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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Vatican Diary / Not All Bishops Are of Good Will

dominicanus #homilies in English

The Italians are at the front of the line in disobeying Rome, with regard to the translation of the words of consecration. The Germans and Austrians are bringing up the rear. And even in the translations of the Our Father and of the Gloria, there is disagreement 

 

 

liturgie

 

 

 

VATICAN CITY, October 4, 2011 – At the present time, all of the parishes and churches of the United States are receiving the new English version of the Roman Missal, which will be used starting on the first Sunday of Advent, this November 27.

The variations with respect to the previous version are numerous, and hotly debated. But the change that has prompted the greatest dispute is certainly the one that concerns the words of the consecration of the wine, where it says in the Latin version: "Hic est enim calix sanguinis mei [...] qui pro vobis et pro multis effundetur." The "pro multis" of this formula has generally been translated, in the vernacular translations of the postcouncil, as "for all": a translation that not only does not respect the letter of the original Latin, which in turn is derived from the Gospel texts, but has also generated a subtle but lively theological debate.

In order to resolve this problem, in October of 2006 the presidents of the episcopal conferences all over the world were sent a letter, under the "guidance" of Benedict XVI, from the congregation for divine worship, headed at the time by Cardinal Francis Arinze. It asked that "pro multis" be translated as "for many." This was done by the episcopates of Hungary (from "mindenkiért" to "sokakért) and of various countries in Latin America (from "por todos" to "por muchos"). The Spanish episcopate is preparing to do so, and the change has already been made, not without very lively discussions even among the bishops, by the episcopate of the United States (from "for all" to "for many"). As for the episcopates of Germany and Austria, they are showing strong resistance to the change from fur alle" to "fur viele."

As for Italy, the issue was addressed by the bishops during the plenary assembly of the episcopal conference held in Assisi in November of 2010, during the examination of the material of the third Italian edition of the Roman Missal.

On that occasion, the Italian bishops showed tremendous reluctance to introduce "per molti." During the sessions, in fact, it was insisted that the episcopal conferences of the individual regions were already "unanimous" in choosing the version "per tutti." And when the bishops of all of Italy were called to vote on this specific point of the Missal, the result was the following: out of 187 voters, in addition to one blank ballot, there were 171 votes in favor of keeping "per tutti," 4 for the introduction of the version "per la moltitudine" (taken from "pour la multitude," used in the French Missal), and just 11 for the "per molti" requested by the Holy See in 2006.

At the same meeting, the Italian bishops also voted in favor of two changes to the Our Father and the Gloria.

For the Our Father, in a two-part vote, the bishops first rejected the idea of keeping the phrase "non ci indurre in tentazione [do not lead us into temptation]"; this phrase, in fact, received only 24 votes out of 84, fewer than the two others that were then voted on: "non abbandonarci alla tentazione [do not abandon us to temptation]" (87 votes) and "non abbandonarci nella tentazione [do not abandon us in temptation]" (62 votes). Of these two, the largest number of votes went to the first, with 111 against 68.

As for the Gloria, out of 187 voters, 151 approved the variation "Gloria a Dio nell’alto dei cieli e pace in terra agli uomini che egli ama [glory to God in the heights of heaven and peace on earth to the men whom he loves," in the place of the phrase currently in use, "Gloria a Dio nell’alto dei cieli e pace in terra agli uomini di buona volontà [glory to God in the heights of heaven and peace on earth to men of good will," which obtained 36 votes.

Regarding these same texts, the bishops of the United States preferred not to touch the Our Father, leaving unaltered the phrase "and lead us not into temptation," linguistically more faithful to the Latin "et ne nos inducas in tentationem."

But with regard to the Gloria, they decided to change the words "and peace to his people on earth" to "and on earth peace to people of good will," also in this case following literally the original Latin, "et in terra pax hominibus bonae voluntatis."



English translation by Matthew Sherry, Ballwin, Missouri, U.S.A.

Journal du Vatican / Les évêques ne sont pas tous de bonne volonté

dominicanus #actualités

Les évêques italiens sont au premier rang de ceux qui désobéissent à Rome en matière de traduction des paroles de la consécration. Les évêques allemands et autrichiens les suivent de près. Et il y a également des désaccords en ce qui concerne les traductions du Notre Père et du Gloria

 

 

liturgie.jpg

 

 

 

CITÉ DU VATICAN, le 4 octobre 2011 – La nouvelle version du Missel Romain en anglais arrive ces jours-ci dans toutes les paroisses et toutes les églises des États-Unis. Elle sera utilisée à partir du prochain premier dimanche de l’Avent, le 27 novembre.

Les différences entre cette nouvelle version et la précédente sont nombreuses et elles ont donné lieu à bien des débats. Mais le changement qui a suscité les plus vives discussions est certainement celui qui concerne les paroles de la consécration du vin, là où, dans la version en latin, on lit : "Hic est enim calix sanguinis mei […] qui pro vobis et pro multis effundetur". Le "pro multis" de cette formule a généralement été traduit, dans les traductions postconciliaires en langue vernaculaire, par "pour tous". Non seulement cette traduction ne respectait pas la lettre du texte original en latin, lui-même dérivé de textes évangéliques, mais elle a également fait naître un débat théologique subtil mais vif.

En octobre 2006, pour remédier à ces problèmes, la congrégation pour le culte divin, qui était alors présidée par le cardinal Francis Arinze, a envoyé, sur les "indications" de Benoît XVI, une lettre aux présidents de conférences épiscopales du monde entier. Cette lettre demandait que "pro multis" soit traduit par "pour beaucoup". Cela a été fait par les épiscopats de Hongrie ("mindenkiért" a été remplacé par "sokakért") et de différents pays d’Amérique latine ("por todos" a été remplacé par "por muchos"), l'épiscopat espagnol s’emploie à le faire et celui des États-Unis l’a fait ("for all" a été remplacé par "for many") non sans de très vives discussions, y compris entre les évêques. Quant aux épiscopats d’Allemagne et d’Autriche, on y constate de fortes résistances au passage de "für alle" à "für viele".

En ce qui concerne l’Italie, le problème a été abordé par les évêques au cours de l'assemblée plénière de la conférence des évêques qui a eu lieu à Assise en novembre 2010, dans le cadre de l’examen des matériaux de la troisième édition italienne du Missel Romain.

À cette occasion, une réticence massive à introduire le "pour beaucoup" s’est manifestée parmi les évêques italiens. En effet, au cours des travaux, l’accent a été mis avec insistance sur le fait que les conférences épiscopales régionales avaient déjà été "unanimes" à choisir la version "pour tous". Et lorsque les évêques de l'Italie tout entière ont été appelés à voter sur ce point spécifique du Missel, le résultat a été le suivant : sur 187 votants, en dehors d’un bulletin blanc, il y a eu 171 voix en faveur du maintien du "pour tous", 4 pour l’introduction de la version "per la moltitudine" (calquée sur le "pour la multitude" qui est en vigueur dans le Missel français), et à peine 11 en faveur du "pour beaucoup" demandé par le Saint-Siège en 2006.

Au cours de la même réunion les évêques italiens ont également voté en faveur de deux modifications dans le Notre Père et le Gloria.

En ce qui concerne le Notre Père, lors d’un double vote, les évêques ont d’abord écarté l’hypothèse du maintien de la phrase "ne nous induis pas en tentation" ; cette phrase n’a en effet recueilli que 24 voix sur 184 votants, moins que les deux phrases qui ont ensuite été mises en ballottage : "ne nous abandonne pas à la tentation" (87 voix) et "ne nous abandonne pas dans la tentation" (62 voix). De ces deux versions, celle qui a obtenu le plus de voix lors du ballottage a été en définitive la première, avec 111 voix contre 68.

