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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Lectures et Homélie pour le 7e Dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Pour vous faciliter la recherche je vous indique les liens vers les lectures et l'homélie pour le Septième Dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B. Bon Carnaval dans la joie de pouvoir commencer bientôt le Carême ! ... Et si vous ne savez pas comment faire un trou dans le toît de la maison, une illustration pour vous donner des idées.

 

Liturgie de la Parole 7° dimanche du Temps Ordinaire B

 

 

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Homélie 7 T.O.B. 2009: La place du chant grégorien selon Vatican II

 

 

MESSAGE DU SAINT-PÈRE POUR LA XLIXe JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS 29 AVRIL 2012 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES

dominicanus #Il est vivant !

 

 

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Les vocations, don de l’Amour de Dieu

 

Chers frères et sœurs,

La 49ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, qui sera célébrée le 29 avril 2012, quatrième dimanche de Pâques, nous invite à réfléchir sur le thème : Les vocations, don de l’Amour de Dieu.

La source de tout don parfait est Dieu Amour – Deus caritas est – : « celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jn 4, 16). L’Écriture Sainte raconte l’histoire de ce lien originel entre Dieu et l’humanité, qui précède la création elle-même. Saint Paul, écrivant aux chrétiens de la ville d’Éphèse, fait monter un hymne de reconnaissance et de louange au Père, Lui qui, avec une infinie bienveillance, met en œuvre, au cours des siècles, son dessein universel de salut, qui est un dessein d’amour. Dans son Fils Jésus – affirme l’Apôtre – Il « nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables, sous son regard » (Ep 1, 4). Nous sommes aimés par Dieu “avant” même de venir à l’existence ! Mû exclusivement par son amour inconditionnel, Il nous a “créés de rien” (cf. 2M 7, 28) pour nous conduire à la pleine communion avec Lui.

Saisi d’émerveillement devant l’œuvre de la Providence divine, le psalmiste s’exclame : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, pour que tu en prennes souci ? » (Ps 8, 4-5). La vérité profonde de notre existence est ainsi contenue dans cet étonnant mystère: chaque créature, en particulier chaque personne humaine, est fruit d’une pensée et d’un acte de l’amour de Dieu, amour immense, fidèle, éternel (cf. Jr 31, 3). Découvrir cette réalité change véritablement notre vie en profondeur. Dans une page célèbre des Confessions, saint Augustin exprime avec une grande intensité sa découverte de Dieu, suprême beauté et suprême amour, un Dieu qui lui avait été toujours proche, auquel il ouvrait enfin son esprit et son cœur pour être transformé : « Bien tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t'ai aimée! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors. C’est là que je te cherchais. Tout disgracieux, je me ruais sur tes gracieuses créatures. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. Loin de toi, elles me retenaient, elles qui ne seraient, si elles n’étaient en toi. Tu m’appelas, crias, rompis ma surdité. Tu brillas, et ta splendeur a ôté ma cécité ; tu répandis ton parfum, je respirai, je soupirai, je t’ai goûté, et j’eus faim et soif; tu m’as touché, et je brûlai du désir de ta paix » (X, 27.38). Par ces images, le saint Évêque d’Hippone cherche à décrire le mystère ineffable de la rencontre avec Dieu, avec son amour qui transforme toute l’existence.

Il s’agit d’un amour sans réserve qui nous précède, nous soutient et nous appelle tout au long du chemin de la vie et qui s’enracine dans l’absolue gratuité de Dieu. Se référant en particulier au ministère sacerdotal, mon prédécesseur, le Bienheureux Jean-Paul II, affirmait que « tout acte ministériel, en même temps qu'il conduit à aimer et à servir l'Église, pousse à mûrir toujours davantage dans l'amour et dans le service du Christ Tête, Pasteur et Époux de l'Église ; cet amour se présente toujours comme une réponse à l'amour prévenant, libre et gratuit de Dieu dans le Christ » (Exhort. apost. Pastores dabo vobis, 25). Chaque vocation particulière naît, en effet, de l’initiative de Dieu, est don de l’amour de Dieu ! C’est Lui qui fait le “premier pas”, non à cause d’une particulière bonté rencontrée chez nous, mais grâce à la présence de son amour « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5).

En tout temps, à la source de l’appel divin, il y a l’initiative de l’amour infini de Dieu, qui se manifeste pleinement en Jésus Christ. Comme je l’ai écrit dans ma première Encyclique Deus caritas est : « En fait, Dieu se rend visible de multiples manières. Dans l’histoire d’amour que la Bible nous raconte, Il vient à notre rencontre, Il cherche à nous conquérir – jusqu’à la dernière Cène, jusqu’au Cœur transpercé sur la croix, jusqu’aux apparitions du Ressuscité et aux grandes œuvres par lesquelles, à travers l’action des Apôtres, Il a guidé le chemin de l’Église naissante. Et de même, par la suite, dans l’histoire de l’Église, le Seigneur n’a jamais été absent : il vient toujours de nouveau à notre rencontre – par des hommes à travers lesquels il transparaît, ainsi que par sa Parole, dans les Sacrements, spécialement dans l’Eucharistie » (n. 17).

L’amour de Dieu demeure pour toujours, il est fidèle à lui-même, à la « parole édictée pour mille générations » (Ps 105 [104], 8). Il faut donc ré-annoncer, spécialement aux nouvelles générations, la beauté attrayante de cet amour divin, qui précède et accompagne : c’est lui le ressort secret, la motivation qui ne fait jamais défaut, même dans les situations les plus difficiles.

