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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

actualites

L'Égypte "démocratique" veut que les apostats soient mis à mort

dominicanus #actualités

Les Égyptiens révoltés demandent plus de liberté mais aussi la peine capitale pour les musulmans qui se convertissent à une autre religion. Une grande enquête sur le plus peuplé des pays musulmans d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient

 

 

egypte-democratie.jpg

 

 

ROME, le 3 février 2011 – Une bonne partie de la population égyptienne qui s’est rebellée ces jours-ci contre le régime trentenaire de Hosni Moubarak affirme qu’elle préfère la démocratie à toute autre forme de gouvernement.

Mais dans le même temps elle veut, à une majorité écrasante, que ceux qui commettent l’adultère soient lapidés, que l’on coupe les mains aux voleurs et que ceux qui abandonnent la religion musulmane soient mis à mort.

C’est ce qui résulte d’une enquête menée en Égypte et dans six autres pays à majorité musulmane par le Pew Forum on Religion & Public Life de Washington, numéro un mondial des recherches en ce domaine :

> Egypt, Democracy and Islam


Les six autres pays qui font l’objet de l’enquête sont la Turquie, le Liban, la Jordanie, le Pakistan, l'Indonésie et le Nigéria.

Ces jours-ci, l’Égypte attire particulièrement l’attention. Mais il est également très intéressant de la comparer avec les autres pays.

La démocratie, par exemple, est considérée comme la meilleure forme de gouvernement par 59 % des Égyptiens, mais elle recueille des taux d’approbation encore plus élevés en Turquie et au Liban, 76 et 81 % respectivement.

Toutefois 22 % des Égyptiens considèrent que, dans certaines circonstances, un gouvernement non démocratique est préférable.

En ce qui concerne les relations entre la politique et la religion, près de la moitié des Égyptiens estiment que l'islam influe déjà fortement sur la politique. Et 95 % de ceux qui sont de cet avis jugent que c’est une bonne chose.

D’une manière générale, 85 Égyptiens sur cent jugent positive l'influence de l'islam sur la politique, contre seulement 2 % de réponses négatives. Au Liban et en Turquie, au contraire, les opinions négatives dépassent les 30 %.

Si l’on oppose les modernisateurs aux fondamentalistes, 59 % des Égyptiens se disent favorables aux fondamentalistes, contre 27 % de partisans des premiers. Au Liban et en Turquie les chiffres sont inversés : respectivement 84 et 74 % en faveur des modernisateurs, contre 15 et 11 % du côté des fondamentalistes.

Plus de la moitié des Égyptiens, 54 % pour être précis, aussi bien les femmes que les hommes, sont favorables à la séparation des sexes sur les lieux de travail. Au Liban et en Turquie, ceux qui y sont opposés représentent de 80 à 90 % de la population.

Quand on leur demande ce qu’ils pensent du Hamas, du Hezbollah et d’Al-Qaida, 49 % des Égyptiens se disent favorables au Hamas, 30 % au Hezbollah et 20 % à Al-Qaida.

Ces jugements sont partiellement influencés par le fait que les personnes interrogées sont des musulmans sunnites ou chiites. Les Égyptiens sont sunnites, comme le Hamas, alors que le Hezbollah est chiite.

En tout cas, le nombre d’Égyptiens favorables au Hezbollah baisse depuis plusieurs années. Ils étaient 56 % en 2007, 54 % en 2008, 43 % en 2009 et 30 % en 2010.

Au contraire on voit augmenter le nombre d’opinions favorables aux terroristes auteurs d’attentats suicides, même si elles restent minoritaires. En Égypte, ceux qui approuvent ces terroristes sont aujourd’hui 20 %, contre 15 % en 2009. 

Pour en revenir à la peine de mort souhaitée par 84 % des Égyptiens contre ceux qui abandonnent l'islam, il faut préciser qu’elle est demandée aussi bien par les hommes que par les femmes, par les jeunes que par les vieux, par les gens instruits que par ceux qui ne le sont pas.

En Jordanie le pourcentage d’opinions favorables à la peine de mort contre les apostats monte même jusqu’à 86 %. Il n’y a qu’au Liban et en Turquie que les opinions favorables sont peu nombreuses, respectivement 6 et 5 %.

 

Sandro Magister




Le texte complet, publié le 2 décembre 2010, de l'enquête du Pew Forum on Religion & Public Life :

> Muslim Publics Divided on Hamas and Hezbollah

Selon une autre enquête, plus récente, du Pew Forum sur l’augmentation du nombre de musulmans dans le monde, l'Égypte, qui comptait 53 millions d’habitants en 1990 et en a aujourd’hui 80 millions, pourrait dépasser les 105 millions en 2030 et rester le plus peuplé des pays musulmans d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient :

> The Future of the Global Muslim Population


Tous les articles de www.chiesa sur ce sujet :

> Focus ISLAM

www.chiesa

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Téléthon : quelques questions...

dominicanus #actualités

Le pape a-t-il changé d'avis au sujet du préservatif? (Mise à jour)

dominicanus #actualités

Le Pape a-t-il changé d'avis au sujet du préservatif? C'est ce qui est répété à volonté dans les médias depuis hier.

 

Voici exactement ce qu'il écrit dans son livre « Lumière du monde. Le pape, l’Eglise et les signes des temps », un ouvrage sous forme d’entretien entre Benoît XVI et le journaliste allemand Peter Seewald. Le livre sera présenté mardi 23 novembre en salle de presse du Saint-Siège  

 

Extrait publié dans l'Osservatore Romano de ce dimanche:


"Es mag begründete Einzelfälle geben, etwa wenn ein Prostituierter ein Kondom verwendet, wo dies ein erster Schritt zu einer Moralisierung sein kann, ein erstes Stück Verantwortung, um wieder ein Bewusstsein dafür zu entwickeln, dass nicht alles gestattet ist und man nicht alles tun kann, was man will.


(Dies sei aber nicht die) "eigentliche Art, das Übel der HIV-Infektion zu besiegen. Sich auf Kondome zu konzentrieren bedeutet eine Banalisierung der Sexualität. Diese Banalisierung ist genau die gefährliche Ursache für viele Personen, die Sexualität nicht mehr als Ausdruck ihrer Liebe zu sehen, sondern nur noch als eine Art Droge, die sich selbst verabreichen."

 

Traduction:

 

"Il peut y avoir certains cas justifiés, par exemple, quand un prostitué utilise un préservatif, cela peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilisation pour re-développer une prise de conscience que tout n'est pas permis et que l'on ne peut pas faire tout ce que l'on veut.  

 

(Mais ce n'est pas)  "la manière appropriée pour vaincre le mal de l'infection du VIH. Se focaliser sur le préservatif signifie une banalisation de la sexualité. Cette banalisation est justement la cause dangereuse de ce que de nombreuses personnes ne voient plus la sexualité comme expression de leur amour, mais uniquement comme une sorte de drogue qu'ils s'administrent eux-mêmes."

 

Ce dimanche le père Federico Lombardi a publié une note au sujet d’un des passages de ce livre qui a suscité un grand intérêt dans les média. A la fin du chapitre 10 du livre, le Pape répond en effet à deux questions sur la lutte contre le SIDA et l’usage du prophylactique. Dans ses réponses, le Pape rappelle la position de l’Eglise à ce sujet, mais admet que dans certaines situations exceptionnelles, quand l’exercice de la sexualité représente un véritable danger pour la vie de l’autre, alors l’utilisation du prophylactique pour réduire le risque de contagion est un premier acte responsable et un premier pas sur la voie vers une sexualité plus humaine. Ce raisonnement ne peut être considéré comme une révolution relève le père Lombardi, porte parole de Benoît XVI.

 

"De nombreux théologiens de la morale et des personnalités ecclésiastiques ont soutenu déjà des positions similaires",


indique le directeur de la Salle de Presse, tout en admettant que


"jusqu'à présent nous n'avions jamais entendu ces propos avec autant de clarté venant de la bouche d'un pape, même si c'était de façon informelle et non officielle".

 

(Radio Vatican)

Pédophilie. Les doutes des cardinaux quant à la "tolérance zéro"

dominicanus #actualités
Ils en ont discuté avec le pape à la veille du consistoire. Selon certains, centraliser toutes les affaires à Rome est risqué. Pour d'autres, c’est une erreur que de procéder à coup d'ordonnances pénales plutôt que par des procès canoniques réguliers. Les arguments pour et contre une réglementation d'urgence.
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ROME, le 20 novembre 2010 – Lors de la "journée de réflexion et de prière" qui a précédé le consistoire d’aujourd’hui, Benoît XVI a proposé aux cardinaux cinq thèmes de discussion.

