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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La pédagogie de Dieu, source et modèle de la pédagogie de la foi (1)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Une jeune femme me demande qui a écrit les dix commandements. Ce n'était pas, comme je le pensais, une question piège. Ce n'est qu'après lui avoir apporté une première réponse, et lui avoir demandé pourquoi elle posait cette question, qu'elle m'a répondu:

- Je suis confuse... Alors Dieu est un punisseur qui juge toutes mes erreurs?

Je lui ai alors demandé si elle n'avait jamais entendu parler de la confession. 

- Si, mais ... je suis toujours confuse !

Ce n'est qu'après lui avoir fait lire le passage ci-dessous qu'elle a été apaisée...

 


139. « C'est en fils que Dieu vous traite. Et quel est le fils que ne corrige son père? » (He 12,7). Le salut de la personne, finalité de la Révélation, est aussi, dans l'histoire, le fruit d'une « pédagogie de Dieu » originale et efficace. Par analogie avec les usages des hommes et selon les catégories culturelles de l'époque, Dieu est présenté dans l'Ecriture comme un père miséricordieux, un maître, un sage qui prend la personne — individu et communauté — dans la condition où elle se trouve, la délivre des chaînes du mal, l'attire à lui par des liens d'amour, la fait grandir peu à peu, patiemment, jusqu'à ce qu'elle atteigne la maturité d'un fils libre, fidèle et obéissant à sa parole. Dans ce but, en éducateur génial et clairvoyant, Dieu transforme les vicissitudes de la vie de son peuple en leçons de sagesse en s'adaptant aux différents âges et situations de vie. Il lui remet des paroles d'instruction et de catéchèse qui seront transmises de génération en génération, il exhorte en évoquant la récompense et le châtiment, il donne aux épreuves et aux souffrances elles-mêmes un caractère formateur. Faire vraiment rencontrer Dieu à une personne, ce qui est la tâche du catéchiste, c'est faire de sa relation avec Dieu une relation centrale et personnelle, pour se laisser guider par Lui.

Directoire général pour la Catéchèse

(A suivre)

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (6)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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C'est Augustin, nous l'avons vu, qui trouva une solution à cette difficulté. Il découvrit que Jean avait donné une nouvelle interprétation du terme Pâque: celle du passage du Christ "de ce monde au Père" (Jn 13, 1). Sur cette base, il pouvait étendre le concept de Pâque jusqu'à lui faire embrasser également la résurrection du Christ, et formuler le mystère pascal comme un mystère de Passion et de résurrection tout ensemble, de vie et de mort; plus précisément, de passage de la mort à la vie. "A travers sa passion, le Seigneur est passé de la mort à la vie, nous ouvrant la voie, à nous qui croyons en sa résurrection, pour passer nous aussi de la mort à la vie."7 "Passion et résurrection du Seigneur: voilà la véritable Pâque", s'exclame encore saint Augustin8. Augustin fait même plus: sur le plan de la foi, il met la résurrection du Christ au-dessus même de sa mort; il écrit: "La foi des chrétiens, c'est la résurrection du Christ."10

Mort er Résurrection, ensemble, costituent donc désormais le mystère pascal. Mais non comme deux réalités ou deux moments juxtaposés, qui se contrebalaceraient ou simplement se succéderaient.  Plutôt comme un mouvement, un passage de l'un à l'autre. Quelque chose de dynamique, qui indique le dynamisme profond de la rédemption: nous faire passer de la mort à la vie, de la douleur à la joie. Plus qu'un fait, la Pâque est un "devenir", un mouvement qu'on ne peut arrêter et qui ne s'accomplit que dans la Résurrection. Une Pâque de Passion sans résurrection serait une question sans réponse, une nuit qui ne finirait pas dans l'aube d'un jour nouveau. Ce serait la fin, non le début de tout.


7. St Augustin, Enarr. Ps. 120, 6; CCL. 40, p. 1791.

 

8. St Augustin, Catec. Rud. 23, 41, 3; PL 40, 340.

9. St Augustin, Sermo Denis 7; Miscellanea Agostiiana I, p. 32.

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (5)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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La Pâque est une institution préexistante que les chrétiens ont héritée de l'Ancien Testament. Tout son symbolisme tendait à indiquer immolation, sang, sacrifice. C'est pourquoi il ne fut pas difficile, pour les chrétiens, d'opérer le transfert à la passion du Christ. La première fois que le nom est utilisé dans son acception chrétienne, en Première Corinthiens 5, 7, telle est en effet sa signification: immolation, ou encore agneau pascal: Christ, notre Pâque, a été immolé. Quand le christianisme passa dans le milieu hellénistique, nous avons vu que l'extraordinaire ressemblance entre le mot hébreu Pascha et le verbe grec paschein, souffrir, prit au piège les chrétiens qui crurent ingénument que Pâques signifiait passion, et le répétèrent pendant des siècles.

