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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

actualites

Card. Josef Ratzinger, NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE

Walter Covens #actualités
    Samedi et dimanche prochain les citoyens français seront appelés aux urnes pour le premier tour des élections présidentielles. L'Eglise ne fait pas de politique, mais elle ne manque pas d'idées pour guider les chrétiens dans le dédale des cadidatures aux élections présidentielles et dans la vie politique tout court.
    A partir d'aujourd'hui, et jusqu'à dimanche, je publierai chaque jour un article de fond  susceptible, à brève échéance, de vous éclairer dans votre choix, et d'une manière plus durable, d'aiguiser votre engagement dans cette forme éminente de charité qu'est (ou que devrait être) la politique.
    Cela vous demandera un peu de votre temps précieux, mais l'enjeu n'en vaut-il pas la peine ?

NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE
Cardinal Jozef Ratzinger

1. Un enseignement constant

[Cité du Vatican, 24 novembre 2002] - 1. En deux mille ans d'histoire, l'engagement du chrétien dans le monde s'est réalisé de manières diverses. L'une d'elle a été la participation à l'action politique: les chrétiens, affirmait un écrivain ecclésiastique des premiers siècles, “participent à la vie publique comme citoyens”[1]. L'Église vénère, parmi ses saints, bien des hommes et des femmes qui ont servi Dieu par leur engagement généreux dans les activités politiques et de gouvernement. Parmi ceux-ci, S. Thomas More, proclamé Patron des Gouvernants et des Politiciens, a su témoigner jusqu'à la mort “la dignité inaliénable de la conscience”[2]. Il a refusé tout compromis, bien que soumis à diverses formes de pression psychologiques. Sans renier “la fidélité constante à l'autorité et aux institutions légitimes” qui l'avait distingué, il a affirmé par sa vie et sa mort, que “l'homme ne peut séparer de Dieu, ni la politique, ni la morale”[3].

Les sociétés démocratiques actuelles, où, demeure appréciable le fait que tous participent à la gestion de la “chose publique” dans un climat de vraie liberté[4], demandent des formes de participation à la vie publique nouvelles et plus larges de la part des citoyens qu'ils soient chrétiens ou non chrétiens. En effet, tous peuvent contribuer, par leur vote, à l'élection des législateurs et des gouvernants. Ils peuvent aussi par d'autres moyens participer à l'élaboration des orientations politiques et des choix législatifs qui, selon eux servent le mieux le bien commun[5]. La vie, dans un système politique démocratique, ne pourrait se dérouler de manière profitable sans un engagement actif, responsable et généreux de tous. Encore que cela implique “une diversité et une complémentarité des formes, des niveaux, des devoirs et des responsabilités”[6].

“Les fidèles laïcs qui, guidés par la conscience chrétienne”[7], accomplissent les devoirs civils communs selon les valeurs conformes à cette conscience, accomplissent aussi leur tâche d'animer chrétiennement l'ordre temporel. Ils en respectent la nature et la légitime autonomie[8]. Ils coopèrent avec les autres citoyens, selon leur compétence de laïcs et sous leur propre responsabilité[9]. Il résulte de cet enseignement fondamental du Concile Vatican II que “ les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la ‘politique'. C'est-à-dire à l'action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle qui a pour but de promouvoir organiquement et par les institutions le bien commun”[10]. Ce bien commun inclut la défense et la promotion de réalités telles que l'ordre public et la paix, la liberté et l'égalité, le respect de la vie humaine et de l'environnement, la justice, la solidarité, etc.

La présente Note ne prétend pas proposer de nouveau l'entièreté de l'enseignement de l'Église sur le sujet; celui-ci a d'ailleurs été résumé pour l'essentiel dans le Catéchisme de l'Église catholique. Elle veut simplement rappeler quelques principes qui inspirent la conscience chrétienne, dans l'engagement social et politique des catholiques dans les sociétés démocratiques[11]. En effet, ces derniers temps, le cours rapide des événements a souvent provoqué l'émergence d'orientations ambiguës et de positions contestables, qui rendent utile la clarification de dimensions et d'aspects importants de cette thématique.

II. Quelques points essentiels dans le débat culturel et politique actuel

2. La société civile se trouve aujourd'hui dans un processus culturel complexe qui signale la fin d'une époque et l'incertitude pour les temps nouveaux qui pointent à l'horizon. Les grandes conquêtes auxquelles on assiste, invitent à vérifier quel cheminement positif l'humanité a accompli dans le progrès et dans l'acquisition de conditions de vie plus humaines. La croissance de responsabilité vis-à-vis des pays encore en voie de développement est certainement un signe de grande importance. Ceci démontre la sensibilité croissante pour le bien commun. Il n'est cependant pas possible de taire, à ce propos, les graves dangers de certaines tendances culturelles, qui, par le biais des législations, voudraient orienter les comportements des futures générations.

On constate aujourd'hui un certain relativisme culturel qui se révèle dans sa nature comme un système et une défense d'un pluralisme éthique favorable à la décadence et à la dissolution de la raison et des principes de la loi morale naturelle. Suite à cette tendance, il n'est malheureusement pas rare de rencontrer, dans des déclarations publiques, des assertions qui soutiennent qu'un tel pluralisme éthique est la condition de la démocratie[12]. Il en résulte d'une part, que les citoyens revendiquent, pour leurs propres choix moraux, la plus complète autonomie, tandis que de l'autre, les législateurs se voient obligés de respecter cette liberté de choix. À ce propos, ils formulent des lois qui font fi des principes de l'éthique naturelle plutôt soumises à des orientations culturelles ou morales transitoires[13], comme si toutes les conceptions possibles de la vie avaient une égale valeur. En même temps, on invoque de manière trompeuse la valeur de la tolérance, et on demande à une bonne partie des citoyens - entre autres aux catholiques - de renoncer à participer à la vie sociale et politique de leur propre pays selon la conception de la personne et du bien commun qu'ils pensent humainement vraie et juste ; la conception qu'ils pensent devoir être réalisée par les moyens permis, légalement mis à la disposition de tous les membres de la communauté politique par le système juridique démocratique. Ils ont raison les citoyens qui jugent complètement fausse la thèse relativiste pour laquelle une norme morale enracinée dans la nature même de l'être humain n'existe pas. L'histoire du XXe siècle l'a montré. Toute conception de l'homme, du bien commun, de l'État doit se soumettre au jugement de cette norme morale.

3. Cette conception relativiste du pluralisme n'a rien à voir avec la légitime liberté qu'ont les citoyens catholiques de choisir, parmi les opinions politiques compatibles avec la foi et la loi morale naturelle, celle qui correspond le mieux aux exigences du bien commun, selon leur critère propre. La liberté politique n'est pas fondée sur l'idée relativiste selon laquelle toutes les conceptions du bien de l'homme ont la même vérité et la même valeur. Elle ne peut être fondée la-dessus, mais plutôt sur le fait que les activités politiques visent au coup par coup, à des réalisations extrêmement concrètes du vrai bien humain et social, dans un contexte historique, géographique, économique, technologique et culturel bien déterminé. La réalisation concrète et la diversité des circonstances engendrent généralement une pluralité d'orientations et de solutions. Cependant, celles-ci doivent être moralement acceptables. Il n'appartient pas à l'Église de formuler des solutions concrètes - et encore moins des solutions uniques - pour des questions temporelles que Dieu a laissées au jugement, libre et responsable, de chacun. Par contre, quand la foi et la loi morale le requièrent[14], elle a le droit et le devoir d'exprimer des jugements moraux sur des réalités temporelles. Si le chrétien est tenu “d'admettre la légitime multiplicité et diversité des options temporelles”[15], il est aussi appelé à s'opposer à une conception du pluralisme adaptée au relativisme moral nocive à la vie démocratique elle-même. La vie démocratique a besoin de fondements vrais et solides, c'est-à-dire de principes éthiques que leur nature et leur rôle de fondement de la vie sociale rendent non “négociables”.

Sur le plan de la “militance” politique concrète, il faut noter le caractère contingent de certains choix sociaux, le fait que souvent diverses stratégies sont possibles pour réaliser ou garantir une même valeur fondamentale, la possibilité d'interpréter de manière différente certains principes qui sont à la base de la théorie politique, et aussi la complexité technique d'une bonne partie des problèmes politiques ; tout cela explique le fait qu'il puisse y avoir généralement une pluralité de partis à l'intérieur desquels les catholiques puissent choisir de militer, pour exercer, - surtout à travers la représentation parlementaire - leur droit-devoir de participer à la construction de la vie civile de leur pays[16]. Ce constat évident ne peut cependant être confondu avec un pluralisme indéterminé dans le choix des principes moraux et des valeurs fondamentales auxquels on se réfère. La légitime pluralité des options temporelles garde intacte la matrice dont provient l'engagement des catholiques dans la politique, et celle-ci renvoie directement à la doctrine morale et sociale chrétienne. C'est à cet enseignement que les laïcs catholiques doivent toujours se confronter pour être certains qu'une responsabilité cohérente vis-à-vis des réalités temporelles marque leur participation à la vie politique.

L'Église est consciente que la voie de la démocratie si, d'un côté, elle exprime le mieux la participation directe des citoyens aux choix politiques, n'est possible, de l'autre côté, que dans la mesure où elle est fondée sur une juste conception de la personne[17]. Sur ce principe l'engagement des catholiques ne peut céder à aucun compromis. Sinon, c'est le témoignage de la foi chrétienne dans le monde qui serait atteint, ainsi que l'unité et la cohérence intérieure des fidèles eux-mêmes. La structure démocratique sur laquelle se construit un État moderne, serait plutôt fragile si elle ne prenait pas comme fondement la centralité de la personne. De fait, seul le respect de la personne rend possible la participation démocratique. Comme l'enseigne le Concile Vatican II, “la garantie des droits de la personne est, en effet, une condition indispensable pour que les citoyens, individuellement ou en groupe puissent participer activement à la vie et à la gestion des affaires publiques”[18].

