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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee b (2008-2009)

La Vérité nous rendra libres - Homélie pour la Solennité du Christ Roi de l'Univers B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

 

Ponce Pilate, le gouverneur (procurateur) romain de la Palestine, se trouve face à face avec le Seigneur de l’univers. Pilate est agité par les circonstances, mais lucide, car il est encore tôt. Jésus, lui, est exténué par les douze premières heures de sa passion, mais ses yeux brillent de l’amour et de la détermination qui l’ont conduit jusqu’à cette heure. Il est venu dans ce monde pour sauver l’âme de Pilate, et voilà que la Providence les a fait enfin se rencontrer. Jésus veut attirer ce patricien romain à son cœur. Toutes les conditions sont réunies pour que Pilate puisse déceler en Jésus ce Dieu que, secrètement, il cherche. Et pourtant il n’y arrive pas. Il se trouve avec Jésus au même endroit, il lui parle, mais son cœur n’est pas touché. Pourquoi ?

 

Jésus lui-même nous en fournit l’explication quand il dit à Pilate :

 

« Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »

 

En disant cela, Jésus nous enseigne le secret pour vivre dans l’intimité avec Dieu. Celui qui se laisse guider par ce qui est vrai sera aspiré dans la communion au Christ, entendra et suivra les incessantes motions de l’Esprit qui nous pousse à suivre Jésus de plus près.

 

Mais se laisser conduire par la vérité, cela requiert de l’humilité. Cela nous demande de reconnaître une autorité supérieure à notre intelligence. Si je suis obligé de découvrir, d’accepter et de me conformer à ce qui est objectivement vrai (moralement, physiquement, historiquement), je ne suis pas indépendant, je ne suis pas le maître de l’univers, je ne suis pas Dieu.

 

Faire cet acte d’humilité, qui nous libère des liens paralysants de l’égoïsme, voilà qui est dur ! Notre nature humaine déchue tend plutôt vers l’orgueil, la domination, l’autosuffisance. Résister à ces tendances, obéir à la vérité, et s’exposer à l’ardent amour de Dieu, cela demande du courage. La courageuse et humble acceptation de la vérité divine, de la vérité qui est que Dieu est amour : voilà la seule voie pour suivre notre Roi éternel, et pour faire l’expérience de la plénitude qui est le privilège des citoyens du Royaume éternel.

 

La haine ou la peur de la vérité, qui peuvent nous rendre sourds à la voix discrète de Dieu dans nos cœurs, comme dans le coeur de Pilate, c’est cela que l’on appelle le relativisme moral. Benoît XVI a mis en garde le monde contre le progrès incessant du relativisme dans notre société moderne, et ceci dès le premier jour de son pontificat. Il considère que c’est une des plus grandes menaces contre le bien commun auquel l’Eglise doit faire face aujourd’hui. Dans un discours à la Commission Théologique Internationale du 5 octobre 2007, il s’est exprimé en ces termes :

 

« (Mais) c'est précisément en raison de l'influence de facteurs d'ordre culturel et idéologique, que la société civile et séculière d'aujourd'hui se trouve dans une situation d'égarement et de confusion:  on a perdu l'évidence originelle des fondements de l'être humain et de son action éthique (…) Le problème qui se pose n'est donc pas la recherche du bien, mais celle du pouvoir, ou plutôt de l'équilibre des pouvoirs. A la racine de cette tendance se trouve le relativisme éthique (…)

 

« Lorsque les exigences fondamentales de la dignité de la personne humaine, de sa vie, de l'institution familiale, de la justice, de l'organisation sociale, c'est-à-dire les droits fondamentaux de l'homme, sont en jeu, aucune loi faite par les hommes ne peut renverser la règle écrite par le Créateur dans le cœur de l'homme, sans que la société elle-même ne soit dramatiquement frappée dans ce qui constitue sa base incontournable (…) Si, en raison d'un obscurcissement tragique de la conscience collective, le scepticisme et le relativisme éthique parvenaient à effacer les principes fondamentaux de la loi morale naturelle, l'ordre démocratique lui-même serait radicalement blessé dans ses fondements. »

 

Si nous "appartenons" à la vérité, si nous ne laissons pas l’égoïsme et l’égocentrisme nous transformer en ennemis de la vérité, alors, le Christ nous promet que nous serons capables "d’écouter sa voix" et de le suivre jusque dans son Royaume éternel.

 

La liberté du Royaume du Christ est une liberté intérieure, une paix et une force d’âme que seule sa grâce peut nous donner. Si nous n’avons pas encore pu faire une expérience assez forte de cette paix et de cette force d’âme, il pourrait y avoir plusieurs raisons à cela. Cela pourrait être tout simplement parce que nous ne connaissons pas suffisamment son enseignement pour pouvoir le comprendre et pour parvenir à le suivre. Dans les générations précédentes, les valeurs de la culture populaire étaient, la plupart du temps, inspirées par une vision chrétienne du monde. Le monde du spectacle, les écoles, et le genre de vie encouragé par la société étaient plus ou moins en harmonie avec le message moral et spirituel tel que les gens pouvaient en entendre parler à la messe du dimanche, si bien que l’homélie dominicale était appuyée et renforcée par de multiples autres sources d’inspiration.

 

Aujourd’hui les choses on bien changé. Le monde qui nous entoure est un monde sécularisé, dont le comportement est souvent profondément antichrétien. Dans un tel contexte, le catéchisme de notre enfance et l’homélie dominicale ne suffisent plus. Si vraiment nous voulons nous comprendre, nous-mêmes et le monde qui nous entoure, à la lumière du la vérité salutaire du Christ, nous devrons adopter un rôle plus actif. Si, tout au long de la semaine, nous nous exposons aux images et aux informations véhiculés par le monde, nous serons peu à peu sécularisés, même si, par ailleurs, nous continuons d’aller à la messe tous les dimanches. Alors il ne faudra pas être surpris si nous ne faisons pas l’expérience de la liberté intérieure que le Christ nous promet. Pour le suivre avec fidélité, nous devrons le chercher, prendre du temps chaque jour pour la prière personnelle et pour l’approfondissement de notre foi par l’étude.

 

Dans un monde qui se trouve ouvertement en révolte contre le Royaume du Christ, nous serons inexorablement aspirés nous aussi dans cette révolte, à moins que nous ne décidions, en tant que chrétiens, de suivre le Christ activement. En poursuivant cette célébration eucharistique du Christ, Roi de l’Univers, prenons (ou reprenons) cet engagement de notre baptême.

 
La haine ou la peur de la vérité, qui peuvent nous rendre sourds à la voix discrète de Dieu dans nos cœurs, comme dans le coeur de Pilate, c’est cela que l’on appelle le relativisme moral.

La haine ou la peur de la vérité, qui peuvent nous rendre sourds à la voix discrète de Dieu dans nos cœurs, comme dans le coeur de Pilate, c’est cela que l’on appelle le relativisme moral.

Savoir ce que l’avenir nous réserve pour vivre le présent avec sagesse - Homélie 33° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

 

Ce discours de notre Seigneur se situe dans l’Evangile selon saint Marc à un tournant décisif, au moment où Jésus et ses Apôtres, après une journée harassante d’enseignements et de diatribes avec les rabbis dans le Temple,  prennent un peu de repos au Mont des Oliviers qui surplombe Jérusalem. Jésus sait qu’il arrive à l’apogée de sa mission terrestre : sa passion et sa crucifixion auront lieu dans à peine quelques jours. Ceci trouve son écho dans la liturgie, puisqu’avec ce dimanche nous nous approchons de la fin de l’année liturgique. Dans ce contexte, Jésus profite d’un commentaire de l’un de ses disciples à propos de la beauté du Temple pour leur rappeler la nature passagère des gloires terrestres.

 

Nous pouvons nous représenter la manière dont il explique ces évènements à venir, les ayant présents à son esprit, pendant que les disciples le regardent, hébétés, ayant de la peine à le croire, se demandant ce qu’il peut bien vouloir dire.

 

Jésus, lui, parle des ces évènements à venir avec assurance et clarté, ce qui a dû d’autant plus effrayer ses disciples. Si nous, nous écoutons ces paroles comme si nous les entendions pour la première fois, nous pouvons mieux comprendre la note d’urgence qui caractérise la manière dont les premiers chrétiens annonçaient l’Evangile. Le Seigneur parle de la fin de l’histoire comme si c’était demain, ce qui est vrai, sinon en ce qui concerne la fin de l’histoire, du moins la fin de notre vie. C’est cela que nous devons garder présent à notre esprit. En fait, juste avant le passage que nous venons d’entendre, Jésus avait dit :

 

« Quant à vous, prenez garde : je vous ai tout dit à l'avance. »

 

Jésus veut que nous sachions ce que l’avenir nous réserve – le fait que le bien triomphera du mal après un rude combat – pour que nous puissions vivre le présent avec sagesse. Voilà l’essentiel, mais pour le comprendre pleinement, nous devons approfondir.

 

Dans ce discours , Jésus dit quelque chose qui est particulièrement déconcertant. Il dit à ses Apôtres que « cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive ». Si Jésus parlait de la fin du monde, il a dû se tromper, n’est-ce pas ? Après tout, "cette génération"– celle de ses premiers disciples – a passé depuis longtemps, mais le monde est toujours là… Nous ne pouvons comprendre les paroles du Seigneur que si nous les situons dans le contexte du passage dans son ensemble, au lieu de nous contenter d’écouter les quelques versets du passage de ce jour.

