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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

Samedi Saint: mystère de prédication missionnaire

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Première lettre de saint Pierre Apôtre (1P 3, 19-22)

3

19 C'est ainsi qu'il est allé proclamer son message à ceux qui étaient prisonniers de la mort.
20 Ceux-ci, jadis, s'étaient révoltés au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l'arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, huit en tout, furent sauvées à travers l'eau.
21 C'était une image du baptême qui vous sauve maintenant : être baptisé, ce n'est pas être purifié de souillures extérieures, mais s'engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ
22 qui est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu.

 
Copyright AELF - 1980 - 2006 - Tous droits réservés

 

 

 

rubens.resurrection
 
Rubens, La Résurrection


    Le samedi saint n'est pas seulement le silence du tombeau, l'absence d'un Dieu K.O. se remettant lentement de ses blessures. Le samedi saint, c'est le mystère du Christ dont nous croyons avec toute l'Eglise qu' "il est descendu aux enfers"...

    Avez-vous remarqué que dans le Symbole de Nicée-Constantinople, plus long pourtant que le Symbole des Apôtres, ce mystère n'est pas mentionné? (Cela montre bien que le Symbole des Apôtres ne doit pas être considéré comme un simple résumé du Symbole de Nicée-Constantinople.)

    Il n'en demeure pas moins que la descente de Jésus aux enfers fait partie intégrante du noyau central de notre foi:
 
Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu: le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, et il a été mis au tombeau; il est ressuscité le troisième jour conformémént aux Ecritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze.
Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres, voilà notre message, et voilà notre foi. (1 Co 15, 3-5.11)

    Ce qui est frappant, ce n'est pas le silence du tombeau; c'est notre silence au sujet de ce mystère. La Liturgie des Heures, pour l'Office des Lectures du Samedi Saint, donne une homélie ancienne du IIe siècle :
 
Il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles.
Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue.
Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis
dans les ténèbres et à l’ombre de la mort.
Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui

    Cela fait beaucoup de travail ! Et ce travail, dit saint Pierre, c'est un travail de prédication, d'annonce, de kérygme. Le comment de ce travail n'est pas notre affaire, mais celle du Christ. Il suffit de connaître le fait.

    Or, ce fait ne concerne pas seulement "les enfers", ceux qui jadis se sont révoltés, et qui attendent leur délivrance. Il nous concerne aussi: "C'est une image du baptême", écrit saint Pierre. Il concerne donc aussi ceux qui vivent dans l'attente du baptême (les catéchumènes, mais encore ceux qui, sans en être conscients, vivent dans un secret désir d'être baptisés); il concerne donc aussi tous ceux qui sont déjà baptisés, et qui doivent s'associer au Christ dans ce travail de prédication missionnaire jusqu'aux confins du monde, du monde extérieur, mais aussi intérieur, de tous les mondes connus et inconnus. Il concerne même ceux qui sont déjà baptisés, mais qui, s'étant révoltés, vivent déjà comme aux enfers.

    C'est la vocation de Ste Thérèse de Lisieux: être missionnaire de l'amour sans frontières, non seulement dans l'espace, en extension et en profondeur, mais aussi dans le temps.

    C'est la vocation de tous les baptisés. "Suis-moi", dit Jésus en appelant des premiers disciples au début de sa vie publique. Enseveli au tombeau et descendu aux enfers, il nous le dit encore. Mais qui veut passer par la porte étroite pour suivre Jésus dans sa mise au tombeau et sa descente aux enfers ? Ici, plus que jamais, "la moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux..." Le Cardinal Ouellet écrit que:
 
notre monde a bien besoin de méditer ce mystère pour retrouver le sérieux de la vie et de la mort avec le fondement de la véritable Espérance.

    Prions donc le Maître de la moisson, qu'il envoie des ouvriers à sa moisson.

Un cadeau à nul autre pareil - Homélie pour la nuit de Noël

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

 
 
    En prenant mon repas de midi (ou plutôt celui de 14h00) en cette veille de Noël, je regardais les nouvelles à la télévision. Évidemment il y avait un sujet sur Noël: des enfants à qui les journalistes posaient la question ce qu'ils attendaient du Père Noël. Il y a eu des réponses de toute sorte, comme vous pouvez l'imaginer. Mais parmi toutes les réponses, il y en avait une qui m'a frappé: celle de l'enfant (c'était une petite fille) qui disait qu'en tout cas, si le Père Noël ne lui apportait pas de cadeau, elle ferait "un scandale!" C'était le dernier enfant interrogé. Ensuite la caméra est revenue sur la journaliste qui présentait les nouvelles, et qui, ayant entendu la réponse de cet enfant, avait un regard attendri et souriant. Moi, je n'ai pas souri. Je n'ai pas été attendri. Je me suis demandé simplement ce que deviendrait cet enfant plus tard, avec cette mentalité apparemment déjà bien ancrée de revendiquer ses droits et de rouspéter si rien ne vientt... et de ne pas assumer ses devoirs et responsabilités.

    En cette nuit, avec les chrétiens du monde entier, nous célébrons dans la joie la Nativité de Notre Seigneur. Même le monde fête Noël, à sa manière. En France un maire s'est insurgé contre le fait qu'une crèche avait été installée sur la place publique, près de la mairie. Il en a publié la photo sur son blog, et il a écrit: "Cherchez l'erreur." Alors on a trouvé la solution pour fêter Noël "laïquement" en mettant Jésus à la porte et en le remplaçant par le Père Noël. C'est non seulement conforme aux dogmes du laïcisme; en plus c'est pratique, parce que le Père Noël, paraît-il, c'est celui qui apporte des cadeaux. En tout cas, c'est tout ce qu'on lui demande alors que lui ne nous demande rien. Tandis que Jésus, lui, il vient tout nu, il faut qu'on l'habille, qu'on le nourrisse, qu'on le réchauffe. Il est tout pauvre, et il ne nous apporte rien ... et il nous demande tout! C'est du moins comme cela que l'on se représente les choses, plus ou moins consciemment.

    Une fable raconte qu'un jour Jésus retourna visiblement sur terre. C'était au temps où le Père Noël n'était pas encore tellement à la mode. Mais déjà on avait fait de l'enfant Jésus un distributeur de cadeaux à tout va. C'était un jour de Noël, il y avait beaucoup d'enfants réunis à une fête. Il se présenta au milieu d'eux. Les enfants le reconnurent et l'acclamèrent. Puis l'un d'eux demanda quel cadeau Jésus lui avait apporté, et tous les enfants lui demandèrent tour à tour quel cadeau il leur apportait. Jésus ne répondit pas, mais il ouvrit les bras...

    Ici, j'interromps l'histoire. Jésus vient parmi des enfants. Ces enfants, à leur niveau, parlent comme des adultes. Ils ont été contaminés par la mentalité des adultes, cette mentalité qui consiste à revendiquer pour soi, et que Jean-Baptiste a voulu corriger quand les gens lui demandaient: "Que devons-nous faire?" Réponse (aux foules): "Celui qui a deux vêtements, celui qui a de quoi manger... qu'il partage"; (aux publicains): "N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé"; (aux soldats): ... Contentez-vous de votre solde".

    Mais il y autre chose. Quand ces enfants, contaminés par la mentalité des adultes, voient Jésus ouvrir les bras, à quoi pensent-ils? Quelle est leur réaction inconsciente? N'est-ce pas de se dire: "Qu'est-ce qu'il va nous demander? Non seulement il ne nous apporte pas de cadeaux, mais il va nous demander des sacrifices!"

    Alors, continue la fable, un enfant dit: "Voyez, il ne nous a rien apporté. Mon père a raison de dire que la religion ne sert à rien, qu'elle ne nous donne rien, qu'elle ne nous apporte aucun cadeau!" Mais un autre enfant répondit: "en ouvrant ses bras, Jésus veut dire qu'il nous apporte lui-même; c'est lui qui se donne comme notre frère, Fils de Dieu pour nous rendre fils de Dieu comme lui."

    La réponse de cet enfant, ce n'est pas une fable. C'est exactement ce que nous dit Saint Paul dans la lettre à Tite (2e lect.): "La grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes", dit-il. La grâce, c'est le cadeau par excellence, le cadeau de l'amour. Jésus dira qu'il n'y en a pas de plus grand que celui de "donner sa vie pour ceux qu'on aime". "Donner sa vie", cela veut dire ici, non pas simplement un homme qui donne sa vie pour un autre homme, c'est Dieu qui nous donne sa vie de Dieu, pour nous rendre participants de sa divinité!

    Or, de cette grâce inouïe, cadeau à nul autre pareil, saint Paul nous dit que "c'est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux" ... "pour faire de nous son peuple", et il précise: "un peuple ardent à faire le bien".

    Alors oui, il y aura des sacrifices à faire, mais ce n'est pas ce qui est premier. Ce qui est premier, c'est la grâce. La grâce, c'est l'oeuvre de Dieu, merveilleux cadeau que nous devons seulement apprendre à accueillir. Le reste vient ensuite et s'apprend peu à peu. Car la grâce nous "apprend", elle nous enseigne, elle nous transforme.

    C'est ce que disait saint Augustin, quand lui aussi était épouvanté par les exigences de la morale chrétienne, notamment en matière de chasteté. Mais après un long combat intérieur, éclairé par l'Esprit Saint, il a dit au Seigneur : "Seigneur, demande-moi ce que tu veux, mais donne-moi ce que tu me demandes."

    Accueillons donc la grâce de Noël. C'est Jésus qui se donne. C'est le Père qui le donne, dans la dynamique de l'Esprit Saint. Et laissons-nous transformer par elle à son image et à sa ressemblance. Alors nous ferons l'expérience de la vérité des paroles de Jésus quand il disait: "Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir".

Homélie 34 T.O.C. 2007: En un mot: tout ! - Christ Roi de l'Univers (Lc 23, 35-43)

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)


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   Comme je vous l'avais déjà rappelé l'année dernière la solennité du Christ Roi, qui termine l'année liturgique, a été instituée par le Pape Pie XI, pour affirmer la souveraine autorité du Christ sur les hommes et les institutions. Pie XI l'avait fixée au dimanche qui précède la Toussaint. Mais Paul VI l'a transférée au dernier dimanche de l'année liturgique pour mettre l'accent sur le caractère cosmique et eschatologique de la royauté du Christ.

