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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a (2007-2008)

Petit Traité de la Vraie Dévotion - Homélie 22° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
Saint Paul vécut au 1er siècle, à une époque où les principales religions étaient toutes païennes. Ces religons païennes étaient basées sur la croyance en l'efficacité magique de rituels purement extérieurs, comme, par exemple, des sacrifices d'animaux. On brûlait aussi des semences, on répandait du vin, ou encore on exécutait des danses, des prières, des musiques rituelles. Mais toujours, l'efficacité du culte, le supposé pouvoir d'attirer sur l'auteur de ces actions les faveurs du faux dieu, dépendait de l'exécution exacte du rituel, un peu comme les exercices imposés lors du concours de gymnastique ou de pâtinage sur glace aux Jeux Olympiques. Si le rituel n'était pas exécuté avec exactitude, l'auteur recevait une mauvaise note. La divinité était alors censée rester indifférente, voire se mettre en colère.

Cette insistance exclusive sur l'exactitude des rites avait aussi contaminé les pratiques juives de l'époque. C'est pourquoi, dans ses écrits, saint Paul met constamment en garde les premiers chrétiens contre les dangers du ritualisme. Il les invite à cultiver une relation, non pas purement formelle, mais personnelle avec Dieu. Voilà pourquoi,
comme nous venons de l'entendre, il exhorte les chrétiens de Rome à
 
"offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable".

En d'autres mots, la relation chrétienne avec Dieu ne se borne pas à quelques actions et prières rituelles. Tout ce que nous faisons doit être une adoration. Nos actions, nos paroles, nos décisions, notre manière de vivre de tous les jours et de chaque instant - toutes ces choses sont pour nous des occasions pour montrer à Jésus que nous l'aimons et que nous voulons le suivre.

C'est donc une conception radicalement révolutionnaire de la religion, une religion basée sur un lien d'amitié personnelle avec le seul vrai Dieu qui s'est fait homme en Jésus Christ. Cela requiert, comme l'écrit saint Paul une transformation profonde :

 
"transformez-vous en renouvelant votre façon de penser".

Cette nouvelle conception de la religion nous permet de comprendre et d'expliquer une tradition catholique que les protestants ont de la peine à admettre : notre dévotion pour les saints, et notamment pour la Vierge Marie. Beaucoup de protestants estiment que les statues et les images des saints dans nos églises et nos maisons sont la preuve que l'Église catholique pratique l'idolâtrie à la manière des païens. Cette conception n'a rien à voir avec la vraie dévotion catholique pour les saints. Nous utilisons les images des saints pour la même raison que nous utilisons des photos de ceux que nous aimons, pour nous souvenir de ces membres éminents de l'Église qui nous ont précédés. L'exemple de leur foi, de leur courage, de leur charité que ces images nous rappellent nous invitent à tendre nous aussi à la sainteté. Rien à voir avec l'adoration de statues.

Nous n'adorons pas non plus les saints réprésentés par ces statues. Nous savons qu'ils sont des créatures de Dieu, limitées tout comme nous, mais ils ont permis à la grâce de Dieu de faire irruption en eux et de les sanctifier. Ils ont reconnu que l'amitié que Dieu leur offrait dans le Christ pouvait faire d'eux non seuleùent de meilleurs chrétiens "pratiquants", mais aussi de meilleurs maris et femmes, artisans et ouvriers, pdg et employés, artistes et savants. Ils ont suivi le conseil de saint Paul, en essayant de transformer chacune de leurs activités, que ce soit de plier le linge ou d'écrire des livres de théologie, en en

 
"sacrifice saint, capable de plaire à Dieu".

Dans son "Traité de la Vraie Dévotion", saint Louis-Marie Grignion de Montfort écrit à propos de la fausse dévotion :

"Les dévots extérieurs sont des personnes qui font consister toute la dévotion à la très sainte Vierge en des pratiques extérieures, qui ne goûtent que l'extérieur de la dévotion, parce qu'ils n'ont point d'esprit intérieur. Ils diront force chapelets à la hâte, entendront plusieurs messes sans attention, iront aux processions sans dévotion, se mettront de toutes les confréries sans amendement de leur vie, sans violence à leurs passions et sans imitation des vertus de cette Vierge très sainte. Ils n'aiment que le sensible de la dévotion, sans en goûter le solide. S'ils n'ont pas de consolations sensibles dans leurs pratiques, ils croient qu'ils ne font plus rien, ils se détraquent, ils quittent tout, ou ils font tout à bâton rompu ! Le monde est plein de ces sortes de dévots extérieurs, et il n'y a pas de gens plus critiques des personnes d'oraison, qui s'appliquent à l'intérieur comme à l'essentiel, sans mépriser l'extérieur de modestie qui accompagne toujours la vraie dévotion."

Selon lui :

"la vraie dévotion à la sainte Vierge est intérieure, c'est-à-dire qu'elle part de l'esprit et du cœur, elle vient de l'estime qu'on fait de la sainte Vierge, de la haute idée qu'on s'est formée de ses grandeurs, et de l'amour qu'on lui porte."

Ce n'est pas non plus une dévotion purement sentimentale, affective, mais surtout effective, basée sur l'imitation de ses vertus :

"Elle porte une âme à éviter le péché et imiter les vertus de la sainte Vierge, particulièrement son humilité profonde, sa foi vive, son obéissance aveugle, son oraison continuelle, sa mortification universelle, sa pureté divine, sa charité ardente, sa patience héroïque, sa douceur angélique et sa sagesse divine."

La marque de la vraie dévotion consiste aussi, selon lui, à recourir à son intercession et sa protection en toute simplicité, avec confiance :

"(La vraie dévotion) est tendre, c'est-à-dire pleine de confiance en la sainte Vierge, comme d'un enfant en sa bonne mère. Elle fait qu'une âme recourt à elle dans tous ses besoins de corps et d'esprit, avec beaucoup de simplicité, de confiance et de tendresse. Elle implore l'aide de sa bonne Mère en tout temps, en tout lieu et en toute chose : dans ses doutes, pour en être éclaircie (éclairée), dans ses égarements pour être redressée, dans ses tentations pour être soutenue, dans ses faiblesses pour être fortifiée, dans ses chutes pour être relevée, dans ses découragements pour être encouragée, dans ses scrupules pour en être ôtée, dans ses croix, travaux et traverses de la vie pour être consolée. Marie est son recours ordinaire, sans crainte d'importuner cette bonne Mère et de déplaire à Jésus."

C'est la raison pour laquelle Notre-Dame de la Délivrande, que nous fêtons chaque année le 30 août, a été proclamée sainte patronne de la Martinique. C'est aussi la raison pour laquelle nous avons des saints patrons (à condition de choisir des prénoms chrétiens pour nos enfants !) et qu'il y a des patrons pour toutes les sortes d'activités humaines : sainte Barbara pour les mathématiciens, sainte Brigitte pour les sage-femmes, etc ... Ce n'est pas de la superstition ! Nous reconnaissons simplement que quand Dieu entre dans une vie, il a le pouvoir de remplir le moindre recoin d'une "valeur ajoutée", qui est éternelle.

Mais souvenez-vous toujours : notre relation avec Dieu n'est pas basée sur des rituels purement extérieurs mais sur une identité intérieure : par le baptême nous sommes devenus des membres de la famille même de Dieu.

Il y a deux domaines dans notre vie où cette vérité est particulièrement difficile à mettre en pratique, des domaines dans lesquels nous sommes facilement tentés de régresser dans un paganisme pratique où nous disons croire une chose en faisant exactement le contraire.

Le premier domaine est celui de la vie professionnelle. Vous avez tous, je pense, au moins entendu parler du célèbre homme d'affaires milliardaire américain de la première moitié du 20me siècle, John D. Rockefeller. Chaque dimanche matin il tenait les orgues à l'église, puis, à partir de lundi matin, devenait un loup qui terrorisait les petits commerçants. Ca, c'est de l'hypocrisie. Si Jésus Christ est vraiment notre Seigneur, nous devons avoir une attitude digne de lui le dimanche matin (ou le samedi soir), en venant à la messe, et le lundi matin, et tout au long de la semaine, en tout ce que nous faisons.

Nous entendons parfoi des hommes et des femmes politiques affirmer qu'ils sont personnellement opposés à l'avortement, mais politquement en faveur. Cela aussi est hypocrite. Ce qui est moralement bon ou mauvais ne change pas avec la politique. Ces politiciens ne disent jamais qu'ils sont personnellement opposés aux voleurs, mais que, politiquement, ils estiment que les gens devraient être libres de voler ou pas. Nous, chrétiens, nous avons la chance d'être éclairés davantage que les autres sur ce qui est bien ou mal. Garder cette lumière pous nous revient à priver un malade d'un remède qui pourrait le guérir.

Le deuxième domaine dans lequel nous sommes souvent tentés de nous relâcher est celui de nos relations familiales. Un homme peut être très organisé, poli, ponctuel et dévoué dans son travail, mais paresseux, égoïste et violent à la maison. Une femme peut être charmante, patiente, tolérante et délicieuse en société, mais agressive et insupportable avec son mari. Ce n'est pas digne d'un chrétien, d'une chrétienne. La manière chrétienne, c'est de faire un sérieux effort pour rayonner le Christ toujours et partout, de faire de toute notre vie un "sacrifice saint, capable de plaire à Dieu". Jésus a besoin pour cela de notre bonne volonté. Si nous la lui donnons, sa grâce fera le reste, par l'intercession de la Vierge Marie, des anges et de tous les saints.
Notre-Dame de la Délivrande au Morne-Rouge (Martinique)
Notre-Dame de la Délivrande au Morne-Rouge (Martinique)

Notre-Dame de la Délivrande au Morne-Rouge (Martinique)

La foi : don gratuit - Homélie 19° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

    Alors que nous venons de fêter Édith Stein (9 août), devenue sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, nous arrivons aujourd'hui au début du chapitre 9 des Romains. Les chapitres 9, 10 et 11 de la lettre de saint Paul aux Romains sont un casse-tête, une croix pour les exégètes. Dans ces chapitres, saint Paul traite d'un problème douloureux pour lui, personnellement, sur le plan affectif, et pour les théologiens aussi, sur le plan intellectuel. Il s'agit du mystère de la non acceptation de Jésus comme Messie par le peuple juif dans son ensemble.

