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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI, Homélie pour la Solennité des S. Pierre et Paul

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Nous sommes réunis autour de l’autel pour célébrer solennellement les saints Pierre et Paul, Patrons principaux de l’Église de Rome. Sont présents, et viennent de recevoir le Pallium, les Archevêques Métropolitains nommés durant l’année dernière, auxquels va mon salut spécial et affectueux. Est présente aussi, envoyée par Sa Sainteté Bartholomée Ier, une éminente Délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, que j’accueille avec reconnaissance fraternelle et cordiale. Dans un esprit œcuménique, je suis heureux de saluer et de remercier The Choir of Westminster Abbey, qui anime la Liturgie avec la Cappella Sistina. Je salue également Messieurs les Ambassadeurs et les Autorités civiles : je vous remercie tous pour votre présence et votre prière.

Devant la Basilique de saint Pierre, comme chacun le sait, sont dressées deux imposantes statues des Apôtres Pierre et Paul, facilement reconnaissables par leurs attributs : les clefs dans la main de Pierre et l’épée entre celles de Paul. Sur le portail majeur de la Basilique de saint Paul hors les murs sont aussi représentées ensemble des scènes de la vie et du martyre de ces deux colonnes de l’Église. Depuis toujours, la tradition chrétienne considère saint Pierre et saint Paul comme inséparables : en effet, ensemble, ils représentent tout l’Évangile du Christ. Ensuite, leur lien comme frères dans la foi a acquis un sens particulier à Rome. En effet, la communauté chrétienne de cette Ville les considère comme une espèce de contre-autel des mythiques Romulus et Remus, la fratrie à laquelle on faisait remonter la fondation de Rome. On pourrait penser aussi à un autre parallélisme ‘oppositif’, toujours sur le thème de la fraternité : alors que la première fratrie biblique nous montre l’effet du péché, pour lequel Caïn tue Abel, Pierre et Paul, bien qu’humainement très différents l’un de l’autre, et malgré les conflits qui n’ont pas manqué dans leur rapport, ont réalisé une manière nouvelle d’être frères, vécue selon l’Évangile, une manière authentique rendue possible par la grâce de l’Évangile du Christ opérant en eux. Seule la sequela du Christ conduit à la nouvelle fraternité : voici le premier message fondamental que la solennité d’aujourd’hui livre à chacun de nous, et dont l’importance se reflète aussi sur la recherche de cette pleine communion, à laquelle aspirent le Patriarcat œcuménique et l’Évêque de Rome, ainsi que tous les chrétiens.

Dans le passage de l’évangile de saint Matthieu que nous venons d’entendre, Pierre fait sa confession de foi à Jésus, le reconnaissant comme Messie et Fils de Dieu ; il la fait aussi au nom des autres Apôtres. En réponse, le Seigneur lui révèle la mission qu’il entend lui confier, celle d’être la ‘pierre’, le ‘roc’, la fondation visible sur laquelle est construit l’entier édifice spirituel de l’Église (cf. Mt 16, 16-19). Mais de quelle façon Pierre est-il le roc ? Comment doit-il mettre en œuvre cette prérogative, que naturellement il n’a pas reçue pour lui-même ? Le récit de l’évangéliste Matthieu nous dit surtout que la reconnaissance de l’identité de Jésus prononcée par Simon au nom des Douze ne provient pas « de la chair et du sang », c’est-à-dire de ses capacités humaines, mais d’une révélation particulière de Dieu le Père. Par contre, tout de suite après, quand Jésus annonce sa passion, mort et résurrection, Simon Pierre réagit vraiment à partir de « la chair et du sang » : il « se mit à lui faire de vifs reproches : … cela ne t’arrivera pas » (16, 22). Et Jésus réplique à son tour : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route » (v. 23). Le disciple qui, par don de Dieu, peut devenir un roc solide, se manifeste aussi pour ce qu’il est, dans sa faiblesse humaine : une pierre sur la route, une pierre contre laquelle on peut buter- en grec skandalon. Apparaît ici évidente la tension qui existe entre le don qui provient du Seigneur et les capacités humaines ; et dans cette scène entre Jésus et Simon Pierre, nous voyons en quelque sorte anticipé le drame de l’histoire de la papauté-même, caractérisée justement par la coexistence de ces deux éléments : d’une part, grâce à la lumière et à la force qui viennent d’en-haut, la papauté constitue le fondement de l’Église pèlerine dans le temps ; d’autre part, au long des siècles, émerge aussi la faiblesse des hommes, que seule l’ouverture à l’action de Dieu peut transformer.

De l’Évangile d’aujourd’hui, il ressort avec force la promesse claire de Jésus : « les portes des enfers », c’est-à-dire les forces du mal, ne pourront pas prévaloir, « non praevalebunt ». Vient à l’esprit le récit de la vocation du prophète Jérémie, à qui le Seigneur dit, en lui confiant sa mission : « Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi - non praevalebunt -, car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 18-19). En réalité, la promesse que Jésus fait à Pierre est encore plus grande que celles faites aux prophètes antiques : ceux-ci, en effet, étaient menacés uniquement par des ennemis humains, alors que Pierre devra être défendu des « portes des enfers », du pouvoir destructif du mal. Jérémie reçoit une promesse qui le concerne comme personne et concerne son ministère prophétique. Pierre est rassuré au sujet de l’avenir de l’Église, de la nouvelle communauté fondée par Jésus Christ et qui s’étend à tous les temps, au-delà de l’existence personnelle de Pierre lui-même.

Passons à présent au symbole des clefs, dont parle l’Évangile que nous venons d’entendre. Il renvoie à l’oracle du prophète Isaïe sur le fonctionnaire éliakim, dont il est dit : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira » (Is 22, 22). La clef représente l’autorité sur la maison de David. Et dans l’Évangile, il y a une autre parole de Jésus adressée aux scribes et aux pharisiens, auxquels le Seigneur reproche de fermer aux hommes le Royaume des Cieux (cf. Mt 23, 13). Ces propos également nous aident à comprendre la promesse faite à Pierre : c’est à lui, en tant que fidèle administrateur du message du Christ, qu’il revient d’ouvrir la porte du Royaume des Cieux, et de juger s’il faut accueillir ou rejeter (cf. Ap 3, 7). Les deux images – celle des clefs et celle de lier et de délier – expriment donc des significations semblables et se renforcent l’une l’autre. L’expression « lier et délier » fait partie du langage rabbinique et fait allusion, d’un côté, aux décisions doctrinales et, de l’autre, au pouvoir disciplinaire, c’est-à-dire à la faculté d’infliger et de lever l’excommunication. Le parallélisme « sur terre … dans les cieux » garantit que les décisions de Pierre dans l’exercice de sa fonction ecclésiale ont également une valeur devant Dieu.

Dans le chapitre 18 de l’Évangile selon Matthieu, consacré à la vie de la communauté ecclésiale, nous trouvons une autre affirmation de Jésus adressée à ses disciples : « En vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur terre sera délié dans le ciel » (Mt 18, 18). Et saint Jean, dans le récit de l’apparition du Christ ressuscité aux Apôtres le soir de Pâques, rapporte cette parole du Seigneur : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus » (Jn 20, 22-23). À la lumière de ces parallélismes, il apparaît clairement que l’autorité de délier et de lier consiste dans le pouvoir de remettre les péchés. Et cette grâce, qui enlève l’énergie aux forces du chaos et du mal, est au cœur du mystère et du ministère de l’Église. L’Église n’est pas une communauté de personnes parfaites, mais de pécheurs qui doivent reconnaître qu’ils ont besoin de l’amour de Dieu et qu’ils ont besoin d’être purifiés par la Croix de Jésus Christ. Les paroles de Jésus au sujet de l’autorité de Pierre et des Apôtres laissent justement transparaître que le pouvoir de Dieu est l’amour, l’amour qui répand sa lumière à partir du Calvaire. Ainsi, nous pouvons aussi comprendre pourquoi, dans le récit évangélique, à la profession de foi de Pierre fait immédiatement suite la première annonce de la passion : en effet, Jésus par sa mort a vaincu les puissances de l’enfer, par son sang il a reversé sur le monde un immense fleuve de miséricorde, qui irrigue de ses eaux assainissantes l’humanité tout entière.

Chers frères, comme je le rappelais au début, la tradition iconographique représente saint Paul avec l’épée, et nous savons que cela figure l’instrument avec lequel il fut tué. Mais, en lisant les écrits de l’Apôtre des Gentils, nous découvrons que l’image de l’épée se réfère à toute sa mission d’évangélisateur. Par exemple, sentant la mort s’approcher, il écrit à Timothée : « j’ai combattu le bon combat » (2 Tm 4,7). Non certes le combat d’un grand capitaine, mais celui d’un annonciateur de la Parole de Dieu, fidèle au Christ et à son Église, à laquelle il s’est donné totalement. Et c’est justement pour cela que le Seigneur lui a donné la couronne de gloire et l’a placé, avec Pierre, comme colonne de l’édifice spirituel de l’Église.

Chers Métropolites : le Pallium que je vous ai conféré, vous rappellera toujours que vous avez été constitués dans et pour le grand mystère de communion qu’est l’Église, édifice spirituel construit sur le Christ, la pierre angulaire et, dans sa dimension terrestre et historique, sur le roc de Pierre. Animés par cette certitude, sentons-nous tous ensemble coopérateurs de la vérité, laquelle – nous le savons – est une et ‘symphonique’, et exige de chacun de nous et de nos communautés l’engagement constant à la conversion à l’unique Seigneur dans la grâce de l’unique Esprit. Que la Sainte Mère de Dieu nous guide et nous accompagne toujours sur le chemin de la foi et de la charité. Reine des Apôtres, priez pour nous !

 

 

© Copyright 2012 - Libreria Editrice Vaticana

 

Benoît XVI, La prédication des apôtres, fondement de la communion

dominicanus #Il est vivant !

Le pape a reçu une délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople à l’occasion de la solennité des saints apôtres Pierre et Paul (célébrée le 29 juin), ce 28 juin 2012 au Vatican. Benoît XVI a rendu grâce pour les fruits du Concile Vatican II et les avancées du dialogue entre catholiques et orthodoxes, avant d’inviter la délégation à déjeuner. Voici le texte intégral de son discours.


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« Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom » (Ps 34, 4)

Chers frères dans le Christ,

En cette joyeuse circonstance de la Fête des saints Pierre et Paul, patrons de la Ville et de l’Église de Rome, je suis particulièrement heureux de vous accueillir avec les paroles du psaume qui seront chantées au cours de la liturgie eucharistique solennelle en l’honneur de ces deux grands Apôtres et Martyrs. En vous adressant une chaleureuse bienvenue, je vous demande de porter à Sa Sainteté Bartolomée Ier et au Saint Synode mes sentiments d’affection fraternelle et de vive gratitude pour avoir voulu envoyer cette année aussi de dignes représentants pour participer à notre célébration, et de transmettre un salut cordial au clergé, aux moines et à tous les fidèles du Patriarcat œcuménique.

Votre présence ici à Rome à l’occasion de la fête liturgique des saints Pierre et Paul nous offre une opportunité particulière d’élever notre chant de louange pour les merveilles que la grâce divine, dont provient tout bien, a accomplies dans la vie des deux Apôtres, les rendant dignes d’entrer triomphants dans la gloire céleste après être passés par le bain régénérateur du martyre.

La fête des saints Pierre et Paul, nous donne, en outre, la possibilité de remercier ensemble le Seigneur pour les œuvres extraordinaires qu’il a accomplies et continue d’accomplir à travers les Apôtres dans la vie de l’Église. C’est leur prédication, scellée par le témoignage du martyr, qui est le fondement solide et pérenne sur lequel s’édifie l’Église, et c’est dans la fidélité au dépôt de la foi transmis par eux, que nous trouvons les racines de la communion dont nous faisons déjà l’expérience entre nous.

Vénérés frères, en notre rencontre d’aujourd’hui, tandis que nous confions à l’intercession des glorieux Apôtres et Martyrs Pierre et Paul notre supplication pour que le Seigneur, riche en miséricorde, nous accorde de parvenir bientôt au jour béni où nous pourrons partager la table eucharistique, nous élevons nos voix dans l’hymne à Dieu pour le chemin de paix et de réconciliation qu’il nous donne de parcourir ensemble. Cette année marque le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile œcuménique Vatican II, qui sera célébré solennellement le 11 octobre prochain. Et c’est en concomitance avec ce Concile, auquel, comme vous le savez bien, étaient présents certains représentants du Patriarcat œcuménique en qualité de Délégués fraternels, que commença une nouvelle phase importante des relations entre nos Églises. Nous voulons louer le Seigneur avant tout pour la redécouverte de la profonde fraternité qui nous lie, et aussi pour le chemin parcouru en ces années par la Commission Mixte Internationale pour le Dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe dans son ensemble, avec le souhait que des progrès puissent se réaliser aussi dans la phase actuelle.

Rappelant l’anniversaire du Concile Vatican II, il me semble juste de faire mémoire de la figure et de l’activité de l’inoubliable Patriarche œcuménique Athénagoras, dont ce sera, dans quelques jours, le quarantième anniversaire de la disparition. Le Patriarche Athénagoras, avec le Bienheureux Pape Jean XXIII et le Serviteur de Dieu le Pape Paul VI, animés par cette passion pour l’unité de l’Église qui jaillit de la foi au Christ Seigneur, se firent les promoteurs d’initiatives courageuses qui ont ouvert la voie à des relations renouvelées entre le Patriarcat œcuménique et l’Église catholique. C’est pour moi un motif de joie particulière de constater comment Sa Sainteté Bartholomée Ier suit, avec une fidélité renouvelée et une créativité féconde, le chemin tracé par ses prédécesseurs les Patriarches Athénagoras et Dimitrios, se distinguant au niveau international pour son ouverture au dialogue entre les chrétiens et pour l’engagement au service de l’annonce de l’Évangile dans le monde contemporain.

Éminence, chers membres de la délégation, vous remerciant encore une fois pour votre présence ici au milieu de nous, je vous assure de ma prière pour que le Seigneur accorde santé et force à Sa Sainteté Bartholomée Ier et donne prospérité et paix au Patriarcat œcuménique. Que Dieu tout-puissant nous fasse le don d’une communion toujours plus pleine selon sa volonté, pour que « d’un seul cœur et d’une seule âme » (Ac 4, 32), nous puissions toujours exalter son nom.

© Libreria Editrice Vaticana

Lectures et Homélie pour le 13e dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : Dieu n'a pas fait la mort (Sg 1, 13-15; 2, 23-24)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il a créé toutes choses pour qu'elles subsistent ; ce qui naît dans le monde est bienfaisant, et l'on n'y trouve pas le poison qui fait mourir. La puissance de la mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. 
Dieu a créé l'homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu'il est en lui-même. La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon, et ceux qui se rangent dans son parti en font l'expérience.

Psaume :  29, 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t'exalte, Seigneur, toi qui me relèves;


Quand j'ai crié vers toi, Seigneur, 
mon Dieu, tu m'as guéri ; 
Seigneur, tu m'as fait remonter de l'abîme 
et revivre quand je descendais à la fosse. 

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, 
rendez grâce en rappelant son nom très saint. 
Sa colère ne dure qu'un instant, 
sa bonté, toute la vie. 

Avec le soir, viennent les larmes, 
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse, 
mes habits funèbres en parure de joie ! 

Que mon cœur ne se taise pas, 
qu'il soit en fête pour toi ; 
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, 
je te rende grâce !

2ème lecture : La générosité du Christ, motif de la nôtre (2 Co 8, 7.9.13-15)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez reçu largement tous les dons : la foi, la Parole et la connaissance de Dieu, cette ardeur et cet amour que vous tenez de nous, que votre geste de générosité soit large, lui aussi.
Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s'agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s'agit d'égalité.
En cette occasion, ce que vous avez en trop compensera ce qu'ils ont en moins, pour qu'un jour ce qu'ils auront en trop compense ce que vous aurez en moins, et cela fera l'égalité, comme dit l'Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoup n'a rien eu de plus, et celui qui en avait ramassé peu n'a manqué de rien.

