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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Baptisé dans le Christ et jeté dehors - Homélie 4° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
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        L'Évangile de saint Jean donne déjà aux trois derniers dimanches du Carême de l'année A une couleur baptismale. Lors de ces dimanches les catéchumènes sont invités à vivre les scrutins. Ce sont pour eux des étapes importantes, comme une marche qui les emmène vers l'intégration plénière dans l'Église lors de la célébration des sacrements de l'initiation.

    Dimanche dernier, avec le dialogue entre Jésus et la Samaritaine, nous avons entendu Jésus annoncer le don de l'eau vive. Aujourd'hui, avec l'aveugle-né, c'est l'eau de la piscine de Siloé (= "envoyé") qui va lui donner la lumière. Mais à la différence de dimanche dernier, nous sommes aujourd'hui en milieu juif, près du Temple, un jour du sabbat. La guérison que Jésus accomplit est un signe qui nous montre que le Seigneur vient guérir les hommes de leur aveuglement en leur apportant la lumière. Les interprétations divergent. Les voisins, et surtout les pharisiens en discutent. Jésus rendra son jugement à la fin :
 
Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : "Nous voyons !" votre péché demeure.

    Saint Augustin souligne la portée baptismale de cette eau en commentant :
 
Il lava ses yeux dans la piscine de l'Envoyé, il fut baptisé dans le Christ.

    Le passage dans l'eau du baptême nous fait passer des ténèbres du péché à la lumière du Christ et nous ouvre, par la foi, à la grâce de Dieu. L'Église nous l'enseigne :
 
"Ce bain (du baptême) est appelé illumination, parce que ceux qui reçoivent cet enseignement (catéchétique) ont l'esprit illuminé" (saint Justin). Ayant reçu dans le Baptême le Verbe, "la lumière véritable qui illumine tout homme" (Jn 1, 9), le baptisé, après avoir été illuminé est devenu fils de lumière, et "lumière" lui-même (Ép 5, 8). (CEC 1216)

    C'est aux Éphésiens déjà baptisés que saint Paul rappelait cela. C'est à nous que le Seigneur le dit aujourd'hui.
 
Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ...

    "Autrefois", cela veut dire : avant votre baptême. "Maintenant", c'est après le baptême. "Vous êtes devenus lumière" : nous sommes bien d'accord. Mais ce n'est pas tout. Saint Paul continue :
... vivez comme des fils de la lumière,

    Vivre comme des fils de la lumière, qu'est-ce à dire ? Saint Paul va le préciser. Il s'agit d'avoir une fécondité spirituelle, un peu comme la lune par rapport au soleil :

 
... or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité - et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt.

    Ce n'est pas par un uniforme que les chrétiens se distinguent des autres. Dès le 1er siècle, la foi chrétienne s'est répandue rapidement à Rome et dans le monde, non seulement par son originalité et son universalité, mais aussi et surtout par le témoignage de ferveur, d'amour fraternel et de charité envers tous, manifesté par les chrétiens.

    Or, les autorités civiles et le peuple même, d'abord indifférents, se sont montrés très vite hostiles à la nouvelle religion, parce que les chrétiens refusaient le culte de l'empereur et l'adoration des divinités païennes de Rome. Pour cette raison, les chrétiens ont été accusés de manque de loyauté envers la patrie, d'athéisme, de haine envers le genre humain, de délits occultes comme l'inceste, l'infanticide et le cannibalisme rituel. Les chrétiens ont été accusés d'être la cause des calamités naturelles, telles que la peste, les inondations, les famines, etc.

    La religion chrétienne a été déclarée étrange et illicite (décret sénatorial de l'an 35), pernicieuse ("exitialis", Tacite), perverse et excessive ("prava et immodica", Pline), neuve et maléfique ("nova et malefica", Suétone), obscure et ennemie de la lumière ("tenebrosa et lucifuga", de l'Octavius de Minucius), détestable ("detestabilis", Tacite). Elle a donc été mise hors la loi et poursuivie comme l'ennemi le plus dangereux du pouvoir romain, qui était fondé sur l'ancienne religion nationale et sur le culte de l'empereur, instrument et symbole de la puissance et de l'unité de l'Empire. On reconnaît sans peine la situation de l'aveugle-né de l'évangile :

 
Et ils le jetèrent dehors.


    On peut y reconnaître également les attaques du laïcisme contre l'Église catholique notamment en France ...

    Les trois premiers siècles ont été l'époque des martyrs, qui s'achève en 313 avec l'édit de Milan, par lequel les empereurs Constantin et Licinius concédèrent la liberté à l'Église. Dans la très grande majorité des cas, les chrétiens ont affronté avec courage, souvent avec héroïsme, l'épreuve des persécutions, sans toutefois la subir passivement. Ils se sont défendus avec force en dénonçant le manque de fondement des accusations de délits occultes ou publics qui leur étaient adressées, en présentant la teneur de leur foi ("ce en quoi nous croyons") et en décrivant leur identité ("qui nous sommes"), exactement comme l'avait fait l'aveugle-né devant les pharisiens.

    Aujourd'hui encore, et plus que jamais, pour beaucoup, le baptême d'eau entraîne inexorablement le baptême de sang, par exemple en Irak. 


    Dans les "Apologies" (plaidoyers de défense) des écrivains chrétiens des premiers siècles, adressées aux empereurs, les chrétiens demandaient de ne pas être condamnés injustement, sans être entendus et sans preuves. Le principe de la loi sénatoriale ("Non licet vos esse" - Il ne vous est pas permis d'exister) était jugé injuste et illégal par les Apologistes, parce que les chrétiens étaient d'honnêtes citoyens, respectueux des lois, dévoués à l'empereur, actifs et exemplaires dans la vie privée et publique.

    Les catacombes contiennent le témoignage et la confirmation de la vie admirable des chrétiens, telle qu'elle est décrite par les apologistes. Dans la Lettre à Diognète (apologie d'un auteur inconnu des 2°-3° siècles), il y a  comme une carte d'identité des chrétiens des premiers temps (voir textes durant la semaine).

    Nous avons la chance de pouvoir accompagner les enfants qui cheminent vers le baptême dans notre paroisse sans être persécutés, du moins ouvertement et de manière sanglante. Mais les chrétiens, aujourd'hui, y compris chez nous, doivent souvent faire face aux critiques, aux moqueries, aux quolibets, non seulement de l'extérieur mais aussi de l'intérieur, de la part d'autres chrétiens ! L'aveugle-né, une fois guéri, sans crainte des pharisiens, leur répond avec son simple bon sens et il proclame sa foi en Jésus, le Fils de Dieu, contrairement à ses parents, qui ne veulent pas trop se mouiller. Nous aussi, plongés dans l'eau du baptême, nous avons reçu la lumière du Christ, et nous devons proclamer notre foi en lui.

    Si le Carême est bien le temps de la préparation ultime des catéchumènes, il est aussi pour tous les baptisés le temps de la conversion qui prépare à la grande fête pascale. L’un, d’ailleurs, ne va pas sans l’autre : c’est parce qu’il est "temps de la purification et de l’illumination" pour ceux qui s’apprêtent à recevoir les sacrements de la Pâque, que le Carême est "temps d’effort, de prière et de partage" pour tous les fidèles qui s’apprêtent à être renouvelés dans leur existence de baptisé.

    Aussi, c’est une chance pour nos paroisses, que des catéchumènes se préparent au baptême. Grâce à eux, grâce à leur démarche, aux rites qui leurs sont destinés ce matin, nous pouvons tous entrer davantage dans le mystère du salut que nous offre le Christ et que nous célébrons à Pâques. La possiblité pour recevoir le pardon du Seigneur dans le sacrement de pénitence nous sera largement offerte ces prochaines semaines. Ne manquons pas d'en profiter.

