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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La foi : don gratuit - Homélie 19° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

    Alors que nous venons de fêter Édith Stein (9 août), devenue sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, nous arrivons aujourd'hui au début du chapitre 9 des Romains. Les chapitres 9, 10 et 11 de la lettre de saint Paul aux Romains sont un casse-tête, une croix pour les exégètes. Dans ces chapitres, saint Paul traite d'un problème douloureux pour lui, personnellement, sur le plan affectif, et pour les théologiens aussi, sur le plan intellectuel. Il s'agit du mystère de la non acceptation de Jésus comme Messie par le peuple juif dans son ensemble.

    Dieu avait préparé les juifs  à la venue du Messie, avec beaucoup de patience, pendant près de 2000 ans. Pourtant, quand Jésus est venu, il a suscité la controverse et le rejet, plus que l'accueil chaleureux. Paul énumère tous les privilèges dont le Peuple Élu avait bénéficié en exclusivité tout au long de l'Ancien Testament. Il rappelle le rôle unique que Dieu avait imparti au Peuple d'Israel dans l'Histoire du salut, en le préparant progressivement à donner au monde son Sauveur. Mais ensuite il consacre le reste de ces chapitres à affronter la réalité mystérieuse de cette nation, qui, dans son ensemble, n'a pas reconnu ni accepté le Messie lors de sa venue.

    De nombreux Juifs l'ont accueilli, parmi lesquels saint Paul lui-même, la Vierge Marie aussi, et les autres Apôtres, mais pas la communauté des Israélites en tant que communauté. Pourquoi pas ? Dieu a-t-il été infidèle à ses promesses, a-t-il abandonné le Peuple Élu, n'aurait-il pas pu changer leurs coeurs ? Durant les dimanches à venir nous allons suivre les réflexions et les conclusions de l'auteur, mais déjà aujourd'hui nous pouvons voir une implication de cette mystérieuse réalité : la foi, la foi qui nous met dans une vraie relation avec Dieu, mais qui n'est pas quelque chose d'automatique, et qui relève de la responsabilité personnelle de chacun. Sinon, vu de l'extériieur, nous pourrions paraître proches de Dieu, mais en reallité très éloignés de lui.

    Ceci est une des raisons pour lesquelles plusieurs confessions chrétiennes non catholiques rejettent la pratique du baptême des petits enfants. Pour ces chrétiens, la foi est un engagement personnel à suivre Jésus Christ, et le baptême symbolise cet engagement. C'est pourquoi, pour eux, cela n'a pas de sens de baptiser un bébé, parce que celui-ci est incapable d'un engagement personnel. Ils oublient que la foi (et le baptême) est beaucoup plus qu'un "engagement personnel", bien que la foi (et le baptême) soit aussi cela ! La foi est d'abord, et surtout, un don de Dieu, un effet de la grâce de Dieu. C'est ce qui fait que la foi n'est pas une "auto-médication", une manière de se sauver soi-même.

    Jésus nous a sauvés alors que nous étions encore pécheurs, et c'est son amour sauveur qui change nos coeurs, et non pas l'inverse. Voilà pourquoi l'Église catholique baptise les enfants en bas âge : à cause de la générosité inconditionnelle avec laquelle Dieu nous offre le salut, non pas comme une récompense pour quelque chose que nous aurions accompli, mais uniquement grâce à son amour pour nous.

    Comme chaque sacrement, le baptême, c'est Dieu qui agit principalement, c'est lui qui s'engage, et non pas l'homme. C'est la même confusion qui règne à propos de la confirmation. Quand je demande ce qu'est la confirmation, la plupart du temps, la réponse est : c'est quand on confirme son baptême. "On", ici, c'est l'homme. Même chose pour le mariage : si les mariés oublient que c'est Dieu d'abord qui s'engage dans leur mariage, et non pas eux, il n'est plus question de la grâce. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que l'engagement des époux ne tienne pas la route.

    Les Évangiles nous rapportent que plusieurs parents demandaient à Jésus de venir guérir leurs enfants malades ou mourants, alors que ces enfants eux-mêmes n'avaient rien demandé. Eh bien, de la même manière les parents catholiques, en demandant le baptême pour leur nouveau-né, demandent à Dieu de venir donner à leur enfant ce don de la grâce, alors qu'ils sont trop petits pour le demander eux-mêmes. Les chrétiens non catholiques qui critiquent le baptême des petits enfants sont dans l'erreur. Ils oublient que l'amitié avec Jésus commence avec un don gratuit : la grâce de Dieu.

    Par contre, ils ont raison de critiquer les Catholiques qui ne s'attachent qu'à un rituel purement extérieur sans entretenir une relation personnelle avec Jésus, sans prendre leur place dans la communauté de l'Église. Des parents qui demandent le baptême pour leurs enfants, mais qui ne leur donnent pas l'exemple d'une vie chrétienne authentique, qui ne leur apprennent pas à prier, qui ne particpent pas à la vie de leur paroisse et de la cité, etc ... ne font leur devoir qu'à moitié. Et nos frères chrétiens séparés ont raison alors de les rappeler à leur devoir. Si nous ne faisons rien pour développer personnellement la foi reçue au baptême, nous passerons inévitablement à côté de ce que Dieu a préparé pour nous dans son amour infini.

    Maintenant, il est possible que Dieu appelle certains d'entre nous à une intimité particulière avec lui, à une vocation particulière dans l'Église. Comme il l'a fait avec Élie dans la première lecture, et avec saint Paul lui-même, Dieu appelle certains à devenir des soldats spirituels dont la prière, le témoignage et le ministère protège et renouvelle constamment l'alliance conclue par Dieu avec son Peuple Élu, l'Église. Ce sont les prêtres, les missionnaires, les moines et moniales, religieux et religieuses, les laïcs consacrés ... qui sont autant de rappels pour les autres baptisés et pour le monde entier de l'amour que Dieu a pour chacun en particulier et de son action inlassable dans l'histoire des hommes.