Evangile : Résurrection de la fille de Jaïre - Guérison d'une femme (Mc 5, 21-43 (lecture brève 5, 21-24.35b-43))

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus Christ, notre Sauveur, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par son Évangile. Alléluia. (cf. 2 Tm 1, 10)

 

13 TOB ev

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus regagna en barque l'autre rive, et une grande foule s'assembla autour de lui. Il était au bord du lac.
Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive. »
Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu'elle l'écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans... — Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré — ... cette femme donc, ayant appris ce qu'on disait de Jésus, vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement. Car elle se disait : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l'instant, l'hémorragie s'arrêta, et elle ressentit dans son corps qu'elle était guérie de son mal.
Aussitôt Jésus se rendit compte qu'une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »
Ses disciples lui répondaient : « Tu vois bien la foule qui t'écrase, et tu demandes : 'Qui m'a touché ?' »
Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait ce geste. Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Mais Jésus reprit : « Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? »
Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. »
Il ne laissa personne l'accompagner, sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère.
Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l'agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte : elle dort. »
Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l'enfant, et ceux qui l'accompagnent. Puis il pénètre là où reposait la jeune fille.
Il saisit la main de l'enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher — elle avait douze ans. Ils en furent complètement bouleversés.
Mais Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache ; puis il leur dit de la faire manger.
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008


Homélie 13e dimanche du Temps Ordinaire B 2006 : 

L'’ÉVANGILE DE LA VIE TOUT-TERRAIN (Mc 5, 21-43)



Analphabétisme religieux. Les adultes sont les premiers qu'il faudrait faire retourner à l'école

dominicanus #Porta fidei

Beaucoup d'évêques et de prêtres pensent que l'on peut résoudre le problème du déclin de la foi en pariant sur les très jeunes. C'est une grave erreur, objecte le professeur Pietro De Marco: ce sont les adultes qui décideront de la réussite ou de l'échec de l’Année de la Foi qui va bientôt commencer. Le cas de l'Italie 

 

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ROME, le 25 juin 2012 – L'Année de la Foi imaginée et ordonnée par Benoît XVI approche.

Elle va commencer le 11 octobre prochain. Cinquante ans après l’ouverture du concile Vatican II et vingt ans après la publication du Catéchisme de l’Église catholique, considéré par Benoît XVI comme le document le plus important qui ait été produit jusqu’à maintenant afin d’atteindre le premier objectif du concile : raviver la foi.

Pour le pape Joseph Ratzinger, en effet, la disparition de la foi, y compris dans de nombreux pays de vieille chrétienté, est la principale difficulté que l’Église traverse aujourd’hui.

En ce qui concerne son Allemagne natale, les gens qui ne croient en aucune religion constituent désormais la majorité de la population dans les régions de l’Est du pays. Et il en est de même en République Tchèque. L’Irlande, quant à elle, connaît actuellement une chute soudaine de la foi que l’on ne peut comparer qu’à celle qui a déjà eu lieu au Québec, région très catholique qui est devenue en très peu d’années une zone largement déchristianisée.

Mais même en Italie, pays considéré comme une "exception" où perdure un catholicisme du peuple avec une Église fortement présente et enracinée, les risques d’un prochain et vaste affaiblissement de la foi sont réels.

Un livre paru ces jours-ci sous la signature de deux sociologues des religions, Massimo Introvigne et PierLuigi Zoccatelli, quantifie et analyse la présence d’athées dans une zone de la Sicile centrale dont les indicateurs coïncident fréquemment avec ceux de la moyenne nationale.

Ce livre, intitulé "Gentili senza cortile" [Des Gentils sans parvis], a été publié aux Edizioni Lussografica de Caltanissetta.

Les auteurs ont constaté la présence d’athées "forts", c’est-à-dire de gens qui expliquent leur athéisme par des raisons idéologiques. Ils représentent 2,4 % de la population et ce sont, pour la plupart, des personnes âgées et des militants communistes de longue date.

À côté d’eux, on trouve des athées "faibles", c’est-à-dire des gens qui considèrent que Dieu et la religion sont sans importance pour leur vie, dans laquelle ne comptent que le travail, l’argent et les relations affectives. Ils représentent 5 % de la population et sont, pour la plupart, jeunes et instruits.

Mais les auteurs poussent leur analyse plus loin. Aux deux groupes que constituent les athées "forts" et les athées "faibles" ils ajoutent le groupe des "éloignés" de l’Église catholique et de toute autre religion. Un groupe beaucoup plus nombreux, puisqu’il représente plus de 60 % de la population.

"Les 'éloignés' sont des gens – écrivent les deux auteurs de la recherche – qui, dans leur grande majorité, ne se disent pas athées mais qui ont perdu tout contact avec la religion : ils vont à l’église uniquement pour les mariages et les enterrements ; s’ils se disent religieux ou spirituels, ils réunissent des croyances disparates. Il s’agit désormais d’une solide majorité des Italiens".

La thèse d’Introvigne et Zoccatelli peut faire l’objet de critiques. Ils ont tendance à faire coïncider les catholiques uniquement avec les gens qui vont à la messe tous les dimanches ou presque. Alors que le catholicisme italien est caractérisé, en réalité, par les modalités très diverses selon lesquelles il se pratique, y compris dans les cas d’observance faible et intermittente, et qu’il comprend justement un grand nombre de ceux que les deux auteurs excluent en tant qu’"éloignés".

Une analyse du catholicisme italien opposée à celle d’Introvigne et Zoccatelli sur bien des points est, par exemple, celle qu’a donnée Pietro De Marco, de l'Université de Florence, lui aussi sociologue des religions, dans cet article publié par www.chiesa :

> Peu pratiquants et peu virtuoses. Mais ce sont eux qui forment "L'Église du peuple"

Le professeur Paolo Segatti, de l'Université de Milan, est lui aussi d’accord pour reconnaître l’empreinte catholique persistante d’une bonne partie de la population italienne.

Mais, en même temps, dans une enquête publiée par le journal "Il Regno" le 15 mai 2010, Segatti a mis en garde, le premier, contre un risque qui pèse sur l’avenir de la foi catholique en Italie.

En effet son enquête a mis en lumière une fracture spectaculaire entre les personnes nées après 1970 - et plus encore celles qui sont nées après 1981 - et les générations précédentes :

"On a vraiment l’impression d’observer un autre monde. Les très jeunes sont, parmi les Italiens, les plus étrangers à une expérience religieuse. Ils vont nettement moins à l’église, croient moins en Dieu, prient moins, ont moins confiance en l’Église, se définissent moins comme catholiques et considèrent qu’être Italien n’équivaut pas à être catholique".

La baisse est tellement nette qu’elle fait disparaître même les différences qui, dans les générations adultes, se manifestent entre les hommes et les femmes, ces dernières étant en général beaucoup plus pratiquantes. Chez les très jeunes, même les femmes vont très peu à l’église, à égalité avec les hommes.

Et si l’on songe que la foi est généralement transmise aux enfants par leur mère ou, en tout cas, principalement par des femmes, on n’aura pas de peine à pressentir que cette transmission risque d’être interrompue lorsque les très jeunes d’aujourd’hui seront à leur tour devenus des pères et des mères.

C’est là l'aspect le plus dramatique de ce que les évêques italiens et Benoît XVI lui-même appellent "urgence éducative".

À cette urgence – qui n’est pas propre à l’Italie et que l’on retrouve dans beaucoup de pays – l’Église catholique tend souvent à répondre en misant sur une pastorale ciblée, justement, sur les très jeunes.

Si ce sont eux qui constituent le point faible, pense-t-on, c’est sur eux qu’il convient d’agir. Une action à leur mesure. Dans l’espoir que, lorsqu’ils seront devenus adultes, leur foi deviendra adulte, elle aussi.

Mais est-ce une bonne idée ? D’après le professeur De Marco non, c’est une erreur grave.

Et ci-dessous il explique pourquoi. 
Sandro Magister
www.chiesa



FORMER AVANT TOUT LES ADULTES AVEC DES CONTENUS POUR ADULTES (1)

par Pietro De Marco



On apprend que des évêques de Vénétie – ils constituent le plus récent exemple d’une série que l’on ne rencontre pas qu’en Italie – ont l’intention de révolutionner le moment et l’ordre dans lequel les enfants et les adolescents reçoivent les sacrements de l'initiation chrétienne, en multipliant "de manière pédagogique" les événements, les gestes rituels et les symboles.

Mais ni le problème critique de "l’urgence éducative", générale et chrétienne, ni la préoccupation qu’exprime l'Année de la Foi ne sont créés principalement par les adolescents. Et, en tout cas, il n’est pas bon d’y faire face par des pédagogies d’"école active" qui ont contribué à cette urgence.

Le problème est plutôt créé par les adultes, qui sont d’ailleurs les fidèles laïcs adultes dans la plus grande extension sociologique du terme (2).  

Prenons en considération le premier élément générateur d’"urgence", à savoir la "tradition", c’est-à-dire la transmission de la foi et de la culture d’une génération à l’autre.

La formation est la culture même d’une civilisation consciente d’elle-même. L’adulte y confirme et y met à l’épreuve sa propre constitution, la socialisation réalisée.

S’il existe quelque chose comme une "formation des adultes" c’est, avant tout, l’existence adulte mise à l’épreuve. Mais en même temps l’adulte est en relation constitutive avec les générations plus jeunes. Et avec elles il est toujours dans une relation sociale asymétrique, en termes d’âge et de rôle. Une société est culture et pratique de l’asymétrie générationnelle.

De plus, l’adulte est la contrepartie des processus et des traumatismes d’identification qui accompagnent la construction de l’identité personnelle. En somme, l’adulte est le principal milieu de l’être en formation, même lorsque les adolescents se réfugient dans des communautés de pairs, naturelles ou électroniques.

L’ambition contemporaine en termes de pédagogie conçoit l'adulte comme un "soi" pérenne qu’il faut former et donc comme un élève pérenne de l’éducateur éclairé. Mais il n’en est pas ainsi. L’adulte reste, à tout moment, l’acteur dominant et libre de la scène sociale. Sans oublier que cet "autre" par rapport à l’adolescent est, en effet, une constellation organisée de différences et de conflits. C’est ainsi que la socialisation familiale est défiée et érodée par la concurrence de toutes les autres pratiques de formation. C’est le cas de l’école, par rapport à d’autres "agencies".

L’état d’adolescence est, en somme, influencé par des réseaux d’adultes très denses qui sont en compétition les uns avec les autres et qui ne sont pas stables dans le temps. 

Par conséquent si les adultes sont le milieu dans lequel se trouvent les personnes en formation et si ce milieu est, en plus, fluide et conflictuel – s’il constitue une "urgence éducative", justement – c’est bien eux, les adultes, qu’il faut replacer au centre de la préoccupation chrétienne en matière d’éducation.
 

***

À contre-courant de la pensée dominante, je propose les thèses suivantes.

A. Le choix confiant de donner aux adolescents la priorité et parfois l'exclusivité dans la stratégie pastorale est une erreur. La pastorale ordinaire a fait le pari de fonder sur les adolescents, sur les "jeunes" au sens général et émotionnel du terme, la formation chrétienne, qui est ainsi devenue l’unique formation existant dans les églises (3). Mais cette formation est, par définition, inadaptée aux adultes. Et par conséquent elle sera inadaptée aux individus mêmes qui sont actuellement en cours de formation, une fois qu’ils seront devenus adultes. 

L’évidence de cette erreur apparaît chaque jour. Que reste-t-il au jeune une fois qu’il est devenu adulte ? Il lui reste des "récits" à propos de Jésus, des bons sentiments ou des idéaux, c’est-à-dire toute la faiblesse de la catéchèse contemporaine.

Je parle de faiblesse, parce que la transmission d’un "credendum" nécessaire, d’un ensemble de vérités de foi, déjà pour quelqu’un qui est sorti de l’enfance et qui est entré dans l'adolescence, ne peut pas être "narrative".

Les traces chrétiennes qui datent de l’enfance se révèlent donc tout d’un coup comme marginales par rapport à ce qui compte dans le monde des adultes, y compris lorsque l'adulte se demande à lui-même et demande aux autres de "donner la raison de l’espérance" (1 P 3, 15). De son côté,  s’il ne s’oppose pas à la "paideia" chrétienne qu’a reçue l’adolescent, le monde dans lequel vivent les adultes ne la confirme pas non plus, il ne l’alimente pas et il la met moins encore à jour. Il ne le peut pas, il ne le veut pas. 

B. La stratégie pastorale la plus répandue en faveur des adolescents est en outre caractérisée, à mon avis, par trois convictions dangereuses.

1. La conviction inavouée qu’il s’agit d’un engagement plus facile – en raison de la plasticité présumée du "soi" des adolescents – et destiné, dans la mesure où il est "basique", à avoir des résultats permanents. 

2. La conviction anti-adulte qui cache une attitude de suffisance défensive vis-à-vis de l’homme ordinaire, mais aussi vis-à-vis du croyant sans qualification particulière, et peut-être même vis-à-vis du dévot ; une conviction dans laquelle convergent souvent le clergé et les laïcs "engagés. Le "choix prioritaire en faveur du pauvre" est souvent accompagné par ce mépris vis-à-vis du croyant de "classe moyenne".

3. La conviction anti-intellectuelle et fidéiste qu’il est possible, à travers les jeunes, de s’opposer au "logos" catholique, à la cohérence rationnelle et à la formulation de contenus et d’arguments, alors qu’elles sont nécessaires à la "fides" du chrétien adulte.

*** 

À l’encontre de ces convictions et de ces pratiques théologico-pastorales, largement partagées et répandues, je considère que, dans la formation chrétienne "l’édification" de l’adulte ne peut pas rester un chapitre facultatif, renvoyé au lendemain, suspendu au succès présumé de la formation de l’adolescent, aujourd’hui.

Au contraire, c’est justement "l’édification" de l’adulte qui doit constituer, aujourd’hui, une pratique directe et prioritaire de la pastorale catholique.

Il n’est pas vrai que des jeunes "bien formés" seront par là même de bons adultes. Au fil des années, le jeune est puissamment "socialisé" par des processus d’identification et d’émulation, par de nouveaux savoirs et par des communautés de communication, par des possibilités imprévues de réalisation de soi, le tout par l’intermédiaire d’adultes ; mais qui l’aidera à développer parallèlement son esprit de foi ?

Si les adultes de référence ne sont pas, aujourd’hui, conduits de manière cohérente (4) à confirmer la formation chrétienne avant tout en eux-mêmes, en tant qu’adultes, alors, dans la communication entre les générations, la formation à la vision catholique du monde (5), offerte aujourd’hui aux adolescents dans la pastorale, est déjà menacée d’échec.

Ceux qui instruisent les jeunes générations chrétiennes doivent combattre sur son terrain un théorème insidieux du XXe siècle pédagogique, en partie hérité de Rousseau. C’est le théorème qui veut favoriser l'autoformation des adolescents, afin qu’ils se "déculturent". Et qui veut, en même temps, ramener les adultes à l’école, afin que l'intelligentsia puisse les "rééduquer". À quoi ? À rien. C’est ce qu’il reste de la Révolution. Ce n’est pas peu de chose et cela ne doit pas réussir.
 

NOTES

(1) Je prends le mot "adulte" dans son acception anthropologique : l'individu désormais constitué dans son autonomie du fait des soins donnés par ses parents et par la communauté. L'analyse ne gagne pas grand-chose à l’évaluation éthique ou psychologique du mot "adulte" compris comme opposé à "immature" ; et encore moins à l’évocation, souvent abusive, de la formule occasionnelle de Dietrich Bonhoeffer à propos du "monde adulte". C’est pourquoi j’adopte l’expression "contenus [de foi] pour adultes" et non pas "contenus adultes", qui n’existent que dans l’esprit de l’intelligentsia.

(2) Depuis les laïcs adultes qui se qualifient d’"adultes" parce qu’ils se sont émancipés de leur passé catholique, qui pèsent sur les paroisses, jusqu’aux croyants marginaux qui pratiquent occasionnellement, ou aux croyants "à ma façon". 

(3) Je ne parle pas des mouvements et institutions de perfectionnement dans leurs divers sens et développements. Je ne pense ici qu’aux milieux et aux pratiques de la pastorale ordinaire.

