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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

actualites

Chasse aux voleurs au Vatican

dominicanus #actualités

Documents volés. Poisons. Arrestations. À la curie romaine, c'est la guerre. Le licenciement du président de la banque. Les manœuvres du cardinal Bertone. Les faux amis du pape 

 

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ROME, le 31 mai 2012 – Il y a de la méthode dans cette folie. Depuis que le majordome de Sa Sainteté est en prison, le spectacle a brusquement changé. Au centre de la scène, il n’y a plus la discussion à propos du contenu des documents qui ont été volés. Il y a les voleurs. Décidés à comploter à l'ombre d’un vieillard vêtu de blanc.

"Un État qui ne serait pas dirigé selon la justice se réduirait à une bande de voleurs". La phrase est de saint Augustin, mais Benoît XVI l’a citée dans sa première encyclique, "Deus caritas est", publiée en 2005. Sans se douter que ce serait l’image publique que donnerait le Vatican, sept ans plus tard. Une citadelle dévastée par les vols sans qu’ils en épargnent un seul endroit, pas même ce "saint des saints" que devrait être le bureau personnel du pape.

Les voleurs, véritables ou présumés, de documents du Vatican déclarent en chœur aux journaux, sous couvert d’anonymat, que, s’ils ont agi de la sorte, c’est par amour du pape, pour l’aider à faire le ménage. Et il est vrai qu’aucun des méfaits qui sont mis à nu dans les documents dérobés ne l’implique personnellement. Mais il est encore plus vrai que tout retombe sur lui, inexorablement.

Le pape théologien, celui des grandes homélies, celui du livre consacré à Jésus, est aussi celui qui règne sur une curie à la dérive, réceptacle d’"égoïsme, de violence, d’inimitié, de discorde, de jalousie", de tous les vices qu’il a stigmatisés dans son homélie du dimanche de la Pentecôte et dans tant d’autres de ses prédications antérieures, en vain.

C’est ce même pape qui a voulu comme secrétaire d’état le cardinal Tarcisio Bertone et qui continue à le maintenir à son poste bien qu’il en constate chaque jour un peu plus l’inadéquation.
 

***
 

Au Vatican, aujourd’hui, la frontière qui sépare les actes illicites de ceux qui ne relèvent que de la mauvaise administration est devenue très étroite, presque inexistante.

Une preuve éclatante en a été donnée ces jours derniers. À peine le majordome pontifical Paolo Gabriele avait-il été mis aux arrêts pour vol de documents dans l'appartement du pape, qu’au sein et autour de l'Institut pour les œuvres de religion [IOR], la banque du Vatican, a eu lieu un choc d’une violence inouïe, qui s’est manifesté avec une même brutalité d’abord dans un communiqué officiel du Saint-Siège lui-même, puis dans un document interne que l’on a délibérément laissé filtrer jusqu’à la presse, afin que le monde sache que le président de l’IOR, Ettore Gotti Tedeschi, avait été désavoué par tous les autres membres du conseil de surveillance de la banque.

Et il avait été désavoué, pouvait-on lire, en raison de son incapacité manifeste à exercer ses fonctions, parce qu’il abandonnait fréquemment son poste de travail, à cause de son ignorance coupable de ses devoirs, en raison de son comportement personnel "de plus en plus bizarre" et également, bien entendu, parce qu’il était soupçonné d’avoir diffusé des documents confidentiels. En somme, un total de neuf chefs d’accusation à la limite de l'insulte, qui ont été mis au vote et approuvés l’un après l’autre par le conseil de surveillance constitué d’administrateurs renommés : l’Allemand Ronaldo Hermann Schmitz de la Deutsche Bank, l’Américain Carl Albert Anderson des Chevaliers de Colomb, l’Espagnol Manuel Soto Serrano de Banco Santander et l'Italien Antonio Maria Marocco, notaire à Turin et dernier à avoir été coopté.

En 2009, les trois premiers avaient soutenu avec conviction la nomination de Gotti Tedeschi au poste de président de l’IOR. Et ils ont continué à lui apporter leur soutien jusqu’à une période récente, alors que se manifestaient déjà des oppositions aiguës entre Gotti Tedeschi et le directeur général de la banque, Paolo Cipriani, homme fort de la vieille garde. Cela fait deux mois que ces deux là ne se parlent plus.

Le communiqué déclarant que Gotti Tedeschi avait été l’objet d’un vote de défiance s’achevait sur l’annonce d’une réunion, le lendemain vendredi 25 mai, de la commission cardinalice de vigilance de l’IOR, seul organe à pouvoir rendre opérationnelle la motion des conseillers.

La réunion a bien eu lieu, en effet, mais elle n’a donné lieu à aucun communiqué final. D’un point de vue formel, Gotti Tedeschi n’a pas encore été destitué et il est en train d’affûter ses armes pour se défendre.

Mais, entre-temps, le conflit s’est déplacé sur le terrain le plus important, c’est-à-dire la commission cardinalice. Dont fait partie Bertone, qui en est le président, mais également Attilio Nicora, qui n’a presque jamais été d'accord avec lui, et aussi Jean-Louis Tauran, qui, en tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège, n’a jamais digéré que la secrétairerie d’état ait été confiée à quelqu’un qui n’était pas un expert en diplomatie, comme Bertone justement.

Les deux autres cardinaux membres de la commission vivent l'un en Inde, Telesphore Placidus Toppo, et l'autre au Brésil, Odilo Pedro Scherer. Absences justifiées.

***

Le dernier sujet d’opposition entre Bertone et Nicora a été la réglementation introduite dans la Cité du Vatican en vue de son inscription sur la "white list" internationale des états ayant les plus hauts standards de lutte contre le blanchiment de l’argent sale.

Il est tout à fait étonnant que, dans le communiqué dirigé contre Gotti Tedeschi, aucune allusion ne soit faite à ce sujet majeur de désaccord.

Pour rédiger cette réglementation, Gotti Tedeschi et le cardinal Nicora avaient fait appel aux deux plus grands experts italiens en la matière, Marcello Condemi et Francesco De Pasquale, qui ont travaillé l’un et l’autre pour la Banque d'Italie. La loi, qui porte le n° 127 dans la numérotation du Vatican, est entrée en vigueur le 1er avril 2011. Dans ce contexte Benoît XVI, par un motu proprio, a doté le Vatican d’une Autorité d’Information Financière, présidée par Nicora et ayant des pouvoirs de contrôle absolus sur tout mouvement de fonds exécuté par quelque service interne ou lié au Saint-Siège que ce soit, IOR et secrétairerie d’état compris.

Mais à peine cette réglementation avait-elle été lancée que la contre-offensive a été déclenchée.

Le management de l’IOR, la secrétairerie d’état et le gouvernorat ont objecté que ladite réglementation faisait perdre sa souveraineté au Vatican et que celui-ci devenait une "enclave" de pouvoirs étrangers en matière bancaire, politique et judiciaire. Ils ont confié à un avocat américain ayant leur confiance, Jeffrey Lena, la réécriture de la loi et, l'hiver dernier, par décret, ils ont fait entrer en vigueur une seconde mouture limitant les pouvoirs d’inspection de l'Autorité d’Information Financière, en les soumettant à ceux de la secrétairerie d’état.

D’après ses promoteurs, cette nouvelle règlementation serait également celle qui répondrait le mieux aux exigences internationales en matière de transparence.

Mais aussi bien Nicora que Gotti Tedeschi sont d’un avis diamétralement opposé. Ils considèrent que la nouvelle loi 127 constitue "un pas en arrière", à cause duquel le Saint-Siège ne sera pas inscrit sur la "white list".

Un premier verdict des autorités internationales à propos de la réglementation anti-blanchiment en vigueur au Vatican est attendu pour le mois de juillet. 

Mais les jugements préliminaires exprimés par les inspecteurs de Moneyval après deux tournées d’enquêtes au Vatican ne laissent présager rien de bon.

La première version de la loi 127, examinée sous dix aspects différents, avait obtenu six votes favorables et quatre défavorables.

En revanche la seconde version a obtenu huit votes défavorables et seulement deux favorables.

***

Mais, pendant ce temps-là, au Vatican, c’est la guerre. Le cardinal Bertone se voit aussi reprocher la campagne qu’il a menée en 2011 pour l'acquisition, avec l’argent de l’IOR, de l’hôpital d'avant-garde San Raffaele, créé à Milan par un prêtre discuté, Luigi Verzé, et qui croule sous les dettes.

Initialement, Gotti Tedeschi avait appuyé l'offre d'achat, mais très rapidement il est passé du côté des opposants, au nombre desquels figuraient le cardinal Nicora et le cardinal Angelo Scola, évêque nouvellement nommé de Milan, ainsi que Benoît XVI lui-même. Leur très forte opposition au projet d’acquisition portait non seulement sur l’implication directe du Saint-Siège dans une affaire terrestre trop éloignée de ses buts spirituels mais aussi sur le fait que, à l’hôpital San Raffaele et à l’université qui y est associée, on pratique des activités et on donne des enseignements qui sont en opposition patente avec la doctrine catholique ; et il n’est certainement pas possible de remplacer en bloc les médecins, les chercheurs et les professeurs.

En fin de compte, Bertone a capitulé et l’hôpital San Raffaele a été acheté par un entrepreneur italien de première grandeur dans le domaine de la santé, Giuseppe Rotelli.

Mais l'exubérant secrétaire d’état a du mal à renoncer à son rêve de créer un pôle hospitalier catholique placé sous le contrôle et sous la direction du Vatican. C’est ce que prouve une autre de ses entreprises qui a échoué : la conquête de la polyclinique Gemelli, rattachée à l'Université Catholique du Sacré-Cœur, à Rome, et devenue célèbre dans le monde entier pour avoir accueilli et soigné Jean-Paul II.

***

Pour la conquête de la polyclinique Gemelli, il y avait un passage obligé : le contrôle de l’organisme fondateur et promoteur de l'Université Catholique, l’institut Toniolo, lui-même contrôlé par la conférence des évêques d’Italie (CEI) et traditionnellement présidé par l’archevêque de Milan.

Depuis plusieurs années, l’institut Toniolo faisait l’objet d’une tentative d’abordage ayant comme objectif de faire partir par tous les moyens ceux de ses dirigeants qui étaient les plus proches du cardinal Camillo Ruini, celui-ci ayant été président de la CEI jusqu’en 2007.

L'attaque lancée en 2009 contre Dino Boffo, membre de l’institut Toniolo et directeur du quotidien de la CEI "Avvenire", qui fut accusé d’homosexualité, accusations ensuite reconnues fausses par le journal même qui les avait publiées, a été le moment le plus féroce de cette lutte.

Bertone ne l’a pas défendu. Pire encore, précisément au moment crucial de l'attaque contre lui, le directeur du journal édité par la secrétairerie d’état du Vatican, "L'Osservatore Romano", Giovanni Maria Vian, a bombardé Boffo de critiques dans une interview impitoyable accordée au "Corriere della Sera".

Il n’y avait aucun besoin, aujourd’hui, de lire les lettres affligées écrites par Boffo à cette époque-là, qui figurent parmi les documents volés au pape. L’essentiel de la dynamique des faits était déjà alors connu de tous.

***

L'opération San Raffaele, l'attaque contre Boffo, la tentative de conquête de la polyclinique Gemelli, la prétention de Bertone de se substituer à la CEI dans le rôle de guide de l’Église en Italie. Tout cela se tient.