    Dieu avait préparé les juifs  à la venue du Messie, avec beaucoup de patience, pendant près de 2000 ans. Pourtant, quand Jésus est venu, il a suscité la controverse et le rejet, plus que l'accueil chaleureux. Paul énumère tous les privilèges dont le Peuple Élu avait bénéficié en exclusivité tout au long de l'Ancien Testament. Il rappelle le rôle unique que Dieu avait imparti au Peuple d'Israel dans l'Histoire du salut, en le préparant progressivement à donner au monde son Sauveur. Mais ensuite il consacre le reste de ces chapitres à affronter la réalité mystérieuse de cette nation, qui, dans son ensemble, n'a pas reconnu ni accepté le Messie lors de sa venue.

    De nombreux Juifs l'ont accueilli, parmi lesquels saint Paul lui-même, la Vierge Marie aussi, et les autres Apôtres, mais pas la communauté des Israélites en tant que communauté. Pourquoi pas ? Dieu a-t-il été infidèle à ses promesses, a-t-il abandonné le Peuple Élu, n'aurait-il pas pu changer leurs coeurs ? Durant les dimanches à venir nous allons suivre les réflexions et les conclusions de l'auteur, mais déjà aujourd'hui nous pouvons voir une implication de cette mystérieuse réalité : la foi, la foi qui nous met dans une vraie relation avec Dieu, mais qui n'est pas quelque chose d'automatique, et qui relève de la responsabilité personnelle de chacun. Sinon, vu de l'extériieur, nous pourrions paraître proches de Dieu, mais en reallité très éloignés de lui.

    Ceci est une des raisons pour lesquelles plusieurs confessions chrétiennes non catholiques rejettent la pratique du baptême des petits enfants. Pour ces chrétiens, la foi est un engagement personnel à suivre Jésus Christ, et le baptême symbolise cet engagement. C'est pourquoi, pour eux, cela n'a pas de sens de baptiser un bébé, parce que celui-ci est incapable d'un engagement personnel. Ils oublient que la foi (et le baptême) est beaucoup plus qu'un "engagement personnel", bien que la foi (et le baptême) soit aussi cela ! La foi est d'abord, et surtout, un don de Dieu, un effet de la grâce de Dieu. C'est ce qui fait que la foi n'est pas une "auto-médication", une manière de se sauver soi-même.

    Jésus nous a sauvés alors que nous étions encore pécheurs, et c'est son amour sauveur qui change nos coeurs, et non pas l'inverse. Voilà pourquoi l'Église catholique baptise les enfants en bas âge : à cause de la générosité inconditionnelle avec laquelle Dieu nous offre le salut, non pas comme une récompense pour quelque chose que nous aurions accompli, mais uniquement grâce à son amour pour nous.

    Comme chaque sacrement, le baptême, c'est Dieu qui agit principalement, c'est lui qui s'engage, et non pas l'homme. C'est la même confusion qui règne à propos de la confirmation. Quand je demande ce qu'est la confirmation, la plupart du temps, la réponse est : c'est quand on confirme son baptême. "On", ici, c'est l'homme. Même chose pour le mariage : si les mariés oublient que c'est Dieu d'abord qui s'engage dans leur mariage, et non pas eux, il n'est plus question de la grâce. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que l'engagement des époux ne tienne pas la route.

    Les Évangiles nous rapportent que plusieurs parents demandaient à Jésus de venir guérir leurs enfants malades ou mourants, alors que ces enfants eux-mêmes n'avaient rien demandé. Eh bien, de la même manière les parents catholiques, en demandant le baptême pour leur nouveau-né, demandent à Dieu de venir donner à leur enfant ce don de la grâce, alors qu'ils sont trop petits pour le demander eux-mêmes. Les chrétiens non catholiques qui critiquent le baptême des petits enfants sont dans l'erreur. Ils oublient que l'amitié avec Jésus commence avec un don gratuit : la grâce de Dieu.

    Par contre, ils ont raison de critiquer les Catholiques qui ne s'attachent qu'à un rituel purement extérieur sans entretenir une relation personnelle avec Jésus, sans prendre leur place dans la communauté de l'Église. Des parents qui demandent le baptême pour leurs enfants, mais qui ne leur donnent pas l'exemple d'une vie chrétienne authentique, qui ne leur apprennent pas à prier, qui ne particpent pas à la vie de leur paroisse et de la cité, etc ... ne font leur devoir qu'à moitié. Et nos frères chrétiens séparés ont raison alors de les rappeler à leur devoir. Si nous ne faisons rien pour développer personnellement la foi reçue au baptême, nous passerons inévitablement à côté de ce que Dieu a préparé pour nous dans son amour infini.

    Maintenant, il est possible que Dieu appelle certains d'entre nous à une intimité particulière avec lui, à une vocation particulière dans l'Église. Comme il l'a fait avec Élie dans la première lecture, et avec saint Paul lui-même, Dieu appelle certains à devenir des soldats spirituels dont la prière, le témoignage et le ministère protège et renouvelle constamment l'alliance conclue par Dieu avec son Peuple Élu, l'Église. Ce sont les prêtres, les missionnaires, les moines et moniales, religieux et religieuses, les laïcs consacrés ... qui sont autant de rappels pour les autres baptisés et pour le monde entier de l'amour que Dieu a pour chacun en particulier et de son action inlassable dans l'histoire des hommes.

    Si vous entendez cet appel - et cela peut être très jeune, dès l'âge de trois au quatre ans pour certains - n'attendez pas, ne doutez pas ! Allez trouver un prêtre, allez rencontrer le ou la responsable de telle communauté religieuse, de tel séminaire. Dieu atttend votre réponse ! Si elle est généreuse, Dieu ne se laissera pas vaincre en générosité. Et si vous en connaissez qui pensent être appelés par Dieu, priez pour eux, encouragez-les, soutenez-les. Et vous les parents, s'il s'agit de l'un (ou de plusieurs) de vos enfants, ne le(s) découragez jamais ! Cela peut être un sacrifice pour vous, surtout si Dieu les appelle dès leur plus jeune âge, mais, souvenez-vous, ces enfants ne vous appartiennent pas. Ils vous ont été confiés par Dieu et ils sont d'abord ses enfants à lui. Dieu vous les prête seulement; et s'il appelle votre fils ou votre fille à le suivre de plus près, lui-même prendra leur place dans votre famille, il vous bénira, car il est fidèle. Quant à vous tous, même si vous n'êtes pas appelés à consacrer votre vie à la prière et à l'apostolat, et si Dieu n'appelle aucun de vos enfants à lui donner leur vie d'une manière aussi radicale, vous devez néanmoins tous prier et servir, prendre une place active dans la vie de l'Église et de la société.

    Durant cette Eucharistie, comme lors de chaque messe, écoutons attentivement cette "voix d'un fin silence" (c'est la traduction du texte hébreu, rendu par la Septante par le "murmure d'une brise légère"), tout comme Élie, saint Paul, la Vierge Marie, dont nous allons célébrer l'Assomption dans quelques jours, pour que Dieu puisse parler à notre coeur sur la montagne où il nous a tous appelés. Et si notre foi est sur le point de sombrer, dans les tempêtes de ce monde, crions vers Jésus : 
« Seigneur, sauve-moi ! » 
 
« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    C'est encore un extrait très bref mais dense du chaptre 8 de la lettre de saint Paul aux Romains que nous venons d'entendre. Dimanche dernier nous nous sommes rappelés que l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, notamment dans la prière, car "nous ne savons pas prier comme il faut". Aujourd'hui, saint Paul nous assure que Dieu fait tout contribuer au bien des hommes, s'ils aiment Dieu.

    Si nous nous contentons d'une lecture superficielle, cela pourrait nous faire penser à tort que la vie chrétienne est une vie sans problèmes, comme une autoroute tracée d'avance à travers un paysage merveilleux vers un pays de rêve. Bonnes vacances ... Oui, mais ... Il suffit de relire ce qui précède au chapitre 8 pour se rendre compte que ce n'est pas vrai. Quand saint Paul dit que Dieu fait "tout" contribuer au bien de ceux qui l'aiment, ce "tout", c'est, dans l'immédiat (le temps présent), surtout des évènements ou des situations qui sont l'occasion de beaucoup de souffrances et d'angoisses :

"J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous" (v. 18).
"Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance ... Et elle n'est pas la seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance" (v. 22.23).

    Plus loin, il cite le psaume 44, 23, qui dit :

"C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, on nous prend pour des moutons d'abattoir" (v. 36).

    Nous vivons à une époque où tout une légion de marchands de bonheur (les apôtres de la "prosperity theology" notamment) nous promet le succès dans la facilité, par des méthodes "sans peine", et pas seulement pour l'apprentissage des langues étrangères. Ce sont des menteurs. Saint Paul n'est pas de ceux-là ! Il n'est pas non plus celui qui broie du noir. Il nous parle d'espérance :

"Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance ; voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment peut-on l'espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance" (v. 24-25).

    Il y a 150 ans, la Vierge Marie promettait à la petite Bernadette de la rendre heureuse, "non pas en ce monde, mais dans l'autre". Toutes les épreuves qu'elle a connues sur terre, sa maladie, les persécutions, les incompréhensions, les moqueries, mais surtout la souffrance de ne plus voir celle qu'elle avait vue ..., tout cela, le Seigneur l'a fait contribuer à son bien, et ce bien, Bernadette l'a attendu avec persévérance.

