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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI, Homélie pour la solennité du Christ Roi de l'Univers 2012

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

 

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Messieurs les Cardinaux,


Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,

Chers frères et sœurs,

La solennité du Christ-Roi de l’univers – couronnement de l’année liturgique – s’enrichit aujourd’hui de l’accueil dans le Collège cardinalice de six nouveaux Membres que, selon la tradition, j’ai invités à concélébrer avec moi l’Eucharistie, ce matin. À chacun d’eux, j’adresse mes plus cordiales salutations, en remerciant le Cardinal James Michael Harvey pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de tous. Je salue les autres Cardinaux et tous les Prélats présents, ainsi que les illustres autorités, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, les prêtres, les religieux et tous les fidèles, particulièrement ceux venus des diocèses confiés à la charge pastorale des nouveaux Cardinaux.

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’Église nous invite à célébrer le Seigneur Jésus, Roi de l’univers. Elle nous appelle à tourner notre regard vers l’avenir, ou mieux plus profondément, vers la destination finale de l’histoire qui sera le règne définitif et éternel du Christ. Il était au commencement avec le Père, quand le monde a été créé, et il manifestera pleinement sa seigneurie à la fin des temps, quand il jugera tous les hommes. Les trois lectures d’aujourd’hui nous parlent de ce règne.

Dans le passage de l’évangile, tiré du récit de Saint Jean, que nous avons écouté, Jésus se trouve dans une situation humiliante – celle d’accusé – devant le pouvoir romain. Il a été arrêté, insulté, raillé, et ses ennemis espèrent obtenir maintenant sa condamnation au supplice de la croix. Ils l’ont présenté à Pilate comme quelqu’un qui aspire au pouvoir politique, comme le prétendu roi des juifs. Le procureur romain mène son enquête et interroge Jésus : « Es-tu le roi des Juifs ? » (Jn 18, 33). Répondant à cette demande, Jésus précise la nature de son règne et de sa messianité-même, qui n’est pas un pouvoir mondain, mais un amour qui sert ; il affirme que son règne ne doit pas être absolument confondu avec un règne politique quelconque : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ... Non, ma royauté ne vient pas d’ici » (v. 36).

Il est évident que Jésus n’a aucune ambition politique. Après la multiplication des pains, les gens, enthousiasmés par le miracle, voulaient s’emparer de lui pour le faire roi, afin de renverser le pouvoir romain et établir ainsi un nouveau règne politique, qui aurait été considéré comme le royaume de Dieu tant attendu. Mais Jésus sait que le royaume de Dieu est d’un genre tout autre, il ne se fonde pas sur les armes et sur la violence. C’est la multiplication des pains qui devient alors, d’une part, le signe de sa messianité, mais, d’autre part, un tournant dans son activité : à partir de ce moment, la marche vers la croix se fait plus évidente ; là, par un acte suprême d’amour, resplendira le règne promis, le règne de Dieu. Mais la foule ne comprend pas, elle est déçue et Jésus se retire, tout seul, dans la montagne pour prier (cf. Jn 6, 1-15).

Dans le récit de la passion, nous voyons comment les disciples aussi, tout en ayant partagé la vie avec Jésus et écouté ses paroles, pensaient à un royaume politique, instauré même avec l’aide de la force. À Gethsémani, Pierre avait tiré du fourreau son épée et avait commencé à combattre, mais Jésus l’avait empêché (cf. Jn 18, 10-11). Il ne veut pas être défendu par les armes, mais il veut accomplir jusqu’au bout la volonté de son Père et établir son royaume non pas par les armes et la violence, mais par la faiblesse apparente de l’amour qui donne la vie. Le royaume de Dieu est un royaume totalement différent des royaumes terrestres.

Et c’est pour cela que, face à un homme sans défense, fragile, humilié, comme l’est Jésus, un homme de pouvoir comme Pilate reste surpris ; surpris parce qu’il entend parler d’un royaume, de serviteurs. Et il pose une question qui lui semblera paradoxale : « Alors, tu es roi ? ». Quel genre de roi peut être un homme dans ces conditions-là ? Mais Jésus répond par l’affirmative : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix » (18, 37). Jésus parle de roi, de royaume, cependant, il ne se réfère pas à la domination, mais à la vérité. Pilate ne comprend pas : peut-il exister un pouvoir qui ne s’obtient pas par des moyens humains ? Un pouvoir qui ne réponde pas à la logique de la domination et de la force ? Jésus est venu révéler et apporter une nouvelle royauté, celle de Dieu ; il est venu rendre témoignage à la vérité d’un Dieu qui est amour (cf. 1 Jn 4, 8.16) et qui veut établir un royaume de justice, d’amour et de paix (cf. Préface). Celui qui est ouvert à l’amour, écoute ce témoignage et l’accueille avec foi, pour entrer dans le royaume de Dieu.

Nous retrouvons cette perspective dans la première lecture que nous venons d’écouter. Le prophète Daniel prédit le pouvoir d’un personnage mystérieux placé entre ciel et terre : « Je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (7, 13-14). Ces paroles annoncent un roi qui domine de la mer à la mer jusqu’aux bouts de la terre, grâce à un pouvoir absolu qui ne sera jamais détruit. Cette vision du prophète – une vision messianique – est éclairée et trouve sa réalisation dans le Christ : le pouvoir du vrai Messie – pouvoir qui ne décline jamais et qui ne sera jamais détruit – n’est pas celui des royaumes de la terre qui s’élèvent et s’écroulent, mais celui de la vérité et de l’amour. Cela nous fait comprendre comment la royauté annoncée par Jésus dans les paraboles et révélée ouvertement et explicitement devant le Procureur romain, est la royauté de la vérité, l’unique qui donne à toute chose sa lumière et sa grandeur.

Dans la deuxième lecture, l’auteur de l’Apocalypse affirme que nous aussi nous participons à la royauté du Christ. Dans l’acclamation adressée à « celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang », il déclare que celui-ci « a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père » (1, 5-6). Il est clair ici aussi qu’il s’agit d’un royaume fondé sur la relation avec Dieu, avec la vérité, et non pas un royaume politique. Par son sacrifice, Jésus nous a ouvert le chemin pour une relation profonde avec Dieu : en lui, nous sommes devenus de véritables fils adoptifs, nous sommes rendus ainsi participants de sa royauté sur le monde. Être disciples de Jésus signifie donc ne pas se laisser séduire par la logique mondaine du pouvoir, mais apporter au monde la lumière de la vérité et de l’amour de Dieu. L’auteur de l’Apocalypse étend ensuite son regard à la deuxième venue de Jésus pour juger les hommes et établir pour toujours le règne divin, et il nous rappelle que la conversion, comme réponse à la grâce divine, est la condition pour l’instauration de ce royaume (cf. 1, 7).

C’est là une invitation pressante adressée à tous et à chacun : nous convertir toujours au règne de Dieu, à la seigneurie de Dieu et de la Vérité, dans notre vie. Chaque jour, nous l’invoquons dans la prière du ‘Notre Père’ avec les paroles : « Que ton règne vienne » ; cela revient à dire à Jésus : Seigneur fais-nous devenir tiens, vis en nous, rassemble l’humanité dispersée et souffrante, pour qu’en toi, tout soit soumis au Père de miséricorde et d’amour.

À vous, chers et vénérés frères Cardinaux – je pense particulièrement à ceux qui ont été créés hier – est confiée cette lourde responsabilité : rendre témoignage au règne de Dieu, à la vérité. Cela signifie faire émerger toujours la priorité de Dieu et de sa volonté face aux intérêts du monde et à ses puissances. Soyez les imitateurs de Jésus, qui, devant Pilate, dans la situation humiliante décrite par l’Évangile, a manifesté sa gloire : celle d’aimer jusqu’au bout, en donnant sa propre vie pour les personnes qu’il aime. C’est la révélation du règne de Jésus. Et c’est pourquoi, d’un seul cœur et d’une seule âme, prions : « Adveniat regnum tuum » (Que ton règne vienne). Amen.

