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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Marie-Dominique Philippe, Crainte de Dieu et adoration

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
epiphanie evQuestion : Quand il est question dans l'Ecriture de "craindre Dieu", cela signifie-t-il adorer Dieu ?

Réponse :

    Pour répondre à cette question très importante il faut d'abord, avec saint Augustin (voir son Commentaire sur la Première Epître de saint Jean, IX,5-8 - SC pp 389-395), distinguer deux sortes de crainte : la crainte servile et la crainte «chaste». La crainte servile, c'est la crainte du gendarme. Il y en a qui ont peur de Dieu : «Je vais recevoir un coup de bâton» ; ou : «J'ai peur de Dieu parce qu'il y a l'enfer». La crainte servile fait de nous des êtres rampants ; on a peur de Dieu parce qu'on a peur qu'il nous punisse. Cette crainte, en soi, est mauvaise. La crainte chaste (cf. Ps 18,10 - Vulgate - : « La crainte du Seigneur est chaste, elle demeure pour les siècles des siècles. », au contraire, c'est celle de l'épouse qui craint que son époux s'écarte d'elle, qu'il ne soit pas assez présent - ce qui voudrait dire qu'il n'aime pas son épouse autant que celle-ci le désire. Cette crainte est donc aussi celle de tomber dans le péché, puisque seul le péché nous éloigne de Dieu (voir saint Augustin, op. cit., pp. 391-395). Cette crainte chaste est en même temps filiale, comme le souligne saint Thomas (Voir S. Th. II-II, q. 19, a. 2, ad 3 : cette crainte est à la fois filiale et chaste parce que, dans « l’amour de charité », Dieu est à la fois notre Père (Rm 8,15) et notre Epoux (2 Co 11,2). Cette crainte provient de l'amour, de la délicatesse de l'amour ; elle provient de l'adoration. Quand on adore Dieu, on entre progressivement dans une certaine connaissance de Dieu et donc dans une crainte chaste, filiale, à son égard.

    Il peut très bien se faire que la crainte servile nous conduise à l'adoration et que la crainte chaste, filiale, soit le fruit de l'adoration.

    L'adoration est, si j'ose dire, le geste de politesse élémentaire exprimant le respect qu'on doit à Dieu. On doit respecter Dieu, et on ne peut pas le respecter en dehors de l'adoration, puisque cela lui est dû. De ce point de vue-là, le geste d'adoration, par où nous respectons Dieu, nous met dans la vérité, il nous rend vrais pratiquement. Nous ne sommes vrais, pratiquement, que quand nous adorons. C'est en ce sens que l'adoration purifie notre coeur et notre intelligence. Et en nous mettant dans la vérité pratique, l'adoration nous fait comprendre la grandeur de l'amour de Dieu et donc elle nous donne cette crainte chaste, filiale.

    La crainte servile, au contraire, est la peur de Dieu. Cette peur peut nous replier complètement sur nous-mêmes, et en ce sens elle est mauvaise. Mais il peut y avoir une crainte servile dont Dieu se serve pour nous apprendre à l'adorer. "J'ai peur de Dieu, mais je comprends que la première chose que Dieu me demande, c'est de l'adorer." On est alors sur la bonne voie ; et la retraite qu'on aura décidé de faire par crainte de l'enfer et du «Dieu gendarme», on la fera finalement par désir de connaître et d'aimer Dieu davantage. Et on peut bien consacrer quelques jours de ses vacances à chercher Dieu davantage ! Cela, c'est la crainte chaste, aimante, celle qui nous incite à désirer faire pleinement la volonté de Dieu. L'adoration nous aide beaucoup à entrer dans cette attitude de crainte chaste, filiale, aimante.

Suivre l'Agneau, Retraite sur l'Evangile de saint Jean prêchée à des jeunes,
Ed. Saint-Paul 1995, Nouvelle édition revue et corrigée, p. 255-257

Marie-Dominique Philippe, L'adoration est le grand critère

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
epiphanie ev    Comprenons donc que le silence est une exigence très profonde de la retraite. Celle-ci, en effet, implique toujours une certaine séparation, un désert intérieur où nous entrons pour adorer Dieu. Pour essayer de le comprendre, revenons à ce très beau passage de l'Ancien Testament qui nous montre la vocation de Moïse (Ex 3). Dieu demande à Moïse d'aller vers son peuple et de le conduire au désert, à trois jours de marche, pour qu'Israël y adore et redécouvre le sens de sa vocation. Le peuple d'Israël était alors sous le joug du Pharaon qui l'obligeait à travailler à la construction des pyramides, à des constructions énormes - aujourd'hui nous dirions : à la construction d'autoroutes ou d'autres choses semblables... C'est vrai, nous sommes tous un peu sous le joug du Pharaon, d'un Pharaon anonyme. Nous sommes tous très pris par le travail, par des programmes, par tout ce que nous devons faire... et au bout d'un certain temps nous n'avons plus un moment pour prier.

    Quelqu'un qui avait fait un voyage en Inde et à qui, au retour, j'avais demandé ce qu'il y avait trouvé de plus extraordinaire, m'avait simplement dit ceci : « Dans notre vieille Europe (et en Amérique ce serait la même chose) quand on dit à quelqu'un de prier, il répond : "Ah, non ! Je n'ai pas le temps, j'ai trop de travail..." Là-bas, j'ai entendu une réflexion magnifique : "Je n'ai plus le temps de travailler parce que je prie sans cesse." » Il peut y avoir des exagérations aussi, c'est sûr, mais on voit bien ce qu'il voulait dire. C'est vrai : nous sommes tous très pris par le travail, le défaut dominant de notre époque n'est pas la paresse. Cela peut exister, mais ce n'est pas ce qui domine. Je crois plutôt que notre défaut habituel est de ne plus prier. Le mal de notre époque, c'est beaucoup plus cela : nous oublions de prier.

Le travail, quand on en a un peu l'habitude, est extrêmement agréable, parce qu'on se développe, on devient intelligent, on apprend quantité de choses. Le travail, c'est merveilleux ! Surtout le travail de l'intelligence - même si, par moments, il est difficile. Ce qu'il y a d'extraordinaire dans le travail de l'intelligence, c'est que plus on travaille, plus on devient intelligent, et plus on aime travailler - alors on avance tout le temps. Mais il y a aussi le danger de nous laisser griser par le travail et de penser y découvrir le sens de notre vie chrétienne. Non. Notre vie chrétienne exige le travail, c'est vrai, et il est important d'en comprendre la signification dans une vision chrétienne ; mais notre vie chrétienne exige bien plus que le travail : elle exige de rencontrer Dieu. La vie chrétienne, c'est être relié à Dieu. Or, dans le travail, nous ne sommes pas reliés à Dieu, nous sommes reliés à des réalités inférieures à nous, comme la matière, le bois, la terre... ou bien les livres, et nous transformons ces réalités, nous coopérons avec elles, pour réaliser une oeuvre.

    Dans le travail, il s'agit donc de notre relation avec le monde, avec l'univers. C'est pourquoi nous ne pouvons y trouver notre finalité, le sens de notre vie. Cela, nous ne le trouvons qu'en découvrant Dieu. Mais... comment découvrir Dieu ?

    Le peuple d'Israël a dû commencer par marcher trois jours dans le désert. Nous irons un peu plus vite, puisque nous sommes chrétiens (nous ne sommes plus de l'Ancien Testament) et que le propre du chrétien, c'est la hâte de l'amour. C'est pour cela que, tout de suite, dès demain, il nous faut découvrir le sens de l'adoration, pénétrer à trois jours de marche dans le désert pour adorer. La retraite est faite pour que nous découvrions cette première rencontre avec Dieu qu'est l'adoration.

    On l'oublie trop. Si l'on demandait à chacun d'écrire sur un petit papier ce qu'est l'adoration et de dire s'il en a l'expérience, on aurait sans doute des réponses assez étonnantes. Qu'est-ce qu'adorer Dieu ? Le savons-nous vraiment, par expérience, ou pouvons-nous seulement donner une réponse que nous aurions apprise par coeur ?

    Adorer Dieu, c'est se mettre en sa présence. Au fond, l'adoration, c'est le geste de politesse à l'égard de Dieu. Nous reconnaissons que Dieu Créateur est là, présent, qu'il nous aime, qu'il crée actuellement notre âme, et nous nous remettons entre ses mains, nous voulons nous mettre en sa présence. Or on ne peut pas être en présence de Dieu en dehors de l'adoration. Adorer, c'est revenir à la source.

    Péguy dit que la philosophie, c'est remonter à la source. Nous ne savons plus vraiment ce qu'est la philosophie. Or elle est quelque chose de très grand, puisqu'elle consiste à redécouvrir ce qu'il y a de plus profond en l'homme du point de vue de sa nature humaine. Durant la retraite, nous ferons donc de temps en temps des allusions philosophiques, pour aider à devenir plus intelligents, à aimer plus. Et ici la philosophie sera mise au service de la foi : il s'agira d'être intelligent pour Dieu et pour notre prochain. Pour le prochain, ce sera relativement facile pendant la retraite : garder le silence. Et être intelligent pour Dieu consistera surtout à faire un effort d'adoration, de prière.

    La retraite, en effet, doit nous apprendre à prier ; elle doit nous apprendre à être intelligent pour Dieu, pour le Christ. Et je crois qu'on peut appliquer à la retraite ce que Péguy dit de la philosophie : «La plupart des hommes descendent le fleuve. Même les cadavres descendent le fleuve.» On voit très bien : pour descendre le fleuve il n'est pas nécessaire de vivre, le poids naturel suffit. C'est la «spiritualité de la planche» ! Quand vous demandez à quelqu'un pourquoi il agit de telle ou telle manière et qu'il vous répond : «Tout le monde le fait», voilà la «spiritualité de la planche». On descend, on descend, cela n'a pas d'importance : tout le monde le fait...

    Il faut remonter à la source, et cela, c'est difficile. Bien sûr il ne faut pas le faire pour le plaisir d'aller à contre-courant, d'être réactionnaire. Non. Il s'agit d'aller à la source, c'est cela le but. Évidemment, il y a des gens qui n'aiment pas aller à la source mais qui aiment être réactionnaires ; mais cela, c'est autre chose. Ce n'est plus une «spiritualité» particulière. c'est tout simplement un mauvais caractère, qui réagit tout le temps pour le plaisir de réagir. Ce n'est pas cela qu'il faut chercher. Nous cherchons à remonter à la source. Mais «il n'y en a pas beaucoup qui remontent à la source» dit Péguy. Pour remonter à la source, il faut parfois accepter d'être seul.

    Dans notre vie chrétienne, il faut une très grande force pour remonter à la source et ne pas descendre le courant en faisant "comme tout le monde". Or, remonter à la source, c'est adorer. C'est seulement par l'adoration que nous pouvons remonter à la source. L'adoration exige donc un effort. On n'adore pas comme on respire ou comme on sent le parfum d'une fleur en disant : «Ça sent bon !» Non, vous n'adorez pas Dieu comme cela. Il y a des gens qui disent : «Prier, c'est tout simplement être soi-même.» Attention, cela dépend ! Que veut dire «être soi-même» ? On est soi-même de multiples manières : en se détendant, en se regardant dans la glace, en écoutant les autres.., et on peut être soi-même au plus intime de son être.

    Remonter à la source exige un acte de volonté. C'est même, je crois, l'acte de volonté le plus foncier ; de sorte que si on manque de volonté, c'est parce qu'on n'adore plus. Cela peut paraître étonnant, mais c'est profondément vrai. Une personne qui n'adore plus est errante, et donc, nécessairement, elle descendra le fleuve, puisqu'elle manquera de volonté. Pour remonter à la source, il faut le vouloir. Pour faire un acte d'adoration, il faut le vouloir. Voilà pourquoi nous devons essayer, pendant la retraite, de faire des actes d'adoration. Demandons à l'Esprit Saint de nous l'apprendre, parce que c'est lui qui nous apprend à adorer. Le prédicateur oriente, mais quand on le fera, c'est l'Esprit Saint qui sera là pour nous apprendre à adorer, pour nous apprendre cet acte élémentaire. Car l'adoration est élémentaire dans notre vie chrétienne, elle en est le fondement.

    Rappelons-nous la parole de Notre-Seigneur : Quand vous voulez construire une maison - et nous construisons tous une maison : le Temple de Dieu que nous sommes (cf. 1 Co 3,16-17 ; 6,19 ; 2 Co 6,16 ; Ep 2,21-22) - ne la construisez pas sur du sable mouvant parce qu'alors elle disparaîtra. Découvrez le roc et construisez-la dessus (cf. Mt 7,24-27 ; Lc 6, 47-49). Adorer, c'est justement découvrir le roc, c'est découvrir ce contact profond avec Dieu, ce point intime par où nous dépendons de lui, c'est découvrir la présence du Créateur au plus profond de notre être.

    Dieu - selon l'expression si forte de saint Augustin - est plus intimement présent à nous que nous ne le sommes à nous-mêmes (voir Confessions, III, VI, 11 : "En suivant le sens de la chair, c'est toi que je cherchais, mais toi tu étais plus intime que l'intime de moi-même et plus élevé que le sommet de moi-même." Cf. ch. XIII). Et c'est vrai : parce que Dieu nous saisit de l'intérieur, il n'y a pas de distance entre lui et nous. Il s'agit donc de découvrir cette présence, de découvrir cette source, la «source jaillissante» (cf. Jn 4,14), puisque Dieu est la source première d'où toute lumière et tout amour jaillissent, dont tout être provient.