 
 

    Puisque, dans l'évangile, nous sommes dans les paraboles, voici une parabole de saison, une parabole des temps modernes :

    Le Royaume de Dieu est semblable à une famille du nord de la France qui part en vacances à la Côte d'Azur. Les jours précédant le départ ont été très stressants. Il fallait que tout soit près, et il y avait encore tant à faire. Voilà enfin arrivé le grand jour tant attendu ! Tous les bagages sont chargés, les enfants installés. Au début tout va bien. Quelle chance de pouvoir partir. Quel soulagement ! Seulement, voilà, on l'avait oublié : ce jour-là, Bison futé voyait rouge. Avec des centaines de kilomètres de bouchons, la route n'en finit pas. Les nerfs, déjà fatigués, sont mis à rude épreuve. Un moment d'inattention ... On a failli louper une bretelle d'autoroute. On a même frôlé l'accident ! Une pause s'impose. Il faut faire le plein de carburant. Le chauffeur doit se reposer, les enfants se dégourdir les jambes. Madame en profite pour lancer un petit coup de fil à ses parents :

- Allo maman ?
- Vous êtes déjà arrivés ?
- Oh non ... nous sommes encore très loin ... Il y a plein d'embouteillages ! On n'avance pas ... Mais, tant pis, on est content. C'est les vacances !

 
http://terresacree.org/images/embouteillages3.jpg

"Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour.
Ceux qu'il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l'image de son Fils, pour faire de ce Fils l'aîné d'une multitude de frères.
Ceux qu'il destinait à cette ressemblance, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a justifiés, il leur a donné sa gloire."

    Nous connaissons la (pré)destination. Mais la route de la transformation à l'image du Fils crucifié et ressuscité est encore longue. En attendant, être dans les bras de la Providence, c'est déjà les vacances, même si on n'est pas encore arrivé ! Bonne route avec la sagesse de Salomon et la joie de l'homme qui a trouvé un trésor caché !
Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire
Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire
Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire

Quand souffrance rime avec espérance, vacances et Tour de France - Homélie 15° dimanche du T.O.A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Le chapitre 8 de saint Paul aux Romains est un des chapitres les plus célèbres de tout le Nouveau Testament. Dans les chapitres précédents, l'auteur a expliqué que la Loi de l'Ancien Testament n'a aucun pouvoir pour nous sauver du péché. Son utilité est de nous aider à découvrir que nous avons besoin de la grâce de Dieu. Cette grâce est venue dans le monde, plus abondante que ce que quiconque aurait pu imaginer, en Jésus Christ.

    Au chapitre 8, Paul poursuit en expliquant les conséquences de tout cela pour le
combat spirituel dans un monde déchu. Son message peut se résumer en deux mots : espérance illimitée. Tant que nous sommes unis à la grâce de Dieu, et que nous nous efforçons à vivre en amis du Christ par la prière, les sacrements et les exercices des vertus, absolument rien ne doit affaiblir notre confiance en Dieu. Voilà le coeur du message de Romains, chapitre 8.

    Dans le
passage que nous venons d'entendre, saint Paul applique cette espérance surnaturelle à quelque chose qui nous est familier : la souffrance. Dans ces versets, il explique comment il y a fait face. Il écrit :
 


"J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous."
 


    Il ne nie pas la douleur que la souffrance peut engendrer - lui-même a été calomnié, flagellé, emprisonné, lapidé, naufragé, rejeté et trahi tout au long de son apostolat. Il sait ce que souffrir veut dire. Mais il nous montre comment regarder nos souffrances : dans la perpective de la gloire. Ce que Dieu réserve pour ceux qui le suivent fidèlement est incomparablement plus grand et durable que les pires des souffrances imaginables de cette vie ! Voilà le point de vue de saint Paul, que chaque chrétien peut et doit partager. Alors, souvenons-nous toujours que souffrance rime avec espérance.

    Il n'a rien inventé, saint Paul. Il le tient de Jésus. Dans les quatre évangiles, les quatre premiers livres du Nouveau Testament, le mot "cieux" apparaît 122 fois. Dans presque toutes ses paraboles, Jésus nous encourage à regarder plus loin que le bout de notre nez. Dans celle que nous venons d'entendre, par exemple, la motivation est dans les fruits abondants que finit par produire le grain qui est tombé dans la bonne terre. Cette semence doit faire face à trois obstacles principaux : les oiseaux, le sol pierreux, et les ronces. Jésus nous explique que ces trois obstacles représentent trois types de souffrance :
    - les attaques du démon usant de ses tromperies et ses mensonges ;
   - nos propres tendances égoïstes qui risquent de nous décourager quand il devient difficile de suivre le Christ ;
    - le monde qui nous entoure, qui peut saper notre énergie par ses soucis et ses séductions.

    Comment Jésus stimule-t-il ses auditeurs à le suivre en dépit de toutes les difficultés et les épreuves que cela comporte ? Il tourne leur regard vers le résultat, la moisson, la vie éternelle. C'est toujours ce qu'il fait. Souvenez-vous des béatitudes : "Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ; bienheureux ceux qui ont un coeur pur, car ils verront Dieu ..." Chaque béatitude nous enseigne à considérer nos souffrances à la lumière de la gloire à venir. L'Église fait de même. À chaque eucharistie, nous prions, par exemple :

    Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ;
    par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves
    en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets
    et l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur.
            (expectantes beatam spem et adventus Salvatoris nostri Iesu Christi.)

    Nous pourrons surmonter la souffrance, en trouver le sens et y puiser la force seulement si nous la mettons dans la perspective de l'éternité.

    Nous pouvons probablement tous être d'accord avec le fait que la perspective du ciel pourrait être comme un antidote au découragement qui nous guette dans les multiples épreuves de la vie. La question qui se pose est : comment garder cette perspective présente à notre esprit ? Nous n'y sommes jamais allés, au ciel !

   
Les autres lectures peuvent nous suggérer une tactique pour y arriver. Dans la première, Dieu compare sa grâce à la pluie. De même que la pluie ne manque jamais de faire pousser les récoltes, la grâce fait se lever en nos coeurs toutes sortes de fruits Le Psaume nous décrit le cycle mystérieux des saisons. Dans l'Évangile, de même, Jésus emploie une image empruntée au domaine de la nature pour nous enseigner une vérité concernant le Royaume des Cieux. Le commun dénominateur saute aux yeux : les beautés et les merveilles de la création sont des indices de la beauté de Dieu lui-même, des reflets de la gloire du ciel.

    Lorsque, dans la foi, nous admirons les merveilles de la création, celles-ci nous rappellent que Dieu est tout-puissant, omniscient et toute bonté. C'est ainsi qu'elles nous aident à considérer nos souffrances et nos combats dans la perspective dont nous parle saint Paul. Toutes ces merveilles sont l'oeuvre de Dieu, des reflets de la gloire du ciel.

    Comme le disait Benoît XVI (audience du 9 novembre 2005) :

 


"Le premier signe visible de cette charité divine - dit le Psalmiste - doit être recherché dans la création (...) Le regard, rempli d'admiration et d'émerveillement, s'arrête tout d'abord sur la création :  les cieux, la terre, les eaux, la lune et les étoiles (...) il y a une révélation cosmique, ouverte à tous, offerte à toute l'humanité par l'unique Créateur (...) Il existe donc un message divin, secrètement inscrit dans la création et signe du hesed, de la fidélité amoureuse de Dieu qui donne à ses créatures l'existence et la vie, l'eau et la nourriture, la lumière et le temps."
 


    Voilà ce qu'on découvert tous les saints. Saint Augustin l'exprime admirablement :
 


"Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent : Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (confessio). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Pulcher), non sujet au changement ? " (Serm. 241, 2, cité par le CEC n. 32).
 


    Jean Paul II, lui aussi, en avait une conscience très aigüe :
 


"Et bien, face à la gloire de la Trinité dans la création, l'homme doit contempler, chanter, retrouver l'émerveillement. Dans la société contemporaine, l'on devient aride 'non pas par manque de merveilles, mais par manque d'émerveillement' (G.K. Chesterton). Pour le croyant, contempler le créé est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse (...) La nature devient alors un Évangile qui nous parle de Dieu :  'La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur' (Sg 13, 5). Paul nous enseigne que 'ce qu'il a d'invisible [Dieu] depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité' (Rm 1, 20). Mais cette capacité de contemplation et de connaissance, cette découverte d'une présence transcendante dans le créé doit nous conduire également à redécouvrir notre fraternité avec la terre, à laquelle nous sommes liées à partir de notre création même (cf. Gn 2, 7). (Audience du 26 janvier 2000)
 


    Tout à l'heure je vous faisais remarquer que souffrance rime avec espérance. Je pourrais maintenant ajouter : ... et avec vacances. Petits ou grands, pendant ce temps de loisirs, nous avons tous, d'une manière ou d'une autre, l'opportunité de faire cet exercice qui n'est quand même pas trop fastidieux : saisir toutes les occasions qui nous sont offertes pour nous mettre à l'écoute du langage silencieux de la création, nous émerveiller de toutes les beautés qui s'y trouvent et en rendre grâce au Seigneur. C'est un agréable devoir de vacances, dont nous ne manquerons pas de tirer beaucoup de fruits !

    Et puis, je sais que certains d'entre vous suivent de près la plus grande des courses cyclistes de l'année : Tour de France, ça rime aussi avec souffrance. Les coureurs qui prennent le départ, voient-ils la ligne d'arrivée ? Non ! Même au bout d'une semaine, ils ne sont pas encore près de la voir. Pourtant, que de souffrances ! Ils "attaquent" les Alpes et les Pyrénées, tout cela pourquoi ? Dans l'espérance de remporter la victoire finale, ou, du moins, pour pouvoir revêtir l'un des maillots, ou pour que leur chef de file puisse en remporter un. Or, personne n'est sûr de gagner. Avec le Seigneur au moins, au milieu des souffrances qui sont les nôtres, nous avons tous la certitude de remporter la victoire finale.

