Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

René Laurentin, Les noces de Cana (2), Le signe

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Le signe

2 TOC ev    Jésus sort de sa réflexion. Il répond aux regards que Marie a tournés vers lui. Il commande:

-Emplissez d'eau les cuves!
Ils les remplissent jusqu'au bord.
Il leur dit:
- Puisez maintenant, et portez-en au maître du repas!
Ils en portèrent.
Le maître du repas gooûta l'eau changée en vin. Il ne savait pas, d'où venait (ce vin), mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l'eau. Alors le maître du repas appelle le mari et lui dit:
- Tout homme offre d'abord el bon vin, et quand les gens sont gais, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jurqu'à maintenant! (Jn 2, 6-10)

    Le récit est laconique, stylisé, réduit aux seuls traits significatifs. Il reste concret et proche de l'ambiance joyeuse. Les propos enjoués de l'ordonnateur des réjouissances ont valeur de parabole. Ils évoquent la manière paternelle de Dieu: en contraste avec le malin, qui ne séduit que pour décevoir, Dieu conduit par le sacrifice au bonheur, par l'ascèse à la joie parfaite. Telle est l'expérience chrétienne. L'évangéliste conclut:

Tel fut le premier signe de Jésus. Il l'accomplit à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui (Jn 2, 11).

    Cette conclusion est de grande portée. Elle était annoncée par le verset qui précède le récit des noces de Cana:

Vous verrez les cieux ouverts et les anges de Dieu montant et descendant au-dessus du Fils de l'homme (Jn 1, 51: dernier verset de ce chapitre).

    Les anges qui montent et descendent signifient une théophanie, c'est-à-dire une manifestation de Dieu.

Vie authentique de Jésus Christ, récit, éd. Fayard 1996, p. 93

René Laurentin, Les noces de Cana, Invitation et frustration

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
2 TOC ev    Voici donc constitué le noyau des cinq premiers disciples: Jean, André, Pierre, Philippe et Nathanaël. Ils n'ont pas encore été formellement appelés, mais ils ont été guidés vers Jésus par la voix du Baptiste: d'abord Jean l'évangéliste et André. Ils en ont fait part, d'autres sont venus, ils ont vu, ils ont demeuré avec Lui. Ils ont éprouvé son attrait spirituel, au-delà de ses apparences d'homme du peuple, aux mains calleuses. Il y a tant d'hommes du peuple qui sont des seigneurs au sens humain du mot qu'on pourrait ne pas chercher plus loin. Mais, au-delà du rayonnement humain de Jésus, les premiers disciples entrevoient la stuture transcendante qui leur fait balbutier leurs premières professions de foi. Souvent, le Seigneur éveille très tôt dans les coeurs les perceptions fondamentales qu'on mettra toute une vie à réaliser.

    "LE TROISIÈME JOUR", qui achève cette semaine bienheureuse (Jn 2, 1), les voici à Cana de Galilée. Ces bons marcheurs n'ont mis que trois jours pour plus de 100 km. C'est là que va surgir le premier événement de la vie de Jésus.

    "Le troisième jour", donc, les six arrivent à Cana de Galilée:

Il y avait là un mariage et la mère de Jésus y était. Jésus et ses disciples furent invités, eux aussi à la noce (Jn 2, 1).

Invitation et frutration

    Marie n'était pas seule de la fête. Les "frères" de Jésus (ses cousins...) avaient été invités, eux aussi, par les amis de Cana (Jn 2, 12): sans doute "Jacques et Joset, Simon et Jude" (Mt 13, 55; Mc 6), les deux premiers étant les fils d'une autre Marie, peut-être parente de Joseph, qui suivra Jésus dans son ministère en Galilée (Mc 15, 40), et "toutes ses soeurs" (Mt 13, 55). Il était donc bien naturel d'inviter aussi Jésus, qui arrivait de chez le prophète Baptiste. Mais comment a-t-on invité ses compagnons de fraîche date? Sans doute dans l'ambiance d'une hospitalité campagnarde au coeur large. D'ailleurs, l'un d'eux, Nathanaël, était "de Cana en Galilée" (Jn 21, 2), et Philippe était de ses amis. Il était difficile de détailler. Tout le groupe est donc invité, et la fête bat son plein.

    Les noces sont l'heure de la générosité. Ces gens ont beaucoup économisé pour de beau jour. C'est l'heure du partage. Les maîtres de maison ne lésinent pas. Mais l'arrivée des six jeunes gaillards, à qui trois jours de marche ont creusé l'appétit et la soif, accélère le tarissement des provisions.

Le vin manqua (Jn 2, 3).

    En bonne ménagère, Mare s'en aperçoit la première. Elle est assise près de Jésus, qu'elle est si heureuse de retrouver! Elle a compassion des hôtes qui vont perdre la face devant leurs invités frustrés. Nul n'est plus doué qu'elle pour la compassion:

La mère de Jésus lui dit:
- Ils n'ont plus de vin:
Jésus répond:
- Qu'y a-t-il de toi à moi, femme?
Mon heure n'est pas encore venue (Jn 2, 2-4).

    Rien d'idyllique dans la réponse de Jésus. Elle n'est pas simplement interrogative, elle est triplement négative.

- La locution sémitique qui se traduit littéralement: "Quoi à toi et à moi?" fréquente dans la Bible, écarte une demande importune; c'est la formule que les démons emploieront, par la bouche des possédés, pour sommer Jésus de s'éloigner! (Mc 1, 24).

- La deuxième partie de la réponse de Jésus est encore plus formellement négative. "L'heure de Jésus", c'est sa mort: heure glorieuse selon le quatrième Évangile, car c'est l'heure du don total. Jésus entrevoit déjà cette heure. Il a peu de temps pour réaliser sa mission. Or l'éclat des miracles va durcir l'opposition et hâter la fin. Il ne veut pas devancer le temps: "L'heure n'est pas encore venue."

- Enfin Jésus dit à Marie: "femme". De la part d'un fils à sa mère, l'appellation est insolite. C'est "Mère" qu'il aurait dû dire, normalement, selon la coutume (1 Rois 2, 20 et Jr 15, 10). Cela convenait d'autant mieux ici, que le 4e Évangile ne désigne jamais Marie par son nom, mais toujours formellement comme "la Mère de Jésus". Elle est avec le disciple , un des deux grands anonymes de l'Évangile selon Jean. L'appellation, apparemment distante, semble référer Marie à Ève: "la femme" de la faute originelle, et à la prophétie de Gn 3, 15 adressée au Tentateur: "Je mettrai une inimitié entre toi et la femme... " non point Ève sa complice, mais la nouvelle Ève: Marie, à qui on doit la "Descendance" (dynastque) ennemie du serpent.

    Bref, d'un bout à l'autre, la réponse de Jésus sonne comme une prise de distance et un refus.

    Et pourtant, guidée par l'Esprit, Marie comprend que sa suggestion n'a pas été vaine. À notre étonnement, elle fait confiance à son Fils qui l'a repoussée. Mais n'a-t-il pas sa part de responsabilité dans la confusion de ces pauvres gens, dont le coeur accueillant avait été plus large que les moyens réunis pour la fête? Marie voit les tonneaux vides et les gens déçus devant la pénurie soudaine. Elle voit aussi les cuves qui sont là, non pour la fête, mais "pour la purification légale des Juifs".

Six jarres de pierre, contenant chacune deux ou trois mesures (c'est-à-dire une centaine de litres: Jn 2, 6).

    Elle voit aussi les serviteurs, inquiets et désemparés devant la pénurie. Elle leur montre Jésus, pensif:

Tout ce qu'il vous dira, faites-le! (Jn 2, 5)

    C'est ce qu'elle ne cesse de dire aux hommes jusqu'à ce jour.

Vie authentique de Jésus Christ, récit, éd. Fayard 1996, p. 90-93

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 2° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

2-TOC-ev.jpeg

 

L’Eglise, qui est Mère, nous éduque de plus en plus à l’intérêt, à la passion pour le Christ. Après la manifestation de sa gloire aux nations, à travers le témoignage des Mages, après qu’Il se soit manifesté au Peuple d’Israël, sur les rives du Jourdain, par la voix, tout d’abord, du Baptiste, et encore davantage par la voix de Dieu le Père, aujourd’hui, en ce premier dimanche du Temps Ordinaire, c’est l’œuvre du Christ aux Noces de Cana qui témoigne de Lui, marquant ainsi le début de son ministère public. En observant la dynamique de ce premier grand signe public du Christ, nous nous arrêterons sur deux aspects seulement.

Tout d’abord, après être venu au monde pour notre salut, ce n’est pas Jésus qui, paradoxalement, prend l’initiative, mais sa Mère. Selon les paroles que nous avons écoutées, le Christ semble avoir toujours ’’conscience’’ du moment de la passion, il semble qu’Il porte toujours en son coeur le moment de son ’’heure’’, l’heure à laquelle tout sera accompli : sa mission, son amour pour nous, notre salut, la volonté du Père. Ce moment est tellement présent en Lui qu’à la requête sa Mère, Il répond en s’exclamant : « Femme, que veux-tu de moi ? Mon heure n’est pas encore arrivée » (Jean 2,3). Cependant son respect pour nous est tel qu’il attend que ce soit notre humanité à demander son intervention, et c’est à travers la Bienheureuse Vierge Marie que parvient au Christ la prière de l’humanité : « Ils n’ont plus de vin ! » (Jean 2,3).

Le Christ veut intervenir dans l’existence de l’homme, Il veut entrer dans notre vie pour la racheter, il est venu porter le ’’feu’’ sur la terre, et combien Il voudrait qu’il soit déjà allumé ! (Luc 12,49). Toutefois Il attend un signe de notre liberté, l’invitation d’une prière affligée, sentie, authentique. Le Christ attend que nous demandions son intervention, afin que notre cœur, rendu plus attentif par le désir, puisse l’accueillir avec davantage de disponibilité.

C’est pour cela que nous ne devons pas craindre de ’’prier’’ le Christ ni nous préoccuper de l’importuner, car Il attend notre invocation afin d’entrer de cette manière dans le monde et dans la vie à travers la porte de notre prière. Prions Jésus, mes très chers frères et sœurs, implorons son intervention en ayant toujours recours, sans hésiter, à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, notre Avocate, qui a toujours accès à Son fils et est toujours soucieuse de ce dont nous avons besoin.

Considérons, ensuite, le miracle en tant que tel. Tout d’abord, par la transformation de l’eau en vin, le pouvoir que le Christ Dieu exerce sur la matière apparaît ici, au point qu’il Lui est possible de changer l’essence des choses. Cela annonce, en quelque sorte et de manière évidente, le Sacrement de l’Eucharistie dans lequel ce n’est pas l’eau qui se transforme en vin, mais le pain et le vin, qui grâce à la prière de consécration que prononce le prêtre, deviennent par transsubstantiation corps et sang du Christ Seigneur.

