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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Cardinal Carlo M. Martini, Jean: l'Évangile des 'gnostiques' (5)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
17 TOB evL’'importance de la foi dans le IVe évangile apparaît du fait qu’'elle est le but de l'oe’œuvre de Dieu (ergon thou Theou). Déjà en Jean 6, 29 nous trouvons : L'oe’œuvre de Dieu c’'est que vous croyiez en celui qu'’il a envoyé. Par conséquent toute l'oe’œuvre de Dieu est que l'’on vienne à croire. (…...) C'’est là aussi le but de tout l’'évangile: Cela a été mis par écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Fils de Dieu (20, 31). Le sens exact de ce verset ne peut être saisi que si l'’on entend "croire" dans le sens d'’un approfondissement de la foi déjà reçue; le IVe évangile n’'est pas écrit "pour que vous veniez à la foi", mais pour que vous croyiez que Jésus est le Fils de Dieu, avec toutes les implications que cela comporte; et donc qu’'en acceptant de bon cœoeur ces implications, vous ayez en lui la plénitude de la vie. (...…)

       Demandons-nous maintenant brièvement par quels comportements se manifeste la foi. Je voudrais particulièrement insister sur l’'un d’entre eux qui me paraît très important. La foi telle que Jean la décrit, n'’atteint son objet qu'’à travers des témoignages et des signes; pour cette raison elle met en œoeuvre, dans sa structure essentielle, deux conditions: la capacité d'’interpréter les signes comme tels, et la capacité d’'aller au-delà des signes. Il est intéressant d’'examiner, à ce propos, quels sont les obstacles à l’'exercice des ces deux capacités, celle d’'interpréter et en même temps celle de dépasser les signes. Jean nous en indique plusieurs, mais j’'en ai choisi trois qui mes semblent caractéristiques de sa spiritualité. Nous en trouvons deux dans le chapitre 6 et un dans le chapitre 9. Dans le 6e chapitre, à côté de toute une discussion sur la valeur du signe et sur ce à quoi il doit faire aboutir, il nous est présenté deux attitudes qui empêchent la foi: la première consiste à concentrer toute son attention sur la chose qui fait "signe" (6, 26). "Signe" est ici la multiplication des pains : la foule cherche Jésus avec inquiétude, le trouve au-delà du lac et lui demande : Rabbi, quand es-tu venu ici? Jésus leur répond: En vérité, en vérité je vous le dis, vous me cherchez non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés (6, 25). Le pain était un signe, ils ont reçu la chose, mais n'’ont pas compris le signe comme tel; ils n’'ont pas saisi sa valeur signifiante: c’'est pourquoi ils cherchent Jésus pour une autre raison que celle que Jésus a visée en multipliant les pains. Le second empêchement de la foi est celui que j’'appellerais "l'’obsession messianique": nous le voyons décrit en 6, 14. Là aussi il s'’agit d'’une interprétation erronée du signe: après la multiplication des pains, les gens disaient: "C'’est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde". Et Jésus sachant qu'’ils venaient pour le prendre et le faire roi, s’'en va tout seul dans la montagne. Cette obsession de trouver à tout prix le Messie rend incapable de comprendre la signification de ce que Jésus a fait.

       La troisième attitude qui démontre notre incapacité à interpréter les signes est l’'autosuffisance religieuse. Nous la trouvons présente en divers passages, surtout en 9, 41: Jésus leur dit: "Si vous étiez des aveugles vous n’'auriez pas de péché. Mais vous dites: Nous voyons! Votre péché demeure". C’'est là un empêchement qui arrête tout discours sur la foi: puisque vous croyez voir clair, c’'est-à-dire puisque vous vous suffisez à vous-mêmes, en vertu du système que vous vous êtes déjà bâti, il vous est impossible de saisir le sens de ce qui arrive maintenant. Nous trouvons ici une application dramatique de ce qu'’on appelle parfois "l'’ironie johannique". Il serait intéressant de lire tout le chapitre 9 dans cet éclairage: quand on ne veut pas voir, aucun signe n'’est assez puissant, et même au contraire, c’'est le signe qui aveugle. D'’autres passages sont pareillement significatifs, mais le comble de l'’ironie est atteint par une phrase paradoxale de Jésus: Parce que je vous dis la vérité, vous ne me croyez pas (8, 45). Montrer la vérité, c'’est l’'occasion d’'aveugler. (…...)

       En d’'autres termes, Jésus demande d'’entrer courageusement dans la dynamique des signes et qu’'on en fasse l’'épreuve, sans redemander continuellement de nouveaux témoignages, ce qui montrerait au fond que l’'on ne veut pas vraiment l'’écouter.
Voici votre roi, Cerf, 1981, p. 118…-123

Cardinal Carlo M. Martini, Jean: l'Évangile des 'gnostiques' (4)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
17 TOB evImaginons que nous voyons Jésus en train de multiplier ce qu'’il donne au milieu de gens nombreux et variés et venus de partout. Et demandons la grâce de recevoir ce don de Jésus, et de comprendre comment il est multiplié dans le temps et dans l’'espace. Ou si vous voulez, ce n’'est là qu’'une variante du prélude suggéré par Ignace, demandons de connaître le Verbe incarné dans toutes les dimensions de sa présence, pour pouvoir l’'aimer et le suivre là où il se trouve, dans toutes les réalités sous lesquelles il se manifeste à nous (cf. Exercices Spirituels , n° 104).

