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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

actualites

Afrique. Cette religion qui immole les enfants

dominicanus #actualités

À Assise, sous une forme générale, et devant les évêques d'Angola, avec un blâme direct, Benoît XVI a critiqué les religions traditionnelles. Qui en arrivent à tuer des personnes âgées et des enfants comme dans une chasse aux sorcières moderne 

 

pape-assise.jpg

 

 

ROME, le 3 novembre 2011 – Le premier personnage à droite sur la photo, à côté du pape, du patriarche de Constantinople Bartholomée Ier et du rabbin David Rosen, est le professeur nigérian Wande Abimbola.

À Assise, lors du "pèlerinage" qui a eu lieu à l’initiative de Benoît XVI le 27 octobre dernier, Abimbola a pris la parole "au nom des dirigeants et des adeptes des religions indigènes d'Afrique". Lui-même est prêtre et représentant mondial de la religion Ifa et Yoruba, qui est répandue dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne et qui est arrivée jusqu’aux Amériques dans le sillage des émigrations.

Dans son discours d’Assise, Abimbola a demandé que "les religions indigènes africaines se voient accorder le même respect et la même considération que les autres religions".

Et Benoît XVI – qui, lorsqu’il rédige personnellement ses discours, comme dans ce cas, n’est jamais politiquement correct – l'a pris au mot.

Dans le discours qu’il a adressé peu après aux trois cents dirigeants religieux et "chercheurs de la vérité", le pape a exprimé des considérations critiques à propos de toutes les religions, y compris les religions traditionnelles africaines. Il les a rapprochées dans une histoire qui est aussi faite de "recours à la violence au nom de la foi" : une histoire, donc, qui a besoin, pour toutes les religions, de purification.

Mais, deux jours après la rencontre d’Assise, Benoît XVI a parlé en termes encore plus crus et plus précis. Recevant au Vatican les évêques d’Angola en visite "ad limina", il a critiqué une violence qui, au nom des traditions religieuses africaines, en arrive à tuer des enfants et des personnes âgées :

"Un écueil auquel se heurte votre œuvre d’évangélisation est le cœur des baptisés, qui est encore partagé entre le christianisme et les religions traditionnelles africaines. En proie aux difficultés de la vie, ils n’hésitent pas à recourir à des pratiques qui sont incompatibles avec le fait de suivre le Christ. Cela a pour effet abominable la marginalisation et même le meurtre d’enfants et de personnes âgées, qui y sont condamnés par de faux impératifs de sorcellerie. Pour rappeler que la vie humaine est sacrée à toutes ses phases et dans toutes les situations, continuez, chers évêques, à élever la voix en faveur de ces victimes. Mais, puisqu’il s’agit d’un problème régional, il convient que les communautés ecclésiales éprouvées par ces calamités fassent un effort commun et qu’elles cherchent à comprendre la signification profonde de telles pratiques, à identifier les risques pastoraux et sociaux qu’elles comportent et à trouver une méthode qui conduise à leur éradication définitive, avec la collaboration des gouvernements et de la société civile".

Déjà il y a deux ans, en 2009, lors de son voyage en Angola, Benoît XVI avait soulevé la question :

"Ils sont si nombreux à vivre dans la peur des esprits, des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacés ; désorientés, ils en arrivent à condamner les enfants des rues et aussi les anciens, parce que – disent-ils – ce sont des sorciers".

Et il avait également repoussé une objection fréquemment entendue au sein même de l’Église :

"On objectera : 'Pourquoi ne les laissons-nous pas en paix ? Ils ont leur vérité et nous, la nôtre. Cherchons à vivre pacifiquement, en laissant chacun comme il est, afin qu’il réalise le plus parfaitement possible sa propre identité'. Mais si nous sommes convaincus et si nous avons fait l’expérience que, sans le Christ, la vie est inachevée, qu’une réalité – la réalité fondamentale – lui fait défaut, nous devons être également convaincus du fait que nous ne faisons de tort à personne si nous lui présentons le Christ et si nous lui donnons la possibilité de trouver, de cette façon, non seulement sa véritable authenticité, mais aussi la joie d’avoir trouvé la vie. Bien plus, nous avons le devoir de le faire".

Anna Bono, experte en traditions africaines, a donné le commentaire suivant dans le journal catholique en ligne "La Bussola Quotidiana" :

"Ce que le pape a dénoncé n’existe pas seulement en Angola. En Afrique la sorcellerie est l’une des institutions tribales les plus enracinées et les plus persistantes. On en parle peu, peut-être aussi parce que son existence contredit la représentation dominante des communautés traditionnelles africaines, celle de modèles de coexistence pacifique, de tolérance, d’équité et d’harmonie sociale, dépositaires de valeurs humaines que l’Occident aurait au contraire sacrifiées au pouvoir et à l’argent".

Dans ce même commentaire, Anna Bono cite des cas récents de meurtres d’enfants pour des raisons de sorcellerie dans différents pays d’Afrique, ou de mutilations qu’ils ont subies "à cause des propriétés spéciales attribuées à leurs organes", comme c’est le cas pour les albinos.

Certains ont été étonnés de la critique tellement explicite de ces meurtres à laquelle s’est livré Benoît XVI quand il a parlé aux évêques d’Angola.

En effet les discours du pape aux évêques en visite "ad limina" sont toujours passés au crible par la diplomatie vaticane, habituellement très prudente.

Mais cette fois-ci, le réviseur qui s’en est personnellement occupé, à la secrétairerie d’état, connaissait bien son affaire, lui aussi.

Giovanni Angelo Becciu, aujourd’hui substitut de la secrétairerie d’état pour les affaires générales, c’est-à-dire numéro 2 du gouvernement central de l’Église, immédiatement en-dessous du cardinal Tarcisio Bertone, était nonce en Angola lorsque Benoît XVI s’est rendu en visite dans ce pays, après une étape au Cameroun, et a levé le voile sur cette abomination.

Le 18 novembre prochain, le pape Joseph Ratzinger se rendra au Bénin pour remettre à une délégation d’évêques du continent africain l'exhortation apostolique qui constitue la conclusion du synode des évêques de 2009, précisément consacré à l'Afrique.

Il sera intéressant de voir ce que ce document dira à propos des religions traditionnelles africaines.

Sandro Magister

www.chiesa
__________


Le discours adressé, le 29 octobre 2011, par Benoît XVI aux évêques d'Angola :

> "Nella gioia della fede..."


Et l'homélie prononcée par le pape à Luanda le 21 mars 2009 :

> "Comme nous venons de l'entendre..."


Le commentaire d’Anna Bono dans "La Bussola Quotidiana" :

> La strage dei bambini "stregoni"


Les précédents articles de www.chiesa consacrés à la rencontre du 27 octobre 2011 à Assise:

31.10.2011
> Journal du Vatican / "L'esprit d'Assise" dont le pape se méfie
L'expression connaît un vif succès dans les médias et elle est le mantra des franciscains et de la Communauté de Sant'Egidio. Mais les autorités du Vatican ne la répètent plus. Et Benoît XVI encore moins

27.10.2011
> Le commandement d'Assise: "Purifier sa propre foi"
C'est la voie à suivre "afin que le vrai Dieu devienne accessible". Le discours du pape Joseph Ratzinger aux trois cents "pèlerins de la vérité" convoqués dans la ville de saint François

26.10.2011
> La vérité à propos d'Assise. Un inédit de Benoît XVI
"Je ferai tout ce que je pourrai pour qu'une interprétation syncrétiste ou relativiste de l’événement soit impossible". Dans une lettre adressée par le pape à un pasteur luthérien, le véritable motif de la convocation à la rencontre

26.10.2011
> Assise bis. Mais revu et corrigé
L'invitation a été adressée aussi aux non-croyants et la prière se fera dans le secret des chambres. Ce sont les deux nouveautés de la nouvelle édition de ce meeting. En arrière-plan : l'année de la foi et le martyre des chrétiens dans le monde


Le programme du prochain voyage de Benoît XVI en Afrique :

> Voyage Apostolique au Bénin, 18-20 novembre 2011



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

 

 

In Memoriam mon frère, Herman Covens, diacre permanent

dominicanus #actualités

 

 Herman

 

En ce dimanche des Missions, j'ai la douleur de vous faire part de décès de mon frère cadet, Herman (58 ans), marié, père de quatre enfants . Il avait fait des études d'horticulture, mais après avoir travaillé pendant quelque temps, d'abord dans une entreprise privée, puis à la ville de Namur (Belgique), il s'est engagé comme sapeur-pompier dans cette même ville.

Homme de foi, marié à une femme de foi, il avait reçu l'ordination au diaconat permanent le 16 décembre 1995. C'est Mgr Léonard, alors évêque de Namur, qui lui avait imposé les mains. Sa grande joie était de pouvoir officier à l'autel de la cathédrale aux messes pontificales.

C'était un homme droit, soucieux de l'orthodoxie et de la beauté de la liturgie. Quelqu'un qui lui avait apporté la communion dans ses derniers jours, alors qu'il arrivait encore à peine à articuler quelques syllabes tout au plus, me confiait hier, jour de ses funérailles, qu'il était en train de regarder une messe télévisée au moment où le célébrant, disant les paroles de la consécration "... il le rompit ...", joignant le geste à la parole, comme l'on dit, rompait le pain effectivement, alors qu'il ne doit le faire qu'au moment de l'Agnus. "Ce n'est pas un mime", avait lancé alors mon frère avec force.

En même temps, il était bon vivant, sachant apprécier, avec modération, les bonnes choses de la vie: le vin, la bière... A la maison, c'était lui qui faisait le café et faisait cuire la viande.

Trois ans après le décès de notre maman (papa étant décédé après cinq ans de mariage déjà), c'est le premier d'une fratrie de quatre qui tire sa révérence dans cette vallée de larmes pour aller rejoindre la patrie céleste. Prions pour qu'il y trouve, avec tous ceux qui l'ont précédé sur cette terre, le repos éternel.

J'espère pouvoir reprendre le fil des homélies dominicales pour dimanche prochain. Merci de votre compréhension.