    Si vous entendez cet appel - et cela peut être très jeune, dès l'âge de trois au quatre ans pour certains - n'attendez pas, ne doutez pas ! Allez trouver un prêtre, allez rencontrer le ou la responsable de telle communauté religieuse, de tel séminaire. Dieu atttend votre réponse ! Si elle est généreuse, Dieu ne se laissera pas vaincre en générosité. Et si vous en connaissez qui pensent être appelés par Dieu, priez pour eux, encouragez-les, soutenez-les. Et vous les parents, s'il s'agit de l'un (ou de plusieurs) de vos enfants, ne le(s) découragez jamais ! Cela peut être un sacrifice pour vous, surtout si Dieu les appelle dès leur plus jeune âge, mais, souvenez-vous, ces enfants ne vous appartiennent pas. Ils vous ont été confiés par Dieu et ils sont d'abord ses enfants à lui. Dieu vous les prête seulement; et s'il appelle votre fils ou votre fille à le suivre de plus près, lui-même prendra leur place dans votre famille, il vous bénira, car il est fidèle. Quant à vous tous, même si vous n'êtes pas appelés à consacrer votre vie à la prière et à l'apostolat, et si Dieu n'appelle aucun de vos enfants à lui donner leur vie d'une manière aussi radicale, vous devez néanmoins tous prier et servir, prendre une place active dans la vie de l'Église et de la société.

    Durant cette Eucharistie, comme lors de chaque messe, écoutons attentivement cette "voix d'un fin silence" (c'est la traduction du texte hébreu, rendu par la Septante par le "murmure d'une brise légère"), tout comme Élie, saint Paul, la Vierge Marie, dont nous allons célébrer l'Assomption dans quelques jours, pour que Dieu puisse parler à notre coeur sur la montagne où il nous a tous appelés. Et si notre foi est sur le point de sombrer, dans les tempêtes de ce monde, crions vers Jésus : 
« Seigneur, sauve-moi ! » 
 
« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Lectures 19° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Premier livre des Rois (1R 19, 9a.11-13a)

19
09ai  Lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit.
11  La parole du Seigneur lui fut adressée : « Sors dans la montagne et tiens-toi devant le Seigneur, car il va passer. » A l'approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n'était pas dans l'ouragan ; et après l'ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre ;
12  et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n'était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d'une brise légère.
13a  Aussitôt qu'il l'entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la caverne.
 


Psaume (Ps 84, 9ab-10, 11-12, 13-14)

R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut
9a  J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? +
9b  Ce qu'il dit, c'est la paix pour son peuple et ses fidèles ; *
10  Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

11  Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s'embrassent ;
12  la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

13  Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
14  La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 9, 1-5)

9
01i  Frères, j’affirme ceci dans le Christ, car c’est la vérité, je ne mens pas, et ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint.
02  J'ai dans le coeur une grande tristesse, une douleur incessante.
03  Pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais même être maudit, séparé du Christ :
04  ils sont en effet les fils d'Israël, ayant pour eux l'adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses de Dieu ;
05  ils ont les patriarches, et c'est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement. Amen.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 14, 22-33)

14
22i  Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
23  Quand il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l'écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.
24  La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.
25  Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.
26  En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils disaient : « C'est un fantôme », et la peur leur fit pousser des cris.
27  Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c'est moi ; n'ayez pas peur ! »
28  Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l'eau. »
29  Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.
30  Mais, voyant qu'il y avait du vent, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! »
31  Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
32  Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.
33  Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »
 
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« Seigneur, sauve-moi ! »

« Seigneur, sauve-moi ! »

Homélie pour la Transfiguration du Seigneur

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Transfiguration.jpg
 
La fête de la Transfiguration ne fut officiellement généralisée en Occident qu'au 15e siècle, en 1457, après la prise de Constantinople (1453), pour remercier Dieu de la victoire remportée sur les Turcs à Belgrade. 


Nos frères des Églises d'Orient célèbrent toujours la Transfiguration avec plus de ferveur que nous. D'une manière générale, d'ailleurs, on l'a remarqué, l'Église d'Occident met davantage l'accent sur l'imitation de Jésus dans sa souffrance, tandis que l'Église d'Orient vit davantage de la gloire de Jésus. Qu'il suffise d'évoquer deux figures emblématiques : d'une part François d'Assise ; d'autre part S. Séraphim de Sarov. De même que François a été configuré jusque dans sa chair au Christ souffrant par les stigmates visibles, de même Séraphim a été littéralement transfiguré dans son corps aux yeux de ses contemporains.

Mais Jean-Paul II nous a demandé d'apprendre à respirer de nos deux poumons : le poumon occidental et le poumon oriental. Il nous a lui-même indiqué la voie et nous a concrètement invités à nous imprégner fréquemment de la grâce de cet évènement en méditant le quatrième mystère lumineux du Rosaire.

Ce n'est pas uniquement pour imiter les chrétiens d'Orient ou par obéissance au Saint Père que nous devons nous hâter avec amour pour suivre Jésus sur la montagne. C'est avant tout par fidélité à l'Évangile. Comment ne pas être frappé par l'importance de ce récit dans les trois évangiles synoptiques ? La Transfiguration n'y apparaît pas seulement comme une coupure bienvenue dans le labeur apostolique, encore moins comme une occasion pour les tire-aux-flancs d'avoir une bonne excuse pour ne rien faire  Elle revêt une importance exceptionnelle qui a fait la joie de tous ceux qui se sont laissé attirer par sa lumière.

C'est chez S. Marc qu'elle est présentée de la manière la plus nette comme un véritable tournant dans la vie publique de Jésus : après la profession de foi de Pierre, Jésus annonce à ses disciples, pour la première fois, l'avenir de souffrance qui est le sien et les exigences du renoncement pour qui veut vraiment être son disciple. Vient ensuite le récit de la Transfiguration, puis la guérison de l'enfant épileptique et la deuxième annonce de la Passion. S. Marc nous montre ainsi que c'est celui qui, par notre manque de foi et notre rejet, va être défiguré dans la souffrance qui est transfiguré dans la gloire par le Père.

Là non plus, n'oublions pas l'héritage de Jean-Paul II qui a légué l'icône de la Transfiguration en quelque sorte comme un cadeau à toutes les personnes consacrées, en faisant remarquer que la Transfiguration n'est pas seulement une révélation de la gloire du Christ, mais une préparation à accepter sa Croix (Vita Consecrata 14).

Si la richesse des trois récits évangéliques de la Transfiguration est déjà tellement éblouissante qu'elle ne manque pas d'embarrasser les meilleurs exégètes, que dire de la réalité telle que l'ont vécue Pierre, Jacques et Jean, et tant d'autres à leur suite ? Et si la deuxième lettre de Pierre nous dit : Vous avez raison de fixer votre attention sur (la parole des prophètes), comme sur une lampe brillant dans l'obscurité... combien plus aurons nous raison de la fixer aujourd'hui sur l'évangile ! Contentons-nous modestement de porter notre attention sur les éléments propres à S. Marc.