 [Texte original: italien]

© Libreria Editrice Vaticana

 

SOLENIDADE DE CRISTO, REI DO UNIVERSO : DA APOSTASIA AO TESTEMUNHO (Jo 18, 33-37)

Walter Covens #homilias em português
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    A solenidade de Cristo, Rei do Universo, foi instaurada pelo Papa Pio XI no ano de 1925 em prolongamento das solenidades das festas do Corpo de Deus e do Sagrado Coração de Jesus, com o fim de trazer remédio às desordens que afligem o mundo. O Papa julgava que a criação duma solenidade podia ser mais capaz de produzir frutos duradouros do que a simples promulgação dum documento, mesmo que fosse uma encíclica.

    Todos os dias as informações trazem notícias de guerras, de assassínios. Mulheres são batidas pelo marido, crianças são matadas pela mãe, ministros são assassinados por serviços secretos, polícias são agredidos por « suportadores » de futebol e por jovens dos bairros . Tudo isso passa-se à nossa porta, quase diante dos nossos olhos…

    Quando a opinião fica comovida por causa dum acto julgado grave, nas oficinas de televisão, nas salas de redacção dos jornais, nos estúdios da rádio, procedem a muitos comentários. Especialistas são convidados para fazer analises sábias. Políticos tomam medidas e mandam votar leis. Candidatos às eleições declaram que vão fazer melhor do que os outros…

    Hoje, a Igreja diz-nos assim : a única solução é aceitar Crsto, não só como Rei dos nossos corações dentro da nossa intimidade, mas também como rei do Universo. Porquê será que a solenidade de Cristo Rei pode trazer uma resposta válida (a única) às calamidades a caír sobre o mundo, ainda hoje ? Pio XI responde : em primeiro lugar, porque essa profusão de males no universo são o resultado dos homens « terem afastado Jesus Cristo e a sua lei santíssima dos costumes da vida individual bem como da vida familiar  e pública » ; em segundo lugar porque é preciso « buscar a paz de Cristo por meio do Reino de Cristo » e porque, para restaurar e consolidar a paz, não há « meio mais eficaz do que restaurar a soberania de Nosso Senhor »

    Pois, temos que admitir esta evidência : como será possível espantar-se ao ver as leis desprezadas, os homens da lei agredidos (como aconteceu a um polícia da Martínica no fim dum desafio de futebol em Paris), enquanto ao mesmo tempo são votadas leis que atacam a dignidade humana, que troçam dela ? Pois várias leis atacam a vida humana no seu princípio e no seu fim, mediante o aborto e a eutanasia ; leis que atacam os alicerces da sociedade, da família, legalizando as uniões homosexuais como casamentos, instaurando o divórcio e até a poligamia (como na Holanda, onde agora é possível juntar um casamento com um « contrato de união » com outra pessoa !) Tantos sintomas que não enganam : são sinal certo duma doença chamada laicismo, « a pesta dos nossos tempos » (Pio XI)

« Deus e Jesus Cristo tendo sido excluidos da legislação e dos assuntos públicos, a autoridade já não recebendo a sua origem de Deus mas dos homens, aconteceu que… o  próprio fundamento da autoridade foi abolido enquanto suprimiam o motivo essencial do direito de mandar e de obedecer. Fatalmente o resultado foi o abalo da sociedade humana toda, já privada de sustentáculo e de apoio firmes (Pio XI, Ubi arcano, 23/12/1922) ».

    Há vários anos para trás, tinha sido nomeado capelão dum « Campus Universitário ». O que me tinha precedido tinha saido desde havia mais ou menos 10 anos. Durante um ano, com o auxílio do arcebispo, tinha  pedido às autoridades universitárias uma sala para receber os estudantes dentro do « campus ». Apesar de promessas bonitas, nunca consegui obter alguma sala. Quando me falaram no dogma da laïcidade, respondera que, se não quisessem capelão para os estudantes, brevemente teriam que chamar a polícia. E foi mesmo o que aconteceu… depois dum ano . Sim, como esperar a paz de Cristo se rejeitam o Reino de Cristo ?

    E porquê será que se rejeita o Reino de Cristo ? O que é que dá medo ? Não só Jesus não teve guardas que se batam para o libertar dos Judeus, mas quando os mesmos Judeus queriam apoderar-se dele pra o proclamar rei, fugiu. Diante de Pilatos ele afirma claramente : « O meu reino não é deste mundo ». Um hino para a festa da Epifania (Crudelis Herodes ) diz a Herodes e a todos quantos têm medo do Reino de Cristo :

« Não rouba as córoas efémeras, aquele que distribui as córoas do Céu ».

    Entramos no Reino de Cristo livremente, pelo baptismo. O Reino de Jesus não é contra os reinos do mundo. Só é contra o Reino de Satanás, mediante o Sangue derramado pelo Cordeiro. Mas aos baptizados Jesus pede para ser testemunhas suas sem medo, até derramar o seu sangue, se for preciso.

    Diante de Pilatos Cristo proclama que « veio ao mundo para testemunhar da verdade ». O dever dos cristãos é tomar parte na vida da Igreja que os incita a agir como testemunhas do Evangelho e das obrigações resultantes Esse testemunho é a transmissão da fé , em palavras e actos. O testemunhar é acto de justiça que estabelece ou mostra a verdade :

« Todos os cristãos, quer que seja o local onde moram, têm de manifestar… pelo exemplo da sua vida  e o testemunho da sua palavra, o homem novo que revestiram no baptismo, bem como a força do Esírito Santo que os fortaleceu pela Confirmação » (AG 11).

    Assim percebida, a solenidade  de Crsito Rei do Universo é um convite urgente para passar da apostasia ao testemunho :

« Os frutos muito amargos produzidos, tantas vezes e com tanta persistência, por esta apostasia dos indivíduos e dos Estados ao abandonar Cristo, (…) temos que os deplorar hoje novamente : frutos dessa apostasia, germes de ódio, semeados por toda a parte ; invejas,  rivalidades entre os povos, que nutrem as querelas internacionais e atrasam, mesmo agora, a vinda duma paz de reconciliação ; as ambições desencadeadas, que se disfarçam com a máscara do  « bem público » e do « amor pela pátria », com as suas tristes consequências : discórdias civis, egoismo cego e desmedido que, só procurando as satisfações e vantagens pessoais, percebe tudo conforme a medida do interesse próprio. Ainda frutos dessa apostasia, a paz doméstica  transtornada pelo abandono dos deveres e pela indiferença das consciências ; a união e a estabilidade das famílias desequilibradas ; toda a sociedade, afinal, abalada e ameaçada pela ruina ». (Pio XI Quas Primas)

    O martírio é o testemunho súpremo dado à verdade da fé : ele manifesta um testemunho que vai até à morte. O mártir dá testemunho de Cristo, morto e ressuscitado, a quem fica unido pela caridade. Dá testemunho  da verdade da fé e da doutrina cristã. Aguenta a morte graças a um acto de força « Deixai que seja a comida da feras. É por elas que poderei chegar a Deus » (S Inácio de Antioche, Rom.4,01).

«De nada me servirão os encantos do mundo nem dos reinos deste século. É melhor para mim morrer (para me unir) a Cristo Jesus do que reinar sobre as extremidades da terra. É Ele que procuro, que morreu por nós ; Ele que quero, que ressuscitou por nós. O meu parto está próximo… » (S.Inácio de Antioche, Rom. 6, 1-2).

« Eu bendigo-Te por me ter julgado digno deste dia e desta hora, digno de ser contado entre os teus mártires… Cumpriste a tua promessa, Deus da fidelidade e da verdade. Por essa graça e por todas as coisas, eu louvo-te, bendigo-te pelo eterno e celeste Sumo Sacerdote, Jesus Cristo, o teu Filho muito amado. Por ele, qui está contigo, glória te seja dada, agora e nos séculos.Amen » (S.Polycarpe, matr. 14, 2-3).

