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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La pédagogie de Dieu, source et modèle de la pédagogie de la foi (4)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

142. « Heureux l'homme que tu reprends, Seigneur, et que tu enseignes par ta loi » (Ps 94,12). A l'école de la parole de Dieu accueillie dans l'Eglise, grâce au don de l'Esprit-Saint envoyé par le Christ, le disciple grandit comme son Maître « en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2,52) et il est mis à même de développer en lui l'« éducation divine » reçue à travers la catéchèse et les ressources de la science et de l'expérience. Ainsi, en connaissant toujours plus le mystère du salut, en apprenant à adorer Dieu le Père et « en vivant dans la vérité selon la charité », il cherche à « grandir de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ » (Ep 4,15).

La pédagogie de Dieu peut être considérée accomplie lorsque le disciple parvient « à l'état d'homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Ep 4,13). Aussi est-il impossible d'être des maîtres et des pédagogues de la foi d'autrui sans être des disciples convaincus et fidèles du Christ dans son Eglise.

Directoire général pour la Catéchèse

(A suivre)

La pédagogie de Dieu, source et modèle de la pédagogie de la foi (3)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

141. Depuis ses origines, l'Eglise qui est « dans le Christ comme un sacrement », a vécu sa mission comme la continuité visible et actuelle de la pédagogie du Père et du Fils. « Etant notre Mère, elle est aussi l'éducatrice de notre foi ». 

 

C'est pour ces raisons profondes que la communauté chrétienne est en elle-même une catéchèse vivante. En vertu de ce qu'elle est, elle annonce, célèbre, agit et demeure toujours le lieu vital, indispensable et premier de la catéchèse.

L'Eglise a produit tout au long des siècles un trésor incomparable de pédagogie de la foi: tout d'abord le témoignage de saints et de saintes catéchistes. Mais aussi toute une variété de moyens et de formes originales de communication religieuse comme le catéchuménat, les catéchismes, les itinéraires de vie chrétienne; un patrimoine précieux d'enseignements catéchétiques, de culture de la foi, d'institutions et de services de la catéchèse. Autant d'aspects qui font l'histoire de la catéchèse et qui entrent de plein droit dans la mémoire de la communauté et dans la pratique du catéchiste.

Directoire général pour la Catéchèse

(A suivre)

Un pape rare: ayant le "sense of humour"

dominicanus #Il est vivant !

Le 16 avril 2012, Benoît XVI a 85 ans. Et, trois jours plus tard, il arrive à sept ans de pontificat. Un écrivain en fait le portrait. Surprenant 

 

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"La joie profonde du cœur
est aussi la vraie condition de l’'humour';
et donc l’'humour',
à un certain point de vue,
est un signe,
un baromètre de la foi".

(Benoît XVI)
 

***

Je n’ai pas fait un examen approfondi, mais je suis prêt à parier que, si l’on analysait la fréquence d’utilisation des mots dans les textes de Benoît XVI, celui que l’on rencontrerait le plus souvent serait “joie”.

Partons de l’une de ses très nombreuses affirmations à propos de l'importance de la joie pour le chrétien et essayons de l’appliquer à ce pape qui s’est présenté, à peine élu, comme un "humble ouvrier dans la vigne du Seigneur". C’est une phrase qui est tirée de son livre-entretien "Lumière du monde" et, placée presque en ouverture du livre, elle a une tonalité catégorique : 

“Toute ma vie a toujours été traversée par un fil conducteur, que voici : le christianisme donne de la joie, il élargit les horizons. En définitive une existence vécue toujours et uniquement 'contre' serait insupportable”. 

Premier point : la joie et la raison sont liées l’une à l’autre. Et le lien qui les unit se trouve dans cette étrange religion qui “élargit les horizons”. Gilbert K. Chesterton, parlant de sa conversion, écrivait : “Devenir catholique élargit l’esprit” et, plus loin : “Devenir catholique ne signifie pas arrêter de penser, mais apprendre à le faire”.

Second point, surprenant : nous nous étions peut-être habitués à l'idée d’un pape révolutionnaire, d’un pape "contre”, et voici qu’arrive tout de suite le démenti, parce que l’on ne peut pas vivre “toujours et uniquement 'contre'”.