Dans ce merveilleux tableau eucharistique, une autre grande vérité nous est suggérée : pour apprécier le vin nouveau, qui est le Christ, il n’est pas nécessaire d’être ignare en dégustation. Aux serviteurs qui avaient rempli les jarres, Jésus dit : « Puisez maintenant et portez-en à l’ordonnateur du repas » (Jean 2,8). Le vin nouveau dont le Christ nous fait don – ce vin nouveau qui est le Christ même – ne craint aucune comparaison, bien au contraire, il est immédiatement soumis au jugement du maître de la table, lequel, demandant l’attention de tous les convives, ne peut qu’en chanter les louanges !

Il n’est pas nécessaire d’être intellectuellement pauvre, socialement et économiquement fragile, humainement tiède pour accueillir le Christ avec joie, ainsi que voudraient le laisser entendre certains penseurs de tous temps, réduisant le Christianisme à un vague sentiment ou à un moralisme mortifiant. Non !

Bien au contraire, les plus ‘’’experts’’, ceux dont le cœur reste vigilant, ceux qui sont intellectuellement vifs, humainement attentifs – et même exigeants – ne peuvent que sursauter de joie dans leur rencontre avec le Christ et avec l’Eglise, qui en est le véritable Corps. Ils ne peuvent que reconnaître, en outre, combien face à toute ’’offre’’ du monde – même excellente – le vin du Christ est le seul, le vrai ’’bon vin’’ qui ait été gardé jusqu’à présent (cf. Jean 2,10).

Implorons la Bienheureuse Vierge Marie, devenue la voix de l’humanité lors du ’’oui’’ de l’Annonciation pour accueillir le Fils de Dieu, et lors de cette invocation, à la fois ferme et confiante, des noces de Cana, pour obtenir son intervention : qu’elle continue, avec son amour maternel, à nous indiquer Jésus et à nous répéter, ainsi qu’elle le fit aux serviteurs « Faites ce qu’Il vous dira » (Jean 2,5). Amen !   

 

 

Directoire sur la Piété populaire et la Liturgie, Épiphanie et Baptême du Seigneur

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
En plus de cet article, je vous invite à vous rendre sur mon blog MARIE, ÉTOILE DE L'ÉVANGÉLISATION.
Vour pourrez y regarder une video qui illustre bien, je crois, la "très grande joie" des Mages à la vue de "l'étoile"...
Bonne fête aussi du Baptême du Seigneur qui clôture ce Temps de Noël pour lequel nous rendons grâce à Dieu.

 

DIRECTOIRE
SUR LA PIÉTÉ POPULAIRE ET LA LITURGIE


PRINCIPES ET ORIENTATIONS
CONGRÉGATION POUR LE CULTE DIVIN
ET LA DISCIPLINE DES SACREMENTS
 

Cité du Vatican
Décembre 2001

La solennité de l'Épiphanie

118.    Le contenu très riche de la solennité de l’Épiphanie, dont l’origine remonte aux premiers siècles, a inspiré le développement de multiples traditions et de nombreuses expressions authentiques de la piété populaire. Parmi ces dernières, il convient de citer:


- l’annonce solennelle de la fête de Pâques et des principales fêtes de l’année; il est opportun de favoriser son rétablissement, qui est déjà notable en divers endroits, car elle aide les fidèles à mieux comprendre le lien existant entre l’Épiphanie et Pâques, ainsi que l’orientation de toutes les fêtes vers la solennité chrétienne la plus importante;

- L’échange des "cadeaux de l’Épiphanie"; cette tradition s’inspire du récit évangélique relatant les dons offerts par les Mages à l’enfant Jésus (cf. Mt 2, 11) et, plus profondément, elle évoque le don fait par le Père à l’humanité tout entière en la personne de l’Emmanuel, qui est né parmi nous (cf. Is 7, 14; 9, 6; Mt 1, 23). Toutefois, il est souhaitable que cet échange de cadeaux, à l’occasion de l’Épiphanie, conserve son caractère religieux en reliant cette tradition à l’évocation du récit évangélique: une telle référence explicite contribuera à faire de ces cadeaux un geste de piété chrétienne, et elle les détournera de certaines influences caractérisées par le luxe, le faste et le gaspillage, qui sont étrangères à l’origine de cette tradition;

- La bénédiction des maisons, sur les portes desquelles les fidèles ont placé la croix du Seigneur, le chiffre de l’année qui commence et les initiales des noms traditionnels des saints Mages (C+M+B), qui sont aussi celles de l’expression: "Christus mansionem benedicat", écrites avec de la craie bénite. Ces gestes, qui sont accomplis en présence de nombreux enfants accompagnés par les adultes, expriment le désir des fidèles de recevoir la bénédiction du Christ par l’intercession des saints Mages, et ils sont aussi l’occasion de recueillir des offrandes en faveur des œuvres caritatives et missionnaires;

- Les gestes de solidarité en faveur des hommes et des femmes qui, à l’exemple des Mages, proviennent de pays lointains. Ainsi, la piété populaire suscite chez les fidèles cette attitude d’accueil cordial et de solidarité concrète à l’égard de tous hommes, qu’ils soient chrétiens ou non.

- l’aide consentie à l’évangélisation des peuples. Au niveau de la piété populaire, la connotation missionnaire très forte de l’Épiphanie s’est traduite par la multiplication d’initiatives en faveur des missions, spécialement celles qui sont liées à "l’Œuvre missionnaire de la Sainte Enfance" instituée par le Siège Apostolique;

- La désignation de Saints Patrons. La coutume existe, dans de nombreuses communautés religieuses et confréries, d’assigner à chacun de leurs membres, un Saint, sous le patronage duquel il sera placé durant toute l’année.
 

La fête du Baptême du Seigneur

119.     Les mystères du Baptême de Jésus et de la manifestation de sa mission, lors des noces de Cana, sont étroitement liés à l’événement salvifique de l’Épiphanie du Seigneur.

    La fête du Baptême du Seigneur, dont l’importance a été soulignée à une époque récente, clôt le Temps de Noël; cela explique sans doute pourquoi elle ne donne pas lieu à des expressions particulières de la piété populaire. Elle peut néanmoins aider les fidèles à mieux prendre conscience de la signification du baptême et, en particulier, de leur propre naissance à la vie divine comme enfants de Dieu; il est donc recommandé de promouvoir les initiatives suivantes: l’emploi du Rite de l’aspersion d’eau bénite à toutes les messes de ce dimanche, qui se célèbrent avec le concours du peuple; l’évocation des thèmes et des symboles relatifs au baptême, au cours de l’homélie et dans l’enseignement catéchétique.

Marie-Dominique Philippe, Crainte de Dieu et adoration

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
epiphanie evQuestion : Quand il est question dans l'Ecriture de "craindre Dieu", cela signifie-t-il adorer Dieu ?

Réponse :

    Pour répondre à cette question très importante il faut d'abord, avec saint Augustin (voir son Commentaire sur la Première Epître de saint Jean, IX,5-8 - SC pp 389-395), distinguer deux sortes de crainte : la crainte servile et la crainte «chaste». La crainte servile, c'est la crainte du gendarme. Il y en a qui ont peur de Dieu : «Je vais recevoir un coup de bâton» ; ou : «J'ai peur de Dieu parce qu'il y a l'enfer». La crainte servile fait de nous des êtres rampants ; on a peur de Dieu parce qu'on a peur qu'il nous punisse. Cette crainte, en soi, est mauvaise. La crainte chaste (cf. Ps 18,10 - Vulgate - : « La crainte du Seigneur est chaste, elle demeure pour les siècles des siècles. », au contraire, c'est celle de l'épouse qui craint que son époux s'écarte d'elle, qu'il ne soit pas assez présent - ce qui voudrait dire qu'il n'aime pas son épouse autant que celle-ci le désire. Cette crainte est donc aussi celle de tomber dans le péché, puisque seul le péché nous éloigne de Dieu (voir saint Augustin, op. cit., pp. 391-395). Cette crainte chaste est en même temps filiale, comme le souligne saint Thomas (Voir S. Th. II-II, q. 19, a. 2, ad 3 : cette crainte est à la fois filiale et chaste parce que, dans « l’amour de charité », Dieu est à la fois notre Père (Rm 8,15) et notre Epoux (2 Co 11,2). Cette crainte provient de l'amour, de la délicatesse de l'amour ; elle provient de l'adoration. Quand on adore Dieu, on entre progressivement dans une certaine connaissance de Dieu et donc dans une crainte chaste, filiale, à son égard.

    Il peut très bien se faire que la crainte servile nous conduise à l'adoration et que la crainte chaste, filiale, soit le fruit de l'adoration.

    L'adoration est, si j'ose dire, le geste de politesse élémentaire exprimant le respect qu'on doit à Dieu. On doit respecter Dieu, et on ne peut pas le respecter en dehors de l'adoration, puisque cela lui est dû. De ce point de vue-là, le geste d'adoration, par où nous respectons Dieu, nous met dans la vérité, il nous rend vrais pratiquement. Nous ne sommes vrais, pratiquement, que quand nous adorons. C'est en ce sens que l'adoration purifie notre coeur et notre intelligence. Et en nous mettant dans la vérité pratique, l'adoration nous fait comprendre la grandeur de l'amour de Dieu et donc elle nous donne cette crainte chaste, filiale.

    La crainte servile, au contraire, est la peur de Dieu. Cette peur peut nous replier complètement sur nous-mêmes, et en ce sens elle est mauvaise. Mais il peut y avoir une crainte servile dont Dieu se serve pour nous apprendre à l'adorer. "J'ai peur de Dieu, mais je comprends que la première chose que Dieu me demande, c'est de l'adorer." On est alors sur la bonne voie ; et la retraite qu'on aura décidé de faire par crainte de l'enfer et du «Dieu gendarme», on la fera finalement par désir de connaître et d'aimer Dieu davantage. Et on peut bien consacrer quelques jours de ses vacances à chercher Dieu davantage ! Cela, c'est la crainte chaste, aimante, celle qui nous incite à désirer faire pleinement la volonté de Dieu. L'adoration nous aide beaucoup à entrer dans cette attitude de crainte chaste, filiale, aimante.

Suivre l'Agneau, Retraite sur l'Evangile de saint Jean prêchée à des jeunes,
Ed. Saint-Paul 1995, Nouvelle édition revue et corrigée, p. 255-257

Marie-Dominique Philippe, L'adoration est le grand critère

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
epiphanie ev    Comprenons donc que le silence est une exigence très profonde de la retraite. Celle-ci, en effet, implique toujours une certaine séparation, un désert intérieur où nous entrons pour adorer Dieu. Pour essayer de le comprendre, revenons à ce très beau passage de l'Ancien Testament qui nous montre la vocation de Moïse (Ex 3). Dieu demande à Moïse d'aller vers son peuple et de le conduire au désert, à trois jours de marche, pour qu'Israël y adore et redécouvre le sens de sa vocation. Le peuple d'Israël était alors sous le joug du Pharaon qui l'obligeait à travailler à la construction des pyramides, à des constructions énormes - aujourd'hui nous dirions : à la construction d'autoroutes ou d'autres choses semblables... C'est vrai, nous sommes tous un peu sous le joug du Pharaon, d'un Pharaon anonyme. Nous sommes tous très pris par le travail, par des programmes, par tout ce que nous devons faire... et au bout d'un certain temps nous n'avons plus un moment pour prier.