En 2010, l'incontrôlable secrétaire d’état, affirmant agir sur instructions de Benoît XVI, a été jusqu’à intimer par écrit au cardinal Dionigi Tettamanzi de renoncer à la présidence de l’institut Toniolo. L'archevêque de Milan s’est mis en colère. Et Benoît XVI, après avoir convoqué devant lui les deux antagonistes, a donné raison au second.

Cette correspondance-là aussi a été volée et rendue publique. Mais, là encore, l’histoire était déjà connue. Aujourd’hui la présidence de l’institut Toniolo est passée sans difficultés au successeur de Tettamanzi à l’archevêché de Milan, le cardinal Scola.

***

Dans une lettre publique aux évêques du monde entier, en 2009, Benoît XVI avait lancé cet avertissement : "Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres".

Le pape avait emprunté cette phrase à saint Paul. Parce qu’il y avait des oppositions féroces même au sein de la communauté chrétienne des origines.

De même, au temps de Jésus, parmi les apôtres, il y en avait qui se disputaient pour obtenir des postes donnant des pouvoirs et il y en avait qui protestaient contre le gaspillage du parfum précieux qui était versé sur les pieds du Maître, alors qu’on aurait pu "le vendre et donner le prix de la vente aux pauvres".

Benoît XVI a la finesse et l'humilité de ne jamais s’identifier à Jésus. Mais il sait s’associer à lui. Le 21 mai dernier, portant un toast à l’occasion d’un repas avec les cardinaux, il concluait avec confiance : "Nous sommes dans l’équipe du Seigneur, donc dans l’équipe victorieuse".

Mais que de fatigue, lorsque tout est contre lui, même "sous le masque du bien".

Lors de son toast aux cardinaux, juste avant la phrase ci-dessus, le pape avait cité saint Augustin : "Toute l’histoire est une lutte entre deux amours : amour de soi jusqu’au mépris de Dieu ; amour de Dieu jusqu’au mépris de soi".

Et il avait ajouté : " Nous sommes dans ce combat et dans ce combat il est très important d’avoir des amis. Et en ce qui me concerne, je suis entouré par mes amis du collège cardinalice, je me sens en sécurité en leur compagnie".

De même le père Federico Lombardi a assuré, le 29 mai : "Il n’y a aucun cardinal parmi ceux qui font l’objet d’enquêtes ou qui sont soupçonnés".

Mais, sans déranger les gendarmes, tous les cardinaux "amis" ne jouent pas en équipe comme le pape s’y attend.

 



Cet article est paru dans "L'Espresso" n° 23 de 2012, en vente en kiosque depuis le 1er juin, sous le titre :

Corvi e demoni nella curia vaticana
GUERRA SANTA
Carte trafugate. Veleni. Arresti. Nella Santa Sede è in atto un violento scontro con al centro il potente cardinale Bertone. Mentre il papa è sotto assedio e gravato dagli scandali


Le 29 mai, "L'Osservatore Romano" a publié son premier commentaire à propos de l’arrestation du majordome du pape, Paolo Gabriele, après cinq jours de silence absolu sur cette affaire.

Il l’a fait sous la forme d’une interview accordée à son directeur, Giovanni Maria Vian, par le substitut à la secrétairerie d’état pour les affaires générales, l'archevêque Giovanni Angelo Becciu.

Dans cette interview, Becciu indique que Benoît XVI est "également affligé par la violence subie par les auteurs des lettres ou documents qui lui avaient été adressés".

Le texte intégral de l'interview :

> Le carte rubate del papa

Le crime pour lequel Gabriele fait l’objet d’une enquête est défini par "L'Osservatore Romano" comme "détention d’un grand nombre de documents confidentiels appartenant au pape".

Benoît XVI s’est exprimé de la manière suivante, à propos de ces faits, à la fin de l'audience générale du mercredi 30 mai :

"Les événements qui ont eu lieu ces jours-ci en ce qui concerne la Curie et mes collaborateurs ont mis de la tristesse dans mon cœur, mais jamais je n’ai abandonné la ferme certitude que, en dépit de la faiblesse humaine, des difficultés et des épreuves, l’Église est conduite par l’Esprit-Saint et que le Seigneur ne lui retirera jamais l’aide par laquelle il la soutient dans son cheminement. Cependant il y a eu un grand nombre d’allégations, que certains moyens de communication ont amplifiées, totalement gratuites et allant bien au-delà des faits, qui ont donné du Saint-Siège une image qui ne correspond pas à la réalité. Voilà pourquoi je désire redire ma confiance et mes encouragements à mes collaborateurs les plus proches et à tous ceux qui chaque jour, avec fidélité, dans un esprit de sacrifice et en silence, m’aident dans l’accomplissement de mon ministère".



À propos du tremblement de terre qui s’est produit à la tête de l’Institut pour les œuvres de religion, il faut savoir qu’il y avait eu, avant même la réunion du conseil de surveillance du 24 mai qui a désavoué Ettore Gotti Tedeschi, des signes avant-coureurs publics de la rupture entre le président et le management de l’IOR.

Le 15 mai puis le 22 mai, dans la grande salle de la banque vaticane, le directeur général Paolo Cipriani a procédé, devant deux importants groupes de diplomates accrédités près le Saint-Siège, à une présentation détaillée de la structure de l’IOR et des services qu’il offre.

A l’occasion de ces deux rencontres, le directeur-adjoint Massimo Tulli et un cadre de la banque, Giovanni Marinozzi, ont fourni des éclaircissements en ce qui concerne "la mise en conformité de l’IOR avec les standards internationaux les plus exigeants en matière de lutte contre le blanchiment".

Les invitations adressées aux ambassadeurs ont été gérées par l’assesseur et par le chef du protocole de la secrétairerie d’état, Messeigneurs Peter B. Wells et Fortunatus Nwachukwu, qui sont également intervenus lors des deux rencontres.

Mais Gotti Tedeschi n’a pris part à aucune de ces rencontres, bien que sa présence ait été signalée par "L'Osservatore Romano" dans le compte-rendu qu’il a consacré à la première des deux.

Les ambassadeurs n’ont pas tous trouvé satisfaisantes les explications qui leur ont été données.

Dans une interview qu’il a accordée à Radio Vatican après la première des deux rencontres, l'ambassadeur britannique Nigel Baker a annoncé que l'inscription de l’État de la Cité du Vatican sur la "white list" serait de toutes façons "un processus long et difficile, parce qu’il y a certains aspects pour lesquels l’IOR et d’autres institutions vaticanes ne peuvent pas encore prétendre avoir atteint la pleine adéquation avec les normes internationales".



À propos des fortes réserves exprimées par le cardinal Attilio Nicora, président de l'Autorité d’Information Financière, contre la seconde version de la loi 127 anti-blanchiment, en vigueur au Vatican depuis le 25 janvier 2012, voir les passages d’une de ses lettres qui ont été publiés dans un article de "Fatto Quotidiano" du 16 février dernier :

> Trucchi e cavilli, così lo IOR torna in paradiso (fiscale)

La lettre porte la date du 12 janvier 2012 et elle est adressée au cardinal Bertone.


Le texte intégral de la déclaration du 24 mai, en italien et en anglais, par laquelle le Bureau de presse du Saint-Siège a fait connaître le vote de défiance dont avait été l’objet le président de l’IOR, Ettore Gotti Tedeschi :

> "Il 24 maggio 2012..."

Et la notification par laquelle le conseil de surveillance de l’IOR a informé Gotti Tedeschi du vote de défiance, avec les chefs d'accusation et le compte-rendu de la réunion :

> Notice and Memorandum

La traduction de ce document en italien se trouve dans ce post de Settimo cielo :

> Il maggiordomo operava nell'ombra. Ma nello IOR è guerra aperta




Gotti Tedeschi a été défendu, le 29 mai, dans un article publié dans "Avvenire", par Marco Tarquinio, directeur de ce quotidien qui appartient à la conférence des évêques d’Italie.

En réponse à des lettres envoyées par certains lecteurs, Tarquinio a fait l’éloge du président de l’IOR non seulement en raison de "sa valeur professionnelle, de son engagement et de la générosité dont il fait preuve pour résoudre de manière limpide les problèmes actuels en cherchant toujours un bien plus grand", mais aussi parce que "sa pensée constante, délicate et prioritaire a été et est pour le pape Benoît XVI".



Pour plus de détails à propos du cardinal Bertone et de son rôle dans les affaires Boffo et San Raffaele :

> Crépuscule sans gloire pour le cardinal Bertone (2.2.2012)

> Bertone a de la fièvre, il veut San Raffaele (15.7.2011)


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Les documents volés du Pape - Interview du substitut Mgr Becciu

dominicanus #actualités

 

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Cité du Vatican, 30 mai 2012 (VIS). L'Osservatore Romano a publié un interview du Substitut de la Secrétairerie d'Etat, sur le scandale des documents volés chez le Saint-Père. Mgr.Angelo Becciu y révèle d'abord que Benoît XVI est choqué qu'une personne proche puisse être coupable d'actes injustifiables, comme cela a été vérifié.

"Certes, c'est la pitié qui prévaut chez le Pape envers la personne impliquée, même si le tort subit demeure une violence. Il a vu rendus publics des correspondances qui ne sont pas que privées, mais qui contiennent des informations, des réflexions et même des confidences intimes reçues en confiance en vertu de son ministère. Pour cela il est particulièrement blessé, car la violence touche aussi les auteurs de ces lettres".

Pour Mgr. Becciu, la publication de ces documents constitue "un acte immoral et d'une extrême gravité. Il ne s'agit pas d'une simple violation, déjà gravissime, du secret auquel chacun a droit, mais d'une agression à la confiance entre le Pape et ses correspondants, venus parfois même lui exprimer leurs protestations. On n'a pas seulement volé des papiers au Pape, mais on a violé la confiance de qui s'est adressé au Vicaire du Christ. On a attenté au ministère même du ministère du Successeur de Pierre".

Pour le Substitut, il est impossible de justifier une telle publication par une prétendue transparence et la réforme de l'Eglise. Voler ou accepter que quelqu'un vole est illicite.

"Il s'agit de principes simples, peut-être trop simples au goût de certains. Mais lorsqu'on les perd de vue, il est facile de se perdre et d'entraîner d'autres personnes dans sa chute. La loi morale ne peut être violée par certains sous le prétexte que la fin justifie les moyens. D'ailleurs ce n'est pas un principe chrétien".

Pour la presse, ces documents décriraient un monde vatican trouble. Certains journalistes "accusent l'Eglise de gouverner de manière absolutiste tout en se scandalisant qu'on écrive au Pape pour lui exprimer opinions ou suggestions dans la conduite de ce gouvernement. Nombre de documents ne révèlent aucune lutte de pouvoir ou vengeances, mais une liberté de pensée dont on prétend que l'Eglise interdirait... Des confrontations sont plutôt normales. Qui se sent incompris a le droit d'en référer au Pape. Où serait le scandale? L'obéissance ne signifie pas ne pas avoir d'opinion, mais l'exprimer sincèrement ...pour pouvoir s'accorder ensuite aux décisions du supérieur. Et ce, non par calcul mais par adhésion à l'Eglise voulue par le Christ. Ce sont ici des éléments fondamentaux de la vision catholique".