Chers frères et sœurs, c’est à cet amour que nous devons ouvrir notre vie, et c’est à la perfection de l’amour du Père (cf. Mt 5, 48) que Jésus Christ nous appelle chaque jour ! Le haut degré de la vie chrétienne consiste en effet à aimer “comme” Dieu ; il s’agit d’un amour qui se manifeste dans le don total de soi, fidèle et fécond. A la prieure du monastère de Ségovie, peinée par la situation dramatique de la suspension dont il était l’objet au cours de ces années, saint Jean de la Croix répond en l’invitant à agir selon le dessein de Dieu : « Ne pensez à rien d’autre, sinon que tout est disposé par Dieu; et là où il n’y a pas d’amour, mettez l’amour et vous récolterez l’amour » (Lettre, 26).

C’est sur ce terrain d’oblation ouverte à l’amour de Dieu et fruit de cet amour, que naissent et grandissent toutes les vocations. Et c’est en puisant à cette source dans la prière, avec une fréquentation assidue de la Parole et des Sacrements, particulièrement l’Eucharistie, qu’il est possible de vivre l’amour envers le prochain dans lequel on apprend à découvrir le visage du Christ Seigneur (cf. Mt 25, 31-46). Pour exprimer le lien inséparable qui relie ces “deux amours”– l’amour envers Dieu et celui envers le prochain – jaillissant de la même source divine et orientés vers elle, le Pape saint Grégoire le Grand recourt à l’exemple de la jeune pousse : « Dans le terrain de notre cœur, [Dieu] a d’abord planté la racine de l’amour envers Lui, et puis, comme une frondaison, s’est développé l’amour fraternel » (Moralium Libri, sive expositio in Librum B. Job, Lib. VII, cap. 24, 28; PL 75, 780D).

Ces deux expressions de l’unique amour divin, doivent être vécues avec une particulière intensité et pureté de cœur par ceux qui ont décidé d’entreprendre un chemin de discernement vocationnel vers le ministère sacerdotal et la vie consacrée ; elles en constituent l’élément caractéristique. En effet, l’amour pour Dieu, dont les prêtres et les religieux deviennent des images visibles – même si elles sont toujours imparfaites – est la motivation de la réponse à l’appel à une consécration spéciale au Seigneur par l’Ordination presbytérale ou la profession des conseils évangéliques. La vigueur de la réponse de saint Pierre au Divin Maître : « Je t’aime, tu le sais » (Jn 21,15), est le secret d’une existence donnée et vécue en plénitude, et par là comblée d’une joie profonde.

L’autre expression concrète de l’amour, celui envers le prochain, surtout envers les plus nécessiteux et les plus souffrants, est le meilleur ressort qui fait du prêtre et de la personne consacrée, un artisan de communion entre les gens et un semeur d’espérance. Le rapport des consacrés, spécialement du prêtre, à la communauté chrétienne est vital et devient aussi une part fondamentale de leur horizon affectif. A ce sujet, le saint Curé d’Ars aimait répéter : « Le prêtre n’est pas prêtre pour lui. […] il l’est pour vous » (Le Curé d’Ars. Sa pensée – Son cœur, Foi Vivante, 1966, p. 100).

Chers frères dans l’épiscopat, chers prêtres, diacres, consacrés et consacrées, catéchistes, agents pastoraux, et vous tous qui êtes engagés dans le domaine de l’éducation des nouvelles générations, je vous exhorte avec une vive sollicitude à vous mettre à l’écoute attentive de tous ceux qui à l’intérieur des communautés paroissiales, des associations et des mouvements perçoivent les signes d’un appel au sacerdoce ou à une consécration particulière. Il est important que dans l’Église se créent les conditions favorables afin que puissent éclore beaucoup de ‘oui’, comme autant de réponses généreuses à l’appel d’amour de Dieu.

Ce sera la tâche de la pastorale des vocations d’offrir des lignes directrices pour un cheminement fructueux. Un élément central sera l’amour pour la Parole de Dieu, en cultivant une familiarité croissante avec l’Écriture Sainte, et une prière personnelle et communautaire attentive et constante, de manière à être capable d’entendre l’appel divin au milieu de tant de voix qui remplissent la vie quotidienne. Mais par-dessus tout que l’Eucharistie soit le “centre vital” de tout cheminement vocationnel: c’est là que l’amour de Dieu nous rejoint dans le sacrifice du Christ, expression parfaite de l’amour, c’est là que nous apprenons toujours plus à vivre selon le “haut degré” de l’amour de Dieu. Parole, prière et Eucharistie constituent le trésor précieux qui fait comprendre la beauté d’une vie totalement consacrée au Royaume de Dieu.

Je souhaite que les Églises locales, dans leurs différentes composantes, deviennent les “lieux” d’un discernement attentif et d’une vérification approfondie des vocations, offrant aux jeunes gens et aux jeunes filles un sage et solide accompagnement spirituel. De cette manière la communauté chrétienne devient elle-même manifestation de l’Amour de Dieu qui prend soin de tout appel. Une telle dynamique, qui répond aux exigences du commandement nouveau de Jésus, peut trouver une réalisation éloquente et singulière dans les familles chrétiennes, dont l’amour est l’expression de l’amour du Christ qui s’est donné lui-même pour son Église (cf. Ep5, 32). Dans les familles, «communautés de vie et d’amour » (Gaudium et spes, 48), les nouvelles générations peuvent faire une admirable expérience de cet amour oblatif. En effet, elles sont non seulement le lieu privilégié de la formation humaine et chrétienne, mais elles peuvent représenter « le premier et le meilleur séminaire de la vocation à une vie consacrée au Royaume de Dieu » (Exhort. Apost. Familiaris consortio, 53), en faisant redécouvrir, justement à l’intérieur de la famille, la beauté et l’importance du sacerdoce et de la vie consacrée. Que les pasteurs et tous les fidèles laïcs sachent toujours collaborer afin que se multiplient dans l’Église ces « foyers et écoles de communion » sur le modèle de la Sainte Famille de Nazareth, reflet harmonieux, sur la terre, de la vie de la Sainte Trinité.

