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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee c (2009-2010)

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du deuxième dimanche du temps ordinaire A - 3

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

« C’est de lui que j’ai dit : Derrière-moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi, il était. Je ne le connaissais pas ». 

 
Après avoir réaffirmé la prééminence de Jésus, l’affirmation – je ne le connaissais pas- nous semble étrange car Jean a dû connaître son cousin Jésus. Mais, Jean nous dévoile autre chose : Il n’avait pas vu ni compris que derrière ce fils effacé du menuisier il y avait le Désiré d’Israël : le Messie. Ainsi en est-il de bien des réalités et des signes divins qui se cachent sous des aspects indiscernables ou simples sauf pour une foi constamment en éveil. Dieu nous touche alors comme pour le baptiste : il lui a fait pressentir sa mission sous trois aspects. 

 
En premier lieu, il sait d’abord que celui qui vient après lui est le messager important, et même le seul important, puisqu’ « avant lui, il était », donc un être qui vient de l’éternité de Dieu. 


En second lieu, il sait le contenu de sa mission : il est destiné, par son baptême dans l’eau, à faire connaître à Israël celui qui vient. En revanche, il ne connaît ni le but ni l’achèvement de sa mission. 


En troisième lieu, il reçoit un point de repère pour percevoir l’instant où commence cet accomplissement : la colombe-Esprit descendant et demeurant sur l’élu.

 

(à suivre)


Homélie Christ Roi C 2010 – La Royauté paradoxale du Christ

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

christ-roi-C-ev.jpg

 

Nous célébrons un moment crucial de l’histoire humaine: Jésus Christ est crucifié sur le Calvaire. D’un point de vue humain, c’est un désastre. C’est l’humanité qui rejette et qui élimine son Créateur, son Sauveur et son Dieu.


Et pourtant, avec toute l’Eglise dans le monde entier nous célébrons aujourd’hui la royauté universelle du Christ. Les rois ne doivent-ils pas être puissants pour pouvoir gouverner efficacement ? Ne doivent-ils pas être victorieux ? Alors pourquoi nous avons devant les yeux un homme impuissant, pitoyable, suspendu à une croix ?


C’est parce que la Croix est le trône de notre Roi. Le Christ ne siège pas dans un de ces fauteuils en velours, rembourrés, ornés de dorures et de diamants, comme les rois de ce monde qui passe ; il règne de la Croix.


Comment cela ? Comment ce signe de défaite cinglante peut-il être en même temps le signe de la victoire définitive de notre Roi ? C’est ce que Jean Paul II appelait le paradoxe de la Royauté du Christ. Cette victoire est inaugurée en ce monde, mais elle n’est pas de ce monde. Elle commence dans les cœurs de ses disciples, de chrétiens comme vous et moi, de tous ceux qui croient en lui et qui lui obéissent. L’Eglise et les saints sont des signes vivants de ce Royaume, comme les bourgeons sont les signes avant-coureurs de la frondaison.


Ainsi, comme le Royaume du Christ  transcende ce monde, on peut comprendre que son trône est différent des trônes de ce monde. Le Royaume du Christ est fondé sur la puissance irrésistible de l’amour inconditionnel de Dieu pour chacun de nous. Sur la croix, Jésus nous révèle cet amour en souffrant et en mourant pour nous sauver, alors même que nous sommes encore pécheurs. Lors de la Résurrection, cette puissance irrésistible éclatera au grand jour. Voilà pourquoi notre Roi règne sur le trône de la Croix.

 

 

Le Bon Larron a bien compris cela. Le mauvais larron, lui, n’a rien compris du tout. Pilate et Hérode, ceux qui gouvernent le monde, n’ont rien compris non plus. Quand Jésus est suspendu à la Croix, révélant l’amour rédempteur de Dieu, ils se moquent de lui et l’injurient. Ils savent qu’il a revendiqué les titres de Messie, de Sauveur, de Roi d’Israël, mais ils sont incapables d’imaginer cette royauté autrement que de manière humaine. Alors, ils mettent Jésus au défi de prouver qu’il est vraiment roi en descendant de la Croix. Si Jésus pouvait éliminer la souffrance et l’injustice en descendant de la croix, pensent-ils, il apporterait la preuve qu’il est vraiment capable d’être roi.