En conclusion, Mgr Becciu a tenu à dire au fidèles que "le Pape n'a pas perdu la sérénité avec laquelle il guide l'Eglise, avec détermination et clairvoyance... Faisons notre la parabole que Benoît XVI a récemment rappelée", celle de la maison battue par le vent que le Seigneur soutient et qu'aucune tempête n'abattra.

Journal du Vatican / Ce péché de Sodome qui crie vers le ciel

dominicanus #actualités

La congrégation pour la doctrine de la foi fait réimprimer à l'identique sa lettre de 1986 relative à l'homosexualité, précisément au moment où différents gouvernements légalisent les unions gay. Les commentaires de Ratzinger et du cardinal Biffi 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 18 mai 2012 –  La congrégation pour la doctrine de la foi travaille plus que jamais à accroître le rayon de diffusion de sa production magistérielle.

 

Non seulement elle vient d’inaugurer un nouveau site web qui est riche de documents :

 

> Journal du Vatican / Le Saint-Office à portée de souris

 

Mais elle a également chargé la Librairie Éditrice du Vatican de réimprimer ceux des volumes de sa collection ?Documenti e studi? [?Documents et études?] qui étaient épuisés et par conséquent introuvables dans le commerce.

 

Cette collection, créée en 1985, a pour but déclaré de "réunir dans des volumes distincts le texte bilingue des principaux documents publiés par la congrégation, avec une introduction rédigée par le cardinal préfet qui en représente l’enseignement dans le contexte actuel et des commentaires qui en expliquent les thèmes principaux".

 

La congrégation veut ainsi "accomplir sa double mission de promotion et de protection de la doctrine catholique, en particulier en ce qui concerne les points fondamentaux et controversés".

 

La collection a également été créée pour "répondre à un désir" exprimé par Jean-Paul II : celui d’instaurer "un dialogue confiant et constructif entre la curie romaine, organisme au service du ministère du successeur de Pierre, et tous ceux, évêques, prêtres, fidèles et théologiens, qui sont tenus, à divers titres, d’approfondir l’enseignement de l’Église".

 

Les premiers volumes réimprimés, avec de nouvelles couvertures, sont ceux qui concernent :

 

– la “Déclaration sur l’avortement provoqué” de 1974 (n° 3 de la collection, édité en 1998) ;

– des thèmes actuels d’eschatologie (n° 5, 2000) ;

– l’instruction "Donum Vitae" de 1987 (n° 12, 1990) ;

– la lettre "Communionis notio" de 1992 (n° 15, 1994) ;

– les “Considérations sur la primauté du successeur de Pierre dans le mystère de l’Église” de 1998 (n° 19, 2002).

 

Mais, en plus de ceux-là, il y a un autre volume réimprimé qui a une actualité toute particulière.

 

C’est celui qui est consacré à la pastorale des personnes homosexuelles (n° 11 de la série). Il a été publié pour la première fois en 1995 et contient la lettre relative à la pastorale des personnes homosexuelles qui avait été signée, le 1er octobre 1986, par le préfet et le secrétaire de l'époque, le cardinal Joseph Ratzinger et l’archevêque Alberto Bovone, après avoir été approuvée par Jean-Paul II, qui ordonna qu’elle soit publiée.

 

 

***

 

 

Ce document est d’actualité parce que jamais comme au cours de ces derniers mois la question de l’homosexualité n’avait été au centre de polémiques et de controverses qui ont impliqué l’Église catholique. Celle-ci n’a pas fait preuve d’unanimité dans ses prises de position, y compris au plus haut niveau de la hiérarchie.

 

Il suffirait de rappeler, à ce sujet, la décision récemment prise en Autriche par le cardinal archevêque de Vienne, Christoph Schönborn. Celui-ci a validé, en dépit de l’avis contraire du curé concerné, l’élection, en tant que membre d’un conseil pastoral, d’un homosexuel qui vit une union reconnue par la mairie et n’en éprouve manifestement aucun repentir – au contraire, il en tire de la fierté – de son comportement moral.

 

On pourrait également citer le désaccord vigoureusement manifesté, il y a quelques jours, par le cardinal archevêque de New-York, Timothy Dolan, à propos de l’appui donné publiquement par le président Barack Obama à la légalisation de ce que l’on appelle le “mariage gay”.

 

Le geste d’Obama avait créé une impression d’autant plus forte qu’il venait immédiatement après un référendum organisé dans l’état de Caroline du Nord, par lequel les citoyens ont donné une valeur constitutionnelle à la définition classique du mariage comme union d’un homme et d’une femme. Cette définition a également reçu le soutien du charismatique leader évangélique Billy Graham, âgé de 93 ans, chez qui Obama lui-même s’était rendu en “pèlerinage” au mois d’avril 2010 pour en recevoir les conseils, poursuivant ainsi une tradition présidentielle inaugurée par Dwight Eisenhower.

 

En Caroline du Nord 61 % des votants se sont prononcés en faveur de la constitutionnalisation du mariage traditionnel, avec plus de 1,3 million de suffrages, contre 39 %, soit environ 832 000 suffrages, même si les partisans de l’amendement ont recueilli à peine un peu plus de la moitié des fonds collectés par leurs adversaires : moins de 1,2 million de dollars contre plus de 2,34 millions de dollars.

 

Au même moment, et avec le même pourcentage de 61 %, la Convention des méthodistes réunie à Tampa, en Floride, a réaffirmé l’enseignement traditionnel de cette confession protestante, qui définit l’homosexualité comme "incompatible avec la doctrine chrétienne".

 

Une déclaration qui arrive à contre-tendance par rapport à d’autres dénominations protestantes historiques des États- Unis – les épiscopaliens, les presbytériens, les luthériens – qui, au cours de ces dernières années, ont voté en faveur de l’admission de pasteurs qui étaient ouvertement gay.

 

***

 

Pour en revenir à la lettre publiée en 1986 par la congrégation pour la doctrine de la foi, elle tend à corriger une interprétation laxiste, à propos de l'homosexualité, qui avait été donnée à une précédente “Déclaration sur certaines questions d’éthique sexuelle” publiée par cette même congrégation en 1975.

 

Le nouveau document affirme que l’"inclination" homosexuelle elle-même "doit être considérée comme objectivement désordonnée". Et "par conséquent ceux qui se trouvent dans cette condition devraient faire l’objet d’une sollicitude pastorale particulière afin qu’ils ne soient pas enclins à croire que la concrétisation de cette tendance dans les relations homosexuelles est une option moralement acceptable".

 

La lettre de 1986 constate que "l’on assiste même, dans certains pays, à une véritable tentative de manipulation de l’Église pour obtenir le soutien, souvent bien intentionné, de ses pasteurs en faveur d’un changement des normes de la législation civile", de manière à rendre celle-ci conforme aux conceptions de ces "groupes de pression" selon lesquels "l’homosexualité est une chose parfaitement inoffensive, sinon tout à fait bonne".

 

Dans la présentation écrite en 1995 pour la lettre de 1986 par celui qui était alors le cardinal Ratzinger – elle est partiellement reproduite ci-dessous – celui-ci explique qu’elle avait été conçue justement parce que "des façons de penser remettant en question la saine doctrine en matière d’homosexualité et rendant plus difficile la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles se répandaient de plus en plus".

 

Et "l'influence de ces courants de pensée – notait, il y a 17 ans, celui qui était alors préfet de la congrégation – n’a pas diminué" après la publication du document. Au contraire, elle a augmenté "surtout aux États-Unis et en Europe", au point d’accroître encore "l'actualité de la lettre".

 

Une actualité qui n’a jamais disparu, comme le montre le fait qu’aujourd’hui la Librairie Éditrice du Vatican a réimprimé le petit volume de 1995 sans commentaires supplémentaires.

 

Parmi les commentaires qui ont été réimprimés figure celui du jésuite Maurice Gilbert, bibliste bien connu, qui met en évidence le fait que, dans le Nouveau Testament, saint Paul "déclare que l'homosexualité est incompatible avec une authentique vie chrétienne", réaffirmant ainsi un enseignement "en conformité et aussi en référence à celui de l'Ancien Testament".

 

Le cardinal Giacomo Biffi est lui aussi revenu, récemment, sur ce sujet, avec le brio qui le caractérise, épinglant ceux qui aiment se gargariser de citations des Saintes Écritures mais oublient volontiers ce que dit saint Paul à propos de l'homosexualité.

 

Le cardinal Biffi, à qui l’âge n’a pas enlevé sa vivacité – on peut voir son texte ci-dessous – ne donne pas de noms.

 

Mais, par exemple, dans le récent livre "Credere e conoscere" ["Croire et connaître"] coécrit par le sénateur Ignazio Marino et le cardinal Carlo Maria Martini – dont "L'Espresso" et le "Corriere della Sera" ont donné en avant-première à leurs lecteurs précisément la page consacrée à l'homosexualité – le prélat jésuite, bibliste renommé, ne fait aucune allusion à ce que dit saint Paul à ce sujet.

 

En réalité l’Église a toujours considéré l’homosexualité comme l’un des péchés les plus graves, tout en maintenant la distinction entre le péché et le pécheur, le premier devant toujours être condamné et le second être traité avec miséricorde.

 

Dans le célèbre Grand Catéchisme de saint Pie X édité en 1905, dans la réponse à la question 966, l'homosexualité est le deuxième des quatre "péchés qui crient vengeance devant la face de Dieu" : l’"homicide volontaire"; le "péché impur contre l'ordre de la nature"; l’"oppression des pauvres"; le "refus du salaire aux ouvriers". 

 

Et le nouveau Catéchisme de l’Église catholique publié en 1992 et en édition typique en 1997 en dit autant.

 

Au paragraphe 1867 il réaffirme que "la tradition catéchistique rappelle aussi qu’il existe des 'péchés qui crient vers le ciel".

 

Et de poursuivre, en langage biblique :

 

"Crient vers le ciel : le sang d’Abel ; le péché des Sodomites ; la clameur du peuple opprimé en Égypte ; la plainte de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin ; l'injustice envers le salarié".

 

www.chiesa

 


La lettre publiée en 1986 par la congrégation pour la doctrine de la foi à propos de la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles :

 

 

> "Homosexualitatis problema"

 

 


JOSEPH RATZINGER : "TOUT A COMMENCÉ AVEC LA RÉVOLUTION SEXUELLE"

 

(Extrait de l'introduction de : Congrégation pour la doctrine de la foi, "Lettre sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles, 1er octobre 1986. Texte et commentaires", Librairie Éditrice du Vatican, Cité du Vatican, 1995/2012)

 

 

Ce n’est pas un hasard si la diffusion et l’acceptation sociale croissante de l’homosexualité vont de pair avec une crise sérieuse en ce qui concerne le mariage et la famille, avec la large diffusion d’une mentalité hostile à la vie ainsi qu’avec une effrayante liberté sexuelle.

 

Sans vouloir contester qu’il y ait plusieurs causes de ce phénomène, on peut dire que l’on trouve à sa racine une "nouvelle" compréhension, complètement transformée, de la sexualité humaine.