 


Herman Covens, diacre permanent, s'en est allé

Daniel-Ange, Gender  : imposture  ? Escroquerie  ? Manipulation  ? Supercherie  ?

dominicanus #actualités

 

gender.jpgJMJPLAZA DE ESPAÑA. QG d’Anuncio. Reliques de Thérèse. 22 heures, 5 000 jeunes massés. Je leur lance tout de go  : «  Vous les fillesvoulez-vous vraiment être ce que vous êtes  : des femmes  ? Grandir dans votre grâce spécifique féminine  ? — Et vousles garçonsvoulez-vous vraiment être ce que vous êtesdes hommes, et grandir dans votre grâce spécifiquement masculine  ?  » A chaque question fusent des «  Oui  !  » stridents.

Pourquoi, mais pourquoi donc des questions aussi bêtes  ? Et dont la réponse est aussi évidente  ?

Oui, me voilà réduit à prêcher qu’un garçon est un homme, qu’une fille est une femme  ! Et qu’ils ne sont pas interchangeables  ! Ni des clones. (Et aussi qu’un enfant a le droit de n’avoir qu’une mère et qu’un père  ! Et encore qu’un embryon humain ne deviendra jamais une grenouille.) Oui, voilà où on en est rendus  ! Régression à l’obscurantisme  !

Car ça y est, ça débarque en Europe. Et par la grande porte  ! Tenez-vous bien. Accrochez vos ceintures  : l’homme et la femme, figurez-vous, ça n’existe plus  !

Malgré quelques minuscules différences anatomiques, cette distinction est purement arbitraire… accidentelle, mieux culturelle  ! Simple phénomène de société, construction sociale, produit de l’imagination lié à une culture phallique, paternaliste, mysogine.

La sexualité étant ainsi indéterminée, il faut d’urgence changer ces comportements sexuels liés à une morale anachronique. Viser l’auto-construction de soi, d’après l’environnement psycho-social. Bref, vraie «  transgression anthropologique de la différence sexuelle où la pulsion prend le pas sur l’identité.  » (T. Anatrella).

Paradoxe  : on prône le gender soi-disant pour libérer la femme de la domination masculine (women empowerment), mais finalement la femme, en tant que femme, disparaît. On se bat donc pour… rien  ! On élimine ce qu’on prétend défendre  ! Non mais, ça va pas la tête  ?  !

Les coupables  ? Juifs et chrétiens évidemment  ! Tout comme ils sont aussi coupables de tous les dérèglements climatiques de la planète, car c’est à cause de la Bible que l’homme a dominé, donc exploité, saccagé, violenté Gaïa, la déesse Nature (Et les catas en Chine  ? Faute aux chrétiens  ?) Il faut donc s’en venger  : détrôner cet être infâme et rétablir la justice en sacralisant l’animal qui, évidemment, a infiniment plus de valeur que l’homme. L’embryon-grenouille est à protéger. L’embryon humain  : à éliminer (théorie de Spencer).

Il n’y a qu’eux les chrétiens pour avoir inventé une thèse aussi stupide  : l’humanité se répartit en pôles masculin et féminin. Preuve  : la Bible le dit. Non mais  !

Comme si Chinois, Indiens, Incas, Égyptiens, hindouistes, bouddhistes, musulmans ne savaient pas depuis des millénaires ce qu’est un homme et une femme  ! Lisez Confucius  !

Bref, voilà donc toute la race humaine qui doit se construire non sur deux fondements déjà millénaires, intangibles incontestablesindiscutables, objectivement et scientifiquement prouvables mais sur les sables sans cesse mouvants desinclinations, orientations, désirs des individus et qui peuvent être successifs, alternatifs. Je puis changer d’orientation comme je veux, quand je veux selon le plaisir physique que j’en éprouve. Bref, sexe à la carte. C’est la dictature du comportement sexuel polymorphe.

Car variant suivant l’âge, la maturité, la culture, les diktats des lobbies tout-puissants fabriquant la soi-disant opinion publique. Et ces genders, pourquoi les limiter  ? D’ailleursvous en annoncez d’autres. Lesquels  ? Certains sont physiquement attirés par des… animaux. Des garçons éjaculent sur une moto, à cheval ou en voiture. Super  ! Des genders de plus  ! Le choix s’élargit. Et pourquoi pas — sursautez  ! — un jour la… pédophilie  ! Il faut respecter cette pulsion, non  ? Pour l’enfant, c’est une formidable expérience initiatrice… On l’affirmait voici quarante ans [par exemple dans le journal gauchiste Tout, alors à l’avant-garde de la «  contre-culture  », et Daniel Cohn-Bendit a eu des mots plutôt malheureux à ce sujet dans son livre autobiographique Le grand bazar, en 1975. Heureusement, ce tabou-là est vite revenu, mais on le fera bien sauter à nouveau puisque seul compte mon désir, mon choix, mon orientation.

Eh bien  ! sachez-le, pauvres genderphiles  : que vous le vouliez ou non  : on ne se fabrique pas garçon ou fille, homme et femme ne sont pas des clones. Qu’on se le dise  !...

 

Lien vers France Catholique pour la suite de l'article

 

Paris : grande manifestation nationale contre la christianophobie

dominicanus #actualités

 

bannieredefendonsleChrist

 

Chers amis,

Le samedi 29 octobre prochain, une grande manifestation nationale contre la christianophobie partira à 18h de la place des Pyramides à Paris.

Une manifestation de plus ? Et, qui plus est, un week-end de vacances pour beaucoup de Français ? Oui, mais les faits l'imposent. Quelle serait donc la réalité de notre foi si, sachant que le Christ se fait insulter, nous choisissions, imperturbables, de préférer prendre la direction de la campagne plutôt que de nous joindre à cette démonstration publique de notre attachement à Celui qui est mort sur la Croix pour notre rédemption ?

Et c'est bien de cela qu'il s'agit. Deux spectacles, "Golgota Picnic" et "Sur le concept du visage du fils de Dieu", insultent et humilient le Christ. Deux spectacles en tournée dans différentes villes de France, grâce à l'argent du contribuable, via des subventions publiques, ainsi qu'à l'aide de mécènes attirés par diverses fumisteries pseudo-artistiques aux relents sulfureux. Quelques mois à peine après l'affaire du "Piss Christ", cette photographie sordide d'un crucifix plongé dans un récipient d'urine de "l'artiste", pièce maîtresse d'une exposition d'art contemporain bénéficiant également de plantureuses subventions publiques.

Si ceux qui affirment aimer le Christ devaient rester impassibles devant cette succession de provocations antichrétiennes, à quoi devrons-nous nous attendre dans les mois qui suivent ? L'enjeu est évident : soit la mobilisation chrétienne est d'une telle ampleur qu'elle fait reculer, au moins pour quelques temps, les tenants de la christianophobie; soit la faiblesse des bons permet aux mauvais de s'imposer et nous condamne à subir une accélération de ce déferlement christianophobe.

Car oui, nous vivons un temps de christianophobie.

Lorsqu'une parcelle musulmane ou juive d'un cimetière est profanée, tous les médias et toutes les autorités politiques s'en émeuvent. Mais pas un mot pour rappeler que plus de 90% des profanations de cimetières commises en France concernent des tombes chrétiennes.

Qu'un graffiti insultant apparaisse sur les murs d'une synagogue ou d'une mosquée et toutes les télévisions mettent la France en émoi. Mais aucun journaliste ne signale que la majorité des lieux de culte profanés en France sont des lieux de culte chrétiens.

Imaginez un seul instant qu'en une seule semaine une dizaine de synagogues ou de mosquées soient vandalisées. Le tollé serait tel qu'à travers toute la France on ne compterait plus les cortèges de manifestants scandalisés tandis que les médias multiplieraient les dossiers spéciaux sur un ton unanimement outré. Mais qui s'inquiète que, durant la Semaine Sainte, en un temps particulièrement important pour les Chrétiens, près d'une dizaine d'églises et de chapelles de France furent vandalisées, profanées ?

Voyez aussi le monde de la publicité. On chercherait en vain au cours de ces dix dernières années une campagne publicitaire tournant en dérision un symbole religieux juif ou musulman. Mais les exemples abondent de publicités détournant de façon choquante des éléments propres à la foi catholique.

Des cantines scolaires aux rations militaires, des rayons des supermarchés jusqu'aux hamburgers des chaînes de fast-food, c'est la grande mode des menus halal. Mais combien de responsables de l'autorité publique se font un point d'honneur de servir de la viande le vendredi ou encore de supprimer les crèches de Noël ?

Qu'un humoriste choque la communauté juive et il connaîtra les foudres de la justice et le bannissement télévisuel. Qu'une caricature choque la communauté musulmane et c'est le monde qui s'enflamme. Et, dans les deux cas, cela s'accompagnera d'un consensus réprobateur de tout ce que l'on compte comme autorités morales, philosophes, journalistes, politiques, figures du show-biz et autres tenants de la bien-pensance. Mais que l'on se moque du Christ, que l'on insulte ce qu'il y a de plus sacré pour les chrétiens, que l'on offense les catholiques et voilà que l'on voudrait nous faire passer cela pour de l'art. Qu'un détraqué plonge un crucifix dans un vase qu'il a rempli de son urine, qu'il photographie le tout et voilà que des snobinards décadents décrètent que c'est de l'art ! Qu'un metteur en scène mêle le Christ à ses pensées obscènes et voilà qu'il bénéficie du tremplin de l'un ou l'autre festival de théâtre en vogue.

Mais trop c'est trop. Cette manifestation du 29 octobre prochain est l'occasion de faire entendre notre détermination à faire reculer la christianophobie !

Entretemps, chacun de vous peut et doit contribuer à cette riposte de grande ampleur organisée par Civitas.

Que pouvez-vous faire ?

. Signer la pétition et la faire signer par votre entourage. Pour plus d'informations, allez sur le site défendonslechrist.org

·         Ecrire et/ou téléphoner aux directions des théâtres concernés.

·         Ecrire et/ou téléphoner aux institutions accordant des subventions publiques à ces spectacles ainsi qu'aux sociétés privées et fondations leur accordant du mécenat.

·         Ecrire aux Evêques de France afin de leur demander de condamner publiquement ces spectacles.

·         Écrire aux directions des associations chrétiennes afin de leur demander de soutenir cette mobilisation.