    Avec les catéchumènes, chacun est ensuite appelé à faire des choix dans sa vie pour mieux suivre le Christ, au-delà de ses faiblesses et de ses misères. Pour les catéchumènes, nous sommes tous invités à marcher à leur côté, à les soutenir, à les accompagner, à commencer, bien sûr, par leurs parents, parrains et marraines, et leurs catéchistes. Mais pas eux tous seuls !

    Je rappelle que quand on se marie ou quand on demande le baptême pour ses enfants, on s'engage solennellement à prendre au sérieux l'éducation religieuse de ces enfants, et ceci dès leur plus jeune âge, par la parole et par l'exemple, par la participation fidèle à l'eucharistie dominicale, par une vie chrétienne authentique. Pour aider les parents il faut aussi des catéchistes. Il faut des parents pour aider les autres parents. Je l'ai déjà dit et répété : nous manquons de catéchistes !

    Il faut aussi que les parents et les catéchistes eux-mêmes, pour qu'ils puissent aider les enfants à grandir dans la foi, et à avancer vers la lumière, acceptent de se former en permanence. 

    Pour terminer je vous laisse méditer cette parole de saint Jean (3, 20-21) :

Tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne lui soient reprochées ; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu.





 

Lectures 4e dimanche du Carême A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

1ère lecture : Dieu choisit David comme roi de son peuple (1S 16, 1b.6-7.10-13a)

Lecture du premier livre de Samuel

Le Seigneur dit à Samuel : « J'ai rejeté Saül. Il ne règnera plus sur Isaraël. Je t'envoie chez Jessé de Bethléem, car j'ai découvert un roi parmi ses fils. Prends une corne que tu rempliras d'huile, et pars ! »
En arrivant, Samuel aperçut Éliab, un des fils de Jessé, et il se dit : « Sûrement, c'est celui que le Seigneur a en vue pour lui donner l'onction ! »
Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l'ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l'apparence, mais le Seigneur regarde le coeur. »
Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n'a choisi aucun de ceux-là. N'as-tu pas d'autres garçons ? » 
Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. » 
Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu'il ne sera pas arrivé. »
Jessé l'envoya chercher : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau. 
Le Seigneur dit alors : « C'est lui ! donne-lui l'onction. »
Samuel prit la corne pleine d'huile, et lui donna l'onction au milieu de ses frères. 
 
 

Psaume :  Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

 

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R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer

 

Le Seigneur est mon berger : 
je ne manque de rien. 
Sur des prés d'herbe fraîche, 
il me fait reposer. 

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin 
pour l'honneur de son nom. 


Si je traverse les ravins de la mort, 
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi : 
ton bâton me guide et me rassure. 


Tu prépares la table pour moi 
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête, 
ma coupe est débordante. 


Grâce et bonheur m'accompagnent 
tous les jours de ma vie ; 
j'habiterai la maison du Seigneur 
pour la durée de mes jours.
 
 

2ème lecture : Vivre dans la lumière (Ep 5, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtres aux Éphésiens

Frères,
autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière - or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité - et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur.
Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt.
Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte d'en parler.
Mais quand ces choses-là sont démasquées, leur réalité apparaît grâce à la lumière, et tout ce qui apparaît ainsi devient lumière. C'est pourquoi l'on chante : 
Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera.
 
 
 
Evangile : L'aveugle-né (Jn 9, 1-41 [Lecture brève : 9, 1.6-9.13-17.34-38])
 
Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Jn 8, 12)
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

 

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En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance.
Ses disciples l'interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l'action de Dieu devait se manifester en lui.
Il nous faut réaliser l'action de celui qui m'a envoyé, pendant qu'il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir.
Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu'il appliqua sur les yeux de l'aveugle, et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L'aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer - car il était mendiant - dirent alors : « N'est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C'est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c'est quelqu'un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C'est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-il ouverts ? »
Il répondit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a frotté les yeux et il m'a dit : 'Va te laver à la piscine de Siloé.' J'y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j'ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle.
Or, c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
A leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. »
Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu'il n'observe pas le repos du sabbat. » D'autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s'adressent de nouveau à l'aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu'il t'a ouvert les yeux ? » Il dit : « C'est un prophète. »
Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C'est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu'il est né aveugle ? Comment se fait-il qu'il voie maintenant ? »
Les parents répondirent : « Nous savons que c'est bien notre fils, et qu'il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s'expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu'ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s'étaient déjà mis d'accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l'homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n'en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j'étais aveugle, et maintenant je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t'ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l'ai déjà dit, et vous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m'entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l'injurier : « C'est toi qui es son disciple ; nous, c'est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d'où il est. »
L'homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d'où il est, et pourtant il m'a ouvert les yeux. Comme chacun sait, Dieu n'exauce pas les pécheurs, mais si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, il l'exauce. Jamais encore on n'avait entendu dire qu'un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu'ils l'avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l'homme ? »
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c'est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : 'Nous voyons !' votre péché demeure. »
 
 
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

La Samaritaine: Vous tous qui avez soif, venez boire à la source du baptême - Homélie 3° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
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   Après le désert, la faim et ses tentations, après la Montagne et la contemplation de la Transfiguration, nous voici, en ce troisième dimanche de Carême, auprès d'un puits. Il est midi. Jésus a soif. C'est normal. La Samaritaine aussi. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'elle vient puiser de l'eau en plein soleil. Tout le monde fait cela tôt le matin, ou en fin de journée, lorsque le soleil se fait moins ardent.

    De quelle soif s'agit-il ? D'une soif d'eau, bien sûr. Mais tout l'art de saint Jean consiste à suggérer, au-delà de cette soif d'eau, une autre soif : la soif d'une eau encore plus indispensable. Plus loin dans le récit, nous apprenons que cette femme, une Samaritaine, a eu une vie sentimentale plutôt tumultueuse, comme on dirait aujourd'hui. Comme tout le monde, elle avait eu soif d'être aimée. Personne n'a pu désaltérer cette soif (et elle-même n'a pu désaltérer la soif de personne). Au contraire, plus elle avançait dans sa vie, plus elle faisait l'expérience de ce manque d'amour. Alors que le milieu de l'époque ne tolérait tout au plus que trois mariages successifs, elle avait passé dans les bras de six hommes diférents, et elle en était restée de plus en plus frustrée. Jésus va lui révéler quelle est l'eau capable de désaltérer sa soif fondamentale et qu'aucun homme ne pourra lui donner, cette eau qu'elle n'avait même pas eu idée de demander : c'est le don de Dieu.

    Mais il y a ici plus qu'une simple question de morale conjugale et sexuelle. Par un détour inattendu, le dialogue prend subitement une autre tournure, qui rejoint d'une autre manière l'attente secrète de cette femme. Du fait que Jésus lui a dévoilé son comportement répréhensible, alors qu'il ne la connaissait pas, cette femme voit en lui un prophète. C'est pourquoi, elle lui soumet spontanément une question religieuse, à première vue sans aucun rapport avec sa vie sentimentale. Pourtant le désordre sexuel de cette femme va évoquer l'infidélité religieuse du peuple des Samaritains tout entier. Ses aventures conjugales (et extra-conjugales) évoquent l'infidélité religieuse des Samaritains. Les cinq maris correspondent aux cinq divinités introduites en Samarie après la conquête des Assyriens en 721. Dans la Bible, la compromission avec les cultes païens en abandonnant la foi au Dieu unique et un revient à vivre dans l'adultère. En invitant la femme à "appeler" son mari, Jésus la provoque à invoquer de nouveau le vrai Dieu. En lui répondant : "Je n'ai pas de mari", la femme avoue donc son a-théisme. Elle est sans Dieu, comme elle est sans mari, et le dieu qu'elle adore n'est pas son Dieu. La Samarie n'a pas de mari. C'est le peuple juif que Dieu a épousé. C'est avec ce peuple qu'il a fait alliance.