 

Il y a trois niveaux de signification dans la conversation de Jésus avec ses Apôtres. Au premier niveau, le niveau primaire et littéral, le Seigneur prédit la destruction de Jérusalem. Cet évènement historique eut lieu, en effet, avant la disparition de la génération des premiers disciples, en l’an 70 après Jésus Christ. Jésus les avertit que les jours où l’armée romaine ferait siège devant Jérusalem seraient des jours de grande détresse. Et c’est ce qui est arrivé. Plus d’un million de Juifs sont morts – la plupart de faim – lors de cette rébellion finale et du siège. Seuls 30.000 d’entre eux ont survécu, selon le témoignage de l’historien contemporain, Flavius Josèphe. Jésus savait que cela allait arriver, et, en l’annonçant, il voulait assurer ses disciples que ces évènements, d’une manière mystérieuse, faisaient partie de son plan de salut.

 

Mais ensuite, quand il décrit “ces jours”, le ton change, et il utilise un autre langage. Il parle du soleil qui s’obscurcit, de la lune qui perd son éclat, des étoiles qui tombent du ciel, et des puissances célestes qui sont ébranlées. Le Fils de l’homme viendra sur les nuées et des anges rassembleront les élus des quatre coins de l’horizon. C’est le langage utilisé par les prophètes (et par d’autres auteurs spirituels de l’époque) pour désigner la fin de l’Ancienne Alliance et l’établissement du Royaume messianique promis. C’est le cas, par exemple, du passage du Livre de Daniel (1° lect.). Dans la première partie de son discours, il avait préparé ses disciples à la destruction de Jérusalem ; à présent il explique ce que signifie cette destruction. Elle sera un signe visible de l’accomplissement de l’Ancienne Alliance par la Nouvelle. Ainsi, les Apôtres de la communauté de la Nouvelle Alliance du Christ, l’Eglise, auront à être des messagers de la fin des temps, car la Nouvelle Alliance inaugurera la dernière période de l’histoire humaine, le temps de l’Eglise. Cette ultime période touchera à sa fin quand Jésus viendra de nouveau pour présider le Jugement Dernier, bannir le mal définitivement, et recréer les cieux et la terre.

 

Ainsi, les deux niveaux de signification – la destruction de Jérusalem et la "destruction" de l’Ancienne Alliance – sont liés : le premier étant le signe visible du second. Cela veut dire que toutes les prophéties de Jésus concernant les désastres, les guerres et les souffrances s’appliquent directement à Jérusalem, et indirectement à la suite de l’histoire, comme l’inauguration visible de la fin des temps, le temps de l’Eglise.

 

Mais il y a encore un troisième niveau de signification. Les prédictions de Jésus à propos des souffrances et des épreuves forment aussi la trame de tout ce qui doit arriver au cours du temps de l’Eglise jusqu’à la fin de l’histoire. Les Apôtres ne connaissaient par "le jour et l’heure" de la destruction de Jérusalem. Mais ils savaient, parce que Jésus le leur a dit, qu’avant que cela n’arrive, l’Eglise se répandrait dans le monde entier, et qu’ils auraient à souffrir la persécution et le rejet. Et cela aussi s’est réalisé exactement. Onze parmi les douze Apôtres sont morts martyrs, la plupart au cours de persécutions qui ont eu lieu avant l’an 70 de l’ère chrétienne.

 

C’est ainsi que la séquence d’évènements : l’expansion de l’Eglise, la persécution, et ensuite la destruction de Jérusalem – forme la trame de tout ce qui arrivera au cours du temps de l’Eglise. L’Eglise continuera de se répandre dans l’univers ; elle connaîtra, au moins en partie, des périodes d’intenses persécutions et de souffrances ; et puis, à la fin, le monde déchu sera détruit pour faire place à des cieux nouveaux et une terre nouvelle, quand le Christ aura mis ses ennemis "sous ses pieds", comme l’affirme la deuxième lecture de ce jour. Et tout comme les Apôtres ignoraient le jour et l’heure de la destruction de Jérusalem, ainsi nous ne savons pas le jour et l’heure de la fin de notre vie sur terre, ni quand Jésus mettra fin à toute l’histoire humaine. Mais ce que nous savons, c’est que le Royaume de Dieu, l’Eglise, continuera sa croissance, dans la douleur de l’enfantement, en nous et dans le monde jusqu’à ce moment-là.

Ce que Jésus veut que ses Apôtres sachent – qu’ils doivent vivre avec la pleine conscience que cette vie est un temps pour la mission, et non pour la paresse ou la satisfaction de nos désirs égoïstes – cette leçon-là s’applique également aux chrétiens de tous les temps.

 

Concrètement, qu’est-ce cela veut dire : retenir cette leçon ? Que veut dire "être vigilant", ou, selon l’expression du Psaume de ce jour, "garder le Seigneur devant soi sans relâche" pour être "inébranlable" ? Cela veut dire trois choses.

 

Premièrement, cela veut dire que nous devons faire de notre relation personnelle avec Dieu une vraie priorité : par la prière quotidienne, un approfondissement permanent de notre foi, et la réception fréquente des sacrements. C’est cela que l’on peut appeler "entretenir la vie divine en nous".

 

Deuxièmement, cela veut dire partager avec d’autres la nouvelle que Jésus nous a fait connaître. Jésus n’a pas donné sa vie seulement pour nous qui sommes ici aujourd’hui, mais aussi pour ceux qui ne sont pas là. Si nous, nous ne leur apportons pas le message du Christ, qui le fera ?

 

Troisièmement, cela veut dire que nous devons suivre l’exemple du Christ dans notre vie de tous les jours. Jésus était honnête, courageux, aimable, patient, humble, dévoué, pur, fidèle… Chaque jour il nous nous l’occasion d’apprendre à suivre son exemple pour que nous soyons prêts pour la grande aventure du ciel.

 

En poursuivant cette Messe, rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve. Et promettons-lui que nous ferons de notre mieux pour mettre cette connaissance à profit en menant notre vie avec sagesse et en prenant la ferme décision de mettre nos pas dans ceux du Christ.

Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.
Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.

Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.

L’unique Sacerdoce du Christ - Homélie 32° dimanche du Temps Ordinaire

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

 

Selon les statistiques, l’Eglise catholique compte environ quatre cent mille prêtres ordonnés à l’œuvre actuellement dans le monde entier. Comment accorder ce nombre en apparence si grand avec ce que dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique (n. 1545) qui parle de « l’unique sacerdoce du Christ » ? Y a-t-il un seul prêtre, Jésus Christ, ou y en a-t-il près d’un demi-million ? 

 

A vrai dire, c’est une question-piège. La question n’est pas de savoir s’il y a ou bien un seul vrai prêtre, ou bien plus de quatre cent mille prêtres. La réalité, c’est que les deux affirmations sont vraies. Il est juste de dire qu’il n’y a qu’un seul vrai grand prêtre, Jésus Christ. Mais il est tout aussi juste d’affirmer qu’il y a quatre cent mille prêtres dans l’Eglise catholique. La solution de l’énigme se trouve dans le fait que le sacerdoce de ces quatre cent mille prêtres ne fait pas nombre avec le sacerdoce du Christ, n’est pas indépendant de lui. Les prêtres sont les ministres du Christ, ses représentants. De par leur ordination sacramentelle ils participent d’une manière spéciale de son unique sacerdoce. Le Catéchisme (n. 1545) l’exprime en ces termes :

 

« l’unique sacerdoce du Christ (…) est rendu présent par le sacerdoce ministériel sans que soit diminuée l’unicité du sacerdoce du Christ : "Aussi le Christ est-Il le seul vrai prêtre, les autres n’étant que ses ministres" (S. Thomas d’A., Hebr. 7, 4). »

 

Voilà ce que les théologiens veulent dire quand ils affirment que les prêtres ordonnés agissent « in persona Christi », dans la personne du Christ. Quand un prêtre s’acquitte de ses devoirs sacerdotaux, comme, par exemple, la célébration de la Messe ou du Sacrement de Pénitence, c’est le Christ qui agit par eux.

 

Le passage de la Lettre aux Hébreux que nous venons d’entendre nous aide à comprendre le caractère unique du sacerdoce du Christ. C’est aussi en méditant ce passage que nous pourrons mieux apprécier la profondeur de la sagesse et la puissance de l’amour de Dieu pour nous. La lecture met en lumière trois aspects de l’unique sacerdoce du Christ.

 

Tout d’abord, elle nous rappelle que Jésus est entré dans l’unique vrai sanctuaire : le trône céleste du Père. Ceci s’est réalisé par son Ascension, quarante jours après sa Résurrection, quand il est monté au ciel, pour s’asseoir à la droite du Père. Il nous est difficile de comprendre la signification de l’Ascension. Une analogie peut nous y aider.

 

Représentons-nous le sacerdoce comme un pont. Une extrémité de ce pont repose sur la terre, où les pécheurs que nous sommes tous se battent pour retrouver le bonheur perdu et la vie éternelle pour laquelle nous avons été crées. L’autre extrémité de ce pont se trouve au ciel, qui est la présence de Dieu, source intarissable de vie, de bonheur. Ce pont, c’est Jésus qui l’a construit par sa Passion et sa Résurrection. Il a solidement établi une extrémité de ce pont sur la terre en fondant l’Eglise, et la deuxième extrémité au ciel par son Ascension. Sans l’Ascension le pont ne serait pas achevé, ou, en tout cas, impraticable. En d’autres mots, Jésus est réellement présent au ciel, avec son corps ressuscité et glorifié, avec aussi sa Mère, la Bienheureuse Vierge Marie dans la gloire de son Assomption.

