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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a (2007-2008)

Dieu et le courage - Homélie 12ème dimanche du T.O. A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

   
 
Le 11ème dimanche du T.O., c'était l'envoi en mission des Douze. Aujourd'hui, Jésus leur dit qui ils ne doivent pas craindre. Ce ne sont pas des paroles en l'air. Entre ces deux passages, Jésus avait dit :
 

"Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups (...) Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi (...) Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ..."
 

    Et c’est ici que commence l'évangile d’aujourd’hui. C'est alors que Jésus poursuit en disant : "Ne craignez pas les hommes ...".

    L'envoyé du Seigneur ne peut pas annoncer la Parole "à te
mps et à contretemps", selon l'expression de saint Paul, sans s'attirer l'inimitié du monde. Inévitablement il sera persécuté. Mais c'est cette même Parole qui lui donne la force de persévérer jusqu'au bout (cf. 1° lect).

    Pour nous, ces mots évoquent irrésistiblement la figure de Jean Paul II (1920-2005), le Pape dont tout l'héritage pourrait se résumer en ces mots du début de son pontificat : "N'ayez pas peur". Ils vont donner le ton de ses 25 ans de pontificat. Ils sont devenus célèbres. Rien qu'en français, on en a fait le titre d'un livre, d'un DVD et d'un spectacle.

    Ce qu'on a peut-être tendance à oublier, comme pour tous les mots célèbres, ce sont les circonstances dans lesquelles ils ont été prononcés. Le dimanche 22 octobre 1978, quelques jours après son élection sur le trône de Saint-Pierre, Karol Wojtila, devenu Jean Paul II, s'adresse à 250.000 fidèles réunis sur la place Saint-Pierre ainsi qu'aux délégations diplomatiques et aux télévisions du monde entier :

 

"Frères et soeurs, n'ayez pas peur d'accueillir le Christ et d'accepter son pouvoir ! N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N'ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu'il y a dans l'homme ! Et lui seul le sait !"
 

    Le message est adressé par le pape aux catholiques du monde entier et surtout à ses compatriotes de Pologne et à l'ensemble des Européens de l'Est qui vivaient encore sous le joug soviétique. Appelant chacun à ne plus avoir peur de qui que ce soit, y compris de soi-même, le jeune pape - il n'a alors que 58 ans ! - sonne le glas des régimes communistes européens.

    Plus tard, il opérera un retour sur l'Histoire en évoquant avec force et lucidité les totalitarismes païens du XXe siècle :

 

"On ne peut pas oublier que c'est la négation de Dieu et de ses commandements qui a créé au siècle passé la tyrannie des idoles, exprimée dans la glorification d'une race, d'une classe, d'un parti, de l'État ou de la nation. Si l'on supprime les droits de Dieu, les droits de l'homme ne sont plus respectés." (16 décembre 2002)
 

    Dans "Levez-vous ! Allons !", livre dans lequel le pape slave médite sur la vocation épiscopale, et plus précisément dans la sixième et dernière partie intitulée "Dieu et le courage", Jean Paul II rappelle la mémoire de "tant d’évêques intrépides". Pour comprendre les sources de son célèbre "N’ayez pas peur", relisons le passage où il honore la dette qu’il avait à l’égard de Mgr Wyszynski, quand il reprend à son compte ses paroles de feu :
 

"Pour un évêque le manque de force est le début de la défaite. Peut-il continuer à être apôtre ? Pour un apôtre en effet, le témoignage rendu à la vérité est essentiel. Et exige toujours la force."
 

    Et encore :
 

"La plus grande faiblesse de l’apôtre est la peur. C’est le manque de foi dans la puissance du Maître qui réveille la peur ; cette dernière oppresse le cœur et serre la gorge. L’apôtre cesse alors de professer. Reste-t-il apôtre ? Les disciples, qui abandonnèrent le maître, augmentèrent le courage des bourreaux. Celui qui se tait face aux ennemis d’une cause enhardit ces derniers. La peur de l’apôtre est le premier allié des ennemis de la cause. 'Par la peur contraindre à se taire', telle est la première besogne de la stratégie des impies. La terreur utilisée par toute dictature est calculée sur la peur des apôtres. Le silence ne possède son éloquence apostolique que lorsqu’il ne détourne pas son visage devant celui qui le frappe. C’est ce que fit le Christ en se taisant. Mais par ce signe, il démontra sa propre force. Le Christ ne s’est jamais laissé terroriser par les hommes. Sorti dans la foule, il dit avec courage : 'C’est moi.'"
 

    Le cardinal Dziwisz, dans "Une Vie avec Karol", revient également sur le "N’ayez pas peur" inaugural du pontificat, "appel inoubliable", "défi … sans précédent". Pour le fidèle Stanislaw, il y avait là contenu "tout son projet de vie, le projet de son cœur, de sa piété et, en même temps, le projet du service pastoral qu’il était, en digne successeur de Pierre, en train de bâtir pour l’Église universelle". La "devise de sa vie", devint par là même les "lignes directrices de son pontificat".
 

"Derrière ces paroles se cachait la volonté d’insuffler de la force et du courage, en particulier aux nations réduites en l’esclavage auxquelles il faisait découvrir la liberté."
 

    Les Soviétiques ont pu croire un temps, analysant à tort de manière politique cette élection de tous les dangers pour eux, qu’il serait certainement possible de neutraliser ce pape venu de l’Est. Mais c’était oublier, nous rappelle Mgr Dziwisz, que le "fameux N’ayez pas peur" ne venait pas d’une idéologie mais "de l’application de l’Évangile, de l’imitation du Christ".

    Toute la vérité de sa force s’explique par la force de la vérité elle-même.

 

"Riche de ces paroles, le nouveau pape commença à parcourir le monde et, sous mes yeux, à le transformer."
 

    La vocation universelle à laquelle Jean-Paul II a si bien répondu et en même temps appelé tout homme de bonne volonté, vocation mondialiste, pourrait-on presque dire, cette vocation si large faisait partie de sa mémoire, de son histoire, de l’héritage de sa foi et de sa culture qu’il avait emporté de sa patrie jusque sur la chaire de Pierre. De cette devise naîtra la grande intuition développée dans la toute première encyclique :
 

"Il faut constamment remonter au 'N’ayez pas peur', car il est source de l’inspiration de Jean-Paul II pour identifier l’idée maîtresse de Redemptor hominis : l’homme, puisqu’il a été racheté par le Christ, est la 'route' de l’Église, l’homme dans son intégrité d’âme et de corps, dans sa tension constante entre vérité et liberté. Oui, au moins à ce moment-là, au moins dans certains milieux, dans une situation ecclésiale encore marquée par certaines peurs du passé, il se peut que cette notion ait aussi surpris, déconcerté. Mais elle a fini par s’imposer comme le programme de toute l’Église, le programme du pontificat et aujourd’hui, encore, elle n’a rien perdu de son actualité. Elle fait partie de son magistère, de la mission de la communauté ecclésiale".
 

    Ce 'N’ayez pas peur' est en effet non pas enterré avec celui qui l'a prononcé, ni avec Jésus, ni avec Jean Paul II, mais poursuit sa course, telle une fusée une fois lancée sur orbite. Elle atteint le cœur de tous ceux qui veulent être fidèles à l’esprit de Jean-Paul II et, au-delà de lui, à son successeur. Car Benoît XVI a repris le témoin et a fait entendre de manière nouvelle une devise devenue un mot d'ordre pour toute l'Église, élargissant l’appel de Jean-Paul II, l’extirpant de son  interprétation historique immédiate et de son conditionnement communiste, même si des pays comme la Chine, la Corée du Nord ou Cuba, par exemple, restent encore tributaires de ce premier sens-là. Voici comment Benoît XVI concluait l’homélie de la messe inaugurale de son pontificat :
 

"En ce moment, je me souviens du 22 octobre 1978, quand le Pape Jean-Paul II commença son ministère ici, sur la Place Saint-Pierre. Les paroles qu’il prononça alors résonnent encore et continuellement à mes oreilles : 'N’ayez pas peur, au contraire, ouvrez tout grand les portes au Christ'. Le Pape parlait aux forts, aux puissants du monde, qui avaient peur que le Christ les dépossède d’une part de leur pouvoir, s’ils l’avaient laissé entrer et s’ils avaient concédé la liberté à la foi. Oui, il les aurait certainement dépossédés de quelque chose : de la domination de la corruption, du détournement du droit, de l’arbitraire. Mais il ne les aurait nullement dépossédés de ce qui appartient à la liberté de l’homme, à sa dignité, à l’édification d’une société juste. Le Pape parlait en outre à tous les hommes, surtout aux jeunes.

"En quelque sorte, n’avons-nous pas tous peur – si nous laissons entrer le Christ totalement en nous, si nous nous ouvrons totalement à lui – peur qu’il puisse nous déposséder d’une part de notre vie ? N’avons-nous pas peur de renoncer à quelque chose de grand, d’unique, qui rend la vie si belle ? Ne risquons-nous pas de nous trouver ensuite dans l’angoisse et privés de liberté ? Et encore une fois le Pape voulait dire: Non ! Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie. Dans cette amitié seulement se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seulement nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. Ainsi, aujourd’hui, je voudrais, avec une grande force et une grande conviction, à partir d’une longue expérience de vie personnelle, vous dire, à vous les jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie. Amen."

 

    Puis, aux jeunes de Cologne en 2005, le pape allemand a repris, une nouvelle fois et de manière nouvelle, les paroles de "son vénéré prédécesseur" :
 

"Mais vous, chers jeunes, n’ayez pas peur de proclamer l’Évangile de la Croix en toutes circonstances. N’ayez pas peur d’aller à contre-courant !"
 

    N'ayez pas peur ! Levez-vous ! Allons ! Avance au large et jetez les filets ! Tous ces impératifs divins se tiennent et s'appellent. Demandons au Seigneur de nous délivrer de toute crainte servile, non pas pour notre tranquillité personnelle, afin de nous installer, mais en vue de la mission dans un monde en pleine tempête.