       (...…) La présence de Dieu parmi nous, avec nous et pour nous, qui regarde-t-elle ? Concerne-t-elle seulement ceux qui ont rencontré Jésus physiquement et dont sont décrits les épisodes dans l’'évangile de Jean? Certainement pas. Nous savons que Jean nous présente Nicodème, la Samaritaine, l’'aveugle et les disciples de Jésus eux-mêmes autour de lui qu’'en tant que ce sont des modèles typiques à travers lesquels on lit une action permanente de Dieu dans le Christ parmi nous. Et pourtant Jésus n’'est plus devant nous comme il se tenait face à Nicodème, à la Samaritaine ou au paralysé; au contraire il retourne vers le Père et il affirme avec insistance la réalité de son retour. Comment alors se fera notre contact avec Dieu-parmi-nous en Jésus? Sera-ce seulement un contact au moyen du souvenir, ou par la lecture d’'un livre, ou la prédication qui raconte de lui ses faits et gestes? Ce serait déjà quelque chose, car cela amènerait au milieu de nous au moins l’'esprit de Jésus, je dis "l'’esprit" (avec une minuscule) comme une continuation de son oeœuvre. En d'’autres termes, ce serait la manière de Marc pour situer la Résurrection: l’œ'oeuvre de Jésus va de l’'avant, la charge de son idéal continue dans l'’humanité.

       Mais Jésus nous a dit plus que cela dans sa prédication. Prenons par exemple le verset final de l’'apparition à Thomas: Heureux ceux qui n’'ont pas vu et qui ont cru (Jn 20, 29). Et encore dans le discours où il se révèle aux apôtres: C'’est votre intérêt que je parte (16, 7). La disparition physique de Jésus, par conséquent, entraîne des modes permanents -– peut-être meilleurs –- de sa présence; des modes qui sont plus utiles pour nous. Et pourquoi donc plus utiles? parce que plus universels dans l’'espace et dans le temps, et plus adaptés à l’'éducation d’'une vraie recherche du Christ dans la réalité du monde.

       C’'est pour cela que nous voulons méditer sur quelques-uns des modes de présence de Jésus; et je les choisis de telle façon qu'’ils vous suggèrent et livrent une méthode pour méditer sur d’'autres encore. (…...) Les trois modes que j'’ai choisis sont: l'’économie sacramentaire; l’'économie communautaire; l’'économie de l’Esprit. Je parle d’'"économie" parce que je n'’aime par parler de la présence de Jésus dans les choses, et je trouve aussi quelque difficulté à parler de la présence de Jésus dans les personnes, parce que tout cela a une certaine tendance à des formes d'’idolâtrie ou de mystification. Au contraire, en parlant d’'"économie", c’'est-à-dire de rapport entre choses, personnes et situations, on fait état d’'une présence de Jésus qui est plus apte à purifier l'’esprit, étant donné que le mot revêt des significations actives et dynamiques, par lesquelles nous sommes délivrés de la tentation toujours en embuscade de nous enfermer dans des attitudes de type idolâtrique.

       Dans l’'évangile de Jean, Jésus manifeste des modes de présence et d'’action salvifique que le chrétien éclairé, en particulier celui d'’un certain âge, qui a définitivement une certaine expérience de ces choses, reconnaît dans les gestes qui s’'accomplissent par ordre de Jésus au sein de la communauté. Effectivement l’'évangile de Jean, quand il nous présente des gestes, des façons de faire et des actions de Jésus, nous indique en réalité, par transparence, des façons de faire et des actions qui regardent la vie de la communauté. Le message est la présence même de Jésus, lue et vue dans ces gestes communautaires.

Voici votre roi, Cerf, 1981, p. 106-107

Cardinal Carlo M. Martini, Jean: l'Évangile des 'gnostiques' (3)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
17 TOB evSi nous acceptons l'’hypothèse que le IVe évangile est l’'évangile du chrétien parfait, de celui qui est pleinement initié, pourquoi Jean n’'emploie-t-il jamais les mots grecs gnôsis et téléios? Comme nous l'’avons vu, ces mots servent justement, dans les lettres aux Corinthiens, Romains ou Hébreux, à définir cette situation chrétienne caractéristique. Il faut alors nous demander quels mots emploie Jean pour désigner l'’état du disciple qui est à l'’écoute, et le cheminement qu'’il doit faire. Je réclame donc votre attention sur trois mots essentiels. Un premier thème abordé par Jean reprend sa condition de disciple, et qui correspond au téléios et à la gnôsis de Paul, c’'est certainement le thème de la foi, le mot croire (…...) Jean finit son évangile en disant : Ces signes ont été mis par écrit pour que vous croyiez (20, 31). La scène dominante de la crucifixion est racontée pour que vous aussi vous croyiez (19, 35). Jésus prie pour ceux qui croiront (en lui) (17, 21). Donc tout le vocabulaire de la foi –- qui n'’est pas, selon moi, la foi initiale, mais une foi parfaite, approfondie, éprouvée - offre à Jean les mots capables d'’indiquer le cheminement et le point d’'arrivée du chrétien.

