jour il est question d'enfantement, de naissance, d'origine. Puis il pose la question : pourquoi en Italie (et dans tant d'autres pays) y a-t-il si peu de naissances, si peu d'enfants ? On pourrait ajouter : et tant d'avortements ? La raison principale n'est certainement pas d'ordre économique :
Sinon, les naissances devraient augmenter à mesure que l'on se rapproche des couches plus aisées de la société, ou à mesure que l'on remonte du sud vers le nord du monde, alors que nous savons que c'est exactement le contraire.

    La vraie raison, estime le prédicateur, est plus profonde.
C'est le manque d'espérance, avec ce que cela comporte : confiance dans l'avenir, élan vital, créativité, poésie et joie de vivre. Si se marier est toujours un acte de foi, mettre au monde un enfant est toujours un acte d'espérance. Rien ne se fait dans le monde sans espérance. Nous avons besoin de l'espérance comme nous avons besoin de l'oxygène pour respirer.

    "Spe salvi" : voilà donc le ballon d'oxygène dont le monde a tant besoin ! Depuis le début de l'Avent, pendant trois dimanches de suite, nous avons ainsi pu réapprendre à respirer. En ce quatrième et dernier dimanche, il nous faut maintenant passer aux premiers exercices pratiques. Benoît XVI va donc nous montrer les lieux d'apprentissage et d'exercice de l'espérance. Suivez le guide !

    Première salle d'exercices : la salle de la prière. Nous y faisons connaissance du Cardinal Nguyên Van Thuan, qui a obtenu son diplôme de prière dans les prisons du Vietnam. En 1975, il est nommé par le Saint-Siège archevêque coadjuteur du diocèse de Saigon. Sa nomination est refusée par le nouveau pouvoir qui, le 15 août 1975, le convoque au palais de l’indépendance. Il est placé en résidence surveillée, puis interné pendant plus de treize ans : en 1976, le cachot de la prison de Phu Khanh, puis le camp de rééducation de Vinh Phu au Nord Vietnam, la résidence surveillée dans la petite chrétienté de Giang Xa, et enfin les locaux de la Sûreté de Hanoi. Lorsque son internement prend fin le 21 novembre 1988, il est assigné à résidence dans les bâtiments de l’archevêché de Hanoi. Lors d’un séjour à Rome en septembre 1991, il apprend que le gouvernement ne souhaite pas son retour au pays. C'est en 1994 que Mgr Van Thuân a été appelé à Rome par Jean-Paul II, qui l'a alors nommé vice-président de la Conseil pontifical "Justice et Paix".
De ses treize années de prison, dont neuf en isolement, l'inoubliable Cardinal Nguyên Van Thuan nous a laissé un précieux petit livre : Prières d'espérance. Durant treize années de prison, dans une situation de désespoir apparemment total, l'écoute de Dieu, le fait de pouvoir lui parler, devint pour lui une force croissante d'espérance qui, après sa libération, lui a permis de devenir pour les hommes, dans le monde entier, un témoin de l'espérance – de la grande espérance qui ne passe pas, même dans les nuits de la solitude. (Spes salvi, n° 32)

    La prière, la vraie, agit comme un décapant. Elle nous purifie de tous nos péchés, même de ceux qui nous échappent.
"Qui peut discerner ses erreurs ? Purifie-moi de celles qui m'échappent", prie le Psalmiste (18 [19], 13).

    Comment peut-on se confesser une fois ou deux par an, et après avoir dit au prêtre un ou deux péchés, terminer en disant : "C'est tout !" Que penser alors de tous ceux qui ne se confessent jamais, mais qui vont communier en masse à Noël et à une ou deux autres occasions dans l'année ? Comment peut-on dire qu'on n'a pas de péchés "parce qu'on prie tout le temps" ? Quand nous prions en vérité - non pas comme le pharisien mais comme le publicain de la parabole - Dieu éclaire notre conscience et nous montre nos péchés.

    L'ange dit à Joseph :
(Ton épouse) mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

    Sommes-nous convaincus que nous avons radicalement besoin d'être sauvés quand nous allons nous confesser ?
La non-reconnaissance de la faute, l'illusion d'innocence ne me justifient pas et ne me sauvent pas, parce que l'engourdissement de la conscience, l'incapacité de reconnaître le mal comme tel en moi, telle est ma faute. (n° 33)

    Quel est le Dieu en face de qui nous nous mettons en confessant nos péchés ?
S'il n'y a pas de Dieu, je dois peut-être me réfugier dans de tels mensonges, parce qu'il n'y a personne qui puisse me pardonner, personne qui soit la mesure véritable. Au contraire, la rencontre avec Dieu réveille ma conscience parce qu'elle ne me fournit plus d'auto-justification, qu'elle n'est plus une influence de moi-même et de mes contemporains qui me conditionnent, mais qu'elle devient capacité d'écoute du Bien lui-même. (ibid.)

    "Dans la nuit tous les chats sont gris", dit le proverbe. Par la prière nous quittons nos ténèbres et nous allons vers la lumière. Dans cette lumière, par l'action de l'Esprit Saint, nous découvrons progressivement combien nous sommes pécheurs et combien nous avons besoin de la miséricorde de Dieu. Nous savons alors que les péchés que nous confessions auparavant de manière routinière ne sont en réalité que la pointe de l'iceberg. Si, à ce moment-là, le Seigneur ne venait pas à notre secours en nous montrant sa miséricorde, nous serions morts de frayeur. Tous !

    La première raison pour laquelle nos supposées prières ne font que nous bercer dans notre bonne conscience illusoire est qu'elles ne sont pas l'expression d'une rencontre vivante avec Dieu qui nous parle, qui nous invite à un dialogue amoureux et qui nous ouvre des horizons que nous n'avions jamais soupçonnés auparavant. C'est là que nous prenons vite conscience des limites de nos soi-disant vertus.

    Une deuxième raison est que notre prière, telle une petite flamme, n'est pas assez alimentée par le grand feu de la prière liturgique de l'Église, de la prière des saints :
Dans son livre d'Exercices spirituels, le Cardinal Nguyên Van Thuan a raconté comment dans sa vie il y avait eu de longues périodes d'incapacité de prier et comment il s'était accroché aux paroles de la prière de l'Église : au Notre Père, à l'Ave Maria et aux prières de la liturgie. Dans la prière, il doit toujours y avoir une association entre prière publique et prière personnelle. Ainsi nous pouvons parler à Dieu, ainsi Dieu nous parle. De cette façon se réalisent en nous les purifications grâce auxquelles nous devenons capables de Dieu et aptes au service des hommes. Ainsi, nous devenons capables de la grande espérance et nous devenons ministres de l'espérance pour les autres... (n° 34)
    Dans un autre livre (J'ai suivi Jésus ... un évêque témoigne, Médiaspaul 1997, p. 40), le Cardinal écrit :
Quand j’ai été arrêté, j’ai dû m’en aller tout de suite, les mains vides. Le lendemain on me permit d’écrire pour demander les choses les plus nécessaires : vêtements, dentifrice … J’ai écrit à mon destinataire : "S’il vous plaît, pouvez-vous m’envoyer un peu de vin comme médicament contre les maux d’estomac ?" Les fidèles comprirent ce que cela voulait dire et ils m’envoyèrent une petite bouteille de vin pour la messe avec l’étiquette "Médicament contre les maux d’estomac" et des hosties dans un flacon étanche. Je ne pourrai jamais exprimer ma grande joie : chaque jour, avec trois gouttes de vin et une goutte d’eau dans le creux de ma main, je célèbre la messe.
    Écoutez aussi le Père Nicolas Buttet, fondateur de la communauté Eucharistein, en Suisse. C'était en 2006 :
Je rentre d’un pèlerinage d’un mois en Chine et au Tibet. J’ai eu l’occasion de rencontrer des communautés catholiques privées de prêtres, privées d’Eucharistie pendant des mois, des années pour certaines paroisses. J’étais bouleversé par leur faim et leur soif de Jésus-Eucharistie. Je me souviens de cette messe célébrée dans ce petit village du Tibet. J’avais informé une seule personne que j’étais prêtre et que je pouvais célébrer la messe le soir. 120 personnes sont venues pour y participer ! Elles ont attendu 2 heures que les négociations avec les autorités se terminent pour obtenir l’autorisation de célébrer. C’est vers 10h.00 du soir que nous avons pu commencer la célébration qui a duré plus d’une heure et demi. Tous étaient présents, dans la joie des chants, la ferveur du mystère.