En ce qui concerne le Gloria, sur 187 votants, 151 ont approuvé la variation "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime", en remplacement de celle qui est actuellement utilisée "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté", qui a obtenu 36 voix.

À propos de ces mêmes textes, les évêques des États-Unis ont préféré ne pas modifier le Notre Père, laissant telle quelle la phrase "and lead us not into temptation", qui est linguistiquement la plus fidèle au "et ne nos inducas in tentationem" latin.

Au contraire, en ce qui concerne le Gloria, ils ont décidé de remplacer les paroles "and peace to his people on earth" par "and on earth peace to people of good will" : une version qui, elle aussi, suit textuellement l’original en latin "et in terra pax hominibus bonae voluntatis".

Sandro Magister

www.chiesa


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Élections : un vote pour quelle société ?

dominicanus #actualités

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Elections : un vote pour quelle société? C'est le titre de la lettre des évêques de France, sous la présidence du cardinal André Vingt-Trois en vue des élections présidentielles et législatives de 2012.

"... notre devoir d'évêques est de rappeler la haute importance que l'Église, depuis ses origines, reconnaît à la fonction politique. Dans une démocratie représentative, le vote est la manière par laquelle chacun peut participer à l'exercice du pouvoir. Il est donc essentiel d'y prendre part, de la manière la plus sérieuse possible. Un vote ne peut être simplement dicté par l'habitude, par l'appartenance à une classe sociale ou par la poursuite intérêts particuliers. Il doit prendre en compte les défis qui se présentent et viser ce qui pourra rendre notre pays plus agréable à vivre et plus humain pour tous."

 

Lien vers le texte intégral de la lettre

Jean-Côme About, commentaire Evangile du 2èe dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

27 TOA evLe Père Jean-Côme About commente l'Évangile de ce dimanche 25 septembre, XXVIIème dimanche du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 21, versets 33 à 43.

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens : « Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde.»

Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le texte

L’évangile de ce jour nous rapporte la parabole des vignerons homicides que nous pourrions renommer la parabole de la patience et de la bonté de Dieu.
En effet, le maître de la vigne, en l’occurrence Dieu, ne va avoir de cesse de rattraper l’attitude honteuse des vignerons et les poursuivre de son désir de les racheter.
D’abord il plante cette vigne et fait tout pour que sa culture soit optimum. Il la confie au mieux à des vignerons qui doivent la faire fructifier. Ils ont en main, par la bonté du Maître, toutes les clefs pour la réussite.
Puis il part en voyage, pour un long voyage, précisera saint Luc. Ce départ peut être interprété comme une mise à l’épreuve mais si l’on regarde bien il s’agit plutôt d’une responsabilité totale confiée aux vignerons.
C’est la manière de faire de Dieu, après avoir donné le tout dans le meilleur, il nous donne la responsabilité de notre vie et de la création. 
C’est un temps de silence de Dieu mais qu’il ne faudrait pas interpréter comme une absence volontairement coupable de Dieu qui laisserait aller toute sa création. Non, ne soyons pas étonné de voir la non-ingérence de Dieu dans notre monde. Dieu joue le jeu de la liberté. Il se retire pour que nous nous révélions à nous-mêmes : Il nous traite en hommes responsables, gérants de sa création. Ce que nous appelons trop souvent abandon ou indifférence de Dieu, est l’une des formes les plus hautes de l’amour. 
Des parents qui aiment leur enfant adolescent, par amour, doivent l’inciter à se prendre en charge et à assumer sa propre vie, sinon il ne restera qu’un enfant. Dieu désire que nous soyons libres et responsables comme lui.
Mais surgit l’erreur si commode et fondamentale : la vigne appartient à Dieu, notre vie est l’œuvre de Dieu et l’on ne peut se l’approprier : nous n’en sommes que les gérants. Vient un moment, tôt au tard, où nous devrons rendre des comptes, des comptes non pas selon un rendement prédéterminé ou selon la mode ou les considérations simplement humaines du temps mais selon l’amour que Dieu nous aura confié et que nous aurons fait fructifié selon les commandements rappelés par son fils Jésus-Christ.
C’est pourquoi il a envoyé des prophètes et envoie à notre époques des saints connus ou non qui nous rappelle les intérêts d’amour que nous devons à Dieu. 
Mais ne sommes-nous pas parfois comme les vignerons, désireux d’être possesseurs de la « vigne » c’est-à-dire de la création et de l’amour de Dieu pour nous-mêmes exclusivement ? 
Dieu avec une innocence d’amour qui en dit long sur le salut auquel il nous destine, envoie son propre fils, qui, comme les autres est tué. Son propre fils ! L’héritier, maître de l’héritage entier. Son élimination donne-t-il l’héritage ? Non, il est confié à d’autres ! Et celui qui était éliminé, devient la pierre angulaire qui soutient toute la voûte de la rédemption. 
L’homme n’arrivera jamais à décourager Dieu de l’aimer, sa patience et son amour envers nous sont inépuisables. 
Mais nous qui sommes les gérants de cette vigne, qu’en faisons-nous ? 
Comment accueillons-nous l’envoi du Fils, sans cesse renouvelé, dans notre Église ?
Seigneur, fais-nous aimer l’Église dans l’authenticité de ta parole incarnée.
Libère-nous des contingences trop humaines qui nous font la juger comme de mauvais vignerons.

"Wir sind Kirche" - "We Are Church," Signed Ratzinger

dominicanus #homilies in English

For the first time since he became pope, Benedict XVI has cited and criticized in public the movement of ecclesial opposition most widespread and active in German-speaking countries. He did so in an off-the-cuff speech to seminarians in Freiburg. Here are his words 

 

 

wir sind kirche

 

 

ROME, September 30, 2011 –  On just a very few occasions, in the speeches and homilies of his recent voyage to Germany, Benedict XVI departed from the written text.

The quip that he improvised while speaking to the Bundestag, on September 22 in Berlin, is the one that made the biggest impression.

In citing Hans Kelsen, a philosopher of law who in 1965, at the age of 84 – the same age as the pope now – had argued for a certain idea, the pope added off the cuff, smiling, "I find it comforting that rational thought is evidently still possible at the age of 84!"


***


Nonetheless, among the eighteen speeches that Benedict XVI gave over the four days he spent on German soil, there was one in which he did not read from any written text. And its contents were written down and made public only after the pope returned to Rome.

It is the speech that he gave to seminarians in the chapel of St. Charles Borromeo at the seminary of Freiburg im Breisgau, on the afternoon of Saturday, September 24.

Benedict XVI has always dedicated special attention to candidates for the priesthood.

One year ago, on October 18, 2010, he addressed to seminarians all over the world one of his most touching open letters, with autobiographical passages about his youth:

> "Dear seminarians, when in December 1944..."

Reflecting on this letter, the seminarians of Freiburg had sent to the pope a response, which Benedict XVI, in meeting with them, called "beautiful" and "serious."

The improvised speech that the pope gave to the seminarians of Freiburg on September 24 was the continuation of this dialogue.

A complete transcription of it, translated into six languages from the original German, can be found on the Vatican website:

> "It is a great joy for me to be able to come together here..."

Like all of his improvised speeches, this one also provides a direct view of the thought of pope Joseph Ratzinger, and of what is most important to him.

But there is one passage in it that deserves special attention.