 

La "révolution sexuelle" qui s’est déchaînée au cours des années 1960 voulait "libérer" la sexualité humaine de la camisole de force que constituait la morale traditionnelle. Elle a commencé à chanter les louanges de la sexualité comme simple bien de consommation et comme moyen d’atteindre le plaisir. La satisfaction de l’impulsion sexuelle fut vantée comme étant la voie vers le bonheur et vers le véritable développement de la personnalité. Des valeurs telles que l'autocontrôle et la chasteté furent de moins en moins acceptées. Beaucoup de gens considéraient que la continence sexuelle n’était pas naturelle et pas vivable. D’autres personnes, à leur tour, cherchaient à faire passer complètement la sexualité humaine dans le domaine du "privé" et du "subjectif" : si deux personnes s’aiment réciproquement et veulent se l’exprimer dans le langage de l’amour, pourquoi faudrait-il le leur interdire ?

 

Par la suite, l'exercice de la sexualité a été de plus en plus détaché du mariage et, surtout en raison de la diffusion mondiale des moyens de contraception, de la procréation. On a affirmé que l’"ancienne" conception de la sexualité correspondait à une autre culture qui, entre-temps, s’était transformée.

 

Les affirmations bibliques devaient également être envisagées dans le contexte du temps et de la situation d’alors, elles ne pouvaient pas être considérées comme des vérités morales "atemporelles". C’était vrai en particulier pour les passages dans lesquels la Bible parle de pratiques homosexuelles.

 

L'argument traditionnel selon lequel le comportement sexuel serait immoral dans les cas où il est en contradiction avec la "nature" de l'homme fut abandonné. Ce qui est "naturel", ou "pas naturel", serait également toujours fonction de la culture et de la sensibilité subjective de chaque peuple. Et, de plus, on pourrait trouver de l'homosexualité partout dans la nature. Beaucoup de gens considéraient que les diverses formes anormales de sexualité, y compris l'homosexualité, étaient de simples "variantes" de la nature, qui devraient être acceptées et approuvées : de même qu’il y a des gens qui ont la peau de couleur noire, blanche ou rouge, de même que les uns se servent de leur main droite et les autres de leur main gauche, de même beaucoup de gens auraient une tendance à l'amour hétérosexuel et d’autres à l'amour homosexuel.

 

Derrière ces idées et d’autres du même genre se cache un problème de morale central : quelle est la nature de la sexualité humaine ? Ou bien, de manière plus générale : quelle est la nature de l'homme ? Et quand un acte correspond-il à cette nature ?

 

De fait, si le concept de nature, comme dans les approches mentionnées ci-dessus, n’est compris que de manière physico-empirique, il n’est pas possible de parvenir à un jugement univoque, qui transcende les diverses cultures, à propos de la valeur morale d’un acte.

 

Cependant le concept de nature, qui est sous-jacent à toute la tradition ainsi qu’aux déclarations magistérielles de l’Église (cf. "Veritatis splendor", n° 46-53), a un caractère non pas physique, mais métaphysique : un acte a été et est considéré comme naturel lorsqu’il est en harmonie avec l'essence de l'homme, avec son être voulu par Dieu. À partir de cet être, qui resplendit dans l’ordre de la création – et qui est renforcé par la révélation – la raison peut déduire l'impératif du devoir, surtout si elle est éclairée par la foi. Dans la nature, autrement dit dans la création, l’homme peut reconnaître un "logos", un sens et un but, qui le conduit à la véritable autoréalisation et à son bonheur, et qui est fondé en fin de compte sur la volonté de Dieu.

 

C’est dans la perte de ce concept métaphysique de nature, accompagnée d’un abandon presque complet de la théologie de la création, qu’il faut chercher l’une des causes principales de la crise morale que connaît notre époque.

 

En effet, si le devoir de l’homme n’est plus considéré comme étant ancré dans l’être et donc dans la sagesse du créateur, il ne reste que l'alternative qui découle de la sagesse humaine. Mais alors c’est l’œuvre de l’homme, soumise au changement du temps, qui peut être remodelée et manipulée. Alors, en dernier recours, c’est la majorité qui décide de ce qui est bien et de ce qui est mal. Alors les "groupes de pression", qui savent guider l'opinion de la masse, ont de grandes perspectives de succès.

 

L’Église ne peut pas donner dans une déclaration magistérielle une réponse à toutes les questions de fond que l’on vient de mentionner. Toutefois, étant donné que des façons de penser remettant en question la saine doctrine en matière d’homosexualité et rendant plus difficile la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles se répandaient de plus en plus, la congrégation pour la doctrine de la foi a publié avec l'approbation du pape Jean-Paul II, le 1er octobre 1986, la lettre aux évêques de l’Église catholique "Homosexualitatis problema".

 

Au cours des années qui ont suivi la publication de cette lettre, l'influence des courants d’idées évoqués plus haut n’a pas diminué. Dans l'opinion publique, le comportement homosexuel semble déjà largement accepté. La pression de certains groupes, qui demandent l'assimilation juridique des formes de vie homosexuelle à la forme traditionnelle du mariage, devient de plus en plus forte dans différents pays, surtout aux États-Unis et en Europe. Ces tentatives montrent l'actualité de la lettre.

 


 

 

GIACOMO BIFFI : "JE PENSE COMME SAINT PAUL ET CEUX QUI LE CENSURENT SONT DES LÂCHES"  

 

(Extrait de : G. Biffi, "Memorie e digressioni di un italiano cardinale" [Mémoires et digressions d’un Italien cardinal], nouvelle édition augmentée, Cantagalli, Sienne, 2010, pp. 609-612)

 

 

En ce qui concerne le problème aujourd’hui émergent de l’homosexualité, la conception chrétienne nous enseigne qu’il faut toujours distinguer le respect dû aux personnes - qui comporte le refus de leur exclusion sociale et politique sous quelque forme que ce soit (à la réserve de la nature incontournable de la réalité matrimoniale et familiale) - du refus, qui est juste, de toute “idéologie de l’homosexualité” exaltée.

 

La parole de Dieu, telle que nous la connaissons dans une page de l’épître de l’apôtre Paul aux Romains, nous propose en revanche une interprétation théologique du phénomène de l’aberration culturelle qui se répand dans ce domaine : cette aberration – affirme le texte sacré – est en même temps la preuve et le résultat du fait que Dieu est exclu de l’attention collective et de la vie sociale, et de la réticence à lui rendre la gloire qui lui revient (cf. Romains 1, 21).

 

L’exclusion du Créateur provoque un déraillement universel de la raison : «Ils ont perdu le sens dans leurs vains raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré. Dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous» (Romains 1, 21-22). En conséquence de cet aveuglement intellectuel, il s’est produit une chute comportementale et théorique dans la débauche la plus complète : «C’est pourquoi Dieu les a livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps» (Romains 1, 24).

 

Et, de façon à empêcher toute équivoque et toute lecture accommodante, l’apôtre poursuit par une analyse impressionnante qui est formulée en termes tout à fait explicites :

 

«C’est pourquoi Dieu les a abandonnés à des passions avilissantes ; en effet leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. Pareillement les hommes, délaissant le rapport naturel avec la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme et recevant en leur personne l’inévitable salaire de leur égarement. Et comme ils n’ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur esprit sans jugement et ils ont commis des actions indignes» (Romains 1, 26-28).

 

Enfin saint Paul prend soin de faire remarquer que l’on atteint le summum de l’abjection lorsque “les auteurs de pareilles actions… non seulement les commettent, mais approuvent également ceux qui les commettent” (cf. Romains 1, 32).

 

Il s’agit là d’une page du livre inspiré, qu’aucune autorité terrestre ne peut nous obliger à censurer. Et, si nous voulons être fidèles à la parole de Dieu, nous n’avons même pas droit à la lâcheté de passer cette page sous silence par crainte de ne pas paraître “politiquement corrects”.

 

Nous devons au contraire souligner l’intérêt remarquable, pour notre époque, de cet enseignement de la Révélation : il apparaît bien que ce que saint Paul signalait comme se produisant dans le monde gréco-romain correspond prophétiquement à ce qui s’est produit dans la culture occidentale au cours de ces derniers siècles. L’exclusion du Créateur – jusqu’à cette proclamation grotesque, il y a quelques décennies, de la “mort de Dieu” – a eu comme conséquence (et presque comme punition intrinsèque) la diffusion d’une interprétation aberrante de la sexualité, inconnue (dans son arrogance) aux époques précédentes.

 

L’idéologie de l’homosexualité – comme cela arrive fréquemment aux idéologies lorsqu’elles deviennent agressives et qu’elles en arrivent à être politiquement victorieuses – devient un piège pour notre légitime autonomie de pensée : ceux qui ne l’approuvent pas risquent d’être condamnés à une espèce de marginalisation culturelle et sociale.

 

Les attentats contre la liberté de jugement commencent par le langage. Les gens qui ne se résignent pas à faire bon accueil à l’“homophilie” (c’est-à-dire la bonne opinion théorique concernant les relations homosexuelles) sont accusés d’“homophobie” (étymologiquement la “peur de l’homosexualité”). Que ce soit bien clair : celui qui est rendu fort par la lumière de la parole inspirée et qui vit dans la “crainte de Dieu”, n’a peur de rien, sauf de la stupidité, face à laquelle, disait Bonhoeffer, nous sommes sans défense. Maintenant on va parfois jusqu’à lancer contre nous l’accusation incroyablement arbitraire de “racisme” : un terme qui, d’ailleurs, n’a rien à voir avec ce problème et qui, en tout cas, est tout à fait étranger à notre doctrine et à notre histoire.

 

Le problème de fond qui se profile est le suivant : est-il encore permis, de nos jours, d’être des disciples fidèles et cohérents de l’enseignement du Christ (qui, depuis des millénaires, a inspiré et enrichi toute la civilisation occidentale), ou bien faut-il que nous nous préparions à une nouvelle forme de persécution, mise en œuvre par les homosexuels factieux, par leurs complices idéologiques et aussi par ceux dont le devoir serait de défendre la liberté intellectuelle de tous, y compris celle des chrétiens ?

 

Nous posons une question en particulier aux théologiens, aux biblistes et aux responsables de la pastorale. Comment se fait-il que, dans l’actuel climat de valorisation quasi obsessionnelle de la Sainte Écriture, le passage de l’épître aux Romains 1, 21-32 de saint Paul ne soit jamais cité par personne ? Comment se fait-il que l’on ne se préoccupe pas un peu plus de le faire connaître aux croyants et aux non-croyants, malgré son évidente actualité ?

 


 

 

(s.m.) Le fait que la condamnation sans équivoque des comportements homosexuels par saint Paul dans son épître aux Romains crée de la confusion non seulement dans l’Église catholique mais également dans d’autres confessions chrétiennes est prouvé – entre autres – par la polémique qui est en cours chez les vaudois, la plus connue et la plus vivante des communautés protestantes "historiques" présentes en Italie.

 

En 2010, leur synode annuel a donné le feu vert à la bénédiction nuptiale des couples homosexuels "là où l’église locale a atteint un consensus mature et respectueux".

 

À la suite de quoi, au cours des mois suivants, certains pasteurs ont effectivement béni des mariages entre hommes et entre femmes. Ils étaient soutenus par la pasteure Maria Bonafede, qui occupe la plus haute charge dans la communauté, celle de modérateur de la Table vaudoise.

 

Mais les opposants au mariage homosexuel étaient aussi aguerris. Ils ont publié un manifeste d’opposition. Et ils ont reçu le soutien du pasteur Paolo Ricca, le plus connu et le plus estimé des théologiens vaudois, qui fait autorité.