    Vous comprenez maintenant que l'exercice de la prière est un exercice risqué. Il nous révèle les péchés qui nous échappent ; il nous sort du petit individualisme étroit dans lequel nous nous complaisions ; il nous met en face de notre pauvreté, de notre faim essentielle ... Mais tout cela pour nous pousser dans les bras de Dieu, pour que, libérés de nos illusions, nous jetions en lui l'ancre de notre espérance :
Pour notre âme, cette espérance est sûre et solide comme une ancre fixée au-delà du rideau du Temple, dans le Sanctuaire même. (He 6, 19)
 
    Conclusion : Respirez ! Espérez ! Enfantez !

Espérer un bonheur sans fin et pour tous - Homélie 3° dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

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    Les lectures que l'Église nous fait entendre dimanche après dimanche ne sont pas choisies au hasard, par tirage au sort. Surtout entre la première et celle de l'évangile, il y a toujours une relation étroite. Pour l'évangile de saint Matthieu, il n'est pas bien difficile de s'en apercevoir. Il fait souvent des allusions à l'Ancien Testament. Dans le passage d'aujourd'hui, Jésus dit aux disciples que Jean lui avait envoyés depuis sa prison :
 
Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.

    En Isaïe, nos avons entendu :
 
Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds.
Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie.
 
    Ce qui est annoncé par le prophète se réalise dans la personne de Jésus. L'Ancien Testament est le temps des promesses, le Nouveau celui de l'accomplissement.

    Dieu nous promet "un bonheur sans fin". Très bien. Le bonheur, qui ne le veut pas ? Mais voilà : ce bonheur ne nous intéresse guère. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas le bonheur que Dieu nous propose. On dit que c'est abstrait, lointain. On veut du concret, et tout de suite.

    Quelle est notre idée du bonheur ? Quand on écoute ce qui se dit dans les nouvelles, quand on regarde ce qui se passe dans l'actualité, on ne voit nulle part des chefs d'état, des hommes politiques, nous promettre "un bonheur sans fin", c'est-à-dire l'éternité auprès de Dieu. Et on ne voit nulle part des syndicats déposer des préavis de grève pour le réclamer. Ce qui nous intéresse, c'est le pouvoir d'achat (surtout en période de fin d'année !). Les commerçants, eux, le savent bien : c'est en cette péiode qu'ils font leur meilleur chiffre d'affaires de l'année. Certains revendiquent même la possiblité d'ouvrir le dimanche. Ainsi, le dimanche ne sera plus le jour "du Seigneur", mais le jour "des achats" ... et des ventes, avec notre complicité, si nous ne réagissons pas.

    Ce qui nous intéresse, en somme, ce que nous espérons, c'est le paradis sur terre. L'éternité, en comparaison, nous paraît non seulement quelque chose de lointain et de vague, mais d'ennuyeux même. C'est ce que disait Benoît XVI dans "Spe salvi" (n° 10) :


    Mais alors se fait jour la question suivante : voulons-nous vraiment cela – vivre éternellement ? Peut-être aujourd'hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable. Ils ne veulent nullement la vie éternelle, mais la vie présente, et la foi en la vie éternelle semble, dans ce but, plutôt un obstacle. Continuer à vivre éternellement – sans fin – apparaît plus comme une condamnation que comme un don. Bien sûr, on voudrait renvoyer la mort le plus loin possible. Mais vivre toujours, sans fin – en définitive, cela peut être seulement ennuyeux et en fin de compte insupportable.


    Vive la réincarnation ! Là, au moins, le menu est varié. On risque donc moins de s'ennuyer. Et puis, moyennant l'euthanasie et un peu de compassion humaine, cela permet sans trop de problèmes de mettre fin à ses jours dès qu'avec l'âge, la maladie devient trop pénalisante, pour pouvoir recommencer en pleine forme dans une autre. Pourquoi n'y a-t-on pas pensé avant ? J'exagère à peine.

    Un peu plus loin (n° 11), Benoît XVI écrit :

 
Il y a clairement une contradiction dans notre attitude, qui renvoie à une contradiction intérieure de notre existence elle-même. D'une part, nous ne voulons pas mourir ; surtout celui qui nous aime ne veut pas que nous mourions. D'autre part, il est vrai que nous ne désirons pas non plus continuer à exister de manière illimitée et même la terre n'a pas été créée dans cette perspective. Alors, que voulons-nous vraiment ?


    Oui, que voulons-nous vraiment ? Vivre longtemps, et donc voir sa santé se détériorer, ou mourir rapidement , alors qu'il y a encore tellement de choses à faire ?

    On pourrait ajouter à cela le fait que dans l'esprit de beaucoup de gens, encore aujourd'hui, la perspective d'une vie éternelle est synonyme de l'accomplissement d'un devoir, d'une obéissance à des commandements plus pénibles les uns que les autres, une corvée en somme. C'est en partie la faute des théologiens, influencés par la morale de Kant. Mon professeur de théologie morale fondamentale a été parmi ceux qui ont le plus réagi contre cette déviation :

 
La principale tâche qui incombe aux moralistes, de nos jours est de rétablir pleinement la communication entre la théologie morale et la Parole de Dieu. Il faut saisir cette grâce que nous offre le Concile (Vatican II).

    Quand Dieu parle, c'est pour nous promettre le bonheur !

    Dans le prologue de son ouvrage "Aux sources de la morale", c'est ainsi que le Père Pinckaers ouvre la voie à une présentation de morale chrétienne comme un traité du bonheur et des vertus, en fidélité à la pensée de Thomas d'Aquin, et non uniquement soumise à des impératifs ou des obligations. En effet, aux 17e et 18e siècles, la morale casuistique et la morale kantienne ont axé l'agir humain sur le sentiment de l'obligation et l'impératif catégorique, créant une suprématie de la loi et de la norme au détriment de l'amour de Dieu et du prochain. Ce n'est pas étonnant si cela n'intéresse personne. Mais cette manière de voir ne correspond pas à la vérité de la Révélation.

    Cela ne veut pas dire que l'on peut se permettre de faire des entorses aux commandements sans problèmes, ni que la vie chrétienne est un jardin de roses sans épines. L'espérance, même humaine, même quand elle s'étend au plan des choses d'ici-bas, porte toujours sur un bien qui nous attire (à la différence de la crainte qui consiste à fuir le mal). On peut dire que c'est une tendance commune à tous les êtres vivants : les plantes se tournent vers la lumière, les poules cherchent des vers toute la journée. Mais l'espérance porte sur un bien "ardu", difficile à obtenir. On désire, par exemple, avoir une belle maison, ou une salle paroissiale. C'est difficile ! Depuis le temps ... Il y a des désirs qui sont plus faciles à réaliser, mais quand on parle de l'espérance, il s'agit toujours de quelque chose de difficile et pourtant possible.