L’un de ces thèmes était "la réponse de l’Église aux cas d’abus sexuels". C’était la première fois que l’on en discutait à si haut niveau, dans un collège cardinalice représentatif de l’Église universelle, autour du pape.

La discussion a été ouverte par le cardinal William J. Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, et elle a duré plus d’une heure, dans le cadre d’un huis clos rigoureux.

La congrégation va bientôt envoyer aux conférences épiscopales une lettre circulaire donnant des indications "pour un programme coordonné et efficace".

Mais on sait que la ligne adoptée au cours de ces dix dernières années par les plus hautes autorités de l’Église –une rigueur croissante dont le sommet a été atteint en 2010 avec les nouvelles "Normes sur les délits les plus graves" – donne lieu à de sérieuses objections et prête le flanc à divers risques.



***


Les objections sont surtout de nature juridique. Le 1er décembre prochain, la faculté de droit canonique de l’Université Pontificale Urbanienne consacrera justement une journée d’études aux nouvelles normes relatives aux cas d’abus sexuel les plus graves, avec en particulier un exposé du professeur John Paul Kimes de l’Institut Pontifical Oriental.

Un élément clé des innovations normatives a été, à partir de 2001, l’attribution de la compétence en matière de délits de pédophilie exclusivement à la congrégation pour la doctrine de la foi.

En pratique, lorsqu’un évêque se trouve en présence d’un cas de pédophilie il doit, après une première vérification de la crédibilité de la plainte, transmettre l’affaire à Rome.

Cette centralisation a été fortement voulue par Joseph Ratzinger, aussi bien avant qu’après son élection comme pape. Et l’exécutant de cette volonté a été le promoteur de justice de la congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Charles J. Scicluna.

La principale raison qui a poussé dans cette direction est le manque de fiabilité dont beaucoup de diocèses ont fait preuve dans le traitement de telles affaires.

Et en effet, depuis que la congrégation pour la doctrine de la foi a pris pleinement le contrôle de la question, le travail de "nettoyage" a donné des résultats.

Toutefois cette centralisation comporte un risque. Elle prête le flanc – d’un point de vue rhétorique sinon concrètement – aux tentatives de traîner même le pape en justice, pour des délits commis par ses "employés". Dans des procès qui sont actuellement en cours aux États-Unis, l'accusation traite l’Église comme une "corporation", demandant que ses plus hauts dirigeants répondent de tout acte et attendant également d’eux le versement de dommages-intérêts aux victimes.



***



D’autres objections, plus fondées, concernent non pas la centralisation des affaires de pédophilie, mais leurs modalités de traitement.

D’après ce qui a été indiqué par Mgr Scicluna, sur les 3 000 affaires de prêtres et de religieux accusés de pédophilie qui ont été traitées par la congrégation pour la doctrine de la foi au cours des dix dernières années, 20 % seulement ont donné lieu à un procès canonique proprement dit, judiciaire ou administratif. Toutes les autres affaires ont été traitées par la voie extrajudiciaire.

Un cas notoire de procédure extrajudiciaire est, par exemple, celui du fondateur des Légionnaires du Christ, le père Marcial Maciel. La congrégation pour la doctrine de la foi a simplement mené une enquête pour vérifier les accusations portées contre lui. Après quoi elle a émis, le 19 mai 2006, avec l'approbation explicite du pape, un communiqué pour "inviter le père à mener une vie retirée de prière et de pénitence, en renonçant à tout ministère public".

"Nous agissons ainsi dans le but de faire avancer plus rapidement la procédure", a déclaré Mgr Scicluna pour justifier cette renonciation à la voie judiciaire. Mais, pour les experts en droit, cet avantage pratique met en danger des principes fondamentaux de l'organisation canonique de l’Église et l’exigence même d’un procès juste.

Parmi les experts en droit se trouvent aussi d’illustres cardinaux de la curie romaine : l'Américain Raymond L. Burke, préfet du tribunal suprême de la signature apostolique ; l’Espagnol Julián Herranz, président émérite du conseil pontifical pour les textes législatifs ; le Polonais Zenon Grocholewski, préfet de la congrégation pour l'éducation catholique ; l'Italien Velasio De Paolis, président de la préfecture des affaires économiques du Saint-Siège et délégué pontifical pour le "sauvetage" des Légionnaires du Christ.

Pour eux et pour d’autres praticiens du droit, à l’intérieur comme à l’extérieur de la curie, on limite sérieusement les possibilités de défense de l'accusé quand on évite de recourir au procès canonique. Mais ce n’est pas tout. Même lorsqu’une affaire de pédophilie donne lieu à un procès canonique, de plus en plus souvent la tendance dominante est de procéder non pas par la voie judiciaire mais par la voie administrative.

Le droit canonique prévoit les deux voies. Mais, par comparaison avec ce que l’on trouve dans l’organisation de beaucoup d’états, le juge canonique dispose d’un pouvoir discrétionnaire plus grand, avec le risque que celui-ci se transforme en abus de pouvoir.

Il revient au juge canonique – c’est-à-dire en définitive à l’évêque du lieu, sauf dans les affaires où c’est la congrégation pour la doctrine de la foi qui est compétente, comme celles de pédophilie – de décider s’il va ouvrir un procès judiciaire ou administratif par ordonnance.

Dans ce second cas, et sans l’avoir voulu, l'accusé se trouve être jugé par celui-là même qui est également son accusateur. Cela fait donc disparaître son droit d’avoir un juge "tiers", c’est-à-dire se trouvant à égale distance de l’accusation et de la défense.

On communique à l’accusé les accusations qui ont été formulées contre lui, mais pas les sources ni les noms des accusateurs, qui doivent rester secrets.

De plus, contrairement à ce qui se passe dans les procès administratifs en usage dans beaucoup d’états, où la peine est uniquement pécuniaire, le procès administratif canonique peut se conclure sur des peines parfois très lourdes, comme la perte de l’état clérical, qui ont émises par simple ordonnance.

Le recours en appel est autorisé. Mais, dans le procès administratif, l'autorité à laquelle incombe le jugement final sera de nouveau celle qui, précédemment, aura été à la fois accusateur et juge.

Mais ce n’est pas tout. Il arrive quelquefois qu’un prêtre qui a été acquitté de l’accusation de pédophilie se voie tout de même imposer par son évêque ou par la congrégation pour la doctrine de la foi un avertissement public, ou une pénitence, ou une autre peine.

C’est ce que permet le canon 1348 du code de droit canonique, "pour le salut de l'individu et pour le bien de la communauté" d’après certains canonistes.

Mais c’est aussi quelque chose qui est en contradiction avec le respect de la norme juridique, avec les droits de l’homme et avec la juste distinction entre for extérieur et for intérieur.

Par rapport à tous ces abus de pouvoir, le procès judiciaire canonique est beaucoup plus respectueux des droits de l’accusé. Mais il est rarement utilisé dans les cas de pédophilie. On procède presque toujours par ordonnance pénale ou par sanctions extrajudiciaires.


***



Dans un pays comme les États-Unis, on est passé, dans la manière de traiter le phénomène de la pédophilie - que ce soit du côté civil ou du côté ecclésiastique - d’une phase de laxisme à une phase de "tolérance zéro" généralisée, à caractère puritain.

Il s’est produit quelque chose de semblable dans l’Église. Le phénomène de la pédophilie est de plus en plus perçu comme un état d’urgence. Auquel il paraît juste de faire face au moyen d’une réglementation elle aussi d’urgence, la plus rapide et la plus expéditive possible.

Une réglementation d’urgence devrait cesser d’être mise en œuvre dès que la phase critique est passée. Mais, dans le cas de la pédophilie, cette façon de voir paraît lointaine.

Voilà donc quel était le fond juridique de la discussion entre les cardinaux et le pape Benoît sur "la réponse de l’Église aux affaires d’abus sexuels", hier, vendredi 19 novembre, veille du troisième consistoire de ce pontificat.

Il y a tout lieu de penser que cette discussion va continuer.

 

Sandro Magister




Pour une critique de l'organisation judiciaire canonique en usage dans l’Église latine, comparée avec le droit des Églises orientales et avec l'organisation en usage dans l’état italien, on consultera avec profit la thèse de doctorat suivante, soutenue à l’Université Pontificale du Latran :

Giuseppe Puntillo, "Decreto penale extragiudiziale canonico e diritto di difesa" [Ordonnance pénale extrajudiciaire canonique et droit de la défense], Lateran University Press, Rome, 2010, 168 pages, 13,50 euros.
 