Cette dimension cosmique et eschatologique est magnifiquement exprimée par saint Paul (cf. 2° lect.), d'abord dans l'ordre de la rédemption :

Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé,
par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés.

Et plus loin :
Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,
sur la terre et dans les cieux,
en faisant la paix par le sang de sa croix.

Cet aspect trouve un écho dans la préface de la solennité :
Tu as consacré Prêtre éternel et Roi de l'univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu'il s'offre lui-même sur l'autel de la Croix en victime pure et pacifique, pour accomplir les mystères de notre rédemption.

Saint Paul chante aussi la royauté du Christ dans l'ordre de la création :
c'est en lui que tout a été créé
dans les cieux et sur la terre,
les êtres visibles
et les puissances invisibles :
tout est créé par lui et pour lui.

En lui ... par lui et pour lui : cela évoque la conclusion de la prière eucharistique, la doxologie finale, où le célébrant dit (ou chante) :
Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puisssant, dans l'unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles.
Et l'assemblée répond :
Amen !

    Chaque eucharistie est ainsi une célébration du Christ Roi en tant qu'auteur souverain de la rédemption et de la création. Elle actualise cette royauté, en la rendant accessible à tous. Ne pas être fidèle à l'eucharistie dominicale, cela revient à ne pas accepter et à rejeter la royauté du Christ ! Car celui qui est notre Roi, celui qui est le Roi de l'univers, ce n'est pas un roi lointain ou absent ; c'est un roi qui s'est fait chair et qui est venu camper parmi nous (cf. Jn 1, 14) ; en nous voyant il nous dit : "Aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi !" (Lc 19, 5) ; il est venu marcher sur nos chemins afin que nous lui demandions de rester avec nous (cf. Lc 24, 29).

    Encore faut-il, quand nous le célébrons, que nous ne l'honorions pas des lèvres seulement, mais de tout notre coeur (cf. Is 29, 13 ; Mc 7, 6). Considérer la participation (ou "l'assistance" !) à la messe du dimanche comme une manière de se débarrasser du bon Dieu
pour le reste de la semaine, ainsi que le disait le curé d'Ars à ses paroissiens, c'est de l'hypocrisie. L'hypocrisie n'honore pas Dieu, et elle ne sauve personne. Les chrétiens, c'est comme les automobilistes :  s'ils sont seulement "du dimanche", ils ne savent pas conduire, ils ne savent pas SE conduire.

    Entrer dans une église et faire une profonde génuflexion (que beaucoup ne font même plus), ça n'est pas quelque chose d'anodin, vous voyez ! C'est reconnaître que celui qui est là dans le tabernacle est notre roi et vouloir se soumettre à lui. Quand nous faisons cette génuflexion nous exprimons par l'attitude de notre corps que nous nous engageons à faire sa volonté et à vivre selon ses commandements avec tout l'amour de notre pauvre coeur et à chaque instant de notre vie.

    Venir à la messe, ce n'est pas s'engager envers le Christ pendant une heure, une heure et demie ou deux heures et demie (ça dépend de l'endroit) et parce qu'on est "obligé". Non ! c'est s'engager envers lui pendant toute la semaine, pendant toute notre vie et de tout notre coeur, parce qu'il est celui qui nous a sauvés, celui qui nous a pardonné, celui "de qui nous tenons la vie, la croissance et l'être" (6° préface des dimanches), c'est-à-dire tout.

    Tout ... Voilà le mot clé, le mot de passe, en quelque sorte, pour entrer dans le Royaume du Christ. Un bon petit exercice que vous pouvez tous faire aujourd'hui, chez vous, en famille, pourquoi pas, c'est de reprendre d'abord la deuxième lecture et de regarder combien de fois ce mot "tout" revient. Ensuite, vous pouvez aller plus loin en essayant de repérer dans les textes de la bible et de la messe d'aujourd'hui et de la liturgie dans son ensemble d'autres exemples où ce mot est utilisé par rapport à Dieu, au Christ, et à nous.

    Tout, c'est le mot qui dit tout ! C'est tout l'ordre de la rédemption. C'est tout l'ordre de la création. Jésus est le Roi de tous les hommes de tout âge, de toute race, de tous les pays. Il est le roi de tout l'homme, corps et âme. Il est le roi, non seulement des hommes, mais de l'univers, c'est-à-dire du monde minéral, végétal, animal ... Voyez comment cela s'exprime dans la liturgie : les pierres, les fleurs ... Il y a des églises où le chien du curé est couché près de l'autel pendant toute la messe. Chez nous le monde animal est représenté seulement par les moustiques. Chacun ses goûts ! Il est le roi de l'univers. Y-a-t-il d'autres planètes où il y a une forme de vie que la terre ? L'Église ne l'exclut pas. Mais si c'est le cas, nous savons déjà que le Christ en est le roi !

    Voyez aussi comment la liturgie implique tout notre corps. Je vous ai parlé de la génuflexion. Il y a la position assise et debout. À certaines occasions, il y a même la position couchée, le vendredi saint, et au moment de la litanie des saints pour les ordinations.

    La liturgie parle à nos cinq sens : la vue et l'ouïe, le toucher et l'odorat, le goût. Tout cela, c'est la royauté universelle du Christ.

    Dans le temps aussi, la royauté du Christ s'étend à toutes les époques de l'univers, à toutes les périodes de notre vie aussi. Il y en a qui disent : Oui, je veux bien, mais pas tout ... de suite. Et ils se réclament de l'exemple du bon larron de l'évangile. Jésus, disent-ils, est miséricordieux. On aura toujours le temps de s'arranger avec lui. Pour l'instant, profitons de la vie ! Cela aussi est de l'hypocrisie. S'ils croient que Jésus est si bon, pourquoi continuent-ils d'enfoncer des clous dans sa chair par leur vie de péché ?

    Ce qu'ils oublient, c'est que le bon larron n'a rencontré son roi qu'à la fin de sa vie, au moment de mourir. Nous, nous l'avons rencontré depuis quand ? - Depuis notre baptême ! Très bien. C'est le jour de notre baptême que Dieu "nous a arrachés au pouvoir des ténèbres" et qu'il "nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé" (2° lect.). Ce qu'ils oublient aussi, c'est que pendant le temps qui lui restait à vivre, le bon larron a reconnu ses péchés, supporté sa souffrance et défendu le Christ contre les moqueries de son compagnon de ténèbres. Alors faisons-en autant.

    Est-ce que vous vous souvenez de ce que nous avons demandé au Seigneur dimanche dernier dans la prière d'ouverture de la messe ?


 
Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité:
Car c'est un bonheur durable et profond de servir constamment le créateur de tout bien.

Et le jour de la Présentation de la Vierge Marie :
 
Puisque nous célébrons la mémoire de la très sainte Vierge Marie,
Accorde-nous, Seigneur, par son intercession, le bonheur de vivre dès maintenant en ta présence et d'avoir part un jour à la plénitude de ta grâce.

Et aujourd'hui :
 
Dieu éternel, tu as voulu fonder toutes choses en ton Fils bien-aimé, le Roi de l'univers;
Fais que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.
   
    Vous voyez, ces prières-là, nous ne pouvons pas les réciter du bout des lèvres. Cela n'aurait aucun sens.

 

Pour lire l'homélie de l'année dernière :

SOLENNITÉ DU CHRIST ROI DE L'UNIVERS: DE L'APOSTASIE AU TÉMOIGNAGE (Jn 18, 33-37)


 

 

Le bon larron a reconnu ses péchés, supporté sa souffrance et défendu le Christ contre les moqueries de son compagnon de ténèbres.

Le bon larron a reconnu ses péchés, supporté sa souffrance et défendu le Christ contre les moqueries de son compagnon de ténèbres.

Toussaint pour les gens. Et pour vous. - Homélie

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
toussaint.jpg
 
    Trouvé sur la page d'accueil de Skynet, ce sondage à propos de "la Toussaint".
 
Que représente la Toussaint pour vous ?
- Un jour pour se souvenir des disparus
- L’occasion de fleurir les tombes de vos proches
- Une opportunité de se retrouver en famille
- Une vulgaire opération commerciale
- Le rendez-vous des hypocrites, pas besoin d’une fête pour penser aux défunts
- Un jour de congé toujours bon à prendre
- Rien de particulier
    Je ne sais pas quel sera le résultat de ce sondage. Mais vous avez remarqué, je l'espère, que les rédacteurs de ce sondage n'ont pas prévu la possibilité de donner une réponse correcte ! Oubli ? Erreur ? Omission volontaire ? Ignorance crasse ? En tout cas il y a encore du pain sur la planche pour la nouvelle évangélisation.
 
    "Que représente la Toussaint pour vous ?"... Cela me fait penser à la question de Jésus à ses disciples : "Pour les hommes qui suis-je ? ... Et pour vous ... ?"
 
    Et pour vous, que signifie la Toussaint ?

    Jacques de Voragine, archevêque de Gênes au 13° siècle, auteur de la "Légende dorée", livre qui relate la vie de saints illustres et qui a connu un grand succès pendant le Moyen Âge, écrit que la fête de la Toussaint à été instituée pour quatre raisons principales :

1° pour commémorer la consécration, le 3 mai 605, d'une église que le pape Boniface avait fait construire en lieu et place du Panthéon romain, placée sous le patronage de la Vierge Marie et de tous les martyrs. Plus tard la date de cette fête fût déplacée au 1° novembre, un moment où la moisson et les vendanges étaient terminées et que les pèlerins pouvaient trouver plus facilement à se nourrir ;

2° pour commémorer les saints qui n'ont pas de fête propre au calendrier et pour suppléer à l'oubli de ceux qui y sont ;

3° pour expier nos oublis ou notre paresse à commémorer les saints dont les noms sont inscrits au calendrier ;

4° pour faciliter l'obtention de nos voeux par l'intercession de tous les saints.


    Historiquement, la fête de tous les saints était donc essentiellement la fête de tous les martyrs de la foi. Dans l'évangile du jour aussi, la béatitude des persécutés occupe une place tout à fait spéciale. C'est la dernière, et la seule à être répétée.