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour la Solennité du Christ Roi de l'Univers B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

 

 

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« Tout subsiste en Lui ». Cette affirmation que Saint Paul répète à plusieurs reprises dans ses Epîtres, représente l’horizon que nous devons contempler afin de vivre la Fête de ce jour, car, dans sa brièveté, elle en exprime admirablement tout le sens. Il s’agit en effet ici de la vérité du mystère qui pénètre le monde, qui pénètre l’Univers tout entier, jusqu’au cœur de chacun, ce cœur qui bat en nous en ce moment. Le Christ est la consistance de tout, le « point de fugue » vers lequel converge toute la trajectoire de l’histoire humaine ; le Christ est le « juge » et la « mesure » des esprits et des cœurs, ainsi que le dit l’hymne de cette Fête.

En commentant ce « tout consiste en Lui » de S. Paul, J. Huby s’exprimait ainsi : « En Lui [dans le Christ] toutes les choses ont été créées comme dans le principe même de leur existence, le centre suprême de l’unité, de l’harmonie, de la cohésion qui confère au monde sa signification, sa valeur, et par cela, sa réalité. Ou bien, pour employer une autre métaphore, comme le siège, le point de rencontre où se réunissent et se coordonnent tous les fils conducteurs, tous les générateurs de l’univers. Quiconque aurait un point de vue instantané de l’univers total, passé, présent, futur, verrait tous les êtres suspendus ontologiquement au Christ, et non définitivement intelligibles, si ce n’est grâce à Lui » (J. Huby, Saint Paul. Les Epîtres de la captivité). Et le Christ-Roi, c’est cela !

Notre conscience devrait en être complètement dominée, parce que la raison est le « point humain » créé pour reconnaître la réunification que le Christ opère. La raison humaine a été créée pour reconnaître la Raison incréée : le Christ-Roi en quoi tout consiste.

Sans cette ouverture docile au mystère, la réalité apparaît réduite, exactement ainsi que la décrit le prophète Ezéchiel : un troupeau chaotique de brebis sans pasteur qui avance dans une journée nuageuse et brumeuse. Il se meut sans direction et sans but. On pourrait y voir la condition d’une grande partie de la culture contemporaine, résignée au « non-sens », à vivre sans but et à avancer sans direction précise. Dans ces conditions, si les brebis ne se transforment pas en loups féroces, elles risquent de se résigner, allant à la débandade.

Mais le Christ est venu afin de redonner à l’homme sa raison de vivre et Il l’a fait en donnant aux ténèbres la lumière, l’amour et une dernière possibilité de réelle miséricorde à ce sentiment insurmontable d’insuffisance, qui est propre à la raison créée. Ce n’est qu’en admettant ses limites et son insuffisance que la raison humaine se transforme en véritable affection envers soi et envers la réalité, laissant la porte grande ouverte à une ultime possibilité d’amour, à une ultime étreinte qui représente la victoire sur le mal et sur la mort.

Le Christ est le Roi de l’Univers ; Il l’a dominé et le domine par Son Amour ; en mourant pour les hommes il a anéanti la mort qui représente la dernière et la plus grande objection à laquelle s’affrontent notre raison et notre affection.

En se faisant donc principe suprême d’intelligibilité de la réalité le Christ est également principe suprême de moralité. Juge de toute action, juge aussi de ceux qui sans le connaître agissent « pour » ou « contre le mystère : « Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé ou assoiffé ou étranger ou nu ou malade ou en prison sans T’avoir assisté ? […] en vérité je vous le dis : chaque fois que vous n’avez pas fait ces choses au plus petit de mes frères, vous ne les avez pas faites à moi […]. Loin de moi, maudits, vers le feu éternel ».

Mais à nous qui L’avons connu, que nous dira-t-Il donc si nous abandonnons la raison qu’Il nous a donnée gratuitement, si nous abandonnons l’affection qu’avec Sa miséricorde Il nous a offerte ?

Prions la Bienheureuse Vierge Marie, Reine de l’Univers, afin que nos esprits rebelles se soumettent docilement et amoureusement au Roi des Rois, afin que son amour nous réunisse dans le bercail de l’Eglise. Car nous sommes sa compagnie dans l’histoire, le point où, à l’intérieur de toute raison créée et de tous les pauvres cœurs si peu enclins à l’amour humain, se manifeste la Raison incréée et l’abîme de l’Amour incréé de la Miséricorde Divine.

Les Chrétiens représentent dans l’histoire l’instant où la paix commence à régner, grâce à l’humble reconnaissance de Son Autorité suprême : sur le Cosmos, sur l’Eglise, sur le cœur de chaque homme. Une souveraineté unique et vraiment libératrice.

 

 

Joseph Ratzinger - Benoît XVI, "L'enfance de Jésus", Editions Flammarion, 2012

dominicanus #Il est vivant !

L'enfant Jésus raconté par Joseph

L'ouvrage que Joseph Ratzinger a consacré à l'enfance du Messie dans les Évangiles arrive dans les librairies. C'est une "histoire vraie", affirme le pape, et pas une pure construction théologique 

 

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par Sandro Magister




ROME, le 20 novembre 2012 – "L'enfance de Jésus" de Joseph Ratzinger-Benoît XVI sera en vente à partir de demain, en allemand - c’est le texte original -  et en huit autres langues : italien, anglais, français, espagnol, portugais, brésilien, polonais, croate. Le tirage global de lancement est de plus d’un million d’exemplaires. Au cours des mois à venir, l’ouvrage sera traduit en onze autres langues et diffusé dans 72 pays.

C’est un livre court et écrit sous une forme simple et linéaire. Plus facile à lire que les deux autres tomes, plus volumineux, du "Jésus de Nazareth". Il est publié en dernier, mais l’auteur a déclaré que, selon son intention, l’ouvrage "est une sorte de petite 'entrée' qui introduit aux deux ouvrages précédents, consacrés à la figure et au message de Jésus de Nazareth".

Avant la publication du livre, la grande inconnue était la manière dont Benoît XVI allait répondre à la question de savoir si la naissance virginale, l'adoration des Mages et les autres récits de l'enfance de Jésus, dans les Évangiles de Matthieu et de Luc, sont "vraiment une histoire qui a eu lieu" ou bien "seulement une méditation théologique exprimée sous forme d’histoires".

L'auteur penche nettement en faveur de la première des deux réponses. Mais sans refuser le droit de cité dans l’Église à la seconde manière de voir.

À la fin du chapitre consacré aux Mages, Benoît XVI donne raison à Jean Daniélou qui écrivait dans "Les Évangiles de l'Enfance" :

"A la différence du récit de l'annonciation à Marie, l'adoration des Mages ne touche à aucun aspect essentiel pour la foi. Elle pourrait être une création de Matthieu, inspirée par une idée théologique : dans ce cas, rien ne s’écroulerait".

"Cependant Daniélou lui-même – ajoute le pape Ratzinger – arrive à la conviction qu’il s’agit d’événements historiques dont la signification a été interprétée théologiquement par la communauté judéo-chrétienne et par Matthieu".

Et il poursuit :

"Pour dire les choses simplement : c’est aussi ma conviction".

Benoît XVI reconnaît que, "au cours des cinquante dernières années", la tendance à ne pas admettre l’historicité de l'adoration des Mages s’est affirmée chez les exégètes. Cette opinion – note le pape – "ne se fonde pas sur de nouvelles connaissances historiques, mais sur une attitude différente envers la Sainte Écriture et envers le message chrétien dans son ensemble".

Pour prouver ce changement, le pape fait remarquer que, alors qu’en 1942, à l’entrée "Mágos" du "Theologisches Wörterbuch zum Neuen Testament", le protestant Gerhard Delling "considérait l’historicité du récit consacré aux Mages comme encore assurée de manière convaincante", par la suite "même des exégètes à l’orientation ecclésiale claire" comme les catholiques Ernst Nellessen ou Rudolf Pesch se sont déclarés "opposés à l’historicité" ou tout au moins ils ont "laissé cette question ouverte".