It is the paragraph in which Benedict XVI reflects on the name – "We Are Church" – of the movement of ecclesial dissension most widespread and active in German-speaking countries, mobilized with special intensity at the approach of the pope's third voyage to Germany:

 

"We can only ever believe within the 'we'. I sometimes say that Saint Paul wrote: 'Faith comes from hearing' – not from reading. It needs reading as well, but it comes from hearing, that is to say from the living word, addressed to me by the other, whom I can hear, addressed to me by the Church throughout the ages, from her contemporary word, spoken to me the priests, bishops and my fellow believers. Faith must include a 'you' and it must include a 'we'. And it is very important to practise this mutual support, to learn how to accept the other as the other in his otherness, and to learn that he has to support me in my otherness, in order to become 'we', so that we can also build community in the parish, calling people into the community of the word, and journeying with one another towards the living God. This requires the very particular 'we' that is the seminary, and also the parish, but it also requires us always to look beyond the particular, limited 'we' towards the great 'we' that is the Church of all times and places: it requires that we do not make ourselves the sole criterion. When we say: 'We are Church' – well, it is true: that is what we are, we are not just anybody. But the “we” is more extensive than the group that asserts those words. The 'we' is the whole community of believers, today and in all times and places. And so I always say: within the community of believers, yes, there is as it were the voice of the valid majority, but there can never be a majority against the apostles or against the saints: that would be a false majority. We are Church: let us be Church, let us be Church precisely by opening ourselves and stepping outside ourselves and being Church with others."


As can be seen, Benedict XVI drew on the name of "We Are Church" to reverse its meaning: from a separate and contrasted "we" to a "we" that embraces the Church "in all times and places."

The movement "We Are Church" was created in 1995 with a collection of signatures in support of an "Appeal of the People of God" that proposed the democratic election of bishops, sacred orders for women, the removal of the division between clergy and laity, the elimination of the requirement of clerical celibacy for the clergy, a new sexual morality, etc. The collection of signatures, which came to two and a half million, began in Austria and was then extended to Germany, Italy, Spain, the United States, Holland, Belgium, France, England, Portugal, Canada. The first document was followed by many more. The epicenter of "we are Church" is still in Austria and Germany, with a vast following among the clergy, with a certain capacity to exert pressure on the bishops themselves, and with an aura of approval in various seminaries.

This would appear to be the first time that Joseph Ratzinger, as pope, has cited "We Are Church" in a public address.



The program and complete texts of the voyage of Benedict XVI, including the improvised speech given to the seminarians:

> Apostolic Journey to Germany, September 22-25, 2011



English translation by Matthew Sherry, Ballwin, Missouri, U.S.A.

 

 

"Wir sind Kirche" - "Nous sommes l'Église", signé Ratzinger

dominicanus #Il est vivant !

Pour la première fois depuis qu'il est pape, Benoît XVI a cité et critiqué en public le mouvement d'opposition ecclésiale le plus répandu et le plus actif dans les pays de langue allemande. Il l'a fait dans un discours improvisé adressé aux séminaristes de Fribourg-en-Brisgau. Voici ce qu'il a dit ...

 

 

wir-sind-kirche.jpg

 

 

ROME, le 30 septembre 2011 – Dans les discours et homélies de son récent voyage en Allemagne, Benoît XVI ne s’est que très rarement écarté du texte écrit.

La phrase improvisée de son discours au Bundestag, le 22 septembre à Berlin, est celle qui a le plus marqué les esprits.

Le pape venait de citer Hans Kelsen - un philosophe du droit qui avait soutenu une certaine thèse en 1965, à 84 ans, c’est-à-dire à l’âge qu’a le pape aujourd’hui - et il a ajouté, en souriant, cette phrase improvisée : "Cela me console qu’à 84 ans, on puisse encore penser correctement !".

 

***


Toutefois, parmi les dix-huit discours prononcés par Benoît XVI pendant les quatre jours qu’il a passés en terre allemande, il en est un pour lequel il n’a lu aucun texte écrit. Et dont le contenu n’a été mis par écrit et rendu public qu’après le retour du pape à Rome.

C’est le discours qu’il a adressé aux séminaristes réunis à la chapelle Saint-Charles-Borromée du séminaire de Fribourg-en-Brisgau, dans l’après-midi du samedi 24 septembre.

Benoît XVI a toujours accordé une attention particulière aux candidats au sacerdoce. 

Il y a un an, le 18 octobre 2010, il adressait aux séminaristes du monde entier une lettre ouverte qui est l’une des plus touchantes qu’il ait écrites et qui comporte des passages autobiographiques relatifs à sa jeunesse :

> "Chers séminaristes, en décembre 1944..."

Ayant médité sur cette lettre, les séminaristes de Fribourg-en-Brisgau ont envoyé au pape une réponse, que Benoît XVI, lorsqu’il les a rencontrés, a qualifiée de "belle" et "sérieuse". 

Le discours improvisé que le pape a adressé aux séminaristes de Fribourg-en-Brisgau le 24 septembre a été la continuation de ce dialogue.

Sa transcription intégrale, traduite en six langues à partir de l'original allemand, se trouve sur le site web du Vatican :

> "Cela m’est une grande joie de pouvoir me retrouver ici..."

Comme tous ceux qu’improvise le pape Joseph Ratzinger, ce discours permet de pénétrer directement dans sa pensée et dans ce qui lui tient le plus à cœur.

Mais il contient un passage qui mérite d’être mis en évidence.

C’est le paragraphe dans lequel Benoît XVI médite sur le nom – "Nous sommes l’Église" – du mouvement de contestation ecclésiale le plus répandu et le plus actif dans les pays de langue allemande, qui s’est mobilisé avec une intensité particulière à l'approche du troisième voyage du pape en Allemagne :


"Nous ne pouvons uniquement que croire en 'Nous'. Je dis parfois que saint Paul a écrit : 'Croire vient de l’écoute' non de la lecture. Le croire a besoin également de la lecture, mais il vient de l’écoute, cela veut dire de la Parole vivante, de l’encouragement des autres que je peux écouter, de l’encouragement de l’Église au long des âges, de la parole que vous donnent maintenant les prêtres, les évêques et les prochains. Le 'toi' fait partie du croire, fait partie du 'nous'. Et le fait de s’entraîner à se supporter réciproquement, est très important ; apprendre à accepter l’autre comme un autre dans son altérité, et apprendre par là qu’il doit me supporter comme étant un autre dans mon altérité, afin de devenir un 'nous', afin de pouvoir ensuite constituer un jour une communauté paroissiale, de pouvoir appeler des personnes dans l’unité de la Parole et d’être ensemble en chemin vers le Dieu vivant. Fait partie de cela ce 'nous' très concret, tel qu’il est au séminaire, tel qu’il le sera en paroisse, mais aussi toujours cherchant à aller, au-delà de ce 'nous' concret et limité, dans le grand 'nous' de l’Église de tous les temps et en tout lieu, afin que nous ne nous prenions pas uniquement pour notre propre mesure. Lorsque nous disons : 'Nous sommes l’Église' - oui, c’est vrai : Nous la sommes nous, et pas n’importe qui. Mais, le 'nous' va au-delà du groupe qui vient de l’affirmer. Le 'nous' est l’ensemble de la communauté des croyants d’aujourd’hui et de tous les lieux et de tous les temps. Et je dis toujours : Oui, il existe, pour ainsi dire, dans la communauté des croyants la sentence de la majorité de fait, mais il ne peut jamais y avoir une majorité contre les Apôtres et les Saints, il s’agit alors d’une fausse majorité. Nous sommes l’Église, soyons-le donc ! Soyons-le par le fait de nous ouvrir et d’aller au-delà de nous-mêmes, et soyons-le avec les autres".


Comme on peut le constater, Benoît XVI s’est appuyé sur le nom "Nous sommes l’Église" mais en renversant sa signification : d’un "nous" qui se sépare et qui s’oppose, il est passé à un "nous" qui embrasse l’Église "de tous les lieux et de tous les temps".

