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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

actualites

Voter samedi ou dimanche…

Walter Covens #actualités

Voter dimanche…      Au terme d’une campagne électorale très longue puisque sa phase active aura duré plus d’un an, primaires comprises, trois conclusions peuvent déjà être tirées qui resteront valables quel que soit le résultat du second tour : le renouvellement ; un vrai choix entre deux modèles ; le contournement des valeurs essentielles. Ces conclusions, toutes provisoires, campent les termes du choix qu’il faudra faire dimanche. Quatrième remarque donc, le pari reste ouvert, et demain est un autre jour.

1/ Le renouvellement de la vie politique

    La vie politique s’est sensiblement renouvelée, comme si les leçons des quinze ou vingt dernières années avait enfin porté.

    Le changement de génération est patent qui élimine sans retour les vieux crocodiles, éléphants et autres acteurs défraîchis qui occupaient la scène depuis des décennies : ni Ségolène Royal, ni Nicolas Sarkozy, ni François Bayrou ne sont les clones de leurs prédécesseurs, n’en déplaise à leurs détracteurs respectifs ; ils en sont plutôt les antithèses. Ce changement de génération n’est ni sans attrait aux yeux des électeurs, ni sans inconnue, notamment quant à l’exercice de la fonction suprême par des candidats qui sautent une ou plusieurs étapes intermédiaires pour y parvenir.

    Il s’accompagne d’une véritable refondation des deux principales formations politiques qui a été décisive, quoique sa portée ne soit pas toujours perçue. L’UMP la plébiscite et l’assume complètement, comme si elle s’en trouvait enfin libérée, alors que celle du PS n’est qu’amorcée et demeure subie.

    Il s’est enfin accompagné d’un revirement complet de l’expression contestataire : l’extrême-gauche est en miettes ; l’extrême-droite en voie de marginalisation, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur. La contestation antisystème s’est portée au centre avec la recherche d’une alternative qui ne soit plus vaine et désespérée, mais qui s’efforce à un certain réalisme ; autre est la question, encore sans réponse, de son avenir.

2/ Le choix entre deux modèles

    L’alternative que le second tour propose aux électeurs demeure cependant assez nette pour que leur choix ait un sens politique, sur deux plans qui se conjuguent et se renforcent.

    Le premier est celui des orientations. Malgré de réelles convergences, le débat télévisé du 2 mai a clairement fait apparaître deux visions distinctes : l’une marquée par la préférence pour l’autonomie et la responsabilité des individus, fondée sur des valeurs qui renouent avec une tradition ancienne mais occultée depuis plusieurs décennies, celles du travail, du respect, de l’autorité, du patriotisme ; l’autre davantage assise sur la recherche de protections, sur leur dimension collective, sur l’intervention et la dépense publiques, sur une vision institutionnelle de l’action politique, en un mot sur des valeurs qui demeurent celles du pacte social conclu après-guerre.

    Le second plan concerne les personnalités mêmes des deux candidats, que le débat a révélées plus complexes et plus riches que leurs caricatures ; et par conséquent, ce que seraient leurs façons respectives de gouverner. L’une volontaire, directe, assez dérangeante, et sans doute inconfortable à vivre ; l’autre plus consensuelle, davantage insérée dans nos conformismes et nos rigidités, mais aussi plus en retrait.

    La perpétuation du « pacte social français » semble constituer l’enjeu profond de l’élection, même si, à elle seule, celle-ci ne saurait suffire à opérer la mutation. Ce qui se joue probablement, c’est l’abandon ou la conservation des cadres, intellectuels, politiques, voire moraux, à l’intérieur desquels la société française se meut depuis la Libération, tels qu’ils avaient été dessinés par le Conseil national de la Résistance et qui, jusqu’à présent, n’avaient jamais été contestés à ce niveau. L’élection de Nicolas Sarkozy pourrait bien signifier que les électeurs acceptent d’y renoncer, sous réserve d’inventaire évidemment, et que les Français entendent sortir de l’après-guerre ; celle de Ségolène Royal, qu’ils y tiennent davantage qu’à l’affirmation de leur souhait de changer.

3/ Le contournement des valeurs

    D’une certaine manière, les « valeurs » ont fait leur retour durant la campagne : la liberté individuelle, le travail, la responsabilité, l’identité nationale, la patrie, ont été évoqués, et pas de façon incidente. En revanche, les valeurs non négociables, celles « qui ne se discutent pas » parce que fondatrices de la société, ont été contournées, voire occultées, malgré certaines prises de position, parfois équivoques et évolutives.

    N’est-il pas frappant que ni la famille, ni le mariage, ni la liberté d’éducation, ni le respect de la vie, ni les questions de bioéthique n’aient jamais affleuré au cours du débat du 2 mai ? Sans doute par prudence de la part des deux protagonistes ; sans doute aussi parce que l’affaissement culturel et moral est devenu tellement général qu’une grande majorité de nos concitoyens ne voient même plus le problème qu’il pose à notre société, et qu’en parler ne valait pas de prendre un risque.

    Avec d’autres, la Fondation de Service politique a travaillé pour les mettre au cœur de la réflexion sur ce que peut être un vote en conscience ; elle a contribué à ouvrir le débat sur la façon de les prendre en compte et sur ce qu’implique concrètement l’engagement des chrétiens dans la vie politique nationale. Le débat est inachevé ; les différences d’appréciation comme de conclusion qu’en ont tirées les intervenants ont cependant montré que cette dimension de la vie politique avait été pris au sérieux et qu’il ne sera pas refermé.

    Cette lacune au niveau des principaux candidats dans la dernière ligne droite, pour déplorable qu’elle soit, a cependant eu un mérite : elle a évité de cristalliser des positions qui seraient devenues insurmontables et laisse encore la place à des évolutions. Il nous appartient d’élargir l’entrebâillement de la porte, en commençant dès les législatives et en usant de l’influence que nous pourrons avoir sur des candidats dont le siège dépendra d’un déplacement marginal de voix : indépendamment de la dynamique créée par l’élection présidentielle, leur élection n’aura rien de mécanique.

4/ Il faut voter dimanche

    Nous disons bien « voter » : hormis le cas d’absence ou d’impossibilité, l’abstention ne peut qu’apparaître comme un acte d’indifférence quelle qu’en soit la motivation, même la plus respectable. De quel droit se plaindre ensuite des élus et de leur politique si l’on refuse de participer à leur désignation au moment où l’on est sollicité dans une élection libre et ouverte ?

    Voter « blanc » ? Le dilemme de ceux qui sont tentés par le choix du non-choix est aussi respectable ; tout comme leur décision d’agir ainsi le cas échéant.

    Prenons un instant de recul et demandons-nous si une élection peut avoir une autre issue que la désignation d’un des protagonistes, et la désignation de celui qui, en fin de parcours, recueillera le plus grand nombre de suffrages ? On pourrait imaginer que le second tour se déroule entre trois candidats au lieu de deux, malgré l’expérience trop souvent calamiteuse des triangulaires ; on pourrait calculer les pourcentages sur le nombre de votants au lieu du nombre de suffrages exprimés ; l’issue serait-elle changée ? Le premier arrivé ne serait-il pas élu quand même ? En revanche, le second arrivé n’aurait-il pas vu ses chances amoindries ? À la vérité, le vote « blanc » revient à partager sa voix entre les deux candidats : si c’est ce que l’on veut faire, soit ; mais cela revient aussi à laisser à d’autres le soin de décider pour soi.

« Oui, mais il faut parier, disait Pascal. Cela n’est point volontaire ; vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons, puisqu’il faut choisir, ce qui vous intéresse le moins… » (Pensées, fragment 397).

François de Lacoste Lareymondie
vice-président de la Fondation de Service politique.

(Source: LIBERTÉ POLITIQUE.com)

Se décider «en conscience»

Walter Covens #actualités

Se décider «en conscience»     "Suivre sa conscience", c'était le conseil donné sur le site Croire.com en mai 2006 aux chrétiens qui s'interrogent sur l'opportunité d'appartenir à une loge maçonnique, avec un étrange présupposé : la négation de l’objectivité de la conscience… Le sophisme a largement rebondi au cours de la campagne présidentielle. Dans l’hebdomadaire Famille chrétienne, François Bayrou affirme ainsi « ne reconnaître aucune autorité au-dessus de [sa] conscience [1] ». Difficile de s'éloigner davantage de l’enseignement de l’Église, dont pourtant le candidat prétend écouter la voix… Qu’est-ce que la conscience ? Explication du Fr. Romaric Morin, dominicain de la province de Toulouse.

    IL EST UN SOPHISME actuel (un de plus !) particulièrement redoutable. Ce sophisme, digne des lieux communs si chers à Léon Bloy, pourrait être résumé de la sorte : «Tant qu’on agit en conscience, on ne fait rien de mal.» Autrement dit, face à une situation déterminée, devant un acte à poser, le plus important est d’écouter sa conscience et de lui obéir, quoi qu’elle commande. Celui qui suit sa conscience agit donc toujours bien.

    Pour séduisant (et peut-être même rassurant) que soit un tel énoncé, il est aisé de voir jusqu’à quels excès il peut nous conduire. Pour l’illustrer, prenons un exemple outrancier : si Hitler ou Staline ont agi selon ce que leur dictait leur conscience (i.e. s’ils ont agi «en conscience»), alors ils ont eu raison de déporter et d’exterminer des millions d’innocents. Parce que leur conscience le leur dictait, ils devaient le faire. S’ils n’avaient pas déporté et exterminé ces innocents, Hitler et Staline auraient agi contre leur conscience et ils auraient alors eu tort. Position choquante qui a de quoi nous révulser et qu’il est tout de même difficile de soutenir !

    Sans aller jusqu’à de tels extrêmes, notre sophisme nous amène tout de même à considérer que dès lors que notre conscience ne nous dit pas qu’il est mal de tuer un innocent, de mentir, de voler, etc., alors nous pouvons sans problème poser de tels actes. Plus encore, si notre conscience nous dit qu’agir ainsi est même un bien, alors nous pouvons – voire nous devons – l’accomplir, et cela sans aucune faute ou culpabilité de notre part. Bref, déguisée de manière plus ou moins habile, l’obéissance à la conscience ainsi conçue et formulée est la porte ouverte au subjectivisme et au relativisme. En définitive, ce faisant, nous nous érigeons nous-mêmes comme juge de la norme morale, comme juge du bien et du mal. Ce qui est bien ou mal, c’est ce que nous avons décidé comme tel, «en conscience». «Conception créative de la conscience morale» que Jean-Paul II a fermement critiquée et condamnée [2].

    Il est vrai pourtant que, comme toujours, un tel sophisme n’est pas dénué de fondement. C’est d’ailleurs ce qui le rend si séduisant et redoutable. D’autant plus redoutable que ces fondements se retrouvent chez saint Thomas d’Aquin (photo). C’est pourquoi le Docteur angélique est même parfois invoqué pour fonder et justifier une telle position. Pauvre saint Thomas, il doit s’en retourner dans son reliquaire !

Conscience psychologique et conscience morale

    Avant d’aller plus loin, et pour éviter tout malentendu, il importe de préciser ici que la conscience dont nous parlons n’est pas la conscience «psychologique», à laquelle nous aurions spontanément tendance à penser, à savoir – pour faire bref – une certaine auto-perception du sujet pensant, une expérience interne de soi-même.
  
    Non, nous parlons, nous, de la conscience «morale» qui est un acte de jugement de la raison. En vertu de ce «jugement de conscience» nous nous prononçons sur la valeur morale (bonne ou mauvaise) d’un acte posé ou à poser, nous apprécions sa bonté ou sa malice. La conscience devient ainsi la norme subjective immédiate de l’action, en ce qu’elle montre et intime hic et nunc le bien et le mal de l’action, ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Dès lors, il appartient à la conscience de reconnaître quel est le bien et de le présenter à la volonté pour que la volonté se détermine en fonction de ce bien. C’est pourquoi elle doit être obéie. C’est pourquoi aussi elle est au cœur de la liberté humaine. C’est pourquoi enfin elle jouit d’une grande dignité. «La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre [3]. »

    Cela étant clarifié, reprenons notre sophisme qui, avons-nous dit, peut être formulé comme suit : «Tant qu’on agit en conscience, on ne fait rien de mal.» Le raisonnement sous-jacent est le suivant.

1/ Il faut toujours suivre sa conscience ;
2/ par conséquent, agir contre sa conscience est une faute ;
3/ il en résulte que, dès lors que nous agissons en conscience, quoi que nous commande notre conscience, nous faisons bien.

    Reconnaissons tout de suite que les deux premiers points sont justes et se trouvent effectivement chez saint Thomas d’Aquin[4]. Oui, la conscience oblige toujours. Oui, il faut toujours suivre sa conscience. Oui, il ne faut jamais agir contre sa conscience. En effet si la conscience présente quelque chose comme étant un bien, ce serait une faute que de ne pas vouloir ce bien [5].

    Pour autant, ce n’est pas parce que nous suivons notre conscience (et d’un certain point de vue nous devons le faire), que nous agissons nécessairement bien, absolument parlant. Telle est la grande erreur de notre sophisme : penser qu’il suffit de suivre sa conscience pour bien agir. S’il s’agit là d’une condition nécessaire, elle n’est sûrement pas suffisante. Car la conscience peut se tromper quant au bien et au mal qu’elle reconnaît dans l’action. Le bien et le mal que la conscience présente à la volonté sont des notions objectives que la conscience doit reconnaître et non juger ou créer. Il ne lui revient ni ne lui appartient de décider seule, comme un juge autonome et suprême, de ce qui est bon ou mauvais en soi. Il ne lui revient ni ne lui appartient de créer la règle morale (comme le prétend la «conception créative de la conscience morale»).

    Sous peine de tomber dans le pur subjectivisme, la conscience, norme subjective de l’action, doit elle-même se référer à une norme objective qui lui est supérieure. Cette norme objective, c’est la loi divine, inscrite au cœur de la créature par son Créateur. Par rapport au bien et au mal, la conscience n’a pas un rôle créateur ou décisionnel mais un rôle de reconnaissance. Si la conscience est source d’obligations, ce n’est pas parce qu’elle en serait l’auteur ou le créateur, mais parce qu’elle les transmet telles qu’elle en prend acte et les découvre elle-même, inscrites au cœur de l’homme.

    Il en résulte que, puisque nous avons le devoir de nous conformer à notre conscience, nous avons aussi le devoir de former notre conscience. Il est impossible de prétexter s’être décidé en conscience pour commettre un acte mauvais dès lors que nous n’avons pas pris la peine d’éclairer notre conscience. Dans l’encyclique Veritatis Splendor, Jean-Paul II cite à ce sujet le cardinal Newman qui rappelait que i>«la conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs» [6].

    Il est donc clair que notre sophisme se méprend sur la subjectivité de la conscience. Si la conscience est un acte subjectif (c’est le sujet qui juge si l’action est bonne ou mauvaise au regard d’une norme supérieure qui lui est donnée), elle n’est pas une instance subjectiviste (c’est le sujet qui juge du bien et du mal).