En tout cas, face à toutes ces remarques, Benoît XVI conseille de "prendre en considération de manière attentive" la manière de voir d’un autre exégète catholique contemporain, Klaus Berger, qui, dans le commentaire qu’il a consacré au Nouveau Testament en 2011, écrit :

"Il faut supposer – jusqu’à preuve du contraire – que les évangélistes n’ont pas l’intention de tromper leurs lecteurs, mais qu’ils veulent raconter des faits historiques. Contester, par pure suspicion, l’historicité de ce récit va au-delà de tout ce que l’on peut imaginer comme compétence d’historien".

Et il conclut :

"Je ne peux qu’être d’accord avec cette affirmation. Les deux chapitres du récit de l'enfance dans Matthieu ne sont pas une méditation exprimée sous forme d’histoires. Au contraire : Matthieu nous raconte la véritable histoire, qui a été méditée et interprétée théologiquement et, par là, il nous aide à comprendre plus profondément le mystère de Jésus".

On peut lire ci-dessous la dernière page du livre, à la fin du chapitre consacré à Jésus âgé de douze ans, perdu et retrouvé au temple.




LE MYSTÈRE DU VRAI HOMME ET VRAI DIEU


[...] Ce que dit Luc à propos de Jésus qui grandissait non seulement en âge mais aussi en sagesse est également important. D’une part, d’après la réponse de l’enfant de douze ans, il est évident qu’Il connaît le Père – Dieu – de l’intérieur. Lui seul connaît Dieu, pas seulement à travers des être humains qui témoignent de celui-ci, mais Il le reconnaît en lui-même. En tant que Fils, Il est intimement lié au Père. Il vit en sa présence. Il le voit. Jean dit qu’Il est l’Unique qui «est dans le sein du Père» et qui, pour cette raison, peut le faire connaître (Jn 1,18). C’est justement cela qui devient évident dans la réponse de l’enfant de douze ans : Il est auprès du Père, Il voit les choses et les hommes à sa lumière. 

Toutefois il est également vrai que sa sagesse augmente. En tant qu’homme, Il ne vit pas dans une omniscience abstraite, mais Il est enraciné dans une histoire concrète, dans un lieu et dans un temps, dans les différentes phases de la vie humaine, et c’est de celà qu’Il tire la forme concrète de son savoir. Il apparaît donc ici, de manière très claire, qu’Il a pensé et appris de manière humaine. 

Il devient vraiment clair qu’Il est vrai homme et vrai Dieu, pour reprendre l’expression de la foi de l’Église. Le lien profond entre une dimension et l’autre, en dernière analyse, nous ne pouvons pas le définir. Il reste un mystère et, pourtant, il apparaît de manière très concrète dans le bref récit consacré à l’enfant de douze ans – un récit qui ouvre ainsi, en même temps, la porte à l’ensemble de sa personne, qui nous est ensuite raconté par les Évangiles.




Le livre :

Joseph Ratzinger - Benoît XVI, "L'enfance de Jésus", Editions Flammarion, 2012.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 33° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte » (Marc 13,29). Aujourd’hui la Liturgie de l’Eglise semble diriger nos cœurs et nos regards vers le Dernier jour, vers Celui qui est l’Alpha et l’Omega, le Principe et la Fin de toute chose, vers Celui dont nous célébrerons Dimanche prochain la Royauté universelle : Jésus-Christ Dieu. Tout se résume en Lui, tout tend vers Lui, tout le cosmos et l’histoire convergent vers Lui, toute la création « geint dans les souffrances de l’enfantement » - dirait Saint Paul – et nous vivons nous-mêmes dans cette douce attente continue.

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Le Christ nous aime tant, Son cœur est si brûlant d’amour et de désir pour chacun de nous qu’Il nous annonce - avant de s’immoler sur la Croix – ce qui se passera dans les derniers jours. Et c’est le propre de celui qui aime vraiment de susciter chez la personne aimée l’attente de son retour, pour qu’en l’attendant elle le désire, et qu’en le désirant elle accomplisse tous les actes d’amour que son cœur lui inspire afin de se préparer à la rencontre, afin de l’accueillir dignement, de lui exprimant son amour et de lui plaire.

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Quand le cœur se gonfle dans l’attente de l’être aimé, il se produit en outre une chose singulière : tout ce qui nous entoure se transfigure presque à nos yeux et devient ainsi une occasion, un prétexte, un moyen d’aimer. Et c’est encore plus évident avec le Christ ! Quand dans nos cœurs l’amour et de désir du Christ se ravive et se renouvelle, tout a un sens, – chaque rencontre, chaque circonstance, chaque joie et chaque douleur, chaque tâche – tout a une saveur nouvelle, car ce cœur est illuminé, prend consistance et trouve son sens, grâce à Lui, notre Créateur et notre Rédempteur.

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Cependant, en nous parlant des derniers jours, le Seigneur ne nous indique pas une échéance temporelle précise ; Il ajoute, en effet : « Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul » (Marc 13,32). C’est pour cela qu’Il nous dit : « quand vous verrez arriver ces choses ». Il nous incite en fait à observer la réalité et nous invite à y lire les signes certains de Son retour. En effet, ce n’est pas en nous réfugiant dans une religiosité intimiste et subjective, inapte à soutenir la vie, incapable d’obéir à la réalité que nous pouvons nous préparer au Dernier Jour. Il faut plutôt que nous pénétrions de manière de plus en plus sûre dans la réalité, en ayant confiance en Celui qui l’a faite et qui l’a rachetée, en ayant donc confiance en elle et dans les signes du Mystère qui nous apparaîtront de plus en plus nombreux. La réalité, en effet, est un élément souverain dans le cheminement vers le Ciel, car – nous dit encore l’Apôtre – « la réalité, au contraire, est le Christ » (Epître aux Colossiens 2,17).

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Cependant notre attente, l’attente chrétienne ne concerne pas uniquement un avenir qui serait assuré mais lointain. Le Jour futur vers lequel nous tendons, ce Dernier Jour auquel tout nous renvoie appartient déjà au Présent ! Il arrive déjà car ce Jour est le Christ, le Fils Unique de Dieu qui vient nous visiter d’en-haut comme un Soleil levant (cf. Luc 1,78). Nous ne vivons pas cette attente dans la tristesse, comme si nous désirions un bien absent ; mais nous vivons l’attente dans la joie de Sa Présence, laquelle nous rejoint dans l’Eglise, en particulier à travers les Sacrements et l’annonce de Sa Parole. Une Présence dont nous pouvons faire l’expérience à travers cette communion avec nos frères, qui représente un don du Saint Esprit. Une Présence qui resplendit, de façon éminente, sur l’Autel où Lui, le Christ, notre Futur, entre dans le présent de notre vie pour nous attirer à Lui, à Son Cœur, et, à travers Lui, au Père !

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Faisons en sorte que l’attente de Sa Présence allume en nos cœurs le désir et qu’elle le dilate et le rende capable d’un amour attentif et prévenant, qui reconnaisse le Christ dans tous ses frères et qui s’épanouira au Jour qui n’aura plus de fin. Que la Très Sainte Vierge Marie, Femme de l’attente et Modèle d’amour inégalable, prépare de plus en plus notre cœur à cette rencontre avec son Fils, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.

Pierre Mourlon-Beernaert, L'obole d'une pauvre veuve

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
32et.o.b.xl.jpg    Un (...) visage de femme, d'une discrétion exemplaire et d'une générosité étonnante, est présenté par Marc et par Luc, tandis que Matthieu regroupe de longues invectives contre les scribes et les pharisiens (Mt 23). En contraste avec la vanité de ceux-ci et une certaine hypocrisie de leur part, dont parlent également Marc et Luc, voici le récit d'une pauvre femme qui vient faire son offrande au Trésor du Temple, sans regarder autour d'elle; mais Jésus, lui, l'a remarquée.