Première communion - Communion fidèle - Homélie Fête-Dieu

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


 


    Comme Jésus est bon ! Non content de se faire homme et de nous sauver par sa mort cruelle sur une croix, non content de nous plonger et de nous purifier par le baptême, il veut demeurer avec nous pour toujours !

    Et comme nous autres, nous sommes ingrats quand, au lieu de nous nourrir à la table de sa Parole et de son Eucharistie, nous le laissons seul si souvent. Combien de places vides dans l'église à l'heure de la messe du dimanche ! Combien arrivent en retard et sans aucun respect, sans aucun geste d'adoration ! Combien de tabernacles abandonnés, gardés seulement par la petite flamme d'une bougie (si ce n'est la lumière d'une ampoule électrique) ! Quelle misère dans nos coeurs !

    Et pourtant, tu continues de nous aimer, Jésus, depuis deux mille ans. Toi, tu ne nous abandonnes pas, car tu sais, toi, ce que c'est que d'aimer. Comme tu es bon, Seigneur Jésus !

    Un jour, un garçon d'à peine neuf ans, en visitant une église accompagné d'un prêtre, regarde les différents tableaux de l'église. À un moment donné il s'arrête devant l'immense crucifix dans le sanctuaire. Le garçon dit au prêtre :

"Regardez, Père, on dirait que Jésus est vivant, et pourtant il est mort. Et là (en montrant le tabernacle), on dirait qu'il est mort, et pourtant il est vivant !"

    Aujourd'hui, Solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, nous fêtons Jésus vivant ! Nous nous rappelons que, comme je vous le disais au début, Jésus veut rester avec nous, qu'il est vraiment là, au milieu de nous, qu'il attend notre visite pour nous parler, pour nous écouter, pour nous nourrir du Pain de vie, pour nous encourager à faire le bien, mais aussi pour nous gronder quand nous faisons le mal et pour nous pardonner, pour brûler nos péchés dans le feu de son amour, bref, pour nous aider en toute occasion. Sa présence est le seul havre de paix dans un monde en guerre, le seul phare de vérité parmi les mensonges du monde, le seul feu d'amour qui ne s'éteint jamais.

    C'est un cadeau d'une valeur inestimable que vous recevez aujourd'hui pour la première fois, chers enfants. C'est un cadeau que nous pouvons recevoir tous les jours, ou au moins chaque dimanche, pour soutenir notre marche vers la maison du Père qui nous attend. Sans ce cadeau, inutile d'essayer : nous n'y arriverons jamais, mais avec lui, c'est ... un jeu d'enfant !

    Qu'est-ce que vous lui avez fait comme cadeau pour la fête des pères, à votre papa ? Qu'est-ce qui lui fait plaisir ? Moi, si j'étais papa - et je le suis - et si j'avais un enfant qui fait sa première communion, je dirais à Jésus : "Quel beau cadeau que celui-là ! Merci Seigneur !"

    Moi, j'ai eu aussi une maman en Belgique. Et voici la réflexion que je me suis faite : quand j'allais voir ma maman, je pouvais lui faire un cadeau que personne d'entre vous ici ne peut faire à sa maman. Je peux célébrer la messe et lui donner la communion. Quand je donne la communion à ma maman, je donne la vie du ciel à celle qui m'a donné la vie de la terre ! C'est bien le plus beau des cadeaux, celui-là. Et ce cadeau, le Seigneur m'a permis de le faire à ma maman, je ne dis pas le jour, ni à l'heure, mais à l'instant même de son grand passage ! C'est peut-être le souvenir le plus poignant de toute ma vie...
 Eh bien, c'est le cadeau que je souhaite à toutes les mamans et à tous les papas qui sont ici : qu'un jour un de leur fils devienne prêtre et puisse lui donner le Pain de Vie. Une petit-fils, c'est pas mal aussi (rires). 


    Mais pour l'instant, en ce si beau jour de fête, renouvelons tous l'engagement - ou, si nous ne l'avons pas encore fait, faisons-le maintenant - d'être de vrais amis pour Jésus, des amis fidèles, des amis qui se voient le plus souvent possible. Et demandons à la Vierge Marie, notre Maman du ciel, de nous garder fidèles.

Première communion - Communion fidèle - Homélie Fête-Dieu
Première communion - Communion fidèle - Homélie Fête-Dieu

L'amour en ce monde est toujours crucifié - Homélie pour la Solennité de la Très Sainte Trinité, Année A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


"Dieu est Amour" (1 Jn 4, 8).

Il est Amour parce qu'il est Trinité. La première encyclique de Benoît XVI est intitulée : "Dieu est Amour ". C'est quelque chose que nous avons entendu maintes fois et que nous ne nous privons pas de répéter à tort et à travers, même pour justifier ce qui est injustifiable : nos péchés, et pour renvoyer notre conversion aux calendes grecques. En fait, nous sommes devenus si habitués à entendre et à répéter : Dieu est Amour, que nous ne nous rendons même plus compte de ce que cette Révélation -- car c'est bien de cela qu'il s'agit, et non d'une conception humaine, ce à quoi nous la ramenons souvent -- a de révolutionnaire et d'unique, de dérangeant même. Car l'Amour dont il est question n'est pas un amour à dimension humaine, un amour que tout le monde apprécie et applaudit. C'est un Amour ... qui n'est pas aimé, un amour crucifié.

Il y a beaucoup de religions dans le monde, et beaucoup d'entre elles sont animées par un certain pressentiment de la bonté de Dieu. Mais leur point de départ est toujours la recherche de Dieu par l'homme, une recherche forcément limitée et entachée d'erreurs. La foi judéo-chrétienne, au contraire, trouve son point de départ dans une initiative divine : Jésus a été "envoyé par le Père pour guérir et sauver tous les hommes" (cf. préparation pénitentielle) et pour nous donner d'avoir part aux joies de la vie éternelle. C'est ainsi que ceux qui croient en lui ont l'insigne privilège de recevoir la révélation que Dieu fait de lui-même, le Père nous montrant par son Fils et dans l'Esprit qui il est en vérité et à quoi il ressemble :

 


"Qui me voit, voit le Père".
 


La caractéristique la plus fondamentale et essentielle de ce Dieu-là est l'amour. Non pas la puissance, ou la transcendance, mais l'amour. C'est la raison essentielle pour laquelle le Verbe s'est fait chair :



"Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle".
 


Cela nous fait comprendre aussi le mystère de la Très Sainte Trinité. Si Dieu était un Être suprême, mais solitaire, comment sa nature pourrait-elle se définir par l'amour ? L'amour suppose toujours une relation et un don de soi. Or Dieu n'a pas commencé à aimer à l'instant où a eu lieu l'Incarnation, même pas au commencement de la création. Dieu EST amour depuis toujours et pour toujours. Cela n'est possible que s'il est à la fois un et trine : trois personnes divines, vivant depuis toute éternité dans une unité parfaite d'amour mutuel. Dieu est amour. En d'autres mots, comme le dira le Catéchisme : Dieu est un, mais non solitaire (CEC n. 254).

Ceci est très important et a des conséquences très concrètes dans le domaine de la sexualité, par exemple. Le Catéchisme nous enseigne que le mystère de la Sainte Trinité est le mystère central non seulement de la foi mais de toute la vie chrétienne (cf. CEC n. 234), et donc, pas seulement pour nos âmes. La raison en est que nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, comme il nous le révèle dans la Bible. Par conséquent, si la nature divine consiste essentiellement à aimer, alors nous aussi, nous sommes appelés à aimer. Nous sommes ainsi faits que nous sommes porteurs d'une pré-dispostion à nous ouvrir aux autres, au lieu de vivre en autarcie. Dans le domaine de l'économie politique, on entend parfois l'autarcie être présentée comme étant un idéal à atteindre. Non ! Par nous-mêmes (et cela vaut aussi pour les relations internationales) nous sommes incomplets. Nous sommes créés pour nous donner aux autres et pour accueillir les autres. Voilà aussi la vraie signification de la sexualité humaine, le sens théologique de nos corps.

Dieu nous a créés hommes et femmes. Quand un homme et une femme s'unissent dans le mariage, ils deviennent une seule chair ; ils se donnent l'un à l'autre totalement et pour toujours, sans aucune réserve. Voilà une image de la Sainte Trinité. Le Père, depuis toute éternité, aime le Fils et se donne au Fils ; et le Fils aime le Père en retour en se donnant totalement à lui ; et cet amour mutuel étant un amour substantiel, et pas seulement une qualité, une propriété, mais une relation subsistante, diront les théologiens, une Personne divine, le Saint Esprit qui procède du Père et du Fils.

Eh bien, toute famille humaine est une image de cet Amour trinitaire. Le mari se donne lui-même sans limite à sa femme, et la femme le reçoit et se donne en retour, sans limite. Et c'est par cet amour fait de don total réciproque que Dieu crée une nouvelle vie en ce monde : un enfant, appelé à entrer dans une relation d'amitié avec Dieu pour toujours. Voilà le caractère sacré et la beauté de l'amour conjugal, de l'amour sexuel. Mais voilà aussi la raison pour laquelle l'Église n'a jamais pu et ne pourra jamais négocier dans le domaine de la morale sexuelle, car la sexualité humaine a une signification théologique (qui est le fruit de la foi) que nous devons tous honorer si nous voulons avoir la vie éternelle.

Chaque fois que nous dissocions notre sexualité de cette signification, non seulement nous en abusons, mais nous nous rebellons contre l'amour de Dieu qui nous a créés à son image et à sa ressemblance : à la ressemblance de son oubli de soi pour se donner. Or, au lieu d'accueillir son amour, nous lui faisons la guerre ! L'amour n'est pas aimé, disais-je au début de cette homélie. C'est saint François d'Assise qui le dit, au moment où il rencontre le sultan (musulman).