4. Ainsi, les problématiques actuelles se déploient en une intrication complexe, qui est sans commune mesure avec les thématiques des siècles passés. Le progrès de la science a, en effet permis d'atteindre des objectifs qui ébranlent les consciences et obligeraient à trouver des solutions capables de respecter les principes éthiques d'une manière cohérente et solide. Par contre, on assiste à des tentatives de législation qui veulent briser l'intangibilité de la vie humaine et qui ne se soucient pas des conséquences qui en dérivent dans la formation de la culture et des comportements sociaux, pour l'existence et l'avenir des peuples.
Les catholiques ont le droit et le devoir d'intervenir dans ce déferlement, pour rappeler au sens le plus profond de la vie et à la responsabilité qui incombe à tous en cette matière. Dans la continuité à l'enseignement constant de l'Église, Jean-Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont “une obligation grave et précise de s'opposer” à toute loi qui s'avère un attentat à la vie humaine. Pour eux, comme pour tout catholique, existe l'impossibilité de participer à une campagne en leur faveur, et il n'est permis à personne de les soutenir par son vote[19]. Comme l'a enseigné le Pape lui-même, dans la Lettre encyclique Evangelium vitae, à propos du cas où il ne serait pas possible de conjurer ou d'abroger complètement une loi abortiste déjà en vigueur ou mise aux voix, cela n'empêche pas qu'un parlementaire dont l'opposition personnelle absolue à l'avortement serait manifeste et connue de tous, puisse licitement apporter son soutien à des propositions visant à “limiter les préjudices [souligné dans le texte, Ndlr] d'une telle loi et à en diminuer les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique”[20]

Dans ce contexte, il est nécessaire d'ajouter, que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote, la mise en acte d'une loi ou d'un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées. Parce que la foi est constituée comme une unité infrangible, il n'est pas logique d'isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique. L'engagement politique en faveur d'un aspect isolé de la doctrine sociale de l'Église ne suffit pas à épuiser la responsabilité pour le bien commun. Le catholique ne peut penser non plus à déléguer à d'autres l'engagement chrétien qu'il a reçu de l'Évangile de Jésus-Christ, pour que la vérité sur l'homme et sur le monde puisse être annoncée et rejointe.

Quand l'action politique se confronte avec des principes moraux qui ne permettent pas de dérogation, d'exception, ni aucun compromis, alors l'engagement politique des catholiques devient plus évident et chargé de responsabilités. En face de ces exigences éthiques fondamentales, auxquelles on ne peut renoncer, les chrétiens doivent savoir en effet qu'est en jeu l'essence de l'ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. C'est le cas, par exemple, des lois civiles en matière d'avortement et d'euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l'acharnement thérapeutique, qui du point de vue moral est aussi légitime). Ces lois doivent protéger le droit primordial à la vie à partir de la conception jusqu'à son terme naturel. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter l'embryon humain et de protéger ses droits. De façon analogue, il faut sauvegarder la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et la préserver dans son unité et sa stabilité, en face des lois modernes sur le divorce : d'autres formes de convivence ne peuvent lui être égalée juridiquement en aucune manière, ni recevoir en tant que telles une reconnaissance légale. De même, la garantie de la liberté d'éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits de l'homme. On devrait penser aussi à la protection sociale des mineurs et à la libération des victimes des formes modernes d'esclavage (par exemple, la drogue et l'exploitation de la prostitution). On ne peut exclure de cette liste le droit à la liberté religieuse et le développement dans le sens d'une économie qui soit au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale, du principe de solidarité humaine et de la subsidiarité, qui veut que “les droits de toutes les personnes, des familles et des groupes, ainsi que leur exercice, soient reconnus, respectés et valorisés”[21]. Comment ne pas voir, enfin, dans cette exemplification le grand thème de la paix. Une vision irénique et idéologique tend, parfois, à séculariser la valeur de la paix, tandis que dans d'autres cas, on entérine un jugement éthique sommaire, oubliant la complexité des raisons en cause. La paix est toujours “œuvre de la justice et effet de la charité”[22], elle exige le refus radical et absolu de la violence et du terrorisme et demande un engagement constant et attentif de la part de ceux qui ont la responsabilité politique.

III. Principes de la doctrine catholique sur la laïcité et le pluralisme

5. S'il est permis de penser à l'utilisation d'une pluralité de méthodologies reflétant des sensibilités et des cultures différentes en face de ces problématiques, aucun fidèle chrétien ne peut certes en appeler au principe du pluralisme et de l'autonomie des laïcs en politique pour favoriser des solutions de compromis qui compromettent ou atténuent la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société. En soi, il ne s'agit pas de “valeurs confessionnelles”. En effet ces exigences éthiques s'enracinent dans l'être humain et appartiennent à la loi morale naturelle. Elles n'exigent pas que celui qui les défend, professe la foi chrétienne, même si la doctrine de l'Église les confirme et les protège toujours et partout, comme service désintéressé à la vérité sur l'homme et au bien commun de la société civile. D'autre part, on ne peut nier que la politique doit aussi se référer à des principes qui possèdent une valeur absolue justement parce qu'ils sont au service de la dignité de la personne et du vrai progrès humain.

6. L'appel, qui revient souvent, à propos de la “laïcité” et qui devrait guider l'engagement des catholiques, demande une clarification, et pas seulement au niveau terminologique. La promotion en conscience du bien commun de la société politique n'a rien à voir avec le “confessionalisme” ou l'intolérance religieuse. Pour la doctrine morale catholique la laïcité est comprise comme une autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique,- mais pas par rapport à la sphère morale. C'est une valeur, reconnue par l'Église, que l'on acquiert et qui fait partie du patrimoine de civilisation obtenu[23]. Jean-Paul II a mis en garde plusieurs fois contre les périls qu'entraîne toute confusion entre la sphère religieuse et la sphère politique. “Elles sont très délicates les situations dans lesquelles une norme spécifiquement religieuse devient, ou tend à devenir, loi de l'État, sans que l'on tienne suffisamment compte de la distinction entre les compétences religieuses et celles de la société politique. En fait, identifier la loi religieuse avec la loi civile peut effectivement étouffer la liberté religieuse et même limiter ou nier d'autres droits humains inaliénables[24]. Tous les fidèles sont bien conscients que les actes spécifiquement religieux (profession de la foi, accomplissement des actes de culte ou des sacrements, doctrines théologiques, communication entre les autorités religieuses et les fidèles, etc.) tombent hors de la compétence de l'État. Ce dernier ne doit pas s'en mêler, il ne peut en aucune manière y obliger ou les empêcher, en dehors des exigences fondées sur l'ordre public. La reconnaissance des droits civils et politiques et la répartition des services publics ne peuvent dépendre de convictions ou prestations de nature religieuse de la part des citoyens.

Les citoyens catholiques ont le droit et le devoir, comme tous les autres, de rechercher sincèrement la vérité, de promouvoir et de défendre par tous les moyens licites, les vérités morales sur la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et les autres droits de la personne. Le fait que certaines de ces vérités soient aussi enseignées par l'Église ne réduit en rien la légitimité civile et la laïcité de l'engagement de ceux qui se reconnaissent en elles, indépendamment du rôle joué par la recherche rationnelle et la confirmation reçue de la foi, dans la manière de les connaître. La “laïcité”, en effet, désigne en premier lieu l'attitude de celui qui respecte les vérités qui procèdent de la connaissance naturelle sur l'homme vivant en société. Peu importe que ces vérités soient enseignées aussi par telle ou telle religion particulière puisque la vérité est une. Ce serait une erreur de confondre la juste autonomie que les catholiques doivent avoir en politique, avec la revendication d'un principe indépendant de l'enseignement moral et social de l'Église.

Par son intervention dans ce domaine, le Magistère de l'Église ne veut pas exercer un pouvoir politique ni éliminer la liberté d'opinion des catholiques sur des questions contingentes. Il veut au contraire - comme c'est son devoir - former et illuminer la conscience des fidèles, surtout quand ils se consacrent à un engagement dans la vie politique pour que leur action reste toujours au service de la promotion intégrale de la personne et du bien commun. L'enseignement social de l'Église n'est pas une ingérence dans le gouvernement des différents pays. Il propose certainement un devoir moral de cohérence pour les fidèles laïcs, à l'intérieur de leur conscience, une et unique. “Dans leur existence, il ne peut y avoir deux vies parallèles, d'un côté la vie qu'on nomme ‘spirituelle' avec ses valeurs et ses exigences; et de l'autre, la vie dite “séculière”, c'est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d'engagement politique, d'activités culturelles. Le sarment greffé sur la vigne qui est le Christ, donne ses fruits en tout secteur de l'activité et de l'existence. Tous les secteurs de la vie laïque, en effet, rentrent dans le dessein de Dieu, qui veut comme “lieu historique” de la révélation et de la réalisation de la charité de Jésus-Christ à la gloire du Père et au service des frères. Toute activité, toute situation, tout engagement concret - comme, par exemple, la compétence et la solidarité dans le travail, l'amour et le dévouement dans la famille et dans l'éducation des enfants, le service social et politique, la présentation de la vérité dans le monde de la culture - tout cela est une occasion providentielle pour “un exercice continuel de la foi, de l'espérance et de la charité”[25].

Vivre et agir politiquement en conformité avec sa conscience ne revient pas à un entérinement servile de positions étrangères à l'engagement politique ou d'une forme de confessionalisme. C'est plutôt, l'expression par laquelle les chrétiens offrent leur contribution cohérente pour qu'à travers la politique s'instaure un ordre social plus juste et plus adéquat à la dignité de la personne humaine.

Dans les sociétés démocratiques, toutes les propositions sont librement évaluées et discutées. Ils entérineraient une forme de laïcisme intolérant, ceux qui, au nom de la conscience individuelle, voudraient voir dans le devoir moral qu'ont les chrétiens d'être cohérents avec leur conscience, un signal pour les disqualifier politiquement et leur refuser le droit d'agir en politique conformément à leurs convictions sur le bien commun. Dans cette perspective, on nierait non seulement toute importance politique et culturelle à la foi chrétienne, mais aussi la possibilité même d'une éthique naturelle. S'il en était ainsi, la voie serait ouverte à une anarchie morale qui ne pourrait jamais être identifiée avec aucune forme de pluralisme légitime. La domination du plus fort sur le faible serait la conséquence évidente d'un tel choix de société. D'autre part, la marginalisation politique du christianisme ne pourrait servir à l'avenir d'une société telle qu'on en fait le projet, ni à la concorde entre les peuples. Au contraire, cela minerait les fondements mêmes de la civilisation au niveau culturel et spirituel[26].

IV. Considérations sur des aspects particuliers

7. Dans des circonstances récentes, il est arrivé que même à l'intérieur d'associations ou d'organisations politiques chrétiennes, émergent des orientations en faveur de forces et mouvements politiques, qui ont pris, sur des questions politiques fondamentales, des positions contraires à l'enseignement moral et social de l'Église. De tels choix et leur ratification, parce qu'ils sont en contradiction avec des principes fondamentaux de la conscience chrétienne, ne sont pas compatibles avec l'appartenance à des associations ou à des organisations qui se définissent comme catholiques. De manière analogue, il faut relever que, dans certains pays, des revues et des périodiques catholiques ont donné à leurs lecteurs une orientation ambiguë et incohérente, à l'occasion de choix politiques. Ils ont interprété de manière équivoque le sens de l'autonomie catholique en politique, sans prendre en considération les principes auxquels on devrait se référer.