Les plus récentes normes de l’Église en matière d’abus sexuels, avec la documentation correspondante, sur le site du Vatican :

> Abus sur mineurs. La réponse de l'Église
 

Les autres thèmes dont les cardinaux et le pape ont débattu le 19 novembre 2010, à la veille du consistoire, selon deux compte-rendus officiels :

> Incontro di preghiera e di studio. Comunicato 1

> Comunicato 2

À propos du premier des thèmes inscrits au programme, celui de la liberté religieuse, la discussion des cardinaux avec le pape a coïncidé, en Chine, avec l'annonce de l'ordination forcée d’un nouvel évêque non reconnu par Rome :

> Statement concerning an episcopal ordination in China



À propos du consistoire du 20 novembre 2010 et des modifications au sein du sacré collège qui en découlent :

> Vingt-quatre nouveaux cardinaux aux mesures du pape


www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Moins de naissances et plus d'immigrés. La "révolution démographique" par la valise

dominicanus #actualités

Est-ce l'immigration qui sauvera l'Occident du déclin économique? Les jésuites de "La Civiltà Cattolica" sont confiants. Le banquier du Vatican, Gotti Tedeschi, est sceptique. Chronique d'une controverse sur l'avenir du monde. Et sur le contrôle de la natalité 


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ROME, le 29 octobre 2010 – D’après le professeur Ettore Gotti Tedeschi, économiste et banquier, président de l'Institut pour les Œuvres de Religion, la banque du Vatican, la cause première de la crise économique de l'Occident est la chute de la natalité.

Cela fait longtemps que Gotti Tedeschi soutient cette thèse, avec beaucoup de vigueur. Et il en donne les arguments à l’occasion de conférences fréquentes ou dans des articles publiés dans "L'Osservatore Romano".

Mais il y a des gens qui continuent à penser que ce n’est pas la diminution des naissances mais leur augmentation incontrôlée qui bloque le développement économique. L’un des plus ardents propagandistes de cette thèse néo-malthusienne est un professeur de sciences politiques réputé, Giovanni Sartori, qui enseigne à New-York depuis de nombreuses années. Éditorialiste vedette du plus grand quotidien italien, le "Corriere della Sera", il attaque fréquemment dans ses colonnes l’Église catholique à laquelle il reproche de pousser à "une croissance démographique irresponsable" qui ne peut amener que des catastrophes.

Les deux thèses sont opposées et tout à fait inconciliables. 

D’après Gotti Tedeschi, même une compensation de la chute de la natalité par l’immigration ne suffirait pas à résoudre la crise économique dans les pays occidentaux.

Mais tout le monde n’est pas en plein accord avec lui sur ce point. Pas seulement chez les démographes, mais même au sein de ce "think tank" du Saint-Siège qu’est "La Civiltà Cattolica", la revue des jésuites de Rome, dont les épreuves sont, en application de ses statuts, relues et contrôlées par la secrétairerie d’état du Vatican avant impression.

Le jésuite GianPaolo Salvini (photo), directeur de cette revue qui fait autorité, a consacré onze pages de "La Civiltà Cattolica" du 2 octobre à la présentation d’un livre écrit par deux démographes. Ceux-ci montrent dans leur ouvrage, chiffres en main, que la population de l’Italie n’est pas du tout en déclin, mais qu’elle vit au contraire une nouvelle "révolution démographique", dans laquelle la forte immigration, l'augmentation de la durée de vie, la reprise de la natalité, la bonne tenue des liens parents-enfants, agissent les uns sur les autres de manière positive.

Les auteurs du livre sont Francesco C. Billari, de l’université Bocconi de Milan, et GianPiero Dalla Zuanna, de l’université de Padoue ; ce dernier a également écrit un essai sur le contrôle des naissances dans la pratique pastorale de l’Église que www.chiesa a présenté en septembre dernier.

Ce livre que le père Salvini présente de manière nettement favorable est :

F.C. Billari, G. Dalla Zuanna, "La rivoluzione nella culla. Il declino che non c’è", Università Bocconi Editore, Milan, 2009.

L'Italie est un sujet d’étude de première importance, parmi les pays occidentaux, en ce qui concerne les évolutions démographiques et les flux migratoires. Le 27 octobre, commentant dans le "Corriere della Sera" le dernier rapport annuel de Caritas-Migrantes sur l'immigration, qui avait été publié la veille, le professeur Dalla Zuanna écrivait :

"Il y a aujourd’hui cinq millions et demi d’étrangers qui vivent en Italie, soit onze fois plus qu’en 1990. Cette croissance a des conséquences profondes sur la démographie, l’économie, la société et la culture. Le vieillissement est ralenti, parce que l’âge moyen de ces étrangers est de 30 ans, contre 45 ans pour les Italiens. Aujourd’hui les jeunes étrangers remplacent les enfants que les parents italiens n’ont pas voulu ou pas pu avoir".

Mais il ajoutait tout de suite, prudemment :

"Il est difficile de dire dans quelle mesure les étrangers influencent le développement économique".

Quant au père Salvini, une preuve de sa compétence en la matière a été apportée par la publication, au printemps, d’un livre qu’il a écrit en collaboration avec un économiste de l'université de Chicago et le directeur éditorial du groupe Il Sole 24 Ore :

GianPaolo Salvini, Luigi Zingales, Salvatore Carrubba, "Il buono dell'economia. Etica e mercato oltre i luoghi comuni", Università Bocconi Editore, Milan, 2010.

Vers la fin du compte-rendu qu’il a consacré à l’essai de Billari et Dalla Zuanna, le directeur de "La Civiltà Cattolica" soutient que, pour faire croître l’économie, la croissance démographique devrait être en tout cas "modérée", en recourant à la "procréation responsable" recommandée par le magistère de l’Église et dernièrement par l'encyclique "Caritas in veritate".

On trouvera ci-dessous un extrait du compte-rendu du père Salvini, publié dans le cahier 3847 de "La Civiltà Cattolica", du 2 octobre 2010. 



DÉCLIN DÉMOGRAPHIQUE ET IMMIGRATION EN ITALIE

par GianPaolo Salvini



La thèse de fond [des démographes Francesco C. Billari et Gianpiero Dalla Zuanna] est que la population italienne, dans son ensemble, n’est pas du tout en déclin, pas même du point de vue statistique, grâce à l’immigration massive de gens venus de l’étranger. [...]

En juin 2008, l’Italie comptait 60,3 millions d’habitants (si l’on inclut les étrangers en attente de régularisation), soit presque 3 millions de plus que dix ans plus tôt. Dans certaines villes, comme Milan, Turin et Florence, la fécondité est de 40 à 50 % plus élevée qu’au milieu des années 90. "Au cours des dix dernières années, la rapidité du vieillissement a diminué, en dépit de l’augmentation continue de l’allongement de la vie des personnes âgées, grâce à l’arrivée de trois millions de jeunes citoyens, provenant souvent de pays lointains. [...] Ce qui se passe aujourd’hui et les tendances pour l’avenir immédiat donnent à penser qu’une révolution démographique en bonne et due forme a commencé et se développe aujourd’hui dans les berceaux. C’est bien cela : une révolution, pas un déclin. Au moins pendant les vingt ou trente prochaines années, de puissants mécanismes seront à l’œuvre et permettront à la population italienne de se renouveler, sans vieillir d’une manière socialement insoutenable. [...]

Alors comment se fait-il que la majorité des observateurs continue au contraire à parler de déclin démographique et à souligner l’inévitable déséquilibre qui est en train de se produire entre la population en âge de travailler et les retraités ? Cela vient principalement de ce que ces observateurs s’appuient sur des prévisions erronées, à commencer par celles du département de l’ONU chargé de la population. [...]

D’après les deux démographes, les projections indiquées ne sont pas dignes de foi. En premier lieu parce que la population initiale est largement sous-estimée, du fait que l’on ne tient pas compte des étrangers en situation irrégulière mais présents de manière stable en Italie. Qu’on le veuille ou non, ils seront presque tous régularisés tôt ou tard, comme cela a toujours été le cas au cours des quinze dernières années. Mais aussi parce que l'ONU suppose que, au cours des vingt prochaines années, 140 000 immigrés entreront chaque année en Italie, alors que, entre 1999 et 2004, il y a eu environ 300 000 entrées par an en Italie, et que ce chiffre s’est maintenu pendant les trois années suivantes. Si cette tendance se maintient, il n’y aura de diminution ni du nombre de travailleurs ni de celui des moins de 20 ans, même si le nombre de personnes âgées continue à augmenter en raison de l’allongement progressif de la durée moyenne de vie et du fait que les nombreux enfants du baby boom, nés entre 1950 et 1970, arriveront à l’âge de la retraite. [...]