 

Mais il est présent aussi sur terre, grâce aux sacrements de son Eglise, administrés par les prêtres ordonnés dans la puissance du Saint Esprit. Quand nous recevons ces sacrements, chacun de nous se trouve incorporé à  ce pont, pour ainsi dire comme une extension, une bretelle d’accès, pour rayonner cette présence à l’endroit où nous vivons. Voilà ce que veut dire l’expression "sacerdoce commun des fidèles".

 

Cette vérité de notre foi, nous la proclamons chaque fois que l’Eucharistie est célébrée. Le prêtre, proclamant la Parole de Dieu, représente Dieu qui se révèle par sa Parole. Lors de la présentation des dons (l’offertoire), le prêtre vient du sanctuaire pour recevoir les offrandes du peuple, de même que le Christ est venu du ciel pour prendre notre nature humaine par l’incarnation. Ensuite, le prêtre apporte ces dons, qui représentent notre vie, nos souffrances, notre travail, dans le sanctuaire sur l’autel, où il les offre (in persona Christi) à Dieu en notre nom, tout comme le Christ a emporté notre nature humaine au ciel à l’Ascension, « afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu », comme nous le rappelle la deuxième lecture.

 

Ainsi, le premier aspect de l’unique sacerdoce du Seigneur est le fait qu’il a établi une extrémité du pont au ciel, ce que lui seul a pu faire, car lui seul est ressuscité de morts et monté au ciel.

 

Le deuxième aspect mis en lumière par la deuxième lecture de ce dimanche, c’est la manière dont Jésus a construit ce pont du salut. Le passage nous dit que « (Jésus) s'est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice ». Nous avons tellement l’habitude d’entendre cette affirmation qu’elle ne nous étonne plus. Le péché est une révolte contre Dieu. Le péché, c’est toute parole, action ou désir librement choisi en opposition à la loi éternelle (cf. CEC 1859). Le péché revient à tourner le dos à Dieu pour lui faire comprendre que nous voulons trouver notre bonheur sans lui, ce qui est, bien sûr, impossible. Cette rébellion s’est déroulée pour la première fois au Jardin de l’Eden, au moment où nos premiers parents ont commis le péché originel sous l’instigation du démon. De là cette rébellion s’est répandue, comme la grippe H1N1, partout où il y a des hommes. Notre nature humaine s’en est trouvée infectée. Mais Dieu ne nous a pas abandonné à notre maladie. Il nous a envoyé un Sauveur, Jésus Christ.

 

Jésus est né de la Vierge Marie, Immaculée Conception, pour que la nature humaine de son Fils soit libre de toute infection du péché. Et quand il fut tenté par le démon, au désert, au commencement de son ministère public, et puis durant sa Passion, il est resté fidèle à la volonté du Père. Au lieu de se rebeller contre la Loi divine il l’a acceptée et embrassée, même jusqu’à l’humiliation suprême et la douleur de la crucifixion. En d’autres mots, bien qu’il n’ait jamais péché, il a pris sur lui la culpabilité et le châtiment de tous nos péchés, pour nous permettre de renaître, grâce à cette seconde chance que nous offre la rédemption. Il s’est sacrifié lui-même pour renverser et défaire la rébellion de l’humanité contre Dieu. Vrai Dieu et vrai homme, il a dit "oui" à son Père, en réparant tous les "non" que l’humanité pécheresse a accumulés tout au long de son histoire.

 

Mais ce sacrifice pour enlever tous nos péchés a eu lieu il y a deux mille ans. Comment pouvons-nous en bénéficier ? Comment pouvons-nous y connecter notre vie aujourd’hui ?

 

Par l’Eucharistie. La Messe n’est pas uniquement un souvenir, comme une cérémonie commémorative du 11 novembre ; c’est une célébration sacramentelle. Par le prêtre ordonné, agissant "dans la personne du Christ", le Saint Esprit fait de chaque Messe « l’actualisation et l’offrande sacramentelle de son unique sacrifice (celui du Christ), dans la liturgie de l’Église qui est son Corps » (CEC 1362). Au moment où le prêtre prononce les paroles de la consécration : « ceci est mon corps… ceci est mon sang… », c’est Jésus lui-même qui se rend réellement présent sous les apparences du pain et du vin. Par la consécration d’abord du pain, et ensuite du vin, le sacrifice de la Croix est rendu présent, où Jésus a offert son propre corps, duquel a coulé son sang en sacrifice pour nos péchés.

 

Ainsi, chaque fois que nous participons à la Messe, pour unir attentivement notre cœur et notre esprit aux prières prononcées par le prêtre, nous connectons notre vie au sacrifice rédempteur du Christ. En recevant la Sainte Communion, nous permettons à la puissance du "oui" du Christ d’entrer dans notre âme et de nous purifier de nos tendance égoïste, pécheresse qui consiste à dire "non" à Dieu. A chaque messe nous traversons le pont entre ce monde perdu par le péché et le Royaume des Cieux. Voilà ce que dit le prêtre, juste avant la communion : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde… Heureux les invités au repas du Seigneur ».

 

Le troisième aspect de l’unique sacerdoce du Christ mis en lumière dans la deuxième lecture de ce dimanche regarde l’avenir. Ce sacerdoce, exercé par les ministres ordonnés ici, sur terre, transfuse sa grâce salutaire dans notre vie pour nous donner accès au sanctuaire éternel et nous permettre de bénéficier de son sacrifice sauveur. Et pourtant, le monde dans lequel nous vivons, est un monde déchu. Notre nature humaine est toujours blessée et remplie de tendances égoïstes, pécheresses. Un jour serons-nous complètement guéris du péché et de toutes ses conséquences ? Y aura-t-il un ciel nouveau et une terre nouvelle, où nous pourrons contempler Dieu face à face, au lieu de le voir sous le voile de la foi ? Oui ! « le Christ … apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l'attendent ».

 

Nous vivons la phase finale de l’histoire dans laquelle le Royaume du Christ s’étend graduellement et mystérieusement jusqu’aux extrémités de la terre par l’extension de l’Eglise qui doit toujours combattre, souffrir, comme le Seigneur lui-même. Mais au moment fixé par lui, ce combat, cette souffrance prendront fin : le pont de la rédemption aura atteint sa raison d’être, et Dieu notre Père rassemblera tous ses enfants fidèles dans sa demeure céleste, là où tous les désirs seront exaucés au-delà de toute espérance. Voilà ce que nous disons chaque dimanche quand nous proclamons notre foi dans "la résurrection de la chair" et "la vie éternelle".

 

Vraiment, Jésus Christ, l’unique vrai grand prêtre de toute l’humanité, est venu pour nous sauver par son incarnation rédemptrice, continue de nous purifier et fortifier par le sacerdoce sacramentel de l’Eglise, et viendra de nouveau à la fin des temps pour essuyer toute larme et pour guérir toute blessure. Dans cette Messe, renouvelons notre foi en un Sauveur si grand ; remercions-le pour son unique sacerdoce, et promettons-lui de ne jamais nous écarter de la voie du salut.

Je crois la Sainte Eglise Catholique - Homélie pour la Solennité de Tous les Saints

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs.

La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs.

   


    Nous célébrons aujourd'hui la solennité de tous les saints. C'est une des fêtes les plus populaires dans la Tradition de l'Église catholique. Le fait que dans la plupart de nos pays, elle soit une fête chômée en est un signe. Mais là aussi, les assauts de la sécularisation se font sentir de plus en plus. Ces dernières années on a pu assister à une véritable profanation de cette fête. Vous avez tous entendu parler de Halloween. Halloween était à l'origine une authentique fête catholique. Elle s'appelait All Hallow's Eve, la vigile de la Toussaint. Ce sont les  émigrés Irlandais, avec leur grande dévotion pour les saints, qui l'ont importée aux États-Unis. Ce n'est que durant ces dernières années que cettte fête a été défigurée, dépouillée de son sens chrétien, pour être transformée en une parodie lugubre de la vision chrétienne de l'au-delà. Ce n'est donc pas seulement une motivation commerciale qui a fait de cette fête comme un deuxième carnaval. Le 31 octobre est pour l'occultisme "la fête la plus importante pour les disciples de Satan".

    C'est une raison de plus pour nous d'approfondir le sens authentique de la solennité de tous les saints, et pour ne pas la laisser se dévaluer par rapport à la commémoration des fidèles défunts qui a lieu le lendemain, le 2 novembre. Il y va de la vitalité de notre foi. Ne nous laissons pas contaminer et manipuler par des forces obscures, mais contaminons le monde par notre foi ! Et notre foi c'est ceci :
 
JE CROIS À LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE.
 
Seulement, ce que je crois du fond de mon coeur, je dois aussi essayer de le comprendre avec toute mon intelligence. La foi n'est jamais une chose évidente. Elle est une épreuve. Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement, nous dit S. Jean. C'est là justement que la foi intervient. La sainte Église n'est pas une Église sans pécheurs. Je ne suis pas venu pour les bien portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs, dit Jésus. Nous venons de le reconnaître au début de la messe : nous sommes tous pécheurs. S'il fallait être un saint avant de devenir chrétien, cela n'aurait aucun sens. On est chrétien pour le devenir.