    L'espérance, dit Aristote, c'est la spécialité des jeunes, de ceux qui sont dans une sorte d'état d'ivresse ... et de naïveté. On rêve et on ne se rend pas compte des difficultés. Mais ensuite viennent les déceptions, les désillusions, et puis le désenchantement. L'expérience, la patience (cf. 2e lect.) et la persévérance, elles, sont la spécialité des aînés. Tout l'art pour un jeune consiste à espérer sans impatience et pour un adulte à être patient sans revoir son espérance à la baisse.

    Mais voilà : il y a des gens qu'on dit "avertis", qui ont de l'expérience et qui ont appris à se débrouiller dans la vie. Ils dégagent une assurance que d'autres leur envient. Et lorsque ceux qui envient sont honnêtes et ceux qui sont enviés malhonnêtes, alors ceux qui envient sont scandalisés. Comment se fait-il que ... ? Comment Dieu permet-il que ... ? C'est ce que Jean a pu se dire à lui-même. Voilà un homme (un jeune !) qui a vécu dans la justice, et il se trouve en prison. En voilà un autre qui mène une vie dissolue, et il habite dans un palace (sans parler des résidences secondaires) !

    Mais nous oublions trop facilement que le combat que nous avons à mener n'est pas seulement pour réussir "dans la vie". L'issue du combat n'est pas seulement d'être pauvre ou riche, de vivre ou de mourir. L'issue c'est le ciel ou l'enfer ! Pour espérer le ciel, dans le combat de la vie, il ne suffit pas de savoir se débrouiller. Cela dépasse nos forces humaines. Il y faut le secours de Dieu. C'est la grâce de l'Esprit Saint, reçue au baptême, affermie par la confirmation, nourrie par l'Eucharistie.

    Vous souvenez-vous de sainte Joséphine Bakhita ? Après quelques mois de catéchuménat, elle reçut le Sacrement de l'Initiation chrétienne et donc le nouveau nom de Giuseppina (Joséphine). C'était le 9 janvier 1890. Ce jour-là, elle ne savait pas comment exprimer sa joie. Ses grands yeux expressifs étincelaient, révélant une émotion intense. Ensuite on la vit souvent baiser les fonts baptismaux et dire : "Ici, je suis devenue fille de Dieu !" Pour rien au monde elle n'aurait voulu échanger son baptême contre le luxe. Elle aurait préféré être esclave jusqu'à la fin de sa vie, plutôt que d'être libre sans baptême.

    Il y a un autre scandale, bien plus redoutable encore : le scandale de Dieu lui-même ! Celui qui nous promet un bonheur sans fin, ne nous dit-il pas dans l'Évangile :

 
Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi !

    Quel est donc ce bonheur qui consiste à ne pas tomber, non pas à cause d'une adversité humaine, mais à cause de Dieu lui-même ? Bien évidemment, le but de Jésus n'est pas de nous "faire" tomber. Ce serait monstrueux. Le danger est que notre espérance chrétienne soit trop humaine et pas assez théologale. C'est le danger de la confusion entre nos rêves, notre imagination (à partir de la Parole de Dieu et de tout ce que vous voulez) et la sagesse de Dieu qui dépasse infiniment tout ce que nous pouvons concevoir et désirer (cf. Ép 3, 20 ; Ph 4, 7). Le Coeur infini de Dieu est tellement déroutant pour notre pauvre coeur ! Là aussi, nous avons bien besoin du secours de Dieu pour pouvoir passer de nos "petites espérances" à la grande espérance qui vient de Dieu.

    Souvenez-vous encore de ce qu'écrivait BenoÎt XVI à propos de sainte Joséphine :

 
Désormais, elle avait une "espérance" – non seulement la petite espérance de trouver des maîtres moins cruels, mais la grande espérance : je suis définitivement aimée et quel que soit ce qui m'arrive, je suis attendue par cet Amour. Et ainsi ma vie est bonne. Par la connaissance de cette espérance, elle était "rachetée", elle ne se sentait plus une esclave, mais une fille de Dieu libre. Elle comprenait ce que Paul entendait lorsqu'il rappelait aux Éphésiens qu'avant ils étaient sans espérance et sans Dieu dans le monde – sans espérance parce que sans Dieu. (n° 3)

    Un troisième aspect de la vie chrétienne dans l'espérance qui est souvent escamoté est son aspect communautaire. Notre espérance à nous est beaucoup trop individualiste. Pourvu qu'on soit sauvé, nous et ceux que nous aimons. Pour cela, on fait nos petites prières, nos petites affaires avec Dieu, voire même avec le prochain ... que nous avons soigneusement "sélectionné".

L'Église, dit le Concile Vatican II, est une communauté d'espérance (cf. LG. n° 8, cit. CEC n° 771). Notre espérance est tellement petite et étriquée !

 
Élargis l'espace de ta tente, déploie sans hésiter la toile de ta demeure, allonge tes cordages, renforce tes piquets ! (Is 54, 2)

    Nous vivons à une époque où le monde est devenu un village. Si, nous chrétiens, nous offrons à ceux qui vivent sans Dieu le spectacle d'une petite espérance individualiste, il ne faudra pas s'étonner s'ils se moquent de nous. Au 19e siècle, saint Joséphine vivait l'espérance, non pas seulement pour elle-même et pour sa famille restée au Soudan. Elle ressentait le besoin impérieux d'espérer pour tous, y compris pour ceux qui l'avaient vendue comme esclave à plusieurs reprises et pour ceux qui l'avaient battue tous les jours jusqu'au sang.

    Le monde dans lequel nous vivons est un monde qui a voulu remplacer l'espérance chrétienne par le mythe du progrès : le progrès de la science, de la technique, des performances sportives et autres, de la consommation à outrance, du pouvoir d'achat ... Mais ce monde est devenu un monde désenchanté qui se rend compte que le progrès n'est pas celui qui avait été espéré : c'est "le progrès qui va de la fronde à la mégabombe" (n° 22).

 
Ce n'est pas la science qui rachète l'homme. L'homme est racheté par l'amour. (n° 26)

    Et donc pas l'homme individuel, mais l'homme dans sa relation avec Dieu et avec les autres :
 
La relation avec Dieu s'établit par la communion avec Jésus – seuls et avec nos seules possibilités nous n'y arrivons pas. La relation avec Jésus, toutefois, est une relation avec Celui qui s'est donné lui-même en rançon pour nous tous (cf. 1 Tm 2, 6). Le fait d'être en communion avec Jésus Christ nous implique dans son être "pour tous", il en fait notre façon d'être. Il nous engage pour les autres, mais c'est seulement dans la communion avec Lui qu'il nous devient possible d'être vraiment pour les autres, pour l'ensemble.  (n° 28)

    Un peu plus loin, avant de passer à la partie de l'encyclique que nous évoquerons dimanche prochain, Benoît XVI fait le point (n° 30-31) :
 
