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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

homelies annee c (2009-2010)

Ecoute! Dieu t’appelle aujourd’hui - Homélie 4° dimanche de Pâques C - Dimanche des vocations

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

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Les Actes des Apôtres nous relatent aujourd’hui un moment de la vie de l’Eglise primitive, il y a 2000 ans. La foi chrétienne est en train de se répandre dans tout le bassin méditerranéen, en premier lieu dans les communautés juives. Saint Luc nous brosse le tableau d’une communauté de croyants vivants et enthousiastes: des chrétiens qui sont conscients de devoir partager avec le plus de personnes possible la Bonne Nouvelle qu’ils ont entendue; des chrétiens remplis de joie; des chrétiens qui sont pourtant confrontés à la persécution, la jalousie, les calomnies des autres; des chrétiens qui, par ailleurs, ne sont pas parfaits eux-mêmes. Dans les chapitres précédents nous pouvons lire que, déjà dans l’Eglise primitive, il y avait des chrétiens malhonnêtes. Même remplis de l’Esprit Saint, les chrétiens n’en demeurent pas moins des êtres humains, avec toutes leurs faiblesses. C’est ce que nous constatons tres douloureusement aujourd’hui encore.

 

Le conseil donné par Paul et Barnabé est toujours d’actualité. Ils nous exhortent à ne pas nous décourager, plus précisément à demeurer fidèles à la grâce de Dieu. Paul et Barnabé n’exhortent pas en premier lieu à faire des efforts ascétiques. Il s’agit ici de bien autre chose que de serrer les dents, même si cela peut parfois être nécessaire. La persévérance consiste surtout à faire preuve d’une attitude d’ouverture à la grâce de Dieu, à la proposition d’un Amour personnel qui est Dieu et qui nous est offert en permanence comme un cadeau. Il s’agit donc de recevoir quelque chose (quelqu’un), bien plus que de faire ou de donner.

 

La question qui se pose alors est la suivante: en quoi consiste cette grâce capable de nous faire déborder de joie, qui nous donne la force de persévérer et d’aller dans le monde pour partager l’Evangile avec d’autres? Cette grâce aurait-elle quelque rapport avec le noyau de l’Evangile lui-même? C’est en tout cas dans cette direction que l’Evangile de cette Journée Mondiale de Prière pour les Vocations nous invite à chercher la réponse.

 

« Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle. »

 

 

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Faisons trois remarques à propos de cette parole bien connue du chapitre 10 de Saint Jean:

 

  1. Le Seigneur nous connaît. Il nous aime. On ne peut connaître quelqu’un que si on l’aime. Le Seigneur nous connaît “par coeur”. Son désir est de nous donner la vie, la vie en abondance. Celui qui aime quelqu’un désire pour cette personne ce qu’il y a de meilleur. Un papa ou une maman donnerait tout pour le bonheur de ses enfants. Combien plus Jésus pour nous!
  2. Le Seigneur nous connaît. Il nous aime. Et c’est pourquoi il nous appelle. Peut-être l’essentiel de la Bonne Nouvelle consiste-t-il dans le fait que Dieu nous appelle chacun d’une manière unique. Il n’appelle pas “en général”. Il ne nous appelle pas de manière arbitraire comme des numéros quand on fait la queue devant le guichet d’une administration quelconque. Non! Quand Jésus appelle, il le fait, animé d’un désir d’amour personnel pour chacun. La plupart des hommes sont appelés à incarner l’Amour infini de Dieu pour l’humanité dans l’alliance du mariage. Mais Jésus appelle aussi certains à le suivre dans le sacerdoce ou la vie consacrée. Il en a été ainsi depuis le commencement de l’Eglise. Deux mille ans plus tard, rien n’a changé. Encore aujourd’hui, des hommes et des femmes sont appelés à une vie consacrée, toute donnée à Dieu. Est-ce que nous y croyons? Est-ce que nous osons croire en cette façon qu’a Dieu de s’intéresser à chacun de nous en particulier?
  3. Ce qui nous amène au troisième point: les brebis écoutent la voix du berger et elles le suivent. La confiance (la foi) des brebis dans leur berger est si grande qu’elles sont prêtes à mettre leur vie dans la balance. Elles ne se contentent pas de belles paroles, ni de pieux désirs. Elles montrent leur confiance dans le concret de l’existence de chaque jour. Sommes-nous prêts à annoncer cette Bonne Nouvelle de l’appel personnel d’un Dieu d’Amour dans le monde d’aujourd’hui, et, surtout, à y croire et à en vivre nous-mêmes? Avons-nous l’audace de croire à la radicalité de l’amour de Dieu en paroles et en actes, et de permettre ainsi aux jeunes à leur tour de découvrir la Bonne Nouvelle de leur vocation?

 

L’Eglise de Jésus Christ a besoin de prêtres, de diacres et de consacré(e)s. Plus que jamais! Pas d’abord pour boucher les trous, mais pour témoigner d’une manière spéciale de cette Bonne Nouvelle de Dieu qui appelle chaque être humain à la plénitude de la vie.

 

Pour terminer, n’oublions pas que ce dimanche est avant tout la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations. Alors prions pour demander la grâce de pouvoir vivre chacun notre vocation personnelle dans le mariage, le célibat, même non choisi, le sacerdoce, la vie consacrée, de manière à éveiller chez les jeunes chrétiens de nos paroisses et de nos communautés le désir de répondre eux aussi pleinement à leur propre vocation.

 

Ecoute! Dieu t’appelle aujourd’hui - Homélie 4° dimanche de Pâques C - Dimanche des vocations

"Que Dieu nous garde fidèles à l'Esprit que nous avons reçu" - Homélie 3° dimanche de Pâques C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Au moment où saint Jean écrit son évangile, les premières persécutions faisaient déjà rage. Les Empereurs romains avait entrepris d’exécuter les chrétiens pour trahison, car ils refusaient d’adorer les dieux des Romains. Un des principaux thèmes dans les écrits de saint Jean, c’est la capacité de l’Eglise de grandir et de tenir bon dans les épreuves, même en temps de persécution.

 

 

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Ceci ressort du passage de l’évangile que nous venons d’entendre, dans l’image du filet plein de poissons – une analogie de l’Eglise qui apparaît plus d’une fois dans les Evangiles. Les Apôtres se sentent totalement paumés en ces jours qui suivent la Résurrection avant de recevoir le Saint Esprit. Alors ils décident de partir à la pêche. Puis le Seigneur se manifeste à eux et leur fait cadeau d’une pêche miraculeuse, comme il l’avait déjà fait trois années auparavant. Au moment où Pierre tire le filet sur le rivage, saint Jean mentionne un détail curieux : le filet contient cent cinquante-trois gros poissons. Et malgré ce nombre, le filet qui est "plein à craquer" ne craque pas. C’est un miracle dans le miracle ! Normalement, autant de gros poissons auraient dû déchirer le filet, mais le filet a tenu.

 

Le filet, c’est l’Eglise. Il est rempli de croyants que le Christ rassemble dans l’océan du temps et de l’histoire par le ministère de Pierre et de ses successeurs, les papes. Et c’est Pierre qui tire cette communauté surnaturelle sur les rivages de l’éternité à la fin du temps, quand tous feront la fête avec le Seigneur.

 

Malgré les souffrances, les scandales et les péchés, en dépit des obstacles, des défis et des persécutions, l’Eglise de Jésus Christ continuera sa croissance, son expansion par le ministère de Pierre, et elle demeurera intacte jusqu’à l’heure où elle parviendra aux rivages du ciel. Le filet de Pierre ne se déchirera pas.

 

 

***

 

 

Notre culture est tellement obnibulée par l’actualité et les manchettes des journaux, que nous perdons facilement de vue cette perspective. Quelques brefs rappels historiques pourront suffire pour rétablir la bonne perspective.

 

Le simple fait que l’Eglise a tenu bon depuis vingt siècles, en restant fidèle à la même doctrine, les mêmes formes de culte (les sept sacrements) et la même structure (les évêques, unis sous la direction du pape, au service des croyants) tient, hors conteste, de l’ordre du miracle. Et ce miracle apparaît d’autant plus merveilleux si l’on jette un rapide coup d’œil sur les obstacles et les adversaires qu’elle a surmontés.

 

L’Empire romain a essayé d’éradiquer la chrétienté pendant trois siècles. L’Empire s’est écroulé, l’Eglise a tenu bon.

 

Au Moyen Âge, l’Empire de l’Islam s’est étendu sur un territoire plus grand que celui de Rome et a conquis de nombreux territoires chrétiens. Il a envahi l’Europe et essayé d’exterminer l’Eglise. Cet Empire a périclité, mais l’Eglise a tenu bon.

 

Au 16e siècle, la plus grand partie de l’Europe du Nord s’est rebellée contre l’Eglise catholique. C’est ce qu’on a appelé la Réforme protestante. Dans certains pays, être catholique était passible de peine de mort. Pourtant, aujourd’hui, l’Eglise catholique demeure la plus importante communauté chrétienne, et même en Europe du Nord, l’Eglise catholique tient bon.

 

Au 17e siècle, un nouvel Empire islamique, celui des Turcs, essaie de nouveau d’écraser la civilisation chrétienne. Cet Empire a disparu, l’Eglise demeure.

 

Au 18e siècle, la Révolution française a essayé à son tour de faire disparaître l’Eglise en France, faisant des centaines, voire des milliers de martyrs. La tempête de la Révolution a passé, l’Eglise a tenu bon.

 

Au 19e siècle, voilà Napoléon qui part à la conquête du continent européen. Il usurpe la hiérarchie de l’Eglise, et emprisonne deux papes dans ses efforts de mettre la main sur l’Eglise catholique. Napoléon et son Empire ont passé, l’Eglise demeure.