Le mouvement "Nous sommes l’Église" s’est constitué en 1995 à partir d’une collecte de signatures destinée à appuyer un "Appel du Peuple de Dieu" qui proposait l'élection démocratique des évêques, l’ordination des femmes, la suppression de la coupure entre le clergé et les laïcs, l'élimination de l'obligation du célibat pour le clergé, une nouvelle morale de la sexualité, etc. La collecte de signatures, qui en a rassemblé deux millions et demi, a commencé en Autriche et elle s’est étendue par la suite à l’Allemagne, à l’Italie, à l’Espagne, aux États-Unis, aux Pays-Bas, à la Belgique, à la France, à la Grande-Bretagne, au Portugal, au Canada. Le premier document a été suivi par beaucoup d’autres. L’épicentre de "Nous sommes l’Église" se trouve encore en Autriche et en Allemagne, où le mouvement est très suivi par le clergé et dispose d’une certaine capacité de pression sur les évêques eux-mêmes et d’une aura de sympathie dans certains séminaires.

Sauf erreur, c’est la première fois que Joseph Ratzinger, en tant que pape, a cité "Nous sommes l’Église" dans un discours public.



Le programme et les textes, en version intégrale, du voyage de Benoît XVI, y compris le discours improvisé qu’il a adressé aux séminaristes :

> Voyage apostolique en Allemagne, 22-25 septembre 2011



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

 

 

 

Dans la riche Allemagne, que l'Église se fasse pauvre!

dominicanus #Il est vivant !

Jamais, avant son troisième voyage dans sa patrie, Benoît XVI n'avait donné autant de relief à l'idéal d'une Église pauvre en structures, en richesses, en pouvoir. Mais, pendant ce même voyage, il a également insisté sur la nécessité d'une forte "présence publique" de cette même Église. Est-il possible de réaliser les deux en même temps? 

 

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ROME, le 28 septembre 2011 – L'impact du troisième voyage de Benoît XVI en Allemagne a dissipé une fois encore, comme cela avait été le cas précédemment lors de ses autres voyages, les nuages qui avaient obscurci les jours qui l’ont précédé.

Les critiques, y compris les plus hostiles, ont été plus que compensées par les très nombreuses réactions favorables et cela dans une atmosphère de sympathie générale.

Le discours prononcé au Bundestag le jeudi 22 septembre a immédiatement attiré une attention respectueuse sur la pensée du pape Joseph Ratzinger en ce qui concerne les bases de nature et de raison de l’État libéral : une nature et une raison animées par l’Esprit Créateur de Dieu.

Ce discours de Berlin en 2011 constitue, avec celui de Ratisbonne en 2006 et celui du Collège des Bernardins, à Paris, en 2008, une trilogie qui sert de programme à l’ensemble du pontificat et qui est centrée sur les rapports féconds entre la Jérusalem de la révélation divine, l'Athènes de la raison philosophique et la Rome de la pensée juridique, ainsi que sur une relecture originale et positive des valeurs des Lumières.

Un autre moment important du voyage de Benoît XVI en Allemagne a été sa rencontre, à Erfurt, avec les Églises issues de la réforme luthérienne.

En ce qui concerne Martin Luther, le pape a rappelé non pas ses actes de rupture avec l’Église de Rome, mais sa recherche dramatique et incessante d’un Dieu capable de miséricorde envers une humanité profondément marquée par le mal et par le péché.

"La question brûlante de Luther doit devenir de nouveau notre question", a déclaré Benoît XVI. En disant cela, il a tracé une voie œcuménique qui n’est ni une tactique de négociation à courte vue, ni un affaiblissement de la foi en vue de la rapprocher du monde, mais une reprise des questions essentielles du christianisme, les seules qui constituent pour les Églises une raison d’être et de parler ensemble aux hommes.

 

***


Mais les discours de Benoît XVI qui provoqueront le plus de discussions sont peut-être ceux qu’il a adressés aux catholiques d’Allemagne et, à travers eux, à l’ensemble du monde catholique occidental.

Dans une Allemagne marquée, non seulement chez les protestants mais également chez les catholiques, par des sentiments anti-romains persistants et par des pressions récurrentes visant à obtenir des réformes disciplinaires et pratiques telles que l'abolition du célibat du clergé, le sacerdoce des femmes, la communion aux divorcés remariés, l'élection "démocratique" des évêques, Benoît XVI n’a cédé en rien à ces pressions, il ne les a même pas citées, mais il a obligé tout le monde, y compris ceux qui proposent ces réformes, à prendre en considération la gravité de l’enjeu. 

L’Église catholique allemande est – le pape l’a fait remarquer – une puissance "organisée de manière excellente". Même les réformes continuellement demandées appartiennent à ce contexte structurel. "Mais derrière les structures – a demandé le pape – y a-t-il aussi la force spirituelle correspondante, la force de la foi en un Dieu vivant ?".

Pour Benoît XVI "il y a un excédent de structures par rapport à l’Esprit". Parce que "la vraie crise de l’Église dans le monde occidental est une crise de la foi". Et par conséquent "si nous n’arrivons pas à un véritable renouvellement dans la foi, toute la réforme structurelle demeurera inefficace".

C’est aux dirigeants du Comité Central des Catholiques allemands que le pape a dit cela, mais il a également tenu des propos semblables dans l’homélie qu’il a prononcée au cours de la messe célébrée à Fribourg-en-Brisgau le dimanche 25 septembre et lors de la rencontre qui a suivi avec les catholiques "engagés dans l’Église et dans la société".

Au lieu de réformes des institutions et des structures, qui constitueraient, d’après lui, une adaptation stérile de l’Église au monde, Benoît XVI a proposé dans sa prédication une réforme intérieure, spirituelle, ayant en son centre ce suprême "scandale" de la Croix "qui ne peut être aboli si on ne veut pas abolir le christianisme". Ce scandale qui, malheureusement, a été "dissimulé récemment par d’autres scandales douloureux dus à des gens qui annoncent la foi" et qui se sont rendus coupables d’abus sexuels sur des mineurs.

Le pape a lancé une mise en garde contre une foi exclusivement individuelle, renfermée à l’intérieur de soi. Il a insisté sur le lien indissoluble qui unit chaque chrétien aux autres, au sein de l’Église universelle.

Mais il a également annoncé un avenir, en Allemagne et en Occident, fait non pas de grandes masses de fidèles, mais de "petites communautés de croyants", de celles qu’en d’autres occasions il a appelées "minorités créatives", capables, dans une société pluraliste, de "rendre les autres désireux de chercher la lumière".

Dans l’homélie qu’il a prononcée pendant la messe célébrée à Fribourg-en-Brisgau, le pape a même déclaré que ces chercheurs de lumière inquiets précédaient "dans le Royaume de Dieu" les fidèles de routine :

"Les agnostiques qui, au sujet de la question de Dieu, ne trouvent pas la paix ; les personnes qui souffrent à cause de leurs péchés et ont le désir d’un cœur pur, sont plus proches du royaume de Dieu que ne le sont les fidèles «de routine» qui, dans l’Église, voient désormais seulement ce qui paraît, sans que leur cœur soit touché par la foi".

Et ce n’est pas tout. Dans le discours qu’il a adressé aux catholiques engagés dans l’Église et dans la société, Benoît XVI a souhaité que l’Église soit purifiée non seulement des "excès" de ses structures d’organisation, mais aussi des richesses et du pouvoir en général, de "son fardeau matériel et politique". Il a rappelé qu’il en était déjà ainsi dans l'Ancien Testament pour la tribu sacerdotale de Lévi, qui ne possédait pas de patrimoine terrestre mais "exclusivement la parole de Dieu et ses signes".

Il s’agit là d’affirmations que Joseph Ratzinger a toujours équilibrées par d’autres, complémentaires. Et cette fois-ci encore, il l’a fait.

Par exemple, à propos des "fidèles de routine" précédés dans le Royaume des Cieux par les agnostiques qui sont à la recherche de Dieu, il faut remarquer que, à un autre moment de son voyage – au cours de la veillée avec les jeunes – le pape a réaffirmé que tous les baptisés, y compris les plus tièdes et les plus routiniers, sont de toute façon qualifiés, à juste titre, de "saints" par l'apôtre Paul : et cela non pas parce qu’ils sont bons et parfaits, mais parce qu’ils sont aimés de Dieu et qu’ils sont tous appelés par lui à être sanctifiés.