    Quelqu'un qui avait fait un voyage en Inde et à qui, au retour, j'avais demandé ce qu'il y avait trouvé de plus extraordinaire, m'avait simplement dit ceci : « Dans notre vieille Europe (et en Amérique ce serait la même chose) quand on dit à quelqu'un de prier, il répond : "Ah, non ! Je n'ai pas le temps, j'ai trop de travail..." Là-bas, j'ai entendu une réflexion magnifique : "Je n'ai plus le temps de travailler parce que je prie sans cesse." » Il peut y avoir des exagérations aussi, c'est sûr, mais on voit bien ce qu'il voulait dire. C'est vrai : nous sommes tous très pris par le travail, le défaut dominant de notre époque n'est pas la paresse. Cela peut exister, mais ce n'est pas ce qui domine. Je crois plutôt que notre défaut habituel est de ne plus prier. Le mal de notre époque, c'est beaucoup plus cela : nous oublions de prier.

Le travail, quand on en a un peu l'habitude, est extrêmement agréable, parce qu'on se développe, on devient intelligent, on apprend quantité de choses. Le travail, c'est merveilleux ! Surtout le travail de l'intelligence - même si, par moments, il est difficile. Ce qu'il y a d'extraordinaire dans le travail de l'intelligence, c'est que plus on travaille, plus on devient intelligent, et plus on aime travailler - alors on avance tout le temps. Mais il y a aussi le danger de nous laisser griser par le travail et de penser y découvrir le sens de notre vie chrétienne. Non. Notre vie chrétienne exige le travail, c'est vrai, et il est important d'en comprendre la signification dans une vision chrétienne ; mais notre vie chrétienne exige bien plus que le travail : elle exige de rencontrer Dieu. La vie chrétienne, c'est être relié à Dieu. Or, dans le travail, nous ne sommes pas reliés à Dieu, nous sommes reliés à des réalités inférieures à nous, comme la matière, le bois, la terre... ou bien les livres, et nous transformons ces réalités, nous coopérons avec elles, pour réaliser une oeuvre.

    Dans le travail, il s'agit donc de notre relation avec le monde, avec l'univers. C'est pourquoi nous ne pouvons y trouver notre finalité, le sens de notre vie. Cela, nous ne le trouvons qu'en découvrant Dieu. Mais... comment découvrir Dieu ?

    Le peuple d'Israël a dû commencer par marcher trois jours dans le désert. Nous irons un peu plus vite, puisque nous sommes chrétiens (nous ne sommes plus de l'Ancien Testament) et que le propre du chrétien, c'est la hâte de l'amour. C'est pour cela que, tout de suite, dès demain, il nous faut découvrir le sens de l'adoration, pénétrer à trois jours de marche dans le désert pour adorer. La retraite est faite pour que nous découvrions cette première rencontre avec Dieu qu'est l'adoration.

    On l'oublie trop. Si l'on demandait à chacun d'écrire sur un petit papier ce qu'est l'adoration et de dire s'il en a l'expérience, on aurait sans doute des réponses assez étonnantes. Qu'est-ce qu'adorer Dieu ? Le savons-nous vraiment, par expérience, ou pouvons-nous seulement donner une réponse que nous aurions apprise par coeur ?

    Adorer Dieu, c'est se mettre en sa présence. Au fond, l'adoration, c'est le geste de politesse à l'égard de Dieu. Nous reconnaissons que Dieu Créateur est là, présent, qu'il nous aime, qu'il crée actuellement notre âme, et nous nous remettons entre ses mains, nous voulons nous mettre en sa présence. Or on ne peut pas être en présence de Dieu en dehors de l'adoration. Adorer, c'est revenir à la source.

    Péguy dit que la philosophie, c'est remonter à la source. Nous ne savons plus vraiment ce qu'est la philosophie. Or elle est quelque chose de très grand, puisqu'elle consiste à redécouvrir ce qu'il y a de plus profond en l'homme du point de vue de sa nature humaine. Durant la retraite, nous ferons donc de temps en temps des allusions philosophiques, pour aider à devenir plus intelligents, à aimer plus. Et ici la philosophie sera mise au service de la foi : il s'agira d'être intelligent pour Dieu et pour notre prochain. Pour le prochain, ce sera relativement facile pendant la retraite : garder le silence. Et être intelligent pour Dieu consistera surtout à faire un effort d'adoration, de prière.

    La retraite, en effet, doit nous apprendre à prier ; elle doit nous apprendre à être intelligent pour Dieu, pour le Christ. Et je crois qu'on peut appliquer à la retraite ce que Péguy dit de la philosophie : «La plupart des hommes descendent le fleuve. Même les cadavres descendent le fleuve.» On voit très bien : pour descendre le fleuve il n'est pas nécessaire de vivre, le poids naturel suffit. C'est la «spiritualité de la planche» ! Quand vous demandez à quelqu'un pourquoi il agit de telle ou telle manière et qu'il vous répond : «Tout le monde le fait», voilà la «spiritualité de la planche». On descend, on descend, cela n'a pas d'importance : tout le monde le fait...

    Il faut remonter à la source, et cela, c'est difficile. Bien sûr il ne faut pas le faire pour le plaisir d'aller à contre-courant, d'être réactionnaire. Non. Il s'agit d'aller à la source, c'est cela le but. Évidemment, il y a des gens qui n'aiment pas aller à la source mais qui aiment être réactionnaires ; mais cela, c'est autre chose. Ce n'est plus une «spiritualité» particulière. c'est tout simplement un mauvais caractère, qui réagit tout le temps pour le plaisir de réagir. Ce n'est pas cela qu'il faut chercher. Nous cherchons à remonter à la source. Mais «il n'y en a pas beaucoup qui remontent à la source» dit Péguy. Pour remonter à la source, il faut parfois accepter d'être seul.

    Dans notre vie chrétienne, il faut une très grande force pour remonter à la source et ne pas descendre le courant en faisant "comme tout le monde". Or, remonter à la source, c'est adorer. C'est seulement par l'adoration que nous pouvons remonter à la source. L'adoration exige donc un effort. On n'adore pas comme on respire ou comme on sent le parfum d'une fleur en disant : «Ça sent bon !» Non, vous n'adorez pas Dieu comme cela. Il y a des gens qui disent : «Prier, c'est tout simplement être soi-même.» Attention, cela dépend ! Que veut dire «être soi-même» ? On est soi-même de multiples manières : en se détendant, en se regardant dans la glace, en écoutant les autres.., et on peut être soi-même au plus intime de son être.

    Remonter à la source exige un acte de volonté. C'est même, je crois, l'acte de volonté le plus foncier ; de sorte que si on manque de volonté, c'est parce qu'on n'adore plus. Cela peut paraître étonnant, mais c'est profondément vrai. Une personne qui n'adore plus est errante, et donc, nécessairement, elle descendra le fleuve, puisqu'elle manquera de volonté. Pour remonter à la source, il faut le vouloir. Pour faire un acte d'adoration, il faut le vouloir. Voilà pourquoi nous devons essayer, pendant la retraite, de faire des actes d'adoration. Demandons à l'Esprit Saint de nous l'apprendre, parce que c'est lui qui nous apprend à adorer. Le prédicateur oriente, mais quand on le fera, c'est l'Esprit Saint qui sera là pour nous apprendre à adorer, pour nous apprendre cet acte élémentaire. Car l'adoration est élémentaire dans notre vie chrétienne, elle en est le fondement.

    Rappelons-nous la parole de Notre-Seigneur : Quand vous voulez construire une maison - et nous construisons tous une maison : le Temple de Dieu que nous sommes (cf. 1 Co 3,16-17 ; 6,19 ; 2 Co 6,16 ; Ep 2,21-22) - ne la construisez pas sur du sable mouvant parce qu'alors elle disparaîtra. Découvrez le roc et construisez-la dessus (cf. Mt 7,24-27 ; Lc 6, 47-49). Adorer, c'est justement découvrir le roc, c'est découvrir ce contact profond avec Dieu, ce point intime par où nous dépendons de lui, c'est découvrir la présence du Créateur au plus profond de notre être.

    Dieu - selon l'expression si forte de saint Augustin - est plus intimement présent à nous que nous ne le sommes à nous-mêmes (voir Confessions, III, VI, 11 : "En suivant le sens de la chair, c'est toi que je cherchais, mais toi tu étais plus intime que l'intime de moi-même et plus élevé que le sommet de moi-même." Cf. ch. XIII). Et c'est vrai : parce que Dieu nous saisit de l'intérieur, il n'y a pas de distance entre lui et nous. Il s'agit donc de découvrir cette présence, de découvrir cette source, la «source jaillissante» (cf. Jn 4,14), puisque Dieu est la source première d'où toute lumière et tout amour jaillissent, dont tout être provient.

    Découvrir cette source ! Nous ne pouvons le faire que dans l'attitude aimante de l'adoration. L'acte d'adoration est en effet un acte d'amour, mais d'un amour très particulier : c'est l'amour radical qui est en nous, dans lequel nous nous remettons entre les mains de Dieu. Nous savons que nous venons de Dieu et nous retournons vers lui ; et là nous nous mettons face à Dieu (c'est pourquoi j'ai dit que l'acte d'adoration était vraiment un geste de politesse à l'égard de Dieu). Nous reconnaissons que Dieu est présent ; et parce que Dieu est présent, nous nous mettons dans l'attitude normale de la créature qui veut reconnaître cette présence de son Créateur. Dieu est présent au plus intime de notre coeur, Dieu est présent au plus intime de notre esprit : et nous reconnaissons cela.

    Cette adoration, nous la faisons avec Jésus, nous la faisons avec Marie, toujours. Nous ne pouvons pas adorer sans le Christ. «Sans moi vous ne pouvez rien faire» (Jn 15,5). Et la première chose que le Christ nous apprend, c'est l'adoration. Il est venu pour nous enseigner cela. Dès que nous adorons, nous adorons donc avec lui. Et Marie est toujours là...

    Il est très important de comprendre que nous ne pouvons vraiment adorer qu'avec Jésus, car il s'agit d'une adoration «en esprit et en vérité» (Jn 4,23), d'une adoration dans l'amour. Nous aimons être proches de Dieu parce que nous savons qu'il nous aime et nous voulons découvrir cet Amour Premier par qui nous sommes aimés d'une manière unique. Et nous répondons à cet amour unique par l'adoration, par ce geste très particulier, très personnel. Nous avons en effet, chacun, notre manière d'adorer, notre manière d'aimer ; c'est par là que nous sommes vraiment originaux. Quand on cherche une originalité à l'extérieur, cela veut dire qu'on n'a pas compris que la véritable originalité est intérieure. Une fois que nous avons saisi cela, l'extérieur nous est bien égal, c'est secondaire ! Ce qui importe, c'est cette originalité profonde dans notre manière de remonter à la source, de redécouvrir la présence de Dieu, de l'adorer. Aucun d'entre nous, quand il adore Dieu, ne l'adore de la même manière que son voisin. On dit souvent qu'il n'y a pas deux feuilles qui soient semblables - et c'est vrai. Il n'y a pas deux vivants qui soient semblables. Or notre manière à nous de vivre, de respirer profondément comme homme, comme esprit lié au corps, c'est l'adoration. N'est-ce pas l'acte le plus profondément naturel à l'homme ? L'homme n'est pleinement homme que quand il adore Dieu. S'il n'adore plus, cela prouve qu'il a oublié ce qui le caractérise - et cela, c'est terrible ! Très vite, il tombera dans l'anonymat. Pourquoi y a-t-il tant d'hommes qui tombent dans l'anonymat ? tant d'hommes qui se laissent prendre par n'importe quel programme politique, sociologique, psychologique ? Parce qu'ils ont oublié la signification profonde de leur être et de leur vie humaine, cette signification que seule l'adoration permet de découvrir.