Voilà pourquoi beaucoup de gens estiment que l’immigration est un frein au développement économique ou, au mieux, un remède, insuffisant, pour compenser le blocage des mécanismes normaux de renouvellement de la population, c’est-à-dire la natalité et la mortalité, encore considérées en beaucoup de langues comme les deux seules composantes "naturelles" de l’évolution démographique. Mais lorsque les chercheurs "parlent de renouvellement naturel ou de renouvellement migratoire, ils formulent plus ou moins consciemment un jugement de valeur ('pour la démographie un enfant qui naît, c’est mieux qu’un immigré') et ils jouent avec le feu des préjugés racistes et nationalistes". [...] Il est bon aussi de rappeler le passé de l’Italie, puisqu’elle a toujours connu de profonds brassages de population, soit d’une région à l’autre, soit provenant de l’étranger : des Allemands dans différentes vallées des Alpes, des Grecs et des Albanais dans le sud, etc. La thèse soutenue par le livre que nous présentons est qu’"une population fermée aux modèles migratoires, avec moins de deux enfants par femme, est inévitablement vouée au vieillissement et – à la longue – à la disparition, même quand la mortalité est très faible".

À ce qui vient d’être dit, on peut ajouter que non seulement le phénomène de l’immigration en provenance des pays pauvres s’est produit plus tardivement en Italie que dans d’autres pays européens (dont quelques uns étaient d’ailleurs déjà habitués à recruter dans leurs colonies de la main d’œuvre non qualifiée), mais qu’il s’est produit avec une rapidité tout à fait imprévue, ce qui constitue un véritable record. 210 000 étrangers résidant en Italie avaient été recensés en octobre 1981, dont seulement 60 000 nés dans des pays plus pauvres que l’Italie. À la mi-2008 plus de 4 millions d’étrangers vivaient de manière stable en Italie, provenant presque tous de pays pauvres. [...] Les zones où existe un fort flux d’immigrés sont souvent les plus dynamiques [du point de vue économique] et ce dynamisme est destiné à se maintenir. En Vénétie les étrangers représentaient un tiers des nouveaux embauchés en 2007. On comprend facilement que dans les régions où vivent beaucoup de gens aisés il y ait de la demande pour une main d’œuvre qui exerce les activités que le bien-être acquis permet d’éviter mais qui sont indispensables pour vivre agréablement : le ménage, la cuisine, le lavage des vêtements, etc.

Même si l’on peut déplorer ce phénomène à bien des points de vue, il est probable que les Italiens continueront à avoir un petit nombre d’enfants, c’est-à-dire moins de 1,5 par femme. [...] Qu’on le veuille ou non, le renouvellement de la population italienne sera donc assuré par les étrangers immigrés. [...] Le problème qui se pose est de savoir si ce flux se maintiendra encore au cours des vingt prochaines années.

Il ne manque pas de gens qui envisagent des solutions pour remplacer l’immigration, ou au moins la compléter. Par exemple, retarder de plusieurs années l’âge du départ en retraite, aider les femmes à rentrer sur le marché du travail même après la naissance de leurs enfants, ou encore augmenter drastiquement la productivité (c’est-à-dire la quantité de produit fournie par chaque travailleur) de manière à diminuer les besoins des entreprises en main d’œuvre. Mais, d’après les démographes, ces trois possibilités, dont aucune ne doit être négligée, ne seront pas suffisantes pour suppléer au manque de travailleurs. En plus des besoins des entreprises, il y a le problème social du paiement des retraites dans un système où elles sont payées par les gens qui sont actuellement au travail. Le nombre de retraités va certainement augmenter de manière significative, ce qui rendra indispensable un élargissement de la base de travailleurs actifs, puisqu’il n’est pas raisonnable d’imaginer une baisse drastique du niveau des retraites. En effet le corps électoral vieillit et il réagirait énergiquement à une réduction substantielle de ses retraites.

Bien entendu on peut toujours compter sur une reprise de la natalité à brève échéance, mais cette augmentation ne modifierait pas le cadre des prochaines années, caractérisé par une réduction dramatique de la population italienne en âge de travailler. En effet ces enfants issus de la remontée de la natalité arriveraient en tout état de cause sur le marché du travail après 2030 et, dans l’intervalle, il se pourrait au contraire que l’on ait besoin de nouveaux travailleurs étrangers si la reprise de la natalité éloignait du marché du travail un nombre significatif de femmes ou si elle faisait augmenter la demande de travail domestique.

D’après ce que nous avons dit, il paraît inévitable que, pendant les deux prochaines décennies, l’Italie doive accueillir annuellement près de 300 000 immigrés âgés de 20 à 59 ans, c’est-à-dire autant qu’il en est entré chaque année au cours de la dernière décennie. [...] Si l’arrivée de travailleurs étrangers est inévitable – mises à part les considérations humanitaires et chrétiennes évoquées à maintes reprises par le pape et beaucoup d’évêques – il sera bon d’être prévoyants. Voilà pourquoi nous avons cherché à nous exprimer de manière "laïque". Bien sûr il ne s’agit pas d’accueillir tous ceux qui veulent venir ni de consentir à la formation de ghettos dans notre pays. Et encore moins d’être accueillants ou tolérants envers des gens qui ne se conforment pas à notre mode de vie, ne respectent pas les lois civiles et pénales du pays ou ne veulent pas en parler la langue. Mais, s’ils ont l’intention de rester, il est bon de les aider à s’intégrer le mieux possible. [...]

Le problème humain et social de la diminution du nombre d’enfants, auquel le professeur Ettore Gotti Tedeschi, par exemple, a souvent fait allusion, existe sûrement. Il s’agit certainement d’une composante qui a modifié profondément la structure humaine et productive de notre société. Dans le cadre d’une polémique avec cet économiste, le professeur Giovanni Sartori a nié, un peu trop drastiquement, toute corrélation entre la croissance démographique et la croissance économique. En revanche il semble qu’il y ait, y compris sur la base de l’expérience historique passée et actuelle, un certain consensus entre les démographes et les économistes pour affirmer l’existence d’une corrélation entre la croissance économique et une croissance démographique constante mais modérée. Ce n’est pas pour rien que l’encyclique "Caritas in veritate", qui est certainement un texte en faveur de la vie, parle de la nécessité de "prêter l’attention due à une procréation responsable " (n. 44), c’est-à-dire qui n’est pas pratiquée au petit bonheur la chance.

Une chute drastique et irrésistible de la démographie a toujours accompagné les périodes de déclin des diverses civilisations. À moins – si un grand pays n’arrive pas à trouver en lui-même la foi en l’avenir et les conditions qui l’incitent à faire plus d’enfants, ne serait-ce que pour conserver l’équilibre démographique – qu’il ne s’ouvre de façon humaine et correcte à l’immigration d’autres peuples, comme cela se produit en Italie, de façon assez contradictoire et spontanée pour le moment. Mais même cette solution n’est pas indolore, comme nous avons cherché à le démontrer, et elle demande une prévoyance et un courage, que nous, Italiens, n’avons pas été capables de trouver jusqu’à présent.



La revue des jésuites de Rome qui a publié le compte-rendu :

> La Civiltà Cattolica

Et le texte intégral de celui-ci, reproduit avec l’aimable autorisation de la revue :

> Declino demografico e immigrazione in Italia


Parmi les articles d’Ettore Gotti Tedeschi publiés dans "L'Osservatore Romano" celui-ci, du 31 janvier 2010, portait en particulier sur le rapport entre crise économique et migrations :

> Un piano Marshall per lo sviluppo globale

Tandis que celui-là, publié dans le "Corriere della Sera" du 9 août 2010, est la dernière attaque du professeur Giovanni Sartori contre l’Église catholique en raison des prises de position de celle-ci en faveur de la natalité :

> La crescita demografica non fa bene all'economia


Le message, diffusé le 26 octobre dernier, de Benoît XVI pour la journée mondiale du migrant et du réfugié qui aura lieu le 16 janvier 2011 :

> "Une seule famille humaine"


Le rapport pour 2010 de Caritas-Migrantes sur l'immigration en Italie, diffusé le 26 octobre comme le message pontifical : 

> www.dossierimmigrazione.it


Deux articles de www.chiesa sur l’Église et le contrôle des naissances, avec une étude du professeur Gianpiero Dalla Zuanna :

> "Ego te absolvo". La voie catholique du contrôle des naissances 
(8.9.2010)


> Un cas de conscience. Les confesseurs et la contraception (15.9.2010)

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Politique et bien commun - Nouvelle édition de SEDCONTRA

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L’édition de Sedcontra.fr qui vient d'être mise en ligne est entièrement consacrée à la notion de bien commun. Elle sera complétée dans les semaines qui viennent par une analyse de la fécondité universelle du principe de subsidiarité, sur tous les problèmes que rencontre notre société. Merci à ceux d’entre vous qui participent à la diffusion des éclairages de philosophie chrétienne du site des “chercheurs de sens” et plus encore à ceux qui nous soutiennent par leur abonnement.