Saint Francois avait déjà essayé par deux fois de se rendre en Terre Sainte pour faire connaître le Christ aux Musulmans, mais à chaque tentative, il tombait malade en cours de route et était obligé d'abandonner son projet. En 1219, la guerre fait rage entre les Croisés et l'Islam. Les deux armées se faisaient face. Le sultan El-Kamil avait même publié un décret promettant une forte récompense en or à quiconque apporterait la tête d'un chrétien. Les Croisés, commandés par Pélage, essayaient de prendre le port de Damiette avec l'intention de conquérir l'Égypte. Dans le camps des Croisés on prend François et son compagnon, Illuminé, pour des fous. On essaye de les empêcher de partir car on est sûr qu'ils se feront massacrer. Mais face à la détermination de Saint François, ils les laissent partir.

Contre toute attente, nos deux "fous" ont la vie sauve et arrivent à rencontrer le sultan. El-Kamil était un chef de guerre, un homme politique et un fin diplomate. Tous les dignitaires, conseillers ou théologiens prennent place de chaque côté du sultan. On amène alors François et Illuminé. Les bures rapiécées et décolorées des deux frères contrastaient avec le luxe oriental de cette salle d'audience. S'adressant alors aux deux inconnus, le sultan leur demande qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir. Avec une belle assurance François lui répond qu'il avait été envoyé d'au-delà des mers, non par un homme, mais par le Dieu très haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l'évangile. Il se met tout simplement à prêcher au sultan Dieu-Trinité et Jésus, sauveur du monde.

Le sultan avait déjà entendu parler de la religion chrétienne. Pourtant une objection le pressait : pourquoi les chrétiens qui croient en un Dieu-Amour et qui ont toujours le mot charité à la bouche, s'acharnent-ils à nous faire la guerre ? Leurs moeurs ne sont pas douces. Ils veulent et Jérusalem et l'Egypte. Pourquoi ce désir brutal de domination ? Qu'ils lèvent le siège devant Damiette et nous croirons à leur volonté de paix. François avait baissé les yeux, le visage assombri, triste. Il sentait peser sur lui en cet instant comme un poids énorme. Là-bas, devant Damiette, il y avait toute cette machine de guerre des chrétiens, ce cercle de fer dans lequel ils s'efforçaient jour après jour d'étrangler la ville. François se borne à répondre humblement, gravement :

 

 

  • "Sire, l'Amour n'est pas aimé. L'Amour en ce monde est toujours crucifié."


Prions donc le Saint Esprit pour qu'il fortifie l'Amour qui a été répandu dans nos coeurs depuis notre baptême afin que nous cessions de crucifier l'Amour par nos péchés et que nous puissions témoigner devant ceux qui ne croient pas, par nos paroles et nos actes, que "Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique" ... quitte à nous faire crucifier.
 

L'Amour en ce monde est toujours crucifié.

L'Amour en ce monde est toujours crucifié.

À quand le Saint Esprit préoccupation n° 1 des Français (et de tous) ? - Homélie Pentecôte A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Le mystère de la Pentecôte que nous célébrons aujourd'hui n'est pas seulement le dernier jour du Temps Pascal. C'est le dernier jour, parce que c'est l'accomplissement de tout ce qui précède, le but poursuivi par Dieu dès le début de l'histoire du salut. C'est pour nous donner part à l'Esprit Saint que Jésus s'est fait homme, qu'il a vécu parmi nous, d'abord trente ans dans son humble existence de fils de charpentier, et puis, pendant quelques années, en prêchant, en guérissant, en ressuscitant. C'est pour cela qu'il a souffert, qu'il est mort, qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité. C'est pour cela encore qu'il est monté au Ciel.

    Il faut même aller plus loin encore : c'est pour répandre l'Esprit que le monde a été créé, que Noé a été sauvé du déluge dans l'Arche, qu'Abraham a dû quitter son pays pour la terre promise, que Moïse a été envoyé vers Pharaon pour libérer les Hébreux de l'esclavage d'Égypte, et que Dieu a suscité des Juges, des Rois et des Prophètes.

    À cela il faut ajouter encore que c'est uniquement dans ce but que Jésus a fondé l'Église, qu'il a institué les sacrements et envoyé ses apôtres dans le monde entier. Pour tout cela, pour tout ce que Dieu a fait depuis le commencement et pour tout ce qu'il fera jusqu'à la fin, il n'y a pas d'autre raison que celle-ci : Dieu veut nous donner part à son Esprit ! C'est ce que les Pères de l'Église ont eu l'audace d'appeler la divinisation de l'homme. Dieu a voulu que les hommes et lui vivent du même Esprit, en formant un même Corps !

    Mais pour que ce grand dessein de l'Amour miséricordieux puisse aboutir, il faut que les hommes y correspondent. Dieu respecte la liberté humaine et ne veut rien lui imposer, même pas ce qu'il y a de meilleur. Pouvons-nous dire que tout ce que nous faisons, depuis que nous avons cru et que nous avons été baptisés, n'a eu d'autre but que de recevoir le Saint Esprit que Dieu désire tant nous donner, et d'aider Dieu à le transmettre autour de nous, puisqu'il nous le donne pour cela ? Quel est notre but dans la vie ? Si je vous avais distribué une feuille de papier sur laquelle est écrit seulement : "Je voudrais" en vous demandant de continuer la phrase, qu'est-ce que vous y mettriez ? Sans doute beaucoup de choses, et beaucoup de choses différentes, selon votre âge, votre sexe, vos convictions politiques, etc ...

    Ainsi, selon une enquête réalisée en France auprès des jeunes de 15 à 24 ans, arrivent en tête au hit-parade des valeurs : la famille, le travail, les amis - la famille et le travail surtout pour les filles. Les garçons, eux, accordent plus d'importance au sport et à la musique. Ceux qui font de la politique savent très bien qu'actuellement, la préoccupation majeure des Français dans leur ensemble, c'est le chômage (précarité de l'emploi), le terrorisme, la pauvreté, la santé et la délinquance.


    Mais pour nous qui sommes chrétiens, quelle est notre souci principal ? Combien auraient mis : "Je voudrais ... le Saint Esprit ? Or, pour un chrétien, c'est la seule et unique bonne manière de compléter la phrase. Combien de ceux qui se disent chrétiens savent seulement que c'est le souci principal de Dieu ?

    Souvenez-vous : quand, dans l'Évangile, Jésus veut nous éduquer à la confiance dans la prière, il dit :

 


"Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent !"
 


    C'est la version selon saint Matthieu (7, 11). Quand Jésus dit : "de bonnes choses", ce serait intéressant de savoir à quoi il pense. C'est même très important, puisque c'est la condition pour être exaucé. En effet, si nous demandons de mauvaises choses, nous ne serons pas exaucés (et c'est tant mieux). On donnerait cher pour savoir quelles sont ces "bonnes choses" auxquelles pense Jésus.

    Eh bien, nous le savons, grâce à saint Luc, qui rapporte le même enseignement de Jésus sur la confiance dans la prière, mais avec la précision que nous voudrions avoir :

 


"Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !" (Lc 11, 13)
 


    Voilà ! C'est donc l'Esprit Saint, la "bonne chose" que nous pouvons demander avec l'assurance d'être exaucés, parce que c'est lui que le Père veut nous donner. La prière étant un exercice de désir, il faut que notre désir corresponde au désir de Dieu.

    Notons au passage que pour prier, il n'est pas nécessaire d'être des saints, puisque Jésus s'adresse à ceux qui sont mauvais : "Vous qui êtes mauvais", votre Père vous donnera l'Esprit Saint si vous le lui demandez. Il n'est donc pas nécessaire d'être des saints pour cela. Les Apôtres et les nombreux disciples qui suivaient Jésus durant les années de sa vie publique n'avaient certainement pas beaucoup brillé par leur sainteté au moment où leur Maître fut arrêté et condamné à mort. Ce sont pourtant ces mêmes Apôtres, avec quelques femmes, qui, en entendant la promesse de Jésus de leur envoyer l'Esprit, l'ont reçu au bout de neuf jours de prière d'une manière peu banale. Quelle consolation pour nous !

    Par contre, ce qui est nécessaire, c'est de demander l'Esprit Saint (que Dieu nous promet à nous aussi), et pas n'importe quoi. Ensuite il est nécessaire de vouloir devenir des saints, puisque c'est pour cela que Dieu nous le donne.

    Saint Séraphim de Sarov est un des saints russes les plus connus et les plus populaires, non seulement parmi les orthodoxes, mais aussi parmi beaucoup de chrétiens d’autres confessions. Il naît en 1759 et entre au monastère de Sarov à l’âge de vingt ans, où il restera jusqu’à sa naissance au ciel en 1833. Pendant quarante-six ans il vit d’abord comme moine en communauté, puis, de 1794 à 1810, comme ermite, et en dernier lieu, comme reclus dans le monastère de Sarov. Durant toutes ces longues années il mène le dur combat pour la sainteté, bénéficiant de nombreuses grâces, notamment des apparitions de la Vierge Marie.

    Les dernières huit années de sa vie terrestre, il émerge de la solitude pour servir aux nombreux fidèles qui accourent vers lui en tant que starets (père spirituel). Chacun de ceux qui le visitent dans sa petite cellule - moines, moniales, prêtres, laïcs, hommes, femmes, riches, pauvres, empereurs ... - vient pour être conforté dans ses épreuves, pour entendre la parole de vie, pour recevoir le conseil nécessaire afin d'avancer sur le chemin vers Dieu. L’évènement le plus célèbre de la vie de saint Séraphim s’est produit un jour d’hiver en pleine forêt en 1830, lorsqu’il a été transfiguré, devant et avec son disciple Nicolas Motovilov, qui nous raconte ce qui s'est passé :


"C'était un jeudi. Le ciel était gris. La terre était couverte de neige et d'épais flocons continuaient à tourbillonner lorsque le Père Séraphim engagea notre conversation dans une clairière, près de son "Petit Ermitage" face à la rivière Sarovka coulant au pied de la colline. Il me fit asseoir sur le tronc d'un arbre qu'il venait d'abattre et lui-même s'accroupit en face de moi.