    Alors vous voyez la question que nous devons tous nous poser aujourd'hui : moi qui suis pécheur, est-ce que je veux devenir un(e) saint(e) ? Si je dis que je suis chrétien, mais que je ne veux pas devenir saint, c'est alors qu'il y a un autre problème, plus grave que le péché lui-même. Quand je nie que je suis pécheur, il y a un problème, parce que je fais de Dieu un menteur. Mais sachant que je suis pécheur tout en faisant partie de l'Église, si je ne veux pas devenir un saint, il y a un problème aussi. C'est à ce propos que Jésus raconte la parabole du bon grain et de l'ivraie. L'ivraie, ce ne sont pas les pécheurs, ce sont les pécheurs qui ne veulent pas devenir des saints. Jésus dit dans la parabole :
 
Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier (Mt 13, 30).
 
Donc nous qui sommes membres de l'Eglise, nous sommes tous pécheurs.

    Mais dans l'Église il n'y pas que des pécheurs. Et nous qui sommes chrétiens, ce n'est pas dans la mesure où nous péchons que nous sommes membres de l'Église; c'est dans la mesure où nous avançons sur le chemin de la sainteté, dans la grâce de notre baptême et de notre confirmation. Par ces deux sacrements nous avons reçu un sceau, un sceau que le péché n'efface pas. Tant que je garde la foi de mon baptême, même si je me conduis mal par faiblesse,  je fais encore partie de l'Église, alors que si j'ai une conduite honorable, mais que je n'ai plus la foi, je ne suis plus chrétien. Tout à l'heure, avant la communion, je dirai cette admirable prière: "Seigneur, ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église"... Le Concile de Trente dira: ceux qui disent qu'un chrétien en état de péché mortel ne fait plus partie de l'Église, qu'ils soient anathèmes! ! Seulement, si j'ai la foi, je ne dirai pas que j'ai eu raison de commettre ce péché que j'ai fait.

    S. Paul écrit aux Éphésiens:
 
(Le Christ) a aimé l'Église, il s'est livré pour elle; il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut; il la voulait sainte et irréprochable.
 
C'est l'Église qui sort du baptême. S. Paul sait bien qu'il y a des pécheurs dans l'Église. Aux Corinthiens il reproche des choses très graves. Et pourtant il dit que l'Église est sainte. Elle est sans péché, mais elle n'est pas sans pécheurs. Des théologiens belges ont dit ceci: Bien sûr, l'Église est sainte dans quelques-uns de ses membres, mais elle est pécheresse dans d'autres. De même qu'on dit qu'Anvers est riche (le port, les diamants...) même s'il y a beaucoup de pauvres; de même qu'on dit que Louvain est savante à cause de son université, même s'il s'y trouve beaucoup d'ignorants, ainsi on dira que l'Église est sainte même s'il y a en elle beaucoup de pécheurs. Non ! Dans tous les membres de l'Église, tant qu'ils n'ont pas apostasié, tant qu'ils ont encore la foi, il y a de la sainteté. Cette foi ne sera pas suffisante pour les sanctifier, mais ils font toujours partie de l'Église. L'Église n'abandonne pas les pécheurs. Elle est comme une maman dont l'enfant est gravement malade: tant qu'il est encore en vie, elle ne l'abandonne pas. Au moment où il est mort, elle ne va plus le garder dans ses bras.

    Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman. Pèguy, dans un très beau passage, dit ceci: Qu'est-ce qu'un chrétien? Un chrétien c'est un pauvre pécheur, mais qui prend la main. Et les saints, ceux que nous fêtons aujourd'hui, ce sont qui? Les saints, ce sont ceux qui donnent la main. Péguy dit: si vous prenez la main  qui vous est tendue, vous êtes chrétien. Si vous ne prenez pas la main qui vous est tendue, vous n'êtes pas chrétien. Cela veut dire que notre sanctification ne vient pas d'un effort que nous pourrions faire, aussi admirable soit-il. Notre sanctification vient d'une mendicité. Pour devenir un saint, il faut mendier. Tous les saints ont été des mendiants. Et plus ils ont mendié, plus ils ont reçu. Plus ils ont reçu, plus ils se sont sentis dépendants à l'égard de la miséricorde de Dieu.

    Alors ne jugeons pas l'Église sur ce qu'elle n'est pas. C'est ce que nous dit Jacques Maritain:

 
"Les catholiques ne sont pas le catholicisme. Les fautes, les lourdeurs, les carences et les sommeils des catholiques n'engagent pas le catholicisme. Le catholicisme n'est pas chargé de fournir un alibi aux manquements des catholiques. La meilleure apologétique ne consiste pas à justifier les catholiques quand ils ont tort, mais au contraire à marquer ces torts, et qu'ils ne touchent pas à la substance du catholicisme et qu'ils ne mettent que mieux en lumière la vertu d'une religion toujours vivante en dépit d'eux. L'Église est un mystère. Elle a sa tête cachée dans le ciel, sa visibilité ne la manifeste pas adéquatement. Si vous cherchez ce qui la représente sans la trahir, regardez le pape et l'épiscopat enseignant la foi et les moeurs, regardez les saints au ciel et sur la terre; ne nous regardez pas nous autres, pécheurs, ou plutôt regardez comment l'Église panse nos plaies et nous conduit clopin-clopant à la vie éternelle. La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs."

    En tant que pauvre pécheur, je dois alors savoir qu'il y a des saints qui sont là pour m'aider à m'en sortir, des saints, pas seulement ceux du ciel, mais aussi ceux de la terre. Alors, en ce beau jour de la Toussaint, regardons le ciel, mais n'oublions pas de regarder la terre aussi. Un évêque suisse, Mgr Charrière, qui était allé en pèlerinage à Ars, y avait rencontré un très vieux prêtre qui avait rencontre le curé d'Ars. L'évêque demande alors au prêtre si on avait reconnu la sainteté du curé de son vivant. - Oh non, avait-il répondu, on disait: c'est un original! De même pour Ste Bernadette de Lourdes et Ste Thérèse de Lisieux. Il y a tant de saints et de saintes qui nous tendent la main, et nous ne la saisissons pas, alors que nous en avons tant besoin, parce que nous ne les reconnaissons pas. Nous les persécutons même: Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi...

    Demandons à l'Esprit Saint d'ouvrir nos yeux afin que nous puissions voir et respecter la sainteté de l'Église, dans les saints, bien sûr, mais aussi en chacun de nous.

 
Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman.

Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman.

De la folie des grandeurs à la folie de la Croix - Homélie du 29° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

    Nous sommes à présent dans la cinquième section de l'évangile de S. Marc, et, en même temps, nous vivons les derniers dimanches de l'année B du Temps Ordinaire. Durant cinq dimanches nous entendrons chaque fois, non pas une lecture continue, mais cinq extraits de cette section.

    Après la section morale, voici qu'il est explicitement question d'une montée de Jésus vers Jérusalem. C'est la première fois chez S. Marc (cf. 10, 32-35: troisième annonce de la passion - passage sauté par la liturgie)!

    Mais Jésus ne monte pas tout seul. Quelle est la "compagnie de Jésus"? Il monte avec des disciples effrayés, avec des gens qui étaient aussi dans la crainte (10, 32), et, parmi les Douze, Jacques et Jean avides de bonnes places et de pouvoir. alors que les dix autres s'indignaient. Voilà le tableau. Vous voyez: on ne peut pas dire que la qualité est au rendez-vous...

    On peut évidemment insister lourdement sur l'attitude arriviste et sur le manque de lucidité de cette "compagnie" de Jésus, apôtres en tête. Mais on peut aussi, au lieu de critiquer en montrant du doigt, être dans l'admiration. C'est beaucoup plus positif et surtout beaucoup plus profitable pour nous. Mais admirer quoi? - Admirer deux choses: d'abord le chemin que les apôtres accompliront à partir de la Pentecôte; et ensuite le fait qu'ils n'ont pas voulu cacher ce qui était très peu glorieux pour eux, mais que, pour la gloire de Dieu, ils ont fait connaître à leurs ouailles en toute sincérité et humilité. Prenons-en de la graine!

    Je ne dis pas cela pour éviter les questions épineuses concernant les faiblesses et les misères de la hiérarchie de l'Eglise encore aujourd'hui (de la hiérarchie seulement?), mais pour indiquer un chemin qui soit profitable au lieu d'être stérile. En effet, si nous nous contentions de faire, à propos de cet évangile, des remarques plus ou moins intelligentes du style: "Vous voyez bien, ils sont tous pareils! Et ça n'a pas changé. Aujourd'hui, c'est même pire!...", alors, même si ce n'est pas tout à fait faux, nous risquons fort de passer à côté de l'essentiel. Nous risquons surtout de faire nous-mêmes ce que nous critiquons chez les autres. Car il n'est pas sûr que la motivation secrète de telles remarques ne soit pas la même que celle de l'indignation des dix qui voyaient d'un très mauvais oeil les manoeuvres peu recommandables de Jacques et de Jean.

    Evidemment, si S. Marc a pris la peine de recueillir dans son Evangile ce qu'il a entendu de l'aveu même des Douze, c'est qu'il a jugé que dans les premières communautés chrétiennes cela pourrait servir avantageusement non seulement à l'humilité des Apôtres, mais comme avertissement à leurs successeurs ... aussi bien qu'à l'adresse de tous les chrétiens. C'est donc ainsi que nous devons méditer ce passage.