(4) Je dis "conduits" non pas par des cours ou par des conférences occasionnelles, destinés à un petit nombre de gens, mais par le discours "erga omnes". En effet la salle de cours des adultes, c’est l’espace public, à commencer par celui où a lieu la prédication. Or il semble que ce soit le contraire qui se produit : les prêtres de paroisses évitent les adultes, peut-être parce qu’ils ne savent pas quoi leur dire, ni en tant que directeurs spirituels ni en tant que guides intellectuels. Et comment pourrait-on le demander, désormais ? La culture d’élite de l’après-concile a déprécié ou détruit l’apologétique en même temps que la direction spirituelle, désarmant ainsi, à travers les médias catholiques et les séminaires, l’intelligence et la spiritualité de plusieurs générations de laïcs et de prêtres. Aujourd’hui nous n’avons plus que des restes de tout cela.

(5) Je dis "vision catholique du monde" en connaissance de cause, parce qu’il y a une idée insidieuse qui circule parmi les éducateurs et les responsables de la pastorale, à savoir que l’éducation chrétienne nécessaire et suffisante est l’éducation de l’homme, dans le souvenir d’un Jésus "homme [et croyant] parfait". Voilà d’où vient le pédagogisme activiste, dans la catéchèse et dans la liturgie elle-même, et pas seulement pour les "jeunes". Si c’est là ce que doit être l’alphabétisation religieuse à laquelle l’Église est invitée par la presse catholique de pointe, il serait préférable de protéger le peu de foi catholique qu’il reste aux adultes en lien avec le souvenir du vieux catéchisme, notamment lorsque l’on voit à quel point le nouveau catéchisme est mal connu.




À propos du concept de "foi adulte" et contre l'utilisation anti-hiérarchique que certains catholiques font de cet adjectif, Benoît XVI a dit quelque chose de définitif dans l’homélie qu’il avait prononcée aux vêpres de la vigile des saints Pierre et Paul en 2009.

Voici le passage "ad hoc" de cette homélie :

"Dans le quatrième chapitre de la Lettre, l'apôtre nous dit qu'avec le Christ nous devons atteindre l'âge adulte, une foi mûre. Nous ne pouvons plus rester 'comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d'idées...' (4, 14). Paul désire que les chrétiens aient une foi 'responsable', une 'foi adulte'.

"L'expression 'foi adulte' est devenue un slogan fréquent ces dernières années. Mais on l'entend souvent au sens de l'attitude de celui qui n'écoute plus l'Eglise et ses pasteurs, mais qui choisit de manière autonome ce qu'il veut croire ou ne pas croire - donc une foi 'bricolée'. Et on la présente comme le 'courage' de s'exprimer contre le magistère de l'Eglise. Mais en réalité, il n'y a pas besoin de courage pour cela, car l'on peut toujours être sûr de l'ovation du public. Il faut plutôt du courage pour adhérer à la foi de l'Eglise, même si celle-ci contredit le 'schéma' du monde contemporain.

"C'est ce non-conformisme de la foi que Paul appelle une 'foi adulte'. C'est la foi qu'il veut. Il qualifie en revanche d'infantile le fait de courir derrière les modes et les courants de l'époque.

"Par exemple, il appartient à la foi adulte de s'engager pour l'inviolabilité de la vie humaine dès son premier moment, en s'opposant radicalement au principe de la violence, précisément aussi en défense des créatures humaines les plus faibles. Il appartient à la foi adulte de reconnaître le mariage entre un homme et une femme pour toute la vie comme une disposition du Créateur, à nouveau rétablie par le Christ.

"La foi adulte ne se laisse pas transporter ici et là par n'importe quel courant. Elle s'oppose aux vents de la mode. Elle sait que ces vents ne sont pas le souffle de l'Esprit Saint; elle sait que l'Esprit de Dieu s'exprime et se manifeste dans la communion avec Jésus Christ.

"Toutefois, ici aussi Paul ne s'arrête pas à la négation, mais il nous conduit au grand 'oui'. Il décrit la foi mûre, vraiment adulte de manière positive par l'expression: 'agir selon la vérité dans la charité' (cf. Ep 4, 15). La nouvelle façon de penser, qui nous est donnée par la foi, se tourne tout d'abord vers la vérité. Le pouvoir du mal est le mensonge. Le pouvoir de la foi, le pouvoir de Dieu est la vérité. La vérité sur le monde et sur nous-mêmes devient visible lorsque nous tournons notre regard vers Dieu. Et Dieu apparaît à nous dans le visage de Jésus Christ.

"En regardant le Christ nous reconnaissons une chose supplémentaire: vérité et charité sont inséparables. En Dieu, les deux sont une chose indissoluble: telle est précisément l'essence de Dieu. C'est pourquoi, pour les chrétiens vérité et charité vont de pair. La charité est la preuve de la vérité. Nous devrons toujours à nouveau être mesurés selon ce critère, qui est que la vérité devient charité et la charité nous rend authentiques".



À propos d’une autre recherche menée en Sicile par les sociologues Massimo Introvigne et PierLuigi Zoccatelli, comparée avec d’autres enquêtes et avec le cas de la Pologne :

> Ceux qui vont à la messe et ceux qui n'y vont pas. L'avenir incertain de l'Italie catholique (6.8.2010)



Illustration : Fra Angelico, "Le sermon sur la montagne" (détail), 1440, Florence, Couvent de San Marco.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Orientations pastorales pour la promotion des vocations au ministère sacerdotal

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INTRODUCTION

1. L’Assemblée plénière de la Congrégation pour l’Éducation Catholique a demandé la publication d’orientations pastorales afin de promouvoir les vocations au ministère sacerdotal.
Pour répondre à cette demande, l’Œuvre Pontificale pour les Vocations Sacerdotales, en collaboration avec ses consulteurs, avec des représentants des Congrégations pour l’Évangélisation des Peuples, pour les Églises Orientales, pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, et pour le Clergé, a réalisé une Enquête sur la pastorale des vocations sacerdotales afin d’avoir un cadre actualisé de la pastorale des vocations, en particulier au sacerdoce ministériel, dans les différentes régions du monde. 

 
L’Enquête a été envoyée le 15 mai 2008, à travers les Nonciatures, à tous les délégués de la pastorale des vocations des Conférences épiscopales et aux directeurs des Centres nationaux des vocations, afin qu’ils puissent fournir des informations sur la situation des vocations et formuler des propositions d’action pastorale.

 
L’examen des réponses à l’Enquête reçues par des Conférences épiscopales et des Centres nationaux, a fait ressortir une demande de lignes directrices de pastorale des vocations, basées sur une théologie claire et fondée de la vocation et de l’identité du sacerdoce ministériel.



I. LA PASTORALE DES VOCATIONS AU MINISTÈRE SACERDOTAL DANS LE MONDE

 

2. La situation des vocations sacerdotales dans le monde est aujourd’hui très contrastée, faite d’ombres et de lumières. Tandis que l’Occident doit faire face au problème de la diminution des vocations sacerdotales, les autres continents, malgré des moyens limités, connaissent une hausse prometteuse. 

 
Dans les pays de tradition chrétienne, la baisse préoccupante du nombre de prêtres, la hausse de leur moyenne d’âge et la demande d’une nouvelle évangélisation tracent les contours de la nouvelle situation ecclésiale. 

 
La diminution de la natalité contribue également à la baisse des vocations à une consécration particulière. La vie des fidèles catholiques subit le contrecoup de la recherche effrénée des biens matériels et de la diminution de la pratique religieuse, qui éloignent des choix courageux et exigeants de l’Évangile.


Comme l’écrit le Pape Benoît XVI : « À notre époque justement, nous connaissons bien le “non” de ceux qui ont été invités les premiers. En effet, dans la chrétienté occidentale, les nouveaux “premiers invités”, déclinent en grande partie l’invitation, ils n’ont pas de temps pour le Seigneur ». 


Même si la pastorale des vocations en Europe et dans les Amériques est structurée et créative, les résultats obtenus ne correspondent pas aux efforts fournis. Toutefois, à côté de situations difficiles, à regarder avec courage et vérité, on enregistre des signes de reprise, surtout là où existent des propositions claires et fortes de vie chrétienne. 


3. La prière de la communauté chrétienne a toujours renforcé dans le peuple de Dieu un souci partagé à l’égard des vocations, sous forme de “solidarité spirituelle”.


Partout où se développe et s’épanouit une pastorale intégrée, auprès des familles et des jeunes, ou de type missionnaire, en lien avec la pastorale des vocations, on assiste à une floraison de vocations sacerdotales. L’Église locale devient vraiment « responsable de la naissance et de la maturation des vocations sacerdotales ». La dimension vocationnelle ne se présente pas alors comme un simple ajout de programmes et de propositions, mais elle devient l’expression naturelle de l’ensemble de la communauté.


Les données statistiques de l’Église Catholique et les recherches sociologiques soulignent que des initiatives de nouvelle évangélisation dans les paroisses, les associations, les communautés ecclésiales et les mouvements, disposent les jeunes à une réponse à l’appel de Dieu et à une offrande de leur vie au service de l’Église. 


La famille reste la première communauté de transmission de la foi chrétienne. Partout, on constate que de nombreuses vocations sacerdotales naissent dans les familles où l’exemple d’une vie chrétienne cohérente et la pratique des vertus évangéliques font germer un désir de don total. L’attention aux vocations, de fait, suppose une pastorale familiale solide. 


Il convient d’ajouter que la question de la vocation au sacerdoce naît souvent chez les enfants et les jeunes, grâce au témoignage joyeux de prêtres. 


Le témoignage de prêtres unis au Christ, heureux dans leur ministère, et unis fraternellement entre eux, éveille chez les jeunes un fort attrait pour la vocation. Les évêques et les prêtres offrent aux jeunes une image élevée et attirante du sacerdoce ministériel. « La vie des prêtres, leur dévouement absolu au peuple de Dieu, leur témoignage de service d'amour pour le Seigneur et son Église - un témoignage marqué du signe de la croix, acceptée dans l'espérance et la joie pascale -, leur concorde fraternelle et leur zèle pour l'évangélisation du monde sont les premiers et les plus convaincants des facteurs de la fécondité des vocations ». 


De fait, les prêtres donnent souvent un témoignage de dévouement à l’Église, de générosité joyeuse, d’humble adaptation aux différentes situations où ils se trouvent amenés à servir. Leur exemple suscite le désir de s’engager avec générosité dans l’Église et la volonté de donner sa vie au Seigneur et aux frères. L’engagement des prêtres envers les personnes qui ont soif de Dieu, soif de valeurs religieuses, et qui sont en situation de grande pauvreté spirituelle, exerce notamment un fort attrait sur les jeunes. 


On remarque aussi que de nombreux jeunes découvrent un appel au sacerdoce et à la vie consacrée après avoir vécu une expérience de bénévolat, un service de charité auprès des personnes souffrantes, pauvres et dans le besoin, ou après avoir servi pendant un temps dans des missions catholiques.


L’école constitue pour les enfants et les jeunes un autre cadre de vie au sein duquel la rencontre avec un prêtre enseignant ou la participation à des initiatives d’approfondissement de la foi chrétienne peuvent ouvrir un chemin de discernement vocationnel. 



4. La diffusion d’une mentalité sécularisée dissuade les jeunes de répondre à l’invitation à suivre le Seigneur Jésus avec plus de radicalité et de générosité.


Les nombreuses réponses des Églises locales à l’Enquête réalisée par l’Œuvre Pontificale pour les Vocations Sacerdotales, ont permis de mettre en évidence une série de raisons pour lesquelles les jeunes détournent leur attention de la vocation sacerdotale ou la renvoient à un avenir imprécis. 


Par ailleurs, les parents, dans leurs attentes sur l’avenir de leurs enfants, laissent peu de place à la possibilité d’une vocation à une consécration particulière. 


Un autre aspect jouant en défaveur de la vocation au sacerdoce est sa marginalisation progressive de la vie sociale, avec comme conséquence la perte de visibilité dans l’espace public. En outre, différentes voix remettent en question le choix du célibat. Une mentalité sécularisée, mais aussi des opinions erronées au sein de l’Église tendent à déprécier le charisme et le choix du célibat, même si l’on ne peut nier les graves effets négatifs de l’incohérence et des scandales causés par l’infidélité aux devoirs du ministère sacerdotal, notamment les abus sexuels, semant le trouble chez des jeunes qui seraient pourtant prêts à répondre à l’appel du Seigneur. 


La vie des prêtres, parfois prise dans le tourbillon d’un activisme excessif, avec une surcharge de travail pastoral, peut éclipser ou affaiblir la luminosité du témoignage sacerdotal. Dans ce contexte, le suivi des chemins personnels et l’accompagnement spirituel des jeunes donnent l’occasion de proposer et de discerner la vocation, en particulier celle du sacerdoce.



II. VOCATION ET IDENTITÉ DU SACERDOCE MINISTÉRIEL



5. L’identité de la vocation au ministère sacerdotal se situe au cœur de l’identité chrétienne en tant que disciple du Christ. « L'histoire de toute vocation sacerdotale, comme d'ailleurs de toute vocation chrétienne, est l'histoire d'un ineffable dialogue entre Dieu et l'homme, entre l'amour de Dieu qui appelle et la liberté de l'homme qui, dans l'amour, répond à Dieu ». 


Les Évangiles présentent la vocation comme une merveilleuse rencontre d’amour entre Dieu et l’homme. C’est le mystère de l’appel, un mystère qui touche la vie de tout chrétien mais qui se manifeste encore plus clairement chez ceux que le Christ invite à tout laisser pour le suivre de plus près. Le Christ a toujours choisi des personnes pour collaborer plus étroitement avec lui à l’accomplissement du dessein salvifique du Père.


Jésus, avant d’appeler les disciples à une mission particulière, les invite à tout laisser pour vivre en profonde communion avec Lui, pour “être” avec Lui (Mc 3,14). 


Aujourd’hui encore, le Seigneur Ressuscité appelle les futurs prêtres pour en faire de véritables annonciateurs et témoins de sa présence salvifique dans le monde. 


C’est de cette expérience exemplaire que découle le besoin de devenir compagnon de voyage du Christ Ressuscité, d’entreprendre un parcours de vie où rien n’est joué d’avance mais où l’on s’ouvre avec docilité au Mystère de Dieu qui appelle.

6. Le Christ Pasteur est l’origine et le modèle du ministère sacerdotal. Lui-même a décidé de confier à certains de ses disciples la capacité d’offrir le sacrifice eucharistique et de pardonner les péchés.


« C’est ainsi que le Christ a envoyé ses Apôtres comme le Père l’avait envoyé, puis, par l’intermédiaire des Apôtres, il a fait participer à sa consécration et à sa mission les évêques, leurs successeurs, dont la fonction ministérielle a été transmise aux prêtres à un degré subordonné : ceux-ci sont donc établis dans l’Ordre du presbytérat pour être les coopérateurs de l’ordre épiscopal dans l’accomplissement de la mission apostolique confiée par le Christ ». 


C’est pourquoi le prêtre, comme l’affirme clairement la doctrine du caractère des Ordres sacrés, est configuré au Christ prêtre qui l’habilite à agir en la personne du Christ Chef et Pasteur. Son être et son action dans le ministère s’enracinent dans la fidélité à Dieu qui, par le don spirituel du sacrement de l’Ordre, établit sa demeure permanente chez le prêtre et le distingue des autres baptisés qui participent au sacerdoce commun. Le prêtre, en tant qu’uni à l’ordre épiscopal, participe en effet de l’autorité du Christ qui « fait grandir, sanctifie et gouverne son propre corps ». 


Le sacerdoce ministériel se différencie ainsi dans son essence du sacerdoce commun et est à son service. En effet, « celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective ». « C’est là qu’aboutit leur ministère, c’est là qu’il trouve son accomplissement ».


Il est clair que le don transmis par l’imposition des mains doit être toujours “ravivé” (cf. 2 Tm 1,6) afin que « dans les temps de prière et d’adoration comme dans l’annonce de la Parole, dans l’offrande du sacrifice eucharistique et l’administration des autres sacrements comme dans les différents ministères exercés au service des hommes, les prêtres contribuent à la fois à faire croître la gloire de Dieu et à faire avancer les hommes dans la vie divine ».


Cette première dimension, de caractère christologique, du sacrement de l’Ordre, fonde la dimension ecclésiologique. Dans la mesure où l’Église est convoquée par le Christ Ressuscité, les prêtres sont habilités, par le sacrement de l’Ordre, à être des instruments efficaces d’édification de l’Église, à travers l’annonce de la Parole, la célébration des sacrements et la conduite du peuple de Dieu. Sans ces dons, l’Église perdrait son identité. Le sacerdoce ministériel est donc un point névralgique, vital, pour l’existence de l’Église car il est le signe efficace du primat de la grâce par laquelle le Christ Ressuscité bâtit, dans l’Esprit, son Église. 