    La soif de la femme n'était donc pas seulement matérielle, ni même simplement sentimentale, mais spirituelle. Jésus ne fait que l'aider à exprimer cette soif-là, en l'invitant ensuite, elle et son peuple, à passer d'un culte païen lié à un endroit, aussi vénérable qu'il soit, à l'adoration du Père en esprit et vérité, en esprit parce qu'en vérité. En d'autres mots, une adoration n'est authentique que si elle est produite par l'Esprit Saint qui dit la Vérité du Christ. C'est donc une adoration trinitaire.

    L'eau vive et l'adoration du Père ne sont donc pas des réalités différentes. L'eau vive symbolise la révélation de Jésus et, tout autant, de l'Esprit Saint. La véritable adoration est le fruit de cette révélation. Voilà le don que nous recevons au baptême. Ce que Dieu attend, ce que le Père cherche en ceux qui sont baptisés, c'est la louange et l'action de grâce, non pas seulement en paroles, en certains endroits et à certains moments, mais dans notre vie tout entière, toujours et partout. En recevant la révélation du Dieu unique et un, adoré en esprit et vérité, comment encore vivre dès lors dans les désordres moraux de toute sorte ?

    La séparation entre la foi (le dogme) et la morale, entre les vertus théologales et les vertus morales, est toujours fallacieuse, une sorte de schizophrénie. La foi catholique sans morale serait comme une âme sans corps ; une morale sans dogme comme un corps sans âme. La morale chrétienne ne se réduit pas à un ensemble de règles déduites de quelques principes abstraits, plus ou moins communément admis, mais toujours négociable. La morale chrétienne, c'est le chemin pour connaître Dieu, pour comprendre quelles sont ses vues sur l'homme, et pour comprendre comment les hommes doivent être à la gloire de Dieu, selon ce qu'écrit saint Paul aux Romains (12, 1) :

Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable.

    À la fin de son dialogue avec Jésus, ce n'est pas avec une simple formule de circonstance que la femme exprime sa foi nouvelle. C'est en laissant la cruche qui lui servait pour puiser l'eau du puits de Jacob, puisqu'elle n'en avait plus besoin (4, 15). La cruche dit, sans paroles, que la Samaritaine ne compte plus que sur la promesse de Jésus, qu'elle s'en remet totalement à lui.

    C'est par une vie droite, fondée sur une confiance absolue en Jésus, que nous aussi, nous proclamerons aux autres quelle est notre foi.

    Saint Paul, après avoir expliqué ce qu'est l'adoration véritable, précise :

Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. (Rm 12, 2)

    Par son exemple et son enseignement, Jésus nous montre aussi qu'agir ainsi, c'est en même temps pour nous une nourriture, une nourriture que nous ne connaissons pas, mais que nous devons apprendre à connaître :

Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre.

    La foi de notre baptême, c'est une foi droite qui agit de manière droite. Saint Paul, en se présentant comme Apôtre de Jésus Christ, affirme qu'il est "chargé de conduire ceux que Dieu a choisis vers la foi et la connaissance de la vérité dans une religion vécue" (Tt 1, 1).

    Je voudrais terminer en citant un passage d'un livre du chanoine Lallement, intitulé "Vivre en chrétiens dans notre temps" :

On n'a pas compris ce qu'est le christianisme - et donc pas non plus ce qu'est la morale chrétienne - tant que l'on pense plus ou moins confusément qu'être chrétien, c'est seulement, ou principalement, une certaine manière de vivre avec Jésus une vie de la terre. Vivre avec Jésus une vie d'homme sur la terre, cela même n'est vraiment compris que si l'on sait que le Christ est venu nous ouvrir à une vie proprement divine, ou pour employer un langage précis : à une vie théologale. (...)

Les Chrétiens les plus simples, qui ont vraiment un sens surnaturel par l'action de l'Esprit-Saint, même s'ils n'ont pas de formation théologique, savent que vivre avec Jésus, vivre de la grâce de Jésus, c'est surtout une certaine intimité avec le Père des cieux, notre Père. Ces chrétiens sont conduits pas l'Esprit de charité théologale dans le détail de leur vie humaine personnelle et sociale. Et c'est ainsi que vitalement ils pratiquent avec amour, avec divin amour, la morale chrétienne. C'est infiniment autre chose qu'un certain conformisme à des règles de convenance, à des habitudes d'un certain milieu.

À la condition qu'il y ait toujours ce même simple amour filial, cette charité se nourrit mieux encore cependant d'une connaissance plus approfondie de la Révélation, connaissance que donne une vraie théologie. Alors nous discernons que l'intention de Dieu pour l'homme est ceci : faire partager sa propre vie divine, le propre bonheur éternel, divin, des Personnes de la Sainte-Trinité, par des personnes qui sont aux prises avec toutes les difficultés, toutes les contingences de la matière.

    C'est cela, je crois, qui est admirablement résumé dans la préface de ce jour et que je vous invite à retenir :

En demandant à la Samaritaine de lui donner à boire, Jésus faisait à cette femme le don de la foi. Il avait un si grand désir d'éveiller la foi dans son coeur, qu'il fit naître en elle l'amour même de Dieu.

Puisse ce désir de Jésus se réaliser aussi en chacun(e) de nous. Amen.






La source de l’estime de soi d’un chrétien - Homélie 3° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

3 careme A ev

 

 

L’estime de soi est un thème très en vogue ces derniers temps parmi les psychologues et les éducateurs. Ils rappellent l’importance, spécialement pour les enfants, d’avoir une attitude positive envers eux-mêmes. Cela leur donne le courage de prendre des risques pour développer leurs talents et leur personnalité. Pour développer l’estime de soi, beaucoup d’écoles psychologiques recommandent que les enfants ne devraient jamais être critiqués ou corrigés, puisque cela pourrait endommager l’image positive qu’ils ont d’eux-mêmes. La supposition à la base de cette théorie est qu’une bonne estime de soi provient des compliments reçus d’autres personnes.

Cette approche de la psychologie humaine est en partie vraie, et en partie fausse. Ce qui est vrai, c’est que la crainte, l’insécurité et le pessimisme peuvent freiner notre potentiel. Mais c’est une erreur de croire qu’il faut baser notre estime de soi sur ce que les autres pensent de nous, ou sur la reconnaissance de ce que nous faisons par d’autres. Il nous faut comprendre pourquoi cela constitue une base fragile pour l’estime de soi. Alors nous pourrons aussi comprendre que l’explication inspirée de saint Paul fournit une base plus solide.

 

Le cœur de l’homme a un grand besoin d’amitié, d’encouragement, et d’acceptation de ses pairs, parents, amis et collègues. C’est naturel. Nous ne sommes pas auto-suffisants. Nous sommes faits pour vivre en communauté, en relation, puisque nous sommes créés à l’image de Dieu, et que Dieu est Trinité. Mais même alors, l’opinion des autres n’est pas une base solide pour une saine estime de soi, pour deux raisons.

D’abord, les autres ne peuvent pas nous connaître à fond. Il y a toujours des facettes de nous-mêmes que nous avons peur de révéler, ou que nous ne savons pas comment révéler. Pour cette raison, nous savons bien, au fond de notre cœur, que l’opinion que les autres ont de nous n’est jamais parfaitement informée.

Ensuite, l’opinion que les autres se font de nous n’est pas fondamentalement objective. Elle est affectée par de préférences et des préjugés subjectifs. Cette opinion peut varier selon les variations d’humeur, les jalousies, des intérêts personnels, les circonstances. Et même dans le cas où il s’agit d’une personne rare qui nous connaît à fond et qui nous apprécie de manière objective, il y a toujours la mort, qui peut nous enlever cette personne.

Si nous basons notre estime de nous-mêmes, notre conception de notre valeur personnelle, sur les opinions versatiles et superficielles des autres, même bienveillants, nous nous condamnons à l’instabilité. Nous serons sans cesse préoccupés de plaire aux autres, toujours sous la tension de devoir faire toujours plus pour ne pas perdre leur bonne opinion, toujours anxieux à l’idée qu’ils pourraient un jour découvrir l’autre visage de ce que nous sommes, la face sombre.