    Découvrir cette source ! Nous ne pouvons le faire que dans l'attitude aimante de l'adoration. L'acte d'adoration est en effet un acte d'amour, mais d'un amour très particulier : c'est l'amour radical qui est en nous, dans lequel nous nous remettons entre les mains de Dieu. Nous savons que nous venons de Dieu et nous retournons vers lui ; et là nous nous mettons face à Dieu (c'est pourquoi j'ai dit que l'acte d'adoration était vraiment un geste de politesse à l'égard de Dieu). Nous reconnaissons que Dieu est présent ; et parce que Dieu est présent, nous nous mettons dans l'attitude normale de la créature qui veut reconnaître cette présence de son Créateur. Dieu est présent au plus intime de notre coeur, Dieu est présent au plus intime de notre esprit : et nous reconnaissons cela.

    Cette adoration, nous la faisons avec Jésus, nous la faisons avec Marie, toujours. Nous ne pouvons pas adorer sans le Christ. «Sans moi vous ne pouvez rien faire» (Jn 15,5). Et la première chose que le Christ nous apprend, c'est l'adoration. Il est venu pour nous enseigner cela. Dès que nous adorons, nous adorons donc avec lui. Et Marie est toujours là...

    Il est très important de comprendre que nous ne pouvons vraiment adorer qu'avec Jésus, car il s'agit d'une adoration «en esprit et en vérité» (Jn 4,23), d'une adoration dans l'amour. Nous aimons être proches de Dieu parce que nous savons qu'il nous aime et nous voulons découvrir cet Amour Premier par qui nous sommes aimés d'une manière unique. Et nous répondons à cet amour unique par l'adoration, par ce geste très particulier, très personnel. Nous avons en effet, chacun, notre manière d'adorer, notre manière d'aimer ; c'est par là que nous sommes vraiment originaux. Quand on cherche une originalité à l'extérieur, cela veut dire qu'on n'a pas compris que la véritable originalité est intérieure. Une fois que nous avons saisi cela, l'extérieur nous est bien égal, c'est secondaire ! Ce qui importe, c'est cette originalité profonde dans notre manière de remonter à la source, de redécouvrir la présence de Dieu, de l'adorer. Aucun d'entre nous, quand il adore Dieu, ne l'adore de la même manière que son voisin. On dit souvent qu'il n'y a pas deux feuilles qui soient semblables - et c'est vrai. Il n'y a pas deux vivants qui soient semblables. Or notre manière à nous de vivre, de respirer profondément comme homme, comme esprit lié au corps, c'est l'adoration. N'est-ce pas l'acte le plus profondément naturel à l'homme ? L'homme n'est pleinement homme que quand il adore Dieu. S'il n'adore plus, cela prouve qu'il a oublié ce qui le caractérise - et cela, c'est terrible ! Très vite, il tombera dans l'anonymat. Pourquoi y a-t-il tant d'hommes qui tombent dans l'anonymat ? tant d'hommes qui se laissent prendre par n'importe quel programme politique, sociologique, psychologique ? Parce qu'ils ont oublié la signification profonde de leur être et de leur vie humaine, cette signification que seule l'adoration permet de découvrir.

    L'adoration est l'acte le plus personnel de l'homme, fondamentalement. Elle est première dans l'ordre de l'éducation. L'Esprit Saint ne peut pas nous éduquer si nous n'adorons pas. Quelqu'un qui prétend être mû par le Saint-Esprit, s'il n'adore pas, on peut être sûr qu'il se trompe.

    L'adoration est le grand critère. Quand quelqu'un se dit mû par le Saint Esprit, éclairé par le Saint Esprit, mais que, à la question : «Est-ce que vous adorez ?» il répond : «Je ne sais pas ce que c'est», on peut être sûr que ce n'est pas le Saint-Esprit. C'est son imagination, mais pas le Saint Esprit. L'Esprit Saint ne peut agir sur nous que si nous adorons. L'adoration est donc un acte qu'il nous est très important de découvrir - et c'est le but de la retraite.

    Trois jours de marche dans le désert pour redécouvrir le sens de notre vie chrétienne... N'oublions pas que Dieu, pendant deux mille ans, a formé son peuple par l'adoration. Premier commandement : «Un seul Dieu tu adoreras» (cf. Mt 4,10 ; Lc 4,8. Dt 6,13 et 5,7-9. Ex 20,1-6 et 34, 14-17). Or pas un iota de la Loi ne disparaît (Mt 5,18 ; Lc 16,17), et donc l'adoration reste vraiment, pour nous aussi, le premier commandement dans l'ordre pédagogique. Dieu nous éduque par l'adoration.

    J'évoquerai ici une histoire très belle et qui n'est pas inventée, qui est vraie. C'est celle d'un Abbé de Citeaux, Dom Belorgey, et ceux qui l'ont connu savent que ce n'était pas n'importe qui. Il était «charismatique» - comme on dirait aujourd'hui -, mais vraiment, profondément, pas seulement d'un charisme extérieur. C'était un homme très extraordinaire, une vocation tardive. Vétérinaire dans l'armée (on voit comme Dieu prépare un futur abbé !), il s'était converti grâce à un petit frère convers qu'il avait rencontré dans un train - c'est Dom Belorgey lui-même qui m'a raconté cela. Ce petit frère trappiste l'avait emmené dans son couvent, et là il avait été pris par la grâce de Dieu, et y était resté. Les Trappistes sont des contemplatifs, et lui voulait entrer dans la vie contemplative. Au début, il a eu une grâce particulière, de ces grâces très profondes de Dieu qui nous saisissent au point qu'on ne voit rien d'autre. Il ne voyait donc rien d'autre, c'était merveilleux ! Puis, quand il a fait profession, au bout d'un certain nombre d'années, les écailles sont tombées. Il s'est dit : «Mais quoi ? je croyais qu'ils étaient contemplatifs, et ce sont des travailleurs !» C'est vrai, le grand défaut de la Trappe est parfois d'être uniquement une communauté de travailleurs. Et Dom Belorgey voyait que ces moines, le soir, après le gros travail des champs, récitaient parfois leur Office avec beaucoup de peine - ils luttaient contre le sommeil... Et le matin, comme ils se levaient très tôt, la nuit n'avait pas été assez longue, et parfois elle se prolongeait au choeur. Il n'y a que dans l'activité des champs, le gros travail, qu'ils étaient parfaitement eux-mêmes. Il s'est donc dit : «Je croyais être entré dans une communauté contemplative, et voilà que ce sont des travailleurs !» Il a alors compris ce que Dieu lui demandait à ce moment-là : «Sois contemplatif, prie, et ne juge pas ton prochain.» Il est excellent de se rappeler cela pendant une retraite : ne regardons pas les autres, agissons sous la mouvance de l'Esprit Saint. Si Dieu nous fait prier avec beaucoup d'amour, ne regardons surtout pas notre voisin, ni la manière dont il prie. Cela ne sert jamais à rien, puisque, à ce moment-là, on porte un jugement inutile sur lui. Il ne faut donc pas «loucher» sur celui ou celle qui est à côté de nous. Quand on adore, on ne «louche» pas, on a les deux yeux fixés sur Dieu. On n'a pas un oeil sur Dieu et l'autre oeil sur le voisin... Non, on prie, on adore, puisqu'on est en face de Dieu.

    Pour revenir à Dom Belorgey, un beau jour il a été nommé Abbé. A ce moment-là, il s'est dit : «Maintenant, je suis responsable de cette communauté de travailleurs qui doit devenir une communauté contemplative.» Il ne pouvait donc plus ne pas regarder ce qui se passait autour de lui. Alors, il a invoqué le Saint-Esprit - qui l'écoutait assez facilement - et le Saint-Esprit lui a dit : «Rappelle-leur le devoir de l'adoration. Ils n'adorent plus. Ils essaient de chanter les louanges de Dieu, mais ils n'adorent plus, de sorte que je ne peux plus rien sur eux ! je suis obligé de les laisser.» Il a alors demandé au Saint Esprit comment faire, et le Saint Esprit lui a dit (petite conversation intérieure... ) : «Dis-leur, à chacun, d'adorer sept fois par jour.» Si j'aime à raconter cette histoire, c'est parce que ces sept actes d'adoration par jour peuvent tout changer. Et cela, tous peuvent le faire pendant la retraite, c'est vraiment facile ! Et une fois qu'on a commencé, on continue car les sept actes d'adoration par jour, c'est «le bréviaire des pauvres», le bréviaire des laïcs. Il y a le bréviaire des moines, de ceux qui ponctuent la journée par l'Office pour louer Dieu. Mais il y a aussi le «bréviaire des pauvres», des laïcs, de ceux qui sont pris par quantité de choses et qui n'ont pas une vie aussi régulière que les moines. Et le «bréviaire des pauvres» consiste à ponctuer sa journée par sept actes d'adoration. C'est facile, il suffit de le vouloir. Vouloir adorer Dieu, se «réveiller» en face de Dieu. Ne pas le faire machinalement ! Non, vraiment des actes d'adoration. Et quand l'acte d'adoration est profond, il faut que notre corps accompagne notre esprit. C'est tout notre être qui adore Dieu. Ce n'est pas seulement la fine pointe de notre intelligence, la fine pointe de notre coeur, c'est tout notre être qui adore Dieu, en reconnaissant qu'il est notre Créateur. Nous nous remettons entre ses mains.

    C'est le premier acte que nous devons faire, tout de suite, dès que nous nous réveillons : adorer Dieu, reconnaître qu'à chaque instant nous recevons tout de lui, et tout lui remettre. Quand on est plusieurs dans la même chambre c'est peut-être un peu plus difficile, quoique, après tout ! quel merveilleux exemple on donne en adorant Dieu ! Pourquoi pas ? Oui, reconnaître que Dieu, dont l'acte créateur nous «porte» dans l'être, est plus présent à nous que nous-mêmes ; et lui offrir notre journée. Dans l'adoration nous offrons notre journée, et nous offrons notre vie. Nous devançons notre mort, dans l'adoration. Nous reconnaissons que Dieu est le Maître de la vie et de la mort. Nous reconnaissons qu'il est notre Créateur et nous lui remettons tout.

    Et le soir, dernier acte de la journée avant de s'endormir : adorer Dieu. Et il est facile de trouver encore cinq autres moments dans la journée ; par exemple, chaque fois qu'on change d'occupation.

    Dom Belorgey a donc expliqué cela à chaque moine. Puis, après l'avoir expliqué à chacun en particulier, il l'a redit à toute la communauté réunie. Ici, je ne peux pas le dire à chacun en particulier, je suis obligé de commencer tout de suite par le dire à tous - ce qui est très mauvais, parce que chacun dira : «Oh, c'est pour le voisin, cela ; ce n'est pas pour moi. C'est très bon pour le voisin, parce que lui ne sait pas prier. Moi, je sais prier, alors je n'en ai pas besoin.» Non ! La retraite nous fait tous novices du Saint-Esprit. C'est cela, une retraite. Et le noviciat du Saint Esprit consiste à apprendre I'A B C de notre vie chrétienne : faire des actes d'adoration. Nous en ferons toute notre vie, et nous en ferons éternellement, parce qu'éternellement nous serons novices du Saint-Esprit. Au ciel, ce sera notre gloire. Ici, sur la terre, nous le comprenons difficilement, mais au ciel ce sera notre gloire, d'être mû par le Saint-Esprit et de faire éternellement des actes d'adoration. Alors il est bon, dès cette terre, de ponctuer notre journée par sept actes d'adoration.

    Pour aller jusqu'au bout de l'histoire : Dom Belorgey m'a dit qu'au bout de six mois, sa Trappe de travailleurs était devenue une Trappe de contemplatifs. J'ai trouvé cela admirable, et y ai reconnu la manière dont Dieu procède. Combien de chrétiens, aujourd'hui, n'adorent plus ! Ils ne savent même pas ce que c'est. Ils récitent encore des prières, mais ils ne savent pas ce qu'est un acte personnel à l'égard de Dieu. Or l'adoration n'est-elle pas précisément cela ? Quand on adore, on est seul en face de Dieu. Il est bon d'être seul en face de Dieu ! cela nous donne un peu d'autonomie, c'est notre personnalité qui naît. Au fond, nous ne sommes vrais qu'en face de Dieu. C'est pour cela que l'acte d'adoration nous met dans la vérité pratique, et il nous libère de tout le reste, puisque, quand nous sommes en face de Dieu, nous savons que c'est Dieu qui nous garde. Nous nous libérons profondément de tout notre conditionnement habituel, dès que nous adorons, dès que nous reconnaissons que nous dépendons de Dieu et que, en dernier lieu, nous ne dépendons que de Lui (voir questions).

    L'adoration doit nous conduire, normalement, à une intimité plus grande avec Dieu. Elle est le seuil de la prière intime qu'on appelle l'oraison, ce contact direct avec Dieu dans la foi, l'espérance et l'amour. Il s'agit vraiment de la prière intérieure et pas seulement de la récitation de prières. Réciter des prières, c'est très bien, mais comprenons que cela doit nous conduire à une prière intérieure. Comme le dit saint Thomas, toute prière vocale est ordonnée à la prière intérieure, et c'est cette prière intérieure qui compte. On le comprend bien, puisque «Dieu est esprit» (Jn 4,24). Il veut donc, avant tout, une prière intérieure. La prière vocale, communautaire, est excellente si il y a aussi la prière personnelle. La prière vocale peut nous aider, parce que prier avec les autres en récitant le chapelet ou en disant les Psaumes, cela peut nous aider. Mais il peut très bien arriver aussi que la prière vocale ne nous aide pas du tout, parce que nous ne «pédalons» pas tous au même rythme. Il y a quelqu'un à côté de nous qui récite les prières à toute vitesse, c'est son rythme... mais nous avons de la peine à le suivre ; et il y en a d'autres qui les réciteraient très, très lentement, et alors on s'endormirait ! C'est un exercice, du reste, que de devoir chanter en même temps et de la même façon qu'un autre. La prière liturgique implique cet exercice ; elle est quelque chose de grand, mais il faut qu'elle soit accompagnée de la prière personnelle, ne serait-ce que parce qu'on n'aura pas toujours une communauté chrétienne à côté de soi ! Pendant la retraite, il faut les deux. La récitation de prières en commun doit nous conduire au silence de l'adoration. Et auprès de l'Eucharistie, dans notre adoration, demandons intérieurement à Jésus de nous apprendre à garder le silence, à adorer. L'adoration nous conduit à cette intimité avec Jésus, et la retraite doit être cette intimité : découvrir Jésus à partir de l'adoration. C'est cela, l'essentiel.

