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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

Je crois la Sainte Église Catholique - Homélie Solennité de Tous les Saints

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
   


    Nous célébrons aujourd'hui la solennité de tous les saints. C'est une des fêtes les plus populaires dans la Tradition de l'Église catholique. Le fait que dans la plupart de nos pays, elle soit une fête chômée en est un signe. Mais là aussi, les assauts de la sécularisation se font sentir de plus en plus. Ces dernières années on a pu assister à une véritable profanation de cette fête. Vous avez tous entendu parler de Halloween. Halloween était à l'origine une authentique fête catholique. Elle s'appelait All Hallow's Eve, la vigile de la Toussaint. Ce sont les  émigrés Irlandais, avec leur grande dévotion pour les saints, qui l'ont importée aux États-Unis. Ce n'est que durant ces dernières années que cettte fête a été défigurée, dépouillée de sons sens chrétien, pour être transformée en une parodie lugubre de la vision chrétienne de l'au-delà. Ce n'est donc pas seulement une motivation commerciale qui a fait de cette fête comme un deuxième carnaval. Le 31 octobre est pour l'occultisme "la fête la plus importante pour les disciples de Satan".

    C'est une raison de plus pour nous d'approfondir le sens authentique de la solennité de tous les saints, et pour ne pas la laisser se dévaluer par rapport à la commémoration des fidèles défunts qui a lieu le lendemain, le 2 novembre. Il y va de la vitalité de notre foi. Ne nous laissons pas contaminer et manipuler par des forces obscures, mais contaminons le monde par notre foi ! Et notre foi c'est ceci : JE CROIS À LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE.
 
    Seulement, ce que je crois du fond de mon coeur, je dois aussi essayer de le comprendre avec toute mon intelligence. La foi n'est jamais une chose évidente. Elle est une épreuve. Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement, nous dit S. Jean. C'est là justement que la foi intervient. La sainte Église n'est pas une Église sans pécheurs. Je ne suis pas venu pour les bien portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs, dit Jésus. Nous venons de le reconnaître au début de la messe : nous sommes tous pécheurs. S'il fallait être un saint avant de devenir chrétien, cela n'aurait aucun sens. On est chrétien pour le devenir.

    Alors vous voyez la question que nous devons tous nous poser aujourd'hui : moi qui suis pécheur, est-ce que je veux devenir un(e) saint(e) ? Si je dis que je suis chrétien, mais que je ne veux pas devenir saint, c'est alors qu'il y a un autre problème, plus grave que le péché lui-même. Quand je nie que je suis pécheur, il y a un problème, parce que je fais de Dieu un menteur. Mais sachant que je suis pécheur tout en faisant partie de l'Église, si je ne veux pas devenir un saint, il y a un problème aussi. C'est à ce propos que Jésus raconte la parabole du bon grain et de l'ivraie. L'ivraie, ce ne sont pas les pécheurs, ce sont les pécheurs qui ne veulent pas devenir des saints. Jésus dit dans la parabole : Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier (Mt 13, 30). Donc nous qui sommes membres de l'Eglise, nous sommes tous pécheurs.

    Mais dans l'Église il n'y pas que des pécheurs. Et nous qui sommes chrétiens, ce n'est pas dans la mesure où nous péchons que nous sommes membres de l'Église; c'est dans la mesure où nous avançons sur le chemin de la sainteté, dans la grâce de notre baptême et de notre confirmation. Par ces deux sacrements nous avons reçu un sceau, un sceau que le péché n'efface pas. Tant que je garde la foi de mon baptême, même si je me conduis mal par faiblesse,  je fais encore partie de l'Église, alors que si j'ai une conduite honorable, mais que je n'ai plus la foi, je ne suis plus chrétien. Tout à l'heure, avant la communion, je dirai cette admirable prière: "Seigneur, ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église"... Le Concile de Trente dira: ceux qui disent qu'un chrétien en état de péché mortel ne fait plus partie de l'Église, qu'ils soient anathèmes! ! Seulement, si j'ai la foi, je ne dirai pas que j'ai eu raison de commettre ce péché que j'ai fait.

    S. Paul écrit aux Éphésiens: (Le Christ) a aimé l'Église, il s'est livré pour elle; il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut; il la voulait sainte et irréprochable. C'est l'Église qui sort du baptême. S. Paul sait bien qu'il y a des pécheurs dans l'Église. Aux Corinthiens il reproche des choses très graves. Et pourtant il dit que l'Église est sainte. Elle est sans péché, mais elle n'est pas sans pécheurs. Des théologiens belges ont dit ceci: Bien sûr, l'Église est sainte dans quelques-uns de ses membres, mais elle est pécheresse dans d'autres. De même qu'on dit qu'Anvers est riche (le port, les diamants...) même s'il y a beaucoup de pauvres; de même qu'on dit que Louvain est savante à cause de son université, même s'il s'y trouve beaucoup d'ignorants, ainsi on dira que l'Église est sainte même s'il y a en elle beaucoup de pécheurs. Non ! Dans tous les membres de l'Église, tant qu'ils n'ont pas apostasié, tant qu'ils ont encore la foi, il y a de la sainteté. Cette foi ne sera pas suffisante pour les sanctifier, mais ils font toujours partie de l'Église. L'Église n'abandonne pas les pécheurs. Elle est comme une maman dont l'enfant est gravement malade: tant qu'il est encore en vie, elle ne l'abandonne pas. Au moment où il est mort, elle ne va plus le garder dans ses bras.

    Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman. Pèguy, dans un très beau passage, dit ceci: Qu'est-ce qu'un chrétien? Un chrétien c'est un pauvre pécheur, mais qui prend la main. Et les saints, ceux que nous fêtons aujourd'hui, ce sont qui? Les saints, ce sont ceux qui donnent la main. Péguy dit: si vous prenez la main  qui vous est tendue, vous êtes chrétien. Si vous ne prenez pas la main qui vous est tendue, vous n'êtes pas chrétien. Cela veut dire que notre sanctification ne vient pas d'un effort que nous pourrions faire, aussi admrable soit-il. Notre sanctification vient d'une mendicité. Pour devenir un saint, il faut mendier. Tous les saints ont été des mendiants. Et plus ils ont mendié, plus ils ont reçu. Plus ils ont reçu, plus ils se sont sentis dépendants à l'égard de la miséricorde de Dieu.

    Alors ne jugeons pas l'Église sur ce qu'elle n'est pas. C'est ce que nous dit Jacques Maritain:

 
"Les catholiques ne sont pas le catholicisme. Les fautes, les lourdeurs, les carences et les sommeils des catholiques n'engagent pas le catholicisme. Le catholicisme n'est pas chargé de fournir un alibi aux manquements des catholiques. La meilleure apologétique ne consiste pas à justifier les catholiques quand ils ont tort, mais au contraire à marquer ces torts, et qu'ils ne touchent pas à la substance du catholicisme et qu'ils ne mettent que mieux en lumière la vertu d'une religion toujours vivante en dépit d'eux. L'Église est un mystère. Elle a sa tête cachée dans le ciel, sa visibilité ne la manifeste pas adéquatement. Si vous cherchez ce qui la représente sans la trahir, regardez le pape et l'épiscopat enseignant la foi et les moeurs, regardez les saints au ciel et sur la terre; ne nous regardez pas nous autres, pécheurs, ou plutôt regardez comment l'Église panse nos plaies et nous conduit clopin-clopant à la vie éternelle. La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs."

    En tant que pauvre pécheur, je dois alors savoir qu'il y a des saints qui sont là pour m'aider à m'en sortir, des saints, pas seulement ceux du ciel, mais aussi ceux de la terre. Alors, en ce beau jour de la Toussaint, regardons le ciel, mais n'oublions pas de regarder la terre aussi. Un évêque suisse, Mgr Charrière, qui était allé en pèlerinage à Ars, y avait rencontré un très vieux prêtre qui avait rencontre le curé d'Ars. L'évêque demande alors au prêtre si on avait reconnu la sainteté du curé de son vivant. - Oh non, avait-il répondu, on disait: c'est un original! De même pour Ste Bernadette de Lourdes et Ste Thérèse de Lisieux. Il y a tant de saints et de saintes qui nous tendent la main, et nous ne la saisissons pas, alors que nous en avons tant besoin, parce que nous ne les reconnaissons pas. Nous les persécutons même: Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi...

    Demandons à l'Esprit Saint d'ouvrir nos yeux afin que nous puissions voir et respecter la sainteté de l'Église, dans les saints, bien sûr, mais aussi en chacun de nous.

 
Bienheureux...
Bienheureux...
Bienheureux...

Bienheureux...

Désormais tous les anges me diront bienheureuse - Homélie pour l'Assomption de la Vierge Marie

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
assomption ev2
 
Non, dans le titre ce n'est pas une faute de distraction. Voici l'antienne d'ouverture de la messe de la Vigile de l'Assomption : "Nous célébrons les merveilles que le Seigneur a faites pour la Vierge Marie : la voici élevée bien au-dessus des anges, elle partage aujourd'hui le triomphe du Christ, et règne pour toujours avec lui."

       Jaloux, les anges ? Non, bien au contraire ! Voici l'antienne d'ouverture de la messe du jour : "Les anges se réjouissent avec nous de cette fête ; ils en glorifient le Fils de Dieu." Les anges sont "avec nous". Nous l'oublions trop souvent, durant nos célébrations liturgiques, comme dans toute notre vie, qui doit être un sacrifice saint, capable de plaire à Dieu (Rm 12, 1). Sachons-le, et ne l'oublions pas : aujourd'hui les anges se réjouissent "avec nous". Puisque les anges se réjouissent avec nous, ne nous réjouissons pas sans eux. "Tous ensemble, réjouissons-nous" –dit encore l'antienne, puis : "Les anges se réjouissent avec nous." C'est cela : l'Église.