Bien évidemment, cette opposition est seulement apparente. En effet, plus loin dans la même phrase, le pape précise : “ Mais en même temps j’ai toujours eu plus ou moins présente à l’esprit l’idée que l’Évangile s’oppose à des appareils puissants. […] Supporter des attaques et opposer une résistance, cela fait donc partie du jeu ; c’est une résistance, mais elle a pour objectif de mettre en lumière ce qu’il y a de positif”.

Résistance, donc, qui signifie abandon de toute résignation, de toute plainte ou de tout ressentiment et démarche de recherche patiente et tenace de “ce qu’il y a de positif”, de cette bonté qui est cachée dans les replis de l’histoire des hommes. C’est cela, le courage de Benoît, le courage de la joie :

“La joie simple, authentique, est devenue plus rare. La joie est aujourd’hui, en quelque sorte, de plus en plus chargée d’hypothèques morales et idéologiques. […] Le monde ne devient pas meilleur s’il est privé de joie, le monde a besoin de gens qui découvrent le bien, qui sont capables d’en ressentir de la joie et qui, de cette manière, reçoivent aussi l’incitation et le courage qu’il faut pour faire le bien. […] Nous avons besoin d’éprouver cette confiance originelle que, en dernier ressort, seule la foi peut nous donner. Croire que, en fin de compte, le monde est bon, que Dieu existe et qu’il est bon. De là découle aussi le courage de la joie, qui devient à son tour engagement pour que les autres puissent également éprouver de la joie et recevoir la bonne nouvelle”. 

Humilité veut dire courage, le courage de la joie. 

Joie et humilité progressent ou régressent d’un même pas. C’est ce qu’avait bien exprimé Chesterton dans le court mais dense essai qu’il consacra à l’humilité en 1901 : 

“Selon la nouvelle philosophie de l’estime de soi et de l'affirmation de soi, l'humilité est un vice. […] Elle accompagne chacune des grandes joies de la vie avec la précision d’une horloge. Personne, par exemple, n’a jamais été amoureux sans se livrer à une véritable orgie d’humilité. […] Si aujourd’hui l’humilité est discréditée comme vertu, il ne sera pas du tout superflu de faire remarquer que ce discrédit coïncide avec la grande régression de la joie dans la littérature et dans la philosophie contemporaines. […] Quand nous sommes authentiquement heureux, nous pensons que nous ne méritons pas le bonheur. Mais quand nous prétendons à une émancipation divine, nous paraissons avoir la certitude absolue que nous ne méritons rien”.

Joie et humilité, donc. Les deux sont indissociables. Mais il manque un petit élément intermédiaire qui est pourtant bien présent chez l’homme et chez le pape bavarois : l'humour. 

Pour Benoît XVI, joie et humour sont étroitement liés. Il écrit en conclusion de son essai de théologie dogmatique “Le Dieu de Jésus-Christ” :

”L’une des règles fondamentales pour le discernement des esprits pourrait donc être celle-ci : là où la joie fait défaut, là où l’humour meurt, il n’y a pas non plus l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus-Christ. Et inversement : la joie est un signe de la grâce. Celui qui est profondément serein, celui qui a souffert sans pour autant perdre la joie, celui-là n’est pas loin du Dieu de l’Évangile, de l’Esprit de Dieu, qui est l’Esprit de la joie éternelle”.

Jacques Maritain disait qu’une société qui perd le sens de l'humour se prépare à ses funérailles.

L’humour comme chemin vers la joie ; le "sense of humour" comme manière divertissante (au sens le plus sain du terme) de vivre la vie, en partant du point fondamental : l'essence du christianisme est la joie. Pour le dire avec Chesterton, ce maître d’humour, “la joie est le grand secret du chrétien”. Dans "Le sel de la terre" Benoît XVI écrit :

“La foi donne la joie. Si Dieu n’y est pas, le monde est une désolation et tout devient ennuyeux, tout est totalement insuffisant. […] L'élément constitutif du christianisme est la joie. Mais pas la joie au sens d’un divertissement superficiel, dont le fond peut aussi être le désespoir”.