    C'est Pierre qui dans l'évangile à répondu à la question que Jésus posait aux Douze. Voyons ce que nous dit son successeur à propos de la signification des saints. Dimanche dernier a eu lieu à Rome un évènement historique : la béatification de 498 martyrs espagnols (évêques, prêtres, religieux et religieuses, et laïcs, hommes et femmes, jeunes et adultes). Après la messe solennelle de béatification, Benoît XVI avait relevé le caractère tout à fait exceptionnel de ces béatifications. Et d'expliquer aux nombreux fidèles assemblés que
l’inscription le même jour au rang des Bienheureux d’un aussi grand nombre de Martyrs prouve que le témoignage suprême du sang n’est pas une exception réservée seulement à quelques individus, mais une éventualité réelle pour le Peuple Chrétien tout entier. Il s’agit en effet d’hommes et de femmes, différents par l’âge, la vocation et la condition sociale, qui ont payé de leur vie la fidélité au Christ et à son Eglise ... Leur exemple est là pour témoigner que le Baptême engage tous les chrétiens à participer avec courage à la diffusion du Royaume de Dieu, en coopérant, si c’est nécessaire, avec le sacrifice de leur propre vie elle-même.

    Cependant, tous ne sont pas appelés au martyre sanglant ; il y a aussi un "martyre" non sanglant, disait le pape, qui se manifeste par le
témoignage silencieux et héroïque de nombreux chrétiens qui vivent l’Évangile sans compromis, en accomplissant leur devoir et en se dévouant généreusement au service des pauvres.

    Sainte Jeanne de Chantal parlait à ce propos du "martyre d'amour" qui dure depuis le moment où quelqu'un s'est livré sans réserve à Dieu jusqu'au jour de sa mort,
mais cela s'entend; disait-elle, pour les coeurs généreux, et qui, sans se reprendre, sont fidèles à l'amour ; car, les coeurs faibles et de peu d'amour et de constance, Notre Seigneur ne s'applique pas à les martyriser ; il se contente de les laisser rouler leur petit train, de crainte qu'ils ne lui échappent, parce qu'il ne violente jamais le libre arbitre.

    De ce "martyre d'amour" elle disait qu'il
ne cède rien à l'autre, car l'amour est fort comme la mort, et les matyrs d'amour souffrent plus mille fois en gardant leur vie, pour faire la volonté de Dieu, que s'il en fallait donner mille pour témoignage de leur foi, de leur amour et de leur fidélité.

    Benoît XVI disait aussi que ce
martyre de la vie ordinaire est un témoignage des plus importants dans les sociétés sécularisées de notre temps... C’est la bataille pacifique de l’amour que chaque chrétien, comme Paul, doit combattre sans se lasser, la course pour répandre l’Évangile, qui nous engage jusqu’à notre mort.

    Ce martyre, c'est le
témoignage silencieux et héroïque de nombreux chrétiens qui vivent l’Évangile sans compromis, en accomplissant leur devoir et en se dévouant généreusement au service des pauvres.

    Et il donnait comme exemple la Polonaise Celina Chludzińska Borzźcka, épouse et mère de famille, veuve et religieuse, béatifiée à Rome le jour précédent.

    Puissent donc nos coeurs tièdes se rallumer au feu de l'amour de cette foule immense de témoins, connus et inconnus, que nous fêtons aujourd'hui et que le Seigneur nous donne en exemples et comme intercesseurs. Et soyons plus attentifs à connaître et à aimer chaque jour de l'année le ou les saints qui sont au calendrier jour après jour. Prenons le temps de lire la biographie ou les écrits de tel ou tel saint. Ils n'attendent que cela pour mieux nous prendre par la main pour les rejoindre là où ils sont, "devant le Trône et devant l'Agneau".

 

La cerise sur le gâteau : accueillir Jésus comme Zachée - Homélie 31° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 31 TOC ev

    Après avoir écouté l'évangile de ce dimanche, il importe que nous ne perdions pas le fil (celui de saint Luc ... et de l'Esprit-Saint), car depuis dimanche dernier, le découpage liturgique a sauté certains passages que nous connaissons par ailleurs mais qu'il est bon de se remettre en mémoire. Voyons cela de plus près.

    On peut dire que ce qui constitue le thème général de cette partie de l'évangile de saint Luc, c'est l'accueil du Royaume. Ca n'a l'air de rien, mais ce n'est pas si facile que ça d'accueillir le Royaume ! Neuf lépreux sur dix sont passés à côté (17, 12-19). Ils croyaient que le Royaume consistait à "faire" quelque chose. Or, le Royaume n'est pas l'oeuvre des hommes, mais l'oeuvre de Dieu. Pour les hommes il est impossible à "faire", à fabriquer. Nous n'avons pas la recette. Le Royaume se reçoit seulement. Un seul à compris. C'était un Samaritain.

    Ensuite saint Luc nous a livré l'enseignement de Jésus sur la persévérance dans la prière (18, 1-8). C'est la prière qui nous amène peu à peu à une foi accueillante, une foi qui accepte le caractère bouleversant de la venue du Royaume, sans poser de questions (quand et où ? - cf. 17, 20-37).

 
Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (18, 8)


    Dimanche dernier, c'était la parabole du pharisien et du publicain (18, 9-14) que Jésus racontait

pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres (18, 9).


    Cette foi n'est pas la foi de ceux qui se croient justes. C'est la foi qui rend juste celui qui reconnaît ses péchés en se confiant à Dieu. L'attitude du pharisien, un homme pourtant d'une qualité indéniable, d'une certaine droiture, mais qui n'a pas besoin de Dieu, est en porte-à-faux. C'est le publicain humblement repentant qui est sur la bonne voie pour accueillir le Royaume.

    C'est ce qui est décrit ensuite, non plus en paraboles, mais dans deux "tranches de vie" que la liturgie a laissées de côté : celle des enfants et celle du notable riche (18, 15-30). Ici saint Luc enfonce le clou. On ne peut être plus clair : non seulement tout est à recevoir, comme un enfant accepte spontanément de tout recevoir :

Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas (v. 17) ...


mais même ce que l'on possède est de trop pour accueillir la vie éternelle ! Accueillir le Royaume qui vient, c'est prendre le chemin de Jérusalem derrière Jésus, le chemin d'un dépouillement absolu, c'est une exigence implacable de renoncement à toute sécurité humaine (v. 18-30) :

Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses de pénétrer dans le royaume de Dieu ! (v. 26)


    La troisième annonce de la passion qui enchaîne immédiatement après (v. 31-34) renforce encore le caractère abrupt et contradictoire de cette sentence : accueillir le Royaume est d'une simplicité enfantine, et pourtant un notable qui demande ce qu'il faut "faire" pour hériter de la vie éternelle, s'en avère incapable ! Voilà le paradoxe.

Prenant alors les Douze avec lui, (Jésus) leur dit : "Voici que nous montons à Jérusalem ..." (v. 31)


    "Nous montons" (ensemble) : c'est le mystère de l'Église qui est ici évoqué. Il faut accepter de monter "ensemble", c'est-à-dire non seulement dans le but de suivre Jésus, chacun de son côté, comme il peut, et, surtout, comme il veut, mais en Église. Voilà ce qui nous est donné à vivre et qui nous donne la vie, par pure grâce.

    Et voici que se profile Jéricho à l'horizon. Jéricho, vous vous en souvenez, c'est la porte d'entrée dans la terre promise. C'est par là que les Hébreux, sous la conduite de Josué (ensemble ...), sont entrés dans la "terre sainte" (cf. Josué, ch. 6). Jésus, le nouveau Josué, s'approche et traverse maintenant la ville. Voilà la chance à saisir au vol, à l'instant même, sans attendre. Un aveugle fait ce que le notable n'avait pas su faire : il suit Jésus (v. 43). Zachée, lui aussi, accueille Jésus, lui ouvre sa maison et spontanément redistribue ses biens !

    L'épisode de l'aveugle se trouve dans les trois évangiles synoptiques. Celui de Zachée est propre à saint Luc. Le propos de saint Luc, en rédigeant son évangile, est d'annoncer la Parole qui sauve aux païens. L'aveugle représente les Juifs. Il fait une démarche explicite. Il demande à être guéri, et il l'est :

Fils de David, aie pitié de moi ! (v. 38)

    C'est l'appel au secours d'un Juif qui attend le Messie.

    Zachée, lui, ne demande rien. C'est Jésus qui l'interpelle par son nom :

 
Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi.


    C'est le même "couple" que celui de Pierre et du centurion. Pierre représente la manière juive de suivre Jésus. La foi du centurion personnifie la réponse des païens. Avec  l'aveugle nous est révélé que c'est la foi qui sauve ; avec Zachée c'est l'initiative gratuite de Dieu. Tous les deux s'engagent envers Jésus, mais chacun à sa manière : l'aveugle à la manière juive du disciple qui "suit" son maître, Zachée en offrant l'hospitalité et en distribuant ses biens.

    On se rend bien compte que saint Luc met l'accent sur Zachée, plutôt que sur l'aveugle. Cette scène est un mini-évangile, un évangile en condensé ! Jugez-en plutôt :

    On y retrouve

- l'aujourd'hui de la nativité de Jésus et de son discours de Nazareth ;
- le salut qui rappelle le cantique de Syméon ;
- ce qui était perdu, le leitmotiv du chapitre 15 (les paraboles de la miséricorde) ;
- le petit que Luc affectionne ;
- le pécheur et le publicain des chapitres 7 et 15, entre autres ;
- la venue qui souligne l'initiative de Dieu ;
- la hâte, rappel de la Visitation ;
- l'accueil dans la maison de Marthe et de Marie ;
- le partage (chapitre 12) et la remise des dettes (chapitre 16) ;
- le "demeurer", annonce d'Emmaüs ;
- et enfin la joie, omniprésente dans son évangile.


    Vous l'aurez compris : ce passage est un petit bijou. C'est la cerise sur le gâteau. Si vous aimez cet épisode de Zachée, c'est le signe que vous avez bon goût. Mais alors, ne le gardez pas égoïstement pour vous. Vous avez reçu Jésus bien plus que Zachée. Vous avez été baptisés et confirmés. Vous êtes rassemblés pour l'Eucharistie dominicale. Si vous accueillez Jésus comme Zachée, alors comme lui, distribuez aussi votre richesse aux pauvres et donnez-leur envie de goûter et de voir eux aussi comme le Seigneur est bon (cf. Ps 33, 9), par vos paroles, mais surtout par votre exemple. La cerise n'en sera que meilleure. Le gâteau aussi.