 

Au 20e siècle, le communisme soviétique a essayé de faire table rase de l’Eglise catholique sur l’ensemble de son territoire, tout comme Hitler et le nazisme. Ces régimes se sont écroulés, l’Eglise demeure.

 

Aujourd’hui, la saga continue en Afrique, au Moyen Orient, en Chine, au Vietnam, à Cuba… En Occident ce sont les médias qui font tout ce qu’ils peuvent pour discréditer l’Eglise catholique. L’Eglise a tenu bon, et elle tiendra toujours bon, comme le Christ l’a promis. Pierre tirera le filet sur le rivage, plein de gros poissons, et le filet ne se déchirera pas.

 

***

 

Comment faire pour rester à l’intérieur de l’Eglise qui demeurera jusqu’à la fin ? Comment être sûr de ne jamais se perdre ? Le Christ a fait en sorte que le suivre, c’est suivre Pierre. C’est à Pierre et à ses successeurs, les papes, que le Christ a confié la tâche de paître le troupeau. Et pourtant, aujourd’hui encore, il y a dans le monde beaucoup de chrétiens qui veulent sincèrement suivre le Christ sans suivre Pierre. Il ne nous appartient pas de les juger, ces chrétiens qui ne sont pas catholiques. Mais nous savons une chose : c’est que la volonté du Christ était, et est toujours, que ceux qui croient en lui le suivent en suivant Pierre. Alors, pourquoi y a-t-il tant de chrétiens qui ne suivent pas Pierre ?

 

Une des raisons est qu’ils voient que beaucoup de chrétiens qui disent suivre Pierre ne vivent pas en vrais chrétiens. Et, malheureusement, c’est vrai : souvent nous faisons comme s’il suffisait d’avoir l’étiquette, d’avoir sa carte de membre. Mais si nous suivons Pierre, si nous nous appelons chrétiens catholiques, c’est parce que le Christ nous le demande ; c’est parce que le Christ a confié la responsabilité du troupeau à Pierre ; c’est parce que le Christ a rempli le filet de Pierre de poissons et que ce filet le s’est pas déchiré, et que c’est encore Pierre qui a tiré le filet sur le rivage.

Mais voilà qu'aujourd'hui Pierre semble se taire. Benoît XVI, lors de sa renonciation, s'est imposé le silence. Il ne parle plus, du moins en principe. Car contrairement à ce qu'il avait dit en renonçant au ministère - mais non à l'office - pétrinien, il vient de reprendre la parole à l'occasion de la crise des abus sexuels, en livrant son analyse, autrement plus profonde que celle qui est sorti de la réunion des évêques, mais dont ceux-ci n'ont tenu aucun compte. En ont-ils seulement eu connaissance? Sans entrer dans des considérations qui nous mèneraient trop loin, voici la lettre qu'écrit un prêtre italien à Benoît XVI pour lui manifester à la fois sa perplexité et sa gratitude. Je précise qu'il s'agit d'un prêtre suspendu a divinis !

MOI, PRÊTRE SUSPENDU A DIVINIS, JE DIS À MES SUPÉRIEURS: RÉVEILLEZ VOUS!


www.aldomariavalli.it 
18 avril 2019
http://benoit-et-moi.fr/2019/benot-xvi/lettre-ouverte-dun-pretre-a-benoit-xvi.html pour la traduction française

* * *

J'ai reçu d'un religieux, le Père Gabriele Rossi des Fils de l'Amour Miséricordieux, la lettre que vous trouverez plus bas. Il s'agit d'une lettre ouverte à Benoît XVI, écrite avec le cœur, le Jeudi Saint, par un prêtre suspendu a divinis parce qu'il a ouvertement exprimé ses idées sur la situation actuelle de l'Église catholique. En remerciant l'auteur, je vous propose la lettre avec une pensée pour tous les prêtres qui, en ce jour saint, renouvellent les promesses faites au moment de l'ordination.


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Très Saint-Père, 
j'espère que vous me pardonnerez pour mon audace.

Je suis un prêtre de 62 ans, suspendu a divinis pour les raisons que je vous dirai plus tard. Je vous écris sous cette forme publique parce que je n'ai aucune possibilité de vous parler de vive voix; et parce que je voudrais donner la parole à beaucoup d'autres prêtres et religieux qui, pour les mêmes raisons, ont été réduits au silence et écartés, plus ou moins comme moi.

LES NOTES
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Je vous écris pour vous remercier d'avoir écrit et, surtout, d'avoir publié vos "Notes" sur la question des abus sexuels dans l'Église. 

J'avoue que, au-delà du contenu dramatique que ces pages tentent d'affronter, leur lecture méditée a produit en moi un sentiment de soulagement profond, comme une sorte de libération intérieure. Et cela pour deux raisons: parce qu'elles nous démontrent - au cas où il le faudrait - que vous continuez à suivre avec la plus grande attention tous les événements de l'Église; et parce qu'elles nous offrent divers enseignements vraiment magistraux : certains directs et explicites, d'autres voilés mais quand même déchiffrables.

D'une part, en effet, les Notes traitent de ces abus, décrivent leurs causes et leurs effets mortifères, indiquent la seule solution possible (le retour à Dieu), et donnent des suggestions au niveau de la procédure canonique.

D'autre part, les Notes - malgré leur forme humble - nous apportent des réponses aux principaux doutes et aux principales questions qui ont troublé la vie de l'Église ces dernières années, et auxquels personne n'a voulu répondre officiellement.

«Un authentique acte de gouvernement», selon certains. «Le seul document catholique, depuis maintenant six ans», selon d'autres. De là le soulagement profond dont je vous parlais.

LES DEUX VOIES
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En comparant les considérations des Notes avec les indications pontificales qui dictent actuellement la loi, on en tire deux approches de fond profondément différentes et opposées. On a l'impression d'être arrivé à un carrefour d'où partent deux routes: l'une qui, en descendant vers le bas, devient de plus en plus large et marécageuse; l'autre qui, en gravissant la montagne (au sommet de laquelle - si je ne m'abuse - devrait se dresser «une grande croix») [cf. "Le message de Fatima": troisième partie du secret] devient de plus en plus étroite et rocailleuse. En attendant, on croit entendre les paroles de l'Évangile : «Entrez par la porte étroite, car large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et beaucoup sont ceux qui y entrent. Comme étroite est la porte et exigu le chemin qui mène à la vie, et peu sont ceux qui les trouvent! (Mt 7, 13-14). Je vais essayer d'expliquer le concept.

Ici - dans les Notes - il est dit que les abus, en particulier ceux sur les mineurs, sont le fruit final de la révolution sexuelle de 1968, de la diffusion criminelle de la pornographie et de la légitimation théorique et pratique de l'homosexualité, même dans les milieux ecclésiastiques. , au contraire - dans le Magistère actuel - la faute est imputée à un cléricalisme non spécifié ; et la formation de groupes de LGBT catholiques est encouragé par tous les moyens.

Ici, on défend vent debout Veritatis splendor de Jean-Paul II et on enseigne que, la morale ayant un caractère objectif, il y a de mauvaises actions qui ne peuvent jamais devenir bonnes, même si la conscience personnelle le prétend;  au contraire, on boycotte par tous les moyens le document précité est; et l'on adopte sans vergogne l'éthique de situation, qui ne considère pas l'action en elle-même, mais juge au cas par cas, en fonction des buts de l'action individuelle et de possibles causes de dispense.

Ici, on réaffirme que l'Eucharistie est la présence vivante et réelle parmi nous de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur; et l'on s'inquiète l'abaissement irrespectueux qu'elle subit en de nombreuses occasions. Là, au contraire, on tend à éliminer jusqu'aux signes extérieurs d'adoration (sauf à s'agenouiller ensuite gauchement et avec peine devant n'importe qui; et l'affirme que la Sainte Communion accueille même des personnes divorcées remariées qui vivent more uxorio, ainsi que des époux protestants de fidèles catholiques.

Ici, on répond avec clarté et autorité à chacun des cinq dubia de 2016, formulés par les quatre cardinaux pour contrer la confusion doctrinale et pastorale produite par Amoris laetitia, au contraire, on est incapable de le faire; jouant sur l'ambiguïté de certaines "notes" [de pied de page] du document, afin de lancer des processus de bouleversement "en taches de léopard" et mettre tout le monde devant le fait accompli.

Ici, on déclare que le martyre, en tant que sommet du témoignage dû au Seigneur, «est une catégorie fondamentale de l'existence chrétienne»; et on rend honneur aux martyrs de tous les temps, témoins du Dieu vivant; là, au contraire, on cherche passivement le consensus du monde; on dénonce par intérêt le danger du prosélytisme missionnaire et le Catholicisme romain est dilué dans une fraternité humaine utopique, comprise comme une nouvelle religion universelle amorphe et incolore.

Voilà les deux voies qui s'ouvrent actuellement devant nous.

CONTINUITÉ OU RUPTURE?
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Très Saint-Père, je n'ai nulle prétention d'enseigner quoi que ce soit à quiconque, encore moins à ceux qui sont plus hauts que moi. J'ai pourtant le vague sentiment que les deux approches mentionnées ci-dessus sont radicalement inconciliables, car elles sont opposées l'une à l'autre. Et cela pouvait être compris dès 2016, sis eulement quelqu'un avait soigneusement analysé le fameux chapitre VIII d'Amoris laetitia. Et c'est précisément à partir de cette date que, comme beaucoup d'autres, j'ai commencé à exprimer ma perplexité face au nouveau cours théorique et pratique qui devait être imposé à l'Église ; jusqu' à ce qu'en décembre dernier, précisément pour ces raisons, mes supérieurs m'infligent la suspension a divinis.