Dans son récit, S. Matthieu met l'accent sur la voix du ciel qui veut nous faire comprendre que ce n'est plus le moment d'être disciple de Moïse, d'Élie ou d'un autre prophète, mais que c'est Jésus qu'il faut écouter. S. Luc insiste sur la nuée comme signe de la présence de Dieu et de la Gloire. S. Marc, lui, met l'accent sur la personne de Jésus, le Messie, dont la transfiguration en présence des trois disciples est comme le prélude et le gage de la Résurrection à venir. Mais même si nous voudrions demeurer dans la tente de la présence transfigurante de Jésus, elle nous échappe, et nous voici dans la frayeur et dans l'incompréhension : Il ne savait que dire tant était grande leur frayeur. S. Marc utilisera la même expression pour décrire la réaction de ces mêmes disciples sur au Mont des Oliviers (Mc 14, 40).

Il est aussi le seul à souligner : Personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. C'est comme s'il nous disait : soyons indulgents devant l'incompréhension des trois disciples, car ce qu'ils ont vu sort vraiment de l'ordinaire ; personne ne l'avait vu avant eux. Ils ont été les premiers !

Marc est aussi le seul à faire remarquer à la fin : Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

Et enfin : Ils restèrent fermement attachés à cette consigne (de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu... ), tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : "ressusciter d'entre les morts".
 

C'est à cause de toutes ces insistances propres à S. Marc que c'est son récit, comme celui de la Passion, qui nous secoue le plus. Devant tant de lumière, nous restons vraiment bien bêtes ababa, comme on dit en créole). La frayeur de Pierre, de Jacques et de Jean devient alors la nôtre, et c'est salutaire. Elle nous guérira de cette terrible maladie qui nous guette tous : celle d'être tellement habitués à entendre l'évangile, que nous ne savons même plus qui nous écoutons ; celle de répéter mécaniquement "Seigneur, Seigneur", alors que nous ne savons même plus ce que nous disons ; celle d'aller à la messe, "pour nous débarrasser du bon Dieu", comme le disait joliment le Curé d'Ars ; celle d'aller communier sans savoir qui nous recevons... et finalement celle de vivre sans savoir pourquoi et pour qui nous vivons.

 Harvey Cox a écrit que nous, chrétiens, nous avons tellement dilapidé l'héritage de la gloire du Christ que nous ne voyons plus qu'avec un regard éteint un Jésus au regard éteint. Une enquête menée aux États-Unis entre 2001 et 2005 auprès d'adolescents et de leurs parents a révélé que la soi-disant éducation chrétienne que la majorité des parents chrétiens transmettent à leurs enfants n'est plus qu'un vague déisme moralisateur, du style : "Si tu n'es pas sage, Jésus va te punir."

Alors, hâtons nous de prendre le remède indiqué par le psaume : Qui regarde vers lui resplendira sans ombre ni trouble au visage... Goûtez et voyez comme il est bon, le Seigneur ! Heureux l'homme qui s'abrite en lui ! Un long regard sur une icône de la Transfiguration (ou une autre), un temps d'adoration devant le Très Saint Sacrement, une dizaine de chapelet en méditant l'évangile : voilà autant de remèdes pour cette maladie qui fait tant de morts et de défigurés aujourd'hui. Comme le disait encore Jean-Paul II :

 

Ce n'est que dans une purification progressive de la connaissance de communion que l'homme et Dieu se rencontreront et reconnaîtront dans l'étreinte éternelle leur connaturalité d'amour jamais effacée (...) Il ne faut pas confondre cela avec un mysticisme obscur dans lequel l'homme se perd dans des réalités impersonnelles énigmatiques (...) C'est surtout en se laissant éduquer à un silence d'adoration que l'on peut approcher cette présence, car au sommet de la connaissance et de l 'expérience de Dieu, il y a sa transcendance absolue. Plus qu'à travers une méditation systématique, on y parvient à travers l'assimilation orante de l'Écriture et de la Liturgie (Orientale Lumen, 16).



 

Transfiguration du Seigneur - Année A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

PREMIÈRE LECTURE

« Son habit était blanc comme la neige » (Dn 7, 9-10.13-14)

Lecture du livre du prophète Daniel

La nuit, au cours d’une vision,
    moi, Daniel, je regardais :
des trônes furent disposés,
et un Vieillard prit place ;
son habit était blanc comme la neige,
et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ;
son trône était fait de flammes de feu,
avec des roues de feu ardent.
    Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui.
Des milliers de milliers le servaient,
des myriades de myriades se tenaient devant lui.
Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres.


    Je regardais, au cours des visions de la nuit,
et je voyais venir, avec les nuées du ciel,
comme un Fils d’homme ;
il parvint jusqu’au Vieillard,
et on le fit avancer devant lui.
    Et il lui fut donné
domination, gloire et royauté ;
tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues
le servirent.
Sa domination est une domination éternelle,
qui ne passera pas,
et sa royauté,
une royauté qui ne sera pas détruite.


    – Parole du Seigneur.

PSAUME

(Ps 96, 1-2, 4-5, 6.9)

R/ Le Seigneur est roi,
le Très-Haut sur toute la terre
 (Ps 96, 1a.9a)


Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
Ténèbre et nuée l'entourent,
justice et droit sont l'appui de son trône.

 

Quand ses éclairs illuminèrent le monde,
la terre le vit et s'affola ;
les montagnes fondaient comme cire devant le Seigneur,
devant le Maître de toute la terre.

 

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.
Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre,
tu domines de haut tous les dieux.

DEUXIÈME LECTURE

« Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue » (2 P 1, 16-19)

Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre Apôtre

Bien-aimés,
    ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués
que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue
de notre Seigneur Jésus Christ,
mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur.
    Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire
quand, depuis la Gloire magnifique,
lui parvint une voix qui disait :
Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ;
en lui j’ai toute ma joie.

    Cette voix venant du ciel,
nous l’avons nous-mêmes entendue
quand nous étions avec lui sur la montagne sainte.
    Et ainsi se confirme pour nous la parole prophétique ;
vous faites bien de fixer votre attention sur elle,
comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur
jusqu’à ce que paraisse le jour
et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.


    – Parole du Seigneur.