Avec ces souhaits, j’accorde de tout cœur la Bénédiction Apostolique à vous, Vénérables Frères dans l’épiscopat, aux prêtres, aux diacres, aux religieux, aux religieuses et à tous les fidèles laïcs, en particulier aux jeunes gens et jeunes filles qui se mettent avec un cœur docile à l’écoute de la voix de Dieu, prêts à l’accueillir avec une adhésion généreuse et fidèle.

Du Vatican, le 18 octobre 2011

 

BENOÎT XVI

 

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI À L'OCCASION DE LA XXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE (11 FÉVRIER 2012)

dominicanus #Il est vivant !

 

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« Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé » (Lc 17,19)

 

Chers frères et sœurs,

À l’occasion de la Journée Mondiale du Malade, que nous célébrerons le 11 février 2012 prochain, mémoire de Notre-Dame de Lourdes, je souhaite renouveler ma proximité spirituelle à tous les malades qui se trouvent dans des lieux de soins ou sont pris en charge par leurs familles, exprimant à chacun la sollicitude et l’affection de toute l’Église. Dans l’accueil généreux et aimant de chaque vie humaine et en particulier de celle qui est faible et malade, le chrétien exprime un aspect important de son témoignage évangélique, à l’exemple du Christ qui s’est penché sur les souffrances matérielles et spirituelles de l’homme pour le guérir.

1. En cette année qui constitue la préparation immédiate à la Journée Mondiale solennelle du Malade qui sera célébrée en Allemagne le 11 février 2013, et qui s’appuiera sur la figure évangélique emblématique du Bon Samaritain, (cf. Lc 10, 29-37), je voudrais mettre l’accent sur les "sacrements de guérison", c'est-à-dire sur le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation et sur l’Onction des malades, qui trouvent leur accomplissement naturel dans la communion eucharistique.

La rencontre de Jésus avec les dix lépreux, racontée dans l’évangile de saint Luc (cf. Lc 17, 11-19), et en particulier les paroles que le Seigneur adresse à l’un d’entre eux : « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ! » (v. 19), aident à prendre conscience de l’importance de la foi pour ceux qui, marqués par la souffrance et la maladie, s’approchent du Seigneur. Dans leur rencontre avec Lui, ils peuvent réellement faire l’expérience que celui qui croit n’est jamais seul ! En effet, Dieu, dans son Fils ne nous abandonne pas à nos angoisses et à nos souffrances, mais Il nous est proche, Il nous aide à les porter et Il désire nous guérir au plus profond de notre cœur (cf. Mc 2, 1-12).

La foi de l’unique lépreux qui - se voyant guéri, plein de surprise et de joie - revient immédiatement à Jésus, à la différence des autres, pour manifester sa reconnaissance, nous permet de percevoir que la santé recouvrée est le signe de quelque chose de plus précieux que la simple guérison physique ; elle est le signe du salut que Dieu nous donne dans le Christ. Ceci s’exprime dans les paroles de Jésus : ta foi t’a sauvé. Celui qui invoque le Seigneur dans la souffrance et la maladie est sûr que Son amour ne l’abandonne jamais, et que l’amour de l’Église, qui prolonge dans le temps Son œuvre de Salut, ne lui manquera jamais. La guérison physique, expression d’un salut plus profond, révèle ainsi l’importance que l’homme a aux yeux du Seigneur, dans la totalité de son âme et de son corps. Du reste, chaque sacrement exprime et réalise la proximité de Dieu lui-même, qui, d’une façon absolument gratuite, « nous touche au moyen des réalités matérielles…, en en faisant des instruments de la rencontre entre nous et Lui-même » (Homélie, Messe chrismale, 1er avril 2010). « L’unité entre création et rédemption est ainsi rendue visible. Les sacrements sont l’expression du caractère corporel de notre foi, qui embrasse la personne tout entière dans son corps et dans son âme » (Homélie, Messe chrismale, 21 avril 2011).

La tâche principale de l’Église est certainement l’annonce du Royaume de Dieu, « mais cette annonce doit elle-même constituer un processus de guérison "…panser les cœurs meurtris" (Is 61,1) » (ibid), selon la charge que Jésus a confiée à ses disciples (cf. Lc 9, 1-2 ; Mt 10, 1.5-14 ; Mc 6, 7-13). Le lien entre la santé physique et la guérison des blessures de l’âme nous aide donc à mieux comprendre "les sacrements de guérison".

2. Le sacrement de la Pénitence a souvent été au centre de la réflexion des Pasteurs de l’Église, en particulier du fait de sa grande importance sur le chemin de la vie chrétienne, puisque « toute l’efficacité de la Pénitence consiste à nous rétablir dans la grâce de Dieu et à nous unir à Lui dans une souveraine amitié » (Catéchisme de l’Église Catholique, n°1468). L’Église, en continuant de proclamer le message de pardon et de réconciliation de Jésus, ne cesse jamais d’inviter l’humanité tout entière à se convertir et à croire à l’Évangile. Elle fait sien l’appel de l’apôtre Paul : « Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Durant sa vie, Jésus annonce et rend présente la miséricorde du Père. Il est venu non pour condamner mais pour pardonner et sauver, pour donner de l’espérance même dans les ténèbres les plus profondes de la souffrance et du péché, pour donner la vie éternelle ; ainsi dans le sacrement de la Pénitence, dans « le remède de la confession », l’expérience du péché ne dégénère pas en désespoir mais rencontre l’Amour qui pardonne et transforme (cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique postsynodale Reconciliatio et Paenitentia, n°31).