Et à propos d’une Église sans biens ni pouvoirs terrestres, on notera que Benoît XVI a également insisté à plusieurs reprises, en Allemagne, sur la nécessité d’une forte "présence publique" de cette même Église, ce qui est impensable si celle-ci n’a pas un "corps" matériel qui concrétise la foi par les œuvres.

Il n’en reste pas moins que jamais, avant ce voyage, Benoît XVI n’avait insisté de manière aussi marquée sur le registre spirituel. Et que jamais il n’avait donné autant de relief à l'idéal d’une Église pauvre en structures, en richesses, en pouvoir.

Mais, en même temps, jamais avant le discours qu’il a prononcé au Bundestag le pape Benoît n’avait affirmé aussi vigoureusement que le christianisme est la base de la culture juridique de l’Occident et de l’humanité tout entière. Et que l’Église est aujourd’hui le grand défenseur de cette civilisation, à une époque où celle-ci perd ses bases.

Sandro Magister

www.chiesa



Le programme et le texte intégral des discours et homélies du voyage de Benoît XVI :

> Voyage apostolique en Allemagne, 22-25 septembre 2011

Parmi les discours du pape, il y en a trois qui ont été repris dans leur intégralité sur www.chiesa : celui qu’il a prononcé au Bundestag, le discours adressé aux luthériens et celui qui a été tenu aux catholiques engagés dans l’Église et dans la société :

> Il y a un juge à Berlin. Et il veut retrouver le roi Salomon (22.9.2011)

> "La question brûlante de Martin Luther doit devenir de nouveau notre question" (23.9.2011)

> "C'est de nouveau l’heure de retirer courageusement ce qu'il y a de mondain dans l’Église" (25.9.2011)

Et voici le résumé que Benoît XVI a fait de son voyage, mercredi 28 septembre, lors de la première audience générale qui a suivi son retour :

> "Là où est le Christ, là est l’avenir..."



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

 

 

 

Benoît XVI : C'est de nouveau l’heure de retirer courageusement ce qu'il y a de mondain dans l’Église

dominicanus #actualités

Le discours adressé par le pape aux catholiques allemands engagés dans l’Église et dans la société.

 

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Chers Confrères dans le ministère épiscopal et sacerdotal !
Mesdames et Messieurs !

Je suis heureux de cette rencontre avec vous qui êtes engagés de multiples manières pour l’Église et la société. Ceci m’offre une occasion appréciée de vous remercier ici personnellement de tout cœur pour votre service et votre témoignage comme « hérauts puissants de la foi en ce qu’on espère » (Lumen gentium, n. 35). Dans votre milieu de travail vous défendez volontiers la cause de votre foi et de l’Église, chose qui n’est pas toujours facile dans les temps actuels.

Depuis des décennies, nous assistons à une diminution de la pratique religieuse, nous constatons une croissante prise de distance de la vie de l’Église d’une partie notable de baptisés. Jaillit alors la question : est-ce que, par hasard, l’Église ne doit pas changer ? Est-ce que, par hasard, dans ses services et ses structures, elle ne doit pas s’adapter au temps présent, pour rejoindre les personnes d’aujourd’hui qui sont en recherche et dans le doute ?

À la bienheureuse Mère Térésa il fut demandé un jour de dire quelle était, selon elle, la première chose à changer dans l’Église. Sa réponse fut : vous et moi !

Ce petit épisode nous rend évidentes deux choses. D’une part, la religieuse entend dire à son interlocuteur que l’Église ce n’est pas uniquement les autres, la hiérarchie, le Pape et les Évêques ; l’Église, nous la sommes tous : nous, les baptisés. Par ailleurs, elle part effectivement du présupposé : oui, il y a motif pour un changement. Il existe un besoin de changement. Chaque chrétien et la communauté des croyants sont appelés à une conversion continuelle.

Comment doit alors se configurer concrètement ce changement ? Est-ce qu’il s’agit ici, peut-être, d’un renouveau comme le réalise par exemple le propriétaire d’une maison à travers une restructuration ou une nouvelle peinture de son immeuble ? Ou bien s’agit-il ici d’une correction, pour reprendre le cap ou parcourir un chemin de façon plus allègre et directe ? Certainement ces aspects et d’autres ont leur importance. Mais pour ce qui regarde l’Église, le motif fondamental du changement est la mission apostolique des disciples et de l’Église elle-même.

En effet, l’Église doit toujours de nouveau vérifier sa fidélité à cette mission. Les trois évangiles synoptiques mettent en lumière différents aspects du mandat de cette mission : la mission se base sur l’expérience personnelle : « Vous êtes témoins » (Lc 24, 48) ; elle s’exprime en relations : « De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19) ; elle transmet un message universel : « Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Cependant, à cause des prétentions et des conditionnements du monde, le témoignage est obscurci à maintes reprises, les relations sont aliénées et le message est relativisé. Si ensuite l’Église, comme le dit le Pape Paul VI, « cherche à se rendre conforme à l’idéal que le Christ lui propose, du même coup se dégage tout ce qui la différencie profondément du milieu humain dans lequel elle vit et qu’elle aborde » (Encyclique Ecclesiam suam, n. 60). Pour réaliser sa mission, elle prendra continuellement ses distances de son milieu, elle doit, pour ainsi dire, se «  dé-mondaniser ».

La mission de l’Église, en effet, découle du mystère du Dieu un et trine, du mystère de son amour créateur. L’amour n’est pas seulement présent de quelque façon en Dieu : lui-même, par sa nature, est amour. Et l’amour de Dieu ne veut pas être isolé en soi, il veut se répandre. Dans l’incarnation et dans le sacrifice du Fils de Dieu, il a rejoint les hommes de façon particulière. Le Fils est sorti de la sphère de son être Dieu, il s’est fait chair et il est devenu homme ; et cela non seulement pour confirmer le monde dans son être terrestre, et être son compagnon qui le laisse entièrement comme il est.

De l’événement christique fait partie le fait incompréhensible qu’il existe – comme disent les Pères de l’Église – un commercium, un échange entre Dieu et les hommes, dans lequel les deux, même si c’est de manière totalement différente, donnent et prennent quelque chose, offrent en don et reçoivent comme don. La foi chrétienne sait que Dieu a placé l’homme dans une liberté, dans laquelle il peut être vraiment un partenaire et entrer dans un échange avec Dieu. En même temps, l’homme est bien conscient que cet échange est possible seulement grâce à la générosité de Dieu qui accepte la pauvreté du mendiant comme richesse, pour rendre supportable le don divin, que l’homme ne peut rendre avec rien d’équivalent.

L’Église aussi se doit elle-même totalement à cet échange inégal. Elle ne possède rien d’autonome face à Celui qui l’a fondée. Elle trouve son sens exclusivement dans l’engagement d’être un instrument de la rédemption, d’envahir le monde par la parole de Dieu et de transformer le monde en l’introduisant dans l’union d’amour avec Dieu. L’Église s’immerge totalement dans l’attention complaisante du Rédempteur envers les hommes. Elle-même est toujours en mouvement, elle doit continuellement se mettre au service de la mission, qu’elle a reçue du Seigneur. L’Église doit toujours de nouveau s’ouvrir aux préoccupations du monde et se consacrer sans réserve à elles, pour continuer et rendre présent l’échange sacré qui a commencé avec l’Incarnation.

Cependant, dans le développement historique de l’Église se manifeste aussi une tendance contraire : c’est celle d’une Église qui s’installe dans ce monde, devient autosuffisante et s’adapte aux critères du monde. Elle donne ainsi à l’organisation et à l’institutionnalisation une importance plus grande qu’à son appel à l’ouverture.