La foi en Jésus-Christ, qui s'est défini lui-même comme “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14,6), demande aux chrétiens un effort pour s'insérer, avec un engagement majeur, dans la construction d'une culture qui, sous l'inspiration de l'Évangile, propose à nouveau le patrimoine de valeurs et le contenu de la Tradition catholique. La nécessité de présenter en termes contemporains, le fruit de l'héritage spirituel, intellectuel et moral du catholicisme, paraît aujourd'hui marquée par une urgence qu'on ne peut reporter. Sinon, on risquerait une dispersion culturelle des catholiques. D'ailleurs, la densité culturelle acquise et la maturité d'expérience de l'engagement politique que les catholiques ont réussi à développer, dans divers pays, surtout dans les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale, ne peuvent susciter en eux aucun complexe d'infériorité en face d'autres propositions dont l'histoire récente a démontré la faiblesse ou l'échec radical. Il ne faut pas penser, ce serait réducteur, que l'engagement des catholiques puisse se limiter à une simple transformation des structures. En effet, si à la base il n'y a pas une culture capable de recevoir, de justifier et de transformer en projets les exigences qui dérivent de la foi et de la morale, les transformations reposeront toujours sur des fondements fragiles.

La foi n'a jamais prétendu emboutir dans un schéma rigide les contenus sociaux-politiques. Elle est consciente que la dimension historique du vécu de l'homme impose de tenir compte de situations imparfaites et souvent en rapide mutation. Dans cette ligne, il faut rejeter les positions politiques et les comportements inspirés d'une vision utopiste. Cette vision, transformant la tradition de la foi biblique en une espèce de prophétisme sans Dieu, instrumentalise le message religieux, en dirigeant la conscience vers une espérance seulement terrestre qui annule ou réduit la tension chrétienne vers la vie éternelle.

En même temps, l'Église enseigne qu'il n'existe pas d'authentique liberté sans la vérité. “La vérité et la liberté se conjuguent ensemble, ou bien elles périssent misérablement ensemble”, a écrit Jean-Paul II[27]. Dans une société où la vérité n'est pas recherchée, où on ne cherche pas à la rejoindre, toute forme d'exercice authentique de la liberté est aussi affaiblie. Cela ouvre la voie à un libertinisme et à un individualisme qui nuisent à la protection du bien de la personne et de la société entière.

8. À ce propos il est bon de rappeler une vérité qui n'est pas toujours perçue et n'est pas formulée comme il se doit dans l'opinion publique commune: le droit à la liberté de conscience et spécialement à la liberté religieuse, proclamé par la Déclaration Dignitatis humanae du Concile Vatican II, se fonde sur la dignité ontologique de la personne humaine, et non certes sur une égalité entre les religions, ou entre les systèmes culturels humains[28]. Cette égalité n'existe pas. Dans la même ligne, le Pape Paul VI a affirmé que “le Concile ne fonde en aucune manière ce droit à la liberté religieuse sur le fait que toutes les religions et toutes les doctrines, même erronées, auraient une valeur plus ou moins égale; il le fonde, au contraire, sur la dignité de la personne humaine, qui requiert de n'être pas soumise à des contraintes extérieures qui tendent à opprimer la conscience dans sa recherche de la vraie religion et sa soumission à celle-ci”[29]. L'affirmation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse ne contredit donc pas du tout la condamnation de l'indifférentisme et du relativisme religieux de la part de la doctrine catholique[30;]au contraire elle est pleinement cohérente avec elle.

V. Conclusion

9. Les orientations données dans cette Note veulent éclairer un des aspects les plus importants de l'unité de la vie chrétienne, rappelée par le Concile Vatican II: la cohérence entre la foi et la vie, entre l'Évangile et la culture. Le Concile exhorte les fidèles à “remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l'esprit de l'Évangile. Ils s'éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future, croient pouvoir, pour cela, négliger leurs tâches humaines sans s'apercevoir que la foi même, compte tenu de la vocation de chacun, leur en fait un devoir pressant”. Que les fidèles soient désireux de pouvoir “mener leurs activités terrestres en unissant dans une synthèse vitale tous les efforts humains et familiaux, professionnels, scientifiques, techniques, avec les valeurs religieuses sous la souveraine ordonnance desquelles tout se trouve coordonné à la gloire de Dieu”[31].

Le Souverain Pontife Jean-Paul II, durant l'audience du 21 novembre 2002, a approuvé et ordonné la publication de cette Note, qui avait été décidée par la Session ordinaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 24 novembre 2002, Solennité du Christ Roi de l'Univers.

+ JOSEPH CARD.RATZINGER,
Préfet.
+ TARCISIO BERTONE, S.D.B.
Archevêque émérite de Verceil, Secrétaire.

Notes

[1] Lettre À DIOGNÈTE, 5,5. Cf. aussi Catéchisme de l'Église Catholique, n. 2240
[2] JEAN-PAUL II, Lett. apost. Motu proprio pour la proclamation de S. Thomas More Patron des Gouvernants et des Politiciens, n. 1, AAS 93 (2001) 76-80
[3] Ibid. , n. 4.
[4] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 31; Catéchisme de l'Église Catholique, n. 1915.
[5] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 75.
[6] JEAN-PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 42, AAS 81 (1989)393-521. La présente note doctrinale se rapporte évidemment à l'engagement politique des fidèles laïcs. Les Pasteurs ont le droit et le devoir de proposer les principes moraux également sur l'ordre social; “toutefois la participation active dans les partis politiques est réservée aux laïcs” (JEAN_PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 60). Cf. aussi CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, 31-I- 1994, n. 33.
[7] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.
[8] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 36
[9] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Décr. Apostolicam actuositatem, n. 7. Const. dogm. Lumen Gentium, n. 36 et Const. past. Gaudium et spes, n.31 et 43.
[10] JEAN-PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 42.
[11] Dans les derniers siècles, le Magistère de l'Église s'est occupé plusieurs fois des questions principales qui regardent l'ordre social et politique. Cf. LEON XIII, Encycl. Diuturnum illud, ASS 14 (1881/82) 4ss; Encycl. Immortale Dei, ASS 18 (1885/86) 162ss; Encycl. Libertas praestantissimum, ASS 20, (1887/88) 593ss; Encycl. Rerum novarum, ASS 23 (1890/91) 643 ss; BENOIT XV, Encycl. Pacem Dei munus pulcherrimum, AAS 12 (1920) 209ss; PIE XI, Encycl. Quadragesimo anno, AAS 23 (1931) 190 ss; Ep. Encycl. Mit brennender Sorge, AAS 29 (1937) 145-167; Encycl. Divini redemptoris, AAS 29 (1937) 78 ss.; PIE XII, Encycl. Summi Pontificatus, AAS 31 (1939) 423ss; Radio-messages de Noël 1941-1944; JEAN XXIII,Encycl. Mater et Magistra, AAS 53 (1961) 401-4634; Lett. Encycl. Pacem in terris, AAS 55 (1963) 257-304; PAUL VI, Lett. encycl. Populorum Progressio, AAS 59 (1967) 205-299; Lett. apost. Octogesima adveniens, AAS 63 (1971) 401441.
[12] Cf. JEAN-PAUL II, Encycl. Centesimus annus, n. 46, AAS 83 (1991) 793-867; Encycl. Veritatis splendor, n. 101, AAS 85 (1993) 1133-1228; Discorso al Parlamento italiano in seduta pubblicae comune, L'Osservatore Romano, 14-XI-2002, n. 5.
[13] Cf. JEAN-PAUL II, Encycl. Evangelium vitae, n. 22, AAS 87 (1995) 401.522.
[14] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n.76.
[15] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n.75.
[16] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, nn.43 et 75.
[17] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n.25.
[18] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 73.
[19] Cf. JEAN-PAUL II, Encycl. Evangelium vitae, n.73.
[20] Ibid.
[21] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 75.
[22] Catéchisme de l'Église catholique, n. 2304.
[23] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.
[24] JEAN-PAUL II, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la Paix 1991: Si tu veux la paix, respecte la conscience de tout homme”, IV, AAS 83 (1991) 410-421.
[25] JEAN-PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 59. Le passage cité est du CONC. Oecum. VAT. II, Décr. Apostolicam actuositatem, n. 4.
[26] JEAN-PAUL II, Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint Siège, in L'Osservatore Romano, 11 janvier 2002.
[27] JEAN-PAUL II, Lett. encycl. Fides et ratio, n. 90, AAS 91 (1999) 5-88
[28] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Décl. Dignitatis humanae, n. 1: “Le Concile déclare que Dieu a lui-même fait connaître au genre humain la voie la voie par laquelle en le servant, les hommes peuvent obtenir le salut et parvenir à la béatitude. Cette unique vraie religion, nous croyons qu'elle subsiste dans l'Eglise catholique et apostolique”. Cela n'empêche pas l'Église de considérer avec un vrai respect les différentes traditions religieuses, et même de reconnaître qu'il y a en elles des “éléments de vérité et de bonté”. Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 16; Décr. Ad gentes, n. 11; Décl. Nostra aÉtate, n. 2; JEAN-PAUL II, Lett. encycl. Redemptoris missio, n. 55, AAS 83 (1991) 249-340; CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Décl. Dominus Jesus, nn. 2; 8; 21, AAS. 92 (2000) 742-765.
[29] Cf. PAUL VI, Discours au Sacré Collège et à la Prélature romaine, in “Insegnamenti di Paolo VI” 14 (1976), 1088-1089.
[30] Cf. PIE IX, Encycl. Quanta cura, AAS 3 (1867) 162; LÉON XIII, Encycl. Immortale Dei, ASS 18 (1885) 170-171; Pio XI, Enc. Quas Primas, AAS 17 (1925) 604-605: Catéchisme de l'Église catholique, n. 2108; CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Décl. Dominus Jesus, n. 22.
[31] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 43. Cf. aussi JEAN-PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 59.

Benoît XVI précise la date de la Passion du Christ

Walter Covens #actualités

Benoît XVI précise la date de la passion du Christ,
lors de la messe du Jeudi saint
en s’appuyant sur les manuscrits de le Mer Morte

    Le pape s’est ainsi exprimé au cours de la messe du Jeudi saint qu’il présidait le 5 avril 2007 en fin d’après-midi dans la basilique romaine de Saint-Jean de Latran.