       Il est vrai aussi que le mot téléios (parfait) n’'apparaît pas sous la plume de Jean. Pourtant, comme il arrive en d'’autres endroits du Nouveau Testament, s'’il n'’y pas le substantif, il y a le verbe. Par exemple Jean use abondamment du verbe pisteuô (je crois) mais jamais du substantif pistis (foi). C'’est là un intéressant phénomène linguistique. Pareillement Jean n’'emploie jamais l'’adjectif téléios (parfait) mais en plusieurs passages essentiels, il parle de "porter à la perfection". Le but, par exemple, de toute action de Jésus est que "tous soient parfaits dans l’'unité" : tétéléioménoi (amenés à la perfection). Ainsi réapparaît le thème paulinien, mais d’'une autre manière: que tous soient menés à la perfection, de la même façon que Jésus doit "rendre parfaite", "mener à bonne fin" (4, 34; 5, 36) l’œ'oeuvre du Père. Le verbe ici est téléioun. Cette œoeuvre Jésus la déclare "achevée" sur la croix, tétélestai de nouveau du verbe téléioun (19, 28-30).

       Quant au mot gnôsis, la connaissance dont parle Paul, il est évident que ce mot est étranger à Jean, tout autant que le mot sophia (sagesse). On trouve pourtant chez lui le verbe ginoskein (d'’où vient gnôsis) utilisé dans un sens qui équivaut pratiquement à la gnôsis de Paul, c’'est-à-dire une connaissance d'’un niveau supérieur. Dans toute une série de passages, en se servant du simple verbe connaître, Jean nous montre le type de connaissance mûrie qui est le but de son enseignement. Nous pouvons citer en particulier: Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père (10, 14-15). C'’est cette connaissance intime, résultant d’'une longue familiarité, qui constitue le but de la prédication de Jean.
Voici votre roi, Cerf, 1981, p. 23-25

Cardinal Carlo M. Martini, Jean: l'Évangile des 'gnostiques' (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
17 TOB evLe texte qui reprend peut-être le mieux ce que représente le message de Jean dans l'’esprit néotestamentaire est la première lettre aux Corinthiens (2, 6-16), surtout les versets 6, 7 et 8. Lisons-le rapidement, en indiquant ce qui me semble être le rythme méditatif des versets, que chacun pourra s'’appliquer à soi-même : Entre parfaits (c’'est-à-dire téléioi) parlons de sagesse (c’'est donc là un discours pour chrétiens avertis), mais d’'une sagesse qui n’'est pas de ce monde, ni des puissances de ce monde, qui sont réduites à rien. Parlons d’'une sagesse divine, mystérieuse, qui est restée cachée et que Dieu a préordonnée avant les siècles pour notre gloire. Aucun des puissants de ce monde n’'a pu la connaître...… Quelles sont alors les indications fondamentales qui ressortent de ces versets?

1. Avant tout qu'’il existe une sagesse dont Paul a l'’intention de parler, qui est propre au disciple fervent et éclairé. C'’est bien cette sagesse qui est à notre disposition en ce sens que Dieu veut nous la donner.

2. Cette sagesse n'’est pas de ce monde. C'’est une sagesse qui ne s'’acquiert pas, fût-ce au prix de lectures, conversations, études, recherches, parce qu'’elle n’'est pas le produit de l’'action humaine. Elle n’'est pas de ce monde et elle ne sert pas pour ce monde. C'’est-à-dire qu'’elle n'’est pas non plus une sagesse que nous acquérons pour ensuite dire de belles paroles devant les autres, en prêchant ou en donnant des retraites. C'’est une sagesse qui est au-delà des calculs que nous pourrions être tentés de faire. C’'est une sagesse pour nous, mais non une sagesse de ce monde, ni des puissants de ce monde, c’'est-à-dire de toutes les forces –- de profit, d’'acquisition, et d'’efficience - –qui la voudraient en nous pour s'’en servir comme de toutes les autres choses dont nous pouvons user.

3. Nous parlons au contraire d'’une sagesse divine, mystérieuse, cachée. Et ici nous pouvons faire attentivement réflexion sur ces attributs, mystérieuse et cachée, ils veulent dire qu'’il existe dans la vie chrétienne une sagesse qui souvent demeure cachée à nos yeux, parce qu'’elle ne s'’identifie pas avec les actions que nous faisons ni aucune des pensées que nous pourrions mettre en œoeuvre. Elle est au-delà de toutes ces choses; une sagesse mystérieuse et cachée, mais que Dieu nous offre, pauvres que nous sommes.

       Voilà une sagesse chrétienne qui est la source de toute plénitude de vie, de la sérénité de l’'esprit, de la capacité de juger en des situations délicates, du courage de vivre en chrétien quelle que soit la situation où l’'on se trouve. Cette sagesse, que Dieu a préordonnée avant les siècles en vue de notre gloire et qui nous vient de lui-même, elle nous est révélée par son Esprit.

       La discipline spirituelle du IVe évangile ne veut donc pas expliquer, parce que ces réalités ne sont pas celles qui s’'expliquent par des mots, mais montrer une voie de pénétration au coeœur de cette sagesse, au-delà de toutes les règles ascétiques, de toutes les pratiques, de toutes les idées. Voilà le coeœur, la moelle d’'une vie chrétienne mûrie.