    Jésus est assis et, selon Marc, il regardait autour de lui (v. 41 = etheôrei); selon Luc, "levant les yeux, il vit ... et il vit" (21, 1-2). Ses disciples ne sont pas loin, puisque Jésus les appelle peu après (Mc 12, 43); mais apparemment, ils n'avaient pas prêté attention à la modeste offrande d'une femme, parmi les dons des "riches". Cette femme, veuve de son état, est présentée comme "pauvre" (Mc vv. 42-43; Lc v. 3) ou même "indigente" (Lc v. 2 = penichra); mais nous verrons qu'elle est d'autant plus généreuse.

    Le bref épisode se situe avant le discours sur la ruine du Temple de Jérusalem, en face du Tronc ou du Trésor, là où les juifs apportaient leur offrandes, non sans notifier au prêtre de service la destination et le montant de leur don. Cette scène est le dernier enseignement de Jésus dans le Temple qu'il va définitivement quitter; cet adieu est un regard compréhensif et admiratif pour le don d'une femme veuve.

    Une fois de plus, la scène est bâtie sur un contraste. Un même verbe y revient sans cesse, indiquant le geste de jeter ou de mettre son offrande (Mc 7 fois; Lc 5 fois = ballein) dans le Tronc. C'est qu'il y a bien des façons de donner, comme l'expérience le montre tous les jours encore:

  • * d'un côté, de nombreux riches "mettaient beaucoup" comme le précise Marc; en réalité, Jésus fera remarquer qu'ils "mettaient tous en prenant sur leur superflu" (Mc v. 44; Lc v. 4).
  • * de l'autre, cette veuve pauvre mit exactement "deux leptes" (Mc v. 42; Lc v. 2), soit deux piécettes, les plus petites en usage à l'époque. Et Marc prend la peine de traduire un quadrant ou un quart d'as pour ses lecteurs romains. Il s'agit de très peu de chose, de quelques sous: on a calculé que c'était l'équivalent d'un huitième de la ration quotidienne de pain distribuée aux pauvres. Mais Jésus a compris qu'elle avait pris cette modeste somme "sur sa misère" ou "de sa pénurie" et qu'elle avait mis "tout ce qu'elle avait pour vivre": sa subsistance entière (Mc v. 44: holon ton bion) ou toute sa subsistance (Lc v. 4: panta ton bion).


    Telle est la scène dans sa simplicité; elle invite à réfléchir: qui donc a donné le plus? (Mc v. 43; Lc v. 3 = pleion). Une fois encore, Jésus va inverser les pespectives: c'est celui qui donné le plus qui a donné le moins; c'est le premier qui est dernier; c'est le grand qui est petit... Parmi tous ceux qui jetaient leurs offrandes dans le Tronc, c'est cette pauvre veuve que Jésus a vue; et il a été ébloui par son geste. De suite il en parle à ses disciples et leur dit son admiration pour cette femme.

    En somme, ce qui importe vraiment, ce n'est pas de donner beaucoup ou peu, mais c'est de donner tout ou encore l'entièreté de ce qu'on a pour vivre. Car c'est alors qu'on peut paraître devant Dieu "les mains vides", prêts à tout recevoir du Père, retrouvant la disponibilité des enfants et celle de cette veuve. Sans doute peut-on aller jusqu'à suggérer, dans un second temps de lecture après Pâques, que ce qui a touché et ébloui Jésus dans une telle générosité, c'est que lui-même allait bientôt être amené à tout donner, à livrer toute sa vie; il est vrai que le croyant ajoute alors, avec respect, que son Père en sera ébloui! Une telle relecture n'est bien entendu ouverte que par la résurrection...

    En contraste avec l'univers de l'apparence et du calcul, présenté sous les traits des scries en grandes robes, qui peuvent aller jusqu'à dévorer les biens des veuves, l'univers qui plaît à Jésus et rend un son vraiment évangélique est celui de la gratuité et de la totalité, sans calcul et en toute discrétion. Cette femme, veuve et pauvre, aime son Dieu et aime tous les pauvres, en risquant la faim: elle prend et donne deux piécettes de son nécessaire. Don gratuit et un peu fou, mais don véritable: nous voici dans l'ordre de l'amour, qui ne doute de rien et obtient tout. La transparence de cette veuve dans son geste discret peut faire percevoir de quel côté se trouve la vraie vie. En donnant ce qui lui est nécessaire pour vivre, en donnant de sa vie même, elle indique déjà vraiment le chemin que Jésus va prendre lui-même dans sa passion. Cette femme continue à montrer sans cesse à l'Église le chemin que Jésus aime, celui qui a vraiment la saveur de l'Évangile.

Marthe, Marie et les autres, Les visages féninins de l'Évangile, Éd. Lumen Vitae 1992, p. 119-121

ESCUTAR E AMAR : A CONJUGAÇÃO DE JESUS » 31° DOMINGO DO TEMPO COMUM

Walter Covens #homilias em português
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    O trecho do evangelho que lemos hoje pertence ao « must » da Bíblia .Ele é objecto universal dum  plebiscito para fazer parte do « best of » dos evangelhos, (para utilizar mais um anglicismo). Fica presente em todas as memórias, é muito citado, a maior parte das vezes a torto e a direito, porque nunca fizeram o esforço necessário para escutar verdadeiramente o que Deus nos quer dizer naquela palavra. Sabe-se mais ou menos que se trata do verbo « amar », e a partir daí utilizam-no para lhe dar sentidos contrários, sem hesitação alguma. Isso é prático, rápido e  serve para dizer tudo e o contrário de tudo… mas nunca se toma o tempo da escuta real, e a gente fica com a sua fome : isso não alimenta um homem. É mesmo igual, espiritualmente, ao « mal-comer ». Escutar e amar, amar e escutar, amar escutar, escutar para amar : os dois verbos têm que ser conjugados juntos  .

    Toda a gente sabe que é questão de amar… mas amar o quê ? mas amar quem, exactamente ? Comecemos por notar que a palavra pertence a um diálogo entre Jesus e um escriba judeu de quem Jesus vai dizer que não está longe do Reino de Deus. Isso é bastante raro , sobretudo quando se trata dum escriba, e num contexto destes : por isso, vale a pena olhar, pelo menos rapidamente.

    No capítulo 11, e no princípio do cap. 12, S.Marcos fala numa série de discussões entre Jesus e as autoridades religiosas, começando pelo episódio dos vendedores expulsados do Templo (11,015-17). ( Coisa pouco  caritativa, conforme as ideias dos especialistas do « deposito-minuto do amor ». « Era sido melhor não dizer nada » dirão outros péritos do amor rápido ; «  se a atmosfera se torna azeda, a culpa é dele ». De facto, a reacção dos sumos sacerdotes e dos escribas chega depressa : « Procuravam a maneira de o mandar matar » (v.18). Mas esquece-se de sublinhar o amor de Jesus para com a casa do seu Pai, que deve ser uma « casa de oração para todas as nações ». Quando encontram Jesus novamente no Templo, os sumos sacerdotes, escribas e anciãos lhe pedem por que autoridade se atreve a fazer tais coisas (v.28). A resposta de Jesus é a parábola dos vinhateiros homicidas (12, 1-12). Os seus adversários percebem que Jesus fala deles (e é verdade !), então o sonho deles torna-se obsessão : « procuram fazer preso Jesus, mas tiveram medo do Povo » (V.12). A seguir, mais ataques,  agora velados, da parte dos fariseus, dos herodianos, dos saduceus, de toda a parte : começam por um cumprimento, mas esse não passa duma armadilha afim de o obrigar a falar. « Será permitido, sim ou não, pagar o imposto ao imperador ? » (v.14) e o que é que  acontecerá na ressurreição à mulher aos sete maridos sucessivos : de quem a mulher há-se ser a esposa ? (v.18-27)

    Nessa atmosfera pesada e azeda é que se situa o episódio do evangelho de hoje. Eis enfim um homem bem disposto ! « Um escriba, que tinha ouvido a discussão e notado como Jesus tinha bem respondido, adiantou… » Jesus já  pode respirar um bocado. Marcos só sublinha a boa fé e as boas intenções desse escriba (o que não fazem Mateus (22, 35) e Lucas (10, 25). Apesar de tudo, aquele escriba é uma excepção… mas ele manifesta que o judaismo se pode abrir à novidade de Jesus, o Amor encarnado.