Mais Jésus ne le fait pas. Il ne leur répond même pas en donnant des explications. Il continue de souffrir injustement jusqu’à la fin. Et c’est alors que le Bon Larron prend conscience de la vérité. Il se rend compte qu’il y a plus que ce que nous voyons, ressentons et comprenons en ce monde. Il se rend compte que Jésus possède les clés d’un Royaume tellement plus grand que n’importe quel autre royaume passé, présent ou à venir. Il se rend compte que le Royaume du Christ pourrait commencer sur la terre par la foi, l’espérance et l’obéissance, mais qu’il n’atteindrait sa plénitude que dans l’au-delà, et c’est alors qu’il prie :


« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne. »


A cette demande-là, Jésus répond. Comme un vrai Roi, il accorde cette faveur. Il ne supprime pas la souffrance du Bon Larron – son Royaume n’est pas de ce monde – mais il lui a donne un sens ; il en fait une échelle, une passerelle, vers le Paradis. Le Bon Larron, suspendu à sa croix, mourant, torturé, dans des souffrances atroces, est heureux, parce qu’il s’est mis sous la protection du Roi, et il sait que ce Roi tiendra sa promesse.


 

Nous voulons tous connaître ce bonheur, cette paix intérieure qui est le lot de ceux qui se mettent sous la conduite du Christ, et qui confient leur vie à ses soins. Nous voulons tous que notre vie ait un sens, qu’elle laisse des traces en ce monde, pas seulement de manière éphémère, comme une petite égratignure superficielle, mais des traces durables. Aujourd’hui, l’Eglise nous rappelle que ce désir-là est un bon désir, que nous avons été créés pour quelque chose de plus grand qu’un confort ou un plaisir passagers, une popularité mondaine, ou un succès terrestre.


Comment pouvons-nous réaliser ce désir ? Tout simplement en suivant le Christ, simplement en le mettant de plus en plus au centre de notre vie. Le Christ est notre Roi, notre Sauveur, notre Compagnon de route, l’Ami de nos âmes. Il nous connaît de fond en comble, et il a pour nous un amour sans bornes. Il fait tout pour nous faciliter la tâche. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous décider que la priorité de notre vie, c’est de le connaître, d’aimer et de l’imiter un peu plus chaque jour, de nous laisser gouverner par lui comme notre Roi.


Nous pouvons mieux le connaître par la prière et par l’étude de sa Parole dans l’Ecriture et dans l’enseignement de l’Eglise. Nous pouvons mieux l’aimer en obéissant à ses commandements et à la voix de notre conscience. Nous pouvons l’imiter en aimant notre prochain, sans exception, comme il nous a aimés.


Dans l’Eucharistie de ce jour, Jésus renouvelle sa promesse pour nous, en même temps que son invitation à nos cœurs. Avec reconnaissance et enthousiasme, répondons-lui en renouvelant notre engagement envers lui, notre "oui" à son appel. C’est ainsi que nous pouvons faire chacun sa part, pour que son Règne vienne, pour que sa Volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel.

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du 33e dimanche ordinaire

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile selon saint Luc (21, 5-19) de ce 33e dimanche du temps ordinaire: >> RealAudioMP3

 

homelie

 

En ce trente-troisième dimanche du temps ordinaire, l’évangile nous invite à une lecture profonde des signes des temps. Non pour nous affoler et nous mettre dans la crainte et la peur mais au contraire pour nous inciter à rester ferme dans la foi.


Jésus se trouve face au temple et ses disciples s’extasient devant sa beauté.


Il est vrai que le temple est le lieu unique de la présence de Dieu où chacun peut se rendre pour le rencontrer, et il symbolise l’unité de la communauté qui reçoit son identité de lui.


Et voilà que Jésus déclare : « il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». On peut imaginer le coup de tonnerre que cela signifie : Dieu ne sera plus au milieu de son peuple et ce peuple sera anéanti dans son identité !


Pour tout croyant, cela signifie que Dieu a rompu son alliance ou qu’il l’a laissé se rompre. Alors que va-t-il devenir ?


Mais non-content de prédire cela, Jésus surenchérit en décrivant de faux-prophètes qui entraineront les foules dans l’erreur. Il annonce que les nations se dresseront les unes contre les autres ; que les soubresauts de la terre et les maladies se multiplieront et que de grands signes surviendront.