       Nous prenons ce IVe évangile comme une sorte de manuel qu’'on pourrait appeler "le troisième cycle" de l'’initiation chrétienne. Nous pouvons en effet appeler "premier cycle" le catéchuménat, auquel est spécialement adapté l'’évangile de Marc. On appellera "deuxième cycle" l’'enseignement des obligations de la vie en Église, auquel correspond bien l'’évangile de Matthieu; on y joindra l’'enseignement sur le fait chrétien dans l’'histoire du monde, l’'insertion du christianisme dans la société et la culture suivant le temps et le milieu, qui se trouve dans Luc et les Actes des Apôtres. De là, prenant Marc comme premier cycle, Matthieu-Luc-les Actes comme deuxième cycle de l'’initiation chrétienne (la catéchèse), le troisième cycle est celui qui consiste en la formation intérieure et mystique du chrétien, l'’introduction à la familiarité vécue avec le mystère de Dieu. Dans le Nouveau Testament peut-être est-ce là une des taches de Paul; certainement c'’est celle de Jean, et, à un autre point de vue, de la lettre aux Hébreux.

       Le troisième cycle suppose l’'exercice des précédents et l'’acquis d’'un certain nombre de choses; il faut maintenant passer outre et voir le sens le plus profond des choses en question. C’'est dans ce sens que nous voulons nous laisser guider par l'’évangile de Jean.

       Ici affleure une nouvelle question : de quel point précis part la prédication de Jean?

       Jean prêche, il veut éduquer le chrétien déjà instruit, celui qui connaît les choses de la foi, riche de sagesse. Mais dans le concret où est le véritable point de départ? Ce n'’est certainement pas les chrétien déjà en possession de la perfection, car celui-là n'’aurait plus besoin d’'être instruit. Son point de départ, c’'est l’'homme d’'âge mur, c’'est-à-dire celui qui après avoir acquis l’'instruction, connaissance et expérience fondamentale des vertus courantes de la vie, ou même un peu plus, se trouve maintenant pris en des situations plus délicates et plus laborieuses.

Voici votre roi, Cerf, 1981, p. 14-18 (2e partie)

Cardinal Carlo M. Martini, Jean: l'Évangile des 'gnostiques' (1)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
17 TOB evLa première vraie question à se poser est celle-ci : à qui est adressée la parole de Jean ?

       Assurément, l’'évangile de Jean, non seulement se place en dehors d’'une expérience concrète de type ascétique et exige une attention particulière à l’'enchaînement intérieur des différents thèmes; mais surtout il suppose une expérience mystique élevée, comme nous allons le voir tout de suite. Et par conséquent, ce n’'est certainement pas un évangile pour débutants. C'’est un évangile qui suppose l'’état de chrétien adulte, ou en d'’autres mots, d’'averti, de parfait, de croyant éclairé, donc de celui qui a déjà derrière lui une longue maturation, et par là n’'est plus du tout intéressé par la répétition de thèmes bien connus, mais plutôt par leur pénétration en profondeur.

       Un pareil chrétien adulte et éclairé existe-t-il ? Selon le Nouveau Testament, il doit exister parce qu'’il est le but final de la prédication néotestamentaire. Je cite quelques passages du Nouveau Testament où il s'’agit du chrétien instruit, parfait, adulte, éclairé. Qu’'on prenne par exemple la lettre aux Romains (15, 14): Moi aussi j’'ai la conviction que vous êtes comblés de toute connaissance (péplérôménoi pasés tés gnoséôs); donc vous êtes des chrétiens "gnostiques" pour reprendre le mot grec en son sens originel, des chrétiens qui savent en connaisseurs. C'’est là le niveau auquel certainement n'’étaient pas encore arrivés les chrétiens de la première prédication; et pourtant Paul, d’'ores et déjà, affirme qu'’ils sont devenus des connaisseurs achevés de la doctrine de la foi. Pareillement dans la première lettre aux Corinthiens (cf. 1, 5) il dit que les chrétiens de Corinthe sont enrichis de tous les dons de parole et de science, c’'est-à-dire qu'’ils sont riches de toute "gnose", de toute forme de connaissance supérieure. On suppose donc qu'’il existe déjà, ce chrétien connaisseur de sa foi; il a parcouru un certain cheminement spirituel et est arrivé à une réelle maturité.

       D'’autres passages du Nouveau Testament ne nous parlent pas de cela en employant le thème de la gnôsis, mais le mot téléios, parfait. Par exemple la lettre aux Philippiens (3, 15) nous dit: Étant parfaits [téléioi], nous avons ces sentiments….  Cette épître s’'adresse donc à un public qu'’on suppose pouvoir être qualifié, sans présomption ni vantardise, de téléios, parfait. La lettre aux Colossiens rappelle deux fois cette idée: Ce Christ, nous l’'annonçons en avertissant et instruisant chaque homme avec toute sagesse, pour le rendre téléion dans le Christ (1, 28), parfait dans le Christ. Le but de la prédication est de faire arriver les appelés à cette maturité (encore dans les Colossiens nous trouvons: Épaphras, esclave du Christ, vous salue, lui qui est des vôtres; il ne cesse de lutter pour vous dans ses prières pour que vous soyez fermes, parfaits [téléioi] et soumis à tous les vouloirs de Dieu [4, 12]). Donc le but de la discipline spirituelle est de former un peuple ferme, parfait, achevé, et soumis à toutes les volontés de Dieu. C'’est là aussi le but spécifique de la prédication de Jean.