    Benoît XVI a affirmé que “dans les récits des évangélistes, il existe une apparente contradiction entre l’Evangile de Jean d’une part, et ceux que nous communiquent Matthieu, Marc et Luc d’autre part“. “Selon Jean, Jésus mourut sur la croix au moment précis où, dans le temple, les agneaux pascals étaient immolés“, a-t-il expliqué, ajoutant que “sa mort et le sacrifice des agneaux coïncidaient“. “Mais cela signifie qu’il est mort à la veille de Pâques et ne pouvait donc pas célébrer le repas pascal“, a continué le pape.

    Le pape a aussi souligné que “selon les trois évangiles synoptiques, au contraire, la dernière cène de Jésus fut une cène pascale et dans cette forme traditionnelle il inséra la nouveauté du don de son corps et de son sang“. “Cette contradiction semblait insoluble jusqu’à il y a quelques années“, a-t-il alors continué, soulignant le fait que “la majorité des exégètes étaient de l’avis que Jean n’avait pas voulu nous communiquer la vraie date historique de la mort de Jésus, mais avait choisi une date symbolique pour rendre ainsi évidente une vérité plus profonde: Jésus est le nouveau et véritable agneau qui a répandu son sang pour nous tous“.

    “La découverte des manuscrits de Qumran nous a conduits entre temps à une possible solution convaincante qui, si elle n’est pas encore acceptée par tous, possède toutefois un haut degré de probabilité“, a enfin affirmé Benoît XVI. Pour le pape, “nous sommes désormais en mesure de dire que ce que Jean a affirmé est historiquement précis“. “Jésus a réellement répandu son sang à la veille de Pâques au moment de l’immolation des agneaux“, a-t-il continué. “Mais il a célébré la Pâque avec ses disciples probablement selon le calendrier de Qumran, donc au moins un jour avant - il l’a célébré sans agneau, comme la communauté de Qumran“.

    Les manuscrits de Qumran, connus aussi sous le nom de "Manuscrits de la mer Morte", sont une série de parchemins découverts en 1947 dans cette localité, au nord-ouest de la Mer morte. L’écriture de ces manuscrits pourrait être attribuée à une secte dissidente juive que l’on appelle la communauté des Esséniens. Certains ont évoqué l’appartenance de Jésus ou de Jean-Baptiste à cette communauté.

© ctb/apic/imedia/ms/ami/pr

Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Lettre ouverte aux candidats

Walter Covens #actualités
C'est bien volontiers que je porte à votre connaissance la lettre ouverte que Mgr Catenoz, archevêque d'Avignon, publie dans les colonnes de Liberté Politique et qu'il adresse aux candidats des prochaines élections présidentielles en France.

Ne laissons pas aux évêques l'exclusivité de faire pression sur le débat électoral. Leur parole n'aura de poids dans l'opinion publique face aux groupes de pression de la culture de mort que si elle est secondée par notre appui actif et massif.

La meme chose vaut pour la récente prise de parole de notre Saint-Père Benoît XVI au sujet de la construction européenne à l'occasion du cinquantième anniversaire du Traité de Rome. Il y va de l'avenir de vos enfants et de vos petits-enfants, de toutes les générations futures: auront-elles de nous le fier souvenir d'une époque courageuse ou bien la honte au visage en évoquant notre lâcheté devenue proverbiale? La parole est à vous aussi! Maintenant...

26 mars Élections 2007 - Parole d’évêque
Lettre ouverte aux candidats Lettre ouverte aux candidats
Mgr Jean-Pierre Cattenoz*

L’archevêque d’Avigon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz a souhaité que cette “Lettre ouverte” soit publiée par Libertépolitique.com. Très sensible à sa confiance, nous invitons tous nos lecteurs à faire largement connaître ce document à leur entourage.


MESDAMES ET MESSIEURS LES CANDIDATS, quand je vous écoute, j’ai mal pour mon pays. Bien sûr, je me réjouis devant les germes d’espérance contenus dans les nombreuses propositions énoncées dans vos programmes.

Il y a quelques semaines, je me suis réjoui de vous voir tous unanimes pour inscrire l’abolition de la peine de mort dans notre Constitution. Aujourd’hui, je suis consterné par vos programmes qui portent en eux les germes d’une culture de mort pour notre société.

Certes, comme archevêque d’Avignon, il ne m’appartient pas de prendre position publiquement pour l’un ou l’une d’entre vous. De même, en intervenant, je n’entends nullement porter atteinte à la liberté politique des catholiques de mon diocèse. Je voudrais seulement vous alerter et alerter tous les hommes de bonne volonté sur plusieurs points de la campagne électorale dont les enjeux me semblent majeurs pour l’avenir de notre pays.


DEFENDRE LE PATRIMOINE DE L’HUMANITE

Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie. Or je constate combien en laissant fragiliser la famille vous portez atteinte au patrimoine de l’humanité.
La famille est le sanctuaire de la vie, une réalité décisive et irremplaçable pour le bien commun des peuples. Elle est la cellule vitale et le pilier de toute vie en société. L’avenir de l’humanité passe par la famille. Elle est le centre névralgique de toute société, une école d’humanisation de l’homme où il peut grandir et devenir pleinement homme. La famille est le lieu privilégié et irremplaçable où l’homme apprend à recevoir et à donner l’amour qui seul donne sens à la vie. Elle est le lieu naturel de la conception, de la naissance, de la croissance et de l’éducation des enfants. Elle est le milieu naturel où l’homme peut naître dans la dignité, grandir et se développer de manière intégrale.

L’institution du mariage
, fondement de la famille échappe à la fantaisie de l’homme ; le mariage plonge ses racines dans la réalité la plus profonde de l’homme et de la femme, il est l’union de l’homme et de la femme. « Impossible de contester cette norme sans que la société ne soit dramatiquement blessée dans ce qui constitue son fondement. L’oublier signifierait fragiliser la famille, pénaliser les enfants et précariser l’avenir de la société » (Benoît XVI, 20 février 2007).

Or la plupart de vos programmes électoraux, loin de protéger et de promouvoir la famille fondée sur le mariage monogame entre l’homme et la femme, ouvrent la porte au mariage entre personnes du même sexe et à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Aucune autre forme de vie commune que l’union d’un homme et d’une femme ne peut être juridiquement assimilable au mariage ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. Toute tentative de relativiser le mariage en lui donnant le même statut que d’autres formes d’unions radicalement différentes sont dangereuse pour notre société. Tout cela offense la famille et contribue à la déstabiliser en voilant sa spécificité et son rôle social unique.

Concernant le “mariage homosexuel”, il faut distinguer l’homosexualité comme fait privé et l’homosexualité comme relation sociale prévue et approuvée par la loi. La légalisation d’une telle union finirait par entraîner un changement de l’organisation sociale tout entière qui deviendrait contraire au bien commun. Les lois civiles qui devraient être des principes structurants de l’homme au sein de la société, jouent un grand rôle dans la formation des mentalités et des habitudes. Le respect envers les personnes homosexuelles ne saurait en aucune manière conduire à l’approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles (cf. Cardinal Ratzinger, Considération à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, Congrégation pour la Doctrine de la Foin juin 2003).

Le nombre de séparations et de divorces s’accroît, rompant l’unité familiale et créant de nombreux problèmes aux enfants, victimes innocentes de ces situations. La fragilité et le nombre de foyers monoparentaux ne sont pas sans poser question. La stabilité de la famille est aujourd’hui menacée ; pour la sauvegarder, il ne faut pas avoir peur d’aller à contre-courant de la culture ambiante. Les diverses formes de dissolution du mariage sont l’expression d’une liberté anarchique qui se fait passer à tort pour une libéralisation de l’homme. Au contraire, reconnaître et soutenir l’institution du mariage est un des services les plus importants à apporter aujourd’hui au bien commun et au véritable développement des hommes et des sociétés, de même que la plus grande garantie pour assurer la dignité, l’égalité et la véritable liberté de la personne humaine.

Malheureusement bien des projets sur le mariage, le divorce, l’adoption tiennent, certes, compte des désirs des adultes, mais oublient complètement l’intérêt des enfants. Le droit à l’enfant semble prendre le pas sur le droit de l’enfant.

Comme le montre unanimement l’expérience, l’absence d’une maman ou d’un papa au sein d’une famille entraîne bien des obstacles dans la croissance des enfants. Comment des enfants insérés dans des unions homosexuelles où manquent la bipolarité sexuelle et l’expérience conjointe de la paternité et de la maternité pourront-ils grandir et mûrir humainement sans porter les séquelles de cette absence ? Comment assurer l’équilibre de la structure psychologique et sexuelle de l’enfant dans un couple où il n’y a qu’un sexe ?
L’affaiblissement de la cellule familiale est une des causes majeures des difficultés des jeunes. La crise de la famille est une cause directe du mal être des jeunes. La majorité des jeunes en difficultés sont issus de familles humainement et socialement fragilisées

Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie, de cette vie qui fait de nous des hommes de l’utérus au sépulcre.

La banalisation de l’avortement
et le silence sur les conséquences psychologiques, les blessures et les souffrances cachées qui marquent à jamais les femmes sont intolérables. L’information tronquée sur les séquelles provoquées par l’avortement chez les femmes qui y ont eu recours est insupportable.

La liberté de tuer n’est pas une vraie liberté, mais une tyrannie. Jean-Paul II dans sa lettre encyclique L’Évangile de la vie a eu des mots très vrais et très durs sur la réalité de l’avortement :
« Parmi tous les crimes que l’homme peut accomplir contre la vie, l’avortement provoqué présente des caractéristiques qui le rendent particulièrement grave et condamnable […].
L’avortement provoqué est le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance. La gravité morale de l’avortement provoqué apparaît dans toute sa vérité si l’on reconnaît qu’il s’agit d’un homicide et, en particulier, si l’on considère les circonstances particulières qui le qualifient. Celui qui est supprimé est un être humain qui commence à vivre, c’est-à-dire l’être qui est, dans l’absolu, le plus innocent qu’on puisse imaginer : jamais il ne pourrait être considéré comme un agresseur, encore moins comme un agresseur injuste ! Il est faible, sans défense, au point d’être privé même du plus infime moyen de défense, celui de la force implorante des gémissements et des pleurs du nouveau-né. »
Alors que la peine de mort a été abolie pour une question de principe, l’avortement devrait être considéré comme atteignant la dignité de la personne à naître.

Certes, l’avortement est désormais inscrit dans les lois, mais il n’en demeure pas moins immoral au regard de l’Évangile et de l’Évangile de la vie.