Si le monde tourne le dos à Dieu, nous dit le pape-théologien ex-préfet de l'ex-Saint-Office, il ne se condamne pas à la fausseté, ni au blasphème, ni même à l’hérésie, mais à l’ennui. Ce qui fait penser à la boutade formulée par Clive S. Lewis alors qu’il ne s’était pas encore converti de l'athéisme au christianisme : “Les chrétiens ont tort, mais tous les autres sont ennuyeux”.
Andrea Monda



(s.m.) La page reproduite ci-dessus est tirée du dernier chapitre du livre consacré à Benoît XVI que l’auteur a publié ces jours-ci :

Andrea Monda, "Benedetta umiltà. Le virtù semplici di Joseph Ratzinger", Lindau, Turin, 2012, 192 pp., 14,00 euros.


Dans son portrait du pape, Monda place nettement au centre de la scène deux de ses vertus, l'humilité "et son fruit le plus savoureux", l'humour :

"Ce sont deux mots qui ont comme racine étymologique commune le terme 'humus', terre. Celui qui est 'simple', qui ne s’enorgueillit pas, est en même temps humble et doué d’humour, parce qu’il se rend compte qu’il existe un monde plus grand que son moi et qu’il y a Quelqu’un d’encore plus grand au-delà de ce monde. Humilité et humour sont le secret de la vie, surtout pour un catholique, et ce sont ces deux traits qui caractérisent au plus haut degré l'homme Joseph Ratzinger-Benoît XVI, tout autant que son œuvre".

Andrea Monda est diplômé de l’Université Pontificale Grégorienne. Il enseigne la religion dans des lycées de Rome. Il écrit dans différents quotidiens et périodiques. Il est l’auteur d’ouvrages consacrés à Tolkien et à C. S. Lewis.
www.chiesa


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Souhaitez un Joyeux Anniversaire au Pape

dominicanus #Évènements

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Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI, a aujourd'hui 85 ans. Il devient ainsi l'un des papes les plus âgés de toute l'histoire de l'Eglise.

Vous pouvez lui souhaiter personnellement un heureux anniversaire à l'adresse électronique suivante:

auguri.benedettoxvi@vatican.va 

La pédagogie de Dieu, source et modèle de la pédagogie de la foi (2)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

140. Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya à l'humanité son Fils, Jésus-Christ. Il apporta au monde le don suprême du salut, accomplissant sa mission de rédempteur dans un processus qui continuait la « pédagogie de Dieu » avec la perfection et l'efficacité propres à la nouveauté de sa personne. Les disciples ont fait l'expérience directe, à travers ses paroles, ses signes, ses œuvres, tout au long d'une vie brève mais intense, de ce que sont les traits fondamentaux de la « pédagogie de Jésus », les faisant connaître ensuite dans les Evangiles: l'accueil de l'autre, notamment du pauvre, du petit, du pécheur, comme une personne que Dieu aime et recherche; l'annonce franche du Royaume de Dieu comme la belle nouvelle de la vérité et de la consolation du Père; un style d'amour, délicat et fort, qui délivre du mal et soutient la vie; l'appel pressant à une conduite soutenue par la foi en Dieu, par l'espérance du royaume, et par la charité envers le prochain; l'usage de toutes les ressources de la communication entre les personnes, telles que la parole, le silence, la métaphore, l'image, l'exemple, tant de signes divers, comme cela était le propre des prophètes bibliques. En invitant les disciples à le suivre totalement et sans regrets, le Christ leur remet sa pédagogie de la foi en signe de partage total de sa cause et de son destin.

Directoire général pour la Catéchèse

(A suivre)

La pédagogie de Dieu, source et modèle de la pédagogie de la foi (1)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Une jeune femme me demande qui a écrit les dix commandements. Ce n'était pas, comme je le pensais, une question piège. Ce n'est qu'après lui avoir apporté une première réponse, et lui avoir demandé pourquoi elle posait cette question, qu'elle m'a répondu:

- Je suis confuse... Alors Dieu est un punisseur qui juge toutes mes erreurs?

Je lui ai alors demandé si elle n'avait jamais entendu parler de la confession. 

- Si, mais ... je suis toujours confuse !

Ce n'est qu'après lui avoir fait lire le passage ci-dessous qu'elle a été apaisée...