Suivre l'Agneau, Retraite sur l'Evangile de saint Jean prêchée à des jeunes,
Ed. Saint-Paul 1995, Nouvelle édition revue et corrigée, p. 9-17

Père I. Hausherr, L'amour le plus fort, c'est l'adoration

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
epiphanie ev    Nous sommes invités à connaître Dieu de telle sorte que notre louange aille jusqu'à l'adoration.

    Je n'ose dire à Dieu que je l'aime, mais je puis l'adorer, puisque je le dois. Dans cette adoration je comprends tout l'amour que lui ont donné, lui donnent et lui donneront tous ceux qu'il a faits dignes de l'aimer.

    Est-ce que la parole de Marie "Voici la servante du Seigneur" (Lc 1,38) n'était pas un acte d'amour?

    Néant je suis, et j'en glorifie celui qui est.

    Cette glorification me grandit : la gloire de l'homme, c'est Dieu, dit saint Irénée (Contre les hérésies II,20,2).

    Mon Dieu, fais-moi te connaître et t'aimer de telle sorte que la vue de mon néant double ma jouissance de ta gloire.

    Souveraine sagesse du non-être : le non-paraître.

    L'intimité avec le Christ : aucun sentiment d'humilité n'en peut restreindre le désir. Un tel sentiment ferait au Christ l'injure de supposer que sa charité est moindre que la mienne, alors que mon désir est né d'elle.

    Le vrai cantique de l'humilité c'est le Magnificat.

    Défions-nous dans notre prière des formules toutes faites ; nos propres paroles valent mieux pour nous.

    Certaines personnes ont le verbe facilement poétique.

    On écrit, on dit, et on croit que "c'est arrivé". Inconsciemment on joue un peu la pieuse comédie.

    Il ne faut pas vous imaginer que parce que vous avez récité de belles formules, vous êtes monté très haut en dignité devant Dieu.

    Il vaut mieux être sobres dans nos formules. Voyez la pondération des formules de la liturgie latine.

    La générosité authentique gagnera peut-être dans la mesure où nous rognerons les ailes à l'imaginative et à la sentimentale : ce sont des ailes de cire ou de papier avec lesquelles nous ne monterons jamais dans les hauteurs.

    La crainte est le commencement de la sagesse, dit l'Écriture (Si 1,16 ; Ps 110,10). Il faut admettre que devant Dieu on doit se tenir dans la crainte, mais ne pas croire que, quand la Sagesse est en progrès, la crainte ne sert plus à rien.

    Saint Jean dit bien que la parfaite charité met la crainte dehors (1 Jn 4,18). Il y a en effet une crainte qu'elle chasse : la crainte servile, celle qui, plus ou moins, espère échapper au coup de cravache.

    Cette crainte-là, il faut la mettre dehors par la charité.

    Comment ? En perdant tout espoir d'échapper à Dieu : "C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant !" Mais saint Augustin dit : "Tu as un seul moyen de t'enfuir de Dieu, c'est de t'enfuir en Dieu" (He 10,31 ; S. Augustin, Sur la première Ep. de saint Jean VI,3).


    Il est une autre crainte : celle que nous appelons "respect", "révérence" (vereri = craindre). Cette crainte-là, bien loin de diminuer lorsque grandit notre intimité avec Dieu, augmente ; elle perd ce qu'elle avait de pénible, elle ne se soucie plus d'éviter les coups, mais elle éprouve de plus en plus le sentiment de la grandeur de Dieu, de plus en plus elle se transforme en amour de Dieu, en aspiration vers lui.

    Tu ne dois pas craindre seulement quand tu penses à ton péché, mais jusque dans les consolations spirituelles.

    Même dans les moments de délassement et de détente, il faut conserver une certaine crainte de Dieu. Il n'y a pas de vacances dans la vie spirituelle et les détentes doivent être prises avec modération, par respect pour Dieu.

    Mais inutile de le dire : si les consolations sont de bon aloi, elles apportent d'elles-mêmes à l'âme la volupté du respect de Dieu.

    Le respect consiste à ne pas s'occuper d'autre chose que de Dieu et de ses intérêts quand on est avec lui.

    Ayons le respect des « images pieuses ». Si elles sont laides, la faute en est à celui qui les a faites. Une fois faites, il faut les respecter. Et les respecter, c'est quelquefois les brûler. Ce n'est pas du pharisaïsme - ni de l'iconoclasme !

    Il faut avoir la naïveté du respect.

    Il faut avoir la fringale du respect.

    Rien de plus exquis en fait de jouissance que le sentiment du respect. Il est fait d'admiration, d'estime, d'amour. Le vulgaire ne le connaît pas. Le respect fait justement la différence entre l'amour humain et l'amour animal. L'amour de Dieu contient tendresse et respect à un degré infiniment supérieur. C'est pourquoi il est ce qu'il y a de plus exquis en fait de complaisance.

    Le respect pour le Seigneur devient source de souffrances quand on voit le sans-gêne, la nonchalance, l'oubli de beaucoup de gens devant lui ; mais aussi de joies profondes, quand on rencontre des personnes simplement et spontanément attentives à lui donner toutes les marques, grandes et petites, de leur adoration. Que de spectacles reviennent dans la mémoire, de l'une et l'autre sorte ! Plus nombreux, hélas ! les déplaisants, plus rares les réconfortants. Mais les premiers, quantité négligeable, finissent par disparaître dans la splendeur des autres dont l'étoffe est d'éternité. Voici une chapelle de religieuses adoratrices. Des religieuses qui se succédaient deux à deux au prie-Dieu du choeur, et qui plusieurs fois par jour, silencieusement et solennellement entraient toutes ensemble pour leur office, je n'ai gardé aucun souvenir spécial. C'est leur métier à elles, d'adorer, le beau métier ! (métier vient de ministère). Mais jamais je n'oublierai un vieux monsieur de taille haute et droite, qui venait parfois faire une courte prière. Il avançait jusqu'à la grille, déposait chapeau et canne sur une chaise ; puis, sans s'appuyer ni à droite ni à gauche, il mettait un genou à terre, puis deux - et j'entendais craquer ses os -, puis lentement, obstinément, il forçait sa haute taille à s'incliner jusqu'à toucher du front le dallage de marbre. Sa prière achevée, il refaisait la même prostration avant de sortir.

    Pensez-vous qu'il fût malheureux d'avoir fait, d'avoir pu faire, d'avoir eu le droit et l'occasion de faire ce geste de révérence devant le seul Adorable qui est aussi le seul Bon ? Et à qui voudriez-vous ressembler de préférence, à des adorateurs de cette sorte qui fléchissent les genoux avec respect ou à d'autres pour qui la génuflexion consiste en un trémoussement imperceptible, tandis que le regard vogue ailleurs ; à ceux pour qui la prostration se réduit à baisser les paupières : à ceux qui, à peine relevés de l'agenouilloir où ils paraissaient absorbés en Dieu, tournent le dos à l'autel, au crucifix, au Christ encore présent, pour ne pas perdre cet unique spectacle de la foule qui s'en va...

    La liturgie romaine, la plus familière de toutes les liturgies chrétiennes, est pleine de respect.

    On s'enthousiasme pour la liturgie orientale ; or, cette liturgie, au moment le plus solennel de la messe, les fidèles n'en peuvent rien voir. Les Orientaux ont le sens du mystère.

    J'ai toujours constaté que, lorsqu'on parle de ce respect à certains auditoires, cela fait une impression profonde, très salutaire. Après quelque temps d'expérience, les auditeurs s'en félicitent, ils reconnaissent que cela leur a fait beaucoup de bien.

    J'ai connu une communauté dans laquelle tout le monde se mêlait de tout à la chapelle. Je leur ai parlé du respect dû à Dieu. J'ai réformé leurs idées à ce sujet et, un an après, tout était transformé ; la vie religieuse y avait gagné énormément.

    Ce respect ne tue pas la liberté. Dieu est mon Père, oui ; mais il est Dieu. Le respect n'est pas contraire à l'affection : on n'aime que ce qu'on respecte.

    Créer en moi cet instinct de respect, le développer. Au lieu de calculer comment échapper à telle marque de révérence, me féliciter d'avoir à la donner. Le faire d'une façon d'autant plus insistante que personne n'est là pour le constater.

    Les sacristains dévots sont très édifiants.

    Quand on fait un geste de respect - une inclination, une génuflexion, le signe de la croix - il faut le faire avec respect. Même lorsque nous prions tout seuls.

    Lorsque nous passons du raisonnement au colloque avec le Seigneur, si nous comprenons ce que nous faisons, nous prendrons naturellement une attitude respectueuse.
Ne nous laissons jamais impressionner par des idées fausses au sujet de la familiarité, «puisque nous appelons Dieu notre Père».

    J'ai lu un jour dans une revue religieuse une expression qui m'a choqué. On avait imprimé : "Papa le bon Dieu" et "Maman la Sainte Vierge", on peut parler ainsi avec respect, peut-être ; mais l'écrire, c'est déjà trop. Celui qui écrit doit se préoccuper de ne pas provoquer le moindre manque de respect chez ceux qui le liront.

    L'idéal de l'intimité, c'est l'intimité infinie des trois personnes divines.

    Éducatrices, faites-vous une conviction à ce sujet. Élevez les jeunes filles de telle manière qu'elles retrouvent ce respect par une sorte d'instinct spontané.

    Quand on va jusqu'à la découverte essentielle, quand on atteint le ressort qui a donné le branle aux ascensions des saints, on s'aperçoit de ceci : à un moment donné, par une grâce de Dieu, à la suite d'expériences variées, ils ont compris la grande parole du Seigneur : Dieu seul est bon (16 Mt 19,17) et ensuite celle de saint Jean. Dieu est charité (1 Jn 4,8).

    Cela n'est pas facile à voir chez les saints qui ont beaucoup écrit. Ce que nous disons le moins est souvent ce dont nous vivons le plus. Les saints ressemblent à une foule de gens qui ne se rendent pas compte qu'ils respirent. C'est pourquoi la science matérielle qui juge par la quantité des textes, passe à côté de la vraie connaissance.

    Marie de l'Incarnation, l'Ursuline, a beaucoup écrit. Il y a des quantités de choses que les théoriciens de la vie spirituelle relèvent complaisamment dans ses "Relations», mais la valeur profonde de son âme est ramassée dans quelques paroles brèves, très simples. Elle dit par exemple : «Étant en oraison, il me dit : "Tu m'appelles ton grand Dieu, et tu fais bien, car je le suis".» (A. Jamet, Le témoignage de Marie de l’Incarnation Paris, 1932, p. 22) C'est par ce respect qu'il faut commencer.

    Marie de l'Incarnation continue : «Mais je suis aussi Charité. L'Amour est mon nom et c'est ainsi que je veux que tu m'appelles.» Le Dieu que nous devons adorer, c'est celui-là.

    Les titres de noblesse, les marques d'honneur sont une vanité de la part de ceux qui les exigent ; mais de la part de ceux qui les donnent c'est savoir-vivre et, avec la modération voulue, c'est justice.

    Il est pourtant sûr que ces personnages sont essentiellement nos semblables : "Vous êtes tous frères" (Mt 23,8) et le Seigneur lui-même s'est déclaré notre frère. L'apôtre lui en fait un honneur. C'est à nous à ne pas oublier qu'il est plus encore.

    De quoi nous servirait-il, s'il n'était que notre frère ? Nous avons des milliards de frères en humanité. Voilà qui mérite considération. Car nos sentiments s'ajustent à la façon dont nous traitons les personnes. Si nous les traitons cavalièrement, l'estime disparaîtra. Si nous ne donnons pas à Notre Seigneur les marques élémentaires de respect, je ne crois pas que la grandeur, la dignité, la beauté de nos relations avec lui puissent subsister longtemps.

    Je ne sais pas d'où est venue l'habitude de dire "Jésus" tout court à Notre Seigneur. Car ni dans l'Écriture ni dans la liturgie cela ne se trouve.

    Le récit évangélique le nomme Jésus, parce que ce récit est une histoire. Le personnage historique s'appelle de son nom humain : Jésus. Mais ailleurs que dans le récit historique, les disciples qui parlent de lui ne l'appellent jamais « Jésus » tout court.

    Le vocatif "Jésus" ne se rencontre que dans saint Marc et dans saint Luc : ce sont des démons qui l'emploient par la bouche des possédés (Mt 8,9). A l'appeler par son nom humain, il n'y a que l'aveugle de Jéricho : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Et remarquez que cet homme lui rappelle sa royale ascendance (Lc 18,38).

    Les disciples ne se hasardent jamais à l'interpeller ainsi. Le Maître les en approuve : « Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous dites bien, car je le suis » (Jn 13,13). Pourquoi ma langue à moi ne proclamerait-elle pas avec joie qu'il est le Seigneur, mon Seigneur, Notre Seigneur ?