L’acceptation de l’euthanasie
fait peser des menaces graves sur les malades incurables et sur les mourants. Certes, le contexte social et culturel actuel augmente la difficulté d’affronter la souffrance à l’approche de la mort. Il rend plus forte la tentation de résoudre ce problème en l’éliminant à la racine par l’anticipation de la mort au moment considéré comme le plus opportun. Pourtant, les médecins affirment aujourd’hui savoir soulager la quasi-totalité des douleurs. La vraie question est donc celle des soins palliatifs.

La vie humaine est sacrée, de son commencement naturel jusqu’à son terme. Tout être humain a le droit au respect intégral de ce bien qui est pour lui primordial. Nous ne pouvons accepter la promotion de lois visant à légaliser l’euthanasie.

La manipulation des embryons
fait peser une lourde menace sur notre société. L’embryon est un être vivant qui possède un patrimoine génétique humain. Il est une personne humaine, il faut la protéger parce qu’elle est membre à part entière de l’espèce humaine et mérite notre respect.

Les progrès de la science et de la technique peuvent se transformer en menace si l’homme perd le sens de ses limites. Il faut prendre conscience que la chosification de l’embryon nous conduira tôt ou tard à l’eugénisme.

Effectivement, cette manipulation débouche sur un eugénisme subtil
. En effet, le dépistage prénatal a changé de nature, il n’est plus destiné à traiter mais bien à supprimer. Un tel dépistage renvoie à une perspective terrifiante, celle de l’éradication.

Aujourd’hui, la venue au monde de certains enfants est devenue non souhaitable. La science propose même des outils pour réaliser le rêve de l’enfant sans défaut. Plusieurs de vos programmes construisent pas à pas une politique de santé qui flirte avec l’eugénisme.
Les recherches biotechnologiques toujours plus pointues visent à instaurer des méthodes d’eugénisme toujours plus subtiles et qui visent à la recherche de l’enfant parfait, fruit d’une sélection totalement contrôlée. Par leur maladie, par leur handicap, ou plus simplement par leur présence même, ceux qui auraient le plus besoin d’amour, d’accueil, de soin, sont jugés inutiles et considérés comme un poids insupportable dont il faut se débarrasser, qu’il faut éliminer.

Nous voyons se déchaîner comme une sorte de conspiration contre la vie.
Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie. Je ne peux fermer les yeux devant tant d’hommes et de femmes aujourd’hui en France qui se sentent blessés, exclus, mis sur le bord de la route pour de multiples raisons personnelles, économiques, sociales, politiques ou même religieuses.
Certes, il appartient aux politiques de gouverner, mais je ne peux m’empêcher de vous rappeler que l’économie se doit d’être au service de l’homme et du bien commun dans le respect de la justice sociale et de la solidarité humaine. La mondialisation des échanges commerciaux et la globalisation de l’économie semblent se fonder sur une conception intégralement libérale de l’économie, de ses mécanismes. L’économie prime sur tout et là encore des conceptions individualistes et libérales dominent au détriment du respect de l’homme et de la solidarité entre les hommes.


OÙ SONT VOS PRIORITES ?

Comment vivre une authentique fraternité humaine dans notre pays ? Comment respecter les plus pauvres ? Comment répondre au droit au logement et à des logements qui n’accentuent pas la déstructuration de la cellule familiale ? Comment prendre en compte l’émigration comme un fait désormais structurel de notre société ? Comment accueillir de manière juste tout en étant généreuse ? Comment lutter contre tous ceux qui exploitent les immigrés clandestins, les marchands de sommeil, les employeurs véreux ? Comment réfléchir à la question de l’emploi, du travail et de sa juste rémunération ? Comment prendre en compte les menaces écologiques ?

Autant de questions pour lesquelles nous attendons des réponses qui ne soient pas des promesses électorales trop souvent sans lendemain, mais des engagements clairement exprimés.

Où sont vos priorités ? Sont-elles du côté de groupes de pression susceptibles de vous apporter des voix le temps d’une élection ou sont-elles vraiment au service de notre pays ?
Au nom de l’Évangile, je ne peux que dénoncer avec les Associations familiales catholiques la racine de tout cela : un individualisme à tout crin qui gangrène notre société.
Nous constatons l’évolution du droit civil qui consacre depuis trente ans l’individualisme des droits. Le droit qui dicte et façonne les normes sociales, privilégie l’individu, la vie privée, considère que les choix affectifs ne peuvent et ne doivent avoir aucune conséquence ni sur les enfants ni sur la vie civique, économique et sociale.

Dans notre culture, on exacerbe souvent la liberté de l’individu conçu comme sujet autonome, comme s’il se suffisait à lui-même, en marge de ses relations avec les autres, étranger à ses relations avec autrui. Beaucoup voudraient organiser la vie sociale seulement à partir des désirs subjectifs et changeants, sans aucune référence à une vérité objective comme la dignité de tout être humain, ses droits et ses devoirs au service desquels doivent se mettre les responsables de notre société.

Ainsi toutes les formes d’union conjugale sont mises sur un pied d’égalité, le droit à l’enfant se substitue au droit de l’enfant. On laisse se propager et se développer des pratiques de contraception abortives, l’avortement et les dérives eugénistes. La famille et les familles ne sont plus considérées comme les corps fondateurs de la société, mais comme une juxtaposition d’individus. Ainsi naissent et prospèrent au gré des gouvernements, des politiques à caractère social, destinées à pallier les effets de cet individualisme qui gangrène la société. Cette conception individualiste de la société soumet notre pays aux dérives d’une opinion aux repères brouillés et aux groupes de pression qui pèsent de tout leur poids en cette période électorale (cf. Déclaration des AFC, « Débats préélectoraux 2007-2008 »).

Au nom de l’Évangile et à la veille de l’élection présidentielle et des élections législatives
, je ne peux qu’inviter les hommes politiques, les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à passer au crible de l’Évangile et de l’enseignement de l’Église vos propositions avant de se déterminer dans leur choix.

Avignon, le 22 mars 2007


* + Jean-Pierre Cattenoz,
archevêque d’Avignon



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SACRAMENTUM CARITATIS: Présentation de l’exhortation apostolique par Mgr André Vingt-Trois

Walter Covens #actualités
Présentation de l’exhortation apostolique par Mgr André Vingt-Trois


Mgr André Vingt-Trois a écrit une brève présentation de l'exhortation apostolique
Sacramentum Caritatis que vous pouvez lire ci-dessous.

L'Archevêque de Paris
estime qu'à l'approche des fêtes pascales cette exhortation nous invite à "renouveler notre compréhension de l’Eucharistie et à améliorer notre manière de la célébrer et d’y participer". Il lance un appel pour que, durant les jours qui viennent, l'on organise "dans les paroisses des temps de rencontre pour aider chacun à assimiler l’enseignement très riche de cette exhortation sans se contenter de quelques titres de journaux".

L’Eucharistie, coeur de l’Eglise

    L’Exhortation Apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis que vient de nous adresser le Pape Benoît XVI nous propose une relecture très argumentée du travail des évêques réunis pour la onzième session synodale à Rome en octobre 2005.

    Elle mérite une lecture attentive : ce texte nous conduit, en effet, à parcourir toutes les harmoniques du sacrement de l’Eucharistie dans la vie de l’Église et dans la vie de chaque chrétien. Les amateurs de nouveautés ou de scoop seront probablement déçus. Cette exhortation apostolique n’apporte aucune révélation ni aucune innovation quant à la discipline de l’Église ; elle replace l’ensemble de cette discipline dans une ample méditation de la réalité eucharistique dans toutes ses dimensions.

    A ceux qui doutaient que le Pape fût vraiment dans le droit fil du Concile Vatican II et qui imaginaient qu’il pourrait en relativiser les orientations liturgiques, elle apporte toutes les précisions nécessaires dès son introduction (n°3).

    Le Pape y resitue ces décisions et ces orientations liturgiques dans une lecture historique des adaptations successives des rites. " Les Pères synodaux, écrit-il, ont en particulier constaté et rappelé l’influence bénéfique que la réforme liturgique réalisée à partir du Concile œcuménique Vatican II a eue pour la vie de l’Église...Concrètement, il s’agit de lire les changements voulus par le Concile à l’intérieur de l’unité qui caractérise le développement historique du rite lui-même, sans introduire de ruptures artificielles. "

    A chaque instant la méditation théologique et spirituelle est appliquée à des situations pastorales pour lesquelles sont formulées des orientations pratiques. Ainsi celles-ci ne sont-elles pas coupées de leurs fondements ; elles apparaissent dans leur pleine vérité. L’exhortation apostolique ne veut pas être un catalogue de prescriptions rituelles. La méditation du Pape sur le sacrement de l’Eucharistie et sur la vie eucharistique de l’Église se développe en trois étapes :

-  L’Eucharistie, Mystère à croire.
-  L’Eucharistie, Mystère à célébrer.
-  L’Eucharistie, Mystère à vivre.

    La première partie expose et commente la foi de l’Église dans l’Eucharistie. Elle est tout entière centrée sur l’amour trinitaire et l’amour de Dieu pour les hommes qui se manifeste dans le sacrifice du Christ rendu accessible par le sacrement eucharistique. L’Eucharistie est perçue dans son lien fondateur avec l’Église et dans sa relation avec les autres sacrements, notamment les sacrements de l’initiation chrétienne.

    La deuxième partie concerne plus directement la célébration de l’Eucharistie en insistant sur le lien entre la célébration et la beauté. Il n’est pas question seulement de la beauté des bâtiments et de l’espace liturgique mais avant tout de la beauté de l’action liturgique elle-même : la manière de célébrer, la place de la musique et des chants, l’intériorisation par chacun du mystère célébré. La structure de la célébration est elle-même brièvement rappelée, notamment pour souligner l’unité de l’action liturgique du commencement à la fin de la célébration. Selon l’intention pastorale du Concile, cet ensemble de réflexions veut servir la participation active des chrétiens à la liturgie.

    Enfin, la troisième partie explore les modalités de la mise en œuvre d’une forme eucharistique de la vie chrétienne. Elle rappelle le sens et l’obligation de la sanctification du Jour du Seigneur. Mais, plus largement, elle envisage comment l’Eucharistie transforme nos manières de vivre en nous associant pleinement au don d’amour que nous y recevons : laissons à nouveau nos mœurs être modelés par l’amour auquel nous sommes appelés.