Les prêtres, qui représentent donc le Christ Pasteur, trouvent dans leur dévouement total à l’Église, l’élément unificateur de leur identité théologique et de leur vie spirituelle. C’est pourquoi, « la charité du prêtre se relie d'abord à celle de Jésus-Christ. C'est seulement si elle aime et sert le Christ, Tête et Époux, que la charité devient source, critère, mesure, impulsion de l'amour et du service du prêtre envers l'Église, corps et épouse du Christ ». Si le sacerdoce ne prend pas son origine dans cet amour, il se réduit à une prestation fonctionnelle au lieu d’être le service d’un pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. C’est donc l’amour pour le Christ qui constitue la motivation prioritaire de la vocation au sacerdoce.

7. Le ministère sacerdotal, conféré par le sacrement de l’Ordre, est marqué, dans sa nature, par la vie trinitaire, une vie qui est communiquée par le Christ et par son union avec le Père dans l’Esprit Saint. Celle-ci qualifie de manière essentielle l’identité sacerdotale. 


Chaque prêtre vit dans la communion réelle et ontologique du presbytérat uni à son évêque. En effet : « Le ministère ordonné, de par sa nature même, ne peut être accompli que pour autant que le prêtre est uni au Christ par l'insertion sacramentelle dans l'ordre presbytéral et donc pour autant qu'il est en communion hiérarchique avec son évêque. Le ministère ordonné est radicalement de “nature communautaire” et ne peut être rempli que comme “œuvre collective” ».


Le prêtre sert la communio de l’Église au nom de Jésus-Christ. Le Seigneur appelle le prêtre personnellement et l’invite à une relation personnelle avec lui, à une expérience de fraternité apostolique et à une mission pastorale d’origine éminemment trinitaire. Le “nous” apostolique, reflet et participation de la communion trinitaire, définit l’identité du ministère ordonné.


Le cheminement vocationnel et la formation devront, de toute évidence, reprendre les éléments essentiels de la vie trinitaire, qui caractérisent le ministère ordonné, puisque l’appel personnel du Christ est au service d’une vie de communion-mission, reflet de la vie trinitaire.


Une des tâches importantes de la pastorale des vocations consistera donc à proposer aux enfants et aux jeunes une expérience chrétienne, leur permettant de faire l’expérience de la réalité de Dieu dans la communion avec les frères et dans la mission évangélisatrice. Conscients de faire partie d’une même famille de fils et filles du même Père, qui les aime immensément, ils sont appelés à vivre en frères et sœurs et, en persévérant dans l’unité, à se mettre « au service de la nouvelle évangélisation pour proclamer la merveilleuse vérité de l’amour salvifique de Dieu ».


La pastorale de la vocation au ministère ordonné tend à générer des hommes de communion et de mission, capables de s’inspirer du “commandement nouveau” (Jn 13,34), source de la “spiritualité de communion”. 


La promotion des vocations et le discernement qui y fait suite ont en grande estime cette expérience chrétienne, fondement d’un chemin de grâce inscrit dans le sacrement de l’Ordre et condition d’une évangélisation authentique.

8. Il faudra mener opportunément un discernement prudent et sage à partir des conditions essentielles d’accès au sacerdoce afin d’évaluer l’aptitude des “appelés”. La pastorale des vocations est consciente que la réponse à l’appel se fonde sur l’harmonisation progressive de la personnalité dans ses différentes composantes : humaine et chrétienne, personnelle et communautaire, culturelle et pastorale. 


« La connaissance de la nature et de la mission du sacerdoce ministériel, selon Pastores dabo vobis, est le présupposé nécessaire et en même temps le guide le plus sûr et le stimulant le plus fort pour développer dans l'Église l'action pastorale, en vue de la promotion et du discernement des vocations sacerdotales et de la formation de ceux qui sont appelés au ministère ordonné ».


C’est pour cette raison qu’elle tend d’abord au développement de la personne dans sa totalité et son intégralité afin de préparer les “appelés” au sacerdoce à se conformer au Christ Pasteur, dans le cadre d’une expérience communautaire profonde. 


Chaque appelé doit recevoir les moyens de vivre une relation intime d’amour avec le Père qui l’appelle, avec le Fils qui le rend conforme à Lui, avec l’Esprit qui le façonne, à travers l’éducation à la prière, l’écoute de la Parole, la participation à l’Eucharistie, et le silence de l’adoration.
La proposition vocationnelle va de pair avec la prise en charge progressive par l’appelé de tâches, de choix et de responsabilités, qui permettent en outre un discernement large et profond de l’authenticité de la vocation. 


La maturité affective est une étape nécessaire pour accueillir la grâce du Sacrement. Il convient d’éviter de faire des propositions vocationnelles à des sujets qui, tout en ayant un chemin de conversion louable, sont marqués par de profondes fragilités humaines.
Il est important que l’appelé perçoive clairement les engagements qui devront être les siens, en particulier dans le célibat.


L’appel devrait s’enraciner dans un contexte ecclésial précis qui puisse donner consistance au choix vocationnel et contribuer à pallier ses possibles déviances individualistes. En ce sens, la qualité de l’expérience paroissiale et diocésaine ainsi que la fréquentation et la participation active à des associations et à des mouvements ecclésiaux revêtent une importance fondamentale.


Normalement, il convient de prévoir une expérience de vie communautaire avant que le jeune n’entre au séminaire. 



9. Les accompagnateurs vocationnels, à la suite du prêtre ayant favorisé et soutenu les débuts de la vocation, jouent un rôle décisif. La relation éducative avec les animateurs ainsi que le style de vie fraternel avec les autres appelés rendent le discernement du choix vocationnel plus authentique et plus valide.


La vie des prêtres et de l’ensemble du presbyterium diocésain, qui conjugue la figure idéale du prêtre avec les conditions du ministère dans la vie ordinaire, et lui donne une visibilité, favorise sans aucun doute le chemin de croissance de l’appel au ministère sacerdotal. 


Les diverses figures de prêtres vénérés comme saints, contribuent assurément à communiquer courage et générosité aux appelés. Les prêtres entièrement dévoués à l’exercice de leur ministère pastoral constituent des modèles de référence solides pour affermir les raisons du choix du ministère sacerdotal.


Il suffit d’évoquer saint Jean-Marie Vianney, le saint Curé d’Ars, présenté à tous les prêtres comme un modèle lumineux par le Pape Benoît XVI pendant l’année sacerdotale 2010. Avec lui, nous pourrions évoquer de nombreux prêtres exemplaires, qui ont accompagné avec abnégation le chemin du peuple de Dieu au cours du temps dans les Églises locales. 


Il est également important que les prêtres invoquent avec confiance et insistance la Vierge Marie, Mère des prêtres, pour qu’elle les aide à accueillir avec disponibilité le projet de Dieu dans leur vie et à prononcer avec foi et amour un “oui” au Seigneur qui appelle toujours de nouveaux ouvriers à annoncer le Royaume de Dieu.


10. La croissance et la maturité d’une vocation sacerdotale impliquent un amour concret pour l’Église particulière d’appartenance et une disponibilité totale à tous les services pastoraux, qui permettent de faire l’expérience d’une liberté intérieure et de ne pas se sentir maître de sa propre vocation. 


La participation active à la vie d’une communauté chrétienne peut contribuer à éviter de nouvelles formes de cléricalisme, les situations de centralisation pastorale inopportune, le travail pastoral à temps partiel et les choix ministériels taillés sur mesure en fonction de besoins individuels qui font perdre de vue la vie et l’unité de la communauté. 


Pour bâtir une Église en état de mission permanente, la vocation du prêtre est de faire grandir une communauté riche de ministères, dans laquelle un large espace est dévolu à la participation active et responsable des fidèles laïcs. 


Pour devenir capables d’animer et de soutenir une communauté, les jeunes qui discernent un appel au sacerdoce, doivent apprendre à collaborer, à se mesurer à l’ensemble de la communauté chrétienne et à avoir de l’estime pour toutes les vocations.


La dimension universelle est intrinsèque au ministère sacerdotal. L’ordination rend le prêtre apte à la mission, qui représente un aspect essentiel de l’identité sacerdotale.


En ce sens, il est important de former l’appelé à se préoccuper de ceux qui sont proches, tout en considérant aussi ceux qui sont loin. 


C’est la disponibilité à la mission qui définit la vérité du prêtre dans toutes ses activités. Cela implique de façonner une structure intérieure et, plus qu’une manière de faire, une manière d’être se caractérisant par le courage de sortir de tout particularisme pour ouvrir son cœur aux besoins de la nouvelle évangélisation.




III. PROPOSITIONS POUR LA PASTORALE DES VOCATIONS SACERDOTALES


11. Les vocations sacerdotales sont le fruit de l’action de l’Esprit Saint dans l’Église. Certains pays enregistrent une floraison vigoureuse et prometteuse des vocations sacerdotales, qui encourage à poursuivre dans la voie de la promotion des vocations. 


L’Église, consciente de la nécessité des vocations au sacerdoce, reconnaît qu’elles sont un don de Dieu et prie le Seigneur, dans une supplication incessante et confiante, de les accorder généreusement. 


« En réalité, c’est Dieu, le Maître de la moisson, qui choisit ses ouvriers en appelant les personnes à travers une décision toujours gratuite et surprenante. Cependant, dans le mystère de l’alliance qu’il a établi avec nous, nous sommes invités à coopérer avec sa providence en utilisant la grande force qu’il a placé entre nos mains : la prière ! C’est ce que Jésus nous a demandé : “Priez pour que le Maître de la moisson envoie des ouvriers !” ». 


La prière touche le cœur de Dieu. Pour le croyant, elle devient une grande école de vie, elle enseigne à regarder le monde et les besoins de tout être humain avec une sagesse évangélique. Plus encore, elle unit les cœurs à la charité et à la compassion du Christ envers l’humanité. 


L’expérience de tant d’Églises locales atteste que des jeunes, en grand nombre, perçoivent l’appel au sacerdoce ministériel, surtout dans les communautés où la prière constitue une dimension constante et profonde. 



12. L’Occident est dominé par une culture indifférente à la foi chrétienne et incapable de comprendre la valeur des vocations à une consécration particulière. 


Cependant, l’Église, appelée à vivre dans le temps, sait voir avec sagesse dans l’Histoire, la présence de Dieu qui accompagne, interpelle, appelle à l’alliance, même dans les moments apparemment moins féconds et fructueux. Elle regarde « le monde avec une immense sympathie parce que, quand bien même le monde se sentirait étranger au christianisme, l’Église ne pourrait se sentir étrangère au monde, quelle que soit l’attitude du monde envers l’Église ».


L’Église, encore aujourd’hui, continue à annoncer la Parole de Dieu et à communiquer la bonne nouvelle du salut avec le courage de la vérité. Elle cherche notamment à proposer aux enfants et aux jeunes la foi qui bouleverse la vie et qui répond à la soif de bonheur présente dans le cœur de l’homme. 


Il s’agit de proposer l’expérience de la foi comme relation personnelle, profonde, avec le Seigneur Jésus-Christ, révélateur du Mystère de Dieu.


D’une réponse de foi naît ensuite la découverte de la vocation, surtout quand elle est vécue au sein de communautés chrétiennes qui vivent la beauté de l’Évangile et qui disposent d’animateurs et d’éducateurs capables de déceler les signes de la vocation. 


Si l’ont veut faire une proposition de foi chrétienne susceptible de susciter des réponses vocationnelles, il faut, à travers l’œuvre d’éducateurs et d’accompagnateurs adultes dans la foi, favoriser des espaces authentiques de relations humaines, dans des milieux communautaires de vie chrétienne qui attirent et invitent à l’engagement.


Il est bon de proposer ouvertement la vie sacerdotale aux enfants et aux jeunes et, en même temps, il convient d’inviter les communautés chrétiennes à prier plus intensément “le Maître de la moisson” (Mt 9,38) pour qu’il suscite de nouveaux ministres et de nouvelles personnes consacrées. 


À cette fin, il est utile de soutenir, dans les Églises locales, une pastorale générale porteuse d’un élan évangélique, vocationnel et missionnaire. 



13. Tous les membres de l’Église sont responsables du soin des vocations sacerdotales. « Le Concile Vatican II a été aussi explicite que possible en affirmant que “le devoir de favoriser l'augmentation des vocations sacerdotales appartient à toute la communauté chrétienne, qui est tenue de s'acquitter de ce devoir avant tout par une vie pleinement chrétienne” (Optatam totius, n.2). C'est seulement sur la base de cette conviction que la pastorale des vocations pourra manifester son visage vraiment ecclésial et développer une action concertée, en se servant aussi d'organismes spéciaux et d'instruments adaptés de communion et de coresponsabilité ».


Le Saint-Siège a institué, il y a déjà 70 ans, l’Œuvre Pontificale pour les Vocations Sacerdotales dans le but de favoriser la collaboration entre le Saint-Siège et les Églises locales pour la promotion des vocations au ministère ordonné. 


Cet organisme s’emploie à diffuser et à faire connaître le Message pour la Journée de Prière pour les Vocations, que le Saint-Père adresse chaque année à toute l’Église. Il a également pour mission de recueillir et de diffuser les initiatives vocationnelles les plus significatives qui enrichissent les Églises locales. Il organise des congrès internationaux et collabore à la tenue de congrès continentaux, afin de favoriser une synergie entre tous les acteurs de la pastorale des vocations. 


L’expérience des dernières décennies montre que le Message du Saint-Père aide les Églises locales à définir, proposer et mettre en œuvre des programmes annuels de pastorale des vocations. 


Les évêques jouent un rôle central et prééminent dans la promotion des vocations, en particulier sacerdotales. « La première responsabilité de la pastorale orientée vers les vocations sacerdotales, c'est celle de l'évêque (Christus Dominus, n.15), qui est appelé à l'assumer personnellement, même s'il peut et doit susciter de multiples collaborations. Il est un père et un ami dans son presbyterium et il lui revient de “maintenir la continuité” du charisme et du ministère sacerdotal, en lui associant de nouvelles forces par l'imposition des mains. Il veillera à ce que la dimension des vocations soit toujours présente dans l'ensemble de la pastorale ordinaire, bien plus, à ce qu'elle s'intègre et s'identifie avec elle. C'est à lui qu'il appartient de promouvoir et de coordonner les diverses initiatives en faveur des vocations ».


Il incombe à l’évêque de confier la pastorale des jeunes et des vocations à des prêtres et des personnes capables de transmettre avec enthousiasme et par l’exemple de leur vie la joie de suivre le Seigneur Jésus à l’école de l’Évangile. 


Au niveau diocésain, l’évêque établit le Centre diocésain des vocations. Composé de prêtres, de consacré(e)s et de laïcs, c’est un organisme de communion au service de la pastorale des vocations des Églises locales, ayant pour mission de promouvoir les vocations à une consécration particulière, dans le cadre de l’ensemble des vocations. 


Le Centre diocésain des vocations s’occupe de la formation des animateurs de la pastorale des vocations, il suscite et répand dans le peuple de Dieu une culture vocationnelle, participe à l’élaboration du programme de pastorale diocésaine, collabore notamment avec les organismes diocésains responsables de la pastorale familiale, de la catéchèse et de la pastorale des jeunes.


Dans les diocèses et les paroisses, il convient d’encourager et de soutenir les groupes de vocations qui proposent des parcours d’éducation chrétienne et de premier discernement vocationnel.


Les Centres nationaux ou interdiocésains des vocations, sur mandat des Conférences épiscopales et, normalement, sous la conduite d’un évêque, sont chargés de coordonner les Centres diocésains des vocations.


14. La grâce de l’appel trouve un terrain fécond dans une Église qui, à travers ses communautés et tous ses fidèles, crée de bonnes conditions pour des réponses vocationnelles libres et généreuses.


Le Bienheureux Jean-Paul II a demandé aux évêques : « de redynamiser le tissu social de la communauté chrétienne à travers l’évangélisation de la famille, d’aider les laïcs à diffuser les valeurs de la cohérence, de la justice et de la charité dans le monde des jeunes ».