 


139. « C'est en fils que Dieu vous traite. Et quel est le fils que ne corrige son père? » (He 12,7). Le salut de la personne, finalité de la Révélation, est aussi, dans l'histoire, le fruit d'une « pédagogie de Dieu » originale et efficace. Par analogie avec les usages des hommes et selon les catégories culturelles de l'époque, Dieu est présenté dans l'Ecriture comme un père miséricordieux, un maître, un sage qui prend la personne — individu et communauté — dans la condition où elle se trouve, la délivre des chaînes du mal, l'attire à lui par des liens d'amour, la fait grandir peu à peu, patiemment, jusqu'à ce qu'elle atteigne la maturité d'un fils libre, fidèle et obéissant à sa parole. Dans ce but, en éducateur génial et clairvoyant, Dieu transforme les vicissitudes de la vie de son peuple en leçons de sagesse en s'adaptant aux différents âges et situations de vie. Il lui remet des paroles d'instruction et de catéchèse qui seront transmises de génération en génération, il exhorte en évoquant la récompense et le châtiment, il donne aux épreuves et aux souffrances elles-mêmes un caractère formateur. Faire vraiment rencontrer Dieu à une personne, ce qui est la tâche du catéchiste, c'est faire de sa relation avec Dieu une relation centrale et personnelle, pour se laisser guider par Lui.

Directoire général pour la Catéchèse

(A suivre)

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (6)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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C'est Augustin, nous l'avons vu, qui trouva une solution à cette difficulté. Il découvrit que Jean avait donné une nouvelle interprétation du terme Pâque: celle du passage du Christ "de ce monde au Père" (Jn 13, 1). Sur cette base, il pouvait étendre le concept de Pâque jusqu'à lui faire embrasser également la résurrection du Christ, et formuler le mystère pascal comme un mystère de Passion et de résurrection tout ensemble, de vie et de mort; plus précisément, de passage de la mort à la vie. "A travers sa passion, le Seigneur est passé de la mort à la vie, nous ouvrant la voie, à nous qui croyons en sa résurrection, pour passer nous aussi de la mort à la vie."7 "Passion et résurrection du Seigneur: voilà la véritable Pâque", s'exclame encore saint Augustin8. Augustin fait même plus: sur le plan de la foi, il met la résurrection du Christ au-dessus même de sa mort; il écrit: "La foi des chrétiens, c'est la résurrection du Christ."10

Mort er Résurrection, ensemble, costituent donc désormais le mystère pascal. Mais non comme deux réalités ou deux moments juxtaposés, qui se contrebalaceraient ou simplement se succéderaient.  Plutôt comme un mouvement, un passage de l'un à l'autre. Quelque chose de dynamique, qui indique le dynamisme profond de la rédemption: nous faire passer de la mort à la vie, de la douleur à la joie. Plus qu'un fait, la Pâque est un "devenir", un mouvement qu'on ne peut arrêter et qui ne s'accomplit que dans la Résurrection. Une Pâque de Passion sans résurrection serait une question sans réponse, une nuit qui ne finirait pas dans l'aube d'un jour nouveau. Ce serait la fin, non le début de tout.


7. St Augustin, Enarr. Ps. 120, 6; CCL. 40, p. 1791.

 

8. St Augustin, Catec. Rud. 23, 41, 3; PL 40, 340.

9. St Augustin, Sermo Denis 7; Miscellanea Agostiiana I, p. 32.

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (5)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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La Pâque est une institution préexistante que les chrétiens ont héritée de l'Ancien Testament. Tout son symbolisme tendait à indiquer immolation, sang, sacrifice. C'est pourquoi il ne fut pas difficile, pour les chrétiens, d'opérer le transfert à la passion du Christ. La première fois que le nom est utilisé dans son acception chrétienne, en Première Corinthiens 5, 7, telle est en effet sa signification: immolation, ou encore agneau pascal: Christ, notre Pâque, a été immolé. Quand le christianisme passa dans le milieu hellénistique, nous avons vu que l'extraordinaire ressemblance entre le mot hébreu Pascha et le verbe grec paschein, souffrir, prit au piège les chrétiens qui crurent ingénument que Pâques signifiait passion, et le répétèrent pendant des siècles.

Il est vrai qu'à l'origine, le terme était expliqué avec l'idée que Dieu "passait au-dessus", sautait, épargnait les maisons des Hébreux (cf. Ex 12, 11); mais on ne voyait pas comment ce sens pouvait s'appliquer au Christ; du reste, ce sens s'était perdu dans la traduction de la Bible que la majorité des chrétiens connaissaient, la traduction des Septante. Il est également vrai qu'au temps du Nouveau Testament, quelqu'un (Philon d'Alexandrie) avait expliqué le mot "Pâque" comme un passage, mais avait interprété ce passage en se référant à l'homme qui passe "des vices à la vertu, de la faute à la grâce", ce qui évidemment ne convenait pas au Christ.