    Il nous est permis de l'appeler "Jésus" dans notre dévotion privée. Mais je parle dans l'intérêt de la vie spirituelle en général. Il faut se défier d'une dévotion à résonance purement humaine : elle risque de faire tort à la profondeur de nos relations avec le Seigneur.

    Dans les Apocryphes du Nouveau Testament, ce vocatif introduit certaines prières. On y trouve par exemple, dans l'Évangile des Hébreux l'histoire de l'homme à la main desséchée. Il dit : "Je te prie, Jésus, de me rendre la santé." Mais Jean le Théologien parle autrement. Il dit : "Seigneur Jésus-Christ, qui as fait des merveilles." L'ami de coeur parle autrement que le maçon à la main desséchée.

    Ne dévions pas de la ligne que trace notre foi ; ne descendons pas du milieu divin pour nous laisser choir dans la condition des "rampants".

    Encore une fois, je dis qu'il est permis de parler familièrement au Seigneur ; mais on peut lui parler très familièrement et à la fois respectueusement.

    À propos des noms de Notre Seigneur Jésus-Christ, je crois que nous avons tout intérêt à ne pas lui marchander les titres auxquels il a droit. Puissions-nous avoir une véritable joie à les lui donner !

    Je n'ai pas dit qu'il était défendu d'appeler Jésus par ce seul nom. Il n'est pas défendu de chanter tout entier le Jubilus (Hymne au nom de Jésus attribuée à saint Bernard).

    L'amour le plus fort, c'est l'adoration.

GOSPEL OF CHILDREN (Lk 2: 41-52)

Walter Covens #homilies in English
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Dear children,

Jesus is born
(...)
    Christmas is the feast day of a Child, of a Newborn Baby. So it is your feast day too! (...)

    I can almost see you: you are setting up the Crib at home, in the parish, in every corner of the world, recreating the surroundings and the atmosphere in which the Saviour was born. Yes, it is true! At Christmastime, the stable and the manger take centre place in the Church. And everyone hurries to go there, to make a spiritual pilgrimage, like the shepherds on the night of Jesus' birth. Later, it will be the Magi arriving from the distant East, following the star, to the place where the Redeemer of the universe lay.

    You too, during the days of Christmas, visit the Cribs, stopping to look at the Child lying in the hay. You look at his Mother and you look at Saint Joseph, the Redeemer's guardian. As you look at the Holy Family, you think of your own family, the family in which you came into the world. You think of your mother, who gave you birth, and of your father. Both of them provide for the family and for your upbringing. For it is the parents' duty not only to have children but to bring them up from the moment of their birth.

    Dear children, as I write to you I am thinking of when many years ago I was a child like you. I too used to experience the peaceful feelings of Christmas, and when the star of Bethlehem shone, I would hurry to the Crib together with the other boys and girls to relive what happened 2000 years ago in Palestine. We children expressed our joy mostly in song. How beautiful and moving are the Christmas carols which in the tradition of every people are sung around the Crib! What deep thoughts they contain, and above all what joy and tenderness they express about the Divine Child who came into the world that Holy Night!

    The days which follow the birth of Jesus are also feast days: so eight days afterwards, according to the Old Testament tradition, the Child was given a name: he was called Jesus. After forty days, we commemorate his presentation in the Temple, like every other first-born son of Israel. On that occasion, an extraordinary meeting took place: Mary, when she arrived in the Temple with the Child, was met by the old man Simeon, who took the Baby Jesus in his arms and spoke these prophetic words: "Lord, now let your servant depart in peace, according to your word; for my eyes have seen your salvation which you have prepared in the presence of all peoples, a light for revelation to the Gentiles, and for glory to your people Israel" (Lk 2:29-32). Then, speaking to his Mother Mary, he added: "Behold, this child is set for the fall and rising of many in Israel, and for a sign that is spoken against (and a sword will pierce through your own soul also), that thoughts out of many hearts may be revealed" (Lk 2:34-35). So already in the very first days of Jesus' life we heard the foretelling of the Passion, which will one day include his Mother Mary too: on Good Friday she will stand silently by the Cross of her Son. Also, not much time will pass after his birth before the Baby Jesus finds himself facing a grave danger: the cruel king Herod will order all the children under the age of two years to be killed, and for this reason Jesus will be forced to flee with his parents into Egypt.

    You certainly know all about these events connected with the birth of Jesus. They are told to you by your parents, and by priests, teachers and catechists, and each year you relive them spiritually at Christmastime together with the whole Church. So you know about these dramatic aspects of Jesus' infancy.

    Dear friends! In what happened to the Child of Bethlehem you can recognize what happens to children throughout the world. It is true that a child represents the joy not only of its parents but also the joy of the Church and the whole of society. But it is also true that in our days, unfortunately, many children in different parts of the world are suffering and being threatened: they are hungry and poor, they are dying from diseases and malnutrition, they are the victims of war, they are abandoned by their parents and condemned to remain without a home, without the warmth of a family of their own, they suffer many forms of violence and arrogance from grown-ups. How can we not care, when we see the suffering of so many children, especially when this suffering is in some way caused by grown-ups?

Jesus brings the Truth

    The Child whom we see in the manger at Christmas grew up as the years passed. When he was twelve years old, as you know, he went for the first time with Mary and Joseph from Nazareth to Jerusalem for the Feast of the Passover. There, in the crowds of pilgrims, he was separated from his parents and, with other boys and girls of his own age, he stopped to listen to the teachers in the Temple, for a sort of "catechism lesson". The holidays were good opportunities for handing on the faith to children who were about the same age as Jesus. But on this occasion it happened that this extraordinary boy who had come from Nazareth not only asked very intelligent questions but also started to give profound answers to those who were teaching him. The questions and even more the answers astonished the Temple teachers. It was the same amazement which later on would mark Jesus' public preaching. The episode in the Temple of Jerusalem was simply the beginning and a kind of foreshadowing of what would happen some years later.

    Dear boys and girls who are the same age as the twelve-year-old Jesus, are you not reminded now of the religion lessons in the parish and at school, lessons which you are invited to take part in? So I would like to ask you some questions: What do you think of your religion lessons? Do you become involved like the twelve-year-old Jesus in the Temple? Do you regularly go to these lessons at school and in the parish? Do your parents help you to do so?

    The twelve-year-old Jesus became so interested in the religion lesson in the Temple of Jerusalem that, in a sense, he even forgot about his own parents. Mary and Joseph, having started off on the journey back to Nazareth with other pilgrims, soon realized that Jesus was not with them. They searched hard for him. They went back and only on the third day did they find him in Jerusalem, in the Temple. "Son, why have you treated us so? Behold, your father and I have been looking for you anxiously" (Lk 2:48). How strange is Jesus' answer and how it makes us stop and think! "How is it that you sought me? Did you not know that I must be in my Father's house?" (Lk 2:49). It was an answer difficult to accept. The evangelist Luke simply adds that Mary "kept all these things in her heart" (2:51). In fact, it was an answer which would be understood only later, when Jesus, as a grown-up, began to preach and say that for his Heavenly Father he was ready to face any sufferings and even death on the cross.

    From Jerusalem Jesus went back with Mary and Joseph to Nazareth where he was obedient to them (Lk 2:51). Regarding this period, before his public preaching began, the Gospel notes only that he "increased in wisdom and in stature, and in favour with God and man" (Lk 2:52).

    Dear children, in the Child whom you look at in the Crib you must try to see also the twelve-year-old boy in the Temple in Jerusalem, talking with the teachers. He is the same grown man who later, at thirty years old, will begin to preach the word of God, will choose the Twelve Apostles, will be followed by crowds thirsting for the truth. At every step he will confirm his extraordinary teaching with signs of divine power: he will give sight to the blind, heal the sick, even raise the dead. And among the dead whom he will bring back to life there will be the twelve-year-old daughter of Jairus, and the son of the widow of Naim, given back alive to his weeping mother.

    It is really true: this Child, now just born, once he is grown up, as Teacher of divine Truth, will show an extraordinary love for children. He will say to the Apostles: "Let the children come to me, do not hinder them", and he will add: "for to such belongs the kingdom of God" (Mk 10:14). Another time, as the Apostles are arguing about who is the greatest, he will put a child in front of them and say: "Unless you turn and become like children, you will never enter the kingdom of heaven" (Mt 18:3). On that occasion, he also spoke harsh words of warning: "Whoever causes one of these little ones who believes in me to sin, it would be better for him to have a great millstone fastened round his neck and to be drowned in the depth of the sea" (Mt 18:6).

    How important children are in the eyes of Jesus! We could even say that the Gospel is full of the truth about children. The whole of the Gospel could actually be read as the "Gospel of children".

    What does it mean that "unless you turn and become like children, you will not enter the kingdom of heaven"? Is not Jesus pointing to children as models even for grown-ups? In children there is something that must never be missing in people who want to enter the kingdom of heaven. People who are destined to go to heaven are simple like children, and like children are full of trust, rich in goodness and pure. Only people of this sort can find in God a Father and, thanks to Jesus, can become in their own turn children of God.

    Is not this the main message of Christmas? We read in Saint John: "And the Word became flesh and dwelt among us" (Jn 1:14); and again: "To all who received him, who believed in his name, he gave power to become children of God" (Jn 1:12). Children of God! You, dear children, are sons and daughters of your parents. God wants us all to become his adopted children by grace. Here we have the real reason for Christmas joy, the joy I am writing to you about at the end of this Year of the Family. Be happy in this "Gospel of divine sonship". In this joy I hope that the coming Christmas holidays will bear abundant fruit in this Year of the Family. (...)

Praise the name of the Lord!

    At the end of this Letter, dear boys and girls, let me recall the words of a Psalm which have always moved me: Laudate pueri Dominum! Praise, O children of the Lord, praise the name of the Lord! Blessed be the name of the Lord from this time forth and for evermore! From the rising of the sun to its setting may the name of the Lord be praised! (Ps 112/113:1-3). As I meditate on the words of this Psalm, the faces of all the world's children pass before my eyes: from the East to the West, from the North to the South. It is to you, young friends, without distinction of language, race or nationality, that I say: Praise the name of the Lord!

    And since people must praise God first of all with their own lives, do not forget what the twelve-year-old Jesus said to his Mother and to Joseph in the Temple in Jerusalem: "Did you not know that I must be in my Father's house?" (Lk 2:49). People praise God by following the voice of their own calling. God calls every person, and his voice makes itself heard even in the hearts of children: he calls people to live in marriage or to be priests; he calls them to the consecrated life or perhaps to work on the missions... Who can say? Pray, dear boys and girls, that you will find out what your calling is, and that you will then follow it generously.

    Praise the name of the Lord! The children of every continent, on the night of Bethlehem, look with faith upon the newborn Child and experience the great joy of Christmas. They sing in their own languages, praising the name of the Lord. The touching melodies of Christmas spread throughout the earth. They are tender and moving words which are heard in every human language; it is like a festive song rising from all the earth, which blends with the song of the Angels, the messengers of the glory of God, above the stable in Bethlehem: "Glory to God in the highest, and on earth peace among men with whom he is pleased!" (Lk 2:14). The highly favoured Son of God becomes present among us as a newborn baby; gathered around him, the children of every nation on earth feel his eyes upon them, eyes full of the Heavenly Father's love, and they rejoice because God loves them. People cannot live without love. They are called to love God and their neighbour, but in order to love properly they must be certain that God loves them.

    God loves you, dear children! This is what I want to tell you at the end of the Year of the Family and on the occasion of these Christmas feast days, which in a special way are your feast days.

    I hope that they will be joyful and peaceful for you; I hope that during them you will have a more intense experience of the love of your parents, of your brothers and sisters, and of the other members of your family. This love must then spread to your whole community, even to the whole world, precisely through you, dear children. Love will then be able to reach those who are most in need of it, especially the suffering and the abandoned. What joy is greater than the joy brought by love? What joy is greater than the joy which you, O Jesus, bring at Christmas to people's hearts, and especially to the hearts of children?

Raise your tiny hand, Divine Child,
and bless these young friends of yours,
bless the children of all the earth.

From the Vatican, 13 December 1994.

LETTER OF THE POPE JOHN PAUL II TO CHILDREN IN THE YEAR OF THE FAMILY
Copyright © Libreria Editrice Vaticana

 

Jean Paul II, L'Évangile de l'enfant (Lc 2, 41-52)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Mes chers enfants,

Jésus est né

    (...) Noël, c'est la fête d'un Enfant, d'un nouveau-né. C'est donc votre fête! (...)

    Il me semble que je vous vois: vous préparez la crèche, à la maison, à la paroisse, en tout lieu du monde, en reconstituant le climat et le cadre de la naissance du Sauveur. C'est vrai! Au moment de Noël, l'étable et la mangeoire occupent dans l'Église la première place. Et tous se dépêchent d'y aller en pèlerinage spirituel, comme les bergers dans la nuit de la naissance de Jésus. Plus tard, ce sont les Mages qui viendront de l'Orient lointain, en suivant l'étoile, jusqu'à l'endroit où a été déposé le Rédempteur de l'univers.

    Et vous aussi, pendant le temps de Noël, vous visitez les crèches en vous arrêtant pour regarder l'Enfant déposé sur la paille. Vous fixez votre regard sur sa Mère, sur saint Joseph, gardien du Rédempteur. En contemplant la Sainte Famille, vous pensez à votre famille, celle où vous êtes venus au monde. Vous pensez à votre maman, qui vous a mis au jour, et à votre papa. Ils prennent soin de la vie de la famille et de votre éducation. En effet, la mission des parents n'est pas seulement d'avoir des enfants, mais aussi de les éduquer dès leur naissance.