Pour correspondre à sa véritable tâche, l’Église doit toujours de nouveau faire l’effort de se détacher de la mondanité du monde. C’est ainsi qu’elle suit les paroles de Jésus : « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (Jn 17, 16). En un certain sens, l’histoire vient en aide à l’Église à travers les diverses périodes de sécularisation, qui ont contribué de façon essentielle à sa purification et à sa réforme intérieure.

En effet, les sécularisations – ce furent l’expropriation de biens de l’Église ou la suppression de privilèges ou de choses semblables – signifièrent chaque fois une profonde libération de l’Église de formes de mondanité : elle se dépouillait, pour ainsi dire, de sa richesse terrestre et revenait embrasser pleinement sa pauvreté terrestre.

Ainsi, l’Église partageait le destin de la tribu de Lévi qui, selon l’affirmation de l’Ancien Testament, était la seule tribu en Israël qui ne possédait pas de patrimoine terrestre mais, comme part d’héritage, avait pris exclusivement Dieu lui-même, sa parole et ses signes. Avec cette tribu, l’Église partageait en ces moments historiques l’exigence d’une pauvreté qui s’ouvrait vers le monde, pour se détacher de ses liens matériels, et ainsi aussi son agir missionnaire redevenait crédible.

Les exemples historiques montrent que le témoignage missionnaire d’une Église « dé-mondanisée » ressort plus clairement. Libérée de son fardeau matériel et politique, l’Église peut se consacrer mieux et de manière vraiment chrétienne au monde entier, elle peut être vraiment ouverte au monde. Elle peut à nouveau vivre avec plus d’aisance son appel au ministère de l’adoration de Dieu et au service du prochain. La tâche missionnaire qui est liée à l’adoration chrétienne et qui devrait déterminer la structure de l’Église, se rend visible plus clairement.
L’Église s’ouvre au monde non pour obtenir l’adhésion des hommes à une institution avec ses propres prétentions de pouvoir, mais pour les faire rentrer en eux-mêmes et ainsi les conduire à Celui dont toute personne peut dire avec Augustin : Il est plus intime à moi-même que moi-même (cf. Conf. 3, 6, 11). Lui, qui est infiniment au-dessus de moi, est toutefois tellement en moi-même jusqu’à être ma véritable intériorité. Par ce style d’ouverture de l’Église au monde, est tracée aussi en même temps la forme dans laquelle l’ouverture au monde de la part de chaque chrétien peut se réaliser de façon efficace et appropriée.

Il ne s’agit pas ici de trouver une nouvelle tactique pour relancer l’Église. Il s’agit plutôt de déposer tout ce qui est seulement tactique et de chercher la pleine sincérité, qui ne néglige ni ne refoule rien de la vérité de notre aujourd’hui, mais réalise pleinement la foi dans l’aujourd’hui, la vivant, justement, totalement dans la sobriété de l’aujourd’hui, la portant à sa pleine identité, lui enlevant ce qui est seulement apparemment foi, mais qui sont en vérité des conventions et des habitudes.

Disons-le encore avec d’autres mots : la foi chrétienne est toujours pour l’homme un scandale et pas seulement en notre temps. Que le Dieu éternel se préoccupe de nous êtres humains, qu’il nous connaisse ; que l’Insaisissable soit devenu en un moment déterminé saisissable ; que l’Immortel ait souffert et soit mort sur la croix ; qu’à nous, êtres mortels, soient promises la résurrection et la vie éternelle – croire cela est pour nous, hommes, une véritable prétention.

Ce scandale, qui ne peut être aboli si on ne veut pas abolir le christianisme, a malheureusement été mis dans l’ombre récemment par les autres scandales douloureux des annonciateurs de la foi. Une situation dangereuse se crée quand ces scandales prennent la place du skandalon premier de la Croix et ainsi le rendent inaccessible, c’est-à-dire quand ils cachent la véritable exigence chrétienne derrière l’inadaptation de ses messagers.

Il y a une raison en plus pour estimer que c’est de nouveau l’heure de retirer courageusement ce qu’il y a de mondain dans l’Église. Ceci ne veut pas dire se retirer du monde. Une Église allégée des éléments mondains est capable de communiquer aux hommes – à ceux qui souffrent comme à ceux qui les aident – justement aussi dans le domaine socio-caritatif, la force vitale particulière de la foi chrétienne. « La charité n’est pas pour l’Église une sorte d’activité d’assistance sociale qu’on pourrait aussi laisser à d’autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence même, à laquelle elle ne peut renoncer » (Deus caritas est, n. 25). Certainement, les œuvres caritatives de l’Église doivent aussi continuellement prêter attention à l’exigence d’un détachement approprié du monde pour éviter que, face à un éloignement croissant de l’Église, leurs racines ne se dessèchent. Seule la relation profonde avec Dieu rend possible une pleine attention à l’homme, de même que sans l’attention au prochain la relation à Dieu s’appauvrit.

Être ouverts aux événements du monde signifie donc pour l’Église « dé-mondanisée » témoigner, selon l’Évangile, par les paroles et par les œuvres, ici et aujourd’hui, de la domination de l’amour de Dieu. Et cette tâche, en outre, renvoie au-delà du monde présent : la vie présente, en effet, inclut le lien avec la vie éternelle. Comme individus et comme communauté de l’Église nous vivons la simplicité d’un grand amour qui, dans le monde, est en même temps la chose la plus facile et la plus difficile, parce qu’elle exige rien de plus et rien de moins que le don de soi-même.

Chers amis, il me reste à implorer pour nous tous la bénédiction de Dieu et la force de l’Esprit Saint, afin que nous puissions, chacun dans son propre champ d’action, reconnaître toujours de nouveau l’amour de Dieu et sa miséricorde et en témoigner. Je vous remercie pour votre attention.

Freiburg im Breisgau, 25 septembre 2011

Benoît XVI : La parole doit nous faire réfléchir, nous secouer

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

Nous publions ci-dessous le texte de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée ce dimanche au cours de la messe qu'il a présidée sur l'esplanade de l'aéroport touristique de Freiburg, en présence des évêques des 27 diocèses de la République fédérale allemande.

 

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Chers Frères et Sœurs,

Il est émouvant pour moi de célébrer ici l’Eucharistie, l’Action de grâces, avec tant de gens provenant de diverses parties de l’Allemagne et des pays voisins. Nous voulons adresser notre action de grâces surtout à Dieu, dans lequel nous nous mouvons et nous existons (cf. Ap. 17, 28). Mais je voudrais vous remercier aussi, vous tous, pour votre prière en faveur du Successeur de Pierre, afin qu’il puisse continuer à exercer son ministère avec joie et espérance confiante et confirmer ses frères dans la foi.

« Dieu qui donne la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié… » avons-nous dit dans la collecte du jour. Dans la première lecture nous avons entendu comment Dieu, dans l’histoire d’Israël a manifesté la puissance de sa miséricorde. L’expérience de l’exil babylonien avait fait tomber le peuple dans une profonde crise de la foi : pourquoi ce malheur était-il survenu ? Peut-être que Dieu n’était pas vraiment puissant absolument ?