       Marie est appelée Arche de la Nouvelle Alliance. Si David mettait tant d'ardeur à rassembler tout Israël pour introduire l'Arche de l'Ancienne Alliance dans la Jérusalem de la terre, combien ne devons-nous pas mettre d'ardeur à célébrer Dieu qui rassemble son peuple pour célébrer l'entrée de Marie dans la Jérusalem céleste (cf. 1e lect. de la vigile et 1e lect. du jour) ? Mikal, la femme de David récriminait contre lui. Elle demeurera stérile jusqu'à la fin de ses jours (2 S 6, 20-23)….

       Dans une homélie (DE L’'IRONIE JOHANNIQUE À THÉRÈSE DE LISIEUX – Jn 6, 41-51), citant Thérèse, qui, elle-même, citait le Psaume 70 : Vous m'avez instruite dès ma jeunesse et jusqu'à présent j'ai annoncé vos merveilles..., j'avais dit : "Quel contraste avec ceux qui se trouvaient dans la synagogue de Capharnaüm ! Ils récriminaient contre Jésus." Et Jésus leur dit : Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi. Ou bien : rendre grâce "avec les anges" et annoncer les merveilles du Père qui a attiré la petite Marie de Nazareth vers Jésus sur la terre comme au ciel ; ou bien : récriminer contre l'Église, donc contre Jésus, donc contre Dieu, qui, pourtant, en l'attirant vers Jésus, nous donne Marie comme il nous donne le Pain du ciel : qu'allons-nous faire "aujourd'hui" ?

       Entre nous et les anges qui se réjouissent "avec nous", il y a pourtant une différence : les anges voient ; nous, nous croyons. En effet, depuis le premier novembre 1950, l'Assomption de la Vierge Marie est devenue un dogme de notre foi. Que cette différence ne nous décourage pas. Les anges n'ont pas attendu cette date pour se réjouir. Les chrétiens non plus ! En Occident, la fête est célébrée au moins depuis le 7e siècle ! Depuis 1950 quelque chose, pourtant, a changé : "aujourd'hui" nous devons nous réjouir, parce qu’'aujourd'hui nous devons croire. C'est un devoir, un doux devoir, mais un devoir vital. La foi qui voit, ce n'est plus la foi. La foi qui ne se réjouit pas, ce n'est pas encore la foi. Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 21, 29). Au ciel, nous verrons, si aujourd'hui, nous croyons, et si, croyant, nous nous réjouissons.

       Autre chose : l'Assomption de Marie, ça ne se trouve pas dans la Bible, disent les adversaires. Et alors ? L'Écriture, que je sache, n'est pas la seule autorité sur laquelle est basée notre foi. Sinon, les premiers chrétiens qui, pendant des décennies, n'ont pas eu de Nouveau Testament, n'auraient pas cru beaucoup de vérités fondamentales de notre foi, à commencer par le dogme de la Trinité, qui, d'ailleurs, n'est pas explicitement affirmé dans le Nouveau Testament non plus. Alors oui, c'est vrai, et il faut le dire sans honte, mais avec fierté : le Pape Pie XII, pour fonder la foi en l'Assomption de Marie, n'a pas fait appel à une argumentation purement scripturaire. Dans les lectures de cette solennité, aucun texte n'affirme explicitement que Marie n'a pas connu la corruption du tombeau.

       Que ceux qui affirment que nous ne devrions croire que ce qui est explicitement affirmé dans la Bible me montrent où cette affirmation (qu'il faut croire seulement cela) se trouve dans la Bible. Soyons clairs : ce qui se trouve contenu de façon implicite dans l'Écriture n'est pas moins certain que ce qui s'y trouve contenu explicitement. C'est toute l'importance du sensus fidei, cet instinct très sûr qui guide la foi des chrétiens, comme nous le rappelle Vatican II. Je vous signale que Pie XII, avant de définir le dogme de l'Assomption, a procédé à une très large consultation des évêques du monde entier.

       En nous demandant de croire ce qui n'est pas explicitement affirmé dans la Bible, le Seigneur nous fait un grand honneur. C'est l'honneur qu'il a fait à Simon-Pierre quand il lui a demandé de marcher sur l'eau. Nous sommes bien d'accord : il est plus facile de marcher sur la terre ferme que de marcher sur l'eau (surtout dans une tempête), comme il est plus facile de croire ce qui est explicitement affirmé dans l'Écriture (surtout quand la foi est contestée). À la suite de Pierre, n'ayons pas peur de marcher sur l'eau pour aller vers Jésus avec confiance.

       Vous connaissez sans doute le cantique : "Au ciel, au ciel, au ciel, j'irai la voir un jour". Est-ce trop demander de croire joyeusement pour une si grande récompense ? Si vous dites que les anges ont bien de la chance, je réponds : les anges ne sont pas jaloux de nous ; ne soyez pas jaloux d'eux non plus. Les anges ne sont pas jaloux de Marie ; ne soyez pas jaloux d'elle non plus. Car la mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon, (écoutez bien la suite) et ceux qui se rangent dans son parti en font l'expérience. (Sg 2, 24)

       Même Ponce Pilate se rendrait compte que la raison de tant de récriminations contre l'Église et le dogme de l'Assomption de Marie (comme contre l'Eucharistie) c'est la jalousie (cf. Mc 15, 10), la jalousie du démon et de ceux qui se rangent dans son parti. Or, dit S. Paul, non sans ironie : Vous ne pouvez pas en même temps boire à la coupe du Seigneur et à celle des esprits mauvais ; vous ne pouvez pas en même temps prendre part à la table du Seigneur et à celle des esprits mauvais. Voudrions-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Sommes-nous donc plus forts que lui ? (1 Co 10, 12)

       La jalousie vient d'un manque d'humilité, d'un manque de pauvreté, et elle engendre la mort. Le Seigneur dit à Angèle de Foligno : "Moi, si la pauvreté n'eût pas été si heureuse, je ne l'aurais pas aimée ; et si elle eût été moins glorieuse, je ne l'aurais pas prise. Car l'orgueil ne peut trouver place qu'en ceux qui possèdent ou croient posséder. L'homme et l'ange tombèrent, et tombèrent par orgueil car ils crurent posséder. Ni l'homme ni l'ange ne possèdent rien. Tout appartient à Dieu. L'humilité n'habite qu'en ceux qui se voient destitués de tout. La pauvreté d'esprit est le bien suprême."

       La jalousie, l'orgueil et la mort, d'un côté ; de l'autre : la pauvreté, la joie et la vie. Aujourd'hui, que Marie nous aide à faire le bon choix. Car entre les deux camps, il y a un vrai combat (cf. 1e lect. du jour). "Dans l'Apocalypse, Marie devient l'Église... L'Église se situe désormais entre le crachat du dragon et la nourriture céleste... Tout au long de l'histoire du monde, l'Église devra se souvenir qu'elle reçoit de Dieu assez de nourriture pour ne pas périr au désert, et qu'elle se tient à distance suffisante du serpent pour ne pas être emportée par le flot qu'il vomit. Cela doit suffire." (von Balthasar)

       Dans une lettre datée du 6 novembre 1950 et adressée à un couple du Canada, endeuillé par la mort précoce de leur petit garçon, Georges-Michel, quinze jours auparavant (une semaine avant la proclamation du dogme de l'Assomption), et dont Marthe Robin avait accepté d'être la marraine, le Père Finet, qui avait assisté à la proclamation du dogme Place Saint-Pierre, écrit ces lignes prophétiques :

"Aussi, avec vous, sentons-nous tomber abondantes les grâces du Ciel (…...) De ces grâces, j'en ai vu les prémices sur la place Saint-Pierre, à la définition du dogme. Avec les petits innocents, nous sommes entrés dans la première réalisation de la conception de Dieu : Dieu parmi nous par l'Incarnation. Avec la multitude de nos petits innocents de 1950, de l'Année Sainte, nous entrons dans la seconde partie de la réalisation de la conception de Dieu, l'humanité en Assomption à la suite de Jésus et de Marie. C'est la défaite du communisme, du laïcisme, de l'athéisme, du matérialisme, qui tous nient le grand retour et l'espérance théologale pour nous proposer un but uniquement à la hauteur de l'homme, une humanité désacrée qui ne fait pas retour en Dieu et dont le bonheur n'est que terrestre. Et voici qu'une fois de plus Marie triomphe de l'erreur, écrase la tête du serpent et rouvre la route qui fait renaître l'humanité en Dieu par son Assomption pour le bonheur éternel dans la Jérusalem céleste."


       BONNE FÊTE !

Homélie pour la Transfiguration du Seigneur

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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La fête de la Transfiguration ne fut officiellement généralisée en Occident qu'au 15e siècle, en 1457, après la prise de Constantinople (1453), pour remercier Dieu de la victoire remportée sur les Turcs à Belgrade. 


Nos frères des Églises d'Orient célèbrent toujours la Transfiguration avec plus de ferveur que nous. D'une manière générale, d'ailleurs, on l'a remarqué, l'Église d'Occident met davantage l'accent sur l'imitation de Jésus dans sa souffrance, tandis que l'Église d'Orient vit davantage de la gloire de Jésus. Qu'il suffise d'évoquer deux figures emblématiques : d'une part François d'Assise ; d'autre part S. Séraphim de Sarov. De même que François a été configuré jusque dans sa chair au Christ souffrant par les stigmates visibles, de même Séraphim a été littéralement transfiguré dans son corps aux yeux de ses contemporains.