    N'oublions pas non plus que les premiers chrétiens ont dû subir l'assaut de plusieurs vagues de persécutions qui laissaient peu de place aux ambitions déplacées "à la Jacques et à la Jean". La tentation pour les chrétiens persécutés était plutôt du côté de la démission que du côté de l'ambition. Celui qui devenait chrétien savait très bien qu'ipso facto s'éloignaient les perspectives d'une belle carrière.

    Je sais, par la suite, il n'en a pas toujours été ainsi. Mais aujourd'hui, dans la plupart de nos pays, le fait d'être chrétien (surtout catholique) suscite des petits sourires et des remarques désobligeantes, notamment devant les caméras de la télévision. Instinctivement nous préférons plutôt raser les murs que nous vanter de notre appartenance au Christ. Aujourd'hui, dans la plupart des pays occidentaux, la promotion sociale dont tout le monde rêve ne consiste pas tellement à devenir prêtre. Et quand on est prêtre, on ne rêve pas forcément de devenir évêque, même si S. Paul assure que si quelqu'un aspire à l'épiscopat, c'est une belle tâche qu'il désire (1 Tm 3, 1).

    Un jeune juif, qui vivait à Alexandrie, extraordinairement intelligent et ouvert aux choses de Dieu, à un moment de sa vie, en lisant le chapitre 53 d'Isaïe (cf. 1e lecture), s'était dit: "Mais c'est Jésus, c'est Jésus!" Quand il a manifesté sa découverte, son entourage lui a rendu la vie tellement dure qu'il s'est suicidé. La persécution, cela fait partie du programme.

    Vous ne savez pas ce que vous demandez, dit Jésus. Combien c'est vrai pour la plupart de nos demandes dans la prière. Mais Jésus, lui, sait très bien ce qu'il répond. Quand nous demandons la gloire à Jésus, Jésus nous répond par l'épreuve et la persécution. Car nos épreuves du moment présent sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu'elles nous préparent, dit S. Paul (2 Co 4, 17). Jacques et Jean l'ont appris, eux aussi. Jean a été le seul parmi le Douze à avoir suivi Jésus jusqu'à la Croix. Jacques a été le premier parmi les Douze à mourir martyr.

    Quand on lit l'Evangile de cette façon, on s'aperçoit qu'il est un livre de combat. "Il est écrit pour les disciples qui mènent le combat de l'annonce de la Parole du Christ face à des adversaires qui ne reculent pas devant les plus durs traitements" (S-Th. Pinckaers). On comprend mieux aussi le caractère parfois tranché et rude de certaines paroles et exigences du Christ. Même si nous jouissons extérieurement de la paix religieuse, intérieurement nous devons tous affronter un combat spirituel.

    Ainsi, Jésus amène ses disciples à passer de la folie des grandeurs à la folie de la Croix. La vraie grandeur, c'est la sainteté. Et la sainteté, c'est l'Amour. Mais il n'y pas d'amour sans croix. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15, 13). "Les grandeurs de hiérarchie passeront, n'existeront plus. Il y aura les grandeurs de sainteté (...), à savoir les options qui se feront intérieurement pour la lumière ou contre la lumière" (Card. Journet).

    N'empêche que les saints ont toujours respecté les grandeurs du monde et celles de la hiérarchie de l'Eglise. Quand S. Vincent de Paul arrivait en présence de Louis XIV, il lui donnait toutes les marques de déférence en usage de ce temps-là. Du temps de Ste Catherine de Sienne, il y avait beaucoup de défections et de scandales parmi les prêtres, mais elle disait: "Ils sont les ministres du soleil". Il ne faut pas les juger. C'est Dieu seul qui jugera.

    Il reste que toutes les grandeurs de hiérarchie passeront, celles de l'Eglise comme celles du monde. Seule demeurera la grandeur de sainteté. L'Eglise canonise certains chrétiens. Mais l'Eglise ne dit pas qui, parmi les chrétiens, est le plus grand. Il y aura bien des surprises. Bientôt nous les fêterons tous dans une seule et même fête. Peut-être des saints inconnus sont-ils plus grands que des saints connus. Cependant, ce que nous pouvons dire sans risque de nous tromper, c'est que la Vierge Marie est la Reine de tous les saints, et donc la plus grande de tous. Dans notre Rosaire, demandons-lui sans relâche de prier pour nous, pauvres pécheurs. Elle sait bien, elle, ce qu'il faut demander pour nous. Et ses demandes sont toujours exaucées.


 
Jésus amène ses disciples à passer de la folie des grandeurs à la folie de la Croix
Jésus amène ses disciples à passer de la folie des grandeurs à la folie de la Croix

Jésus amène ses disciples à passer de la folie des grandeurs à la folie de la Croix

Le secret du succès - Homélie 25° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)



Ce que Jésus nous enseigne par l’exemple depuis sa naissance, il nous l’enseigne maintenant en paroles. Et cet enseignement est d’une importance capitale : la nature du vrai succès. Quand Jésus et ses apôtres, après une longue journée de marche dans la chaleur et la poussière des routes de Galilée, s’asseyent pour prendre un peu de repos à Capharnaüm, Jésus sait bien ce dont ses disciples ont parlé en route : le succès, la gloire, la grandeur. Mais les apôtres sont trop gênés pour l’admettre ; ils sentent bien que leur penchant pour le succès mondain est trop egocentrique pour être digne d’éloges.


Mais la réplique de Jésus est étonnante. Il ne leur dit pas qu’ils ne devraient pas chercher l’excellence, aspirer aux grandes réalisations, poursuivre des projets ambitieux. Ce n’est pas cela que Jésus condamne. Il sait que c’est un besoin inné de la nature humaine. C’est même un des buts de notre vie : être un signe de la bonté de Dieu en réalisant de belles et grandes choses.


Ce n’est donc pas pour cela que Jésus reprend ses disciples. Mais il leur montre en quoi consiste la vraie grandeur. La mission de chaque baptisé n’est pas de poursuivre la renommée ou la fortune, la popularité, la puissance ou le succès du monde. Non, notre mission à nous, c’est plutôt la mission du Christ lui-même : celle qui consiste à servir les autres, à rendre les autres heureux, à aller à la rencontre de ceux qui sont faibles et nécessiteux, comme de petits enfants. La grandeur dans le Royaume de Dieu est synonyme d’humilité, une attitude du cœur qui fait placer l’intérêt d’autrui avant ses propres préférences, pour donner, et pas pour prendre.


Jésus ne dit pas à ses apôtres : "Ne poursuivez pas de grands projets", mais il leur montre où réside la vraie grandeur, celle qui est durable et vraiment bénéfique, en aimant les autres comme Jésus les a aimés. Jésus est le Roi-Serviteur ; nous, ses fidèles disciples, sommes appelés à suivre ses traces.


C’est une leçon qui nous est difficile à admettre. Nous baignons dans une culture de la séduction qui mesure le succès en termes financiers. Si nous sommes capables de gagner beaucoup d’argent, ou, du moins, si nous sommes capables de donner l’impression d’en gagner beaucoup, alors nous avons "réussi dans la vie". Ce n’est certainement pas l’idée que le Christ se fait de la réussite !


Mais, d’un autre côté, l’argent a bien une place dans l’idée chrétienne du succès. L’argent peut être bien utilisé comme il peut être mal utilisé. Être riche, en soi, n’est pas un péché, et l’argent peut même nous aider à avancer dans la voie du vrai succès, si nous l’utilisons avec sagesse.

 

 



C’est ce que saint Jean-Marie Vianney avait bien compris. Quand il a été nommé dans la petite paroisse d’Ars, le bâtiment de l’église était dans un piteux état. Il lui a fallu des années pour ramasser suffisamment d’argent afin de pouvoir la réparer et l’embellir. Au moment où les travaux de restauration étaient terminés, le saint était devenu célèbre. Des gens de toute l’Europe entreprenaient le pénible voyage vers Ars pour l’entendre prêcher et pour se confesser. Il passait souvent plus de dix heures par jour au confessionnal, et même alors, certains pèlerins devaient faire la queue pendant une semaine pour attendre leur tour. Tous ces pèlerins voulaient faire des dons au saint. Le saint curé acceptait ces dons, et même mendiait pour en avoir, non pas parce que sa paroisse en avait besoin, et encore moins pour s’enrichir lui-même, mais parce qu’il voulait faire des fondations missionnaires dans toutes les paroisses du diocèse. L’argent continuait d’affluer, mais sans jamais le séduire, l’ensorceler. Car il savait bien que le véritable succès ne réside pas dans le luxe ou le prestige, mais dans l’humble service du prochain – même de celui qu’il ne rencontrerait jamais.


La plupart d’entre nous sont capables d’entrevoir la beauté de l’humilité et de l’humble service des autres ; nous pouvons en avoir comme l’intuition. Mais mettre cette idée en pratique en permanence, voilà ce qui est beaucoup plus difficile. Nous voulons bien faire une B.A. de temps en temps, parce que cela flatte notre ego. Mais un réel progrès dans la maturité spirituelle requiert un engagement plus sérieux.