    Oui, il est juste d’affirmer qu’il faut toujours suivre sa conscience, c’est-à-dire se conformer à elle. C’est là une condition nécessaire pour agir droitement. Mais cela n’est pas suffisant. Ce principe n’est pleinement valable que s’il tient compte d’un autre principe, qui lui est intimement lié, en vertu duquel il faut toujours chercher à éclairer la conscience, autrement dit à la conformer à la norme objective du bien et du mal. «Alors il est très vrai de dire que je ne suis pas simplement responsable devant ma conscience, mais que je suis responsable d’abord de ma conscience, de l’état de la conscience [7]. »

Fr. Romaric Morin, op
(Source: LIBERTÉ POLITIQUE.com)

(Le Fr. Romaric Morin est dominicain de la province de Toulouse)



Notes[1] « Comme croyant, j’écoute le pape, et comme citoyen — et responsable public —, je ne reconnais aucune autorité au-dessus de ma conscience. Je fais une grande différence entre ces deux ordres. Dans l’ordre spirituel, l’Église me parle. Et je comprends parfaitement qu’elle s’exprime dans l’ordre social… Mais dans ce domaine civique, j’agis seulement en conscience. » Plus loin, Fr. Bayrou confirme : « Je n’ai qu’une seule conscience, mais il y a plusieurs consciences dans la société française ! » Famille chrétienne n° 1526, 14 avril 2007.
[2] Jean-Paul II, Lettre encyclique Veritatis Splendor (6 août 1993), n. 54
[3] Concile Œcuménique Vatican II, Constitution Gaudium et Spes (7 décembre 1965), n. 16.
[4] Cf. notamment Somme de Théologie, Ia-IIæ, q. 19, a. 5.
[5] Réciproquement, si la conscience présente quelque chose comme un mal, ce serait une faute que de vouloir ce mal.
[6] A Letter addressed to His Grace the Duke of Norfolk : Certain difficulties felt by Anglicans in Catholic teaching.
[7] P. Labourdette, o.p., Cours de Théologie morale, Tome 1 (non publié), Toulouse, 1961, p. 127.

François de Lacoste Lareymondie, Les options légitimes d’un vote en conscience

Walter Covens #actualités
20 avril Politique
Les options légitimes d’un vote en conscience
François de Lacoste Lareymondie*

Les options légitimes d’un vote en conscience Quelle est la latitude de vote de l’électeur chrétien quand aucun des candidats qui se présentent à ses suffrages, sinon au premier tour du moins au second, ne semble s’inscrire dans la perspective d’un redressement moral ? Précisément, peut-on voter pour un candidat dont l’élection peut présager d’autres attentats aux “valeurs non négociables” qui fondent la vie commune comme le respect de la vie humaine, la protection du mariage ou la liberté d’éducation ? Un authentique débat s’est noué à ce sujet entre les catholiques français autour de l’interprétation de la Note doctrinale de la Congrégation de la doctrine de la foi de novembre 2002.

L’échange que nous avons eu avec le Fr. J.-M. Garrigues op laisse apparaître que la Note soutient nettement deux orientations, qui peuvent apparaître contradictoires, mais qui ne sont pas incompatibles, soulignant surtout la complexité du réel politique, et de la responsabilité temporelle des chrétiens : une orientation de type prophétique, et une orientation prudentielle. Autrement dit : témoigner en refusant de cautionner le mal, même de façon anonyme, ou servir en soutenant les moyens de faire le bien comme il se pourra, les deux options éclairées par le même désir de témoigner et de servir les principes moraux intangibles qui précèdent la vie politique et démocratique.

La difficulté à laquelle nous nous heurtons, les uns et les autres, provient de cette situation nouvelle, pour tout dire inouïe, où les gouvernants se sont arrogé le droit de légiférer sur des questions qui devraient rester hors de leur compétence. En refusant, par relativisme moral, d’admettre qu’il y a des valeurs fondatrices intangibles de toute vie en société, en considérant que la démocratie était la source de sa propre légitimité par la seule vertu du débat et du consensus majoritaire, ces gouvernants ont créé une situation incontestablement nouvelle qui nous impose de reprendre le débat d’une façon aussi nouvelle.

Il n’en reste pas moins vrai que les interventions récentes du magistère, rendues particulièrement nécessaires, si elles fournissent une assise ferme à la réflexion et un guide sûr pour orienter l’engagement de chacun, n’ont ni pour objet ni pour conséquence de dicter le vote des fidèles et de leur retirer leur marge d’appréciation dans un domaine qui leur est propre, celui du gouvernement de la cité. Elles invitent plutôt les chrétiens à prendre conscience de la réalité de leur place dans le monde, et donc à s’interroger sur la réalité de la morale et de la politique pour faire le bien, sur la responsabilité personnelle de chacun, et sur les limites de la démocratie.


1/ La politique est l’art du meilleur possible

Le pouvoir politique fascine, mais la politique est ingrate. Elle n’a ni les promesses de la vie éternelle, ni la puissance de la logique. Plus que n’importe quelle autre activité humaine, elle appelle à la plus extrême modestie, parce que son champ d’action est précisément la contingence des faits (leur incertitude) et la liberté de l’homme. Elle dépend de l’agir moral de chacun, et la morale n’est pas une science abstraite. Elle ne consiste pas en une déduction more geometrico des principes, c’est une pratique qui relève de l’exercice de la vertu de prudence, laquelle « est droite règle de l’action… et guide immédiatement le jugement de la conscience » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 1806). C’est bien en ce sens que l’agir politique est un art, non une science exacte, et que cet art est précisément celui du “moindre mal” : « Ce n’est pas l’absence de tout compromis, mais le compromis lui-même, qui constitue la véritable morale en matière politique » écrivait le cardinal Ratzinger en 1981 (Église, Œcuménisme et Politique, Fayard, p. 200).

Cette notion morale classique de moindre mal, héritée des pères de l’Église, élaborée précisément pour le domaine politique, prend en compte une réalité humaine substantiellement et inévitablement marquée par le mal : ce monde qui est celui de l’agir politique est comme un champ où le bon grain et l’ivraie sont inextricablement mêlés jusqu’à la fin des temps ; et nous avons été mis en garde contre la tentation d’extirper l’ivraie avant le temps de la moisson. Ce que le Christ dit du péché dans le cœur de chaque homme par cette parabole vaut aussi pour les conséquences sociales du péché, même si nous devons faire tout notre possible pour y remédier.

Très justement, le Fr. J.-M. Garrigues préfère l’expression “meilleur possible” à celle de “moindre mal”. Elle met en effet l’accent sur la recherche du bien et sur le sens qu’il convient de donner au compromis que requiert l’action quotidienne au milieu de concitoyens qui ne partagent pas nos exigences. Le compromis souhaitable est à rechercher sur une pente montant vers le bien. Le second mot de l’expression n’est pas moins important, car il pointe sur ce qui est “possible”, concrètement, ici et dans les circonstances où l’on se trouve. C’est lui qui incorpore la dimension pratique de l’exercice de la vertu de prudence qui opère non dans l’absolu mais dans le réel, et pas à pas.

Quelle que soit la gravité de la situation, la politique reste la politique, et responsabilité du chrétien demeure toujours celle de lutter contre le mal par le bien en progressant avec prudence.


2/ Le chrétien dans la cité : prophète ou roi ?

Le prophète rappelle au gouvernant où sont les limites de l’infranchissable quand celui-ci les oublie et les viole. Le prophète est dans son rôle quand il dénonce à temps et à contretemps le mal qui se fait passer pour un bien et quand il rappelle au gouvernant quels sont les devoirs de sa charge. Mais il ne gouverne pas et ne saurait prétendre se substituer au gouvernant dans l’exercice de sa fonction. Le chrétien assume avant tout sa fonction prophétique par le témoignage de sa vie, dans l’exercice de sa mission temporelle.

Plutôt que par un propos abstrait, illustrons la dimension prophétique du témoignage politique chrétien par un exemple.

Face aux prétentions arbitraires du roi Henri VIII à se faire reconnaître chef de l’Église d’Angleterre, le laïc
Thomas More (photo ci-dessus) et l’évêque John Fisher (ci-contre) ont tenu deux attitudes différentes. Tous deux sont morts martyrs, tous deux pour le même motif (et tous deux canonisés), mais chacun a agi selon son ordre et dans son domaine de responsabilité : l’évêque a dénoncé ouvertement les prétentions illégitimes du roi parce que son ministère comportait le devoir de rappeler la nécessaire communion de l’Église avec son pasteur suprême et qu’il en avait l’autorité en vertu de son ordination ; le chancelier a défendu le droit avec la plus grande rigueur et tous les moyens possibles, mais s’est délibérément abstenu de critiquer publiquement le roi légitime en raison de son devoir d’obéissance et afin de ne pas aggraver les divisions du royaume, puis il a démissionné de sa charge, refusant de prêter le serment requis comme contraire à ce que lui dictait sa conscience. Les deux hommes ont été canonisés.

En l’occurrence, la fonction “prophétique” du vote chrétien a toute sa pertinence, mais on peut s’interroger sur ses conditions : pour que l’objection de conscience électorale des laïcs chrétiens prenne tout son sens, et sa portée, ne conviendrait-il pas qu’elle exige un mandement hic et nunc de la hiérarchie, sous forme d’un non expedit qui pesât réellement en mobilisant toute la communauté catholique ? À défaut, elle exige une visibilité dont il faut mesurer les contraintes, où se contenter d’un non possumus personnel, sans portée politique.

Ensuite, l’électeur chrétien doit être très prudent dans son jugement sur la dimension prophétique des candidats eux-mêmes ! Confondre le “prince” et le “prophète” peut conduire au renoncement (je transfère ma responsabilité) ou à adopter une approche idéologique, de type totalitaire : on rêve d’imposer le bien de force, au prétexte que c’est le bien et que les principes dont il émane sont intangibles. En France, les Lumières ont accouché de la “dictature de la vertu”, de sinistre mémoire. Aujourd’hui, demeure la tentation de remettre son destin à l’élu parfait, au programme cohérent, à qui l’on demande de redresser la société d’en haut pour notre compte et à notre place. On ne réforme ni la société ni les mœurs par décret ; pas plus qu’on ne force le bonheur des gens contre leur gré. Outre l’attentat à la liberté fondamentale de chaque homme, c’est le meilleur moyen de susciter la révolte et d’aboutir à un résultat pire qu’au point de départ. L’expérience en a toujours été désastreuse.


3/ La politique distingue les responsabilités de chacun

On a critiqué la distinction entre l’électeur et l’élu dans les recommandations du magistère sur la responsabilité de chacun dans le soutien « par son vote » d’un candidat ou d’un programme s’opposant aux contenus fondamentaux de la foi et de la morale (Note, 4). Pourtant, si la cohérence morale est la même pour tous, la distinction est bien d’ordre politique. Elle concerne les titulaires d’une fonction publique et d’abord le parlementaire qui, en tant que législateur, n’est pas dans le même rapport à la loi civile que l’électeur.

Le parlementaire fait la loi ; c’est même sa fonction première et substantielle en démocratie représentative, avec le vote de l’impôt. Désigné par le peuple, le législateur conserve sa responsabilité propre, et personnelle. L’électeur, lui, ne fait pas la loi (sauf en cas de référendum) mais choisit ceux qui vont la faire : situation très différente car la question qui lui posée est celle de la personne qu’il va élire. Que pour la choisir il lui faille considérer le parti auquel elle appartient, son programme, etc., c’est incontestable ; mais le programme est un critère parmi d’autres, d’importance variable selon l’ampleur et la précision des thèmes qui y sont traités, et selon la force des engagements qui y sont pris. Évitons de méconnaître la réalité du gouvernement : gouverner, c’est s’atteler à un éventail de problèmes beaucoup plus large que n’importe quel programme, et sur une durée qui déborde amplement celle où la campagne électorale produit ses effets. D’où l’importance du jugement à porter sur la personne à qui on va en confier la charge.

A fortiori dans la présente élection : non seulement le président de la République ne fait pas la loi au sens strict, mais il représente le pays tout entier en sa qualité première de chef de l’Etat ; s’il donne les grandes impulsions et fixe les orientations politiques, chacun sait la distance qu’il peut y avoir entre celles-ci et les lois qui seront ensuite votées. C’est pourquoi notre Guide de l’électeur comporte un dixième critère, transversal à tous les autres, qui concerne précisément la personne du candidat, ses qualités et ses défauts, la cohérence de sa vie et de ses engagements, sa compétence et son aptitude à la fonction (auxquels il faudrait ajouter sa capacité à réunir une majorité parlementaire cohérente).


4/ La démocratie à sa place

La responsabilité morale de chacun, élu et électeur, renvoie à la réalité acceptable et non-acceptable du fonctionnement démocratique. Dans l’encyclique Evangelium vitæ (1995), Jean-Paul II traite précisément la question, à propos de la relation entre loi civile et loi morale (fondement, élaboration, application, n. 68-74), et renvoie précisément chacun à sa responsabilité.

Le pape dénonce la prétention à la légitimation juridique des attentats à la vie humaine (n. 68), prétention infondée mais qui trouve sa source dans une conception erronée de la démocratie et dans le « relativisme éthique » (n. 69). D’où une première affirmation sur ce qu’est réellement la démocratie, un instrument, tandis que le respect des droits intangibles et inaliénables de la personne humaine ne saurait dépendre de majorités d’opinion : ce respect est fondé sur la reconnaissance d’une loi morale objective qui est une référence normative pour la loi civile elle-même et échappe donc à sa compétence (n. 70). Ainsi, Benoît XVI a rappelé récemment que ces normes “inéluctables et coercitives” ne peuvent dépendre de la volonté du législateur, et qu’elles précèdent les lois humaines (12 février 2007).

Aux “pouvoirs publics”, Jean Paul II rappelle que s’ils peuvent renoncer à réprimer ce qui provoquerait un dommage plus grave, ils ne peuvent jamais accepter de légitimer par la loi civile l’atteinte d’un droit aussi fondamental que celui à la vie, sous peine d’ôter toute valeur juridique à leurs dispositions, et d’entraîner “l’obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience” (n. 73, 1) de ceux qui sont chargés d’appliquer la loi.

À propos d’une « loi intrinsèquement injuste », l’encyclique poursuit en évoquant le devoir de chacun, citoyen et parlementaires : « il n’est jamais licite de s’y conformer ni de participer à une campagne d’opinion en sa faveur, ni de donner à celle-ci son suffrage » (n. 73, 2). Vient ensuite l’évocation du problème de conscience qui se pose au parlementaire confronté au vote d’une loi imparfaite mais plus restrictive que la loi permissive en vigueur, parlementaire qui peut (et doit) apporter son suffrage à la première dès lors qu’elle limite les effets négatifs de la seconde, faute d’être en mesure d’aller plus loin et pourvu que son opposition personnelle à l’avortement soit manifeste et connue de tous.

La Note Ratzinger de 2002 fait explicitement référence à ce n.73 d’Evangelium vitae, et s’inscrit dans la même perspective avec les mêmes distinctions. S’il n’en était pas ainsi, la question posée par les évêques américains en 2004 au sujet de la responsabilité des élus et la réponse donnée par le cardinal, prenant soin de distinguer la leur de celle des électeurs n’aurait pas de fondement (cf . texte infra).

Benoît XVI vient d’ailleurs de le confirmer, insistant sur le caractère particulier de la responsabilité des législateurs. L’exhortation apostolique Sacramentum caritatis comporte un n. 83 intitulé significativement « cohérence eucharistique » qui rappelle que le « culte agréable à Dieu… requiert un témoignage public de notre foi » :

Évidemment, cela vaut pour tous les baptisés, mais s’impose avec une exigence particulière pour ceux qui, par la position sociale ou politique qu’ils occupent, doivent prendre des décisions concernant les valeurs fondamentales (vie, mariage, liberté d’éducation, bien commun sous toutes ses formes) non négociables. Par conséquent, les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale, doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement formée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine.