Il est vrai qu'à l'origine, le terme était expliqué avec l'idée que Dieu "passait au-dessus", sautait, épargnait les maisons des Hébreux (cf. Ex 12, 11); mais on ne voyait pas comment ce sens pouvait s'appliquer au Christ; du reste, ce sens s'était perdu dans la traduction de la Bible que la majorité des chrétiens connaissaient, la traduction des Septante. Il est également vrai qu'au temps du Nouveau Testament, quelqu'un (Philon d'Alexandrie) avait expliqué le mot "Pâque" comme un passage, mais avait interprété ce passage en se référant à l'homme qui passe "des vices à la vertu, de la faute à la grâce", ce qui évidemment ne convenait pas au Christ.

Pendant longtemps, la situation dans l'Eglise fut donc celle-ci: ceux qui expliquaient Pâque par passion y voyaient une préfiguration de la mort du Christ; ceux qui l'expliquaient dans le sens de passage y voyaient une référence au passage de la mer Rouge, moins commefigure de la résurrection du Christ que comme figure du baptême, ou du passage de l'âme du péché à la grâce. Il faut attendre le Ve siècle pour trouver quelques rares exemples dans lesquels le terme passage désigne la résurrection du Christ6.

(A suivre)


6. Cf. St Maxime de Turin, Serm. 54, 1; CCL 23, p. 218; Ps. Augustin, Sermo Caillau St-Yves, I, 30; PLS II, p. 962.

Lectures et Homélie pour le Dimanche de la Miséricorde (2e dimanche de Pâques)

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (4)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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(...) En quel sens la résurrection du Christ fait-elle partie du mystère pascal, et en quel sens constitue-t-elle cet aspect du mystère pascal que nous appelons "historique"?

Commençons par répondre à cette deuxième question, la plus simple. Nous appelons la résurrection du Christ l'élément "historique" de la Pâque chrétienne, non pas tant par opposition à "non-historique", non advenu réellement, que par opposition à "liturgique", à "moral", et à "eschatologique". En d'autres termes, nous l'appelons l'élément historique, parce qu'elle représente l'élément unique, non reproductible, par opposition au sacrement, qui représente quant à lui l'aspect liturgique et se reproduit chaque année pendant la fête de Pâques et tous les jours dans l'eucharistie.

Il est plus difficile de répondre à la première question: en quel sens la résurrection fait-elle partie du mystère pascal, même si cela nous semble aussi évident. Il faut savoir en effet que ce qui pour nous aujourd'hui est la première signification du mot Pâque, c'est-à-dire la résurrection du Christ, fut la dernière à s'affirmer dans la pratique de l'Eglise. Quand cela se produisit, au IVe-Ve siècles, cela suscita des résistances. "Certains, lit-on dans un document de l'époque, critiquent la sainte Eglise de Dieu parce qu'elle désigne par le nom de Pâque la vénérable fête de la résurrection des morts de Christ, notre Dieu."4 Lorsque, enfin, cet usage devint généralisé, il y eut encore des protestations: "Dans la Pâque, écrit un auteur du Moyen-Âge, beaucoup de gens ne voient désormais qu'une seule chose: c'est que le Seigneur resscuscita le premier jour de la semaine, et que c'est la raison pour laquelle on l'appelle aussi jour de la résurrection du Seigneur, en oubliant que Pâque indique avant toout ce que le Christ a opéré par sa croix et son sang."5

La raison de cette difficulté est simple. La résurrection constitue la nouveauté absolue de la Pâque chrétienne, ce qui n'avait pas été préfiguré, l'inattendu. L'ancien nom et l'ancienne forme de la fête de Pâque n'étaient pas préparés pour l'incorporer tout de suite. Jamais, dans le Nouveau Testament, on ne désigne par le nom de Pâque la résurrection du Christ, mais seulement la Cène et son immolation. Il est vrai que mort et résurrection sont considérées comme un tout et constituent l'unique mystère du Christ proclamé par le kérygme. Mais ce mystère du Christ ou mystère du salut n'est jamais appelé "mystère pascal" ou mystère de Pâque. Le chemin fut plutôt inverse. Au IIe siècle, on commença à dire: "La Pâque du Christ" ou bien: "Le mystère de la Pâque est Christ" (Justin, Méliton de Sardes). Et puisque en Christ mort et résurrection étaient inséparables, on commença peu à peu à comprendre également la résurrection du Christ dans le mot "Pâque", non sans résistances et difficultés, comme nous l'avons vu.