·         Écrire aux médias, parce qu'il faut faire de cette mobilisation contre la christianophobie un débat de société.

·         Écrire aux élus (sénateurs, députés, conseillers généraux et régionaux, maires, conseillers municipaux) pour dénoncer cet antichristianisme et les subventions publiques qui lui sont accordées.

·         Relayer tout cela sur les sites et blogs, les forums de discussion et les réseaux sociaux.

·         Coller affiches et autocollants que l'on peut commander au secrétariat de Civitas (liens 1 et 2)

·         Distribuer les tracts que l'on peut commander au secrétariat de Civitas.

·         Venir à la grande manifestation nationale contre la christianophobie le samedi 29 octobre (rdv : 18h à la place des Pyramides)

·         Organiser des cars ou des co-voiturages pour venir de province à cette grande et importante manifestation nationale.

·         Participer aux récitations du chapelet qui seront régulièrement organisées devant les théâtres concernés (les informations suivront).

·         Participer aux manifestations régionales qui seront organisées (à Toulouse, Rennes et Villeneuve d'Ascq).

·         Vous porter volontaire pour les services d'ordre qu'il nous faudra mettre en place lors des diverses manifestations.

·         Proposer votre savoir-faire, vos compétences (en informatique, en graphisme, en vidéo, en photo, en sono,...).

·         Aider financièrement Civitas à assumer le coût important de cette mobilisation à travers toute la France jusqu'en décembre (dons en partie déductibles fiscalement).

·         Organiser des veillées de prières à travers toute la France.

·         Ajouter à vos intentions de prières le recul de la christianophobie, la déprogrammation de ces spectacles, la bonne marche de cette mobilisation et la bienveillante protection de Notre-Seigneur sur tous ceux qui y participent.

 

Nul ne peut dire qu'il ne peut rien faire. Chacun peut trouver dans cette liste différents moyens de contribuer à cet effort pour défendre l'honneur du Christ.

Je compte sur chacun de vous. Tous présents le 29 octobre à Paris ! Que Dieu nous vienne en aide.

Alain Escada,

secrétaire général de l'Institut Civitas

 

Institut Civitas 
17, rue des Chasseurs - 95100 Argenteuil  
01.34.11.16.94 - 
secretariat@civitas-institut.com 
http://www.civitas-institut.com - http://www.francejeunessecivitas.com

Journal du Vatican / Les évêques ne sont pas tous de bonne volonté

dominicanus #actualités

Les évêques italiens sont au premier rang de ceux qui désobéissent à Rome en matière de traduction des paroles de la consécration. Les évêques allemands et autrichiens les suivent de près. Et il y a également des désaccords en ce qui concerne les traductions du Notre Père et du Gloria

 

 

liturgie.jpg

 

 

 

CITÉ DU VATICAN, le 4 octobre 2011 – La nouvelle version du Missel Romain en anglais arrive ces jours-ci dans toutes les paroisses et toutes les églises des États-Unis. Elle sera utilisée à partir du prochain premier dimanche de l’Avent, le 27 novembre.

Les différences entre cette nouvelle version et la précédente sont nombreuses et elles ont donné lieu à bien des débats. Mais le changement qui a suscité les plus vives discussions est certainement celui qui concerne les paroles de la consécration du vin, là où, dans la version en latin, on lit : "Hic est enim calix sanguinis mei […] qui pro vobis et pro multis effundetur". Le "pro multis" de cette formule a généralement été traduit, dans les traductions postconciliaires en langue vernaculaire, par "pour tous". Non seulement cette traduction ne respectait pas la lettre du texte original en latin, lui-même dérivé de textes évangéliques, mais elle a également fait naître un débat théologique subtil mais vif.

En octobre 2006, pour remédier à ces problèmes, la congrégation pour le culte divin, qui était alors présidée par le cardinal Francis Arinze, a envoyé, sur les "indications" de Benoît XVI, une lettre aux présidents de conférences épiscopales du monde entier. Cette lettre demandait que "pro multis" soit traduit par "pour beaucoup". Cela a été fait par les épiscopats de Hongrie ("mindenkiért" a été remplacé par "sokakért") et de différents pays d’Amérique latine ("por todos" a été remplacé par "por muchos"), l'épiscopat espagnol s’emploie à le faire et celui des États-Unis l’a fait ("for all" a été remplacé par "for many") non sans de très vives discussions, y compris entre les évêques. Quant aux épiscopats d’Allemagne et d’Autriche, on y constate de fortes résistances au passage de "für alle" à "für viele".

En ce qui concerne l’Italie, le problème a été abordé par les évêques au cours de l'assemblée plénière de la conférence des évêques qui a eu lieu à Assise en novembre 2010, dans le cadre de l’examen des matériaux de la troisième édition italienne du Missel Romain.

À cette occasion, une réticence massive à introduire le "pour beaucoup" s’est manifestée parmi les évêques italiens. En effet, au cours des travaux, l’accent a été mis avec insistance sur le fait que les conférences épiscopales régionales avaient déjà été "unanimes" à choisir la version "pour tous". Et lorsque les évêques de l'Italie tout entière ont été appelés à voter sur ce point spécifique du Missel, le résultat a été le suivant : sur 187 votants, en dehors d’un bulletin blanc, il y a eu 171 voix en faveur du maintien du "pour tous", 4 pour l’introduction de la version "per la moltitudine" (calquée sur le "pour la multitude" qui est en vigueur dans le Missel français), et à peine 11 en faveur du "pour beaucoup" demandé par le Saint-Siège en 2006.

Au cours de la même réunion les évêques italiens ont également voté en faveur de deux modifications dans le Notre Père et le Gloria.

En ce qui concerne le Notre Père, lors d’un double vote, les évêques ont d’abord écarté l’hypothèse du maintien de la phrase "ne nous induis pas en tentation" ; cette phrase n’a en effet recueilli que 24 voix sur 184 votants, moins que les deux phrases qui ont ensuite été mises en ballottage : "ne nous abandonne pas à la tentation" (87 voix) et "ne nous abandonne pas dans la tentation" (62 voix). De ces deux versions, celle qui a obtenu le plus de voix lors du ballottage a été en définitive la première, avec 111 voix contre 68.

En ce qui concerne le Gloria, sur 187 votants, 151 ont approuvé la variation "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime", en remplacement de celle qui est actuellement utilisée "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté", qui a obtenu 36 voix.

À propos de ces mêmes textes, les évêques des États-Unis ont préféré ne pas modifier le Notre Père, laissant telle quelle la phrase "and lead us not into temptation", qui est linguistiquement la plus fidèle au "et ne nos inducas in tentationem" latin.

Au contraire, en ce qui concerne le Gloria, ils ont décidé de remplacer les paroles "and peace to his people on earth" par "and on earth peace to people of good will" : une version qui, elle aussi, suit textuellement l’original en latin "et in terra pax hominibus bonae voluntatis".

Sandro Magister

www.chiesa


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Élections : un vote pour quelle société ?

dominicanus #actualités

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Elections : un vote pour quelle société? C'est le titre de la lettre des évêques de France, sous la présidence du cardinal André Vingt-Trois en vue des élections présidentielles et législatives de 2012.

"... notre devoir d'évêques est de rappeler la haute importance que l'Église, depuis ses origines, reconnaît à la fonction politique. Dans une démocratie représentative, le vote est la manière par laquelle chacun peut participer à l'exercice du pouvoir. Il est donc essentiel d'y prendre part, de la manière la plus sérieuse possible. Un vote ne peut être simplement dicté par l'habitude, par l'appartenance à une classe sociale ou par la poursuite intérêts particuliers. Il doit prendre en compte les défis qui se présentent et viser ce qui pourra rendre notre pays plus agréable à vivre et plus humain pour tous."

 

Lien vers le texte intégral de la lettre

Benoît XVI : C'est de nouveau l’heure de retirer courageusement ce qu'il y a de mondain dans l’Église

dominicanus #actualités

Le discours adressé par le pape aux catholiques allemands engagés dans l’Église et dans la société.

 

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Chers Confrères dans le ministère épiscopal et sacerdotal !
Mesdames et Messieurs !

Je suis heureux de cette rencontre avec vous qui êtes engagés de multiples manières pour l’Église et la société. Ceci m’offre une occasion appréciée de vous remercier ici personnellement de tout cœur pour votre service et votre témoignage comme « hérauts puissants de la foi en ce qu’on espère » (Lumen gentium, n. 35). Dans votre milieu de travail vous défendez volontiers la cause de votre foi et de l’Église, chose qui n’est pas toujours facile dans les temps actuels.

Depuis des décennies, nous assistons à une diminution de la pratique religieuse, nous constatons une croissante prise de distance de la vie de l’Église d’une partie notable de baptisés. Jaillit alors la question : est-ce que, par hasard, l’Église ne doit pas changer ? Est-ce que, par hasard, dans ses services et ses structures, elle ne doit pas s’adapter au temps présent, pour rejoindre les personnes d’aujourd’hui qui sont en recherche et dans le doute ?

À la bienheureuse Mère Térésa il fut demandé un jour de dire quelle était, selon elle, la première chose à changer dans l’Église. Sa réponse fut : vous et moi !

Ce petit épisode nous rend évidentes deux choses. D’une part, la religieuse entend dire à son interlocuteur que l’Église ce n’est pas uniquement les autres, la hiérarchie, le Pape et les Évêques ; l’Église, nous la sommes tous : nous, les baptisés. Par ailleurs, elle part effectivement du présupposé : oui, il y a motif pour un changement. Il existe un besoin de changement. Chaque chrétien et la communauté des croyants sont appelés à une conversion continuelle.

Comment doit alors se configurer concrètement ce changement ? Est-ce qu’il s’agit ici, peut-être, d’un renouveau comme le réalise par exemple le propriétaire d’une maison à travers une restructuration ou une nouvelle peinture de son immeuble ? Ou bien s’agit-il ici d’une correction, pour reprendre le cap ou parcourir un chemin de façon plus allègre et directe ? Certainement ces aspects et d’autres ont leur importance. Mais pour ce qui regarde l’Église, le motif fondamental du changement est la mission apostolique des disciples et de l’Église elle-même.