Dieu ne veut pas que nous vivions constamment dans l’angoisse et la crainte d’un échec ou d’un rejet. Dieu veut que nos cœurs soient en paix, capables de résister aux tempêtes de la vie et aux incertitudes des relations dans un monde où règne le péché. Et pour cela il se donne lui-même à nous. Lui seul nous connaît à fond. Lui seul est parfaitement objectif, complètement dépourvu d’ignorance et d’influences. Nous connaissant profondément, il continue de nous aimer, il nous estime sans conditions, simplement parce que nous sommes ses enfants, et parce qu’il veut que nous partagions sa gloire. Voilà la merveilleuse Bonne Nouvelle de l’évangile.

Avec Dieu, nous n’avons pas besoin d’avoir peur de nos échecs. Son amour pour nous ne dépend pas de nos succès. Avec Dieu, nous n’avons pas besoin d’avoir peur qu’un jour il découvre nos vices cachés, nos péchés et nos fautes. Il les voit mieux que nous-mêmes, et il continue de désirer notre amitié, à tel point qu’il était prêt à souffrir et mourir sur une croix, uniquement pour nous montrer que, quoi que nous fassions, même si nous le crucifions, son amour est solide comme une montagne.

C’est ce que saint Paul nous dit dans la 2e lecture :

« Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. »

Nous ne méritons pas l’amour de Dieu en étant bons. Nous pouvons devenir bons parce que Dieu nous aime, nous pardonne, nous tend la main ! Nous avons besoin d’une bonne estime de soi, c’est vrai. Mais il est tout aussi vrai que cette estime doit être basée sur quelqu’un de plus grand, de plus fiable que nous-mêmes, que notre nature humaine faillible, et ce "quelqu’un", c’est Jésus Christ.

« nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ… »

Chacun de nous, nous avons pu faire l’expérience de l’amour inconditionnel de Dieu dans notre vie, les uns plus, les autres un peu moins. C’est pour cela que nous sommes ici. Nous avons besoin d’approfondir cette expérience, et de construire notre vie dessus. Nous sommes encore trop influencés par les opinions des autres. Nous avons besoin d’être pénétrés de l’amour inconditionnel et sauveur de Dieu dans le Christ jusqu’au fond de nous-mêmes. C’est pour cela que Dieu nous a envoyé le Saint Esprit, dont saint Paul nous dit que c’est par lui qu’il a répandu son amour dans nos cœurs.

Nous avons un réservoir de force et de courage dans nos cœurs, établi par le baptême, élargi par la confirmation. Nous devons puiser l’eau de ce réservoir pour irriguer tous les domaines de notre vie : nos relations, nos espoirs, nos craintes, nos rêves, nos difficultés, nos péchés, notre fragilité.

Nous ne pouvons le faire que par la prière. Si la prière n’est pas la plus haute priorité de notre programme de tous les jours, alors le réservoir stagne. Un colloque intime, cœur à cœur, quotidien, avec Jésus, notre Sauveur, permet à sa grâce de couler librement en nous et à travers nous. C’est ce qu’a découvert la Samaritaine quand elle rencontre Jésus au puits. Jésus nous attend au puits de la prière, comme il attendait cette femme. Il a soif de répandre sa paix, son courage, et une bonne estime de soi dans nos cœurs, comme lui seul sait le faire. Alors, aujourd’hui, renouvelons notre résolution de le rencontrer chaque jour, en commençant cette semaine, quoi qu’il arrive, au puits de la prière.

Jésus nous attend au puits de la prière...

Jésus nous attend au puits de la prière...

Lectures 3e Dimanche du Carême A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

1ère lecture : Par Moïse, Dieu donne l'eau à son peuple (Ex 17, 3-7)

 

 

Lecture du livre de l'Exode

 

 

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Les fils d"Israël campaient dans le désert à Rephidim, et le peuple avait soif. Ils récriminèrent contre Moïse : « Pourquoi nous as-tu fait monter d'Égypte ? Etait-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? »
Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! »
Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant eux, emmène avec toi plusieurs des anciens d'Israël, prends le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va !
Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l'eau, et le peuple boira ! » 
Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d'Israël.

Il donna à ce lieu le nom de Massa (c'est-à-dire : Défi) et Mériba (c'est-à-dire : Accusation), parce que les fils d'Israël avaient accusé le Seigneur, et parce qu'ils l'avaient mis au défi, en disant : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n'y est-il pas ? »
 
 
 
Psaume : Ps 94, 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9
 

R/ Aujourd'hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur !

 

Venez, crions de joie pour le Seigneur, 
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu'à lui en rendant grâce, 
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, 
adorons le Seigneur qui nous a faits. 

Oui, il est notre Dieu ; 
nous sommes le peuple qu'il conduit.

Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ?

« Ne fermez pas votre coeur comme au désert, 
où vos pères m'ont tenté et provoqué, 
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »
 
 
 
 
2ème lecture : L'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs (Rm 5, 1-2.5-8)
 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

 

Frères,
Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c'est d'espérer avoir part à la gloire de Dieu.
Et l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.

Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. 
- Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien.
Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.
 
 
 
Evangile : La Samaritaine et le don de l'eau vive (Jn 4, 5-42 [lecture brève: 4, 5-15.19b-26.39a.40-42])
 
Acclamation : Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Le Sauveur du monde, Seigneur, c'est toi ! Donne-nous de l'eau vive, et nous n'aurons plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

 

 

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Jésus arrivait à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s'était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l'eau. 
Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
(En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.)
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.)
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l'eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ;
mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n'aie plus soif, et que je n'aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n'ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu'il vient, le Messie, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, c'est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »

Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.

Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se demandaient : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre.
Ne dites-vous pas : 'Encore quatre mois et ce sera la moisson' ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson.
Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur.
Il est bien vrai, le proverbe : 'L'un sème, l'autre moissonne.'
Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait. »
Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, ils l'invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles, et ils disaient à la femme : « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde. »
 
 

Rencontre au sommet - Homélie 2° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

transfiguration careme

 

Aujourd’hui Dieu nous ouvre tout grand la porte de son cœur. Il nous révèle son désir le plus cher, ce qui motive tout ce qu’il fait depuis le péché originel. L’appel d’Abraham, dont nous venons d’entendre le récit, marque une étape importante dans l’histoire du salut. C’est le début de l’Alliance de Dieu avec Israël, le peuple qu’il a choisi,  et dont est issu le Sauveur du monde, Jésus Christ. Avec l’appel d’Abraham, c’est une étape décisive du salut des pécheurs qui commence. C’est pourquoi il est tout à fait normal que Dieu nous explique ce qui le motive. Et c’est ce qu’il fait.


Il dit à Abram, qui s’appellera Abraham par la suite,  exactement pourquoi il lui demande de renoncer à sa situation confortable et de suivre cet appel. Il dit : « Je te bénirai … En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Bénédiction. Vie en abondance. Vie qui ait un sens. Epanouissement, bonheur profond et durable, sagesse, maturité, la joie d’une vie pleinement vécue, voilà ce que Dieu veut, pour chacun de nous, et pour toute la famille humaine. Voilà pourquoi il continue de prendre soin de ce monde qui l’a rejeté, et qui continue de le rejeter.


Dieu seul peut nous bénir, car lui seul peut enlever de notre vie et de notre monde les obstacles qui nous empêchent de mener la vie que nous sommes appelés à vivre : l’égoïsme, la convoitise, la paresse, la luxure, bref, le péché sous toutes ses formes.


Abraham a reçu la bénédiction de Dieu et il l’a transmis à son entourage et à ses descendants. Pourquoi ? Parce qu’il a obéi à l’appel de Dieu. Nous aussi, nous pouvons faire l’expérience d’une bénédiction divine plus abondante et la répandre sur ceux et celles que nous aimons, si nous faisons tout simplement ce que le Père demandait à Pierre, Jacques et Jean : « écouter le Christ ».