       Je cite encore un passage de la lettre aux Hébreux (6, 1-3): Laissant de côté l’'enseignement initial sur le Christ passons à ce qui est plus complet (le texte grec dit: épi tên téléiotéta phéromata, allons vers ce qui est plus téléion, plus rempli, plus parfait) sans recommencer à jeter les bases du renoncement aux œoeuvres mortes, de la foi en Dieu, de la doctrine des baptêmes, de l'’imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. Avec la permission de Dieu, voilà ce que nous avons l'’intention de faire.

       La prédication de Jean se situe exactement à ce second niveau, celui qu’'on atteint quand déjà sont connues beaucoup d’'autres choses et qu'’il s'’agit désormais d’'entrer au coeur de la vie chrétienne.
Voici votre roi, Cerf, 1981, p. 14-18 (1e partie)

Vénérable François Libermann, Jésus, la foule et les disciples

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
17 TOB evJésus étant en Galilée, toujours faisant des miracles, il prit aux environs de Pâque le chemin de la Judée et traversa la mer de Galilée. C’'était le lac de Tibériade.

       Une grande foule suivait ses traces et se rendait auprès de lui, à cause du grand nombre de miracles qu'’il faisait sans cesse sur les malades. Cette foule le suivait ainsi, partie par curiosité judaïque de voir faire des miracles, partie peut-être par bonne intention, touchée de ses miracles et voulant profiter même de ses paroles ; tous avec une haute estime de sa parole, à cause de ce grand nombre de miracles qu'’il opérait sans cesse.

       Cette foule ne le suivait pas toujours, seulement par circonstance ; mais il avait, outre cette grande foule de peuple, un certain nombre de disciples plus ou moins assidus, qui le suivaient de plus près et qui avait la foi plus ou moins forte. Jésus sachant donc que la foule le suivait ainsi, alla sur une montagne avec ses disciples, afin d’'avoir de la place pour prêcher à tout ce peuple. En même temps, ses vues se portaient plus loin, il prévoyait qu'’il ferait un miracle éclatant pour tout ce peuple. La multitude qui le suivait de près, ne le perdait pas de vue, s’'approchait et venait à Lui.

       L'’évangéliste explique pourquoi cette grande foule était ainsi à la suite de Notre-Seigneur et le suivait à la montagne, dans un endroit désert, et ensuite de l’'autre côté du lac. C’'est que la fête de la Pâque approchait, et tout ce monde venait à Jérusalem ; et, sachant que Jésus y allait et était aux environs, ils le suivirent avec empressement comme à l’'ordinaire. Il y avait toujours beaucoup de monde avec lui des endroits où il se trouvait et des environs ; mais on ne le suivait pas précisément de la Galilée en Judée, excepté ses disciples.
Commentaire de saint Jean, Nouvelle Cité, 1987, p. 263-264

Journal du Vatican / Les Italiens perdent quatre places

dominicanus #actualités

Les dernières nominations à la curie ont récompensé des hommes d'autres nationalités. De même, au prochain consistoire, les nouveaux cardinaux seront presque tous non-italiens. En ce qui concerne le secrétaire d'état, le moment du remplacement de Bertone semble s'éloigner 

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CITÉ DU VATICAN, le 23 juillet 2012 – La série de nominations à laquelle Benoît XVI a procédé, ces dernières semaines, à la curie romaine a été placée sous le signe d’une internationalisation accrue de celle-ci.

D’une part, les équilibres de nationalités entre les chefs de dicastère de la curie n’ont pas été modifiés par la nomination de l’Allemand Gerhard Ludwig Müller à la tête de la congrégation pour la doctrine de la foi, où il remplace l’Américain William J. Levada, et celle de l’Italien Vincenzo Paglia à la présidence du conseil pontifical pour la famille, où il succède à son compatriote Ennio Antonelli.

Mais, d’autre part, il y a trois cas où des ecclésiastiques italiens ont été remplacés par des non-italiens pour d’importantes fonctions curiales.

L’archevêque africain Protase Rugambwa a été rappelé de Tanzanie pour remplacer le lombard Pierluigi Vacchelli au poste de secrétaire adjoint de la congrégation "Propaganda Fide".

Le Polonais Krzysztof J. Nykiel a remplacé l’évêque franciscain conventuel italien Gianfranco Girotti comme régent de la pénitencerie apostolique.

Enfin un Espagnol, le père blanc Miguel Angel Ayuso Guixot, grand expert de l’islam, a succédé à l’archevêque toscan et ancien nonce Pierluigi Celata en tant que secrétaire du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.

Sans oublier que l’archevêque dominicain français Jean-Louis Bruguès a quitté ses fonctions de secrétaire de la congrégation pour l’éducation catholique et qu’il a remplacé le cardinal salésien italien Raffaele Farina en tant qu’Archiviste et Bibliothécaire de la Sainte Église Romaine (poste qui, en tout état de cause, ne fait pas partie de la curie romaine stricto sensu).