    L'adoration est l'acte le plus personnel de l'homme, fondamentalement. Elle est première dans l'ordre de l'éducation. L'Esprit Saint ne peut pas nous éduquer si nous n'adorons pas. Quelqu'un qui prétend être mû par le Saint-Esprit, s'il n'adore pas, on peut être sûr qu'il se trompe.

    L'adoration est le grand critère. Quand quelqu'un se dit mû par le Saint Esprit, éclairé par le Saint Esprit, mais que, à la question : «Est-ce que vous adorez ?» il répond : «Je ne sais pas ce que c'est», on peut être sûr que ce n'est pas le Saint-Esprit. C'est son imagination, mais pas le Saint Esprit. L'Esprit Saint ne peut agir sur nous que si nous adorons. L'adoration est donc un acte qu'il nous est très important de découvrir - et c'est le but de la retraite.

    Trois jours de marche dans le désert pour redécouvrir le sens de notre vie chrétienne... N'oublions pas que Dieu, pendant deux mille ans, a formé son peuple par l'adoration. Premier commandement : «Un seul Dieu tu adoreras» (cf. Mt 4,10 ; Lc 4,8. Dt 6,13 et 5,7-9. Ex 20,1-6 et 34, 14-17). Or pas un iota de la Loi ne disparaît (Mt 5,18 ; Lc 16,17), et donc l'adoration reste vraiment, pour nous aussi, le premier commandement dans l'ordre pédagogique. Dieu nous éduque par l'adoration.

    J'évoquerai ici une histoire très belle et qui n'est pas inventée, qui est vraie. C'est celle d'un Abbé de Citeaux, Dom Belorgey, et ceux qui l'ont connu savent que ce n'était pas n'importe qui. Il était «charismatique» - comme on dirait aujourd'hui -, mais vraiment, profondément, pas seulement d'un charisme extérieur. C'était un homme très extraordinaire, une vocation tardive. Vétérinaire dans l'armée (on voit comme Dieu prépare un futur abbé !), il s'était converti grâce à un petit frère convers qu'il avait rencontré dans un train - c'est Dom Belorgey lui-même qui m'a raconté cela. Ce petit frère trappiste l'avait emmené dans son couvent, et là il avait été pris par la grâce de Dieu, et y était resté. Les Trappistes sont des contemplatifs, et lui voulait entrer dans la vie contemplative. Au début, il a eu une grâce particulière, de ces grâces très profondes de Dieu qui nous saisissent au point qu'on ne voit rien d'autre. Il ne voyait donc rien d'autre, c'était merveilleux ! Puis, quand il a fait profession, au bout d'un certain nombre d'années, les écailles sont tombées. Il s'est dit : «Mais quoi ? je croyais qu'ils étaient contemplatifs, et ce sont des travailleurs !» C'est vrai, le grand défaut de la Trappe est parfois d'être uniquement une communauté de travailleurs. Et Dom Belorgey voyait que ces moines, le soir, après le gros travail des champs, récitaient parfois leur Office avec beaucoup de peine - ils luttaient contre le sommeil... Et le matin, comme ils se levaient très tôt, la nuit n'avait pas été assez longue, et parfois elle se prolongeait au choeur. Il n'y a que dans l'activité des champs, le gros travail, qu'ils étaient parfaitement eux-mêmes. Il s'est donc dit : «Je croyais être entré dans une communauté contemplative, et voilà que ce sont des travailleurs !» Il a alors compris ce que Dieu lui demandait à ce moment-là : «Sois contemplatif, prie, et ne juge pas ton prochain.» Il est excellent de se rappeler cela pendant une retraite : ne regardons pas les autres, agissons sous la mouvance de l'Esprit Saint. Si Dieu nous fait prier avec beaucoup d'amour, ne regardons surtout pas notre voisin, ni la manière dont il prie. Cela ne sert jamais à rien, puisque, à ce moment-là, on porte un jugement inutile sur lui. Il ne faut donc pas «loucher» sur celui ou celle qui est à côté de nous. Quand on adore, on ne «louche» pas, on a les deux yeux fixés sur Dieu. On n'a pas un oeil sur Dieu et l'autre oeil sur le voisin... Non, on prie, on adore, puisqu'on est en face de Dieu.

    Pour revenir à Dom Belorgey, un beau jour il a été nommé Abbé. A ce moment-là, il s'est dit : «Maintenant, je suis responsable de cette communauté de travailleurs qui doit devenir une communauté contemplative.» Il ne pouvait donc plus ne pas regarder ce qui se passait autour de lui. Alors, il a invoqué le Saint-Esprit - qui l'écoutait assez facilement - et le Saint-Esprit lui a dit : «Rappelle-leur le devoir de l'adoration. Ils n'adorent plus. Ils essaient de chanter les louanges de Dieu, mais ils n'adorent plus, de sorte que je ne peux plus rien sur eux ! je suis obligé de les laisser.» Il a alors demandé au Saint Esprit comment faire, et le Saint Esprit lui a dit (petite conversation intérieure... ) : «Dis-leur, à chacun, d'adorer sept fois par jour.» Si j'aime à raconter cette histoire, c'est parce que ces sept actes d'adoration par jour peuvent tout changer. Et cela, tous peuvent le faire pendant la retraite, c'est vraiment facile ! Et une fois qu'on a commencé, on continue car les sept actes d'adoration par jour, c'est «le bréviaire des pauvres», le bréviaire des laïcs. Il y a le bréviaire des moines, de ceux qui ponctuent la journée par l'Office pour louer Dieu. Mais il y a aussi le «bréviaire des pauvres», des laïcs, de ceux qui sont pris par quantité de choses et qui n'ont pas une vie aussi régulière que les moines. Et le «bréviaire des pauvres» consiste à ponctuer sa journée par sept actes d'adoration. C'est facile, il suffit de le vouloir. Vouloir adorer Dieu, se «réveiller» en face de Dieu. Ne pas le faire machinalement ! Non, vraiment des actes d'adoration. Et quand l'acte d'adoration est profond, il faut que notre corps accompagne notre esprit. C'est tout notre être qui adore Dieu. Ce n'est pas seulement la fine pointe de notre intelligence, la fine pointe de notre coeur, c'est tout notre être qui adore Dieu, en reconnaissant qu'il est notre Créateur. Nous nous remettons entre ses mains.

    C'est le premier acte que nous devons faire, tout de suite, dès que nous nous réveillons : adorer Dieu, reconnaître qu'à chaque instant nous recevons tout de lui, et tout lui remettre. Quand on est plusieurs dans la même chambre c'est peut-être un peu plus difficile, quoique, après tout ! quel merveilleux exemple on donne en adorant Dieu ! Pourquoi pas ? Oui, reconnaître que Dieu, dont l'acte créateur nous «porte» dans l'être, est plus présent à nous que nous-mêmes ; et lui offrir notre journée. Dans l'adoration nous offrons notre journée, et nous offrons notre vie. Nous devançons notre mort, dans l'adoration. Nous reconnaissons que Dieu est le Maître de la vie et de la mort. Nous reconnaissons qu'il est notre Créateur et nous lui remettons tout.

    Et le soir, dernier acte de la journée avant de s'endormir : adorer Dieu. Et il est facile de trouver encore cinq autres moments dans la journée ; par exemple, chaque fois qu'on change d'occupation.

    Dom Belorgey a donc expliqué cela à chaque moine. Puis, après l'avoir expliqué à chacun en particulier, il l'a redit à toute la communauté réunie. Ici, je ne peux pas le dire à chacun en particulier, je suis obligé de commencer tout de suite par le dire à tous - ce qui est très mauvais, parce que chacun dira : «Oh, c'est pour le voisin, cela ; ce n'est pas pour moi. C'est très bon pour le voisin, parce que lui ne sait pas prier. Moi, je sais prier, alors je n'en ai pas besoin.» Non ! La retraite nous fait tous novices du Saint-Esprit. C'est cela, une retraite. Et le noviciat du Saint Esprit consiste à apprendre I'A B C de notre vie chrétienne : faire des actes d'adoration. Nous en ferons toute notre vie, et nous en ferons éternellement, parce qu'éternellement nous serons novices du Saint-Esprit. Au ciel, ce sera notre gloire. Ici, sur la terre, nous le comprenons difficilement, mais au ciel ce sera notre gloire, d'être mû par le Saint-Esprit et de faire éternellement des actes d'adoration. Alors il est bon, dès cette terre, de ponctuer notre journée par sept actes d'adoration.

    Pour aller jusqu'au bout de l'histoire : Dom Belorgey m'a dit qu'au bout de six mois, sa Trappe de travailleurs était devenue une Trappe de contemplatifs. J'ai trouvé cela admirable, et y ai reconnu la manière dont Dieu procède. Combien de chrétiens, aujourd'hui, n'adorent plus ! Ils ne savent même pas ce que c'est. Ils récitent encore des prières, mais ils ne savent pas ce qu'est un acte personnel à l'égard de Dieu. Or l'adoration n'est-elle pas précisément cela ? Quand on adore, on est seul en face de Dieu. Il est bon d'être seul en face de Dieu ! cela nous donne un peu d'autonomie, c'est notre personnalité qui naît. Au fond, nous ne sommes vrais qu'en face de Dieu. C'est pour cela que l'acte d'adoration nous met dans la vérité pratique, et il nous libère de tout le reste, puisque, quand nous sommes en face de Dieu, nous savons que c'est Dieu qui nous garde. Nous nous libérons profondément de tout notre conditionnement habituel, dès que nous adorons, dès que nous reconnaissons que nous dépendons de Dieu et que, en dernier lieu, nous ne dépendons que de Lui (voir questions).