ÉVANGILE

« Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 1-9)

Alléluia. Alléluia. 
Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en qui je trouve ma joie :
écoutez-le !
Alléluia. (Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

          En ce temps-là,
  Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère,
et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
  Il fut transfiguré devant eux ;
son visage devint brillant comme le soleil,
et ses vêtements, blancs comme la lumière.
  Voici que leur apparurent Moïse et Élie,
qui s’entretenaient avec lui.
  Pierre alors prit la parole et dit à Jésus :
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !
Si tu le veux,
je vais dresser ici trois tentes,
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
  Il parlait encore,
lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre,
et voici que, de la nuée, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en qui je trouve ma joie :
écoutez-le ! »
  Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre
et furent saisis d’une grande crainte.
  Jésus s’approcha, les toucha et leur dit :
« Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
  Levant les yeux,
ils ne virent plus personne,
sinon lui, Jésus, seul.
  En descendant de la montagne,
Jésus leur donna cet ordre :
« Ne parlez de cette vision à personne,
avant que le Fils de l’homme
soit ressuscité d’entre les morts. »

          – Acclamons la Parole de Dieu.

Transfiguration du Seigneur - Année A

Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    C'est encore un extrait très bref mais dense du chaptre 8 de la lettre de saint Paul aux Romains que nous venons d'entendre. Dimanche dernier nous nous sommes rappelés que l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, notamment dans la prière, car "nous ne savons pas prier comme il faut". Aujourd'hui, saint Paul nous assure que Dieu fait tout contribuer au bien des hommes, s'ils aiment Dieu.

    Si nous nous contentons d'une lecture superficielle, cela pourrait nous faire penser à tort que la vie chrétienne est une vie sans problèmes, comme une autoroute tracée d'avance à travers un paysage merveilleux vers un pays de rêve. Bonnes vacances ... Oui, mais ... Il suffit de relire ce qui précède au chapitre 8 pour se rendre compte que ce n'est pas vrai. Quand saint Paul dit que Dieu fait "tout" contribuer au bien de ceux qui l'aiment, ce "tout", c'est, dans l'immédiat (le temps présent), surtout des évènements ou des situations qui sont l'occasion de beaucoup de souffrances et d'angoisses :

"J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous" (v. 18).
"Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance ... Et elle n'est pas la seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance" (v. 22.23).

    Plus loin, il cite le psaume 44, 23, qui dit :

"C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, on nous prend pour des moutons d'abattoir" (v. 36).

    Nous vivons à une époque où tout une légion de marchands de bonheur (les apôtres de la "prosperity theology" notamment) nous promet le succès dans la facilité, par des méthodes "sans peine", et pas seulement pour l'apprentissage des langues étrangères. Ce sont des menteurs. Saint Paul n'est pas de ceux-là ! Il n'est pas non plus celui qui broie du noir. Il nous parle d'espérance :

"Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance ; voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment peut-on l'espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance" (v. 24-25).

    Il y a 150 ans, la Vierge Marie promettait à la petite Bernadette de la rendre heureuse, "non pas en ce monde, mais dans l'autre". Toutes les épreuves qu'elle a connues sur terre, sa maladie, les persécutions, les incompréhensions, les moqueries, mais surtout la souffrance de ne plus voir celle qu'elle avait vue ..., tout cela, le Seigneur l'a fait contribuer à son bien, et ce bien, Bernadette l'a attendu avec persévérance.

 
 

    Puisque, dans l'évangile, nous sommes dans les paraboles, voici une parabole de saison, une parabole des temps modernes :

    Le Royaume de Dieu est semblable à une famille du nord de la France qui part en vacances à la Côte d'Azur. Les jours précédant le départ ont été très stressants. Il fallait que tout soit près, et il y avait encore tant à faire. Voilà enfin arrivé le grand jour tant attendu ! Tous les bagages sont chargés, les enfants installés. Au début tout va bien. Quelle chance de pouvoir partir. Quel soulagement ! Seulement, voilà, on l'avait oublié : ce jour-là, Bison futé voyait rouge. Avec des centaines de kilomètres de bouchons, la route n'en finit pas. Les nerfs, déjà fatigués, sont mis à rude épreuve. Un moment d'inattention ... On a failli louper une bretelle d'autoroute. On a même frôlé l'accident ! Une pause s'impose. Il faut faire le plein de carburant. Le chauffeur doit se reposer, les enfants se dégourdir les jambes. Madame en profite pour lancer un petit coup de fil à ses parents :

- Allo maman ?
- Vous êtes déjà arrivés ?
- Oh non ... nous sommes encore très loin ... Il y a plein d'embouteillages ! On n'avance pas ... Mais, tant pis, on est content. C'est les vacances !

 
http://terresacree.org/images/embouteillages3.jpg

"Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour.
Ceux qu'il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l'image de son Fils, pour faire de ce Fils l'aîné d'une multitude de frères.
Ceux qu'il destinait à cette ressemblance, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a justifiés, il leur a donné sa gloire."

    Nous connaissons la (pré)destination. Mais la route de la transformation à l'image du Fils crucifié et ressuscité est encore longue. En attendant, être dans les bras de la Providence, c'est déjà les vacances, même si on n'est pas encore arrivé ! Bonne route avec la sagesse de Salomon et la joie de l'homme qui a trouvé un trésor caché !
Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire
Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire
Départ pour les vacances sur l'autoroute du bonheur ! - Homélie 17° dimanche du Temps Ordinaire

Lectures 17° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Premier livre des Rois (1R 3, 5.7-12)

3
05i  À Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Il lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai. »
07  Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c'est toi qui m'as fait roi à la place de David mon père ; or, je suis un tout jeune homme, incapable de se diriger,
08  et me voilà au centre du peuple que tu as élu ; c'est un peuple nombreux, si nombreux qu'on ne peut ni l'évaluer ni le compter.
09  Donne à ton serviteur un coeur attentif pour qu'il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; comment sans cela gouverner ton peuple, qui est si important ? »
10  Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit :
11  « Puisque c'est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis ; mais puisque tu as demandé le discernement, l'art d'être attentif et de gouverner,
12  je fais ce que tu as demandé : je te donne un coeur intelligent et sage, tel que personne n'en a eu avant toi et que personne n'en aura après toi.
 



Psaume (Ps 118, 57.72, 76-77, 127-128, 129-130)

R/ De quel amour j'aime ta loi, Seigneur !
57  Mon partage, Seigneur, je l’ai dit,
c’est d’observer tes paroles.
72  Mon bonheur, c'est la loi de ta bouche,
plus qu'un monceau d'or ou d'argent.

