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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee c (2009-2010)

Nous avons besoin d’aide-mémoire - Homélie pour le Jeudi Saint

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

La célébration du Jeudi Saint nous met en contact avec trois mille cinq cents années d’histoire du salut. En célébrant cette messe nous obéissons au commandement de Jésus lors de la Dernière Cène, comme nous le rappelle la deuxième lecture :


« Faites cela en mémoire de moi. »


Lors de cette Dernière Cène, il y a deux mille ans, Jésus a donné un nouveau sens à ce repas rituel que les Juifs avaient célébré – et célèbrent toujours – depuis le temps de Moïse, en l’an 1500 avant Jésus Christ – la Pâque.


 

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La Pâque juive était un jour saint que Dieu lui-même avait établi, comme nous le rappelle la première lecture. Dieu avait donné l’ordre aux Hébreux de célébrer la Pâque pour qu’ils n’oublient jamais tout ce que Dieu a fait pour eux en les libérant de l’esclavage d’Egypte et les conduisant en Terre Promise. La Pâque est un mémorial, un mémorial sacré, car il les renouvelait dans  leur relation privilégiée avec Dieu. D’une manière similaire, Jésus commande à son Eglise de continuer d’ordonner des prêtres pour célébrer l’Eucharistie.


L’Eucharistie est un mémorial de son œuvre de rédemption, par laquelle il nous a délivré du péché et ouvert la voie vers la vie éternelle. Comme mémorial sacré, elle rend présent le sacrifice éternel du Christ. Notre liturgie n’est pas seulement une photo d’un événement du passé ; elle ouvre le rideau du temps et de l’espace de sorte que l’événement du passé est rendu présent pour nous aujourd’hui.


Pourquoi Dieu tient-il tellement à nous rappeler tout ce qu’il a fait pour nous ? Il y a deux raisons à cela.


***

 

Nous avons besoin qu’on nous rappelle l’amour infini de Dieu qui a livré son propre Fils pour nous sauver. Les épreuves de la vie tendent à former autour de nos yeux des œillères. Disons-le franchement : la vie n’est pas facile. Nous avons pas mal  de joies et de plaisirs, mais ils n’éliminent pas nos croix. Nous vivons dans un monde de péché, plein d’injustice, de défaites. Cela fait mal, parfois. Parfois cela fait très mal. Nous-mêmes sommes des pécheurs. Nous nous mettons en colère, nous cédons à la tentation, nous nous laissons prendre dans les filets de l’injustice sous toutes ses formes. Et ensuite nous sommes incapables de concevoir que Dieu ne nous abandonne jamais et qu’il est capable de transformer nos Vendredis Saints en Dimanches de Pâques. Voilà pourquoi nous avons besoin d’aide-mémoire, tels que la belle liturgie de ce jour.


***

 

Mais il y a une autre raison pour notre constant besoin d’aide-mémoire : nous ne savons pas écouter. Dieu nous envoie des rappels de sa bonté, de sa sagesse, tout le temps : les splendeurs de la nature, la beauté de l’art, de la musique, la joie de l’amitié et du soin que les autres prennent de nous, la satisfaction d’un travail bien fait… Tout ce qui est bon autour de nous est un peu un miroir de l’amour, de la miséricorde et de la générosité de Dieu. Nous sommes entourés de ces aide-mémoire. Mais nous ne savons pas bien écouter. Vous avez remarqué combien facilement nous sommes distraits au moment de la prière.


Quand nous entendons la Parole de Dieu dans nos cœurs, elle nous donne du réconfort et du courage, mais cette Parole nous invite à changer nos cœurs, pour vivre une vie plus semblable à celle du Christ. Ce n’est pas toujours facile. Alors nous préférons garder la radio allumée, ou les écouteurs dans les oreilles, ou tchatcher sur nos téléphones cellulaires. Même quand nous voulons bien écouter, la pollution sonore dans laquelle nous vivons nous rend la tâche quasiment impossible. Dieu doit se battre pour se faire entendre dans tout ce vacarme. Plus il nous donne des aide-mémoire, plus il a la chance de capter notre attention. La liturgie de ce soir est un des plus beaux aide-mémoire qu’il nous ait donnés.


***


Dieu est heureux de nous voir rassemblés pour cette célébration, du fait que nous sommes ensemble pour faire « cela en mémoire de lui ». Il sait que nous avons besoin de rappels du fait qu’il prend soin de nous, qu’il ne nous a pas abandonnés, et qu’il ne nous abandonnera jamais.


Participons donc à cette célébration avec beaucoup de reconnaissance, une grande attention. Permettons à Dieu de parler à notre cœur et de nous dire ce qu’il a envie de nous dire. Continuons d’être à l’écoute tout au long de ces prochains jours, qui sont les plus saints de l’année. Cela peut signifier que nous devons prendre advantage de temps pour la prière, pour aller veiller une heure avec Jésus. Il faudra prendre du temps pour participer au chemin de croix et l’office de la Passion du Vendredi Saint, ainsi que pour la Vigile Pascale. Il peut être bon de tourner le bouton de la télévision pendant les prochaines 24 heures. Comme le disait Benoît XVI lors de sa visite aux Etats-Unis en 2008, n’ayons pas peur du silence. Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité. Si nous lui accordons une attention spéciale durant ces jours saints, il nous fera signe, il aura un message personnel pour chacun de nous, provenant directement de son Cœur Sacré et s’adressant à nos cœurs nécessiteux.

 

Le Christ apporte la Joie et la Paix Véritables - Homélie pour la Nativité

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Le plus grand obstacle à la grâce du Christ dans notre vie, c’est une idée, une fausse idée.

Le plus grand obstacle à la grâce du Christ dans notre vie, c’est une idée, une fausse idée.

Les anges annoncent aux bergers qu’un Sauveur leur est né. Ils disent que c’est « une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple », puisque ce Sauveur apporte « paix sur terre aux hommes qu’il aime ».

 

La paix que le Christ apporte est la source de cette joie. Les deux vont toujours de pair. La joie est l’émotion que nous ressentons quand nous entrons en possession de bonnes choses. Mais si nous n’avons pas la paix, nous ne pouvons pas vraiment posséder quoi que ce soit. Sans la paix, il y a un conflit. Conflit, cela signifie que quelqu’un essaie de nous enlever les bonnes choses que nous possédons. L’agression engendre le trouble, l’instabilité, c’est-à-dire le contraire de la paix. Sans la paix il n’y a pas de joie. Le Christ est né pour nous donner la vraie joie, une joie durable, parce qu’il est venu pour établir une paix durable. Le Christ est Roi, tout-puissant, omniscient, et toute bonté. Quand quelqu’un devient son sujet, il ne doit plus rien craindre, car Dieu est son protecteur. Mais le Royaume du Christ n’est pas un royaume matériel, c’est un Royaume spirituel. Il n’est pas né dans un palais (ou un palace), il est né dans une étable…

 

La paix que le Christ apporte est intérieure, une paix spirituelle qui provient d’une conscience purifiée par son pardon, et d’un cœur qui sait que notre Père céleste nous aime. Personne ne peut enlever une conscience en paix ou la connaissance du fait que Dieu nous aime. Voilà la paix du Christ est durable, inviolable.

 

Cette paix intérieure peut aussi déborder et devenir une paix "politique", dès lors que suffisamment de personnes dans une communauté en sont remplis. Mais dans la perspective du Christ, cela est secondaire. Les royaumes terrestres et les conflits de ce monde passeront. Mais le Royaume du Christ, la communauté de ceux qui le suivent, l’Eglise, est pour toujours. Et donc, les anges n’hésitent pas à annoncer leur « bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple », car ils savent que Jésus Christ apporte vraiment une paix durable à quiconque lui permet d’être son Roi.

 

Benoît XVI écrit :

 

« Si personne ne m'écoute plus, Dieu m'écoute encore. Si je ne peux plus parler avec personne, si je ne peux plus invoquer personne – je peux toujours parler à Dieu. S'il n'y a plus personne qui peut m'aider – là où il s'agit d'une nécessité ou d'une attente qui dépasse la capacité humaine d'espérer, Lui peut m'aider. » (Spe salvi, 32)

 

Rien sur terre ne peut nous donner la paix intérieure et la joie que le Christ peut nous donner. Nous connaissons tous la belle histoire de Balthazar Picsou (Scrooge McDuck dans la version originale, elle-même basée sur "Un comte de Noël" de Charles Dickens). Scrooge était l’homme le plus riche de la ville. Il avait assez d’argent pour pouvoir acheter tout ce que le monde avait à offrir. Mais était-il heureux ? Etait-il en paix ? Pas du tout ! Il vivait constamment dans la crainte de perdre son argent. Il avait mis sa confiance dans l’argent, et donc il en accumulait tant qu’il pouvait. Il avait tout misé sur l’argent, et donc il était devenu misérable. Il ne pouvait pas apprécier ce qu’il possédait, parce qu’il avait peur de le perdre. Il ne voulait rien dépenser, parce qu’il avait peur de ne pas pouvoir récupérer la mise.