Quand souffrance rime avec espérance, vacances et Tour de France - Homélie 15° dimanche du T.O.A

Le combat spirituel - la chair et l'Esprit - Homélie 14° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Les lettres de saint Paul occupent une place importante dans le Nouveau Testament. Depuis sa conversion saint Paul a passé une grande partie de sa vie à parcourir l'Empire romain pour annoncer "son" Évangile et fonder des communautés chrétiennes. Une fois la communauté établie, il se rendait dans une autre localité pour y fonder une autre, maintenant le contact avec les précédentes par le moyen de lettres. Au moins treize de ces lettres ont été plus tard reconnues par le Magistère comme étant "canoniques", c'est-à-dire écrites sous l'inspiration du Saint Esprit. Chaque lettre est désignée par le nom de la ville (ou de la personne) à laquelle il écrivait : "Éphésiens" veut dire la lettre de saint Paul à la communauté chrétienne de la ville d'Éphèse, par exemple.

    La lettre aux Romains, dont nous avons entendu
un extrait, est la plus longue de toutes. Elle est unique en ceci surtout qu'elle est la seule que Paul ait écrite à une communauté chrétienne qu'il n'avait pas fondée lui-même. La foi chrétienne était déjà enracinée à Rome avant qu'il n'arrive. Mais c'était son grand désir de s'y rendre, puisque c'était la capitale de l'Empire. Il a écrit sa lettre pour se présenter et pour faire connaître son enseignement à cette communauté respectée de tous. Pour cette raison, la lettre aux Romains est théologiquement la plus systématique de toutes. Les autres lettres traitent de problèmes spécifiques auxquelles les communautés devaient faire face. La lettre aux Romains est plutôt une présentation synthétique de la sagesse théologique de l'auteur.

    Le passage que nous venons d'entendre touche à l'un des thèmes favoris de Paul : la dynamique du combat spirituel. Mieux nous comprendrons les tenants et les aboutissants de ce combat, et mieux nous pourrons mener le combat que nous avons à mener en tant que chrétiens, et même, tout simplement, en tant qu'êtres humains tout court.

    Saint Paul avait commencé sa lettre par une discussion assez serrée au sujet de la nécessité du salut, et le rôle de la foi pour l'accueillir. Au chapitre 8, d'où le passage de ce jour est extrait, il envisage l'expérience de quelqu'un qui mène déjà cette vie de croyant. C'est par la foi que nous recevons la grâce de Dieu. Dieu nous envoie son Esprit qui fait de nous des enfants du Père, des créatures nouvelles dans le Christ, en un mot : des chrétiens. Ainsi nous expérimentons la puissance de la grâce, qui nous pousse à suivre le Christ et à mener une vie semblable à la sienne, pleine de courage, de sagesse, de bienveillance, de joie et d'abnégation.

 


"Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur."
 


    Comme le dit saint Paul, nous sommes "dans l'Esprit", "nous appartenons au Christ" parce que "nous avons l'Esprit du Christ", et son Esprit "demeure" en nous. La vie selon (ou dans) l'Esprit : voilà encore une expression coutumière de saint Paul qui résume la manière de vivre en chrétien.

    Dans l'ordre de la nature, nous reconnaissons les membres d'une même famille grâce à leurs traits communs, leur manière de parler et de faire, leurs habitudes. Exactement de la même manière, nous dit saint Paul, le monde devrait pourvoir reconnaître un chrétien en voyant la même humilité, la même force d'âme, le même amour, la même douceur (à ne pas confondre avec la mollesse) que celle du Christ. Voilà la puissance positive dans la vie chrétienne. Comme une jeune pousse plantée dans une bonne terre, notre identité chrétienne a été implantée dans nos coeurs par le baptême. Lentement mais sûrement la pousse se développe, s'épanouit et se transforme en un arbre majestueux. Exactement de la même manière la grâce s'affermit en nous pour que notre être puisse arriver à maturité. Cette maturité n'est rien d'autre que la sainteté. Un saint, c'est un chrétien arrivé à maturité.

    Et pourtant notre expérience nous montre tous les jours qu'il ne suffit pas d'être chrétien pour vivre le ciel sur la terre. Nous croyons au Christ, nous avons été baptisés et confirmés, nous sommes nourris par l'Eucharistie et guéris de nos blessures par le sacrement de la Réconciliation. Mais même avec tous ces secours spirituels, nous expérimentons tous les jours les pulsions de l'égoïsme, de la paresse, de l'envie, du découragement et de toutes les autres tentations qui proviennent du monde du péché et de la mort. L'Esprit est à l'oeuvre en nous, mais le péché aussi. La vie dans l'Esprit n'est que la puînée, la cadette de la vie selon la chair, et le péché ne cesse de réclamer son droit d'aînesse. Notre nature humaine déchue nous tire vers le bas et nous résistons à l'oeuvre de l'Esprit. Lorsque nous cédons à ces mouvements vers le bas, nous nous détournons de la vie dans l'Esprit et nous nous abandonnons à la vie selon la chair.

    Attention : le mot "chair" est l'un des termes employés par saint Paul et très souvent compris de travers. Quand saint Paul parle de la "chair" (charnel), il se réfère à cette tendance égoïste que nous portons tous en nous. Il ne dit pas que notre corps est mauvais, et que les plaisirs que le corps nous procure sont suspects. Comment le seraient-ils, puisque ils sont voulus par Dieu ? Ce que saint Paul veut dire, c'est que, à cause du péché originel, nous avons tous tendance à nous complaire exagérément et égoïstement dans ces plaisirs. C'est cela, vivre selon la chair. Le démon et les structures de péché dans lesquels nous baignons nous poussent constamment en ce sens.

    La chair et l'esprit ici ne signifient donc pas le corps opposé à l'âme. La chair désigne la créature (l'âme aussi bien que le corps !) laissée à elle-même, à ses propres forces, sans le secours de l'Esprit Saint.

    Pensons ici à ce que dit Jésus à Simon Pierre après sa profession de foi :

 


"Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux." (Mt 16, 17)
 


    ou encore :
 


"C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien." (Jn 6, 63)
 


    Mais avec saint Paul , à cette idée biblique traditionnelle va s'ajouter celle de la perversion de l'homme naturel, due à son péché. Le péché ne se confond évidemment pas avec sa condition de créature, et pas davantage avec sa corporéité. Mais il se manifeste dans une préférence malheureusement accordée au désir égoïste de la jouissance immédiate, plutôt qu'à l'obéissance à la Parole de Dieu, qui nous incite à une foi par laquelle nous aurions rejoint le Dieu invisible. Ainsi la "chair", devenant esclave de l'esprit du mal par le péché, va-t-elle, d'une part, apparaître comme non seulement étrangère mais carrément opposée à l'Esprit de Dieu ; et, d'autre part, sans du tout se confondre avec le corps, deviendra-t-elle caractérisée par le dérèglement de ses désirs naturels. C'est pour cela que saint Paul dira :
 


"Je traite durement mon corps, et je le réduis en esclavage." (1 Co 9, 27)
 


    C'est la vie dans l'Esprit, et non la vie charnelle, qui nous mène à une plus grande communion avec Dieu, et c'est cette communion que est la source du vrai bonheur, d'un bonheur durable. Ainsi, saint Paul nous encourage-t-il à vivre dans l'Esprit et non pas selon la chair :
 


"Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez."
 


    Par la chair - non seulement nos péchés, mais nos propres efforts pour le vaincre, même par l'ascèse la plus rigoureuse, comme dans le boudhisme - nous ne sommes capables de rien. Puisque c'est l'âme qui a péché, le corps n'étant que son instrument, c'est l'âme elle-même qui a le plus besoin d'être sauvée. Seul l'Esprit de Dieu pourra, en la délivrant de l'esclavage de ses désirs orgueilleux, restaurer avec elle le corps dans la gloire finale à laquelle Dieu destine l'homme tout entier.
 


"Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes ...
 


(Ce verset  a été sauté dans le découpage liturgique !)
 


"... Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous."
 


    Nous voyons poindre ici l'expérience personnelle de saint Paul sur le chemin de Damas, expérience fondamentale qui a bouleversé sa vie et qu'il n'a cessé d'approfondir. Il n'était coupable d'aucun "péché de la chair", selon le sens que nous donnons spontanément à cete expression, d'aucun écart à la loi. Il avait, pensait-il, parfaitement dompté son corps et ses désirs déréglés. Mais son esprit rempli d'orgueil l'empêchait d'accueillir la grâce du salut par la foi. Il voulait se sauver par les oeuvres.

    Un jour, j'ai reçu les confidences d'un jeune, très généreux, un modèle de vertu et de maîtrise de soi peu commune. Dans sa prière, il avait dit à Dieu que, contrairement à tous ses camarades, il voulait rester chaste, mais - et c'est ici que le bât blesse - qu'il ne voulait pas que Dieu vienne à son secours par la grâce pour l'aider à tenir son engagement. C'était sa manière à lui de prouver à Dieu qu'il l'aimait. Mais quel orgueil, caché sous cette apparente générosité !

    - Eh bien, me dit-il, je suis tombé dans le panneau. Je suis tombé dans les bras d'une fille.

    J'ai pensé alors à la parole de Jésus :

 


"En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire" (Jn 15, 5).
 


    Vivre selon la chair, c'est vouloir se sauver soi-même ; c'est dire à Jésus : - Moi, je n'ai pas besoin de toi, car je suis quelqu'un de bien, pas comme les autres. Je suis gentil, je rends service, je suis honnête, je ne fais rien de mal. Alors, je n'ai pas besoin de prier, d'aller à la messe, de me confesser. Je n'ai pas besoin de l'Église. Je n'ai pas besoin de Jésus.

    Dans l'évangile nous voyons Jésus exulter de joie sous l'action de l'Esprit Saint :

 


"Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits."
 