Le pharisien et le publicain: une parabole de la justification par la foi - Homélie 30° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Jésus disait une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager (Lc 8, 1)

    C'était l'introduction à l'évangile de dimanche dernier. "Il faut toujours prier sans se décourager." Je vous le rappelle en ce dernier dimanche du mois du Rosaire. La prière n'est pas toujours une fête. Sinon, ce ne serait pas bien difficile d'y persévérer ! "Il faut", c'est l'expression habituellement employée par Jésus dans les évangiles pour parler de sa passion (et de sa résurrection), par exemple au verset 25 du chapitre précédent :
 
Il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération.

    Il faut, il faut ... Pour que le disciple puisse persévérer dans la foi en Jésus au milieu des tribulations, "il faut" qu'il prie sans cesse. Car croire en un Jésus rejeté, "éprouvé", est une épreuve aussi pour celui qui croit en lui. Or cette foi est nécessaire pour être "justifié". Comment alors être sauvé, puisque Dieu nous justifie d'une manière si déconcertante ? Et comment persévérer dans l'action de grâce au milieu des épreuves, quand seulement un lépreux sur dix revient sur ses pas pour rendre grâce alors qu'ils viennent de bénéficier d'une guérison miraculeuse ? Qu'est-ce que ce sera alors à l'heure de la croix ?
 
Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? (v. 8)

    Cette question lancinante de la fin de l'évangile de dimanche dernier n'est pas simplement oratoire, et j'espère que vous ne l'oublierez pas de si tôt. Si nous ne prions pas sans cesse, la venue du Seigneur sera pour nous une épreuve insurmontable. Comme entrée en matière pour l'évangile de ce jour, on ne fait pas mieux !
 
Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres.

    Le pharisien de la parabole de ce dimanche n'est pas n'importe qui ... et il le sait. Lui, il en a fait, des choses ! Il jeûne deux fois par semaine, et il verse le dixième de tous ses revenus. Ce n'est pas rien. Il n'y en a pas beaucoup parmi nous, je pense, qui pourraient dire la même chose. Cela se verrait au montant de la collecte de la messe et ... aux mensurations de votre taille ! Et voilà que, en plus, ce pharisien pratique la prière d'action de grâce ! Mais il ne la pratique pas tout à fait comme le Samaritain guéri de sa lèpre. Il ne rend pas grâce de ce que le Seigneur a fait pour lui ; il rend grâce de ce que lui a fait pour le Seigneur.

    Le pharisien de cette parabole est l'équivalent, sous forme narrative, de ce que saint Paul appelle dans un discours spéculatif la justification par la loi. Remarquons tout de même que la pratique de la loi du pharisien présente des failles importantes, dans le domaine de l'amour du prochain, notamment. Il était convaincu d'être juste, et il méprisait "tous les autres"... En matière de charité fraternelle, on fait mieux.

    Le publicain, lui, illustre parfaitement ce que l'Apôtre veut dire quand il parle de la justification par la foi. Lui n'a rien fait de ce dont le pharisien se vante, et il a peut-être sur la conscience tout ce qui fait que le pharisien le méprisait. Et pourtant c'est de lui dont Jésus dit qu'il est "devenu juste". Vous y comprenez quelque chose, vous ? Ce que Jésus dit là a de quoi nous déboussoler. Cela voudrait-il dire que toutes nos bonnes actions ne servent à rien, et qu'il vaut mieux profiter de la vie en prenant son pied, comme on dit ?

    Évidemment pas. Ce que Jésus veut nous faire comprendre, c'est ceci : face à Celui qui vient, "le Fils de l'homme", l'attitude demandée est moins de faire quelque chose pour mériter sa venue et la récompense qu'il apporte, d'élaborer et de réaliser des projets (plus ou moins pastoraux) ..., que de s'ouvrir à cette venue en accueillant le don de Dieu, le don du salut dont nous avons tous besoin, puisque pécheurs nous le sommes tous. Contrairement à ce que pensaient les pharisiens, personne ne peut se sauver lui-même. Et a fortiori personne ne peut sauver les autres. Le Royaume de Dieu qui devient le Royaume des sauvés ne peut être que l'oeuvre de Dieu. Que nos richesses soient matérielles, morales ou spirituelles, personne ne peut acheter Dieu, personne ne peut le mériter.  Pour les pharisiens - et saint Paul en était, mais il s'est converti - l'erreur était de croire que l'on peut se justifier par la pratique de la loi.

    Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ? Lors d'une précédente homélie je vous avais dit :
 
Il y a aujourd’hui une certaine forme d’humanisme qui fait pratiquement l’unanimité parmi nos contemporains. Et pourtant, ce n’est pas pour autant dans ces milieux très larges une porte ouverte à la lumière de l’évangile. L’humanisme peut être une manière élégante mais sournoise de tenir Dieu à l’écart, ou de se débarrasser de lui quand, décidément, il n’est plus raisonnable. Et l’on finit par adorer l’homme (ou Satan) à la place de Dieu.

    Dans son homélie sur l'évangile de ce jour, le Père Cantalamessa dit :
 
Bon nombre des soi-disant "nouvelles formes de religiosité", aujourd’hui en vogue, conçoivent le salut comme une conquête personnelle, due à des techniques de méditation, des habitudes alimentaires, ou à des connaissances philosophiques particulières.
Le prédicateur de la Maison Pontificale fait allusion ici au yoga, la médiation transcendantale, et aux sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie et la Rose-Croix. Et il continue :
La foi chrétienne le conçoit comme un don gratuit de Dieu en Jésus-Christ, qui exige certainement des efforts personnels et l’observance des commandements, mais plus encore comme une réponse à la grâce que comme une cause de cette grâce.

    Le Seigneur ne nous demande pas d'en faire moins, plutôt de faire plus, mais surtout, de le faire autrement : non pas pour ensuite réclamer notre récompense ("le paradis") comme un dû, mais pour rendre grâce au Seigneur qui ne cesse de nous dire depuis que nous avons été baptisés :
Tout est prêt : venez au repas de noce ! (Mt 22, 4)
    Et notre réponse ne pourra être que de nous frapper la poitrine en disant :
Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dit seulement une parole et je serai guéri.
    Ou bien, comme le publicain de la parabole :
Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !
    Il y a une attitude qui se rencontrait jadis chez un certain nombre de militants d'Action Catholique, relayée ensuite dans les milieux du Renouveau charismatique, qui consiste à penser qu'on est meilleur que les autres, et que ceux qui ne sont pas "des nôtres" n'ont aucune valeur spirituelle. On n'est pas loin du mépris pharisaïque dénoncé par Jésus.

    Il y a aussi des personnes, surtout des dames, qui viennent se confesser ... pour dire qu'elles n'ont pas de péché, et qui s'étonnent ensuite de ne pas recevoir l'absolution ! Je conseille à ces personnes de faire une bonne neuvaine au Saint Esprit pour lui demander la grâce de connaître, non pas tous leurs péchés - ce serait insupportable -, mais au moins quelques uns. Si je leur donnais l'absolution sans broncher, elles ne se convertiraient jamais tout en ayant bonne conscience. C'est ce ritualisme purement extérieur qui est dénoncé par Jésus. Vous voyez Jésus dire à ce pharisien : - Allez, c'est bon, vous n'êtes pas un mauvais bougre, et je ne vous en demande pas plus ?

    Ceci dit, ne pensons pas non plus pouvoir nous sortir d'affaire en nous servant de l'exemple du publicain comme d'un alibi pour nous installer dans une paresse spirituelle permanente. Ce serait aussi ... du pharisaïsme. Si nous sommes convaincus que Dieu est bon et miséricordieux, alors pourquoi continuer à l'offenser ? De deux choses l'une : soit nous ne croyons pas que Dieu est bon, et nous continuons de pécher en remettant notre conversion au lendemain ; soit nous croyons qu'il est bon, et nous prierons sans relâche pour supplier le Seigneur de nous aider à ne plus l'offenser et pour obtenir la grâce d'une vraie conversion :
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.
Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ?

Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ?

Transmets la Parole que tu reçois - Homélie 29° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

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Dimanche de la mission universelle (messe de rentrée des jeunes du cheminement)


    "Proclame la Parole à temps et à contretemps". Cette Parole n'est pas seulement une parole écrite qu'on peut lire dans un livre qu'on appelle la Bible. Le Christ lui-même s'est fait Parole : "Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous" (Jn 1, 14).

    La Parole que nous devons recevoir et transmettre est donc une Parole vivante. Recevoir cette Parole veut dire : croire en Jésus, Fils de Dieu fait homme. "Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" Cette question que Jésus nous pose doit nous interpeler : aujourd'hui, sommes-nous de ceux qui croient, de cette minorité ("petit troupeau", dira Jésus) de ceux qui croient ? Si nous attendons que tout le monde croie pour suivre le mouvement, nous risquons d'attendre longtemps.

    Mais l'expression "petit troupeau" nous rappelle en même temps que transmettre la Parole tout seul, cela n'est pas possible non plus. Le troupeau des croyants est petit, mais il existe, voulu par Dieu, et personne ne peut s'en passer. "La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux" : c'est le diagnostic de Jésus, et c'est un diagnostic précis. "Peu nombreux", mais pas isolé. "Peu nombreux": raison de plus pour se serrer les coudes de la foi, puisque c'est la foi de l'Église, pas ma petite foi à moi tout seul.

    Si nous ne transmettons pas la Parole que nous avons reçue, c'est que nous ne croyons pas en elle. Si notre foi n'est pas la foi du "petit troupeau", celle que nous avons reçue au baptême, si c'est la petite foi que nous nous sommes fabriquée, nous ne pourrons pas transmettre la Parole et notre vie sera stérile.

    En ce jour où nous célébrons la messe de la rentrée des jeunes du cheminement dans notre paroisse, leur parents, parrains et marraines pourront concrètement se poser la question : qu'est-ce que je fais pour transmettre la foi à mes enfants ? Et aussi : quelle foi est-ce que je transmets à mes enfants ? Si nous voulons être sincères, force nous est de constater que dans l'ensemble, et sauf exception, il existe un déficit très grand dans ce domaine.