Résumons ce que nous avons découvert jusqu'à présent au cours de nos réflexions. Tout au long des jours, l'homme a de nombreuses espérances – les plus petites ou les plus grandes –, variées selon les diverses périodes de sa vie. Parfois il peut sembler qu'une de ces espérances le satisfasse totalement et qu'il n'ait pas besoin d'autres espérances. Dans sa jeunesse, ce peut être l'espérance d'un grand amour qui le comble ; l'espérance d'une certaine position dans sa profession, de tel ou tel succès déterminant pour le reste de la vie. Cependant, quand ces espérances se réalisent, il apparaît clairement qu'en réalité ce n'était pas la totalité. Il paraît évident que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d'infini, quelque chose qui sera toujours plus que tout ce qu'il peut atteindre. En ce sens, les temps modernes ont fait grandir l'espérance de l'instauration d'un monde parfait qui, grâce aux connaissances de la science et à une politique scientifiquement fondée, semblait être devenue réalisable. Ainsi l'espérance biblique du règne de Dieu a été remplacée par l'espérance du règne de l'homme, par l'espérance d'un monde meilleur qui serait le véritable "règne de Dieu". Cela semblait finalement l'espérance, grande et réaliste, dont l'homme avait besoin. Elle était en mesure de mobiliser – pour un certain temps – toutes les énergies de l'homme; ce grand objectif semblait mériter tous les engagements. Mais au cours du temps il parut clair que cette espérance s'éloignait toujours plus. On se rendit compte avant tout que c'était peut-être une espérance pour les hommes d'après-demain, mais non une espérance pour moi. Et bien que le "pour tous" fasse partie de la grande espérance – je ne puis en effet devenir heureux contre les autres et sans eux – il reste vrai qu'une espérance qui ne me concerne pas personnellement n'est pas non plus une véritable espérance. Et il est devenu évident qu'il s'agissait d'une espérance contre la liberté, parce que la situation des choses humaines dépend pour chaque génération, de manière renouvelée, de la libre décision des hommes qui la composent. Si, en raison des conditions et des structures, cette liberté leur était enlevée, le monde, en définitive, ne serait pas bon, parce qu'un monde sans liberté n'est en rien un monde bon. Ainsi, bien qu'un engagement continu pour l'amélioration du monde soit nécessaire, le monde meilleur de demain ne peut être le contenu spécifique et suffisant de notre espérance. Et toujours à ce propos se pose la question : Quand le monde est-il "meilleur" ? Qu'est ce qui le rend bon ? Selon quel critère peut-on évaluer le fait qu'il soit bon ? Et par quels chemins peut-on parvenir à cette "bonté" ?

Encore une chose: nous avons besoin des espérances – des plus petites ou des plus grandes – qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin. Mais sans la grande espérance, qui doit dépasser tout le reste, elles ne suffisent pas. Cette grande espérance ne peut être que Dieu seul, qui embrasse l'univers et qui peut nous proposer et nous donner ce que, seuls, nous ne pouvons atteindre. Précisément, le fait d'être gratifié d'un don fait partie de l'espérance. Dieu est le fondement de l'espérance – non pas n'importe quel dieu, mais le Dieu qui possède un visage humain et qui nous a aimés jusqu'au bout – chacun individuellement et l'humanité tout entière. Son Règne n'est pas un au-delà imaginaire, placé dans un avenir qui ne se réalise jamais ; son règne est présent là où il est aimé et où son amour nous atteint. Seul son amour nous donne la possibilité de persévérer avec sobriété jour après jour, sans perdre l'élan de l'espérance, dans un monde qui, par nature, est imparfait. Et, en même temps, son amour est pour nous la garantie qu'existe ce que nous pressentons vaguement et que, cependant, nous attendons au plus profond de nous-mêmes : la vie qui est "vraiment" vie.

Assomption de la Vierge Marie : mythe olympique ou mystère chrétien ?

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Le Seigneur Jésus a posé les fondations de son Royaume, mais la construction n'est pas terminée. Les frontières sont encore à élargir pour rassembler tous les hommes autant que possibble. C'est la mission de l'Église militante, l'Église de la terre, de construire le Royaume du Christ, d'inviter de plus en plus d'hommes à entrer dans son amitié, pour qu'ils le suivent et découvrent ainsi le sens de leur vie.

    Mais qu'arrivera-t-il à la fin de l'histoire ? Que deviendra l'Église quand le temps de la construction sera terminé ? La solennité de ce jour apporte une réponse à cette question. Les chrétiens ont toujours vu en la Vierge Marie une image de l'Église. Marie est celle qui a donné Jésus au monde au jour du premier Noël, celle qui a pris soin de lui durant les années de sa croissance, et celle qui l'a accompagné durant le temps de sa mission.

    L'Église, dont la Vierge Marie fait partie, a une relation similaire envers chaque chrétien, membre du corps du Christ. Continuellement elle donne Jésus au monde par ses multiples oeuvres de charité et d'apostolat, et, spécialement, en "mettant  au monde" des chrétiens par le baptême. Par son enseignement et par les six autres sacrements, l'Église prend soin de ses membres et les accompagne dans leur croissance et leur mission vers la maturité. Et ainsi, de même que Dieu a "assumé" la Vierge Marie au ciel, corps et âme, à la fin de sa mission à elle, Dieu élèvera-t-il l'Église tout entière à la communion parfaite avec lui-même au ciel à la fin de l'histoire.

    Ainsi l'Assomption de la Vierge Marie apparaît-elle comme une promesse pour nous. Tout chrétien qui marche sur la voie de l'humilité et de la fidélité à la volonté du Père peut espérer la suivre aussi dans la gloire et dans les joies de l'éternité.

    Il est important d'avoir devant les yeux cette vision d'ensemble. C'est une des raisons pour lesquelles l'Église célèbre l'Assomption de la Vierge Marie avec tant de solennité. L'Église veut fortifier la foi de ses enfants, pour qu'elle soit comme la foi de la Vierge Marie. Elle veut que nous nous souvenions que Dieu est tout-puissant, magnificent, et qu'il fait des merveilles dans, par et pour ceux qui se confient vraiment en lui, comme Marie l'a fait. Voici une anecdote qui illustre l'importance d'avoir présent à l'esprit cet horizon de notre foi.

    Deux hommes s'en allaient à la pêche. Le premier était un pêcheur expérimenté, l'autre non. Chaque fois que le pêcheur expérimenté prenait un gros poisson, il le mettait dans sa glacière, bien au frais. Chaque fois que le pêcheur débutant en attrapait un, il le rejetait dans la mer.

- Pourquoi rejettes-tu toujours les gros poissons que tu prends, demanda-t-il ?

    Et le pêcheur inexpérimenté répliquait :

- Parce que je n'ai qu'une petite poële à frire !

    Parfois, comme ce pêcheur débutant, nous rejetons les grands projets, les larges possibilités que le Seigneur nous présente, parce que notre foi est trop petite. Nous nous moquons de ce pêcheur inexpérimenté parce qu'il ne comprenait pas que ce qu'il aurait dû faire, c'est s'acheter une poële plus grande. Mais nous-mêmes, nous ne nous rendons pas compte que nous ne faisons rien pour augmenter la dimension de notre foi. Dieu nourrit des grandes espérances à notre égard : King size, comme le disent les anglophones, à la dimensions du Roi de l'Univers. En voyant comment les projets de Dieu se sont si merveilleusement réalisés pour la Vierge Marie, cela devrait nous aider à grandir dans notre foi, à augmenter la dimension de notre poële à frire. Comme le disait l'ange Gabriel à Marie, longtemps avant son Assomption,

"rien n'est impossible à Dieu" (Lc 1, 37).