    Avant sa rencontre avec Jésus Saul de Tarse était ce sage, ce savant, très doué, généreux à l'extrême, mais étranger au mystère de la foi et à la vie dans l'Esprit. Ensuite il est devenu l'un de ces "tout-petits" à qui le Père à révélé ce mystère, et par qui le Père le révèle aujourd'hui à nous.

"Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler."

    Saint Pierre, de même était l'un de ces petits :

 


"Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle." (Mt 16, 17-18)
 


    Comme c'est fatiguant de vouloir se battre en ne comptant que sur soi-même, dans une sorte de course à l'auto-glorification ! Comme c'est reposant de savoir que le démon n'aura pas le dernier mot ...
 


"Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos."
 


    Voilà le combat spirituel. Voilà le terrain sur lequel se déroule quotidiennement le drame de notre salut, dans chacune de nos vies, alors que l'Esprit et la chair se disputent notre adhésion. Aujourd'hui, alors qu'une fois encore, Jésus nous affermit dans la vie selon l'Esprit en nous nourrissant par sa Parole et par son Eucharistie, renouvelons notre foi et notre confiance en lui, et demandons-lui humblement et avec confiance de nous aider à combattre pour son Royaume en menant cette semaine, et chaque semaine qui nous reste à vivre, avec courage la vie dans l'Esprit.

Le combat spirituel - la chair et l'Esprit - Homélie 14° dimanche du Temps Ordinaire A

Dieu et le courage - Homélie 12ème dimanche du T.O. A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

   
 
Le 11ème dimanche du T.O., c'était l'envoi en mission des Douze. Aujourd'hui, Jésus leur dit qui ils ne doivent pas craindre. Ce ne sont pas des paroles en l'air. Entre ces deux passages, Jésus avait dit :
 

"Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups (...) Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi (...) Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ..."
 

    Et c’est ici que commence l'évangile d’aujourd’hui. C'est alors que Jésus poursuit en disant : "Ne craignez pas les hommes ...".

    L'envoyé du Seigneur ne peut pas annoncer la Parole "à te
mps et à contretemps", selon l'expression de saint Paul, sans s'attirer l'inimitié du monde. Inévitablement il sera persécuté. Mais c'est cette même Parole qui lui donne la force de persévérer jusqu'au bout (cf. 1° lect).

    Pour nous, ces mots évoquent irrésistiblement la figure de Jean Paul II (1920-2005), le Pape dont tout l'héritage pourrait se résumer en ces mots du début de son pontificat : "N'ayez pas peur". Ils vont donner le ton de ses 25 ans de pontificat. Ils sont devenus célèbres. Rien qu'en français, on en a fait le titre d'un livre, d'un DVD et d'un spectacle.

    Ce qu'on a peut-être tendance à oublier, comme pour tous les mots célèbres, ce sont les circonstances dans lesquelles ils ont été prononcés. Le dimanche 22 octobre 1978, quelques jours après son élection sur le trône de Saint-Pierre, Karol Wojtila, devenu Jean Paul II, s'adresse à 250.000 fidèles réunis sur la place Saint-Pierre ainsi qu'aux délégations diplomatiques et aux télévisions du monde entier :

 

"Frères et soeurs, n'ayez pas peur d'accueillir le Christ et d'accepter son pouvoir ! N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N'ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu'il y a dans l'homme ! Et lui seul le sait !"
 

    Le message est adressé par le pape aux catholiques du monde entier et surtout à ses compatriotes de Pologne et à l'ensemble des Européens de l'Est qui vivaient encore sous le joug soviétique. Appelant chacun à ne plus avoir peur de qui que ce soit, y compris de soi-même, le jeune pape - il n'a alors que 58 ans ! - sonne le glas des régimes communistes européens.

    Plus tard, il opérera un retour sur l'Histoire en évoquant avec force et lucidité les totalitarismes païens du XXe siècle :

 

"On ne peut pas oublier que c'est la négation de Dieu et de ses commandements qui a créé au siècle passé la tyrannie des idoles, exprimée dans la glorification d'une race, d'une classe, d'un parti, de l'État ou de la nation. Si l'on supprime les droits de Dieu, les droits de l'homme ne sont plus respectés." (16 décembre 2002)
 

    Dans "Levez-vous ! Allons !", livre dans lequel le pape slave médite sur la vocation épiscopale, et plus précisément dans la sixième et dernière partie intitulée "Dieu et le courage", Jean Paul II rappelle la mémoire de "tant d’évêques intrépides". Pour comprendre les sources de son célèbre "N’ayez pas peur", relisons le passage où il honore la dette qu’il avait à l’égard de Mgr Wyszynski, quand il reprend à son compte ses paroles de feu :
 

"Pour un évêque le manque de force est le début de la défaite. Peut-il continuer à être apôtre ? Pour un apôtre en effet, le témoignage rendu à la vérité est essentiel. Et exige toujours la force."
 

    Et encore :
 

"La plus grande faiblesse de l’apôtre est la peur. C’est le manque de foi dans la puissance du Maître qui réveille la peur ; cette dernière oppresse le cœur et serre la gorge. L’apôtre cesse alors de professer. Reste-t-il apôtre ? Les disciples, qui abandonnèrent le maître, augmentèrent le courage des bourreaux. Celui qui se tait face aux ennemis d’une cause enhardit ces derniers. La peur de l’apôtre est le premier allié des ennemis de la cause. 'Par la peur contraindre à se taire', telle est la première besogne de la stratégie des impies. La terreur utilisée par toute dictature est calculée sur la peur des apôtres. Le silence ne possède son éloquence apostolique que lorsqu’il ne détourne pas son visage devant celui qui le frappe. C’est ce que fit le Christ en se taisant. Mais par ce signe, il démontra sa propre force. Le Christ ne s’est jamais laissé terroriser par les hommes. Sorti dans la foule, il dit avec courage : 'C’est moi.'"
 

    Le cardinal Dziwisz, dans "Une Vie avec Karol", revient également sur le "N’ayez pas peur" inaugural du pontificat, "appel inoubliable", "défi … sans précédent". Pour le fidèle Stanislaw, il y avait là contenu "tout son projet de vie, le projet de son cœur, de sa piété et, en même temps, le projet du service pastoral qu’il était, en digne successeur de Pierre, en train de bâtir pour l’Église universelle". La "devise de sa vie", devint par là même les "lignes directrices de son pontificat".
 

"Derrière ces paroles se cachait la volonté d’insuffler de la force et du courage, en particulier aux nations réduites en l’esclavage auxquelles il faisait découvrir la liberté."
 

    Les Soviétiques ont pu croire un temps, analysant à tort de manière politique cette élection de tous les dangers pour eux, qu’il serait certainement possible de neutraliser ce pape venu de l’Est. Mais c’était oublier, nous rappelle Mgr Dziwisz, que le "fameux N’ayez pas peur" ne venait pas d’une idéologie mais "de l’application de l’Évangile, de l’imitation du Christ".

    Toute la vérité de sa force s’explique par la force de la vérité elle-même.

 

"Riche de ces paroles, le nouveau pape commença à parcourir le monde et, sous mes yeux, à le transformer."
 

    La vocation universelle à laquelle Jean-Paul II a si bien répondu et en même temps appelé tout homme de bonne volonté, vocation mondialiste, pourrait-on presque dire, cette vocation si large faisait partie de sa mémoire, de son histoire, de l’héritage de sa foi et de sa culture qu’il avait emporté de sa patrie jusque sur la chaire de Pierre. De cette devise naîtra la grande intuition développée dans la toute première encyclique :
 

"Il faut constamment remonter au 'N’ayez pas peur', car il est source de l’inspiration de Jean-Paul II pour identifier l’idée maîtresse de Redemptor hominis : l’homme, puisqu’il a été racheté par le Christ, est la 'route' de l’Église, l’homme dans son intégrité d’âme et de corps, dans sa tension constante entre vérité et liberté. Oui, au moins à ce moment-là, au moins dans certains milieux, dans une situation ecclésiale encore marquée par certaines peurs du passé, il se peut que cette notion ait aussi surpris, déconcerté. Mais elle a fini par s’imposer comme le programme de toute l’Église, le programme du pontificat et aujourd’hui, encore, elle n’a rien perdu de son actualité. Elle fait partie de son magistère, de la mission de la communauté ecclésiale".
 

    Ce 'N’ayez pas peur' est en effet non pas enterré avec celui qui l'a prononcé, ni avec Jésus, ni avec Jean Paul II, mais poursuit sa course, telle une fusée une fois lancée sur orbite. Elle atteint le cœur de tous ceux qui veulent être fidèles à l’esprit de Jean-Paul II et, au-delà de lui, à son successeur. Car Benoît XVI a repris le témoin et a fait entendre de manière nouvelle une devise devenue un mot d'ordre pour toute l'Église, élargissant l’appel de Jean-Paul II, l’extirpant de son  interprétation historique immédiate et de son conditionnement communiste, même si des pays comme la Chine, la Corée du Nord ou Cuba, par exemple, restent encore tributaires de ce premier sens-là. Voici comment Benoît XVI concluait l’homélie de la messe inaugurale de son pontificat :
 

"En ce moment, je me souviens du 22 octobre 1978, quand le Pape Jean-Paul II commença son ministère ici, sur la Place Saint-Pierre. Les paroles qu’il prononça alors résonnent encore et continuellement à mes oreilles : 'N’ayez pas peur, au contraire, ouvrez tout grand les portes au Christ'. Le Pape parlait aux forts, aux puissants du monde, qui avaient peur que le Christ les dépossède d’une part de leur pouvoir, s’ils l’avaient laissé entrer et s’ils avaient concédé la liberté à la foi. Oui, il les aurait certainement dépossédés de quelque chose : de la domination de la corruption, du détournement du droit, de l’arbitraire. Mais il ne les aurait nullement dépossédés de ce qui appartient à la liberté de l’homme, à sa dignité, à l’édification d’une société juste. Le Pape parlait en outre à tous les hommes, surtout aux jeunes.