    Mes chers enfants, je vous écris en pensant à l'époque où, voici bien des années, j'étais un enfant comme vous. Je vivais alors moi aussi dans le climat de paix de Noël, et, quand brillait l'étoile de Bethléem, je me dépêchais d'aller à la crèche avec mes camarades, pour revivre ce qui s'est passé il y a deux mille ans en Palestine. Nous, les enfants, nous exprimions notre joie d'abord par le chant. Comme ils sont beaux et émouvants, les chants de Noël, dont la tradition de tous les peuples entoure la crèche! Que d'idées profondes y sont contenues, et surtout quelle joie, quelle tendresse ils expriment pour l'Enfant divin venu au monde dans la nuit sainte!

    Les jours qui suivent la naissance de Jésus sont également des jours de fête: ainsi, huit jours plus tard, on rappelle que, comme le voulait la tradition de l'Ancien Testament, l'Enfant reçut un nom: il fut appelé Jésus. Quarante jours plus tard, on commémore sa présentation au Temple, comme cela se faisait pour chaque fils aîné en Israël. A cette occasion, il y eut une rencontre extraordinaire: quand la Vierge Marie arriva au Temple avec l'Enfant, le vieillard Syméon vint au-devant d'elle; il prit dans ses bras le petit Jésus et prononça ces paroles prophétiques: « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples: lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple » (Lc 2, 29-32). Puis, s'adressant à Marie, sa mère, il ajouta: « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre » (Lc 2, 34-35). Ainsi donc, dès les premiers jours de la vie de Jésus retentit l'annonce de la Passion, à laquelle sera un jour associée sa Mère, Marie: le Vendredi saint, elle se tiendra silencieuse au pied de la Croix de son Fils. D'ailleurs, il ne faudra pas attendre longtemps après la naissance pour voir le petit Jésus exposé à un grand danger: le cruel roi Hérode ordonnera de tuer les enfants de moins de deux ans et Jésus sera obligé de fuir en Égypte avec ses parents.

    Je suis certain que vous connaissez bien ces événements liés à la naissance de Jésus. Vous en entendez le récit par vos parents, par les prêtres, les professeurs, les catéchistes, et, chaque année, vous les revivez spirituellement au cours des fêtes de Noël, avec toute l'Église. Vous savez donc les aspects dramatiques de l'enfance de Jésus.

    Mes chers amis, dans l'histoire de l'Enfant de Bethléem, vous pouvez reconnaître le sort des enfants du monde entier. S'il est vrai qu'un enfant représente non seulement la joie de ses parents, mais aussi celle de l'Église et de la société tout entière, il est vrai également qu'à notre époque il y a malheureusement beaucoup d'enfants qui, en divers endroits du monde, souffrent et sont menacés: ils endurent la faim et la misère, ils meurent de maladie et de malnutrition, ils tombent victimes des guerres, ils sont abandonnés par leurs parents et condamnés à rester sans toit, privés de la chaleur de leur famille; ils subissent de nombreuses formes de violence et d'oppression de la part des adultes. Comment est-il possible de rester indifférent face à la souffrance de tant d'en- fants, surtout quand, d'une manière ou d'une autre, elle est provoquée par les adultes?

Jésus donne la Vérité

    L'Enfant, qu'à Noël nous contemplons déposé dans la mangeoire, a grandi avec les années. A douze ans, comme vous le savez, il se rendit pour la première fois, avec Marie et Joseph, de Nazareth à Jérusalem à l'occasion de la fête de Pâques. Là, perdu dans la foule des pèlerins, il se sépara de ses parents et, avec ses autres camarades, il se mit à écouter les Docteurs du Temple, comme pour une « leçon de catéchisme ». En effet, les fêtes étaient de bonnes occasions pour transmettre la foi aux jeunes qui avaient plus ou moins l'âge de Jésus. Mais il arriva que, pendant cette rencontre, l'Adolescent extraordinaire venu de Nazareth ne se contenta pas de poser des questions très intelligentes: il commença lui-même à donner des réponses profondes à ceux qui étaient ses maîtres. Plus encore que les questions, les réponses stupéfièrent les Docteurs du Temple. C'est le même étonnement qui, par la suite, accompagnerait la prédication publique de Jésus: l'épisode du Temple de Jérusalem n'était que le début et, pour ainsi dire, la préfiguration de ce qui arriverait quelques années plus tard.

    Chers jeunes qui avez le même âge que Jésus alors, douze ans, ne pensez-vous pas ici aux cours de catéchisme qui se donnent à la paroisse ou à l'école, des cours auxquels vous êtes invités à prendre part? Je voudrais vous poser quelques questions: quelle est votre attitude à l'égard des cours de catéchisme? Y participez-vous autant que Jésus au Temple à douze ans? Avez-vous à cœur de les suivre à l'école ou en paroisse? Vos parents vous y aident-ils?

    A l'âge de douze ans, Jésus fut tellement absorbé par cette catéchèse dans le Temple de Jérusalem qu'il alla presque jusqu'à en oublier ses parents eux-mêmes. Marie et Joseph, qui cheminaient avec d'autres pèlerins sur la route du retour vers Nazareth, se rendirent compte bien vite de son absence. Les recherches furent longues. Ils revinrent sur leurs pas et c'est seulement le troisième jour qu'ils réussirent à le trouver à Jérusalem, dans le Temple. « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi! » (Lc 2, 48). Comme la réponse de Jésus est étrange, et comme elle fait réfléchir! « Comment se fait-il que vous m'ayez cherché? - leur dit-il - Ne le saviez-vous pas? C'est chez mon Père que je dois être » (Lc 2, 49). C'était une réponse difficile à accepter. L'évangéliste Luc ajoute simplement que Marie « gardait dans son cœur tous ces événements » (2, 51). En effet, c'était une réponse qui n'allait devenir compréhensible que plus tard, quand Jésus, adulte, commencerait à prêcher, en déclarant qu'il était prêt, pour son Père des cieux, à faire face à toute souffrance et même à la mort sur la croix.

    De Jérusalem, Jésus retourna avec Marie et Joseph à Nazareth où il vécut en leur étant soumis (cf. Lc 2, 51). Pendant cette période, qui précède le début de sa prédication publique, l'Évangile note seulement qu'il « grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes » (Lc 2, 52).

    Chers jeunes, chez l'Enfant que vous admirez dans la crèche, sachez déjà voir le garçon de douze ans qui parle dans le Temple de Jérusalem avec les Docteurs. C'est le même homme, adulte, qui plus tard, à trente ans, commencera à annoncer la Parole de Dieu, choisira les douze Apôtres, sera suivi par des foules assoiffées de vérité. Il confirmera à chaque pas son enseignement exceptionnel par les signes de la puissance divine: il rendra la vue aux aveugles, guérira les malades, ressuscitera même les morts. Et parmi les morts rappelés à la vie, il y aura la fille de Jaïre, âgée de douze ans, il y aura le fils de la veuve de Naïn, rendu vivant à sa mère en larmes.

    C'est bien ainsi que cela s'est passé: cet Enfant qui vient de naître, une fois devenu grand, Maître de la Vérité divine, montrera une extraordinaire affection pour les enfants. Il dira aux Apôtres: « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas », et il ajoutera: « Car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent » (Mc 10, 14). Une autre fois, comme les Apôtres discutaient sur la question de savoir qui était le plus grand, il leur présentera un enfant et leur dira: « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3). En cette occasion, il donnera aussi cet avertissement avec la plus grande sévérité: « Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu'on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on l'engloutisse en pleine mer » (Mt 18, 6).

    Comme l'enfant est important aux yeux de Jésus! On pourrait même faire remarquer que l'Évangile est traversé en profondeur par la vérité sur l'enfant. On pourrait aller jusqu'à le lire dans son ensemble comme l'« Évangile de l'enfant ».

    Que veut dire en effet: « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux »? Jésus ne fait-il pas de l'enfant un modèle même pour les adultes? Chez l'enfant, il y a quelque chose qui ne doit jamais faire défaut à celui qui veut entrer dans le Royaume des cieux. Le ciel est promis à tous ceux qui sont simples comme les enfants, à tous ceux qui, comme eux, sont remplis d'un esprit d'abandon dans la confiance, purs et riches de bonté. Eux seuls peuvent retrouver en Dieu un Père et devenir à leur tour, grâce à Jésus, des fils de Dieu.

    N'est-ce pas là le grand message de Noël? Nous lisons chez saint Jean: « Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous » (1, 14); et encore: « Tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (1, 12). Enfant de Dieu! Vous, chers jeunes, vous êtes les fils et les filles de vos parents. Or, Dieu veut que nous soyons tous ses fils adoptifs par grâce. C'est là que réside la vraie source de la joie de Noël, dont je vous parle au terme de l'Année de la Famille. Réjouissez-vous de cet « Évangile de la filiation divine ». (...)

Louez le nom du Seigneur!

    Permettez, chers enfants, qu'au terme de cette Lettre je vous rappelle les paroles d'un psaume qui m'ont toujours ému: Laudate pueri Dominum! Louez, enfants du Seigneur, louez le nom du Seigneur. Béni soit le nom du Seigneur, maintenant et pour toujours! Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur (cf. Ps 112113, 1-3)! Tandis que je médite les paroles de ce psaume, passent devant mes yeux les visages des enfants du monde entier, de l'orient à l'occident, du nord au midi. Et c'est à vous, mes petits amis, sans distinction de langue, de race ou de nationalité, que je dis: Louez le nom du Seigneur!

    Et puisque l'homme doit louer Dieu avant tout par sa vie, n'oubliez pas ce que Jésus, à l'âge de douze ans, dit à sa Mère et à Joseph dans le Temple de Jérusalem: « Ne le saviez-vous pas? C'est chez mon Père que je dois être » (Lc 2, 49). L'homme loue Dieu quand il suit la voix qui l'appelle. Dieu appelle tout homme, et sa voix se fait entendre déjà dans l'âme de l'enfant: il l'appelle à vivre dans le mariage ou à être prêtre; il l'appelle à la vie consacrée ou peut-être au travail dans les missions... Qui sait? Priez, chers garçons, chères filles, pour découvrir votre vocation et pour la suivre avec générosité.

Du Vatican, le 13 décembre 1994.

 

JEAN-PAUL II, LETTRE DU PAPE AUX ENFANTS EN L'ANNÉE DE LA FAMILLE
Copyright © Libreria Editrice Vaticana

UMA PRENDA DE NATAL NÃO SEMELHANTE COM QUALQUER OUTRA (Lc 2, 1-14)

Walter Covens #homilias em português
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    Enquanto estava a comer ao meio-dia (mais exactamente às 14.00h) neste domingo, olhava as notícias na televisão. Evidentemente, havia um programa sobre o NATAL : crianças a quem os jornalistas perguntavam o que esperavam do Pai Natal. Houve muitas respostas, como podeis imaginar. Mas entre todas houve uma que me tocou : a duma criança (uma menina) que dizia assim : « de qualquer modo, se o Pai Natal não me levar prenda, eu farei um escândalo ! ». Era a última criança interrogada.

    A seguir, a camara regressou à jornalista que apresentava as notícias ; essa, que tinha ouvido aquela resposta da menina, ficava com com olhar tenro e sorridente.

Eu, não sorri.
Não fui comovido.

    Perguntei simplesmente para mim próprio o que havia-de ser mais tarde aquela criança, que já manifestava uma mentalidade firme de reivindicar os seus direitos e de gritar caso que não aparecesse nada… enquanto que não assumia os seus deveres e responsabilidades.

    Nesta noite, com os cristãos do mundo inteiro, celebramos com alegria a Natividade de Nosso Senhor. Até o mundo celebra Natal, à maneira dele. Em França, um presidente de cámara municipal ralhou porque um presépio tinha sido instalado na praça pública, junto à Cámara. Ele publicou a foto do presépio no seu « blog » e escreveu :
    « Procurai o erro ». Então encontraram a solução para realizar um Natal « não cristão » : Jesus foi deitado para fora e o Pai Natal foi posto no lugar dele. Isso não só é conforme com os « dogmas » do laicismo ; além disso é prático, uma vez que o Pai Natal, ao que parece, é quem traz as prendas. De qualquer modo não se lhe pede mais nada, e ele não nos pede nada. Enquanto que Jesus, ele, chega nu : precisa de panos, de comida,de calor. Jesus é totalmente pobre e não leva nada… mas ele pede tudo ! Pelo menos, é assim que a gente imagina as coisas, mais ou menos conscientemente.

    Uma fábula conta que, um dia, Jesus regressou visivelmente na terra. Era num tempo em que o Pai Natal ainda era desconhecido. Mas já tinham feito com que Jesus fosse um distribuidor de prendas, de toda a espécie. Era um dia de Natal, estavam muitas crianças reunidos para uma festa. Jesus veio no meio deles. As crianças reconheceram-no e aclamaram-no. Então, uma das crianças pediu que prenda Jesus lhe tinha levado, e todas as crianças pediram a mesma coisa. Jesus não respondeu nada, mas abriu os braços…

    Aqui, deixo de contar a história. Jesus vem no meio das crianças. Aquelas crianças, apesar da sua idade, falam como adultos. Foram contaminadas pela mentalidade dos adultos, a mentalidade que reivindica para si e que João Baptista quis emendar quando as pessoas lhe pediam : « Que devemos fazer ? » Resposta (de João à multidão) : « Quem tem dois casacos, quem tem para comer… partilhe com os que não têm » ; (aos publicanos) : « Não devem exigir mais do que é justo » ; (aos soldados) :… « Ficai satisfeitos com o vosso soldo ».

    Ainda há outra coisa. Quando aquelas crianças, contaminadas pela mentalidade dos adultos, vêem Jesus abrir os braços, em que pensam ? Qual a sua reacção inconsciente ? Não se dizem, porventura : « O que é que nos vai pedir ? Não só não traz prendas, mas vai pedir sacrifícios ! ».