4. Chronicon paschale, éd. L. Dindorf, Bonn, 1832, vol. I, p. 424.

5. Rupert de Deutz, De divinis officiis 6, 26; CCLM 7, 1967, p. 207.

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (3)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Fra Angelico, La Résurrection (détail)

 

A l'annonce de la résurrection, nous devrions nous crier à nous-mêmes, avec les paroles du psaume: Eveille-toi, ma gloire; éveille-toi, harpe, cithare, que j'éveille l'aurore! (Ps 57, 9) Mais comment, dira-t-on, tressaillir de joie alors que le monde est si troublé, agité, alors que "les peuples mugissent et les royaumes chancellent"? C'est vrai, mais Christ est ressuscité:

Aussi ne craindrons-nous si la terre est changée, si les montagnes chancellent au coeur des mers, lorsque mugissent et bouillonnent leurs eaux et que tremblent les monts à leur soulèvement. Un fleuve! Ses bras réjouissent la cité de Dieu... Allez, contemplez les hauts faits du Seigneur, lui qui remplit la terre de stupeurs. 

(Ps 46, 3 ss.)

Toutes les merveilles opérées par Dieu ont trouvé leur accomplissement et leur dépassement dans ce prodige qu'est la résurrection du Christ. Le Ressuscité, qui passa dans le cénacle "toutes portes closes", passe encore aujourd'hui toutes portes closes. A travers les portes closes des coeurs, à travers les portes closes des cultures et des époques qui nient sa Résurrection, à travers les portes closes des régimes athées qui refusent de le reconnaître et le combattent. Il est passé, récemment, à travers nombre de ces murs, dont celui de Berlin qui n'en est que le symbole. Un de nos frères poètes, Paul Claudel, a dédié à la résurrection ces vers étonnants:

"Rien ne résiste à ce vainqueur: portes closes

il passe

de l'autre côté du mur.

C'est ainsi qu' à travers le temps il passe sans qu'il en rompe la mesure"3

 

Rien n'a pu empêcher que la Pâque arrive encore cette année, rien n'empêchera que la Pâque arrive encore l'année prochaine, jusqu'à son retour. Rien ne peut empêcher l'Eglise de répéter lors de chaque messe: "Nous annonçons ta mort, Seigneur, et nous proclamons ta résurrection, dans l'attente de ta venue."

(A suivre)


3. P. Claudel, "La nuit de Pâques" dans Oeuvre poétique, Paris, 1967, p. 826.

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (2)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Fra Angelico, La Résurrection (Couvent San Marco, Florence)

 

Je disais qu'il fallait une grâce spéciale pour parler de la Résurrection. Nul ne peut dire : "Jésus est le Seigneur", ou "Jésus est ressuscité", ce qui est la même chose, si ce n'est "dans l'Esprit Saint" (cf. 1 Cor 12, 3). Devant la Résurrection, toute parole devient vaine. Celui qui, ayant annoncé la Croix, annonce ensuite la résurrection du Christ, ressemble à quelqu'un qui arrive en courant de la terre ferme au bord de la mer. Il doit s'arrêter tout d'un coup. Ses pieds ne sont pas capables de continuer et de marcher sur l'eau. Il doit se contenter de n'aller plus loin que par le regard, tandis que son corps reste sur la rive. Qui peut dire à quoi resssemblait le visage, les yeux, les gestes des femmes, quand elles sont entrées dans la salle devant Pierre et les autres apôtres? Avant qu'elles n'aient ouvert la bouche, Pierre avait compris que quelque chose d'inoui était arrivé, et tout son corps fut parcouru par un frisson; il en alla de même pour tous ceux qui étaient présents. Le sentiment du "numineux" les saisit tout d'un coup, la pièce et tous ceux qui étaient là en furent remplis.