76  Que j'aie pour consolation ton amour
selon tes promesses à ton serviteur !
77  Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai :
ta loi fait mon plaisir.

127  Aussi j'aime tes volontés,
plus que l'or le plus précieux.
128  Je me règle sur chacun de tes préceptes,
je hais tout chemin de mensonge.

129  Quelle merveille, tes exigences,
aussi mon âme les garde !
130  Déchiffrer ta parole illumine
et les simples comprennent.


Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 28-30)

8
28i  Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour.
29  Ceux qu'il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l'image de son Fils, pour faire de ce Fils l'aîné d'une multitude de frères.
30  Ceux qu'il destinait à cette ressemblance, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a justifiés, il leur a donné sa gloire.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 44-52)

13
44i  Jésus disait à la foule ces paraboles : « Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
45  Ou encore : Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.
46  Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète la perle.
47  Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu'on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
48  Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
49  Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges viendront séparer les méchants des justes
50  et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
51  Avez-vous compris tout cela ? — Oui », lui répondent-ils.
52  Jésus ajouta : « C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien. »


 
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dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

Livre de la Sagesse (Sg 12, 13.16-19)

12

13  Il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur,
toi qui prends soin de toute chose,
et montres ainsi
que tes jugements ne sont pas injustes.
16  Ta force est à l'origine de ta justice,
et ta domination sur toute chose
te rend patient envers toute chose.
17  Il montre sa force,
l'homme dont la puissance est discutée,
et ceux qui la bravent sciemment, il les réprime.
18  Tandis que toi, Seigneur, qui disposes de la force,
tu juges avec indulgence,
tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement,
car tu n'as qu'à vouloir pour exercer ta puissance.
19  Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple
que le juste doit être humain,
et tu as pénétré tes fils d'une belle espérance :
à ceux qui ont péché tu accordes la conversion.

 

 

 


Psaume (Ps 85, 5-6, 9ab.10, 15-16ab)

R/ Toi qui est bon et qui pardonnes, écoute-moi mon Dieu !

 

05  Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent,
06  écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.

9a  Toutes les nations, que tu as faites,
9b  viendront se prosterner devant toi *
10  car tu es grand et tu fais des merveilles,
toi, Dieu, le seul.

15  Toi, Seigneur,
Dieu de tendresse et de pitié, *
lent à la colère,
plein d'amour et de vérité !
16a  Regarde vers moi,
16b  prends pitié de moi.

 

 


Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 26-27)

8

 

 

 

26i  Frères, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables
27  Et Dieu, qui voit le fond des coeurs, connaît les intentions de l'Esprit : il sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut.

 


Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 24-43)

13

 

24i  Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
25  Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla.
26  Quand la tige poussa et produisit l'épi, alors l'ivraie apparut aussi.
27  Les serviteurs du maître vinrent lui dire : 'Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ?'
28  Il leur dit : 'C'est un ennemi qui a fait cela.' Les serviteurs lui disent :'Alors, veux-tu que nous allions l'enlever ?'
29  Il répond : 'Non, de peur qu'en enlevant l'ivraie, vous n'arrachiez le blé en même temps.
30  Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.' »
31  Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu'un homme a semée dans son champ.
32  C'est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. »
33  Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu'une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé. »
34  Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles,
35  accomplissant ainsi la parole du prophète : C'est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.
36  Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s'approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l'ivraie dans le champ. »
37  Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ;
38  le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
39  L'ennemi qui l'a semée, c'est le démon ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
40  De même que l'on enlève l'ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
41  Le Fils de l'homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal,
42  et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
43  Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu'il entende !

 

 

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Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde

Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde

Quand souffrance rime avec espérance, vacances et Tour de France - Homélie 15° dimanche du T.O.A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Le chapitre 8 de saint Paul aux Romains est un des chapitres les plus célèbres de tout le Nouveau Testament. Dans les chapitres précédents, l'auteur a expliqué que la Loi de l'Ancien Testament n'a aucun pouvoir pour nous sauver du péché. Son utilité est de nous aider à découvrir que nous avons besoin de la grâce de Dieu. Cette grâce est venue dans le monde, plus abondante que ce que quiconque aurait pu imaginer, en Jésus Christ.

    Au chapitre 8, Paul poursuit en expliquant les conséquences de tout cela pour le
combat spirituel dans un monde déchu. Son message peut se résumer en deux mots : espérance illimitée. Tant que nous sommes unis à la grâce de Dieu, et que nous nous efforçons à vivre en amis du Christ par la prière, les sacrements et les exercices des vertus, absolument rien ne doit affaiblir notre confiance en Dieu. Voilà le coeur du message de Romains, chapitre 8.

    Dans le
passage que nous venons d'entendre, saint Paul applique cette espérance surnaturelle à quelque chose qui nous est familier : la souffrance. Dans ces versets, il explique comment il y a fait face. Il écrit :
 


"J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous."
 


    Il ne nie pas la douleur que la souffrance peut engendrer - lui-même a été calomnié, flagellé, emprisonné, lapidé, naufragé, rejeté et trahi tout au long de son apostolat. Il sait ce que souffrir veut dire. Mais il nous montre comment regarder nos souffrances : dans la perpective de la gloire. Ce que Dieu réserve pour ceux qui le suivent fidèlement est incomparablement plus grand et durable que les pires des souffrances imaginables de cette vie ! Voilà le point de vue de saint Paul, que chaque chrétien peut et doit partager. Alors, souvenons-nous toujours que souffrance rime avec espérance.

    Il n'a rien inventé, saint Paul. Il le tient de Jésus. Dans les quatre évangiles, les quatre premiers livres du Nouveau Testament, le mot "cieux" apparaît 122 fois. Dans presque toutes ses paraboles, Jésus nous encourage à regarder plus loin que le bout de notre nez. Dans celle que nous venons d'entendre, par exemple, la motivation est dans les fruits abondants que finit par produire le grain qui est tombé dans la bonne terre. Cette semence doit faire face à trois obstacles principaux : les oiseaux, le sol pierreux, et les ronces. Jésus nous explique que ces trois obstacles représentent trois types de souffrance :
    - les attaques du démon usant de ses tromperies et ses mensonges ;
   - nos propres tendances égoïstes qui risquent de nous décourager quand il devient difficile de suivre le Christ ;
    - le monde qui nous entoure, qui peut saper notre énergie par ses soucis et ses séductions.