    Benoît XVI nous aide encore à cerner davantage les causes de ce déficit :

 
La première urgence pour les croyants au Christ est de renouveler la foi des adultes dans tellement de communautés aujourd’hui sécularisées pour qu’ils puissent la communiquer aux autres générations.

Pas de transmission "authentique", a-t-il encore insisté, si les parents ne
 
s’engagent pas à approfondir la connaissance de leur propre foi, ravivant la flamme de la prière et la pratique assidue des sacrements de la confession et de l’eucharistie". (Discours aux familles en Espagne, La Croix - 3 juillet 2006).

    La foi, nous venons de le voir, c'est l'objet de la question de Jésus : la trouvera-t-il quand il viendra ? Nous ne savons pas quand ce sera, et nous n'avons pas besoin de le savoir. Il faut être prêt à chaque instant. L'approfondissement de la foi, ce n'est pas seulement pour les enfants et les adolescents. C'est aussi pour les adultes. La paroisse et le diocèse vous en offrent la possiblité. Il y en a d'autres qui ont leur valeur, pourvu qu'elles soient catholiques. L'erreur, comme disait la publicité, c'est d'aller ailleurs.

    Saint Paul à Timothée :
Tu dois en rester à ce qu’on t’a enseigné : tu l’as reconnu comme vrai, sachant bien quels sont les maîtres qui te l’ont enseigné.
    La foi, c'est bien aussi l'objet de l'exhortation de saint Paul à Timothée, qui n'était plus un adolescent. Votre foi d'adulte, comme la sienne, a besoin d'être gardée et, en même temps, renouvelée. Sinon vous ne pourrez pas la communiquer.

    Benoît XVI aux évêques d'Autriche :

Pensez à la façon dont, peu à peu, l'enseignement de la religion, la catéchèse aux divers niveaux et la prédication peuvent être améliorés, approfondis et pour ainsi dire complétés ! Utilisez avec ardeur, je vous le demande, le Compendium et le Catéchisme de l'Eglise catholique ! Faites en sorte que tous les prêtres et les catéchistes adoptent ces instruments, qu'ils soient présentés dans les paroisses, dans les groupes et dans les mouvements, et qu'ils soient utilisés dans les familles comme lecture importante ! Face à l'incertitude de cette période historique et de cette société, offrez aux hommes la certitude de la foi intégrale de l'Eglise ! La clarté et la beauté de la foi catholique rendent la vie de l'homme lumineuse aujourd'hui également ! Et cela en particulier si elle est présentée par des témoins enthousiastes et enthousiasmants.

Benoît XVI aux évêques autrichiens, visite ad limina,
message du 5 novembre 2005

   Les évêques, les prêtres, les catéchistes : ce ne sont pas des gamins non plus. Mais tout adultes, catéchistes et théologiens qu'ils sont, le Compendium et l'intégralité du Catéchisme sont pour eux "une lecture importante".

    La prière, il en est bien question dans les passages de la Bible que nous venons d'entendre. Ils nous invitent surtout à la persévérance et mettent en garde contre le danger de la lassitude (1° lect.) et du découragement (évangile). La première lecture, en outre, nous rappelle que si la prière nécessite un investissement personnel (Moïse ne prie pas comme une remorque, mais comme un entraîneur), elle doit, pour durer, être aussi communautaire. Tout seul, on se "fatigue" bien vite de prier, même si on est de ceux qui entraînent. D'ailleurs, on n'a jamais vu un entraîneur tout seul. Un entraîneur suppose une équipe. D'où l'importance de la prière de l'Église qui donne vigueur à la nôtre, personnelle, conjugale et familiale. Ca fait tout de même deux mille ans qu'elle prie, l'Église ! Et ça fait deux mille ans qu'elle croit !

    Mais Benoît XVI ne parle pas seulement de la connaissance de la foi qu'il faut renouveler et approfondir, et de la prière qu'il faut raviver. Il parle aussi de la nécessité de la pratique assidue des sacrements, notamment la confession et l'eucharistie. Nous en avons parlé dimanche dernier. Mais ce rappel n'est pas superflu. Des cent et quelques adolescents inscrits au cheminement, combien y en a-t-il que leurs parents accompagnent à la messe chaque dimanche ? Et combien y en a-t-il qui, au moins une fois ou deux par an, font une bonne confession ?

    L'approfondissement de la foi, la persévérance dans la prière et dans la pratique des sacrements : si un ou plusieurs de ces éléments font défaut dans la vie des parents, la transmission de la foi aux enfants ne pourra guère se faire.

    Mais vous, les enfants, vous adolescents, vous n'êtes pas non plus de simples réceptacles de la foi. En entrant "en cheminement" vous prenez vos propres responsabilités. Vous non plus n'êtes pas de simples remorques.

    La transmission de la parole ne se fait pas seulement de génération à génération. Vous aussi êtes acteurs entre vous. L’Esprit Saint vous fait apôtres. À travers l’action du MIDADE dans le monde (Mouvement d’éducation, d’action et d’évangélisation, présent dans 55 pays), nous pouvons voir comment les enfants sont capables d’être témoins au milieu de leurs semblables.

■ Au Cameroun, ils sont devenus actifs
« Mathias 13 ans et ses copains Cop’Monde habitent un quartier de Kongsamba très insalubre. Pendant la période des pluies cela devient intenable. Les populations et les pouvoirs publics semblent indifférents devant cette saleté qui envahit le quartier. Mathias et ses amis Cop’Monde décident de lancer une opération quartier propre. Ils en parlent à leur responsable de groupe et au curé. Le dimanche, à la fin de la messe, le curé donne la parole à Mathias qui informe et explique à toute la communauté chrétienne la décision du groupe. Le jour fixé, plusieurs enfants rejoignent le groupe pour un grand travail de nettoyage du quartier. Ils sont rejoints par quelques adultes ».

■ Les Yambotes
Ce mot veut dire appelé, avec d’autres, à faire des bonnes actions pour changer autour de soi. En 1999, c’est la fin de la guerre à Brazzaville. Il y a de l’insécurité partout, on continue le pillage des maisons, les arrestations se multiplient. Devant ce climat, les enfants « Yamboté » de la capitale s’écrivent des messages pour inviter les enfants dans les différents quartiers d’arrêter de s’associer aux malfaiteurs, et de dénoncer les agressions et les pillages. La vigilance des enfants atténue l’insécurité. Les messages sont relayés par quelques curés de paroisses.

■ Une rencontre en Afrique centrale.
35 enfants du MIDADE, délégués du Gabon, du Congo-Brazza, de la RDC, du Tchad, de la RCA et du Cameroun se retrouvent à Yaoundé, au Cameroun, en août 2005, pour réfléchir sur la situation dramatique de la région. Soutenus par leurs mouvements, ces enfants lancent un message de paix aux enfants de la région, aux dirigeants politiques. Dans le message, les enfants invitent les populations de la région à se tourner vers les valeurs de l’Évangile : la fraternité, l’amour du prochain, le pardon et la justice. Au cours de la rencontre, les enfants reçoivent la visite de l’Archevêque de Yaoundé. Le message a été repris par les églises de la région.

■ Au Sri-Lanka, des initiatives simples redonnent espoir
"Après le passage du Tsunami, le Mouvement des enfants LA-KRI-VI, (affilié au MIDADE) est directement frappé par la mort de plusieurs enfants et la souffrance des survivants. Face au désespoir des milliers d’enfants, le mouvement met en action des programmes pour soutenir humainement et spirituellement les “petites victimes”. Des initiatives simples : chants, théâtres, jeux, histoires, films, dessins et dynamique de groupe. Le but était de délivrer un message d’espoir. Les enfants ne voulaient plus entendre parler de Dieu. Ces programmes ont “réveillé” des milliers d’enfants. Les moines Bouddhistes ont voulu s’opposer aux programmes, car conduits par des enfants chrétiens. Nous avons dialogué avec eux. Quand ils ont vu le bien que cela apportait aux enfants, ils nous ont encouragés. Cette belle initiative a aussi donné l’occasion de renforcer le dialogue et de développer les rencontres entre bouddhistes et chrétiens".

    Et, pour finir - ce sera le bouquet final - ce beau témoignage d'un séminariste de Nice qui a enseigné dans une école au Burkina :

■ Au Burkina, les enfants viennent si nombreux à l’église…
Est-ce parce que je suis blanc, beaucoup d’enfants venaient me parler, même en dehors de l’école. On a eu des conversations très enrichissantes. Être au milieu d’eux était vraiment source de richesse et de joie. Quand on vient dans des écoles comme celle de Dano (Burkina), en Afrique, on comprend mieux les paroles de Jésus lorsqu’il dit "Laissez venir à moi les petits enfants" ou "Le royaume des cieux leur ressemble". Car ces enfants sont vraiment purs, innocents et vrais. C’est agréable de découvrir leur monde, de savoir ce qu’ils disent et ce qu’ils pensent. Alors, je garde dans le coeur la joie de ces enfants… Les églises sont trop petites le dimanche, tant les chrétiens sont nombreux à venir à la messe. Même en semaine, ils se pressent pour venir à la rencontre du Christ pour des messes ordinaires, ils sont attentifs, fidèles aux rassemblements de la paroisse. Les messes peuvent durer deux à trois heures, et pourtant les paroissiens restent jusqu’à la fin, même s’ils ont dû vivre la messe dehors, faute de place. Pour eux, l’Église et le christianisme ont une place fondamentale dans leur vie.
Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Le service des services dans l'action de grâce et la fidélité - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

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Messe de rentrée de la catéchèse

    Dimanche dernier, si vous vous en souvenez, (je devrais peut-être dire aussi : si vous étiez à la messe...), le Seigneur Jésus nous a fait prendre conscience qu'avant de manger et de boire à la table du Royaume, il y a un service à accomplir, un fameux labeur, et nous avions dit que ce labeur, c'était, au fond, l'édification des communautés chrétiennes, fondées sur le pardon mutuel.