Du reste, il n'est pas difficile d'imaginer la situation: les femmes parlant ensemble avec animation, et les apôtres devant peut-êtrre les disputer pour qu'elles se calment et qu'elles disent clairement de quoi il s'agissait. Tout ce que l'on devait comprendre de ce qu'elles disaient, c'étaient des exlamations incoérantes, accompagnées de gestes: "Vide, vide: le tombeau est vide ! Des anges, des anges: nous avons vu des anges! Vivant, vivant: le Maître est vivant!" Ce que je décris n'est pas une exagération rhétorique de mon cru: c'est au contraire un pâle reflet de ce qui est arrivé en réalité. La nouvelle dépassait trop les possibilités humaines de compréhension. C'était le vin nouveau qui rompait les vieilles outres, et se répandait de toutes parts. On doit dire de la résurrection du Christ ce que l'on dit de l'eucharistie dans l'hymne Lauda Sion: "Quantum potes tantum audes": "Ose autant que tu peux, car il est au-delà de tout langage, et tu ne le loueras jamais assez." Si le frisson de la résurrection pouvait nous aussi nous saisir ne serait-ce qu'une seule fois! Si sa charge numineuse pouvait nous ôter la parole et nous remplir - comme c'est dans sa nature - d' "amour et de terreur", nous faisant "brûler et frissonner tout ensemble", comme disait saint Augustin2!

(A suivre)


2. Cf. St. Augustin, Confessions, VII, 16; XI, 9.

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (1)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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"Jésus, le Nazaréen, le Crucifié, est ressuscité ! Allez dire ceci à Pierre et aux autres disciples !" (cf. Mc 16, 1-7). Jésus, le matin de Pâques, a envoyé les femmes apporter à Pierre et à ses compagnons la bonne nouvelle; c'est moi, maintenant, qu'il envoie annoncer le même message au successeur de Pierre et à ses compagnons : "Il est ressuscité ! Jésus de Nazareth, le Crucifié, est ressuscité !"1

Par la suite, c'est Pierre qui apportera au monde entier cette nouvelle. C'est lui qui, quelques jours plus tard, sur la place principale de Jérusalem, criere "urbi et orbi" : Jésus de Nazareth ... Dieu l'a ressuscité et nous en sommes tous témoins (Ac 2, 22,32). Mais auparavant, comme nous l'avons entendu, quelqu'un d'autre avait été chargé de lui annoncer la joyeuse nouvelle, avant de disparaître de la scène. J'aimerais tellement aujourd'hui que ce petit messager, ce soit moi ! Je me sens, en ce moment, comme le diacre qui, au début de la veillée pascale, s'apprête à chanter l'Exultet en présence de l'évêque. Il lui demande d'abord la bénédiction en disant : "Jube domine benedicere", "Daigne, ô Père, me bénir." Puis il invoque la prière des fidèles en disant : "Invoquez avec moi, je vous en prie, la miséricorde du Dieu tout-puissant. Lui qui, sans mérite de ma part, a daigné me compter au nombre des lévites, qu'il m'accorde maintenant de chanter le louanges de ce cierge, en me pénétrant de la grâce de sa lumière."

Il faut en effet une grâce spéciale pour parler de la résurrection du Christ. Il faut être humble, trembler d'effroi comme ces femmes, pour accomplir un devoir comme celui-ci, et je sais que ce n'est pas mon cas. Mais je ne peux pas pour autant me soustraire à la charge reçue : Va, dis à Pierre et aux autres disciples que je suis ressuscité, qu'ils ne soient pas tristes et qu'ils n'aient pas peur. (Marc 16, 6-7) Dis à l'Eglise : Ne pleure plus. Le lion de la tribu de Juda a remporté la victoire ! (Ap 5, 5)

(A suivre)

 


1 Cette méditation fut donnée à la Maison Pontificale, en présence du Pape

Pâque de saint Gauthier

dominicanus #Il est vivant !

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Si je vous dis que c'est aujourd'hui la fête de Pâques, je ne vous apprends probablement rien de neuf. 

Mais permettez-moi de partager avec vous que Pâques pour moi cette année, c'est un peu spécial. C'est qu'elle tombe le jour de ma fête patronale.

En effet, le 8 avril c'est la fête de saint Gauthier, et, là encore, je vous apprends peut-être quelque chose, Gauthier est la forme française de ... Walter ! 