« Ecouter  le  Christ  et obéir à sa voix: telle est la voie maîtresse, l'unique, qui conduit à la plénitude de la joie et de l'amour.» (Benoît XVI, Angélus, 12 mars 2006).

 

Parce que nous vivons dans un mondé plongé dans le péché, nous sommes constamment tentés d’oublier cette vérité capitale. Nous devons faire un effort conscient et concerté pour nous en souvenir. Sinon, les épreuves de la vie risquent de nous épuiser.


Un jour, un homme d’affaires de New York, en rendant visite à des amis à la campagne, avait remarqué une girouette au sommet du toit de la grange. Il y avait du vent, et la girouette tournait à toute allure. En-dessous de la girouette, il y avait une inscription, peinte en grosses lettres : « Dieu est amour ». L’homme d’affaires voulait savoir pourquoi cette parole avait été placée en-dessous de quelque chose d’aussi versatile qu’une girouette. "Pensez-vous que l’amour de Dieu est aussi changeant que le vent ?", demande-t-il. Tu ne comprends pas, répond le fermier. Cela signifie que, quelle que soit la direction du vent, Dieu est toujours amour."


Il y a des années, un banquier, lui aussi de New York, voulait encourager les soldats qui se battaient à l’époque de la Deuxième Guerre Mondiale. Mais il ne réussit pas à obtenir la permission pour se rendre au front personnellement. Alors, il a acheté dans une usine des milliers de petits miroirs de poche. Au dos de chaque miroir, il a fait imprimer Jean 3, 16 : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croît en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. » Et en-dessous de ce verset, il a fait imprimer la phrase suivante : "Si tu veux voir celui qui est tant aimé de Dieu et pour qui il a donné son Fils, regarde de l’autre côté du miroir."


L’amour de Dieu est à la fois permanent et personnel. S’il nous demande d’écouter le Christ, de suivre les enseignements de l’Eglise, c’est uniquement parce qu’il veut nous bénir avec une vraie sagesse, une joie qui demeure, une vie qui ait un sens.

 

Dans la Bible, les sommets des montagnes sont des endroits privilégiés pour rencontrer Dieu, pour faire une rencontre décisive avec Dieu. Ce n’est pas par hasard que Jésus emmène ses disciples sur la montagne pour voir sa transfiguration. Nous avons tous pu faire des rencontres "au sommet". Nous avons tous pu connaître des moments où nous avons pu faire l’expérience d’une présence palpable de Dieu, des moments om nous avions la certitude qu’il s’occupe de nous et qu’il nous guide. C’est peut-être au cours d’une retraite, ou lors de notre première communion, ou encore lorsque nous nous sommes confessés pour la première fois depuis des années et où nous avons connu un nouveau départ dans notre vie grâce à la miséricorde de Dieu. Peut-être était-ce à l’occasion d’une dure épreuve, une maladie grave. Peut-être était-ce lorsqu’un soir, vous êtes entré dans une église pour prier tout seul, ou le jour où vous êtes allé marcher dans la nature et que vous avez vu un magnifique coucher de soleil.


Nous avons tous pu faire des rencontres “au sommet”. Et si Dieu nous l’a permis, c’est qu’il y a une raison, tout comme quand il l’a permis à Pierre, Jacques et Jean, c’était pour une raison. Jésus savait que sa passion, sa crucifixion et sa mort étaient imminentes. Il savait que la foi de ses disciples serait secouée par ces événements. Il leur a permis de faire une expérience "au sommet" de sa gloire pour que, par la suite, à l’heure de la croix, ils puissent s’en souvenir et que ce souvenir puisse les fortifier.


Jésus sait qu’il est exigeant de le suivre, et que personne ne peut faire l’économie de la croix dans sa vie. Obéir à ses commandements demande la maîtrise de soi et le renoncement. Alors, aujourd’hui, il veut nous rappeler que ces épreuves aussi font partie de son projet. Aujourd’hui, et tout au long de cette semaine, il veut que nous fassions mémoire de nos rencontres "au sommet", pour lui permettre de renouveler notre foi en sa bonté, sa sagesse, et son désir de nous bénir. Avec une foi renouvelée, nous pourrons vivre un bon Carême, en écoutant le Christ, et en répondant à son appel.

Toi aussi, tu es invité(e) à une rencontre au sommet !

Toi aussi, tu es invité(e) à une rencontre au sommet !

Lecture 2e Dimanche du Carême A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

1ère lecture : La vocation d'Abraham (Gn 12, 1-4a)

 

 

Lecture du livre de la Genèse

 

 

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Abraham vivait alors en Chaldée. Le Seigneur lui dit : « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai.
Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction.
Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te méprisera. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »

Abram partit, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth partit avec lui.
 
 
 
 
 
Psaume : Ps 32, 4-5, 18-19, 20.22
 

R/ Seigneur, ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi !

 

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; 
il est fidèle en tout ce qu'il fait. 
Il aime le bon droit et la justice ; 
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent, 
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort, 
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : 
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous 
comme notre espoir est en toi.
 
 
 
 
 
2ème lecture : Dieu nous appelle à connaître sa gloire (2Tm 1, 8b-10)
 

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

 

Fils bien-aimé,
avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l'annonce de l'Évangile.
Car Dieu nous a sauvés, et il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles,
et maintenant elle est devenue visible à nos yeux, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s'est manifesté en détruisant la mort, et en faisant resplendir la vie et l'immortalité par l'annonce de l'Évangile.
 
 
 
 
 
Evangile : La Transfiguration (Mt 17, 1-9)
 
Acclamation : Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Du sein de la nuée resplendissante, la voix du Père retenti : « Voici mon Fils, mon bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 

 

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Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l'écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »
Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d'une grande frayeur.
Jésus s'approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n'ayez pas peur ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.

En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. »
 
 

Jésus vient nous fortifier pour le combat - Homélie 1° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

1 careme A ev1

 

 

Le péché originel est la première scène d’une longue et complexe pièce de théâtre de l’histoire de l’humanité. La venue du Seigneur dans la Gloire et le Jugement Dernier formeront la scène finale. Tout ce qui se trouve entre ces deux scènes est relié tout à la fois au péché originel et au Jugement Dernier.


Le monde d’aujourd’hui a massivement oublié ces deux scènes déterminantes. A cause de tous les progrès dans les sciences et la technologie, l’homme est tenté de croire qu’il peut se suffire à lui-même, qu’il n’est pas affecté par les conséquences du péché originel, et qu’il ne sera pas jugé par une puissance supérieure (Dieu) après sa mort. Mais ce n’est qu’une autre version de l’antique mensonge du démon. Tout se passe comme si le démon nous avait persuadé que, puisque nous avons appris à changer les pierres en pains, à maîtriser le monde physique, matériel, nous sommes nous-mêmes des dieux qui n’ont pas besoin d’un autre Dieu. C’est ce même mensonge qui a trompé Adam et Eve.


Aujourd’hui, au début de notre chemin de Carême, l’Eglise démasque ce mensonge. Tout au long du Carême, nous prêtons une attention particulière à nos péchés et à nos mauvaises inclinations, justement parce que nous ne voulons pas oublier la vue d’ensemble, la trame de l’histoire qui donne une signification réelle à notre vie en nous rappelant que nous ne suffisons pas à nous-mêmes.


Le péché originel constitue l’un des chapitres les plus importants de ce livre, et l’un des plus mal compris. Prenons donc quelques minutes pour nous remettre en mémoire ce dont il s’agit, et afin de nous rendre compte pourquoi c’est l’une des vérités les plus importantes de tout le Catéchisme.


Il y a trois choses que nous devons toujours garder en mémoire à propos de péché originel : le fait, la cause, et les conséquences.