 

Tous les trésors matériels de ce monde sont comme ça. Que ce soit l’argent, une position sociale, la beauté, la réputation – tous ces trésors peuvent être perdus. Ils peuvent disparaître comme neige au soleil. Ils peuvent être volés ou cassés. Ils sont intrinsèquement passagers, et donc, si nous nous y attachons, quand nous y mettons notre confiance, nous devenons comme tonton Picsou – tendus, colériques, et hyper sensibles. En-dessous de la surface de la prospérité, nous devenons misérables.

 

Mais le Christ est notre trésor spirituel, et son Royaume est un Royaume spirituel, éternel. Le Christ s’est fait homme pour pouvoir devenir notre ami, une personne vivante dans notre vie, une présence vivante, spirituelle, qui ne nous laissera jamais tomber. Quand nous nous attachons à lui, quand nous comptons sur lui, marchant à sa suite, quand nous lui permettons d’être le Roi de notre vie, alors les soucis et les épreuves de ce monde ne peuvent pas nous enlever notre paix intérieure.

 

Scrooge McDuck a trouvé la paix intérieure et la joie quand, à l’exemple du Christ, il a partagé ses richesses avec ceux qui étaient dans le besoin, tout comme Jésus s’est donné à nous à Noël, pour être notre Sauveur.

 

Jésus ne veut pas seulement nous donner la joie de la paix véritable. Il nous montre aussi comment accepter le don de la grâce. Le plus grand obstacle à la grâce du Christ dans notre vie, c’est une idée, une fausse idée.

 

Notre monde moderne fait des progrès énormes dans les domaines de la science, de la technologie, des médias, de la médecine. Nous baignons dans une culture qui nous dit des centaines de fois par jour, dans la publicité, le cinéma, les médias, que nous pouvons avoir le ciel sur la terre. La possession d’une combinaison de tel et de tel produit, de tel article, nous vaudra une vie tranquille, agréable, à peu près sans peine. C’est un mensonge, mais nous le respirons comme l’air qui nous entoure, et nul  n’échappe à son influence.

 

C’est un mensonge car il relègue Jésus dans un compartiment, le compartiment religieux de notre vie, tandis que nous, nous demeurons au centre. Le mensonge consiste à nous promettre que le bonheur est au bout de nos efforts, à dimension humaine. C’est le même mensonge dont s’est servi le démon avec Adam et Eve au commencement de l’humanité.

 

Non ! Nous ne pouvons pas avoir le ciel sur la terre. Nous ne pouvons pas atteindre la joie et la paix profondes pour laquelle nous avons été créés à la force du poignet. Nous devons céder le siège du conducteur à Jésus. Le Roi, ce n’est pas nous, c’est lui. Et Jésus nous montre comment il est roi.

 

De même qu’il s’est dessaisi de sa gloire et des richesses célestes pour naître dans une étable obscure, nous devons nous dessaisir de nos désirs égoïstes et de nos petites priorités personnelles et passer notre vie à apporter le bonheur à tous ceux qui nous entourent. Croire en Jésus veut dire : le suivre, suivre ses commandements et son exemple.

 

Aujourd’hui nous allons réaffirmer notre foi en Jésus. Avec l’aide de sa grâce, engageons-nous aussi à sa suite.

Le Roi, ce n’est pas nous, c’est lui. Et Jésus nous montre comment il est roi.

Le Roi, ce n’est pas nous, c’est lui. Et Jésus nous montre comment il est roi.

Les trois confidences de Jésus à propos de l’avenir - Homélie 33° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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L’Eglise nous rappelle aujourd’hui la signification de cette petite phrase du Credo que nous professons solennellement dans le Symbole des Apôtres : "Il (Jésus) viendra juger les vivants et les morts". C’est l’heure à laquelle toutes les injustices de l’histoire des hommes seront rectifiées une fois pour toutes. Ceux qui ont refusé l’amitié du Christ et qui ont méprisé ou abusé de leur prochain ne trouveront pas de place dans le monde de la rédemption qu’ils ont fui. Ceux qui auront porté leur croix avec le Christ seront guéris de toutes leurs blessures et ils recevront la plénitude de la vie.

 

Mais les Apôtres voulaient aussi savoir le jour et l’heure. Ils demandent :

 

« Maître, quand cela arrivera-t-il ? »

 

Ils étaient curieux, tout comme nous. Jésus ne répond pas directement. Mais il donne la trame des événements qui se répéteront tout au long de la période finale de l’histoire humaine, l’âge de l’Eglise. C’est ainsi qu’il indique les trois points critiques qui concernent l’avenir.

  1. Il reviendra dans la gloire pour parachever le Royaume éternel qu’il a fondé par l’Eglise.
  2. En attendant, il envoie ses disciples – les Apôtres et les chrétiens de tous les âges – pour inviter tous les hommes au festin du Royaume.
  3. Bien que cette mission rencontrera bien des obstacles et des oppositions, et occasionnera beaucoup de souffrances et d’humiliations, il continuera de travailler dans et par ses disciples fidèles avec la puissance du Saint Esprit.

Voilà les confidences que fait le Seigneur de la vie et de l’histoire à ses fidèles disciples. Voilà exactement ce que nous avons besoin de savoir à propos de l’avenir. Cela suffit pour que nous puissions affronter les inévitables épreuves de la vie avec confiance et avec joie, en restant attentifs à ce qui est vraiment important : suivre le Christ et aider les autres à le suivre.

 

Dans les cultures préchrétiennes et non chrétiennes, on peut remarquer un vif intérêt et une grande angoisse pour tout ce qui concerne l’avenir. C’est tout à fait normal. Nous avons été créés pour la vie éternelle en communion avec Dieu. Le péché originel nous a coupés de cette vie. Mais notre désir profond est toujours là. Il se manifeste dans tous les efforts que nous faisons pour soulever le voile de la mort et du temps.

 

Malheureusement, le démon essaie souvent de corrompre cette curiosité, en suscitant un désir malsain de prévoir et de contrôler l’avenir. En fait, l’intérêt croissant pour toutes les pratiques qui relèvent de l’occulte et de la superstition et qui s’accompagnent de fausses promesses d’une connaissance cachée et d’une maîtrise de l’avenir, constitue un des signes qui témoignent d’une déchristianisation de notre société actuelle. Des librairies respectées proposent à la vente tout une littérature sur le tarot, des prophéties célestes, le spiritisme, le Wicca, le Magick, le néo-paganisme et autres techniques pour un "contrôle cosmique". Ces pratiques sont considérées maintenant comme étant socialement acceptables, voire même populaires, y compris par un certain nombre de catholiques.

 

Or, Jésus nous a déjà dit tout ce que nous avons besoin de savoir concernant l’avenir. Il nous a enseigné tout ce qu’il faut savoir pour pouvoir influencer notre avenir. Faire des pactes avec des puissances occultes pour en savoir plus équivaut à gifler le Seigneur. C’est une offense contre le premier commandement, qui nous prescrit d’aimer le Dieu un et unique de tout notre cœur, et de lui accorder toute notre confiance.

 

Sans doute que la révélation du Christ n’apparaît pas toujours de manière aussi "tape à l’œil" que les mensonges du démon. Sans doute que suivre le Seigneur demande plus de maîtrise de soi et exige moins de complaisance envers soi-même. Mais au bout du compte, le Christ apporte la vie, et le démon la mort.

 

Il y a un danger qui vient de la connaissance même de ce que le Christ nous a enseigné concernant l’avenir. Les chrétiens de Thessalonique - ceux à qui saint Paul adresse la lettre dont nous avons entendu un extrait dans la deuxième lecture – ont été les premiers d’une longue liste de chrétiens tout au long de l’histoire de l’Eglise, qui ont été menacés par ce danger. Ils croyaient fermement dans la seconde venue du Christ. Ils étaient persuadés que cette venue pourrait avoir lieu n’importe quel jour. Le résultat, c’est que certains ont commencé à être paresseux. Ils ont négligé leurs responsabilités familiales, sociales et spirituelles. Ils se disaient : "Si Jésus vient bientôt, à quoi bon se fatiguer pour gagner sa vie, pour promouvoir une société plus juste et pour annoncer l’évangile ? De toute manière, bientôt ce sera le dernier jour."

 

Dans la deuxième lecture, saint Paul corrige cette interprétation erronée. Il dit à ces gens-là de se mettre au travail et de cesser de semer le désordre. Nous sommes exposés, nous aussi, à une tentation similaire. Nous pouvons abuser de notre connaissance privilégiée de l’amour de Dieu et de ses projets pour l’avenir en nous en servant comme une excuse pour être paresseux. Au lieu de nous acquitter de notre mission de rendre témoignage dans le monde par une foi authentique et vécue, nous nous disons que Dieu est miséricordieux et qu’il aura pitié de tout le monde. Au lieu de nous efforcer de combattre et de vaincre le péché en suivant le Christ, nous nous persuadons que Dieu nous pardonnera bien. Au lieu de faire fructifier au maximum les talents que nous avons reçus pour en faire bénéficier l’Eglise et toute la société, nous les détournons de leur but pour construire chacun son petit royaume égoïste et confortable.