 

En juin 2011, Ricca a écrit dans l’hebdomadaire vaudois officiel "Riforma" ["Réforme"] que, en donnant son accord à la bénédiction des couples homosexuels, le synode avait pris une décision "praeter Scripturam", hors de l’Écriture. Et il a cité le saint Paul de l’épître aux Romains, celui-là même qui est cité par le cardinal Biffi dans le passage reproduit ci-dessus.

 

Être hors de l’Écriture constitue la plus brûlante des accusations pour un protestant. Mais l’état-major des pasteurs et des théologiens vaudois a répondu à Ricca que saint Paul ne doit pas être pris au pied de la lettre mais interprété dans le "contexte" de son temps, influencé par des préjugés marqués par un "caractère patriarcal" et un "mépris ethnico-religieux" inacceptables aujourd’hui...

 

La polémique continue. Pour en connaître les détails, voir le blog "Settimo cielo" :

 

> Matrimoni gay in casa valdese. Ed è subito divorzio

 

 


 

La mémorable réflexion de Benoît XVI à propos du péché de Sodome et de la miséricorde de Dieu, lors de l'audience générale du 18 mai 2011 :

 

> Les dix justes qui n'ont pas sauvé Sodome et Gomorrhe

 

 

 

Illustration : François Elluin, Les habitants de Sodome provoquent la colère divine, gravure pour l'ouvrage libertin "Le pot-pourri de Loth", 1781.

 

 

 

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

Cardinal Sarr - Un pacte social lie l’Eglise à l’Afrique

dominicanus #actualités

Allocution prononcée le mercredi 16 mai à Rome par le cardinal Sarr, archevêque de Dakar, au Sénégal, à l’occasion d’un Congrès International organisé par l’Université pontificale Urbanienne sur le thème : “A l’écoute de l’Afrique : ses contextes, ses attentes, son potentiel”.

 

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L’Evangile de la Réconciliation et la redécouverte du Bien commun, objectifs prioritaires de convergence du Pacte social.

INTRODUCTION

Dans la conclusion des travaux de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques, les Pères Synodaux ont clairement dit leur conviction : « L’Afrique n’est pas abandonnée. Notre destinée est encore en nos mains. Tout ce qu’elle demande, c’est de disposer de l’espace pour respirer et s’épanouir. L’Afrique est en mouvement, et l’Eglise qui lui procure la lumière de l’Evangile, chemine avec elle. Les eaux ont beau être impétueuses, mais les yeux fixés sur le Seigneur Jésus, nous parviendrons sains et saufs au port de la réconciliation, de la justice et de la paix (Cf. Mt 14, 28-32) ». Qu’est-ce qui peut bien justifier l’optimisme et la confiance des Pères Synodaux ? 

 
Le deuxième Synode spécial pour l’Afrique s’est tenu au Vatican, en 2009. Auparavant, le Pape Jean-Paul II, par deux fois, avait demandé pardon. En 1985, à Yaoundé, au nom de l’Europe, pour la Traite des Esclaves et le colonialisme, en ces termes : « Oui, on peut dire que les disciples du Christ devront toujours, dans le monde, mener « une pastorale de guérison et de compassion », comme le Bon Samaritain de l’Evangile, simplement parce que l’homme qui se trouve dans le besoin, sur le bord de la route , est leur frère, leur « prochain » (cf. Lc 10, « 33-37 »). Au cours de l’histoire, des gens appartenant à des nations chrétiennes ne l’ont malheureusement pas toujours fait, et nous en demandons pardon à nos frères africains qui ont tant souffert par exemple de la traite des Noirs. Mais l’Evangile demeure comme un appel sans équivoque ». 


En 1992, à Gorée, pour le crime contre l’Humanité qu’a été la Traite Négrière : « Il convient que soit confessé en toute vérité et humilité ce péché de l’homme contre l’homme, ce péché de l’homme contre Dieu… De ce sanctuaire africain de la douleur noire, nous implorons le pardon du ciel. Nous prions pour qu’à l’avenir les disciples du Christ se montrent pleinement fidèles à l’observance du commandement de l’amour fraternel légué par leur Maître ». 


En 2003, dans ce même « sanctuaire » de Gorée, à la suite du Saint Père, ce sont les représentants des Conférences Episcopales régionales et nationales d’Afrique qui, à leur tour, ont « confessé le crime contre l’humanité et la blessure au cœur de Dieu notre Père qu’ont été l’esclavage et la Traite Négrière ». 


Pour avoir reconnu ses erreurs et demandé pardon, l’Eglise rend présente, au cœur de l’Afrique, la grâce de la réconciliation opérée entre Dieu et l’humanité, et entre les hommes eux-mêmes, par le Christ Jésus, devenu notre Justice et notre Paix. Elle peut ainsi s’engager avec assurance au côté de l’Afrique et cheminer avec elle. En effet, l’Afrique a, aujourd’hui, un besoin urgent, non seulement de réconciliation, donc de vérité, de justice et de paix, mais aussi de redécouverte du sens du Bien commun. Ces deux objectifs sont primordiaux et solidaires pour l’édification de sociétés, où est possible l’épanouissement de tout l’homme et de tout homme. 


L’Eglise est liée par solidarité à la société, aux hommes, comme nous le rappellent les textes du Magistère : « L’Eglise, qui participe aux joies et aux espoirs, aux angoisses et aux tristesses des hommes, est solidaire de tout homme et de toute femme, en tout lieu et en tout temps. Elle est ministre du salut, non pas d’une manière abstraite ou purement spirituelle, mais dans le contexte de l’histoire et du monde où l’homme vit… ». 


Un véritable contrat social ou pacte social lie donc l’Eglise et l’Afrique. Pour bien repérer les signes des promesses de lendemains meilleurs, il convient de situer : 


Le contexte. 


Quel peut être l’apport du continent africain à l’Evangile de la Réconciliation et à la redécouverte du Bien commun ? 


Quel rapport entre l’Evangile de la Réconciliation et la redécouverte du Bien commun ?


LE CONTEXTE 


La mondialisation et la crise, qui l’accompagne, n’épargnent pas l’Afrique, fragilisée par de nombreuses difficultés : l’aggravation de la pauvreté, la famine, les pandémies, les conflits politique, interethniques et même interreligieux ; difficultés auxquelles il faut ajouter les violations des droits de l’homme. L’Afrique n’en a pas le monopole, mais c’est en Afrique que la situation est la plus préoccupante. Nous sommes en présence d’une crise profonde des valeurs, une véritable crise morale caractérisée par le triomphe de l’individualisme, de l’argent facile, de la violence ; un renversement des valeurs qui résulte de l’abandon d’une logique communautaire basée sur la solidarité, d’une logique du vivre ensemble, au profit d’une logique de l’individu qui conduit à l’indifférence. 
De tous les problèmes que nous avons à résoudre aujourd’hui en Afrique, le problème de la Réconciliation, qui inclut le pardon, est le plus préoccupant. Il reste indissociable de la vérité, de la justice, de la paix. Notre continent est toujours le théâtre de multiples foyers de tensions et de conflits. On assiste même à un élargissement géographique des conflits interreligieux, qui s’apparentent de plus en plus à de réelles guerres de religion menées par des extrémistes islamistes contre des chrétiens. 
Ce besoin de réconciliation est des plus pressants en Afrique, du fait de l’inculture grave de nombreux dirigeants en matière de politique, de leur mépris des droits humains, qu’ils violent allègrement, avec un sentiment de totale impunité. Certains d’entre eux ne s’intéressent aux institutions religieuses que pour les instrumentaliser à des fins autres que spirituelles ; d’autres se montrent incapables, par ailleurs, de concevoir que l’on puisse résoudre un différend, autrement que par la force et la violence. Beaucoup s’avèrent plus préoccupés de sauvegarder leurs intérêts personnels, leurs privilèges ; plus préoccupés de se maintenir au pouvoir, avec leurs familles, que de promouvoir la vérité, la justice, la réconciliation, le développement. 
Le contexte est complexe. Parmi les facteurs de conflits sur le continent, il faut encore relever l’existence de régimes autoritaires. En effet, depuis l’éclatement du Bloc soviétique, donc depuis la fin de la Guerre froide, sont apparus en Afrique des régimes tyranniques, caractérisés par une excessive concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme, le Président de la République, entraînant un déséquilibre institutionnel entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Sous le couvert du principe de souveraineté nationale et de non intervention il en est qui ont mis en place des politiques de répression, d’exclusion et de marginalisation contre leurs propres populations, et cela en toute impunité. 
On peut encore remonter aux régimes politiques antérieurs. Dans les années 1960, années des indépendances, en plusieurs pays d’Afrique s’étaient constitués des pouvoirs politiques antidémocratiques, peu soucieux des droits de l’homme. L’orientation prise par la plupart de ces régimes avait pour particularité de privilégier le pouvoir personnel, en invoquant la fidélité à la tradition, à la culture, à la personnalité africaine. Mais le recours aux traditions ancestrales, à la coutume, à l’identité culturelle, avait aussi pour objectif de donner un surplus de légitimité au fondement légal du pouvoir politique. Il ne faut pas non plus oublier qu’il pouvait aussi bien servir à masquer la réalité d’un pouvoir qui, sous le couvert de la tradition, se permettait de violer les droits inaliénables des personnes, en toute impunité.
Si, pendant longtemps, les populations ont subi la répression multiforme des régimes antidémocratiques, elles ont appris peu à peu, durant les cinquante ans après l’indépendance, à ne plus se laisser faire, à ne pas se laisser assujettir, mais à faire prévaloir leur droit de résistance, leur droit à la liberté, à la démocratie et au développement. Ce qui peut expliquer les nombreuses manifestations, parfois violentes, que l’on peut observer dans différents pays. 
Parmi les facteurs de conflits, l’on ne doit pas exclure non plus ce qu’il est convenu d’appeler la mauvaise gouvernance. Elle est la cause de nombreuses crises postélectorales, engendrées par des élections mal organisées, sans transparence. Les crises qui en découlent s’expliquent par la volonté des dirigeants au pouvoir de s’y maintenir, de se succéder à eux-mêmes, malgré les raisons démocratiques de le transmettre. Ils provoquent ainsi la résistance ou « l’indignation » de ceux, qui aspirent à l’exercice démocratique du pouvoir. 
De telles situations, qui ne sont pas rares, ont souvent conduit les institutions internationales et régionales à user de médiations, qui n’ont pas toujours été couronnées de succès, au point qu’il a fallu des fois, recourir à l’usage de la force, pour faire respecter le droit. 
Si le contexte social, économique et politique du continent Africain continue, des années des indépendances à nos jours, de comprendre de telles zones d’ombre, il y a eu heureusement des dirigeants politiques et des régimes, qui ont fait exception, en menant des politiques économiques et sociales satisfaisantes, eu égard aux nombreuses difficultés de l’apprentissage de la démocratie. 
Depuis quelques années, soit une ou deux décades, des frémissements de croissance économique, d’améliorations sociales, de démocratisation et de meilleure gouvernance ont été observés et s’observent encore. Ce qui vient de se passer dans mon pays, le Sénégal, à l’occasion des dernières élections présidentielles, ne peut qu’entretenir et conforter la foi et l’espérance d’un avenir plus radieux pour les pays du continent, avec un accompagnement de plus en plus fécond de nos sociétés, par l’Eglise. 