 

 

 

EDITORIAL
Politique et bien commun

“La politique n’est pas une technologie du pouvoir ni une manipulation des personnes, mais un des moyens de rechercher et de conquérir le sens de la vie, dans la perspective du service rendu au véritable bien de la communauté.” – Cette définition de Vaclav Havel, reprise un jour par Jean-Paul II, continue de nous donner, aujourd’hui encore, la seule clé durable de l’avenir européen. […] Lire la suite

 

 

MOT DU JOUR
Le grand retour du régalien

 

A quelque chose malheur est bon : le postulat qui a fait tant de mal – “laisser faire le marché, parce qu’il a toujours raison” – ne survivra pas à la crise mondiale que nous traversons. L’Etat est parfaitement dans son rôle de protecteur du bien commun, et dans la cohérence du principe de subsidiarité, en apportant sa propre caution aux banques qui s’engageront à renouer avec leur finalité première : le financement des entreprises et des collectivités locales, la gestion de l’épargne et du crédit aux particuliers. […] Lire la suite

 

 

ANNIVERSAIRE D’OCTOBRE
996-2010 : Actualité des Capétiens

Le mois d’ octobre 996 est la date de la mort du moins connu des rois de France : Hugues Capet. C’est sous son règne que se soude le premier sentiment national “français”. Sous son règne aussi que l’Etat commence à prendre forme pour promouvoir le rayonnement et l’autonomie de la personne dans ses structures naturelles d’organisation, ses libertés concrètes, familiales, municipales, professionnelles : ces libertés que la justice d’un roi “au-dessus des partis” protégeait tant bien que mal contre les banquiers, les rapaces, les féodaux. Et il ne sert à rien de dire que la famille capétienne n’y parvenait pas complètement, quand les gouvernements “démocratiques” du XXIe siècle n ‘y parviennent plus du tout… […] Lire la suite

 

 

 

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Enquête contre l’IOR : un simple malentendu, d’après le Saint-Siège

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Nouvelle mise au point du Saint-Siège à propos de l'enquête ouverte récemment par le parquet de Rome contre les dirigeants de l’Institut pour les Œuvres de Religion, la "banque du Vatican".

 

 

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Dans une lettre au Financial Times, le Directeur du Bureau de presse du Saint-Siège explique qu’il s’agit d’un malentendu, en cours d’examen. En réponse à un article publié mercredi en Une par le quotidien britannique, le Père Federico Lombardi affirme que le Vatican respecte les normes internationales en termes de lutte contre le blanchiment d’argent. Pour le Père Lombardi, il s’agit d’éviter la diffusion d'informations inexactes et des conséquences fâcheuses pour l'Institut ou la réputation de ses dirigeants. Le président de l'Institut des œuvres de religion, Ettore Gotti Tedeschi (photo), et son directeur général, Paolo Cipriani, sont soupçonnés de ne pas avoir respecté une loi anti blanchiment de 2007.

 

Mercredi, Monsieur Gotti Tedeschi avait évoqué une erreur de procédure, et estimé qu’on avait voulu attaquer l’Institut, son président et plus généralement le Vatican.
 

 

Complément d'information et éclairage Thomas Chabolle (Radio Vatican): >> RealAudioMP3

Banque du Vatican : Le Saint-Siège exprime sa "perplexité"

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Le Saint-Siège tient à exprimer sa plus grande confiance envers les actuels président et directeur de l’IOR, la banque du Vatican. C’est ce qu’il fait savoir dans un communiqué publié ce mardi (et disponible ci-dessous), après la publication d’un article par le quotidien italien la Repubblica faisant état de l’enquête dont font l’objet le président de l’institut des œuvres religieuses et un autre important cadre de la banque.


Selon les informations du journal, le parquet de Rome les soupçonne d’avoir violé la loi anti-blanchiment de 2007. De manière préventive, 23 millions d’euros de l’IOR ont ainsi été saisis.


Le Saint-Siège exprime donc sa perplexité et son étonnement face à l’initiative du parquet romain et fait savoir que les informations nécessaires sont déjà disponibles auprès du bureau compétent de la Banque d’Italie. Le communiqué rappelle également la claire volonté de pleine transparence concernant les opérations financières de l’IOR qui a été manifestée à plusieurs reprises par les autorités du Saint-Siège.

 


Texte du communiqué du Saint-Siège :


La claire volonté de pleine transparence concernant les opérations financières de l'Institut pour les Œuvres de Religion (IOR) est connue et a été manifestée à plusieurs reprises par les autorités du Saint-Siège. Cela implique que soient mises en œuvre toutes les procédures finalisées à prévenir le terrorisme et le blanchiment de capitaux. Les autorités de l’IOR opèrent les contacts et rencontres nécessaires, aussi bien avec la Banque d'Italie, qu'avec les organismes internationaux compétents - l'Organisation pour la Coopération et le Développement (OCDE) et le Groupe d'action financière internationale contre le blanchiment de capitaux (GAFI) - en vue de l'insertion du Saint-Siège dans la White List.


Le Saint-Siège manifeste donc perplexité et étonnement face à l'initiative du parquet de Rome, tenant compte du fait que les informations nécessaires sont déjà disponibles auprès du bureau compétent de la Banque d'Italie, et que des opérations analogues ont lieu couramment avec d'autres instituts de crédit italiens.


En ce qui concerne les sommes citées, il est à noter qu'il s'agit d'opérations de virements pour trésorerie auprès d'instituts de crédit non italiens dont le destinataire est l’IOR.


Le Saint-Siège tient donc à exprimer sa plus grande confiance dans les actuels président et directeur de l’IOR.

 

(Radio Vatican)

Roselyne Bachelot: Un projet de révision sans cohérence

dominicanus #actualités

 

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Le ministre de la Santé Roselyne Bachelot a dévoilé les grandes lignes de son projet de révision des lois votées en 2004. Jamais, une telle loi n’avait suscité autant d’intérêt dans la population et il faut saluer l’initiative du gouvernement d’avoir associé dès 2008 les citoyens français à sa révision. De forum en conférences, ils ont eu l’occasion de mieux en comprendre les enjeux et les difficultés de sa cohérence avec nos principes [1]. L’orientation suivie par le gouvernement mêle satisfaction et inquiétude, n’étant pas remise en cause l’« autonomie » de la loi de bioéthique, comme si l’éthique biomédicale était définitivement sans maître. À la lumière de cette « autonomie » de la loi, nous examinerons les quatre grands sujets qui se dégagent du projet : l’assistance médicale à la procréation (AMP), le DPI ou diagnostic préimplantatoire, la recherche sur l’embryon et le don d’organes.


 

L’« autonomie » des lois de bioéthique

 

En premier lieu, nous pouvons déjà noté que la révision sera minime, sans nier la gravité des modifications proposées. Pierre Le Coz, vice-président du Conseil consultatif national d’éthique déclarait au Quotidien du médecin le 6 septembre dernier : « L’esprit de la loi est bien celui de l’autonomie, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire de l’autorégulation ou de l’autolimitation… » C’est bien le problème.

 

Depuis nos premières lois de bioéthique de 1994, celles-ci s’organisent comme un ensemble de normes juridiques indépendantes de notre corpus juridique, oubliant un peu vite que « le principe de dignité de la personne humaine paraît être le principe éthique structurant des lois de bioéthique [2] ». Le législateur de 1994, suite à une décision du Conseil constitutionnel, avait affirmé ce principe pour le fixer dans le Code civil [3].

 

Cependant, ce principe de valeur constitutionnelle n’avait pas été retenu pour les embryons conçus in vitro, c'est-à-dire, hors du corps de la femme, puisque « seul, il n’a pas le potentiel de devenir une personne [4] ». Autrement dit, la loi qui se protège pour ne pas protéger l’embryon, s’autorisait une première anomalie en oubliant que l’embryon conçu in vitro n’est pas destiné à rester dans une coupelle de laboratoire puisqu’il a été conçu pour répondre à une demande parentale.

 

Le législateur se contentait de fixer des contraintes de procédure comme la limitation de la création d’embryons surnuméraires et l’interdiction de concevoir des embryons à des fins commerciales, industrielles ou pour la recherche.