En conséquence, après ces changements intervenus aux postes de direction de la curie romaine proprement dite (secrétairerie d’état, congrégations, tribunaux, conseils pontificaux et trois services), les Italiens conservent une solide majorité. Ils occupent 13 de ces postes sur 28, soit 46,4 %, Alors que, au début du pontificat, en 2005, ils en occupaient 7 sur 27, soit 25,9 %.

En revanche, si l’on prend également en compte les numéros 2 (secrétaires et assimilés), la part des Italiens est en baisse significative : aujourd’hui ils sont 21 sur 58, soit 36,2 %, alors qu’en 2005 ils étaient 42 sur 83, soit 41,8 %. Et elle est également en baisse si l’on se réfère aux postes de dirigeants au niveau en-dessous (sous-secrétaires et assimilés) : ils sont 36 sur 88, soit 40,9 %, alors qu’en 2005 ils étaient 42 sur 83, soit 50,6 %.

Restent encore à attribuer, dans les organigrammes du Vatican, le poste de secrétaire de la congrégation pour l’éducation catholique (une candidature américaine semblait détenir la pole position, mais le cardinal préfet Zenon Grocholewski préférerait un latino-américain ayant sa confiance) et celui de sous-secrétaire du conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (poste vacant depuis la disparition, en 2010, de Mgr Eleuterio Fortino et pour lequel un Italien serait en course). Sans oublier le poste de régent de la maison pontificale, dont l’actuel détenteur, l’évêque Paolo De Nicolò, a atteint l’âge de 75 ans au mois de janvier et pourrait avoir comme successeur l’efficace père Leonardo Sapienza, religieux rogationiste du Cœur de Jésus.

Quoi qu’il en soit, en dehors de ces quelques postes qui sont encore à pourvoir, l'organigramme de la curie romaine paraît désormais largement stabilisé pour les deux ans à venir, étant donné que les prochains à atteindre l’âge de la retraite, 75 ans, seront les cardinaux Angelo Amato (causes des saints), Manuel Monteiro de Castro (pénitencerie), Antonio Maria Vegliò (migrants) et Francesco Coccopalmerio (textes législatifs) en 2013 et le cardinal Grocholewski en 2014. Mais, pour tous les cinq, on peut prévoir au moins une année de prorogation, conformément à la coutume.

Reste l’inconnue concernant le secrétaire d’état. Le cardinal Tarcisio Bertone aura 78 ans le 2 décembre et le petit mot de confirmation que le pape lui a fait parvenir au moment de partir pour Castel Gandolfo donne à penser qu’il est peu probable qu’il soit remplacé prochainement.

Il faut notamment avoir présent à l’esprit le fait que Benoît XVI a maintenu le précédent secrétaire d’état, le cardinal Angelo Sodano, dans ses fonctions jusqu’à l’âge de 78 ans et dix mois. Et, au cas où le pape ne voudrait pas congédier Bertone plus tôt que Sodano, l’actuel "premier ministre" pourrait conserver son poste jusqu’au mois d’octobre de l’année prochaine. 

Cette prolongation est rendue encore plus vraisemblable par le fait qu’il est encore difficile de définir le profil de l’ecclésiastique que le pape – se fondant sur l’estime, la connaissance et l’habitude de rapports personnels – pourrait appeler auprès de lui à la place de Bertone.

Corollaire de ce qui précède : le prochain consistoire pourrait avoir lieu alors que Bertone serait toujours secrétaire d’état, comme pour les trois consistoires précédents – ceux de novembre 2007, novembre 2010 et février 2012 – tandis que, pour celui de mars 2006, le secrétaire d’état était encore Sodano.

Lorsque le cardinal américain James F. Stafford atteindra l’âge de 80 ans, le 26 juillet prochain, le nombre de cardinaux ayant le droit de vote en cas de conclave redescendra à 120. Mais, étant donné que six autres prélats auront 80 ans au cours de l’année 2012, le nombre d’électeurs redescendra alors à 114. Et en 2013, le sacré collège ne comptera plus que 104 votants. Ainsi, dès la fin de cette année et plus encore l’année prochaine, l’effectif du collège cardinalice rendra possible un nouveau consistoire, le cinquième de ce pontificat, où Benoît XVI pourra créer de nouveaux cardinaux. Une dizaine si ce consistoire a lieu en novembre de cette année, une vingtaine s’il a lieu au cours du même mois en 2013.

Il s’agira en tout cas, selon toute probabilité, d’un consistoire plus international que les précédents. 

En effet, à la fin de 2012 – si l’on tient compte de la règle non écrite selon laquelle un cardinal ne peut être créé que dans les diocèses où il n’y en a pas déjà un autre ayant le droit de vote – des créations pourraient avoir lieu dans les sièges traditionnellement cardinalices que sont Bogota (Jesus Ruben Salazar Gomez), Rio de Janeiro (le cistercien Orani João Tempesta), Séoul (Andrew Yeom Soo-jung), Manille (Luis Antonio Tagle) et/ou Cebu (José Serofia Palma), Westminster (Vincent Nichols), Tolède (Braulio Rodriguez Plaza), Québec (Gérald Cyprien Lacroix, de l’Institut séculier Pie-X), Venise (Francesco Moraglia). 