    Então, continua a fábula, uma criança disse : « Vede, ele não nos trouxe nada. Meu pai tem razão,     quando diz que a religião não serve para nada, que não nos dá prenda alguma ! ». Mas outra criança respondeu : « Ao abrir os braços, Jesus quer dizer que o que nos traz é Ele próprio; é ele que se nos dá como irmão nosso, Filho de Deus para nos tornar filhos de Deus como Ele ».


    A resposta daquela criança, não é uma fábula. É mesmo o que nos diz S. Paulo na carta a Tito (2a Leitura) : « A graça de Deus manifestou-se para a salvação de todos os homens ». A graça é a prenda mais extraordinária, a prenda do Amor. Jesus há-de dizer que não há maior amor do que « dar a vida pelos seus amigos ». « Dar a sua vida », isso quer dizer,aqui, não um homem que dá a sua vida por outro homem, mas que é Deus quem dá a sua vida divina, para nos tornar participantes da sua divindade !

    Ora, a respeito daquela graça inaudita, prenda não semelhante a qualquer outra, S. Paulo diz-nos que é « ela que nos ensina a rejeitar o pecado e as paixões do mundo, para viver no mundo presente como homens razoáveis, justos e religiosos »… « Para nos tornar povo seu », e acrescenta : « um povo ardente para fazer o bem ».

    Então, sim, haverá sacrifícios a fazer, mas não é o mais importante. O mais importante é a graça. A graça, é a obra de Deus, prenda maravilhosa que só podemos aprender a acolher. O restp vem a seguir e se aprende pouco a pouco. Pois a graça nos « ensina », nos transforma.

    É o que dizia S. Agostinho, quando também ele era assustado pelas exigências da moral cristã,sobretudo em matéria de castidade . Mas, depois duma longa luta interior, iluminado pelo Espírito Santo, ele disse ao Senhor : « Senhor, peça-me o que queres, mas dá-me o que me pedes ».

    Acolhemos, portanto, a graça de Natal. É Jesus quem se dá. É o Pai quem no-lo dá, na dinámica do Espírito Santo. E deixemo-nos transformar por ela à sua imagem e à sua semelhança. Então poderemos experimentar a verdade das palavras de Jesus quando dizia : « Há mais alegria no dar do que no receber ».

Un regalo sin par (Lc 2, 1-14)

Walter Covens #Homilías en español
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    Mientras yo estaba almorzando (a las dos de la tarde) este domingo, víspera de la Navidad, estaba mirando las noticias por televisión. Por supuesto, había un reportaje sobre la Navidad : unos niños a los que los periodistas preguntaban sobre lo que esperaban de Papá Noel. Hubo respuestas de todo tipo, como ustedes se imaginarán. Pero entre todas las respuestas, hay una que me llamó la atención : la de una niña que decía que de todas formas, en caso de que Papá Noel no le llevara regalo, ¡ haría un escándalo ! Era el último niño interrogado. Luego, la cámara enfocó otra vez a la presentadora del noticiero, quien, tras oír la respuesta de la niñita se sonreía y tenía una mirada enternecida. Me sentí enternecido. Me pregunté simplemente lo que sería de esta niña en el futuro, con esa mentalidad aparentemente ya muy arraigada de reivindicar sus derechos y quejarse si nada viene... y no asumir sus deberes y responsabilidades.

    Esta noche, con los cristianos del mundo entero, celebramos con alegría la Natividad de Nuestro Señor. El mundo incluso, celebra la Navidad a su manera. En Francia, un alcalde protestó contra el hecho de que habían instalado un belén en la plaza pública, cerca del Ayuntamiento. Publicó la foto en su blog y escribió: “busquen el error”. Entonces, encontramos la solución para festejar la Navidad “de manera laica” expulsando a Jesús y sustituyéndolo por Papá Noel. Eso no sólo está acorde con los dogmas del laicismo sino que además, resulta práctico  ya que Papá Noel, según parece, es el que lleva los regalos. En todo caso, eso es todo lo que le pedimos cuando él no nos pide nada. Mientras que Jesús, por su parte, llega desnudo y tenemos que vestirlo, alimentarlo, calentarlo. Es muy pobre y no nos trae nada... ¡ y nos lo pide todo ! Así, por lo menos es como nos representamos las cosas, con más o menos conciencia.

    Una fábula cuenta que un día Jesús regresó visiblemente a la tierra. Era en el tiempo en que Papá Noel no estaba aún muy de moda. Pero ya habíamos hecho del niño Jesús un distribuidor de regalos a todo lo que da. Era un día de Navidad y había muchos niños reunidos en una fiesta. Se presentó Él en medio de ellos. Los niños lo conocieron y lo vitorearon. Luego, uno preguntó qué regalo Jesús le había traído y todos los niños a su vez preguntaron lo mismo. Jesús no contestó, pero abrió los brazos...

    Aquí interrumpo el cuento. Jesús viene entre unos niños. Esos niños a su nivel, se expresan como adultos. Han sido contaminados por la mentalidad de los adultos, esa mentalidad que consiste en reivindicar para sí y que Juan Bautista quiso rectificar cuando la gente le preguntaba: “¿Qué debemos hacer?” Respuesta (a la muchedumbre): “ El que tiene dos vestidos, el que tiene con que comer... que comparta”; (a los publicanos): “No exijan nada más de lo que les imponen a ustedes”; (a los soldados): ... “confórmense con sus sueldos”.

    Pero hay otra cosa. Cuando esos niños contaminados por la mentalidad de los adultos ven a Jesús abriendo los brazos, ¿en qué piensan? ¿Cúal es su reacción inconsciente? No será la de decirse: “¿Qué es lo que nos va a pedir? ¡ No sólo no nos trae regalos, sino que nos va a pedir sacrificios ! Sigue, pues, la fábula. Un niño dice: “Miren, no nos ha traído nada. Mi papá tiene la razón cuando dice que la religión no sirve de nada, que ella no nos da nada, que no nos trae ningún regalo. Pero otro niño contestó: “Abriendo los brazos Jesús quiere decir que nos trae a sí mismo; Él es quien se entrega como nuestro hermano, Hijo de Dios para hacernos hijos de Dios como él”.

    La respuesta de este niño no es una fábula. Es exactamente lo que nos dice San Pablo en la carta a Tito (2ª lectura):” La gracia de Dios, que es fuente de salvación para todos los hombres, se ha manifestado”, dice. La gracia, es el regalo por excelencia, el regalo del Amor. Jesús dirá que no hay mayor que el de “dar su vida por los que queremos”. “Dar su vida”, eso quiere decir aquí, no sólo un hombre que da la vida por otro hombre. ¡ Es Dios quien nos da su vida de Dios, para hacernos partícipes de su divinidad !

    Ahora bien, a propósito de esta gracia inaudita, este regalo sin par, San Pablo nos dice que: “Ella nos enseña a rechazar la impiedad y los deseos mundanos, para vivir en la vida presente con sobriedad, justicia y piedad”... “para hacer de nosotros su pueblo”, y precisa : “un Pueblo lleno de celo en la práctica del bien”.

    Entonces, sí que habrá sacrificios que hacer,  pero eso no es lo primero. Lo primero, es la gracia. La gracia es la obra de Dios, un maravilloso regalo y solamente debemos aprender a aceptarla. El resto viene después y se aprende poco a poco. Pues, la gracia nos enseña, nos instruye, nos transforma.

    Eso era lo que decía San Agustín, cuando él también se sintió espantado por las exigencias de la moral cristiana, sobre todo en materia de castidad. Pero, después de un largo combate interior, alumbrado por el Espíritu Santo, le dijo al Señor: “Señor, dame lo que quieras, pero dame lo que me pides”.

    Recibamos pues, la gracia de Navidad. Es Jesús quien se entrega. Es el Padre quien lo da, mediante el Espíritu Santo. Y dejémonos transformar por ella, con su imagen y su parecido y haremos, pues, la experiencia de la verdad de las palabras de Jesús, cuando decía: “Da más alegría el dar que el recibir”.

            Traducción al español de Jean-Louis JOACHIM

La Visitación : el « grito silencioso » de Juan Bautista

Walter Covens #Homilías en español
Voici donc la première homélie traduite en espagnol dans l'histoire de ce blog. Nous souhaitons la bienvenue à tou(te)s les internautes hispanophones qui, grâce à notre traducteur pourront venir se nourrir de la Parole de Dieu que le Seigneur a demandé aux Apôtres d'annoncer dans le monde entier.

Esta es la primera homilía traducida al español en la historia de este blog. Les damos la bienvenida a todo(a)s los internautas hispanohablantes, quienes podrán venir, gracias a nuestro traductor, a nutrirse de la Palabra de Dios que el Señor encomendó a los Apóstoles que anunciaran por el mundo entero.


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La Visitación : el « grito silencioso » de Juan Bautista

    Después de Juan Bautista – o mejor dicho antes que él – la gran figura del Adviento que nos ayuda a « preparar los caminos del Señor », es María. En las iglesias de rito bizantino, el iconostasio (un tabique que separa los lugares donde está el clero celebrando del resto de la iglesia) tiene tres entradas. La del centro está cerrada por una puerta de doble hoja, a la que llaman « la gran puerta real ». Da acceso al altar y presenta la imagen de la Anunciación con las de los cuatro evangelistas. En las dos puertas laterales se encuentran los arcángeles Miguel y Gabriel. A la derecha (al sur) de la gran puerta real está el ícono de Cristo bendiciendo. A la izquierda, la de la virgen María teniendo en brazos a Cristo. Al lado del ícono de Cristo se halla el de San Juan Bautista.

    En el Evangelio de este último Domingo de Adviento, asistimos al encuentro de alto nivel entre Jesús, llevado por María y Juan, el Bautista en cierne, todavía en el seno materno, en el vientre de Isabel, « la estéril », ya que había sido concebido seis meses antes de Cristo. Para comprender, en lo posible, este misterio de la Visitación, conviene detenernos algunos instantes en su dimensión humana. Me permito citar aquí al Padre Daniel-Ange, quien se refiere a su vez a un librito de Luc Lannoye : Le tout-petit, éditions Fidélité, 1997. Demuestra que « todos los descubrimientos sobre la vida del niño in utero echan una luz auténticamente conmovedora sobre el acontecimiento de la Visitación ».  Vean ustedes.

Pero, ¿ cómo es este pequeño Juan ? Al principio de este sexto mes, Juan tiene 25 centímetros y pesa 500 gramos. La sangre circula a ritmo acelerado por sus vasos sanguíneos. El corazon late rápido. Nadando en su brubuja, ya se está chupando el dedo. Responde a las estimulaciones táctiles cuando el padre palpa con delicadeza y vientre redondo ya de la madre. Desde hace algunas semanas, percibe con nitidez los sonidos del exterior. Sus minúsculas orejas bien formadas están como al acecho todo el tiempo.

Los experimentos psicofónicos con ultrasonidos demostraron cómo entre la décimasexta y la trigésimasegunda semana de gestación, el niño ya está reaccionando ante los diferentes sonidos, moviendo los ojos de sus pequeños párpados ya formados. Desde el cuarto mes, funcionan sus orejas. Como vive en el líquido amniótico, no necesita cojín de aire en el canal auditivo para proteger al tambor y el agua es un mejor conductor de sonido que el aire. Lo oye todo y ante todo los latidos sordos del corazón de la madre. Oye un ruido muy alto en el útero que es el sonido acompasado de la circulación sanguínea de su madre así como los ruidos de los nervios que transitan por sus intestinos. Pero también percibe todos los ruidos del exterior como un portazo o una música muy alta. Y reacciona ante todo ello. En pocas palabras, ya está organizado su mundo fónico.

A partir del séptimo mes, oye los componentes de las voces. A los pocos días de nacer, ya sabrá distinguir entre un idioma extranjero y el idioma materno al que ya oyó mucho tiempo, acostumbrándose a él. Tantos experimentos científicos han demostrado esta sensiblilidad del niño a los distintos sonidos : algún director de orquesta se asombraba de que conociese ya una partitura casi completa y que la estudiara con mayor facilidad que otras, como si se reuniera con algo que estaba en lo más hondo de su ser. Desde luego, se enterará el director de que la madre solía cantarle este tema al niño, cuando él todavía estaba in  sinu.

Sobre todo, a partir de este sexto mes, el niño está sensible al mismo contenido de los cantos y músicas. Alguna madre confiesa haber tenido que marcharse de una discoteca donde le hubiera gustado quedarse, porque dentro de ella el niño manifestaba rechazo a esa música violenta. El hard rock lo agita, una canción de cuna lo apacigua. A ese nivel ya está empezando a memorizar. Su inconsciente trama todo lo que está oyendo, todo lo que transcurre alrededor de su madre.

Unos científicos ingleses demostraron que un niño reconoce incluso las historias leídas por la madre. Un feto de cuatro a cinco meses siente perfectamente si la música es pacífica o agresiva. Se relaja escuchando a Vivaldi. El genial Yehudi Menuhin demostró que era posible conseguir por la música que vibrara al niño antes de nacer. Además, ya el niño tiene ultrasensibilidad con la luz : si un foco demasiado intenso apunta al abdomen de la madre, los latidos del corazón del niño se aceleran.

Desde principios del sexto mes, son sus primeros movimientos muy perceptibles, sus primeras degluciones. Está activo sobre todo por la noche, cuando está acostada la madre. Sus pulmones ya están formados, ya empieza a hacer algunos movimientos respiratorios.