    Dans l'évangile de ce 28° dimanche, le Seigneur, par la guérison des dix lépreux, nous rappelle que dans ces communautés d'Église, tous les hommes sont appelés, mais que tous ne répondent pas. Seul le Samaritain revient sur ses pas pour rendre grâce, alors que les neuf autres ont été touchés par la grâce, autant que lui. Il n'est pas difficile de repérer que la guérison des dix lépreux, comme celle de Naaman, le Syrien, est une allusion au baptême. En tout cas, c'est ce qu'ont compris les chrétiens dès les premiers siècles. Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ? "Eucharistie", vous le savez, veut dire justement : "action de grâce".

    Bien sûr, ce mot "eucharistie" n'exprime pas toute la richesse du mystère de ce sacrement, mais il en évoque un aspect très important. Bien sûr, le temps de l'eucharistie n'est pas le seul moment pour rendre grâce, mais c'est un temps "primordial" qui doit ensuite se prolonger tout au long de la semaine. L'Eucharistie, c'est d'abord l'action de grâce - parfaite - de Jésus lui-même, à laquelle nous sommes associés comme les membres de son corps.

    Dans ce contexte, nous ne pouvons pas ne pas être frappé par ce qui arrive dans la scène de l'évangile que nous venons d'entendre : un lépreux sur dix qui revient sur ses pas pour rendre grâce. Les neuf autres n'ont pas su reconnaître "celui qui vient au nom du Seigneur". Ainsi s'annonce déjà maintenant la terrible incompréhension (et ingratitude) qui va marquer la venue du Fils de l'homme et alourdir de plus en plus l'atmosphère des chapitres 17 à 21. Ce Samaritain impur qui s'entend dire: "Lève-toi et va, ta foi t'a sauvé", est donc une promesse de salut pour tous, quels que soient leur race ou leur passé. Mais quel avertissement dans la parole si douloureuse de Jésus :

 
Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vu revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n'y a que cet étranger !


    Voilà le ton donné à tout ce qui va suivre, non seulement dans les chapitres suivants de l'évangile selon saint Luc, mais encore aujourd'hui, chez nous. Un sur dix, cela fait 10 % ... N'est-ce pas, en étant très optimiste  (!), le même pourcentage de baptisés qui est fidèle aux messes dominicales ?

    Dans les paroisses, c'est la rentrée de la catéchèse. Peut-être qu'aujourd'hui - en tout cas, j'ose l'espérer - la proportion est un peu plus élevée. En tout cas, elle est insuffisante. Et qu'en sera-t-il les dimanches suivants ? Qu'en est-il de ceux et de celles qui ont fait leur profession de foi quelques semaines avant les grandes vacances, lors de la solennité de la Pentecôte ? Ont-ils été fidèles, et dans quelle proportion ? Le seront-ils davantage qu'auparavant ?

    La question prend encore une ampleur plus grande quand on sait tout le soin que Jésus (et son Église) avait apporté (et continue d'apporter) à former, à éduquer ses disciples, à leur apprendre à devenir des hommes et des femmes responsables, capables de discerner les besoins et les souffrances des autres, comme Pierre le résume en disant :

 

Jésus ... a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable (Ac 10, 38).
    Par ses nombreux miracles, Jésus fait partager à ses disciples sa compassion sensible, son aptitude à discerner les souffrances et les malheurs d'autrui. Mais cela ne suffit pas pour être chrétien. Encore aujourd'hui nous voyons des jeunes qui n'ont pas la foi s'engager spontanément pour des causes humanitaires, ou, plus modestement, être toujours prêts à rendre tel ou tel service précis, lorsque le besoin s'en fait sentir ou lorque l'on fait appel à eux. Et ce n'est pas rien. C'est une dimension importante dans l'éducation humaine et les parents chrétiens doivent veiller à apprendre cela à leurs enfants dès leur plus jeune âge.

    Je vous l'ai déjà dit : l'éducation humaine, tout comme la catéchèse de vos enfants, doit commencer dès leur plus jeune âge. C'est dès leur plus jeune âge que vous, les parents, vous devez apprendre à vos enfants à rendre de menus services.

    Une année, pendant mes vacances, j'ai eu l'occasion de rendre visite à un couple de mes amis qui a deux enfants. Dans la cuisine était affichée une lettre format A4 avec les différents services que l'on peut demander à des enfants en tenant compte de leur âge. Cela m'avait frappé, et, en pensant à vous, j'avais demandé une copie de cette feuille. Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai découvert que ce même texte venait de paraître dans le dernier numéro de la revue "Familles chrétiennes". Je pense que cela pourra vous donner de bonnes idées. Alors voici cette liste :

 
- 2-5 ans : porter les serviettes de table, le sel et le poivre... du rangement très présis.
- 6 ans : arroser les plantes, mettre le couvert, prendre le courrier, sortir les petites courses du coffre de la voiture, aider celui qui en a besoin.

- 7 ans : faire son lit, animer la prière ou dire le bénédicité, laver son bol, enlever la poussière ou faire quelques vitres, rendre service à table, mettre les emballages dans la poubelle, les épluchures sur le compost, décorer le coin-prière, aider à plier du linge, confectionner un gâteau, de la vinaigrette, laver la salade...

- 8 ans : ranger le petit-déjeuner, aller chercher du pain, donner à manger au chatn nettoyer la cage..., ranger son linge, cueillir ou éplucher des légumes, ranger sa chambre.

- 9 ans : faire le lit d'un petit, passer l'aspirateur, desservir.

- 12 ans : nettoyer les sanitaires.

- 12 ans et plus : sortir le chien, repasser, rentrer du bois pour la cheminée (très peu à la Martinique), nettoyer la cuisine.


    Cette éducation-là est fondamentale dans le cadre d'une éducation chrétienne. Mais elle ne suffit pas. Et alors que nous voyons que dans la première partie de l'évangile selon saint Luc, jusqu'au chapitre 9, 51, Jésus fait de nombreux miracles, à partir de ce moment on en voit beaucoup moins. Et après la guérison de l'aveugle de Jéricho (18, 35-43) il n'y en a plus aucun. Par contre, dans cette deuxième grande partie de l'évangile, Jésus s'attache à donner à ses disciples une catéchèse plus poussée : c'est toujours la formation au service, mais à une autre forme de service, le service de l'évangile proprement dit.

    Pour vous faire comprendre la distinction, il y a un passage dans un livre du cardinal Martini où il distingue la diaconie "ex fide" (à partir de la foi) de la diaconie "fidei" (de la foi).

    La dicaconie de la foi, c'est ce que dans une précédente homélie au début de cette année j'avais appelé "la charité du prophète". C'est une charité souvent méprisée, contrairement à la charité "ex fide". La charité "ex fide", c'est (ou c'était) celle d'un Abbé Pierre, par exemple, ou d'un Coluche. C'est une charité largement appréciée et universellement acclamée. Celle d'un Benoît XVI, "coopérateur (serviteur) de la vérité", l'est beaucoup moins... Elle est même souvent décriée et contestée.

    Mais si vous n'apprenez pas à vos enfants à rendre les services qu'ils peuvent déjà rendre à leur âge, comment voulez-vous que plus tard ils rendent des services plus importants et plus difficiles ? Vous en feriez des petits pachas qui croient que tout leur est dû et qui eux-mêmes ne font jamais rien pour les autres.

    Lors d'une visite que je rendais à une famille (c'était un mois de juin et les vacances scolaires avaient déjà commencé), je demandais à la jeune fille ce qu'elle faisait de ses vacances. - Rien, me répondit-elle, je reste à la maison. - Mais qu'est-ce que tu fais à la maison ? C'est sa maman qui a répondu : - Deux choses, mon Père : s'occuper de ses cheveux, et regarder la télévision.

    Cela promet pour plus tard... Pour tout vous dire, la jeune fille en question avait quand même confectionné quelques petits gateaux pour l'occasion. Mais comment voulez-vous que ces enfants-là, devenus grands, deviennent catéchistes, par exemple, si à la maison, ils n'ont jamais pris en main un balai et si leur maman a passé toute sa vie à ranger leur chambre ? Ce serait un petit miracle !

    En écoutant l'évangile de ce jour, le Seigneur nous dit que le premier service qu'il nous demande pour qu'il puisse nous guérir de la lèpre du péché, c'est celui de l'obéissance de la foi :

 

Allez vous montrer aux prêtres.

    Jésus leur demande de faire ce que la loi prescrivait aux lépreux en cas de guérison, alors même qu'ils n'étaient pas encore guéris. Ils l'ont été en cours de route. C'est la foi qui sauve, ce ne sont pas nos oeuvres.

    Jésus dit :

 

Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Celui qui refusera de croire sera condamné. (Mc 16, 16)

    Le deuxième service, c'est celui de l'action de grâce : revenir vers Jésus "en glorifiant Dieu", dans la communauté des croyants. L'absence d'action de grâce est vu par saint Paul comme étant l'opposé de la foi :
 
Ils n'ont donc pas d'excuse, puisqu'ils ont connu Dieu sans lui rendre la gloire et l'action de grâce que l'on doit à Dieu. (Rm 1, 20-21)


    Là encore, permettez-moi de vous poser quelques questions, à vous, parents. Qu'est-ce qui vous a motivé pour demander le baptême pour vos enfants ? Et qu'est-ce qui vous motive pour les inscrire à la catéchèse ? Est-ce vraiment une démarche de votre foi et avec le souci de faire grandir la foi de vos enfants ? Ou bien, est-ce une démarche purement sociologique (pour faire comme tout le monde), voire même magique (pour qu'ils puissent réussir dans la vie et gagner beaucoup d'argent), ou bien encore, pour être en règle tout simplement ? Et si c'est vraiment dans une démarche de foi, comment se fait-il que vous soyez si nombreux à délaisser la messe du dimanche ? Et pourquoi ne vivez-vous pas davantage dans l'action de grâce ?

    Une année, à mon retour de vacances, j'ai appris quelque chose qui m'a fait très mal. Et je crois que Jésus a eu encore plus mal que moi. Des parents qui étaient convoqués à une réunion de préparation au baptême de leur enfant après la messe du dimanche ne savaient même pas que pendant les vacances cette messe n'était pas à 08h00 mais à 09h00. Comme ils n'avaient pas le moins du monde l'intention de participer à l'eucharistie, pas plus que les dimanches précédents, ils sont arrivés vers 09h30, et ils ont attendu la fin de la messe, dehors, pendant une heure, en rouspétant à haute voix, tant et si bien que le prêtre célébrant a dû sortir pour leur demander un peu de silence. Ces parents-là, qu'ont-ils donc fait ? Non seulement ils n'ont pas participé à l'action de grâce eucharistique de la communauté dans laquelle leurs enfants allaient être accueillis, mais ils ont perturbé le déroulement de la messe comme il n'est pas permis.