- Le Seigneur m'a révélé, dit le grand starets, que depuis votre enfance vous désiriez savoir quel était le but de la vie chrétienne et que vous aviez maintes fois interrogé à ce sujet des personnages même haut placés dans la hiérarchie de l'Église.

Je dois dire que dès l'âge de douze ans cette idée me poursuivait et qu'effectivement j'avais posé la question à plusieurs personnalités ecclésiastiques sans jamais recevoir de réponse satisfaisante. Le starets l'ignorait.

- Mais personne, continua le Père Séraphim, ne vous a rien dit de précis. On vous conseillait d'aller à l'église, de prier, de vivre selon les commandements de Dieu, de faire le bien - tel, disait-on, était le but de la vie chrétienne. Certains même désapprouvaient votre curiosité, la trouvant déplacée et impie. Mais ils avaient tort. Quant à moi, misérable Séraphim, je vous expliquerai maintenant en quoi ce but réellement consiste.

Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. La prière, le jeûne, les veilles et autres activités chrétiennes, aussi bonnes qu'elles puissent paraître en elles-mêmes, ne constituent pas le but de la vie chrétienne, tout en aidant à y parvenir. Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. Quant à la prière, au jeûne, aux veilles, à l'aumône et toute autre bonne action faite au nom du Christ, ce ne sont que des moyens pour l'acquisition du Saint-Esprit.



Donc : ne pas confondre le but et les moyens, même si ces moyens sont utiles, voire indispensables. Mais attention aussi à la confusion des grandeurs !

Remarquez que seule une bonne action faite au nom du Christ nous procure les fruits du Saint-Esprit. Tout ce qui n'est pas fait en son Nom, même le bien, ne nous procure aucune récompense dans le siècle à venir, et en cette vie non plus ne nous donne pas la grâce divine. C'est pourquoi le Seigneur Jésus Christ disait : "Celui qui n'amasse pas avec moi dissipe" (Lc 11, 23).

 

L'Église du Cénacle, exemple de concorde et de prière - Homélie 7ème dimanche Pâques A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 
 
 
 


    Dans liturgie de l'Ascension, jeudi dernier, nous avons entendu Jésus nous dire :
 


"Allez donc !" (Jn 28, 19) ... "vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre" (Ac 1, 8).
 


    C'est ce que nous appelons l'apostolat. Le mot "apostolat" vient d' "apôtre", qui veut dire "envoyé" (par le Christ, lui-même l'Envoyé du Père). Saint Luc nous donne leurs noms (cf. 1° lect.). S'y adjoindra Matthias (cf. Ac 1, 15-26), pour suppléer à la défection de Judas Iscariote (Iscariote, en araméen, veut dire : celui qui le trahit), et plus tard saint Paul. Est-ce à dire que l'apostolat est la chasse gardée des Douze, et éventuellement de leurs successeurs, les évêques, et des prêtres, qui les assistent ? Certainement pas ! Ce qui est vrai, c'est qu'aucun apostolat ne peut se faire en dehors de (ou contre) la communion avec eux.

    Vous avez entendu (cf.
1° lect.) saint Luc préciser que les Apôtres n'étaient pas seuls au Cénacle. Il y avait aussi des femmes ! Des membres de la famille charnelle de Jésus étaient là également. Mais, nous dit saint Luc, ils avaient "un seul coeur".

    Le Catéchisme nous explique que, quand, dans le Credo, nous disons que nous croyons que l'Église est "apostolique", il faut le comprendre dans un triple sens :

1. "elle a été et demeure bâtie sur 'le fondement des apôtres' ... témoins choisis et envoyés en mission par le Christ lui-même" ;
2. "elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit qui habite en elle, l’enseignement ... le bon dépôt, les saines paroles entendues des apôtres" ;
3. "elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par les apôtres jusqu’au retour du Christ grâce à ceux qui leurs succèdent dans leur charge pastorale : le collège des évêques, 'assisté par les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église' (AG 5)". (n. 857)

    Et un peu plus loin :

"Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est 'envoyée' dans le monde entier ; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. 'La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat'. On appelle 'apostolat' 'toute activité du Corps mystique' qui tend à 'étendre le règne du Christ à toute la terre' (AA 2). (n. 863)

    Chaque baptisé est donc invité à travailler à la croissance du règne de Dieu parmi les hommes et les femmes de son temps. Mais l'Église n'est pas une entreprise humaine qui mettrait en oeuvre un projet "pastoral" qui serait le fruit d'une étude sociologique. La valeur d'un apôtre ne dépend pas de ses qualités humaines, même si chacun est appelé à les mettre au service des autres. Dieu se plaît d'ailleurs à choisir ce qui est faible (cf. 1 Co 1, 26-31). En cette année jubilaire des apparations de Lourdes, il est bon de s'en souvenir : c'est sainte Bernadette que la Vierge Marie a choisie pour porter au monde son message, et elle n'avait pas une santé de fer. Sainte Thérèse, co-patronne des missions, n'est pas morte centenaire non plus ! ...

    Il faut prier pour recevoir l'Esprit. Personne ne peut l'accaparer par la force. Seule la prière persévérante, unanime, nous configure au Christ, l'Envoyé du Père, et nous fait découvrir la joie chrétienne au coeur même de la soufrance endurée à cause de la Parole. Comment être apôtre lorsqu’on est malade ou infirme, quand on est en prison, ou, tout simplement, lorsque nous sommes accaparés par le travail et les soucis de la famille ? Et quand on ne sait pas parler en public, lorsqu’on ne connaît pas la théologie, et qu'on n'est pas un spécialiste de la Bible (mieux vaudrait quand même se lancer pour la lire), doit-on renoncer à annoncer le Royaume ?

    Au Puy-en-Velay (France) au 19° siècle, de jeunes jésuites, encore prisonniers de leurs livres et de leurs cours, auraient tant voulu déjà parcourir le monde en missionnaires. Ils étaient tout jeunes et pleins d'ardeur "apostolique". Ils rongeaient leurs freins, comme on dit : c'était de la bonne graine ! Mais le jour de la fête de St François Xavier, l'autre patron des missions, le 3 décembre 1844, le Père Gautrelet leur fait une conférence. Il leur dit qu’ils n’avaient pas besoin d’attendre la fin de leurs études pour être apôtres :

 


"Soyez déjà missionnaires par votre prière, par l’offrande de votre vie quotidienne. Priez pour les hommes que vous rencontrerez demain. Tout homme est sauveur avec Jésus Sauveur."
 


    Depuis ce moment, les journées de ces religieux ont été transformées. Ils ont redoublé d’ardeur et ont vécu profondément les travaux, les joies, les peines qui se présentent quotidiennement. (N'oublions pas l'exhortation de saint Pierre - cf. 2° lect. !) Dans la prière, ils offraient tout cela à Dieu pour les intentions qui étaient affichées au tableau de la communauté.

    Au Cénacle, entre l'Ascension et la Pentecôte, il n'y avait sans doute pas de tableau avec des intentions de prière. Mais
l'évangile de ce jour nous fait entendre un passage de la prière de Jésus, probablement dans le même lieu que celui où se trouvaient les premiers chrétiens après l'Ascension. Dans ce passage, il y a les paroles :



"Je prie pour eux ; ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés."
 


    Je ne sais pas si vous vous êtes déjà demandé ce que Jésus a bien pu vouloir dire à son Père : "ce n'est pas pour le monde que je prie". Un peu plus loin il nous met sur la piste :
 


"Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi."
 


    Jusqu'alors, c'est du milieu du monde que Jésus priait, dans ce "monde" qui représente à la fois l'humanité, et ce qui, en elle, refuse la Parole et hait les disciples (cf. v. 14 : "Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine"). Si Jésus  ne prie plus pour le monde, ce n'est pas qu'il s'en désintéresse. C'est, au contraire, parce que sa prière sera relayée par les siens.

    Notre prière doit donc être "apostolique", d'abord dans le sens où elle doit être "dans la communion de toute l'Église" (cf. Prière eucharistique), pendant la messe, ou en priant la liturgie des heures, par exemple. Mais aussi, plus largement, en toute circonstance.

    Elle doit être apostolique aussi dans le sens où nous avons à prier spécialement pour le monde (prière "universelle"), et pour ceux qui nous haïssent à cause de la Parole que Jésus nous a donnée. C'est ainsi que Jésus a prié sur la croix, que saint Étienne a prié pendant qu'il était lapidé, ... et que Jean Paul II a prié pour Ali Agca.


 

Homélie Ascension : Évangéliser en 4x4 pour une mission tout-terrain !

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
   
 
 
 
 


    L'Ascension est un mystère largement ignoré par la majorité des chrétiens. Pourtant il fait partie de notre profession de foi. Seuls ceux qui prient régulièrement le Rosaire le méditent assidument comme un évènement crucial, le moment culminant de la vie et de la mission du Christ, déterminant aussi pour l'Église, intimement liée au Christ. Trop souvent les chrétiens se représentent l'Ascension de Jésus comme le départ d'un être cher qu'on accompagne à l'aéroport. Quelle misère ! Quel sous-développement ! Puissions-nous donc, nous dont la foi est sous-développée, être des chrétiens "en voie de développement". Que l'Esprit Saint, promis par Jésus à l'Église, nous y aide ... et les anges aussi.