Et à la fin de 2013 la pourpre pourrait être également attribuée aux archevêques de Turin (Cesare Nosiglia), São Salvador da Bahia (le dehonien Murilo Sebastiao Ramos Krieger), Santiago du Chili (le salésien Ricardo Ezzati Andrello), Malines-Bruxelles (André-Joseph Léonard), et Kiev-Haly? des Ukrainiens (Sviatoslav Schevchuk).

Au sein de la curie romaine l’Allemand Müller et le dominicain français Bruguès recevront certainement la pourpre.

En revanche on voit moins clairement s’il y aura des créations de cardinaux - et en faveur de qui - parmi les présidents de conseils pontificaux, fonctions qui, en elles-mêmes, n’entraînent pas automatiquement l’attribution de la pourpre.

Sont en course les Italiens Paglia et Rino Fisichella, ce dernier étant au conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Toutefois l’Italien Claudio Maria Celli (communications sociales) et le Polonais Zygmunt Zimowski (pastorale de la santé) ont plus d’ancienneté de services qu’eux.




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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

Divo Barsotti, La Parole extérieure et la Parole intérieure

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
16 TOB evCe qui différencie l’économie chrétienne par rapport à l’Ancien Testament, ce n’est pas seulement que "la Parole s’est faite chair" (Jn 1, 14) : en soi l’incarnation du Verbe ne marque pas le début du christianisme. Cela peut sembler paradoxal, mais c’est la vérité : l’incarnation à elle seule ne suffit pas à fonder l’Église, à inaugurer le christianisme ; ce qui inaugure le christianisme et fait naître l’Église, c’est le don de l’Esprit par lequel la Parole de Dieu se fait intime à l’homme ; non seulement la Parole de Dieu assume une nature humaine, mais elle devient intime à tout cœur vivant: Christum habitare per fidem in cordibus vestris, écrit saint Paul.

       La Parole ne résonne plus seulement de l’extérieur : elle se fait intérieure à nous ; mais pas si intérieure qu’elle ne doive avoir pour garantie la parole extérieure du magistère.

       Puisque cette intériorité de la Parole n’implique jamais pour chacun de nous une parfaite connaturalitas de notre être avec le Christ, une parfaite identification de chacun de nous avec lui, il est nécessaire que la parole intérieure soit toujours confrontée avec la parole qui demeure dans l’Église à l’abri du péril de notre corruption, de notre appauvrissement, d’une traduction inexacte. Le Christ est présent dans l’Église ; et la présence du Christ dans l’Église (parole de Jésus dans le magistère, présence de Jésus dans le sacrement), garantit la vérité de la présence du Christ dans notre vie.

       Le Christ est Un. La certitude, si relative soit-elle, de sa présence en nous a sa norme dans la présence certaine du Christ dans l’Église ; ce Christ qui vit en moi vit aussi en dehors de moi ; et c’est seulement dans la mesure où il ne vit pas encore assez en moi que la parole intérieure ne correspond pas à la parole extérieure. Quand le Christ vit pleinement dans l’âme de l’homme, la coïncidence est parfaite, et toute tension entre charisme et magistère, entre autorité visible et autorité intérieure de la Parole, est dépassée. Plus nous tendons vers la sainteté, plus nous surmontons cette tension.

       Pour qui ne vit pas la vie chrétienne, pour qui ne vit pas dans la grâce, tout est pour ainsi dire à l’extérieur : pouvoir de juridiction, pouvoir du magistère, pouvoir d’ordre (pape, évêques) ; tout lui est extérieur, étranger, sans rapport avec lui. La vie spirituelle commence quand Dieu suscite en nous un attrait mystérieux. À mesure que la vie spirituelle grandit et prend vigueur, Dieu se fait intérieur à l’âme et l’instruit, la guide, la meut.

       Alors naît le péril : l’âme risque de se confier au magistère intérieur de l’esprit, revendiquant une liberté d’agir qui pourrait l’opposer au magistère extérieur, aux directives de l’Église. Le danger existe aussi longtemps que l’âme n’est pas arrivée à la sainteté. Ce n’est pas parce qu’elle est étrangère à Dieu qu’elle peut tomber dans l’hérésie, pencher vers une liberté qui risque de compromettre son union avec l’Église : c’est au contraire parce qu’elle grandit en sainteté. L’âme qui s’aperçoit de l’action de Dieu en elle commence à s’y confier, mais sans bien discerner encore ce qui reste d’humain et de peccamineux dans ses impulsions. Celui qui vit en dehors de l’Église ne saurait évidemment faire naître un schisme ou une hérésie : quand au contraire la Parole devient présente à l’âme, une tension se fait jour dans la mesure où la parole intérieure, dans l’homme, ne coïncide par parfaitement avec la parole extérieure. Or l’assimilation de l’âme au Verbe n’est jamais parfaite ; c’est pourquoi l’obéissance à l’Église s’impose toujours ici-bas.

       Quand l’homme sera parfaitement saint, toute tension est dépassée ; mais avant d’atteindre la sainteté, on rencontre inévitablement des périls, des épreuves. L’autorité ne comprend pas les saints, et bienheureux si elle se contente de les mettre de côté! Quant à ceux qui ne sont pas encore des saints, ils ont l’impression de ne trouver dans l’Église qu’un empêchement à la liberté des fils de Dieu. C’est inévitable. Mais à travers ces épreuves, l’âme, si elle garde l’humilité, si elle vit dans l’obéissance, avance de purification en purification, et toujours davantage s’assimile au Verbe. Au lieu de se séparer de l’Église, elle s’y enracine de plus en plus : sa transformation dans le Christ implique pour l’âme son identification mystique avec l’Église.