Or c’est à cette phrase qu’est précisément attachée la référence à la « Note » de 2002.

***

Les clarifications publiées par le Fr. Jean-Miguel Garrigues sur la conscience de l’électeur chrétien et sur l’interprétation de la Note Ratzinger font progresser un débat qui, sans nul doute, restera longtemps ouvert en raison de sa nature. Elles esquissent une conclusion où nous pouvons cependant nous rejoindre concrètement, tout en cheminant par des voies différentes, et qui renvoie précisément à la réponse du cardinal Ratzinger aux évêques américains sur la latitude morale de l’électeur chrétien. Voter pour un candidat dans le but de remettre en cause une valeur non négociable, ou parce que cette remise en cause figure dans son programme est rigoureusement proscrit. L’électeur doit donc distinguer en prudence les intentions générales du candidat qui peuvent laisser place à une marge d’appréciation (morale et politique), et le projet explicitement formulé de faire voter telle nouvelle loi attentatoire aux principes fondamentaux de la morale qui constituerait un élément-clé de son programme.

Dans cette appréciation prudentielle du « meilleur possible », les options concrètes de chacun (voter pour tel ou tel, s’abstenir ou voter “blanc”) peuvent différer légitimement sans remettre en cause leur communion d’inspiration et leur droiture morale : elles sont d’ordre politique, avec tout l’imperfection qui s’y attache et l’aléa d’efficacité dont on ne pourra juger qu’au terme de la route.

L’imperfection à laquelle l’électeur est confronté ici ne concerne évidemment pas les principes auxquels il entend se référer, ni à l’option éventuelle d’une « morale de situation » qui le livrerait à l’incohérence ; elle tient simplement au réel dans lequel il se meut et au sein duquel il lui appartient d’avancer.

Qu’il s’abstienne ou qu’il dépose un bulletin dans l’urne, l’électeur devra donc se référer aux “raisons proportionnées”, selon l’expression utilisée dans la réponse de 2004, qui justifient son choix : c’est-à-dire porter un jugement personnel sur les voies et moyens par lesquelles sera réalisé ici et maintenant le bien commun de notre pays.



*François de Lacoste Lareymondie est vice-président de la Fondation de servioce politique.

© [DECRYPTAGE ™] sur www.libertepolitique.com



“Être digne de recevoir la Sainte Communion,
principes généraux.”
Memorandum aux évêques américains (extrait)


Un catholique peut-il voter pour un candidat catholique favorable à l'avortement, sans s'exclure lui-même à son tour de la communion eucharistique ?

Un catholique serait coupable de coopération formelle avec le mal, et serait donc indigne de recevoir la sainte communion, s'il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de la position permissive du candidat sur l'avortement et/ou l'euthanasie [if he were to deliberately vote for a candidate precisely because of the candidate’s permissive stand on abortion and/or euthanasia]. Quant un catholique ne partage pas la position d'un candidat en faveur de l'avortement et/ou de l'euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d'autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée [remote material cooperation], permise en vertu de raisons proportionnées.

Cardinal Joseph Ratzinger,
Juillet 2004.


Voir et écouter aussi :

Les vidéos coup de coeur de KTO. (Liens tout en bas de la page)

Lire aussi:

Mgr Jean-Pierre Ricard, Rappel de quelques convictions à l’approche des élections


MOBILISONS-NOUS !


Élections présidentielles: Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?


Benoît XVI, Discours 50 ans Traité de Rome; Cardinal Jozef Ratzinger, Memorandum aux évêques américains; Fr. Jean-Miguel Garrigues, Sur la conscience de l’électeur chrétien, clarifications


François de Lacoste Lareymondie, Pour qui voter en conscience ?


Fr. Jean-Miguel Garrigues, La conscience de l’électeur chrétien


Thierry Boutet, Jugement de conscience et bulletin de vote


Card. Josef Ratzinger, NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE


Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Lettre ouverte aux candidats

 

France - Elections présidentielles 2007



Mgr Jean-Pierre Ricard, Rappel de quelques convictions à l’approche des élections

Walter Covens #actualités
Rappel de quelques convictions à l’approche des élections
Mgr Jean-Pierre Ricard*

Rappel de quelques convictions à l’approche des élections [Discours d’ouverture de l’assemblée plénière des évêques de France, Lourdes, 27 mars 2007.] — La proximité des élections, présidentielles puis législatives, conduit de nombreux catholiques à s’interroger sur le contenu des programmes présentés par les divers candidats. Le Conseil permanent a proposé, il y a quelques mois, le message Qu’as-tu fait de ton frère ? comme une « invitation à soutenir la vie démocratique dans notre pays par la réflexion et par l’action ». Dans nos diocèses, beaucoup ont travaillé ce texte et y ont fait référence. Le document publié sous la responsabilité du Conseil pour les questions familiales et sociales, intitulé Perspectives pour une société juste et fraternelle, a également stimulé la réflexion de bien des groupes.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, dans le cadre de cette Assemblée plénière, nous souhaitons rappeler quelques-unes de nos convictions.

Soyons clairs. Nous n’avons pas à dire pour quel candidat voter. Il n’appartient pas à la compétence des évêques de donner des consignes de vote ! Chacun vote selon sa conscience. Mais cette conscience doit être éclairée par une réflexion et un discernement préalables (1). Comme tout citoyen, un catholique devra se poser les questions suivantes :

* vu l’analyse de la situation de la France, quel est le programme politique qui correspond le mieux à la politique à promouvoir ?
* ce programme est-il réaliste ?
* le candidat ou la candidate qui le promeut semble-t-il avoir les qualités qui correspondent à ce qu’on attend d’un Président de la République ?



COHERENCE ET CRITERES

Dans sa réflexion, un catholique doit tendre à une cohérence entre ses choix politiques et ses convictions chrétiennes, entre l’approbation d’un programme et la vision de l’homme qui lui vient de sa foi. C’est pour aider à un tel discernement que l’Église a développé, à partir de l’Evangile, de sa Tradition et de son expérience concrète, une pensée sociale, appelée aussi Doctrine sociale de l’Église. Cet enseignement de l’Église offre d’utiles critères de réflexion. Ces critères ne s’adressent d’ailleurs pas seulement aux catholiques. Ils peuvent être adoptés par d’autres plus largement.

Évoquons-en quelques-uns particulièrement importants aujourd’hui.

Nous voulons redire clairement notre oui en faveur de la famille, cellule de base de la communauté humaine et premier lieu où les hommes et les femmes apprennent la confiance en eux-mêmes et dans les autres. Elle a besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’être soutenue. Nous disons oui à la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme, ouverte à la procréation, oui au droit qu’a l’enfant d’avoir un père et une mère.

C’est d’ailleurs cela qui nous fait dire non aux unions entre personnes de même sexe et à l’adoption d’enfants par de tels couples.

Nous disons oui à tout ce qui est fait pour accompagner les personnes en fin de vie, en respectant leur dignité, en luttant contre la souffrance physique et psychique. Nous disons oui au développement des soins palliatifs et à la formation d’un personnel soignant qualifié pour cela.

Mais il nous faut dire clairement non à l’acharnement thérapeutique, non à la reconnaissance d’un prétendu « droit à la mort » que constituerait une légalisation de l’euthanasie. Quel signal négatif ceci représenterait de la part de la société vis-à-vis des plus faibles de ses membres ! De plus, on peut craindre que, très vite, les exigences économiques, pesant lourdement sur le monde de la santé, viennent dicter les choix en ce domaine. La dignité de la vie, qui est toujours à renforcer et à promouvoir, ne conduit, en aucune façon, à admettre une exception d’euthanasie.

Nous voulons également dire oui à tout ce qui conduit à un plus grand partage du travail et des richesses et non à ce qui favorise l’inégalité grandissante dans le monde et dans notre pays. En effet, la mondialisation de l’économie nous pousse à nous interroger fortement sur nos comportements personnels et collectifs. De même, les enjeux environnementaux nous questionnent : quelle planète voulons-nous léguer aux générations futures ? Sommes-nous attentifs aux choix politiques qui favorisent un développement solidaire ? Sommes-nous prêts à modifier notre mode de vie afin de permettre un réel développement des pays les plus pauvres, en particulier en Afrique ? Il est important de lancer aujourd’hui cet appel et de tenir un langage de vérité sur ces questions.

Cette ouverture sur le monde est aussi une exigence pour l’Europe : « L’Europe ne saurait se replier sur elle-même. Elle ne peut ni ne doit se désintéresser du reste du monde ; elle doit au contraire garder pleine conscience que d’autres pays, d’autres continents attendent d’elle des initiatives audacieuses, pour offrir aux peuples les plus pauvres les moyens de leur développement et de leur organisation sociale, et pour édifier un monde plus juste et plus fraternel [2] ».

De même, nous ne pouvons pas réfléchir aux questions autour de l’immigration en dehors de ce contexte général. Nous disons oui à un accueil des immigrés, généreux, responsable et respectueux des droits de l’homme, et nous avons à y prendre notre part.
Nous ne pouvons pas accepter la libre circulation de l’argent, des marchandises, des informations et, dans le même temps, barrer la route aux immigrés ou vouloir les renvoyer chez eux.

Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas aussi des limites à cette capacité d’accueil dans notre pays. Il est normal qu’un gouvernement définisse une politique de l’immigration mais celle-ci doit alors tenir compte de nos responsabilités spécifiques quant au développement des pays les plus pauvres. Elle doit également respecter pleinement la dignité de ceux qui, pour des raisons politiques, économiques, religieuses, sont amenés à quitter, au prix de grandes difficultés et parfois au risque de leur vie, leur pays d’origine [3].

Plus que jamais, notre pays a besoin de convictions fortes, d’une vision de l’homme qui soit claire sur la défense de ses droits et le rappel de ses devoirs. Notre vie en société appelle des points de repère nets sur les exigences du bien commun et sur la mise en œuvre effective de la fraternité.


UEN VISION DE L’HOMME ET DE LA SOCIETE

Les lois que notre pays est amené à voter ne sauraient se résumer à un simple rapport de forces au gré des résultats électoraux successifs. Elles doivent nécessairement avoir un fondement par rapport au bien commun de la société qui représente tout autre chose que la somme des intérêts particuliers des uns et des autres. Il ne faut pas laisser le respect des valeurs fondamentales être le jouet de l’influence de groupes de pression sectoriels ou d’orchestrations médiatiques.

Notons, à ce propos, que la législation passe souvent très rapidement, en particulier dans le domaine du respect de la vie et de la dignité humaine, d’une exception, encadrée et dérogatoire, à la définition d’un droit pur et simple. On l’a vu à propos de l’avortement où l’on est passé d’une logique de détresse à l’affirmation d’un droit qui paraît évident et auquel il devient de plus en plus difficile de résister tant les pressions sont fortes. Ceci, bien entendu, ne rend pas compte des drames intimes qui se jouent et des traumatismes qui demeurent.

Dans le domaine de la recherche bioéthique, il faut certes se féliciter des progrès de la science et encourager la recherche pour pouvoir guérir un certain nombre de maladies. Mais comment ne pas s’interroger sur les évolutions législatives, demandées par certains, qui verraient des comportements, hier punis sévèrement comme transgressant des interdits fondamentaux de notre humanité, devenir tout à coup, dans l’espérance hypothétique d’un progrès thérapeutique, des droits purs et simples ? Tout ceci conduit à une fragilisation de la valeur de la loi et des fondements de la vie sociale.

En esquissant ces quelques points et en développant cette réflexion, nous ne définissons pas un programme politique et ne prenons pas parti pour tel ou tel candidat. Nous voulons simplement rappeler que le respect de ces exigences n’est pas compatible avec n’importe quel choix politique.

Dans une note publiée en 2002, la Congrégation pour la Doctrine de la foi rappelait « que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui [4]». Dans la pratique, le choix d’un candidat peut paraître difficile. À chacun de choisir pour la fonction présidentielle, qui de toute façon doit être assurée, le candidat dont le programme paraît le plus proche de cette vision de l’homme et de la société que nous venons d’évoquer.

Nous voulons, en terminant, redire l’importance et la noblesse de l’engagement politique. Les disciples du Christ ne sauraient le déserter ni le décrier. Parce qu’ils se veulent « au service de tous et sans ambition de pouvoir, les chrétiens se sentent à l’aise dans une société démocratique et laïque. Ils lui apportent leur contribution, sans accepter que leur foi soit reléguée dans la "sphère du privé". Cette foi a une dimension humaine et sociale. La démocratie, pour être vivante, » doit faire « droit à ses références religieuses et philosophiques dans le débat public » [5].Le domaine de la politique n’est-il pas, selon la célèbre phrase du pape Pie XI, « le champ de la plus vaste charité, la charité politique » [6] ?


*Mgr Jean-Pierre Ricard,
cardinal archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France.

Intertitres de la rédaction.
© Photo : http://catholique-bordeaux.cef.fr/



Notes[1] « La conscience a besoin d’être formée. Nous sommes responsables devant notre conscience, ultime témoin de Dieu. Mais nous sommes responsables aussi de notre conscience », Catéchisme pour adultes des évêques de France, 1991, n° 502.
[2] Jean-Paul II, Lettre au Cardinal Vlk, président du Conseil des conférences épiscopales européennes, 16 octobre 2000, n° 7.
[3] Catéchisme de l’Église catholique, 1992, n° 2241.
[4] Note doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, « Questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique », 24 novembre 2002, n° 4 ; cf. aussi Catéchisme de l’Église catholique, n° 2242, et encyclique Evangelium Vitae, n° 73.
[5] Commission sociale de l’épiscopat, Réhabiliter la politique, 1999, n° 35.
[6] Pie XI, À la Fédération universitaire catholique, 18 décembre 1927.

MOBILISONS-NOUS !

Walter Covens #actualités

MOBILISONS-NOUS, RENDONS RAISON DE L'ESPERANCE QUI EST EN NOUS !



Les ASSOCIATIONS FAMILIALES CATHOLIQUES

diffusent, sur le thème de la famille,
une  DECLARATION  [7 pages]
présentant les neuf orientations politiques prioritaires d'un
" PROJET FAMILIAL POUR UNE SOCIETE DURABLE "  [111 pages]

Vous voulez participer à ce débat fondamental pour notre avenir ? Vous souhaitez vous informer sur ces questions ? Vous voulez devenir membre des AFC ?

Pour tous renseignements : AFC
Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques
28, place Saint-Georges 75009 PARIS
Tél. : 01 48 78 81 61 - Fax. : 01 48 78 07 35

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AGISSEZ !
N'ayez pas peur, vous n'êtes pas seuls !

Dans les débats fondamentaux qui agitent actuellement la France, chacun doit s'engager dès aujourd'hui pour résister aux lobbies et défendre nos convictions!
Par exemple :


Ecrivez à vos élus (députés, sénateurs, maires, conseillers régionaux et généraux...) et aux responsables des partis politiques, par lettre, par courriel ou sur leurs sites, blogs ou autres forums internet, pour leur manifester votre opposition au mariage homosexuel et à l'homoparentalité,

Relayez le message du collectif des maires pour l'enfance, dans votre entourage et auprès de vos élus,

Signez les pétitions des AFC pour la revalorisation du mariage, du collectif "Oui à la famille", de Lifeparade, l'appel contre le lobby de l’euthanasie à l’hôpital, et, si vous appartenez au personnel soignant, le manifeste "Non à l’euthanasie, oui à une médecine à visage humain !",

Envoyez [en un clic] à vos élus le manifeste de "libertepolitique.com" - déjà signé par 171 parlementaires - contre l'homoparentalité,

Faites connaître HERMAS à tout votre carnet d'adresses et sur les sites et forums que vous visitez...