    Dans la première lecture
, saint Luc traduit pour ses lecteurs l'expérience de ceux qui ont été témoins de la dernière manifestation visible de Jésus. Ce passage se trouve dans l'introduction des Actes des Apôtres, dont le but est de montrer à tout "ami de Dieu" (c'est le sens de "Théophile") comment l'Esprit Saint, présent dans la vie de Jésus tout au long de l'évangile, déterminera les apôtres à devenir les témoins de Jésus Seigneur. C'est d'eux qu'il s'agira désormais (leurs noms seront cités au v. 13). L'histoire qu'ils vont vivre se déroulera grâce au dynamisme du même Esprit et grâce à l'action permanente de Jésus ressuscité.

    Si Jésus n'est plus visible comme autrefois, il est pourtant présent. Mais il faut avoir la foi pour le voir.

    Dans
l'évangile, la finale de saint Matthieu, on trouve comme en écho l'annonce du début, où Jésus est présenté comme l'Emmanuel, Dieu avec nous (1, 23), ce qui nous fait déjà pressentir la dimension universelle de Jésus, dont l'existence concerne tous les hommes, puisque chacun d'eux est destiné à reproduire son image en sa propre vie. Avec son autorité divine, le Ressuscité envoie tous ceux qui entendent son appel vers "toutes les Nations", pour en faire des disciples.

    Pourtant, c'est une Église très pauvre, un petit groupe, amputé par le défection de l'un des leurs, onze hommes de peu de foi, encore traumatisés par les évènements des dernières semaines. La scène reprend les récits de vocation de l'Ancien Testament. En conférant aux disciples l'investiture prophétique qu'il avait lui-même reçue après son baptême, Jésus les revêt de "toute autorité", celle qui lui a été donnée "au ciel et sur la terre".

    "Allez donc" : Ils reçoivent à leur tour l'extraordinaire pouvoir d'opérer le rassemblement universel des nouveaux disciples par le baptême et l'enseignement, les deux éléments constitutifs du chrétien.

    Le baptême "au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" manifeste l'entrée du chrétien dans le Royaume. La formule trinitaire, empruntée sans doute par saint Matthieu au rituel baptismal déjà en vigueur dans les communautés de son temps, est significative d'une pratique ecclésiale rattachée au baptême du Christ, qui était déjà une épiphanie trinitaire (cf. Mt 3, 16-17).

    Mais au commandement de baptiser est joint celui d'enseigner. Le commandement ultime du Christ est double : baptiser et enseigner. L'Église ne peut donc pas se contenter de baptiser à tout-va. Et quand elle baptise des petits enfants, les parents, parrains et marraines doivent promettre de pourvoir à une éducation religieuse conforme à l'enseignement de l'Église. C'est aussi le rôle de la catéchèse. Mais les premiers catéchistes doivent être les parents eux-mêmes. Il ne s'agit pas seulement d'une leçon à faire apprendre par coeur aux enfants (bien que la mémoire doit aussi jouer son rôle), mais de la bonne Nouvelle du Royaume (la présence même de Jésus ressuscité) dont il faut se laisser pénétrer pour pouvoir la leur transmettre.

    L'enseignement doit ainsi se traduire par un comportement : "garder tout ce que je vous ai prescrit". C'est l'Évangile tout entier qui devient ainsi enseignement de vie pour les disciples, signifié sacramentellement dans le baptême et déployé humainement dans l'existence quotidienne. La morale chrétienne, c'est la Bonne Nouvelle en acte de rayonnement. C'est une condition essentielle pour une catéchèse efficace. Les parents d'abord, et les catéchistes ensuite, se doivent de donner aux enfants un exemple de vie conforme aux exigences de l'Évangile.

    Donner une éducation authentiquement et intégralement chrétienne à ses enfants : voilà une nécessité primordiale. Encore faut-il se garder d'oublier que cet enseignement, revêtu de TOUTE autorité, concernant TOUT ce qu'il a prescrit, s'adresse à TOUTES les nations. TOUS les chrétiens partagent la responsabilité de cet appel. C'est par ce quadruple "tout" que saint Matthieu exprime la totalité de l'action divine prenant corps dans la totalité de l'agir humain, selon la totalité du temps et de l'espace. Le chiffre quatre, on le sait, symbolise le monde créé, composé de quatre éléments fondamentaux (air, terre, eau, feu) et désigné par les quatre points cardinaux. C'est l'évangélisation en 4x4 : la traction (ou l'attraction) intégrale pour une mission tout-terrain !

    Chaque baptisé devient responsable de tous ses frères en humanité, parce que l'Évangile est un message destiné au monde entier. "La promesse faite à Abraham" (Gn 12, 3 ; cf. le Magnificat), rappelée par les prophètes (Jr 4, 2), et accomplie en Jésus, se manifeste à travers la communauté des disciples qui marchent dans les pas de leur Maître sous la conduite des apôtres, et de leurs successeurs, les évêques.

    Ainsi l'Église grandit et se fortifie en vivant et en disant Jésus, qui rassemble toutes les nations du monde et les plonge dans sa vie et sa mort, afin de leur faire partager la vie et l'action du Père, dans l'Esprit. L'Église, dans toute sa faiblesse humaine, subsiste grâce à la présence en elle de la divinité.

    Dieu, dit
saint Paul, a établi son Fils


"au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde présent que dans le monde à venir. Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l'Église qui est son corps, et l'Église est l'accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude."
 


    Pour saint Matthieu, également, l'Église apparaît comme le lieu où s'atteste la présence universelle de Jésus, englobant l'espace et le temps, comme le trait d'union entre terre et ciel, dans la particularité de l' "ici" et du "maintenant".

La fidélité aux commandements - Homélie 6ème dimanche de Pâques A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

 

 
 

 
    Cela fait cinq semaines que nous célébrons le mystère de Pâques. Jeudi prochain c'est l'Ascension, et dans deux semaines la Pentecôte. Au début de cette eucharistie nous avons prié avec toute l'Eglise :
 

« Dieu tout-puissant, accorde-nous, en ces jours de fête, de célébrer avec ferveur le Christ ressuscité : Que le mystère de Pâques dont nous faisons mémoire reste présent dans notre vie et la transforme. »

    Que le mystère de Pâques reste présent dans notre vie et la transforme ...  Comment ?

    Dans la 2e lecture, saint Pierre nous dit :

 

  • « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous ... »

 

    Sommes-nous devenus, durant ce temps pascal, un peu plus expert de la foi et de l'espérance qui est en nous depuis notre baptême pour pouvoir en rendre compte ? La foi n'est pas une fleur sauvage qui pousse n'importe où n'importe comment. La foi est une fleur qu'il faut cultiver dans le jardin de l'Eglise. Pour la cultiver, il faut veiller à ce que les mauvaises herbes, qui, elles, poussent n'importe où, n'importe comment, ne l'étouffent pas. Il faut les arroser, leur donner de l'engrais, guider leur croissance.

    Qu'avons-nous fait pour cela devant tous ceux qui attendent la lumière que nous avons reçue au baptême ? C'est pour cela que le Seigneur nous a donné une langue ! C'est pour communiquer notre foi et notre espérance aux autres, en commençant par nos enfants.

    Si nous devons toujours être prêts à nous expliquer, nous avons aussi à témoigner par toute notre vie. Lors du baptême de vos petits enfants, le célébrant, en remettant aux familles le cierge du baptême, allumé au cierge pascal, dit aux familles :

 

  • « C'est à vous, leurs parents, leurs parrains et marraines, que cette lumière est confiée : Veillez à l'entretenir pour que vos enfants, illuminés pas le Christ, avancent dans la vie en enfants de lumière et persévèrent dans la foi ... »

 

    Or, Mgr Méranville, notre archevêque émérite, rendant compte d'une visite ad limina de la Conférence épiscopale des Antilles, mentionne la famille comme la première question abordée :

 

  • « La Famille, fragilisée et menacée dans notre région, avec pour corollaire des problèmes d'éducation et de vocations religieuses et sacerdotales. Car sans familles chrétiennes qui catéchisent les enfants par la parole mais surtout par l'exemple, il est difficile aux jeunes de connaître Jésus-Christ, de le rencontrer et de vouloir se mettre à sa suite. »

 

    Même constat pour le Service Diocésain de la Catéchèse, qui avait fait un sondage auprès des prêtres et des catéchistes du cheminement. Il en ressort que la plupart des familles n'assument pas leur place dans l'éducation chrétienne de leurs enfants. Tout le monde promet, mais les promesses ne sont pas tenues ! On se laisse prendre par des tas de soucis qu'on estime prioritaires, mais qu'y a-t-il de plus prioritaire que l'éducation chrétienne des enfants dans leur famille, par la parole et par l'exemple, par l'amour surtout ?

    Entendons-nous bien : l'amour dont Jésus parle dans l'évangile, ce n'est pas une affaire de sentiments. Rien à voir avec les chansons d'amour qui pullulent à la radio, la télévision, l'Internet ! Les chants de la Bible, on les appelle les psaumes. Celui qui est le plus long de tous, c'est un chant d'amour ... de la Loi.

 

  • « Vois combien j'aime tes préceptes, Seigneur, fais-moi vivre selon ton amour ! » (v. 59)
  • « Ton amour, Seigneur, emplit la terre ; apprends-moi tes commandements. » (v. 64)
  • « Fais-moi vivre selon ton amour : j'observerai les décrets de ta bouche. » (v. 88)
  • « De quel amour j'aime ta loi : tout le jour je la médite ! » (v. 97)

 

    Dans l'évangile Jésus dit :

 

« Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui. »

 

    Jésus ne parle pas ici d'apparitions ou d'autres phénomènes extraordinaires. Il parle de ce qui se passe habituellement chez quelqu'un qui reste fidèle à ses commandements. Si nous ne sommes pas fidèles, nous pourrons avoir des idées au sujet de Jésus, mais Jésus ne se manifestera pas à nous. Il restera un étranger. Pouvons-nous dire que Jésus est vraiment quelqu'un qui s'est manifesté à nous ? Comment ? (cf. Deus caritas n. 17)

    De l'Esprit Saint, Jésus dit que « le monde ne peut pas le recevoir ». Et si nous, chrétiens, nous vivons « comme tout le monde », nous aurons beau être chrétiens, baptisés, confirmés, mariés à l'église, nous ne pourrons pas connaître l'Esprit Saint. Si nous ne connaissons pas l'Esprit Saint, comment alors témoigner de Jésus ? Cela n'est pas possible.