Pour beaucoup, ces préoccupations interprétatives sont totalement exagérées, car on pourrait - et même on devrait - ménager la chèvres et le chou. Pour d'autres, y compris moi-même, nous ne sommes pas ici en présence d'une continuité de fond entre le magistère d'hier et celui d'aujourd'hui, mais devant une rupture dramatique dans sa transmission et son développement. Et que ce dernier soupçon soit bien fondé, je le déduis aussi du fait que les Notes, par quatre fois, font allusion à l'affirmation que certains voudraient «créer ou inventer une autre Église». Et qui seront ces mystérieux personnages ?

Mes chers supérieurs, réveillez-vous! Comment ne pas répondre à un tel appel d'un Souverain Pontife qui reste tel devant Dieu et devant les hommes et qui, poussé par sa conscience, se voit contraint de parler à nouveau à ces enfants que la Divine Providence a confiés à son soin pastoral? Comment fait-on?!

Et puis, que dire du Manifeste de la Foi, publié par le Cardinal Müller en février dernier, pour défendre une transmission correcte de la foi catholique, menacée sur tous les fronts par une prétendue primauté de la pastorale sur la doctrine?

Réveillez-vous! Et cessez d'être des aveugles qui guident d'autres aveugles (cf. Mt 15, 14), soucieux seulement de plaire aux puissants du jour, pour avoir à le maximum de fragments de pouvoir Vous n'auriez aucun pouvoir s'il ne vous avait pas été donné d'en haut (cf. Jn 19, 11)!

AUJOURD'HUI, JEUDI SAINT
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Très Saint-Père, cette année - étant donné ma suspension canonique - je ne me suis pas senti le coeur de participer à la messe chrismale, avec l'évêque et tous les autres prêtres diocésains et religieux, célébrée hier soir dans la cathédrale de cette ville, la veille du Jeudi Saint; et donc je n'ai pas pu renouveler les promesses prévues par le rite.

Avec votre permission, j'aimerais le faire idéalement en ce moment. C'est pourquoi je viens avec mes pensées et mon cœur en votre présence, je baise votre main et votre pied, et je confirme entre vos mains mes promesses sacerdotales. Et tant que j'y suis, je renouvelle aussi mes vœux religieux et mon adhésion au Magistère officiel de l'Église, tel qu'il a été cristallisé dans le Catéchisme de l'Église catholique, promulgué par Jean-Paul II.

J'espère que le Seigneur l'agréera, et vous aussi.

Très Saint-Père, en demandant votre bénédiction paternelle, je voudrais vous assurer de ma pauvre prière, surtout à la Sainte Messe, où, d'habitude, je prononce aussi votre nom: que le Seigneur et la Sainte Vierge vous donnent la force physique et spirituelle pour affronter le dernier tronçon de cette montée abrupte, jusqu'à «la grande croix». Avec l'aide du Ciel, nous aussi, nous essaierons de monter avec vous, sans faire demi-tour.

Sainteté, mes vœux les plus chaleureux pour votre anniversaire et pour l'anniversaire de votre élection pontificale! Et Bonne Pâque de Résurrection, à vous... et à toute l'Église !

 

Père Gabriele Rossi, FAM
Fermo, 18 avril 2019, Jeudi Saint

 

Nous devrions désirer attirer tous les hommes dans le filet de Pierre, car c’est ce filet seul qui est garanti sans déchirures. Cela n’est possible que si nous-mêmes nous suivons Pierre pour la bonne raison : pour que, dans nos cœurs, nos paroles et nos actions, nous ne égarions jamais de la voie du Christ.

 

Aujourd’hui, en accueillant Jésus dans nos cœurs une nouvelle fois grâce au ministère de l’Eglise, cette Eglise qui a enduré vingt siècles de tempêtes sous la conduite sûre de Pierre, promettons de ne jamais sauter par-dessus bord, et d’être les témoins fidèles de cette vérité que la voie de Pierre est la voie assurée vers le Christ. "Que Dieu nous garde fidèles à l'Esprit que nous avons reçu" (rite de l'aspersion baptismale).

"Que Dieu nous garde fidèles à l'Esprit que nous avons reçu" - Homélie 3° dimanche de Pâques C

L’ultime révélation de la miséricorde divine - Homélie 2° dimanche de Pâques C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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Pourquoi est-ce aujourd’hui le dimanche de la Miséricorde? Le 30 avril 2000, saint Jean Paul II a canonisé sœur Marie Faustine Kowalska, une religieuse polonaise qui avait reçu du Christ au début du vingtième siècle des révélations étonnantes au sujet de la divine miséricorde. Au cours de cette cérémonie, le pape a répondu à une des demandes que le Christ avait faites dans ces révélations : que l’Eglise tout entière réserve le deuxième dimanche de Pâques pour honorer et commémorer la miséricorde infinie de Dieu.

 

Comment cette miséricorde nous est-elle révélée dans les lectures de ce jour ? Tout d’abord, nous la voyons à l’œuvre dans l’attitude du Christ envers les hommes qui sont les apôtres qu’il avait choisis, mais qui l’avaient abandonné l’avant-veille. Ils l’avaient abandonné juste à moment le plus difficile, mais Jésus, lui, n’allait pas les abandonner. Il ne se laisse pas arrêter par les portes fermées, ni par celles du lieu où ils se tenaient, ni celles de leurs cœurs angoissés. Il ne les a pas livré à leur sort. Il leur apporte la paix. Et il leur renouvelle sa confiance en les confirmant dans leur mission :

 

« De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

 

Nous voyons la miséricorde de Dieu dans la réaction du Christ envers les hommes qui l’avaient crucifié. Est-ce qu’il les anéantit en guise de vengeance ? Non. Au contraire, il leur envoie ses apôtres pour leur dire, à eux et à tous les pécheurs, à tous ceux qui, par leurs péchés, ont crucifié leur Dieu, qu’ils peuvent être sauvés, que Dieu ne les condamne pas :

 

« De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

 

Et ensuite, pour que l’Eglise soit pleinement équipée pour communiquer ce message, Jésus leur donne l’ultime révélation de la miséricorde divine : il délègue aux apôtres le pouvoir divin de remettre les péchés :

 

« Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »

 

C’est l’institution explicite du sacrement de la confession, le sacrement grâce auquel l’océan infini de la miséricorde divine couvre les flaques boueuses de notre misère. C’est l’ultime révélation de la miséricorde divine.

 

 

Si on lit les récits des conversions à la foi catholique, ou des retours à la foi catholique, le thème qui revient tout le temps, c’est l’expérience de la miséricorde de Dieu dans le sacrement de la confession. Un des exemples dont j’ai eu connaissance ces jours-ci est particulièrement éloquent. Ca s’est passé en France, durant les années qui ont suivi la Révolution française.

 

Il s’agit d’un homme qui boîtait. Il avait été un soldat estimé dans l’armée de Napoléon, mais les blessures de guerre avait entraîné une fin précoce de sa carrière prometteuse. Alors il allait de village en village pour faire quelque chose qu’il détestait cordialement : mendier. Un soir il arrive dans un village de l’Ouest de la France et se dirige vers les marches de la porte d’entrée de l’église pour quémander quelques pièces auprès de ceux qui allaient à la messe, tout en les méprisant profondément pour leur foi en un Dieu qui avait pu laisser commettre les crimes abominables dont il avait été témoin.

 

Le lendemain matin, le prêtre trouvait le mendiant sur les marches de l’église, enveloppé d’un drap usagé. Après la messe, il l’invite à prendre le petit déjeuner chez lui, au presbytère. Le vieux soldat accepte à contrecœur, comme toujours quand on lui faisait la charité. Mais la faim, ainsi que la gentillesse du prêtre, le pressaient d’accepter.

 

Il est resté là plusieurs jours. La gentillesse du prêtre ne se démentait jamais. Le vieux soldat n’avait jamais rencontré autant d’amour désintéressé. Et il ne s’était jamais senti aussi misérable. Finalement il demande à se confesser. Un de ses péchés sortait du lot. Ce mendiant avait été l’homme de confiance au service d’une famille aristocratique. Le chef de cette famille s’était opposé sans succès à la Révolution. Sa femme et ses enfants ont confié leur vie au serviteur. Mais celui-ci, pour quelques pièces d’or, trahit la femme et les enfants de son maître et les voit un par un guillotinés. Seul le plus jeune parvient à s’enfuir par miracle, et personne ne l’avait jamais revu.

 

Les yeux baignés de larmes, l’étranger termine ainsi sa confession. Le prêtre lui donne l’absolution, le relève et l’embrasse. En levant les yeux, le pénitent aperçoit un portrait fixé au mur. C’était le portrait de la famille qu’il avait trahie. Choqué, il a un mouvement de recul. "Qui êtes-vous ?", demande-t-il. "Où avez-vous trouvé ce portrait ?" Le prêtre souriait. "Je suis le fils qui est resté en vie, mon ami. Et je te pardonne."

 

Le trésor le plus précieux, à nous, catholiques, c’est la révélation du Christ, une révélation de l’infinie miséricorde de Dieu, la seule force capable de pénétrer les murs de la douleur, de la haine, de la peur, du ressentiment… que nous avons érigé tout autour de nos cœurs.

 

 

Nous sommes les enfants de ce Dieu dont la miséricorde, la bonté et la puissance n’ont pas de frontières et sont inépuisables. Mais les enfants doivent ressembler à leurs parents. Nous avons connu la grâce de  pouvoir faire l’expérience de la miséricorde divine, par les sacrements, la prière, le fait de pouvoir entendre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Mais il y a beaucoup de gens autour de nous qui n’ont pas reçu cette grâce, et qui l’ont oubliée.