    Quelques jours avant les fêtes de Pâques, alors que nous nous préparons à célébrer la dernière Cène, cette exhortation nous invite tous à renouveler notre compréhension de l’Eucharistie et à améliorer notre manière de la célébrer et d’y participer. Dans les semaines qui viennent, sans doute sera-t-il nécessaire d’organiser dans les paroisses des temps de rencontre pour aider chacun à assimiler l’enseignement très riche de cette exhortation sans se contenter de quelques titres de journaux.

    Plus largement, le Pape nous invite à nous joindre à l’action de grâce des Pères du synode pour les fruits produits par la mise en œuvre de la réforme liturgique du Concile, rappelée sans ambigüités. Nous sommes confortés dans notre désir d’améliorer sans cesse nos manières de célébrer dignement la liturgie, dans notre résolution de corriger ce qui doit l’être dans nos pratiques pour que progresse encore la beauté de notre vie ecclésiale.

+ André Vingt-Trois Archevêque de Paris

Lire l’exhortation apostolique


EXHORTATION APOSTOLIQUE SACRAMENTUM CARITATIS

Walter Covens #actualités
    Ce midi près la Salle-de-Presse du Saint-Siège a été présentée l'Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis, consacrée à l'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise. La conférence de presse a été présidée par le Cardinal Angelo Scola, Patriarche de Venise et Rapporteur général de la XI Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, et par Mgr.Nikola Eterovic, Secrétaire général du Synode.
 
  Daté du 22 février, Chaire de saint Pierre, ce document recueille les fruits du Synode d'octobre 2005. Il est publié en latin, allemand, anglais, espagnol, français, italien, polonais et portugais.
 
  Pour Mgr.Eterovic, l'Exhortation appartient à "la série des grands documents sur l'Eucharistie, tels ceux de Jean-Paul II intitulés Ecclesia De Eucharistia ou Mane Nobiscum Domine. Sacramentum Caritatis, qui est dans ce sillage, entend proposer une actualisation de certaines vérités essentielles de la doctrine eucharistique, encourager à un célébration liturgique digne, recommander la pratique quotidienne de la vie eucharistique".
 
  Le document se "présente sous une forme qui rend accessible les vérités de la foi eucharistique et qui aborde des questions actuelles de la célébration. Il veut relancer la réalisation d'un monde plus juste et pacifique, où le pain rompu pour tous serve d'exemple à la lutte contre toutes les faims et toutes les pauvretés".
 
  Puis le Cardinal Scola a commenté le titre du document, soulignant "l'insistance du Pape en ces deux années de pontificat sur la vérité de l'amour", thème qui est clairement crucial pour l'avenir de l'Eglise et de l'humanité.
 
  L'Exhortation, qui développe le lien étroit entre "le mystère eucharistique, l'action liturgique et le nouveau culte spirituel", se divise en trois parties, "chacune approfondissant les dimensions de l'Eucharistie que sont l'Eucharistie, mystère à croire, mystère à célébrer, mystère à vivre".
 
  "L'enseignement papal -a ajouté le Cardinal- montre clairement comment l'action liturgique (mystère à célébrer) est celle qui rend possible la conformation de la vie chrétienne (mystère à vivre) avec le fidèle (mystère à croire)". Puis Benoît XVI, "par le biais d'une seconde nouveauté doctrinale de grande importance" souligne aussi "l'importance de l'art de célébrer dans le cadre d'une participation active et fructueuse".
 
  La première partie de l'Exhortation traite d'abord du "don gratuit de la Trinité" qui explique le mystère eucharistique à partir de son origine trinitaire, assurant le caractère permanent du don... Cet enseignement s'appuie sur la raison profonde exprimée par Sacramentum Caritatis quant à l'adoration et son rapport étroit à la célébration eucharistique".
 
  Dans le passage sur "institution christologique et action de l'Esprit", le Pape aborde "l'institution de l'Eucharistie en relation avec la Pâque juive...passage décisif pour comprendre la nouveauté radicale que Jésus a apporté par rapport à l'ancien rite pascal".
 
  De fait, a ajouté le Cardinal Scola, "nous répétons l'acte fixé chronologiquement de la dernière Cène de Jésus, célébrant ainsi l'Eucharistie comme Novum total du culte chrétien". Jésus "nous convoque à ce mystère de mort et de résurrection, principe innovateur...dans toute l'histoire".
 
   Dans "Eucharistie et Eglise", thème abordé ensuite, il a rappelé que "l'Eglise a pour principe l'Eucharistie" et qu'à chaque messe "nous confessons le primat du don christique. Le poids de l'institution eucharistique sur les origines de l'Eglise révèle une précédence autant chronologique qu'ontologique". Affirmant la relation circulaire entre l'Eucharistie qui bâtit l'Eglise et l'Eglise qui la célèbre, Benoît XVI fait un important choix magistériel en faveur du primat eucharistique sur la dimension ecclésiale".
 
  Ensuite dans "l'Eucharistie et les sept sacrements", il a rappelé qu'elle porte l'initiation chrétienne à sa plénitude, mais aussi "aux fonctions de cœur et de finalité de la vie sacramentelle ". Le Pape, a ajouté le Cardinal, reprend les différents sacrements et insiste pour la Réconciliation sur l'exigence "d'un retour à la pédagogie de la conversion qui naisse de l'Eucharistie... Quant à l'Onction des infirmes et au viatique, ils offrent aux fidèles la possibilité de s'associer aux souffrances du Christ offertes pour la salut de tous".
 
  Le caractère "irremplaçable du sacerdoce ministériel dans la célébration de la messe est réaffirmé dans "Eucharistie et ordre", où le Pape "souligne la profondeur du lien entre ordre sacerdotal et célibat. Tout en respectant la discipline des différentes traditions orientales, il faut réaffirmer le sens du célibat sacerdotal qui est juste et constitue une immense richesse".
 
  Il est question ensuite de la forte diminution du clergé sur certains continents, une question "qui doit être avant tout affrontée par le témoignage de la beauté de la vie sacerdotale, mais aussi "au moyen d'une solide formation vocationelle".
 
  Dans "Eucharistie et mariage", Benoît XVI rappelle que "l'Eucharistie est le sacrement sponsal par excellence, qui corrobore pleinement l'unité et l'amour indissolubles du mariage chrétien".
 
  "A partir du caractère nuptial de l'Eucharistie -a ajouté le Cardinal Scola- le Pape envisage l'unicité du mariage chrétien face à la polygamie et à l'indissolubilité matrimoniale".
 
  Le document papal contient aussi "d'importantes suggestions pastorales relatives aux catholiques divorcés et remariés. Il réaffirme que malgré leur situation ils sont toujours membres de l'Eglise et qu'on leur doit une attention particulière", énumérant quelques façons pour eux de participer à la vie communautaire sans recevoir la Communion mais en adoptant un style de vie chrétien".
 
  "Il s'agit également des personnes dont le mariage a été célébré validement et qui, objectivement ne peuvent contracter d'autres liens. On leur proposera un appui pastoral spécifique pour les aider à vivre leur relation selon les exigences de la loi divine, en amis, comme frère et sœur, la transformant en un rapport d'amitié".

  Dans la deuxième partie, "Eucharistie, mystère qui doit être célébré", est présenté "le déroulement de l'action liturgique dans la célébration, indiquant les éléments qui méritent une plus grande réflexion et offrant certaines suggestions pastorales de grande importance".
 
  Le Pape propose plusieurs indications sur la richesse des signes liturgiques (le silence, les habits, les gestes: debout, agenouillés...) et l'art au service de la célébration. Il rappelle que le tabernacle doit se trouver dans un lieu visible, et que cette visibilité doit être soulignée par une lumière toujours allumée.
 
  En décrivant les "conditions personnelles pour une participation fructueuse", le Saint-Père met en valeur l'unité entre mystère eucharistique, action liturgique et nouveau culte spirituel.
 
  Le document rappelle certains aspects pastoraux qui favorisent une participation active plus adéquate au rite sacré: l'usage des moyens de communication, l'attention aux malades, aux détenus, aux émigrés, les grandes célébrations qui doivent être "limitées à des situations extraordinaires", les liturgies eucharistiques en petits groupes. De même, est conseillé "un recours plus fréquent au latin, surtout lors des grandes célébrations internationales, sans oublier l'importance du chant grégorien".
 
  "Le Pape  -a poursuivi le Rapporteur général du Synode- rappelle l'intrinsèque unité du rite de la messe", également exprimée dans "l'attention portée à la liturgie de la Parole". Benoît XVI a insisté sur "l'importante valeur éducative pour la vie de l'Eglise de la présentation des dons, du geste de paix et de l'Ite Missa Est. Le Saint-Père a confié aux dicastères compétents l'étude d'une possibilité de changements sur ces deux derniers points".
 
  Dans la troisième et dernière partie du document, a précisé le Cardinal, "est présentée la capacité du mystère célébré à constituer l'horizon ultime et définitif de l'existence chrétienne".
 
  Dès les premiers mots de l'Exhortation apostolique, a ensuite fait remarquer le Cardinal Scola, le Pape souligne "avec force que le don de l'Eucharistie est pour l'homme, il répond aux espérances de l'homme... Les chrétiens rencontrent lors de la célébration eucharistique le Dieu vivant et vrai, capable de sauver la vie. Et ce salut a comme interlocuteur la liberté de l'homme". Benoît XVI écrit à ce propos: "C'est précisément parce que le Christ s'est fait pour nous aliment de Vérité que l'Eglise s'adresse à l'homme, l'invitant à accueillir librement le don de Dieu".
 
  "L'importance anthropologique de l'Eucharistie ressort avec toute sa force dans le culte nouveau, caractéristique du christianisme... Sur la base de l'action eucharistique, chaque circonstance de l'existence se convertit, pour ainsi dire, en sacramentel. "Régénéré par le Baptême et assimilé eucharistiquement à l'Eglise, l'homme peut finalement se réaliser pleinement, en apprenant à offrir son propre Corps, c'est à dire, tout son être, comme sacrifice vivant saint et agréable à Dieu".
 
  Le Patriarche de Venise a alors précisé que "chaque fidèle est appelé à une profonde transformation de sa propre vie", qui est, comme l'écrit le Pape, "le désir cordial de correspondre à l'amour cordial du Seigneur par tout son être, malgré la conscience de la propre fragilité".
 
  "Dans ce contexte -a t-il poursuivi- la responsabilité des chrétiens qui occupent des postes publics et politiques recouvre une importance particulière". Concrètement, les politiques et les législateurs catholiques doivent "présenter et soutenir -écrit le Saint-Père- les lois inspirées des valeurs fondamentales de la nature humaine. Ce qui a une relation objective avec l'Eucharistie".
 