En effet, l’Église doit toujours de nouveau vérifier sa fidélité à cette mission. Les trois évangiles synoptiques mettent en lumière différents aspects du mandat de cette mission : la mission se base sur l’expérience personnelle : « Vous êtes témoins » (Lc 24, 48) ; elle s’exprime en relations : « De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19) ; elle transmet un message universel : « Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Cependant, à cause des prétentions et des conditionnements du monde, le témoignage est obscurci à maintes reprises, les relations sont aliénées et le message est relativisé. Si ensuite l’Église, comme le dit le Pape Paul VI, « cherche à se rendre conforme à l’idéal que le Christ lui propose, du même coup se dégage tout ce qui la différencie profondément du milieu humain dans lequel elle vit et qu’elle aborde » (Encyclique Ecclesiam suam, n. 60). Pour réaliser sa mission, elle prendra continuellement ses distances de son milieu, elle doit, pour ainsi dire, se «  dé-mondaniser ».

La mission de l’Église, en effet, découle du mystère du Dieu un et trine, du mystère de son amour créateur. L’amour n’est pas seulement présent de quelque façon en Dieu : lui-même, par sa nature, est amour. Et l’amour de Dieu ne veut pas être isolé en soi, il veut se répandre. Dans l’incarnation et dans le sacrifice du Fils de Dieu, il a rejoint les hommes de façon particulière. Le Fils est sorti de la sphère de son être Dieu, il s’est fait chair et il est devenu homme ; et cela non seulement pour confirmer le monde dans son être terrestre, et être son compagnon qui le laisse entièrement comme il est.

De l’événement christique fait partie le fait incompréhensible qu’il existe – comme disent les Pères de l’Église – un commercium, un échange entre Dieu et les hommes, dans lequel les deux, même si c’est de manière totalement différente, donnent et prennent quelque chose, offrent en don et reçoivent comme don. La foi chrétienne sait que Dieu a placé l’homme dans une liberté, dans laquelle il peut être vraiment un partenaire et entrer dans un échange avec Dieu. En même temps, l’homme est bien conscient que cet échange est possible seulement grâce à la générosité de Dieu qui accepte la pauvreté du mendiant comme richesse, pour rendre supportable le don divin, que l’homme ne peut rendre avec rien d’équivalent.

L’Église aussi se doit elle-même totalement à cet échange inégal. Elle ne possède rien d’autonome face à Celui qui l’a fondée. Elle trouve son sens exclusivement dans l’engagement d’être un instrument de la rédemption, d’envahir le monde par la parole de Dieu et de transformer le monde en l’introduisant dans l’union d’amour avec Dieu. L’Église s’immerge totalement dans l’attention complaisante du Rédempteur envers les hommes. Elle-même est toujours en mouvement, elle doit continuellement se mettre au service de la mission, qu’elle a reçue du Seigneur. L’Église doit toujours de nouveau s’ouvrir aux préoccupations du monde et se consacrer sans réserve à elles, pour continuer et rendre présent l’échange sacré qui a commencé avec l’Incarnation.

Cependant, dans le développement historique de l’Église se manifeste aussi une tendance contraire : c’est celle d’une Église qui s’installe dans ce monde, devient autosuffisante et s’adapte aux critères du monde. Elle donne ainsi à l’organisation et à l’institutionnalisation une importance plus grande qu’à son appel à l’ouverture.

Pour correspondre à sa véritable tâche, l’Église doit toujours de nouveau faire l’effort de se détacher de la mondanité du monde. C’est ainsi qu’elle suit les paroles de Jésus : « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (Jn 17, 16). En un certain sens, l’histoire vient en aide à l’Église à travers les diverses périodes de sécularisation, qui ont contribué de façon essentielle à sa purification et à sa réforme intérieure.

En effet, les sécularisations – ce furent l’expropriation de biens de l’Église ou la suppression de privilèges ou de choses semblables – signifièrent chaque fois une profonde libération de l’Église de formes de mondanité : elle se dépouillait, pour ainsi dire, de sa richesse terrestre et revenait embrasser pleinement sa pauvreté terrestre.

Ainsi, l’Église partageait le destin de la tribu de Lévi qui, selon l’affirmation de l’Ancien Testament, était la seule tribu en Israël qui ne possédait pas de patrimoine terrestre mais, comme part d’héritage, avait pris exclusivement Dieu lui-même, sa parole et ses signes. Avec cette tribu, l’Église partageait en ces moments historiques l’exigence d’une pauvreté qui s’ouvrait vers le monde, pour se détacher de ses liens matériels, et ainsi aussi son agir missionnaire redevenait crédible.

Les exemples historiques montrent que le témoignage missionnaire d’une Église « dé-mondanisée » ressort plus clairement. Libérée de son fardeau matériel et politique, l’Église peut se consacrer mieux et de manière vraiment chrétienne au monde entier, elle peut être vraiment ouverte au monde. Elle peut à nouveau vivre avec plus d’aisance son appel au ministère de l’adoration de Dieu et au service du prochain. La tâche missionnaire qui est liée à l’adoration chrétienne et qui devrait déterminer la structure de l’Église, se rend visible plus clairement.
L’Église s’ouvre au monde non pour obtenir l’adhésion des hommes à une institution avec ses propres prétentions de pouvoir, mais pour les faire rentrer en eux-mêmes et ainsi les conduire à Celui dont toute personne peut dire avec Augustin : Il est plus intime à moi-même que moi-même (cf. Conf. 3, 6, 11). Lui, qui est infiniment au-dessus de moi, est toutefois tellement en moi-même jusqu’à être ma véritable intériorité. Par ce style d’ouverture de l’Église au monde, est tracée aussi en même temps la forme dans laquelle l’ouverture au monde de la part de chaque chrétien peut se réaliser de façon efficace et appropriée.

Il ne s’agit pas ici de trouver une nouvelle tactique pour relancer l’Église. Il s’agit plutôt de déposer tout ce qui est seulement tactique et de chercher la pleine sincérité, qui ne néglige ni ne refoule rien de la vérité de notre aujourd’hui, mais réalise pleinement la foi dans l’aujourd’hui, la vivant, justement, totalement dans la sobriété de l’aujourd’hui, la portant à sa pleine identité, lui enlevant ce qui est seulement apparemment foi, mais qui sont en vérité des conventions et des habitudes.

Disons-le encore avec d’autres mots : la foi chrétienne est toujours pour l’homme un scandale et pas seulement en notre temps. Que le Dieu éternel se préoccupe de nous êtres humains, qu’il nous connaisse ; que l’Insaisissable soit devenu en un moment déterminé saisissable ; que l’Immortel ait souffert et soit mort sur la croix ; qu’à nous, êtres mortels, soient promises la résurrection et la vie éternelle – croire cela est pour nous, hommes, une véritable prétention.

Ce scandale, qui ne peut être aboli si on ne veut pas abolir le christianisme, a malheureusement été mis dans l’ombre récemment par les autres scandales douloureux des annonciateurs de la foi. Une situation dangereuse se crée quand ces scandales prennent la place du skandalon premier de la Croix et ainsi le rendent inaccessible, c’est-à-dire quand ils cachent la véritable exigence chrétienne derrière l’inadaptation de ses messagers.

Il y a une raison en plus pour estimer que c’est de nouveau l’heure de retirer courageusement ce qu’il y a de mondain dans l’Église. Ceci ne veut pas dire se retirer du monde. Une Église allégée des éléments mondains est capable de communiquer aux hommes – à ceux qui souffrent comme à ceux qui les aident – justement aussi dans le domaine socio-caritatif, la force vitale particulière de la foi chrétienne. « La charité n’est pas pour l’Église une sorte d’activité d’assistance sociale qu’on pourrait aussi laisser à d’autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence même, à laquelle elle ne peut renoncer » (Deus caritas est, n. 25). Certainement, les œuvres caritatives de l’Église doivent aussi continuellement prêter attention à l’exigence d’un détachement approprié du monde pour éviter que, face à un éloignement croissant de l’Église, leurs racines ne se dessèchent. Seule la relation profonde avec Dieu rend possible une pleine attention à l’homme, de même que sans l’attention au prochain la relation à Dieu s’appauvrit.

Être ouverts aux événements du monde signifie donc pour l’Église « dé-mondanisée » témoigner, selon l’Évangile, par les paroles et par les œuvres, ici et aujourd’hui, de la domination de l’amour de Dieu. Et cette tâche, en outre, renvoie au-delà du monde présent : la vie présente, en effet, inclut le lien avec la vie éternelle. Comme individus et comme communauté de l’Église nous vivons la simplicité d’un grand amour qui, dans le monde, est en même temps la chose la plus facile et la plus difficile, parce qu’elle exige rien de plus et rien de moins que le don de soi-même.

Chers amis, il me reste à implorer pour nous tous la bénédiction de Dieu et la force de l’Esprit Saint, afin que nous puissions, chacun dans son propre champ d’action, reconnaître toujours de nouveau l’amour de Dieu et sa miséricorde et en témoigner. Je vous remercie pour votre attention.

Freiburg im Breisgau, 25 septembre 2011

Benoît XVI: La question brûlante de Martin Luther doit devenir de nouveau notre question

dominicanus #actualités

Le pape à l'Église évangélique d'Allemagne. L'œcuménisme vit et tombe sur la question de Dieu et du mal. Le double défi du protestantisme "evangelical" et de la sécularisation. Comment raviver la foi sans la diluer 

 

 

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Mesdames et Messieurs,

Prenant la parole, je voudrai tout d’abord remercier pour cette occasion de vous rencontrer. Ma gratitude va particulièrement au président [de l’Église Évangélique en Allemagne] Schneider qui m’a donné la bienvenue et m’a reçu parmi vous avec des paroles amicales. Je voudrai remercier également pour le don spécial qu’est notre rencontre dans ce lieu historique.

Pour moi, en tant qu’Évêque de Rome, c’est un moment d’émotion de rencontrer ici, dans l’antique couvent augustinien d’Erfurt, les représentants du Conseil de l’Église Évangélique en Allemagne. Luther a étudié ici. Ici, il été ordonné prêtre en 1507. Contre le désir de son père, il ne continua pas ses études de droit, mais il étudia la théologie et se mit en marche vers le sacerdoce dans l’Ordre de saint Augustin. Sur ce chemin, ce n’était pas ceci ou cela qui l’intéressait. Ce qui ne lui donnait pas la paix était la question de Dieu, qui fut la passion profonde et le ressort de sa vie et de son itinéraire tout entier. "Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ?" Cette question lui pénétrait le cœur et se trouvait derrière chacune de ses recherches théologiques et chaque lutte intérieure. Pour lui, la théologie n’était pas une question académique, mais la lutte intérieure avec lui-même, et ensuite c’était une lutte par rapport à Dieu et avec Dieu.

"Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ?" Que cette question ait été la force motrice de tout son chemin, me touche toujours à nouveau. Qui, en effet, se préoccupe aujourd’hui de cela, même parmi les chrétiens ? Que signifie la question de Dieu dans notre vie ? Dans notre annonce ?

La plus grande partie des gens, même des chrétiens, tient aujourd’hui pour acquis que Dieu, en dernière analyse, ne s’occupe plus de nos péchés et de nos vertus. Il sait, en effet, que nous sommes tous que chair. Si aujourd’hui, on croit encore en un au-delà et en un jugement de Dieu, alors presque tous nous présupposons en pratique que Dieu doit être généreux, et, qu’à la fin, dans sa miséricorde, il ignorera nos petites fautes. Mais nos fautes sont-elles vraiment si petites ? Le monde n’est-il pas dévasté à cause de la corruption des grands, mais aussi à cause de celle des petits, qui pensent seulement à leurs propres intérêts ? N’est-il pas dévasté par le pouvoir des drogues, qui vit du désir de vie et d’argent d’une part, et de l’autre, par l’addiction à la jouissance des personnes qui lui sont adonnées ? N’est-il pas menacé par la disposition croissante à la violence qui se revêt souvent de la religiosité ? La faim et la pauvreté pourraient-elles dévaster autant de parties entières du monde si, en nous, l’amour de Dieu et, à partir de Lui, l’amour pour le prochain, pour les créatures de Dieu, les hommes, étaient plus vivants ?

Les questions en ce sens pourraient continuer. Non, le mal n’est pas une bagatelle. Et il ne pourrait être aussi puissant si nous mettions vraiment Dieu au centre de notre vie. La question : quelle est la position de Dieu à mon égard, comment je me situe moi devant Dieu ? - cette question brûlante de Martin Luther doit devenir de nouveau, et certainement sous une forme nouvelle également notre question. Je pense que c’est là le premier appel que nous devrions entendre dans la rencontre avec Martin Luther.

Et alors, est important : Dieu, le Dieu unique, le Créateur du ciel et de la terre, est quelque chose d’autre qu’une hypothèse philosophique sur les origines du cosmos. Ce Dieu a un visage et il nous a parlé. Dans l’homme Jésus Christ, il est devenu l’un de nous – à la fois vrai Dieu et vrai homme. La pensée de Luther, sa spiritualité toute entière était complètement christocentrique : "Ce qui promeut la cause du Christ » était pour Luther le critère herméneutique décisif dans l’interprétation de la Sainte Écriture. Cela suppose toutefois que le Christ soit le centre de notre spiritualité et que l’amour pour Lui, le vivre ensemble avec Lui oriente notre vie.

Maintenant vous direz peut-être : c’est bien et bon ! Mais qu’a à voir tout cela avec notre situation œcuménique ? Tout cela n’est peut-être seulement qu’une tentative d’éluder, avec tant de paroles, les problèmes urgents dans lesquels nous attendons des progrès pratiques, des résultats concrets ?

A ce sujet, je réponds : la chose la plus nécessaire pour l’œcuménisme est par-dessus tout que, sous la pression de la sécularisation, nous ne perdions pas presque par inadvertance les grandes choses que nous avons en commun, qui en elles-mêmes nous rendent chrétiens et qui sont restées comme don et devoir. C’était l’erreur de l’âge confessionnel d’avoir vu en majeure partie seulement ce qui sépare, et de ne pas avoir perçu de façon existentielle ce que nous avons en commun dans les grandes directives de la Sainte Écriture et dans les professions de foi du christianisme antique. Le grand progrès œcuménique des dernières décennies est que nous nous soyons rendu compte de cette communion et que nous pouvons la reconnaître comme notre fondement impérissable dans la prière et le chant communs, dans l’engagement commun pour l’ethos chrétien face au monde, dans le témoignage commun du Dieu de Jésus Christ en ce monde.

Le danger de la perdre n’est pas irréel, malheureusement. Je voudrais ici faire remarquer deux aspects. Ces derniers temps, la géographie du christianisme a profondément changé et est en train de continuer à changer. Devant une forme nouvelle de christianisme, qui se diffuse avec un immense dynamisme missionnaire, parfois préoccupant dans ses formes, les Églises confessionnelles historiques restent souvent perplexes. C’est un christianisme de faible densité institutionnelle, avec peu de bagage rationnel et encore moins de bagage dogmatique et aussi avec peu de stabilité. Ce phénomène mondial nous place tous devant la question : Qu’est-ce-que cette nouvelle forme de christianisme a à nous dire de positif et de négatif ? En tous cas, elle nous met de nouveau face à la question de savoir ce qui demeure toujours valable, et ce qui peut ou doit être changé, par rapport à la question de notre choix fondamental dans la foi.

Plus profond et plus sensible dans notre Pays, est le second défi pour la chrétienté tout entière, dont je voudrais vous parler. Il s’agit du contexte du monde sécularisé, dans lequel nous devons vivre et témoigner aujourd’hui notre foi. L’absence de Dieu dans notre société se fait plus pesante, l’histoire de sa Révélation, dont nous parle l’Écriture, semble reléguée dans un passé qui s’éloigne toujours davantage. Faut-il peut-être céder à la pression de la sécularisation, devenir modernes moyennant une édulcoration de la foi ? La foi doit être repensée, naturellement, et surtout elle doit être vécue aujourd’hui d’une manière nouvelle pour devenir quelque chose qui appartient au présent. Mais ce n’est pas l’édulcoration de la foi qui aide, mais seulement le fait de la vivre entièrement dans notre aujourd’hui.

C’est une tâche œcuménique centrale. En cela nous devrions nous entraider à croire de façon plus profonde et plus vivante. Ce ne seront pas les tactiques qui nous sauveront, qui sauveront le christianisme, mais une foi repensée et vécue d’une façon nouvelle, par laquelle le Christ, et avec Lui le Dieu vivant, entre dans notre monde. Comme les martyrs de l’époque nazie nous ont conduits les uns vers les autres, et ont suscité la première grande ouverture œcuménique, ainsi aujourd’hui encore, la foi, vécue à partir du plus profond de nous-mêmes, dans un monde sécularisé, est la force œcuménique la plus forte qui nous réunit, nous guidant vers l’unité dans l’unique Seigneur.

Erfurt, le 23 septembre 2011



Le programme et le texte intégral des discours et homélies du voyage de Benoît XVI:

> Voyage apostolique en Allemagne, 22-25 septembre 2011

 

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Il y a un juge à Berlin. Et il veut retrouver le roi Salomon

dominicanus #actualités

Après Ratisbonne en 2006 et Paris en 2008, le troisième grand discours de ce pontificat. Le pape Benoît XVI le prononce dans la capitale de l'Allemagne et au cœur de son système politique. Il cite saint Augustin: "Enlève le droit, et alors qu’est ce qui distingue l'État d’une grosse bande de brigands?" 

 

 

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Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président du Bundestag,
Madame la Chancelière fédérale,
Monsieur le Président du Bundesrat,
Mesdames et messieurs les Députés,

C’est pour moi un honneur et une joie de parler devant cette Chambre haute – devant le Parlement de ma patrie allemande, qui se réunit ici comme représentation du peuple, élue démocratiquement, pour travailler pour le bien de la République fédérale d’Allemagne. Je voudrais remercier Monsieur le Président du Bundestag pour son invitation à tenir ce discours, ainsi que pour les aimables paroles de bienvenue et d’appréciation avec lesquelles il m’a accueilli. En cette heure, je m’adresse à vous, Mesdames et Messieurs – certainement aussi comme compatriote qui se sait lié pour toute la vie à ses origines et suit avec intérêt le devenir de la Patrie allemande.

Mais l’invitation à tenir ce discours m’est adressée en tant que Pape, en tant qu’Évêque de Rome, qui porte la responsabilité suprême pour la chrétienté catholique. En cela, vous reconnaissez le rôle qui incombe au Saint Siège en tant que partenaire au sein de la communauté des Peuples et des États. Sur la base de ma responsabilité internationale, je voudrais vous proposer quelques considérations sur les fondements de l’État de droit libéral.

Vous me permettrez de commencer mes réflexions sur les fondements du droit par un petit récit tiré de la Sainte Écriture. Dans le Premier Livre des Rois on raconte qu’au jeune roi Salomon, à l’occasion de son intronisation, Dieu accorda d’avancer une requête. Que demandera le jeune souverain en ce moment important ? Succès, richesse, une longue vie, l’élimination de ses ennemis ? Il ne demanda rien de tout cela. Par contre il demanda : "Donne à ton serviteur un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal" (1 R 3, 9).

Par ce récit, la Bible veut nous indiquer ce qui en définitive doit être important pour un politicien. Son critère ultime et la motivation pour son travail comme politicien ne doit pas être le succès et encore moins le profit matériel. La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. Naturellement un politicien cherchera le succès qui en soi lui ouvre la possibilité de l’action politique effective ! Mais le succès est subordonné au critère de la justice, à la volonté de mettre en œuvre le droit et à l’intelligence du droit. Le succès peut aussi être une séduction, et ainsi il peut ouvrir la route à la contrefaçon du droit, à la destruction de la justice.

"Enlève le droit – et alors qu’est ce qui distingue l’État d’une grosse bande de brigands ?" a dit un jour saint Augustin (1). Nous Allemands, nous savons par notre expérience que ces paroles ne sont pas un phantasme vide. Nous avons fait l’expérience de séparer le pouvoir du droit, de mettre le pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds le droit, de sorte que l’État était devenu une bande de brigands très bien organisée, qui pouvait menacer le monde entier et le pousser au bord du précipice.