 

On ne peut pas imaginer quelque chose qui ferait plaisir à Dieu davantage que notre engagement à répandre cette miséricorde tout au long de cette semaine, ne fût-ce qu’un tout petit peu. Nous avons tous des relations qui ne sont pas vraiment marqués par la miséricorde, des relations qui sont entachées par l’indifférence, l’envie et le ressentiment. Pourquoi ne pas, cette semaine, faire un premier pas vers la réconciliation, avec la prière, les paroles, les actions ? Pourquoi ne pas mettre nos pas dans ceux de Jésus, sans attendre que les autres le fassent, mais en témoignant par le courage et l’humilité de la miséricorde de Notre Seigneur ?

 

Dans ses conversations avec sainte Faustine, Jésus a promis de déverser sur la monde un torrent de miséricorde. C’est ce qu’il a fait et qu’il continue de faire. Mais ce torrent n’a pas encore atteint tous les cœurs. Durant cette semaine, soyons les canaux conscients de ce torrent de miséricorde pour irriguer un cœur flétri et desséché.

 

Si, au cours de cette messe, nous nous mettons au service du Christ pour cela, je suis certain qu’il nous donnera plein d’occasions pour le faire. Tout ce que nous avons à faire, c’est de garder sur nos lèvres, et surtout dans notre cœur, la prière qu’il a lui-même enseigné à sainte Faustine :

 

Jésus, j’ai confiance en toi.

La célébration du Jeudi Saint nous met en contact avec trois mille cinq cents années d’histoire du salut ! - Homélie pour le Jeudi Saint

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Nous sommes tous encore abasourdis par les images de l'incendie du Notre-Dame de Paris qui ont fait le tour du monde: huit cents ans d'histoire partis en fumée en l'espace de quelques heures.

Le Père Jean-Marc Fournier, aumônier des sapeurs-pompiers de Paris a pu sauver d'abord la couronne d'épines, relique insigne exposé à la vénération des fidèles chaque premier vendredi du mois, tous les vendredis de carême et le Vendredi Saint. Ensuite il a pu mettre en sécurité une partie de la réserve eucharistique.

Mgr Aupetit, archevêque de Paris, a toutefois déclaré sur RMC que :

« Cet écrin, il n’a pas été fait pour la couronne d’épines, il a été fait pour un morceau de pain : c’est étonnant. Comment peut-on construire une telle œuvre d’art pour un morceau de pain ? Ce morceau de pain, nous croyons qu’il est le corps du Christ. Et ça, cela demeure. »

La cathédrale de Paris fut construite entre 1163 et 1345. La célébration du Jeudi Saint nous met en contact avec trois mille cinq cents années d’histoire du salut !

En célébrant cette messe nous obéissons au commandement de Jésus lors de la Dernière Cène, comme nous le rappelle la deuxième lecture :

 

« Faites cela en mémoire de moi. »

 

Lors de cette Dernière Cène, il y a deux mille ans, Jésus a donné un nouveau sens à ce repas rituel que les Juifs avaient célébré – et célèbrent toujours – depuis le temps de Moïse, en l’an 1500 avant Jésus Christ – la Pâque.

 

 

jeudi saint.lect.1.1

 

La Pâque juive était un jour saint que Dieu lui-même avait établi, comme nous le rappelle la première lecture. Dieu avait donné l’ordre aux Hébreux de célébrer la Pâque pour qu’ils n’oublient jamais tout ce que Dieu a fait pour eux en les libérant de l’esclavage d’Egypte et les conduisant en Terre Promise. La Pâque est un mémorial, un mémorial sacré, car il les renouvelait dans  leur relation privilégiée avec Dieu. D’une manière similaire, Jésus commande à son Eglise de continuer d’ordonner des prêtres pour célébrer l’Eucharistie.

 

L’Eucharistie est un mémorial de son œuvre de rédemption, par laquelle il nous a délivré du péché et ouvert la voie vers la vie éternelle. Comme mémorial sacré, elle rend présent le sacrifice éternel du Christ. Notre liturgie n’est pas seulement une photo d’un événement du passé ; elle ouvre le rideau du temps et de l’espace de sorte que l’événement du passé est rendu présent pour nous aujourd’hui.

 

Pourquoi Dieu tient-il tellement à nous rappeler tout ce qu’il a fait pour nous ? Il y a deux raisons à cela.

 

***

 

Nous avons besoin qu’on nous rappelle l’amour infini de Dieu qui a livré son propre Fils pour nous sauver. Les épreuves de la vie tendent à former autour de nos yeux des œillères. Disons-le franchement : la vie n’est pas facile. Nous avons pas mal  de joies et de plaisirs, mais ils n’éliminent pas nos croix. Nous vivons dans un monde de péché, plein d’injustice, de défaites. Cela fait mal, parfois. Parfois cela fait très mal. Nous-mêmes sommes des pécheurs. Nous nous mettons en colère, nous cédons à la tentation, nous nous laissons prendre dans les filets de l’injustice sous toutes ses formes. Et ensuite nous sommes incapables de concevoir que Dieu ne nous abandonne jamais et qu’il est capable de transformer nos Vendredis Saints en Dimanches de Pâques. Voilà pourquoi nous avons besoin d’aide-mémoire, tels que la belle liturgie de ce jour.

 

***

 

Mais il y a une autre raison pour notre constant besoin d’aide-mémoire : nous ne savons pas écouter. Dieu nous envoie des rappels de sa bonté, de sa sagesse, tout le temps : les splendeurs de la nature, la beauté de l’art, de la musique, la joie de l’amitié et du soin que les autres prennent de nous, la satisfaction d’un travail bien fait… Tout ce qui est bon autour de nous est un peu un miroir de l’amour, de la miséricorde et de la générosité de Dieu. Nous sommes entourés de ces aide-mémoire. Mais nous ne savons pas bien écouter. Vous avez remarqué combien facilement nous sommes distraits au moment de la prière.

 

Quand nous entendons la Parole de Dieu dans nos cœurs, elle nous donne du réconfort et du courage, mais cette Parole nous invite à changer nos cœurs, pour vivre une vie plus semblable à celle du Christ. Ce n’est pas toujours facile. Alors nous préférons garder la radio allumée, ou les écouteurs dans les oreilles, ou tchatcher sur nos téléphones cellulaires. Même quand nous voulons bien écouter, la pollution sonore dans laquelle nous vivons nous rend la tâche quasiment impossible. Dieu doit se battre pour se faire entendre dans tout ce vacarme. Plus il nous donne des aide-mémoire, plus il a la chance de capter notre attention. La liturgie de ce soir est un des plus beaux aide-mémoire qu’il nous ait donnés.

 

***

 

Dieu est heureux de nous voir rassemblés pour cette célébration, même si ce n'est pas à Notre-Dame de Paris. Il est heureux du fait que nous sommes ensemble pour faire « cela en mémoire de lui ». Il sait que nous avons besoin de rappels du fait qu’il prend soin de nous, qu’il ne nous a pas abandonnés, et qu’il ne nous abandonnera jamais.

 

Participons donc à cette célébration avec beaucoup de reconnaissance, une grande attention. Permettons à Dieu de parler à notre cœur et de nous dire ce qu’il a envie de nous dire. Continuons d’être à l’écoute tout au long de ces prochains jours, qui sont les plus saints de l’année. Cela peut signifier que nous devons prendre advantage de temps pour la prière, pour aller veiller une heure avec Jésus. Il faudra prendre du temps pour participer au chemin de croix et l’office de la Passion du Vendredi Saint, ainsi que pour la Vigile Pascale. Il peut être bon de tourner le bouton de la télévision pendant les prochaines 24 heures. Comme le disait Benoît XVI lors de sa visite aux Etats-Unis en 2008, n’ayons pas peur du silence. Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité. Si nous lui accordons une attention spéciale durant ces jours saints, il nous fera signe, il aura un message personnel pour chacun de nous, provenant directement de son Cœur Sacré et s’adressant à nos cœurs nécessiteux.

 

La célébration du Jeudi Saint nous met en contact avec trois mille cinq cents années d’histoire du salut ! - Homélie pour le Jeudi Saint

Le paradoxe du jour - Homélie dimanche des Rameaux et de la Passion C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
La source de notre tristesse, c’est notre péché... Mais la source de notre joie, c’est l’amour du Christ...

La source de notre tristesse, c’est notre péché... Mais la source de notre joie, c’est l’amour du Christ...

Aujourd’hui nous sommes en plein paradoxe. D’un côté nous sommes remplis de joie. Quand Jésus entre à Jérusalem, de grandes foules se réjouissent. Le voilà enfin, le Sauveur tant attendu ! Le Messie est là ! La Rédemption est en cours.

 

Mais de l’autre côté, nous avons entendu le triste récit du Seigneur rejeté, souffrant, mis à mort: c’est la Passion. Le dimanche des Rameaux est aussi le dimanche de la Passion. C’est un moment solennel, empreint de gravité.

 

Comment donc un jour de victoire peut-il être en même temps un jour de joie et de souffrance? Parce que ce qui apparaît comme la défaite du Christ est en réalité sa victoire, la victoire de l’amour éternel.

 

« Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 13)

 

C’est ce que Jésus avait enseigné, et c’est ce qu’il a pratiqué dans sa passion, pour nous donner l’assurance sans aucun doute possible que son amour pour nous est sans bornes. Les anges avaient chanté : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » au moment de la naissance de Jésus à Bethléem. A présent, lorsque Jésus entre à Jérusalem, c’est la foule qui chante :

 

« Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »

 

Ces deux "entrées" avaient pour motif l’amour de Dieu, ce même amour qui a amené Jésus à être obéissant au Père jusqu’à la croix, pour racheter la désobéissance d’Adam, payer le prix de nos péchés, et sauver l’humanité du désespoir et de l’injustice.