       "Écoute, Israël." La vie spirituelle, la vie chrétienne, exige avant tout d’accueillir le Verbe pour qu’il demeure dans l’âme, et implique une assimilation de l’âme au Verbe comme une assomption de tout l’homme par le Verbe. L’Église n’est pas autre chose que le prolongement de l’Incarnation divine ; l’histoire de l’Église n’est pas autre chose que l’actualisation de ce mystère de l’Incarnation à partir duquel la Parole t’assume et te transforme en elle.
Dieu est Dieu, Téqui 1980, p. 18-20

Saint Ephrem, Ils ont mangé un aliment spirituel

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
16 TOB evQui est capable de comprendre toute la richesse d’'une seule de tes paroles, ô Dieu? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, tout comme les gens assoiffés qui s’'abreuvent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les perspectives de ceux qui l’'étudient.

       Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu'’il aime. Et il a caché dans sa parole tous les trésors pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu'’il médite. Sa parole est un arbre de vie qui, de toutes parts, te tend des fruits bénis ; elle est comme ce rocher ouvert dans le désert, qui devient pour tout homme, de toutes parts, une boisson spirituelle : "Ils ont mangé un aliment spirituel, et ils ont bu un breuvage spirituel" (1Co 10,3-4).

       Que celui qui obtient en partage une de ces richesses n'aille pas croire qu'il n'y a dans la parole de Dieu que ce qu'il y trouve ; qu'il se rende compte plutôt qu'il n'a été capable d'y découvrir qu'une seule chose parmi bien d'autres. Enrichi par la parole, qu'il ne croie pas que celle-ci est appauvrie ; incapable d'épuiser sa richesse, qu'il rende grâces pour sa grandeur.

       Réjouis-toi, parce que tu es rassasié, mais ne t'attriste pas de ce que la richesse de la parole te dépasse. Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s'attriste pas de son impuissance à épuiser la source. Mieux vaut que la source apaise ta soif, plutôt que ta soif n'épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si, au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur.

       Rends grâces pour ce que tu as reçu et ne murmure pas pour ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n'’as pas pu recevoir aussitôt à cause de ta faiblesse, reçois-le à d'’autres moments grâce à ta persévérance. N'’aie l’impudence, ni de vouloir prendre d'’un seul trait ce qui ne peut être pris en une fois ni de t’'écarter de ce que tu pouvais recevoir peu à peu.
Diatessaron, I, 18-19, Sources Chrétiennes 121, p. 52-53

Lectures et Homélie pour le 16e dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : Les bons pasteurs du peuple de Dieu (Jr 23, 1-6)

Lecture du livre de Jérémie

Parole du Seigneur. Misérables bergers, qui laissent périr et se disperser les brebis de mon pâturage ! C'est pourquoi — ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple — : À cause de vous, mes brebis se sont égarées et dispersées, et vous ne vous êtes pas occupés d'elles. Eh bien ! Moi je vais m'occuper de vous, à cause de vos méfaits, déclare le Seigneur. Puis je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai dispersées. Je les ramènerai dans leurs pâturages, elles seront fécondes et se multiplieront. Je leur donnerai des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées et accablées, et aucune ne sera perdue, déclare le Seigneur. 

Voici venir des jours, déclare le Seigneur, où je donnerai à David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice. Sous son règne, le royaume de Juda sera sauvé, et Israël habitera sur sa terre en sécurité. Voici le nom qu'on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice »

Psaume :  22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

 

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R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.


Le Seigneur est mon berger : 
je ne manque de rien. 
Sur des prés d'herbe fraîche, 
il me fait reposer. 

Il me mène vers les eaux tranquilles 
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin 
pour l'honneur de son nom. 

Si je traverse les ravins de la mort, 
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi : 
ton bâton me guide et me rassure. 

Tu prépares la table pour moi 
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête, 
ma coupe est débordante. 

Grâce et bonheur m'accompagnent 
tous les jours de ma vie ; 
j'habiterai la maison du Seigneur 
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Jésus est la Paix pour tous les hommes (Ep 2, 13-18)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Frères, vous qui autrefois étiez loin du Dieu de l’Alliance, vous êtes maintenant devenus proches par le sang du Christ.
C'est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, Israël et les païens, il a fait un seul peuple ; par sa chair crucifiée, il a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine,
en supprimant les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Il voulait ainsi rassembler les uns et les autres en faisant la paix, et créer en lui un seul Homme nouveau.
Les uns comme les autres, réunis en un seul corps, il voulait les réconcilier avec Dieu par la croix : en sa personne, il a tué la haine.
Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches.
Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons accès auprès du Père, dans un seul Esprit.

Evangile : Jésus a pitié de la foule (Mc 6, 30-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis et ses brebis le connaissent : pour elles il a donné sa vie.Alléluia. (cf. Jn 10, 14-15)

 

16 TOB ev

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Après leur première mission, les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'ils ont fait et enseigné.
Il leur dit : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu'on n'avait même pas le temps de manger.
Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l'écart.
Les gens les virent s'éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement.
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

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