Mais Jean-Paul II nous a demandé d'apprendre à respirer de nos deux poumons : le poumon occidental et le poumon oriental. Il nous a lui-même indiqué la voie et nous a concrètement invités à nous imprégner fréquemment de la grâce de cet évènement en méditant le quatrième mystère lumineux du Rosaire.

Ce n'est pas uniquement pour imiter les chrétiens d'Orient ou par obéissance au Saint Père que nous devons nous hâter avec amour pour suivre Jésus sur la montagne. C'est avant tout par fidélité à l'Évangile. Comment ne pas être frappé par l'importance de ce récit dans les trois évangiles synoptiques ? La Transfiguration n'y apparaît pas seulement comme une coupure bienvenue dans le labeur apostolique, encore moins comme une occasion pour les tire-aux-flancs d'avoir une bonne excuse pour ne rien faire  Elle revêt une importance exceptionnelle qui a fait la joie de tous ceux qui se sont laissé attirer par sa lumière.

C'est chez S. Marc qu'elle est présentée de la manière la plus nette comme un véritable tournant dans la vie publique de Jésus : après la profession de foi de Pierre, Jésus annonce à ses disciples, pour la première fois, l'avenir de souffrance qui est le sien et les exigences du renoncement pour qui veut vraiment être son disciple. Vient ensuite le récit de la Transfiguration, puis la guérison de l'enfant épileptique et la deuxième annonce de la Passion. S. Marc nous montre ainsi que c'est celui qui, par notre manque de foi et notre rejet, va être défiguré dans la souffrance qui est transfiguré dans la gloire par le Père.

Là non plus, n'oublions pas l'héritage de Jean-Paul II qui a légué l'icône de la Transfiguration en quelque sorte comme un cadeau à toutes les personnes consacrées, en faisant remarquer que la Transfiguration n'est pas seulement une révélation de la gloire du Christ, mais une préparation à accepter sa Croix (Vita Consecrata 14).

Si la richesse des trois récits évangéliques de la Transfiguration est déjà tellement éblouissante qu'elle ne manque pas d'embarrasser les meilleurs exégètes, que dire de la réalité telle que l'ont vécue Pierre, Jacques et Jean, et tant d'autres à leur suite ? Et si la deuxième lettre de Pierre nous dit : Vous avez raison de fixer votre attention sur (la parole des prophètes), comme sur une lampe brillant dans l'obscurité... combien plus aurons nous raison de la fixer aujourd'hui sur l'évangile ! Contentons-nous modestement de porter notre attention sur les éléments propres à S. Marc.

Dans son récit, S. Matthieu met l'accent sur la voix du ciel qui veut nous faire comprendre que ce n'est plus le moment d'être disciple de Moïse, d'Élie ou d'un autre prophète, mais que c'est Jésus qu'il faut écouter. S. Luc insiste sur la nuée comme signe de la présence de Dieu et de la Gloire. S. Marc, lui, met l'accent sur la personne de Jésus, le Messie, dont la transfiguration en présence des trois disciples est comme le prélude et le gage de la Résurrection à venir. Mais même si nous voudrions demeurer dans la tente de la présence transfigurante de Jésus, elle nous échappe, et nous voici dans la frayeur et dans l'incompréhension : Il ne savait que dire tant était grande leur frayeur. S. Marc utilisera la même expression pour décrire la réaction de ces mêmes disciples sur au Mont des Oliviers (Mc 14, 40).

Il est aussi le seul à souligner : Personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. C'est comme s'il nous disait : soyons indulgents devant l'incompréhension des trois disciples, car ce qu'ils ont vu sort vraiment de l'ordinaire ; personne ne l'avait vu avant eux. Ils ont été les premiers !

Marc est aussi le seul à faire remarquer à la fin : Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

Et enfin : Ils restèrent fermement attachés à cette consigne (de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu... ), tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : "ressusciter d'entre les morts".
 

C'est à cause de toutes ces insistances propres à S. Marc que c'est son récit, comme celui de la Passion, qui nous secoue le plus. Devant tant de lumière, nous restons vraiment bien bêtes ababa, comme on dit en créole). La frayeur de Pierre, de Jacques et de Jean devient alors la nôtre, et c'est salutaire. Elle nous guérira de cette terrible maladie qui nous guette tous : celle d'être tellement habitués à entendre l'évangile, que nous ne savons même plus qui nous écoutons ; celle de répéter mécaniquement "Seigneur, Seigneur", alors que nous ne savons même plus ce que nous disons ; celle d'aller à la messe, "pour nous débarrasser du bon Dieu", comme le disait joliment le Curé d'Ars ; celle d'aller communier sans savoir qui nous recevons... et finalement celle de vivre sans savoir pourquoi et pour qui nous vivons.

 Harvey Cox a écrit que nous, chrétiens, nous avons tellement dilapidé l'héritage de la gloire du Christ que nous ne voyons plus qu'avec un regard éteint un Jésus au regard éteint. Une enquête menée aux États-Unis entre 2001 et 2005 auprès d'adolescents et de leurs parents a révélé que la soi-disant éducation chrétienne que la majorité des parents chrétiens transmettent à leurs enfants n'est plus qu'un vague déisme moralisateur, du style : "Si tu n'es pas sage, Jésus va te punir."

Alors, hâtons nous de prendre le remède indiqué par le psaume : Qui regarde vers lui resplendira sans ombre ni trouble au visage... Goûtez et voyez comme il est bon, le Seigneur ! Heureux l'homme qui s'abrite en lui ! Un long regard sur une icône de la Transfiguration (ou une autre), un temps d'adoration devant le Très Saint Sacrement, une dizaine de chapelet en méditant l'évangile : voilà autant de remèdes pour cette maladie qui fait tant de morts et de défigurés aujourd'hui. Comme le disait encore Jean-Paul II :

 

Ce n'est que dans une purification progressive de la connaissance de communion que l'homme et Dieu se rencontreront et reconnaîtront dans l'étreinte éternelle leur connaturalité d'amour jamais effacée (...) Il ne faut pas confondre cela avec un mysticisme obscur dans lequel l'homme se perd dans des réalités impersonnelles énigmatiques (...) C'est surtout en se laissant éduquer à un silence d'adoration que l'on peut approcher cette présence, car au sommet de la connaissance et de l 'expérience de Dieu, il y a sa transcendance absolue. Plus qu'à travers une méditation systématique, on y parvient à travers l'assimilation orante de l'Écriture et de la Liturgie (Orientale Lumen, 16).



 

Samedi Saint: mystère de prédication missionnaire

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Rubens, La Résurrection

Rubens, La Résurrection

Première lettre de saint Pierre Apôtre (1P 3, 19-22)

3

19 C'est ainsi qu'il est allé proclamer son message à ceux qui étaient prisonniers de la mort.
20 Ceux-ci, jadis, s'étaient révoltés au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l'arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, huit en tout, furent sauvées à travers l'eau.
21 C'était une image du baptême qui vous sauve maintenant : être baptisé, ce n'est pas être purifié de souillures extérieures, mais s'engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ
22 qui est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu.

 
Copyright AELF - 1980 - 2006 - Tous droits réservés

 

 

 

 
 
 


    Le samedi saint n'est pas seulement le silence du tombeau, l'absence d'un Dieu K.O. se remettant lentement de ses blessures. Le samedi saint, c'est le mystère du Christ dont nous croyons avec toute l'Eglise qu' "il est descendu aux enfers"...

    Avez-vous remarqué que dans le Symbole de Nicée-Constantinople, plus long pourtant que le Symbole des Apôtres, ce mystère n'est pas mentionné? (Cela montre bien que le Symbole des Apôtres ne doit pas être considéré comme un simple résumé du Symbole de Nicée-Constantinople.)

    Il n'en demeure pas moins que la descente de Jésus aux enfers fait partie intégrante du noyau central de notre foi:
 
Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu: le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, et il a été mis au tombeau; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze.
Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres, voilà notre message, et voilà notre foi. (1 Co 15, 3-5.11)

    Ce qui est frappant, ce n'est pas le silence du tombeau; c'est notre silence au sujet de ce mystère. La Liturgie des Heures, pour l'Office des Lectures du Samedi Saint, donne une homélie ancienne du IIe siècle :
 
Il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles.
Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue.
Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis
dans les ténèbres et à l’ombre de la mort.
Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui

    Cela fait beaucoup de travail ! Et ce travail, dit saint Pierre, c'est un travail de prédication, d'annonce, de kérygme. Le comment de ce travail n'est pas notre affaire, mais celle du Christ. Il suffit de connaître le fait.

    Or, ce fait ne concerne pas seulement "les enfers", ceux qui jadis se sont révoltés, et qui attendent leur délivrance. Il nous concerne aussi: "C'est une image du baptême", écrit saint Pierre. Il concerne donc aussi ceux qui vivent dans l'attente du baptême (les catéchumènes, mais encore ceux qui, sans en être conscients, vivent dans un secret désir d'être baptisés); il concerne donc aussi tous ceux qui sont déjà baptisés, et qui doivent s'associer au Christ dans ce travail de prédication missionnaire jusqu'aux confins du monde, du monde extérieur, mais aussi intérieur, de tous les mondes connus et inconnus. Il concerne même ceux qui sont déjà baptisés, mais qui, s'étant révoltés, vivent déjà comme aux enfers.

    C'est la vocation de Ste Thérèse de Lisieux: être missionnaire de l'amour sans frontières, non seulement dans l'espace, en extension et en profondeur, mais aussi dans le temps.