    L'évangile de ce jour nous rappelle que pour entrer dans la communauté des sauvés, toutes les portes sont ouvertes, largement ouvertes, quelle que soit notre origine ou notre passé. De plus, dans la deuxième lecture, saint Paul nous enseigne si nous sommes infidèles, Dieu lui reste fidèle, "car il ne peut se renier lui-même". Si, après avoir été baptisés et catéchisés, confirmés, etc., nous sommes infidèles, nous pourrons toujours revenir, non pas pour être baptisés à nouveau, mais pour recevoir le pardon du Seigneur dans le sacrement de la réconciliation. Mais saint Paul dit aussi que si nous le rejetons - et nous le rejetons si nous refusons de faire cette démarche - alors, lui aussi nous rejettera. Le Seigneur ne ferme jamais sa porte, mais jamais non plus il ne forcera la nôtre si elle reste fermée.

    Pour terminer, je voudrais dire un mot à toutes celles qui sont engagées dans la catéchèse, et aussi aux parents qui prennent à coeur l'éducation humaine et chrétienne de leurs enfants. Ne vous laissez pas décourager ! Ne baissez jamais les bras ! Vous rencontrez des difficultés pour faire passer le message ? Jésus a eu des difficultés bien plus que vous. Vous vous heurtez à l'indifférence et à l'incompréhension ? Jésus a été incompris bien plus que vous. Là encore, saint Paul nous dit aujourd'hui ce qu'il écrivit jadis à Timothée :

 

Voici une parole sûre : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons.
    Alors tous, enfants, parents, catéchistes, tous en route pour cette nouvelle année de catéchèse, en route derrière Jésus qui monte à Jérusalem pour y mourir, mais aussi pour y ressusciter. Amen !
Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ?

Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ?

Serviteurs de la prière, serviteurs inutiles - Homélie 27° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Nous sommes à présent au chapitre 17 de saint Luc. Dès le début de ce chapitre (dont le découpage liturgique a sauté les premiers versets) le ton change. Dans la ligne des paraboles du chapitre précédent, voici maintenant pour les disciples et les apôtres des orientations bien précises. D'abord le pardon (v. 1-4) : quand Jésus dit : "Méfiez-vous" (v. 3a), c'est un discret renvoi à 12, 1:
 
Comme la foule s'était rassemblée par dizaines de milliers, au point qu'on s'écrasait, Jésus se mit à dire, en s'adressant d'abord à ses disciples : Méfiez-vous bien à cause du levain des pharisiens, c'est-à-dire de leur hypocrisie.

    L'hypocrisie (jugement perverti) des pharisiens qui n'acceptent pas que tout soit donné (ch. 12) est ainsi rapprochée du scandale de celui qui n'accepte pas le pardon. Le fait que ces deux réalités de notre vie chrétienne soient intimement liées ressort bien de la prière du Notre Père :
 
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous.  (11, 3-4)

    Être ouvert au don comme au pardon, c'est cela, se garder de l'hypocrisie et du scandale. Mais vivre le pardon entre frères est une chose, fonder une communauté où la gratuité et le pardon puissent régner en est une autre. Aussi les Apôtres demandent-ils au "Seigneur", le Seigneur de l'Église :
 
Augmente en nous la foi !

    Ce qui, dans l'évangile de Marc  était dit par le père de l'épileptique, marquant mieux les deux degrés de la foi : "Je crois ! Viens en aide à mon incrédulité" (Mc 9,28-29), Luc le met donc dans la bouche non seulement des disciples, mais précise-t-il "des Apôtres". C'est souligner combien les Douze, qui ont à être témoins du Christ, doivent les premiers être solides dans leur foi — et plus encore qu'eux tous, Simon Pierre. Lors du repas pascal, Jésus dira explicitement à Pierre :
 
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. (Lc 22, 32)

    Mais c'est dire aussi qu'ils croient déjà, puisque non seulement ils donnent à Jésus ce titre divin de "Seigneur", mais lui demandent d'augmenter leur foi, ce que Dieu seul peut faire. La foi, et davantage encore, la croissance et la persévérance dans la foi, n'est possible qu'à condition d'être confirmé par la parole et la prière de Jésus.

    Les versets qui suivent reprennent les deux thèmes centraux du Royaume et de la gratuité. Ils tracent tout un programme. Avant de manger et de boire à la table du Seigneur dans le Royaume, il y a un service à faire, une tache qui est rude : il faut édifier des communautés. Mais attention : ces communautés ne sont pas la communauté de Pierre, ou de Paul, ou d'Apollos... C'est l'Église de Jésus Christ. Les apôtres ne sont là que comme des serviteurs, "serviteurs quelconques" (inutiles), totalement dépassés pas la grâce qui leur est faite, à eux comme aux autres, conscients que chaque apôtre, un jour doit remettre sa communauté "à Dieu et à la Parole de sa grâce, qui a la puissance de bâtir l'édifice (Ac 20, 32).

    Cela n'arrive pas qu'au moment de mourir ou de partir à la retraite. Quand un évêque donne à l'un de ses prêtres une nouvelle nomination et lui demande de changer de paroisse, ce prêtre, s'il se dit serviteur inutile, quittera volontiers sa paroisse, même s'il a le coeur lourd, pour aller là où son évêque l'envoie. De même, lorsqu'un prêtre demande à une paroissienne de cesser de rendre tel ou tel service pour laisser la place à quelqu'un d'autre, cette personne, si elle se dit servante inutile, ne prendra pas ombrage, et, comme Sainte Bernadette, qui disait qu'elle voulait être comme un balai que l'on prend quand on en a besoin et que l'on range derrière la porte quand il ne sert plus, elle s'éclipsera sans ronchonner.

    L'expression "serviteurs inutiles" demande néanmoins à être bien comprise. Dans certains commentaires on lit, par exemple : "Jésus nous dit que nous sommes des serviteurs inutiles ..." Non ! Jésus ne dit pas cela du tout. Ce n'est pas dans le texte ! Ce qui est dans le texte, c'est que Jésus demande aux apôtres, et aussi à chacun des ouvriers dans le Royaume, de se dire serviteur inutile. Ce n'est pas la même chose. Il faut bien le voir, cela. Sinon on risque de comprendre tout de travers. On risque de prendre Dieu pour un patron arbitraire, difficile à contenter, pas très porté à la gratitude... Ce qui est faux, évidemment. Pour mieux comprendre, rapprochons ce passage d'un autre où Jésus s'adresse aux pharisiens, et vous verrez tout de suite, je crois, la différence :

 
Il est inutile, le culte qu'ils me rendent ; les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains. (Mc 7, 7)


    Ici, Jésus dit effectivement que les pharisiens sont des serviteurs inutiles. Mais la raison est évidemment différente. Vous voyez qu'il s'agit ici de tout autre chose. Il ne faut pas confondre.

    Mais alors, qu'est-ce qui fait que Jésus nous demande de nous considérer comme des serviteurs inutiles (alors que lui ne le dit pas, si, du moins, notre service n'est pas hypocrite, comme celui des pharisiens) ?

    Saint Jean Paul II disait que le chapelet était sa prière préférée. Nous avons vu au début que l'évangile de ce dimanche est situé dans un contexte de prière : la prière des apôtres ("Augmente en nous la foi"), mais aussi la prière que Jésus nous a enseignée (le Notre Père), et la prière de Jésus au soir de sa vie ("J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas").

    Le service de la prière est une forme importante de service dans le Royaume de Dieu (mais pas la seule). Ce qui est vrai pour ce service vaut aussi pour les autres formes de service : nourir les affamés, consoler les affligés, le service de la Parole ... Mais je prends l'exemple de la prière parce que dans le cas de la prière, les choses sont particulièrement claires.

    La prière chrétenne est décentrement de soi pour chercher le bien de l'autre. Après la présentation des dons, le célébrant dira :

 

- Prions ensemble au moment d'offrir le sacrifice de toute l'Église

L'Eucharistie est le sommet de la prière, c'est objectivement la plus haute forme de service qui soit. Et que répond l'assemblée ?

 

- Pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Ce n'est pas comme cela que les pharisiens priaient. L'acte de servir (de prier) n'est vraiment chrétien que dans la mesure où le service est désintéressé, "pour la gloire de Dieu et le salut du monde". Voilà ce qui est difficile à notre pauvre nature humaine blessée par le péché : on veut bien servir, mais il faut qu'on s'y retrouve, d'une manière ou d'une autre, pas seulement en vue d'un avantage pécunier, mais, par exemple, pour être estimé, honoré par les autres, ou encore (c'est le cas surtout chez des peuples qui sont très religieux par nature) pour se sentir bien et, si possible, avoir quelques frissons mystiques.

    Par ailleurs, celui qui prie avec foi doit se dire serviteur inutile aussi parce que sinon il s'attribue à lui-même ce qu'il demande à Dieu. S'attribuer à soi-même ce qu'on demande à Dieu est évidemment contradictoire. Pourquoi est-ce que je prie Dieu ? Parce que je sais que sans lui, je ne peux rien faire. Or le danger existe bel et bien : on prie, on est exaucé et on se dit : j'ai été exaucé parce que j'ai bien prié, parce que je suis quelqu'un de bien, je suis un saint ... Et on s'admire un peu ... et on devient insupportable. Ou bien on n'est pas exaucé, du moins pas tout de suite et visiblement (parce que Dieu n'est pas sourd ; il exauce toujours, mais il a le droit de nous faire attendre, même au-delà de la mort, pour nous purifier). Si on se considère pas comme des serviteurs inutiles que ne font que leur devoir, alors on "perd la foi". En fait, il vaudrait mieux dire qu'on ne l'avait pas au point de départ.

 

Dans ton amour inépuisable, Dieu éternel et tout-puissant, tu combles ceux qui t'implorent, bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ; Répands sur nous ta miséricorde en délivrant notre conscience de ce qui l'inquiète et en donnant plus que nous n'osons demander.