 

Le principe de dignité « structurant » toutes nos lois était donc contourné, comme nos principes juridiques fondateurs depuis la Déclaration universelle des droit de l’homme de 1948, la convention d’Oviedo du Conseil de l’Europe sur la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, et signée par la France le 4 avril 1997 et enfin la Charte européenne des droit de l’homme de 2000 [5].

 

Par le jeu des exceptions ou des dérogations, l’autonomie des lois de bioéthique s’affranchissait du droit national et international. En d’autres termes, le législateur inventait une éthique du vivant, élaborée par consensus, hors des références de notre corpus juridique. C’est ce que certains députés exprimaient se demandant où mettre le « curseur », c’est-à-dire quel est le point consensuel d’interdiction/dérogation acceptable par la majorité des Français.

 

Dans ce domaine, comme dans d’autres d’ailleurs, on ne recherche plus à exprimer les principes de dignité et ses conséquences, mais à satisfaire les revendications de certains sans trop s’aliéner leurs opposants par le truchement de principes « autonomes ». Il en est ainsi du maintien d’un principe assorti de dérogations, ou de pratiques exceptionnelles qui sembleraient ne pas abandonner le principe lui-même.

 

Il était donc a priori utile que les citoyens des états généraux de bioéthique rappellent que « le principe de dignité de la personne humaine paraît être le principe éthique structurant des lois de bioéthique »… Le projet de révision du gouvernement en tient-il compte ?

 


 

1/ L’ASSISTANCE MEDICALE A LA PROCREATION (AMP)

 

L’assistance médicale à la procréation est une technique qui consiste, soit par insémination artificielle, soit par fécondation in vitro à pallier, sans les traiter, les défaillances de la nature chez un couple, jusqu’à recourir, éventuellement, à un donneur anonyme de gamètes (ovocyte ou sperme). La procréation se fait par l’intermédiaire d’un tiers, ce qui est loin de satisfaire les couples puisque l’acte médical se substitue à l’acte conjugal. Le procréateur n’est plus le couple, mais le médecin. Ainsi, cette technique dissocie l’acte sexuel de la procréation.

 

Cette technique pose trois questions éthiques :

 

* la première est la dissociation entre sexualité et procréation par l’intervention d’un tiers, en l’occurrence le médecin, voire le donneur de gamètes ;

* la seconde est le tri embryonnaire lors d’une fécondation in vitro. En effet, pour optimiser les chances de succès d’une technique qui est loin d’être performante, les embryons sont classés selon leur qualité. Les moins performants sont détruits, les plus performants conservés pour une nouvelle tentative de transfert, les autres sont implantés et peuvent donner lieu à un tri embryonnaire en cas de succès d’implantation de tous les embryons (deux ou trois embryons sont implantés). Incontestablement, la fécondation in vitro implique un tri et une destruction d’embryons selon le critère de la vigueur ;

* la troisième correspond au mal-être des enfants conçus à partir de dons de gamètes et qui souffrent de ne pas connaître leur géniteur. Souffrance liée à la dissociation entre les composantes de la parenté, en particulier, la parenté biologique et la parenté intentionnelle et sociale. Pour remédier à cette souffrance, Irène Théry propose la reconnaissance d’une pluri-parentalité au sein de laquelle on pourrait définir le rôle de chaque parent. Cette formulation risque de brouiller encore davantage les repères de l’enfant.

 

 

 

Ce qui pourrait changer

 

* Pour les couples pacsés : ces couples pourraient, comme les couples mariés ou non, avoir accès aux techniques de l’AMP, à condition que le couple soit hétérosexuel. La loi de 2004 précise que l’AMP est « destinée à répondre à la demande parentale d’un couple » ; « l’homme et la femme doivent être vivants, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans ». Or le Pacs, contrairement au mariage est un contrat patrimonial (gestion en commun des biens matériels). Cependant, le PaCS est devenu au fil des années, un contrat qui se rapproche de plus en plus de l’institution du mariage : pension de réversion, avantages fiscaux et sociaux…Cette évolution contredit les conclusions du rapport Pécresse de 2006 de la mission parlementaire sur la famille et les droits des enfants : « Seul le mariage fonde la famille. »

 

Le PaCS, substitut au mariage sans les garanties de protection des époux, en particulier le plus fragile, deviendrait un lieu de création de la filiation comme le mariage. En revanche, les femmes célibataires et les couples pacsés homosexuels seraient exclus du dispositif. Ainsi, le gouvernement refuse la création d’une filiation en dehors de la double filiation maternelle et paternelle.

 

* Levée de l’anonymat. En France, 1300 naissances par an sont concernées par les dons de gamètes. Le ministre tient à rappeler pour l’enfant le « droit irréfragable de savoir d’où l’on est issu ». Ce qui devrait conduire à la levée totale et générale de l’anonymat des donneurs de gamètes. Or telle n’est pas son intention. Cette levée de l’anonymat serait partielle et conditionnelle : accès aux « données non identifiantes » et à l’identité du donneur selon sa volonté. Mme Bachelot justifie cette levée de l’anonymat par son souci de « responsabiliser le don ». En effet, comment un homme ou une femme peuvent ils accepter de donner leurs gamètes sans savoir de qui ils seront père ou mère ? Certains prétendent que la filiation biologique est secondaire par rapport à la filiation sociale ou intentionnelle. Il n’en demeure pas moins que c’est elle qui fonde la filiation juridique (donner le nom) et la filiation sociale (éducation).

 

 

2/ LE DPI OU DIAGNOSTIC PREIMPLANTATOIRE

 

Le recours au DPI est autorisé par la loi pour éviter qu’un couple atteint d’une maladie d’une particulière gravité, ne transmette leur maladie à leurs enfants. Dans ce cas, le recours à la fécondation in vitro est suivi d’un DPI. Cette technique de dépistage de la maladie repérée chez les parents entraîne un tri embryonnaire entre ceux qui sont porteurs de la maladie et ceux qui en sont indemnes et qui seront transférés dans l’utérus de la mère. Cette technique concerne 40 naissances annuelles.

 

Le CCNE [6] suivi par le rapport Leonetti [7], avait suggéré d’étendre le DPI à la trisomie 21. Indignés par cette nouvelle stigmatisation, de nombreux parents et d’associations de parents d’enfants atteints de trisomie 21 se sont regroupés dans le collectif Les amis d’Eléonore [8] du nom de cette jeune fille de 24 ans, heureuse de vivre et parfaitement bien intégrée dans la société et dans le monde du travail. Eléonore est ainsi devenue le porte-parole de personnes qui ne sont jamais consultées et qui pourtant ont tant de chose à nous apprendre sur leur vie. De conférences de presse en rencontres avec des politiques, le Collectif a martelé, comme les citoyens des états généraux de bioéthique de Marseille l’ont répété, que « la solution au handicap passe exclusivement par la recherche et non par l’élimination [9] ».

 

Manifestement, le Collectif a été entendu puisque le ministre de la Santé n’a pas souhaité retenir la proposition du CCNE et du rapport Leonetti. Cette victoire, cependant, ne doit pas nous faire oublier la traque de la trisomie dans les premières semaines de grossesse, puisque son dépistage est systématique et que 96 % des cas détectés entraînent l’élimination des embryons ou fœtus atteints [10]. Il est possible que le projet de loi rende obligatoire pour le médecin l’information de toute femme enceinte sur ce dépistage et ouvre aux sages-femmes la possibilité de prescrire les marqueurs sériques maternels qui permettent de détecter la maladie chez l‘enfant.

 

Nous pouvons espérer que le gouvernement reprenne la suggestion du CCNE et du rapport Leonetti d’informer les parents sur la maladie et sa prise en charge comme alternative à l’élimination quasi systématique de l’enfant qui en serait atteint.

 

3/ LA RECHERCHE SUR L’EMBRYON

 

La grande question sur ce point était de savoir si la nouvelle loi conserverait ou non le principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires. Le rapport Leonetti, en effet, dans ses propositions 41 et 42, ne laissait pas d’étonner : « Le maintien du principe d’interdiction est plus conforme à notre droit » et « il a été reconnu que les deux options [interdiction ou non, Nda] devaient conduire aux mêmes résultats ». Dès lors, il est évident que le maintien du principe d’interdiction est purement formel.

 

Il est très probable que le nouveau texte remplace finalité thérapeutique par finalité médicale, ce qui ouvrirait de nouvelles justifications aux travaux de recherche sur l’embryon. En 2004, les partisans de cette recherche vantaient l’hypothétique potentialité thérapeutique des cellules souches embryonnaires pour justifier les dérogations ; aujourd’hui, ils ne tirent aucune leçon de l’échec des résultats depuis vingt ans.