 

Jésus nous a fait connaître l’avenir, non pas pour nous fournir une excuse pour notre paresse, mais afin de nous stimuler et nous encourager pour promouvoir ce qui est vrai et bon avec toutes les ressources de notre amour. Alors, aujourd’hui, en renouvelant notre profession de foi dans le Royaume qui vient, renouvelons aussi notre engagement à l’édifier avec le secours de l'Esprit Saint.

 

« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

Le danger de se faire un dieu à son image - Homélie 32 TOC

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Notre Dieu est-il le dieu des morts ou le Dieu des vivants?

Notre Dieu est-il le dieu des morts ou le Dieu des vivants?

Les Sadducéens étaient, politiquement parlant, la classe dirigeante en Israël. Dans le domaine religieux, ils étaient beaucoup moins stricts que les Pharisiens. Ils collaboraient aussi avec les autorités romaines, qui en avaient fait des gens riches et très influents. Leurs contacts fréquents avec la société romaine (païenne) avait fini par contaminer leur foi, affectant leur représentation de Dieu. C’est ainsi qu’ils ne croyaient pas à la résurrection. Ils se représentaient le ciel d’une manière trop humaine. Ils prêtaient à Dieu des restrictions humaines. Or, le ciel est une réalité d’un tout autre ordre que la terre. Dieu, lui, est infiniment plus sage, plus puissant, plus créateur que l’homme le plus génial qui soit. C’est ce que Jésus nous rappelle.

 

Il indique que Dieu est transcendant, et que, donc, les limites humaines de temps et d’espace ne s’appliquent pas à lui. Il indique que quand nous irons au ciel, nous aurons part à cette transcendance plus pleinement que tant que nous sommes sur cette terre.

 

Nous ressemblons aux Sadducéens. Le monde dans lequel nous vivons est marqué par des influences non chrétiennes qui risquent de contaminer notre foi. C’est pour cette raison que nombre de catholiques sont devenus ces dernières années des catholiques "de bistrot". Nous admettons les enseignements de l’Eglise qui s’accordent avec la mentalité de notre époque, comme, par exemple, l’importance de se mettre au service des pauvres et d'accueillir les immigrants. Mais nous avons beaucoup plus de peine à accepter les enseignements qui sont à contre-courant de cette mentalité, notamment ceux qui concernent le domaine de la morale sexuelle. Quand nous faisons un tri dans ces enseignements, nous commettons la même erreur que les Sadducéens : nous ne permettons pas à Dieu d’être Dieu. Nous le rabaissons à notre niveau. Ce faisant, nous passons à côté des choses plus grandes que Dieu veut nous donner, les seules qui puissent assouvir les désirs les plus intimes de notre cœur.

 

Vous avez peut-être déjà eu l’occasion d’entendre cette histoire. Un groupe de chrétiens marchent ensemble, dans la même direction dans un paysage austère, en route vers le ciel. Ils portent tous une lourde croix en bois, comme celle que portait Jésus. Tous sont courbés sous le poids du fardeau qu’ils portent. Ca n’a pas l’air d’être très confortable… Voilà que l’un d’eux s’arrête, dépose sa croix et fait à Dieu cette prière : "Seigneur, je veux te suivre, mais cette croix est vraiment trop lourde. Je t’en prie, allège-là." N’entendant aucune réponse, il prend une scie et raccourcit sa croix d’une trentaine de centimètres. Puis il reprend la route avec sa croix allégée. Mais il la trouve encore trop inconfortable. Il s’arrête de nouveau pour faire une prière : "Seigneur, tu sais que je t’aime, mais je ne suis pas assez fort pour porter cette croix. Elle est vraiment trop lourde !" De nouveau, il prend sa scie et enlève encore soixante centimètres. Puis, tout content, il reprend son chemin. Soudain, il arrive au bord d’un ravin. Un profond abîme sépare les deux côtés du ravin, et il ne sait pas comment faire pour continuer la route qui conduit au ciel. Alors il regarde pour vois comment font les autres, et il voit qu’ils mettent leur croix au-dessus du précipice pour s’en servir comme d’un pont pour arriver de l’autre côté. Voulant les imiter il couche sa croix, mais il s’aperçoit avec horreur que celle-ci n’est pas assez longue. Il manque quatre-vingt-dix centimètres. En faisant une croix à sa mesure, il s’était coupé de Dieu, exactement comme les Sadducéens.

 

Une des raisons pour lesquelles beaucoup de nos frères et sœurs catholiques ne sont pas avec nous à la messe aujourd’hui, est qu’ils sont tombés dans le piège de Sadducéens. Ils se sont fabriqué un dieu à leur mesure. Par conséquent, ils sont satisfaits de leur relation avec Dieu, tant qu’ils ne sont pas des assassins ou des terroristes. Ils se contentent de choisir au buffet des enseignements de l’Eglise catholique ceux qui leur plaisent, un petit morceau de sagesse par ici, une petite gorgée par là, mais sans jamais s’engager envers le Christ. Ils ont complètement oublié qu’ils s’insèrent dans une perspective beaucoup plus large, et que Dieu veut leur donner tellement plus : la vie éternelle.

 

Comment pouvons-nous les aider ? Premièrement, nous devrions prier pour eux. Le fait que, dans cette église, il y a trois fois plus de monde pour la Toussaint ou pour Noël que maintenant, cela devrait nous interpeller, car cela veut dire que ces frères et ces sœurs qui sont là à Noël, mais pas les autres dimanches se sont laissé séduire par un monde anti-chrétien, et qu’ils ont mis leur amitié avec Jésus à la seconde place. Nous devrions tous prier pour que Dieu les ramène à la maison.

 

Deuxièmement, nous devons nous efforcer de comprendre toujours mieux les enseignements de l’Eglise, surtout ceux que le monde rejette. Mieux nous les comprendrons, et mieux nous serons capables d’aider les autres à les comprendre pour les aider à sortir de leur torpeur sadducéenne.

 

Enfin, nous pouvons les inviter. Les inviter à la messe et/ou à la confession, peut-être. Le début de l’Avent, dans tout juste quelques semaines, serait une occasion favorable, ou la fête patronale de notre paroisse, par exemple. Qui pourra dire le nombre de gens qui arrêteront de se faire un dieu à leur image pour peu que nous les aidions à prendre la pleine mesure de sa sagesse et de son amour ? Aujourd’hui, promettons donc à Dieu de tenter l’expérience.

Le danger d’une foi superficielle - Homélie 24° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
“Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !”

“Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !”

 

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La parabole du Fils Prodigue est comme un kaléidoscope : elle présente des perspectives innombrables qui nous aident à comprendre ce que suivre le Christ veut dire.

 

Une de ces perspectives qui nous échappent la plupart du temps concerne le plus grand danger qui nous guette en tant que soi-disant "catholiques pratiquants" : celui qui consiste à vivre notre foi de manière purement superficielle, sans la laisser pénétrer dans les profondeurs de notre cœur.

 

Cette parabole nous enseigne qu’il est possible de vivre « dans la maison du Père » sans vraiment connaître le Père. Le fils cadet ne connaissait pas vraiment le Père. Il ignorait combien son père l’aimait et combien celui-ci voulait le combler de tous les biens. Cette ignorance le fait infliger à son père une grave insulte quand il lui demande sa part d’héritage alors que son père est encore en vie. C’était une manière de lui dire qu’il vaudrait mieux qu’il soit déjà mort.

 

Le fils aîné ne valait pas mieux. Selon les apparences, il faisait tout bien comme il faut, mais il n’avait aucune idée de l’amour de son père pour lui non plus, et il en voulait à son père de fêter le retour de son frère.

 

Bien qu’ils aient vécu leur vie entière sous le même toit, les deux frères n’avaient jamais ouvert leur cœur à leur père. Ils s’étaient enfermés dans le pauvre petit monde de leur égoïsme.

 

Nous pouvons facilement faire la même chose, tout en étant des catholiques "pratiquants" pendant toute notre vie, faisant notre devoir d’état comme il faut selon les apparences, mais sans ouvrir notre cœur à Dieu, et sans le connaître d’une manière intime et personnelle. Nous courons ainsi le risque d’être séparés du Père pour toujours, mangeant les gousses dont se nourrissent les porcs, et passant à complètement à côté de la célébration joyeuse de l’amour du Père.