Pendant longtemps, la situation dans l'Eglise fut donc celle-ci: ceux qui expliquaient Pâque par passion y voyaient une préfiguration de la mort du Christ; ceux qui l'expliquaient dans le sens de passage y voyaient une référence au passage de la mer Rouge, moins commefigure de la résurrection du Christ que comme figure du baptême, ou du passage de l'âme du péché à la grâce. Il faut attendre le Ve siècle pour trouver quelques rares exemples dans lesquels le terme passage désigne la résurrection du Christ6.

(A suivre)


6. Cf. St Maxime de Turin, Serm. 54, 1; CCL 23, p. 218; Ps. Augustin, Sermo Caillau St-Yves, I, 30; PLS II, p. 962.

Lectures et Homélie pour le Dimanche de la Miséricorde (2e dimanche de Pâques)

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (4)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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(...) En quel sens la résurrection du Christ fait-elle partie du mystère pascal, et en quel sens constitue-t-elle cet aspect du mystère pascal que nous appelons "historique"?

Commençons par répondre à cette deuxième question, la plus simple. Nous appelons la résurrection du Christ l'élément "historique" de la Pâque chrétienne, non pas tant par opposition à "non-historique", non advenu réellement, que par opposition à "liturgique", à "moral", et à "eschatologique". En d'autres termes, nous l'appelons l'élément historique, parce qu'elle représente l'élément unique, non reproductible, par opposition au sacrement, qui représente quant à lui l'aspect liturgique et se reproduit chaque année pendant la fête de Pâques et tous les jours dans l'eucharistie.

Il est plus difficile de répondre à la première question: en quel sens la résurrection fait-elle partie du mystère pascal, même si cela nous semble aussi évident. Il faut savoir en effet que ce qui pour nous aujourd'hui est la première signification du mot Pâque, c'est-à-dire la résurrection du Christ, fut la dernière à s'affirmer dans la pratique de l'Eglise. Quand cela se produisit, au IVe-Ve siècles, cela suscita des résistances. "Certains, lit-on dans un document de l'époque, critiquent la sainte Eglise de Dieu parce qu'elle désigne par le nom de Pâque la vénérable fête de la résurrection des morts de Christ, notre Dieu."4 Lorsque, enfin, cet usage devint généralisé, il y eut encore des protestations: "Dans la Pâque, écrit un auteur du Moyen-Âge, beaucoup de gens ne voient désormais qu'une seule chose: c'est que le Seigneur resscuscita le premier jour de la semaine, et que c'est la raison pour laquelle on l'appelle aussi jour de la résurrection du Seigneur, en oubliant que Pâque indique avant toout ce que le Christ a opéré par sa croix et son sang."5

La raison de cette difficulté est simple. La résurrection constitue la nouveauté absolue de la Pâque chrétienne, ce qui n'avait pas été préfiguré, l'inattendu. L'ancien nom et l'ancienne forme de la fête de Pâque n'étaient pas préparés pour l'incorporer tout de suite. Jamais, dans le Nouveau Testament, on ne désigne par le nom de Pâque la résurrection du Christ, mais seulement la Cène et son immolation. Il est vrai que mort et résurrection sont considérées comme un tout et constituent l'unique mystère du Christ proclamé par le kérygme. Mais ce mystère du Christ ou mystère du salut n'est jamais appelé "mystère pascal" ou mystère de Pâque. Le chemin fut plutôt inverse. Au IIe siècle, on commença à dire: "La Pâque du Christ" ou bien: "Le mystère de la Pâque est Christ" (Justin, Méliton de Sardes). Et puisque en Christ mort et résurrection étaient inséparables, on commença peu à peu à comprendre également la résurrection du Christ dans le mot "Pâque", non sans résistances et difficultés, comme nous l'avons vu.


4. Chronicon paschale, éd. L. Dindorf, Bonn, 1832, vol. I, p. 424.

5. Rupert de Deutz, De divinis officiis 6, 26; CCLM 7, 1967, p. 207.

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