  Dans un autre passage du document, le témoignage est présenté comme une forme de mission. "La mission première et fondamentale que nous recevons des saints Mystères que nous célébrons est celle de témoigner par notre vie".
 
  "L'exhortation -a-t-il ajouté- recommande vivement à tous, mais en particulier aux fidèles laïques de 'cultiver le désir que l'Eucharistie agisse à chaque fois, toujours plus profondément dans leur vie quotidienne, les convertissant en témoins visibles sur leur lieu de travail et dans toute la société'".
 
  Le Cardinal Scola a enfin affirmé que le document "n'hésite jamais à redire que l'Eucharistie encourage tous ceux qui croient...à se faire pain partagé pour les autres, et ainsi à travailler pour un monde plus juste et fraternel".
 
  Après avoir rappelé que la célébration eucharistique "implique l'offre du pain et du vin, fruit de la terre, de la vie et du travail des hommes", il a dit que "le thème de la sauvegarde de la création se développe en relation avec le dessein de Dieu sur toute la création. La réalité n'est pas seulement matière neutre qui peut être facilement manipulée par la technique et la science, mais elle est chère à Dieu en vue de la récapitulation de toutes choses dans le Christ. D'où la responsabilité du chrétien pour la sauvegarde de la propre création qui s'alimente de l'Eucharistie".
 
  Puis le Cardinal Scola a exprimé sa conviction que "dans l'authenticité de la foi et du culte eucharistique se trouve le secret d'un renouveau de la vie chrétienne capable de régénérer le Peuple de Dieu. Le mystère de l'Eucharistie permet d'accéder à la réalité de Dieu qui est amour".
 
  En introduction et en conclusion du document, Benoît XVI a souligné la relation entre l'Eucharistie et la Vierge. "Nous voyons parfaitement en Marie le moyen sacramentel par lequel Dieu, dans son dessein de salut, se fait proche et à l'écoute de l'homme. Nous devons apprendre de Marie à nous convertir en personnes eucharistiques et ecclésiales".
(Source: VIS)
 

Et la dengue ?

Walter Covens #actualités
    Ce n'est pas pour moi le moment de tomber malade... Mon médecin traitant a la dengue. Je sais ce que c'est. Je l'ai eue moi-même il y a déjà quelques années. Je faisais un remplacement dans l'unique paroisse catholique de Nevis, petite île voisine de Saint Kitts. Tout ce qu'on mange ou boit a un goût de cendres. De toute manière, on n'a aucun appétit. Il n'y a qu'une chose à faire : se reposer et boire beaucoup d'eau. Aucun médicament, surtout pas d'aspérine.

    La dengue est une maladie infectieuse aiguë, causée par un virus - un flavivirus. C'est une arbovirose, c'est-à-dire une maladie transmise par un arthropode (ici un moustique aedes). Il existe plus de 400 arbovirus recensés actuellement, dont les plus connus sont les virus de la Fièvre Jaune et de la dengue. Cette maladie est extrêmement répandue en zones intertropicales. Elle est habituellement bénigne mais ses formes hémorragiques peuvent être redoutables. Il existe 4 variantes du virus (sérotype 1 à 4) qui malheureusement ne provoquent pas d'immunité croisée : il est donc possible de faire une dengue 1 et quelques mois après une dengue 2 par exemple. L'homme malade représente le réservoir de la maladie.

    Contrairement à l'anophèle, vecteur du paludisme, qui pique la nuit, l'aedes eagypti est un moustique diurne, dont l'activité débute au petit matin pour se terminer au coucher du soleil. Il vit plutôt en zone urbaine et périurbaine.

    On compte environ 50 millions de cas de dengue par an parmi une population exposée de 3 milliards d'individus répartis dans une centaine de pays.


Clinique

    L'incubation de la maladie est d'environ une semaine. Le tableau clinique évoque celui de la grippe : le début des symptômes est brutal avec une forte fièvre, des frissons, des maux de tête avec des douleurs rétro orbitaires (derrière les yeux) assez caractéristiques, des myalgies (douleurs musculaires) et des arthralgies (douleurs articulaires), avec en plus parfois des signes digestifs et une éruption cutanée. En zone d'endémie palustre, ce tableau clinique doit aussi faire évoquer le paludisme. Au bout de quelques jours, le tableau clinique s'estompe, avec parfois un petit rebond symptomatique vers le 6 ou 7e jour. Puis, quelques jours après, la guérison s'amorce mais le patient restera asthénique pendant plusieurs semaines.

    Il existe des formes atténuées de la maladie, avec uniquement de la fièvre, des formes avec atteinte hépatique assez sévère (augmentation très importante des enzymes hépatiques : les transaminases) et des formes graves, heureusement relativement rares : la dengue hémorragique. Après un début classique, le malade s'aggrave brusquement vers le 3 ou 4e jour, avec apparition de purpura (tâche violettes sur la peau) et d'hémorragies digestives ou nasales. A ce stade, le malade peut soit évoluer vers la guérison rapide, soit vers l'aggravation et l'état de choc par diminution de la masse sanguine (les pertes par saignements peuvent être importantes). La mort survient alors dans 5 à 10 p. cent des cas. Les formes graves affectent principalement les enfants de moins de 15 ans et les personnes immonodéficientes. L'OMS estime à 500 000 le nombre de cas annuel de dengue hémorragique.

     Le malade guéri sera définitivement immunisé contre le sérotype responsable de sa maladie. Par contre, il sera toujours sensible aux trois autres sérotypes.

Diagnostic

Le diagnostic clinique de la maladie est difficile, surtout devant la forme classique pseudogrippale. Il est pratiquement impossible de différencier cliniquement une dengue des autres arboviroses, mais aussi des autres fièvres tropicales telles que le paludisme ou même une authentique grippe, qui n'épargne pas les zones intertropicales chaudes comme certains pourraient le penser.

La dengue hémorragique pourra quant à elle être confondue avec une affection à méningocoque.

Le diagnostic positif paraclinique repose sur la sérologie par recherche d'anticorps dans le sang. Il ne doit pas être entrepris trop précocement sous peine d'être négatif. Il faut en effet environ une semaine pour que les anticorps apparaissent dans le sang du patient. Il n'a de toute façon qu'un intérêt épidémiologique.

Il est également possible de faire un diagnostic par isolement du virus. Celui-ci est intéressant au début de la maladie, quand la sérologie est encore négative.


Traitement

    Il est uniquement symptomatique : on ne traite que les symptômes de la maladie (fièvre, douleurs...). Il n'y a pas actuellement de traitement curatif pour cette maladie, ni de vaccination disponible. D'où l'importance de la lutte anti-moustiques (lutte anti-vectorielle) : prévention en journée contre la dengue, et le soir et la nuit contre le paludisme.

    Le traitement de la forme classique non compliquée repose donc sur les antipyrétiques et les antalgiques à base de paracétamol. La forme grave hémorragique sera traitée en hospitalisation le plus souvent.

NB : en raison du risque hémorragique, les dérivés de l'aspirine sont contre-indiqués dans le traitement de la dengue. Ainsi devant toute maladie virale en zone d'endémie, on évitera l'emploi de l'aspirine au bénéfice des médications à base de paracétamol. Pour les mêmes raisons, on évitera les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens).

    Des vaccins sont à l'étude mais ne seront certainement pas disponibles avant plusieurs années.
   
Un aedes aegypti
Epidémie

    Depuis le début de 2007, 77.000 personnes ont été contaminées par la dengue dans toute l’Amérique Latine, état d’urgence au Paraguay.

    Suite à une épidémie alarmante de dengue qui a contaminé au moins 77.000 personnes en Amérique Latine depuis le début de l’année, le Gouvernement du Paraguay a déclaré l’état d’urgence nationale pendant 60 jours. La mesure préventive a été prise après la mort de la dixième personne en 2007 à cause de cette fièvre hémorragique, et après la disparition d’une variante plus virulente de la maladie, jusqu’à présent inconnue dans le pays. La typologie de dengue viscérale, responsable de six des dix morts enregistrés au Paraguay, attaque les organes vitaux comme le foie, le cœur, les poumons ou le cerveau et peut causer la mort dans l’espace de quelques heures.

    Après le Paraguay, le Brésil est le pays latino-américain où est enregistré le plus grand nombre de personnes contaminées par la fièvre “éclatante”. L’Etat du Mato Grosso do Sul, à la frontière avec le Paraguay, est le plus touché, avec 38.500 cas et 4 morts enregistrées entre janvier et février. Dans 76 des 78 mairies de cet Etat, des cas ont été notifiés et la situation la plus grave est celle de Campo Grande, la capitale de la région, avec 25.753 contaminés.

    Dans les Etats de la région sud-orientale du pays (Sao Paulo, Minas Gerais, Río de Janeiro et Espíritu Santo), où est concentrée la plupart de la population brésilienne, 6 488 cas ont été enregistrés cette année, un nombre inférieur au 53,93% par rapport à la même période en 2006.

    L’Argentine a signalé 108 cas notifiés jusqu’à présent, alors que 391 autres cas sont sous observation, et qu’il n’y a pas eu d’autres morts. Des sources sanitaires argentines ont déclaré que la plupart des patients viennent des provinces de Formose et Misiones, à la frontière avec le Paraguay, et que tous les cas correspondent à la dénommée dengue classique.

    Le Ministère de la Santé du Panama a informé que, depuis le début de l’année jusqu’au 18 février, 506 cas de type classique ont été enregistrés. Le Gouvernement de l’Equateur a estimé à un total de 800 cas, également ici de type classique, et 30 de plus que le cas hémorragique, toutefois il n’y a pas eu de morts. Le Ministère de la Santé équatorienne a déclaré avoir démarré début février une campagne de contrôle de la maladie sur la Côte, en Amazonie et dans trois provinces de la Sierra, où il y a une incidence majeure de moustiques aedes aegypti.

    En Bolivie, pendant les premiers mois de 2007, l’épidémie a touché 585 personnes, en particulier dans la mairie tropicale de Santa Cruz. Dans tout le pays, le nombre de cas suspectés est de 1.856. La Secrétaire du Honduras a indiqué que jusqu’à la semaine dernière il y avait 500 cas de dengue classique et 12 de cas de dengue hémorragique, dont aucun mortel jusqu’à présent. Le Chili, qui jusqu’alors s’était déclaré libéré de la dengue, a signalé que sur l’île de Pâques, lors des derniers jours, trois cas de la variante la plus bénigne ont été rapportés. Le Ministère de la Santé du Pérou, à son tour, a déclaré que, lors de l’année passée, des contagions ont été individualisées dans les districts sauvages de San Martín, Loreto et Junín, et dans ceux du nord à Piura et La Libertad.