Alors, si vous n'avez pas trop fêté, vous pourriez peut-être faire votre B.A. pascale et me laisser en commentaire un petit coucou de bonne fête. Mais avant cela, lisez la suite...

 

Benoît XVI, Homélie de la Vigile Pascale

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Chers frères et sœurs !

Pâques est la fête de la nouvelle création. Jésus est ressuscité et ne meurt plus. Il a enfoncé la porte vers une vie nouvelle qui ne connaît plus ni maladie ni mort. Il a pris l’homme en Dieu lui-même. « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » avait dit Paul dans la première lettre aux Corinthiens (15, 50). L’écrivain ecclésiastique Tertullien, au III siècle, en référence à la résurrection du Christ et à notre résurrection avait l’audace d’écrire : « Ayez confiance, chair et sang, grâce au Christ vous avez acquis une place dans le Ciel et dans le royaume de Dieu » (CCL II 994). Une nouvelle dimension s’est ouverte pour l’homme. La création est devenue plus grande et plus vaste. Pâques est le jour d’une nouvelle création, c’est la raison pour laquelle en ce jour l’Église commence la liturgie par l’ancienne création, afin que nous apprenions à bien comprendre la nouvelle. C’est pourquoi, au début de la Liturgie de la Parole durant la Vigile pascale, il y a le récit de la création du monde.

En relation à cela, deux choses sont particulièrement importantes dans le contexte de la liturgie de ce jour. En premier lieu, la création est présentée comme un tout dont fait partie le phénomène du temps. Les sept jours sont une image d’une totalité qui se déroule dans le temps. Ils sont ordonnés en vue du septième jour, le jour de la liberté de toutes les créatures pour Dieu et des unes pour les autres. La création est donc orientée vers la communion entre Dieu et la créature ; elle existe afin qu’il y ait un espace de réponse à la grande gloire de Dieu, une rencontre d’amour et de liberté. En second lieu, durant la Vigile pascale, du récit de la création, l’Église écoute surtout la première phrase : « Dieu dit : ‘Que la lumière soit’ ! » (Gen 1, 3). Le récit de la création, d’une façon symbolique, commence par la création de la lumière. Le soleil et la lune sont créés seulement le quatrième jour. Le récit de la création les appelle sources de lumière, que Dieu a placées dans le firmament du ciel. Ainsi il leur ôte consciemment le caractère divin que les grandes religions leur avaient attribué. Non, ce ne sont en rien des dieux. Ce sont des corps lumineux, créés par l’unique Dieu. Ils sont en revanche précédés de la lumière par laquelle la gloire de Dieu se reflète dans la nature de l’être qui est créé.

Qu’entend par là le récit de la création ? La lumière rend possible la vie. Elle rend possible la rencontre. Elle rend possible la communication. Elle rend possible la connaissance, l’accès à la réalité, à la vérité. Et en rendant possible la connaissance, elle rend possible la liberté et le progrès. Le mal se cache. La lumière par conséquent est aussi une expression du bien qui est luminosité et créé la luminosité. C’est le jour dans lequel nous pouvons œuvrer. Le fait que Dieu ait créé la lumière signifie que Dieu a créé le monde comme lieu de connaissance et de vérité, lieu de rencontre et de liberté, lieu du bien et de l’amour. La matière première du monde est bonne, l’être même est bon. Et le mal ne provient pas de l’être qui est créé par Dieu, mais existe en vertu de la négation. C’est le « non ».

A Pâques, au matin du premier jour de la semaine, Dieu a dit de nouveau : « Que la lumière soit ! ». Auparavant il y avait eu la nuit du Mont des Oliviers, l’éclipse solaire de la passion et de la mort de Jésus, la nuit du sépulcre. Mais désormais c’est de nouveau le premier jour - la création recommence entièrement nouvelle. « Que la lumière soit ! », dit Dieu, « et la lumière fut ». Jésus se lève du tombeau. La vie est plus forte que la mort. Le bien est plus fort que le mal. L’amour est plus fort que la haine. La vérité est plus forte que le mensonge. L’obscurité des jours passés est dissipée au moment où Jésus ressuscite du tombeau et devient, lui-même, pure lumière de Dieu. Ceci, toutefois, ne se réfère pas seulement à lui ni à l’obscurité de ces jours. Avec la résurrection de Jésus, la lumière elle-même est créée de façon nouvelle. Il nous attire tous derrière lui dans la nouvelle vie de la résurrection et vainc toute forme d’obscurité. Il est le nouveau jour de Dieu, qui vaut pour nous tous.