    E nós, sabemos conjugar o verbo « amar » como Jesus ? Falamos a mesma lingua ? Usamos da mesma gramática ? ou a mesma gramática nos parece estranha ? A pergunta não é só retórica. Tereis notado que, na sua resposta à pergunta : « Qual é o primeiro de todos os mandamentos ? » Jesus responde : «Eis o primeiro… Eis o segundo » ? E depois acrescenta : »Não há maior mandamento (no singular) do que esses (no plural) » O amor de Deus e o amor do próximo não são dois amores concorrentes ou contrários. É um mesmo e só amor.

    Ora, nós, separamos o que Deus uniu. Às vezes, como os fariseus, pretextamos o amor de Deus para não cuidar do próximo. Neste caso, parecemo-nos com os escribas e fariseus, que prextavam as obrigações religiosas para não socorrer os seus pais : « E vós, dizeis : ‘Se alguém dizer ao pai ou à mãe : os bens com os quais te podia ajudar são corbane, isso é : oferenda sagrada’… E fazeis muitas coisas iguais » (Mc 7,011 ,13). Nesse caso, diz Jesus, « repelistes de verdade o mandamento de Deus para seguirdes a tradição dos homens » (v.8) S.Vicente de Paulo diz coisas maravilhosas sobre esse assunto…

    Às vezes pretextamos o amor do próximo para não fazer a vontade de Deus. Em ambos os casos trata-se duma fuga que mostra bem que não temos percebido o que é o amor na sua essência. Só há uma caridade, com a qual amamos aDeus por causa d’Ele próprio, e os outros, e o universo inteiro por causa d’Ele. Amar  aDeus por causa d’Ele, amar todas as coisas por causa de Deus, eis a única conjugação exacta do verbo « amar ». É impossível amar a Deus se não se ama ao próximo, mas o caminho mais curto para amar o próximo, é o que passa por Deus, pela Eucaristia, pela oração. Passar por Deus não é nenhum rodeio, uma perda de tempo, é o contrário !

    Madalena DELBRÊL (1904-1964), cujo centenário acabamos de celebrar, mostra que é difícil amar o próximo quando esse é alguém que quer destruir em vós as coisas mais queridas. Em Ivry, cidade comunista, onde viveu durante 25 anos, havia pessoas a atacar aquilo por que teria dado a vida : a Igreja, a missa, a confissão. Então como amar tais pessoas ? Impossível, a não ser em Deus, pela oração.

« Madalena nunca se afastou da acção humana, do compromisso temporal. Participou a campanhas retumbantes para libertar presos políticos ; às vezes foi sózinha até ao fim. Redigiu muitos folhetos, cartazes, colaborou para ajudar os grevistas, os desempregados. Respondia com muita energia às chamadas mais inesperadas. Portanto, conheceu as alegrias, as penas duma vida disponível, aberta a todos os ventos. Experimentou dois riscos extremos : mergulhar na acção, ficar desanimada. Como ser cristão, discípulo de Cristo idissoluvelmente unido ao seu Pai e aos homens ? Como manifestar pela nossa vida o amor vivo e recíproco que une Deus e os homens ? A resposta de Madalena, escrita em inumeráveis páginas e notas, nunca varia. É por uma prática fiel da oração » (Jacques Loew)

    A tentação moderna, a mais actual, é , sem dúvida, esta : « Fazer o bem para o homem », mas não para Deus (Ludwig Feuerbach, 1804-1872). Na sua obra principal, « A essência do cristianismo » (1841), aquele filósofo ateu, sem Deus, que vê em Jesus Cristo só um homem caritativo que deu a sua vida pelo próximo : « O momento mais importante da história virá quando o homem se tornar consciente que o único Deus é o próprio homem ».

    Claudel diz algures que a tentação do homem moderno não é fazer o mal, mas sim passar-se de Deus para fazer o bem. Eis o cume do orgulho humano : querer mostrar que somos capazes de fazer o bem sem Deus, enquanto que Jesus disse : « Eu sou a vinha e vós os sarmentos. Quem permanece em mim e em que permaneço , aquele dá muito fruto, pois fora de Mim, não podeis fazer nada » (Jo 15,5) Está aqui uma espécie de desafio ateu : dizeis que se deve amar a Deus para amar ao próximo ? Pois bem, vamos mostrar-vos que, para fazer o bem, não é preciso de Deus. Mas, sem o Criador, a criatura desaparece (cf. GS 36), e mais tarde ou mais cedo, é a desesperança. « A criatura não se pode afastar do seu Criador sem se encontrar em vias que levam à destruição, à autodestruição » (Card.CH. Journet). « O grande acto de fé, é quando o homem confessa que não é Deus » (O.W.Holmes)

    Então, verificais que a pegunta do escriba não é só uma questão académica, muito longe das nossas preocupações. Pelo contrário, é mesmo muito concreta e pratica. « Basta amar » : esse é o título dum livro sobre Sta Bernardete de Lurdes (autor : Gilbert Cesbron-1960), e também dum filme baseado sobre esse livro, realizado por Robert Darène (1961), título utilizado  pelo « Jour du Seigneur » na Televisão francesa, para uma entrevista com a Irmã Emmanuelle. Mas o amor não é uma desculpa para evitar o que é difícil e humanamente desconcertante, também não é uma ausência de discernimento, nem um « alibi » pela cobardia e pela preguice .Um teólogo americano com quem estudei   escreveu um livro sobre a hierarquia dos valores, uma noção muitas vezes mal percebida, como se algumas verdades de fé fossem negociáveis, ou menos verdadeiras do que as outras.

    Este perigo existe também na moral. Da mesma maneira como a Santíssima Trindade é o mistério donde emanam todos os demais mistérios, e não o mistério diante do qual os  outros todos desaparecem, da mesma maneira o amor é a virtude que arrasta todas as outras e não a que substitue as outras. O que é importante é ter consciência de que tudo está ligado, no dogma e na moral. O lugar da Virgem Maria está subordinado ao lugar de Jesus, mas se duvidamos da maternidade de Maria, tal como foi definida pelo Concílio de Éfeso,é mesmo a divindade de Cristo que se torna duvidosa. E se duvidarmos da divindade de Jesus, já não haverá mistério da Trindade. No domínio do agir cristão (a moral), é igual. S.Francisco de Sales diz que o amor é a rainha ; a fé  e a esperança são as que servem. Mas nesta terra, aquela rainha não pode reinar sem as que servem.

(tradução : Pe G.Jeuge)

Écouter et aimer : la conjugaison de Jésus - Homélie 31° dimanche du Temps Ordinaire

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Ce passage de l'évangile fait partie du « must » de la Bible. Il est universellement plébiscité pour faire partie du « best of » des évangiles, pour utiliser un autre anglicisme. Il traîne dans toutes les mémoires, et est fréquemment cité, la plupart du temps à tort et à travers, parce qu'on n'a pas pris la peine d'écouter vraiment ce que Dieu veut nous dire dans cette parole. On a vaguement retenu qu'il s'agit du verbe aimer, et on s'en sert pour le mettre à toutes les sauces, sans façon. C'est pratique, c'est rapide et ça passe partout..., mais on n'a pas vraiment pris le temps d'écouter, et on reste sur sa faim, cela ne nourrit pas son homme. C'est l'équivalent spirituel du fléau de la malbouffe... Écouter et aimer, aimer écouter, écouter pour aimer: les deux verbes doivent être conjugués au même temps.