"En quelque sorte, n’avons-nous pas tous peur – si nous laissons entrer le Christ totalement en nous, si nous nous ouvrons totalement à lui – peur qu’il puisse nous déposséder d’une part de notre vie ? N’avons-nous pas peur de renoncer à quelque chose de grand, d’unique, qui rend la vie si belle ? Ne risquons-nous pas de nous trouver ensuite dans l’angoisse et privés de liberté ? Et encore une fois le Pape voulait dire: Non ! Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie. Dans cette amitié seulement se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seulement nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. Ainsi, aujourd’hui, je voudrais, avec une grande force et une grande conviction, à partir d’une longue expérience de vie personnelle, vous dire, à vous les jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie. Amen."

 

    Puis, aux jeunes de Cologne en 2005, le pape allemand a repris, une nouvelle fois et de manière nouvelle, les paroles de "son vénéré prédécesseur" :
 

"Mais vous, chers jeunes, n’ayez pas peur de proclamer l’Évangile de la Croix en toutes circonstances. N’ayez pas peur d’aller à contre-courant !"
 

    N'ayez pas peur ! Levez-vous ! Allons ! Avance au large et jetez les filets ! Tous ces impératifs divins se tiennent et s'appellent. Demandons au Seigneur de nous délivrer de toute crainte servile, non pas pour notre tranquillité personnelle, afin de nous installer, mais en vue de la mission dans un monde en pleine tempête.

Première communion - Communion fidèle - Homélie Fête-Dieu

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


 


    Comme Jésus est bon ! Non content de se faire homme et de nous sauver par sa mort cruelle sur une croix, non content de nous plonger et de nous purifier par le baptême, il veut demeurer avec nous pour toujours !

    Et comme nous autres, nous sommes ingrats quand, au lieu de nous nourrir à la table de sa Parole et de son Eucharistie, nous le laissons seul si souvent. Combien de places vides dans l'église à l'heure de la messe du dimanche ! Combien arrivent en retard et sans aucun respect, sans aucun geste d'adoration ! Combien de tabernacles abandonnés, gardés seulement par la petite flamme d'une bougie (si ce n'est la lumière d'une ampoule électrique) ! Quelle misère dans nos coeurs !

    Et pourtant, tu continues de nous aimer, Jésus, depuis deux mille ans. Toi, tu ne nous abandonnes pas, car tu sais, toi, ce que c'est que d'aimer. Comme tu es bon, Seigneur Jésus !

    Un jour, un garçon d'à peine neuf ans, en visitant une église accompagné d'un prêtre, regarde les différents tableaux de l'église. À un moment donné il s'arrête devant l'immense crucifix dans le sanctuaire. Le garçon dit au prêtre :

"Regardez, Père, on dirait que Jésus est vivant, et pourtant il est mort. Et là (en montrant le tabernacle), on dirait qu'il est mort, et pourtant il est vivant !"

    Aujourd'hui, Solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, nous fêtons Jésus vivant ! Nous nous rappelons que, comme je vous le disais au début, Jésus veut rester avec nous, qu'il est vraiment là, au milieu de nous, qu'il attend notre visite pour nous parler, pour nous écouter, pour nous nourrir du Pain de vie, pour nous encourager à faire le bien, mais aussi pour nous gronder quand nous faisons le mal et pour nous pardonner, pour brûler nos péchés dans le feu de son amour, bref, pour nous aider en toute occasion. Sa présence est le seul havre de paix dans un monde en guerre, le seul phare de vérité parmi les mensonges du monde, le seul feu d'amour qui ne s'éteint jamais.

    C'est un cadeau d'une valeur inestimable que vous recevez aujourd'hui pour la première fois, chers enfants. C'est un cadeau que nous pouvons recevoir tous les jours, ou au moins chaque dimanche, pour soutenir notre marche vers la maison du Père qui nous attend. Sans ce cadeau, inutile d'essayer : nous n'y arriverons jamais, mais avec lui, c'est ... un jeu d'enfant !

    Qu'est-ce que vous lui avez fait comme cadeau pour la fête des pères, à votre papa ? Qu'est-ce qui lui fait plaisir ? Moi, si j'étais papa - et je le suis - et si j'avais un enfant qui fait sa première communion, je dirais à Jésus : "Quel beau cadeau que celui-là ! Merci Seigneur !"

    Moi, j'ai eu aussi une maman en Belgique. Et voici la réflexion que je me suis faite : quand j'allais voir ma maman, je pouvais lui faire un cadeau que personne d'entre vous ici ne peut faire à sa maman. Je peux célébrer la messe et lui donner la communion. Quand je donne la communion à ma maman, je donne la vie du ciel à celle qui m'a donné la vie de la terre ! C'est bien le plus beau des cadeaux, celui-là. Et ce cadeau, le Seigneur m'a permis de le faire à ma maman, je ne dis pas le jour, ni à l'heure, mais à l'instant même de son grand passage ! C'est peut-être le souvenir le plus poignant de toute ma vie...
 Eh bien, c'est le cadeau que je souhaite à toutes les mamans et à tous les papas qui sont ici : qu'un jour un de leur fils devienne prêtre et puisse lui donner le Pain de Vie. Une petit-fils, c'est pas mal aussi (rires). 


    Mais pour l'instant, en ce si beau jour de fête, renouvelons tous l'engagement - ou, si nous ne l'avons pas encore fait, faisons-le maintenant - d'être de vrais amis pour Jésus, des amis fidèles, des amis qui se voient le plus souvent possible. Et demandons à la Vierge Marie, notre Maman du ciel, de nous garder fidèles.

Première communion - Communion fidèle - Homélie Fête-Dieu
Première communion - Communion fidèle - Homélie Fête-Dieu

L'amour en ce monde est toujours crucifié - Homélie pour la Solennité de la Très Sainte Trinité, Année A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


"Dieu est Amour" (1 Jn 4, 8).

Il est Amour parce qu'il est Trinité. La première encyclique de Benoît XVI est intitulée : "Dieu est Amour ". C'est quelque chose que nous avons entendu maintes fois et que nous ne nous privons pas de répéter à tort et à travers, même pour justifier ce qui est injustifiable : nos péchés, et pour renvoyer notre conversion aux calendes grecques. En fait, nous sommes devenus si habitués à entendre et à répéter : Dieu est Amour, que nous ne nous rendons même plus compte de ce que cette Révélation -- car c'est bien de cela qu'il s'agit, et non d'une conception humaine, ce à quoi nous la ramenons souvent -- a de révolutionnaire et d'unique, de dérangeant même. Car l'Amour dont il est question n'est pas un amour à dimension humaine, un amour que tout le monde apprécie et applaudit. C'est un Amour ... qui n'est pas aimé, un amour crucifié.

Il y a beaucoup de religions dans le monde, et beaucoup d'entre elles sont animées par un certain pressentiment de la bonté de Dieu. Mais leur point de départ est toujours la recherche de Dieu par l'homme, une recherche forcément limitée et entachée d'erreurs. La foi judéo-chrétienne, au contraire, trouve son point de départ dans une initiative divine : Jésus a été "envoyé par le Père pour guérir et sauver tous les hommes" (cf. préparation pénitentielle) et pour nous donner d'avoir part aux joies de la vie éternelle. C'est ainsi que ceux qui croient en lui ont l'insigne privilège de recevoir la révélation que Dieu fait de lui-même, le Père nous montrant par son Fils et dans l'Esprit qui il est en vérité et à quoi il ressemble :

 


"Qui me voit, voit le Père".
 


La caractéristique la plus fondamentale et essentielle de ce Dieu-là est l'amour. Non pas la puissance, ou la transcendance, mais l'amour. C'est la raison essentielle pour laquelle le Verbe s'est fait chair :



"Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle".
 


Cela nous fait comprendre aussi le mystère de la Très Sainte Trinité. Si Dieu était un Être suprême, mais solitaire, comment sa nature pourrait-elle se définir par l'amour ? L'amour suppose toujours une relation et un don de soi. Or Dieu n'a pas commencé à aimer à l'instant où a eu lieu l'Incarnation, même pas au commencement de la création. Dieu EST amour depuis toujours et pour toujours. Cela n'est possible que s'il est à la fois un et trine : trois personnes divines, vivant depuis toute éternité dans une unité parfaite d'amour mutuel. Dieu est amour. En d'autres mots, comme le dira le Catéchisme : Dieu est un, mais non solitaire (CEC n. 254).

Ceci est très important et a des conséquences très concrètes dans le domaine de la sexualité, par exemple. Le Catéchisme nous enseigne que le mystère de la Sainte Trinité est le mystère central non seulement de la foi mais de toute la vie chrétienne (cf. CEC n. 234), et donc, pas seulement pour nos âmes. La raison en est que nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, comme il nous le révèle dans la Bible. Par conséquent, si la nature divine consiste essentiellement à aimer, alors nous aussi, nous sommes appelés à aimer. Nous sommes ainsi faits que nous sommes porteurs d'une pré-dispostion à nous ouvrir aux autres, au lieu de vivre en autarcie. Dans le domaine de l'économie politique, on entend parfois l'autarcie être présentée comme étant un idéal à atteindre. Non ! Par nous-mêmes (et cela vaut aussi pour les relations internationales) nous sommes incomplets. Nous sommes créés pour nous donner aux autres et pour accueillir les autres. Voilà aussi la vraie signification de la sexualité humaine, le sens théologique de nos corps.

Dieu nous a créés hommes et femmes. Quand un homme et une femme s'unissent dans le mariage, ils deviennent une seule chair ; ils se donnent l'un à l'autre totalement et pour toujours, sans aucune réserve. Voilà une image de la Sainte Trinité. Le Père, depuis toute éternité, aime le Fils et se donne au Fils ; et le Fils aime le Père en retour en se donnant totalement à lui ; et cet amour mutuel étant un amour substantiel, et pas seulement une qualité, une propriété, mais une relation subsistante, diront les théologiens, une Personne divine, le Saint Esprit qui procède du Père et du Fils.