    Des données officielles indiquent qu’au Costa Rica, en 2006, les contagions de type classique étaient au nombre de 11.000, tandis que ceux de type hémorragique 66, l’un d’eux étant mortelle. Depuis le début de l’année, toutefois, aucun cas n’a été enregistré. Il en va de même pour l’Uruguay qui, de même que la Colombie, sont les pays uniques de l’Amérique où, en 2007, aucun cas n’a été enregistré.

    Au Salvador, 440 personnes ont été contaminées par la variante classique et 11 par la variante hémorragique, sans victime mortelle. Au Venezuela l’année dernière les cas ont été au nombre de 39.860 et bien qu’aucun chiffre actuel n’ait été rapporté, on enregistre des épidémies au moins quatre fois par an dans le pays. Les autorités sanitaires cubaines n’ont pas rapporté de chiffres officiels mais ont activé une campagne de prévention intense.

    D’après l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS), la dengue est une maladie endémique présente dans plus de cent pays qui met en danger 2 millions et demi de personnes.

(Source: Santevoyage-guide.com - Agence Fides)

Un nouveau médicament contre la malaria

Walter Covens #actualités
La malaria (ou paludisme) est une maladie mondiale.

Chaque jour, le paludisme tue 3000 enfants

    Le paludisme est une maladie parasitaire transmise par la piqûre de moustiques infectés. La mort peut survenir – et c'est souvent le cas – dès l'apparition des premiers symptômes. Le paludisme fait chaque année plus d'un million de victimes, principalement chez les enfants de moins de cinq ans.

En Afrique, le paludisme, qui tue un enfant toutes les 30 secondes, est la principale cause de mortalité chez les jeunes enfants.

     Le paludisme menace plus de 40% de la population mondiale

    Le paludisme pose un grave problème dans plus de la moitié des pays du monde. On compte chaque année entre 350 et 500 millions de cas de paludisme dans le monde. Les enfants, les femmes enceintes, les personnes en situations d'urgence et celles qui vivent avec le VIH/SIDA sont particulièrement vulnérables à cette maladie dévastatrice.

Le paludisme coûte USD 12 milliards par an à l'Afrique

    Le paludisme retarde le développement économique et social, en particulier en Afrique. Les pays d'endémie sont pris dans l'engrenage de la maladie et de la pauvreté. Le paludisme ralentit la croissance économique d'un pays, décourage les investissements étrangers et le tourisme, freine le développement du commerce intérieur et influe négativement sur le choix des activités économiques des populations tout en amenuisant les ressources humaines.


    Dans ce contexte, voici une bonne nouvelle qui fera date dans la lutte contre ce fléau.

Un nouveau médicament contre la malaria : facile à utiliser, plus économique et sans brevet

    Le lancement d’un médicament “révolutionnaire” contre la malaria vient d’être annoncé à Paris. Il sera plus facile à utiliser par rapport aux thérapies existant aujourd’hui, et il est aussi le plus économique disponible sur le marché, et ne sera pas couvert par un brevet.

    Le médicament est une combinaison en dose fixe des deux principes actifs, artesunate et amodiaquine, et est appelé ASAQ. Il est le fruit de la recherche du DNDI (Drugs For Neglected Diseases iniziative, un organisme non lucratif fondé par l’organisation médico-humanitaire Médecins sans frontières en 2003 pour stimuler la recherche sur les maladies oubliées) en collaboration avec Sanofi-Aventis, le quatrième groupe pharmaceutique du monde.

    Parmi les éléments révolutionnaires de ce nouveau médicament, émerge en premier lieu la simplicité d’utilisation, particulièrement adaptée aux pays en voie de développement, où la malaria est parmi les premières causes de mortalité : les patients devront prendre seulement deux pilules une fois par jour pendant trois jours (contrairement aux 8 pilules nécessaires avec les traitements actuels) tandis que pour les enfants il en suffira d’une seule.

    En second lieu l’économie : ASAQ sera vendu aux services sanitaires publics des pays pauvres et aux ONG à 1 dollar à peine par cycle de traitement. Pour les enfants la thérapie requière la prise d’une seule pilule par jour pendant trois jours au coût de 0,50 dollar. En outre cette nouvelle formule ne sera pas brevetée, ce qui signifie que l’on pourra activer une concurrence positive parmi les producteurs pour abaisser encore le prix.

    Pour combattre la malaria l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande depuis des années d’utiliser des thérapies combinées à base de dérivatifs de l’artemisine (dite ACT - Combination Therapies) en grande partie des pays pauvres où se sont développées des résistances aux autres thérapies.

    « Le fait d’avoir combiné les deux principes actifs en un seul comprimé rendra le soin beaucoup plus facile pour les patients - dit le Dr Michel Queré, coordinateur médical pour MSF au Tchad, où MSF a soigné environ 80.000 malades de malaria en 2006. Les enfants, par exemple, devront prendre seulement une pilule par jour pendant trois jours au lieu des quatre nécessaires aujourd’hui, ce qui rendra le soin beaucoup plus simple et réduira le risque de résistances dues à une mauvaise prise ».

    Le coût actuel des thérapies à base d’artémisie est un des obstacles principaux à leur diffusion. Le nouveau médicament ASAQ coûtera environ 40 à 50% moins cher que ceux utilisés aujourd’hui.
 
(Source: Agence Fides)

Liens pour de plus amples informations
en français: ASAQ en quelques mots

Réchauffement climatique ? Parole de cardinal

Walter Covens #actualités
    La controverse sur la responsabilité humaine du réchauffement climatique se poursuit avec la prise de position du cardinal Pell. L’archevêque de Sidney est de ceux qui s’interrogent sur les motivations des catastrophistes. Leurs prévisions apocalyptiques abritent une fausse conception de l’écologie, malthusienne et préjudiciable à l’homme. Une chose est de lutter contre la pollution, autre chose de vouloir contrôler le climat. Les marchands de peur (scaremongers) peuvent devenir des marchands d’illusion. Certes, l’idéologie des uns ne doit pas masquer le sérieux scientifique des autres ; mais en attendant, on aimerait une plus grande prise de conscience sur la nécessité d’orienter les investissements vers le développement et l’aide aux populations toujours aussi désarmées face aux catastrophes naturelles.

    "CE A QUOI nous assistons à propos du réchauffement climatique comprend une part d’hystérie dangereusement voisine de la superstition." Ainsi parle le cardinal George Pell, archevêque de Sydney, primat d'Australie et responsable des prochaines Journées mondiales de la jeunesse.

    Le cardinal Pell est intervenu dimanche 18 février dans l’un des principaux journaux australiens, le Sunday Telegraph pour mettre en garde les chrétiens contre cette industrie de la peur. "Les chrétiens ne peuvent pas aller contre la raison", a mis en garde le prélat : "Nous sommes depuis longtemps bombardés par un tas d'affirmations insensées à propos des désastres climatiques de la part de quelques zélotes qui prévoient des scénarios extrêmes pour nous effrayer [...], l'élévation spectaculaire du niveau des océans ou des tsunamis hauts comme des immeubles de huit étages."

“Je suis profondément sceptique au sujet de la responsabilité de l’homme dans la catastrophe du réchauffement global”, a affirmé le primat catholique, qui reconnaît malgré tout qu’il serait étonnant que “les pollutions industrielles et les émissions de carbone n'aient aucun effet négatif”.

    Mais "trop c’est trop", dit-il. "Nous savons que d’énormes changements climatiques se sont toujours produits dans l'histoire du monde, et nous savons aussi que durant les cent dernières années, les médias ont effrayé leur public en annonçant alternativement des périodes de glaciation et de réchauffement…"

"De terribles sécheresses – a poursuivi le cardinal Pell — ne sont pas rares dans l'histoire de l’Australie, parfois même pour des périodes de sept à huit ans. Et nous savons qu'un janvier froid ne signifie pas grand-chose dans le temps. On ne peut pas construire une évidence en se basant sur l'observation de quelques années. Mais les alarmistes exploitent des fluctuations de température sur des périodes limitées et en des lieux circonscrits pour fausser des prévisions à long terme."

    En revanche, des "chercheurs de l'Université britannique d'East Anglia ont montré que la température globale n'a pas augmenté entre 1998 et 2005, tandis qu’un satellite de la NASA a récemment découvert que l'hémisphère sud ne s'est pas réchauffé ces dernières vingt-cinq années. Peut-être que le réchauffement planétaire est seulement un phénomène de l'hémisphère nord" a demandé le cardinal avec ironie, avant de conclure que "la science est certainement plus compliquée que la propagande."



© Svipop, traduction française Décryptage.
Le Svipop-Sviluppo e Popolazione (Milan), est une publication du Cespas, Centro Europeo di Studi su Popolazione, Ambiente e Sviluppo (Centre européen d’études sur la Population, l’environnement et le développement), co-fondateur avec la Fondation de service politique de l’association pour la Fondation Europa.


Pour en savoir plus :
■ L’article du cardinal Pell paru dans le Sunday Telegraph, Scaremongers (Marchands de peur).

SOS Avortements au Portugal ! (suite)

Walter Covens #actualités
Suite à l'article publié hier, voici une prière de Jean-Paul II qui pourra vous accompagner lors de la neuvaine à Notre-Dame de Fatima à l'occasion du référendum pour (ou contre) la dépénalisation de l'avortement au Portugal le 11 février. (voir Le Salon beige)


"O Marie,
aurore du monde nouveau,
Mère des vivants,
nous te confions la cause de la vie :
regarde, ô Mère, le nombre immense
des enfants que l'on empêche de naître,
des pauvres pour qui la vie est rendue difficile,
des hommes et des femmes
victimes d'une violence inhumaine,
des vieillards et des malades tués
par l'indifférence
ou par une pitié fallacieuse.
Fais que ceux qui croient en ton Fils
sachent annoncer aux hommes de notre temps
avec fermeté et avec amour
l'Évangile de la vie.
Obtiens-leur la grâce de l'accueillir
comme un don toujours nouveau,
la joie de le célébrer avec reconnaissance
dans toute leur existence
et le courage d'en témoigner
avec une ténacité active, afin de construire,
avec tous les hommes de bonne volonté,
la civilisation de la vérité et de l'amour,
à la louange et à la gloire de Dieu
Créateur qui aime la vie".

Notre-Dame de Fatima, protégez le Portugal.


SOS Avortements au Portugal !

Walter Covens #actualités

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