    Tout le monde a retenu qu'il est question d'aimer, mais quoi, mais qui au juste? Commençons par remarquer que cette parole s'insère dans un dialogue entre Jésus et un scribe juif dont Jésus nous dira qu'il n'est pas loin du Royaume. C'est assez rare, sachant qu'il s'agit d'un scribe, surtout compte tenu du contexte, qu'il vaut la peine de regarder, au moins rapidement.

    Dans le chapitre 11, et le début du chapitre 12, S. Marc rapporte toute une série de disputes entre Jésus et les autorités religieuses, avec en tête le récit des vendeurs chassés du Temple (11, 15-17). Très peu charitable, selon les critères des spécialistes du pose-minute de l'amour. « Il aurait mieux fait de se taire », diront d'autres experts de l'amour rapide; « c'est de sa faute si l'atmosphère s'envenime ». En effet, la réaction des grands prêtres et des scribes ne se fait pas attendre: « Ils cherchaient comment le faire mourir » (v. 18). Mais on oublie de souligner l'amour de Jésus pour la maison de son Père qui doit être « maison de prière pour toutes les nations ». Quand ils le rencontrent de nouveau dans le Temple, les grands prêtres, scribes et anciens lui demandent par quelle autorité il se permet de faire des choses pareilles (v. 28). Pour toute réponse, Jésus raconte la parabole des vignerons homicides (12, 1-12). Ses adversaires se sentent visés (à bon droit), et leur rêve devient une obsession: ils « cherchent à arrêter Jésus, mais ils eurent peur de la foule » (v. 12). Ensuite nouvelles attaques, voilées cette fois, de la part des pharisiens, des hérodiens, puis des sadducéens, tous azimuts: on commence par un compliment, mais ce n'est qu'un piège pour le faire parler. « Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à l'empereur? » (v. 14) et comment ça se passera à la résurrection des morts pour la femme au sept maris successifs: de qui cette femme sera-t-elle l'épouse (v. 18-27)?

    C'est dans cet atmosphère pesante et empoisonnée que se situe l'épisode de l'évangile d'aujourd'hui. Voilà un homme bienveillant, enfin! « Un scribe qui avait entendu la discussion, et remarqué que Jésus avait bien répondu, s'avança... » Le pauvre Jésus peut enfin respirer un peu. Marc est le seul à souligner la bonne foi et les intentions bienveillantes de ce scribe, contrairement à Matthieu (22, 35) et Luc (10, 25). Il fait tout de même figure d'exception, ce scribe, mais il manifeste au moins que le judaïsme peut s'ouvrir à la nouveauté de Jésus, l'Amour incarné.

    Et nous, savons-nous conjuguer le verbe « aimer » comme Jésus? Parlons-nous le même langage? Avons-nous la même grammaire que Jésus, ou cette grammaire nous apparaît-elle comme bizarre? La question n'est pas seulement rhétorique. Avez-vous remarqué que dans sa réponse à la question: « Quel est le premier de tous les commandements? » Jésus répond: « Voici le premier ... Voici le second »? Et il ajoute: « Il n'y a pas de commandement (au singulier) plus grand que ceux-là (au pluriel) ». L'amour de Dieu et l'amour du prochain ne sont pas deux amours qui sont en concurrence ou en conflit. C'est un seul et même amour.

    Or, nous, nous séparons ce que Dieu a uni. Soit, comme les pharisiens nous prétextons l'amour de Dieu pour ne pas nous occuper du prochain. Nous faisons alors comme ces scribes et ces pharisiens qui prétextaient de leurs obligations religieuses pour ne pas venir au secours de leurs parents: « Et vous, vous dites : 'Supposons qu'un homme déclare à son père ou à sa mère : Les ressources qui m'auraient permis de t'aider sont corbane, c'est-à-dire offrande sacrée.' ... Et vous faites beaucoup de choses du même genre » (Mc 7, 11.13). Mais dans ce cas, dit Jésus, « vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes » (v. 8). Saint Vincent de Paul a une page mémorable à ce sujet...

    Soit nous prétextons l'amour du prochain pour nous débarrasser de Dieu. Dans les deux cas c'est une fuite qui montre que nous n'avons pas compris en quoi consiste l'amour dans son essence. Il n'y a qu'une charité, par laquelle nous aimons Dieu pour lui, et les autres et l'univers tout entier à cause de lui. Aimer Dieu pour Dieu, et aimer toutes choses à cause de Dieu: voilà la seule conjugaison correcte du verbe « aimer ». Pas moyen d'aimer Dieu si on n'aime pas son prochain, mais le chemin le plus court pour aimer le prochain, c'est le chemin qui passe par Dieu, par l'eucharistie, par la prière. Passer par Dieu n'est pas un détour, une perte de temps, bien au contraire!

    Madeleine Delbrêl (1904-1964) montre que c'est difficile d'aimer le prochain quand le prochain est quelqu'un qui veut détruire en vous les choses qui sont les plus chères. À Ivry, fief communiste, où elle a vécu pendant vingt-cinq ans, il y avait des gens qui attaquaient ce pourquoi elle aurait donné sa vie: l'Église, la messe, la confession. Alors comment les aimer? Impossible, sinon en Dieu, par la prière.

« Madeleine n'a jamais boudé l'action humaine, l'engagement temporel. Elle a participé à des campagnes retentissantes pour libérer des prisonniers politiques, et, parfois seule, elle a été jusqu'au bout. Elle a rédigé de multiples tracts, affiches, collaboré à l'aide aux grévistes, aux chômeurs. Et elle répondait avec autant d'énergie aux appels les plus inattendus. Elle connaît donc les joies, les peines d'une vie disponible, ouverte à tout vent. Elle a expérimenté les deux risques extrêmes : s'engloutir dans l'action, se décourager. Comment être chrétien, disciple de Jésus-Christ indissolublement uni à son Père et aux hommes ? Comment traduire dans notre vie quotidienne l'amour vivant et réciproque qui unit Dieu et les siens ? La réponse de Madeleine, inscrite dans d'innombrables pages et notes, ne varie jamais. C'est par une pratique fidèle de la prière. »                               (Jacques Loew)

    La tentation moderne, la plus actuelle, c'est bien celle-ci: « Faire le bien pour l'homme », mais pas pour Dieu (Ludwig Feuerbach, 1804-1872). Dans son oeuvre majeure, « L'Essence du christianisme » (1841), ce philosophe proclame la grandeur du christianisme, mais d'un christianisme athée, sans Dieu, qui ne voit en Jésus qu'un homme charitable qui a donné sa vie pour le prochain: « Le grand tournant de l'histoire sera le moment où l'homme prendra conscience que le seul Dieu de l'homme est l'homme lui-même. »

    Claudel dit quelque part que la tentation de l'homme moderne, ce n'est pas de faire le mal, c'est de vouloir se passer de Dieu pour faire le bien. Voilà jusqu'où va l'orgueil humain: vouloir montrer qu'on peut faire le bien sans Dieu, alors que Jésus a dit: « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5 ). Il y a là comme un défi athée: vous dites qu'il faut aimer Dieu pour aimer le prochain? Eh bien, nous allons vous montrer que pour faire le bien, on n'a pas besoin de Dieu. Mais sans le Créateur, la créature s'évanouit (cf. GS 36), et tôt ou tard, c'est le désespoir: « La créature ne peut pas se détourner de son Créateur sans se trouver sur des voies qui s'en vont vers la destruction, l'autodestruction » (Card. Ch. Journet). « Le grand acte de foi, c'est lorsque l'homme décide qu'il n'est pas Dieu » (O. W. Holmes). Le voilà, le grand tournant de l'histoire!