    L'adoration doit nous conduire, normalement, à une intimité plus grande avec Dieu. Elle est le seuil de la prière intime qu'on appelle l'oraison, ce contact direct avec Dieu dans la foi, l'espérance et l'amour. Il s'agit vraiment de la prière intérieure et pas seulement de la récitation de prières. Réciter des prières, c'est très bien, mais comprenons que cela doit nous conduire à une prière intérieure. Comme le dit saint Thomas, toute prière vocale est ordonnée à la prière intérieure, et c'est cette prière intérieure qui compte. On le comprend bien, puisque «Dieu est esprit» (Jn 4,24). Il veut donc, avant tout, une prière intérieure. La prière vocale, communautaire, est excellente si il y a aussi la prière personnelle. La prière vocale peut nous aider, parce que prier avec les autres en récitant le chapelet ou en disant les Psaumes, cela peut nous aider. Mais il peut très bien arriver aussi que la prière vocale ne nous aide pas du tout, parce que nous ne «pédalons» pas tous au même rythme. Il y a quelqu'un à côté de nous qui récite les prières à toute vitesse, c'est son rythme... mais nous avons de la peine à le suivre ; et il y en a d'autres qui les réciteraient très, très lentement, et alors on s'endormirait ! C'est un exercice, du reste, que de devoir chanter en même temps et de la même façon qu'un autre. La prière liturgique implique cet exercice ; elle est quelque chose de grand, mais il faut qu'elle soit accompagnée de la prière personnelle, ne serait-ce que parce qu'on n'aura pas toujours une communauté chrétienne à côté de soi ! Pendant la retraite, il faut les deux. La récitation de prières en commun doit nous conduire au silence de l'adoration. Et auprès de l'Eucharistie, dans notre adoration, demandons intérieurement à Jésus de nous apprendre à garder le silence, à adorer. L'adoration nous conduit à cette intimité avec Jésus, et la retraite doit être cette intimité : découvrir Jésus à partir de l'adoration. C'est cela, l'essentiel.

Suivre l'Agneau, Retraite sur l'Evangile de saint Jean prêchée à des jeunes,
Ed. Saint-Paul 1995, Nouvelle édition revue et corrigée, p. 9-17

Père I. Hausherr, L'amour le plus fort, c'est l'adoration

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
epiphanie ev    Nous sommes invités à connaître Dieu de telle sorte que notre louange aille jusqu'à l'adoration.

    Je n'ose dire à Dieu que je l'aime, mais je puis l'adorer, puisque je le dois. Dans cette adoration je comprends tout l'amour que lui ont donné, lui donnent et lui donneront tous ceux qu'il a faits dignes de l'aimer.

    Est-ce que la parole de Marie "Voici la servante du Seigneur" (Lc 1,38) n'était pas un acte d'amour?

    Néant je suis, et j'en glorifie celui qui est.

    Cette glorification me grandit : la gloire de l'homme, c'est Dieu, dit saint Irénée (Contre les hérésies II,20,2).

    Mon Dieu, fais-moi te connaître et t'aimer de telle sorte que la vue de mon néant double ma jouissance de ta gloire.

    Souveraine sagesse du non-être : le non-paraître.

    L'intimité avec le Christ : aucun sentiment d'humilité n'en peut restreindre le désir. Un tel sentiment ferait au Christ l'injure de supposer que sa charité est moindre que la mienne, alors que mon désir est né d'elle.

    Le vrai cantique de l'humilité c'est le Magnificat.

    Défions-nous dans notre prière des formules toutes faites ; nos propres paroles valent mieux pour nous.

    Certaines personnes ont le verbe facilement poétique.

    On écrit, on dit, et on croit que "c'est arrivé". Inconsciemment on joue un peu la pieuse comédie.

    Il ne faut pas vous imaginer que parce que vous avez récité de belles formules, vous êtes monté très haut en dignité devant Dieu.

    Il vaut mieux être sobres dans nos formules. Voyez la pondération des formules de la liturgie latine.

    La générosité authentique gagnera peut-être dans la mesure où nous rognerons les ailes à l'imaginative et à la sentimentale : ce sont des ailes de cire ou de papier avec lesquelles nous ne monterons jamais dans les hauteurs.

    La crainte est le commencement de la sagesse, dit l'Écriture (Si 1,16 ; Ps 110,10). Il faut admettre que devant Dieu on doit se tenir dans la crainte, mais ne pas croire que, quand la Sagesse est en progrès, la crainte ne sert plus à rien.

    Saint Jean dit bien que la parfaite charité met la crainte dehors (1 Jn 4,18). Il y a en effet une crainte qu'elle chasse : la crainte servile, celle qui, plus ou moins, espère échapper au coup de cravache.

    Cette crainte-là, il faut la mettre dehors par la charité.

    Comment ? En perdant tout espoir d'échapper à Dieu : "C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant !" Mais saint Augustin dit : "Tu as un seul moyen de t'enfuir de Dieu, c'est de t'enfuir en Dieu" (He 10,31 ; S. Augustin, Sur la première Ep. de saint Jean VI,3).


    Il est une autre crainte : celle que nous appelons "respect", "révérence" (vereri = craindre). Cette crainte-là, bien loin de diminuer lorsque grandit notre intimité avec Dieu, augmente ; elle perd ce qu'elle avait de pénible, elle ne se soucie plus d'éviter les coups, mais elle éprouve de plus en plus le sentiment de la grandeur de Dieu, de plus en plus elle se transforme en amour de Dieu, en aspiration vers lui.

    Tu ne dois pas craindre seulement quand tu penses à ton péché, mais jusque dans les consolations spirituelles.

    Même dans les moments de délassement et de détente, il faut conserver une certaine crainte de Dieu. Il n'y a pas de vacances dans la vie spirituelle et les détentes doivent être prises avec modération, par respect pour Dieu.

    Mais inutile de le dire : si les consolations sont de bon aloi, elles apportent d'elles-mêmes à l'âme la volupté du respect de Dieu.

    Le respect consiste à ne pas s'occuper d'autre chose que de Dieu et de ses intérêts quand on est avec lui.

    Ayons le respect des « images pieuses ». Si elles sont laides, la faute en est à celui qui les a faites. Une fois faites, il faut les respecter. Et les respecter, c'est quelquefois les brûler. Ce n'est pas du pharisaïsme - ni de l'iconoclasme !

    Il faut avoir la naïveté du respect.

    Il faut avoir la fringale du respect.

    Rien de plus exquis en fait de jouissance que le sentiment du respect. Il est fait d'admiration, d'estime, d'amour. Le vulgaire ne le connaît pas. Le respect fait justement la différence entre l'amour humain et l'amour animal. L'amour de Dieu contient tendresse et respect à un degré infiniment supérieur. C'est pourquoi il est ce qu'il y a de plus exquis en fait de complaisance.

    Le respect pour le Seigneur devient source de souffrances quand on voit le sans-gêne, la nonchalance, l'oubli de beaucoup de gens devant lui ; mais aussi de joies profondes, quand on rencontre des personnes simplement et spontanément attentives à lui donner toutes les marques, grandes et petites, de leur adoration. Que de spectacles reviennent dans la mémoire, de l'une et l'autre sorte ! Plus nombreux, hélas ! les déplaisants, plus rares les réconfortants. Mais les premiers, quantité négligeable, finissent par disparaître dans la splendeur des autres dont l'étoffe est d'éternité. Voici une chapelle de religieuses adoratrices. Des religieuses qui se succédaient deux à deux au prie-Dieu du choeur, et qui plusieurs fois par jour, silencieusement et solennellement entraient toutes ensemble pour leur office, je n'ai gardé aucun souvenir spécial. C'est leur métier à elles, d'adorer, le beau métier ! (métier vient de ministère). Mais jamais je n'oublierai un vieux monsieur de taille haute et droite, qui venait parfois faire une courte prière. Il avançait jusqu'à la grille, déposait chapeau et canne sur une chaise ; puis, sans s'appuyer ni à droite ni à gauche, il mettait un genou à terre, puis deux - et j'entendais craquer ses os -, puis lentement, obstinément, il forçait sa haute taille à s'incliner jusqu'à toucher du front le dallage de marbre. Sa prière achevée, il refaisait la même prostration avant de sortir.

    Pensez-vous qu'il fût malheureux d'avoir fait, d'avoir pu faire, d'avoir eu le droit et l'occasion de faire ce geste de révérence devant le seul Adorable qui est aussi le seul Bon ? Et à qui voudriez-vous ressembler de préférence, à des adorateurs de cette sorte qui fléchissent les genoux avec respect ou à d'autres pour qui la génuflexion consiste en un trémoussement imperceptible, tandis que le regard vogue ailleurs ; à ceux pour qui la prostration se réduit à baisser les paupières : à ceux qui, à peine relevés de l'agenouilloir où ils paraissaient absorbés en Dieu, tournent le dos à l'autel, au crucifix, au Christ encore présent, pour ne pas perdre cet unique spectacle de la foule qui s'en va...

    La liturgie romaine, la plus familière de toutes les liturgies chrétiennes, est pleine de respect.

    On s'enthousiasme pour la liturgie orientale ; or, cette liturgie, au moment le plus solennel de la messe, les fidèles n'en peuvent rien voir. Les Orientaux ont le sens du mystère.

    J'ai toujours constaté que, lorsqu'on parle de ce respect à certains auditoires, cela fait une impression profonde, très salutaire. Après quelque temps d'expérience, les auditeurs s'en félicitent, ils reconnaissent que cela leur a fait beaucoup de bien.

    J'ai connu une communauté dans laquelle tout le monde se mêlait de tout à la chapelle. Je leur ai parlé du respect dû à Dieu. J'ai réformé leurs idées à ce sujet et, un an après, tout était transformé ; la vie religieuse y avait gagné énormément.

    Ce respect ne tue pas la liberté. Dieu est mon Père, oui ; mais il est Dieu. Le respect n'est pas contraire à l'affection : on n'aime que ce qu'on respecte.

    Créer en moi cet instinct de respect, le développer. Au lieu de calculer comment échapper à telle marque de révérence, me féliciter d'avoir à la donner. Le faire d'une façon d'autant plus insistante que personne n'est là pour le constater.

    Les sacristains dévots sont très édifiants.

    Quand on fait un geste de respect - une inclination, une génuflexion, le signe de la croix - il faut le faire avec respect. Même lorsque nous prions tout seuls.

    Lorsque nous passons du raisonnement au colloque avec le Seigneur, si nous comprenons ce que nous faisons, nous prendrons naturellement une attitude respectueuse.
Ne nous laissons jamais impressionner par des idées fausses au sujet de la familiarité, «puisque nous appelons Dieu notre Père».

    J'ai lu un jour dans une revue religieuse une expression qui m'a choqué. On avait imprimé : "Papa le bon Dieu" et "Maman la Sainte Vierge", on peut parler ainsi avec respect, peut-être ; mais l'écrire, c'est déjà trop. Celui qui écrit doit se préoccuper de ne pas provoquer le moindre manque de respect chez ceux qui le liront.

    L'idéal de l'intimité, c'est l'intimité infinie des trois personnes divines.

    Éducatrices, faites-vous une conviction à ce sujet. Élevez les jeunes filles de telle manière qu'elles retrouvent ce respect par une sorte d'instinct spontané.

    Quand on va jusqu'à la découverte essentielle, quand on atteint le ressort qui a donné le branle aux ascensions des saints, on s'aperçoit de ceci : à un moment donné, par une grâce de Dieu, à la suite d'expériences variées, ils ont compris la grande parole du Seigneur : Dieu seul est bon (16 Mt 19,17) et ensuite celle de saint Jean. Dieu est charité (1 Jn 4,8).