 

L’un des saints dont nous célébrons la mémoire ces jours-ci, le 16 septembre, c'est saint Cyprien. Il était évêque en Afrique du Nord. Il est mort en 258. Il a été témoin de l’une des crises les plus graves dans l’Eglise sous l’Empire romain, une crise causée par la vie chrétienne superficielle contre laquelle le Seigneur nous met en garde aujourd’hui. Saint Cyprien a exercé son épiscopat lors d’une longue période de paix entre deux vagues de persécutions romaines. Pendant cette période de paix, beaucoup de chrétiens sont tombés dans la routine, et beaucoup de nouveaux convertis se contentaient d’un copinage avec le Christ. Au moment où une nouvelle vague de persécutions a déferlé sous l’Empereur Décius (249), des centaines, voire des milliers de ces chrétiens routiniers ont renié leur foi, parfois publiquement, sous la torture, l’exil et les exécutions, pour sauver leur peau. Parfois aussi ils ont acheté des faux documents certifiant qu’ils avaient renié leur foi. Dans les deux cas, ces chrétiens ont préféré éviter de souffrir pour le Christ, plutôt que de rester fidèles à l’amitié avec le Christ. Quand cette vague de persécutions a passé, l’Eglise était confrontée à un grave problème. Ces milliers de "lapsi" (ceux qui étaient "tombés" sous la persécution) voulaient revenir à l’Eglise. Mais beaucoup de ceux qui n’étaient pas tombés (et parmi eux de nombreux évêques) estimaient que le péché de ces "lapsi" était impardonnable. Il y a eu des divisions, des hérésies, et avant que saint Cyprien et le pape saint Corneille n’aient pu ramener la paix, des communautés entières de chrétiens s’étaient séparés de l’Eglise catholique. Certains historiens disent même que les divisions qui ont résulté de ces chrétiens infidèles ont favorisé l’extension de l’Islam en isolant beaucoup de communautés chrétiennes.

 

La miséricorde de Dieu est infinie, c’est vrai, mais cela ne veut pas dire que nous sommes dispensés de faire notre part pour devenir des chrétiens authentiques.

 

En méditant sur les deux frères de la parabole, il y a de quoi être effrayé. Tous les deux pensaient connaître leur père. Aucun des deux ne se rendait compte combien ils étaient aveuglés par leur égoïsme.

 

Comment pouvons-nous éviter de tomber dans cette même situation tragique, vivant dans la Maison du Père sans pour autant permettre à la grâce du Père de toucher nos cœurs ?

 

D’abord, nous devons humblement demander à Dieu de nous aider à reconnaître nos fautes, pour que nous puissions nous en corriger. Une manière très simple pour ce faire consiste à vivre notre célébration de l’Eucharistie dominicale plus consciemment, en faisant l’effort ensemble de vraiment vivre les paroles que nous prononçons au cours de la Messe, et en adhérant à celles qui sont prononcées par le prêtre. Les paroles de la liturgie sont pleines du mystère de Dieu. Elles sont pour nous le modèle d’une vraie relation avec le Père. Si nous faisons consciemment l’effort de les écouter et de les prononcer avec notre cœur, elles deviennent une source de lumière et de renouveau, un rempart contre la routine.

 

Une des manières pour favoriser cet effort, c’est d’arriver à la Messe quelques minutes en avance, le temps de laisser mourir les bruits de ce monde avant que commence la célébration des Saints Mystères.

Suivre le Christ: plus qu'une affaire de sentiments - Homélie 23° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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Aujourd’hui, Jésus clarifie deux choses pour nous. D’abord, il ne veut pas qu’en le suivant, nous nous fassions des illusions. La voie dans laquelle il nous engage n’est pas une voie facile. Nous sommes pécheurs, et même avec sa grâce, il est dur de nous relever de nos chutes. Un esprit de sacrifice est nécessaire, et il faudra souffrir :

 

« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. »

 

Voilà l’enseignement évident de ce passage de l’Evangile. Impossible de l’oublier.

 

Mais il y a aussi une autre leçon qui mérite notre attention tout autant. Jésus enseigne que pour le suivre, il faut plus que des sentiments et une vague inspiration. Nous devons nous servir de notre intelligence, mettre notre créativité et notre intelligence au service de cette aventure qui consiste à suivre le Christ. C’est ce qui ressort clairement des exemples donnés par Jésus.

 

Le constructeur de la tour et le roi guerrier devaient filtrer leur enthousiasme avec la raison objective. Les chrétiens doivent faire de même. L’emballement des sentiments après une retraite, un pèlerinage ou encore le coup de foudre d’une rencontre enthousiasmante avec le Seigneur, c’est comme la floraison d’un arbre fruitier. Cette floraison survient de manière soudaine et remplit nos âmes d’un parfum très doux. Mais ensuite vient un été qui se prolonge, et nous avons besoin de persévérance et de patience pour que le fruit se forme et arrive à maturité selon les lois objectives de la vie spirituelle et apostolique.

 

L’amour, même l’amour durable qui est la marque de l’amitié avec le Christ, est un fruit dont l’éclosion s’accompagne fréquemment d’émotions intenses. Mais ce fruit n’arrive à maturité qu’en passant par la chaleur et la souffrance, qui ne peuvent être supportés qu’avec l’aide de la raison et de la conviction, qui sont plus profondes que des sensations éphémères.

 

Suivre le Christ est bien plus que suivre un caprice ; c’est un projet à long terme qui demande l’engagement de tout notre être.

 

Il est très étonnant que beaucoup d’entre nous acceptent le fait que le succès dans les autres projets de vie exige beaucoup de travail, alors que l’on pense qu’être un chrétien fidèle devrait aller sans efforts.

 

George Lucas, le créateur de la saga cinématographique Star Wars, a décrit le travail que lui a demandé le scénario de Star Wars :

 

“J’ai grandi dans une famille de la classe moyenne dans une ville du Midwest américain avec la conception du travail correspondant. Je suis assis à mon bureau pendant huit heures par jour, quoi qu’il arrive, même si je n’écris rien. C’est un mode de vie assez terrible, mais voilà ce que je fais : je suis assis et je le fais. Je ne peux pas me lever de ma chaise avant cinq heures, cinq heures et demie du soir, quand c’est l’heure des nouvelles… C’est la seule manière pour se forcer à écrire. Je travaille au crayon et du papier ligné. Au mur il y a un calendrier. Mardi je dois être à la page 25, mercredi à la page 30, etc. Et tous les jours je fais une croix pour marquer que j’ai écrit ces cinq pages. Si je terminais mes cinq pages en avance, je m’arrêterais. Mais cela n’arrive jamais. A quatre heures de l’après-midi je n’ai qu’une page, et durant l’heure qui suit, j’écris habituellement le reste."

 

Quand Jésus disait à ses disciples qu’ils doivent être comme un roi qui veut partir à la guerre, ou à un bâtisseur qui veut construire un palais, voilà ce qu’il veut dire. Nous devons nous décider à prendre notre vie chrétienne suffisamment au sérieux pour y travailler avec l’engagement de tout notre être.

 

Y a-t-il une solution pratique pour rendre notre vie spirituelle plus stable et plus robuste ? Nous pouvons faire beaucoup de choses, mais il n’y a pas de raccourcis. Rocky (Robert Balboa, joué par Sylvester Stallone), un bon à rien, a pu devenir un boxeur champion du monde en quelques heures, mais la vie réelle demande un effort plus soutenu que la vie au cinéma.

 

Une chose assez simple que nous pourrions faire pour arriver à une plus grande maturité spirituelle, c’est de persévérer dans nos résolutions. Il nous est tous arrivé de prendre l’une ou l’autre résolution. Par exemple, le jour du Nouvel An ou à la fin d’une retraite, nous avons décidé de prier le chapelet tous les jours. Peut-être qu’à l’occasion d’un échec, nous avons promis à Dieu de ne plus nous y laisser prendre. Mais ensuite, le train-train de la vie, les distractions ou tout simplement une tendance à la paresse ont fait que, peu à peu, notre enthousiasme s’est refroidi et notre engagement évanoui.

 

Il n’est pas trop tard pour recommencer. En fait, c’est probablement une très bonne idée de recommencer. C’est une façon de se démarquer de la spiritualité des feuilletons télévisés. C’est aussi une manière de dire à Jésus que nous sommes reconnaissants pour tout ce qu’il a fait pour nous dans notre vie, et de l’assurer que nous avons le désir qu’il fasse davantage.

 

Si vous n’arrivez pas à vous souvenir d’une résolution prise dans le passé, vous pourriez commencer par renouveler votre confiance dans l’amour du Christ par la dévotion des premiers vendredis du mois. Cette dévotion a été suggérée à sainte Marguerite-Marie Alacoque par le Seigneur lui-même. Elle consiste à recevoir la Sainte Communion dans un esprit de reconnaissance durant neuf premiers vendredis du mois consécutifs. C’est seulement un petit effort, mais un effort substantiel, et un moyen sûr pour dépasser les vagues sentiments, qui ne durent généralement pas pendant neuf mois de suite.