Servir le droit et combattre la domination de l’injustice est et demeure la tâche fondamentale du politicien. Dans un moment historique où l’homme a acquis un pouvoir jusqu’ici inimaginable, cette tâche devient particulièrement urgente. L’homme est en mesure de détruire le monde. Il peut se manipuler lui-même. Il peut, pour ainsi dire, créer des êtres humains et exclure d’autres êtres humains du fait d’être des hommes. Comment reconnaissons-nous ce qui est juste ? Comment pouvons-nous distinguer entre le bien et le mal, entre le vrai droit et le droit seulement apparent ? La demande de Salomon reste la question décisive devant laquelle l’homme politique et la politique se trouvent aussi aujourd’hui.

Pour une grande partie des matières à réguler juridiquement, le critère de la majorité peut être suffisant. Mais il est évident que dans les questions fondamentales du droit, où est en jeu la dignité de l’homme et de l’humanité, le principe majoritaire ne suffit pas : dans le processus de formation du droit, chaque personne qui a une responsabilité doit chercher elle-même les critères de sa propre orientation. Au troisième siècle, le grand théologien Origène a justifié ainsi la résistance des chrétiens à certains règlements juridiques en vigueur : "Si quelqu’un se trouvait chez les Scythes qui ont des lois irréligieuses, et qu’il fut contraint de vivre parmi eux… celui-ci certainement agirait de façon très raisonnable si, au nom de la loi de la vérité qui chez les Scythes est justement illégalité, il formerait aussi avec les autres qui ont la même opinion, des associations contre le règlement en vigueur…" (2).

Sur la base de cette conviction, les combattants de la résistance ont agi contre le régime nazi et contre d’autres régimes totalitaires, rendant ainsi un service au droit et à l’humanité tout entière. Pour ces personnes il était évident de façon incontestable que le droit en vigueur était, en réalité, une injustice. Mais dans les décisions d’un politicien démocrate, la question de savoir ce qui correspond maintenant à la loi de la vérité, ce qui est vraiment juste et peut devenir loi, n’est pas aussi évidente. Ce qui, en référence aux questions anthropologiques fondamentales, est la chose juste et peut devenir droit en vigueur, n’est pas du tout évident en soi aujourd’hui. À la question de savoir comment on peut reconnaître ce qui est vraiment juste et servir ainsi la justice dans la législation, il n’a jamais été facile de trouver la réponse et aujourd’hui, dans l’abondance de nos connaissances et de nos capacités, cette question est devenue encore plus difficile.

Comment reconnaît-on ce qui est juste ? Dans l’histoire, les règlements juridiques ont presque toujours été motivés de façon religieuse : sur la base d’une référence à la divinité on décide ce qui parmi les hommes est juste. Contrairement aux autres grandes religions, le christianisme n’a jamais imposé à l’État et à la société un droit révélé, un règlement juridique découlant d’une révélation. Il a au contraire renvoyé à la nature et à la raison comme vraies sources du droit – il a renvoyé à l’harmonie entre raison objective et subjective, une harmonie qui toutefois suppose le fait d’être toutes deux les sphères fondées dans la Raison créatrice de Dieu.

Avec cela les théologiens chrétiens se sont associés à un mouvement philosophique et juridique qui s’était formé depuis le IIème siècle av. JC. Dans la première moitié du deuxième siècle préchrétien, il y eut une rencontre entre le droit naturel social développé par les philosophes stoïciens et des maîtres influents du droit romain (3). Dans ce contact est née la culture juridique occidentale, qui a été et est encore d’une importance déterminante pour la culture juridique de l’humanité. De ce lien préchrétien entre droit et philosophie part le chemin qui conduit, à travers le Moyen-âge chrétien, au développement juridique des Lumières jusqu’à la Déclaration des Droits de l’homme et jusqu’à notre Loi Fondamentale allemande, par laquelle notre peuple, en 1949, a reconnu "les droits inviolables et inaliénables de l’homme comme fondement de toute communauté humaine, de la paix et de la justice dans le monde".

Pour le développement du droit et pour le développement de l’humanité il a été décisif que les théologiens chrétiens aient pris position contre le droit religieux demandé par la foi dans les divinités, et se soient mis du côté de la philosophie, reconnaissant la raison et la nature dans leur corrélation comme source juridique valable pour tous. Saint Paul avait déjà fait ce choix quand, dans sa Lettre aux Romains, il affirmait : «Quand des païens privés de la Loi [la Torah d’Israël] accomplissent naturellement les prescriptions de la Loi, … ils se tiennent à eux-mêmes lieu de Loi ; ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur cœur, à preuve le témoignage de leur conscience…" (2, 14s.). Ici apparaissent les deux concepts fondamentaux de nature et de conscience, où "conscience" n’est autre que le "cœur docile" de Salomon, la raison ouverte au langage de l’être.

Si avec cela jusqu’à l’époque des Lumières, de la Déclaration des Droits de l’Homme après la seconde guerre mondiale et jusqu’à la formation de notre Loi Fondamentale, la question des fondements de la législation semblait claire, un dramatique changement de la situation est arrivé au cours du dernier demi siècle. L’idée du droit naturel est considérée aujourd’hui comme une doctrine catholique plutôt singulière, sur laquelle il ne vaudrait pas la peine de discuter en dehors du milieu catholique, de sorte qu’on a presque honte d’en mentionner même seulement le terme. Je voudrais brièvement indiquer comment il se fait que cette situation se soit créée.

Avant tout, la thèse selon laquelle entre l’être et le devoir être il y aurait un abîme insurmontable, est fondamentale. Du fait d’être ne pourrait pas découler un devoir, parce qu’il s’agirait de deux domaines absolument différents. La base de cette opinion est la conception positiviste, aujourd’hui presque généralement adoptée, de nature et de raison. Si on considère la nature – avec les paroles de Hans Kelsen – comme "un agrégat de données objectives, jointes les unes aux autres comme causes et effets", alors aucune indication qui soit en quelque manière de caractère éthique ne peut réellement en découler (4).

Une conception positiviste de la nature, qui entend la nature de façon purement fonctionnelle, comme les sciences naturelles l’expliquent, ne peut créer aucun pont vers l’ethos et le droit, mais susciter de nouveau seulement des réponses fonctionnelles. La même chose, cependant, vaut aussi pour la raison dans une vision positiviste, qui chez beaucoup est considérée comme l’unique vision scientifique. Dans cette vision, ce qui n’est pas vérifiable ou falsifiable ne rentre pas dans le domaine de la raison au sens strict. C’est pourquoi l’ethos et la religion doivent être assignés au domaine du subjectif et tombent hors du domaine de la raison au sens strict du mot. Là où la domination exclusive de la raison positiviste est en vigueur – et cela est en grande partie le cas dans notre conscience publique – les sources classiques de connaissance de l’ethos et du droit sont mises hors jeu. C’est une situation dramatique qui nous intéresse tous et sur laquelle une discussion publique est nécessaire ; une intention essentielle de ce discours est d’y inviter d’urgence.

Le concept positiviste de nature et de raison, la vision positiviste du monde est dans son ensemble une partie importante de la connaissance humaine et de la capacité humaine, à laquelle nous ne devons absolument pas renoncer. Mais elle-même dans son ensemble n’est pas une culture qui corresponde et soit suffisante au fait d’être homme dans toute son ampleur. Là ou la raison positiviste s’estime comme la seule culture suffisante, reléguant toutes les autres réalités culturelles à l’état de sous-culture, elle réduit l’homme, ou même, menace son humanité.

Je le dis justement en vue de l’Europe, dans laquelle de vastes milieux cherchent à reconnaître seulement le positivisme comme culture commune et comme fondement commun pour la formation du droit, alors que toutes les autres convictions et les autres valeurs de notre culture sont réduites à l’état d’une sous-culture. Avec cela l’Europe se place, face aux autres cultures du monde, dans une condition de manque de culture et en même temps des courants extrémistes et radicaux sont suscités. La raison positiviste, qui se présente de façon exclusiviste et n’est pas en mesure de percevoir quelque chose au-delà de ce qui est fonctionnel, ressemble à des édifices de béton armé sans fenêtres, où nous nous donnons le climat et la lumière tout seuls et nous ne voulons plus recevoir ces deux choses du vaste monde de Dieu. Toutefois nous ne pouvons pas nous imaginer que dans ce monde auto-construit nous puisons en secret également aux "ressources" de Dieu, que nous transformons en ce que nous produisons. Il faut ouvrir à nouveau tout grand les fenêtres, nous devons voir de nouveau l’étendue du monde, le ciel et la terre et apprendre à utiliser tout cela de façon juste.

Mais comment cela se réalise-t-il ? Comment trouvons-nous l’entrée dans l’étendue, dans l’ensemble ? Comment la raison peut-elle retrouver sa grandeur sans glisser dans l’irrationnel ? Comment la nature peut-elle apparaître de nouveau dans sa vraie profondeur, dans ses exigences et avec ses indications ?

Je rappelle un processus de la récente histoire politique, espérant ne pas être trop mal compris ni susciter trop de polémiques unilatérales. Je dirais que l’apparition du mouvement écologique dans la politique allemande à partir des années soixante-dix, bien que n’ayant peut-être pas ouvert tout grand les fenêtres, a toutefois été et demeure un cri qui aspire à l’air frais, un cri qui ne peut pas être ignoré ni être mis de côté, parce qu’on y entrevoit trop d’irrationalité. Des personnes jeunes s’étaient rendu compte qu’il y a que chose ne va pas dans nos relations à la nature ; que la matière n’est pas seulement un matériel pour notre faire, mais que la terre elle-même porte en elle sa propre dignité et que nous devons suivre ses indications. Il est clair que je ne fais pas ici de la propagande pour un parti politique déterminé – rien ne m’est plus étranger que cela. Quand, dans notre relation avec la réalité, il y a quelque chose qui ne va pas, alors nous devons tous réfléchir sérieusement sur l’ensemble et nous sommes tous renvoyés à la question des fondements de notre culture elle-même.

Qu’il me soit permis de m’arrêter encore un moment sur ce point. L’importance de l’écologie est désormais indiscutée. Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. Je voudrais cependant aborder encore avec force un point qui aujourd’hui comme hier est largement négligé : il existe aussi une écologie de l’homme. L’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature, et sa volonté est juste quand il écoute la nature, la respecte et quand il s’accepte lui-même pour ce qu’il est, et qu’il accepte qu’il ne s’est pas créé de soi. C’est justement ainsi et seulement ainsi que se réalise la véritable liberté humaine.