    Cela n'est pas facile à voir chez les saints qui ont beaucoup écrit. Ce que nous disons le moins est souvent ce dont nous vivons le plus. Les saints ressemblent à une foule de gens qui ne se rendent pas compte qu'ils respirent. C'est pourquoi la science matérielle qui juge par la quantité des textes, passe à côté de la vraie connaissance.

    Marie de l'Incarnation, l'Ursuline, a beaucoup écrit. Il y a des quantités de choses que les théoriciens de la vie spirituelle relèvent complaisamment dans ses "Relations», mais la valeur profonde de son âme est ramassée dans quelques paroles brèves, très simples. Elle dit par exemple : «Étant en oraison, il me dit : "Tu m'appelles ton grand Dieu, et tu fais bien, car je le suis".» (A. Jamet, Le témoignage de Marie de l’Incarnation Paris, 1932, p. 22) C'est par ce respect qu'il faut commencer.

    Marie de l'Incarnation continue : «Mais je suis aussi Charité. L'Amour est mon nom et c'est ainsi que je veux que tu m'appelles.» Le Dieu que nous devons adorer, c'est celui-là.

    Les titres de noblesse, les marques d'honneur sont une vanité de la part de ceux qui les exigent ; mais de la part de ceux qui les donnent c'est savoir-vivre et, avec la modération voulue, c'est justice.

    Il est pourtant sûr que ces personnages sont essentiellement nos semblables : "Vous êtes tous frères" (Mt 23,8) et le Seigneur lui-même s'est déclaré notre frère. L'apôtre lui en fait un honneur. C'est à nous à ne pas oublier qu'il est plus encore.

    De quoi nous servirait-il, s'il n'était que notre frère ? Nous avons des milliards de frères en humanité. Voilà qui mérite considération. Car nos sentiments s'ajustent à la façon dont nous traitons les personnes. Si nous les traitons cavalièrement, l'estime disparaîtra. Si nous ne donnons pas à Notre Seigneur les marques élémentaires de respect, je ne crois pas que la grandeur, la dignité, la beauté de nos relations avec lui puissent subsister longtemps.

    Je ne sais pas d'où est venue l'habitude de dire "Jésus" tout court à Notre Seigneur. Car ni dans l'Écriture ni dans la liturgie cela ne se trouve.

    Le récit évangélique le nomme Jésus, parce que ce récit est une histoire. Le personnage historique s'appelle de son nom humain : Jésus. Mais ailleurs que dans le récit historique, les disciples qui parlent de lui ne l'appellent jamais « Jésus » tout court.

    Le vocatif "Jésus" ne se rencontre que dans saint Marc et dans saint Luc : ce sont des démons qui l'emploient par la bouche des possédés (Mt 8,9). A l'appeler par son nom humain, il n'y a que l'aveugle de Jéricho : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Et remarquez que cet homme lui rappelle sa royale ascendance (Lc 18,38).

    Les disciples ne se hasardent jamais à l'interpeller ainsi. Le Maître les en approuve : « Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous dites bien, car je le suis » (Jn 13,13). Pourquoi ma langue à moi ne proclamerait-elle pas avec joie qu'il est le Seigneur, mon Seigneur, Notre Seigneur ?

    Il nous est permis de l'appeler "Jésus" dans notre dévotion privée. Mais je parle dans l'intérêt de la vie spirituelle en général. Il faut se défier d'une dévotion à résonance purement humaine : elle risque de faire tort à la profondeur de nos relations avec le Seigneur.

    Dans les Apocryphes du Nouveau Testament, ce vocatif introduit certaines prières. On y trouve par exemple, dans l'Évangile des Hébreux l'histoire de l'homme à la main desséchée. Il dit : "Je te prie, Jésus, de me rendre la santé." Mais Jean le Théologien parle autrement. Il dit : "Seigneur Jésus-Christ, qui as fait des merveilles." L'ami de coeur parle autrement que le maçon à la main desséchée.

    Ne dévions pas de la ligne que trace notre foi ; ne descendons pas du milieu divin pour nous laisser choir dans la condition des "rampants".

    Encore une fois, je dis qu'il est permis de parler familièrement au Seigneur ; mais on peut lui parler très familièrement et à la fois respectueusement.

    À propos des noms de Notre Seigneur Jésus-Christ, je crois que nous avons tout intérêt à ne pas lui marchander les titres auxquels il a droit. Puissions-nous avoir une véritable joie à les lui donner !

    Je n'ai pas dit qu'il était défendu d'appeler Jésus par ce seul nom. Il n'est pas défendu de chanter tout entier le Jubilus (Hymne au nom de Jésus attribuée à saint Bernard).

    L'amour le plus fort, c'est l'adoration.

GOSPEL OF CHILDREN (Lk 2: 41-52)

Walter Covens #homilies in English
sainte-famille-2007.jpg
Dear children,

Jesus is born
(...)
    Christmas is the feast day of a Child, of a Newborn Baby. So it is your feast day too! (...)

    I can almost see you: you are setting up the Crib at home, in the parish, in every corner of the world, recreating the surroundings and the atmosphere in which the Saviour was born. Yes, it is true! At Christmastime, the stable and the manger take centre place in the Church. And everyone hurries to go there, to make a spiritual pilgrimage, like the shepherds on the night of Jesus' birth. Later, it will be the Magi arriving from the distant East, following the star, to the place where the Redeemer of the universe lay.

    You too, during the days of Christmas, visit the Cribs, stopping to look at the Child lying in the hay. You look at his Mother and you look at Saint Joseph, the Redeemer's guardian. As you look at the Holy Family, you think of your own family, the family in which you came into the world. You think of your mother, who gave you birth, and of your father. Both of them provide for the family and for your upbringing. For it is the parents' duty not only to have children but to bring them up from the moment of their birth.

    Dear children, as I write to you I am thinking of when many years ago I was a child like you. I too used to experience the peaceful feelings of Christmas, and when the star of Bethlehem shone, I would hurry to the Crib together with the other boys and girls to relive what happened 2000 years ago in Palestine. We children expressed our joy mostly in song. How beautiful and moving are the Christmas carols which in the tradition of every people are sung around the Crib! What deep thoughts they contain, and above all what joy and tenderness they express about the Divine Child who came into the world that Holy Night!

    The days which follow the birth of Jesus are also feast days: so eight days afterwards, according to the Old Testament tradition, the Child was given a name: he was called Jesus. After forty days, we commemorate his presentation in the Temple, like every other first-born son of Israel. On that occasion, an extraordinary meeting took place: Mary, when she arrived in the Temple with the Child, was met by the old man Simeon, who took the Baby Jesus in his arms and spoke these prophetic words: "Lord, now let your servant depart in peace, according to your word; for my eyes have seen your salvation which you have prepared in the presence of all peoples, a light for revelation to the Gentiles, and for glory to your people Israel" (Lk 2:29-32). Then, speaking to his Mother Mary, he added: "Behold, this child is set for the fall and rising of many in Israel, and for a sign that is spoken against (and a sword will pierce through your own soul also), that thoughts out of many hearts may be revealed" (Lk 2:34-35). So already in the very first days of Jesus' life we heard the foretelling of the Passion, which will one day include his Mother Mary too: on Good Friday she will stand silently by the Cross of her Son. Also, not much time will pass after his birth before the Baby Jesus finds himself facing a grave danger: the cruel king Herod will order all the children under the age of two years to be killed, and for this reason Jesus will be forced to flee with his parents into Egypt.

    You certainly know all about these events connected with the birth of Jesus. They are told to you by your parents, and by priests, teachers and catechists, and each year you relive them spiritually at Christmastime together with the whole Church. So you know about these dramatic aspects of Jesus' infancy.

    Dear friends! In what happened to the Child of Bethlehem you can recognize what happens to children throughout the world. It is true that a child represents the joy not only of its parents but also the joy of the Church and the whole of society. But it is also true that in our days, unfortunately, many children in different parts of the world are suffering and being threatened: they are hungry and poor, they are dying from diseases and malnutrition, they are the victims of war, they are abandoned by their parents and condemned to remain without a home, without the warmth of a family of their own, they suffer many forms of violence and arrogance from grown-ups. How can we not care, when we see the suffering of so many children, especially when this suffering is in some way caused by grown-ups?

Jesus brings the Truth

    The Child whom we see in the manger at Christmas grew up as the years passed. When he was twelve years old, as you know, he went for the first time with Mary and Joseph from Nazareth to Jerusalem for the Feast of the Passover. There, in the crowds of pilgrims, he was separated from his parents and, with other boys and girls of his own age, he stopped to listen to the teachers in the Temple, for a sort of "catechism lesson". The holidays were good opportunities for handing on the faith to children who were about the same age as Jesus. But on this occasion it happened that this extraordinary boy who had come from Nazareth not only asked very intelligent questions but also started to give profound answers to those who were teaching him. The questions and even more the answers astonished the Temple teachers. It was the same amazement which later on would mark Jesus' public preaching. The episode in the Temple of Jerusalem was simply the beginning and a kind of foreshadowing of what would happen some years later.

    Dear boys and girls who are the same age as the twelve-year-old Jesus, are you not reminded now of the religion lessons in the parish and at school, lessons which you are invited to take part in? So I would like to ask you some questions: What do you think of your religion lessons? Do you become involved like the twelve-year-old Jesus in the Temple? Do you regularly go to these lessons at school and in the parish? Do your parents help you to do so?

    The twelve-year-old Jesus became so interested in the religion lesson in the Temple of Jerusalem that, in a sense, he even forgot about his own parents. Mary and Joseph, having started off on the journey back to Nazareth with other pilgrims, soon realized that Jesus was not with them. They searched hard for him. They went back and only on the third day did they find him in Jerusalem, in the Temple. "Son, why have you treated us so? Behold, your father and I have been looking for you anxiously" (Lk 2:48). How strange is Jesus' answer and how it makes us stop and think! "How is it that you sought me? Did you not know that I must be in my Father's house?" (Lk 2:49). It was an answer difficult to accept. The evangelist Luke simply adds that Mary "kept all these things in her heart" (2:51). In fact, it was an answer which would be understood only later, when Jesus, as a grown-up, began to preach and say that for his Heavenly Father he was ready to face any sufferings and even death on the cross.

    From Jerusalem Jesus went back with Mary and Joseph to Nazareth where he was obedient to them (Lk 2:51). Regarding this period, before his public preaching began, the Gospel notes only that he "increased in wisdom and in stature, and in favour with God and man" (Lk 2:52).

    Dear children, in the Child whom you look at in the Crib you must try to see also the twelve-year-old boy in the Temple in Jerusalem, talking with the teachers. He is the same grown man who later, at thirty years old, will begin to preach the word of God, will choose the Twelve Apostles, will be followed by crowds thirsting for the truth. At every step he will confirm his extraordinary teaching with signs of divine power: he will give sight to the blind, heal the sick, even raise the dead. And among the dead whom he will bring back to life there will be the twelve-year-old daughter of Jairus, and the son of the widow of Naim, given back alive to his weeping mother.