    C'est pour cela que l'Eglise demande la confirmation pour être parrain ou marraine (cf. 1e lect.) et aussi pour se marier : pour que les époux puissent être témoins de la foi l'un pour l'autre, pour que les parrains et les marraines le soient pour leur filleul(e).

    La confirmation n'est pas une simple formalité, après laquelle on peut envoyer tout promener ! La confirmation est le sacrement qui donne l'Esprit Saint pour pouvoir témoigner. Quelqu'un qui reçoit la confirmation sans vouloir témoigner, cela n'a pas de sens, pas davantage que celui qui veut témoigner mais qui néglige de recevoir la confirmation. Cela ne veut pas dire que l'Esprit Saint n'est pas donné au baptême (il est donné dans tous les sacrements), mais la première lecture montre que le baptême et la confirmation sont bien deux sacrements distincts, et que, tant qu'on n'a pas reçu la confirmation, la vie chrétienne reste inachevée. Pourquoi ? Parce que le témoignage fait partie inhérente des commandements de Jésus.

    Remarquez ici une chose importante : ce n'est pas la même chose de ne pas être confirmé si l'on n'est pas chrétien et de ne pas être confirmé si on l'est. Il y a eu dans l'histoire, et aujourd'hui encore, des hommes et des femmes qui n'ont jamais connu le Christ et qui ont donné un témoignage d'amour admirable. Mais on ne va pas dire qu'ils ont été des témoins de Jésus Christ ... Pensez ici au chapitre 25 de saint Matthieu : « J'avais faim, et vous m'avez donné à manger... » Cette parabole est racontée par Jésus pour nous faire comprendre ce qui va se passer lors du Jugement dernier. Ce ne sont pas seulement les chrétiens qui seront jugés par Jésus, mais tous les hommes. Eh bien, ceux qui, sans connaître Jésus, ont vécu en faisant du bien à leur prochain, ils seront sauvés par Jésus sans l'avoir connu sur la terre. Mais qu'on n'aille pas dire alors qu'ils étaient de bons chrétiens, « des chrétiens qui s'ignorent » !

    A ses disciples Jésus racontera une autre parabole. Saint Pierre demande alors si elle s'adresse « à nous ou à tout le monde ». Aux chrétiens, à ceux qui ont eu le privilège inouï d'avoir connu Jésus, d'avoir reçu la foi et le baptême, d'avoir connu la volonté du Père, il leur sera demandé davantage, et s'ils n'ont pas fait ce qui leur a été demandé, ils recevront « un grand nombre de coups » (cf. Lc 12, 35-48).

 

La grandeur de l'Église - Homélie 5ème dimanche de Pâques A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 
 

 

    Dans ce passage de l'évangile que nous venons d'entendre, et qui se situe après le lavement des pieds et l'annonce de la trahison de Judas, mais que nous entendons aujourd'hui à la lumière du cierge pascal, Jésus adresse à ses disciples, troublés surtout par l'annonce du départ de leur Maître, des paroles de consolation et d'encouragement. Il leur dit qu'il ne les quitte pas. Il veut leur révéler sa présence invisible parmi eux, par la foi et dans l'amour.

    Dans ce temps qui suit Pâques - et qui est le temps de l'Église dans son cheminement terrestre - la foi est la condition essentielle de notre vie de croyants. Par la foi, nous sommes certains de la présence de Jésus ressuscité ; par elle, nous avons la certitude aussi de la présence du Père.

    L'évangile nous montre aussi que les paroles de Jésus ne rencontrent que de l'incompréhension, même de la part de ceux qui sont les mieux placés pour les comprendre : Pierre, Thomas, Philippe ... Il ne s'agit pas d'une difficulté simplement intellectuelle, comme quand un étudiant ne comprend pas une leçon de mathématiques. Non ! Il s'agit d'une incompréhension fondamentale : celle d'un manque de foi. Or la foi, c'est un don que Dieu donne à ceux qui sont bien disposés, aux humbles de coeur, aux pécheurs repentants. Les orgueilleux, eux, restent imperméables au don de Dieu. Ce qui nous empêche de croire, ou ce qui ralentit la croissance de notre foi, c'est le fait que nous cherchons principalement notre propre gloire.

 


"Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique !" (Jn 5, 44)
 


    Pour croire en Jésus, il faut être libéré de soi-même et de toutes ses fausses richesses dans lesquelles les hommes mettent leur confiance.

    Saint François de Borgia, qui, au 16e siècle est devenu le deuxième Général des Jésuites, après saint Ignace de Loyola, jusqu'à l'âge de 40 ans, ne se sentait pas trop concerné, ni par le Christ, ni par l'Église. Au lieu de cela, il vivait la vie brillante d'un noble espagnol. C'est ce que Pascal appelait la "grandeur d'établissement". Il était le cousin de l'empereur et jouissait de tous les privilèges de la royauté à cette époque de l'âge d'or en Espagne. En outre, deuxième grandeur, il était extrêmement doué intellectuellement, et abondait de vertus naturelles, telles que le courage. Il était parmi les courtiers impériaux les plus en vue de l'époque. Il était aussi un ami très proche et conseiller de la belle, sage et bien-aimée Impératrice Isabelle, la grande dame de l'Europe de cette époque, dans tous les sens du terme. Et donc, par nature, par les circonstances, et par son éducation, François de Borgia avait un avenir très prometteur devant lui.

    Mais un jour, l'Impératrice meurt, et l'on demande à François, âgé alors de 28 ans, d'escorter la dépouille mortelle à la ville de Grenade, où elle devait être enterrée. Au bout de ce long voyage, les magistrats de la ville ouvrent le cercueil pour authentifier le corps. Son visage était si défiguré et horrible à voir que personne ne pouvait l'identifier. La puanteur qui se dégageait de la dépouille en décomposition était si pénétrante que tout le monde s'empresse de quitter la pièce.

    François était en état de choc. Qu'étaient devenus ces yeux pétillants, cette élégance, ce charme, cet esprit, la douceur de son sourire ? Et pour la première fois, François comprend vraiment combien la vie est fragile et éphémère. Un jour elle était Reine d'Espagne et Impératrice du Saint-Empire, vénérée et enviée du monde entier, jouissant d'une fortune et d'un pouvoir pratiquement illimités. Le jour suivant elle était devenue un cadavre répugnant en état de putréfaction. C'est alors que François Borgia se met à réfléchir sérieusement à Jésus, se présentant comme le Chemin, la Vérité et la Vie, Vainqueur de la mort et source de vie éternelle. En regardant ce cadavre, il se dit à lui-même : "François, voilà ce que tu seras bientôt... À quoi te serviront les grandeurs de la terre ?"

    Dans la deuxième lecture, saint Pierre rappelle aux chrétiens quelle est leur vraie grandeur. Leur vraie grandeur c'est d'avoir été choisi par Dieu pour être des pierres vivantes pour la construction d'un Temple spirituel :

 

 

  • "Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu."


    Voilà nos titres de noblesse ! Notre noblesse, à nous, c'est d'appartenir à l'Église catholique. Et ce n'est pas par hasard que Dieu nous a choisis. Pascal, voulant faire comprendre aux grands de ce monde combien leur condition supérieure n'est que le fruit du plus grand des hasards, leur raconte une petite histoire :

"Pour entrer dans la véritable connaissance de votre condition, considérez-la dans cette image. Un homme est jeté par la tempête dans une île inconnue, dont les habitants étaient en peine de trouver leur roi, qui s'était perdu ; et, ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualité par tout ce peuple.  D'abord il ne savait quel parti prendre ; mais il se résolut enfin de se prêter à sa bonne fortune. Il reçut tous les respects qu'on lui voulut rendre, et il se laissa traiter de roi."

    Pascal veut amener les grands de ce monde à réfléchir et à écouter les prédicateurs leur enseigner le chemin qui conduit aux biens spirituels de la charité, c'est à dire à l'amour. Il s'agit de les amener à la conversion, à se sauver de la damnation. Seul le salut compte. Mais ce salut exige de sortir de l'ignorance et de l'illusion, de s'éveiller, d'acquérir une connaissance véritable de sa condition, et ainsi à échapper à la confusion première par laquelle nous confondons les différentes valeurs, ce qui fait la grandeur des nobles et ce qui fait celle des héros, des savants, des gens admirables par leurs qualités naturelles et ce qu'ils en tirent, et celle des saints.

    Souvent ces ordres de grandeur sont confondus les uns avec les autres. Que n'a-t-on pas entendu à l'occasion du décès d'Aimé Césaire ? Un déluge de qualificatifs de toute sorte, un discours dithyrambique dans lequel on confond les ordres de grandeur ! Il ne fait aucun doute que celui que pleurait toute la Martinique n'est pas un inconnu dans le monde entier pour rien. Aimé Césaire était un grand homme : personne n'ose et ne peut le contester, un grand homme à plusieurs égards. Mais de là à en faire un saint ! ... Certains, qui disent avoir pour lui "une admiration sans faille", ont parlé de son "témoignage de foi", de "sa pensée théologique",  le qualifiant de "père spirituel", de "vaillant serviteur de la vie, de la grâce de la résurrection de son Fils Jesus-Christ" et de "prophète au sens biblique du mot", un homme qui "ne mourra jamais" ! Ceux qui se sont déplacés pour aller lui rendre un dernier hommage n'ont pas fait un voyage mais un "pèlerinage", etc ...