 

Par ailleurs, les clauses dérogatoires de la loi de 2004 sont devenues extrêmement contraignantes aujourd’hui. Rappelons ces conditions : finalité thérapeutique et absence d’alternative dans l’état actuel des connaissances scientifiques. À peine le décret d’application signé, en février 2006, l’Agence de biomédecine (ABM) donnait des autorisations de recherche qui avaient bien peu de lien avec la recherche d’une thérapie. Les recours administratifs devant cet abus de pouvoir n’ont pas abouti pour l’instant.

 

En outre, en 2004, peu de travaux de recherche sur des cellules souches alternatives (adultes, sang de cordon, IPS…) avaient donné des résultats satisfaisants. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Si bien qu’au moment où des alternatives sérieuses existent, la France choisirait de libéraliser un peu plus la recherche sur l’embryon alors que la médecine n’en a plus besoin. La finalité thérapeutique n‘est plus du côté des embryons. La thérapie cellulaire n’a plus besoin de cellules souches embryonnaires. Les alternatives existent. Elles sont plus efficaces et respectueuses de nos principes juridiques qui exigent de maintenir l’interdiction de la recherche sur l’embryon, telle que le demande Mme Bachelot.

 

Mais quel est le sens du maintien d’un principe si les dérogations successives vident ce principe de sa substance?

 

4/ LE DON D’ORGANES ET DE CELLULES

 

* Don d’organes. La nouveauté annoncée serait le recours à un don croisé d’organes, notamment pour le rein. Il n’est pas toujours possible de trouver au sein d’une fratrie un couple donneur/receveur histocompatible. Il serait alors possible de trouver un autre couple donneur/receveur se trouvant dans la même situation d’incompatibilité rendant impossible la greffe. Cette nouveauté ne changerait en rien les dispositions existantes pour le prélèvement d’organe sur une personne vivante.

 

 

 

* Don de cellules ou thérapie cellulaire. La nouveauté concerne les cellules du sang de cordon considérées jusqu’à maintenant comme des déchets. Ce sang entrerait dans la catégorie des tissus, cellules, produits du corps humain et ses dérivés. Le ministre de la Santé reste attaché au principe de l’anonymat du don pour un usage allogénique et exclut la création de banques privées pour une conservation autologue.

 

Pierre le Coz, lors de son interview au Quotidien du médecin, déplorait que l’orientation du projet de loi ne soit pas plus audacieuse pour améliorer la médecine régénérative à partir des cellules du sang de cordon, notamment pour traiter les maladies hématopoïétiques. Pour lui, la réponse passe par « la voie de la conservation autologue de sang de cordon ». C’est l’esprit de la proposition de loi du député du Doubs Damiens Meslot qui propose la création de banques privées mixtes où des parents pourraient conserver à des fins autologues le sang de leur enfant tout en acceptant de le céder à un enfant histocompatible en cas de besoin.

 

En effet, les besoins de la France sont estimés à 40 000 unités de sang de cordon et elle n’a en réserve que 8 500 unités. Malgré l’engagement de l’Agence de biomédecine, après l’excellent rapport de Marie-Thérèse Hermange, sénateur de Paris, en novembre 2008, de porter à 15 000 unités pour la fin 2010, force est de constater que nous sommes loin de l’objectif et qu’aucune campagne n’est organisée pour inciter les parents à conserver le cordon de leur enfant. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs les services hospitaliers de thérapie cellulaire à obtenir auprès de banques privées étrangères des greffons pour un montant compris entre 15 000 et 25 000 €.

 

La révision des lois de bioéthique pourraient être l’occasion, comme l’exprime Pierre le Coz « de trouver un système qui puisse permettre de poursuivre la recherche sur cette potentialité thérapeutique et protéger les citoyens d’une dérive autocentrée [11] ».

 

Inquiétude et satisfaction

 

Nous sommes donc devant un projet de loi qui innove peu, certes, mais dont les nouveautés ne sont pas sans conséquences, en particulier en ce qui concerne la recherche sur l’embryon, le recours à l’AMP pour les couples pacsés hétérosexuels et la levée de l’anonymat en cas de don de gamètes. Dans ces conditions, comment interpréter l’expression de Jean-Yves Nau, journaliste compétent : « Une loi pour rien [12] » ?

 

Le projet de loi innove si peu qu’il considère qu’une révision est presque inutile. Notre lecture est différente. Est-ce dû à l’intérêt sans précédent des Français sur les questions bioéthiques ou à une prise de conscience que les transgressions répétitives ne répondent pas à la quête de vérité sur l’homme ? Si le projet de loi, tel qu’on en entrevoit les grandes lignes, est peu innovant, il a au moins le mérite de prendre en compte, en partie, les avis des citoyens exprimés lors des états généraux de bioéthique.

 

Ils avaient noté les dérives eugénistes du tri embryonnaire et de l’élimination des embryons et fœtus en cas de malformation [13]. Ils avaient déploré l’impasse de notre loi sur la fécondation in vitro qui conduit à produire des embryons qui seront à jamais abandonnés à la recherche ou détruits, signe d’une conception utilitariste de l’être humain au début de son développement.

Enfin, ils avaient tenu à rappeler l’intérêt de l’enfant dans toutes les décisions et le principe premier de toute loi bioéthique, le principe de dignité de la personne humaine, rappelant qu’aucune circonstance ne pouvait contredire ce principe : « La dignité, en effet, ne décline pas avec nos forces. Ni la maladie, ni le handicap n’altèrent notre humanité [14]. »

 

Le responsable politique ne peut pas satisfaire tous les désirs, les fantasmes, les revendications. Il doit garder à l’esprit le bien commun comme finalité de sa décision.

Bien commun, fondé sur le principe matriciel de toute organisation sociale et politique : la dignité de tout être humain, principe inviolable et garantie contre toute utilisation ou manipulation de la vie humaine.

 

La prochaine révision des lois de bioéthique sera-t-elle l’occasion de le rappeler et de l’exprimer dans le texte ?

 

 

*Élizabeth Montfort est ancien député européen, administrateur de l’association pour la Fondation de Service politique, présidente de l’Alliance pour un Nouveau Féminisme européen.

 

Élisabeth Montfort

libertepolitique.com


 

 

[1] Sur ce sujet, voir Pierre-Olivier Arduin, Conférences de citoyens : une procédure en trompe-l’œil, Libertepolitique.com, 10 sept. 2010.

[2] Bilan des Etats généraux de Bioéthique, Alain Graf, juin 2009

[3] Art. 16 : « le respect de l’ être humain dès le commencement de la vie »

[4] Décisions du Conseil Constitutionnel, juillet 1994.

[5] Art. 1 : « La dignité est inviolable. Elle doit être respectée et protégée »

[6] CCNE, avis n° 107

[7] Rapport Leonetti de la mission d’information parlementaire sur la bioéthique, janvier 2010.

[8] www.lesamisdeleonnore.com

[9] Bilan des Etats généraux de bioéthique, page 40.

[10] Etude du Conseil d’Etat, juin 2009, page 32.

[11] article cité dans le Quotidien du médecin, le 6 septembre 2010

[12] www.slate.fr

[13] Bilan des Etats généraux de bioéthique, page 40.

[14] Bilan des Etats généraux de Bioéthique, rapporteur Alain Graff, juillet 2009

Il y a un étrange prophète à la Maison-Blanche

dominicanus #actualités

 

Il s'appelle Barack Obama et sa vision messianique ressemble à celle de Joachim de Flore. On y a même cru au Vatican. Voici l'histoire d'un faux qui a malgré tout un fond de vérité

 

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ROME, le 23 août 2010 – La tempête déchaînée ces jours-ci par les déclarations de Barack H. Obama à propos du projet du Cordoba Institute de New-York – construire une mosquée à quelques pas des Twin Towers détruites le 11 septembre 2001 par des terroristes musulmans – a ramené au premier plan une question : quelle est la vision d’ensemble de l'actuel président des États-Unis d’Amérique ?

Dans un premier temps, le 13 août, Obama avait déclaré à la centaine de musulmans qu’il avait invités à la Maison-Blanche pour célébrer le début du Ramadan :

"En tant que citoyen et président, je crois que les musulmans ont le droit de pratiquer leur religion autant que n’importe qui d’autre dans ce pays. Cela comprend le droit de construire un lieu de culte et un centre communautaire sur un terrain privé dans la partie sud de Manhattan, en accord avec les lois et les règlementations locales. C’est cela, l’Amérique, et notre engagement en faveur de la liberté religieuse doit être indéfectible".