Le témoignage de communautés chrétiennes capables de rendre raison de leur foi devient, à notre époque, encore plus indispensable si l’on veut que les Chrétiens, engagés à la suite du Christ, puissent transmettre son amour. La communion des croyants dans le Christ, prépare à recevoir l’appel du Seigneur qui invite à la consécration et à la mission. 


La promotion de la vocation sacerdotale se fait déjà dans les familles chrétiennes. Si elles sont animées d’un esprit de foi, de charité et de piété, elles constituent comme un “premier séminaire” (Optatam totius, n.2) et continuent « à offrir les conditions favorables pour la naissance des vocations ».


Même si les familles chrétiennes cultivent un sentiment de respect pour la figure du prêtre, elles manifestent, surtout en Occident, une certaine difficulté à accueillir la vocation au ministère sacerdotal ou à la vie consacrée de l’un de leurs enfants. 


Il existe un espace éducatif commun à la pastorale des familles et à celle des vocations. En ce sens, il convient de responsabiliser les parents à leur ministère d’éducateurs de la foi, enraciné dans le sacrement du mariage, afin qu’au cœur de la famille, se développent les conditions humaines et surnaturelles favorables à la découverte d’une vocation sacerdotale. 


La paroisse est, quant à elle, le lieu par excellence pour proclamer l’Évangile de la vocation chrétienne et, en particulier, présenter l’idéal du sacerdoce ministériel. Elle est le terrain fertile où peuvent germer et mûrir les vocations, à condition d’être « la famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme par le Christ, dans l’Esprit » , caractérisée par le style de vie des premières communautés chrétiennes (cf. Ac 2,42 ; 4,32). 


La paroisse illustre de manière évidente la variété des vocations et sensibilise fortement à l’urgence des vocations sacerdotales, nécessaires pour assurer la célébration de l’Eucharistie et le Sacrement de la réconciliation. 


La communauté paroissiale est un vivier fécond, capable de contribuer grandement à la formation humaine et spirituelle de ceux qui sont en chemin vers le ministère sacerdotal. 


Le rôle des prêtres et des consacrés, surtout ceux qui œuvrent dans les communautés paroissiales, est décisif pour proposer de manière explicite la vocation sacerdotale aux enfants, aux adolescents et aux jeunes, à travers une action éducative sage et convaincante, capable de faire émerger la question de la vocation. 


Dans les paroisses, les catéchistes et les animateurs de la pastorale, tout en faisant une proposition globale du message chrétien, peuvent repérer et indiquer de précieuses passerelles entre les thèmes de la catéchèse et la présentation des vocations spécifiques, surtout celle au sacerdoce. « En particulier les catéchistes, les enseignants, les éducateurs, les animateurs de la pastorale des jeunes, chacun avec ses ressources et ses capacités propres, ont une grande importance dans la pastorale des vocations sacerdotales. En effet, plus ils approfondiront le sens de leur vocation et de leur mission dans l'Église, plus ils pourront reconnaître la valeur et le caractère irremplaçable de la vocation et de la mission sacerdotale ». 


15. Il convient de rappeler aux séminaristes une vérité pastorale confirmée : « Personne plus que les jeunes, n’est apte à évangéliser les jeunes. Les jeunes étudiants qui se préparent au sacerdoce, les jeunes gens et jeunes filles en formation religieuse et missionnaire, à titre personnel et communautaire sont, parmi les autres jeunes les premiers et plus immédiats apôtres de la vocation ». Il faut, par ailleurs, tenir compte des groupes ecclésiaux organisés, des mouvements et des associations, qui constituent de précieux lieux pédagogiques de la proposition sacerdotale. La rencontre avec le Christ y est favorisée par une attention aux personnes, une proposition spirituelle claire et centrée sur la prière. Un grand nombre de vocations naît à partir de ces expériences.


A l’école, les enseignants engagés dans un service qui, par sa nature, est vocation et mission, peuvent élargir l’œuvre éducative de la famille dans l’horizon de la culture sans jamais oublier la dimension vocationnelle de l’existence. 


Leur service peut ouvrir au choix d’une vie totalement donnée à Dieu et aux frères, en communiquant « dans l'esprit des enfants et des jeunes, le désir d'accomplir la volonté de Dieu dans l'état de vie le plus adapté à chacun, sans jamais exclure la vocation au ministère sacerdotal ».


Dans de nombreux pays, la période universitaire est devenue, pour les jeunes, un temps fécond pour les choix de vie personnels. Cela demande notre plus grande attention : les années de la jeunesse sont précieuses et décisives dans la recherche du sens plénier de l’existence. 


Quant aux animateurs des activités de loisirs et sportives dans les institutions ecclésiales, au-delà de leurs motivations spécifiques et des valeurs humaines que ces activités permettent de développer, ils sont invités à ne pas perdre de vue un objectif supérieur : la formation intégrale et harmonieuse de la personne. Dans la mesure où elle rejoint la proposition éducative chrétienne, une telle formation humaine représente, de fait, un terrain fertile pour proposer la vocation sacerdotale.


La direction spirituelle est une forme privilégiée de discernement et d’accompagnement de la vocation. Elle demande de la part des prêtres une vraie disponibilité à l’écoute et au dialogue, la capacité de susciter et de donner des réponses aux interrogations fondamentales de l’existence, une indéniable sagesse pour aborder les questions inhérentes aux choix de vie et à la vocation au ministère sacerdotal.


La direction spirituelle et le conseil vocationnel doivent faire l’objet d’une préparation spécifique dans la formation initiale et permanente des prêtres. 


16. La promotion de la vocation sacerdotale trouve ses points d’appui dans les propositions de formation à la vie chrétienne, fondées sur l’écoute de la Parole, la participation à l’Eucharistie et l’exercice de la charité.


L’annonce de la Parole passe par la prédication qui amorce et indique les modes et les formes de mise en œuvre de l’Évangile dans la vie des fidèles et des communautés ecclésiales. « Il faut une prédication directe sur le mystère de la vocation dans l'Église, sur la valeur du sacerdoce ministériel, sur son urgente nécessité pour le peuple de Dieu ».


La catéchèse aussi est une voie ordinaire de la promotion des vocations, lorsqu’elle aide les enfants et les jeunes à évaluer la vie comme une réponse à l’appel de Dieu et à accueillir dans la foi le don de la vocation personnelle.


La catéchèse de préparation au sacrement de la confirmation donne l’occasion de faire connaître aux confirmands les dons de l’Esprit, les charismes, les ministères et les différents appels qui leur sont liés. 


Aucune forme de catéchèse ne doit négliger la présentation de la vocation sacerdotale. « Une catéchèse organique et offerte à tous les membres de l'Église dissipe les doutes, combat les idées unilatérales et déviées sur le ministère sacerdotal, ouvre également les cœurs des croyants à l'attente du don et crée des conditions favorables pour la naissance de nouvelles vocations ». 


L’Eucharistie, centre de la vie du chrétien et de la communauté, favorise la proposition d’un itinéraire liturgique sacramentel, susceptible de nourrir ordinairement le chemin de toute vocation.


La fréquentation constante et régulière du Sacrement de la réconciliation s’avère décisive dans le discernement de la vocation au sacerdoce. 


L’Année liturgique constitue l’école de foi permanente de la communauté chrétienne, elle rythme les temps et les moments de sa vie ordinaire et accompagne la maturation vocationnelle des fidèles.


Les différentes initiatives de prière, surtout l’adoration eucharistique, préparées et réalisées de manière significative et avec un profond sens liturgique, peuvent mettre en évidence l’importance extraordinaire de la vocation sacerdotale pour l’Église. 


Le témoignage de la charité connaît, dans l’Église, une expression multiforme et surprenante. Il est fondamental que ces initiatives d’engagement soient renforcées par des parcours de formation précis, qui invitent à la gratuité et au service du Royaume de Dieu et tendent à une configuration personnelle et communautaire au Christ. 


Les jeunes sont davantage sensibles à la condition des plus faibles et des pauvres. Beaucoup se révèlent prêts à servir, à partager avec le prochain les joies et les fatigues de la vie. 


Certains choisissent le bénévolat caritatif pour servir les personnes souffrantes, âgées ou pauvres. D’autres s’engagent dans l’éducation des jeunes à travers la catéchèse, les associations catholiques, les activités de loisirs. S’ajoutent à eux, ceux qui donnent le témoignage précieux du bénévolat missionnaire qui peut bouleverser la vie d’une personne, en lui ouvrant les yeux sur les besoins matériels et spirituels graves et urgents, dans les pays en voie de développement.


Les vocations qui s’épanouissent dans le cadre du témoignage de la charité chrétienne se révèlent solides et authentiques, orientées en profondeur vers le service. 



17. Dans les communautés ecclésiales, il faut encourager un vrai mouvement de prière pour demander des vocations au Seigneur. De fait, « une catéchèse organique et offerte à tous les membres de l'Église dissipe les doutes, combat les idées unilatérales et déviées sur le ministère sacerdotal, ouvre également les cœurs des croyants à l'attente du don et crée des conditions favorables pour la naissance de nouvelles vocations ».


Il convient de soutenir et d’intensifier les initiatives qui donnent l’exemple d’une communauté unie dans la prière pour les vocations. 


Le Centre diocésain des vocations pourrait ainsi proposer et organiser l’initiative du monastère invisible, par laquelle de nombreuses personnes, de jour et de nuit, s’engagent à la prière continue pour les vocations sacerdotales. 


Le jeudi pour les vocations représente un moment traditionnel de prière communautaire mensuelle pour les prêtres et les vocations sacerdotales, centrée sur l’adoration eucharistique.
La Journée mondiale de prière pour les vocations et la Journée du Séminaire représentent deux moments forts de prière, de catéchèse et d’annonce vocationnelle dans les communautés chrétiennes. 


18. Le service de l’autel est souvent la prémisse à d’autres formes de service dans la communauté chrétienne. Cette expérience, articulée avec sagesse à l’éducation à la prière liturgique, à l’écoute de la Parole et à la vie sacramentelle, peut être structurée selon un véritable itinéraire ouvert à la vocation sacerdotale.


C’est pourquoi la pastorale des vocations sacerdotales accorde une attention particulière aux servants de messe. De nombreux prêtres et séminaristes, avant d’entrer au séminaire, ont fait partie de groupes de servants et se sont engagés au service de l’autel. 


Les retraites et les exercices spirituels vocationnels, organisés pour les jeunes, jouent un rôle décisif en leur permettant de vivre une expérience de silence, de prière prolongée et de dialogue avec la Parole de Dieu. Ils peuvent représenter des moments forts de réflexion sur le projet de vie en tant que découverte de l’appel personnel à une vocation.


Les “communautés vocationnelles résidentielles” aident également les jeunes à s’orienter et à discerner leur vocation en vue du séminaire. Elles représentent une sorte de “pré-séminaire”, avec la présence stable de prêtres bien préparés, qui proposent une règle de vie rythmée par des moments de vie fraternelle, d’étude personnelle, de partage de la Parole, de prière personnelle et communautaire, de célébration eucharistique, et de direction spirituelle.



19. Le Petit Séminaire offre à des adolescents la possibilité d’être accompagnés, éduqués et formés pour discerner le désir de devenir prêtres. Par ailleurs, « par sa nature et par sa mission, il serait bon que le petit séminaire devienne dans le diocèse un point de référence valable de la pastorale vocationnelle, avec d’opportunes expériences de formation pour les garçons qui sont à la recherche du sens de leur vie, de leur vocation, ou qui sont déjà décidés à entreprendre la route du sacerdoce ministériel, mais qui ne peuvent encore commencer un vrai chemin de formation ».



CONCLUSION


20. Le souci des vocations sacerdotales est un défi permanent pour l’Église. 


A l’occasion du 70ème anniversaire de sa fondation, l’Œuvre Pontificale pour les Vocations Sacerdotales, afin d’encourager toutes les communautés chrétiennes et en leur sein les personnes particulièrement engagées dans la pastorale des vocations, propose ce document aux Églises particulières, comme un compendium de la promotion des vocations au sacerdoce ministériel.


Le milieu le plus favorable à la vocation au sacerdoce est une communauté chrétienne qui écoute la parole de Dieu, qui prie par la liturgie et qui témoigne par la charité. C’est dans ce contexte que la mission du prêtre est perçue et reconnue avec le plus d’évidence.


Ce document veut soutenir les communautés ecclésiales, les associations, les mouvements dans leur engagement en faveur des vocations, et orienter leurs efforts vers une pastorale des vocations capable de porter à maturation tous les choix de don de soi, et de favoriser en particulier l’accueil de l’appel de Dieu au ministère sacerdotal.



Le Saint-Père, au cours de l’audience accordée au soussigné Préfet, a approuvé le présent document et en a autorisé la publication.

Rome, le 25 mars 2012, en la Solennité de l’Annonciation du Seigneur.

Zenon Cardinal Grocholewski
Préfet

+Jean-Louis Bruguès
Secrétaire



SOMMAIRE


INTRODUCTION p. 2


 

La pastorale des vocations au ministère sacerdotal dans le monde p. 3



Vocation et identité du sacerdoce ministériel p. 8



Propositions pour la pastorale des vocations sacerdotales p. 17




CONCLUSION p. 31


 

Benoît XVI, A l'exemple de Jean-Baptiste témoigner du Christ à temps et à contretemps

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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ROME, dimanche 24 juin 2012 (ZENIT.org) – L’exemple de saint Jean-Baptiste, « nous invite à nous convertir, à témoigner du Christ et à l’annoncer à temps et à contretemps, en étant comme lui la voix qui crie dans le désert, et cela jusqu’au don de notre vie », déclare Benoît XVI.

 Le pape a en effet présidé la prière de l’angélus depuis la fenêtre de son bureau qui donne place Saint-Pierre, en présence de milliers de visiteurs présents à Rome et pour les radios et les télévisions qui diffusent l’angélus en direct ou en différé le dimanche.


Paroles de Benoît XVI avant l’angélus, en italien :

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, 24 juin, nous célébrons la solennelle Nativité de saint Jean-Baptiste. A part la Vierge Marie, le Baptiste est le seul saint dont la liturgie célèbre la naissance, et elle le fait parce que celle-ci est étroitement liée au mystère de l’incarnation du Fils de Dieu. Depuis le sein maternel, en effet, Jean est le précurseur de Jésus : sa conception prodigieuse est annoncée par l’ange à Marie, comme le signe que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37), six mois avant le grand prodige qui nous donne le salut, l’union de Dieu avec l’homme par l’action du Saint-Esprit.

Les quatre évangiles donnent une grande importance à la figure de Jean-Baptiste en tant que prophète qui conclut l’Ancien Testament, et inaugure le Nouveau, indiquant en Jésus de Nazareth le Messie, le Consacré du Seigneur.

De fait, Jésus lui-même parlera de Jean en ces termes : « Il est celui dont il est écrit : Voici que moi j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi. En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui » (Mt 11,10-11).

Le père de Jean, Zacharie, mari d’Elisabeth, parente de Marie, était un prêtre du culte juif. Il n’a pas cru tout de suite à l’annonce d’une paternité qu’il n’espérait plus désormais,  et c’est pour cette raison qu’il demeura muet jusqu’au jour de la circoncision de l’enfant auquel lui et sa femme donnèrent le nom indiqué par Dieu, c’est-à-dire « Jean », ce qui signifie : « Le Seigneur fait grâce ». Animé par l’Esprit Saint, Zacharie parla ainsi de la mission de son fils : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés » (Lc 1,76-77).

Tout ceci se manifesta trente ans après, quand Jean se mit à baptiser dans le fleuve du Jourdain, en appelant les gens à se préparer, par ce geste de pénitence, à la venue imminente du Messie que Dieu lui avait rélévée durant son séjour dans le désert de Judée. C’est pourquoi on l’appela « le Baptiste », c’est-à-dire le « Baptiseur » (cf. Mt 3,1-6).

Lorsqu’un jour, de Nazareth, Jésus lui-mêrme vint se faire baptiser, Jean tout d’abord refusa, mais il consentit ensuite, et il vit l’Esprit Saint se poser sur Jésus et il entendit la voix du Père céleste qui l’appelait son Fils (cf. Mt 3,13- 17).

Mais sa mission n’était pas encore achevée : peu après, il lui fut demandé de précéder Jésus aussi dans la mort violente. Jean fut décapité dans la prison du roi Hérode, et il rendit ainsi pleinement témoignage à l’Agneau de Dieu qu’il avait été le premier à connaître et à désigner publiquement.