Il y a des théologiens qui, face à toutes les choses terribles qui surviennent aujourd’hui dans le monde, disent que Dieu ne peut être absolument tout-puissant. Face à cela, nous professons Dieu, le Tout-Puissant, le Créateur du ciel et de la terre. Et nous sommes heureux et reconnaissants qu’il soit tout-puissant. Mais nous devons, en même temps, nous rendre compte qu’il exerce sa puissance de manière différente de ce que nous, les hommes, avons l’habitude de faire. Lui-même a mis une limite à son pouvoir, en reconnaissant la liberté de ses créatures. Nous sommes heureux et reconnaissants pour le don de la liberté. Toutefois, lorsque nous voyons les choses horribles qui arrivent à cause d’elle, nous nous effrayons. Faisons confiance à Dieu dont la puissance se manifeste surtout dans la miséricorde et dans le pardon. Et nous en sommes certains, chers fidèles : Dieu désire le salut de son peuple. Il désire notre salut, mon salut, le salut de chaque personne. Toujours, et surtout en des temps de péril et de changement radical, il nous est proche, et son cœur s’émeut pour nous, il se penche sur nous. Pour que la puissance de sa miséricorde puisse toucher nos cœurs, il faut s’ouvrir à Lui, il faut librement être prêt à abandonner le mal, à sortir de l’indifférence, et à donner un espace à sa Parole. Dieu respecte notre liberté. Il ne nous contraint pas. Il attend notre « oui » et, pour ainsi dire, il le mendie.

Dans l’Évangile, Jésus reprend ce thème fondamental de la prédication prophétique. Il raconte la parabole des deux fils qui sont envoyés par leur père pour travailler dans la vigne. Le premier fils répond : « ‘Je ne veux pas’. Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla » (Mt 21, 29). L’autre au contraire dit à son père : « ‘Oui Seigneur ! » mais « il n’y alla pas » (Mt 21, 30). À la demande de Jésus, qui des deux a accompli la volonté du père, les auditeurs répondent justement : « Le premier » (Mt 21, 31). Le message de la parabole est clair : ce ne sont pas les paroles qui comptent, mais c’est l’agir, les actes de conversion et de foi. Jésus –nous l’avons entendu- adresse ce message aux grands prêtres et aux anciens du peuple d’Israël, c’est-à-dire aux experts en religion dans son peuple. Eux, d’abord, disent « oui » à la volonté de Dieu. Mais leur religiosité devient routine, et Dieu ne les inquiète plus. Pour cela ils ressentent le message de Jean Baptiste et le message de Jésus comme quelque chose qui dérange. Ainsi, le Seigneur conclut sa parabole par des paroles vigoureuses : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole » (Mt21, 31-32). Traduite en langage de ce temps, l’affirmation pourrait correspondre plus ou moins à ceci : les agnostiques, qui au sujet de la question de Dieu ne trouvent pas la paix ; les personnes qui souffrent à cause de leurs péchés et ont le désir d’un cœur pur, sont plus proches du royaume de Dieu que ne le sont les fidèles « de routine », qui dans l’Église voient désormais seulement ce qui paraît, sans que leur cœur soit touché par la foi.

Ainsi la parole doit faire beaucoup réfléchir, et même, doit nous secouer tous.  Ceci, cependant, ne signifie pas que tous ceux qui vivent dans l’Église et travaillent pour elle sont à estimer comme loin de Jésus et du royaume de Dieu. Absolument pas ! Non, c’est plutôt le moment de dire une parole de profonde gratitude à tant de collaborateurs employés et volontaires, sans lesquels la vie dans les paroisses et dans l’Église tout entière serait impensable. L’Église en Allemagne a de nombreuses institutions sociales et caritatives, dans lesquelles l’amour pour le prochain est exercé sous une forme qui est aussi socialement efficace et jusqu’aux extrémités de la terre. À tous ceux qui s’engagent dans la Caritas allemande ou dans d’autres organisations ou qui mettent généreusement à disposition leur temps et leurs forces pour des tâches de volontariat dans l’Église, je voudrais exprimer, en ce moment, ma gratitude et mon appréciation. Ce service demande avant tout une compétence objective et professionnelle. Mais dans l’esprit de l’enseignement de Jésus il faut plus : le cœur ouvert, qui se laisse toucher par l’amour du Christ, et donne ainsi au prochain, qui a besoin de nous, plus qu’un service technique : l’amour, dans lequel se rend visible à l’autre le Dieu qui aime, le Christ. Alors interrogeons-nous aussi à partir de l’Évangile d’aujourd’hui : comment est ma relation personnelle avec Dieu, dans la prière, dans la participation à la messe dominicale, dans l’approfondissement de la foi par la méditation de la sainte Écriture et l’étude du Catéchisme de l’Église catholique ? Chers amis, le renouveau de l’Église, en dernière analyse, ne peut se réaliser qu’à travers la disponibilité à la conversion et à travers une foi renouvelée.

Dans l’Évangile de ce dimanche –nous l’avons vu- on parle de deux fils, derrière lesquels, cependant, se tient, de façon mystérieuse, un troisième. Le premier fils dit non, mais réalise ensuite la volonté de son père. Le deuxième fils dit oui, mais ne fait pas ce qui lui a été ordonné. Le troisième fils dit « oui » et fait aussi ce qui lui est ordonné. Ce troisième fils est le Fils unique de Dieu, Jésus Christ, qui nous a tous réunis ici. Entrant dans le monde, Jésus a dit : « Voici, je viens […], pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10, 7). Ce « oui », il ne l’a pas seulement prononcé, mais il l’a accompli et il a souffert jusqu’à la mort. Dans l’hymne christologique de la deuxième lecture on dit : « Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix » (Ph 2, 6-8). En humilité et obéissance, Jésus a accompli la volonté du Père, il est mort sur la croix pour ses frères et ses sœurs –pour nous- et il nous a rachetés de notre orgueil et de notre obstination. Remercions-le pour son sacrifice, fléchissons les genoux devant son Nom et proclamons ensemble avec les disciples de la première génération : « Jésus Christ est le Seigneur – pour la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 10).

La vie chrétienne doit se mesurer continuellement sur le Christ : « Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5), écrit saint Paul dans l’introduction à l’hymne christologique. Et quelques versets avant il nous exhorte déjà : « S’il est vrai que dans le Christ on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité » (Ph 2, 1-2). Comme le Christ était totalement uni au Père et lui obéissant, ainsi ses disciples doivent obéir à Dieu et avoir les mêmes dispositions entre eux. Chers amis, avec Paul, j’ose vous exhorter : rendez ma joie complète en étant solidement unis dans le Christ ! L’Église en Allemagne surmontera les grands défis du présent et de l’avenir et demeurera un levain dans la société si les prêtres, les personnes consacrées et les laïcs croyants dans le Christ, en fidélité à leur vocation spécifique, collaborent dans l’unité ; si les paroisses, les communautés et les mouvements se soutiennent et s’enrichissent mutuellement ; si les baptisés et les confirmés, en union avec l’Évêque, tiennent haut le flambeau d’une foi inaltérée et laissent illuminer par elle leurs riches connaissances et capacités. L’Église en Allemagne continuera d’être une bénédiction pour la communauté catholique mondiale, si elle demeure fidèlement unie aux Successeurs de saint Pierre et des Apôtres, si elle soigne de multiples manières la collaboration avec les pays de mission et se laisse aussi « gagner » en cela par la joie dans la foi des jeunes Églises.

À l’exhortation à l’unité, Paul joint l’appel à l’humilité. Il dit : «Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres »  (Ph 2, 3-4). L’existence chrétienne est une pro-existence : un être pour l’autre, un engagement humble pour le prochain et pour le bien commun. Chers fidèles, l’humilité est une vertu qui, dans le monde d’aujourd’hui et, en général, de tous les temps, ne jouit pas d’une grande estime. Mais les disciples du Seigneur savent que cette vertu est, pour ainsi dire, l’huile qui rend féconds les processus de dialogue, possible la collaboration et cordiale l’unité. Humilitas, le mot latin pour « humilité », a quelque chose à voir avec humus, c'est-à-dire avec l’adhérence à la terre, à la réalité. Les personnes humbles ont les deux pieds sur la terre. Mais surtout ils écoutent le Christ, la Parole de Dieu, qui renouvelle sans arrêt l’Église et chacun de ses membres.