Le meilleur endroit pour réaliser cet engagement afin d’atteindre le vrai succès est à la maison. C’est dans nos relations familiales que notre penchant vers l’égoïsme remonte le plus facilement à la surface. Pour transformer ce penchant, le purifier en grandissant dans la vertu d’humilité, c’est donc sur se terrain, celui de la famille, que nous devons nous battre. Servir humblement son conjoint, ses frères et sœurs, ses parents : voilà la vertu chrétienne, voilà comment nous pouvons nous forger un cœur de chrétien. Les membres de notre famille nous connaissent bien. Ils sont au courant de nos accès de colère et de nos mauvaises habitudes. Par conséquent ils ne sont pas trop impressionnés quand nous faisons de temps en temps un B.A., quand nous rendons un petit service, quand il nous arrive de nous maîtriser occasionnellement et de maîtriser notre langue.


Voilà pourquoi la famille est le meilleur endroit pour grandir dans l’humilité et pour vraiment réussir sa vie. Servir les autres quand il n’y a pas de récompense, de reconnaissance, c’est la meilleure manière de suivre l’exemple du Christ et de purifier nos cœurs, car, ne l’oublions pas, son service à lui l’a conduit jusqu’à la croix. Quand, peu à peu, nous apprenons à penser aux autres avant de penser à nous-mêmes à l’intérieur des murs de notre maison, alors cela deviendra une seconde nature en dehors de notre maison. Et alors nous avancerons sur la voie rapide du véritable succès.


C’est au cours de cette Eucharistie que Jésus prend une fois de plus sa tenue de serviteur crucifié et ressuscité en se donnant à nous dans sa Parole, son Corps et son Sang. Demandons-lui de pouvoir devenir ce que nous entendons, ce que nous recevons de lui pour réussir notre vie.

Des amis pour suivre Jésus - Homélie 24° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

Ma foi est-elle morte ou vivante ? C’est une question qui dérange, mais le Seigneur nous la pose dans la deuxième lecture. Saint Jacques nous explique que si quelqu’un croit vraiment en Jésus Christ, cette personne va suivre Jésus en aimant Dieu et son prochain, comme Jésus nous l’a commandé. Nous sommes tous là aujourd’hui parce que nous croyons en Jésus Christ, son Eglise et ses enseignements. Donc nous pouvons tous dire que notre foi est vivante, n’est-ce pas ? Pas trop vite ! La lettre de saint Jacques s’adresse à des croyants qui allaient à la messe chaque dimanche. Et pourtant il les met en garde contre le danger d’une foi morte. Ceci devrait nous faire réfléchir.


Le curieux dialogue de l’Evangile de ce jour nous incite aussi à la réflexion. D’un côté saint Pierre professe sa foi en Jésus, en l’appelant le Christ. Jésus semble enchanté de cette réponse, en lui donnant raison. Il semblerait donc que la foi de Pierre est vivante. Mais dès que Jésus explique que pour s’acquitter de sa mission de Sauveur, il devra être rejeté, souffrir, puis mourir, Pierre se rebiffe. La réplique de Jésus est sévère qui stigmatise Pierre pour son manque de foi ! Pierre avait la foi, mais sa foi n’était pas aussi vivante qu’il n'y paraît.. Il voulait bien suivre Jésus accomplissant des miracles et prêchant devant des foules nombreuses, mais pas sur la croix. Sa foi n’était pas tout à fait morte, mais pas non plus aussi vivante qu’il le faudrait.


Ne disons donc pas trop rapidement que notre foi à nous est vivante. Une foi forte, mature, celle qui nous remplit d’une joie et d’une sagesse chrétiennes authentiques ne peut s’acquérir que par la fidélité dans les épreuves. La foi qui ne produit pas des œuvres de fidélité est morte.

 

 

La bienheureuse Mère Teresa est un exemple éloquent de quelqu’un qui a montré sa foi dans sa manière de vivre et à travers ce qu’elle faisait, et non pas seulement à travers ce qu’elle disait. Elle a été souvent accusée de prosélytisme, de forcer les pauvres et les mourants en Inde, en majorité hindouistes, à devenir catholiques. Il y a eu – et il y a toujours - des conversions parmi les gens dont le sœurs s’occupent, mais pas parce qu’ils était forcés ou trompés. Ils ont été – et ils sont toujours – gagnés au Christ par la sincérité et la gentillesse des soins prodigués par les sœurs. Ces sœurs croient exactement la même chose que nous, que chaque être humain, quelle que soit sa taille ou sa santé, est créé à l’image de Dieu et aimé par lui. Et elles témoignent de cette foi par leurs actions.


 

La premier hôpital de Mère Teresa était un ancien abri pour des pèlerins hindous. Elle l’a transformé en un hôpital pour les pauvres et les mourants. Mais les dirigeants hindous de l’endroit n’étaient pas contents du tout de voir qu’un ancien abri pour pèlerins était devenu un refuge pour les pauvres et les mourants, devenant ainsi à leurs yeux un lieu de prosélytisme catholique. Ils suspectaient les sœurs d’y baptiser en cachette des hindous et des musulmans. Des bandes d’hindous hostiles harcelaient les sœurs lorsque celles-ci faisaient des tournées dans les taudis de Calcutta pur ramasser les mourants dans les égouts. Des gens du voisinage jetèrent des bâtons, des pierres et toute sorte de saleté sur les sœurs au moment où celles-ci portaient leurs pauvres patients. Finalement un commissaire de police a fait fermer l’hôpital.


Alors Mère Teresa l’a invité. Il est venu et il a vu le sol plein de pauvres malades et de mourants. Il a pu observer les sœurs à genoux auprès de tous ces gens abandonnés, non pour leur prêcher, mais pour soigner leurs plaies et pour les nourrir. Elles communiquaient leur foi, mais pas par les astuces de l’argumentation, mais uniquement par un amour désintéressé. Le commissaire abasourdi et sorti pour disperser la foule en colère, leur disant qu’il n’arrêterait Mère Teresa que si les gens du voisinage persuadaient leurs épouses et leurs sœurs de poursuivre le travail commencé par les religieuses.


Si nous avons une foi vivante en Jésus Christ, une foi qui a un impact réel sur notre manière de vivre, alors nous ferons davantage l’expérience de la signification profonde de la vie que Dieu désire nous donner. Alors la question que nous devons nous poser est celle-ci : que faire pour garder notre foi vivante et pour grandir dans la foi ?


Les auteurs spirituels de toutes les époques sont d’accord pour dire que cela est pratiquement impossible si nous n’avons pas au moins un ou deux ami(e)s qui sont vraiment engagés dans la foi catholique. L’amitié chrétienne est une des plus grandes joies de la vie. Aristote disait déjà que l’amitié, c’est une âme en deux corps. Un véritable ami, c’est quelqu’un qui nous connaît et nous estime. Etre connu et estimé, ce sont deux besoins parmi les plus profonds de l’âme humaine. Des amis s’encouragent mutuellement à la poursuite d’un objectif commun. Demandez à des sportifs de haut niveau s’ils auraient pu battre des records sans le soutien d’un autre champion. Deux artistes amis se stimuleront l’un l’autre pour atteindre un niveau qu’ils n’auraient jamais pu atteindre chacun séparément. Comme le dit l’Ecclésiastique (Si 6, 17), « tel on est, tel est l’ami qu’on a ».


Donc si nous voulons vraiment garder une foi robuste, nous ferons tout pour construire des amitiés avec des personnes qui ont les mêmes priorités, en évitant soigneusement celles qui risqueraient de nous en éloigner. La crainte de Dieu doit être le ciment d’une amitié authentique, dit la BJ en note du passage cité. Nous pouvons faire cela en étudiant ensemble la Bible ou le catéchisme, en priant en commun, en s’engageant dans des activités inspirées par la foi ensemble…


L’amitié la plus importante pour notre vie est bien sûr notre amitié avec Jésus Christ. Aujourd’hui, au moment où nous renouvelons cette amitié dans l’eucharistie dominicale, faisons le point sur nos autres amitiés pour voir dans quelle mesure notre foi est réellement vivante.

Dieu agit dans le monde - Homélie 23° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Jésus est celui qui « fait entendre les sourds et parler les muets ».

Jésus est celui qui « fait entendre les sourds et parler les muets ».

Un des piliers caractéristiques de la foi catholique est la foi en l’incarnation. L’incarnation est la doctrine selon laquelle Dieu, pour sauver le monde déchu, s’est fait homme. Jésus Christ, comme nous le proclamons chaque semaine dans le Credo, est vrai homme et vrai Dieu. Il est le fils de la Vierge Marie et le Fils du Père éternel.

 

Avant ce jour mémorable, il y a deux mille ans, quand l’ange Gabriel visita la Bienheureuse Vierge Marie et qu’elle conçut du Saint Esprit, Dieu paraissait lointain. Il était celui qui gouverne l’univers et veille sur la famille humaine, mais comme à distance. Bien sûr, il avait envoyé des prophètes en Israël, en guidant particulièrement le Peuple élu de l’Ancien Testament. Mais quand la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité se fit homme dans le sein de la Vierge Marie, ce fut le début d’une ère nouvelle. C’est la raison pour laquelle nous datons les évènements de l’histoire de l’humanité selon qu’ils ont eu lieu avant ou après Jésus Christ.