    C'est la vocation de tous les baptisés. "Suis-moi", dit Jésus en appelant des premiers disciples au début de sa vie publique. Enseveli au tombeau et descendu aux enfers, il nous le dit encore. Mais qui veut passer par la porte étroite pour suivre Jésus dans sa mise au tombeau et sa descente aux enfers ? Ici, plus que jamais, "la moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux..." Le Cardinal Ouellet écrit que:
 
notre monde a bien besoin de méditer ce mystère pour retrouver le sérieux de la vie et de la mort avec le fondement de la véritable Espérance.

    Prions donc le Maître de la moisson, qu'il envoie des ouvriers à sa moisson.

Un cadeau à nul autre pareil - Homélie pour la nuit de Noël

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

 
 
    En prenant mon repas de midi (ou plutôt celui de 14h00) en cette veille de Noël, je regardais les nouvelles à la télévision. Évidemment il y avait un sujet sur Noël: des enfants à qui les journalistes posaient la question ce qu'ils attendaient du Père Noël. Il y a eu des réponses de toute sorte, comme vous pouvez l'imaginer. Mais parmi toutes les réponses, il y en avait une qui m'a frappé: celle de l'enfant (c'était une petite fille) qui disait qu'en tout cas, si le Père Noël ne lui apportait pas de cadeau, elle ferait "un scandale!" C'était le dernier enfant interrogé. Ensuite la caméra est revenue sur la journaliste qui présentait les nouvelles, et qui, ayant entendu la réponse de cet enfant, avait un regard attendri et souriant. Moi, je n'ai pas souri. Je n'ai pas été attendri. Je me suis demandé simplement ce que deviendrait cet enfant plus tard, avec cette mentalité apparemment déjà bien ancrée de revendiquer ses droits et de rouspéter si rien ne vientt... et de ne pas assumer ses devoirs et responsabilités.

    En cette nuit, avec les chrétiens du monde entier, nous célébrons dans la joie la Nativité de Notre Seigneur. Même le monde fête Noël, à sa manière. En France un maire s'est insurgé contre le fait qu'une crèche avait été installée sur la place publique, près de la mairie. Il en a publié la photo sur son blog, et il a écrit: "Cherchez l'erreur." Alors on a trouvé la solution pour fêter Noël "laïquement" en mettant Jésus à la porte et en le remplaçant par le Père Noël. C'est non seulement conforme aux dogmes du laïcisme; en plus c'est pratique, parce que le Père Noël, paraît-il, c'est celui qui apporte des cadeaux. En tout cas, c'est tout ce qu'on lui demande alors que lui ne nous demande rien. Tandis que Jésus, lui, il vient tout nu, il faut qu'on l'habille, qu'on le nourrisse, qu'on le réchauffe. Il est tout pauvre, et il ne nous apporte rien ... et il nous demande tout! C'est du moins comme cela que l'on se représente les choses, plus ou moins consciemment.

    Une fable raconte qu'un jour Jésus retourna visiblement sur terre. C'était au temps où le Père Noël n'était pas encore tellement à la mode. Mais déjà on avait fait de l'enfant Jésus un distributeur de cadeaux à tout va. C'était un jour de Noël, il y avait beaucoup d'enfants réunis à une fête. Il se présenta au milieu d'eux. Les enfants le reconnurent et l'acclamèrent. Puis l'un d'eux demanda quel cadeau Jésus lui avait apporté, et tous les enfants lui demandèrent tour à tour quel cadeau il leur apportait. Jésus ne répondit pas, mais il ouvrit les bras...

    Ici, j'interromps l'histoire. Jésus vient parmi des enfants. Ces enfants, à leur niveau, parlent comme des adultes. Ils ont été contaminés par la mentalité des adultes, cette mentalité qui consiste à revendiquer pour soi, et que Jean-Baptiste a voulu corriger quand les gens lui demandaient: "Que devons-nous faire?" Réponse (aux foules): "Celui qui a deux vêtements, celui qui a de quoi manger... qu'il partage"; (aux publicains): "N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé"; (aux soldats): ... Contentez-vous de votre solde".

    Mais il y autre chose. Quand ces enfants, contaminés par la mentalité des adultes, voient Jésus ouvrir les bras, à quoi pensent-ils? Quelle est leur réaction inconsciente? N'est-ce pas de se dire: "Qu'est-ce qu'il va nous demander? Non seulement il ne nous apporte pas de cadeaux, mais il va nous demander des sacrifices!"

    Alors, continue la fable, un enfant dit: "Voyez, il ne nous a rien apporté. Mon père a raison de dire que la religion ne sert à rien, qu'elle ne nous donne rien, qu'elle ne nous apporte aucun cadeau!" Mais un autre enfant répondit: "en ouvrant ses bras, Jésus veut dire qu'il nous apporte lui-même; c'est lui qui se donne comme notre frère, Fils de Dieu pour nous rendre fils de Dieu comme lui."

    La réponse de cet enfant, ce n'est pas une fable. C'est exactement ce que nous dit Saint Paul dans la lettre à Tite (2e lect.): "La grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes", dit-il. La grâce, c'est le cadeau par excellence, le cadeau de l'amour. Jésus dira qu'il n'y en a pas de plus grand que celui de "donner sa vie pour ceux qu'on aime". "Donner sa vie", cela veut dire ici, non pas simplement un homme qui donne sa vie pour un autre homme, c'est Dieu qui nous donne sa vie de Dieu, pour nous rendre participants de sa divinité!

    Or, de cette grâce inouïe, cadeau à nul autre pareil, saint Paul nous dit que "c'est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux" ... "pour faire de nous son peuple", et il précise: "un peuple ardent à faire le bien".

    Alors oui, il y aura des sacrifices à faire, mais ce n'est pas ce qui est premier. Ce qui est premier, c'est la grâce. La grâce, c'est l'oeuvre de Dieu, merveilleux cadeau que nous devons seulement apprendre à accueillir. Le reste vient ensuite et s'apprend peu à peu. Car la grâce nous "apprend", elle nous enseigne, elle nous transforme.

    C'est ce que disait saint Augustin, quand lui aussi était épouvanté par les exigences de la morale chrétienne, notamment en matière de chasteté. Mais après un long combat intérieur, éclairé par l'Esprit Saint, il a dit au Seigneur : "Seigneur, demande-moi ce que tu veux, mais donne-moi ce que tu me demandes."

    Accueillons donc la grâce de Noël. C'est Jésus qui se donne. C'est le Père qui le donne, dans la dynamique de l'Esprit Saint. Et laissons-nous transformer par elle à son image et à sa ressemblance. Alors nous ferons l'expérience de la vérité des paroles de Jésus quand il disait: "Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir".

Le Christ est Roi de l'Univers, et puis c'est TOUT ! (Lc 23, 35-43)

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)


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   Comme je vous l'avais déjà rappelé l'année dernière la solennité du Christ Roi, qui termine l'année liturgique, a été instituée par le Pape Pie XI, pour affirmer la souveraine autorité du Christ sur les hommes et les institutions. Pie XI l'avait fixée au dimanche qui précède la Toussaint. Mais Paul VI l'a transférée au dernier dimanche de l'année liturgique pour mettre l'accent sur le caractère cosmique et eschatologique de la royauté du Christ.

Cette dimension cosmique et eschatologique est magnifiquement exprimée par saint Paul (cf. 2° lect.), d'abord dans l'ordre de la rédemption :

Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé,
par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés.

Et plus loin :
Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,
sur la terre et dans les cieux,
en faisant la paix par le sang de sa croix.

Cet aspect trouve un écho dans la préface de la solennité :
Tu as consacré Prêtre éternel et Roi de l'univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu'il s'offre lui-même sur l'autel de la Croix en victime pure et pacifique, pour accomplir les mystères de notre rédemption.

Saint Paul chante aussi la royauté du Christ dans l'ordre de la création :
c'est en lui que tout a été créé
dans les cieux et sur la terre,
les êtres visibles
et les puissances invisibles :
tout est créé par lui et pour lui.

En lui ... par lui et pour lui : cela évoque la conclusion de la prière eucharistique, la doxologie finale, où le célébrant dit (ou chante) :
Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puisssant, dans l'unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles.
Et l'assemblée répond :
Amen !

    Chaque eucharistie est ainsi une célébration du Christ Roi en tant qu'auteur souverain de la rédemption et de la création. Elle actualise cette royauté, en la rendant accessible à tous. Ne pas être fidèle à l'eucharistie dominicale, cela revient à ne pas accepter et à rejeter la royauté du Christ ! Car celui qui est notre Roi, celui qui est le Roi de l'univers, ce n'est pas un roi lointain ou absent ; c'est un roi qui s'est fait chair et qui est venu camper parmi nous (cf. Jn 1, 14) ; en nous voyant il nous dit : "Aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi !" (Lc 19, 5) ; il est venu marcher sur nos chemins afin que nous lui demandions de rester avec nous (cf. Lc 24, 29).

    Encore faut-il, quand nous le célébrons, que nous ne l'honorions pas des lèvres seulement, mais de tout notre coeur (cf. Is 29, 13 ; Mc 7, 6). Considérer la participation (ou "l'assistance" !) à la messe du dimanche comme une manière de se débarrasser du bon Dieu
pour le reste de la semaine, ainsi que le disait le curé d'Ars à ses paroissiens, c'est de l'hypocrisie. L'hypocrisie n'honore pas Dieu, et elle ne sauve personne. Les chrétiens, c'est comme les automobilistes :  s'ils sont seulement "du dimanche", ils ne savent pas conduire, ils ne savent pas SE conduire.