    L'une des images préférées de l'Église pour les artistes de l'Antiquité chrétienne est un grand navire. L'Église est comme une version spirituelle de l'Arche de Noé. Ce monde de péché est sinistré par le péché, la tentation, la souffrance. Mais Dieu nous a envoyé un navire fiable pour nous permettre d'échapper aux flots destructeurs. Le navire lui-même est fait de matériaux normaux, terrestres : des êtres humains, avec leurs limites et leurs défauts. Mais il tient bon, protégé et guidé par une réalité invisible et indestructible : le Saint Esprit.

    Aussi longtemps que nous restons à bord de ce navire - dans l'Église - en communion avec le pape et les évêques qui sont en communion avec lui, nous sommes en sécurité, et nos vies porteront du fruit, auront du sens, ici, sur terre, et plus tard, au ciel, pour l'éternité. Soley ka chofé, van ka souflé, lapli ka tombé (créole pour : le soleil chauffe, la tempête souffle, la pluie tombe) ... Certains passagers et même des membres d'équipage, quitteront le navire, comme cela est arrivé tant de fois dans le passé. Ils construiront des radeaux pour essayer de rejoindre le port par leurs propres forces. Mais seule la barque de Pierre a la garantie divine de rejoindre le port du ciel en toute sécurité.

    C'est ce que Jésus promet au chapitre 16 de Saint Matthieu :

"Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre elle."

    Comme nous l'avons entendu dans la
deuxième lecture, Dieu sauvera le Christ et son Église des griffes du dragon. C'est sa promesse, et sa garantie. Et pour que les difficultés et les souffrances de cette vie ne nous enfoncent pas dans le doute et le découragement, Jésus a ratifié cette garantie et prouvé sa fidélité en prenant sa Mère, la Mère de l'Église, la première des chrétiens, au ciel, corps et âme. Voilà ce que nous célébrons aujourd'hui, en cette sainte solennité de l'Assomption.

    Dans la préface de cette fête le célébrant dit :

"Aujourd'hui, la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel: parfaite image de l'Église à venir, aurore de l'Église triomphante, elle guide et soutient l'espérance de ton peuple encore en chemin."

    Nous sommes encore en chemin. Nous ne sommes pas encore au ciel. Nos vies sont une succession de doutes, difficultés, souffrances et douleurs. Dans nos efforts pour suivre le Christ nous rencontrons bien des obstacles. Nous ne comprenons pas pourquoi Dieu ne résout pas les problèmes. Nous sommes dans les ténèbres, comme des aveugles, et nous ne voyons pas comment nous allons nous en sortir. Nous vivons dans un monde de péché. Et notre foi ne dissipe pas les ténèbres, ne nous fait pas faire l'économie de la croix. La Vierge Marie elle-même n'a pas été épargnée. Les saints non plus. Mais notre foi nous montre que la première des chrétiens, la Mère de tous les chrétiens, a été enlevée au ciel à la fin de sa vie terrestre.

    C'est une certitude de foi, et non pas une simple croyance, et encore moins un mythe. Le mont Olympe (du grec ancien Ὄλυμπος / Olympos) est la plus haute montagne de Grèce, avec un sommet à 2917 mètres. L'Olympe est le domaine des dieux de la mythologie grecque. Puisque son sommet reste caché aux mortels par les nuages, l'Olympe est aussi un lieu de villégiature sur laquelle les dieux grecs avaient élu domicile pour passer leur temps à festoyer (leur boisson favorite est le célèbre nectar et ils consomment l'ambroisie qui les rend immortels) et à contempler le monde. Homère décrit ce lieu comme un endroit idéal et paisible, isolé des intempéries telles que la pluie, la neige ou le vent, où les dieux pouvaient vivre dans un parfait bonheur. Ceux-ci y avaient élu domicile après avoir évincé les Titans, Ophion et Typhon.

    Nous sommes loin du mystère qui émerveille les anges eux-mêmes ! Ceux qui voudraient réduire l'Assomption de la Vierge Marie à un mythe de ce genre ont raison de s'insurger. Une telle histoire pourrait bien exciter la fantaisie de tel romancier, ou l'imagination de tel peintre. Mais je pense qu'un croyant n'a aucune peine pour mesurer la distance qui sépare ces deux visions. Quand nous levons nos yeux vers la Vierge Marie, à la droite de son Fils, nous avons l'assurance que notre Dieu est fidèle. Si nous sommes fidèles envers lui, il sera fidèle envers nous. Ainsi, l'Assomption de la Vierge Marie nous réconforte et fortifie notre espérance quand nous trébuchons sur les chemins de cette vie. Cela nous permet de persévérer malgré tout au milieu des épreuves, comme elle, et de nous réjouir dans le Seigneur, alors même que le monde nous fait pleurer.

    Quand, tout à l'heure, nous communierons au Corps de son Fils, puissions-nous expérimenter ce réconfort et cette espérance. Puissions-nous être assurés que cette espérance n'est pas une illusion, un mythe, mais la vérité sans fin. Que nos frères séparés, chrétiens non catholiques, qui aiment sincèrement Jésus, mais ne font pas attention à sa Mère, et même ont peur de la regarder pour ne pas enlever quoi que ce soit au rôle du Christ, comprendre que l'Assomption est la preuve que ce n'est pas vrai. Le Christ lui-même a chosi, librement et à dessein, d'attribuer un rôle spécial à sa Mère. Il ne sera certainement pas fâché si nous reconnaissons ce rôle. Cela n'enlève rien au rôle du Christ, bien au contraire, si nous reconnaissons et apprécions les merveilles qu'il a faites pour sa Mère ! Nous le glorifions quand nous reconnaissons la puissance de sa grâce qui est à l'oeuvre en elle et par elle. C'est la raison pour laquelle elle-même a prophéitsé que toutes les générations la proclameront bienheureuse.

    Aujourd'hui, rendons grâce à Dieu pour les merveilles qu'il a accomplies en Marie. souvenons-nous qu'il veut en faire en nous et par nous aussi. Demandons au Christ de nous donner la sagesse et le courage de parler de sa Mère en vérité et avec confiance, pour que tous les hommes puissent le connaître en connaissant celle qui le connaît le mieux.

Noël, un mystère en quatre messes - Homélie

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

 

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   Que célébrons-nous quand nous célébrons Noël ? Quel est l'objet, le contenu de cette fête ? La naissance de Jésus, me répondrez-vous tous en choeur. Et c'est vrai. Mais incomplet. Car à Noël nous ne fêtons pas uniquement l'instant passé de la naissance de Jésus, mais Celui qui est né alors comme étant aujourd'hui "le Seigneur".

    À l'époque où il n'y avait qu'une seule messe de Noël, cette fête ne s'appelait d'ailleurs pas "in nativitate Domini", mais tout simplement "natale Domini" et huit jours plus tard "octava Domini", et non pas "octava natalis Domini". Il ne faut donc pas s'étonner du fait que l'ancienne (et unique) messe de Noël romaine, notre "messe du jour", ne fasse que peu de cas des évènements extérieurs qui se déroulent à Bethléhem, et qu'elle préfère se focaliser sur le fait que le Logos éternel du Père a adopté notre chair. (C'est pour la même raison que la "proskynèse" des mages devant le Dieu qui s'est fait homme est au centre de la liturgie byzantine de Noël, tandis que l'évènement de la naissance elle-même constitue le thème de la veillée.)

    Des trois messes de Noël que nous connaissons aujourd'hui, celle de la nuit, celle de l'aurore et celle du jour, la plus ancienne est donc celle du jour, comme l'atteste saint Grégoire le Grand, la plus récente étant celle de l'aube. De Rome les trois messes se répandent ensuite dans tout l'Occident, mais au début sans obligation de les célébrer tous les trois.