Chers amis, la Vierge Marie a aidé sa parente âgée, Elisabeth, à porter à son terme sa grossesse de Jean. Qu’elle nous aide tous à suivre Jésus, le Christ, le Fils de Dieu, que le Baptiste a annoncé avec grande humilité et ardeur prophétique.


Paroles de Benoît XVI après l’angélus :

(En italien)

Chers frères et sœurs,

C’est aujourd’hui, en Italie, la Journée de la charité du pape. Je remercie toutes les communautés paroissiales, les familles et chaque fidèle de leur soutien constant et généreux, en faveur de tant de frères en difficulté. A ce propos, je rappelle qu’après demain, s’il plaît à Dieu, je ferai une brève visite dans les régions frappées par le récent  tremblement de terre dans le Nord de l’Italie. Je voudrais que ce soit un signe de la solidarité de toute l’Eglise, et je vous invite donc tous à m’accompagner de votre prière.

(En français)

En ce jour de la fête de la nativité de saint Jean-Baptiste, je suis heureux d’accueillir les pèlerins francophones présents pour la prière de l’Angélus. Saint Jean-Baptiste, le plus grand des enfants des hommes, a su reconnaître le Seigneur. Après avoir baptisé Jésus dans les eaux du Jourdain et l’avoir désigné comme le Messie, il s’est effacé humblement devant lui. Son exemple nous invite à nous convertir, à témoigner du Christ et à l’annoncer à temps et à contretemps, en étant comme lui la voix qui crie dans le désert, et cela jusqu’au don de notre vie. Avec la Vierge Marie sachons rendre grâce à Dieu pour tous ses bienfaits ! Bon dimanche !

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT, Anita Bourdin

Saint Bernard, Sermon pour la nativité de saint Jean Baptiste - Le flambeau avec sa triple chaleur et sa triple lumière.

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

24juin.nativite.jean.ev

 

1. Loin de vos assemblées, mes frères, ces reproches du Prophète aux assemblées des Juifs : « Vos assemblées sont des réunions d'iniquités (Isa. I, 13). » Vos assemblées, en effet, sont, non point des réunions d'iniquité, mais des réunions saintes, des assemblées religieuses, pleines de grâce et dignes de bénédiction. En effet, vous vous réunissez pour entendre la parole de Dieu; vous vous assemblez pour louer Dieu, pour le prier et l'adorer; dans tous les cas, vos réunions sont donc agréables à Dieu, et chères aux anges. Tenez-vous donc avec respect, mes frères, ayez l'esprit attentif et pieux; surtout dans ce lieu de prière, dans cette école du Christ, dans cet auditoire spirituel. Ne faites point attention, mes chers frères, aux choses qui se voient et sont temporelles, mais plutôt à celles qui ne se voient pas et sont éternelles : jugez selon la foi non selon la face des choses. En effet, cet endroit est deux fois terrible et redoutable, il n'est guère moins rempli par les anges que par les hommes. De quelque côté que nous nous tournions ici, on voit la porte du ciel ouverte, et se dresser cette échelle mystérieuse que les anges montent et descendent sur le Fils de l'homme , car ce Fils de l'homme n'est rien moins qu'un vrai géant, il a les cieux pour trône et la terre pour escabeau. Sa grandeur est plus grande que les cieux, et néanmoins il demeure avec nous jusqu'à la consommation des siècles. Aussi, que les saints anges descendent ou montent, c'est toujours vers Dieu, attendu que son corps et sa tète ne font qu'un, qui est le Christ.

2. Toutefois, ce n'est pas où ne se trouvera que la tête que les aigles s'assembleront, mais où se trouvera le corps, bien que le corps et la tête ne puissent se séparer. D'ailleurs, ne dit-il pas lui-même : « En quelque lieu que deux ou trois personnes s'assemblent en mon nom, je me trouverai au milieu d'elles (Matt. XVIII, 20) ? » Mais peut-être, me demanderez-vous où est le Christ? Peut-être, me direz-vous, montrez-nous le Christ et cela nous suffit. Pourquoi promenez-vous autour de vous des regards curieux ? N'est-ce pas plutôt pour entendre que pour voir, que vous vous êtes rassemblés ici ? Le Prophète disait : « Le Seigneur m'a ouvert l'oreille (Isa. L, 5). » S'il m'a ouvert l'oreille, ce n'est que pour que j'entende ce qu'il dit; car il ne m'a point ouvert les yeux pour que je contemple sa face. Mais, que dis-je, c'est son oreille qu'il ,m'a ouverte, non point sa face qu'il m'a découverte. Il est la, caché derrière la muraille, debout, il entend et il se fait entendre ; mais il ne se montre pas encore. Oui, il entend ceux qui le prient, et il instruit ceux qui l'écoutent. Est-ce que vous voulez éprouver celui qui parle en moi, le Christ (II Cor. XIII, 3) ? C'est moi, dit-il, qui parle de justice. Et pourquoi ne se servirait-il point de la bouche que lui-même a formée ? Qui donc empêche l'artisan de faire usage comme il lui plaît de son propre instrument? Seigneur, je vous prie d'ouvrir non-seulement les oreilles de ceux qui m'écoutent, mais aussi mes lèvres, car vous savez que je ne les détournerai point de votre service. Vous faites bien tout ce que vous faites; or, vous faites entendre les sourds et parler les muets.

3. Écoutez donc, mes frères, ce qu'il nous dit de saint Jean, dont nous célébrons aujourd'hui la nativité. «C'est, dit-il, une lampe ardente et luisante (Joan. V, 35.) » Voilà, mes frères, un grand témoignage, grand à cause de celui à qui il est rendu, mais bien plus grand encore à cause de celui qui le rend. « Il était donc, selon lui, une lampe ardente et luisante. » Luire seulement, c'est quelque chose de vain; ne faire que brûler, c'est peu; mais luire et brûler en même temps, c'est la perfection. Ecoutez encore un trait de la sainte Ecriture : « Le sage est stable comme le soleil, pour l'insensé il change comme la lune (Eccl. XXVII, 12). » Comme la lune a l'éclat sans la chaleur, elle parait tantôt pleine, tantôt petite. et tantôt nulle; sa lumière n'étant qu'une lumière d'emprunt ne reste jamais dans le même état, mais elle croît, décroît, s'affaiblit, se réduit presque à rien, et même ne paraît plus du tout. Ainsi en est-il des personnes qui placent leur conscience sur les lèvres des autres, ils sont tantôt grands, tantôt petits, tantôt nuls même, selon qu'il plaît à la langue de leurs flatteurs de les louer ou de les blâmer. Au contraire, l'éclat du soleil est de feu, et plus il brûle, plus il brille. Voilà comment brille au-dehors la chaleur intérieure du sage, et s'il ne lui est pas donné de briller et de brûler en même temps, il aime mieux brûler pour que son Père qui voit au dedans, le lui rende. Malheur à nous, si nous nous contentons du don des larmes; nous brillerons, il est vrai, et nous serons vantés par les hommes, mais c'est pour moi la moindre des choses que le jugement des hommes. Je n'ai qu'un juge, le Seigneur; or, il exige de tous qu'ils brûlent, non point qu'ils brillent. Il dit, en effet : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je sinon qu'il s'allume (Luc. XII, 49) ? » C'est donc le précepte général, voilà ce qu'on demande à tous, et, s'il arrive qu'on manque en ce point, il n'y a pas d'excuse à faire valoir.

4. Au reste, c'est tout particulièrement aux apôtres et aux hommes apostoliques qu'il est dit : « Que votre lumière luise devant les hommes (Matt. V, 16), » parce qu'ils étaient allumés, fortement allumés mène, et n'avaient à craindre ni le souille, ni les coups même du vent. La même chose a été dite à Jean; mais, pour les apôtres, ces mots leur furent dits à l'oreille, tandis que pour saint Jean, il les entendit en esprit, comme un ange. Il se trouvait, en effet, d'autant plus près de Dieu, que la voix est plus près du Verbe à qui il n'est pas nécessaire qu'une voix humaine fasse connaître ce qui se passe dans le fond du tueur de l'homme. Ce n'est point par la prédication, mais par l’inspiration que fut instruit saint Jean; car le Saint-Esprit le remplit dès le sein de sa mère. En vérité, il fallait qu'il fût bien brûlant et bien . allumé celui qui se trouva animé par une flamme céleste, au point de sentir la présence du Christ, alors qu'il ne pouvait pas se sentir lui-même. Ce feu nouveau qui venait de descendre du ciel, était entre dans les oreilles de la Vierge en passant par les lèvres de Gabriel, et passa ensuite par celles de sa mère virginale pour entrer dans les oreilles de Jean encore au sein maternel, en sorte que à partir de ce moment le Saint-Esprit remplit ce vase d'élection et prépara cette lampe à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne fut donc dès lors une lampe ardente; mais il demeura placé sous le boisseau jusqu'au jour où il fut mis surie chandelier, pour éclairer tous ceux qui étaient dans la maison de Dieu. En effet, il ne peut alors éclairer que le boisseau sous lequel il se trouvait placé, il ne luisait que pour sa mère à qui il révéla un grand mystère de charité par le seul tressaillement de son allégresse. « D'où me vient ce bonheur, s'écrie-t-elle, que la mère de mon Seigneur me visite (Luc, I, 43). » O femme sainte, qui donc vous a appris que je suis la mère de Notre-Seigneur? Comment me connaissez-vous sous ce titre? C'est que, répondit-elle, « votre voix n'a pas eu plutôt frappé mes oreilles, quand vous m'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein (Ibid. 44). »

5. Il éclaira donc dès ce moment le boisseau sous lequel il était caché, lui à qui n'était point cachée la lampe ardente encore placée aussi sous le boisseau, mais qui devait bientôt jeter sur le monde entier un éclat nouveau. «C'était, dit le Seigneur, une lampe ardente et luisante (Joan. V, 35). » Il ne dit pas :  c'était une lampe luisante et ardente, car la lumière en saint Jean procédait de la chaleur, non point la chaleur de la lumière. Il y en a, en effet, qui ne brillent pas parce qu'ils brûlent, mais qui brûlent au contraire afin de briller; ceux-là ne brûlent point au souffle de la charité, ils brûlent des feux de la vanité. Voulez-vous que je vous dise comment saint Jean a brûlé et a lui ? Eh bien ! je vous dirai qu'il me semble qu'on peut trouver en lui un triple feu et une triple lumière. Ainsi, il était consumé intérieurement par la grande austérité de sa vie, par son dévouement caché mais ardent à Jésus-Christ, et enfin par les ardeurs infatigables de ses libres reproches. Mais il ne brilla pas moins qu'il ne brûla, pour le dire en trois mots, par l'exemple, par l'index, et par la parole, en se montrant lui-même comme un exemple à suivre, en montrant du doigt, pour la rémission des péchés, l'astre plus grand que lui qui était encore caché, et enfin, en jetant un rayon de lumière dans nos ténèbres . selon ce mot de l’Ecriture : « Puisque c'est vous, Seigneur, qui allumez ma lampe , éclairez mes ténèbres, ô mon Dieu (Psal. XVII, 29), pour me corriger.

` 6. Considérez donc, mon frère, cet homme promis par un ange, conçu par miracle, sanctifié dans le sein de sa mère, et soyez étonné de trouver dans cet homme si nouveau, la ferveur toute nouvelle aussi de la pénitence. « Si nous avons le vivre et le vêtement, dit l'Apôtre, sachons nous en contenter (I Tim. VI, 8). » C'est là la perfection pour un apôtre. Mais saint Jean a dédaigné cela. En effet, écoutez comment le Seigneur en parle dans son Évangile : « Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant (Matt. XI, 18), » on pourrait même presque dire aussi, ni se vêtant point. On ne peut pas donner le nom d'aliment à des sauterelles, ce n'en est un tout au plus que pour quelques animaux sans raison, de même qu'on ne peut guère voir un vêtement humain dans un tissu en poil de chameau (Luc. VII, 27). Pourquoi t'es-tu dégarni de ton poil, hôte du désert, et pourquoi n'as-tu pas plutôt laissé là ta bosse ? Et vous, animaux sans raison, qui habitez la forêt; vous, reptiles du désert, vous recherchez des mets délicats? Jean, cet homme saint, envoyé de Dieu, que dis-je, cet ange même de Dieu, selon que le Père a nommé quand il a dit: « Voici que j'envoie mon ange devant vous, » ce Jean-Baptiste, dis-je, dont pas un homme né de la femme n'a égalé la grandeur, châtie sa chair si parfaitement innocente, l'exténue et afflige, comme nous avons vu qu'il le faisait; et vous, vous soupirez après des vêtements de lin et de pourpre, vous recherchez les repas somptueux ! Hélas ! c'est presque à cela que se réduit toute la solennité de la fête de ce jour, c'est tout le culte que nous rendons à saint Jean-Baptiste; la joie qui, selon la prédiction de l'ange, devait accueillir sa naissance, se résume à ces pratiques? De qui donc célébrez-vous mémoire par ces délicatesses? De qui fêtez-vous la naissance? N'est-ce pas d'un homme qu'on a vu au désert, vêtu de poil de chameau, hâve de faim ? Qui donc êtes-vous allés voir au désert, fils de Babylone? était-ce un roseau que le vent agite? ou quoi encore? Un homme vêtu avec mollesse? nourri délicatement? Car votre solennité n'est guère autre chose que cela, vous ne recherchez que le souffle de la faveur populaire, que le luxe des habits, que les délices de la table. Mais quels rapports y a-t-il entre toutes ces choses et saint Jean? Car jamais il n'a rien fait de pareil et rien de semblable n'a jamais pu lui plaire.

7. « Beaucoup, dit l'Ange, se réjouiront à sa naissance (Luc. I, 14). » Et beaucoup , en effet, se réjouissent ce jour-là; on dit même que les païens en font aussi une fête joyeuse. Il est vrai qu'ils célèbrent ce qu'ils ne connaissent point; il n'en devrait pas être ainsi du chrétien. Mais enfin, les chrétiens en font une réjouissance, plût au ciel qu'ils se réjouissent de sa naissance, non point de la vanité. Or, qu'y a-t-il sous le soleil, sinon la vanité des vanités? Et qu'est-ce que l'homme retire de plus que cela de toutes les peines qu'il se donne sous le soleil? Or, mes frères, se trouve sous le soleil tout ce qui peut être éclairé de sa lumière matérielle. Qu'est-ce que tout cela, sinon une vapeur légère qui ne paraît que pour un moment (Jac. IV, 15) ? Qu'est-ce encore, autre chose que de l'herbe et la fleur de l'herbe des champs ? « Toute chair, dit le Seigneur, n'est que de l'herbe, et toute sa gloire est comme la fleur des champs; l'herbe s'est desséchée, et la fleur est tombée; mais la parole du Seigneur demeure éternellement (Isa. XL, 6). » C'est, donc sous cette parole que nous devons travailler, mes frères, si nous voulons vivre et être heureux à jamais. Acquérons par nos travaux, non la nourriture qui périt, mais une nourriture qui dure jusqu'à la vie éternelle. Quelle est-elle, cette nourriture-là? « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Deut. VIII, 3, Mati. IV, 4 et Luc. IV, 4). » Semons donc dans cette parole, mes frères bien-aimés, semons en esprit, car celui qui sème dans la chair ne moissonne que la corruption. Que notre, joie soit tout intérieure, qu'elle ne paraisse point au soleil; au contraire, selon la recommandation de l'Apôtre « paraissons tristes ( II Cor. VI, 10), » c'est-à-dire, soyons humbles et graves, « mais réjouissons-nous toujours, » à cause de la consolation intérieure. Réjouissons-nous donc, mes frères, à la naissance de saint Jean, mais que notre joie ait sa source dans cette naissance.