    Comprenez-moi bien, et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : je ne me permettrai pas de juger l'illustre défunt, dont on sait qu'il fut baptisé, non pratiquant. Ce n'est pas mon propos. (J'ai moi-même publié
un hommage à Aimé Césaire.) Je ne peux cacher ma tristesse en apprenant qu'il est privé de funérailles religieuses de par la volonté de sa famille. Mais ce que je ne peux surtout pas passer sous silence, sous peine de complicité, c'est l'idolâtrie - le mot n'est pas trop fort - de la part de ceux et de celles qui confondent les différents ordres de grandeur et qui rendent un très mauvais service à la mémoire de ce grand homme.

    L'autre jour quelqu'un aux États-Unis qui s'emploie à défendre l'Église catholique (on appelle cela de l'apologétique) m'envoyait une vidéo dans laquelle l'Église était appelée la plus grande organisation humanitaire du monde. Ce qui est vrai, c'est qu'il n'y a aucune organisation humanitaire qui puisse se vanter d'avoir plus d'écoles, d'hôpitaux, de dispensaires, d'orphelinats, d'oeuvres de charité de toute sorte, que l'Église. Mais l'Église n'est pas une organisation humanitaire. Elle est le corps du Christ ! C'est autre chose ... C'est une grandeur d'un autre ordre.

    L'Eglise n'est pas un supplément dont on peut se passer, du moment qu'on a le Christ. Elle est le lieu de cette présence. Maintenant que Jésus est allé vers le Père, il est plus que jamais dans l'Église : voilà l'idée-force qui se dégage de l'Évangile d'aujourd'hui. Durant sa vie terrestre, les apôtres ont vécu avec lui sans le connaître ni le comprendre. Maintenant, dans la foi, sa présence, et celle du Père, est une réalité consciente. Et cette présence est efficace : les signes accomplis dans l'Église : signes des sacrements, signes donnés par l'Église en qui habite la puissance de l'Esprit, manifestent la présence et l'action du Ressuscité en elle, non pas seulement des oeuvres humanitaires, mais des oeuvres divines, des oeuvres divines plus grandes mêmes que celles que faisait Jésus. Quelle grandeur que celle de l'Église !

    Mais cette grandeur, comme celle du Christ, est méconnue, méprisée. Pas de discours dithyrambique à son sujet, pas d'éloges, mais des critiques à tout va. Quoi d'étonnant, avec un tel Maître ?

 

 

  • "Il est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu’il en connaît la valeur."


    De même l'Église :
 

 

  • "Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus."


    Alors à chacun de faire son choix en connaissance de cause :
 

 

  • "Celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi donc, honneur à vous qui avez la foi, mais, pour ceux qui refusent de croire, l'Écriture dit : La pierre éliminée par les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle, une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber. Ces gens-là butent en refusant d'obéir à la Parole, et c'est bien ce qui devait leur arriver."


    Il faut donc choisir entre ou bien les éloges du monde et le mépris de Dieu, ou bien les éloges de Dieu et le mépris du monde.

Pour que fleurissent les vocations, cultiver le terrain des familles - Homélie 4° dimanche de Pâques - Vocations

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.

Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.

 
 
 

 

    Le monde a besoin d’évangélisateurs. Il est urgent de promouvoir les vocations sacerdotales et religieuses. 

    C'est seulement dans un terrain spirituellement bien cultivé, écrivait Benoît XVI, que fleurissent les vocations au sacerdoce ministériel et à la vie consacrée :

 


"Pour que l'Église puisse continuer à accomplir la mission qui lui a été confiée par le Christ et qu’il y ait toujours les évangélisateurs dont le monde a besoin, il est nécessaire que l’on ne néglige jamais dans les communautés chrétiennes une constante éducation à la foi des enfants et des adultes ; il est nécessaire de maintenir vivant chez les fidèles un sens actif de la responsabilité missionnaire et de la participation solidaire avec les peuples de la terre. Le don de la foi appelle tous les chrétiens à coopérer à l'évangélisation."
 


    Et le Pape insistait :


"C'est seulement dans un terrain spirituellement bien cultivé que fleurissent les vocations au sacerdoce ministériel et à la vie consacrée."
 

    (C'est pour cette raison principalement que j'ai voulu que les confessions des enfants en préparation aux fêtes pascales se déroulent, non pas en groupes de catéchèse, mais en famille, non pas dans le cadre de la pastorale catéchétique, dont la mission consiste à préparer les enfants à la confession, mais dans celui de la pastorale familiale.)
 


    Le 31 mars 2008 Benoît XVI a adressé un discours aux membres du Chapitre Général de la Société Salésienne de Saint Jean Bosco (Salésiens), reçus en audience au Vatican, discours dans lequel il revient sur ce sujet. Dans la partie finale de son discours, le Saint-Père s’est arrêté sur la grande "urgence éducative" de notre temps, en soulignant l’importance pour la famille de participer activement à l’éducation des jeunes.
 


"La prédilection et l’engagement en faveur des jeunes, qui sont une caractéristique de Don Bosco, doivent se traduire en un même engagement pour l’implication des familles et pour leur formation. Votre pastorale des jeunes doit donc s’ouvrir de manière résolue à la pastorale des familles. Prendre soin des familles, ce n’est pas enlever des forces à leur travail pour les jeunes, au contraire, c’est le rendre plus durable et plus efficace."



    Cela veut dire - et j'ai pu le vérifier en parlant avec les enfants que leurs parents ont accompagnés à la confession pascale - que ce n'est pas au détriment de la pastorale des jeunes, et donc de la catéchèse et des vocations, que l'on s'investit dans la pastorale familiale. Au contraire : ce n'est qu'à cette condition que la pastorale des jeunes et des vocations sera "plus durable et plus efficace". (Le comble, c'est que quand un prêtre essaie de sensibiliser les parents  pour les impliquer un peu plus dans l'éducation chrétienne de leur(s) enfant(s), ne fût-ce qu'en l'accompagnant à la confession, il y a des catéchistes qui mettent des bâtons dans les roues !)

    L'importance de la famille et de l'éducation chrétienne, c'est encore ce sur quoi Benoît XVI avait insisté dans son discours aux évêques antillais, reçus en vsite ad limina de la même année, en définissant le mariage et la vie familiale comme une "source première de cohésion à l'intérieur des communautés". Or que font ceux qui devraient désencombrer la source pour que l'eau puisse jaillir plus abondamment ? Ils la bétonnent !

    Bien sûr, ce n'est pas toujours le cas. Heureusement ! Mais un constat s'impose : là où, malgré un invetissement catéchétique conséquent, les vocations sacerdotales et religieuses ne fleurissent pas - et nul ne pourra dire que je noircis le tableau en affirmant qu'elles ne fleurissent pas chez nous - cela est sans doute dû, au moins en grande partie, au fait que le terrain n'est pas "spirituellement bien cultivé", parce que la "constante éducation à la foi des enfants et des adultes" et "l'implication des familles" est insuffisante, voire inexistante, et que, donc, le mariage et la vie familiale sont dans notre communauté comme une source desséchée et la catéchèse stérile.

    La place des familles, la responsabilité que doivent assumer les parents, les grands-parents, les parrains et les marraines : il semble bien que ce soit là le grand point faible, le talon d'Achille de l'éducation en général, et de l'éducation chrétienne en particulier, de nos enfants et de nos jeunes. Ce que promettent ceux qui se marient, ce à quoi s'engagent les parents, les parrains et les marraines qui présentent leurs petits enfants au baptême, cela reste trop souvent lettre morte.

    Lorsque je faisais remarquer aux parents des enfants qui se préparent à leur profession de foi que leurs enfants ne savent même pas ce qui est célébré à Pâques, alors qu'on le leur a dit à de multiples reprises au cours de la catéchèse, mais sans que les parents le reprennent chez eux, à la maison, et lorsque je rappelais à ces parents les engagements qu'ils avaient pris à ce sujet, la réponse que j'ai obtenue est : "Oh, vous savez, ce n'est pas évident. On n'a pas le temps !"

    On n'a pas le temps ... On a le temps pour autre chose, mais pas pour ça ! Une maman m'a même dit : "Vous, vous ne savez pas ce que c'est, vous, que d'avoir des enfants !" Ce à quoi j'ai répondu : "Ma maman le savait ! Elle en a eu quatre, qu'elle a dû éduquer toute seule, depuis la mort de mon papa après à peine six ans de mariage." Et elle y est arrivée. Elle ne s'est pas excusée en disant : "Ce n'est pas évident". Et c'est grâce à son courage, ses sacrifices, sa foi, que je suis prêtre depuis maintenant 34 ans ... et pour l'éternité.

    Le comble, c'est que quand, par miracle, un enfant entend l'appel du Seigneur pour lui donner sa vie et qu'il en parle à ses parents, ses parents lui disent : "Tu n'y penses pas. Il n'en est pas question".

    Le comble, c'est que les parents qui, il y a trente ou quarante ans, obligeaient leurs enfants d'aller à la messe, disent maintenant à leurs enfants, devenus adultes, quand ceux-ci reviennent après plusieurs années d'absence à une pratique régulière : "Mais non, tu exagères ! Tu veux entrer au couvent ?"

    Ceux qui ont écouté les témoignages de ces femmes qui ont offert leurs prières et leurs souffrances pour les prêtres et pour les séminaristes savent que je ne suis pas un cas unique, et que là où l'on prend à coeur de le faire, là le Seigneur exauce toujours. Depuis sainte Monique jusqu'à la vénérable Conchita au Mexique, les témoignages sont innombrables, comme l'affirmait un saint Pie X : "Toute vocation sacerdotale provient du coeur de Dieu, mais elle passe par le coeur d'une mère".