    La mystique médiévale rapportera les trois messes de Noël à une triple naissance du Seigneur. C'est ainsi que Tauler distingue la naissance, dans la nuit des temps, du Logos issu du Père, telle qu'elle est célébrée de nuit, de la naissance du Fils issu de la Vierge, telle qu'elle est célébrée à l'aube, et de la naissance, tous les jours, de Dieu dans l'âme du fidèle, telle qu'elle est célébrée de jour.

    Le chiffre trois pour les messes a été repris par le missel de 1970, mais à titre facultatif et non plus comme obligation. La messe de minuit est marquée par l'Évangile de la naissance du Seigneur (Lc 2, 1-14). La messe de l'aurore poursuit cet Évangile (Lc 2, 15-20). Dans cette messe, la symbolique de la lumière apparaît encore plus nettement que dans la première messe. Dans la troisième messe, c'est le prologue de l'Évangile selon saint Jean (Jn 1, 1-18) qui détermine le climat de la célébration et qui fait ressortir l'importance de la fête de Noël pour la rédemption de l'homme, comme une sorte d'antidote contre la place envahissante du romantisme et du contexte de la société de consommation qui faussent toute la fête de Noël jusqu'à son noyau même.

    Fait également partie de la liturgie de Noël la "Missa in vigilia", la messe de la veille au soir, le 24 décembre, avec comme Évangile la généalogie de Jésus (Mt 1, 1-25), qui est le même dans toutes les années A, B, et C. Cette messe fait vraiment partie de la fête de Noël et non plus, comme autrefois, du temps de l'Avent, quand elle était célébrée le 24 au matin. Maintenant elle est célébrée après le premières Vêpres de Noël et avec le chant du Gloria, et aussi les ajouts dans les prières eucharistiques.  Le problème est que, dans les paroisses, elle est presque toujours délaissée - à tort - au profit de la messe de la nuit ... qui n'est plus célébrée à minuit. C'est dommage !

    Que dire de l'Évangile que nous venons d'entendre en cette veille de Noël? L'intention de l'évangéliste n'est pas d'évoquer pour nous les préludes de l'histoire de Jésus, mais de nous dévoiler le sens de cette histoire. L'annonce qui a été faite à Joseph, c'est à nous, en définitive, qu'elle est destinée. C'est nous qui entendons aujourd'hui la bonne nouvelle de la naissance d'un "sauveur".

    Cette bonne nouvelle sera pour nous une nouvelle décevante, si nous n'espérons qu'une libération de nos servitudes terrestres ("la petite espérance" dont parle Benoît XVI dans Spe salvi). Jésus est venu pour "sauver le peuple de ses péchés". La naissance du Christ n'est une bonne nouvelle que pour celui qui a acueilli la promesse de l'Alliance et qui désire être purifié de tout ce qui l'empêche de répondre pleinement à l'invitation de Dieu qui veut épouser son peuple (1° lect.). En Jésus, Dieu nous redit sa présence et nous rappelle notre vocation qui est d'être son épouse et de faire sa joie, d'être des témoins de son amour qui transforme, comme saint Paul le rappelle dans la deuxième lecture en évoquant la figure de Jean Baptiste.

    Nous aussi, nous devons préparer les chemins du Seigneur, bien que nous n'en soyons pas dignes. Préparer la venue du Seigneur, c'est rendre les hommes capables d'accueillir celui qui est venu enlever le péché du monde, c'est frayer pour lui un chemin là où il n'y en a pas encore, chez ceux qui sont proches et ceux qui sont loin. C'est soi-même accepter l'incessante conversion pour être jugé digne de devenir les serviteurs de l'espérance et de la fête à laquelle Dieu convoque l'humanité entière, et qui est anticipée dans l'eucharistie.

    Sur ce chemin le Seigneur, aujourd'hui, nous a donné un bon guide en la personne de Benoît XVI. En présence de ses plus proches collaborateurs, les cardinaux de la curie romaine, dans le discours qu'il leur avait adressé à l'occasion de la présentation des vœux de Noël en 2007, il était revenu sur les objectifs de son voyage dans le plus grand pays d'Amérique Latine: remettre l'Église en situation de mission et annoncer Jésus à tous les peuples du monde. Y compris les musulmans. Y compris le Dalaï Lama.

Lire:

Benoît XVI, Homélie lors de la clôture du synode sur la Parole (30° TOA)

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

Chers frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,

Chers frères et sœurs!

 

 

           La Parole du Seigneur, qui vient de retentir dans l'Evangile, nous a rappelé que toute la Loi divine se résume dans l'amour. L'Evangéliste Matthieu raconte que les Pharisiens, après que Jésus a répondu aux Sadducéens en les faisant taire, se réunirent pour le mettre à l'épreuve (cf. 22, 34-35). L'un d'eux, un docteur de la loi, lui demanda: «Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi?» (22, 36). La question laisse transparaître la préoccupation, qui est présente dans l'ancienne tradition judaïque, de trouver un principe qui puisse unifier les différentes formulations de la volonté de Dieu. Ce n'était pas une question facile, vu que dans la Loi de Moïse, 613 préceptes et interdictions sont énoncés. Parmi ceux-ci, comment y discerner le plus grand? Mais Jésus, lui, n'a quant à lui aucune hésitation et répond ainsi promptement: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit: voilà le plus grand et le premier commandement» (22, 37-38). Dans sa réponse, Jésus cite le Shemà, la prière que le juif pieux récite plusieurs fois par jour, surtout le matin et le soir (cf. Dt 6, 4-9; 11, 13-21; Nb 15, 37-41): la proclamation de l'amour intégral et total dû à Dieu, en tant qu'unique Seigneur. L'accent est mis sur la totalité de ce dévouement à Dieu, en énumérant les trois facultés qui définissent l'homme dans ses structures psychologiques profondes : le cœur, l'âme et l'esprit. Le terme esprit, diánoia, contient l'élément rationnel. Dieu est non seulement l'objet de l'amour, de l'engagement, de la volonté et du sentiment, mais également de l'intellect qui cependant ne doit donc pas être exclu de ce domaine. Plus encore, c'est notre propre pensée qui se configurer à la pensée de Dieu. Mais, toutefois, Jésus ajoute quelque chose qui, en vérité, n'avait pas été demandé par le docteur de la loi: «Le second lui est semblable: tu aimeras ton prochain comme toi-même» (22, 39). L'aspect surprenant de la réponse de Jésus tient en ce qu'il établit une relation de ressemblance entre le premier et le second commandement, qui est cette fois encore défini avec une formule biblique déduite du code lévitique de sainteté (cf. Lv 19, 18). Et voici donc que, dans la conclusion du récit, les deux commandements sont associés dans le rôle de principe fondamental sur lequel repose toute la Révélation biblique: «A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes» (22, 40).

 

 

            La page évangélique sur laquelle nous méditons met en lumière le fait qu'être des disciples du Christ signifie mettre en pratique ses enseignements qui se résument dans le premier et le plus grand commandement de la Loi divine, à savoir le commandement de l'amour. Même la première Lecture, extraite du livre de l'Exode, insiste sur le devoir de l'amour; un amour témoigné de façon concrète dans les relations entre les personnes: il doit s'agir de relations fondées sur le respect, la collaboration et l'aide généreuse. Le prochain à aimer est également l'étranger, l'orphelin, la veuve et l'indigent, autrement dit ces citoyens qui n'ont aucun «défenseur». L'auteur sacré rentre dans les détails, comme c'est le cas pour l'objet donné en gage par un de ces pauvres (cf. Ex 20, 25-26). Dans ce cas, c'est Dieu lui-même qui se porte garant de la situation de ce prochain.