    Belleza de la creación... Esplendor de la vida humana... Hoy en este campo, somos unos testigos privilegiados, ¡ con respecto a todas las generaciones que nos precedieron ! Nunca antes habíamos podido tener un conocimiento tan preciso de la vida del embrión y de su “grito silencioso”. Estoy aludiendo, pues, al filme realizado por el Dr Bernard Nathanson, ardiente promotor de la legalización del aborto en Estados Unidos, quien se arrepintió al ver la ecografía de un aborto, convirtiéndose desde entonces en un ardientre apóstol de la abolición de la legalización del aborto.

    En el episodio de la Visitación, existe también un grito silencioso, pero un grito de alegría, el de Juan, un embrión de seis meses. Luego, es el grito sonoro de Isabel, su madre, quien exclamó : "¡Tú eres bendita entre todas las mujeres y bendito es el fruto de tu vientre! ¿Quién soy yo, para que la madre de mi Señor venga a visitarme? Feliz de ti por haber creído que se cumplirá lo que te fue anunciado de parte del Señor".

    ¿Cómo pudo Isabel oír el grito silencioso de Juan? Porque es un grito acompañado por un estremecimiento fuerte, por una danza ante el autor de la vida llevado por María, Arca de la Nueva Alianza, Tabernáculo de la Vida, custodia de la Presencia Real. Juan que oye la salutación de María, Isabel que percibe el estremecimiento de Juan : todo ello está confirmado hoy por la ciencia y debe suscitar nustra admiración, nuestro respeto ante el esplendor de la vida humana antes del nacimiento.

    Pero en vez de eso, preferimos taparnos los oídos, taparnos la cara. Aun cuando el feto percibe la luz y oye los sonidos desde el sexto mes, los mayores de este mundo (los adultos) se niegan a ver la luz, no quieren oír hablar a Dios ni de Dios. Nathanson sufrió calumnias. La verdad de su filme fue confirmada por la justicia  (25 de febrero de 1992). Eso no cambió nada : el 28 de diciembre de 1997 fue inaugurado en Francia  el primer “Memorial de los Mil millones” (mil millones de abortos según las estadísticas de la ONU). Hoy, en el momento en que les estoy hablando a ustedes, se cuentan más de 1.412 milliones de abortos desde el 22 de enero de 1973 (“Roe versus Wade”).

    ¿ Es o no es el aborto “un crimen abominable” ? Si lo es, lo tenemos que decir. Y hay que hacer más, hay que enseñarlo. El aborto no es una sencilla desaparición, es un crimen, según nos decía Juan Pablo II. Entonces, hay que enseñarlo. El impacto de las fotos es tan importante como el peso de las palabras.

    ¿ Notaron Ustedes que durante los debates televisivos sobre el aborto, no se ven más que adultos y niños? Los primeros interesados, los embriones, son los primeros ausentes de estos programas, cuando éstos tratan esencialmente de la suerte que se les reserva.
No los presentan nunca :

  • ni en las etapas sucesivas de su desarrollo,
  • ni en su estado de víctima,
ni en su combate por salvar su existencia.

    Ahora bien, aquí sobre todo no se puede hacer caso omiso de las imágenes.

¿ Acaso se prescinde de las imágenes en los reportajes sobre los campos de exterminación nazis, cuando son imágenes apenas soportables ?

¿ Acaso se prescinde de las imágenes en la presentación de algunos accidentes de tránsito, cuando se quiere avisar a los conductores para evitar semejantes catástrofes? Sin embargo, la protección de la vida que empieza bien vale la seguridad por las carreteras.

¿ Acaso se prescinde de las imágenes, cuando se quiere advertir a los jóvenes contra el uso de la droga, enseñando el estado de degradación a donde los lleva?

    Después de haber visto “El Grito Silencioso” del Dr Nathanson, Juan Pablo II declaró : “Tuve la oportunidad de ver semejante filme y todavía hoy no puedo liberarme de su recuerdo. No puedo liberarme.  Cuesta imaginar ese horrible drama con toda su elocuencia moral y humana” (4 de junio de 1991).

    No se trata de condenar a quien sea. Dios es el único juez, pero se trata de denunciar un escándalo que el silencio y las omisiones culpables tienden a hacer común. Unas mujeres de 20 a 30 años, después de haber sufrido el aborto, declararon “haber sido engañadas” en cuanto a su naturaleza. Les dieron a pensar que se trataba de la ablación de un tumor benigno. Podemos y debemos militar por el respeto a la vida, sin ser acusados de agresividad o maniqueísmo. No podemos, no debemos callar la enseñanza moral de la Iglesia, a no ser que nos reconozcamos como pecadores y nos dispongamos a ser juzgados por esta verdad. Los santos tienen esta humildad : “Señor, desconfía de Felipe, decía Felipe Neri, esta misma noche podría ser musulmán”. Nosotros también podemos decir : Señor desconfía de mí. Yo mismo(a) podría tener la tentación de abortar o de llevar a alguien (a mi hija, a mi amante) a abortar.

    Una reciente iniciativa (ver artículo anterior) invita a todo los sacerdotes de Francia a tocar a muerto el 28 de diciembre, día de los santos Inocentes, a las 6 p.m., antes del Ángelus. Ella pide también a todos los feligreses que inviten a sus párrocos a hacerlo. Hagamos este gesto simbólico, pero significativo, que intenta sensibilizar a la una opinión pública tan dura como piel de elefante, mediante nuestra plegaria, y, con motivo de las Navidades, démosle peso a nuestra plegaria aligerando nuestro monedero, en beneficio de tal o cual obra que se dedica a las madres en peligro. ¡ Salvar una vida no tiene precio ! Tal vez digan ustedes que eso no va a cambiar nada. Lo peor sería que algún día nos reprochen no haber actuado. Una cosa es cierta : con nosotros o sin nosotros, ¡ la Luz vencerá a las tinieblas !

                 Traducción al español de Jean-Louis JOACHIM

A VISITAÇÃO : O GRITO « SILENCIOSO » DE JOÃO-BAPTISTA (LC 1,39-45)

Walter Covens #homilias em português
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    Depois de João-Baptista – ou, melhor, antes dele – a grande figura do Advento, que nos ajuda a « preparar os caminhos do Senhor », é Maria. Nas igrejas de rito bizantino , a « iconostase » ( a parede que separa os lugares onde estão os celebrantes e o resto da igreja) tem três portas. A do meio está fechada por uma porta de dois batentes, chamados « portas reais ». Elas dão entrada para o altar e apresentam a imagem da Anunciação   com as dos quatro evangelistas. Nas portas laterais estão pintadas as figuras dos Arcanjos Miguel e Gabriel. À direita (do lado do sul) das portas reais, está o ícone de Cristo a benzer. À esquerda, o da Virgem Maria levando Cristo. Junto ao ícone de Cristo encontra-se o de S. João-Baptista.

    No Evangelho deste último domingo do Advento, escutamos o relato do encontro tão importante de Jesus, no seio de Maria, com João, o futuro Baptista, ainda no ventre da mãe, a « estéril », concebido seis meses antes de Jesus. Para perceber, na medida do possível o mistério da Visitação, é bom meditar alguns momentos na sua dimensão humana. Quero citar aqui o Padre Daniel-Ange, que fala num opúsculo de Luc Lannoye : « O pequenito », Edições « Fidélité », 1997. Ele mostra que « todas as descobertas científicas sobre a vida da criança « in utero » deitam uma luz emocionante de autenticidade sobre o acontecimento da Visitação. Vocês podem julgar .

Mas como é aquele pequeno João ? No princípio desse 3° mês, João tem 25 cm e pesa 500 gr. O sangue corre rapidamente dentro dos vasos sanguíneos. O coração pulsa depressa  . Está a nadar na sua « bula » e já chupa o seu polegar. Responde às estimulações táctis, quando o pai toca docemente no ventre da mãe. Já há algumas semanas que ele percebe os sons exteriores. Os seus ouvidos minúsculos, bem formados são, por assim dizer, sempre à escuta..

As experiências psicofónicas por ultra-sons mostraram como, entre a16a e a 32a semana de gestação, a criança reage aos vários sons por meio de movimentos dos seus olhos, das suas pálpebras já formadas. Já no 4° mês, os seus ouvidos funcionam. Por viver no líquido amniótico, ele não precisa de « almofada de ar » no cano auditivo que protege o tambor, e a água é melhor condutora do som do que o ar. Ele ouve tudo, em primeiro o pulso do coração da sua mãe. Ouve um ruido muito forte no útero, que é o da circulação do sangue da mãe, bem como o som dos nervos que atravessam o seu intestino. Além disso, ele percebe também todos os sons exteriores, como o estalido duma porta ou duma música forte. Ele reage. Em resumo, os seu mundo fónico já está organizado.

A partir do 7° mês, ouve os componentes das vozes. Poucos dias depois de nascer, já saberá distinguir uma lingua estrangeira  e a lingua maternal já longamente ouvida ; já está habituado. Tantas experiêncas científicas provaram aquela sensibiliadade das crianças aos sons diferentes : certo Maestro estava espantado por já conhecer como tal uma partitura, e por aprendê-la mais facilmente do que as demais ; parecia-lhe que reencontrava em si alguma coisa. De facto, soube que a mãe dele, enquanto ainda esta no útero, lhe cantava muitas vezes aquela melodia.

Sobretudo, a partir desse 6° mês, a criança é sensível ao próprio conteúdo dos cantos e das músicas. Uma mãe confessa ter sido obrigada a sair duma discoteca, porque o bébé, dentro dela, manifestava um desgosto daquela música violenta. O « hard rock » agita-o, uma canção de embalar apazigua-o. Naquela altura, já começa a memorizar. O seu inconsciente tece tudo quanto ouve, tudo quanto se passa à volta da mãe.

Científicos ingleses mostraram que uma criança reconhece até histórias lidas pela mãe. Um feto de 4 ou 5 meses sente perfeitamente se a música é apaziguante ou agressiva. Fica calma ao ouvir música de Vivaldi. O genial Yehudi Menuhin mostrou que era possível, graças à música, fazer vibrar, por assim dizer uma criança ainda não nascida. Além disso, a criança é sensível à luz : se uma lâmpada forte demais dá sobre o ventre da mãe, o pulso do bébé torna-se mais rápido.

No princípio do 6° mês, já começa a fazer os primeiros movimentos perceptíveis, as primeiras deglutições. Ele é activo principalmente de noite, quando a mãe está deitada. Os seus pulmões já estão formados, e já começa a fazer movimentos respiratórios.

    Beleza da criação… Esplendor da vida humana… Hoje, nesse domínio, nós somos testemunhas privilegiadas em relação com todas as gerações que nos precederam ! Nunca antes foi possível ter um conhecimento tão preciso da vida do embrião e do seu « grito silencioso ». Estou a falar aqui no filme realizado pelo Dr Bernard Nathanson, defensor ardente da legalização do aborto nos Estados Unidos, arrependido ao ver a ecografia dum aborto, e agora ardente apóstolo da abolição daquela legalização.

    No episódio da Visitação, há também um grito silencioso, mas um grito de alegria, o de João, embrião de 6 meses. A seguir vem o grito sonoro de Isabel, a mãe dele, que grita, duma « voz forte » : « bendita és tu entre todas as mulheres, e bendito é o fruto do teu ventre  . Como se faz que tenha aquela alegria de que  a mãe do meu Senhor venha ter comigo ?… Feliz daquela que acreditou no cumprimento das palavras que lhe foram ditas da parte do Senhor. »
Como foi que Isabel conseguiu ouvir aquele grito silencioso de João ? Porque o grito foi acompanhado por um estrecimento sensível, por uma dança perante o Autor da vida trazido por Maria, Arca da Nova Aliança, Sacrário da Vida, ostensório da Presença Real. João, que ouve a saudação de Maria, Isabel que percebe o estrecimento de João, tudo isso está confirmado hoje pela ciência e tem de despertar a nossa admiração, o nosso respeito perante o esplendor da vida humana antes da nascença.

    Infelizmente, em vez disso, há quem prefere tapar os ouvidos, velar  as suas faces. Enquanto que o feto percebe a luz e ouve os sons desde o 6° mês, os « grandes » deste mundo (os adultos) não querem ver a luz, não querem ouvir a voz de Deus e sobre Deus. Nathanson foi caluniado. A verdade do seu filme foi confirmada pela justiça (no dia 25/02/1992).  Sem resultado : no dia 28 de Dezembro de 1997 foi inaugurado em França o primeiro « Memorial do Bilhão » (um bilhão de abortos conforme as estatísticas da ONU). Hoje, nesta hora em que estou a falar, contam quase 1 bilhão e 412 milhões de abortos desde o dia 22 de Janeiro de 1973 (« Roe versus Wade ») !!!

    O aborto será, sim ou não, « um crime abominável » ? Se é verdade, temos que o dizer. E até devemos ir mais além, devemos mostrá-lo. O aborto não é um simples desaparecimento, é um assassinato, dizia João-Paul II. Então é imprescindível mostrá-lo. O choque das fotografias é tão importante como que o peso das palavras.

    Tendes reparado que, nas discussões sobre o aborto na TV, só vemos adultos e crianças ? Aqueles de que se fala, os embriãos não são presentes naqueles programas que falam principalmente deles e do seu destino.

    Nunca são apresentados :

  • nem nos estados sucessivoss do seu desenvolvimento,

  • nem no seu estado de vítimas,

  • nem a sua luta para salvaguardar a sua existência.

    Ora aqui principalmente, não se podem economizar as imagens :

  • Economizamos as imagens nos documentários sobre os campos de exterminação nazis, quando se tratam de imagens dificilmente aguentáveis ?
  • Economizamos as imagens na apresentação de acidentes da viação, enquanto queremos avisar os automobilistas, afim de evitar tais catástrofes ? No entanto, a segurança da vida no seu princípio vale bem a segurança rodoviária.
  • Economizamos imagens quando queremos educar os jovens a propósito do uso da droga, e mostramos o estado de decadência que os ameaça ?