Mais le lendemain, sous le feu des réactions, il s’est senti obligé de faire marche arrière, pas sur le principe mais sur le cas particulier :

"Je n’ai pas fait de commentaire – et je n’en ferai pas – à propos de la sagesse de la décision de construire une mosquée à cet endroit ; j’ai fait un commentaire très spécifique à propos d’un droit qui remonte à la fondation de notre pays. Et je pense qu’il est très important, même si c’est difficile, que nous ne perdions pas de vue qui nous sommes en tant que peuple et quelles sont nos valeurs".

Ceux qui critiquent Obama ont eu beau jeu de mettre en évidence cette oscillation du jugement qu’il a manifestée. Ce n’est d’ailleurs que la dernière d’une longue série et elle rend incertain le jugement que l’on porte sur lui.


***



Obama est aussi une énigme pour l’Église catholique. Il a fait l’objet de jugements enthousiastes et de condamnations impitoyables, dont www.chiesa a rendu compte à l’occasion. Parmi les éloges, celui qui a été formulé par le cardinal Georges Cottier, il y a un an, a fait beaucoup de bruit au Vatican. Parmi les anathèmes, on peut citer ceux de Mgr Michel Schooyans et de l’archevêque Roland Minnerath. D’après le premier, Obama est un nouveau Constantin, chef d’un empire moderne utile pour l’Église. Pour les deux autres, c’est un faux messie qu’il faut démasquer.

Des divergences à son sujet divisent également l'épiscopat catholique américain – dont les leaders sont très critiques quant à certains choix d’Obama dans les domaines de la vie et de la famille – ainsi que la secrétairerie d’état du Vatican, qui se montre plus compréhensive, de même que "L'Osservatore Romano".

Deux livres récemment publiés en Italie étudient la personnalité d’Obama en s’attachant particulièrement à sa vision générale du monde, ce qui est la question la plus intéressante pour l’Église.

Le premier a été écrit par un journaliste de Radio Vatican, Alessandro Gisotti, qui a une connaissance approfondie de l’Amérique.

Le second a pour auteurs Martino Cervo, rédacteur en chef du quotidien "Libero", et Mattia Ferraresi, correspondant à Washington du quotidien "il Foglio".

Ces deux livres montrent, à travers une documentation riche et précise, que la vision d’Obama est en effet pétrie de contradictions.



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Un exemple très clair de contradiction apparaît quand Obama cite le théologien protestant Reinhold Niebuhr comme l’un de ses inspirateurs.

Niebuhr (1892-1971), grand admirateur et interprète de saint Augustin, a été l’un des maîtres du "réalisme" en politique internationale. Il affirmait en effet la primauté de l'intérêt national et de l'équilibre entre les puissances dans une humanité profondément marquée par le mal.

Niebuhr définissait la démocratie comme "une recherche de solutions provisoires à des problèmes insolubles". Et dans une prière célèbre il disait : "Que Dieu me donne la sérénité d’accepter ce que je ne peux pas changer". Tout l'opposé, donc, de la rhétorique messianique qui imprègne les discours d’Obama, tout l'opposé de son annonce permanente de l'avènement d’une "ère nouvelle", d’un "nouveau début", d’un "âge de paix", d’un monde racheté parce que "Yes, we can".

Dans son livre, Gisotti rappelle que le catholique George Weigel, célèbre biographe de Jean-Paul II, a montré que la vision d’Obama est vraiment "l'exemple parfait de ce genre d’utopisme contre lequel Niebuhr, avec son sens profond de la fragilité de l’histoire et des capacités d’autodestruction des être humains, s’est battu pendant trois décennies".


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Les discours d’Obama paraissent liés, plutôt qu’à Niebuhr, à l'utopie d’un célèbre moine et théologien médiéval : Joachim de Flore, qui prophétisait un "âge de l’Esprit" après ceux, révolus, du Père et du Fils, un troisième et définitif âge de paix et de justice, où l’humanité ne connaîtrait plus de divisions, pas même entre les religions.

La parenté d’idées entre Obama et Joachim de Flore apparaît tellement forte que, en 2008, les médias du monde entier affirmèrent que le futur président des États-Unis s’était référé trois fois à lui dans des discours-clés de sa campagne électorale.

Cette information parut si crédible que, le 27 mars 2009, le franciscain Raniero Cantalamessa, prédicateur officiel de la maison pontificale, la reprit dans l’une de ses prédications de Carême devant le pape et la curie romaine.

En réalité la nouvelle était fausse. Obama n’a jamais cité Joachim de Flore dans aucun de ses discours. Dans leur livre, Cervo et Ferraresi reconstruisent avec précision la genèse et l’histoire de ce faux journalistique, auquel le prédicateur du Vatican s’est lui aussi laissé prendre.

Le père Cantalamessa fut interpellé par l'agence en ligne de la conférence des évêques des États-Unis, "Catholic News Service", parce qu’il avait rappelé dans son sermon que Joachim de Flore était un hérétique. Il lui répondit :

"Quelqu’un a utilisé mes propos pour insinuer que je pense qu’Obama est un hérétique, comme Joachim, alors que j’ai une profonde estime pour le nouveau président des États-Unis".

Donc, bien qu’Obama n’ait pas cité Joachim de Flore, il y a bien une ressemblance entre la rhétorique du premier et la vision du second. Le théologien et cardinal Henri de Lubac aurait sans peine ajouté Obama à la troupe nombreuse de la "Postérité spirituelle de Joachim de Flore", titre d’un volumineux essai qu’il consacra, il y a trente ans, à l’influence exercée jusqu’à nos jours par l'utopie de ce moine au sein et en dehors du catholicisme.

Mais la contradiction réapparaît de nouveau lorsque l’on compare les discours d’Obama avec ses décisions concrètes.

Les troupes qui sont en Afghanistan y restent, Guantanamo ne ferme pas ses portes, des fonds fédéraux sont affectés à l’avortement... Jour après jour, les décisions opérationnelles du président s’opposent à ce qui a été annoncé. Elles renvoient toujours à un "demain" imprécis la concrétisation de l'utopie messianique que ses discours continuent à proposer.

La "nouvelle ère" de Joachim de Flore n’a pas commencé en 1260 comme il l’avait annoncé. Mais le rêve a survécu. Et Obama le propose de nouveau aujourd’hui dans le cadre de ses fonctions d’homme le plus puissant du monde.

Cervo et Ferraresi écrivent :

"Le fait que des propos de Joachim aient été mis dans la bouche d’Obama est une touche d'ironie qui a tout l’air d’être un signe du destin. L'inspiration millénariste, joachimite, totalitaire au fond, annule le caractère inexorablement limité de la nature humaine pour confier le salut de l'homme à l’homme lui-même, ou tout au moins à celui qui se montre capable d’incarner le désir de changement. Que ce soit un roi, un philosophe, un demi-saint ou le président des Etats-Unis, cela ne change pas grand-chose".


Sandro Magister



 

Les livres :

Alessandro Gisotti, "Dio e Obama. Fede e politica alla Casa Bianca", Éditions Effatà, Cantalupa, 2010, 128 pages, 10,00 euros.
   
Martino Cervo, Mattia Ferraresi, "Obama. L'irresistibile ascesa di un'illusione", préface de Giuliano Ferrara, Éditions Rubbettino, Soveria Mannelli, 2010, 128 pages, 10,00 euros.



Le sermon prononcé le 27 mars 2009 par le prédicateur de la maison pontificale, Raniero Cantalamessa, avec la référence à Obama et à Joachim de Flore :

> Un'era dello Spirito Santo



Lors de l’audience générale du mercredi 10 mars 2010, consacrée à saint Bonaventure, Benoît XVI a parlé de la réapparition de l'utopie de Joachim de Flore dans certaines tendances progressistes postconciliaires :

> Comment piloter l'Église dans la tempête. Une leçon




A propos du lien intellectuel avec Niebuhr affirmé par le président des Etats-Unis :

> Obama a un grand maître à penser : le théologien protestant Reinhold Niebuhr (6.2.2009)

Et les critiques de George Weigel quant au bien-fondé de ce lien :

> Il professor Weigel boccia Obama : ha preso un abbaglio


L'acte d’accusation contre le "faux messie" Obama, lu au Vatican par Mgr Michel Schooyans et l’archevêque Roland Minnerath le 1er mai 2009, peu de temps après la parution dans "L'Osservatore Romano" d’un éditorial qui faisait l’éloge de ses cent premiers jours de présidence :

> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)

Et l'éloge encore plus enthousiaste d’Obama écrit par le cardinal Georges Cottier, théologien émérite de la maison pontificale, peu de temps avant la visite du président des États-Unis au Vatican :

> Bienvenue à Obama. Le Vatican lui joue un prélude de fête (5.7.2009)


www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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