 

 

            Dans la seconde Lecture, nous pouvons voir une application concrète du commandement souverain de l'amour au sein d'une des premières communautés chrétiennes. Saint Paul écrit aux Thessaloniciens en leur laissant comprendre que, même en les ayant connu depuis peu, il les apprécie et les porte avec affection dans son cœur. C'est pour cette raison qu'il les montre comme «un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d'Achaïe» (1 Th 1, 6-7). Au sein de cette communauté récemment fondée ne manquent certes pas les faiblesses et les difficultés, mais c'est l'amour qui dépasse tout, qui rénove tout, qui vainc tout: l'amour de celui qui, conscient de ses propres limites, suit docilement les paroles du Christ, Maître divin, transmises par un de ses fidèles disciples. «Et vous, vous vous êtes mis à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la parole, parmi bien des tribulations» écrit saint Paul. «De chez vous, en effet, la parole du Seigneur a retenti, et pas seulement en Macédoine et en Achaïe, mais de tous côtés votre foi en Dieu s'est répandue, si bien que nous n'avons plus besoin d'en rien dire» continue encore l'Apôtre (1 Th 1, 6-8). L'enseignement que nous tirons de cette expérience des Thessaloniciens, une expérience qui unit en vérité toute authentique communauté chrétienne, c'est que l'amour envers le prochain naît de l'écoute docile de la Parole divine. C'est un amour qui accepte aussi de dures épreuves pour la vérité de la Parole divine, et c'est précisément ainsi que le véritable amour grandit et que la vérité resplendit dans tout son éclat. Combien il est alors important d'écouter la Parole et de l'incarner dans l'existence personnelle et communautaire!

 

 

            Dans cette célébration eucharistique, qui conclut les travaux synodaux, nous ressentons de façon singulière le lien qui existe entre l'écoute aimante de la Parole de Dieu et le service désintéressé envers ses frères. Combien de fois, au cours de ces derniers jours, nous avons écouté des expériences et des réflexions qui mettent en évidence le besoin qui apparaît aujourd'hui d'une écoute plus intime de Dieu, d'une connaissance plus vraie de sa parole de salut, d'un partage plus sincère de la foi qui se nourrit en permanence à la table de la parole divine! Chers et vénérés frères, merci de la contribution que chacun de vous a offert à l'approfondissement du thème du Synode: «La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise». Je vous salue tous avec affection. J'adresse mes salutations spéciales à Messieurs les cardinaux présidents délégués du synode, au secrétaire général, que je remercie pour leur dévouement constant. A vous aussi, chers frères et sœurs qui êtes venus de tous les continents en apportant votre expérience si enrichissante, j'adresse mes salutations. En rentrant chez vous, transmettez à tous les salutations affectueuses de l'Evêque de Rome. J'adresse également mes salutations aux délégués fraternels, aux experts, aux auditeurs et aux invités spéciaux: les membres du secrétariat général du synode et tous ceux qui se sont occupés des relations avec la presse. Une pensée particulière va aux évêques de Chine continentale qui n'ont pas pu être représentés au sein de cette assemblée synodale. Je désire me faire l'interprète, et en rendre grâce à Dieu, de leur amour pour le Christ, de leur communion avec l'Eglise universelle et de leur fidélité au Successeur de l'Apôtre Pierre. Ils sont présents dans notre prière, tout comme les fidèles qui sont confiés à leurs soins pastoraux. Demandons au «Pasteur suprême» (1 P 5, 4) de leur donner la joie, la force et le zèle apostolique afin de guider avec sagesse et clairvoyance la communauté catholique en Chine, qui nous est si chère à tous.

 

 

            Nous tous, qui avons pris part aux travaux synodaux, portons en nous la conscience renouvelée qu'un des devoirs prioritaires de l'Eglise, au début de ce nouveau millénaire, est avant tout de se nourrir de la Parole de Dieu, pour rendre efficace l'engagement de la nouvelle évangélisation. Il faut à présent que cette expérience ecclésiale soit apportée dans toutes les communautés; il est nécessaire que l'on comprenne la nécessité de traduire en gestes d'amour la parole écoutée, car ce n'est qu'ainsi que l'annonce de l'Evangile devient crédible, malgré les fragilités humaines qui marquent les personnes. Cela demande en premier lieu une connaissance plus intime du Christ et une écoute toujours docile de sa parole.

 

 

            En cette année paulinienne, en faisant nôtres les paroles de l'Apôtre: «Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile!» (1 Co 9, 16), je souhaite de tout cœur que, dans toutes les communautés, on ressente avec une conviction plus ferme ce souffle de Paul comme vocation au service de l'Evangile pour le monde. Je rappelais au début des travaux synodaux l'appel de Jésus: «La moisson est abondante» (Mt 9, 37), appel auquel nous ne devons jamais nous lasser de répondre malgré les difficultés que nous pouvons rencontrer. Il y tant de personnes qui sont à la recherche, parfois même sans s'en rendre compte, de la rencontre avec le Christ et avec son Evangile; tant de personnes qui ont besoin de retrouver en Lui le sens de leur vie. Donner un témoignage clair et partagé d'une vie qui suit la Parole de Dieu, dont Jésus témoigne, devient donc un critère indispensable de vérification de la mission de l'Eglise.

 

 

            Les lectures que la liturgie offre aujourd'hui à notre méditation nous rappellent que la plénitude de la Loi, comme de toutes les Ecritures divines, c'est l'amour. Qui donc croit avoir compris les Ecritures, ou au moins une partie d'entre elles, sans s'engager à construire, grâce à cette compréhension,  le double amour de Dieu et du prochain, démontre en réalité d'être encore éloigné de son sens profond. Mais comment mettre en pratique ce commandement, comment vivre l'amour de Dieu et de nos frères sans un contact vivant et intense avec les Saintes Ecritures? Le Concile Vatican II affirme qu'«il faut que l'accès à la Sainte Ecriture soit largement ouvert aux chrétiens» (Constitution Dei Verbum, n.22), pour que les fidèles, en rencontrant la vérité, puissent grandir dans l'amour authentique. Il s'agit d'une condition aujourd'hui indispensable à l'évangélisation. Et comme la rencontre avec l'Ecriture, assez fréquemment, risque de ne pas être «un fait» d'Eglise, mais d'être exposée au subjectivisme et à l'arbitraire, une promotion pastorale robuste et crédible dans la connaissance des Saintes Ecritures devient indispensable pour annoncer, célébrer et vivre la Parole dans la communauté chrétienne, en dialoguant avec les cultures de notre époque, en se mettant au service de la vérité et non des idéologies courantes et en accroissant le dialogue que Dieu veut avoir avec tous les hommes (cf. ibid., n.21). A cette fin, il faut soigner d'une manière particulière la préparation des pasteurs, qui sont par la suite préposés à la diffusion indispensable de la pratique biblique à l'aide de moyens adaptés. Il faut encourager les efforts en cours pour susciter le mouvement biblique parmi les laïcs, la formation des animateurs de groupes, avec une attention particulière aux jeunes. Il faut également soutenir l'effort de faire connaître la foi au moyen de la Parole de Dieu à ceux qui sont «loin» et particulièrement à ceux qui sont à la recherche sincère du sens de la vie.