Si aujourd'hui tout est encore possible face à la versatilité électoraliste de certains politiciens, demain il sera trop tard ! La seule façon de n'avoir pas plus tard de regrets, c'est d'agir. Chaque voix compte, même durant la campagne électorale.


Pères, nous avons besoin de vous !


Individuellement et/ou collectivement (cf., en particulier, Qu'as-tu fait de ton frère) vous avez relayé dans le débat public les valeurs de l'Evangile et les paroles du Saint-Père invitant les catholiques, notamment, à s'opposer à la culture de mort, à défendre la vie de son commencement à sa fin naturelle, et à défendre la famille.

 


Le Saint-Père a, en effet, défini trois principes "non-négociables" pour les catholiques :

1°- La protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle ;

2°- La reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille - comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage - et sa défense contre des tentatives de la  rendre juridiquement équivalente à des formes d'union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable ;

3°- La protection du droit des parents d'éduquer leurs enfants.

 


Ces principes sont fondés sur la nature humaine elle-même. Ils sont donc communs à toute l'humanité. L’Eglise, en assurant leur défense et leur promotion, loin de se borner à mener une action à caractère purement confessionnel, ou de s’immiscer dans un ordre qui ne serait pas le sien, remplit sa mission « d’experte en humanité » et de « gardienne de l’ordre naturel ».

 


Or, il apparaît que dans le débat public et en particulier aujourd'hui, pour le second tour des élections présidentielles, les deux candidats en lice proposent des programmes qui heurtent, à des degrés différents mais qui heurtent tout de même frontalement, l’un et l’autre, ces principes fondamentaux.

 


Apparaissent alors, pour les catholiques laïcs soucieux de concourir à l'action de l'Eglise dans le monde, deux difficultés majeures qu'ils vous demandent de les aider à surmonter.

 


LA PREMIERE DIFFICULTE est de savoir, compte tenu des circonstances présentes, singulières et nouvelles, s'ils peuvent moralement donner leur suffrage à l’un des candidats et selon quelles modalités ils devront se déterminer en conscience.


Peut-on, appliquant la distinction faite par le cardinal J. Ratzinger en juillet 2004 dans son Memorandum aux évêques américains de juillet 2004, considérer que seul un vote comportant une adhésion formelle à l’un des programmes constituerait un acte immoral et que le vote pour un candidat, à seul effet d’exclure l’autre, dont le programme est réputé plus mauvais encore, pourrait être analysé comme une simple coopération matérielle éloignée, justifiée par une raison proportionnée et moralement acceptable ?

 


Doit-on, au contraire, considérer qu’au regard de deux programmes, destinés en principe à être appliqués, qui ne différent sur la violation des exigences éthiques non négociables, que dans leur degré d’engagement dans le mal, le catholique doit refuser tout « compromis sur ces valeurs humaines essentielles », fût-il présenté comme « l’inévitable acceptation d’un prétendu moindre mal » (Benoît XVI, Discours pour les 50 ans de  l’Union européenne), dès lors que « la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leur sont alternatives ou opposées » (Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, 24 nov. 2002, n. 4) ?

 


LA SECONDE DIFFICULTE est le corollaire de la première. Elle consiste à donner un sens politiquement significatif au vote réservé ou à l'abstention éventuelle des chrétiens.


A supposer que vous jugiez que le vote est possible, il ne paraît pas possible de laisser ignorer aux candidats qui en seraient bénéficiaires que le vote des chrétiens n’a pu se porter sur eux que sous la réserve explicite du respect des valeurs non-négociables, sans adhésion aux projets qui les violent. Sinon, ce vote viendra se diluer dans l’ensemble des votes apportant leur adhésion à ces projets et donnera au candidat finalement élu l’illusion que son électorat lui a donné tout entier mission de les appliquer.

 


A supposer, au contraire, que vous jugiez légitime l’objection de conscience chrétienne, les fidèles ont besoin de connaître cette légitimité, soit qu’elle doive s’exprimer par une abstention pure et simple, soit qu’elle doive s’exprimer par un vote blanc, sans pour autant renoncer à l’engagement politique par d’autres voies. Là encore, il est important, au regard des enjeux éthiques considérables qui sont en cause, que les candidats connaissent la possibilité et le sens de cette objection de conscience, afin qu’ils en prennent la mesure, avant le vote final, et qu’elle ne soit pas diluée, après ce vote, dans la comptabilisation des désabusés de la politique.


Dans un cas comme dans l’autre, vous êtes véritablement LES SEULS qui soyez en mesure, par votre autorité et votre position, de donner publiquement, entre ces deux tours, une lisibilité politique à ces choix nécessaires.

 


Il ne s'agit pas d'appeler à voter pour Untel plutôt que pour Untel, ni de suggérer que l’Eglise serait du côté de celui-ci contre celui-là, mais de donner des orientations claires aux fidèles. Même si ces derniers sont appelés à agir dans leur sphère propre, par l’exercice de leur prudence personnelle, le vote ne laisse pas d’être un acte moral réclamant une conscience éclairée. Par qui pourra-t-elle l’être en l’occurrence, sinon par vous, Pasteurs du troupeau ? Depuis des années, l’Eglise ne cesse, à temps et à contre temps, et avec succès, de plaider partout dans le monde la cause de l’homme, sans se laisser arrêter par les intérêts propres des groupes ou des nations, parce que la vérité du message évangélique les transcende tous et ne peut être réduite à aucun d’eux. Faites-nous la miséricorde de cette même charité en ces circonstances délicates où la conscience de beaucoup est troublée.


Même pour des incroyants, cette parole serait un signe éclairant, parce que chaque homme de bonne volonté est aujourd’hui en quête de repères éthiques. Pour les fidèles des autres religions, avec lesquels des déclarations communes ont été précédemment faites, cette parole manifesterait aussi un engagement courageux auquel ils sont tous intéressés. 

 


Vos fils respectueux dans le Christ ressuscité.

 


La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise: lineamenta

Walter Covens #actualités
LINEAMENTA DU PROCHAIN SYNODE DES EVEQUES

    Ce midi près la Salle-de-Presse du Saint-Siège, Mgr.Nikola Eterovic, Secrétaire général du Synode des évêques, a présenté les Lineamenta de la XII Assemblée générale ordinaire qui se déroulera du 5 au 26 octobre 2008: "La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise".

    Ce document de travail préliminaire se compose d'une introduction, trois chapitres et une conclusion. Il comprend aussi un questionnaire relatif aux sujets abordés par le Synode, destiné à approfondir la réflexion de la communauté ecclésiale à tous ses niveaux. Les réponses devront être adressées au Secrétariat général avant la fin novembre.

    Cette assemblée, indique l'introduction, est la suite de celle d'octobre 2005 sur l'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise. Son but est "de rencontrer pleinement la Parole de Dieu dans le Seigneur Jésus, présent dans l'Ecriture et dans l'Eucharistie".

    Le Synode 2008 se propose de "contribuer à éclairer les aspects fondamentaux de la vérité de la Révélation, que sont la Parole de Dieu, la Tradition, la Bible et le Magistère". Ces sources "motivent et garantissent un cheminement de foi correct et efficace, qui est en mesure de provoquer un attachement profond à l'Ecriture", à condition que les chrétiens puissent largement y avoir accès, de manière "à renouveler l'écoute dans la liturgie et la catéchèse, dans l'exercice notamment d'une Lectio Divina bien adaptée aux diverses circonstances, et à offrir au pauvre consolation et réconfort".

    Le premier chapitre, intitulé "Révélation, Parole de Dieu et Eglise", traite de la révélation manifestée à la personne qui en a besoin. "Tradition et Ecriture dans l'Eglise sont un unique dépôt de la Parole divine. Et son interprétation constitue une tâche aussi nécessaire que délicate".

    "La Parole de Dieu dans la vie de l'Eglise" est le titre du second chapitre, qui expose comment l'Eglise se nourrit de façon multiple de la Parole...dans la liturgie comme dans la prière...dans l'évangélisation comme dans la catéchèse...dans l'exégèse et dans la théologie" comme "dans la vie du croyant".

    La troisième partie, "La Parole de Dieu dans la mission de l'Eglise", rappelle que la Parole divine "doit être toujours accessible à tous...et qu'elle est grâce de communion pour les chrétiens... Son écoute présente aussi une dimension œcuménique, à laquelle il faut constamment être attentif... Mais elle est également une lumière pour le dialogue interreligieux", avec le peuple juif tout d'abord mais avec les autres religions aussi.

    La conclusion de ces Lineamenta souligne que "l'écoute religieuse de la Parole de Dieu est l'élément fondamental de la rencontre de l'homme avec Dieu".

    Pour sa part, Mgr.Eterovic a rappelé que le document fait référence à la Constitution conciliaire Dei Verbum qui, à quarante ans de distance, "permet d'évaluer à l'échelle universelle les fruits obtenus au sein du peuple de Dieu, notamment le renouveau biblique dans la liturgie, la théologie et la catéchèse".

    Malgré ce, a-t-il souligné, "certaines questions demeurent problématiques comme l'ignorance de la doctrine de la Révélation ou de la Parole et un notable détachement des fidèles de la Bible". Cette assemblée aura donc "un objectif principalement pastoral".

    Enfin, Mgr.Fortunato Frezza, Sous-secrétaire du Synode des évêques, a précisé que les Lineamenta constituent un moyen de vérifier "le niveau de réception du Concile, qui dépend de sa juste interprétation, d'une correcte herméneutique, d'une juste clef de lecture et d'une correcte mise en application". L'exercice d'une "herméneutique de la réforme et du renouveau, dans la continuité de l'unique Eglise que le Seigneur nous a donné, croît et se développe continuellement car il est le même peuple de Dieu en marche".

CITE DU VATICAN, 27 AVR 2007

(Source VIS)

Les lecteurs de ce blog ne manqueront pas de prier d'ores et déjà pour la préparation et la fruits de ce Synode. Viens Esprit Saint !

Élections présidentielles: Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?

Walter Covens #actualités
Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ? Élection présidentielle : "Le vote chrétien sera décisif"
Communiqué

À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, est rendue publique une importante initiative chrétienne de sensibilisation de l’électorat populaire attaché au respect des valeurs humaines : respect de la personne et de la vie, de la famille, de la liberté d’éducation... 1,6 millions de foyers reçoivent en effet depuis le 10 avril un document intitulé “Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?”. Cette prise de parole au nom de la responsabilité de l’électeur chrétien est une première en France tant par son ampleur que par son concept d'appel à la réflexion sans parti-pris. Vingt-et-un départements ont notamment fait l’objet d’une diffusion massive.

Francis Jubert, président de l’Association pour la Fondation de Service politique et initiateur de cette opération, précise : “À quelques jours d’une élection majeure, chacun doit éclairer sa conscience avec les armes de la prudence. On note, aujourd’hui, la tentation d’exclure les Églises et les croyants de la vie publique dés lors qu’ils feraient référence aux valeurs qui les animent. Il faut donc repenser l’engagement des chrétiens dans la cité et définir une nouvelle stratégie de l’action politique pour les chrétiens. Notre opération dans le cadre de la campagne présidentielle s’inscrit dans cette nouvelle démarche de cohérence. Je suis persuadé que le vote chrétien sera décisif pour cette élection.”

L’Association pour la Fondation de Service politique veut montrer, à travers cette initiative, que l’on peut unir vote de conviction et service du bien commun. Aujourd’hui, les chrétiens doivent penser et agir en responsables de la société dans sa totalité, et non en porteurs d’un message partisan. “Le vote chrétien n’est pas confessionnel, explique Philippe de Saint-Germain, délégué général de la Fondation. Les “valeurs qui ne discutent pas” ne sont pas des valeurs chrétiennes au sens strict, mais des valeurs humaines reconnues par la raison, au-delà des partis. Les chrétiens doivent être à la pointe du combat politique en faveur de leur reconnaissance et de leur mise en œuvre, avec la pédagogie et la patience nécessaires, sans les passions qui agitent souvent les batailles électorales.”

Certaines analyses donnent déjà raison à l’Association pour la Fondation de Service politique comme le sondage Ifop sur le vote catholique paru dans La Croix du 5 mars et sur le vote protestant paru dans Réforme du 5 avril. Les catholiques ne se disperseraient plus sur tout l’échiquier politique et plus ils sont pratiquants, moins ils se reconnaissent dans les programmes idéologiques les plus hostiles au respect de la vie humaine, des valeurs familiales et de la liberté d’éducation. Les protestants, eux, s’apprêteraient à vivre une véritable rupture avec leur sensibilité de gauche. La cohérence des chrétiens entre leur vote et leurs valeurs constitue une première source du renouvellement attendu de la vie politique française.

L’Association pour la Fondation de Service politique, créée en 1992, est à la fois un laboratoire d’idée et un centre de communication et d'influence de la pensée politique chrétienne. Elle propose actuellement à tous les chrétiens deux outils d’aide au discernement politique : le Guide de l’électeur chrétien 2007 et le livre de Thierry Boutet, L’Engagement des chrétiens en politique (tous deux édités par Privat). Elle édite chaque semaine la lettre électronique d’analyse de l’actualité “Décryptage” sur www.libertepolitique.com.


Ci-dessous, le communiqué de l’AFP du 10 avril.

PARIS, 10 avr 2007 (AFP) - Guide du vote chrétien à la présidentielle : envoi de 1,6 million de tracts

À moins de deux semaines de la présidentielle, une ONG chrétienne a annoncé l'envoi de 1,6 million de tracts pour rappeler aux électeurs "les valeurs qui ne discutent pas".

Dans un communiqué, l'Association pour la Fondation de Service politique, l'initiatrice, précise que l'opération, concentrée sur 21 départements, a pour but de "sensibiliser l'électorat attaché au respect des valeurs humaines".

Dans ce document, qui n'appelle à voter pour aucun candidat et est intitulé "Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?", sont énumérés notamment: "la famille, la liberté d'éducation, la paix en général et en Europe en particulier par le respect des racines chrétiennes" du continent, un "État fort au service de l'intérêt général", le partage d'une culture commune et la recherche du travail plutôt que l'"encouragement à l'assistanat", a précisé à l'AFP Philippe de Saint-Germain, délégué général de l'ONG.

"Cette prise de parole au nom de la responsabilité de l'électeur chrétien est une première en France tant par son ampleur que par son concept de comparaison des programmes", indiquent les auteurs du texte, pour lesquels "le vote chrétien sera décisif".

Francis Jubert, président de l'Association pour la Fondation de Service politique, précise que "chacun doit éclairer sa conscience avec les armes de la prudence", citant la "tentation d'exclure les Eglises et les croyants de la vie publique dès lors qu'ils feraient référence aux valeurs qui les animent".

"Aujourd'hui, les chrétiens doivent penser et agir en responsables du bien commun et non en porteurs d'un message partisan", dit encore M. Jubert, en citant de récents sondages sur les intentions de vote des catholiques et protestants.

L'Association pour la Fondation de Service politique créée en 1992 se définit comme "à la fois un laboratoire d'idée et un groupe d'influence de la pensée politique chrétienne".


Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?
Fondation de service politique

Tract diffusé par la Fondation de Service politique entre le 10 et le 13 avril 2007 auprès de 1.650.000 foyers dans 21 départements.




QUELLES SONT LES VALEURS QUI NE SE DISCUTENT PAS ?


Élection présidentielle 2007
La France silencieuse a son mot à dire


BIOETHIQUE
Recherche effrayante ou humanisée ?

Les découvertes scientifiques des dernières années
sont porteuses d’espoir mais aussi de graves
menaces. Sous la pression de lobbies puissants, les
revendications se radicalisent pour exiger la légalisation
du clonage ou les manipulations sur l’embryon...
Il faut aujourd’hui fixer des limites claires à
la recherche et maintenir coûte que coûte le respect de
la dignité de la personne humaine. Renoncerez-vous
à voter pour une politique respectueuse de toute vie humaine ?


FAMILLE
Démantèlement ou protection de la cellule familiale ?

La majorité des Français plébiscitent la famille et ont
un projet familial pour s’épanouir. Mais ils ne se reconnaissent
pas dans les déformations que certains
veulent lui imposer. Beaucoup de maux de notre société
ont pour origine une carence familiale. La lutte contre
la pauvreté et l’exclusion passe d’abord par une vraie
politique familiale fondée sur le mariage : un père,
une mère et des enfants. Renoncerez-vous à voter
pour une politique qui place la famille au cœur de la
confiance et de l’avenir ?


ÉDUCATION
Uniformité ou liberté ?

Les parents sont les premiers et ultimes éducateurs de
leurs enfants. Mais il y a trop de freins à l’exercice de cette
mission dans l’environnement social et dans le système
éducatif actuel. Il faut pouvoir librement choisir une école
sans contrainte financière ou géographique. Il faut restituer
aux enseignants leur autorité et leur liberté pédagogique.
Renoncerez-vous à voter pour une politique qualitative
de l’éducation et respectueuse de la liberté des parents ?


VIVRE ENSEMBLE
Immigration subie ou responsable ?

La France a toujours été une terre d’accueil pour les
étrangers. Mais l’intégration des nouveaux arrivants
est aujourd’hui gravement en panne ; les banlieues qui
flambent en sont le signe le plus visible. Il faut avec
courage dire la vérité et maîtriser les flux. Il faut avec
générosité intégrer ceux qui sont là et qui veulent
partager avec nous notre culture et notre citoyenneté.
Renoncerez-vous à voter pour une politique de l’immigration
limitée et responsable ?


TRAVAIL
Assistanat ou valorisation du travail ?

Trop de Français souffrent du chômage, de la précarité,
et depuis trop longtemps. L’emploi doit être une cause
nationale. Il faut libérer des carcans toutes les énergies
économiques. Les 35h obligatoires et l’assistanat sans
contrepartie pénalisent notre société. Il faut responsabiliser
tous les acteurs sociaux. Renoncerez-vous à
voter pour une politique qui donne à chacun la liberté
de travailler plus et à tous la possibilité de créer ainsi des emplois ?


PAIX
Europe technocratique ou Europe des valeurs ?

L’Europe ne peut pas rester une zone floue noyée dans
la mondialisation ; elle doit être au service de l’homme
et non sous la domination des marchés financiers. Dans
le respect de ses racines chrétiennes et de l’identité
de chaque nation, l’Europe doit reconnaître ses
frontières historiques et refuser l’entrée de la
Turquie. Renoncerez-vous à voter pour une
politique européenne conforme à vos valeurs ?


BIEN COMMUN
Promesses démagogiques ou État au service de tous ?

Aujourd’hui, l’État se soumet aux revendications
catégorielles et aux lobbies. Il faut restaurer
l’ordre public au service de l’intérêt général,
privilégier l’avenir aux satisfactions immédiates,
par exemple en dynamisant nos
espaces ruraux. Il faut moins de lois et plus
de justice. La France vit au dessus de ses
moyens : on évalue la dette publique à plus
de 41.000 euros par ménage. Il est grand
temps de redresser les comptes publics pour
ne plus reporter la charge de nos dépenses sur
nos enfants. Renoncerez-vous à voter pour une
politique responsable au service de tous ?


Attention
Vos valeurs seront-elles bien défendues
par le prochain Président ?
Le vote de l’élection présidentielle est décisif
pour vous et votre famille.
Vous appartenez à une majorité qui partage
vos valeurs. Exprimez-le !
Votre vote conditionne bien plus que
les 5 prochaines années !


Dès le 1er tour, le 22 avril, votez en conscience pour une politique conforme à vos valeurs.


Benoît XVI, Discours 50 ans Traité de Rome; Cardinal Jozef Ratzinger, Memorandum aux évêques américains; Fr. Jean-Miguel Garrigues, Sur la conscience de l’électeur chrétien, clarifications

Walter Covens #actualités
Avec les clarifications du Père Garrigues je joins aussi le Mémorandum du Card. Ratzinger aux évêques américains et le Discours de Benoît XVI à l’occasion des cinquante ans des Traités de Rome au congrès de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE).


Sur la conscience de l’électeur chrétien, clarifications

Fr. Jean-Miguel Garrigues, op

L’hebdomadaire Famille chrétienne et Libertepolitique.com ont publié chacun un article du Fr. Jean-Miguel Garrigues sur le vote des catholiques en conscience. Ceux-ci ont soulevé une controverse de bon aloi avec Thierry Boutet et François de Lacoste-Lareymondie (cf. infra). De divers côtés des catholiques ont demandé des précisions au théologien qui a voulu clarifier, sans polémique, son interprétation théologique de la Note Ratzinger à propos de l’engagement des catholiques dans la vie politique (2002).
Nous sommes heureux de publier ses clarifications, pensant pour notre part que les positions respectives des protagonistes ne sont pas incompatibles, et sont plutôt les deux faces d’une même interprétation, au service des valeurs non négociables de l’ordre politique qui, par définition, ne relèvent pas de l’élection démocratique.
Liberté politique.



    À LA SUITE des controverses qu’ont soulevées mes articles parus dans la revue Famille chrétienne et sur le site Internet Libertepolitique.com de la Fondation de Service politique, on me demande de divers côtés de répondre pour clarifier ma position sur certains points contestés. Je voudrais le faire brièvement ici avant les prochaines élections.

    Tout d’abord je ne crois pas qu’une interprétation stricte de la Note sur le comportement et l’engagement des catholiques en politique, publiée en 2002 par la Congrégation de la doctrine de la foi sous la signature de l’alors cardinal Joseph Ratzinger, fasse de ses partisans des « émigrés de l’intérieur ». Le refus de voter pour des candidats dont le programme politique comporte des transgressions de valeurs éthiques fondamentales, que le Magistère de l’Eglise considère comme « non-négociables », ne signifie pas pour autant que l’on considère le régime politique qui est le nôtre et son gouvernement comme illégitimes. Ce qui l’est en revanche et qui réclame notre objection de conscience, ce sont certains points des programmes politiques de candidats à une élection et les lois correspondantes qu’ils feront voter s’ils sont élus. S’ils indiquent explicitement de tels projets dans leurs programmes de gouvernement, ma responsabilité d’électeur chrétien est engagée par mon vote et je ne pourrai pas, au moment du vote des lois qui en découleront, me défausser de ma responsabilité morale sur les élus qui rédigeront la loi en disant : « Je ne savais pas ; je n’avais pas voulu cela ».

    En démocratie le Législateur c’est à la base le corps électoral, lui qui donne la première détermination aux lois à travers les programmes électoraux qu’il choisit, car il est le premier représentant du peuple, ce peuple qui aura à porter les conséquences des décisions politiques. Déresponsabiliser moralement les électeurs serait extrêmement grave car cela irait dans le sens de cet amoralisme procédural que la Note dénonce comme la corruption même de la démocratie. Pour cette raison la Note, même quand elle s’adresse en premier aux élus, prend soin d’ajouter « comme pour tout catholique » (n°4 alinéa 2), ou « programme politique » à « loi » (n°4 alinéa 3), et de formuler son interdit de manière universelle en disant à deux reprises « personne » (n°4 alinéa 2 et 3).

Raisons proportionnées

    Mais l’électeur n’est responsable que des choix programmésqui sont soumis à son vote. En conséquence, le fait qu’un candidat s’accommode tant bien que mal d’un statu quo législatif déjà voté, alors que celui-ci transgresse des valeurs éthiques fondamentales, peut être considéré comme un moindre mal et ne pas empêcher en conscience de voter pour lui. C’est ce que le cardinal Ratzinger a reconnu dans une réponse de juillet 2004 aux évêques américains. « Quand un catholique ne partage pas la position d’un candidat en faveur de l’avortement et/ou de l’euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d’autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée, permise en vertu de raisons proportionnées » [1].

    Il faut bien comprendre que la responsabilité morale de l’électeur n’est pas engagée de la même manière face à une simple position personnelle d’un candidat et face à un choix programmé qu’il propose explicitement. En décidant de ne pas considérer dans son vote la position personnelle d’un candidat, l’électeur peut invoquer le moindre mal, car l’opinion personnelle du candidat n’engage pas de manière nécessaire le vote d’une loi immorale. En revanche, s’il accepte par son vote un choix programmé qui porte atteinte aux principes éthiques fondamentaux, l’électeur participe de manière effective à la loi qui sera votée ensuite. Dans le premier cas on n’est en présence que d’une intention, on reste dans le domaine du possible. Dans le second on pose un acte de coopération avec le mal, qui est bel et bien réel. C’est pourquoi dans ce cas l’objection de conscience s’impose moralement.

    Je ne crois donc pas, comme théologien qui se sait faillible et ne demande pas mieux que d’être rectifié par le Magistère, qu’un catholique cohérent qui souhaite « voter utile » au second tour des prochaines élections présidentielles puisse invoquer en conscience soit l’irresponsabilité de son acte, soit la « coopération matérielle éloignée ». Le pape Benoît XVI vient de mettre de nouveau en garde les Européens contre la tentation « d'adopter un comportement pragmatique, aujourd'hui largement diffusé, qui justifie systématiquement le compromis sur les valeurs humaines essentielles, comme si celui-ci était l'inévitable acceptation d'un prétendu moindre mal. Ce pragmatisme, présenté comme équilibré et réaliste, au fond ne l'est pas » (Discours de mars 2007 à l’occasion des cinquante ans de l’Union européenne).

L’application prudentielle de sa conscience

    En revanche, il y a un point où va devoir s’exercer en prudence la responsabilité incommunicable de chaque électeur : dans l’application prudentielle de leur conscience chrétienne au cas particulier des programmes qui sont soumis à son choix. Il revient à chacun de nous de discerner si oui ou non il y a, dans les programmes des candidats qui nous sont présentés, des points qui portent atteinte à des principes éthiques fondamentaux et en conséquence non-négociables.

    Chacun devra faire soigneusement la différence entre des positions énoncées par les candidats comme une intention encore vague et le projet explicitement formulé de faire voter une nouvelle loi (par exemple sur les unions homosexuelles, sur l’euthanasie ou sur la manipulation génétique). C’est dans cette application de leur conscience au choix particulier que des personnes également droites moralement pourront faire des appréciations prudentielles divergentes et ne devront pas se juger les uns les autres. Seul l’avenir dira qui avait fait le choix juste. Laissons à Dieu d’éclairer chacun dans l’application effective de sa conscience à ses actes.




“Être digne de recevoir la Sainte Communion”, principes généraux. Memorandum aux évêques américains
Cardinal Jozef Ratzinger

À l'occasion des élections de 2004 aux États-Unis, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a adressé un memorandum au Cardinal McCarrick, président de la conférence des évêques américains, pour rappeler six principes généraux au sujet des conditions pour recevoir la sainte communion, particulièrement s'il s'agit d'hommes politiques favorables à l'avortement et à l'euthanasie.

Voici le texte du cardinal sous forme de réponses introduites par des questions, dans la traduction de la Documentation catholique. À signaler, le Nota bene qui porte précisément non sur le cas des élus, mais des électeurs.

1- Quelles questions devrait se poser le chrétien catholique avant de s'approcher de la Sainte Communion ?

Se présenter pour recevoir la sainte communion devrait être l'objet d'une décision prise en son âme et conscience, fondée sur la question de savoir si l'on est digne d'un tel acte, selon les critères objectifs de l'Église. Il faudrait se poser des questions telles que :

- Suis-je en pleine communion avec l'Église catholique ?
- Suis-je en état de péché grave ?
- Suis-je l'objet d'une sanction (ex. excommunication, interdit) qui m'empêche de recevoir la sainte communion ?
- Me suis-je préparé à la communion en jeûnant au moins une heure auparavant ?

Se présenter sans discernement à la sainte communion, tout simplement parce qu'on est à la messe, constitue un abus devant être corrigé (cf. Instruction Redemptionis sacramentum, 81, 83)

2 - L'avortement et l'euthanasie sont-ils des péchés graves qui empêchent de recevoir la Communion eucharistique ? Y a-t-il des circonstances exceptionnelles qui excusent ?

L'Église enseigne que l'avortement ou l'euthanasie est un péché grave. La lettre encyclique Evangelium vitæ, en se référant aux décisions de justice ou aux lois civiles qui autorisent ou font la promotion de l'avortement et de l'euthanasie déclare que celles-ci entraînent "une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience [...]”. Dans le cas d'une loi intrinsèquement injuste comme celle qui admet l'avortement ou l'euthanasie, il n 'est donc jamais licite de s'y conformer, "ni de participer à une campagne d'opinion en faveur d'une telle loi, (de) donner à celle-ci son suffrage" (n. 73). Les chrétiens "sont appelés, en vertu d'un grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui, bien qu'admises par la législation civile, sont en opposition avec la loi de Dieu. En effet, du point de vue moral, il n'est jamais licite de coopérer formellement au mal. [...] Cette coopération ne peut jamais être justifiée en invoquant le respect de la liberté d'autrui, ni en prenant appui sur le fait que la loi civile la prévoit et la requiert" (n. 74).

3. Le recours à la peine capitale ou la décision de faire la guerre rendent-ils indigne de recevoir la communion eucharistique ?

Toutes les questions morales n'ont pas le même poids que l'avortement et l'euthanasie. Par exemple, si un catholique n'était pas d'accord avec le Saint-Père sur l'application de la peine capitale ou sur la décision de faire la guerre, il ne serait pas considéré, pour cette raison, indigne de recevoir la sainte communion. Alors que l'Église exhorte les autorités à rechercher la paix, et non la guerre, et à faire preuve de retenue et d'indulgence dans l'application de punitions aux criminels, il peut toujours être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur ou avoir recours à la peine capitale. Il peut légitimement exister une grande diversité d'opinions, même parmi les catholiques en ce qui concerne la décision de faire la guerre ou l'application de la peine de mort, mais pas pour ce qui est de l'avortement ou de l'euthanasie.

4. La question de la dignité pour se présenter à la Sainte Communion relève-t-elle de la seule appréciation personnelle ? Les pasteurs de l'Église ont-ils le droit porter un jugement à ce sujet ?

Outre l'évaluation personnelle de chacun sur la dignité de se présenter ou non à la sainte Eucharistie, il se peut que le ministre de la sainte communion se trouve dans la situation de refuser de donner la sainte communion à une personne qui fait l'objet d'une excommunication ou d'un interdit ou qui persiste avec obstination dans un péché grave et manifeste (cf. canon 915) ?

5. Que doit faire un pasteur (prêtre ou évêque) dont un fidèle, confié à son ministère, se présente à la Communion alors qu'il est publiquement en état de péché grave ?