D’abord, le fait que le péché originel a été commis. Cela fait partie de la révélation divine. Pour l’Eglise, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Voici comment elle l’exprime dans la Catéchisme (n. 390) :


« Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l’histoire de l’homme... La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents. »

 

Cela peut paraître évident, mais si c’était le cas, Dieu n’aurait pas jugé nécessaire de nous le révéler. En tant qu’êtres humains déchus, nous avons toujours tendance d’imputer le mal à des structures sociales abstraites, d’attribuer le péché à des traumatismes psychologiques, en d’autres mots, de nier, d’ignorer, de minimiser la véritable source du mal dans le monde : le péché originel et ses conséquences. Si nous cédons à cette tentation, nous finirons par nous séparer de Dieu et par perdre contact avec la réalité.

 

Si nos tendances peccamineuses n’étaient dues qu’à une éducation déficiente, nous n’aurions pas besoin d’un sauveur pour obtenir le pardon de nos péchés, mais uniquement de psychologues qui dispensent une thérapie.


Si tous les maux du monde étaient le résultat d’un mauvais système économique ou la faute de politiciens incapables, nous n’aurions pas besoin de la grâce de Dieu pour changer le cœur des hommes, et, pour améliorer la société, il suffirait d’élaborer une nouveau programme d’action.


Le fait que le péché originel est une réalité historique a été révélé par Dieu, et l’Eglise l’enseigne clairement. Nous avons besoin d’intégrer cela dans notre manière de voir le monde et nous-mêmes. Cela nous aidera à comprendre la réalité et à nous y épanouir.

 

 

La deuxième vérité essentielle au sujet du péché originel est la manière dont cela s’est passé. Qu’est-ce qui a causé le péché originel ?


L’Eglise précise que le récit biblique que nous venons d’entendre comporte un langage imagé, et non pas scientifique, ou historique. Cela signifie qu’il exprime la vérité sur ce qui s’est passé, mais sans pour autant donner tous les détails sur la manière dont les choses se sont passées. Nous pouvons épiloguer sur le comment, mais nos suppositions ne pourront jamais masquer le fait.


La première chose à noter au sujet de ce qui s’est passé est qu’Adam et Eve étaient des êtres humains moralement libres. Dieu les a créés « à son image », ce qui veut dire qu’ils étaient capables de vivre dans son amitié, de le connaître et de l’aimer. Mais l’amitié avec Dieu est unique, car Dieu est Dieu, et nous dépendons de lui. Pour vivre dans l’amitié avec Dieu, il est nécessaire d’admettre cela. Voici comment le Catéchisme (n. 396) l'exprime :


« Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, "car du jour où tu en mangeras, tu mourras" (Gn 2, 17). "L’arbre de la connaissance du bien et du mal" (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté. »


Nous ne sommes pas Dieu. Notre existence et notre bonheur dépendent de Dieu. Si nous ne voulons pas accepter cela, nous sommes comme un arbre qui veut "se libérer" du sol. qui le nourrit et le fait vivre. Nous allons droit à la catastrophe.


C’est exactement ce qui s’est passé avec Adam et Eve : ils se sont déracinés du sol de l’amitié avec Dieu parce qu’ils n’acceptaient pas de ne pas être les égaux de Dieu. Voilà l’essence du péché originel (n. 397) :


« L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf. Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (cf. Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté. »


Le démon a encouragé cette révolte avec ses mensonges. Il a répandu la semence de la tentation. Mais cela n’enlève rien à la responsabilité d’Adam et d’Eve, quand ils ont cédé à la tentation. Ils ont librement fait un mauvais usage de la liberté, en proclamant leur indépendance au lieu de resserrer leurs liens avec Dieu.

 

 

Le péché originel est donc un fait historique, et il a consisté dans la rébellion de nos premiers parents qui ont refusé de dépendre de Dieu.


La troisième clé pour une juste compréhension du péché originel est, pour le dire simplement, qu’il n’a pas affecté seulement Adam et Eve, mais toute la race humaine. Dieu nous a créés comme une famille, et quand nos premiers parents se sont révoltés contre lui, c’est toute la famille humaine qui en a porté les conséquences. L’aliénation qu’ont connu Adam et Eve (quand ils se sont cachés dans le jardin) a contaminé tout le genre humain. L’adversité des forces de la nature (représentée par l’enfantement dans les douleurs pour Eve, et la sueur du front d’Adam) a également affecté toute leur descendance.


De plus, le diable, à qui Adam et Eve ont choisi d’obéir plutôt qu’à Dieu, a pu exercer, par cette révolte, une grande influence sur tout ce qui concerne l’humanité.


« Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne "la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable". Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale et des mœurs. » (CEC n. 407)


Le péché originel constitue l’origine, non seulement du péché, mais de tout le combat entre le bien et le mal dont est marquée l’histoire de tout être humain et de la communauté.


Nous avons tous deux tendances en nous : l’inclination au bien (qui fait partie de notre nature créée par Dieu), et la tendance à l’égoïsme (la part déchue de notre nature). Ces deux tendances mènent un combat incessant l’une contre l’autre dans notre cœur et dans nos relations, et ce sera le cas tout au long de notre vie, même après le baptême (CEC n. 1264) :


« Dans le baptisé, certaines conséquences temporelles du péché demeurent cependant, tels les souffrances, la maladie, la mort, ou les fragilités inhérentes à la vie comme les faiblesses de caractère, etc., ainsi qu’une inclination au péché que la Tradition appelle la concupiscence, ou, métaphoriquement, " le foyer du péché " (fomes peccati) : " Laissée pour nos combats, la concupiscence n’est pas capable de nuire à ceux qui, n’y consentant pas, résistent avec courage par la grâce du Christ. Bien plus, ‘celui qui aura combattu selon les règles sera couronné’ »


Cette bataille qui fait rage dans le cœur des hommes affecte tout le cours de l’histoire des hommes. Il suffit, pour le vérifier, de lire n’importe quel journal et ou de regarder les informations à la télévision n'importe quel jour.


Ecoutez ce passage de Vatican II (Gaudium et Spes 13) :


« Établi par Dieu dans un état de justice, l’homme, séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu. Ayant connu Dieu, « ils ne lui ont pas rendu gloire comme à un Dieu (...) mais leur cœur inintelligent s’est enténébré », et ils ont servi la créature de préférence au Créateur. Ce que la Révélation divine nous découvre ainsi, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre enclin aussi au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création. »


 

A première vue, il y a de quoi se décourager. La vie est un combat qui ne cessera qu’à notre mort. Pas moyen d’y échapper… Mais le péché originel n’est que le début de l’histoire. Dieu ne nous abandonne pas. Il aurait pu. Il aurait eu le droit. Mais il ne l’a pas fait. Il est parti à la recherche d’Adam et d’Eve alors qu’ils s’étaient cachés dans le jardin. Il part aussi à notre recherche. Il nous envoie un Sauveur, Jésus Christ.


Contrairement au premier Adam, le Christ, nouvel Adam, n’a jamais désobéi à Dieu le Père. Il n’a jamais perdu confiance en lui. Des tentations au désert jusqu'à sa mort sur une croix, il est resté fidèle. Il a défait le démon, réparant ainsi la blessure ouverte par le péché originel. Marie, la nouvelle Eve, était là, avec lui, comblée de grâce, fidèle elle aussi, au pied de la croix.


C’est vrai, notre vie sera toujours un combat, à la fois contre nos propres tendances mauvaises, et contre les tendances mauvaises et la puissance du péché qui est à l’œuvre dans le monde qui nous entoure. Mais c’est dans le cadre de ce combat que notre vie prend tout son sens : nous sommes les soldats du Christ Roi. Parce que Dieu nous a révélé l’origine du mal et du chemin de la Rédemption, nous ne devons jamais être surpris ni par nos propres faiblesses, ni par les injustices et les souffrances que nous rencontrons dans le monde. Nous connaissons l’histoire ! Nous savons ce qui se passe !