 

Voilà donc la solution du paradoxe. La source de notre tristesse, c’est notre péché, qui est la cause de la souffrance du Christ. Mais la source de notre joie, c’est l’amour du Christ, la raison même pour laquelle Jésus était prêt à souffrir, et la puissance qui, par le sacrifice de la croix, remporte la victoire sur le mal. De cette manière, les chrétiens peuvent toujours vivre le paradoxe du dimanche des Rameaux, et peuvent toujours trouver la joie, la joie de l’amour infini du Christ, en proie aux douleurs les plus atroces.

 

***

 

Il est toujours plus facile de refaire le match (sur un plateau de télévision ou dans un bistrot) que de le jouer. Et avant le match, même s’il y a un favori, on ne sait jamais d’avance avec certitude qui va gagner. Dieu seul connaît notre avenir avec précision. Mais par le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, il nous en a déjà révélé les grandes lignes. Nous savons que, tant que nous demeurons unis au Christ par la prière, les sacrements, et l’obéissance à sa volonté, toutes nos croix, nos souffrances, nos échecs et nos déceptions seront transformés en résurrection. Cela nous donne une sagesse et une force dont nous avons besoin tout au long de notre vie sur terre.

 

C’est ce que Benoît XVI explique dans son encyclique Spe salvi (Sauvés dans l’espérance). Dans cette lettre il explique que la foi est l’espérance. La Bible dit que

 

« La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître les réalités qu’on ne voit pas ». (He 11, 1)

 

Benoît XVI décrit ce que cela veut dire au niveau pratique. Il explique :

 

« Par la foi, de manière initiale, nous pourrions dire "en germe" … sont déjà présents en nous les biens que l'on espère – la totalité, la vraie vie » (Spe salvi 7).

 

En d’autres mots, notre foi au Christ nous donne la certitude que ses promesses de guérison, de justice, de bonheur sans fin se réaliseront, tout comme sa résurrection s’est déjà réalisée. Ainsi, grâce à cette certitude, nous pouvons faire dès maintenant l’expérience de cette plénitude de vie, même si nous devons encore porter notre croix dans ce monde où règne le péché. Plus notre foi dans le mystère que le Christ nous a révélé – la vie éternelle et la résurrection des morts - est profonde, plus nous pourrons trouver du sens dans notre passé, de la joie dans le présent, et de la confiance pour aller vers l’avenir, avec cette vision, non pas rétroactive mais prospective, de l’espérance chrétienne, toujours centrée sur le Christ.

 

Comme le disait saint Jean Paul II, le chrétien fait mémoire avec gratitude du passé, vit avec passion le présent, et s’ouvre avec confiance à l’avenir (cf. Novo millennio ineunte 1). Ou, comme le dit Oogway, la tortue, dans Kung Fu Panda, en s’inspirant sans doute d’une parole de E. Roosevelt, le passé est de l’histoire, l’avenir un mystère, le présent est un cadeau. C’est pourquoi on l’appelle un présent.

 

Saint Jean XXIII, lui, disait :

 

« Le passé à la miséricorde, l'avenir à la providence, le présent à l'amour. »

 

Jésus nous donne non seulement d’admirer ces citations, mais d’en vivre.

 

***

 

Durant ces jours, l’Esprit Saint veut nous enseigner la manière de vivre ce paradoxe d’une manière plus profonde. Il pourra le faire si nous prenons plus de temps avec Jésus dans la prière personnelle et si nous participons tous ensemble aux liturgies de la Semaine Sainte. La prière personnelle et la participation à la liturgie de l’Eglise nous permettront de mieux connaître l’amour du Christ pour nous, et ainsi, de faire davantage l’expérience de la vraie joie chrétienne, au sein même des épreuves de la vie.

 

Nous devrions être reconnaissants de pouvoir célébrer librement la Semaine Sainte dans notre pays. Tous les chrétiens n’ont pas cette liberté. Nous devrions être reconnaissants aussi pour notre foi, ce don précieux qui est la clé pour vivre ces jours avec fruit.

 

N’oublions pas qu’autour de nous, il y a beaucoup de gens qui n’ont pas la foi. Vous en connaissez tous : des voisins, des collègues, et même des membres de votre famille. Peut-être que personne ne leur a jamais parlé de Jésus, le Messie, le Rédempteur, depuis des années. Peut-être que les épreuves qu’ils ont connues les ont fait entrer dans la tentation, et les ont fait abandonner la vraie foi chrétienne pour adopter une conception de la vie au gré des idées à la mode. Quelle que soit la raison, les faits sont là: ils n’ont pas de rameaux à la main aujourd’hui. Ils n’ont pas de part, aussi minime qu’elle soit, à la victoire du Christ. Ils ressemblent à ces gens qui s’étonnaient de la joie de la foule en demandant : "Qui c’est, celui-là ? Qu’est-ce qui se passe ?"

 

Y a-t-il une meilleure façon pour nous de célébrer la plus grande semaine de l’année que de leur donner une réponse à cette question, en leur disant qui est Jésus et ce qu’il veut être pour eux ? Saint Jean Paul II aimait à dire que la meilleure façon de grandir dans la foi, c’est de la partager avec d’autres. Cette semaine, fortifiés par la célébration de ce jour, faisons le test, et voyons s’il a raison. La victoire du Christ est trop précieuse pour que nous la gardions pour nous.

Le dimanche des Rameaux est aussi le dimanche de la Passion.

Le dimanche des Rameaux est aussi le dimanche de la Passion.

Condamner le péché, et non le pécheur - Homélie 5° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
En ce monde, nous sommes confrontés au péché et aux pécheurs chaque jour. Il y a deux manières de réagir à cela.

 

D’abord, on a tort d’ignorer la réalité du péché. C’est l’erreur de la culture dans laquelle nous baignons aujourd’hui, et selon laquelle la tolérance se situe au sommet de l’échelle des valeurs. C’est ce que Benoît XVI appelle la tyrannie du relativisme. C’est l’attitude communément admise selon laquelle chacun peut faire comme il veut, puisqu’il n’y a pas d’actes objectivement mauvais. En d’autres mots, le péché n’existe pas.

 

Si nous acceptons ce point de vue, nous finissons par tolérer et excuser le mal. Cela revient à approuver ceux qui se détruisent eux-mêmes, puisque le péché est toujours une autodestruction. Nous aurions donc tort d’ignorer la réalité du péché.

 

 

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Dans l’histoire que nous venons d’entendre, en fait, le Christ condamne clairement le péché. Il dit à la femme adultère :

 

« Va, et désormais ne pèche plus. »

 

Jésus n’ignore pas le péché.

 

Mais nous aurions tort tout autant de condamner le pécheur avec le péché. Quand quelqu’un commet un péché, il n’est pas rejeté par Dieu. Dieu aime toujours cette personne, il désire qu’elle se repente et soit sauvée. En tant qu’enfants de Dieu, nous sommes appelés à avoir la même attitude. En fait, le Christ a donné sa vie pour des gens qui sont des pécheurs. Il est le Bon Berger qui sort sans cesse pour chercher la brebis égarée. Il est le médecin des âmes qui vient pour guérir guérir les cœurs malades.

 

Pourquoi n’avons-nous pas le droit de condamner le pécheur ? Parce que Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Dieu seul connaît la responsabilité de chacun dans ses mauvais choix. Dieu seul connaît l’histoire de chacun dans sa totalité. Dieu seul peut porter un jugement juste. Nous, nous pouvons condamner des mauvaises actions. En tant que société, nous pouvons même punir les auteurs de crimes et limiter leur liberté pour les empêcher de nuire, mais Dieu seul peut condamner la personne en tant que telle. Nous pouvons condamner le péché, tout comme Jésus l’a fait avec la femme adultère, mais nous ne sommes pas autorisés à condamner le pécheur. Avec le Christ, nous devons dire :

 

« Moi non plus, je ne te condamne pas. »

 

Accepter cela peut être très difficile. Quand nous sommes en présence de quelqu’un qui commet le mal, surtout si son péché nous blesse, nous voulons automatiquement agir comme les pharisiens, et nous condamnons le pécheur avec le péché. Mais le fait est que nous sommes loin de connaître toute l’histoire. Dieu seul le sait. Nous n’avons pas le droit de condamner le prochain, parce que nous ne savons pas ce qu’il a dans le cœur. Nous devons donc lui accorder le benefice du doute, ce que nous faisons spontanément avec nous-mêmes : nous nous donnons une nouvelle chance. Ce n’est donc rien d’autre qu’une application concrète du commandement du Seigneur d’aimer le prochain comme soi-même.

 

Mais pour cela, nous devons changer notre mentalité. Pour aimer le prochain comme nous-mêmes, nous devons le voir comme nous-mêmes, penser à lui avec la même générosité que celle avec laquelle nous pensons à nous-mêmes.

 

Voici une histoire qui peut nous aider à le comprendre.

 

Imaginez que vous êtes dans un aéroport. En attendant votre vol, vous apercevez une boutique où l’on vend des biscuits secs. Vous achetez un paquet et vous le mettez dans votre sac. Ensuite vous vous asseyez à côté d’un monsieur en attendant l’embarquement.

 

Au bout d’un moment, vous plongez la main dans votre sac de voyage et vous saisissez votre paquet de biscuits. A ce moment-là vous vous apercevez que votre voisin vous regarde attentivement. Il vous fixe du regard au moment où vous ouvrez le paquet, et ses yeux suivent votre main qui saisit un biscuit pour le porter à votre bouche. Tout à coup ce monsieur se penche vers vous, et saisit l’un des biscuits pour le mettre en bouche. Vous êtes plus que surpris par ce comportement. Vous ne savez pas que dire quand vous vous apercevez que ça ne s’arrête pas avec un petit biscuit, mais qu’il se sert à chaque fois que vous vous servez.