    Entrer dans une église et faire une profonde génuflexion (que beaucoup ne font même plus), ça n'est pas quelque chose d'anodin, vous voyez ! C'est reconnaître que celui qui est là dans le tabernacle est notre roi et vouloir se soumettre à lui. Quand nous faisons cette génuflexion nous exprimons par l'attitude de notre corps que nous nous engageons à faire sa volonté et à vivre selon ses commandements avec tout l'amour de notre pauvre coeur et à chaque instant de notre vie.

    Venir à la messe, ce n'est pas s'engager envers le Christ pendant une heure, une heure et demie ou deux heures et demie (ça dépend de l'endroit) et parce qu'on est "obligé". Non ! c'est s'engager envers lui pendant toute la semaine, pendant toute notre vie et de tout notre coeur, parce qu'il est celui qui nous a sauvés, celui qui nous a pardonné, celui "de qui nous tenons la vie, la croissance et l'être" (6° préface des dimanches), c'est-à-dire tout.

    Tout ... Voilà le mot clé, le mot de passe, en quelque sorte, pour entrer dans le Royaume du Christ. Un bon petit exercice que vous pouvez tous faire aujourd'hui, chez vous, en famille, pourquoi pas, c'est de reprendre d'abord la deuxième lecture et de regarder combien de fois ce mot "tout" revient. Ensuite, vous pouvez aller plus loin en essayant de repérer dans les textes de la bible et de la messe d'aujourd'hui et de la liturgie dans son ensemble d'autres exemples où ce mot est utilisé par rapport à Dieu, au Christ, et à nous.

    Tout, c'est le mot qui dit tout ! C'est tout l'ordre de la rédemption. C'est tout l'ordre de la création. Jésus est le Roi de tous les hommes de tout âge, de toute race, de tous les pays. Il est le roi de tout l'homme, corps et âme. Il est le roi, non seulement des hommes, mais de l'univers, c'est-à-dire du monde minéral, végétal, animal ... Voyez comment cela s'exprime dans la liturgie : les pierres, les fleurs ... Il y a des églises où le chien du curé est couché près de l'autel pendant toute la messe. Chez nous le monde animal est représenté seulement par les moustiques. Chacun ses goûts ! Il est le roi de l'univers. Y-a-t-il d'autres planètes où il y a une forme de vie que la terre ? L'Église ne l'exclut pas. Mais si c'est le cas, nous savons déjà que le Christ en est le roi !

    Voyez aussi comment la liturgie implique tout notre corps. Je vous ai parlé de la génuflexion. Il y a la position assise et debout. À certaines occasions, il y a même la position couchée, le vendredi saint, et au moment de la litanie des saints pour les ordinations.

    La liturgie parle à nos cinq sens : la vue et l'ouïe, le toucher et l'odorat, le goût. Tout cela, c'est la royauté universelle du Christ.

    Dans le temps aussi, la royauté du Christ s'étend à toutes les époques de l'univers, à toutes les périodes de notre vie aussi. Il y en a qui disent : Oui, je veux bien, mais pas tout ... de suite. Et ils se réclament de l'exemple du bon larron de l'évangile. Jésus, disent-ils, est miséricordieux. On aura toujours le temps de s'arranger avec lui. Pour l'instant, profitons de la vie ! Cela aussi est de l'hypocrisie. S'ils croient que Jésus est si bon, pourquoi continuent-ils d'enfoncer des clous dans sa chair par leur vie de péché ?

    Ce qu'ils oublient, c'est que le bon larron n'a rencontré son roi qu'à la fin de sa vie, au moment de mourir. Nous, nous l'avons rencontré depuis quand ? - Depuis notre baptême ! Très bien. C'est le jour de notre baptême que Dieu "nous a arrachés au pouvoir des ténèbres" et qu'il "nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé" (2° lect.). Ce qu'ils oublient aussi, c'est que pendant le temps qui lui restait à vivre, le bon larron a reconnu ses péchés, supporté sa souffrance et défendu le Christ contre les moqueries de son compagnon de ténèbres. Alors faisons-en autant.

    Est-ce que vous vous souvenez de ce que nous avons demandé au Seigneur dimanche dernier dans la prière d'ouverture de la messe ?


 
Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité:
Car c'est un bonheur durable et profond de servir constamment le créateur de tout bien.

Et le jour de la Présentation de la Vierge Marie :
 
Puisque nous célébrons la mémoire de la très sainte Vierge Marie,
Accorde-nous, Seigneur, par son intercession, le bonheur de vivre dès maintenant en ta présence et d'avoir part un jour à la plénitude de ta grâce.

Et aujourd'hui :
 
Dieu éternel, tu as voulu fonder toutes choses en ton Fils bien-aimé, le Roi de l'univers;
Fais que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.
   
    Vous voyez, ces prières-là, nous ne pouvons pas les réciter du bout des lèvres. Cela n'aurait aucun sens.

 

Pour lire l'homélie de l'année dernière :

SOLENNITÉ DU CHRIST ROI DE L'UNIVERS: DE L'APOSTASIE AU TÉMOIGNAGE (Jn 18, 33-37)


 

 

Le bon larron a reconnu ses péchés, supporté sa souffrance et défendu le Christ contre les moqueries de son compagnon de ténèbres.
Le bon larron a reconnu ses péchés, supporté sa souffrance et défendu le Christ contre les moqueries de son compagnon de ténèbres.

Le bon larron a reconnu ses péchés, supporté sa souffrance et défendu le Christ contre les moqueries de son compagnon de ténèbres.

Zachée, c'est l'initiative gratuite de Dieu - Homélie 31° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 31 TOC ev

    Après avoir écouté l'évangile de ce dimanche, il importe que nous ne perdions pas le fil (celui de saint Luc ... et de l'Esprit-Saint), car depuis dimanche dernier, le découpage liturgique a sauté certains passages que nous connaissons par ailleurs mais qu'il est bon de se remettre en mémoire. Voyons cela de plus près.

    On peut dire que ce qui constitue le thème général de cette partie de l'évangile de saint Luc, c'est l'accueil du Royaume. Ca n'a l'air de rien, mais ce n'est pas si facile que ça d'accueillir le Royaume ! Neuf lépreux sur dix sont passés à côté (17, 12-19). Ils croyaient que le Royaume consistait à "faire" quelque chose. Or, le Royaume n'est pas l'oeuvre des hommes, mais l'oeuvre de Dieu. Pour les hommes il est impossible à "faire", à fabriquer. Nous n'avons pas la recette. Le Royaume se reçoit seulement. Un seul à compris. C'était un Samaritain.

    Ensuite saint Luc nous a livré l'enseignement de Jésus sur la persévérance dans la prière (18, 1-8). C'est la prière qui nous amène peu à peu à une foi accueillante, une foi qui accepte le caractère bouleversant de la venue du Royaume, sans poser de questions (quand et où ? - cf. 17, 20-37).

 
Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (18, 8)


    Dimanche dernier, c'était la parabole du pharisien et du publicain (18, 9-14) que Jésus racontait

pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres (18, 9).


    Cette foi n'est pas la foi de ceux qui se croient justes. C'est la foi qui rend juste celui qui reconnaît ses péchés en se confiant à Dieu. L'attitude du pharisien, un homme pourtant d'une qualité indéniable, d'une certaine droiture, mais qui n'a pas besoin de Dieu, est en porte-à-faux. C'est le publicain humblement repentant qui est sur la bonne voie pour accueillir le Royaume.

    C'est ce qui est décrit ensuite, non plus en paraboles, mais dans deux "tranches de vie" que la liturgie a laissées de côté : celle des enfants et celle du notable riche (18, 15-30). Ici saint Luc enfonce le clou. On ne peut être plus clair : non seulement tout est à recevoir, comme un enfant accepte spontanément de tout recevoir :

Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas (v. 17) ...


mais même ce que l'on possède est de trop pour accueillir la vie éternelle ! Accueillir le Royaume qui vient, c'est prendre le chemin de Jérusalem derrière Jésus, le chemin d'un dépouillement absolu, c'est une exigence implacable de renoncement à toute sécurité humaine (v. 18-30) :

Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses de pénétrer dans le royaume de Dieu ! (v. 26)


    La troisième annonce de la passion qui enchaîne immédiatement après (v. 31-34) renforce encore le caractère abrupt et contradictoire de cette sentence : accueillir le Royaume est d'une simplicité enfantine, et pourtant un notable qui demande ce qu'il faut "faire" pour hériter de la vie éternelle, s'en avère incapable ! Voilà le paradoxe.

Prenant alors les Douze avec lui, (Jésus) leur dit : "Voici que nous montons à Jérusalem ..." (v. 31)


    "Nous montons" (ensemble) : c'est le mystère de l'Église qui est ici évoqué. Il faut accepter de monter "ensemble", c'est-à-dire non seulement dans le but de suivre Jésus, chacun de son côté, comme il peut, et, surtout, comme il veut, mais en Église. Voilà ce qui nous est donné à vivre et qui nous donne la vie, par pure grâce.

    Et voici que se profile Jéricho à l'horizon. Jéricho, vous vous en souvenez, c'est la porte d'entrée dans la terre promise. C'est par là que les Hébreux, sous la conduite de Josué (ensemble ...), sont entrés dans la "terre sainte" (cf. Josué, ch. 6). Jésus, le nouveau Josué, s'approche et traverse maintenant la ville. Voilà la chance à saisir au vol, à l'instant même, sans attendre. Un aveugle fait ce que le notable n'avait pas su faire : il suit Jésus (v. 43). Zachée, lui aussi, accueille Jésus, lui ouvre sa maison et spontanément redistribue ses biens !