Aujourd’hui, au moment où Jésus vient pour nous fortifier pour la bataille en nous donner l’énergie de la Sainte Communion, renouvelons aussi notre foi dans cette histoire, et renouvelons notre engagement à mettre nos pas dans les pas du Christ et de Marie, et non pas dans ceux d’Adam et d’Eve.

Contrairement au premier Adam, le Christ, nouvel Adam, n’a jamais désobéi à Dieu le Père.

Contrairement au premier Adam, le Christ, nouvel Adam, n’a jamais désobéi à Dieu le Père.

Lectures 1er Dimanche du Carême A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

1ère lecture : La création de l'homme. Le péché (Gn 2, 7-9; 3, 1-7a)

 

Lecture du livre de la Genèse

 

Au temps où le Seigneur Dieu fit le ciel et la terre, il modela l'homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l'homme devint un être vivant.
Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l'orient, et y plaça l'homme qu'il avait modelé.
Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toute sorte d'arbres à l'aspect attirant et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal.

Or, le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait fait. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a dit : "Vous ne mangerez le fruit d"aucun arbre du jardin"»
La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour celui qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : 'Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sinon vous mourrez.' »
Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas !
Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » 
La femme s'aperçut que le fruit de l'arbre devait être savoureux, qu'il avait un aspect agréable et qu'il était désirable, puisqu'il donnait l'intelligence. Elle prit de ce fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea.
Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nus.
 
 
Psaume : Ps 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17
 

R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché.

 

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, 
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute, 
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché, 
ma faute est toujours devant moi. 

Contre toi, et toi seul, j'ai péché, 
ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait. 

Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, 
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
 
Ne me chasse pas loin de ta face, 
ne me reprends pas ton esprit saint.
 

Rends-moi la joie d'être sauvé ; 
que l'esprit généreux me soutienne.
 

Seigneur, ouvre mes lèvres, 

et ma bouche annoncera ta louange.
 
 
 
2ème lecture : Là où le péché s'était multiplié, la grâce a surabondé (brève : 5, 12.17-19) (Rm 5, 12-19)
 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

 

Frères,
par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde. Certes, on dit que le péché ne peut être sanctionné quand il n'y a pas de loi ; mais pourtant, depuis Adam jusqu'à Moïse, la mort a régné, même sur ceux qui n'avaient pas péché par désobéissance à la manière d'Adam. Or, Adam préfigurait celui qui devait venir.
Mais le don gratuit de Dieu et la faute n'ont pas la même mesure. En effet, si la mort a frappé la multitude des hommes par la faute d'un seul, combien plus la grâce de Dieu a-t-elle comblé la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.
Le don de Dieu et les conséquences du péché d'un seul n'ont pas la même mesure non plus : d'une part, en effet, pour la faute d'un seul, le jugement a conduit à la condamnation ; d'autre part, pour une multitude de fautes, le don gratuit de Dieu conduit à la justification.
En effet, si, à cause d'un seul homme, par la faute d'un seul homme, la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes.
Bref, de même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l'accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie.
En effet, de même que tous sont devenus pécheurs parce qu'un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes parce qu'un seul homme a obéi.
 
 
 
Evangile : La tentation de Jésus (Mt 4, 1-11)
 
Acclamation : Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu. 
Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 

 

1 careme A ev1

 

 

Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.
Le tentateur s'approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
Mais Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » 

Alors le démon l'emmène à la ville sainte, à Jérusalem, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. » 

Le démon l'emmène encore sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire.
Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m'adorer. »
Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras. » 

Alors le démon le quitte. Voici que des anges s'approchèrent de lui, et ils le servaient.
 

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

L'immigration, l'Église et l'Occident. Une interview d'Ettore Gotti Tedeschi. Loin de la langue de bois, sur un sujet tabou

dominicanus #actualités
L'immigration, l'Église et l'Occident. Une interview d'Ettore Gotti Tedeschi. Loin de la langue de bois, sur un sujet tabou

Dans un récent billet traduit ici (Vers une nouvelle religion?), Antonio Socci évoquait le Huitième rapport sur la doctrine sociale de l'Église dans le monde, de l'Observatoire Cardinal Van Thuan publié dans un livre intitulé “Il caos delle migrazioni, le migrazioni nel caos” , et en particulier la contribution d'Ettore Gotti Tedeschi.


L'ex-banquier de l'IOR est interviewé à ce sujet dans la revue mensuelle en ligne "Formiche". Et ce qu'il dit n'est pas vraiment politiquement correct... Dommage qu'on n'entende pas plus souvent des propos de ce genre en France.

 

L'IMMIGRATION, L'ÉGLISE ET L'OCCIDENT. 
ETTORE GOTTI TEDESCHI PARLE

Giovanni Bucchi
20 février 2017

 


* * *
 


L'ex-banquier de l'IOR explique à <Formiche.net> que les causes réelles de la migration ne sont pas d'ordre économique
Les raisons économiques ne suffisent pas à expliquer l'immigration de masse. C'est un phénomène «prévu et voulu pour modifier la structure sociale et religieuse de notre civilisation, concrètement, pour redimensionner le catholicisme». Ce sont les mots écrit noir sur blanc par Ettore Gotti Tedeschi dans le « Huitième rapport sur la Doctrine Sociale de l'Eglise dans le monde», présenté par l'Observatoire international Cardinal Van Thuan sur le thème de l'immigration. L'économiste et banquier catholique, ex-président de l'IOR, a confié à un court essai son évaluation qui, après la présentation du rapport à Rome, a suscité quelques critiques mais aussi des commentaires positifs.

- Gotti Tedeschi, dans votre intervention, vous parlez d'une «correction fraternelle» à certaines institutions de l'Église qui n'auraient pas compris le problème de l'immigration. En quoi consiste cette correction?

-- J'étais préoccupé par le zèle humanitaire plein d'émotivité qui tend à ignorer les chiffres du phénomène et n'affronte pas les causes du problème. On pourrait dire en effet qu'il y a trois «tabous» qu'aujourd'hui, on ne peut pas ou ne veut pas traiter de façon rationnelle et globale: le problème de la natalité, de l'environnement et des migrations. Il semblerait qu'il y ait une volonté supérieure répandue et imposée, qui ne veut pas que ces trois tabous soient discutés. Tout comme on dirait qu'il y a des "contrôleurs" prêts à utiliser tous les moyens, y compris l'intimidation, afin que sur ces tabous, on accepte une pensée unique: assez de naissances parce que l'homme détruit l'environnement, facilitons donc l'immigration parce que c'est la meilleure solution. Il y a beaucoup de points obscurs sur les trois tabous, mais pour ne pas nous écarter du sujet, il est bon de savoir que les données et les informations sur l'immigration régulière sont influencées par des accords, ou par un "chantage économique" avec les pays de provenance des migrations. Les données et les informations sur l'immigration clandestine sont encore moins claires; pensons que les débarquements illégaux en Italie en 2016 (181436) étaient quarante fois supérieurs à ceux de 2010 (4406). Et nous nous rendons compte que le phénomène de l'immigration clandestine est en augmentation et hors de contrôle. En 2015, le statut de réfugié a été reconnu dans seulement 5% des cas, 36% ont reçu une aide humanitaire et 59% ont été refusés, mais personne ne sait où ils sont. Et il s'agit de plus de 100 mille personnes (sur 153842 débarqué). En 2016, le chiffre a augmenté, 181436 personnes sont arrivées par mer (18% de plus qu'en 2015) et les irréguliers expulsés raccompagnés vers leur pays d'origine étaient seulement 5%. Dans la pratique, l'immigration dite irrégulière se développe à un rythme de 100 mille unités par an, et les pays voisins refusent les expatriés. Ce sont des chiffres fournis par le Haut Commissaire des Nations Unies sur les réfugiés.

- Pourquoi les raisons économiques ne suffisent-elles pas pour expliquer le phénomène migratoire?