 

Par son Incarnation, Dieu s’est rendu activement présent dans sa création. Même les anciens mythes de divinités qui entrent en relation avec les hommes n’ont jamais pu concevoir que le seul vrai Dieu, Créateur de toutes choses, ait aimé le monde au point de s’incarner, se faisant l’un des nôtres, pour qu’il puisse prendre un sourd-muet par la main, l’emmener à l’écart, loin de la foule, lui toucher la langue et les oreilles, et – d’une manière si humaine, physique – le guérir, accomplissant ainsi les merveilleuses prophéties que nous avons entendues dans la première lecture… Jamais personne n’avait pu imaginer que Dieu irait jusqu’à se salir pour nous purifier. Voilà la foi chrétienne, voilà la vision catholique, merveilleuse et unique, de Dieu.

 

Cette activité aimante incessante de Dieu dans le monde, construisant son Royaume et nous guidant dans la voie du salut, nous permet de répondre à une objection courante à la foi chrétienne. Dès les temps apostoliques, l’Eglise a été accusée de tellement attirer l’attention des hommes sur le ciel, que les chrétiens en deviennent inutiles sur la terre. Rien n’est plus éloigné de la vérité ! Notre Dieu est un Dieu actif, incarné, et de ce fait, ses disciples aussi. Pensez à saint Grégoire le Grand, dont nous venons de faire mémoire, ou, plus près de nous, saint Jean Paul II, ou la bienheureuse Mère Teresa...

 

 

Le 17 septembre nous ferons mémoire de saint Robert Bellarmin, qui fut cardinal dans la première partie du 17e siècle. Sa vie témoigne clairement du fait que notre foi en Jésus Christ, bien loin de les saper, libère toutes les potentialités humaines. Saint Robert apprit à maîtriser toutes les langues anciennes durant son temps libre, il enseigna presque tous les sujets abordés dans les universités de l’époque. Il écrivit deux catéchismes qui furent traduits dans presqu’autant de langues que la Bible elle-même. Ses « Controverses » sur la foi catholique furent un bestseller international durant toute la durée de sa vie. Il fut Recteur du Collège Romain (l’institut théologique le plus éminent de l’époque), théologien personnel de deux papes, à la tête de la Bibliothèque du Vatican, membre de pratiquement toutes les congrégations romaines, auteur prolifique de pamphlets pour défendre la vraie foi contre les bruyants détracteurs de l’Ecosse jusqu’à Venise, de Paris jusque Palerme. Pour compléter le programme, il entreprit diverses missions diplomatiques au nom de l’Eglise, fut Provincial des Jésuites, passa trois années entières à appliquer les réformes du Concile de Trente dans l’archidiocèse de Capoue (1602-1605), s’y montrant un pasteur exemplaire, et exerça la fonction de directeur spirituel des Jésuites à Rome. Il pourrait bien être le candidat idéal pour devenir le saint patron de la gestion du temps. Sans aucun doute, son infatigable activité dans l’Eglise trouva sa source dans et fut le reflet de l’amour actif qui a poussé Dieu à s’incarner pour nous conduire au salut.

 

Voilà pourquoi  nous pouvons être certains que le découragement ne provient jamais du Saint Esprit. Pour un catholique, l’espérance n’est pas un rêve, mais une réalité. Ceci est important pour nous de deux manières.

 

Premièrement, au regard de notre combat spirituel. Souvent, nous avons l’impression de stagner spirituellement, d’être incapable de faire des progrès, de surmonter des défauts ou des habitudes de péché. Nous risquons alors de sombrer dans le découragement. C’est exactement ce que cherche le démon, car le découragement nous amène à rendre les armes, à ne plus faire aucun effort pour suivre le Christ, pour prier et pour pratiquer l’ascèse. C’est le moment que le diable attend pour nous faire chuter gravement, nous entraînant dans une relation ou une activité peccamineuse qui fait obstacle au flux de la grâce de Dieu dans et au travers de notre vie. C’est la raison pour laquelle, quand nous entendons le découragement frapper à la porte de notre cœur, quand nous avons l’impression de faire du « sur place » dans notre vie spirituelle, nous devons laisser Jésus nous prendre par la main, loin de la foule, pour nous renouveler intérieurement. Cela peut vouloir dire faire une retraite ou un pèlerinage, ou simplement prendre plus de temps de silence pour être avec le Seigneur…

 

Deuxièmement, la présence active de Dieu dans le monde nous remplit d’une espérance sans bornes pour les autres. Aucun pécheur n’est trop endurci pour être transformé par l’amour miséricordieux du Christ. Les plus grands pécheurs deviennent souvent de grands saints. Même si quelqu’un semble être sourd à la Parole de Vie et incapable de répondre aux motions intérieures du Saint Esprit, notre confiance ne doit jamais en être ébranlée, car Jésus est celui qui « fait entendre les sourds et parler les muets ».

 

En poursuivant cette Eucharistie, renouvelons notre confiance en ce Dieu qui s’est fait chair, et qui agit dans le monde. Permettons-lui de toucher nos cœurs blessés, et prions pour ceux qui ne prient plus depuis longtemps.

Soigner les apparences ou le cœur? - Homélie 22° dimanche T.O.B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
La vie intérieure, c’est l’intérieur de la vie.

La vie intérieure, c’est l’intérieur de la vie.

La vie intérieure, c’est l’intérieur de la vie. Voilà ce qui intéresse Dieu, bien plus que l’extérieur. Ce qu’il veut, ce sont nos cœurs. Voilà ce que Jésus essaie d’expliquer aux Pharisiens, à tous ses disciples, à nous-mêmes aussi.

 

Il est tout à fait possible d’apparaître comme un chrétien irréprochable aux yeux des autres tout en étant au fond de parfaits égoïstes. On peut aller à la Messe régulièrement, en évitant tous les péchés publics, récitant des prières pour se faire voir par les autres, faire tout cela extérieurement, et pendant ce temps nourrir des pensées mauvaises et des désirs égoïstes dans notre cœur.

 

Mais ce comportement schizophrène, appelé hypocrisie, ne peut pas durer. Comme le dit l’adage, à moins de vivre comme on pense, on finira tôt ou tard par penser comme on vit. Ou, comme le dit Jésus ailleurs dans les Évangiles (df. Mt 6, 21), là où est notre cœur, là aussi sera notre trésor.

 

Les vrais disciples de Jésus ne peuvent jamais se satisfaire d’une piété purement extérieure, ou, pour le dire autrement, nous ne pouvons pas nous estimer supérieurs aux autres, uniquement parce que nos péchés se voient moins. Voilà pourtant ce que faisaient les Pharisiens, et ils en étaient devenus aveugles pour l’amour de Dieu. En fait, cela a fait d’eux des ennemis de Dieu. La vraie religion comporte évidemment des manifestations extérieures, mais elles devraient être le fruit et l’expression de l’expérience du cœur.

 

Le cœur est le lieu où nous décidons en harmonie ou en opposition avec notre conscience, pour ou contre la volonté de Dieu. Notre amitié avec le Christ, et l’énergie, la force et la vigueur qui en découlent, dépendent de notre attachement intérieur à lui, et ne pourront jamais être remplacés par une petite couche de vernis. Jésus ne se soucie pas de l’impression que nous faisons aux autres, mais de ce que nous sommes en vérité. Nous devrions en faire autant.

 

De temps à autre, l’on entend des critiques au sujet de l’Église catholique à propos de cette hypocrisie par rapport au sacrement de la confession. On prétend que la confession est comme un feu vert pour toutes sortes de péchés. Un catholique peut, dit-on, commettre tous les péchés possibles et imaginables le samedi soir, car il sait qu’il peut aller se confesser le dimanche matin, prier quelques Je vous salue en pénitence, et aller communier tranquillement. Cette critique a fait son chemin même dans la littérature populaire.

 

Ken Follett, un auteur de bestsellers du New York Times, a écrit un roman sur les bâtisseurs de cathédrales au Moyen Âge. Mais Mr Follett n’étant pas chrétien lui-même, sa description de la foi catholique n’est pas parfaitement pertinente. Dans un chapitre, un groupe de chevaliers va se confesser juste avant la bataille, pour que le prêtre leur pardonne d’avance pour tous ceux qu’ils étaient sur le point de massacrer. Voilà quelque chose d’apparemment hypocrite : leur pardonner d’avance pour un péché qu’ils auraient pu éviter, s’ils l’avaient voulu.

 

Mais ces critiques ne font que s’en prendre à des fausses idées de la confession. S’il y a des catholiques pour penser qu’une confession effacera leurs péchés sans contrition aucune, ils sont dans l’erreur. Dieu nous a donné le sacrement de la confession, car il sait que nous vivons dans un monde déchu, et ce n’est pas facile. Il veut nous assurer de son vouloir et de son pouvoir à pardonner même les péchés les plus graves. Mais ce sacrement n’agit pas comme un distributeur automatique de boissons gazeuses ou de billets de banque, indépendamment de l’attitude intérieure, pourvu que nous y mettions le pièce d’argent exacte. Si un pécheur va se confesser, sans avoir la contrition de ses péchés, il ne peut pas recevoir dans son cœur le pardon de Dieu, tout comme un mendiant ne peut pas recevoir une aumône s’il n’ouvre pas les mains.