    L'épisode de l'aveugle se trouve dans les trois évangiles synoptiques. Celui de Zachée est propre à saint Luc. Le propos de saint Luc, en rédigeant son évangile, est d'annoncer la Parole qui sauve aux païens. L'aveugle représente les Juifs. Il fait une démarche explicite. Il demande à être guéri, et il l'est :

Fils de David, aie pitié de moi ! (v. 38)

    C'est l'appel au secours d'un Juif qui attend le Messie.

    Zachée, lui, ne demande rien. C'est Jésus qui l'interpelle par son nom :

 
Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi.


    C'est le même "couple" que celui de Pierre et du centurion. Pierre représente la manière juive de suivre Jésus. La foi du centurion personnifie la réponse des païens. Avec  l'aveugle nous est révélé que c'est la foi qui sauve ; avec Zachée c'est l'initiative gratuite de Dieu. Tous les deux s'engagent envers Jésus, mais chacun à sa manière : l'aveugle à la manière juive du disciple qui "suit" son maître, Zachée en offrant l'hospitalité et en distribuant ses biens.

    On se rend bien compte que saint Luc met l'accent sur Zachée, plutôt que sur l'aveugle. Cette scène est un mini-évangile, un évangile en condensé ! Jugez-en plutôt :

    On y retrouve

- l'aujourd'hui de la nativité de Jésus et de son discours de Nazareth ;
- le salut qui rappelle le cantique de Syméon ;
- ce qui était perdu, le leitmotiv du chapitre 15 (les paraboles de la miséricorde) ;
- le petit que Luc affectionne ;
- le pécheur et le publicain des chapitres 7 et 15, entre autres ;
- la venue qui souligne l'initiative de Dieu ;
- la hâte, rappel de la Visitation ;
- l'accueil dans la maison de Marthe et de Marie ;
- le partage (chapitre 12) et la remise des dettes (chapitre 16) ;
- le "demeurer", annonce d'Emmaüs ;
- et enfin la joie, omniprésente dans son évangile.


    Vous l'aurez compris : ce passage est un petit bijou. C'est la cerise sur le gâteau. Si vous aimez cet épisode de Zachée, c'est le signe que vous avez bon goût. Mais alors, ne le gardez pas égoïstement pour vous. Vous avez reçu Jésus bien plus que Zachée. Vous avez été baptisés et confirmés. Vous êtes rassemblés pour l'Eucharistie dominicale. Si vous accueillez Jésus comme Zachée, alors comme lui, distribuez aussi votre richesse aux pauvres et donnez-leur envie de goûter et de voir eux aussi comme le Seigneur est bon (cf. Ps 33, 9), par vos paroles, mais surtout par votre exemple. La cerise n'en sera que meilleure. Le gâteau aussi.

Zachée, c'est l'initiative gratuite de Dieu.

Zachée, c'est l'initiative gratuite de Dieu.

Toussaint pour les gens. Et pour vous. - Homélie

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Voici un sondage à propos de "la Toussaint".
 
Que représente la Toussaint pour vous ?
- Un jour pour se souvenir des disparus
- L’occasion de fleurir les tombes de vos proches
- Une opportunité de se retrouver en famille
- Une vulgaire opération commerciale
- Le rendez-vous des hypocrites, pas besoin d’une fête pour penser aux défunts
- Un jour de congé toujours bon à prendre
- Rien de particulier
    Je ne sais pas quel sera le résultat de ce sondage. Mais vous avez remarqué, je l'espère, que les rédacteurs de ce sondage n'ont pas prévu la possibilité de donner une réponse correcte ! Oubli ? Erreur ? Omission volontaire ? Ignorance crasse ? En tout cas il y a encore du pain sur la planche pour la nouvelle évangélisation.
 
    "Que représente la Toussaint pour vous ?"... Cela me fait penser à la question de Jésus à ses disciples : "Pour les hommes qui suis-je ? ... Et pour vous ... ?"
 
    Et pour vous, que signifie la Toussaint ?

    Jacques de Voragine, archevêque de Gênes au 13° siècle, auteur de la "Légende dorée", livre qui relate la vie de saints illustres et qui a connu un grand succès pendant le Moyen Âge, écrit que la fête de la Toussaint à été instituée pour quatre raisons principales :

1° pour commémorer la consécration, le 3 mai 605, d'une église que le pape Boniface avait fait construire en lieu et place du Panthéon romain, placée sous le patronage de la Vierge Marie et de tous les martyrs. Plus tard la date de cette fête fût déplacée au 1° novembre, un moment où la moisson et les vendanges étaient terminées et que les pèlerins pouvaient trouver plus facilement à se nourrir ;

2° pour commémorer les saints qui n'ont pas de fête propre au calendrier et pour suppléer à l'oubli de ceux qui y sont ;

3° pour expier nos oublis ou notre paresse à commémorer les saints dont les noms sont inscrits au calendrier ;

4° pour faciliter l'obtention de nos voeux par l'intercession de tous les saints.


    Historiquement, la fête de tous les saints était donc essentiellement la fête de tous les martyrs de la foi. Dans l'évangile du jour aussi, la béatitude des persécutés occupe une place tout à fait spéciale. C'est la dernière, et la seule à être répétée.

    C'est Pierre qui dans l'évangile à répondu à la question que Jésus posait aux Douze. Voyons ce que nous dit son successeur à propos de la signification des saints. Dimanche dernier a eu lieu à Rome un évènement historique : la béatification de 498 martyrs espagnols (évêques, prêtres, religieux et religieuses, et laïcs, hommes et femmes, jeunes et adultes). Après la messe solennelle de béatification, Benoît XVI avait relevé le caractère tout à fait exceptionnel de ces béatifications. Et d'expliquer aux nombreux fidèles assemblés que
l’inscription le même jour au rang des Bienheureux d’un aussi grand nombre de Martyrs prouve que le témoignage suprême du sang n’est pas une exception réservée seulement à quelques individus, mais une éventualité réelle pour le Peuple Chrétien tout entier. Il s’agit en effet d’hommes et de femmes, différents par l’âge, la vocation et la condition sociale, qui ont payé de leur vie la fidélité au Christ et à son Eglise ... Leur exemple est là pour témoigner que le Baptême engage tous les chrétiens à participer avec courage à la diffusion du Royaume de Dieu, en coopérant, si c’est nécessaire, avec le sacrifice de leur propre vie elle-même.

    Cependant, tous ne sont pas appelés au martyre sanglant ; il y a aussi un "martyre" non sanglant, disait le pape, qui se manifeste par le
témoignage silencieux et héroïque de nombreux chrétiens qui vivent l’Évangile sans compromis, en accomplissant leur devoir et en se dévouant généreusement au service des pauvres.

    Sainte Jeanne de Chantal parlait à ce propos du "martyre d'amour" qui dure depuis le moment où quelqu'un s'est livré sans réserve à Dieu jusqu'au jour de sa mort,
mais cela s'entend; disait-elle, pour les coeurs généreux, et qui, sans se reprendre, sont fidèles à l'amour ; car, les coeurs faibles et de peu d'amour et de constance, Notre Seigneur ne s'applique pas à les martyriser ; il se contente de les laisser rouler leur petit train, de crainte qu'ils ne lui échappent, parce qu'il ne violente jamais le libre arbitre.

    De ce "martyre d'amour" elle disait qu'il
ne cède rien à l'autre, car l'amour est fort comme la mort, et les matyrs d'amour souffrent plus mille fois en gardant leur vie, pour faire la volonté de Dieu, que s'il en fallait donner mille pour témoignage de leur foi, de leur amour et de leur fidélité.

    Benoît XVI disait aussi que ce
martyre de la vie ordinaire est un témoignage des plus importants dans les sociétés sécularisées de notre temps... C’est la bataille pacifique de l’amour que chaque chrétien, comme Paul, doit combattre sans se lasser, la course pour répandre l’Évangile, qui nous engage jusqu’à notre mort.

    Ce martyre, c'est le
témoignage silencieux et héroïque de nombreux chrétiens qui vivent l’Évangile sans compromis, en accomplissant leur devoir et en se dévouant généreusement au service des pauvres.

    Et il donnait comme exemple la Polonaise Celina Chludzińska Borzźcka, épouse et mère de famille, veuve et religieuse, béatifiée à Rome le jour précédent.

    Puissent donc nos coeurs tièdes se rallumer au feu de l'amour de cette foule immense de témoins, connus et inconnus, que nous fêtons aujourd'hui et que le Seigneur nous donne en exemple et comme intercesseurs. Et soyons plus attentifs à connaître et à aimer chaque jour de l'année le ou les saints qui sont au calendrier jour après jour. Prenons le temps de lire la biographie ou les écrits de tel ou tel saint. Ils n'attendent que cela pour mieux nous prendre par la main pour les rejoindre là où ils sont, "devant le Trône et devant l'Agneau".

 

Puissent donc nos coeurs tièdes se rallumer au feu de l'amour de cette foule immense de témoins, connus et inconnus, que nous fêtons aujourd'hui

Puissent donc nos coeurs tièdes se rallumer au feu de l'amour de cette foule immense de témoins, connus et inconnus, que nous fêtons aujourd'hui

Le pharisien et le publicain: une parabole de la justification par la foi - Homélie 30° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Jésus disait une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager (Lc 8, 1)

    C'était l'introduction à l'évangile de dimanche dernier. "Il faut toujours prier sans se décourager." Je vous le rappelle en ce dernier dimanche du mois du Rosaire. La prière n'est pas toujours une fête. Sinon, ce ne serait pas bien difficile d'y persévérer ! "Il faut", c'est l'expression habituellement employée par Jésus dans les évangiles pour parler de sa passion (et de sa résurrection), par exemple au verset 25 du chapitre précédent :
 
Il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération.