    Comment Jésus stimule-t-il ses auditeurs à le suivre en dépit de toutes les difficultés et les épreuves que cela comporte ? Il tourne leur regard vers le résultat, la moisson, la vie éternelle. C'est toujours ce qu'il fait. Souvenez-vous des béatitudes : "Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ; bienheureux ceux qui ont un coeur pur, car ils verront Dieu ..." Chaque béatitude nous enseigne à considérer nos souffrances à la lumière de la gloire à venir. L'Église fait de même. À chaque eucharistie, nous prions, par exemple :

    Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ;
    par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves
    en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets
    et l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur.
            (expectantes beatam spem et adventus Salvatoris nostri Iesu Christi.)

    Nous pourrons surmonter la souffrance, en trouver le sens et y puiser la force seulement si nous la mettons dans la perspective de l'éternité.

    Nous pouvons probablement tous être d'accord avec le fait que la perspective du ciel pourrait être comme un antidote au découragement qui nous guette dans les multiples épreuves de la vie. La question qui se pose est : comment garder cette perspective présente à notre esprit ? Nous n'y sommes jamais allés, au ciel !

   
Les autres lectures peuvent nous suggérer une tactique pour y arriver. Dans la première, Dieu compare sa grâce à la pluie. De même que la pluie ne manque jamais de faire pousser les récoltes, la grâce fait se lever en nos coeurs toutes sortes de fruits Le Psaume nous décrit le cycle mystérieux des saisons. Dans l'Évangile, de même, Jésus emploie une image empruntée au domaine de la nature pour nous enseigner une vérité concernant le Royaume des Cieux. Le commun dénominateur saute aux yeux : les beautés et les merveilles de la création sont des indices de la beauté de Dieu lui-même, des reflets de la gloire du ciel.

    Lorsque, dans la foi, nous admirons les merveilles de la création, celles-ci nous rappellent que Dieu est tout-puissant, omniscient et toute bonté. C'est ainsi qu'elles nous aident à considérer nos souffrances et nos combats dans la perspective dont nous parle saint Paul. Toutes ces merveilles sont l'oeuvre de Dieu, des reflets de la gloire du ciel.

    Comme le disait Benoît XVI (audience du 9 novembre 2005) :

 


"Le premier signe visible de cette charité divine - dit le Psalmiste - doit être recherché dans la création (...) Le regard, rempli d'admiration et d'émerveillement, s'arrête tout d'abord sur la création :  les cieux, la terre, les eaux, la lune et les étoiles (...) il y a une révélation cosmique, ouverte à tous, offerte à toute l'humanité par l'unique Créateur (...) Il existe donc un message divin, secrètement inscrit dans la création et signe du hesed, de la fidélité amoureuse de Dieu qui donne à ses créatures l'existence et la vie, l'eau et la nourriture, la lumière et le temps."
 


    Voilà ce qu'on découvert tous les saints. Saint Augustin l'exprime admirablement :
 


"Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent : Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (confessio). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Pulcher), non sujet au changement ? " (Serm. 241, 2, cité par le CEC n. 32).
 


    Jean Paul II, lui aussi, en avait une conscience très aigüe :
 


"Et bien, face à la gloire de la Trinité dans la création, l'homme doit contempler, chanter, retrouver l'émerveillement. Dans la société contemporaine, l'on devient aride 'non pas par manque de merveilles, mais par manque d'émerveillement' (G.K. Chesterton). Pour le croyant, contempler le créé est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse (...) La nature devient alors un Évangile qui nous parle de Dieu :  'La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur' (Sg 13, 5). Paul nous enseigne que 'ce qu'il a d'invisible [Dieu] depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité' (Rm 1, 20). Mais cette capacité de contemplation et de connaissance, cette découverte d'une présence transcendante dans le créé doit nous conduire également à redécouvrir notre fraternité avec la terre, à laquelle nous sommes liées à partir de notre création même (cf. Gn 2, 7). (Audience du 26 janvier 2000)
 


    Tout à l'heure je vous faisais remarquer que souffrance rime avec espérance. Je pourrais maintenant ajouter : ... et avec vacances. Petits ou grands, pendant ce temps de loisirs, nous avons tous, d'une manière ou d'une autre, l'opportunité de faire cet exercice qui n'est quand même pas trop fastidieux : saisir toutes les occasions qui nous sont offertes pour nous mettre à l'écoute du langage silencieux de la création, nous émerveiller de toutes les beautés qui s'y trouvent et en rendre grâce au Seigneur. C'est un agréable devoir de vacances, dont nous ne manquerons pas de tirer beaucoup de fruits !

    Et puis, je sais que certains d'entre vous suivent de près la plus grande des courses cyclistes de l'année : Tour de France, ça rime aussi avec souffrance. Les coureurs qui prennent le départ, voient-ils la ligne d'arrivée ? Non ! Même au bout d'une semaine, ils ne sont pas encore près de la voir. Pourtant, que de souffrances ! Ils "attaquent" les Alpes et les Pyrénées, tout cela pourquoi ? Dans l'espérance de remporter la victoire finale, ou, du moins, pour pouvoir revêtir l'un des maillots, ou pour que leur chef de file puisse en remporter un. Or, personne n'est sûr de gagner. Avec le Seigneur au moins, au milieu des souffrances qui sont les nôtres, nous avons tous la certitude de remporter la victoire finale.

Quand souffrance rime avec espérance, vacances et Tour de France - Homélie 15° dimanche du T.O.A

Lectures 15° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre d'Isaïe (Is 55, 10-11)

55
10i  Ainsi parle le Seigneur : La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ;
11  ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce que je veux,
sans avoir accompli sa mission.
 
 
 
Psaume (Ps 64, 10abcd, 10e-11, 12-13, 12b.14)
 
R/ Tu visites la terre, Seigneur, tu bénis ses semences
10a  Tu visites la terre et tu l'abreuves,
10b  tu la combles de richesses ; *
10c  les ruisseaux de Dieu regorgent d'eau :
10d  tu prépares les moissons.

10e  Ainsi, tu prépares la terre,
11  tu arroses les sillons ; *
tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies,
tu bénis les semailles.

12  Tu couronnes une année de bienfaits ; *
sur ton passage, ruisselle l'abondance.
13  Au désert, les pâturages ruissellent, *
les collines débordent d'allégresse.