Dieu, « riche en miséricorde » (Ep 2,4), comme le père de la parabole évangélique (cf. Lc 15, 11-32) ne ferme son cœur à aucun de ses fils, mais Il les attend, les recherche, les rejoint là où le refus de la communion emprisonne dans l’isolement et la division, Il les appelle à se rassembler autour de sa table, dans la joie de la fête du pardon et de la réconciliation. Le temps de la souffrance, dans lequel pourrait surgir la tentation de s’abandonner au découragement et au désespoir, peut alors se transformer en temps de grâce pour rentrer en soi-même, et comme le fils prodigue de la parabole, pour réfléchir à sa vie, en y reconnaissant des erreurs et des échecs, pour éprouver la nostalgie de l’étreinte du Père, et reprendre le chemin vers sa maison. Lui, dans son grand amour, veille toujours et partout sur nos vies et nous attend pour offrir à chacun des enfants qui reviennent à Lui le don de la pleine réconciliation et de la joie.

3. La lecture des Évangiles fait clairement apparaître que Jésus a toujours manifesté une attention particulière aux malades. Il n’a pas seulement envoyé ses disciples soigner leurs blessures (cf. Mt 10,8 ; Lc 9,2 ; 10,9), mais il a aussi institué pour eux un sacrement spécifique : l’Onction des malades. La lettre de Jacques atteste la présence de ce geste sacramentel dès la première communauté chrétienne (cf. 5, 14-16) : dans l’Onction des malades, accompagnée de la prière des Anciens, l’Église tout entière confie les malades au Seigneur souffrant et glorifié pour qu’Il allège leurs peines et les sauve ; plus encore, elle les exhorte à s’unir spirituellement à la passion et à la mort du Christ, afin de contribuer ainsi au bien du Peuple de Dieu.

Ce sacrement nous amène à contempler le double mystère du Mont-des-Oliviers, où Jésus s’est trouvé dramatiquement confronté à la voie que lui indiquait le Père, celle de la Passion, de l’acte suprême d’amour, et l’a accueillie. Dans cette heure d’épreuve, Il est le médiateur, « en portant en lui-même, assumant en lui la souffrance et la passion du monde, la transformant en cri vers Dieu, la portant devant les yeux et entre les mains de Dieu, et la portant ainsi réellement au moment de la Rédemption » (Lectio Divina, Rencontre avec le clergé de Rome, 18 février 2010). Mais « le Jardin des Oliviers est aussi le lieu d’où Il est monté vers le Père ; c’est donc le lieu de la Rédemption… Ce double mystère du Mont-des-Oliviers est aussi sans cesse "actif" dans l’huile sacramentelle de l’Église… signe de la bonté de Dieu qui nous rejoint » (Homélie, Messe Chrismale, 1er avril 2010). Dans l’Onction des malades, la matière sacramentelle de l’huile nous est offerte, pourrait-on dire, « comme un remède de Dieu… qui à ce moment nous assure de sa bonté, nous offre force et consolation, mais qui, en même temps, au-delà du temps de la maladie, nous renvoie à la guérison définitive, à la résurrection (cf Jc 5,14) » (ibid).

Ce sacrement mérite aujourd’hui une plus grande considération, aussi bien dans la réflexion théologique que dans l’action pastorale auprès des malades. Puisque l’Onction des Malades valorise le contenu des prières liturgiques adaptées aux diverses situations humaines liées à la maladie, et pas seulement à la fin de la vie, elle ne doit pas être considérée comme un "sacrement mineur" par rapport aux autres. L’attention - et le soin pastoral - des malades si elle est, d’une part, le signe de la tendresse de Dieu pour celui qui souffre, constitue également, d’autre part, un bien spirituel pour les prêtres et la communauté chrétienne tout entière, prenant conscience que ce qui est fait au plus petit est fait à Jésus lui-même (cf Mt 25,40).

4. À propos des "sacrements de guérison", saint Augustin affirme : « Dieu guérit toutes tes maladies. N’aie donc pas peur : toutes tes maladies seront guéries… tu dois seulement Lui permettre de te soigner et tu ne dois pas repousser ses mains » (Exposé sur le Psaume 102, 5 : PL 36, 1319-1320). Il s’agit d’instruments précieux de la grâce de Dieu qui aident le malade à se conformer toujours plus pleinement au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. En soulignant l’importance de ces deux sacrements, je voudrais insister aussi sur l’importance de l’Eucharistie. Reçue dans un temps de maladie, elle contribue de manière singulière à une telle transformation, en associant la personne qui se nourrit du Corps et du Sang de Jésus à l’offrande qu’Il a faite de Lui-même au Père pour le salut de tous. La communauté ecclésiale tout entière, et les communautés paroissiales en particulier doivent s’efforcer de garantir l’accès fréquent à la communion sacramentelle à ceux qui, pour raison de santé ou d’âge, ne peuvent se rendre dans un lieu de culte. Ces frères et sœurs ont ainsi la possibilité de renforcer leur relation avec le Christ crucifié et ressuscité, en participant à la mission même de l’Église, à travers leur vie offerte par amour pour le Christ. Dans cette perspective, il importe que les prêtres qui prêtent leur service dans les hôpitaux, dans les maisons de soins et chez les personnes malades, s’estiment de vrais "ministres des malades", signe et instrument de la compassion du Christ qui entend rejoindre toute personne marquée par la souffrance » (Message pour la XVIIIe Journée Mondiale du Malade, 22 novembre 2009).

La conformation au Mystère Pascal du Christ, qui se réalise également par la pratique de la Communion spirituelle, prend une signification toute particulière lorsque l’Eucharistie est administrée et reçue comme viatique. À un tel moment de la vie, la parole du Seigneur est encore plus parlante : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,54). De fait l’Eucharistie, surtout en tant que viatique, est – selon la définition de saint Ignace d’Antioche – « remède d’immortalité, antidote contre la mort » (Lettre aux Éphésiens, 20 : PG 5, 661), sacrement du passage de la mort à la vie, de ce monde au Père qui les attend tous dans la Jérusalem céleste.