APPORT POSSIBLE DU CONTINENT AFRICAIN


Si le Sénégal a échappé à la violence grâce à la maturité de son électorat et à la contribution des interventions de l’Eglise, ce ne fut pas le cas dans d’autres pays africains. Les difficultés ont commencé par ci par là après la cessation des conflits, quand on n’a pas su les prévenir. Comment reconstituer l’unité d’une nation, dont les membres et groupes se sont divisés, se sont opposés par la guerre ? Quelle stratégie de résolution des conflits mettre en place, afin d’assurer une paix durable qui repose à la fois sur la vérité, la justice et la réconciliation ; qui puisse garantir la démocratie et le développement, donc le vivre ensemble ; qui puisse revivifier les liens de solidarité au sein des familles, de la société dans ses différentes composantes?
La question qui se pose est donc de savoir si l’Afrique a la capacité de résister, de s’indigner. D’où peut-elle tirer l’inspiration, l’énergie nécessaire pour surmonter ses difficultés, si ce n’est de son propre fond, de ses traditions, de sa propre culture ? Le patrimoine africain de résolution des conflits peut-il assurer les conditions durables du « vivre ensemble », de la réconciliation ? 
Le recours aux Commissions Vérité et Réconciliation est l’exemple qui mérite que l’on s’y attarde, comme illustration d’un recours réussi à la tradition, pour restaurer les meilleures conditions du vivre ensemble, à la suite d’un conflit. 
L’expérience Sud-africaine de la fameuse Commission Vérité et Réconciliation s’impose, aujourd’hui, presque naturellement, partout en Afrique, comme l’effort de vérité, de justice et de paix, là où les solidarités sont menacées. L’on doit se demander pourquoi cette adhésion au modèle Sud-africain s’impose-t-elle si facilement ? Nelson MANDELA, à la fin de l’Apartheid, alors Président de l’ANC, a dû faire preuve de beaucoup de fermeté et de volonté, pour imposer et faire admettre à son peuple, alors sceptique, qu’il était nécessaire de faire table-rase de toutes les atrocités commises durant la période de l’Apartheid, au profit de la paix. Si l’on voulait que le pays survive, il fallait nécessairement pardonner et se réconcilier. La connotation religieuse du pardon apparaît ici indissociable de la réconciliation. La Commission Vérité et Réconciliation a donc été créée, et la présidence confiée à l’Archevêque du Cap, Monseigneur Desmond TUTU. La dimension religieuse du pardon, dimension chrétienne, introduite par l’Archevêque du Cap, est apparue indispensable pour une véritable réconciliation.
Le modèle Sud-africain a été suivi, avec quelques variantes, en plusieurs pays d’Afrique, où des processus anti-démocratiques et violents avaient conduit à des traumatismes graves : par exemple en Sierra Leone, au Liberia, au Togo, en Guinée-Conakry, en Côte d’Ivoire. Si, dans le cas du Rwanda, c’est le Tribunal Pénal International, installé à Harusha, qui a été chargé de juger les principaux responsables du génocide, il est intéressant de noter que le Gouvernement Rwandais a cependant estimé utile de créer, ou plutôt d’installer à côté du TPI, pour l’accompagner, une structure puisée au plus profond de la culture du peuple Rwandais, le GACHACHA, qui donne une voie de recours au dialogue, à la rencontre entre bourreaux et victimes, et permet une réconciliation pour le futur. 
Ce n’est pas un hasard, si les autorités Rwandaises ont eu recours à ce mode traditionnel de résolution des conflits. C’est parce qu’il ne s’agit pas seulement de juger, de condamner, mais aussi et surtout de pardonner et de réconcilier. Mais l’on ne peut pardonner, l’on ne peut rendre justice que si la vérité, la vérité des faits est établie et reconnue. La réconciliation est inséparable du pardon. C’est ce qu’avait compris l’Archevêque du Cap, Monseigneur Desmond TUTU. On lui a reproché d’avoir introduit une dimension spirituelle, chrétienne, dans la notion même de réconciliation. Si l’on se réfère aux traditions africaines, la dimension spirituelle ou religieuse n’est pas absente de la réconciliation. C’est ce que révèle la coutume Rwandaise du GACHACHA. Mais il demeure que tout dans nos coutumes n’est pas bon à prendre. 
C’est d’une certaine façon les modèles ancestraux, tel le GACHACHA, que reprennent implicitement les Commissions Vérité et Réconciliation, dans leurs différentes variantes. C’est parce qu’elles renvoient à la culture africaine ou, si l’on préfère, parce qu’elles lui sont connaturelles, qu’elles sont adoptées presque naturellement, sans trop de réticences, par les pays africains, où elles ont été mises en place, alors que les médiations des organisations internationales ou régionales n’y sont pas toujours bien accueillies. Il semble donc y avoir une continuité entre ces expériences, qui révèle une unité culturelle des populations, non seulement de la région des Grands Lacs et de l’Afrique du Sud, mais aussi de l’ensemble des pays africains, qui ont recours à ce mode de résolution des conflits.
Les autorités d’Abidjan, par exemple, ont dénommé la Commission nationale : « Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation ». Sa mission est d’initier une réflexion collective et impartiale, sous-tendue par la volonté commune de vivre ensemble, et de déterminer de nouvelles règles de cohabitation pacifique. C’est sur la force des traditions et des cultures du pays que la Commission veut faire reposer son entreprise, qu’elle accompagne de cérémonies de purification selon la tradition. Aussi, son président s’est-il entouré, pour mener à bien sa mission, parmi les membres de sa Commission, de personnalités religieuses appartenant à l’Islam, au Christianisme et à la Coutume, des religions du Livre et des religions traditionnelles.. Comme on le voit, c’est donc parce qu’elles renvoient à la culture africaine, à ses traditions, que ces Commissions sont adoptées presque naturellement par les pays, où elles ont été mises en place.

L’Afrique nous offre un autre modèle, il s’agit de Conférences Nationales. La première fois qu’elle a été expérimentée, c’était au Bénin, dans les années 1990, sous la direction de l’Archevêque de Cotonou, Monseigneur Isidore de SOUZA. Intitulée « Conférence Nationale des Forces vives », elle s’était donnée comme projet de définir un ordre nouveau, après avoir proclamé sa souveraineté et le caractère exécutoire de ses décisions, et engagé le mouvement conduisant au changement de régime : dissolution des instances « révolutionnaires », mise en place d’institutions de transition… 
La décision de constituer une Conférence Nationale a été prise en une période d’instabilité très grave. En effet, en 1988-1989, le Bénin rencontrait d’énormes difficultés : crises financière, sociale et politique, aggravées par des grèves des enseignants, étudiants et élèves, grèves générales accompagnées de manifestations de rue. Un contexte de violence et de tension, et une forte pression sur le pouvoir venant de l’Eglise catholique appelant au changement, des travailleurs demandant la démission du Président de la République. La particularité de la Conférence Nationale du modèle Béninois était le dialogue entre les parties, la volonté de privilégier la réconciliation, avec pour effet d’empêcher le recours à la violence, à l’affrontement. Ce fut une expérience exceptionnelle, qui a permis une transition démocratique sans violence, et abouti à l’élection d’un nouveau Président. 
Toutes ces formes de stratégies de résolution des conflits, de lutte contre la violence, initiées en Afrique et expérimentées dans plusieurs Etats, qu’il s’agisse des Conférences Nationales, des Commissions Vérité et Réconciliation, ou du GACHACHA, s’apparentent à une pratique ancestrale de la culture africaine : la palabre qui se déroulait sous l’ « arbre à palabre ». Il s’agit, autrement dit, de la prise de Parole, de la circulation de la Parole, c’est-à-dire de cette Parole qui crée la culture, qui instaure un lien, une circulation, une communication entre les hommes. 
Qu’est-ce qui se joue dans la communication, qu’est ce qui circule entre les hommes ? C’est la vérité. La communication, c’est la recherche commune de la vérité. Il s’agit, en effet, d’instaurer le dialogue, de se parler, de réapprendre à se parler, en reconnaissant ses responsabilités dans les actes qui ont été commis ; il s’agit de solliciter le pardon faisant appel à l’intelligence et au cœur de l’autre. La force de la Parole, c’est de réunir, de créer les conditions de la reconnaissance mutuelle des hommes comme hommes, comme personnes humaines, sujets libres. Il s’agit donc de redécouvrir notre commune humanité, oubliée du fait des traumatismes vécus, des liens affectifs et sociaux rompus du fait des affrontements, de la haine.. Ce qui exige une véritable conversion, un retour sur soi. 
Les Pères synodaux avaient donc bien raison par ailleurs de recommander aux Africains de puiser dans leurs propres traditions, pour résoudre leurs difficultés, et de ne pas ignorer ce que contiennent de valeurs les religions traditionnelles.