 

Que pensez-vous alors de cet homme ? Il est fou ? C’est un glouton ? Il est mal élevé? Vous continuez ainsi à manger les biscuits en alternance, jusqu’au moment où il en reste un seul. A votre grand étonnement, votre voisin se penche vers vous et prend ce dernier biscuit. Mais ensuite il fait quelque chose à laquelle vous ne vous attendiez pas du tout : il casse le biscuit en deux et vous en donne la moitié. Quand il a fini de manger sa moitié, il se lève, et, sans mot dire, s’en va. Vous, vous restez là, perplexe ... en restant sur votre faim…

 

Vous retournez dans la boutique, et vous achetez un deuxième paquet de biscuits. A ce moment-là vous regardez votre sac, et vous vous apercevez que le premier paquet est toujours là, intact. C'est alors seulement que vous réalisez que tout à l’heure vous aviez plongé la main par erreur dans le sac de votre voisin, qui avait, lui aussi, un paquet de biscuits. Maintenant que pensez-vous de cet homme ? Généreux ? Tolérant ? Du coup, votre opinion au sujet de cet homme change du tout au tout. Vous voyez les choses sous un autre angle.

 

Voilà ce que nous devons faire pour apprendre à condamner le péché, mais pas le pécheur. Nous devons regarder le pécheur sous un autre angle, nous devons changer de mentalité, pour naturellement accorder aux autres le bénéfice du doute que nous nous accordons à nous-mêmes.

 

Aucun de nous n’est parfait, évidemment. Nous devons tous faire du progrès pour augmenter notre capacité à aimer les autres comme le Christ nous aime, en distinguant le péché et le pécheur. Et comme en toute chose, cela demande de l’exercice.

 

Dans cette Messe, demandons pardon au Seigneur pour toutes les fois où nous n’avons pas fait cette distinction, et demandons-lui le courage et la force de lui ressembler davantage dès aujourd’hui.

La vraie miséricorde et la fausse compassion - Homélie 4° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
La compréhension de la miséricorde de Dieu nous aide à comprendre pourquoi la compassion humaine qui pousse à tuer par l’avortement ou par l’euthanasie est mauvaise.

La compréhension de la miséricorde de Dieu nous aide à comprendre pourquoi la compassion humaine qui pousse à tuer par l’avortement ou par l’euthanasie est mauvaise.

La parabole que nous venons d’entendre est l’un des récits les plus connus de toute la littérature, toutes religions, nations, et époques confondues. Mais quelle en est vraiment la signification ?

 

Elle est communément appelée la parabole du fils prodigue. Mais est-ce vraiment le fils cadet, qui abandonne son père et qui dilapide son héritage dans les plaisirs de la sensualité, qui en est le personnage principal ? Jésus a raconté cette parabole en présence des collecteurs d’impôts et des pécheurs, mais en s’adressant surtout aux scribes et aux pharisiens, en réponse à leurs récriminations.

 

Or, les scribes et les pharisiens étaient considérés comme des experts dans la religion, ceux qui se faisaient un point d’honneur d’éviter le péché et de suivre la loi scrupuleusement. Ils ont pu se reconnaître dans le fils aîné de la parabole. Alors, au lieu de l’appeler la parabole du fils prodigue, ne devrait-on pas l’appeler plutôt la parabole du fils arrogant, par exemple ? Le fils aîné faisait bien preuve d’arrogance : son cœur était dur comme pierre, jugeant son frère et se considérant supérieur à lui, exactement comme les pharisiens.

 

Alors à qui Jésus s’adresse-t-il vraiment : aux fils prodigues ou aux fils arrogants, à ceux d’entre nous qui ont un complexe de supériorité et sont des juges sévères de leurs frères, ou à ceux qui n’arrivent pas à contrôler leurs instincts ?

 

Mais il y a une troisième option. Après tout, le personnage principal de la parabole n’est ni le fils aîné, ni le cadet, mais le père. C’est lui qui se précipite pour accueillir le fils prodigue, sans conditions. C’est lui qui s’est humilié en allant à la rencontre de son fils aîné en colère. Cette parabole est donc la parabole du père. Jésus la raconte pour faire le portrait de Dieu, qui fait toujours le premier pas pour nous rétablir dans son amitié, quelle que soit la distance que nous avons prise avec lui. Cette parabole devrait donc être appelée la parabole du père miséricordieux. Elle nous révèle que la miséricorde est la caractéristique principale de Dieu.

 

La compréhension de la miséricorde de Dieu nous aide à comprendre pourquoi la compassion humaine qui pousse à tuer par l’avortement ou par l’euthanasie est mauvaise. Nous savons combien aujourd’hui, après la légalisation de l’avortement, les pressions pour légaliser l’euthanasie sont croissantes. Dans un article du Sunday Times, l’auteur est allé jusqu’à proposer qu’on mette des échoppes aux coins des rues, où les personnes âgées pourraient acheter une boisson pour mettre fin à leur vie. Son raisonnement était qu’il y a trop de personnes âgées.

 

« Comment la société pourrait-elle faire face à ce tsunami argenté ? … Il va y avoir une population composée de personnes démentes très âgées, comme une invasion de migrants puants dans les restaurants, les cafés et les boutiques… »

 

Ces vues extrêmes ne sont pas partagées par tous les partisans de l’euthanasie, mais c’est toujours la même logique diabolique qui se cache sous le voile d’une fausse compassion. Quelle est cette logique ?

 

Cette logique est celle selon laquelle les êtres humains n’ont aucune valeur intrinsèque. Dès que quelqu’un n’est plus utile à la société, ou que quelqu’un ne sent plus bien dans sa peau, on s’arroge le droit de disposer de sa vie, ou de lui permettre d’en disposer, comme d’un objet qui ne fonctionne plus, une voiture qu’on met à la casse. Cette compassion est à l’opposé de la miséricorde de Dieu. Pour Dieu, chacun de nous est un enfant infiniment précieux. Le désir de Dieu, c’est de vivre avec chacun de nous pour l’éternité. Voilà pourquoi Jésus est descendu du ciel et y est remonté, afin de préparer une place pour chacun de nous dans la maison du Père. Rien ne peut altérer la valeur que nous avons aux yeux de Dieu, ni la maladie, ni le grand âge, la faiblesse, les erreurs, les tragédies, ou même les péchés les plus horribles. Une société qui légalise l’euthanasie se situe en contradiction directe avec cette vérité fondamentale de la dignité intrinsèque de chaque être humain. Tuer par compassion, cela n’a rien à voir avec de la compassion !

 

Aujourd’hui, Dieu invite chacun de nous à renouveler cette expérience de sa miséricorde. Si nous sommes honnêtes, nous devons tous reconnaître que les épreuves de la vie nous font douter de la miséricorde de Dieu. En nous regardant nous-mêmes, en considérant nos échecs, nos faiblesses, nous pensons que nous ne pourrons jamais devenir des saints. Nous cessons alors de vouloir suivre Jésus de près, parce que cela semble dépasser nos capacités. Quand on prie le Notre Père, on hésite à dire : "Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons…" Quand on se confesse et qu’on dit l’acte de contrition, on hésite à dire : "Je prends la ferme résolution … de ne plus vous offenser". Et on oublie de dire : "avec le secours de votre sainte grâce". Nous oublions que nos capacités ne sont pas le critère. Mener une vie chrétienne, cela ne dépend pas seulement de nos efforts humains.

 

Souvenez-vous, au retour de son fils prodigue, le père court se jeter à son cou, et plus tard il sort pour supplier son fils arrogant de participer à la fête. Le père miséricordieux est toujours prêt à nous rencontrer, pour refaire nos forces, pour renouveler nos âmes, même si  nous ne le méritons pas, pour peu que nous regrettions nos fautes et que nous voulions faire réparation.

 

C’est pour cela que « le Verbe s’est fait chair ». C’est aussi pour cela qu’il a institué le sacrement de la réconciliation. Ce sacrement est comme le réservoir inépuisable de la miséricorde. Le péché originel nous fait voir ce sacrement sous un mauvais jour. Nous avons l’impression que c’est comme une mini-torture, quelque chose que l’Eglise aurait inventé pour mettre les chrétiens au pas. Ce n’est pas cela du tout ! Jésus nous a donné ce sacrement pour que nous puissions faire l’expérience de la miséricorde du Père en tout temps, dans toutes nos nécessités. Ce sacrement, c’est la main que Dieu nous tend, non pas pour nous punir ou nous détruire, mais pour nous embrasser, nous fortifier, nous guérir, nous inviter à la célébration eucharistique, pour nous passer la bague aux doigts et les sandales aux pieds, pour nous habiller à nouveau des vêtements de sa grâce.

 

Jésus a raconté cette parabole pour nous révéler la bonté infinie et la miséricorde du Père. Au cours de l’eucharistie que nous célébrons, rendons-lui grâce, et promettons-lui de lui permettre de toucher nos cœurs, en allant vers lui pour nous confesser.

 “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !”

“Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !”

L’importance du repentir - Homélie 3° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
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Le commentaire de Jésus à propos des gens qui sont morts tragiquement, massacrés par les soldats romains et par la chute de la tour de Siloé a dû beaucoup surprendre ses auditeurs. Il était communément admis à cette époque (seulement ?) qu’il y avait un lien de causalité entre les souffrances d’une personne et les péchés qu’elle avait commis. Selon cette logique, les Galiléens tués par les soldats de Pilate l’avaient bien mérité car ils avaient dû commettre quelque péché particulièrement grave.

 

Les spécialistes ne sont pas d’accord à propos de l’incident auquel Jésus se réfère. Mais la majorité pense qu’il s’agit de la réaction de Pilate face à une manifestation à Jérusalem. Les manifestants s’étaient rassemblés dans le Temple de Jérusalem pour protester contre l’usage par Pilate de la monnaie du Temple pour construire de nouveaux aqueducs. Pilate envoya alors des soldats en civil, qui, au signal, dispersèrent la foule avec des bâtons, tuant beaucoup plus de monde que Pilate ne l’avait anticipé.