5. Le thème de ce message pour la XXe Journée Mondiale du Malade, « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ! » oriente aussi vers la prochaine "Année de la Foi" qui commencera le 11 octobre 2012, et constituera une occasion propice et précieuse pour redécouvrir la force et la beauté de la foi, pour en approfondir les contenus et pour en témoigner dans la vie de tous les jours (cf. Lettre Apostolique Porta fidei, 11 octobre 2011). Je désire encourager les malades et les souffrants à trouver toujours un ancrage sûr dans la foi, en l’alimentant dans l’écoute de la Parole de Dieu, la prière personnelle et les Sacrements, et j’invite en même temps les pasteurs à être toujours plus disponibles pour les célébrer à l’intention des malades. À l’exemple du Bon Pasteur et comme guides du troupeau qui leur est confié, que les prêtres soient pleins de joie, attentifs aux plus faibles, aux simples, aux pécheurs, manifestant l’infinie miséricorde de Dieu par les paroles rassurantes de l’espérance (cf. saint Augustin, Lettre 95, 1 : PL 33, 351-352).

À tous ceux qui travaillent dans le monde de la santé, comme aussi aux familles qui voient dans leurs proches le visage souffrant du Seigneur Jésus, je renouvelle mes remerciements et ceux de l’Église parce que par leur compétence professionnelle et dans le silence, souvent sans même mentionner le nom du Christ, ils Le manifestent concrètement (cf. Homélie, Messe Chrismale, 21 avril 2011).

Vers Marie, Mère de miséricorde et Santé des malades, nous élevons notre regard confiant et notre prière. Puisse sa maternelle compassion, vécue à côté de son Fils mourant sur la Croix, accompagner et soutenir la foi et l’espérance de chaque personne malade et souffrante sur son chemin de guérison des blessures du corps et de l’esprit.

Je vous assure tous de mon souvenir dans la prière et j’adresse à chacun de vous une particulière Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 20 novembre 2011, en la Solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi de l’Univers.

BENOÎT PP XVI

 

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

Lectures et Homélie pour le 6e Dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Voici les liens vers les lectures du Sixième Dimanche du Temps Ordinaire, avec la peinture illustrant le psaume, ainsi que mon homélie correspondante de 2009. Bonne préparation !

 

 

Liturgie de la Parole 6° dimanche du Temps Ordinaire B

 

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Psaume 101 [102]

R/ N'oublie pas, Seigneur, le cri des malheureux.

Seigneur, entends ma prière :
que mon cri parvienne jusqu'à toi !
Ne me cache pas ton visage
le jour où je suis en détresse !

Mes jours s'en vont en fumée,
mes os comme un brasier sont en feu ;
mon coeur se dessèche comme l'herbe fauchée,
j'oublie de manger mon pain.

À force de crier ma plainte,
ma peau colle à mes os.
Mais toi, Seigneur, tu es là pour toujours ;
d'âge en âge on fera mémoire de toi.

Des hauteurs, son sanctuaire, le Seigneur s'est penché ;
du ciel, il regarde la terre
pour entendre la plainte des captifs
et libérer ceux qui devaient mourir.

 

Homélie 6 T.O.B 2009 - Participation du corps à la liturgie

Chine. Le cardinal Zen contre Sant'Egidio

dominicanus #actualités

Et aussi contre une revue de Communion et Libération. "Avec un bon cœur, on peut faire des choses mauvaises", écrit-il. Et il explique pourquoi les diplomaties parallèles de ces deux mouvements font plus de mal que de bien aux catholiques chinois 

 

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ROME, le 9 février 2012 – À l’issue de la première journée du grand événement international "Jésus notre contemporain" – qui a commencé aujourd’hui à Rome et auquel www.chiesa a consacré son précédent article – l’attention est attirée par une interview accordée au père Bernardo Cervellera par le cardinal Joseph Zen Zekiun, combattant indomptable de la liberté et de l'unité de l’Église catholique en Chine.

Mais déjà, la veille de cette prise de parole publique, le combatif cardinal avait montré quel genre d’homme il est. Dans un article cinglant diffusé par "Asia News", l'agence de presse de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères qui publie aussi ses articles en chinois et est justement dirigée par le père Cervellera.

Le cardinal Zen a voulu ajouter à son article ce sous-titre : "En dialogue avec la Communauté de Sant'Egidio et avec Gianni Valente de '30 Jours'".

Un sous-titre qui dit tout de suite quelle est la double cible de la polémique lancée par le cardinal.

Le cardinal Zen reproche à la Communauté de Sant'Egidio d’avoir invité avec tous les honneurs au meeting interreligieux de Munich – organisé en grande pompe par cette communauté du 11 au 13 septembre 2011 – un évêque chinois qui a gravement désobéi au pape en participant, le 14 juillet dernier, à l'ordination illicite d’un nouvel évêque non approuvé par Rome mais imposé par les autorités chinoises.

Le cardinal Zen reproche à la revue "30 Jours" et à son spécialiste des affaires chinoises, Gianni Valente, d’avoir interviewé – sans rien objecter à ses affirmations – ce même évêque "qui porte gravement préjudice à l’unité de l’Église" et qui, d’autre part, "n’est pas libre de dire ce qu’il pense", dans la mesure où il est solidement tenu par le régime communiste.

La revue "30 Jours" a un important rayon d’action. Elle est publiée en six langues et envoyée gratuitement à de nombreux évêques et supérieurs religieux dans le monde entier. Elle est dirigée par le sénateur à vie Giulio Andreotti, ancien premier ministre et ministre des Affaires étrangères de nombreux gouvernements italiens. Et elle est rédigée par des gens qui appartiennent à Communion et Libération.

Communauté de Sant'Egidio, Communion et Libération : ces deux mouvements sont connus pour leur engagement à l’échelle internationale. Le premier y a même gagné le surnom d’"ONU du Trastevere", du nom du quartier de Rome où se trouve son siège.

Mais cela ne signifie pas que la diplomatie vaticane porte toujours un jugement positif sur l'activisme de ces deux diplomaties parallèles.