    It is really true: this Child, now just born, once he is grown up, as Teacher of divine Truth, will show an extraordinary love for children. He will say to the Apostles: "Let the children come to me, do not hinder them", and he will add: "for to such belongs the kingdom of God" (Mk 10:14). Another time, as the Apostles are arguing about who is the greatest, he will put a child in front of them and say: "Unless you turn and become like children, you will never enter the kingdom of heaven" (Mt 18:3). On that occasion, he also spoke harsh words of warning: "Whoever causes one of these little ones who believes in me to sin, it would be better for him to have a great millstone fastened round his neck and to be drowned in the depth of the sea" (Mt 18:6).

    How important children are in the eyes of Jesus! We could even say that the Gospel is full of the truth about children. The whole of the Gospel could actually be read as the "Gospel of children".

    What does it mean that "unless you turn and become like children, you will not enter the kingdom of heaven"? Is not Jesus pointing to children as models even for grown-ups? In children there is something that must never be missing in people who want to enter the kingdom of heaven. People who are destined to go to heaven are simple like children, and like children are full of trust, rich in goodness and pure. Only people of this sort can find in God a Father and, thanks to Jesus, can become in their own turn children of God.

    Is not this the main message of Christmas? We read in Saint John: "And the Word became flesh and dwelt among us" (Jn 1:14); and again: "To all who received him, who believed in his name, he gave power to become children of God" (Jn 1:12). Children of God! You, dear children, are sons and daughters of your parents. God wants us all to become his adopted children by grace. Here we have the real reason for Christmas joy, the joy I am writing to you about at the end of this Year of the Family. Be happy in this "Gospel of divine sonship". In this joy I hope that the coming Christmas holidays will bear abundant fruit in this Year of the Family. (...)

Praise the name of the Lord!

    At the end of this Letter, dear boys and girls, let me recall the words of a Psalm which have always moved me: Laudate pueri Dominum! Praise, O children of the Lord, praise the name of the Lord! Blessed be the name of the Lord from this time forth and for evermore! From the rising of the sun to its setting may the name of the Lord be praised! (Ps 112/113:1-3). As I meditate on the words of this Psalm, the faces of all the world's children pass before my eyes: from the East to the West, from the North to the South. It is to you, young friends, without distinction of language, race or nationality, that I say: Praise the name of the Lord!

    And since people must praise God first of all with their own lives, do not forget what the twelve-year-old Jesus said to his Mother and to Joseph in the Temple in Jerusalem: "Did you not know that I must be in my Father's house?" (Lk 2:49). People praise God by following the voice of their own calling. God calls every person, and his voice makes itself heard even in the hearts of children: he calls people to live in marriage or to be priests; he calls them to the consecrated life or perhaps to work on the missions... Who can say? Pray, dear boys and girls, that you will find out what your calling is, and that you will then follow it generously.

    Praise the name of the Lord! The children of every continent, on the night of Bethlehem, look with faith upon the newborn Child and experience the great joy of Christmas. They sing in their own languages, praising the name of the Lord. The touching melodies of Christmas spread throughout the earth. They are tender and moving words which are heard in every human language; it is like a festive song rising from all the earth, which blends with the song of the Angels, the messengers of the glory of God, above the stable in Bethlehem: "Glory to God in the highest, and on earth peace among men with whom he is pleased!" (Lk 2:14). The highly favoured Son of God becomes present among us as a newborn baby; gathered around him, the children of every nation on earth feel his eyes upon them, eyes full of the Heavenly Father's love, and they rejoice because God loves them. People cannot live without love. They are called to love God and their neighbour, but in order to love properly they must be certain that God loves them.

    God loves you, dear children! This is what I want to tell you at the end of the Year of the Family and on the occasion of these Christmas feast days, which in a special way are your feast days.

    I hope that they will be joyful and peaceful for you; I hope that during them you will have a more intense experience of the love of your parents, of your brothers and sisters, and of the other members of your family. This love must then spread to your whole community, even to the whole world, precisely through you, dear children. Love will then be able to reach those who are most in need of it, especially the suffering and the abandoned. What joy is greater than the joy brought by love? What joy is greater than the joy which you, O Jesus, bring at Christmas to people's hearts, and especially to the hearts of children?

Raise your tiny hand, Divine Child,
and bless these young friends of yours,
bless the children of all the earth.

From the Vatican, 13 December 1994.

LETTER OF THE POPE JOHN PAUL II TO CHILDREN IN THE YEAR OF THE FAMILY
Copyright © Libreria Editrice Vaticana

 

Jean Paul II, L'Évangile de l'enfant (Lc 2, 41-52)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
sainte-famille-2007.jpg
Mes chers enfants,

Jésus est né

    (...) Noël, c'est la fête d'un Enfant, d'un nouveau-né. C'est donc votre fête! (...)

    Il me semble que je vous vois: vous préparez la crèche, à la maison, à la paroisse, en tout lieu du monde, en reconstituant le climat et le cadre de la naissance du Sauveur. C'est vrai! Au moment de Noël, l'étable et la mangeoire occupent dans l'Église la première place. Et tous se dépêchent d'y aller en pèlerinage spirituel, comme les bergers dans la nuit de la naissance de Jésus. Plus tard, ce sont les Mages qui viendront de l'Orient lointain, en suivant l'étoile, jusqu'à l'endroit où a été déposé le Rédempteur de l'univers.

    Et vous aussi, pendant le temps de Noël, vous visitez les crèches en vous arrêtant pour regarder l'Enfant déposé sur la paille. Vous fixez votre regard sur sa Mère, sur saint Joseph, gardien du Rédempteur. En contemplant la Sainte Famille, vous pensez à votre famille, celle où vous êtes venus au monde. Vous pensez à votre maman, qui vous a mis au jour, et à votre papa. Ils prennent soin de la vie de la famille et de votre éducation. En effet, la mission des parents n'est pas seulement d'avoir des enfants, mais aussi de les éduquer dès leur naissance.

    Mes chers enfants, je vous écris en pensant à l'époque où, voici bien des années, j'étais un enfant comme vous. Je vivais alors moi aussi dans le climat de paix de Noël, et, quand brillait l'étoile de Bethléem, je me dépêchais d'aller à la crèche avec mes camarades, pour revivre ce qui s'est passé il y a deux mille ans en Palestine. Nous, les enfants, nous exprimions notre joie d'abord par le chant. Comme ils sont beaux et émouvants, les chants de Noël, dont la tradition de tous les peuples entoure la crèche! Que d'idées profondes y sont contenues, et surtout quelle joie, quelle tendresse ils expriment pour l'Enfant divin venu au monde dans la nuit sainte!

    Les jours qui suivent la naissance de Jésus sont également des jours de fête: ainsi, huit jours plus tard, on rappelle que, comme le voulait la tradition de l'Ancien Testament, l'Enfant reçut un nom: il fut appelé Jésus. Quarante jours plus tard, on commémore sa présentation au Temple, comme cela se faisait pour chaque fils aîné en Israël. A cette occasion, il y eut une rencontre extraordinaire: quand la Vierge Marie arriva au Temple avec l'Enfant, le vieillard Syméon vint au-devant d'elle; il prit dans ses bras le petit Jésus et prononça ces paroles prophétiques: « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples: lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple » (Lc 2, 29-32). Puis, s'adressant à Marie, sa mère, il ajouta: « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre » (Lc 2, 34-35). Ainsi donc, dès les premiers jours de la vie de Jésus retentit l'annonce de la Passion, à laquelle sera un jour associée sa Mère, Marie: le Vendredi saint, elle se tiendra silencieuse au pied de la Croix de son Fils. D'ailleurs, il ne faudra pas attendre longtemps après la naissance pour voir le petit Jésus exposé à un grand danger: le cruel roi Hérode ordonnera de tuer les enfants de moins de deux ans et Jésus sera obligé de fuir en Égypte avec ses parents.

    Je suis certain que vous connaissez bien ces événements liés à la naissance de Jésus. Vous en entendez le récit par vos parents, par les prêtres, les professeurs, les catéchistes, et, chaque année, vous les revivez spirituellement au cours des fêtes de Noël, avec toute l'Église. Vous savez donc les aspects dramatiques de l'enfance de Jésus.

    Mes chers amis, dans l'histoire de l'Enfant de Bethléem, vous pouvez reconnaître le sort des enfants du monde entier. S'il est vrai qu'un enfant représente non seulement la joie de ses parents, mais aussi celle de l'Église et de la société tout entière, il est vrai également qu'à notre époque il y a malheureusement beaucoup d'enfants qui, en divers endroits du monde, souffrent et sont menacés: ils endurent la faim et la misère, ils meurent de maladie et de malnutrition, ils tombent victimes des guerres, ils sont abandonnés par leurs parents et condamnés à rester sans toit, privés de la chaleur de leur famille; ils subissent de nombreuses formes de violence et d'oppression de la part des adultes. Comment est-il possible de rester indifférent face à la souffrance de tant d'en- fants, surtout quand, d'une manière ou d'une autre, elle est provoquée par les adultes?

Jésus donne la Vérité

    L'Enfant, qu'à Noël nous contemplons déposé dans la mangeoire, a grandi avec les années. A douze ans, comme vous le savez, il se rendit pour la première fois, avec Marie et Joseph, de Nazareth à Jérusalem à l'occasion de la fête de Pâques. Là, perdu dans la foule des pèlerins, il se sépara de ses parents et, avec ses autres camarades, il se mit à écouter les Docteurs du Temple, comme pour une « leçon de catéchisme ». En effet, les fêtes étaient de bonnes occasions pour transmettre la foi aux jeunes qui avaient plus ou moins l'âge de Jésus. Mais il arriva que, pendant cette rencontre, l'Adolescent extraordinaire venu de Nazareth ne se contenta pas de poser des questions très intelligentes: il commença lui-même à donner des réponses profondes à ceux qui étaient ses maîtres. Plus encore que les questions, les réponses stupéfièrent les Docteurs du Temple. C'est le même étonnement qui, par la suite, accompagnerait la prédication publique de Jésus: l'épisode du Temple de Jérusalem n'était que le début et, pour ainsi dire, la préfiguration de ce qui arriverait quelques années plus tard.

    Chers jeunes qui avez le même âge que Jésus alors, douze ans, ne pensez-vous pas ici aux cours de catéchisme qui se donnent à la paroisse ou à l'école, des cours auxquels vous êtes invités à prendre part? Je voudrais vous poser quelques questions: quelle est votre attitude à l'égard des cours de catéchisme? Y participez-vous autant que Jésus au Temple à douze ans? Avez-vous à cœur de les suivre à l'école ou en paroisse? Vos parents vous y aident-ils?