Demandons à Dieu le courage et l’humilité de cheminer sur la route de la foi, de puiser à la richesse de sa miséricorde et de tenir fixé notre regard sur le Christ, la Parole qui fait toutes choses nouvelles, qui pour nous est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), qui est notre avenir. Amen.

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

Papal Mass in Freiburg: the Pope's Homily

dominicanus #homilies in English

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Pope Benedict XVI presided a big outdoor Mass at Freiburg's touristic airport just outside the south west German city. This is the final Mass of the Holy Father's four day visit to his homeland and comes on the last day of his trip. The following is the text of his Homily:



Dear Brothers and Sisters,


It is moving for me to be here once again to celebrate this Eucharist, this Thanksgiving, with so many people from different parts of Germany and the neighbouring countries. We offer our thanks above all to God, in whom we live and move. But I would also like to thank all of you for your prayers that the Successor of Peter may continue to carry out his ministry with joy and faithful hope, and that he may strengthen his brothers in faith.

“Father, you show your almighty power in your mercy and forgiveness”, as we said in today’s Collect. In the first reading we heard how God manifested the power of his mercy in the history of Israel. The experience of the Babylonian Exile caused the people to fall into a crisis of faith: Why did this calamity happen? Perhaps God was not truly powerful?

There are theologians who, in the face of all the terrible things that happen in the world today, say that God cannot be all-powerful. In response to this we profess God, the all-powerful Creator of heaven and earth. We are glad and thankful that God is all-powerful. At the same time, we have to be aware that he exercises his power differently from the way we normally do. He has placed a limit on his power, by recognizing the freedom of his creatures. We are glad and thankful for the gift of freedom. However, when we see the terrible things that happen as a result of it, we are frightened. Let us put our trust in God, whose power manifests itself above all in mercy and forgiveness. Let us be certain, dear faithful, that God desires the salvation of his people. He desires our salvation. He is always close to us, especially in times of danger and radical change, his heart aches for us and he reaches out to us. We need to open ourselves to him so that the power of his mercy can touch our hearts. We have to be ready to abandon evil, to raise ourselves from indifference and make room for his word. God respects our freedom. He does not constrain us. 

In the Gospel Jesus takes up this fundamental theme of prophetic preaching. He recounts the parable of the two sons invited by their father to work in the vineyard. The first son responded: “‘I will not go’, but afterward he repented and went.” Instead the other son said to the father: “‘I go, sir,’ but did not go.” When asked by Jesus which of the two sons did the father’s will, those listening respond: “the first” (Mt 21:29-31). The message of the parable is clear: it is not words that matter, but deeds, deeds of conversion and faith. Jesus directs this message to the chief priests and elders of the people, that is, to the experts of religion for the people of Israel. At first they say “yes” to God’s will, but their piety becomes routine and God no longer matters to them. For this reason they find the message of John the Baptist and the message of Jesus disturbing. The Lord concludes his parable with harsh words: “Truly, the tax collectors and the harlots go into the Kingdom of God before you. For John came to you in the way of righteousness, and you did not believe him, but the tax collectors and the harlots believed him, and even when you saw it, you did not afterward repent and believe him” (Mt 21:32). Translated into the language of our time, this statement might sound something like this: agnostics, who are constantly exercised by the question of God, those who long for a pure heart but suffer on account of our sin, are closer to the Kingdom of God than believers whose life of faith is “routine” and who regard the Church merely as an institution, without letting their hearts be touched by faith.

The words of Jesus should make us all pause, in fact they should disturb us. However, this is by no means to suggest that everyone who lives in the Church and works for her should be considered far from Jesus and the Kingdom of God. Absolutely not! On the contrary, this is a time to offer a word of profound gratitude to the many co-workers, employees and volunteers, without whom life in the parishes and in the entire Church would be hard to imagine. The Church in Germany has many social and charitable institutions through which the love of neighbour is practised in ways that bring social benefits and reach to the ends of the earth. I would like to express my gratitude and appreciation to all those working in Caritas Germany and in other church organizations who give their time and effort generously in voluntary service to the Church. In the first place, such service requires objective and professional expertise. But in the spirit of Jesus’ teaching something more is needed – an open heart that allows itself to be touched by the love of Christ, and thus gives to our neighbour, who needs us, something more than a technical service: it gives love, in which the other person is able to see Christ, the loving God. So let us ask ourselves, how is my personal relationship with God: in prayer, in participation at Sunday Mass, in exploring my faith through meditation on sacred Scripture and study of the Catechism of the Catholic Church? Dear friends, in the last analysis, the renewal of the Church will only come about through openness to conversion and through renewed faith.

The Gospel for this Sunday speaks of two sons, but behind them, in a mysterious way, there is a third son. The first son says “no,” but does the father’s will. The second son says “yes,” but does not do what he was asked. The third son both says “yes” and does what he was asked. This third son is the Only-begotten Son of God, Jesus Christ, who has gathered us all here. Jesus, on entering the world, said: “Lo, I have come to do thy will, O God” (Heb 10:7). He not only said “yes”, he acted on it. As the Christological hymn from the second reading says: “Though he was in the form of God, [Jesus] did not count equality with God a thing to be grasped, but emptied himself, taking the form of a servant, being born in the likeness of men. And being found in human form he humbled himself and became obedient unto death, even death on a Cross” (Phil. 2: 6-8). In humility and obedience, Jesus fulfilled the will of the Father and by dying on the Cross for his brothers and sisters, he saved us from our pride and obstinacy. Let us thank him for his sacrifice, let us bend our knees before his name and proclaim together with the disciples of the first generation: “Jesus Christ is Lord, to the glory of God the Father” (Phil 2:11). 

The Christian life must continually measure itself by Christ: “Have this mind among yourselves, which is yours in Christ Jesus” (Phil 2:5), as Saint Paul says in the introduction to the Christological hymn. A few verses before, he exhorts his readers: “So if there is any encouragement in Christ, any incentive of love, any participation in the Spirit, any affection and sympathy, complete my joy by being of the same mind, having the same love, being in full accord and of one mind” (Phil 2:1-2). Just as Christ was totally united to the Father and obedient to him, so too the disciples must obey God and be of one mind among themselves. Dear friends, with Paul I dare to exhort you: complete my joy by being firmly united in Christ. The Church in Germany will overcome the great challenges of the present and future, and it will remain a leaven in society, if the priests, consecrated men and women, and the lay faithful, in fidelity to their respective vocations, work together in unity, if the parishes, communities, and movements support and enrich each other, if the baptized and confirmed, in union with their bishop, lift high the torch of untarnished faith and allow it to enlighten their abundant knowledge and skills. The Church in Germany will continue to be a blessing for the entire Catholic world: if she remains faithfully united with the Successors of Saint Peter and the Apostles, if she fosters cooperation in various ways with mission countries and allows herself to be “infected” by the joy that marks the faith of these 
young Churches.

To his exhortation to unity, Paul adds a call to humility: “Do nothing from selfishness or conceit, but in humility count others better than yourselves. Let each of you look not only to his own interests, but also to the interests of others” (Phil 2:3-4). Christian life is a life for others: existing for others, humble service of neighbour and of the common good. Dear friends, humility is a virtue that does not enjoy great esteem today. But the Lord’s disciples know that this virtue is, so to speak, the oil that makes the process of dialogue fruitful, cooperation simple and unity sincere. The Latin word for humility, humilitas, is derived from humus and indicates closeness to the earth. Those who are humble stand with their two feet on the ground, but above all they listen to Christ, the Word of God, who ceaselessly renews the Church and each of her members.

Let us ask God for the courage and the humility to walk the path of faith, to draw from the riches of his mercy, and to fix our gaze on Christ, the Word, who makes all things new and is for us “the way, the truth, and the life” (Jn 14:6): he is our future. Amen. 

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