Revenons aux concepts fondamentaux de nature et de raison d’où nous étions partis. Le grand théoricien du positivisme juridique, Kelsen, à l’âge de 84 ans – en 1965 – abandonna le dualisme d’être et de devoir être. Il avait dit que les normes peuvent découler seulement de la volonté. En conséquence, la nature pourrait renfermer en elle des normes seulement si une volonté avait mis en elle ces normes. D’autre part, cela présupposerait un Dieu créateur, dont la volonté s’est introduite dans la nature. "Discuter sur la vérité de cette foi est une chose absolument vaine", note-t-il à ce sujet (5). L’est-ce vraiment ? – voudrais-je demander. Est-ce vraiment privé de sens de réfléchir pour savoir si la raison objective qui se manifeste dans la nature ne suppose pas une Raison créatrice, un "Creator Spiritus" ?

À ce point le patrimoine culturel de l’Europe devrait nous venir en aide. Sur la base de la conviction de l’existence d’un Dieu créateur se sont développées l’idée des droits de l’homme, l’idée d’égalité de tous les hommes devant la loi, la connaissance de l’inviolabilité de la dignité humaine en chaque personne et la conscience de la responsabilité des hommes pour leur agir. Ces connaissances de la raison constituent notre mémoire culturelle. L’ignorer ou la considérer comme simple passé serait une amputation de notre culture dans son ensemble et la priverait de son intégralité.

La culture de l’Europe est née de la rencontre entre Jérusalem, Athènes et Rome – de la rencontre entre la foi au Dieu d’Israël, la raison philosophique des Grecs et la pensée juridique de Rome. Cette triple rencontre forme l’identité profonde de l’Europe. Dans la conscience de la responsabilité de l’homme devant Dieu et dans la reconnaissance de la dignité inviolable de l’homme, de tout homme, cette rencontre a fixé des critères du droit, et les défendre est notre tâche en ce moment historique.

Au jeune roi Salomon, au moment de son accession au pouvoir, une requête a été accordée. Qu’en serait-il si à nous, législateurs d’aujourd’hui, était concédé d’avancer une requête ? Que demanderions-nous ? Je pense qu’aujourd’hui aussi, en dernière analyse, nous ne pourrions pas désirer autre chose qu’un cœur docile – la capacité de distinguer le bien du mal et d’établir ainsi le vrai droit, de servir la justice et la paix. Merci pour votre attention.



(1) "De civitate Dei" IV, 4, 1.

(2) "Contra Celsum" GCS Orig. 428 (Koetschau) ; cfr A. Fürst, "Monotheismuis und Monarchie. Zum Zusammenhang von Heil und Herrschaft in der Antike". In : Theol. Phil. 81 (2006) 321-338 ; citation p. 336 ; cfr également J. Ratzinger, "Die Einheit der Nationen. Eine Vision der Kirchenväter" (Sazburg-München 1971) 60.

(3) Cf. W. Waldstein, "Ins Herz geschrieben. Das Naturrecht als Fundament einer menschlichen Gesellschaft" (Augsburg 2010) 11ss; 31-61.

(4) Waldstein, op. cit. 15-21.

(5) Cfr. W. Waldstein, op. cit. 19.


Le programme et le texte intégral des discours et homélies du voyage de Benoît XVI:

> Voyage apostolique en Allemagne, 22-25 septembre 2011

Le pape en Allemagne. Dans le désert de la foi

dominicanus #actualités

À Berlin et à Erfurt, Benoît XVI entrera dans la partie de l'Europe qui est la plus éloignée de Dieu. Il veut en faire une nouvelle terre de mission. Un reportage à Chemnitz, ville où les athées sont en majorité et où presque plus personne n'est baptisé

 

 

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ROME, le 21 septembre 2011 – "Là où est Dieu, là est l’avenir" : c’est le titre que Benoît XVI a voulu donner à sa troisième visite en Allemagne, qui commence demain.

La "priorité" de ce pontificat est de rapprocher les hommes de Dieu : le pape Benoît XVI l'a dit plusieurs fois. Mais la situation de l’Allemagne rend l’urgence encore plus pressante.

L'ex-Allemagne de l'Est est, avec l'Estonie et la République Tchèque, le territoire européen où les athées sont le plus nombreux et où les non-baptisés sont la majorité.

À Berlin et à Erfurt, la ville de Luther, le pape Joseph Ratzinger entrera précisément dans ce périmètre où l’éloignement de la foi est le plus fort d’Europe.

Mais à Fribourg en Brisgau, troisième étape de son voyage, l'affaiblissement de la foi chrétienne est également un phénomène très répandu.

Un livre paru récemment en Allemagne, aux éditions Gerth Medien, analyse en termes très crus le déclin du christianisme dans ce pays.

Le titre est déjà éloquent : "Gesellschaft ohne Gott. Risiken und Nebenwirkungen der Entchristlichung Deutschlands [Société sans Dieu. Risques et effets collatéraux de la déchristianisation de l’Allemagne] ".

L'auteur, Andreas Püttman, 47 ans, est chercheur en sociologie des processus culturels à la fondation Konrad Adenauer et il a déjà obtenu le Katholischen Journalistenpreis, un prix de journalisme qui a été créé par les médias catholiques allemands.

Moins de la moitié de la population, 47 %, affirme croire en Dieu et cela non seulement dans l’Est de l’Allemagne, mais dans l’ensemble du pays.

Entre 1950 et aujourd’hui, le nombre de protestants s’est effondré, passant de 43 à 25 millions. En ce qui concerne les catholiques, il y en avait 25 millions en 1950 et ils sont aussi nombreux aujourd’hui, mais il s’en est également perdu beaucoup entre ces deux dates.

En 1950, un catholique sur deux assistait à la messe tous les dimanches, mais aujourd’hui, dans la partie Ouest du pays, ils ne sont plus que 8 % à le faire. Dans l'ex-Allemagne de l’Est, où les catholiques sont une petite minorité, ce pourcentage est de 17 %.

L'âge moyen des pratiquants est partout de 60 ans. Et 15 % seulement des Allemands âgés de moins de 30 ans, autrement dit les parents potentiels de la prochaine génération, considèrent que l’éducation religieuse est importante pour les enfants.

En ce qui concerne le contenu de la foi, il n’y a que 58,7 % des catholiques et 47,7 % des protestants qui croient que Dieu a créé le ciel et la terre. Ils sont encore moins nombreux à croire en la conception virginale de Marie ou en la résurrection des morts. Et 38 % seulement des Allemands considèrent Noël comme une fête religieuse.

Dans ce désert de foi qui gagne du terrain, comment la "nouvelle évangélisation", autre grand objectif de ce pontificat, peut-elle être réalisée ?

Sa mise en œuvre peut prendre des formes très variées. L’une d’elles est décrite dans le reportage ci-dessous, qui a été publié le 20 juillet dernier dans "Avvenire", le quotidien de la conférence des évêques d’Italie.

Ce reportage a été réalisé à Chemnitz, qui s’appelait précédemment Karl-Marx-Stadt et qui est l’une des villes les plus dépourvues de foi d’une ex-Allemagne de l’Est déjà fortement déchristianisée.

Parmi les principaux artisans de la nouvelle évangélisation, il y a quelques familles de catholiques néocatéchuménaux venant d’autres pays d’Europe, qui se sont installées là-bas avec cet objectif missionnaire.

Sandro Magister

www.chiesa



EN MISSION AU FIN FOND DE L'ALLEMAGNE DE L’EST

par Marina Corradi



On est en été, le soleil est encore haut dans le ciel, mais il est huit heures du soir et les rues sont déjà à demi désertes. Nous nous trouvons à Chemnitz, au 29 de la Theater Strasse, dans un vieil immeuble qui vient d’être restructuré et qui sent encore la chaux fraîche. Ce qui est le plus frappant chez les familles néocatéchuménales de Chemnitz, lorsqu’on les voit réunies comme ce soir, c’est le nombre d’enfants : chacun des six couples en a neuf, ou dix, ou même quatorze. Au total, il y en a à peu près soixante-dix, adolescents ou mariés depuis peu de temps. On regarde leurs visages, leurs yeux qui brillent et, tandis que d’une pièce voisine parvient le cri péremptoire de l’un des premiers petits-enfants, on se dit : quelle merveille, et quelle richesse nous avons perdue, nous les Européens à enfant unique !

Elle est émouvante, cette petite foule de jeunes chrétiens qui sont là ce soir, à Chemnitz, anciennement Karl-Marx-Stadt. Parce que, dans ce coin de l’ex-République Démocratique Allemande, la civilisation est née en l’an 1136, lorsqu’une poignée de moines bénédictins y fonda une abbaye ; ils avaient amené avec eux des familles chrétiennes, qui vivaient autour du monastère et qui défrichaient les forêts pour les transformer en terres arables ; ces familles avaient, elles aussi, une dizaine d’enfants chacune.

L’histoire peut-elle recommencer, alors qu’elle semble terminée ? On se pose la question, dans cette ville silencieuse et éteinte, où un habitant sur quatre est vieux et souvent seul, de même que sont seuls les enfants uniques de familles séparées. Ici les gens se retournent pour regarder, quand une famille néocatéchuménale sort avec ne serait-ce que la moitié de ses enfants. Et lorsqu’un camarade de classe est invité à déjeuner chez eux, il est stupéfait et photographie avec son téléphone portable la nombreuse tablée.

Répartie en deux communautés, chacune étant accompagnée par un prêtre, la mission ?ad gentes? de Chemnitz se compose de deux familles italiennes, deux espagnoles, une allemande et une autrichienne. Les pères de famille avaient un travail stable dans leur pays d’origine. Dans les années 80, ils sont partis pour la première mission. Ils étaient envoyés par le fondateur du Chemin néocatéchuménal, Kiko Argüello, qui répondait ainsi à un désir exprimé par Jean-Paul II : que des chrétiens réintroduisent l’Évangile dans les banlieues des métropoles occidentales. Andrea Rebeggiani, professeur de latin et de grec, a quitté sa maison de Spinaceto, dans la banlieue sud de Rome, avec sa femme et ses cinq premiers enfants et il est arrivé à Hanovre en mars 1987, à un moment où la ville était prise dans une tempête de neige. De même Benito Herrero, un riche avocat catalan, a tout abandonné pour venir ici, avec l’objectif d’apprendre l’allemand aux cours du soir en compagnie de réfugiés kurdes.