En ce qui concerne le grave péché de l'avortement, ou de l'euthanasie, lorsque la coopération formelle d'une personne est manifeste (cas d'un homme politique catholique faisant ouvertement campagne en faveur de lois permissives sur l'avortement et l'euthanasie), son pasteur doit le rencontrer, l'instruire de l'enseignement de l'Église, lui dire qu'il n'est pas censé se présenter à la sainte communion avant d'avoir mis fin à la situation de péché objective dans laquelle il se trouve et le prévenir que, dans le cas contraire, l'Eucharistie lui serait refusée. Au cas où "ces précautions n'auraient pas eu d'effet ou n'auraient pas pu être prises" et que la personne en question, persiste, de manière obstinée, à se présenter pour recevoir la sainte Eucharistie, "le ministre de la sainte communion doit refuser de la donner" (cf. Déclaration du Conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs : "La sainte communion et les catholiques divorcés ou remariés civilement", 2002, 3-4).

6. La sanction portée par le ministre de l'Église n'est-elle pas un jugement sur la conscience d'un homme ?

Cette décision, à proprement parler, n'est pas une punition ou une sanction. Le ministre de la sainte communion n'émet pas ici non plus de jugement sur la culpabilité subjective mais réagit plutôt au déficit de dignité public de la personne pour recevoir la sainte communion en raison d'une situation de péché objective.

(Nota bene)
7. Un catholique peut-il voter pour un candidat catholique favorable à l'avortement, sans s'exclure lui-même à son tour de la communion eucharistique ?

Un catholique serait coupable de coopération formelle avec le mal, et serait donc indigne de recevoir la sainte communion, s'il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de la position permissive du candidat sur l'avortement et/ou l'euthanasie [if he were to deliberately vote for a candidate precisely because of the candidate’s permissive stand on abortion and/or euthanasia]. Quand un catholique ne partage pas la position d'un candidat en faveur de l'avortement et/ou de l'euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d'autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée [remote material cooperation], permise en vertu de raisons proportionnées.

[Juillet 2004].


Source : site du diocèse de Belley-Ars, traduction Documentation catholique, 17 octobre 2004, n° 2322.

Puce "Apostasie" : l’Europe se renie elle-même en niant les valeurs universelles ?
26 mars 2007
Discours de Benoît XVI à l’occasion des cinquante ans des Traités de Rome au congrès de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE), Salle clémentine, 24 mars 2007.

Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l’épiscopat,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de vous recevoir en si grand nombre à cette audience, qui a lieu à la veille du cinquantième anniversaire de la signature des Traités de Rome, advenue le 25 mars 1957. Une étape importante se réalisait alors pour l’Europe, sortie exsangue du deuxième conflit mondial et désireuse d’édifier un avenir de paix et de plus grand bien-être économique et social, sans éliminer ni nier les diverses identités nationales. Je salue Mgr Adrianus Herman van Luyn, évêque de Rotterdam, Président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne, et je le remercie des paroles aimables qu’il m’a adressées. Je salue les autres prélats, les éminentes personnalités, ainsi que tous ceux qui prennent part au Congrès promu ces jours-ci par la COMECE pour réfléchir sur l’Europe.

Depuis le mois de mars d’il y a cinquante ans, ce continent a parcouru un long chemin, qui a conduit à la réconciliation des deux "poumons" - l’Occident et l’Orient - liés par une histoire commune, mais séparés de façon arbitraire par un rideau d’injustice. L’intégration économique a encouragé l’intégration politique et a favorisé la recherche, encore péniblement en cours, d’une structure institutionnelle adéquate pour une Union européenne qui compte désormais 27 pays et aspire à devenir un acteur international dans le monde.

Racines et vocation de l’Europe

Au cours des dernières années, l’on a ressenti toujours plus l’exigence d’établir un équilibre sain entre la dimension économique et la dimension sociale, à travers des politiques capables de produire des richesses et d’accroître la compétitivité, sans toutefois négliger les attentes légitimes des pauvres et des exclus. Sous l’aspect démographique, on doit malheureusement constater que l’Europe semble avoir emprunté une voie qui pourrait la conduire à disparaître de l’histoire. Outre le fait de menacer la croissance économique, cela peut également provoquer d’immenses difficultés à la cohésion sociale, et surtout, favoriser un individualisme dangereux, qui n’est pas attentif aux conséquences pour l’avenir. On pourrait presque penser que le continent européen perd effectivement confiance dans son avenir. En outre, en ce qui concerne, par exemple, le respect de l’environnement ou l’accès réglementé aux ressources et aux investissements en matière d’énergie, la solidarité a du mal à être promue, non seulement dans le domaine international, mais également dans celui strictement national. Le processus d’unification européenne lui-même n’est pas partagé par tous, en raison de l’impression diffuse que divers "chapitres" du projet européen ont été "écrits" sans tenir assez compte des attentes des citoyens.

Tout cela fait apparaître clairement que l’on ne peut pas penser édifier une authentique "maison commune" européenne en négligeant l’identité propre des peuples de notre continent. Il s’agit en effet d’une identité historique, culturelle et morale, avant même d’être géographique, économique ou politique ; une identité constituée par un ensemble de valeurs universelles, que le christianisme a contribué à forger, acquérant ainsi un rôle non seulement historique, mais fondateur à l’égard de l’Europe. Ces valeurs, qui constituent l’âme du continent, doivent demeurer dans l’Europe du troisième millénaire comme un "ferment" de civilisation. Si elles devaient disparaître, comment le "vieux" continent pourrait-il continuer de jouer le rôle de "levain" pour le monde entier ?

Si, à l’occasion du 50 anniversaire des Traités de Rome, les gouvernements de l’Union désirent s’"approcher" de leurs citoyens, comment pourraient-ils exclure un élément essentiel de l’identité européenne tel que le christianisme, dans lequel une vaste majorité d’entre eux continue de s’identifier ?

Apostasie ? Le danger du pragmatisme

N’est-il pas surprenant que l’Europe d’aujourd’hui, tandis qu’elle vise à se présenter comme une communauté de valeurs, semble toujours plus souvent contester le fait qu’il existe des valeurs universelles et absolues ? Cette forme singulière d’"apostasie" d’elle-même, avant même que de Dieu, ne la pousse-t-elle pas à douter de sa propre identité ? De cette façon, on finit par répandre la conviction selon laquelle la "pondération des biens" est l’unique voie pour le discernement moral et que le bien commun est synonyme de compromis. En réalité, si le compromis peut constituer un équilibre légitime d’intérêts particuliers différents, il se transforme en mal commun chaque fois qu’il comporte des accords qui nuisent à la nature de l’homme.

Une communauté qui se construit sans respecter la dignité authentique de l’être humain, en oubliant que chaque personne est créée à l’image de Dieu, finit par n’accomplir le bien de personne. Voilà pourquoi il apparaît toujours plus indispensable que l’Europe se garde d’adopter un comportement pragmatique, aujourd’hui largement diffusé, qui justifie systématiquement le compromis sur les valeurs humaines essentielles, comme si celui-ci était l’inévitable acceptation d’un prétendu moindre mal. Ce pragmatisme, présenté comme équilibré et réaliste, au fond ne l’est pas, précisément parce qu’il nie la dimension de valeur et d’idéal qui est inhérente à la nature humaine.

De plus, lorsque s’ajoutent à ce pragmatisme des tendances et des courants laïcistes et relativistes, on finit par nier aux chrétiens le droit même d’intervenir en tant que tels dans le débat public ou, tout au moins, on dévalorise leur contribution en les accusant de vouloir sauvegarder des privilèges injustifiés. A l’époque historique actuelle, et face aux nombreux défis qui la caractérisent, l’Union européenne, pour être le garant valide de l’Etat de droit et le promoteur efficace de valeurs universelles, ne peut manquer de reconnaître avec clarté l’existence certaine d’une nature humaine stable et permanente, source de droits communs à toutes les personnes, y compris celles-là mêmes qui les nient. Dans ce contexte, il faut sauvegarder le droit à l’objection de conscience, chaque fois que les droits humains fondamentaux sont violés.

Appel aux chrétiens

Chers amis, je sais combien il est difficile pour les chrétiens de défendre inlassablement cette vérité de l’homme. Mais ne vous lassez pas et ne vous découragez pas ! Vous savez que vous avez le devoir de contribuer à édifier, avec l’aide de Dieu, une nouvelle Europe, réaliste mais non pas cynique, riche d’idéaux et libre de toute illusion ingénue, inspirée par la vérité éternelle et vivifiante de l’Evangile. Pour cela, soyez présents de façon active dans le débat public européen, conscients que celui-ci fait désormais partie intégrante du débat national, et unissez à cet engagement une action culturelle efficace. Ne vous pliez pas à la logique du pouvoir pour lui-même ! Que l’avertissement du Christ soit pour vous un encouragement et un soutien constant : si le sel vient à s’affadir, il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens (cf. Mt 5, 13). Que le Seigneur rende fécond chacun de vos efforts et qu’il vous aide à reconnaître et à valoriser les éléments positifs présents dans la civilisation actuelle, en dénonçant toutefois avec courage tout ce qui est contraire à la dignité de l’homme.

Je suis certain que Dieu ne manquera pas de bénir l’effort généreux de tous ceux qui, dans un esprit de service, œuvrent pour construire une maison commune européenne où chaque contribution culturelle, sociale et politique vise au bien commun. A vous, qui participez déjà de diverses façons à cette importante entreprise commune, j’exprime mon soutien et j’adresse mon plus vif encouragement. Et surtout, je vous assure de mon souvenir dans la prière et, tandis que j’invoque la protection maternelle de Marie, Mère du Verbe incarné, je vous donne de tout cœur, ainsi qu’à vos familles et communautés, une Bénédiction affectueuse.

Benedictus pp XVI

François de Lacoste Lareymondie, Pour qui voter en conscience ?

Walter Covens #actualités
Pour qui voter en conscience ? La responsabilité de l’électeur chrétien

François de Lacoste Lareymondie*

    Quel est ce “vote en conscience” auquel les catholiques sont appelés, comme vient de le redire le cardinal Ricard à Lourdes ?

    Dans un entretien accordé à Famille Chrétienne en février 2007, et dans un article approfondi diffusé par Libertépolitique.com le 16 mars, le Père Jean-Miguel Garrigues n’a pas craint de recourir à une « objection de conscience électorale », formulant une conclusion très restrictive quant à la latitude présente de l’électeur chrétien au vu des programmes qui s’offrent à son vote. En revanche, le 23 février, Thierry Boutet a exposé dans ces mêmes colonnes les termes d’un vote qui s’exprimerait à la fois activement et « en conscience », en invitant l’électeur à suppléer à l’imperfection inévitable de son choix par son propre engagement dans la société. Faut-il y voir l’amorce d’une glissade sur la pente fatale du « proportionalisme » et de ses dérives sous couvert de « vote utile », tandis que l’abstention d’objection, le vote « blanc » ou la « résistance passive » offriraient une réponse éthique appropriée quand la réponse politique devient problématique pour un chrétien ?

    Question qui n’est pas de mince importance au moment où la campagne présidentielle aborde un tournant décisif et que les principes fondamentaux de la morale sont plus ou moins directement bafoués par certains programmes.

    Le débat vient de l’interprétation de la Note doctrinale « À propos de l’engagement et du comportement des catholiques dans la vie politique », signée par le cardinal Ratzinger en novembre 2002, demandée et explicitement approuvée par Jean-Paul II, et publiée au début de l’année 2003. On ne sort du dilemme posé qu’en revenant à ce document-clé appelé couramment “Note Ratzinger” [1] : sa lecture et sa compréhension méritent d’autant plus d’attention qu’y sont exprimées de très hautes exigences auxquelles les chrétiens ne sauraient renoncer.


1/ La “Note Ratzinger” distingue le parlementaire et l’électeur

    Au point de départ de la Note se trouve la contestation du « relativisme moral » qui a envahi la société moderne, et de son corollaire politique selon lequel le pluralisme éthique serait une condition de la démocratie. Là contre, la Note rappelle que « la vie démocratique a besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques que leur nature et leur rôle de fondement de la vie sociale rendent non négociables[2]».

    Elle rappelle ensuite aux hommes politiques, et spécialement aux parlementaires, quelle est leur responsabilité propre. C’est l’objet de son n. 4, dont il faut lire tout le texte de façon continue.

    Partant de l’affirmation générale que « les catholiques ont le droit et le devoir d’intervenir dans ce déferlement, pour rappeler au sens profond de la vie et à la responsabilité qui incombe à tous », ce n. 4 s’adresse spécifiquement à « ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives » pour leur rappeler qu’ils « ont une obligation grave et précise de s’opposer à toute loi qui s’avère un attentat à la vie humaine » (2e alinéa).

    Elle ajoute, et c’est là que se trouve un premier point qui peut faire débat : « Pour eux, comme pour tout catholique, existe l’impossibilité de participer à une campagne en leur faveur, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote ». Quelle est la portée de l’expression « comme pour tout catholique » ? Il me semble qu’elle n’induit pas un élargissement du propos à d’autres destinataires : si l’auteur en avait eu l’intention, il n’y aurait sans doute pas procédé de façon incidente. Lue dans son contexte, elle signifie plutôt que le statut et le rôle des parlementaires ne les exemptent pas, s’ils sont catholiques, des exigences communes de la morale qui s’imposent à eux « comme à tout autre catholique ». D’où plus loin (n. 5) l’appel à la cohérence et l’avertissement sur la gravité du contre-témoignage dont ils sont les auteurs dans le cas contraire.

    Vient ensuite, au 3e alinéa du même n. 4, une seconde difficulté. Quelle est la portée de son propos quand l’auteur écrit : « La conscience chrétienne ne permet à personne de favoriser par son vote la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées » ? L’alinéa commence par les mots « dans ce contexte ». Ces mots indiquent par conséquent que l’on n’a pas changé de sujet et que le rappel à l’ordre s’adresse toujours aux parlementaires. C’est donc l’objet de l’exigence qui est élargi, et qui l’est à tous les domaines que la Note qualifie de « non négociables [3] », sans que « l’engagement politique en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Église (suffise) à épuiser la responsabilité pour le bien commun ».

    Pourquoi le cardinal Ratzinger aurait-il mis l’accent sur la responsabilité particulière des parlementaires ? Parce qu’ils rédigent et votent la loi : ils disent le bien et le mal appliqués à une situation sociale particulière, selon que la loi encourage, autorise ou réprime. Ils assument donc une responsabilité directe dans l’éventuelle commission du mal qui en découlerait. Or beaucoup d’entre eux ont composé abusivement avec la morale lorsqu’ils ont eu à se prononcer sur des projets de loi attentatoires à la vie : soit qu’ils s’abritaient derrière le relativisme moral dénoncé précédemment ; soit qu’ils se prévalaient d’une « éthique de la responsabilité », qui serait différente de l’ « éthique de conviction » à laquelle le citoyen ordinaire, ou eux-mêmes en tant que personnes privées, aurait la faculté de se référer, pourvu qu’elle n’interfère pas avec l’exercice de leur mandat. La Note leur rappelle qu’il n’y a pas plusieurs éthiques juxtaposées et propres à chaque situation ou activité, mais une seule morale.