Eh bien, toute famille humaine est une image de cet Amour trinitaire. Le mari se donne lui-même sans limite à sa femme, et la femme le reçoit et se donne en retour, sans limite. Et c'est par cet amour fait de don total réciproque que Dieu crée une nouvelle vie en ce monde : un enfant, appelé à entrer dans une relation d'amitié avec Dieu pour toujours. Voilà le caractère sacré et la beauté de l'amour conjugal, de l'amour sexuel. Mais voilà aussi la raison pour laquelle l'Église n'a jamais pu et ne pourra jamais négocier dans le domaine de la morale sexuelle, car la sexualité humaine a une signification théologique (qui est le fruit de la foi) que nous devons tous honorer si nous voulons avoir la vie éternelle.

Chaque fois que nous dissocions notre sexualité de cette signification, non seulement nous en abusons, mais nous nous rebellons contre l'amour de Dieu qui nous a créés à son image et à sa ressemblance : à la ressemblance de son oubli de soi pour se donner. Or, au lieu d'accueillir son amour, nous lui faisons la guerre ! L'amour n'est pas aimé, disais-je au début de cette homélie. C'est saint François d'Assise qui le dit, au moment où il rencontre le sultan (musulman).

Saint Francois avait déjà essayé par deux fois de se rendre en Terre Sainte pour faire connaître le Christ aux Musulmans, mais à chaque tentative, il tombait malade en cours de route et était obligé d'abandonner son projet. En 1219, la guerre fait rage entre les Croisés et l'Islam. Les deux armées se faisaient face. Le sultan El-Kamil avait même publié un décret promettant une forte récompense en or à quiconque apporterait la tête d'un chrétien. Les Croisés, commandés par Pélage, essayaient de prendre le port de Damiette avec l'intention de conquérir l'Égypte. Dans le camps des Croisés on prend François et son compagnon, Illuminé, pour des fous. On essaye de les empêcher de partir car on est sûr qu'ils se feront massacrer. Mais face à la détermination de Saint François, ils les laissent partir.

Contre toute attente, nos deux "fous" ont la vie sauve et arrivent à rencontrer le sultan. El-Kamil était un chef de guerre, un homme politique et un fin diplomate. Tous les dignitaires, conseillers ou théologiens prennent place de chaque côté du sultan. On amène alors François et Illuminé. Les bures rapiécées et décolorées des deux frères contrastaient avec le luxe oriental de cette salle d'audience. S'adressant alors aux deux inconnus, le sultan leur demande qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir. Avec une belle assurance François lui répond qu'il avait été envoyé d'au-delà des mers, non par un homme, mais par le Dieu très haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l'évangile. Il se met tout simplement à prêcher au sultan Dieu-Trinité et Jésus, sauveur du monde.

Le sultan avait déjà entendu parler de la religion chrétienne. Pourtant une objection le pressait : pourquoi les chrétiens qui croient en un Dieu-Amour et qui ont toujours le mot charité à la bouche, s'acharnent-ils à nous faire la guerre ? Leurs moeurs ne sont pas douces. Ils veulent et Jérusalem et l'Egypte. Pourquoi ce désir brutal de domination ? Qu'ils lèvent le siège devant Damiette et nous croirons à leur volonté de paix. François avait baissé les yeux, le visage assombri, triste. Il sentait peser sur lui en cet instant comme un poids énorme. Là-bas, devant Damiette, il y avait toute cette machine de guerre des chrétiens, ce cercle de fer dans lequel ils s'efforçaient jour après jour d'étrangler la ville. François se borne à répondre humblement, gravement :

 

 

  • "Sire, l'Amour n'est pas aimé. L'Amour en ce monde est toujours crucifié."


Prions donc le Saint Esprit pour qu'il fortifie l'Amour qui a été répandu dans nos coeurs depuis notre baptême afin que nous cessions de crucifier l'Amour par nos péchés et que nous puissions témoigner devant ceux qui ne croient pas, par nos paroles et nos actes, que "Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique" ... quitte à nous faire crucifier.
 

L'Amour en ce monde est toujours crucifié.

L'Amour en ce monde est toujours crucifié.

À quand le Saint Esprit préoccupation n° 1 des Français (et de tous) ? - Homélie Pentecôte A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Le mystère de la Pentecôte que nous célébrons aujourd'hui n'est pas seulement le dernier jour du Temps Pascal. C'est le dernier jour, parce que c'est l'accomplissement de tout ce qui précède, le but poursuivi par Dieu dès le début de l'histoire du salut. C'est pour nous donner part à l'Esprit Saint que Jésus s'est fait homme, qu'il a vécu parmi nous, d'abord trente ans dans son humble existence de fils de charpentier, et puis, pendant quelques années, en prêchant, en guérissant, en ressuscitant. C'est pour cela qu'il a souffert, qu'il est mort, qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité. C'est pour cela encore qu'il est monté au Ciel.

    Il faut même aller plus loin encore : c'est pour répandre l'Esprit que le monde a été créé, que Noé a été sauvé du déluge dans l'Arche, qu'Abraham a dû quitter son pays pour la terre promise, que Moïse a été envoyé vers Pharaon pour libérer les Hébreux de l'esclavage d'Égypte, et que Dieu a suscité des Juges, des Rois et des Prophètes.

    À cela il faut ajouter encore que c'est uniquement dans ce but que Jésus a fondé l'Église, qu'il a institué les sacrements et envoyé ses apôtres dans le monde entier. Pour tout cela, pour tout ce que Dieu a fait depuis le commencement et pour tout ce qu'il fera jusqu'à la fin, il n'y a pas d'autre raison que celle-ci : Dieu veut nous donner part à son Esprit ! C'est ce que les Pères de l'Église ont eu l'audace d'appeler la divinisation de l'homme. Dieu a voulu que les hommes et lui vivent du même Esprit, en formant un même Corps !

    Mais pour que ce grand dessein de l'Amour miséricordieux puisse aboutir, il faut que les hommes y correspondent. Dieu respecte la liberté humaine et ne veut rien lui imposer, même pas ce qu'il y a de meilleur. Pouvons-nous dire que tout ce que nous faisons, depuis que nous avons cru et que nous avons été baptisés, n'a eu d'autre but que de recevoir le Saint Esprit que Dieu désire tant nous donner, et d'aider Dieu à le transmettre autour de nous, puisqu'il nous le donne pour cela ? Quel est notre but dans la vie ? Si je vous avais distribué une feuille de papier sur laquelle est écrit seulement : "Je voudrais" en vous demandant de continuer la phrase, qu'est-ce que vous y mettriez ? Sans doute beaucoup de choses, et beaucoup de choses différentes, selon votre âge, votre sexe, vos convictions politiques, etc ...

    Ainsi, selon une enquête réalisée en France auprès des jeunes de 15 à 24 ans, arrivent en tête au hit-parade des valeurs : la famille, le travail, les amis - la famille et le travail surtout pour les filles. Les garçons, eux, accordent plus d'importance au sport et à la musique. Ceux qui font de la politique savent très bien qu'actuellement, la préoccupation majeure des Français dans leur ensemble, c'est le chômage (précarité de l'emploi), le terrorisme, la pauvreté, la santé et la délinquance.


    Mais pour nous qui sommes chrétiens, quelle est notre souci principal ? Combien auraient mis : "Je voudrais ... le Saint Esprit ? Or, pour un chrétien, c'est la seule et unique bonne manière de compléter la phrase. Combien de ceux qui se disent chrétiens savent seulement que c'est le souci principal de Dieu ?

    Souvenez-vous : quand, dans l'Évangile, Jésus veut nous éduquer à la confiance dans la prière, il dit :

 


"Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent !"
 


    C'est la version selon saint Matthieu (7, 11). Quand Jésus dit : "de bonnes choses", ce serait intéressant de savoir à quoi il pense. C'est même très important, puisque c'est la condition pour être exaucé. En effet, si nous demandons de mauvaises choses, nous ne serons pas exaucés (et c'est tant mieux). On donnerait cher pour savoir quelles sont ces "bonnes choses" auxquelles pense Jésus.

    Eh bien, nous le savons, grâce à saint Luc, qui rapporte le même enseignement de Jésus sur la confiance dans la prière, mais avec la précision que nous voudrions avoir :

 


"Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !" (Lc 11, 13)
 


    Voilà ! C'est donc l'Esprit Saint, la "bonne chose" que nous pouvons demander avec l'assurance d'être exaucés, parce que c'est lui que le Père veut nous donner. La prière étant un exercice de désir, il faut que notre désir corresponde au désir de Dieu.

    Notons au passage que pour prier, il n'est pas nécessaire d'être des saints, puisque Jésus s'adresse à ceux qui sont mauvais : "Vous qui êtes mauvais", votre Père vous donnera l'Esprit Saint si vous le lui demandez. Il n'est donc pas nécessaire d'être des saints pour cela. Les Apôtres et les nombreux disciples qui suivaient Jésus durant les années de sa vie publique n'avaient certainement pas beaucoup brillé par leur sainteté au moment où leur Maître fut arrêté et condamné à mort. Ce sont pourtant ces mêmes Apôtres, avec quelques femmes, qui, en entendant la promesse de Jésus de leur envoyer l'Esprit, l'ont reçu au bout de neuf jours de prière d'une manière peu banale. Quelle consolation pour nous !

    Par contre, ce qui est nécessaire, c'est de demander l'Esprit Saint (que Dieu nous promet à nous aussi), et pas n'importe quoi. Ensuite il est nécessaire de vouloir devenir des saints, puisque c'est pour cela que Dieu nous le donne.