    L'un des exemples les plus frappants est certainement le petit village (à peine quelques milliers d'habitants) de Lu, à 90 kilomètres à l'est de Turin où, dans une même génération, il y a eu 323 vocations : 152 prêtres et 171 religieuses. Il y avait dans plusieurs familles trois ou quatre vocations, et même une famille où il y en avait sept, dont le bienheureux Philippe Rinaldi, qui est devenu le troisième successeur de saint Jean Bosco. Il a été béatifié par Jean Paul II le 29 avril 1990. Que s'était-il passé ? Tout simplement, en 1881 les mères de famille de ce village ont décidé de se réunir tous les mardis avec leur curé pour adorer le Saint-Sacrement en priant pour les vocations, et de communier tous les premiers dimanches du mois à cette même intention, en priant, après la messe, une prière pour les vocations. Et c'est ainsi que s'est développé dans les familles de ce village un climat de joie profonde et de piété chrétienne qui a facilité l'éclosion des vocations dans le coeur des enfants.

    Voici la prière que récitaient les mamans :

 

"O Dieu,
Accordez-moi la grâce que l'un de mes fils puisse devenir prêtre !
Je veux moi-même vivre comme une bonne chrétienne
et conduire toujours mes enfants à faire ce qui est juste,
pour que je puisse recevoir la grâce , ô Dieu,
de pouvoir vous donner un saint prêtre ! Amen."

    Pourquoi pas chez nous ?
Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.

Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.

Les "paroissiens" d'Emmaüs - Homélie 3° Pâques A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 
 
    Voilà deux disciples de Jésus qui n'ont rien compris. Ils avaient eu de l'estime pour leur Maître, "prophète puissant par ses actes et ses paroles". Mais il n'a pas répondu à leurs attentes. Selon eux il a lamentablement échoué. Leurs attentes se sont évanouies :

 

Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël !


    Est-ce Jésus qui a déçu ses disciples ? Non, c'est eux qui se sont trompés d'espérance. Ce sont les disciples qui ont déçu Jésus. Alors Jésus entreprend pour eux une catéchèse fondamentale, modèle de toute homélie, suivie d'un repas, la fraction du pain, "ce rite propre au repas juif", qui avait été "utilisé par Jésus lorsqu'il bénissait et distribuait le pain en maître de table, surtout lors de la dernière Cène". C'est ainsi que "les premiers chrétiens désigneront leurs assemblées eucharistiques. Ils signifieront par là que tous ceux qui mangent à l'unique pain rompu, le Christ, entrent en communion avec Lui et ne forment plus qu'un seul corps en Lui" (CEC 1329).

    Le récit d'Emmaüs nous apprend ce qu'est aujourd'hui la présence du Christ, ce que nous pouvons en attendre. Il nous met en face des mêmes égarements dans notre espérance, devant les mêmes incompréhensions, non seulement de l'Ancien, mais aussi du Nouveau Testament, de l'Évangile même, de l'Église aussi, de la manière dont Dieu conduit nos existences. À nous de faire, comme les deux disciples sur la route d'Emmaüs, un long chemin avec Jésus, cheminement de toute une vie qui passe par la méditation attentive de la Parole de Dieu (du texte écrit de la Bible, bien sûr, mais aussi de l'Histoire de l'Église, des paroles et évènements de notre vie de tous les jours ...), mais toujours pour aboutir à la fraction du pain dans la communauté de l'Église, fondée sur les apôtres, dont les successeurs sont les évêques, et en particulier, sur le témoignage de Pierre, dont le successeur est l'évêque de Rome.

    Nous aussi, nous devons reconnaître que depuis le temps que nous sommes avec Jésus (depuis notre baptême), notre coeur est "lent à comprendre". Il s'agit de Jésus, non pas d'un prophète, mais du Messie, annoncé par la Loi, les Prophètes et les autres Livres, disant que la souffrance et la mort font partie intégrante du programme mais n'ont pas le dernier mot. Tout cela s'accomplit dans l'Eucharistie. Si Jésus n'était pas ressuscité des morts, il n'y aurait pas d'Eucharistie, et donc pas d'Église. Mais aussi : si nous avons délaissé l'Eucharistie, si nous avons pris nos distances vis-à-vis de l'Église, c'est que nous avons oublié que ... Jésus est ressuscité.

    Mais justement, me direz-vous, aujourd'hui que Jésus est ressuscité, pourquoi y a-t-il encore la souffrance et la mort, pourquoi encore la persécution, les scandales, même, et peut-être surtout, à l'intérieur de l'Église ?

    Eh bien, ces pensées-là aussi attestent que nous sommes "lents à comprendre". Aujourd'hui, pas plus que hier, Jésus ne vient comme un organisateur génial de la société, ou comme un libérateur charismatique des opprimés. Il apporte essentiellement l'Esprit Saint qui accorde les hommes à Dieu, mais en les laissant à leur liberté inaliénable. C'est cela, l'intelligence des Écritures, qui est selon saint Luc le fruit pascal par excellence de l'action de l'Esprit Saint.

 


Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. (Jn 16, 33)
 


    Jésus ne nous met donc pas à l'abri de la détresse du monde. Au contraire, sa Parole nous y expose ; elle fait que le monde nous prend en haine :
 


Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. (Jn 17, 14)
 


    Ils ne seront jamais nombreux, ceux qui veulent entendre cette vérité. Même s'ils l'étaient, ce n'est pas cela que nous devrions prendre en considération comme critère pour déterminer notre conduite. Ce que nous devons retenir, c'est que notre appartenance à la communauté des disciples de Jésus ressuscité doit être entière, définitive et inconditionnelle. Pour cela nous devons absolument nous abstenir de craindre le jugement des hommes. Pensons au martyre du Père Ragheed et de Mgr Rahho en Irak.

    Je lisais ces jours le récit des martyrs de la guerre civile en Espagne. J'ai été frappé notamment par le récit du martyre de Santiago Mosquera y Suárez de Figueroa. C'était un jeune de quinze-seize ans. Attaché à un pieu, il est sommé de blasphémer pour avoir la vie sauve. Maltraité avec sauvagerie, il répond : "Je préfère mourir plutôt que d'offenser Dieu". Son corps a été retrouvé miraculeusement. Il tenait son chapelet à la main droite. On a conservé de lui une relique. Il s'agit d'un brassard blanc avec l'inscription : "Souvenir de ma première communion". Dans le passé on portait ces brassards à la hauteur de l'épaule sur les habits de Première Communion. Son procès de Béatification a commencé en 2002.

    Ce que nous devons craindre, c'est le jugement de Dieu. Vivre dans la crainte de Dieu - c'est saint Pierre qui nous enseigne cela (cf. 2° lect) ! - ce n'est pas comme craindre les hommes. C'est le même mot mais il n'a pas le même sens. Il ne faut pas craindre les hommes. Cela veut dire qu'il ne faut pas avoir peur d'eux, de ce qu'ils vont penser de vous, de leur jugement, si vous faites telle chose (que les autres ne font pas) ou si vous ne faites pas telle chose (que presque tout le monde fait). C'est Dieu que nous devons craindre. "Craindre" ici veut dire : avoir peur d'offenser, d'attrister, de décevoir. La crainte du Seigneur est appelée "révérence filiale". C'est donc une crainte d'amour qui nous fait verser notre sang jusqu'à la dernière goutte plutôt que de déplaire à Dieu. La crainte servile, c'est le contraire : c'est éviter de faire quelque chose qui puisse nous valoir des ennnuis.

    Saint Pierre nous dit :

 


Frères, vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d’après ses actes ("celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre") ; vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu.


    La traduction du lectionnaire, dont le but est d'être facilement compréhensible, dilue pourtant la force de l'expression originale : "qui ne fait pas acception de personnes". Dieu ne se laisse pas tromper par les apparences, plus ou moins favorables, ce masque derrière lequel les hommes ont l'habitude de dissimuler leurs véritables sentiments ou intentions. Dieu est le Saint, on pourrait dire : "le Clairvoyant".

    Saint Pierre nous dit cela pour nous inviter à vivre dans les dispositions qui plaisent à Dieu sans faire semblant. Faire semblant, c'est mentir. Le Père ne reconnaît pour siens que ceux qui vivent dans une humble soumission (cf. v. 14 : Soyez comme des enfants obéissants ...). Vivons sans nous laisser gagner par les manières de juger de ce monde, où, de toute manière, nous séjournons temporairement, comme des étrangers, des pèlerins. C'est ce que nous rappelait aussi l'un des successeurs de Pierre, Benoît XVI, en expliquant l'étymologie du mot "paroisse" à propos d'un passage de la lettre aux Hébreux qui parle d'Abraham :

 


Il est vrai, que sur la terre, nous sommes tous de passage, comme nous le rappelle justement la seconde lecture de la liturgie d’aujourd’hui, extraite de la Lettre aux Hébreux. Elle nous présente Abraham en vêtement de pèlerin comme un nomade qui vit dans une tente et s’arrête dans une région étrangère. La foi est son guide. "C’est par la foi qu’Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu’il devait recevoir en héritage, et qu’il partit sans savoir où il allait". (cf. He 11, 8). Sa vraie destination était en effet "la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur." (11, 10). La cité à laquelle on fait allusion, n’est pas de ce monde, mais elle est au paradis. La première communauté chrétienne qu’on considérait comme "étrangère" et dont on appelait ses noyaux résidant dans les villes, "paroisses", ce qui signifie colonies d’étrangers précisément [en grec pàroikoi] (cf. 1 P 2, 11), en était bien consciente. De cette manière, les premiers chrétiens exprimaient la caractéristique la plus importante de l’Église qui est l’attirance précisément vers le ciel. La liturgie de la Parole d’aujourd’hui veut nous inviter en conséquence à penser "à la vie du monde à venir", comme nous le répétons chaque fois, que nous faisons cette profession de foi dans le Credo. Une invitation à vivre notre existence de manière sage et prévoyante, à prendre en considération attentivement notre destinée, c’est-à-dire ces réalités que nous appelons ultimes : la mort, le jugement final, l’éternité, l’enfer et le paradis. (Benoît XVI, Angélus 12 août 2007)

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