    La situation de l’électeur est substantiellement différente. Sauf referendum, l’électeur n’est pas l’auteur de la loi ; il ne l’est pas non plus des programmes soumis à son vote ; il doit simplement choisir entre des propositions aux contenus divers, concernant de nombreuses questions plus ou moins imbriquées, et qu’il lui faut prendre ou laisser en bloc. En outre, ces propositions sont portées par des candidats dont la personnalité (crédibilité, cohérence, aptitude, etc.) ne saurait lui être indifférente ; et ce, en raison même de l’objet du vote qui concerne le choix d’une personne, laquelle ne s’efface pas derrière son programme.


2/ La responsabilité propre de l’électeur

    À la différence du Parlement où se fait la loi, l’élection n’est pas le lieu d’édiction du bien et du mal. Elle est le lieu d’un choix qui porte sur une personne, le candidat, et dont le critère déterminant, en prudence, demeure le « bien commun », pris dans sa totalité.
    Nulle part il n’est dit dans la Note qu’un électeur chrétien ne devrait voter que pour un programme qui prévoirait la suppression ou l’atténuation des législations immorales. Cette exigence de suppression ou d’atténuation se trouve au n. 4 et vise explicitement le parlementaire affronté à la discussion d’un projet précis : c’est à lui qu’il est alors demandé de l’amender, et que lui est reconnue la faculté d’y joindre sa voix si, et seulement si, le projet soumis au vote améliore la situation ; et pourvu que par ailleurs soit notoire sa ferme opposition à l’attentat dont le législateur serait ainsi saisi.

    L’électeur se trouve dans la situation de tout citoyen à qui le n. 1 de la Note commence par rappeler que les sociétés démocratiques exigent sa participation, et que « les laïcs chrétiens ne peuvent absolument pas renoncer à participer à la politique » [4], parce tous peuvent et doivent y contribuer au bien commun. Et de renvoyer aux textes fondamentaux sur ce sujet dont la source est la Constitution pastorale Gaudium et Spes du concile Vatican II et qui sont résumés dans le Catéchisme de l’Église catholique.

    Dans quelle mesure l’électeur peut-il voter en conscience lorsque aucun programme ne prévoit explicitement d’atténuer les attentats déjà commis par le droit positif contre un principe moral « non négociable », mais que tous comportent, à des degrés divers, des menaces d’aggravation ?

    La question a été posée par les évêques américains à la Congrégation pour la doctrine de la foi qui a répondu en 2004 sous la signature du cardinal Ratzinger de la façon suivante [5]:

« Q. — Un catholique peut-il voter pour un candidat catholique favorable à l’avortement… ?

R. — Un catholique serait coupable de coopération formelle (c’est-à-dire directe et intentionnelle) avec le mal… s’il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de sa position permissive sur l’avortement ou l’euthanasie. Quand un catholique ne partage pas la position d’un candidat en faveur de l’avortement ou de l’euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d’autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle (c’est à dire instrumentale, indirecte et non intentionnelle) et éloignée, permise pour des raisons proportionnées. »

    Deux points essentiels articulent cette réponse :

* l’intention de l’électeur : si l’objet d’un acte constitue le premier critère de sa moralité, l’intention en est le second et peut, selon son orientation, en aggraver ou en atténuer la malice, tout comme les circonstances dans lesquelles il est posé ;
* l’existence de « raisons proportionnées » : il ne peut s’agir que de raisons assez fortes pour surmonter l’obstacle que représente un candidat en rupture ouverte avec telle ou telle loi morale, raisons qui ne peuvent être tirées que de la considération du bien commun de la société politique toute entière.

    Serait-ce s’engager sur la pente glissante du « proportionnalisme » ? C’est ici qu’il faut citer la norme de principe figurant dans Gaudium et Spes par laquelle s’exprime l’enseignement constant de l’Église :

« Tous les chrétiens doivent prendre conscience du rôle particulier et propre qui leur échoit dans la communauté politique : ils sont tenus à donner l'exemple en développant en eux le sens des responsabilités et du dévouement au bien commun ; ils montreront ainsi par les faits comment on peut harmoniser l'autorité avec la liberté, l'initiative personnelle avec la solidarité et les exigences de tout le corps social, les avantages de l'unité avec les diversités fécondes » (GS, 75).

    La situation n’est donc pas sans issue : l’électeur chrétien qui ne trouverait pas dans les programmes des projets explicites de réduction des attentats aux principes « non négociables » peut quand même voter, et il doit le faire en recherchant le « meilleur possible » ici et maintenant parmi les éléments qui lui sont donnés.

    L’engagement politique du chrétien ne s’épuise cependant pas avec son vote. Telle est la réponse à apporter à ceux qui s’inquièteraient de cette « facilité » offerte à l’électeur où ils craignent de voir l’amorce d’un relâchement de l’exigence morale. La Note y insiste pour les temps actuels : l’engagement des catholiques « devient plus évident et chargé de responsabilité » ; surtout, « ils ne peuvent déléguer à d’autres l’engagement chrétien qu’ils ont reçu de l’Évangile ».

    C’est pourquoi ils doivent s’impliquer personnellement pour rendre un jour possible les corrections aux attentats qu’ils dénoncent, par leur action sociale, culturelle, politique, etc. Il s’agit pour eux d’une obligation et non d’une faculté, obligation qui n’est pas satisfaite par de simples protestations, quelle qu’en soit la forme, mais par des actes concrets d’un combat résolu, public et missionnaire. Ainsi, aux deux critères de vote mentionnés ci-dessus par le cardinal Ratzinger, il n’apparaît pas abusif d’en ajouter un troisième, à notre initiative et compte tenu du contexte, relatif au comportement que chacun de nous adopte dans la cité : agissons-nous effectivement, là où nous sommes, pour protéger la vie, défendre la famille, promouvoir la justice, exercer la liberté de conscience, etc. ? Si oui, nous pourrons raisonnablement considérer que notre vote imparfait est ordonné au bien commun ; si non, celui-ci risque de s’apparenter à une démission.


3/ Placer l’exercice de la vertu de prudence dans le bon rapport avec l’acte de conscience

    Le n. 1806 du Catéchisme de l’Église catholique, qui commande la lecture de la Note, rappelle quel est ce rapport :

« La prudence est la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir. "L’homme avisé surveille ses pas" (Pr 14, 15). "Soyez sages et sobres en vue de la prière" (1 P 4, 7). La prudence est la "droite règle de l’action", écrit saint Thomas (S. th. II-IIae, 47, 2) après Aristote. Elle ne se confond ni avec la timidité ou la peur, ni avec la duplicité ou la dissimulation. Elle est dite auriga virtutum (conductrice des vertus) : elle conduit les autres vertus en leur indiquant règle et mesure. C’est la prudence qui guide immédiatement le jugement de conscience (souligné par nous). L’homme prudent décide et ordonne sa conduite suivant ce jugement. Grâce à cette vertu, nous appliquons sans erreur les principes moraux aux cas particuliers et nous surmontons les doutes sur le bien à accomplir et le mal à éviter. »

    Le rapport entre l’exercice de la vertu de prudence, vertu propre de l’action politique, et le jugement de conscience est donc clairement établi : il place le second sous la dépendance pratique (j’insiste sur l’adjectif) de la première. D’où d’ailleurs la pluralité des choix possibles dans une situation donnée.

    Ainsi, avant de voter et dans les circonstances présentes, chacun devra répondre à deux questions. D’abord, pour déterminer la possibilité qui sera la sienne d’agir avec plus d’efficacité, quel est celui des candidats qui, s’il est élu, lui laissera la plus grande marge d’engagement, lui offrira davantage de moyens, ou lui opposera moins d’entraves ? Ensuite quelles sont les « raisons proportionnées » de voter pour tel candidat plutôt que pour tel autre, raisons qu’il convient de tirer en priorité, évidemment, des domaines « non négociables » et des plus ou moins grandes atteintes dont ils sont susceptibles de faire l’objet ?

    Une rapide revue des questions-clés qui se posent aujourd’hui en France illustrera la démarche :

* s’agissant de l’avortement, il faut honnêtement répondre que rien de positif n’est à attendre de la part de quiconque ; hélas, aucun candidat dont l’élection soit plausible n’a proposé de toucher à quoi que ce soit, et aucun ne prendra le risque, une fois élu, de le faire ; pire encore, envisager de soumettre cette question à referendum constitue une provocation irresponsable en l’état actuel de l’opinion car on aboutirait très probablement à une confirmation massive, voire à une aggravation, de la législation actuelle ; aujourd’hui l’action possible et nécessaire se situe au niveau de l’accueil des mères en difficulté et des enfants à naitre, ainsi que de l’application concrète du droit à l’objection de conscience par le personnel de santé ;

* s’agissant de l’euthanasie, les clivages ne sont pas partisans : tous les candidats, sans exception, ont émis des propos au mieux ambigus par lesquels ils démontrent d’abord leur méconnaissance du sujet (on emploie le mot à tort et à travers, en confondant euthanasie et traitement palliatif, acharnement thérapeutique et soins courants, etc.), mais aussi leur vulnérabilité aux sentiments passionnels ; l’intense travail pédagogique déjà engagé auprès des parlementaires et de l’opinion doit être poursuivi afin, autant que possible, d’éviter une remise en cause de la récente « loi Leonetti » qui, en l’état actuel des choses, offre un point d’équilibre acceptable ;

* s’agissant de la bioéthique, la situation est aussi confuse, étant observée la relative prudence des candidats qui évitent de s’embarquer sur ce sujet qu’ils maîtrisent encore moins et qui n’est pas davantage structuré de façon partisane ; mais il est certain que les lois actuelles (qui sont provisoires) seront remises en chantier ; là encore, l’action possible relève de la pédagogie, mais aussi du dévoilement de certaines réalités masquées par la propagande et les intérêts financiers, comme cela a été fait lors du dernier Téléthon ;

* sur le mariage et l’adoption au profit des couples homosexuels, en revanche, les situations sont plus clivées selon le rapport gauche/droite, quoique de façon parfois équivoque ; malgré une forte pression médiatique contraire mais parce que celle-ci demeure décalée par rapport au sens commun et que la protection de l’enfance garde une capacité mobilisatrice, c’est une matière où le débat est encore ouvert et où, comme en témoignent la pétition des élus locaux lancée l’an dernier et l’entente parlementaire contre l‘homo-adoption, l’on dispose d’une réelle capacité de mobilisation et de pression politiques : il est alors important de se demander quels seront les parlementaires, à qui reviendra de voter (éventuellement) une loi nouvelle, qui y seront les plus sensibles ;

* sur l’école, n’est pas de médiocre importance la question de la plus ou moins grande liberté dont jouiront les parents, liberté qui fait également l’objet de clivages visibles d’un candidat à l’autre ;

* sur la liberté religieuse enfin, quoique sa contestation n’apparaisse ni directe ni ouverte, ne doit-on pas considérer la façon dont les candidats se positionnent, notamment leur acceptation ou leur refus de l’intervention des autorités religieuses dans les questions morales, c’est à dire de leur droit d’enseigner ?



    Loin de se focaliser une seule question, la détermination du vote doit ainsi embrasser au moins toutes celles qui sont évoquées ci-dessus, tant individuellement que prises ensemble, et se fonder sur une appréciation des marges de manœuvre dont on disposera selon les différentes hypothèses de résultat. Partant, il est indispensable de s’interroger sur « l’étape suivante » (qui vient deux mois plus tard), c’est-à-dire sur ce que pourra être une majorité de gouvernement avec laquelle le futur président de la République travaillera, et de le faire de façon réaliste.


4/ Éviter la tentation de l’exil intérieur

    Si on n’exerce pas ce jugement de prudence, certes délicat et aux conclusions qui ne seront pas univoques (j’insiste sur point, corollaire de sa nature), on aboutit à une impasse. Peut-on s’en extraire en invoquant une « objection de conscience électorale » ? Ni l’expression ni la notion ne se trouvent dans la Note, et pour cause. Au sens strict du terme, il n’y a pas d’objection de conscience en matière électorale précisément parce que l’électeur n’est pas placé sous l’empire d’une contrainte : il n’est pas forcé de voter et s’il s’abstient, il ne lui arrivera… rien.

    L’abstention électorale est un acte politique, et uniquement politique. Elle n’a de sens que si elle emporte une conséquence directe sur l’élection ou sur le projet soumis au vote : par exemple si l’élection n’est pas acquise ou si le projet est repoussé faute d’une participation suffisante, quel que soit par ailleurs le résultat des voix exprimées (comme dans les cas récents du referendum italien sur la bioéthique et du referendum portugais sur l’avortement). En revanche, si l’élection est acquise quelle que soit la participation, et c’est ce qui adviendra forcément au 2e tour de scrutin, l’abstention n’a pas de sens. L’élu sera peut-être mal élu, et son autorité amoindrie ; il n’en sera pas moins élu. Sera peut-être même élu de ce fait le pire des candidats. Faut-il rappeler ce vieil adage selon lequel « la politique du pire est la pire des politiques » ?

    N’en déplaise à ses adeptes, assez nombreux et réapparaissant à chaque scrutin embarrassant, le vote « blanc » souffre de la même faiblesse congénitale, pour les mêmes raisons. Par nature, le vote « blanc » n’est jamais comptabilisé avec les votes exprimés, précisément parce qu’il demeure indéterminé. La seule différence avec l’abstention tient au déplacement de l’électeur qui ne permet pas d’identifier celui-ci comme indifférent. À la rigueur, on pourrait imaginer que le vote « blanc » influe sur le résultat d’un referendum, lorsque celui-ci porte sur un projet de loi, en le comptabilisant avec les votes « contre ». Mais quand l’élection a pour objet d’élire quelqu’un à une fonction publique, le poste ne saurait rester vacant : il faut donc exprimer un choix.

    C’est pourquoi l’abstention et le vote « blanc », même parés des vertus de l’objection de conscience, ne sont finalement qu’un nouvel avatar de l’exil intérieur. Que l’on prenne garde aux tentations subtiles mais perverses dont ils pourraient émaner. Sous des dehors flatteurs pour la (bonne) conscience, ne serait-ce pas une démission face à la difficulté (réelle) de voter, l’occasion enfin trouvée de se « laver les mains » d’un résultat dont les protagonistes seraient renvoyés dos à dos, comme si cela ne nous concernait plus : certes l’on « a gardé les mains blanches, mais (on) n’a plus de mains » ? À moins que ce ne soit une forme d’orgueil de la part de qui préfère se retirer sous sa tente, tel Achille révolté contre Agamemnon, plutôt que d’avoir à rendre raison de ses convictions en leur donnant un contenu concret, fût-il modeste.

    Quant à la « résistance passive » et à la « désobéissance civile », elles ne trouvent grâce aux yeux de l’Église, et de la loi naturelle, que dans des limites précises et étroites en raison de l’obligation morale d’obéissance à l’autorité légitime qui est à la base de toute société politique. Peut (et doit) légitimement refuser d’obéir, le cas échéant sous forme d’objection de conscience prise ici en son sens précis, celui qui se trouverait personnellement contraint d’appliquer une « loi immorale », ou de coopérer directement à son application. Son refus doit se limiter aux moyens de s’en défendre, en assumant le risque d’en être personnellement pénalisé [6]. Par contre, il n’est en aucun cas dispensé d’agir conformément aux exigences du bien commun dans les autres domaines. Ce n’est donc pas une piste dans laquelle on puisse engager délibérément et globalement les électeurs à l’occasion de l’élection qui vient.