EVANGILE DE LA RECONCILIATION ET REDECOUVERTE DU BIEN COMMUN

L’Afrique n’a donc pas les mais vides ; elle ne vient pas les mains vides. Dans ses traditions, elle voyait et pratiquait la Réconciliation avec une dimension religieuse, que les Commissions Vérité et Réconciliation n’ont ni ignorée, ni rejetée. Alors, le Fils de Dieu fait homme pour sauver les hommes, venu pour accomplir, et non pour abolir (cf Mt 5, 14), vient à la rencontre de l’Afrique, pour lui annoncer et lui faire vivre la Bonne Nouvelle de la plénitude de la Réconciliation, l’Evangile de la Réconciliation.
Le Christ vient confirmer à l’Afrique que la Réconciliation a sa source en Dieu : « En effet, c’est la grâce de Dieu qui nous donne un cœur nouveau et qui nous réconcilie avec lui et avec les autres. C’est le Christ qui a rétabli l’humanité dans l’amour du Père. La Réconciliation prend donc sa source dans cet amour ; elle naît de l’initiative du Père de renouer la relation avec l’humanité, relation rompue par le péché de l’homme. » Exhortation postsynodale Africae Munus n° 20.
Il vient lui annoncer que la Réconciliation, qu’il apporte, établit une double communion, la communion entre Dieu et les hommes, la communion entre les hommes. « C’est aussi la restauration des relations entre les hommes au moyen de la résolution des différends et la suppression des obstacles à leurs relations grâce à l’expérience de l’amour de Dieu. » AM – n°20.
Il lui enseigne encore les moyens donnés par Dieu pour la restauration véritable et durable des liens de fraternité de la famille, qu’est et doit toujours être l’humanité. « La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la « vérité de l’amour » (Eph. 4, 15) demeure inachevée ; elle n’est pas authentiquement justice. C’est l’amour de la vérité, - « la vérité tout entière » à laquelle l’Esprit seul peut nous conduire (cf Jn 16,13) –, qui trace le chemin que notre justice humaine doit emprunter pour aboutir à la restauration des liens de fraternité dans la « famille humaine », communauté de paix réconciliée avec Dieu par le Christ ». AM-n°18.
Enfin, le Christ vient confirmer à l’Afrique que la Réconciliation doit avoir pour base la « purification intérieure de l’homme qui constitue la condition préliminaire essentielle à l’édification de la justice et de la paix. » AM_n°19. Qu’elle doit aussi avoir pour base la purification de la mémoire :
« C’est en donnant et en accueillant le pardon que les mémoires blessées des personnes ou des communautés ont pu guérir et que des familles jadis divisées ont retrouvé l’harmonie. » AM-n°21.
« Pour devenir effective, cette réconciliation devra être accompagnée par un acte courageux et honnête : la recherche des responsables de ces conflits… Les victimes ont droit à la vérité et à la justice. Il est important actuellement et pour l’avenir de purifier la mémoire, afin de construire une société meilleure, où de telles tragédies ne se répètent plus. AM-n°21.
En vérité, le Christ vient accomplir la Réconciliation entrevue et tentée par les peuples Africains. La Réconciliation qu’il leur apporte, et qui vient de Dieu le Père, leur fait dépasser définitivement les divisions, les oppositions, les conflits, s’ils la comprennent, l’accueillent et la vivent comme elle est révélée. Elle leur fait rétablir les liens de fraternité et de solidarité familiales, au sein de leurs sociétés et nations. Elle produit la purification intérieure des personnes, véritable conversion qui leur permet de redécouvrir la dignité et l’égalité qui leur viennent de Dieu, ainsi que la liberté qui permet de reconnaître les responsabilités et de les assumer.
La Réconciliation donnée par le Christ produit en somme la Purification de la Mémoire, que les Evêques du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et Madagascar ont célébrée, à Gorée au Sénégal, en octobre 2003, à la suite des Demandes de Pardon du Bienheureux Pape Jean-Paul II. Elle peut alors produire la « Renaissance de l’Homme Noir », qui lui permet de se redresser comme le Paralytique de la Piscine de Jérusalem (cf Jn 5,8), pour prendre son destin en mains, et aller à la rencontre des autres hommes et peuples, non pas les mains vides, mais avec les richesses et valeurs de sa culture, comme l’y exhortent les Pères du deuxième Synode Africain, dans leur Message final.
Nous voyons alors comment l’Evangile de la Réconciliation conduit à la redécouverte du Bien commun, qui ne peut être atteint que dans un contexte, où sont reconnus la liberté et les droits inaliénables de la personne, où sont respectés les droits de l’homme, de « l’homme intégral », dans un monde de justice et de paix, un monde où Dieu règne, dans un Etat de droit ou démocratique.
L’on comprend ainsi que la démocratie ne doit pas être considérée uniquement par rapport au fichier électoral, au choix du régime, mais aussi et en même temps par rapport aux conditions sociales d’existence des citoyens. Elle devra garantir l’épanouissement total de chaque personne. Par là, elle implique la notion de Bien commun. Là est l’enjeu.
Qu’est-ce alors que le Bien commun ?
De la dignité, de l'unité et de l'égalité de toutes les personnes découle avant tout le principe du Bien commun, auquel tout aspect de la vie sociale doit se référer pour trouver une plénitude de sens.
Par Bien commun on entend: « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une façon plus totale et plus aisée ».
Le Bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Étant à tous et à chacun, il est et demeure commun, car indivisible impossible à l'atteindre, à accroître et à conserver autrement qu'ensemble. On peut alors ajouter que la société qui, à tous les niveaux, désire véritablement demeurer au service de l'être humain, est celle qui se fixe le Bien commun pour objectif prioritaire, dans la mesure où c'est un bien appartenant à tous les hommes et à tout l'homme.
Le développement intégral est alors ce qui fait le lien entre la démocratie et le Bien commun. Le « développement intégral » comme nous l’enseigne l’encyclique Caritas in Veritate, exige de ne pas « voir dans l’autre que l’autre », mais de le découvrir vraiment et de développer un amour qui « devienne soin de l’autre pour l’autre ». Cette attention à l’autre nous est enseignée dans les Béatitudes. Seule, en effet, la rencontre de Dieu permet de reconnaître en l’autre l’image de Dieu.




CONCLUSION – « LEVE-TOI ; PRENDS TON DESTIN EN MAINS, ET MARCHE ».


Comment ne pas reprendre aujourd’hui cette forte exhortation adressée à l’Afrique par les Pères de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques ? Elle a été confirmée par le Pape Benoît XVI dans son Exhortation postsynodale : « L’accueil de Jésus offre à l’Afrique une guérison plus efficace et plus profonde que toute autre. Comme l’apôtre Pierre l’a déclaré dans les Actes des Apôtres (3,6), je redis que ce n’est ni d’or, ni d’argent que l’Afrique a d’abord besoin ; elle désire se mettre debout comme l’homme de la piscine de Bethesda ; elle désire avoir confiance en elle-même, en sa dignité de peuple aimé par son Dieu. » AM-n°149.
Avec le Saint Père, nous ne pouvons qu’appeler l’Afrique et les Africains à l’espérance (cf AM n° 72), appeler les Eglises d’Afrique et leurs membres à la proclamation de l’Evangile de la Réconciliation, à se mettre généreusement et fidèlement « au service de la Réconciliation, de la Justice et de la Paix », dans les différents pays du continent. Alors peut grandir en nous l’espérance d’accueillir, dans les temps qui viennent, le don de Dieu d’une Afrique réconciliée avec elle-même, et offrant à ses fils et filles les conditions d’un développement responsable, solidaire et intégral.


+ Théodore Adrien Cardinal SARR
Archevêque de Dakar

Appel de Frigide Barjot et ce qu'il faut savoir de cet "ange tutélaire" de la Place de la Bastille

dominicanus #actualités

 

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Dans cet article, un courriel reçu de Frigide Barjot avec son appel à la mobilisation au lendemain de l'élection de François Hollande, quelles que soient vos options électorales. Mais lisez d'abord ceci :

 Lucifer, « ange tutélaire » de la république maçonnique.

 


"Hier n’est plus là. Demain n’est pas encore arrivé, il ne nous reste qu’aujourd’hui. Commençons !"

Bienheureuse Mère Teresa de Calcutta

 

 

 

En ce 8 mai 2012,

jour de paix et d'union nationale où nous voyons l'ancien et le nouveau président côte à côte,

FRIGIDE BARJOT APPELLE TOUS LES CROYANTS ET LES HUMANISTES A S'UNIR…

… et à se mobiliser en action et en prière.

Au lendemain de l'élection de François Hollande, et des tristes divisions que la campagne a suscitées chez beaucoup de chrétiens, 

Frigide Barjot et les signataires de la ProfessiondeFoi2012  lancent officiellement 

 

l'Appel du 6 mai 2012 , 

jour de la Ste Prudence, 

(et mère de toutes les vertus cardinales !)

 

Il est à faire tourner et à signer sur 

http://www.professiondefoi2012.com/

 

 

La campagne présidentielle est terminée. Elle a été marquée par une nette différence entre les projets politiques et "sociétaux" des deux candidat; mais aussi par une absence totale de débats sur ces derniers thèmes concernant la vie, la famille, la liberté d'éducation et de conscience. Ils étaient défendus par le président battu qui quitte le champ politique.

 

La campagne des  législatives est lancée. Elle se fera dans la perspective du changement politique, et surtout des bouleversements de législation qui ne manqueront pas de se produire rapidement sur les droits fondamentaux à la vie de la personne humaine (engagements n°21, n°31, n°46 des 60 propositions de F.Hollande, mais aussi n°37, n°39 et n° 40 des "40 engagements qui vont changer la vie des femmes")(cf. ProfessiondeFoi2012.com)

 

Dans ce contexte historique, les chrétiens se mobilisent. Je sais que ceux d'entre eux qui ont voté à gauche sont  aussi  soucieux de préserver "l'écologie de l'Homme" et ses droits fondamentaux. Nous devons donc  nous unir pour susciter dans les médias et les partis politiques les débats auxquels les Français ont droit, en évitant les déchirements partisans.

 

Ainsi, devant les nombreuses initiatives de laïcs catholiques fidèles au Magistère qui sont en train d'éclore, je conseille ardemment de tout signer, quelle que soit votre sensibilité, afin de peser par les réseaux sociaux et internet auprès des Français qui n'ont pas pris la mesure des changements à venir. 

 

Sur le terrain, nous devons alerter les candidats aux élections législatives sur l'importance primordiale de leur engagement éthique sur les valeurs sociétales – et sociales. 

Et soutenir ceux qui se détermineront prioritairement, par écrit dans leur programme – et jusqu'à l'objection de conscience –, sur la préservation des droits fondamentaux de la personne et de l'éthique sociale.

Et alors de tout faire pour qu'ils soient élus !

 

Vous trouverez ici quelques-unes de ces initiatives chrétiennes de sensibilités diverses. Sans oublier notre "Professiondefoi2012.com", bien sûr !

www.sauvonspapietmamie.com 

http://www.chretiensindignonsnous.org/manifeste/

http://www.libertepolitique.com/Nos-actions/Agir-avec-Liberte-politique/Ecrivez-au-President 

http://www.poissonsroses.org/

http://www.afc-france.org/  (     -  Le site des AFC est malheureusement inaccessible pour l'instant. Je l'ai signalé à son webmestre.

http://www.alliancevita.org/ 

http://www.fondationlejeune.org/

 

 

Et plus si entente sur  FrigideBarjot.com et ProfessiondFoi2012.com

 

   

"Il faut en effet souhaiter que tous les hommes se comportent avec prudence et que les détenteurs du pouvoir soient animés par une authentique Prudence. Puisse l'Eglise, fortifiée par les dons du Saint-Esprit et en particulier par le don de Conseil, s'insérer efficacement dans cette grande marche vers le bien de tous, et montrer à tous la voie du Salut éternel." 

  (Sur la vertu de prudence, Jean-Paul II 25 octobre 1978)  

 

Extrait de l'Evangile du Jour : Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

"À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés." 

Conférence des Evêques de France, Elections 2012: Eléments de discernement - Laïcité et vie en société

dominicanus #actualités

 

Laïcité et vie en société
Dans notre pays, la relation entre l'Église catholique et l'État a été marquée par une histoire difficile et souvent conflictuelle. Cette relation est aujourd'hui largement apaisée et c'est une bonne chose pour l'équilibre de notre société. Nous vivons dans un régime de séparation - depuis la loi de 1905 - et la laïcité est un principe constitutionnel de la République française. À plusieurs reprises et notamment lors du centenaire de la loi de 1905 [1], l'Église a affirmé accepter le cadre dans lequel nous nous situons. Séparation ne signifie pas ignorance réciproque ; nombreux sont les lieux et les occasions de rencontre, de dialogue, tant au plan local que national. Si l'État ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte (art. 2 de la loi de 1905), il se doit d'assurer la liberté de conscience et de garantir le libre exercice des cultes (art. 1). C'est dans le sens de la liberté que la jurisprudence a de façon constante interprété la loi. Récemment le débat sur la laïcité est revenu sur le devant de la scène, en raison de la présence plus nombreuse de citoyens de religion musulmane et des questions posées par certaines pratiques minoritaires. Ces débats ne doivent pas stigmatiser les religions dans notre pays au risque d'aboutir à la laïcité la plus fermée, c'est-à-dire celle du refus de toute expression religieuse publique. Certaines pratiques administratives ont montré que ce risque n'est pas illusoire. 

De même, certaines réactions excessives, dans des débats récents, ont montré que l'intolérance à l'égard de l'Église catholique (et des religions en général) 
ne constituait pas uniquement des vestiges du passé. Les catholiques n'entendent pas être des citoyens interdits de parole dans la société démocratique. 
En exprimant ce qu'ils pensent, ils ne vont pas à l'encontre de l'intelligence et de la liberté de jugement de ceux qui ne partagent pas leur foi. Ils souhaitent une application apaisée et ouverte des lois et des règlements qui définissent le pacte laïc de notre commune République. 