8. Il y a, en effet, pour nous, dans le souvenir de cette naissance, de nombreux sujets de joie, une ample matière à allégresse. Il était lampe ardente et luisante, et les Juifs ont voulu se réjouir à son éclat. Mais lui aimait mieux se réjouir dans la chaleur de la dévotion, à la voix de l'Époux qu'il entendait comme ami de l'Époux. Pour nous, il faut nous réjouir de l'une et de l'autre, en même temps, nous réjouir de l'une pour lui, et de l'autre pour nous, car s'il était brûlait c'était pour lui, tandis qu'il n'a lui que pour nous. Réjouissons-nous donc de sa ferveur pour l'imiter, réjouissons-nous aussi de sa lumière, mais pour voir en elle une autre lumière, la vraie lumière qui n' est pas lui, mais qui est Celui à qui il a rendu témoignage. Le Seigneur a dit: « Jean est venu ne mangeant, ni ne buvant (Matt. XI, 18). » Voilà de quoi allumer la ferveur en moi, et y faire, naître l'humilité. Qui d'entre-nous, mes frères, en voyant la pénitence de Jean, osera, je ne dis pas exalter la sienne, mais seulement la compter pour quelque chose? Qui se permettra de murmurer dans ses peines, et s'écrier assez, trop de souffrances? Quels homicides, quels sacrilèges, quels crimes enfin, saint Jean. punissait-il par là en lui? Que cette vue nous enflamme pour la pénitence, mes frères; interrogeons nos consciences, excitons-nous à tirer vengeance de nous, pour échapper au terrible jugement du Dieu vivant. Que l'humilité d'une confession sincère supplée à la ferveur qui nous manque. Dieu est fidèle, et, si nous confessons nos iniquités, si nous exposons nos misères sous ses yeux, si nous n'excusons pas nos faiblesses, il nous remettra nos péchés.

9. Après cela considérez la chaleur de Jean-Baptiste contre les fautes du prochain. L'ordre que la raison et les convenances prescrivent de suivre est, en effet, que nous commencions par songer à nous. Le Psalmiste a dit : « Purifiez-moi, Seigneur, de mes fautes cachées, et préservez votre serviteur dés fautes d'autrui (Psal. XVIII, 13). — Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui va fondre sur vous (Luc. m, 7) ? » De quel brasier ardent peuvent s'élancer de semblables étincelles, disons mieux, ces charbons incendiaires? Une autre fois encore, s'adressant aux Pharisiens qu'il n'épargne guère, il s'écrie : « N'allez pas dire : nous avons Abraham pour père; car je vous déclare que Dieu peut faire naître des enfants à Abraham de ces pierres mêmes (Luc. III, 8). » Mais qu'est-ce que cela, si on le voit ensuite trembler en présence des puissants, faire preuve d'une moins grande indépendance d'esprit pour reprendre les désordres d'un roi orgueilleux et cruel; si le zèle véhément et sacré qui le fait sortir du désert pour remplir ce ministère, vient expirer au pied de royales déférences, on dans la crainte de la mort? « Hérode, nous dit l'Évangéliste, qui craignait Jean, se réglait, en beaucoup de choses, sur ses conseils, et l’écoutait volontiers (Marc. VI, 20). » Mais lui, ne perdant rien de son zèle pour cela, disait : « Il ne vous est pas permis d'avoir cette femme ( Matt. XIV, 4).» Chargé de chaînes et jeté au fond d'un cachot, il ne tient pas moins fermement pour la vérité, et a même le bonheur de mourir pour elle. Puisse ce zèle brûler en nous, mes frères, puisse cet amour de la justice, cette haine du mal, s'y trouver également allumés. Que personne parmi nous, mes frères, ne flatte le péché, que nul ne esse comme s'il ne voyait point le mal. Non, ne disons point : Est-ce que je suis le gardien de mon frère; non, que nul d'entre-nous ne demeure indifférent quand il voit l'ordre périr et la discipline tomber. Garder le silence quand on peut protester, c'est conniver ; or nous savons que ceux qui consentent au mal subiront le même châtiment que ceux qui le font.

10. Et maintenant, que dirai-je de l'humble et fervent amour de Jean Baptiste pour Dieu? N'est-ce pas ce qui l'a fait tressaillir de joie dans le sein maternel (Luc. I, 44), se récrier de surprise quand Jésus vint à lui pour recevoir son baptême (Matt. III, 14), déclarer hautement qu'il n'était pas digne, non pas seulement de porter le Christ, mais même de dénouer les cordons de ses souliers (Marc. I, 7), se réjouir en ami à la voix de l'Époux (Luc. I, 44), proclamer qu'il avait reçu grâce pour grâce (Joan. III, 34) , et crier à tous qu'il n'a point reçu l'Esprit-Saint avec mesure, mais avec une telle plénitude, que c'est de lui que nous le recevons (Ibidem). « O mon âme, est-ce que tu ne te soumettras point à Dieu (Psal. LXI, 1) ? » Mais je ne saurais être une lampe brûlante, si je n'aime le Seigneur mon Dieu de tout mon coeur, de toute mon âme, et de toutes mes forces, car il n'y a que la charité qui soit le feu du salut, il n'y a qu'elle qui répande et qui allume dans nos âmes le Saint-Esprit qu'il nous est défendu d'éteindre (I Thess. V, 19). Vous avez vu de quelle ardeur était consumé Jean Baptiste, et vous avez pu remarquer avec un peu d'attention comment aussi il a brillé : vous n'auriez pu d'ailleurs connaître le feu qui le consume, si vous n'aviez aperçu sa lumière.

11. Il a donc éclairé, comme je l'ai dit plus haut, de l'exemple, de l'index et de la parole, car il s'est lui-même montré à nous par ses oeuvres, il nous a montré le Christ du doigt, et enfin il nous a montré nous-mêmes à nous par ses discours. « Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, disait Zacharie, son père, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la science du salut (Luc. I, 76). » Pour donner, dit-il, non le salut, car il n'est pas la lumière, mais « la science du salut pour la rémission des péchés. » Le sage peut-il ne pas faire un grand cas de la science du salut? Supposons que Jean n'est pas encore venu, qu'il ne nous a pas encore montré le Christ, où irons-nous chercher le salut? Mon péché est trop grand pour être effacé par le sang des veaux et des boucs, et d'ailleurs, le Très-Haut ne se complaît point dans les holocaustes. Ma mémoire est infestée de la lie de cette huile, il n'y a point de grattoir qui puisse enlever la tache dont est souillé mon parchemin, elle l'a pénétré dans toute son épaisseur. Si je perds mon péché de vue, je suis un insensé et un ingrat, et si je l'ai devant les yeux, il est pour moi un reproche éternel. Que ferai-je donc? J'irai à Jean, j'entendrai sa voix pleine d'allégresse, ses paroles de miséricorde, ses discours de grâce, ses mots de rémission et de paix. « Voici, dit-il, voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde (Joan. I, 29). » Et ailleurs : « Celui qui a l'épouse est l'époux (Joan., III, 29). » Il nous montre donc que Dieu est venu, que l'Époux, que l'Agneau est venu. Puisqu'il est Dieu, il est sûr qu'il peut remettre les péchés; mais le veut-il? Là est la question. Oui, il le veut, car il est l'Époux, et il est aimable. Or Jean est l'ami de l'Époux, l'Époux né peut avoir que des amis. Mais quoiqu'il veuille avoir une Épouse sans tache ni rides, ni rien de tel, il n'en cherche pourtant point une pareille : où la pourrait-il trouver en effet? mais il s'en fait une qu'il se met lui-même devant les yeux. Entendez-le dire, en effet, par la bouche d'un prophète : « On dit ordinairement : si une femme passe la nuit dans le lit d'un autre homme que le sien, retourne-t-elle ensuite à son premier mari! Eh bien, quoique vous vous soyez livrée à tous vos amants, revenez à moi, et je vous accueillerai (Jerem. III, 1). » Voilà ce qu'il peut, voilà ce qu'il veut faire.

12. Mais vous, peut-être avez-vous peur de cette purification même qu'il vient faire de vos souillures; peut-être craignez-vous qu'il ne porte le fer et le feu jusqu'aux os, jusqu'à la moëlle même des os, et qu'il ne vous fasse endurer des souffrances pires que la mort même. Ecoutez : C'est un Agneau, il vient plein de douceur, avec la laine et le lait, il lui suffit d'un mot pour justifier l'impie. « Or, dit le Comique, quoi de plus facile qu'un mot à dire ? » Dites seulement un mot, lui dit-on un jour, et mon serviteur sera guéri (Matt. VIII, 8). D'où vient donc à présent notre hésitation, mes frères, et pourquoi ne nous approchons-nous point en toute confiance du trône de la gloire ? Rendons grâces à Jean, et par lui, allons à Jésus-Christ, car, comme il l'a dit lui-même : « Il faut qu'il croisse à présent, et moi que je diminue (Joan. III, 30). » En quoi diminuerai je ? En éclat, non en ferveur. Il a retiré ses rayons, il est rentré en lui-même, pour ne point ressembler à un homme qui est tout au dehors. « Il faut qu'il croisse, » dit-il; il ne saurait s'épuiser, et nous recevons tout en sa plénitude; mais il faut que je diminue, car je n'ai reçu l'esprit qu'avec mesure, et ce que j'ai à faire, c'est plutôt de brûler que de luire. Je devançais le soleil comme l'astre matinal, maintenant que le soleil est levé, je n'ai plus qu'à disparaître. C'est à peine s'il me reste encore quelques gouttes d'huile pour m'en oindre le corps, j'aime bien mieux la conserver en sûreté dans un vase, que de l'exposer dans ma lampe.

 

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Lectures pour la Solennité de la Nativité de saint Jean Baptiste

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

Messe de la veille au soir

1ère lecture : La vocation du prophète (Jr 1, 4-10)

Lecture du livre de Jérémie

Le Seigneur m'adressa la parole et me dit :
« Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les peuples. »
Et je dis : « Oh ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je ne suis qu'un enfant ! »
Le Seigneur reprit : « Ne dis pas : 'Je ne suis qu'un enfant ! 'Tu iras vers tous ceux à qui je t'enverrai, tu diras tout ce que je t'ordonnerai. Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer, déclare le Seigneur. »
Puis le Seigneur étendit la main, il me toucha la bouche et me dit : « Ainsi, je mets dans ta bouche mes paroles ! Sache que je te donne aujourd'hui autorité sur les peuples et les royaumes, pour arracher et abattre, pour démolir et détruire, pour bâtir et planter. »

Psaume :  Ps 70, 5-6ab, 7-8, 15ab.17, 19.6c

R/ Avant que mes yeux ne voient la lumière, déjà tu veillais sur moi.


Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance,
mon appui dès ma jeunesse.
Toi, mon soutien dès avant ma naissance,
tu m'as choisi dès le ventre de ma mère.

Pour beaucoup, je fus comme un prodige ;
tu as été mon secours et ma force.
Je n'avais que ta louange à la bouche,
tout le jour, ta splendeur.

Ma bouche annonce tout le jour
tes actes de justice et de salut.
Mon Dieu, tu m'as instruit dès ma jeunesse,
jusqu'à présent, j'ai proclamé tes merveilles.

Si haute est ta justice, mon Dieu,
toi qui as fait de grandes choses :
Dieu, qui donc est comme toi ?
Tu seras ma louange toujours !

2ème lecture : L'attente des prophètes (1 P 1, 8-12a)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, 
vous aimez Jésus Christ sans l'avoir vu, vous croyez en lui sans le voir encore ; et vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure,
 car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi.
Sur ce salut, les prophètes ont réfléchi et médité, et ils ont annoncé la grâce que vous deviez recevoir.
Ils cherchaient à savoir de quels temps et de quelles circonstances voulait parler l'Esprit du Christ présent en eux, quand il prédisait les souffrances du Messie et la gloire qui suivrait sa Passion.
Dieu leur révéla que l'accomplissement de leurs prophéties n'était pas pour leur temps, mais pour le vôtre. Et maintenant, cet accomplissement vous a été proclamé par ceux qui vous ont apporté l'Évangile sous l'action de l'Esprit Saint envoyé du ciel.

Evangile : Annonce de la naissance de Jean Baptiste (Lc 1, 5-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jean sera plus qu'un prophète : il portera témoignage à la lumière, il préparera au Seigneur un peuple pour l'accueillir. Alléluia. (cf. Jn 1, 7 ; Lc 1, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Il y avait, au temps d'Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, du groupe d'Abia. Sa femme aussi était descendante d'Aaron ; elle s'appelait Élisabeth.
Tous les deux vivaient comme des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur d'une manière irréprochable.  Ils n'avaient pas d'enfant, car Élisabeth était stérile, et tous deux étaient âgés. 

Or, tandis que Zacharie, au jour fixé pour les prêtres de son groupe, assurait le service du culte devant Dieu, il fut désigné par le sort, suivant l'usage liturgique, pour aller offrir l'encens dans le sanctuaire du Seigneur. Toute l'assemblée du peuple se tenait dehors en prière à l'heure de l'offrande de l'encens.
L'ange du Seigneur lui apparut debout à droite de l'autel de l'encens.
En le voyant, Zacharie fut bouleversé et saisi de crainte.
L'ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été entendue : ta femme Élisabeth te donnera un fils, et tu le nommeras Jean. Tu seras dans la joie et l'allégresse, beaucoup d'hommes se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boissons fermentées, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès avant sa naissance ; il fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu, il marchera devant le Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, convertir les rebelles à la sagesse des hommes droits, et préparer au Seigneur un peuple capable de l'accueillir. »

Messe du jour

1ère lecture : Le prophète bien-aimé du Seigneur (Is 49, 1-6)

 

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Lecture du livre d'Isaïe

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J'étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m'a appelé ; j'étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m'a protégé par l'ombre de sa main ; il a fait de moi sa flèche préférée, il m'a serré dans son carquois. 
Il m'a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai. » 
Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c'est pour le néant, c'est en pure perte que j'ai usé mes forces. » 
Et pourtant, mon droit subsistait aux yeux du Seigneur, ma récompense auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m'a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur, c'est mon Dieu qui est ma force. 
Il parle ainsi : « C'est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d'Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre. »

Psaume :  138, 1-2.3b, 13-14b, 14c-15b

R/ Je te rends grâce, ô mon Dieu, pour tant de merveilles


Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! 
Tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; 
de très loin, tu pénètres mes pensées. 
tous mes chemins te sont familiers. 

C'est toi qui as créé mes reins, 
qui m'as tissé dans le sein de ma mère. 
Je reconnais devant toi le prodige, 
l'être étonnant que je suis. 

Étonnantes sont tes œuvres 
toute mon âme le sait. 
Mes os n'étaient pas cachés pour toi 
quand j'étais façonné dans le secret.

2ème lecture : Jean Baptiste a préparé la venue de Jésus (Ac 13, 22-26)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, Paul disait aux Juifs : « Dieu a suscité David pour le faire roi, et il lui a rendu ce témoignage ; J’ai trouvé David, fils de Jessé, c’est un homme selon mon cœur ; il accomplira toutes mes volontés. Et, comme il l'avait promis, Dieu a fait sortir de sa descendance un sauveur pour Israël : c'est Jésus, dont Jean Baptiste a préparé la venue en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d'Israël. Au moment d'achever sa route, Jean disait : 'Celui auquel vous pensez, ce n'est pas moi. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de lui défaire ses sandales.' Fils de la race d'Abraham, et vous qui adorez notre Dieu, frères, c'est à nous tous que ce message de salut a été envoyé. »

Evangile : La naissance de Jean Baptiste (Lc 1, 57-66.80)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Réjouissons-nous de la naissance de Jean : il sera le prophète du Très-Haut, il marchera devant le Seigneur pour lui préparer le chemin. Alléluia. (cf. Lc 1, 76)

 

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand arriva le moment où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle.
Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l'enfant. Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara : « Non, il s'appellera Jean. » On lui répondit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »
On demandait par signes au père comment il voulait l'appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Son nom est Jean. » Et tout le monde en fut étonné. À l'instant même, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors les gens du voisinage, et dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements.
Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.
L'enfant grandit et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu'au jour où il devait être manifesté à Israël.
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

Découverte d'homélies inédites d'Origène à la Staatsbibliothek de Munich

dominicanus #Évènements

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© Bayerische Staatsbibliothek 

 

ROME, jeudi 21 juin 2012 (ZENIT.org) – Une philologue italienne a découvert des sermons inédits d'Origène, en Bavière, dans la bibliothèque de Munich, la Bayerische Staatsbibliothek, qui a annoncé la nouvele mardi dernier, 19 juin. Un événement salué par L'Osservatore Romano.

Le 5 Avril, Marina Molin Pradel, qui étudiait un manuscrit byzantin du XIs., le Greco Monacense 314, a constaté que des homélies qu'il contenait sur les psaumes étaient semblables à celles d'Origène, qui a vécu de 185 à 232.