Mais comment cela peut-il arriver ? Comment tout cela peut-il parvenir jusqu’à nous de façon que cela ne reste pas seulement parole, mais devienne une réalité dans laquelle nous sommes impliqués ? Par le sacrement du Baptême et la profession de foi, le Seigneur a construit un pont vers nous, par lequel le nouveau jour vient à nous. Dans le Baptême, le Seigneur dit à celui qui le reçoit : "Fiat lux" - que la lumière soit. Le nouveau jour, le jour de la vie indestructible vient aussi à nous. Le Christ te prend par la main. Désormais tu seras soutenu par lui et tu entreras ainsi dans la lumière, dans la vraie vie. Pour cette raison, l’Église primitive a appelé le Baptême "photismos" - illumination.

Pourquoi ? L’obscurité vraiment menaçante pour l’homme est le fait que lui, en vérité, est capable de voir et de rechercher les choses tangibles, matérielles, mais il ne voit pas où va le monde et d’où il vient. Où va notre vie elle-même. Ce qu’est le bien et ce qu’est le mal. L’obscurité sur Dieu et sur les valeurs sont la vraie menace pour notre existence et pour le monde en général. Si Dieu et les valeurs, la différence entre le bien et le mal restent dans l’obscurité, alors toutes les autres illuminations, qui nous donnent un pouvoir aussi incroyable, ne sont pas seulement des progrès, mais en même temps elles sont aussi des menaces qui mettent en péril nous et le monde. Aujourd’hui nous pouvons illuminer nos villes d’une façon tellement éblouissante que les étoiles du ciel ne sont plus visibles. N’est-ce pas une image de la problématique du fait que nous soyons illuminés ? Sur les choses matérielles nous savons et nous pouvons incroyablement beaucoup, mais ce qui va au-delà de cela, Dieu et le bien, nous ne réussissons plus à l’identifier. C’est pourquoi, c’est la foi qui nous montre la lumière de Dieu, la véritable illumination, elle est une irruption de la lumière de Dieu dans notre monde, une ouverture de nos yeux à la vraie lumière.

Chers amis, je voudrais enfin ajouter encore une pensée sur la lumière et sur l’illumination. Durant la Vigile pascale, la nuit de la nouvelle création, l’Église présente le mystère de la lumière avec un symbole tout à fait particulier et très humble : le cierge pascal. C’est une lumière qui vit en vertu du sacrifice. Le cierge illumine en se consumant lui-même. Il donne la lumière en se donnant lui-même. Ainsi il représente d’une façon merveilleuse le mystère pascal du Christ qui se donne lui-même et ainsi donne la grande lumière. En second lieu, nous pouvons réfléchir sur le fait que la lumière du cierge est du feu. Le feu est une force qui modèle le monde, un pouvoir qui transforme. Et le feu donne la chaleur. Là encore le mystère du Christ se rend à nouveau visible. Le Christ, la lumière est feu, il est la flamme qui brûle le mal transformant ainsi le monde et nous-mêmes. « Qui est près de moi est près du feu », exprime une parole de Jésus transmise par Origène. Et ce feu est en même temps chaleur, non une lumière froide, mais une lumière dans laquelle se rencontrent la chaleur et la bonté de Dieu.

Le grand hymne de l’Exultet, que le diacre chante au début de la liturgie pascale, nous fait encore remarquer d’une façon très discrète un autre aspect. Il rappelle que ce produit, la cire, est du en premier lieu au travail des abeilles. Ainsi entre en jeu la création tout entière. Dans la cire, la création devient porteuse de lumière. Mais, selon la pensée des Pères, il y a aussi une allusion implicite à l’Église. La coopération de la communauté vivante des fidèles dans l’Église est presque semblable à l’œuvre des abeilles. Elle construit la communauté de la lumière. Nous pouvons ainsi voir dans la cire un rappel fait à nous-mêmes et à notre communion dans la communauté de l’Église, qu’elle existe afin que la lumière du Christ puisse illuminer le monde.

Prions le Seigneur à présent de nous faire expérimenter la joie de sa lumière, et prions-le, afin que nous-mêmes nous devenions des porteurs de sa lumière, pour qu’à travers l’Église la splendeur du visage du Christ entre dans le monde. Amen.



Illustration: Piero della Francesca, Risurrezione, 1450-1463, Sansepolcro, Museo Civico.

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