 

De la même manière, on pensait que les victimes de la chute de la tour de Siloé (certains pensent qu’il s’agit d’une tour qui faisait partie de ces mêmes aqueducs) étaient châtiés pour leurs péchés.

 

Pour Jésus, l’approche est toute différente. Il assure que tous ceux qui refusent de se repentir (le figuier stérile représente quelqu’un qui ne produit pas des fruits de repentir) sera séparé de Dieu. S’ils meurent dans un tel état d’aliénation (la mort pouvant survenir à tout instant), cette séparation sera définitive, irrévocable :

 

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. »

 

Même si les conséquences de nos actions ne se font pas toujours totalement sentir en cette vie, ce sera le cas à la fin, pour le meilleur ou pour le pire. Les tragédies dont nous entendons parler dans l’actualité (tremblements de terre, inondations, accidents de train et d’avion…) tout autant que dans le passage de l’évangile de ce dimanche, devraient nous rappeler le caractère passager de notre vie sur terre.

 

Ce n’est pas une vérité agréable à entendre, mais c’est une vérité que l’Eglise nous engage à méditer sérieusement, en particulier durant ce temps de pénitence du Carême. Nous devons nous repentir de nos péchés. Dieu est toujours prêt à nous pardonner, si nous le lui demandons. Nous sommes appelés à vivre en communion avec Dieu à chaque instant, car chaque instant peut être le dernier de notre vie sur terre.

 

Nous repentir de nos péchés, échanger nos habitudes égocentriques contre des habitudes de don de soi, voilà une nécessité si nous voulons grandir dans l’amitié avec Dieu, mais aussi dans notre vie tout court. Chaque péché, chaque épine d’égoïsme dans nos cœurs, empêche notre épanouissement non seulement en tant que chrétiens, mais en tant qu’êtres humains, tout simplement.

 

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Léonard De Vinci a appris cette leçon quand il était en train de peindre sa fameuse "Dernière Cène" à Milan. Pendant qu’il travaillait à ce tableau, il a eu un désaccord très amer avec un autre peintre, un ennemi qu’il avait toujours méprisé. Pour donner libre cours à sa colère contre cet autre artiste, De Vinci n’a pas trouvé mieux que de prendre ce peintre pour modèle pour le visage de Judas, l’apôtre qui a trahi le Seigneur. Léonard De Vinci éprouva un malin plaisir à la pensée de l’humiliation qu’allait éprouver son ennemi juré quand tous ses collègues reconnaîtraient en Judas ses propres traits, et que cette humiliation traverserait les siècles. Mais voilà, en travaillant aux visages des autres Apôtres, il essaya en vain de peindre aussi le visage de Jésus.


Alors qu’il n’avait aucune peine à avancer les portraits des autres Apôtres, il ne réussit pas à ébaucher celui de Jésus. De plus en plus frustré et confus, il finit alors par se rendre compte qu’il avait tort. La haine qu’il éprouva envers l’autres peintre l’empêcha de mener à bonne fin le visage de Jésus. Il était incapable de se représenter ce visage dans toute sa clarté. Ce n’est qu’après avoir fait la paix avec son collègue peintre et avoir recommencé le visage de Judas, qu’il était enfin capable de peindre celui de Jésus et ainsi de mener à bonne fin son chef-d’œuvre.

 

Nous ne sommes pas faits pour le péché, la haine, l’égoïsme. Le repentir nous libère pour que nous puissions voir le Christ et devenir celui ou celle que le Seigneur veut que nous soyons.

 

Nous avons tous besoin de nous rappeler cette vérité, de l’importance du repentir de nos péchés. Nous devrions tous prier aussi pour tous ces gens qui ne sont pas venus à l’église aujourd’hui, et qui devraient se souvenir de cela autant que nous.

 

En tant que chrétiens catholiques, nous avons la chance d’avoir à notre disposition une manière très lumineuse et concrète pour nous repentir, aussi souvent que nécessaire : le sacrement de la confession. Dans ce sacrement, si nous le vivons de tout notre cœur, nous nous blottissons à nouveau dans les bras de notre Père céleste, ne lui cachant rien, avouant librement notre besoin de sa paternité. La confession ouvre tout grand nos âmes à la grâce du Christ. Elle lui permet de prendre toute la place qu’il faut pour transformer nos cœurs. Dans la confession, Jésus purifie nos cœurs, guérit nos blessures, et éclaire nos esprits. La confession nous donne l’assurance du pardon de Dieu et toutes les grâces dont nous avons besoin. La confession, c’est le cadeau de Dieu pour nous, tout autant que l’Eucharistie, le baptême, et l’Eglise elle-même.


Jésus veut que nous ayons recours à ce sacrement, à la portée de tous, pour vivre en communion avec lui en tout temps. Il veut que nous puissions entendre de nos oreilles, et pas seulement dans notre imagination, ses paroles de pardon et d’encouragement. Si chacun de nous n’avait pas besoin de se repentir, Dieu n’aurait pas eu besoin de nous rappeler l’importance du repentir aujourd’hui. Souvent, et à juste titre, nous demandons à Dieu de faire en sorte que nous soyons heureux. Aujourd’hui, c’est lui qui nous demande de le laisser nous rendre heureux, par le repentir, en nous détournant de nos péchés, de notre égoïsme, en lui permettant de nous serrer dans ses bras. Ne le décevons pas.

 

La Prière, le secret pour un Carême vivant - Homélie 2° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

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Dans la nature, les saisons impriment un rythme à la vie. Chaque saison apporte à la nature quelque chose qui pourvoit à sa croissance. C’est la même chose dans l’Eglise avec les saisons liturgiques. A chaque temps liturgique Dieu envoie les grâces dont nous avons besoin pour pouvoir grandir en sagesse, en sainteté, dans le bonheur. Mais nous ne bénéficions pas de ces grâces de manière automatique, à la manière dont les plantes bénéficient de la lumière du soleil. Ces grâces, nous devons les accueillir volontairement.

 

Mais comment ? Comment nous exposer à cette lumière surnaturelle qui nous fait grandir, qui transforme nos cœurs, durant de ce temps du Carême ? Aujourd’hui l’Eglise nous rappelle la méthode la plus efficace qui est à notre disposition pour accueillir toutes les grâces que Dieu veut nous accorder durant ce Carême : la prière.

 

Dans la première lecture de ce dimanche nous apprenons que

 

« Le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. »

 

Elle nous rapporte le dialogue qui s’en est suivi. La prière, c’est cela. Il n’est pas nécessaire d’avoir des visions. Mais nous devons dialoguer avec Dieu dans la foi d’Abraham.

 

Le Psaume nous donne l’exemple d’une prière du roi David en face du danger :

 

« C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face. »

 

 

Saint Paul, dans la deuxième lecture, rappelle aux chrétiens de Philippes qu’alors que la plupart des gens « ne tendent que vers les choses de la terre … nous sommes citoyens des cieux ». Nous nous occupons de Dieu – c’est la prière.

 

Enfin, dans l’Evangile, Jésus emmène avec lui trois de ses plus proches disciples à l’écart de l’agitation du monde, sur une haute montagne, pour y être seul avec eux, et leur enseigner la prière.

 

Posons-nous la question : où en sommes-nous dans notre vie de prière. Dans quel état est-elle ? Depuis un ou dix ans, avons-nous fait du progrès ? Si notre vie de prière n’est pas ce qu’elle devrait être, nous serons incapables d’assimiler toutes les grâces que le Seigneur veut nous accorder durant ces quarante jours, ces grâces dont nous avons vraiment besoin.

 

Les chrétiens de l’Antiquité ont réalisé des œuvres d’art magnifiques pour exprimer l’importance et les bienfaits de la prière. Une œuvre particulièrement remarquable se trouve à la Basilique Saint-Apollinaire in Class à Ravenne.



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Ravenne était la capitale occidentale de l’Empire byzantin durant le Haut Moyen Âge. Les églises de cette époque reflétaient la grandeur à la fois de l’Empire et de l’Eglise. Elles comportent l’ensemble de mosaïques le plus important d’Europe. Une de ces mosaïques représente une petite fontaine blanche en marbre comme un charmant abreuvoir à oiseaux.

 

Le bord de la fontaine est décoré d’une lisière dorée. La fontaine est remplie d’une eau bleue limpide. Deux colombes sont perchées de chaque côté. L’une d’entre elles se penche pour boire, tandis que l’autre lève la tête pour regarder tout autour.

 

C’est la simplicité du tableau qui fait tout le charme de cette scène : tout juste quelques figures, élégamment arrangées, avec des couleurs pures, éclatantes. La beauté symbolique de l’image provient de sa signification profonde. La fontaine en marbre, c’est l’Eglise. L’eau limpide dans la fontaine, c’est le Christ, l’eau vive. La colombe qui s’abreuve, c’est l’âme chrétienne, qui se remplit de la grâce. L’autre colombe représente le Saint Esprit, qui veille sur chacun de nous et qui nous accompagne.

 

C’est la prière qui vivifie et qui rafraîchit nos âmes, tout comme l’eau pour la colombe. La mosaïque montre la place centrale de la prière dans la vie d’un chrétien : l’Eglise, le Christ, le Saint Esprit, l’âme humaine – tous se rejoignent dans l’unité vivifiante de la prière.