Après une étude plus approfondie de ces documents, elle en est arrivée à la conclusion que l'ensemble des 29 homélies contenues dans le manuscrit, à ce jour inédites, étaient d'Origène.

Dans la première moitié du IIIe s., Origène a notamment commenté le Psautier et son oeuvre a eu un impact important sur ​​l'exégèse biblique.

Les homélies ne portent pas de nom d'auteur, peut-être en raison de la condamnation des erreurs de quelques-uns des disciples d'Origène lors du Concile de Constantinople en 553.

La découverte de ces manuscrits perdus est d'une grande importance étant donné que la plupart des écrits d'Origène, surtout les écrits exégétiques, ont été perdus à la suite de cette condamnation.

Ses écrits sur l'interprétation des psaumes, que ce soit dans les homélies ou dans les commentaires, à l'exception de quelques homélies traduites en latin, avaient été perdus alors qu'à son époque, ces textes étient considérés comme son oeuvre majeure. Avec la redécouverte des manuscrits cette perte est en partie réparée.

Origène a eu une influence importante sur la littérature chrétienne dans le monde antique, tant en Orient qu'en Occident.

En 2007, dans le cadre d'une série de discours sur les Pères de l'Eglise, Benoît XVI a parlé d'Origène dans deux de ses audiences du mercredi. La découverte de ce manuscrit d'Origène a eu lieu précisément dans la région natale de Benoît XVI.

Traduction d'Hélène Ginabat

Présentation de l'Année de la Foi par Mgr Fisichella - Faire du Credo la prière quotidienne

dominicanus #Porta fidei

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ROME, jeudi 21 juin 2012 (ZENIT.org) – « L’un des objectifs de l’Année de la foi est de faire du Credo la prière quotidienne, apprise par cœur, comme c’était l’habitude des premiers siècles chrétiens », a explique ce matin Mgr Fisichella.

Voici le texte intégral – dans notre traduction rapide, de travail -, de l’intervention de Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, à l’occasion de la présentation de l’Année de la foi, à Rome, ce jeudi matin, 21 juin 2012.

 


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Intervention de Mgr Fisichella :

Dans sa lettre apostolique Porta fidei, Benoît XVI a écrit: “Depuis le commencement de mon ministère comme Successeur de Pierre, j’ai rappelé l’exigence de redécouvrir le chemin de la foi pour mettre en lumière de façon toujours plus évidente la joie et l’enthousiasme renouvelé de la rencontre avec le Christ » (n. 2). A la lumière de cette pensée, il a promulgué l’Année de la foiqui commencera avec l’heureuse coïncidence de deux anniversaires : le 50e anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II (1962), et le 20e anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique (1992).

Un remerciement sincère parvient au Saint-Père de l’Eglise tout entière parce qu’il a voulu cetteAnnée-làL’attente est grande, et aussi le désir et la volonté d’y répondre pleinement et de façon cohérente. Ce remerciement va aussi au Pape Benoît XVI parce qu’il a voulu accompagner cette Année de sa présence et de son enseignement. Nous lui sommes déjà reconnaissants d’avoir décidé de consacrer ses catéchèses du mercredi au thème de la foi. Ce sera un autre instrument précieux pour pouvoir rendre raison de la foi, avec le soutien de sa parole et de son exemple.

Avant tout, l’Année de la foi entend soutenir la foi de tant de croyants qui, dans la fatigue quotidienne, ne cessent de confier leur existence au Seigneur Jésus avec conviction et avec courage. Leur témoignage, qui n’attire pas l’attention des hommes, mais est précieux aux yeux du Très-Haut, est ce qui permet à l’Eglise de se présenter au monde d’aujourd’hui, comme par le passé, avec la force de la foi et l’enthousiasme des simples. Cependant, cette Année s’insère dans un contexte plus ample marqué par une crise généralisée qui implique aussi la foi. Soumis depuis des décennies aux assauts d’une sécularisation - qui, au nom de l’autonomie individuelle, réclamait l’indépendance de toute autorité révélée et faisait sien ce programme de « vivre dans le monde comme si Dieu n’existait pas » -, notre contemporain se retrouve souvent à ne plus savoir se situer. La crise de la foi est l’expression dramatique d’une crise anthropologique qui a livré l’homme à lui-même ; c’est pour cela qu’il se retrouve aujourd’hui dans la confusion, la solitude, en proie à des forces dont il ne connaît pas même le visage, et sans un but vers lequel diriger son existence. Il est nécessaire de dépasser la pauvreté spirituelle dans laquelle se retrouvent beaucoup de nos contemporains, qui ne perçoivent plus l’absence de Dieu de leur vie comme une absence à combler. L’Année de la foi entend donc être un parcours que la communauté chrétienne offre aux nombreuses personnes vivant avec la nostalgie de Dieu, et le désir de le rencontrer à nouveau. Il est par conséquent nécessaire que les croyants perçoivent leur responsabilité d’offrir la compagnie de la foi, de se faire proches de ceux qui nous demandent raison de notre foi.

Dans Porta fidei, le Pape a indiqué les objectifs vers lesquels diriger l’engagement de l’Eglise. Il a écrit : « Nous désirons que cette Année suscite en chaque croyant l’aspiration à confesser la foi en plénitude et avec une conviction renouvelée, avec confiance et espérance. Ce sera aussi une occasion propice pour intensifier la célébration de la foi dans la liturgie, et en particulier dans l’Eucharistie (…). En même temps, nous souhaitons que le témoignage de vie des croyants grandisse en crédibilité. Redécouvrir les contenus de la foi professée, célébrée, vécue et priée, et réfléchir sur l’acte lui-même par lequel on croit, est un engagement que chaque croyant doit faire sien » (Pf 9).

C’est un programme exigeant qui engage la vie quotidienne de chaque croyant, et la pastorale ordinaire de la communauté chrétienne, qui doit retrouver l’esprit missionnaire authentique nécessaire pour donner vie à la nouvelle évangélisation. A ce sujet, je suis content de pouvoir annoncer que la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a approuvé le rituel d’une sainte messe spéciale « Pour la Nouvelle évangélisation ». C’est un signe clair afin que cette Année et à la veille du synode pour la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi, on donne le primat à la prière et spécialement à la sainte eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne.

En même temps que ce parcours quotidien, la Note à caractère pastoral que la Congrégation pour la doctrine de la foi a publiée le 6 janvier dernier propose différentes initiatives concrètes qui peuvent trouver un écho au niveau des Conférences épiscopales, des diocèses, des paroisses, des associations et des mouvements. Comme on le sait, le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation s’est vu confier la tâche de proposer, d’animer, de coordonner des événements à caractère universel. Je vais donc maintenant vous présenter quelques initiatives qui ont été approuvées et qui constitueront des moments caractéristiques du déroulement de l’Année de la foi.

1. On a, tout d’abord, préparé le logo qui marquera tous les événements de cette Année. Il représente une barque, image de l’Eglise, qui navigue sur les flots. Son mât est une croix sur laquelle on hisse les voiles, signes dynamiques qui forment le trigramme du Christ - IHS -. Sur le fond des voiles est représenté le soleil lequel, associé au trigramme, renvoie à l’eucharistie.

2. A partir de maintenant, le site, entre en fonction : il est disponible en version multilingue et directement à l’adresse http://www.annusfidei.va . Le site a été projeté de façon innovante et l’on peut le consulter depuis tous les supports mobiles et les tablettes, grâce à un choix de composantes et de technologies de nouvelle conception. Il offre donc la possibilité de connaître tous les rendez-vous prévus avec le Saint-Père et les événements de plus grande importance des Conférences épiscopales, des diocèses, des mouvements, et des associations. Il est à partir d’aujourd’hui en italien et en anglais, mais ces prochains jours, viendront s’ajouter les éditions en espagnol, français, allemand et polonais.

3. L’hymne officiel de l’Année de la foi est également prêt. Son refrain est : « Credo, Domine, adauge nobis fidem », une invocation du Seigneur pour qu’il augmente en nous la foi, toujours si faible et ayant besoin de sa grâce. 

4. Le Livret pastoralVivre l’Année de la foi, sera publié en différentes langues début septembre : il a été préparé pour accompagner avant tout la communauté paroissiale et ceux qui voudront entrer dans l’intelligence des contenus du Credo.

5. Une petite image du Christ de la cathédrale de Cefalu (ville italienne située dans la province de Palerme en Sicile, ndlr) accompagnera les pèlerins et les croyants des différentes régions du monde. Au dos se trouve la Profession de foi. Un des objectifs de l’Année de la foi est en effet de faire du Credo la prière quotidienne, apprise par cœur, comme c’était l’habitude des premiers siècles chrétiens. C’est ce que dit saint Augustin : « Recevez la formule de la foi qu’on appelleSymbole. Et quand vous l’aurez reçu, imprimez-le dans votre cœur, et répétez-le chaque jour intérieurement. Avant de dormir, avant de sortir, munissez-vous de votre Symbole. Personne n’écrit le Symbole pour qu’il soit lu, mais pour qu’il soit médité ».

6. En ce qui concerne le calendrier des événements, nous ne nous référons ici qu’aux événements à caractère universel en présence du Saint-Père et célébrés à Rome.

* L’ouverture solennelle de l’Année de la foi aura lieu place Saint-Pierre, le jeudi 11 octobre 2012, pour le 50e anniversaire du début du concile Vatican II. La célébration eucharistique solennelle sera concélébrée par tous les pères du synode, par les président des Conférences épiscopales du monde, et par les pères conciliaires encore vivants qui pourront venir.

* Le premier événement de l’Année sera, le dimanche 21 octobre, la canonisation de 6 martyrs et confesseurs de la foi. Le signe est éloquent. Dans le sillage de ce qui est écrit dans Porta fidei : « Par la foi, au cours des siècles, des hommes et des femmes de tous les âges, dont le nom est inscrit au Livre de vie, ont confessé la beauté de suivre le Seigneur Jésus là où ils étaient appelés à donner le témoignage de leur être chrétiens » (Pf 13). Seront canonisés: Jacques Berthieu,  prêtre, jésuite, martyr, missionnaire à Madagascar (1896) ; Pierre Calungsod, laïc, catéchiste, martyr aux Philippines (1672) ; Jean-Baptiste Piamarta, prêtre, témoin de la foi par l’éducation de la jeunesse (1913) ; Mère Marianne (Barbara Copé), témoin de la foi dans une léproserie à Molokai (1918); Marie du Mont Carmel, religieuse en Espagne (1911); Catherine Tekakwitha, laïque indienne (d’Amérique du Nord, ndlr) venue à la foi catholique (1680); et Anna Schäfer, laïque bavaroise, témoin de l’amour du Christ de son lit de souffrances (1925). Nous pourrons donc réfléchir et prier à partir de ces témoins - et de l’héroïsme de leur vie -, proposés par l’Eglise comme des exemples de foi vécue.

* Le 25 janvier 2013, la traditionnelle célébration œcuménique de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs aura un caractère œcuménique plus solennel et nous prierons ensemble afin que par la profession commune du Symbole les chrétiens qui ont reçu le même baptême n’oublient pas la voie de l’unité comme signe visible à offrir au monde.

* Samedi 2 février, la célébration pour toutes les personnes qui ont consacré leur vie au Seigneur par la profession religieuse pourront se retrouver dans la basilique Saint-Pierre pour une prière commune de façon à témoigner que la foi exige aussi des signes concrets qui indiquent la direction pour maintenir vivante l’attente du retour du Seigneur.

* Le dimanche des Rameaux, le 24 mars, sera comme toujours dédié aux jeunes qui se préparent à la Journée mondiale de la jeunesse.

* Le dimanche 28 avril sera consacré à tous les jeunes qui ont reçu le sacrement de la confirmation. Le Saint-Père confèrera la Confirmation à un petit groupe de jeunes comme témoignage de leur profession publique de foi qui confirme la foi baptismale.

* Le dimanche 5 mai sera consacré à la célébration de la foi qui trouve dans la piété populaire son expression initiale et qui au cours des siècles s’est transmise comme une forme particulière de foi du peuple à travers la vie des Confraternités.

* Le 18 mai, la veille de la Pentecôte, sera consacrée à tous les mouvements, anciens et nouveaux, avec le pèlerinage au tombeau de Pierre, témoin de la foi qui, le jour de la Pentecôte, a ouvert les portes de sa maison pour aller sur les places et dans les rues pour annoncer la résurrection du Christ. Place Saint-Pierre, nous demanderons au Seigneur d’envoyer encore avec abondance son Esprit afin qu’il renouvelle les prodiges comme aux premiers temps de l’Eglise naissante.

* Le dimanche 2 juin, en la fête du Corpus Domini, nous aurons une adoration eucharistique solennelle qui sera simultanée dans le monde entier. Dans la cathédrale de chaque diocèse, et dans chaque église où ce sera possible, à la même heure, on réalisera le silence de la contemplation pour témoigner de la foi qui contemple le mystère du Dieu vivant et présent au milieu de nous dans son Corps et dans son Sang.

* Le dimanche 16 juin sera consacré au témoignage de l’Evangile de la vie qui a depuis toujours vu l’Eglise comme la promotrice de la vie humaine et de la défense de la dignité de la personne de son premier instant à son dernier moment naturel.

* Le dimanche 7 juillet, ce sera, à Rome, la conclusion du pèlerinage que séminaristes, novices et ceux qui cheminent vers une vocation accompliront pour rendre publique la joie de leur choix de suivre le Seigneur au service de son Eglise.

* Du 23 au 28 juillet, la Journée mondiale de la jeunesse de Rio de Janeiro sera le sommet d’un cheminement qui verra les jeunes du monde entier se rencontrer joyeusement pour dire à tous l’importance de la foi.

* Le 29 septembre sera particulièrement consacré aux catéchistes pour rendre plus évidente l’importance de la catéchèse pour la croissance de la foi et de la compréhension intelligente et systématique de la foi par rapport à la vie personnelle et la croissance communautaire. Ce sera l’occasion de rappeler aussi le 20eanniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique.

* Le dimanche 13 octobre sera marqué par la présence de toutes les réalités mariales pour manifester comment la Vierge Marie, Mère de Dieu, est l’icône de la foi de tout croyant, qui, dans sa confiante obéissance à la volonté du Père, peut accomplir d’authentiques merveilles.

* Enfin, le dimanche 24 novembre, on célébrera la journée de conclusion de l’Année de la foi.

7. Le calendrier de l’Année est beaucoup plus ample que ces grands événements. Les différents dicastères ont déjà programmé des initiatives publiées sur le calendrier. Selon leurs compétences, les dicastères célèbreront le 50e anniversaire du concile Vatican II par des congrès et des initiatives culturelles. Un parcours catéchétique particulier sera proposé, par exemple, dans les catacombes par le Conseil pontifical de la culture. On pourra suivre sur le site les initiatives qui jour après jour seront communiquées au secrétariat général par différentes réalités ecclésiales.

8. De grands événements à caractère culturel manifesteront que la foi a suscité des hommes et des femmes qui dans l’art, la littérature, et la musique ont exprimé leur génie et leur foi. Je pense en particulier à l’exposition qui sera organisée au Château Saint-Ange du 7 février au 1ermai 2013 avec des œuvres très rares évoquant la figure de l’apôtre Pierre, témoin du Christ, de Césarée de Philippes jusqu’à Rome. Elle a été confiée aux soins du P. Alessio Geretti et réalisée grâce à la disponibilité du Ministre des biens et des activités culturelles et de la Surintendance pour le pôle des musées romains. Et un grand concert aura lieu place Saint-Pierre le samedi 22 juin.    

Comme Benoît XVI l’a écrit : « La foi grandit et se renforce seulement en croyant » (Pf 7). Ces événements à caractère universel ne veulent être qu’un signe pour re-parcourir ensemble un passage de l’histoire qui nous rassemble et nous rend responsables du moment que nous avons à vivre. Car on ne croit jamais tout seul. Le chemin à faire est toujours le fruit d’une vie de relations et d’expériences de communauté qui nous permettent de saisir l’Eglise comme le premier sujet qui croit et qui transmet la foi de toujours. C’est une étape de cette histoire bimillénaire que, « par la foi », nous sommes nous aussi appelés à parcourir.

Traduction d’Anita Bourdin

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