-- Le phénomène migratoire est expliqué, ou plutôt laissé à deviner, avec trois causes principales: les conflits, la pauvreté, le besoin de main-d'œuvre. Il est évident que ces trois causes existent, mais par quoi elles s'expliquent, et si elles peuvent être résolues, est rarement discuté. Prenons la première, les conflits. Jusqu'à il y a une dizaine d'années, ils étaient "éteints" pratiquement dans l'oeuf; par la suite, on dirait qu'ils ont été tolérés (ou même causés, pensons à la Libye), tandis que les ventes d'armes à plusieurs pays augmentaient et on pense que ces armes peuvent avoir servi à Daesch. Les conflits qui ont généré les migrations pouvaient-ils être étouffés, oui ou non? Prenons la deuxième causse, la croissance de la pauvreté. Le problème ne semble pas si vrai, si l'on regarde les flux migratoires. Ceux provenant de pays en difficultés économiques réelles représentent entre 5 et 10%. Mais il est important de noter que cette pauvreté est également due à nos manquements au cours des dix dernières années. Qu'on voie les conclusions du fameux G8 pour l' Afrique, où nous nous sommes engagés à soutenir les investissements et les exportations des pays pauvres; qu'avons-nous fait? Pratiquement rien. Enfin, le besoin de main-d'œuvre; le déficit (gap) de population dû à l'effondrement démographique rend-il les migrations nécessaires? Mais qui, ou quoi, a provoqué ce déficit qu'aujourd'hui on prétend gérer? Qui a imposé la baisse du taux de natalité en Occident et prévoit maintenant de le compenser par l'immigration? À une époque de crise économique, avec un taux de chômage dans notre pays comme l'actuel? Avec un coût de l'accueil si onéreux pour notre budget? 
J'ai parlé de la nécessité de clarifier les causes réelles du problème, qui sinon ne sera pas résolu et même s'aggravera. Les doutes à propos du fait qu'on veut ignorer ces causes réelles résident aussi dans la confusion qui règne en Europe. Se peut-il qu'on n'ait jamais réfléchi au fait que les migrants sont principalement des jeunes en bonne santé? Les moins jeunes ne craindraient-ils pas les conflits et la faim?

- Venons-en au fait. Vous avez écrit qu'il y a un plan pour «redimensionner le catholicisme», vous avez parlé d'un projet de re-ingéniérisation gnostique mondial qui a un ennemi déclaré: l'Eglise catholique, et vous l'avez fait en citant le secrétaire de l'ONU Ban Ki-moon et le Rapport Kissinger de 1974 [NSSM200] (*). Pourquoi l'Eglise catholique est-elle la cible?

-- Je pense que le phénomène des migrations est l'une des (pires) conséquences des échecs de ce qu'on appelle Nouvel ordre économique mondial, instauré dans les années soixante-dix pour réguler le nécessaire processus de la mondialisation. J'invite à réfléchir sur le fait que tous les objectifs du Nouvel Ordre, non seulement ne sont pas réalisés, mais il s'est produit exactement le contraire: on voulait éteindre toutes les causes des conflits, les inégalités, la pauvreté, l'intolérance religieuse, le totalitarisme, et c'est le résultat opposé qui s'est produit, incluant un processus de migration forcée. Le vrai grand «succès» du Nouvel Ordre est d'avoir créé une crise économique mondiale, à son tour origine d'autres conséquences néfastes. Nous devons aussi reconnaître qu'il y a eu un autre «vrai succès»: celui lié au processus déclaré de relativisation des croyances religieuses, visant à la laïcisation de celles-ci, avec comme conséquences l'effondrement des valeurs morales et les changements au sein de l'Eglise catholique. Si nous regardons les conséquences de ces faits observés, on ne peut pas ne pas réfléchir au risque (pour certains) ou à l'opportunité (pour d'autres) d'un processus de ré-ingéniérie socio-religieuse [l'ingénierie sociale est une pratique visant à modifier à grande échelle certains comportements de groupes sociaux, ndt] certainement inspirée, et je dirais même gérée. Si nous avions la patience d'aller relire les déclarations faites par des leaders internationaux dans les quarante dernières années, nous trouverions matière d'analyse sur le fait que «rien n'arrive par hasard». Nous ne parlons pas de théories du complot, nous parlons de faits.

- En lisant votre essai, on pourrait penser que l'Église catholique, qui est la cible d'attaque, ne comprend pas ce qui se passe. C'est le cas?

-- Le catholicisme est une foi absolue et dogmatique qui exige des devoirs envers le Créateur. Le monde laïciste ne tolère pas ces «devoirs». Voyez-vous, le projet du Nouvel Ordre Mondial prévoyait plus d'objectifs stratégiques, allant du contrôle des naissances aux nouveaux paradigmes éthiques pour les confessions religieuses les plus dogmatiques, afin d'avoir une grande religion universelle. Au cours des quarante dernières années, on n'a rien fait d'autre que discuter de nouveaux objectifs pour l'humanité, puis nous avons eu le 11 Septembre et tout a changé, on a géré l'urgence de façon opportuniste ... On a bien fait comprendre que les droits civils que méritait le monde n'avait rien à voir avec ceux enseignées par la morale catholique, au point que le directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé est allé jusqu'à expliquer que l'éthique chrétienne ne devrait plus être appliquées à l'avenir. Et Obama en 2009 a déclaré que la santé est le bien-être bio-psycho-social, d'où feu vert pour l'avortement sans restriction, l'euthanasie grâve à la limitation des soins, le déni du droit [d'objection] de conscience. Il était évident que le catholicisme était attaqué, non? Ensuite, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans son discours historique devant les chefs religieux à New York en 2000, est allé jusqu'à parler de syncrétisme religieux pour créer une nouvelle religion universelle, expliquant que les processus d'immigration aideraient à ce projet ...

- L'Église est restée à regarder?

-- Je ne me permets pas de critiquer les institutions religieuses, ni le Pape; que pourrait dire d'autre le Pape, sinon exhorter à la charité? Eventuellement, je reste perplexe face à des déclarations faites par des membres éminents d'institutions qui semblent vouloir ignorer les causes et faire des propositions génériquement humanitaires, indépendamment de ces causes. Avez-vous déjà vu résoudre un problème en agissant sur les effets plutôt que les causes? Comment peut-on penser résoudre les problèmes de misère matérielle et sociale sans résoudre d'abord les problèmes moraux? Mais ces illustres ecclésiastiques, ont-ils lu et médité sur Caritas in Veritate et Lumen Fidei ? Et puis je trouve déplacé d'utiliser des considérations moralo-humanitaires en faisant référence au sacré.

- Certains vous ont attaqué en disant que vos théories vont à l'encontre du message du Pape François et se rapprochent des thèses de Trump et de Salvini [leader de la Ligue du Nord]. Comment réagissez-vous?

-- Vous aurez remarqué que depuis un certain temps dans notre pays deux sports se sont développés: l' «interprétation du Saint-Père» et la «chasse aux dissidents» (réels ou inventés) de la pensée du pape. Manquant d'arguments, on invente des similitudes évocatrices et offensantes.

 

Benoit-et-moi 2017

 

NDT

(*) Le document "NSSM 200", connu sous le nom de Rapport du National Security Council ou de Rapport Kissinger, a pour titre Implications of Worldwide Population Growth for U.S. Security and Overseas Interests. Il a été élaboré en 1974 à la demande d'Henry Kissinger, alors Secrétaire d'État, et a été rendu public quinze ans plus tard. Il offre des lumières troublantes sur le rôle des États-Unis dans la contention de la natalité. Tenu secret jusqu'en 1989, ce rapport estime indispensable pour la sécurité des États-Unis, de mettre en oeuvre une politique de contrôle démographique dans les pays du tiers-monde. À côté de la pilule et de la stérilisation, mention est également faite de l'avortement (source).

[Il est difficile d'en trouver des traces sur Internet].

Traduction partielle en français ICI

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