 

Le Catéchisme de l’Eglise catholique va jusqu’à affirmer que la prière est constitutive de notre relation vitale personnelle avec Dieu, et pour autant, notre bonheur dépend directement de la qualité de notre vie de prière :


2558 " Il est grand le Mystère de la foi ". L’Église le professe dans le Symbole des Apôtres (Première Partie) et elle le célèbre dans la Liturgie sacramentelle (Deuxième Partie), afin que la vie des fidèles soit conformée au Christ dans l’Esprit Saint à la gloire de Dieu le Père (Troisième Partie). Ce Mystère exige donc que les fidèles y croient, le célèbrent et en vivent dans une relation vivante et personnelle avec le Dieu vivant et vrai. Cette relation est la prière.


Tous, nous devons nous interroger au sujet de notre vie de prière en toute honnêteté. Si notre vie de prière ne s’est pas améliorée depuis un an, nous devons prendre les mesures qui s’imposent. Il y a encore tant de choses que Dieu veut faire dans nos vies. Améliorer notre vie de prière signifie : lui permettre de le faire.

 

Un moyen tout simple consiste à programmer tous les jours un temps de silence. Nous ne laissons jamais passer un jour sans prendre au moins une douche, car nous savons que notre corps en a besoin. Nous ne restons jamais une journée sans manger, car notre corps a besoin de nourriture. Beaucoup de sportifs prennent du temps tous les jours pour s’entraîner, car ils savent que leur corps a besoin d’exercices.

 

Pourquoi n’en faisons-nous pas autant pour nos âmes ? C’est à cela que sert un temps de silence quotidien. C’est un rendez-vous en tête à tête avec le Seigneur, pour lui permettre de rafraîchir, de nourrir et d’entraîner notre âme.

 

Ce n’est pas compliqué du tout ! Il suffit pour cela de choisir un moment et un endroit où l’on ne risque pas d’être dérangé. Ensuite il faut faire trois choses :

 

D’abord, faire mémoire. Se souvenir que Jésus est avec vous et veut être tout près de vous. Pensez à toutes les grâces qu’il vous a déjà accordées.

 

Puis, lire. Prendre un livre : la Bible, ou un livre de prière, et lire un ou deux paragraphes, lentement, sans précipitation. Prenez, par exemple, l’Introduction à la Vie Dévote, de saint François de Sales.

 

Enfin, réfléchir. Méditer ce que vous avez lu. Ecouter ce que Dieu veut vous dire à travers ce que vous venez de lire. Et l’appliquer à votre vie.

 

Se souvenir, lire, réfléchir. Vous ne verrez pas passer le temps. Les quinze minutes seront écoulées, et Dieu vous aura donné une parole d’encouragement pour vous aider à vivre comme il l’attend de vous.

 

La prière est le secret pour boire toutes les grâces que Dieu tient en réserve pour vous. Aujourd’hui il espère que nous deviendrions de meilleurs priants. Ne le décevons pas.


La Prière, le secret pour un Carême vivant - Homélie 2° dimanche du Carême C

Payer la dîme : une question de justice et d’espérance - Homélie 1° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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La tradition d’offrir à Dieu les prémices des récoltes, instaurée par Moïse dans la première lecture de ce dimanche, était une pratique spirituelle fondamentale en Israël. C’était une manière de demeurer en communion avec Dieu. Chaque fois que cette pratique tendait à être négligée, le peuple s’éloignait du Seigneur et était attaqué par ses ennemis.

 

Quelles étaient ces prémices que Moïse enseignait au peuple à offrir à Dieu ? C’étaient les fruits des premières récoltes de l’année. Que ce soient les olives, les raisins ou du blé, au moment de la récolté, les agriculteurs en apportaient au tabernacle, ou au Temple, les premiers fruits pour les offrir à Dieu. Ils offraient non pas "les restes", mais les prémices !

 

Moïse justifie cette pratique par deux raisons : la justice et l’espérance. C’était une question de justice, car la terre qui produisait ces récoltes, la Terre Promise, avait été donnée par Dieu aux Israélites de manière miraculeuse. Israël était redevable de tout à Dieu. Lui donner les premiers fruits était une question de reconnaissance.

 

C’était aussi une question d’espérance. Le bonheur auquel ils aspiraient ne pouvait venir que de Dieu, et non d’une quelconque richesse ou prospérité. Le fait d’offrir à Dieu était également pour eux une manière de reconnaître qu’aucune richesse matérielle ou plaisir terrestre ne pouvait leur assurer la plénitude qu’apporte l’amitié dvine.

 

En d’autres mots, le fait d’offrir les prémices permettait aux Israélites de se souvenir du vrai contexte de leur vie. Leur vie faisait partie d’une histoire, celle du salut de Dieu, une histoire qui plonge ses racines dans le passé et qui atteindra son accomplissement dans le futur. Ainsi, en faisant mémoire du passé, ils assuraient leur avenir.

 

La même chose vaut pour nous aujourd’hui. Nous faisons partie, nous aussi, d’une histoire, de l’histoire du salut. Le Carême est le temps favorable pour nous souvenir de ce vaste horizon de notre vie. Dans son message pour le Carême de 2010, Benoît XVI avait insisté sur ce point : les biens matériels ne peuvent pas nous procurer ce que nous désirons le plus :

 

« Ce qui est essentiel pour l’homme ne peut être garanti par la loi. Pour qu’il puisse jouir d’une vie en plénitude il lui faut quelque chose de plus intime, de plus personnel et qui ne peut être accordé que gratuitement : nous pourrions dire qu’il s’agit pour l’homme de vivre de cet amour que Dieu seul peut lui communiquer, l’ayant créé à son image et à sa ressemblance. Certes les biens matériels sont utiles et nécessaires. D’ailleurs, Jésus lui-même a pris soin des malades, il a nourri les foules qui le suivaient et, sans aucun doute, il réprouve cette indifférence qui, aujourd’hui encore, condamne à mort des centaines de millions d’êtres humains faute de nourriture suffisante, d’eau et de soins. Cependant, la justice distributive ne rend pas à l’être humain tout ce qui lui est dû. L’homme a, en fait, essentiellement besoin de vivre de Dieu parce que ce qui lui est dû dépasse infiniment le pain. »

 

Garder présent à l’esprit ce vaste horizon de notre foi est important pour notre croissance dans la maturité spirituelle. Nous avons vu dans l’Evangile de ce dimanche que le démon s’intéresse à Jésus. Il voulait le détourner de sa mission, ou, en tout cas, anéantir ses efforts pour assumer sa mission. Ce même démon s’intéresse aussi à chacun de nous pour ralentir notre croissance spirituelle et nous détourner de notre mission à nous aussi. Il veut nous faire oublier qu’il y a un combat spirituel qui fait rage autour de nous, et que nous avons un rôle à jouer dans la construction du Royaume du Christ.

 

Pour ce faire, il utilise la même tactique avec nous que celle à laquelle il a eu recours avec Jésus. Il veut que nous nous préoccupions uniquement de plaisirs éphémères. Jésus avait faim ; Jésus voulait construire son Royaume ; Jésus voulait gagner les cœurs des hommes : voilà les objectifs immédiats de Jésus. C’est sur ces objectifs que portent les tentations du démon.

 

Mais Jésus avait aussi d’autres désirs, des désirs à long terme. Il voulait nous apprendre à servir les autres au lieu de se servir soi-même ; il voulait être fidèle à son Père ; il voulait faire de nous ses amis, et pas seulement devenir une célébrité.

 

Ses désirs immédiats ne rendaient pas compte du vaste horizon de sa mission. Son objectif n’était pas de se faire plaisir. C’est en ayant présent à l’esprit toute l’ampleur de sa mission qu’il a pu résister à la tentation et maîtriser ces désirs primaires.

 

A chaque tentation Jésus répond par une citation de la Bible, et la Bible, c’est la chronique de l’histoire de notre salut. C’est la Parole de Dieu au sujet du grand projet de Dieu. Chaque dimanche, en nous mettant en contact avec cette Parole, l’Eglise fait pour nous ce que Jésus a fait : nous rappeler le vaste horizon de notre vie chrétienne, pour que nous aussi, nous puissions résister aux tentations qui nous assaillirons au cours de la semaine à venir.

 

L’Eglise fait sa part pour nous rappeler cela : la Messe dominicale, avec les lectures, les temps liturgiques comme le Carême… L’Eglise fait sa part pour nous rappeler toute l’ampleur de notre mission en tant que chrétiens, pour nous éviter de tomber dans les pièges du démon, pour que nous ne nous laissions pas détourner de notre vraie mission : aimer Dieu et aimer notre prochain.

 

Mais nous aussi, nous avons notre part à faire. Nous devons accepter ce rappel. Nous devons l’accepter en théorie, mais aussi en pratique, d’une manière très concrète, comme les Juifs. Une façon d’accepter ce rappel, c’est de s’acquitter de la dîme.

 

Payer la dîme, c’est la façon moderne de donner les prémices au Seigneur, non pas en nature, mais en espèces. Cela consiste à donner les premiers dix pour cent de nos revenus, quel qu’en soit le montant, à Dieu. Chaque baptisé a le devoir, la responsabilité, de contribuer à soutenir les efforts d’évangélisation du monde par l’Eglise. C’est une des raisons pour lesquelles il y a une collecte chaque dimanche.

 

Nous pourrions avoir tendance à penser que ce soutien est comme une donation à une œuvre charitable comme la Croix Rouge ou le Secours Catholique. C’est faux ! C’est un acte de religion. La corbeille qui passe au milieu de vous chaque dimanche est comme la corbeille que Moïse a placée devant le Seigneur. Cette corbeille doit être remplie de dons significatifs, des dons qui expriment la justice et l’espérance, des dons qui expriment le fait que vous prenez conscience que toutes les bonnes choses dans votre vie viennent de Dieu (c’est la justice), et que l’accomplissement, la plénitude à laquelle nous aspirons en cette vie, viendra aussi de lui (c’est l’espérance).

 

En d’autres mots, payer la dîme nous aide à vérifier si nous ne donnons pas au Seigneur que nos restes.

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