Bien au contraire. Les dirigeants qui, au Vatican, s’occupent de la Chine considèrent que les activités de la Communauté de Sant'Egidio et celles de "30 Jours" en ce qui concerne ce pays font plus de mal que de bien, dans la mesure où elles sont trop influencées par la politique de Pékin.

En ce qui concerne la Communauté de Sant'Egidio, cette sujétion au régime a été constante depuis que ce mouvement s’occupe de la Chine. Dans le cas de la revue de Communion et Libération, en revanche, c’est une nouveauté qui date de ces dernières années.

Dans le passé, la communauté fondée par le père Luigi Giussani s’était en effet distinguée par son combat acharné en faveur des communautés chrétiennes opprimées par le pouvoir communiste, dans les pays de l'ex empire soviétique.

Même alors, l'anti-diplomatie de CL n’était pas bien vue par les autorités vaticanes, qui cherchaient au contraire à négocier des concessions même minimes, mais à prix élevé, avec les régimes communistes. C’était l’époque de ce que l’on appelait l’Ostpolitik, dont le principal stratège était Agostino Casaroli, d’abord ministre des Affaires étrangères puis secrétaire d’état.

Dans l'article du cardinal Zen publié par "Asia News" il y a un passage très intéressant. C’est celui où il accuse le Saint-Siège d’avoir voulu réactiver avec la Chine, ces dernières années, précisément la "désastreuse" diplomatie de l'Ostpolitik.

Le principal responsable de ce retour au passé aurait été – selon Zen – le cardinal Ivan Dias, en sa qualité de préfet de la congrégation vaticane pour l'évangélisation des peuples entre 2006 et 2011. Dias venait de la diplomatie vaticane, où il avait travaillé avec Casaroli.

Mais aujourd’hui il y a au dicastère "de propaganda fide" un nouveau stratège pour les relations avec la Chine, qui ignore les faiblesses et qui est très proche de Zen, l'archevêque chinois Savio Hon Taifai.

En conséquence, le contraste s’est accentué entre la fermeté retrouvée du Saint-Siège en ce qui concerne la Chine et les initiatives de la Communauté de Sant'Egidio ou de "30 Jours".

Le cardinal Zen décrit clairement ce contraste, à la fin de son article publié par "Asia News" :

"Le vrai bien, pour l’Église qui est en Chine, ce n’est pas de continuer à marchander avec des organismes qui sont non seulement étrangers mais clairement hostiles à l’Église, mais de mobiliser les évêques et les fidèles pour qu’ils s’en débarrassent".

Voici le lien permettant de lire le texte intégral de son article :

> Zen : Quel est le vrai bien pour l'Église en Chine

Et voici l'interview consacrée par "30 Jours" à l’évêque chinois Jean-Baptiste Li Suguang, contre laquelle le cardinal Zen s’est insurgé :

> "L'Église en Chine n'a pas changé un iota à la Tradition apostolique"



À propos de l’opposition entre la diplomatie du Saint-Siège et la Communauté de Sant'Egidio :

> Journal du Vatican / Sant'Egidio en liberté surveillée (29.12.2011)

Un effet de cette opposition est la froideur avec laquelle la secrétairerie d’état du Vatican a accueilli la récente nomination du fondateur de la Communauté de Sant'Egidio, Andrea Riccardi, comme ministre de l'actuel gouvernement italien.


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus CHINE

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Philippe Léonard, La prière de Jésus et la proclamation du Royaume

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

 

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Bien avant l’aube, Jésus sort seul pour prier. À la différence de Luc, Marc mentionne rarement la prière de Jésus. Simon se détache pour la première fois sur le lot des autres disciples (v. 36). La réponse de Jésus à la requête des disciples est un impératif ('' Partons ailleurs ''). De manière explicite, Jésus associe pour la première fois ses disciples à sa mission même s’il est le seul qui proclame la Bonne Nouvelle dans les synagogues. Cette mission consiste dans une proclamation qui ne doit pas se limiter à un lieu précis. Le verbe '' proclamer '' est ici employé, en grec, de manière absolue, sans précision quant au contenu de la proclamation. Mais depuis 1, 14-15, le lecteur sait que le cœur de la prédication de Jésus porte sur la proximité du Règne de Dieu.

© Philippe Léonard Cahier Évangile n° 133 (septembre 2005) pages 11-15.

Père Daniel Ange, Invité d'Un coeur qui écoute - KTO

dominicanus #Il est vivant !

Après trente ans de vie monastique dont douze au Rwanda et bouleversé par la détresse des jeunes, Daniel-Ange ressent un appel : leur transmettre l'amour de Dieu et le don de la Vie. Ordonné prêtre en 1981, il fonde en 1984 jeunesse-lumière, une des premières écoles catholiques d'évangélisation en Europe. Engagé également dans la communion entre les églises catholiques et orthodoxes, il réalise des tournées d'évangélisation dans une quarantaine de pays. À l'occasion de la publication de son dernier livre La mort et l'au-delà - Noël éternel, qui clôt sa série « Ces lieux où toucher Dieu », il est l'invité d'Un coeur qui écoute.

 

 

Diffusé le 06/02/2012 / Durée 26 mn

Benoît XVI, Silence et Parole : chemin d’évangélisation (Message pour la 46e Journée Mondiale des Communications Sociales 20 mai 2012)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

Je n'ai pas encore posté ce message. L'évangile de ce 5e dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B me paraît une occasion favorable. L'on y voit Jésus, pourtant très occupé par la foule qui le presse de toutes parts, prendre le temps de la prière silencieuse, à l'écart. A pareille date, il y a trois ans, j'avais déjà choisi d'y consacrer mon homélie, dans le cadre de la liturgie. Aujourd'hui, c'est l'importance du silence dans l'évangélisation que l'on peut mettre en lumière à l'aide de ce beau message du Saint-Père qui en a étonné plus d'un...