 

Nous tous ici, nous nous disons catholiques. Et donc, nous devons nous efforcer de vivre comme des catholiques. Cela veut dire au moins deux choses. Cela veut dire d’abord que nous ne cessons jamais de penser, de parler et de nous comporter comme Jésus le veut. Il ne s’agit pas d’éliminer toutes nos attitudes, paroles et actions égoïstes et peccamineuses en un clin d’œil, mais plutôt d’un effort permanent. Notre vie spirituelle ressemble en un sens à un jardin. Un bon jardinier ne peut jamais abandonner purement et simplement le jardin à lui-même, même si les plantes sont vigoureuses et saines. Pour que le jardin puisse porte des fruits, le jardinier doit régulièrement l’arroser, mettre de l’engrais, protéger et en arracher les mauvaises herbes. Nous aussi, nous devons faire constamment des efforts pour mieux connaître le Christ et conformer notre vie à ses exigences. Si nous baissons la garde, les mauvaises herbes prendront le dessus.

 

Deuxièmement, cela signifie que nous devons accepter et adhérer à tous les enseignements officiels, et non pas les morceaux choisis qui nous plaisent particulièrement. Un catholique de façade, qui choisit et qui sélectionne parmi la doctrine catholique comme on choisit ce qu’on achète dans un supermarché, n’est pas un catholique fidèle. Nous devons certainement nous former au sujet de tout ce que le Catéchisme nous enseigne, et cela veut dire honnêtement faire face, quelquefois, à certaines difficultés. Mais cette doctrine n’est pas au choix. Elle fait partie du dépôt de la foi, que Dieu nous a donné pour notre salut. Il est le médecin, nous sommes les patients. Notre santé et notre bonheur dépendent de la manière dont nous observons les prescriptions du médecin.

 

Au moment où Jésus s’apprête à renouveler son engagement envers nous, renouvelons aussi le nôtre envers lui en lui disant avec force et détermination notre volonté de vivre comme des catholiques de cœur, comme disciples fidèles et consciencieux du Christ, et non des pharisiens hypocrites.

Les vrais disciples de Jésus ne peuvent jamais se satisfaire d’une piété purement extérieure...

Les vrais disciples de Jésus ne peuvent jamais se satisfaire d’une piété purement extérieure...

Un temps de crise - Homélie pour le 21° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

Aujourd’hui nous sommes en présence d’un grand mystère, un mystère qui dérange. Saint Jean nous dit dans l’Evangile de ce dimanche, que l’enseignement du Seigneur, cette longue instruction à propos de l’Eucharistie que nous avons méditée au cours des dimanches précédents, était si difficile, si choquante, que « beaucoup de ses disciples » refusaient tout simplement de l’accepter. Ils ont cessé de suivre Jésus et sont retournés vaquer à leurs occupations.

 

Imaginez la scène. Une grande foule de gens entoure notre Seigneur dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup d’entre eux ont été témoins du signe des pains de la veille. Et pourtant, quand Jésus leur parle de l’Eucharistie, de son projet de se rendre réellement présent sous les apparences du pain et du vin pour que sa vie divine nous soit une nourriture, les gens lui tournent le dos. Les créatures tournent le dos au Créateur !

 

Nous ne pouvons pas imaginer la douleur que Jésus a ressentie à ce moment-là... Alors il regarde ses disciples les plus proches, les Douze, ceux qu’il avait choisis pour être les fondations de son Eglise. Il ne leur fournit pas une espèce d’explication diluée de l’Eucharistie pour les dissuader de partir, eux aussi. Il leur demande simplement :

 

« Voulez-vous partir, vous aussi ? »

 

 

 

C’est un temps de crise. Les Douze, pas plus que les autres, ne comprenaient pas rationnellement la doctrine mystérieuse de l’Eucharistie. Alors pourquoi ont-ils continué à suivre le Seigneur ? Parce qu’ils lui faisaient confiance, à lui, à sa personne. Ils faisaient confiance au Seigneur, davantage qu’à leur capacité forcément limitée de comprendre Dieu. C’était exactement ce qu’il fallait faire.

 

En faisant consciemment un acte de foi en pleine crise, au lieu de se fier à eux-mêmes, avec leur intelligence limitée, sujette aux erreurs, ils ont pu atteindre un niveau plus élevé dans leur maturité spirituelle. Saint Basile le Grand disait :

 

« Comme le pilote d’un navire est mis à l’épreuve dans la tempête, un lutteur dans l’arène, un soldat au champ de bataille, un héros dans l’adversité, ainsi le chrétien est éprouvé par la tentation. »

 

Dans la célèbre Frick Collection, la galerie d’art qui se trouve à la Fifth Avenue de New York, on peut admirer un petit chef-d’œuvre de mon compatriote, Jan van Eyck, qui illustre cela à merveille.

 

 

Au centre du tableau, devant un trône, la Vierge Marie, vêtue d’une robe maginifique, tient l’enfant Jésus dans ses bras. A genoux devant l’Enfant et sa Mère, dans une attitude d’imploration, se trouve représenté le moine chartreux qui a financé le tableau. Il intercède probablement pour le monastère dont il est le supérieur et où le tableau se trouvait à l’origine.

 

Dans la composition se trouvent également deux saints. A gauche est représentée sainte Barbara, une vierge martyre de l’antiquité, dont la dévotion était très répandue au Moyen Age. Pour décourager les hommes qui lui faisaient la cour, son père jaloux et colérique l’avait enfermé dans une tour. C’est là qu’elle apprend à connaître Jésus et qu’elle devient croyante. Elle avait fait insérer trois fenêtres au sommet de la tour en l’honneur de la Très Sainte Trinité. Ces trois fenêtres sont devenues l’un des symboles pour représenter la sainte dans l’art. Son père était furieux d’apprendre qu’elle était devenue chrétienne, et était allé jusqu’à la faire torturer pour la faire abdiquer de sa foi, mais en vain. Il ira alors jusqu’à la décapiter de ses propres mains, mourant peu de temps plus tard, terrassé par un coup d’éclair. Dans l’art chrétien, la palme, signe de victoire, symbolise le martyre. Dans ce tableau, sainte Barbara tend une palme à la Vierge et à l’Enfant.

 

De l’autre côté du tableau se trouve représentée sainte Elisabeth de Hongrie, une femme de la noblesse au Moyen Âge, devenue veuve très jeune. Elle était si belle qu’elle était convoitée par les princes et les rois. Même l’empereur cherchait à l’épouser à la mort de son mari. Mais elle déclinait toutes les propositions – même celle de l’empereur – car elle sentait que Dieu l’appelait à servir les pauvres. Elle a donc consacré le reste de sa courte vie comme tertiaire de l’Ordre franciscain, nourrissant, habillant et servant les pauvres et les nécessiteux du royaume de son défunt mari. Dans le tableau, elle tend à Marie et Jésus une couronne impériale incrustée de pierres précieuses, la couronne qui aurait pu être la sienne.

 

Telles que représentées dans le tableau, les deux saintes se joignent au moine pour implorer le Seigneur. Or, qu’est-ce qui donne du poids à leur prière ? Les symboles de leurs souffrances, ce à quoi elles ont renoncé par amour pour le Christ. La foi de sainte Barbara avait été éprouvée par le martyre, et celle d’Elisabeth par la proposition de l’Empereur. Et maintenant, au Ciel, ces épreuves sont leur plus grande gloire. Quand nous demeurons fermement attachés au Christ dans les difficultés, les tentations et les épreuves, nous aussi, nous grandissons en sainteté et en bonheur sur la terre, en accumulant des trésors pour l’éternité au Ciel. Les temps d’épreuve sont des temps de croissance spirituelle.

 

Quand la foi grandit dans le Coeur d’un chrétien, de nombreuses autres vertus se développent en même temps : la sagesse, l’humilité, l’espérance, la charité chrétienne. Si nous aussi, nous voulons grandir dans ces vertus, notre foi a besoin de devenir plus consciente, plus mûre. Comment pouvons-nous y arriver ? Pas autrement que saint Pierre et les autres apôtres. Ce moment de crise s’est déclaré alors qu’ils avaient vécu et voyagé avec Jésus pendant deux années. Pendant ce temps ils avaient appris à connaître Jésus personnellement. Le Seigneur n’était pas pour eux quelqu’un de distant, une abstraction. Il était un compagnon, un maître, un ami avec qui ils avaient une relation personnelle. Quand la crise est survenue, et que leur foi a été mise à l’épreuve, ils étaient près à répondre. Même s’ils ne comprenaient pas, ils croyaient que Jésus pouvait et voulait être leur guide.

 

Tôt ou tard, chaque catholique doit faire face à une crise de la foi, une situation dans laquelle sa foi est mise à l’épreuve, et où nous ne comprenons pas bien pourquoi Dieu fait ce qu’il fait ou demande ce qu’il demande. C’est l’occasion qui nous est offerte pour atteindre une plus grande maturité spirituelle, à condition d’avoir nourri notre foi par une fréquentation assidue de Jésus en personne, par une vie de prière personnelle et la participation aux sacrements. Si pour nous, la foi catholique se réduit à suivre une liste de lois et d’habitudes routinières, il nous sera beaucoup plus difficile de survivre et à dépasser ces moments d’épreuve. Bien sûr, Dieu ne nous abandonnera jamais, mais à moins d’avoir une vraie relation avec lui, c’est nous qui l’abandonnerons. Et c’est ce qui pourrait nous arriver de pire.

 

Durant cette Messe, notre Seigneur nous demande ce qu’il a demandé aux Douze: "Voulez-vous me quitter … comme tant d’autres l’ont fait?"

 

Non, nous ne voulons pas; nous croyons en Celui qui est mort pour nous; disons-le lui tout de suite et montrons-le lui tout au long de la semaine.

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