 

 

            Je voudrais ajouter bien d'autres réflexions, mais je me limite enfin à souligner que le lieu privilégié où retentit la Parole de Dieu, qui édifie l'Eglise, comme cela a été dit tant de fois au cours du synode, est sans aucun doute la liturgie. Il apparaît en elle que la Bible est le livre d'un peuple et pour un peuple; un héritage, un testament remis aux lecteurs, pour qu'ils mettent en acte dans leur vie l'histoire du salut témoignée par l'écrit. Il y a donc un rapport d'appartenance réciproque vitale entre le peuple et le Livre: la Bible reste un livre vivant avec le peuple, son sujet, qui le lit; le peuple ne subsiste pas sans le Livre, parce qu'en lui il trouve sa raison d'être, sa vocation, son identité. Cette appartenance mutuelle entre le peuple et l'Ecriture Sainte est célébrée dans chaque assemblée liturgique, laquelle, grâce à l'Esprit Saint, écoute le Christ, car c'est Lui qui parle quand dans l'Eglise on lit l'Ecriture et on accueille l'alliance que Dieu renouvelle avec son peuple. Ecriture et liturgie convergent, donc, dans l'unique but d'amener le peuple à dialoguer avec le Seigneur. La Parole sortie de la bouche de Dieu et dont témoignent les Ecritures Lui revient sous la forme d'une réponse orante, d'une réponse vécue, d'une réponse débordante d'amour (cf. Is 55, 10-11).

 

 

            Chers frères et sœurs, prions pour que, de l'écoute renouvelée de la Parole de Dieu, sous l'action de l'Esprit Saint, puisse jaillir un renouveau authentique dans l'Eglise universelle, et dans toutes les communautés chrétiennes. Confions les fruits de cette assemblée synodale à l'intercession maternelle de la Vierge Marie. Je Lui confie également la iie assemblée spéciale du synode pour l'Afrique, qui se déroulera à Rome au mois d'octobre de l'année prochaine. J'ai l'intention de me rendre en mars prochain au Cameroun pour remettre aux représentants des conférences épiscopales d'Afrique, l'Instrumentum laboris de cette Assemblée synodale. De là, s'il plaît à Dieu, je poursuivrai mon voyage, en Angola, pour y célébrer solennellement le 500e anniversaire de l'évangélisation de ce pays. Que la Très Sainte Vierge Marie, qui a offert sa vie comme «servante du Seigneur» pour que tout advienne selon la parole divine (cf. Lc 1, 38) et qui a appelé à faire tout ce que Jésus dirait (cf. Jn 2, 5), nous enseigne à reconnaître dans notre vie le primat de la Parole qui seule peut nous apporter le salut. Ainsi soit-il!

 

 

© Copyright : Librairie Editrice du Vatican

26 octobre 2008

« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »

« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »

Homélie pour la fête de la Croix Glorieuse

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

Selon nos critères humains, Jésus était un râté. Il n'avait aucun diplôme, aucune éducation. Il n'a pas fait carrière. Durant les trois dernières années de sa vie d'adulte, il n'avait même aucun salaire, et donc très peu d'argent. Il vivait de dons. Il mendiait. Pas de coquette maison, ni de moyen de locomotion confortable. La plupart du temps il dormait à la belle étoile et se déplaçait à pied. Pas non plus de gens haut placés parmi ses amis, pas de relations dans le domaine de la culture, de la politique ou du monde des affaires. On le considérait comme un lunatique et un crimininel. Il n'avait même pas la côte parmi les gens de son pays, de sa ville natale. Quand il avait prêché dans leur synagogue il avait failli se faire lyncher. Dans tous les critères selon lesquels nous mesurons habituellement le succès de quelqu'un, la vie de Jésus était un échec sur toute la ligne.

Et pourtant, saint Paul peut écire dans la deuxième lecture que Dieu le Père lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, qu'il est le Seigneur devant qui tout genou doit fléchir. Pour quelle raison le Père a-t-il élevé Jésus sur le trône de gloire en l'exaltant à ce point, si a vie fut un échec ? La raison est que les critères de Dieu ne sont pas ceux des hommes. Selon les critères de Dieu, Jésus a triomphé dans la seule catégorie vraiment importante : celle de l'humilité.

Comme nous venons de l'entendre dans la lettre de saint Paul aux Romains, Jésus se dépouilla lui-même, en prenant la forme d'un esclave, il s'est humilié, devenant obéissant jusqu'à la mort sur une croix. C'est pour cette raison que Dieu l'a exalté. Voilà ce que l'Eglise célèbre en ce jour de la fête de la Croix Glorieuse, la victoire de l'humilité du Christ sur l'orgueil de Satan.

Jésus disait à ceux qui le suivaient : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur" (Mt 11, 29). Il n'a pas dit : "Apprenez de moi à changer l'eau en vin, à ressusciter les morts, à guérir les lépreux". Dans les béatitudes, la liste des huit secrets de Jésus pour être heureux, l'humilité est en tête liste : "Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume de Cieux est à eux" (Mt 5, 3). Être pauvre en esprit, c'est être humble, ne pas chercher avidement son bonheur en accaparant tout (l'argent ou ... l'estime), mais plutôt en nous donnant à Dieu et au prochain. Nous admettons bien qu'un athlète a besoin d'un entraîneur pour se dépasser, qu'un homme politique ne doit pas chercher ses intérêts personnels mais le bien commun de ses électeurs, qu'un patient doit suivre la prescription de son médecin, même si le remède est amer. Tout cela est du domaine de l'humilité.

Et pourtant, quand il s'agit de la vie elle-même, nous en voulons à Dieu quand il essaie de nous guider par sa Providence à travers les évènements et les circonstances de la vie, ou quand il nous demande de faire un sacrifice pour le bien des autres, ou encore, quand le médecin des âmes nous dit par les enseignements de l'Eglise, que certaines choses nous font du tort.

C'est pourtant à travers les croix et les privations que les hommes acquièrent peu à peu la sagesse et l'humilité. Saint Augustin disait que Dieu ne permet le mal qu'en vue d'en tirer un plus grand bien. Les humbles le reconnaissent et vivent sans crainte. Seuls les superbes et les égoïstes ne supportent pas que Dieu leur demande de lui passer le volant de leur voiture un moment.

Si l'humilité est le secret, la clé de la victoire du Christ sur le péché et le mal, alors l'humilité devrait être clé également pour ceux qui sont ses disciples. La question évidente qui se pose alors est : comment nous comportons-nous dans cet aspect de notre vie chrétienne ?

Ce qui est bien avec l'humilité, c'est qu'elle est assez facile à mesurer. Nous sommes humbles dans la mesure ou nous sommes capables de nous renier pour le bien des autres. La croix, c'est cela, en fait. C'est ainsi que Jésus caractérise la vie chrétienne : "Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive" (Mt 16, 24).

Dans nos conversations, sommes-nous prêts à faire des concessions, volontiers et sans murmurer, au lieu de toujours vouloir imposer notre volonté propre, nos petites opinions ? Dans nos responsabilités de chaque jour, sommes-nous prêts à travailler dur, à nous dépenser pour mener nos tâches à bien, sans pour autant chercher des approbations ou des contre-parties ? Quelle conception nous faisons-nous des vacances : sont-elles pour recharger nos batteries afin d'être davantage au service des autres, ou bien sommes-nous toujours en train de chercher à satisfaire nos propres envies, à en faire une priorité absolue, à tel point que nous devenons insupportables quand les besoins ou les préférences des autres nous amènent à devoir renoncer à ce que nous aurions voulu ?

A vous de continuer la liste des questions. Ce sont autant de critères qui nous permettent de jauger notre degré d'appartenance à Jésus et notre participation à sa Croix Glorieuse.

 

De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé,

De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé,

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