    Il faut, il faut ... Pour que le disciple puisse persévérer dans la foi en Jésus au milieu des tribulations, "il faut" qu'il prie sans cesse. Car croire en un Jésus rejeté, "éprouvé", est une épreuve aussi pour celui qui croit en lui. Or cette foi est nécessaire pour être "justifié". Comment alors être sauvé, puisque Dieu nous justifie d'une manière si déconcertante ? Et comment persévérer dans l'action de grâce au milieu des épreuves, quand seulement un lépreux sur dix revient sur ses pas pour rendre grâce alors qu'ils viennent de bénéficier d'une guérison miraculeuse ? Qu'est-ce que ce sera alors à l'heure de la croix ?
 
Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? (v. 8)

    Cette question lancinante de la fin de l'évangile de dimanche dernier n'est pas simplement oratoire, et j'espère que vous ne l'oublierez pas de si tôt. Si nous ne prions pas sans cesse, la venue du Seigneur sera pour nous une épreuve insurmontable. Comme entrée en matière pour l'évangile de ce jour, on ne fait pas mieux !
 
Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres.

    Le pharisien de la parabole de ce dimanche n'est pas n'importe qui ... et il le sait. Lui, il en a fait, des choses ! Il jeûne deux fois par semaine, et il verse le dixième de tous ses revenus. Ce n'est pas rien. Il n'y en a pas beaucoup parmi nous, je pense, qui pourraient dire la même chose. Cela se verrait au montant de la collecte de la messe et ... aux mensurations de votre taille ! Et voilà que, en plus, ce pharisien pratique la prière d'action de grâce ! Mais il ne la pratique pas tout à fait comme le Samaritain guéri de sa lèpre. Il ne rend pas grâce de ce que le Seigneur a fait pour lui ; il rend grâce de ce que lui a fait pour le Seigneur.

    Le pharisien de cette parabole est l'équivalent, sous forme narrative, de ce que saint Paul appelle dans un discours spéculatif la justification par la loi. Remarquons tout de même que la pratique de la loi du pharisien présente des failles importantes, dans le domaine de l'amour du prochain, notamment. Il était convaincu d'être juste, et il méprisait "tous les autres"... En matière de charité fraternelle, on fait mieux.

    Le publicain, lui, illustre parfaitement ce que l'Apôtre veut dire quand il parle de la justification par la foi. Lui n'a rien fait de ce dont le pharisien se vante, et il a peut-être sur la conscience tout ce qui fait que le pharisien le méprisait. Et pourtant c'est de lui dont Jésus dit qu'il est "devenu juste". Vous y comprenez quelque chose, vous ? Ce que Jésus dit là a de quoi nous déboussoler. Cela voudrait-il dire que toutes nos bonnes actions ne servent à rien, et qu'il vaut mieux profiter de la vie en prenant son pied, comme on dit ?

    Évidemment pas. Ce que Jésus veut nous faire comprendre, c'est ceci : face à Celui qui vient, "le Fils de l'homme", l'attitude demandée est moins de faire quelque chose pour mériter sa venue et la récompense qu'il apporte, d'élaborer et de réaliser des projets (plus ou moins pastoraux) ..., que de s'ouvrir à cette venue en accueillant le don de Dieu, le don du salut dont nous avons tous besoin, puisque pécheurs nous le sommes tous. Contrairement à ce que pensaient les pharisiens, personne ne peut se sauver lui-même. Et a fortiori personne ne peut sauver les autres. Le Royaume de Dieu qui devient le Royaume des sauvés ne peut être que l'oeuvre de Dieu. Que nos richesses soient matérielles, morales ou spirituelles, personne ne peut acheter Dieu, personne ne peut le mériter.  Pour les pharisiens - et saint Paul en était, mais il s'est converti - l'erreur était de croire que l'on peut se justifier par la pratique de la loi.

    Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ? Lors d'une précédente homélie je vous avais dit :
 
Il y a aujourd’hui une certaine forme d’humanisme qui fait pratiquement l’unanimité parmi nos contemporains. Et pourtant, ce n’est pas pour autant dans ces milieux très larges une porte ouverte à la lumière de l’évangile. L’humanisme peut être une manière élégante mais sournoise de tenir Dieu à l’écart, ou de se débarrasser de lui quand, décidément, il n’est plus raisonnable. Et l’on finit par adorer l’homme (ou Satan) à la place de Dieu.

    Dans son homélie sur l'évangile de ce jour, le Père Cantalamessa dit :
 
Bon nombre des soi-disant "nouvelles formes de religiosité", aujourd’hui en vogue, conçoivent le salut comme une conquête personnelle, due à des techniques de méditation, des habitudes alimentaires, ou à des connaissances philosophiques particulières.
Le prédicateur de la Maison Pontificale fait allusion ici au yoga, la médiation transcendantale, et aux sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie et la Rose-Croix. Et il continue :
La foi chrétienne le conçoit comme un don gratuit de Dieu en Jésus-Christ, qui exige certainement des efforts personnels et l’observance des commandements, mais plus encore comme une réponse à la grâce que comme une cause de cette grâce.

    Le Seigneur ne nous demande pas d'en faire moins, plutôt de faire plus, mais surtout, de le faire autrement : non pas pour ensuite réclamer notre récompense ("le paradis") comme un dû, mais pour rendre grâce au Seigneur qui ne cesse de nous dire depuis que nous avons été baptisés :
Tout est prêt : venez au repas de noce ! (Mt 22, 4)
    Et notre réponse ne pourra être que de nous frapper la poitrine en disant :
Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dit seulement une parole et je serai guéri.
    Ou bien, comme le publicain de la parabole :
Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !
    Il y a une attitude qui se rencontrait jadis chez un certain nombre de militants d'Action Catholique, relayée ensuite dans les milieux du Renouveau charismatique, qui consiste à penser qu'on est meilleur que les autres, et que ceux qui ne sont pas "des nôtres" n'ont aucune valeur spirituelle. On n'est pas loin du mépris pharisaïque dénoncé par Jésus.

    Il y a aussi des personnes, surtout des dames, qui viennent se confesser ... pour dire qu'elles n'ont pas de péché, et qui s'étonnent ensuite de ne pas recevoir l'absolution ! Je conseille à ces personnes de faire une bonne neuvaine au Saint Esprit pour lui demander la grâce de connaître, non pas tous leurs péchés - ce serait insupportable -, mais au moins quelques uns. Si je leur donnais l'absolution sans broncher, elles ne se convertiraient jamais tout en ayant bonne conscience. C'est ce ritualisme purement extérieur qui est dénoncé par Jésus. Vous voyez Jésus dire à ce pharisien : - Allez, c'est bon, vous n'êtes pas un mauvais bougre, et je ne vous en demande pas plus ?

    Ceci dit, ne pensons pas non plus pouvoir nous sortir d'affaire en nous servant de l'exemple du publicain comme d'un alibi pour nous installer dans une paresse spirituelle permanente. Ce serait aussi ... du pharisaïsme. Si nous sommes convaincus que Dieu est bon et miséricordieux, alors pourquoi continuer à l'offenser ? De deux choses l'une : soit nous ne croyons pas que Dieu est bon, et nous continuons de pécher en remettant notre conversion au lendemain ; soit nous croyons qu'il est bon, et nous prierons sans relâche pour supplier le Seigneur de nous aider à ne plus l'offenser et pour obtenir la grâce d'une vraie conversion :
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.
Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ?

Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ?

Transmets la Parole que tu reçois - Homélie 29° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

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Dimanche de la mission universelle (messe de rentrée des jeunes du cheminement)


    "Proclame la Parole à temps et à contretemps". Cette Parole n'est pas seulement une parole écrite qu'on peut lire dans un livre qu'on appelle la Bible. Le Christ lui-même s'est fait Parole : "Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous" (Jn 1, 14).

    La Parole que nous devons recevoir et transmettre est donc une Parole vivante. Recevoir cette Parole veut dire : croire en Jésus, Fils de Dieu fait homme. "Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" Cette question que Jésus nous pose doit nous interpeler : aujourd'hui, sommes-nous de ceux qui croient, de cette minorité ("petit troupeau", dira Jésus) de ceux qui croient ? Si nous attendons que tout le monde croie pour suivre le mouvement, nous risquons d'attendre longtemps.

    Mais l'expression "petit troupeau" nous rappelle en même temps que transmettre la Parole tout seul, cela n'est pas possible non plus. Le troupeau des croyants est petit, mais il existe, voulu par Dieu, et personne ne peut s'en passer. "La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux" : c'est le diagnostic de Jésus, et c'est un diagnostic précis. "Peu nombreux", mais pas isolé. "Peu nombreux": raison de plus pour se serrer les coudes de la foi, puisque c'est la foi de l'Église, pas ma petite foi à moi tout seul.

    Si nous ne transmettons pas la Parole que nous avons reçue, c'est que nous ne croyons pas en elle. Si notre foi n'est pas la foi du "petit troupeau", celle que nous avons reçue au baptême, si c'est la petite foi que nous nous sommes fabriquée, nous ne pourrons pas transmettre la Parole et notre vie sera stérile.

    En ce jour où nous célébrons la messe de la rentrée des jeunes du cheminement dans notre paroisse, leur parents, parrains et marraines pourront concrètement se poser la question : qu'est-ce que je fais pour transmettre la foi à mes enfants ? Et aussi : quelle foi est-ce que je transmets à mes enfants ? Si nous voulons être sincères, force nous est de constater que dans l'ensemble, et sauf exception, il existe un déficit très grand dans ce domaine.