Source: http://www.eglise.catholique.fr/

Tugdual Derville: L'option 'pour les plus fragiles', une clef de la présidentielle française

dominicanus #actualités

 

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ROME, jeudi 3 mai 2012 (ZENIT.org) –  Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA, auteur de La Bataille de l’euthanasie (Salvator – 2012), explique aux lecteurs de Zenit pourquoi Alliance VITA a pris position sur les questions éthiques en jeu dans l’élection présidentielle française dont le second tour est dimanche prochain, 6 mai. Il souligne qu’il ne faut pas confondre « objection de conscience », efficace, et qui passe aussi par les urnes, et « vote blanc », contre-productif.

Votre communiqué de presse – que nous publions sous le titre : « France : présidentielle « à haut risque » pour le respect de la vie » - met en garde contre le fait que certains chrétiens envisagent de voter blanc pour ce second tour, pourquoi ?

Présenter le vote blanc comme un vote politique, voire spirituel, est à nos yeux angélique. Le vote blanc ne pèse rien. Contrairement à ce que j’ai entendu affirmer, ajouter telle ou telle mention sur un bulletin – c’est-à-dire le transformer en vote nul – en affirmant que cela fera « réfléchir les gens », est absurde. Les votes blancs ont des significations divergentes et multiples qui interdisent toute analyse. A la rigueur, je pense qu’un vote blanc pourrait s’imposer au second tour si l’on était dans l’incapacité absolue de cautionner une réforme gravissime préconisée par chacun des deux candidats. Ou bien s’ils étaient équivalents sur les points « vitaux », non négociables. Or, il n’en est rien et c’est même tout le contraire : je ne suis pas spécialement « sarkozien », et Alliance VITA se veut résolument libre vis-à-vis des partis politiques. Mais comment pourrions-nous nous « laver les mains » des perspectives ouvertes par le programme de François Hollande : euthanasie (tout en  dissimulant ce terme) et « mariage » homosexuel assorti du droit d’adopter des enfants et, pour les femmes, d’accéder à la procréation artificielle ? Sans oublier l’élargissement de la recherche qui détruit l’embryon humain, l’extension du remboursement de l’avortement et la multiplication des lieux d’avortement, etc. Et je passe sur d’autres promesses que j’ai découvertes en lisant la réponse de François Hollande au Comité d’action laïque, où l’on décèle un laïcisme de combat qui menace la liberté scolaire.

Affirmeriez-vous que le président actuel rejoint vos convictions sur l’ensemble de ces sujets ?

Certainement pas. Nous savons bien que la majorité sortante cautionne aussi de graves dérives éthiques. Nous les avons combattues avec Alliance VITA, au jour le jour, depuis cinq ans. Et c’est justement forts de cette expérience que nous prenons position. Pour la loi bioéthique, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que nous avons réussi à limiter certains dégâts, en faisant voter plusieurs des amendements que nous avions rédigés, contre les amendements soutenus par la gauche. Mais aujourd’hui, dans son opposition à l’euthanasie et au « mariage » homosexuel, Nicolas Sarkozy est clair.

Pourquoi parlez-vous d’une « tentation du vote blanc » ?

Le christianisme est traversé par une tentation essénienne, du nom de la secte de Qumran, contemporaine du Christ : demeurer hors du monde pour bâtir une société d’entre soi, pure de tout le mal qui sévit à l’extérieur. Cette tentation demeure forte chez les chrétiens. C’est l’excès opposé au relativisme éthique. Les Esséniens ont une grâce magnifique : ils ont pris la mesure de l’ampleur des injustices (ou du mal). Mais c’est au prix d’une illusion de pureté. Je suis désolé pour ceux qui croient « dur comme fer » que le vote blanc est le seul « pur », mais que diront-ils si François Hollande met à exécution les deux menaces les plus graves de son programme, alors que Nicolas Sarkozy les récuse explicitement ? Le vote blanc relève à mon avis d’une confusion : on le confond avec l’objection de conscience. L’objection est effectivement un devoir contre une pratique ou une loi gravement injuste (qui transgresse la loi naturelle). Mais ici, il s’agit de choisir entre deux hommes, qui sont chacun partiellement insatisfaisants. Je vais même plus loin : le devoir d’objection de conscience contre l’euthanasie réclame un vote barrage.

Que dire aux chrétiens que rebute le vote pour le président sortant, parce que proches d’autres sensibilités ?

Chacun a ses raisons que je peux comprendre : je ne vais pas énumérer tout ce qui a pu légitimement me choquer ou me rebuter pendant le quinquennat qui s’achève. Mais déposer un bulletin pour un candidat, ce n’est pas adhérer à tout son programme ou à sa personne. Voter ne doit pas non plus relever d’un mouvement d’humeur. La plupart du temps, il s’agit d’un choix « par défaut », adulte et lucide. C’est une question de priorité. Tant que les chrétiens de toutes sensibilités ne mettront pas la vie comme priorité politique, au-dessus des partis, elle sera mal défendue.

Pourquoi les chrétiens ne le font-ils pas davantage ?

C’est sans doute qu’ils n’ont pas pris la mesure de ce que Mère Teresa ou Jean-Paul II nommaient « la guerre contre la vie ». Il n’est pourtant pas nécessaire d’être croyant pour en avoir conscience. J’éprouve beaucoup d’admiration pour les nombreux soignants rencontrés ces dernières semaines pendant notre Tour de France de la solidarité sur le thème « La tentation de l’euthanasie » – je pense notamment à ceux qui sont engagés dans les soins palliatifs. Certains nous ont confié avoir « le cœur à gauche », voter traditionnellement à gauche, par engagement social et humanitaire, mais éprouver cette fois le sentiment d’un blocage historique à cause de la mesure 21 de « leur » candidat sur l’euthanasie, mais aussi, ce qui m’a davantage surpris, du « mariage » homosexuel. Pour eux, soutenir Nicolas Sarkozy dans l’urne peut être un crève-cœur.

La question de la vie se situe hors du clivage droite-gauche ?

Il faut bien reconnaître que ce clivage est débordé quand l’un des camps propose, sur plusieurs points, de casser les repères qui fondent une société humaine : la protection des personnes dépendantes et le soutien à la famille véritable, lieu naturel d’accueil et d’épanouissement de la vie. Sur ces sujets, une certaine « idéologie de gauche » a dérivé vers la toute-puissance scientiste, eugéniste et laïciste. Elle est aux antipodes de la véritable solidarité car les premières victimes de ces dérives sont les plus fragiles. Le relativisme éthique en matière de sexualité et de famille se fait de plus en plus totalitaire, et il est source de malheurs.

Qu’en est-il du raidissement contre les étrangers ?

Accueillir l’étranger, visiter les prisonniers, lutter contre la pauvreté et respecter la vie devraient être des points consensuels chez les chrétiens. Mais il devient caricatural d’affirmer qu’ils se sépareraient encore en deux camps, chacun obsessionnel sur l’un ou l’autre des sujets. Permettez-moi de citer l’exemple de l’association A Bras Ouverts que j’ai fondée en 1986. Elle accueille des enfants et des jeunes porteurs de handicaps. C’est une expérience type de mixité sociale du fait de la diversité des jeunes accueillis. Le père Jean-Marie Petitclerc, dont vous savez l’engagement auprès des jeunes des cités sensibles, m’en a fait prendre conscience. Dans  notre société, il faut des « médiateurs » pour la rencontre entre des communautés qui ne se croisent plus, ne se connaissent plus et du coup se craignent... La vulnérabilité causée par le handicap nous a forcés à poser des ponts pour relier nos différences de couleur de peau, de culture, de langue, d’origine sociale… Plusieurs membres de ma famille découvrent cela actuellement dans une autre association, magnifique, Le Rocher, qui agit dans les quartiers difficiles. Les chrétiens attachés à la vie savent être solidaires des pauvres et des exclus, tout en restant fermes sur les principes anthropologiques qui conditionnent l’épanouissement de l’homme.            

Pourquoi reste-t-il une fracture entre certains chrétiens selon leur sensibilité politique ?

Ce qui me parait finalement la cause de la fracture entretenue entre action sociale et respect de la vie, c’est notre rapport différent aux injustices selon l’émotion qu’elles génèrent. J’aime beaucoup la façon dont Jean-Paul II a su, dans toute sa vie, intégrer complètement l’engagement pour le développement, contre la misère et pour le respect de toute vie. La figure de Mère Teresa témoigne de la même cohérence. Dans l’Evangile de la vie, Jean-Paul II rappelle que le respect de la vie, qui commence au sein de la famille, est une condition du bonheur. Car le premier droit reste celui de vivre. Les autres droits en découlent. A l’inverse, les atteintes à la vie et le déni des repères familiaux naturels prédisposent à la fracture sociale et à la précarité. La culture de la vulnérabilité que nous voulons promouvoir intègre finalement le respect de la vie, du début à sa fin, et la solidarité vis-à-vis des personnes les plus fragiles.

Conférence des Evêques de France, Elections 2012: Eléments de discernement - Europe

dominicanus #actualités

 

Europe
Le projet européen peut être compris de bien des manières. En son origine, il représente un magnifique effort pour assumer l'histoire d'un continent en termes de pardon et de promesse. Dans le monde globalisé où nous vivons, bien des réalités ne peuvent être traitées qu'à cette échelle. Mais la construction 
européenne appelle des États capables de proposer et de défendre un projet clair, en vue de créer un espace de liberté et de créativité. 

L'Union européenne est devenue le cadre institutionnel de beaucoup des activités humaines en notre pays. Mais elle agit trop souvent comme une instance administrative et même bureaucratique. Le marché unique est un beau projet dans la mesure où il est sous-tendu par une vision spirituelle de l'homme. Les chrétiens désirent que l'Europe, loin de réduire l'homme à n'être qu'un consommateur sans cesse insatisfait et soucieux de ses droits, permette à ses habitants d'agir de façon responsable, avec les ressources spirituelles, morales, économiques et politiques qui sont les leurs, pour le bien de l'ensemble du monde. 

Conférence des Evêques de France, Elections 2012: Eléments de discernement - Patrimoine et culture

dominicanus #actualités

 

Patrimoine et culture
Notre pays hérite de l'effort culturel des générations précédentes. La culture ne coïncide pas avec la production culturelle ou même avec la réception de ses produits. Elle permet à chaque personne d'inscrire sa destinée dans la communauté humaine avec celle des autres devant les horizons de la plus grande espérance. Il est souhaitable que les pouvoirs publics assemblent les conditions pour que les jeunes générations profitent de ce que nous lègue le passé pour se projeter dans l'avenir. 

Conférence des Evêques de France, Elections 2012: Eléments de discernement - Fin de vie

dominicanus #actualités

 

Fin de Vie
Toute personne, quel que soit son âge, son état de fatigue, son handicap ou sa maladie, n'en garde pas moins sa dignité. Pour cette raison, « l'euthanasie 
est une fausse solution au drame de la souffrance, une solution indigne de l'homme » (Benoît XVI) car elle vise, sous prétexte de compassion, à abandonner les personnes au moment où elles ont le plus besoin d'aide et d'accompagnement. L'arrivée de générations importantes dans le grand âge doit inviter la société à une plus grande solidarité. Le développement des soins palliatifs, fruit d'un progrès éthique et scientifique, doit être poursuivi pour que tous ceux qui en ont besoin puissent en bénéficier. 

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