    Voilà comment la foi de l'Église, qui s'exprime dans la prière d'ouverture de cette eucharistie, nous porte et nous apprend à prier dans la droiture, sans le levain des pharisiens.

    Puisque, quand nous prions le chapelet, nous prions celle qui s'est dite la "servante du Seigneur", terminons par cette belle prière de Jean-Paul II à la fin de son Message pour la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations (2003), dont le thème était "La vocation au service" :

 
Marie, humble servante du Très-Haut,
le Fils que tu as engendré t'a établie servante de l'humanité.
Ta vie a été un service humble et généreux :
Tu as été servante de la Parole
quand l'ange t'a annoncé le dessein divin du salut.
Tu as été servante du Fils, en lui donnant la vie
et en demeurant accueillante à son mystère.
Tu as été servante de la Rédemption,
« en te tenant debout » courageusement au pied de la croix,
à côté du Serviteur et de l'Agneau souffrant,
qui s'immolait par amour pour nous.
Tu as été servante de l'Église, le jour de la Pentecôte
et, par ton intercession, tu continues de l'engendrer dans chaque croyant,
même en nos temps difficiles et tourmentés.
Que les jeunes du troisième millénaire
se tournent avec confiance vers toi, jeune fille d'Israël,
qui as connu le bouleversement de ton jeune cœur
devant la proposition de l'Éternel.
Rends-les capables d'accueillir l'invitation de ton Fils
à faire de leur vie un don total pour la gloire de Dieu.
Fais-leur comprendre que le service de Dieu comble le cœur,
qu'on se réalise selon le dessein divin
seulement dans ce service de Dieu et de son royaume,
et que la vie devient alors une hymne de gloire à la Très Sainte Trinité.
Amen.

 

ATTENTION ! L'argent peut entraîner la mort - Homélie 26° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Aujourd'hui, vous vous en doutez, je vais encore vous parler d'argent. Dimanche dernier, nous avons vu que l'amour de l'argent était "l''ennemi public numéro un" de l'Église, de la communauté des disciples que Jésus veut former, et qui doit être une communauté où l'argent doit servir à se faire des amis par la remise de leurs dettes. Aujourd'hui encore, le Seigneur nous le répète : l'argent est dangereux pour la santé, plus que le tabac, par exemple.

    Pour lutter contre le tabagisme, aux termes d’un arrêté modifié du 26 avril 1991, les fabriquants de cigarettes doivent faire figurer sur les emballages en France "un avertissement général couvrant au moins 30 % de la superficie externe de la surface correspondante de l'unité de conditionnement de tabac sur laquelle il est imprimé". Cette mention devra être entourée "d'un bord noir, d'une épaisseur minimale de 3 mm, n'interférant en aucune façon avec le texte de l'information donnée" et être choisie par une liste fixée par un arrêté du 25 avril 2002, par exemple : "Fumer peut entraîner une mort lente et douloureuse".

    Mon but, dans cette homélie, n'est pas de vous exhorter à arrêter de fumer, bien que ce serait une très bonne chose. Je me pose seulement la question suivante : pourquoi mettre en garde contre les dangers du tabac, alors que pour les jeux de hasard, les paris et autres loteries, on fait de la publicité à outrance ? Après avoir entendu l'évangile de ce dimanche, je dis qu'il faudrait faire passer un arrêté selon lequel doit figurer sur tous les billets de banque et sur toutes les pièces de monnaie, la mention : "Attention ! L'argent peut entraîner la mort !"

    Il est à prévoir que cette proposition, si elle est entendue, sera reçue avec pas mal de scepticisme et de moqueries, qu'elle risque de ne jamais être adoptée, ni dans la Communauté Européenne, ni ailleurs dans le monde (peut-être qu'au Vatican. Peut-être ...). Ce n'est pas étonnant. La raison c'est que très souvent, l'Écriture en général, et l'Évangile en particulier, et, par conséquent, Dieu lui-même, n'est pas pris au sérieux. Car si nous prenions Dieu au sérieux, nous comprendrions qu'il y a au moins autant de raisons de mettre en garde contre l'argent (et les loteries) que contre le tabac, la drogue, et l'abus d'alcool.

    Vous souvenez-vous de ce que le Seigneur nous a dit dimanche dernier ? Après avoir raconté à ses disciples la parabole de l'intendant malhonnête, il avait conclu en disant :
 
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent.

    Avez-vous entendu ce qu'il nous dit encore aujoud'hui ? Il raconte la parabole du riche et du pauvre Lazare. Elle s'adresse, non pas aux disciples, mais aux pharisiens "qui aimaient l'argent" et qui "ricanaient à son sujet" (v. 14).

    Les pharisiens sont présentés par saint Luc comme étant à l'extrême opposé de ce que Jésus attend de ses disciples, l'antithèse en quelque sorte, et ce malgré les apparences :

 

Vous êtes, vous, ceux qui se présentent comme des justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos coeurs, car ce qui est prestigieux chez les hommes est une chose abominable aux yeux de Dieu. (v. 15)
    Décidément, Jésus n'est pas gentil. En lisant son verdict sévère et implacable à propos des pharisiens je ne peux pas m'empêcher de penser à un épisode très douloureux de la vie du saint Pade Pio, dont je vous ai parlé dimanche dernier.

    Revenons au chapitre 16 de saint Luc : les deux paraboles se répondent. Dans la première Jésus nous dit ce qu'il faut faire pour être sauvé. La deuxième, au contraire, est une parabole de damnation pour les riches qui n'ont rien voulu entendre et qui ne se préoccupent pas des pauvres. Dans la première, Jésus trace la voie à la communauté fraternelle des disciples, telle que nous la voyons se former dans les Actes des Apôtres après la Pentecôte. Dans la seconde, il dénonce l'hypocrisie pharisaïque. Mais dans les deux paraboles, ce sont les mêmes thèmes qui sont abordés : salut, relation aux autres, destination universelle des richesses. Dans les deux paraboles, ceux avec qui on a vécu sur la terre soit accueillent, soit n'accueillent pas dans le monde à venir.

    Concentrons-nous maintenant sur la deuxième parabole, celle de l'évangile du jour. Du riche il est dit qu'il "portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux". Là encore, vous risquez de vous dire : - Alors, mon Père, je ne suis pas concerné. Je n'achète que du prêt-à-porter en soldes, et quant aux festins somptueux, oui, de temps en temps une petite fête avec une bouteille (ou deux) de champagne, mais est-ce un péché ? À ce propos, savez-vous ce que disait le Père Raniero Cantalamessa, capucin et prédicateur de la Maison pontificale ? Il avait écrit un livre sur la chasteté, et un autre sur l'obéissance. Alors on lui pose la question : Pourquoi vous n'ecrivez rien sur la pauvreté ? Sa réponse :
 
"Jeûner toute la vie au pain et à l'eau serait pour nous le maximum de l'austérité, alors que pour des millions de personnes avoir le pain et l'eau assurés serait déjà comme un rêve."
 
Or combien parmi nous jeûnent au pain et à l'eau ne fût-ce qu'un jour sur sept ? Même si nous le faisions tous les jours de l'année, ce serait toujours, aux yeux de millions de personnes qui crèvent de misère un festin somptueux. Même si nous nous habillions chez les chifonniers d'Emmaüs, ce seraient encore des vêtements de luxe aux yeux d'une grande partie de la population monidale. L'évangile que nous venons d'entendre n'est donc pas seulement une mise en garde qui s'adresse aux millionnaires et aux milliardaires !

    Jésus veut donc nous sensibiliser tous et chacun aux dangers que constitue l'argent : il rend sourd et aveugle ! Vous voyez bien que l'argent est vraiment dangereux pour la santé ! Il rend sourd à la Parole de Dieu : Moïse et le Prophètes, Jésus, même ressuscité d'entre les morts ; et il rend aveugle à la misère des autres : le riche n'a même pas vu le pauvre Lazare, qui se trouvait pourtant devant sa porte.

    La surdité et la cécité sont deux maladies très graves qui peuvent entraîner la mort, la mienne et celle des autres ("mes frères", dit le riche, un peu tard, dans la parabole). À propos du tabac, je lisais dans un article daté du 17 août de cette année dont voici les termes exacts :

 
Les fumeurs et les victimes de tabagisme passif ont un risque plus élevé de développer une maladie de la vue connue sous le nom de dégénérescence maculaire liée à l'âge ou DMLA. Rappelons qu'en France, près de 1,3 million de personnes sont atteintes de dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). C'est la première cause de cécité chez les personnes âgées de plus de 50 ans.
L'étude conduite par l'équipe de Jennifer Tan de l'Université de Sydney sur près de 2 500 Australiens pendant plus de dix ans a estimé que le risque de développer la maladie est multiplié par quatre chez les fumeurs et par trois chez les anciens fumeurs.
En résumé, ces résultats tendent à prouver une relation causale entre le tabagisme et le risque sur le long terme de développer un DMLA.


    Et l'article ce termine par ce conseil :

 

Alors pour préserver vos yeux (mais aussi votre coeur, vos poumons...), laissez tomber la cigarette !


    La science et l'État nous mettent en garde contre les mulitples méfaits du tabac et nous invitent à laisser tomber la cigarette. Jésus, lui, met en garde contre le danger tellement plus grand des richesses, et il nous invite à donner aux pauvres qui sont devant notre porte les miettes qui tombent de notre table. Il nous invite à donner chaque semaine aux pauvres, par exemple, le prix d'un paquet de cigarettes. (Si, en même temps, on s'arrêtait de fumer, ce serait faire d'une pierre deux coups.) Jésus nous invite, au lieu de rêver à gagner le gros lot et de perdre des sommes considérables, à donner chaque semaine l'équivalent à ceux qui n'ont même pas de quoi s'offrir un verre d'eau ou une tranche de pain.

 

S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus.
    Ne nous faisons pas d'illusions : si nous ne sommes pas convaincus maintenant, nous ne le serons sans doute jamais. Et si nous le sommes, convertissons-nous pour l'amour des pauvres qui crèvent de faim et de froid, pour l'amour de nous-mêmes et de nos enfants, vicitmes d'un "capitalisme passif", pour l'amour de Dieu, qui s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté.
 
ATTENTION ! L'argent peut entraîner la mort !

ATTENTION ! L'argent peut entraîner la mort !

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