12b  sur ton passage, ruisselle l'abondance.
14  Les herbages se parent de troupeaux +
et les plaines se couvrent de blé. *
Tout exulte et chante !
 
 
 Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 18-23)

8
18i  Frères, j’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous.
19  En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu.
20  Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance
21  d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu.
22  Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore.
23  Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.
 
 
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 1-23)

13
01  Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.
02  Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
03  Il leur dit beaucoup de choses en paraboles :
« Voici que le semeur est sorti pour semer.
04  Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
05  D'autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde.
06  Le soleil s'étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
07  D'autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
08  D'autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
09  Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »
10  Les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
11  Il leur répondit : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n'est pas donné.
12  Celui qui a recevra encore, et il sera dans l'abondance ; mais celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a.
13  Si je leur parle en paraboles, c'est parce qu'ils regardent sans regarder, qu'ils écoutent sans écouter et sans comprendre.
14  Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe :
Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas.
Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
15  Le coeur de ce peuple s'est alourdi :
ils sont devenus durs d'oreille,
ils se sont bouché les yeux,
pour que leurs yeux ne voient pas,
que leurs oreilles n'entendent pas,
que leur coeur ne comprenne pas,
et qu'ils ne se convertissent pas.
Sinon, je les aurais guéris !
16  Mais vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent !
17  Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu.
18  Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
19  Quand l'homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s'empare de ce qui est semé dans son coeur : cet homme, c'est le terrain ensemencé au bord du chemin.
20  Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c'est l'homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ;
21  mais il n'a pas de racines en lui, il est l'homme d'un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt.
22  Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c'est l'homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit.
23  Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est l'homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »

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Le combat spirituel - la chair et l'Esprit - Homélie 14° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


    Les lettres de saint Paul occupent une place importante dans le Nouveau Testament. Depuis sa conversion saint Paul a passé une grande partie de sa vie à parcourir l'Empire romain pour annoncer "son" Évangile et fonder des communautés chrétiennes. Une fois la communauté établie, il se rendait dans une autre localité pour y fonder une autre, maintenant le contact avec les précédentes par le moyen de lettres. Au moins treize de ces lettres ont été plus tard reconnues par le Magistère comme étant "canoniques", c'est-à-dire écrites sous l'inspiration du Saint Esprit. Chaque lettre est désignée par le nom de la ville (ou de la personne) à laquelle il écrivait : "Éphésiens" veut dire la lettre de saint Paul à la communauté chrétienne de la ville d'Éphèse, par exemple.

    La lettre aux Romains, dont nous avons entendu
un extrait, est la plus longue de toutes. Elle est unique en ceci surtout qu'elle est la seule que Paul ait écrite à une communauté chrétienne qu'il n'avait pas fondée lui-même. La foi chrétienne était déjà enracinée à Rome avant qu'il n'arrive. Mais c'était son grand désir de s'y rendre, puisque c'était la capitale de l'Empire. Il a écrit sa lettre pour se présenter et pour faire connaître son enseignement à cette communauté respectée de tous. Pour cette raison, la lettre aux Romains est théologiquement la plus systématique de toutes. Les autres lettres traitent de problèmes spécifiques auxquelles les communautés devaient faire face. La lettre aux Romains est plutôt une présentation synthétique de la sagesse théologique de l'auteur.

    Le passage que nous venons d'entendre touche à l'un des thèmes favoris de Paul : la dynamique du combat spirituel. Mieux nous comprendrons les tenants et les aboutissants de ce combat, et mieux nous pourrons mener le combat que nous avons à mener en tant que chrétiens, et même, tout simplement, en tant qu'êtres humains tout court.

    Saint Paul avait commencé sa lettre par une discussion assez serrée au sujet de la nécessité du salut, et le rôle de la foi pour l'accueillir. Au chapitre 8, d'où le passage de ce jour est extrait, il envisage l'expérience de quelqu'un qui mène déjà cette vie de croyant. C'est par la foi que nous recevons la grâce de Dieu. Dieu nous envoie son Esprit qui fait de nous des enfants du Père, des créatures nouvelles dans le Christ, en un mot : des chrétiens. Ainsi nous expérimentons la puissance de la grâce, qui nous pousse à suivre le Christ et à mener une vie semblable à la sienne, pleine de courage, de sagesse, de bienveillance, de joie et d'abnégation.

 


"Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur."
 


    Comme le dit saint Paul, nous sommes "dans l'Esprit", "nous appartenons au Christ" parce que "nous avons l'Esprit du Christ", et son Esprit "demeure" en nous. La vie selon (ou dans) l'Esprit : voilà encore une expression coutumière de saint Paul qui résume la manière de vivre en chrétien.

    Dans l'ordre de la nature, nous reconnaissons les membres d'une même famille grâce à leurs traits communs, leur manière de parler et de faire, leurs habitudes. Exactement de la même manière, nous dit saint Paul, le monde devrait pourvoir reconnaître un chrétien en voyant la même humilité, la même force d'âme, le même amour, la même douceur (à ne pas confondre avec la mollesse) que celle du Christ. Voilà la puissance positive dans la vie chrétienne. Comme une jeune pousse plantée dans une bonne terre, notre identité chrétienne a été implantée dans nos coeurs par le baptême. Lentement mais sûrement la pousse se développe, s'épanouit et se transforme en un arbre majestueux. Exactement de la même manière la grâce s'affermit en nous pour que notre être puisse arriver à maturité. Cette maturité n'est rien d'autre que la sainteté. Un saint, c'est un chrétien arrivé à maturité.

    Et pourtant notre expérience nous montre tous les jours qu'il ne suffit pas d'être chrétien pour vivre le ciel sur la terre. Nous croyons au Christ, nous avons été baptisés et confirmés, nous sommes nourris par l'Eucharistie et guéris de nos blessures par le sacrement de la Réconciliation. Mais même avec tous ces secours spirituels, nous expérimentons tous les jours les pulsions de l'égoïsme, de la paresse, de l'envie, du découragement et de toutes les autres tentations qui proviennent du monde du péché et de la mort. L'Esprit est à l'oeuvre en nous, mais le péché aussi. La vie dans l'Esprit n'est que la puînée, la cadette de la vie selon la chair, et le péché ne cesse de réclamer son droit d'aînesse. Notre nature humaine déchue nous tire vers le bas et nous résistons à l'oeuvre de l'Esprit. Lorsque nous cédons à ces mouvements vers le bas, nous nous détournons de la vie dans l'Esprit et nous nous abandonnons à la vie selon la chair.