On a l’impression de relire les événements de notre époque et beaucoup voudrait y lire la fin des temps. Sommes-nous dans les temps derniers de l’apocalypse ? Est-ce la fin du monde ?
Bien sûr que non : la forme littéraire d’annonce de grandes catastrophes peut s’appliquer à toutes les époques et à toutes les histoires des nations !


Le genre apocalyptique n’est pas la pour apeurer mais pour révéler.


Et que nous révèle donc Jésus ?


Que sa bonne nouvelle n’apportera pas forcement la paix en ce monde, mais ira jusqu’à engendrer la division. Car il faudra le choisir radicalement et ne pas tergiverser avec les compromis de ce monde. Et plus les puissances terrestres augmenteront et plus leur opposition à la bonne nouvelle deviendra absolue.


Le paradoxe ne fera que s’amplifier : alors que Jésus a déclaré bienheureux les faibles et les artisans de paix, dans les Béatitudes, voilà que leur présence fait se dresser plus hautes les vagues de l’histoire du monde. Ils sont marginalisés à tel point que le monde les rend insignifiants : seuls comptent la puissance du pouvoir. Jésus le vivra lui-même : alors que sa personne révèle le Fils de Dieu, les « à mort » de la foule ne deviennent que plus pressants. Face à la vérité, l’histoire du monde répond par une révolte de plus en plus violente.


C’est pourquoi la persécution ne sera pas un épisode occasionnel mais un « existential » c’est-à-dire une « accroche à son existence » pour le chrétien dans l’Église du Christ. Car sa vie et son message sont de telle nature que la puissance de ce monde s’y opposera toujours.


« On portera la main sur vous et on vous persécutera…Vous serez livrés par vos parents, vos frères, et ils feront mettre à mort certains de votre famille… ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction ».


Seigneur, je n’ai pas peur que les événements adviennent car tu es là, mais fais que je ne défaille pas lorsque j’ai ou j’aurai à témoigner de la Vérité, de ta seule vérité lorsque le monde ne voudra pas.

 

(Radio Vatican)

Benoît XVI, Homélie Consécration Sagrada Familia (Barcelone)

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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(en catalan)

Frères et Sœurs bien-aimés dans le Seigneur,

« Ce jour est consacré au Seigneur, votre Dieu ! Ne soyez pas tristes, ne pleurez pas !... La joie du Seigneur est votre rempart ! » (Ne 8, 9-11). Par ces paroles de la première lecture que nous avons proclamée, je désire vous saluer, vous tous qui êtes ici présents pour participer à cette célébration. J’adresse mes salutations affectueuses à Leurs Majestés le Roi et la Reine d’Espagne, qui ont voulu s’unir cordialement à nous. Mon salut reconnaissant va à Monsieur le Cardinal Lluís Martínez Sistach, Archevêque de Barcelone, pour ses paroles de bienvenue et pour son invitation à procéder à la Dédicace de cette église de la Sagrada Familia, merveilleuse synthèse de technique, d’art et de foi. Je salue aussi le Cardinal Ricardo María Carles Gordó, Archevêque émérite de Barcelone, les autres Cardinaux et mes frères dans l’Épiscopat, en particulier l’Évêque auxiliaire de cette Église particulière, ainsi que les nombreux prêtres, diacres, séminaristes, religieux et fidèles qui participent à cette célébration solennelle. En même temps, j’adresse mon salut déférent aux Autorités nationales, régionales et locales, ainsi qu’aux membres des autres communautés chrétiennes, qui s’unissent à notre joie et à notre action de grâce envers Dieu.

(en espagnol)


Ce jour est un moment significatif dans une longue histoire d’aspirations, de travail et de générosité, qui dure depuis plus d’un siècle. Je voudrais maintenant faire mémoire de chacune des personnes qui ont permis la joie qui domine aujourd’hui en nous tous : des promoteurs jusqu’aux exécutants de cette œuvre ; de ses architectes et de ses maçons, jusqu’à tous ceux qui ont offert, d’une manière ou d’une autre, leur contribution irremplaçable pour rendre possible la construction progressive de cet édifice. Et nous nous souvenons surtout de celui qui fut l’âme et l’artisan de ce projet : Antoni Gaudí, architecte génial et chrétien cohérent, dont le flambeau de la foi brûla jusqu’à la fin de son existence, vécue avec une dignité et une austérité absolue. Cet événement est aussi, en quelque façon, le point culminant et l’aboutissement d’une histoire de cette terre catalane qui, surtout à partir de la fin du XIXème siècle, donna une multitude de saints et de fondateurs, de martyrs et de poètes chrétiens. Histoire de sainteté, de créations artistiques et poétiques, nées de la foi, qu’aujourd’hui nous recueillons et présentons en offrande à Dieu dans cette Eucharistie.