    Benoît XVI nous aide encore à cerner davantage les causes de ce déficit :

 
La première urgence pour les croyants au Christ est de renouveler la foi des adultes dans tellement de communautés aujourd’hui sécularisées pour qu’ils puissent la communiquer aux autres générations.

Pas de transmission "authentique", a-t-il encore insisté, si les parents ne
 
s’engagent pas à approfondir la connaissance de leur propre foi, ravivant la flamme de la prière et la pratique assidue des sacrements de la confession et de l’eucharistie". (Discours aux familles en Espagne, La Croix - 3 juillet 2006).

    La foi, nous venons de le voir, c'est l'objet de la question de Jésus : la trouvera-t-il quand il viendra ? Nous ne savons pas quand ce sera, et nous n'avons pas besoin de le savoir. Il faut être prêt à chaque instant. L'approfondissement de la foi, ce n'est pas seulement pour les enfants et les adolescents. C'est aussi pour les adultes. La paroisse et le diocèse vous en offrent la possiblité. Il y en a d'autres qui ont leur valeur, pourvu qu'elles soient catholiques. L'erreur, comme disait la publicité, c'est d'aller ailleurs.

    Saint Paul à Timothée :
Tu dois en rester à ce qu’on t’a enseigné : tu l’as reconnu comme vrai, sachant bien quels sont les maîtres qui te l’ont enseigné.
    La foi, c'est bien aussi l'objet de l'exhortation de saint Paul à Timothée, qui n'était plus un adolescent. Votre foi d'adulte, comme la sienne, a besoin d'être gardée et, en même temps, renouvelée. Sinon vous ne pourrez pas la communiquer.

    Benoît XVI aux évêques d'Autriche :

Pensez à la façon dont, peu à peu, l'enseignement de la religion, la catéchèse aux divers niveaux et la prédication peuvent être améliorés, approfondis et pour ainsi dire complétés ! Utilisez avec ardeur, je vous le demande, le Compendium et le Catéchisme de l'Eglise catholique ! Faites en sorte que tous les prêtres et les catéchistes adoptent ces instruments, qu'ils soient présentés dans les paroisses, dans les groupes et dans les mouvements, et qu'ils soient utilisés dans les familles comme lecture importante ! Face à l'incertitude de cette période historique et de cette société, offrez aux hommes la certitude de la foi intégrale de l'Eglise ! La clarté et la beauté de la foi catholique rendent la vie de l'homme lumineuse aujourd'hui également ! Et cela en particulier si elle est présentée par des témoins enthousiastes et enthousiasmants.

Benoît XVI aux évêques autrichiens, visite ad limina,
message du 5 novembre 2005

   Les évêques, les prêtres, les catéchistes : ce ne sont pas des gamins non plus. Mais tout adultes, catéchistes et théologiens qu'ils sont, le Compendium et l'intégralité du Catéchisme sont pour eux "une lecture importante".

    La prière, il en est bien question dans les passages de la Bible que nous venons d'entendre. Ils nous invitent surtout à la persévérance et mettent en garde contre le danger de la lassitude (1° lect.) et du découragement (évangile). La première lecture, en outre, nous rappelle que si la prière nécessite un investissement personnel (Moïse ne prie pas comme une remorque, mais comme un entraîneur), elle doit, pour durer, être aussi communautaire. Tout seul, on se "fatigue" bien vite de prier, même si on est de ceux qui entraînent. D'ailleurs, on n'a jamais vu un entraîneur tout seul. Un entraîneur suppose une équipe. D'où l'importance de la prière de l'Église qui donne vigueur à la nôtre, personnelle, conjugale et familiale. Ca fait tout de même deux mille ans qu'elle prie, l'Église ! Et ça fait deux mille ans qu'elle croit !

    Mais Benoît XVI ne parle pas seulement de la connaissance de la foi qu'il faut renouveler et approfondir, et de la prière qu'il faut raviver. Il parle aussi de la nécessité de la pratique assidue des sacrements, notamment la confession et l'eucharistie. Nous en avons parlé dimanche dernier. Mais ce rappel n'est pas superflu. Des cent et quelques adolescents inscrits au cheminement, combien y en a-t-il que leurs parents accompagnent à la messe chaque dimanche ? Et combien y en a-t-il qui, au moins une fois ou deux par an, font une bonne confession ?

    L'approfondissement de la foi, la persévérance dans la prière et dans la pratique des sacrements : si un ou plusieurs de ces éléments font défaut dans la vie des parents, la transmission de la foi aux enfants ne pourra guère se faire.

    Mais vous, les enfants, vous adolescents, vous n'êtes pas non plus de simples réceptacles de la foi. En entrant "en cheminement" vous prenez vos propres responsabilités. Vous non plus n'êtes pas de simples remorques.

    La transmission de la parole ne se fait pas seulement de génération à génération. Vous aussi êtes acteurs entre vous. L’Esprit Saint vous fait apôtres. À travers l’action du MIDADE dans le monde (Mouvement d’éducation, d’action et d’évangélisation, présent dans 55 pays), nous pouvons voir comment les enfants sont capables d’être témoins au milieu de leurs semblables.

■ Au Cameroun, ils sont devenus actifs
« Mathias 13 ans et ses copains Cop’Monde habitent un quartier de Kongsamba très insalubre. Pendant la période des pluies cela devient intenable. Les populations et les pouvoirs publics semblent indifférents devant cette saleté qui envahit le quartier. Mathias et ses amis Cop’Monde décident de lancer une opération quartier propre. Ils en parlent à leur responsable de groupe et au curé. Le dimanche, à la fin de la messe, le curé donne la parole à Mathias qui informe et explique à toute la communauté chrétienne la décision du groupe. Le jour fixé, plusieurs enfants rejoignent le groupe pour un grand travail de nettoyage du quartier. Ils sont rejoints par quelques adultes ».

■ Les Yambotes
Ce mot veut dire appelé, avec d’autres, à faire des bonnes actions pour changer autour de soi. En 1999, c’est la fin de la guerre à Brazzaville. Il y a de l’insécurité partout, on continue le pillage des maisons, les arrestations se multiplient. Devant ce climat, les enfants « Yamboté » de la capitale s’écrivent des messages pour inviter les enfants dans les différents quartiers d’arrêter de s’associer aux malfaiteurs, et de dénoncer les agressions et les pillages. La vigilance des enfants atténue l’insécurité. Les messages sont relayés par quelques curés de paroisses.

■ Une rencontre en Afrique centrale.
35 enfants du MIDADE, délégués du Gabon, du Congo-Brazza, de la RDC, du Tchad, de la RCA et du Cameroun se retrouvent à Yaoundé, au Cameroun, en août 2005, pour réfléchir sur la situation dramatique de la région. Soutenus par leurs mouvements, ces enfants lancent un message de paix aux enfants de la région, aux dirigeants politiques. Dans le message, les enfants invitent les populations de la région à se tourner vers les valeurs de l’Évangile : la fraternité, l’amour du prochain, le pardon et la justice. Au cours de la rencontre, les enfants reçoivent la visite de l’Archevêque de Yaoundé. Le message a été repris par les églises de la région.

■ Au Sri-Lanka, des initiatives simples redonnent espoir
"Après le passage du Tsunami, le Mouvement des enfants LA-KRI-VI, (affilié au MIDADE) est directement frappé par la mort de plusieurs enfants et la souffrance des survivants. Face au désespoir des milliers d’enfants, le mouvement met en action des programmes pour soutenir humainement et spirituellement les “petites victimes”. Des initiatives simples : chants, théâtres, jeux, histoires, films, dessins et dynamique de groupe. Le but était de délivrer un message d’espoir. Les enfants ne voulaient plus entendre parler de Dieu. Ces programmes ont “réveillé” des milliers d’enfants. Les moines Bouddhistes ont voulu s’opposer aux programmes, car conduits par des enfants chrétiens. Nous avons dialogué avec eux. Quand ils ont vu le bien que cela apportait aux enfants, ils nous ont encouragés. Cette belle initiative a aussi donné l’occasion de renforcer le dialogue et de développer les rencontres entre bouddhistes et chrétiens".

    Et, pour finir - ce sera le bouquet final - ce beau témoignage d'un séminariste de Nice qui a enseigné dans une école au Burkina :

■ Au Burkina, les enfants viennent si nombreux à l’église…
Est-ce parce que je suis blanc, beaucoup d’enfants venaient me parler, même en dehors de l’école. On a eu des conversations très enrichissantes. Être au milieu d’eux était vraiment source de richesse et de joie. Quand on vient dans des écoles comme celle de Dano (Burkina), en Afrique, on comprend mieux les paroles de Jésus lorsqu’il dit "Laissez venir à moi les petits enfants" ou "Le royaume des cieux leur ressemble". Car ces enfants sont vraiment purs, innocents et vrais. C’est agréable de découvrir leur monde, de savoir ce qu’ils disent et ce qu’ils pensent. Alors, je garde dans le coeur la joie de ces enfants… Les églises sont trop petites le dimanche, tant les chrétiens sont nombreux à venir à la messe. Même en semaine, ils se pressent pour venir à la rencontre du Christ pour des messes ordinaires, ils sont attentifs, fidèles aux rassemblements de la paroisse. Les messes peuvent durer deux à trois heures, et pourtant les paroissiens restent jusqu’à la fin, même s’ils ont dû vivre la messe dehors, faute de place. Pour eux, l’Église et le christianisme ont une place fondamentale dans leur vie.
Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?
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