    Saint Paul n’appelait-il pas à obéir à César et à prier pour lui, quoique celui-ci se fît appeler dieu et adorer comme tel ? Pour les premiers chrétiens, le refus de l’adorer, poussé jusqu’au martyre, n’a jamais débouché sur une récusation de son autorité et de son service en ce qu’ils avaient de légitimes.



*François de Lacoste Lareymondie est vice-président de la Fondation de Service politique. Il vient de faire paraître « La voie étroite de l’objection de conscience », Liberté politique n° 36, printemps 2007.


Fr. Jean-Miguel Garrigues, La conscience de l’électeur chrétien


Thierry Boutet, Jugement de conscience et bulletin de vote


Card. Josef Ratzinger, NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE


Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Lettre ouverte aux candidats

France - Elections présidentielles 2007





Notes[1] La Note Ratzinger a été publiée intégralement, accompagnée d’un dossier d’analyse, dans Liberté politique n° 22, avril/mai 2003. Elle est évidemment disponible sur le site du Saint-Siège, et sur Libertépolitique.com
[2] Note, n. 3, fin du 1er alinéa. Dans toutes les citations qui suivent, les termes entre parenthèses ont été ajoutés par moi pour expliciter le propos, et c’est également moi qui souligne les termes en caractères gras.
[3] La note en donne une énumération à la fin du n. 4 : protection de la vie (atteinte par l’avortement et l’euthanasie) et de la famille, garantie de la liberté d’éducation des enfants, protection sociale des mineurs et libération des victimes des formes modernes d’esclavage (drogue, prostitution), liberté religieuse, développement d’une économie au service de la personne et du bien commun dans le respect de la justice sociale, défense de la paix.
[4] Note n. 1, avec une référence à l’exhortation Christifideles laici.
[5] Il s’agit d’un texte relatif à l’accès des catholiques à la Sainte Communion, notamment de ceux qui militent en faveur de l’avortement ou de l’euthanasie. Il a été publié avec une traduction française dans la Documentation Catholique du 17 octobre 2004. La question citée ici était la dernière et figure en complément des questions principales.
[6] Sur ce sujet, je renvoie le lecteur au dossier relatif à l’objection de conscience publié dans Liberté politique n° 36, “Le Guide de l’électeur chrétien 2007”

Fr. Jean-Miguel Garrigues, La conscience de l’électeur chrétien

Walter Covens #actualités

La conscience de l’électeur chrétien

Fr. Jean-Miguel Garrigues, op

    Abondamment interrogé sur les orientations morales du vote catholique, le Père Jean-Miguel Garrigues op, a récemment répondu aux questions de l’hebdomadaire Famille chrétienne (n° 1519). Il a voulu développer sa pensée sur Libertépolitique.com, dans le cadre d’une réflexion commune sur le jugement de conscience de l’électeur. Cette réflexion se poursuivra dans nos prochaines éditions, en commentaire de notre Guide de l’électeur chrétien 2007, à paraître dans les prochains jours. «Le jugement de prudence précède le jugement de conscience» écrit le Catéchisme de l’Église catholique (n. 1806). Comment donc se déterminer ?


    À QUELS CRITERES se référer pour voter aux prochaines élections ? Paru en novembre 2002, un document de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur le comportement et l’engagement des catholiques dans la vie politique, peut éclairer la conscience de chacun. Le point de cette Note doctrinale qui me semble personnellement le plus déterminant pour notre choix électoral est contenu dans le rappel suivant : « La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leur sont alternatives ou opposées » (n. 4).

    Cela signifie que là où sont en cause « des exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer » (comme il est dit immédiatement après), le catholique qui a une « conscience chrétienne bien formée » ne peut pas donner son vote à un « programme politique » (présidentiel ou législatif) qui les menace par des « propositions alternatives ou opposées ». Et la Note donne comme exemples l’avortement et l’euthanasie, mais aussi les menaces contre « la famille fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent », menaces représentées par « d’autres formes de convivence [vie commune, Ndlr] qui ne peuvent lui être égalées en aucune manière » (en ce qui touche le droit à l’adoption et les droits sociaux du couple).

Voter en cherchant seulement le meilleur possible

    Cette opposition de principe à laquelle les catholiques sont appelés doit se comprendre sous l’éclairage de la seule recherche du meilleur possible. Elle ne tolère pas d’exception, même si une précision importante est apportée pour orienter le jugement de la raison pratique. Dans ce paragraphe n° 4, la Note cite Jean-Paul II pour admettre que la possibilité existe pour le parlementaire croyant, « comme pour tout catholique », de soutenir par son vote des programmes ou des lois imparfaites, mais cela ne signifie nullement que son vote peut se justifier au nom du moindre mal. Ce qui est permis au nom du moindre mal c’est seulement, quand est déjà en vigueur une loi comme celle autorisant l’avortement, d’« apporter son soutien à des propositions visant à "limiter les préjudices d’une telle loi et à en limiter les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique" (Evangelium Vitæ, 73) » (Note, n. 4). On peut tourner ce texte dans tous les sens, il n’y a pas d’autre signification, si on s’en tient à ce qu’il dit.

    S’ils appliquent ce principe au cas français, les catholiques peuvent donc voter en conscience pour un programme électoral si celui-ci prévoit des restrictions, directes ou indirectes, ou au moins des incitations alternatives à l’autorisation de l’avortement déjà en vigueur. À condition bien sûr qu’il n’introduise pas par ailleurs en d’autres domaines des atteintes aux « exigences éthiques fondamentales » (par exemple couple homosexuel, homoparentalité, euthanasie, manipulations génétiques). À ce propos, la Note rappelle que le catholique ne peut pas se contenter de choisir « en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Église ». Sont rappelés aussi, parmi ces principes moraux incontournables, non seulement le droit à la « liberté religieuse » et le droit parental inaliénable à « la liberté d’éducation des enfants », mais aussi l’exigence d’un « développement [qui aille] dans le sens d’une économie qui soit au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale, du principe de solidarité humaine et de la subsidiarité, qui veut que "les droits de toutes les personnes, des familles et des groupes, ainsi que leur exercices soient reconnus, respectés et valorisés" (Gaudium et Spes, 75) » (Note, 4).

Objection de conscience et redressement éthique

    C’est au second tour de l’élection présidentielle que les catholiques risquent de se trouver devant des exigences éthiques aux conséquences redoutables. Aujourd'hui, on constate déjà de graves divergences entre la législation en vigueur et certains principes éthiques non négociables. Il appartiendra à chaque électeur catholique d’apprécier, en prudence, si le programme de l’un des deux candidats en lice est susceptible d'améliorer quelque peu la situation. C’est dans l’appréciation de ce meilleur possible que sera engagée la responsabilité morale de l'électeur.

    Le catholique peut voter pour un programme moralement imparfait, mais seulement à condition que celui-ci atténue de quelque manière les imperfections éthiques de la législation actuelle. Si tel n’est pas le cas, la Note ne permet pas de voter pour lui seulement parce qu’il semble moralement moins nocif que l’autre, ou parce qu'il ne comporte pas comme celui-ci d'autres menaces, par exemple sur l’éducation. En somme, la Note ne permet de choisir le moindre mal que dans une dynamique de redressement éthique par rapport à la situation présente. Si ce n’est pas le cas, elle laisse les catholiques devant une objection de conscience électorale.

Le cas français

    À ce point du raisonnement, on peut se demander si les principes de la Note s’appliquent à toutes les situations, et notamment à la France dont la culture politique laïque a conduit les chrétiens à de grandes précautions dans leurs choix politiques. Qu’on le veuille ou non, chacun de nous est renvoyé à sa conscience, formée par la doctrine catholique, mais aussi à sa prudence, qui doit lui permettre d’agir moralement dans ce cas précis.

    Sur le plan prudentiel il faut reconnaître que nous ne sommes pas très aidés par nos pasteurs. Les évêques français ont accueilli dans un profond silence la Note de la Congrégation pour la doctrine de la foi et ils ne nous ont donné depuis aucune indication quant à la manière dont elle s’appliquait au cas particulier de la France. De Rome même n’est venu aucun signe susceptible de nous donner un éclairage pastoral.

    Personnellement j’ai l’intime conviction que la Note s’applique au cas français comme je l’ai exposé plus haut, à propos de la limitation du moindre mal tolérable. Toutefois, ma compétence de théologien ne me donne aucune autorité pastorale particulière au niveau prudentiel et je peux me tromper. Sans doute le silence des pasteurs est-il une fois encore conditionné par la crainte qu’il leur soit reproché de donner des consignes par intérêt confessionnel. Pourtant la Note en son n° 6 montre clairement par avance que tel n’est pas le cas en l’espèce. En effet, un groupe minoritaire (les catholiques cohérents en l’occurrence) peut porter un témoignage éthique en faveur de l’être humain à portée universelle sans imposer pour autant à la société un particularisme confessionnel. On peut espérer toutefois que les réactions épiscopales dans l’affaire du dernier Téléthon soient le premier frémissement annonçant sans doute un changement d’attitude.

Les circonstances ont changé

    Si le Magistère donne une interprétation aussi restrictive du moindre mal, c’est que les circonstances ont changé. La Note développe longuement le « grave danger » des effets de ce qu’elle appelle la dérive "libertiniste" de nos sociétés « où la vérité n’est plus recherchée » (n. 7). Le « relativisme culturel » qui y prédomine fait « comme si toutes les conceptions de la vie avaient une égale valeur », au point de postuler qu’un « tel relativisme éthique est la condition de la démocratie » (n. 2). Soumise à ce conditionnement culturel, en particulier à travers les médias, l’opinion publique fait pression sur le législateur, qui en vient à formuler « des lois qui font fi des principes de l’éthique naturelle et sont plutôt soumises à des orientations culturelles et morales transitoires » (n. 4). Le Magistère nous rappelle que « les catholiques ont le droit et le devoir d’intervenir dans ce déferlement », car il est « sans commune mesure avec les thématiques des siècles passés » (n. 4). C’est particulièrement vrai dans le domaine de la bioéthique. Pensons qu’en Angleterre on est en train de fabriquer, sans que les pouvoirs publics l’empêchent, des chimères c’est-à-dire des monstres génétiques combinant des éléments du patrimoine humain et du patrimoine animal. En France le Dr. Didier Sicard, président du Comité national d’éthique, vient de lancer, dans une interview au journal Le Monde, un cri d’alarme face à la dérive eugéniste qu’il constate en France avec la sélection dans les fécondations in vitro des embryons destinés à naître. Mais tout se tient dans ce relativisme éthique, qui ne respecte même plus l’« intangibilité de la vie humaine » (n. 4).

    On pourrait reprocher au Magistère suprême d’intervenir dans un domaine qui n’est pas le sien. Il est néanmoins dans son rôle, en raison même de sa mission, parce qu’il est convaincu que ce « pluralisme éthique favorable à la décadence et à la dissolution de la raison et des principes de la loi morale naturelle » (n. 2) menace actuellement « l’existence et l’avenir des peuples » (n. 4). Il nous rappelle que « la vie démocratique a besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques que leur nature et leur rôle de fondement de la vie sociale rendent "non négociables" » (n. 3).

    Ce n’est cependant pas la seule raison qui motive l’intervention du Magistère, ni la plus importante. Si la Note de la Congrégation pour la doctrine de la foi porte la signature du cardinal Joseph Ratzinger devenu depuis notre pape Benoît XVI, si elle a été approuvée de manière spécifique par le pape Jean-Paul II qui en a ordonné la publication, c’est que le Magistère est concerné par le relativisme éthique contemporain au titre même de sa mission de conservation et de transmission du dépôt de la foi. La Note le dit sans équivoque. Sur les principes fondamentaux de la morale « l’engagement des catholiques ne peut céder à aucun compromis. Sinon c’est le témoignage de la foi chrétienne dans le monde qui serait atteint, ainsi que l’unité et la cohérence intérieure des fidèles eux-mêmes » (n. 3). Comme à d’autres moments dramatiques de l’histoire contemporaine, l’Église intervient au nom de la primauté du spirituel et du témoignage chrétien pour rappeler aux catholiques « le devoir moral qu’ont les chrétiens d’être cohérents avec leur conscience ».

Ni compromission, ni désengagement

    En refusant de manière aussi intransigeante tout compromis de moindre mal sur les principes éthiques fondamentaux, l’Église n’incite pas les catholiques à se désengager du politique, au contraire. La gravité même de la situation les encourage à assumer leur responsabilité, sans succomber à la « politique du pire ».

    Sur la base du diagnostic qu’il pose sur le relativisme éthique généralisé de notre société, le Magistère estime que le moindre mal que doit aujourd’hui tolérer la prudence politique des chrétiens, c’est d’accepter le risque des inconvénients de l’objection de conscience, et des mesures de rétorsion qui peuvent s’en suivre, plutôt que de contribuer par leur vote à saper la base éthique de la société. Il appelle les catholiques à dire de manière non équivoque : « Cela ne se fera pas avec notre accord. »

    De manière significative, la Note commence en donnant en exemple le témoignage du grand homme d’Etat que fut S. Thomas More dans l’Angleterre du XVIe siècle, dont Jean-Paul II a fait le patron céleste des hommes politiques. Celui-ci, au nom de « la dignité inaliénable de la conscience », a refusé jusqu’au martyre « tout compromis, bien que soumis à diverses formes de pression psychologique » (n. 1). Par là le Magistère nous rappelle que, quand une société perd de vue les principes éthiques qui la fondent, l’engagement politique primordial passe par l’objection de conscience et le refus de collaborer personnellement avec le mal moral. « Quand l’action politique se confronte avec des principes moraux qui ne permettent pas de dérogation, d’exception, ni aucun compromis, alors l’engagement politique des catholiques devient plus évident et chargé de responsabilités » (n. 4).

    Au moment d’élections, qui, dans les démocraties modernes, se jouent le plus souvent dans un mouchoir (comme dans le second tour de nos présidentielles), la menace d’abstention d’une petite partie de l’électorat peut faire réfléchir tel candidat, à condition d’être avancée par une communauté catholique cohérente, qui sache par ailleurs se faire entendre. Qui dira que Gandhi se dégageait du politique en appelant les Indiens à la résistance passive ?

La cohérence du témoignage

    Cela dit, la réponse pratique des chrétiens ne peut céder à l’appel du moralisme incantatoire, et aux sirènes de l’extrémisme idéaliste.

    La Note, qui comporte une doctrine extrêmement positive sur la démocratie et la laïcité sainement comprises, le dit explicitement. « La foi n’a jamais prétendu emboutir dans un schéma rigide les contenus sociopolitiques. Elle est consciente que la dimension historique du vécu de l’homme impose de tenir compte de situations imparfaites et souvent en rapide mutation. Dans cette ligne, il faut rejeter les positions politiques et les comportement inspirés d’une vision utopiste » (n. 7).

    « Ce constat évident ne peut cependant pas être confondu avec un pluralisme indéterminé dans le choix des principes moraux et des valeurs fondamentales auxquels on se réfère. La légitime pluralité des options temporelles garde intacte la matrice d’où provient l’engagement des catholiques dans la politique » (n. 3). C’est pourquoi la Note indique clairement que, si les principes moraux qui fondent la société sont menacés, le chrétien se doit en conscience d’y opposer un Non possumus, mais un Non possumus qui l’oblige au témoignage constant et quotidien de sa conscience dans la vie de la cité.


Lire aussi:

Thierry Boutet, Jugement de conscience et bulletin de vote


Card. Josef Ratzinger, NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE


Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Lettre ouverte aux candidats

France - Elections présidentielles 2007

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