 


 

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Chers frères et sœurs,

A l’approche de la Journée Mondiale des Communications Sociales 2012, je désire partager avec vous quelques réflexions sur un aspect qui malgré son importance, est quelquefois négligé dans le processus humain de la communication. Il s’agit du rapport entre silence et parole dont l’importance doit être particulièrement soulignée aujourd’hui. Silence et parole sont deux moments de la communication qui doivent s'équilibrer, se succéder et se compléter pour parvenir à un dialogue authentique et à une profonde proximité entre les personnes. Lorsque parole et silence s'excluent mutuellement, la communication se détériore, soit parce qu’elle provoque un certain étourdissement, soit au contraire parce qu’elle crée un climat de froideur ; lorsque, en revanche, ils se complètent harmonieusement, la communication acquiert valeur et cohérence.

Le silence fait partie intégrante de la communication et sans lui aucune parole riche de sens ne peut exister. Dans le silence nous écoutons et nous nous connaissons mieux nous-mêmes ; dans le silence, la pensée naît et s’approfondit, nous comprenons avec une plus grande clarté ce que nous voulons dire ou ce que nous attendons de l'autre, nous choisissons comment nous exprimer. Se taire permet à l'autre personne de parler, de s’exprimer elle-même, et à nous de ne pas rester, sans une utile confrontation, seulement attachés à nos paroles ou à nos idées. Ainsi s’ouvre un espace d’écoute mutuelle et une relation humaine plus profonde devient possible. Dans le silence, par exemple, se saisissent les instants les plus authentiques de la communication entre ceux qui s'aiment : le geste, l'expression du visage, le corps comme signes qui révèlent la personne. Dans le silence, la joie, les préoccupations, la souffrance parlent et trouvent vraiment en lui une forme d'expression particulièrement intense. Le silence permet donc une communication bien plus exigeante, qui met en jeu la sensibilité et cette capacité d'écoute qui révèle souvent la mesure et la nature des liens. Là où les messages et l'information sont abondants, le silence devient essentiel pour discerner ce qui est important de ce qui est inutile ou accessoire. Une réflexion profonde nous aide à découvrir la relation existante entre des événements qui à première vue semblent indépendants les uns des autres, à évaluer, à analyser les messages ; et cela permet de partager des opinions pondérées et pertinentes, donnant vie à une connaissance authentique partagée. Il est donc nécessaire de créer une atmosphère propice, comme une sorte d'« écosystème » qui sache équilibrer silence, parole, images et sons.

Une grande partie de la dynamique actuelle de la communication est orientée par des questions en quête de réponses. Les moteurs de recherche et les réseaux sociaux sont le point de départ de la communication pour beaucoup de personnes qui cherchent des conseils, des suggestions, des informations, ou des réponses. De nos jours, internet devient toujours plus le lieu des questions et des réponses ; bien plus, l'homme contemporain est souvent bombardé de réponses à des questions qu’il ne s’est jamais posées et soumis à des besoins qu’il n'aurait pas ressentis. Le silence est précieux pour favoriser le nécessaire discernement parmi tant de sollicitations et tant de réponses que nous recevons, précisément pour reconnaître et focaliser les questions vraiment importantes. De toute façon, dans le monde complexe et varié de la communication, l'attention d’un grand nombre se concentre sur les questions ultimes de l'existence humaine : Qui suis-je ? Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que puis-je espérer ? Il est important d’accueillir les personnes qui formulent ces interrogations, en ouvrant la possibilité d’un dialogue profond, fait de parole, de confrontation, mais également d'invitation à la réflexion et au silence. Parfois, celui-ci peut être bien plus éloquent qu’une réponse hâtive et permettre à qui  s’interroge de descendre au plus profond de lui-même et de s'ouvrir à ce chemin de réponse que Dieu a inscrit dans le cœur de l'homme.

Ce flux incessant de questions manifeste, au fond, l'inquiétude de l'être humain toujours à la recherche de vérités, petites ou grandes, qui donnent un sens et une espérance à l'existence. L'homme ne peut se contenter d'un simple et tolérant échange d’opinions sceptiques et d’expériences de vie : tous, nous sommes des chercheurs de vérité et partageons ce profond désir, spécialement à notre époque où « lorsque les personnes s'échangent des informations, déjà elles partagent d'elles-mêmes, leur vision du monde, leurs espoirs, leurs idéaux » (Message pour la Journée Mondiale des Communications Sociales 2011).

Il faut considérer avec intérêt les diverses formes de sites, d'applications  et de réseaux sociaux qui peuvent aider l'homme d'aujourd'hui à vivre des moments de réflexion et d’interrogation authentique, mais qui peuvent aussi l’aider à trouver des espaces de silence, des occasions de prière, de méditation ou de partage de la Parole de Dieu. Dans la substance de brefs messages, souvent pas plus longs qu'un verset biblique, on peut exprimer des pensées profondes à condition que personne ne néglige le soin de cultiver sa propre intériorité. Il n'y a pas lieu de s'étonner que, dans les différentes traditions religieuses, la solitude et le silence soient des espaces privilégiés pour aider les personnes non seulement à se retrouver elles-mêmes mais aussi à retrouver  la Vérité qui donne sens à toutes choses. Le Dieu de la révélation biblique parle également sans paroles : « Comme le montre la croix du Christ, Dieu parle aussi à travers son silence. Le silence de Dieu, l’expérience de l’éloignement du Tout-Puissant et du Père est une étape décisive du parcours terrestre du Fils de Dieu, Parole incarnée. (…) Le silence de Dieu prolonge ses paroles précédemment énoncées. Dans ces moments obscurs, il parle dans le mystère de son silence » (Exhortation apostolique postsynodale, Verbum Domini, 30 septembre 2010, n. 21). Dans le silence de la Croix, l'éloquence de l'amour de Dieu vécu jusqu'au don suprême, parle. Après la mort du Christ, la terre demeure en silence et le Samedi Saint, lorsque « le Roi dort et le Dieu fait chair réveille ceux qui dorment depuis des siècles » (cf. Office des Lectures du Samedi Saint), résonne la voix de Dieu remplie d’amour pour l'humanité.