Ou bien, en préparation au centenaire des apparitions de la Vierge Marie à Fatima, vous pourrez vous attacher à faire la communion réparatrice des premiers samedi du mois.

Les demandes de Notre-Dame

C’est au cours de l’apparition du 13 juillet 1917 que Notre-Dame parla pour la première fois des premiers samedis du mois en révélant aux petits voyants : « Je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis du mois. » 
Notons que la Sainte Vierge parle des premiers samedis du mois de façon générale, sans en préciser le nombre. Ce n’est que le 10 décembre 1925 à Pontevedra qu’elle le fera. Voici les paroles de Notre-Dame que sœur Lucie entendit ce jour-là (tirées d’une lettre à son confesseur, le père Aparicio) : 

Vois, ma fille, mon Cœur entouré des épines que les hommes m’enfoncent à chaque instant, par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui,
- pendant cinq mois, le premier samedi,
- se confesseront,
- recevront la sainte Communion,
- réciteront un chapelet
- et me tiendront compagnie pendant quinze minutes, en méditant sur les quinze mystères du Rosaire
- en esprit de réparation,
je promets de les assister à l’heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme.

Les assouplissements de l’Enfant-Jésus

Deux mois plus tard, le 15 février 1926, l’Enfant Jésus apparut à sœur Lucie et assouplit les conditions posées par Notre-Dame. Voici un extrait du dialogue qui s’établit entre eux (tiré d’une lettre à Mgr Pereira Lopès, un de ces anciens confesseurs) :

— Mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde, parce qu’il y avait déjà beaucoup d’âmes qui Vous recevaient chaque premier samedi, en l’honneur de Notre-Dame et des quinze mystères du Rosaire.
— C’est vrai ma fille, que beaucoup d’âmes commencent, mais peu vont jusqu’au bout et celles qui persévèrent, le font pour recevoir les grâces qui y sont promises. Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférents.
— Mon Jésus ! Bien des âmes ont de la difficulté à se confesser le samedi. Si vous permettiez que la confession dans les huit jours soit valide ?
— Oui. Elle peut être faite même au-delà, pourvu que les âmes soient en état de grâce le premier samedi lorsqu’elles me recevront, et que, dans cette confession antérieure, elles aient l’intention de faire ainsi réparation au Sacré-Cœur de Marie.
— Mon Jésus ! Et celles qui oublieront de formuler cette intention ?
— Elles pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu’elles auront pour se confesser.

Les précisions de Notre-Seigneur

Quatre ans plus tard, le père Gonçalvès, qui avait remplacé le père Aparicio comme confesseur, demanda à sœur Lucie de répondre par écrit à cinq questions sur la dévotion des premiers samedis du mois. Voici ses réponses (extrait de la lettre envoyée au père Gonzalès) :

1. Quand ? Le 10 décembre 1925.
Comment ? Par une apparition de Notre-Seigneur et de la Très Sainte Vierge qui me montra son Cœur Immaculé entouré d’épines et demandant réparation.
Où ? À Pontevedra (Passage Isabelle II). La première apparition (eut lieu) dans ma chambre, la seconde près du portail du jardin où je travaillais.

2. Les conditions requises ?
Durant cinq mois, le premier samedi, recevoir la Sainte Communion, dire le chapelet, tenir compagnie quinze minutes à Notre-Dame en méditant les mystères du Rosaire, et se confesser avec la même intention. La confession peut se faire un autre jour, pourvu qu’on soit en état de grâce en recevant la Sainte Communion.

3. Avantages ou promesses.
« Aux âmes qui chercheront à me faire réparation de cette manière (dit Notre-Dame), je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires au salut ».

4. Pourquoi cinq samedis et non neuf, ou sept en l’honneur des douleurs de Notre-Dame ?
Me trouvant dans la chapelle avec Notre-Seigneur une partie de la nuit du 29 au 30 de ce mois de mai 1930, et parlant à Notre-Seigneur des questions quatre et cinq, je me sentis soudain possédée plus intimement par la divine présence et, si je ne me trompe, voici ce qui m’a été révélé :
« Ma fille, le motif en est simple. Il y a cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie :
1) les blasphèmes contre l’Immaculée Conception,
2) les blasphèmes contre sa virginité,
3) les blasphèmes contre sa maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes,
4) les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée,
5) les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.
Voilà, ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation, et, en considération de celle-ci, d’émouvoir ma miséricorde pour pardonner aux âmes qui ont eu le malheur de l’offenser. Quant à toi, cherche sans cesse, par tes prières et tes sacrifices, à émouvoir ma miséricorde à l’égard de ces pauvres âmes ».

5. Ceux qui ne pourront accomplir les conditions le samedi, ne peuvent-ils y satisfaire le dimanche ?
« La pratique de cette dévotion sera également acceptée le dimanche qui suit le premier samedi, quand mes prêtres, pour de justes motifs, le permettront aux âmes ».

L’esprit de la dévotion

Pour bien comprendre le but des premiers samedis du mois, il est important de bien noter les points suivants.

Dans la réponse à la quatrième question, Notre-Seigneur dit à sœur Lucie que c’est Lui qui demande cette dévotion : « … le Cœur Immaculé de Marie M’a inspiré de demander cette petite réparation et, en considération de celle-ci, d’émouvoir Ma miséricorde ».

Si la possibilité de choisir un autre jour que le premier samedi pour la confession est laissé au libre arbitre de chacun, la possibilité de communier le lendemain ne peut être accordée que par un prêtre. Toutefois, il est clair que ce ne sont que des exceptions : la règle générale fixée par le Ciel est de se confesser et de communier le samedi. Pour pouvoir le faire un autre jour, il faut un empêchement réel.

Le point le plus important, celui du quel cette dévotion tire toute son efficacité, c’est la volonté de réparer les outrages subis par Notre-Dame de la part des pécheurs. C’est l’un des points essentiels du message de Fatima : réparer les offenses commises envers les saints cœurs de Jésus et Marie. En octobre 1928, dans une lettre adressée à son évêque, Mgr da Silva, sœur Lucie écrivit :

Le bon Dieu, dans son infinie miséricorde, se plaint de ne pouvoir supporter plus longtemps les offenses qui se commettent contre l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge. Il dit qu’à cause de ce péché, un grand nombre d’âmes tombent en enfer, et il promet de les sauver, dans la mesure où l’on pratiquera la dévotion suivante [les premiers samedis du mois], avec l’intention de faire réparation au Cœur Immaculé de notre très Sainte Mère.

Sœur Lucie confia également au père Aparicio (lettre du 19 mars 1939) :

De la pratique de cette dévotion, unie à la consécration au Cœur Immaculé de Marie, dépendent pour le monde la paix ou la guerre. C’est pourquoi j’ai tant désiré sa propagation ; et puis, surtout parce que telle est la volonté de notre bon Dieu et de notre si chère Mère du Ciel.

Plus tard, sœur Lucie indiqua qu’il fallait pratiquer cette dévotion chaque premier samedi du mois, car à chaque fois, nous pouvions obtenir la conversion d’un plus grand nombre de pécheurs :

Voici ma façon de faire les méditations sur les mystères du rosaire, les premiers samedis. Premier mystère : l’annonciation de l’ange Gabriel à Notre-Dame. (…) [Ici, sœur Lucie donne sa méthode pour méditer sur un mystère.]
Le deuxième mois, je fais la méditation du deuxième mystère joyeux. Le troisième, du troisième et ainsi de suite, en suivant la même méthode pour méditer. Quand j’ai fini ces cinq premiers samedis, j’en recommence cinq autres et je médite les mystères douloureux, ensuite les glorieux et, quand je les ai terminés, je recommence les joyeux.

Cette précision de sœur Lucie indique bien qu’il faut accomplir cette dévotion chaque premier samedi du mois et non pas uniquement cinq fois, car cette pratique est avant tout pour sauver des âmes. C’est d’ailleurs le sens de la première demande de Notre-Dame le 13 juillet 1917 : « Je viendrai demander (…) la communion réparatrice des premiers samedis du mois ».
La pratique des cinq samedis successifs accorde une grâce supplémentaire, celle de l’assistance de Notre-Dame au moment de notre mort. Mais il ne faut pas confondre la pratique générale et la grâce supplémentaire accordée à ceux qui la font cinq premiers samedis de suite. Cette grâce si extraordinaire est avant tout la marque que le Ciel attache une très grande importance à cette dévotion.

Il n’est pas trop tard pour recommencer.

Il n’est pas trop tard pour recommencer.

Être humble ne veut pas dire être malheureux - Homélie 22° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » (saint Augustin).

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » (saint Augustin).

 

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A première vue, la leçon qui se dégage de ce passage de l’évangile est claire et simple ; mais à y regarder de près, il y a de quoi être ébranlé.