    Depois de ver « O rito silencioso » do Dr Nathanson, João-Paulo II disse : « Eu tive a oportunidade de ver aquele filme e ainda hoje não me posso esquecer dele. É difícil imaginar esse drama terrível e toda a sua eloquência moral e humana » (4 de Junho de 1991).

    Não se trata de condenar quem quer que seja. So Deus pode ser Juiz ; mas trata-se de denunciar um escândalo que um silêncio e omissões culpadas podem banalizar. Mulheres de 20-30 anos, depois de abortar, declararam ter sido enganadas sobre a natureza dele. Deram-lhes a entender que não passava da ablação dum tumor benigno. Pode-se e deve-se militar pelo respecto da vida, sem risco de ser qualificado de agressividade nem de maniqueismo. Não podemos, não devemos esconder o ensinamento moral da Igreja, com a condição, evidentemente, de aceitarmos confessar que somos pecadores também, e julgados pela mesma verdade. Os santos praticaram essa humildade : « Senhor, desconfia de Filipe, dizia S. Filipe Neri ; mesmo esta noite, podia ser muçulmano ». Podemos nós dizer também : « Senhor, desconfia de mim. Podia sentir a tentação de abortar ou de levar alguém (a minha filha, a minha amiga…) ao aborto ;

    Uma iniciativa recente convida todos os padres de França para tocar os sinos funebres no dia 28 de Dezembro, Festa dos Santos Inocentes, às 18.00h, antes ou depois dos « Ave-Marias ». Pede também a todos os fiéis para convidar os seus padres a fazer isso. Levemos aquele gesto simbólico, mas significativo, e procuremos sensibilizar uma opinião publica « com pele de elefante », na nossa oração, e por ocasião de Natal, demos peso à nossa oração, aliviando o nosso porta-moedas ao benefício duma obra que trabalha para ajudar as mães aflitas. Salvar uma vida não tem preço ! Direis talvez que isso não vai mudar nada. O pior era que, um dia, possamos ser censurados por nada ter feito. Uma coisa está certa : connosco ou sem nós, a Luz vencerá as trevas!


(tradução : G.Jeuge)

Benoît XVI, Les vocations, signe de l’espérance fondée sur la foi, Message pour la journée mondiale de prière pour les vocations

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Le message du Pape pour la journée mondiale de prière pour les vocations a été publié samedi. Elle sera célébrée le 21 avril prochain, quatrième dimanche de Pâques. A l’occasion de cette 50ème édition, Benoît XVI invite à une réflexion sur le thème «Les vocations, signe de l’espérance fondée sur la foi». Un thème qui s’inscrit dans le contexte de l’Année de la Foi et du cinquantenaire de l’ouverture du Concile Vatican II. 
 

Compte rendu d'Olivier Bonnel (Radio Vatican) : >>   

Voici le texte intégral du Message de Benoît XVI :


MESSAGE DU SAINT-PÈRE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS 21 AVRIL 2013 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES

Thème: Les vocations, signe de l’espérance fondée sur la foi

Chers frères et sœurs,


En cette 50ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, célébrée le 21 avril 2013, quatrième dimanche de Pâques, je voudrais vous inviter à réfléchir sur le thème: «Les vocations, signe de l’espérance fondée sur la foi», qui s’inscrit bien dans le contexte de l’Année de la Foi et dans le 50ème anniversaire de l’ouverture du Concile Œcuménique Vatican II. Le Serviteur de Dieu Paul VI, pendant l’Assemblée conciliaire, institua cette Journée d’invocations unanimes adressées à Dieu le Père pour qu’il continue d’envoyer des ouvriers pour son Eglise (cf. Mt 9,38). «Le problème du nombre suffisant de prêtres – soulignait alors le Pontife – touche de près tous les fidèles: non seulement parce que l’avenir religieux de la société chrétienne en dépend, mais aussi parce que ce problème est le signe précis et indéniable de la vitalité de la foi et de l’amour des communautés paroissiales et diocésaines particulières, et le témoignage de la santé morale des familles chrétiennes. Là où l’on vit généreusement selon l’Evangile, là jaillissent de nombreuses vocations à l’état clérical et religieux» (PAUL VI, Radio message, 11 avril 1964).


Ces dernières décennies, les diverses communautés ecclésiales répandues dans le monde entier se sont retrouvées spirituellement unies chaque année, le quatrième dimanche de Pâques, pour implorer de Dieu le don de saintes vocations et pour proposer à nouveau à la réflexion de tous l’urgence de la réponse à l’appel divin. Ce rendez-vous annuel significatif a favorisé, en effet, un engagement fort pour mettre toujours plus au centre de la spiritualité, de l’action pastorale et de la prière des fidèles, l’importance des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée.L’espérance est attente de quelque chose de positif pour l’avenir, mais qui en même temps doit soutenir notre présent, souvent marqué par les insatisfactions et les insuccès. Où se fonde notre espérance? En regardant l’histoire du peuple d’Israël racontée dans l’Ancien Testament, nous voyons émerger, même dans les moments de plus grande difficulté comme ceux de l’exil, un élément constant, rappelé en particulier par les prophètes: la mémoire des promesses faites par Dieu aux Patriarches; mémoire qui requiert d’imiter l’attitude exemplaire d’Abraham, rappelée par l’Apôtre Paul, «espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi père d'une multitude de peuples, selon qu'il fut dit: telle sera ta descendance» (Rm 4,18). Une vérité éclairante et consolante qui émerge de toute l’histoire du salut est la fidélité de Dieu à l’alliance, dans laquelle il s’est engagé et qu’il a renouvelée chaque fois que l’homme l’a trahie par l’infidélité, le péché, de l’époque du déluge (cf. Gn 8,21-22) à celle de l’exode et de la traversée du désert (cf. Dt 9,7); fidélité de Dieu qui est allée jusqu’à sceller la nouvelle et éternelle alliance avec l’homme, à travers le sang de son Fils, mort et ressuscité pour notre salut.


A tout moment, surtout dans les moments les plus difficiles, c’est toujours la fidélité de Dieu, authentique force motrice de l’histoire et du salut, qui fait vibrer les cœurs des hommes et des femmes et qui les confirme dans l’espérance de rejoindre un jour la «Terre promise». Là se trouve le fondement sûr de toute espérance: Dieu ne nous laisse jamais seuls et il est fidèle à la parole donnée. Pour cette raison, en toute situation, heureuse ou défavorable, nous pouvons nourrir une solide espérance et prier avec le psalmiste: «En Dieu seul repose-toi, mon âme, de lui vient mon espoir» (Ps 62,6). Espérer signifie donc se confier dans le Dieu fidèle, qui garde les promesses de l’alliance. Foi et espérance sont ainsi étroitement unies. «De fait ‘espérance’ est un mot central de la foi biblique – au point que, dans certains passages, les mots ‘foi’ et ‘espérance’ semblent interchangeables. Ainsi, la Lettre aux Hébreux lie étroitement à la ‘plénitude de la foi’ (10, 22) ‘l'indéfectible profession de l'espérance’ (10, 23). De même, lorsque la Première Épître de Pierre exhorte les chrétiens à être toujours prêts à rendre une réponse à propos du logos – le sens et la raison – de leur espérance (cf. 3, 15), ‘espérance’ est équivalent de ‘foi’» (Enc. Spe salvi, n. 2).


Chers frères et sœurs, en quoi consiste la fidélité de Dieu à laquelle nous devons nous confier avec une ferme espérance? En son amour. Lui, qui est Père, répand son amour dans notre être le plus profond, par l’Esprit Saint (cf. Rm 5,5). Et cet amour précisément, manifesté pleinement en Jésus Christ, interpelle notre existence, requiert une réponse sur ce que chacun veut faire de sa propre vie, sur ce qu’il est disposé à mettre en jeu pour la réaliser pleinement. L’amour de Dieu suit parfois des chemins impensables, mais rejoint toujours ceux qui se laissent trouver. L’espérance se nourrit donc de cette certitude : «Et nous, nous avons reconnu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru» (1 Jn 4,16). Et cet amour exigeant, profond, qui dépasse la superficialité, nous donne courage, nous fait espérer dans le chemin de la vie et dans l’avenir, nous fait avoir confiance en nous-mêmes, dans l’histoire et dans les autres. Je voudrais m’adresser tout particulièrement à vous les jeunes et vous redire: «Que serait votre vie sans cet amour? Dieu prend soin de l’homme de la création jusqu’à la fin des temps, lorsqu’il mènera à bien son projet de salut. Dans le Seigneur ressuscité nous avons la certitude de notre espérance!» (Discours aux jeunes du diocèse de San Marino-Montefeltro, 19 juin 2011).


Comme il advint dans le cours de son existence terrestre, aujourd’hui encore Jésus, le Ressuscité, marche au long des routes de notre vie, et nous voit plongés dans nos activités, avec nos désirs et nos besoins. C’est justement dans le quotidien qu’il continue de nous adresser sa parole; il nous appelle à réaliser notre vie avec Lui, le seul qui soit capable d’étancher notre soif d’espérance. Aujourd’hui encore, Vivant dans la communauté des disciples qui est l’Eglise, il appelle à le suive. Et cet appel peut nous rejoindre à n’importe quel moment. Aujourd’hui encore Jésus répète: «Viens! Suis-moi!» (Mc 10,21). Pour accueillir cette invitation, il faut ne plus choisir soi-même son propre chemin. Le suivre signifie immerger sa propre volonté dans la volonté de Jésus, lui donner vraiment la priorité, le mettre à la première place par rapport à tout ce qui fait partie de notre vie: la famille, le travail, les intérêts personnels, soi même. Cela signifie Lui remettre notre propre vie, vivre avec Lui dans une intimité profonde, entrer à travers Lui en communion avec le Père dans l’Esprit Saint et, en conséquence, avec les frères et sœurs. Cette communion de vie avec Jésus est le «lieu» privilégié où l’on fait l’expérience de l’espérance et où se réalisera une vie libre et remplie!


Les vocations sacerdotales et religieuses naissent de l’expérience de la rencontre personnelle avec le Christ, du dialogue sincère et confiant avec Lui, pour entrer dans sa volonté. Il est donc nécessaire de grandir dans l’expérience de la foi, comprise comme relation profonde avec Jésus, comme écoute intérieure de sa voix, qui résonne en nous. Ce chemin, qui rend capable d’accueillir l’appel de Dieu, peut advenir à l’intérieur de communautés chrétiennes qui vivent un intense climat de foi, un témoignage généreux d’adhésion à l’Evangile, une passion missionnaire qui conduit au don total de soi pour le Royaume de Dieu, alimenté par la fréquentation des Sacrements, en particulier de l’Eucharistie, et par une fervente vie de prière. Cette dernière «doit, d'une part, être très personnelle, une confrontation de mon moi avec Dieu, avec le Dieu vivant. D'autre part, cependant, elle doit toujours être à nouveau guidée et éclairée par les grandes prières de l'Église et des saints, par la prière liturgique, dans laquelle le Seigneur nous enseigne continuellement à prier de façon juste» (Enc. Spe salvi, n. 34).


La prière constante et profonde fait croître la foi de la communauté chrétienne, dans la certitude toujours renouvelée que Dieu n’abandonne jamais son peuple et qu’il le soutient en suscitant des vocations spéciales, au sacerdoce et à la vie consacrée, pour qu’elles soient signes d’espérance pour le monde. Les prêtres et les religieux, en effet, sont appelés à se donner d’une manière inconditionnée au peuple de Dieu, dans un service d’amour de l’Evangile et de l’Eglise, un service de cette ferme espérance que seule l’ouverture à l’horizon de Dieu peut donner. Ainsi, avec le témoignage de leur foi et avec leur ferveur apostolique, ils peuvent transmettre, particulièrement aux nouvelles générations, le vif désir de répondre généreusement et promptement au Christ qui appelle à le suivre de plus près. Quand un disciple de Jésus accueille l’appel divin pour se dédier au ministère sacerdotal ou à la vie consacrée, se manifeste un des fruits les plus mûrs de la communauté chrétienne, qui aide à regarder avec une particulière confiance et espérance vers l’avenir de l’Eglise et vers sa mission d’évangélisation. 


Cela nécessite toujours en effet de nouveaux ouvriers pour la prédication de l’Evangile, pour la célébration de l’Eucharistie, pour le Sacrement de la Réconciliation. Par conséquent, que ne manquent pas les prêtres zélés, qui sachent accompagner les jeunes comme «compagnons de voyage» pour les aider à reconnaître, sur le chemin souvent tortueux et obscur de la vie, le Christ, Voie, Vérité et Vie (cf. Jn 14,6); pour leur proposer, avec courage évangélique, la beauté du service de Dieu, de la communauté chrétienne, des frères! Des prêtres qui montrent la fécondité d’un engagement enthousiasmant, donnant un sens plénier à leur propre existence, parce que fondé sur la foi en celui qui nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 4,19)! Je souhaite également que les jeunes, au milieu de tant de propositions superficielles et éphémères, sachent cultiver l’attrait pour les valeurs, les buts élevés, les choix radicaux, pour un service des autres sur les pas de Jésus. Chers jeunes, n’ayez pas peur de le suivre et de parcourir les voies exigeantes et courageuses de la charité et de l’engagement généreux! Ainsi vous serez heureux de servir, vous serez témoins de cette joie que le monde ne peut donner, vous serez les flammes vives d’un amour infini et éternel, vous apprendrez à «rendre raison de l’espérance qui est en vous» (1 P 3, 15)!


Du Vatican, le 6 octobre 2012

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