Cela constituait déjà une extraordinaire aventure. Mais, en 2004, le Chemin néocatéchuménal a eu l’idée d’un nouveau projet : des familles, accompagnées par un prêtre, allaient partir pour s’installer dans les villes les plus déchristianisées, simplement afin de se trouver au milieu des gens et d’être le signe qu’une autre vie était possible. Une structure bénédictine, en quelque sorte. L’évêque de Dresde, Joachim Friedrich Reinelt, a alors invité les néocatéchumènes à Chemnitz, peut-être la ?frontière? la plus dure de toute l’ex-RDA. Et ces familles sont de nouveau parties. Pas seulement les parents, mais également les enfants, librement, un par un. "Nous n’avions que cinq ou six ans quand nous avons quitté notre pays", explique aujourd’hui Matteo, fils d’Andrea. Aujourd’hui nous sommes grands, maintenant c’est notre mission".

Pour des jeunes qui ont grandi à l’Ouest, la vie est difficile à Chemnitz, dans cette région pauvre qui ressemble encore à la RDA. Certains d’entre eux s’y sentent mal à l’aise et s’en vont. Puis, presque toujours, ils reviennent. La vie est difficile pour les pères, qui doivent de nouveau chercher du travail à cinquante ans. Lorsque le salaire ne suffit pas, on vit des allocations familiales du système de sécurité sociale allemand et de l’aide fournie par les communautés néocatéchuménales du pays d’où l’on vient. Avec ces dernières, le lien est fort. Dans le pays d’origine, les communautés récitent sans cesse le chapelet pour ces familles. Et en été elles envoient leurs jeunes ici, pour faire la mission en ville : ces groupes d’adolescents romains ou espagnols apportent une explosion de joie dans les rues désertes de Chemnitz.

Discussions à la porte du cimetière : "Est-ce que vous savez que les ossements de vos morts ressusciteront, un jour ?". Pour la plupart, les gens de Chemnitz haussent les épaules et s’éloignent : "Surtout les vieux, on a l’impression qu’ils ne supportent pas d’entendre parler de Dieu". Mais la véritable mission, dit l’avocat Herrero, "c’est d’être ici". Ici, dans la vie quotidienne, derrière les comptoirs ou au travail, au milieu de gens qui vous regardent et ne comprennent pas, qui posent des questions et s’étonnent ; des gens qui sont ombrageux, méfiants, effrayés. Être ici, comme Maria, 27 ans, maîtresse dans une école maternelle où tant d’enfants ont des parents déjà séparés, et donner le témoignage d’une famille dans laquelle on s’aime pour toujours. 

Ou bien encore comme l’un des jeunes espagnols, qui travaille, l’été, comme barman chez un marchand de crèmes glacées : il a piqué la curiosité du patron, qui est venu écouter la catéchèse, un soir, et qui est revenu ensuite. Cela porte sur un tout petit nombre de personnes : mais les néocatéchumènes n’ont pas la manie du prosélytisme. Ils sont déjà heureux d’être ici : "Avant tout, la mission nous apprend l’humilité, à nous et à nos enfants. Nous ne sommes pas des supermen, mais des hommes comme les autres, fragiles et craintifs". Craintifs ? Il faut un courage de lion pour tout abandonner et partir avec toute une nichée d’enfants vers un pays inconnu. 

D’où leur vient leur courage ? "Dieu – répondent-ils – demande à l’homme ce qu’il a de plus cher, exactement comme il l’a demandé à Abraham, qui lui a offert son fils Isaac. Mais lorsque l’on offre tout à Dieu, on découvre qu’il nous donne beaucoup plus. Et il est fidèle, il ne nous abandonne pas". Combien d’histoires pourraient raconter, ces chrétiens qui vieillissent joyeusement au milieu d’une ribambelle d’enfants et de petits-enfants. Il y a ce professeur ancien soixante-huitard qui, à trente ans, se sentait fini et déçu, et qui a aujourd’hui 9 enfants et 7 petits-enfants, plus 3 à venir prochainement. Il y a cet informaticien qui, à l’adolescence, a souffert d’être abandonné par son père et a perdu la foi ; et qui sait ce que peuvent avoir dans la tête ces jeunes de Chemnitz, avec la division de ceux qu’ils aiment. Des jeunes qui envient ses enfants : "Quelle chance vous avez – nous disent-ils souvent – vous, vous rentrez d l’école et vous prenez vos repas tous ensemble. Nous, nous mangeons tout seuls, ou avec le chat". Avec, pendant un instant, la nostalgie d’une vraie famille.

"Il y a des signes qui sont capables de toucher même le cœur de ceux qui sont les plus éloignés – dit Fritz Preis, de Vienne – et nous sommes là pour les faire connaître à ces gens". Mais quel moteur pousse à un abandon aussi extraordinaire de toute certitude ? "Moi, j’ai fait tout cela par gratitude", répond l’avocat catalan. "Gratitude pour mon épouse, pour mes enfants, pour la vie, pour tout ce que Dieu m’a donné".

On se tait, parce qu’un chrétien "normal", qui se fait déjà du souci à cause de ses enfants peu nombreux dans son pays, reste muet devant la foi de ces familles qui témoignent d’un Dieu qui demande tout mais qui donne beaucoup plus qu’il n’a reçu. On se tait, devant la sérénité de ces quatre sœurs laïques qui aident les familles à faire face aux problèmes quotidiens : "Je voulais simplement me mettre au service de Dieu", explique Silvia, romaine, avec un sourire comme on en trouve rarement dans nos villes. Verront-ils ces visages, cette joie singulière, les gens d’ici, eux qui ne croient plus à rien ? Quand les néocatéchumènes expliquent qu’ils sont venus de Rome et de Barcelone pour annoncer que le Christ est ressuscité, les gens de Chemnitz se détournent, troublés, comme dérangés dans un profond sommeil. Quelquefois ils répondent : "Nous voudrions y croire, mais nous n’en sommes pas capables". 

Deux générations sans Dieu, c’est beaucoup, pour la mémoire des hommes. Mais lorsque, un jour, quelques-uns des enfants du professeur Rebeggiani se sont mis à chanter depuis le balcon de leur logement – pour le pur plaisir de le faire – le vieux chant "Non nobis Domine sed nomini tuo da gloriam", les voisins se sont mis à leurs fenêtres et ils y sont restés pour écouter. Et une veuve a demandé aux jeunes de chanter ce même chant au cimetière, en mémoire de son mari mort. Ils l’ont fait et l’un de ceux qui étaient là s’est approché, quand ils ont eu fini de chanter, et leur a dit : "Cela fait tellement longtemps que je n’avais pas entendu quelque chose qui m’ait donné une espérance".

Qui sait, se demande-t-on, si les choses n’ont pas aussi commencé de cette façon pour le petit groupe de moines bénédictins et de laïcs qui sont arrivés ici en 1136 : par l’étonnement d’hommes qui entrevoyaient en eux une beauté et en éprouvaient une mystérieuse nostalgie.

Le quotidien de la conférence des évêques d’Italie qui a publié ce reportage, dans le cadre d’une enquête répartie sur plusieurs numéros et dont le thème était "Les graines de la foi" dans différentes villes de plusieurs continents :

> Avvenire

C’est également "Avvenire" qui a publié, le 14 septembre, la synthèse suivante du livre d’Andreas Püttman :

> Scristianizzazione, la sfida della Germania


À propos du Chemin néocatéchuménal fondé par Kiko Argüello et des controverses qui en ont marqué le parcours, on peut voir sur www.chiesa :

> Focus MOUVEMENTS CATHOLIQUES


Le programme et les textes du voyage de Benoît XVI à Berlin, Erfurt et Fribourg-en-Brisgau :

> Voyage apostolique en Allemagne, 22-25 septembre 2011

Le soir du samedi 17 septembre, la télévision publique allemande ARD a diffusé, au cours de l’émission "Wort zum Sonntag", l’intervention suivante de Benoît XVI, dans la perspective de son voyage :

> "Chers compatriotes..."


Le pape y a notamment déclaré :

"Peut-être me demanderez-vous : 'Mais Dieu, existe-t-il ? Et s’il existe, s’occupe-t-il vraiment de nous ? Pouvons-nous arriver jusqu’à Lui ?'. Bien sûr, c’est vrai : nous ne pouvons pas mettre Dieu sur la table, nous ne pouvons pas le toucher comme un ustensile ou le prendre en main comme n’importe quel objet. Nous devons de nouveau développer la capacité de perception de Dieu, capacité qui existe en nous. Nous pouvons pressentir quelque chose de la grandeur de Dieu dans la grandeur du cosmos. Nous pouvons utiliser le monde à travers la technique, parce qu’il est construit de manière rationnelle. Dans la grande rationalité du monde, nous pouvons pressentir l’esprit créateur dont il provient, et dans la beauté de la création, nous pouvons pressentir quelque chose de la beauté, de la grandeur et de la bonté de Dieu. Dans la Parole des Saintes Ecritures, nous pouvons entendre des paroles de vie éternelle qui ne viennent pas simplement d’hommes mais qui viennent de Lui, et dans celles-ci, nous entendons sa voix. Et enfin, nous voyons presque Dieu aussi, dans la rencontre avec les personnes qui ont été touchées par Lui. Je ne pense pas seulement aux grands : de Paul à François d’Assise jusqu’à Mère Teresa ; mais je pense aux si nombreuses personnes simples dont personne ne parle. Et pourtant, quand nous les rencontrons, il y a de la bonté, de la sincérité, de la joie qui émane d’eux et nous savons que Dieu est là et qu’il nous touche aussi. C’est pourquoi, durant ces journées, nous voulons nous engager à revoir Dieu, pour redevenir des personnes par lesquelles une lumière de l’espérance entre dans le monde, cette lumière qui vient de Dieu et qui nous aide à vivre".


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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