 

La première impression, c’est que c’est un plaidoyer en faveur de l’humilité et de la générosité : ne soyez pas imbus de votre importance en occupant les places d’honneur de votre propre initiative ; n’offrez pas l’hospitalité à ceux qui peuvent vous payer en retour.

 

Je ne dis pas que l’intention de Jésus n’était pas d’enseigner cela, et les pharisiens, si remplis de pompeuse vanité, tout comme nous, avaient certainement besoin de l’entendre, mais il s’agit ici de quelque chose de plus.

 

Il est intéressant de remarquer que Jésus ne dit pas : "Ne cherchez jamais à être honorés", ou : "Ne cherchez pas de récompense pour vos bonnes actions". C’est ce que les humanistes modernes nous diraient. La vraie vertu, disent-ils, suppose un détachement absolu, même du désir d’être heureux. En fait, certains philosophes modernes reprochent aux chrétiens même de vouloir faire le bien, car c’est en faisant le bien que l’on devient heureux.

 

Cette critique est totalement dépourvue de fondement. Nous ne pouvons pas tuer notre désir de parvenir à nous épanouir. Ce désir est inné, c’est Dieu qui l’a mis en nous, comme une boussole qui nous indique à tout moment le chemin qui conduit vers lui :

 

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » (saint Augustin).

 

Le Christ ne condamne donc pas le désir naturel des honneurs et des récompenses, mais il l’élève. Il nous appelle à chercher la vraie récompense d’un bonheur durable qui est le fruit d’une vie d’amitié avec Dieu. Cela implique l’humilité, puisque seuls les humbles sont capables d’une amitié authentique. Nous devrions choisir « la dernière place » maintenant, en servant les autres tant que nous le pouvons, pour être élevés plus tard.

 

Il n’y pas plus réaliste que Jésus. Il connaît le cœur de l’homme (après tout, c’est lui qui l’a fait), et il cherche, non pas à l’étouffer, mais à le libérer.

 

L’humilité nous libère pour que les talents que Dieu nous a accordés puissent donner toute leur mesure, car l’humilité nous libère de la peur du qu’en dira-t-on. L’histoire de l’art, de la musique, abonde en exemples. Les vrais artistes ont travaillé dur pour développer leur génie créateur, quelles que soient les éloges ou la reconnaissance des critiques. Beaucoup de chefs-d’œuvre du répertoire de la musique classique, par exemple, n’ont jamais été reconnus comme tels du vivant de leurs compositeurs, mais longtemps après leur mort seulement.

 

La géniale Messe en Si Mineur de Bach, l’une des plus belles messes de tous les temps, n’a jamais été exécutée du vivant de son auteur. Bach était un protestant, mais puisque la Messe était catholique, il n’était pas question d’exécuter cette Messe dans un temple protestant. Or, cette Messe nécessitait un petit orchestre, et en ce temps-là, les orchestres étaient interdits dans les églises catholiques…

 

De même, les Variations Goldberg figurent parmi les œuvres les plus jouées dans les salles actuellement. Mais le genre de concert qui rend possible son exécution n’a pas existé jusqu’à plus de cent ans après la mort du compositeur.

 

Beethoven a connu un sort semblable. C’est de son vivant que le piano moderne a vu le jour. Parmi ses œuvres majeures figurent les trente-deux sonates pour piano. Mais, en fait, seuls deux de ces sonates ont été jouées en concert du vivant de Beethoven.

 

Si Bach et Beethoven avaient recherché « les places d’honneur » aux yeux du public au lieu de répondre à leur vocation de musiciens, ces œuvres immortelles n’auraient jamais vu le jour. L’humilité n’étouffe pas le cœur humain, mais le libère.

 

Jésus veut que nous cherchions la vraie grandeur, le succès durable, la gloire éternelle, et il nous enseigne que pour cela, nous devons apprendre à être humbles.

 

Mais l’humilité, à quoi ressemble-t-elle ? C’est à cette question que répond le passage du Livre de Ben Sirac le Sage. Nous y trouvons les trois visages de l’humilité.

 

D’abord, l’humilité consiste à admettre que nous ne savons pas tout :

 

« Ne cherche pas ce qui est trop difficile pour toi. »

 

(Ce verset a été omis dans le découpage liturgique, mais est cité par saint Thomas d’Aquin dans la première question de la 1a Pars de sa Somme Théologique, ainsi que par saint Louis-Marie Grignion de Montfort en conclusion de son Traité sur L’amour de la Sagesse Eternelle.)

 

Est-ce que nous nous souvenons de la dernière fois que nous avons admis ne pas connaître la réponse à une question ou la solution d’un problème ? Notre nature pécheresse nous pousse à agir comme si nous avions réponse à tout. Cette tendance engendre forcément des tensions et des angoisses. Alors, au cours de cette semaine, n’ayons pas peur d’admettre que nous ne savons pas tout.

 

Deuxièmement, l’humilité ne s’entête pas à vouloir faire les choses chacun à sa manière. Elle consiste à demeurer ouverts aux avis et aux idées des autres :

 

« L'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute. »

 

Notre nature pécheresse nous pousse à être des "têtes de mule". Nous voulons n’en faire qu’à notre tête. Mais cela entraîne encore plus de tensions que ceux qui prétendent tout savoir. Alors, cette semaine, ayons « une oreille qui écoute » pour connaître la joie de la sagesse.

 

Enfin, l’humilité sert les autres au lieu de chercher à être servi par les autres :

 

« L’eau éteint les flammes, l’aumône remet les péchés. » (v. 30, omis dans le découpage liturgique)

 

Quand nous faisons l’aumône, quand nous donnons de notre temps, de nos talents et de nos trésors pour aider ceux qui sont dans le besoin, nous abolissons la malédiction du péché qui est un véritable fléau pour nous et pour le monde dans lequel nous vivons. Sœur Prema, la supérieure des Missionnaires de la Charité, disait à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Mère Teresa que si Dieu permet les catastrophes naturelles telles que le tremblement de terre à Haïti ou les inondations au Pakistan, c’est parce que ces événements peuvent faire de nous des hommes meilleurs et plus profonds. Alors, cette semaine, cherchons à donner, plus qu’à recevoir.

 

Prendre les trois résolutions (admettre que nous ne savons pas tout, avoir une oreille qui écoute, et chercher à donner, plus qu’à recevoir) est peut-être trop demander à la fois. Jésus est réaliste. Il sait de quoi nous sommes faits. Durant cette Messe, demandons-lui dans lequel parmi ces trois visages de l’humilité, il veut que nous devenions plus ressemblants à lui cette semaine. Si nous le lui demandons, il nous le dira. Il veut ce qu’il y a de meilleur pour nous, plus que nous-mêmes.

Luttez pour entrer par la porte étroite - Homélie 21° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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Aujourd’hui l’Eglise nous rappelle trois choses à travers les passages de l’Evangile.

 

D’abord, le Ciel existe. C’est le banquet dans le Royaume des Cieux, la manière dont Jésus décrit le salut, la vie éternelle.

 

Ensuite, l’enfer existe. C’est tout ce qui est « dehors », là où il y a « des pleurs et des grincements de dents ». Ce sont des images qui expriment la frustration désespérée éprouvée par celui qui s’est coupé pour toujours de l’amitié avec Dieu.

 

Enfin, pour avoir accès au ciel, nous devons sans cesse faire des efforts. Il ne suffit pas d’avoir une connaissance superficielle du Christ, comme les gens qui disaient :

 

« Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places. »

 

Nous devons plutôt cultiver une relation d’amitié vivante, durable, de plus en plus étroite, avec le Christ. C’est dans ce but que nous sommes créés, et c’est ce qui nous conduira à la vraie vie.

 

L’amitié implique toujours un effort, un sacrifice de soi, un investissement de temps et d’énergie. Cela vaut aussi pour notre amitié avec Jésus. Notre salut est conditionné par la manière dont nous le suivons, par les efforts que nous faisons pour mieux le connaître et pour vivre selon ses enseignements. C’est ce que Jésus veut dire par « la porte étroite » qui conduit au salut. Pour passer par la porte étroite, il faut laisser derrière soi tout bagage superflu. Il faut vraiment le vouloir.

 

On peut être étiqueté comme chrétien selon les apparences, sans vraiment faire des efforts pour vivre comme un chrétien de tout son cœur. Il est possible de venir à la Messe, d’être engagé dans des activités paroissiales, sans pour autant se laisser vraiment transformer de l’intérieur par une relation personnelle avec le Christ. Jésus sait que le fait d’éprouver des sentiments ne suffit pas. Nous devons permettre à sa grâce de transformer notre vie.

 

Le dialogue où Jésus parle du nombre de ceux qui sont sauvés n’est pas facile à avaler. On peut imaginer Jésus se reposant après une longue journée de voyage, assis sur un rocher ou une souche d’arbre à l’extérieur de la ville, ou peut-être sur un muret sur la place de la ville. Il est entouré d’une foule de disciples et de gens qui sont à la recherche de quelque chose de sensationnel. Il leur parle de Dieu et du sens de la vie. Quelqu’un lui pose alors la question sur le nombre des sauvés. Nous ne savons rien sur celui qui pose cette question : un veuf, une maman qui vient de perdre un enfant peut-être ?