    Alors, vous voyez que la question du scribe n'est pas seulement une question académique qui serait très éloignée de nos préoccupations. C'est tout ce qu'il y a de plus concret et pratique. « Il suffit d'aimer », c'est le titre d'un livre sur Bernadette de Lourdes par Gilbert Cesbron (1960) et aussi d'un film basé sur ce récit, réalisé par Robert Darène (1961), titre repris ensuite par « Le Jour du Seigneur » à la télévision française pour un entretien avec Soeur Emmanuelle. Mais l'amour n'est pas un dédouanement de tout ce qu'il y a de difficile et d'humainement déconcertant, ni une absence de discernement, ni un alibi pour la lâcheté et la paresse. Un théologien américain avec qui j'ai fait mes études a écrit un livre sur la hiérarchie des vérités, une notion souvent mal comprise, comme si certaines vérités de la foi étaient négociables, ou moins vraies que les autres.

    Ce danger existe aussi en morale. Tout comme la Très Sainte Trinité est le mystère duquel tous les autres mystères découlent, et non pas le mystère devant lequel tous les autres disparaissent, ainsi l'amour est la vertu qui entraîne toutes les autres, et non pas la vertu qui remplace toutes les autres. Ce qui est important c'est de se rendre compte que tout se tient, en dogme comme en morale. La place de la Vierge Marie est subordonnée à la place de Jésus, mais si l'on met en doute la maternité divine de Marie, telle que définie au Concile d'Éphèse, c'est la divinité du Christ qui est remise en cause. Et si l'on remet en cause la divinité de Jésus, il n'y a plus de mystère de la Trinité. Dans le domaine de l'agir chrétien (la morale) il en va de même. S. François de Sales dit que l'amour est la reine; la foi et l'espérance sont des servantes. Mais sur cette terre, cette reine ne peut pas régner sans les servantes.

Lectures 31° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

 

1ère lecture : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » (Dt 6, 2-6)

 

 

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d'Israël :
« Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses commandements et ses ordres, que je te prescris aujourd'hui, et tu auras longue vie.
Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t'apportera bonheur et fécondité, dans un pays où ruissellent le lait et le miel, comme te l'a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères.
Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'Unique.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.
Ces commandements que je te donne aujourd'hui resteront dans ton cœur. » 

 

 

Psaume :  118, 97.99, 101-102, 103-104, 105-106

 

 

R/ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et tu auras la vie.


De quel amour j'aime ta loi :
tout le jour je la médite !
Je surpasse en sagesse tous mes maîtres,
car je médite tes exigences.

Des chemins du mal, je détourne mes pas, 
afin d'observer ta parole. 

De tes décisions, je ne veux pas m'écarter, 
car c'est toi qui m'enseignes. 


Qu'elle est douce à mon palais ta promesse : 
le miel a moins de saveur dans ma bouche ! 

Tes préceptes m'ont donné l'intelligence : 
je hais tout chemin de mensonge. 


Ta parole est la lumière de mes pas, 
la lampe de ma route. 

Je l'ai juré, je tiendrai mon serment, 
j'observerai tes justes décisions.

2ème lecture : « Le sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 23-28)

  

Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l'ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de durer toujours.
Jésus, lui, puisqu'il demeure éternellement, possède le sacerdoce qui ne passe pas.
C'est pourquoi il est en mesure de sauver d'une manière définitive ceux qui s'avancent vers Dieu grâce à lui, car il vit pour toujours, afin d'intercéder en leur faveur.
C'était bien le grand prêtre qu'il nous fallait : saint, sans tache, sans aucune faute ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux.
Il n'a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d'offrir chaque jour des sacrifices, d'abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l'a fait une fois pour toutes en s'offrant lui-même.
Dans la loi de Moïse, ce sont des hommes remplis de faiblesse qui sont désignés comme grands prêtres. Mais plus tard, quand Dieu s'engage par serment, il désigne son Fils qu'il a pour toujours mené à sa perfection.

Evangile : Le grand commandement (Mc 12, 28b-34)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dieu est amour. Celui qui aime est né de Dieu : il connaît Dieu. Alléluia. (1 Jn 4, 8.7)
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Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Un scribe s'avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? »
Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »
Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l'Unique et qu'il n'y en a pas d'autre que lui. L'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. »
Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n'osait plus l'interroger.

 

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008 

Il y avait une fois un Roi qui avait quatre épouses (comte pour le 2 novembre, mais pas seulement)

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

Il y avait une fois un Roi qui avait quatre épouses.

 

Il aimait sa quatrième femme plus que toutes les autres.

 

Il lui donnait de jolis présents et l'entourait de beaucoup de soins. Il la comblait de ce qu'il avait de meilleur.

 

Il aimait également sa troisième femme et la présentait avec fierté aux Rois voisins. Mais il avait peur qu'elle ne parte un jour avec un autre Roi.

 

Il aimait aussi sa deuxième épouse. Elle était sa confidente: chaque fois qu'il avait un problème, il lui en parlait.

 

La première épouse du Roi était sa compagne la plus loyale; c'est avec elle qu'il a construit son royaume.

 

Cependant, il n'aimait pas suffisamment sa première épouse. Il lui accordait très peu d'importance.

 

Un jour, le Roi tomba gravement malade.

 

Sur le point de mourir, il se mit à réfléchir :

 

"J'ai quatre épouses, mais quand je vais mourir, je serai seul".

 

Il appela donc sa quatrième épouse et lui dit :

 

"Je t'ai aimée plus que toutes les autres. Je t'ai donné ce que j'ai de meilleur. Maintenant que je suis en train de mourir, voudrais-tu venir avec moi ? Voudrais-tu être ma compagne pour toujours ?"

 

"Tu es fou?",

demanda-t-elle, avant de s'éloigner, sans ajouter un mot. Sa réponse pénétra douloureusement dans le cœur du Roi comme un couteau aiguisé.

 

Le Roi dit ensuite à la troisième épouse :

 

"Je t'ai aimée toute ma vie. Maintenant que je suis en train de mourir, es-tu disposée à me suivre?"

 

"Non!" répondit-elle, "la vie est trop belle. Quand tu seras mort, je me remarierai!"

 

Cette réponse surprit le Roi et il en fut tout triste. Il dit alors à sa seconde épouse:

 

"Je suis toujours venu à toi dans mes moments difficiles. Et tu m'as toujours aidé. Maintenant que je vais mourir, veux-tu me suivre?"

 

Elle répondit :

 

"Je regrette vraiment de ne pouvoir te suivre, mais je promets de te faire un bel enterrement."

 

Le Roi fut désemparé, toute sa vie, il s'était trompé sur les sentiments de ses épouses. Il entendit alors une voix qui disait:

 

"Moi j'irai avec toi ; je te suivrai partout où tu iras."

 

C'était la première épouse qui venait de parler.

 

Le Roi la regarda et il eut honte: elle était maigre, malade, résignée. Il dit alors:

 

"C'est toi que j'aurai dû aimer plus que les autres lorsque j'en avais les moyens."

 

Et il pleura...

 

 ***

 

 

En réalité, chacun de nous a quatre épouses.

 

Notre quatrième épouse est notre corps. Quel que soit le soin que nous lui apportons, il nous laissera le jour de notre mort.

 

Notre troisième épouse est notre richesse et notre situation sociale. Elle peut nous quitter à tout instant et ne nous sera d'aucun secours à notre mort.

 

Notre deuxième épouse, ce sont nos amis et notre famille. Ils sont d'un grand appui pour nous, mais au jour de la mort, tout ce qu'ils peuvent faire pour nous, c'est organiser nos funérailles.

 

Notre première épouse c'est notre âme, que nous oublions souvent et que nous traitons si mal. Pourtant elle est la seule qui nous accompagnera en tout lieu. Jusqu'au ciel. Devant le Créateur de toutes choses.

 

Prenons le temps de la soigner et de l'entretenir, par la Parole de Dieu, afin qu'elle soit belle et saine, devant le Seigneur des seigneurs et qu'elle soit accueillie par ces belles paroles de Celui qui domine, pour l'éternité, sur toutes choses:

 

"Entre dans la joie de ton Maître, bon et fidèle serviteur!"

 

 

Ah ... encore une chose: le meilleur ami de votre première épouse, c'est le prêtre. Pourquoi attendre le jour de votre enterrement pour le rencontrer?

 

Auteur : Inconnu

 

 

 

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