Si Dieu parle à l'homme aussi dans le silence, de même l'homme découvre dans le silence la possibilité de parler avec Dieu et de Dieu. « Nous avons besoin de ce silence qui devient contemplation et qui nous fait entrer dans le silence de Dieu pour arriver ainsi au point où naît la Parole, la Parole rédemptrice. » (Homélie du Pape Benoît XVI à la concélébration avec la Commission Théologique Internationale, Chapelle Redemptoris Mater, 6 octobre 2006). Pour parler de la grandeur de Dieu, notre langage se révèle toujours inadéquat et ainsi s’ouvre l'espace de la contemplation silencieuse. De cette contemplation naît dans toute sa force intérieure l'urgence de la mission, la nécessité impérieuse « de communiquer ce que nous avons vu et entendu », pour que tous soient en communion avec Dieu (cf. 1 Jn 1,3). La contemplation silencieuse nous immerge dans la source de l’Amour, qui nous conduit vers notre prochain, pour sentir sa douleur et lui offrir la lumière du Christ, son Message de vie, son don d’amour total qui sauve.

Dans la contemplation silencieuse se révèle ensuite, encore plus fortement, cette Parole Eternelle par laquelle le monde fut créé, et l’on comprend le dessein de salut que Dieu réalise à travers ses paroles et ses gestes dans toute l'histoire de l'humanité. Comme le rappelle le Concile Vatican II, la Révélation divine « se réalise par des actions et des paroles intrinsèquement liées entre elles, si bien que les œuvres, accomplies par Dieu dans l’histoire du salut, manifestent et corroborent la doctrine et les réalités signifiées par les paroles, et que les paroles de leur côté, proclament les œuvres et élucident le mystère qui y est contenu ». (Dei Verbum, n. 2). Et ce dessein de salut culmine dans la personne de Jésus de Nazareth, médiateur et plénitude de toute la Révélation. Il nous a fait connaître le vrai Visage de Dieu Père et par sa Croix et sa Résurrection, il nous a fait passer de l'esclavage du péché et de la mort à la liberté des enfants de Dieu. La question fondamentale sur le sens de l'homme trouve dans le Mystère du Christ la réponse capable d’apaiser l'inquiétude du cœur humain. C’est de ce Mystère que naît la mission de l'Église, et c’est ce Mystère qui pousse les chrétiens à se faire messagers d’espérance et de salut, témoins de cet amour qui promeut la dignité de l'homme et construit justice et paix.

Silence et parole. S'éduquer à la communication veut dire apprendre à écouter, à contempler, bien plus qu'à parler, et ceci est particulièrement important pour les acteurs de l’évangélisation : silence et parole sont les deux éléments essentiels et parties intégrantes de l’action de communiquer de l'Église, pour un renouveau de l’annonce du Christ dans le monde contemporain. À Marie, dont le silence « écoute et fait fleurir la Parole » (Prière pour l'Agora des Jeunes à Lorette, 1-2 septembre 2007), je confie toute l'œuvre d'évangélisation que l'Église accomplit à travers les moyens de communication sociale.

Du Vatican, le 24 janvier 2012, Fête de saint François de Sales

 

BENEDICTUS PP. XVI

 

© Copyright 2012 - Libreria Editrice Vaticana

Lectures et Homélie pour le 5e Dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Voici les liens vers les lectures et l'homélie 2009 du cinquième dimanche du temps ordinaire de l'année B avec une nouvelle peinture pour le psaume :

Lectures 5° dimanche du Temps Ordinaire B

 

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Psaume 146 [147 A]

R/ Bénissons le Seigneur qui guérit nos blessures !
ou
R/ Alléluia.

Il est bon de fêter notre Dieu,
il est beau de chanter sa louange :
Il guérit les coeurs brisés
et soigne leurs blessures.

Il compte le nombre des étoiles,
il donne à chacune un nom !
il est grand, il est fort, notre Maître
nul n'a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles
et rabaisse jusqu'à terre les impies.
Entonnez pour le Seigneur l'action de grâce,
jouez pour notre Dieu sur la cithare !

 

Homelie 5 T.O.B 2009 - La prière de Jésus dans le silence de la liturgie

Divo Barsotti, La mission du sacerdoce: le salut indivisible de l'homme 5

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

Notre mission consiste avant tout en la réconciliation de l'homme avec Dieu. Le salut de l'homme commence dans l'intime de son coeur. Vénérable pères et chers frères, l'exercice de notre ministère exige une foi vive et profonde. Puisque le salut de l'homme commence au fond de son coeur, nous n'arriverons jamais  connaître exactement l'efficacité de notre travail. A nous de lancer la semence, mais la semence germe d'abord dans le sol et on n'en voit rien. Rappelez-vous la parabole rapportée par saint Marc. Le semeur répand son grain et puis s'en va, et la semence, sans qu'il sache comment, jaillit, monte en tige et forme un épi, jusqu'à ce que le moissonneur, quand le temps est venu, recueille le grain mûr. Il en va de même pour le travail de l'Eglise. Nous ne savons ni ne pourrons jamais savoir tout à fait l'étendue et l'efficacité de l'action mystérieuse de Dieu qui travaille dans le secret des coeurs et les renouvelle. C'est justement pour être vraie et efficace, que cette action se porte dans le plus profond et jaillit du centre de l'être. 

 

Prétendre ne plus connaître le péché - et cela semble être le cas des hommes d'aujourd'hui qui se croient libérés du péché parce qu'ils en ont perdu le sens -, c'est se mettre dans une situation où le salut lui-même devient impossible. Qu'on se rappelle les paroles de saint Augustin dans son Traité sur saint Jean: "Dieu accuse tes péchés, si tu les accuses toi aussi; et ton union avec lui commenc par cette double accusation."

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