 

En tout cas, c’était quelqu’un qui croyait à la vie éternelle, mais qui se posait la question si c’était difficile d’y arriver, comme les pharisiens le disaient selon l’opinion la plus courante de l’époque. Dans notre culture, c’est l’opinion contraire qui prévaut. De nos jours on pense volontiers que la grande majorité des gens sont gentils, et iront donc au ciel.

 

Mais que dit Jésus ? Il ne répond pas directement. Il ne dit pas que peu seulement seront sauvés, comme les Pharisiens l’enseignaient. Il ne dit pas non plus que tout le monde sera sauvé, comme la culture dominante l’estime aujourd’hui. Jésus change l’accent mis sur les statistiques pour parler de la personne individuelle. Il regarde celui qui lui pose la question et dit :

 

« Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite… »

 

Et il enchaîne avec la parabole qui renforce encore l’accent mis sur la responsabilité personnelle de chacun (en contraste avec les apparences générales) en montrant qu’au Jour du Jugement, il y aura beaucoup de surprises :

 

« Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »

 

Ce que Jésus veut nous faire comprendre est clair. Il veut que nous prenions l’aventure de notre vie au sérieux, que nous fassions des choix responsables. Il veut nous conduire tous au Ciel, mais il ne peut le faire que si nous prenons la décision de le suivre.

 

Nous ne pouvons pas considérer notre amitié avec Jésus comme un acquis. Nous devons consciemment et continuellement nous efforcer d’entrer par la porte étroite. Voilà ce que le Seigneur nous dit aujourd’hui.

 

Nous devons donc nous poser la question : est-ce que le verbe ‘s’efforcer’ est celui qui caractérise le mieux notre vie chrétienne ? Le verbe grec est « agonizomai ». Ce terme grec a une connotation d’effort suprême. C’est ce verbe qui a donné en français le verbe ‘agoniser’ et le substantif ‘agonie’. Les Grecs utilisaient ce terme pour décrire les compétitions de leurs Jeux Olympiques, et aussi pour le combat corps-à-corps avec l’ennemi. Il faudrait donc traduire plutôt : "Luttez pour entrer par la porte étroite" (Osty ; BJ). C’est le thème du combat spirituel.

 

Aujourd’hui, Jésus nous regarde intensément, nous invitant à rompre avec nos habitudes de confort pour commencer à le suivre de manière plus ... étroite. Il nous le demande seulement parce qu’il nous aime, et quand on aime, on veut toujours ce qu’il y a de meilleur pour celui qu’on aime. Nous devons tous examiner notre cœur pour voir les occasions où nous nous sommes laissé prendre par la routine, la paresse…

 

Peut-être voyez-vous tout de suite en quoi vous êtes concernés. Sinon, voici une petite suggestion. Nous ne pouvons pas lutter pour suivre le Christ si nous ne le connaissons pas. Cette semaine, pourquoi ne pas prendre la résolution d’apprendre à mieux connaître le Seigneur ? Nous pouvons réaliser cela de bien des manières : participer à l’adoration eucharistique, lire la Bible ou un bonne vie de saint, renouveler votre vie de prière… Quelle que soit notre résolution, ce qui est important, c’est d’en prendre une, en nous appuyant, non pas sur notre propre force, mais sur la grâce de Dieu. Jésus ne demande qu’à nous aider d’entrer par la porte étroite, mais il ne peut faire sa part que si nous nous efforçons de faire la nôtre.

'Agonizomai': les Grecs utilisaient ce terme pour décrire les compétitions de leurs Jeux Olympiques

'Agonizomai': les Grecs utilisaient ce terme pour décrire les compétitions de leurs Jeux Olympiques

La maisonnée du Christ - Homélie 19° dimanche du TEmps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

19 TOC

 

 

Les paraboles de l’évangile de ce dimanche forment une image assez nette du Christ et de son Église. Plus cette image sera claire pour nous, et mieux nous pourrons vivre en chrétiens.

 

Dans ces paraboles, le Christ se dépeint lui-même comme un maître de maison, à la tête d’un grand domaine. On peut imaginer une belle habitation, entourée d’un jardin luxuriant, où se croisent les membres de la famille, les serviteurs, les servantes et les visiteurs. Dans la parabole, les serviteurs, ce sont les disciples du Christ : non pas quelque chose de vague, de froid et d’impersonnel, mais un ménage, un lieu de vie et de communion, de travail et de détente.

 

Même quand le Maître est absent du domaine, il attend de ses serviteurs qu’ils s’occupent du domaine d’une manière responsable et énergique. C’est une image de l’Église dans ce monde, au cœur de l’histoire des hommes, avant la venue du Christ pour juger les vivants et les morts, et pour établir des cieux nouveaux et une terre nouvelle.

 

Durant cette période, Jésus a délégué son autorité à des intendants, les Apôtres et leurs successeurs, les évêques, qui sont chargés de superviser le travail de tous les disciples du Christ. Cela en dit long au sujet du style de gouvernement du Christ. Il veut que nous soyons ses collaborateurs, ses amis, de vrais membres de sa famille, et non pas des robots ou des esclaves.

 

Et pourtant, le Christ demeure le Maître. C’est lui, le Créateur, le Rédempteur, à qui appartient l’univers tout entier. Cet univers n’est pas une démocratie. Le Christ n’est pas un élu dont on pourrait se débarrasser en temps voulu. Non, le Seigneur est Seigneur par nature. Il est le Tout-Puissant, le Tout-Sage, le Tout-Aimant. Et nous sommes ses disciples.

 

C’est la raison pour laquelle, en tant que chrétiens, nous nous mettons à genoux à certains moments pendant la Messe, par exemple, au moment de la Consécration, au cœur de chaque Eucharistie, quand Jésus se rend réellement présent sur l’autel. Le simple fait de se mettre à genoux est une prière en elle-même.

 

Se mettre à genoux devant quelqu’un, cela veut dire reconnaître deux choses dans la relation avec cette personne.

D’abord cela signifie reconnaître une dépendance. Le fait de s’agenouiller signifie que l’on a besoin du secours et du soutien de celui devant qui l’on se met à genoux. C’est reconnaître la supériorité, la puissance de cette personne.

 

Ensuite, le fait de se mettre à genoux exprime la confiance. Se mettre à genoux, c’est se mettre dans une position de vulnérabilité. Au Moyen Âge, quand un chevalier faisait allégeance à un roi ou à un suzerain, il se mettait à genoux devant lui, et le roi posait une épée sur l’épaule du chevalier. Pour le chevalier, cela signifiait qu’il prenait un risque. Quelqu’un qui se met à genoux ne peut pas se défendre en cas d’attaque. Il est littéralement à la merci de l’autre, à une époque où les chevaliers et les nobles cherchaient constamment à renforcer leur pouvoir et leur domination, souvent au mépris de toute loi. C’est pourquoi, en s’agenouillant devant un puissant seigneur, un chevalier exprimait sa confiance en la bonté, la loyauté, et la justice de ce seigneur.

 

L’agenouillement n’a jamais été la seule attitude de prière des chrétiens, mais cela a toujours été l’une des attitudes les plus expressives. Le Christ est vraiment notre Seigneur et notre Maître, comme il l’affirme dans les paraboles du passage de l’évangile de ce jour. Nous dépendons de lui en toute chose pour notre existence, pour notre rédemption et pour notre bonheur. Et il est vraiment digne de notre confiance, comme il l’a prouvé en mourant pour nous sur une croix et en ressuscitant, comme il l’avait dit. Il est le Seigneur tout-puissant, plein d’amour, de la vie et de l’histoire.

 

Une application concrète de cette certitude dans notre vie, consiste à obéir humblement aux enseignements de l’Eglise. Le Christ est le Seigneur, le Maître du Domaine, et il a promis de nous guider sans cesse par le ministère de ses intendants, le pape et les évêques en communion avec lui. Par conséquent, la fidélité au Christ implique la fidélité à l’Église. Ce serait une contradiction d’affirmer croire au Christ, et ensuite de faire un tri dans ce que nous enseigne son Église.

 

L’Église n’est pas une cafétéria. C’est une maisonnée, la maisonnée du Christ. Dire que l’on croit au Père et au Fils, mais pas au Saint Esprit, n’aurait aucun sens, pas plus que de dire que l’on croit à l’Incarnation, mais pas à la Résurrection. Le Christ nous a fait don de l’enseignement du Magistère de l’Église pour nous éviter de tomber dans ce genre d'aberrations. Cela n’aurait aucun sens d’accepter les enseignements de l’Église au sujet de la justice et de la charité, en rejetant ceux qui concernent la chasteté et le respect de la vie humaine. C’est pourtant la tentation à laquelle nous sommes confrontés sans cesse dans une société qui a érigé l’individualisme en dogme.