    A l'âge de douze ans, Jésus fut tellement absorbé par cette catéchèse dans le Temple de Jérusalem qu'il alla presque jusqu'à en oublier ses parents eux-mêmes. Marie et Joseph, qui cheminaient avec d'autres pèlerins sur la route du retour vers Nazareth, se rendirent compte bien vite de son absence. Les recherches furent longues. Ils revinrent sur leurs pas et c'est seulement le troisième jour qu'ils réussirent à le trouver à Jérusalem, dans le Temple. « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi! » (Lc 2, 48). Comme la réponse de Jésus est étrange, et comme elle fait réfléchir! « Comment se fait-il que vous m'ayez cherché? - leur dit-il - Ne le saviez-vous pas? C'est chez mon Père que je dois être » (Lc 2, 49). C'était une réponse difficile à accepter. L'évangéliste Luc ajoute simplement que Marie « gardait dans son cœur tous ces événements » (2, 51). En effet, c'était une réponse qui n'allait devenir compréhensible que plus tard, quand Jésus, adulte, commencerait à prêcher, en déclarant qu'il était prêt, pour son Père des cieux, à faire face à toute souffrance et même à la mort sur la croix.

    De Jérusalem, Jésus retourna avec Marie et Joseph à Nazareth où il vécut en leur étant soumis (cf. Lc 2, 51). Pendant cette période, qui précède le début de sa prédication publique, l'Évangile note seulement qu'il « grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes » (Lc 2, 52).

    Chers jeunes, chez l'Enfant que vous admirez dans la crèche, sachez déjà voir le garçon de douze ans qui parle dans le Temple de Jérusalem avec les Docteurs. C'est le même homme, adulte, qui plus tard, à trente ans, commencera à annoncer la Parole de Dieu, choisira les douze Apôtres, sera suivi par des foules assoiffées de vérité. Il confirmera à chaque pas son enseignement exceptionnel par les signes de la puissance divine: il rendra la vue aux aveugles, guérira les malades, ressuscitera même les morts. Et parmi les morts rappelés à la vie, il y aura la fille de Jaïre, âgée de douze ans, il y aura le fils de la veuve de Naïn, rendu vivant à sa mère en larmes.

    C'est bien ainsi que cela s'est passé: cet Enfant qui vient de naître, une fois devenu grand, Maître de la Vérité divine, montrera une extraordinaire affection pour les enfants. Il dira aux Apôtres: « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas », et il ajoutera: « Car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent » (Mc 10, 14). Une autre fois, comme les Apôtres discutaient sur la question de savoir qui était le plus grand, il leur présentera un enfant et leur dira: « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3). En cette occasion, il donnera aussi cet avertissement avec la plus grande sévérité: « Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu'on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on l'engloutisse en pleine mer » (Mt 18, 6).

    Comme l'enfant est important aux yeux de Jésus! On pourrait même faire remarquer que l'Évangile est traversé en profondeur par la vérité sur l'enfant. On pourrait aller jusqu'à le lire dans son ensemble comme l'« Évangile de l'enfant ».

    Que veut dire en effet: « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux »? Jésus ne fait-il pas de l'enfant un modèle même pour les adultes? Chez l'enfant, il y a quelque chose qui ne doit jamais faire défaut à celui qui veut entrer dans le Royaume des cieux. Le ciel est promis à tous ceux qui sont simples comme les enfants, à tous ceux qui, comme eux, sont remplis d'un esprit d'abandon dans la confiance, purs et riches de bonté. Eux seuls peuvent retrouver en Dieu un Père et devenir à leur tour, grâce à Jésus, des fils de Dieu.

    N'est-ce pas là le grand message de Noël? Nous lisons chez saint Jean: « Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous » (1, 14); et encore: « Tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (1, 12). Enfant de Dieu! Vous, chers jeunes, vous êtes les fils et les filles de vos parents. Or, Dieu veut que nous soyons tous ses fils adoptifs par grâce. C'est là que réside la vraie source de la joie de Noël, dont je vous parle au terme de l'Année de la Famille. Réjouissez-vous de cet « Évangile de la filiation divine ». (...)

Louez le nom du Seigneur!

    Permettez, chers enfants, qu'au terme de cette Lettre je vous rappelle les paroles d'un psaume qui m'ont toujours ému: Laudate pueri Dominum! Louez, enfants du Seigneur, louez le nom du Seigneur. Béni soit le nom du Seigneur, maintenant et pour toujours! Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur (cf. Ps 112113, 1-3)! Tandis que je médite les paroles de ce psaume, passent devant mes yeux les visages des enfants du monde entier, de l'orient à l'occident, du nord au midi. Et c'est à vous, mes petits amis, sans distinction de langue, de race ou de nationalité, que je dis: Louez le nom du Seigneur!

    Et puisque l'homme doit louer Dieu avant tout par sa vie, n'oubliez pas ce que Jésus, à l'âge de douze ans, dit à sa Mère et à Joseph dans le Temple de Jérusalem: « Ne le saviez-vous pas? C'est chez mon Père que je dois être » (Lc 2, 49). L'homme loue Dieu quand il suit la voix qui l'appelle. Dieu appelle tout homme, et sa voix se fait entendre déjà dans l'âme de l'enfant: il l'appelle à vivre dans le mariage ou à être prêtre; il l'appelle à la vie consacrée ou peut-être au travail dans les missions... Qui sait? Priez, chers garçons, chères filles, pour découvrir votre vocation et pour la suivre avec générosité.

Du Vatican, le 13 décembre 1994.

 

JEAN-PAUL II, LETTRE DU PAPE AUX ENFANTS EN L'ANNÉE DE LA FAMILLE
Copyright © Libreria Editrice Vaticana

UMA PRENDA DE NATAL NÃO SEMELHANTE COM QUALQUER OUTRA (Lc 2, 1-14)

Walter Covens #homilias em português
No--l-jour-2007.jpg
    Enquanto estava a comer ao meio-dia (mais exactamente às 14.00h) neste domingo, olhava as notícias na televisão. Evidentemente, havia um programa sobre o NATAL : crianças a quem os jornalistas perguntavam o que esperavam do Pai Natal. Houve muitas respostas, como podeis imaginar. Mas entre todas houve uma que me tocou : a duma criança (uma menina) que dizia assim : « de qualquer modo, se o Pai Natal não me levar prenda, eu farei um escândalo ! ». Era a última criança interrogada.

    A seguir, a camara regressou à jornalista que apresentava as notícias ; essa, que tinha ouvido aquela resposta da menina, ficava com com olhar tenro e sorridente.

Eu, não sorri.
Não fui comovido.

    Perguntei simplesmente para mim próprio o que havia-de ser mais tarde aquela criança, que já manifestava uma mentalidade firme de reivindicar os seus direitos e de gritar caso que não aparecesse nada… enquanto que não assumia os seus deveres e responsabilidades.

    Nesta noite, com os cristãos do mundo inteiro, celebramos com alegria a Natividade de Nosso Senhor. Até o mundo celebra Natal, à maneira dele. Em França, um presidente de cámara municipal ralhou porque um presépio tinha sido instalado na praça pública, junto à Cámara. Ele publicou a foto do presépio no seu « blog » e escreveu :
    « Procurai o erro ». Então encontraram a solução para realizar um Natal « não cristão » : Jesus foi deitado para fora e o Pai Natal foi posto no lugar dele. Isso não só é conforme com os « dogmas » do laicismo ; além disso é prático, uma vez que o Pai Natal, ao que parece, é quem traz as prendas. De qualquer modo não se lhe pede mais nada, e ele não nos pede nada. Enquanto que Jesus, ele, chega nu : precisa de panos, de comida,de calor. Jesus é totalmente pobre e não leva nada… mas ele pede tudo ! Pelo menos, é assim que a gente imagina as coisas, mais ou menos conscientemente.

    Uma fábula conta que, um dia, Jesus regressou visivelmente na terra. Era num tempo em que o Pai Natal ainda era desconhecido. Mas já tinham feito com que Jesus fosse um distribuidor de prendas, de toda a espécie. Era um dia de Natal, estavam muitas crianças reunidos para uma festa. Jesus veio no meio deles. As crianças reconheceram-no e aclamaram-no. Então, uma das crianças pediu que prenda Jesus lhe tinha levado, e todas as crianças pediram a mesma coisa. Jesus não respondeu nada, mas abriu os braços…

    Aqui, deixo de contar a história. Jesus vem no meio das crianças. Aquelas crianças, apesar da sua idade, falam como adultos. Foram contaminadas pela mentalidade dos adultos, a mentalidade que reivindica para si e que João Baptista quis emendar quando as pessoas lhe pediam : « Que devemos fazer ? » Resposta (de João à multidão) : « Quem tem dois casacos, quem tem para comer… partilhe com os que não têm » ; (aos publicanos) : « Não devem exigir mais do que é justo » ; (aos soldados) :… « Ficai satisfeitos com o vosso soldo ».

    Ainda há outra coisa. Quando aquelas crianças, contaminadas pela mentalidade dos adultos, vêem Jesus abrir os braços, em que pensam ? Qual a sua reacção inconsciente ? Não se dizem, porventura : « O que é que nos vai pedir ? Não só não traz prendas, mas vai pedir sacrifícios ! ».

    Então, continua a fábula, uma criança disse : « Vede, ele não nos trouxe nada. Meu pai tem razão,     quando diz que a religião não serve para nada, que não nos dá prenda alguma ! ». Mas outra criança respondeu : « Ao abrir os braços, Jesus quer dizer que o que nos traz é Ele próprio; é ele que se nos dá como irmão nosso, Filho de Deus para nos tornar filhos de Deus como Ele ».


    A resposta daquela criança, não é uma fábula. É mesmo o que nos diz S. Paulo na carta a Tito (2a Leitura) : « A graça de Deus manifestou-se para a salvação de todos os homens ». A graça é a prenda mais extraordinária, a prenda do Amor. Jesus há-de dizer que não há maior amor do que « dar a vida pelos seus amigos ». « Dar a sua vida », isso quer dizer,aqui, não um homem que dá a sua vida por outro homem, mas que é Deus quem dá a sua vida divina, para nos tornar participantes da sua divindade !

    Ora, a respeito daquela graça inaudita, prenda não semelhante a qualquer outra, S. Paulo diz-nos que é « ela que nos ensina a rejeitar o pecado e as paixões do mundo, para viver no mundo presente como homens razoáveis, justos e religiosos »… « Para nos tornar povo seu », e acrescenta : « um povo ardente para fazer o bem ».

    Então, sim, haverá sacrifícios a fazer, mas não é o mais importante. O mais importante é a graça. A graça, é a obra de Deus, prenda maravilhosa que só podemos aprender a acolher. O restp vem a seguir e se aprende pouco a pouco. Pois a graça nos « ensina », nos transforma.

    É o que dizia S. Agostinho, quando também ele era assustado pelas exigências da moral cristã,sobretudo em matéria de castidade . Mas, depois duma longa luta interior, iluminado pelo Espírito Santo, ele disse ao Senhor : « Senhor, peça-me o que queres, mas dá-me o que me pedes ».

    Acolhemos, portanto, a graça de Natal. É Jesus quem se dá. É o Pai quem no-lo dá, na dinámica do Espírito Santo. E deixemo-nos transformar por ela à sua imagem e à sua semelhança. Então poderemos experimentar a verdade das palavras de Jesus quando dizia : « Há mais alegria no dar do que no receber ».

Afficher plus d'articles

RSS Contact