    Attention : le mot "chair" est l'un des termes employés par saint Paul et très souvent compris de travers. Quand saint Paul parle de la "chair" (charnel), il se réfère à cette tendance égoïste que nous portons tous en nous. Il ne dit pas que notre corps est mauvais, et que les plaisirs que le corps nous procure sont suspects. Comment le seraient-ils, puisque ils sont voulus par Dieu ? Ce que saint Paul veut dire, c'est que, à cause du péché originel, nous avons tous tendance à nous complaire exagérément et égoïstement dans ces plaisirs. C'est cela, vivre selon la chair. Le démon et les structures de péché dans lesquels nous baignons nous poussent constamment en ce sens.

    La chair et l'esprit ici ne signifient donc pas le corps opposé à l'âme. La chair désigne la créature (l'âme aussi bien que le corps !) laissée à elle-même, à ses propres forces, sans le secours de l'Esprit Saint.

    Pensons ici à ce que dit Jésus à Simon Pierre après sa profession de foi :

 


"Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux." (Mt 16, 17)
 


    ou encore :
 


"C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien." (Jn 6, 63)
 


    Mais avec saint Paul , à cette idée biblique traditionnelle va s'ajouter celle de la perversion de l'homme naturel, due à son péché. Le péché ne se confond évidemment pas avec sa condition de créature, et pas davantage avec sa corporéité. Mais il se manifeste dans une préférence malheureusement accordée au désir égoïste de la jouissance immédiate, plutôt qu'à l'obéissance à la Parole de Dieu, qui nous incite à une foi par laquelle nous aurions rejoint le Dieu invisible. Ainsi la "chair", devenant esclave de l'esprit du mal par le péché, va-t-elle, d'une part, apparaître comme non seulement étrangère mais carrément opposée à l'Esprit de Dieu ; et, d'autre part, sans du tout se confondre avec le corps, deviendra-t-elle caractérisée par le dérèglement de ses désirs naturels. C'est pour cela que saint Paul dira :
 


"Je traite durement mon corps, et je le réduis en esclavage." (1 Co 9, 27)
 


    C'est la vie dans l'Esprit, et non la vie charnelle, qui nous mène à une plus grande communion avec Dieu, et c'est cette communion que est la source du vrai bonheur, d'un bonheur durable. Ainsi, saint Paul nous encourage-t-il à vivre dans l'Esprit et non pas selon la chair :
 


"Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez."
 


    Par la chair - non seulement nos péchés, mais nos propres efforts pour le vaincre, même par l'ascèse la plus rigoureuse, comme dans le boudhisme - nous ne sommes capables de rien. Puisque c'est l'âme qui a péché, le corps n'étant que son instrument, c'est l'âme elle-même qui a le plus besoin d'être sauvée. Seul l'Esprit de Dieu pourra, en la délivrant de l'esclavage de ses désirs orgueilleux, restaurer avec elle le corps dans la gloire finale à laquelle Dieu destine l'homme tout entier.
 


"Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes ...
 


(Ce verset  a été sauté dans le découpage liturgique !)
 


"... Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous."
 


    Nous voyons poindre ici l'expérience personnelle de saint Paul sur le chemin de Damas, expérience fondamentale qui a bouleversé sa vie et qu'il n'a cessé d'approfondir. Il n'était coupable d'aucun "péché de la chair", selon le sens que nous donnons spontanément à cete expression, d'aucun écart à la loi. Il avait, pensait-il, parfaitement dompté son corps et ses désirs déréglés. Mais son esprit rempli d'orgueil l'empêchait d'accueillir la grâce du salut par la foi. Il voulait se sauver par les oeuvres.

    Un jour, j'ai reçu les confidences d'un jeune, très généreux, un modèle de vertu et de maîtrise de soi peu commune. Dans sa prière, il avait dit à Dieu que, contrairement à tous ses camarades, il voulait rester chaste, mais - et c'est ici que le bât blesse - qu'il ne voulait pas que Dieu vienne à son secours par la grâce pour l'aider à tenir son engagement. C'était sa manière à lui de prouver à Dieu qu'il l'aimait. Mais quel orgueil, caché sous cette apparente générosité !

    - Eh bien, me dit-il, je suis tombé dans le panneau. Je suis tombé dans les bras d'une fille.

    J'ai pensé alors à la parole de Jésus :

 


"En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire" (Jn 15, 5).
 


    Vivre selon la chair, c'est vouloir se sauver soi-même ; c'est dire à Jésus : - Moi, je n'ai pas besoin de toi, car je suis quelqu'un de bien, pas comme les autres. Je suis gentil, je rends service, je suis honnête, je ne fais rien de mal. Alors, je n'ai pas besoin de prier, d'aller à la messe, de me confesser. Je n'ai pas besoin de l'Église. Je n'ai pas besoin de Jésus.

    Dans l'évangile nous voyons Jésus exulter de joie sous l'action de l'Esprit Saint :

 


"Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits."
 


    Avant sa rencontre avec Jésus Saul de Tarse était ce sage, ce savant, très doué, généreux à l'extrême, mais étranger au mystère de la foi et à la vie dans l'Esprit. Ensuite il est devenu l'un de ces "tout-petits" à qui le Père à révélé ce mystère, et par qui le Père le révèle aujourd'hui à nous.

"Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler."

    Saint Pierre, de même était l'un de ces petits :

 


"Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle." (Mt 16, 17-18)
 


    Comme c'est fatiguant de vouloir se battre en ne comptant que sur soi-même, dans une sorte de course à l'auto-glorification ! Comme c'est reposant de savoir que le démon n'aura pas le dernier mot ...
 


"Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos."
 


    Voilà le combat spirituel. Voilà le terrain sur lequel se déroule quotidiennement le drame de notre salut, dans chacune de nos vies, alors que l'Esprit et la chair se disputent notre adhésion. Aujourd'hui, alors qu'une fois encore, Jésus nous affermit dans la vie selon l'Esprit en nous nourrissant par sa Parole et par son Eucharistie, renouvelons notre foi et notre confiance en lui, et demandons-lui humblement et avec confiance de nous aider à combattre pour son Royaume en menant cette semaine, et chaque semaine qui nous reste à vivre, avec courage la vie dans l'Esprit.

Le combat spirituel - la chair et l'Esprit - Homélie 14° dimanche du Temps Ordinaire A

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