 

Aujourd’hui, Jésus nous rappelle que nous ne sommes pas des électrons libres dans l’univers. Nous sommes membres de sa maisonnée. Il tient en réserve des choses merveilleuses pour nous. Mais il attend de nous que nous soyons humbles, et que nous fassions de notre mieux pour approfondir et mettre en pratique la doctrine chrétienne, et, surtout, de faire preuve d’obéissance.

 

Dans quelques instants, nous allons professer notre foi. Faisons en sorte d’en faire une démarche sincère. Faisons-le de tout notre cœur, en renouvelant notre engagement envers ce Dieu qui nous a tant aimés qu’il continue de nous donner son Fils unique, encore et encore, dans chaque Eucharistie.

 La fidélité au Christ implique la fidélité à l’Église

La fidélité au Christ implique la fidélité à l’Église

Ce que Jésus pense de l’argent - Homélie 18° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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Nous ne savons rien de cet homme qui va trouver Jésus pour lui demander d’intervenir pour régler un désaccord avec son frère. Sa requête était-elle motivée par un souci sincère de justice ? Etait-il, au contraire, trop attaché à l’argent ? En tout cas, Jésus saute sur l’occasion pour donner un de ses enseignements les plus importants (et les moins entendus) : la valeur de notre vie ne dépend pas des richesses que nous pourrions accumuler. Le but de notre vie n’est pas d’augmenter nos possessions. Comme le dit la sagesse populaire, les riches n’emportent pas leur argent de l’autre côté.

 

C’est déjà ce qui est rappelé dans la première lecture, où l’auteur insiste sans ménagement sur la vanité de celui qui ne pense qu’à amasser des richesses durant sa courte vie. Si notre vie est si courte, alors pourquoi faire comme si elle ne finira jamais ? C’est donc une invitation à ne pas traiter les choses de ce monde, pour belles et bonnes qu’elles soient, comme une fin en soi, alors qu’elles ne sont que des instruments pour nous aider à tendre vers une réalité plus élevée, plus noble : connaître et aimer Dieu.

 

L’argent et les possessions matérielles sont nécessaires pour pouvoir mener notre vie dans la dignité, et ce n’est certainement pas un péché des les apprécier à leur juste valeur. Mais si leur poursuite nous fait négliger une relation saine avec Dieu, avec l’Eglise, et avec notre prochain, nous connaîtrons une fin tragique, tout comme l’homme de la parabole.

 

Jésus sait que nous sommes facilement séduits par l’argent et les possessions, qui nous apparaissent comme une promesse de bonheur. C’est pourquoi il tient à être très clair :

 

« Gardez-vous bien de toute âpreté au gain… »

 

Nous sommes sollicités de toutes parts pour tenter notre chance à des jeux de hasard plus attractifs les uns que les autres : loteries, casinos, tiercés et autres paris sportifs, etc. La tentation est d’autant plus grande maintenant qu’avec internet, on peut jouer sans sortir de chez soi !


L'éventail de jeux proposés est très important et il importe de savoir à quoi on s'engage. Si les gains sont très clairement annoncés ("La chance appartient à tout le monde"), rien n'est évidemment dit en ce qui concerne les risques de perte ("La malchance aussi appartient à tout le monde !)

 

Un professeur émérite de mathématiques de l’Université Libre de Bruxelles a fait un petit calcul assez simple (à la portée de tout lycéen) :


Supposons, dit-il, que l'Etat organise une tombola. Dix mille billets sont mis en vente au prix de 100 €. Les lots sont les suivants:

  • les billets se terminant par un chiffre donné gagnent 200 €
  • ceux se terminant par deux chiffres donnés gagnent 500 €
  • ceux se terminant par deux autres chiffres donnés gagnent 500 €
  • les billets se terminant par 3 chiffres donnés gagnent 1.000 €
  • et on tire encore 4 fois 3 chiffres donnant droit à 1.000 €
  • enfin le billet portant le numéro tiré au sort gagne 100.000 €

Un milliardaire de passage se précipite et achète tous les billets. Il lui en coûte 10.000 fois 100 €, c'est-à-dire un million.

 

Après le tirage il se présente pour retirer ses gains. Il a:

  • 1.000 billets qui gagnent 200 €
  • 200 qui rapportent 500 €
  • 50 qui gagnent 1.000 €
  • 1 billet qui gagne le super-gros lot de 10.000 €

Il reçoit donc la somme de: 1000 x 200 € + 200 x 500 € + 50 x 1.000 € + 100.000 €, soit 360.000 €

 

Tout déçu, il constate que chaque billet payé 100 € ne lui rapporte en moyenne que 36 € et que, tous comptes faits, si, venant d'acheter les billets et sachant que l'espérance d'un billet est de 36 €, il aurait mieux valu trouver quelqu'un prêt à les lui racheter à 37 € pièce !

 

Il décide évidemment de ne plus jamais acheter un seul billet de tombola … à moins que ce  ne soit pour une bonne œuvre !

 

Si nous voulons une vie vraiment heureuse, nous devrions plutôt « être riches en vue de Dieu ».

Pensez-vous que Jésus a raconté cette parabole à cet homme le sourire aux lèvres, ou avec beaucoup de sérieux ? Les mots employés pas saint Luc nous donnent une piste. Le premier mot employé par Jésus quand il s’adresse à cet homme, c’est « ami ». Il appelle cet homme son ami. Mais ensuite il refuse d’accéder à la demande de cet homme. Jésus, en appelant cet homme son « ami », ne serait-il pas sincère ? Bien sûr que non ! Mais sans doute Jésus a-t-il voulu faire comprendre avec humour à cet homme que son amitié pour lui ne consistait pas à gérer son compte en banque pour lui. "Tu peux compter sur moi pour te donner la lumière, des conseils, de la force, et pour marcher avec toi sur les chemins de la vie, mais tu dois quand marcher. Tu dois faire ta part."

 

Cette rencontre nous donne l’occasion d’admirer la patience et la sagesse du Cœur du Christ. Parfois nous doutons de l’amour de Dieu pour nous, parce qu’il ne donne pas des solutions toutes faites, et tout de suite. Mais un père vraiment aimant donnera-t-il toujours des solutions de facilité à ses enfants ? Non ! Dieu veut ce qui est vraiment bon pour ses enfants, et cela peut être tout à fait autre chose que ce que ses enfants lui demandent comme étant bon pour eux.

 

Jésus voit que cet homme est trop attaché aux choses matérielles, et par son refus d’accéder à sa requête, il veut aider cet homme à redéfinir ses priorités. Jésus est notre ami, justement parce qu’il ne perd jamais de vue le vrai but de notre vie : notre communion avec Dieu, dès maintenant, et jusque dans l’éternité, et parce qu’il n’a de cesse de nous aider à y parvenir.

 

Une façon très concrète de veiller à ce que l’argent reste à sa place dans notre vie de famille, c’est de parrainer un projet d’évangélisation. Si toute votre famille s’implique pour économiser de l’argent pour un projet d’évangélisation, ce sera pour chaque membre de la famille un rappel permanent du fait que l’argent doit être mis au service d’un but plus élevé, au lieu de constituer une fin en soi.

 

En famille, vous pouvez, par exemple, mettre chaque semaine de l’argent de côté pour parrainer un missionnaire, ou l’enfant d’un orphelinat dirigé par des missionnaires, ou un séminariste tout au long de ses années de formation, ou encore pour des intentions de messe pour les âmes du purgatoire.

 

Tous ensemble, en famille, vous définissez votre but, et ensuite, vous voyez de quelle manière vous pouvez le réaliser. Vous pouvez faire une affiche, avec un graphique, pour visualiser la progression tout au long de l’année, avec, de temps en temps, un petit bilan provisoire. A la fin de chaque année, quand vous avez atteint votre but, vous pouvez faire une petite célébration familiale au cours de laquelle vous versez la somme fixée pour la cause qui a été retenue.

 

Une variante pourrait consister à se fixer un but plus ambitieux, en s’y prenant avec deux ou trois autres familles. En favorisant la mission de l’Eglise, le fait d’adopter un projet de parrainage favorise la prise de conscience d’un bon usage de l’argent. Cela contribue aussi à faire grandir la foi, ainsi que l’unité de la famille.

 

Jésus ne veut pas que nous perdions notre temps à construire des greniers qui ne ne nous serviront jamais à rien. Il veut que nous passions notre vie sur terre à construire dans nos cœurs et dans le monde son Royaume, un Royaume qui ne passera jamais. Quand il viendra, tout à l’heure, renouveler son pacte d’amitié avec nous dans la Sainte Communion, renouvelons, nous aussi, notre engagement à le suivre, en laissant derrière nous les chaînes de l’esclavage de l’argent.

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