    Saint Séraphim de Sarov est un des saints russes les plus connus et les plus populaires, non seulement parmi les orthodoxes, mais aussi parmi beaucoup de chrétiens d’autres confessions. Il naît en 1759 et entre au monastère de Sarov à l’âge de vingt ans, où il restera jusqu’à sa naissance au ciel en 1833. Pendant quarante-six ans il vit d’abord comme moine en communauté, puis, de 1794 à 1810, comme ermite, et en dernier lieu, comme reclus dans le monastère de Sarov. Durant toutes ces longues années il mène le dur combat pour la sainteté, bénéficiant de nombreuses grâces, notamment des apparitions de la Vierge Marie.

    Les dernières huit années de sa vie terrestre, il émerge de la solitude pour servir aux nombreux fidèles qui accourent vers lui en tant que starets (père spirituel). Chacun de ceux qui le visitent dans sa petite cellule - moines, moniales, prêtres, laïcs, hommes, femmes, riches, pauvres, empereurs ... - vient pour être conforté dans ses épreuves, pour entendre la parole de vie, pour recevoir le conseil nécessaire afin d'avancer sur le chemin vers Dieu. L’évènement le plus célèbre de la vie de saint Séraphim s’est produit un jour d’hiver en pleine forêt en 1830, lorsqu’il a été transfiguré, devant et avec son disciple Nicolas Motovilov, qui nous raconte ce qui s'est passé :


"C'était un jeudi. Le ciel était gris. La terre était couverte de neige et d'épais flocons continuaient à tourbillonner lorsque le Père Séraphim engagea notre conversation dans une clairière, près de son "Petit Ermitage" face à la rivière Sarovka coulant au pied de la colline. Il me fit asseoir sur le tronc d'un arbre qu'il venait d'abattre et lui-même s'accroupit en face de moi.

- Le Seigneur m'a révélé, dit le grand starets, que depuis votre enfance vous désiriez savoir quel était le but de la vie chrétienne et que vous aviez maintes fois interrogé à ce sujet des personnages même haut placés dans la hiérarchie de l'Église.

Je dois dire que dès l'âge de douze ans cette idée me poursuivait et qu'effectivement j'avais posé la question à plusieurs personnalités ecclésiastiques sans jamais recevoir de réponse satisfaisante. Le starets l'ignorait.

- Mais personne, continua le Père Séraphim, ne vous a rien dit de précis. On vous conseillait d'aller à l'église, de prier, de vivre selon les commandements de Dieu, de faire le bien - tel, disait-on, était le but de la vie chrétienne. Certains même désapprouvaient votre curiosité, la trouvant déplacée et impie. Mais ils avaient tort. Quant à moi, misérable Séraphim, je vous expliquerai maintenant en quoi ce but réellement consiste.

Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. La prière, le jeûne, les veilles et autres activités chrétiennes, aussi bonnes qu'elles puissent paraître en elles-mêmes, ne constituent pas le but de la vie chrétienne, tout en aidant à y parvenir. Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. Quant à la prière, au jeûne, aux veilles, à l'aumône et toute autre bonne action faite au nom du Christ, ce ne sont que des moyens pour l'acquisition du Saint-Esprit.



Donc : ne pas confondre le but et les moyens, même si ces moyens sont utiles, voire indispensables. Mais attention aussi à la confusion des grandeurs !

Remarquez que seule une bonne action faite au nom du Christ nous procure les fruits du Saint-Esprit. Tout ce qui n'est pas fait en son Nom, même le bien, ne nous procure aucune récompense dans le siècle à venir, et en cette vie non plus ne nous donne pas la grâce divine. C'est pourquoi le Seigneur Jésus Christ disait : "Celui qui n'amasse pas avec moi dissipe" (Lc 11, 23).

 

L'Église du Cénacle, exemple de concorde et de prière - Homélie 7ème dimanche Pâques A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 
 
 
 


    Dans liturgie de l'Ascension, jeudi dernier, nous avons entendu Jésus nous dire :
 


"Allez donc !" (Jn 28, 19) ... "vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre" (Ac 1, 8).
 


    C'est ce que nous appelons l'apostolat. Le mot "apostolat" vient d' "apôtre", qui veut dire "envoyé" (par le Christ, lui-même l'Envoyé du Père). Saint Luc nous donne leurs noms (cf. 1° lect.). S'y adjoindra Matthias (cf. Ac 1, 15-26), pour suppléer à la défection de Judas Iscariote (Iscariote, en araméen, veut dire : celui qui le trahit), et plus tard saint Paul. Est-ce à dire que l'apostolat est la chasse gardée des Douze, et éventuellement de leurs successeurs, les évêques, et des prêtres, qui les assistent ? Certainement pas ! Ce qui est vrai, c'est qu'aucun apostolat ne peut se faire en dehors de (ou contre) la communion avec eux.

    Vous avez entendu (cf.
1° lect.) saint Luc préciser que les Apôtres n'étaient pas seuls au Cénacle. Il y avait aussi des femmes ! Des membres de la famille charnelle de Jésus étaient là également. Mais, nous dit saint Luc, ils avaient "un seul coeur".

    Le Catéchisme nous explique que, quand, dans le Credo, nous disons que nous croyons que l'Église est "apostolique", il faut le comprendre dans un triple sens :

1. "elle a été et demeure bâtie sur 'le fondement des apôtres' ... témoins choisis et envoyés en mission par le Christ lui-même" ;
2. "elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit qui habite en elle, l’enseignement ... le bon dépôt, les saines paroles entendues des apôtres" ;
3. "elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par les apôtres jusqu’au retour du Christ grâce à ceux qui leurs succèdent dans leur charge pastorale : le collège des évêques, 'assisté par les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église' (AG 5)". (n. 857)

    Et un peu plus loin :

"Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est 'envoyée' dans le monde entier ; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. 'La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat'. On appelle 'apostolat' 'toute activité du Corps mystique' qui tend à 'étendre le règne du Christ à toute la terre' (AA 2). (n. 863)

    Chaque baptisé est donc invité à travailler à la croissance du règne de Dieu parmi les hommes et les femmes de son temps. Mais l'Église n'est pas une entreprise humaine qui mettrait en oeuvre un projet "pastoral" qui serait le fruit d'une étude sociologique. La valeur d'un apôtre ne dépend pas de ses qualités humaines, même si chacun est appelé à les mettre au service des autres. Dieu se plaît d'ailleurs à choisir ce qui est faible (cf. 1 Co 1, 26-31). En cette année jubilaire des apparations de Lourdes, il est bon de s'en souvenir : c'est sainte Bernadette que la Vierge Marie a choisie pour porter au monde son message, et elle n'avait pas une santé de fer. Sainte Thérèse, co-patronne des missions, n'est pas morte centenaire non plus ! ...

    Il faut prier pour recevoir l'Esprit. Personne ne peut l'accaparer par la force. Seule la prière persévérante, unanime, nous configure au Christ, l'Envoyé du Père, et nous fait découvrir la joie chrétienne au coeur même de la soufrance endurée à cause de la Parole. Comment être apôtre lorsqu’on est malade ou infirme, quand on est en prison, ou, tout simplement, lorsque nous sommes accaparés par le travail et les soucis de la famille ? Et quand on ne sait pas parler en public, lorsqu’on ne connaît pas la théologie, et qu'on n'est pas un spécialiste de la Bible (mieux vaudrait quand même se lancer pour la lire), doit-on renoncer à annoncer le Royaume ?

    Au Puy-en-Velay (France) au 19° siècle, de jeunes jésuites, encore prisonniers de leurs livres et de leurs cours, auraient tant voulu déjà parcourir le monde en missionnaires. Ils étaient tout jeunes et pleins d'ardeur "apostolique". Ils rongeaient leurs freins, comme on dit : c'était de la bonne graine ! Mais le jour de la fête de St François Xavier, l'autre patron des missions, le 3 décembre 1844, le Père Gautrelet leur fait une conférence. Il leur dit qu’ils n’avaient pas besoin d’attendre la fin de leurs études pour être apôtres :

 


"Soyez déjà missionnaires par votre prière, par l’offrande de votre vie quotidienne. Priez pour les hommes que vous rencontrerez demain. Tout homme est sauveur avec Jésus Sauveur."
 


    Depuis ce moment, les journées de ces religieux ont été transformées. Ils ont redoublé d’ardeur et ont vécu profondément les travaux, les joies, les peines qui se présentent quotidiennement. (N'oublions pas l'exhortation de saint Pierre - cf. 2° lect. !) Dans la prière, ils offraient tout cela à Dieu pour les intentions qui étaient affichées au tableau de la communauté.

    Au Cénacle, entre l'Ascension et la Pentecôte, il n'y avait sans doute pas de tableau avec des intentions de prière. Mais
l'évangile de ce jour nous fait entendre un passage de la prière de Jésus, probablement dans le même lieu que celui où se trouvaient les premiers chrétiens après l'Ascension. Dans ce passage, il y a les paroles :



"Je prie pour eux ; ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés."
 


    Je ne sais pas si vous vous êtes déjà demandé ce que Jésus a bien pu vouloir dire à son Père : "ce n'est pas pour le monde que je prie". Un peu plus loin il nous met sur la piste :
 


"Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi."
 


    Jusqu'alors, c'est du milieu du monde que Jésus priait, dans ce "monde" qui représente à la fois l'humanité, et ce qui, en elle, refuse la Parole et hait les disciples (cf. v. 14 : "Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine"). Si Jésus  ne prie plus pour le monde, ce n'est pas qu'il s'en désintéresse. C'est, au contraire, parce que sa prière sera relayée par les siens.

    Notre prière doit donc être "apostolique", d'abord dans le sens où elle doit être "dans la communion de toute l'Église" (cf. Prière eucharistique), pendant la messe, ou en priant la liturgie des heures, par exemple. Mais aussi, plus largement, en toute circonstance.

    Elle doit être apostolique aussi dans le sens où nous avons à prier spécialement pour le monde (prière "universelle"), et pour ceux qui nous haïssent à cause de la Parole que Jésus nous a donnée. C'est ainsi que Jésus a prié sur la croix, que saint Étienne a prié pendant qu'il était lapidé, ... et que Jean Paul II a prié pour Ali Agca.


 

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