La joie que j’éprouve de pouvoir présider cette célébration a encore grandi quand j’ai su que cet édifice sacré, depuis ses origines, est étroitement lié à la figure de saint Joseph. Ce qui m’a particulièrement ému, c’est l’assurance avec laquelle Gaudí, face aux innombrables difficultés qu’il devait affronter, s’exclama plein de confiance en la divine Providence : « Saint Joseph complètera l’église ». Par conséquent, il n’est pas sans signification maintenant que ce soit un Pape dont le nom de baptême est Joseph qui en fasse la dédicace.

Que signifie faire la dédicace de cette église ? Au cœur du monde, sous le regard de Dieu et devant les hommes, dans un acte de foi humble et joyeux, nous avons élevé une imposante masse de matière, fruit de la nature et d’un incalculable effort de l’intelligence humaine qui a construit cette œuvre d’art. Elle est un signe visible du Dieu invisible, à la gloire duquel s’élancent ces tours, flèches qui indiquent l’absolu de la lumière et de celui qui est la Lumière, la Grandeur et la Beauté mêmes.

Dans ce cadre, Gaudí a voulu unir l’inspiration qui lui venait des trois grands livres dont il se nourrissait comme homme, comme croyant et comme architecte : le livre de la nature, le livre de la Sainte Écriture et le livre de la Liturgie. Ainsi il a uni la réalité du monde et l’histoire du salut, comme elle nous est racontée dans la Bible et rendue présente dans la Liturgie. Il a introduit dans l’édifice sacré des pierres, des arbres et la vie humaine, afin que toute la création converge dans la louange divine, mais, en même temps, il a placé à l’extérieur les retablos, pour mettre devant les hommes le mystère de Dieu révélé dans la naissance, la passion, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Il collabora ainsi de manière géniale à l’édification d’une conscience humaine ancrée dans le monde, ouverte à Dieu, illuminée et sanctifiée par le Christ. Et il réalisa ce qui est aujourd’hui une des tâches les plus importantes : dépasser la scission entre conscience humaine et conscience chrétienne, entre existence dans ce monde temporel et ouverture à la vie éternelle, entre la beauté des choses et Dieu qui est la Beauté. Antoni Gaudí n’a pas réalisé tout cela uniquement avec des paroles, mais avec des pierres, des lignes, des superficies et des sommets. En réalité, la beauté est la grande nécessité de l’homme ; elle est la racine de laquelle surgissent le tronc de notre paix et les fruits de notre espérance. La beauté est aussi révélatrice de Dieu, parce que, comme Lui, l’œuvre belle est pure gratuité, elle invite à la liberté et arrache à l’égoïsme.

Nous avons dédié cet espace sacré à Dieu, qui s’est révélé et donné à nous dans le Christ pour être définitivement Dieu parmi les hommes. La Parole révélée, l’humanité du Christ et son Église sont les trois expressions les plus grandes de sa manifestation et de son don aux hommes. « Que chacun prenne garde à la façon dont il construit. Les fondations, personne ne peut en poser d’autres que celles qui existent déjà : ces fondations, c’est Jésus Christ » (1 Co 3, 10-11), dit saint Paul dans la deuxième lecture. Le Seigneur Jésus est la pierre qui soutient le poids du monde, qui maintient la cohésion de l’Église et qui recueille dans une ultime unité toutes les conquêtes de l’humanité. En lui nous avons la Parole et la Présence de Dieu, et de Lui l’Église reçoit sa vie, sa doctrine et sa mission. L’Église ne tire pas sa consistance d’elle-même ; elle est appelée à être signe et instrument du Christ, dans une pure docilité à son autorité et entièrement au service de son mandat. L’unique Christ fonde l’unique Église ; il est le rocher sur lequel se base notre foi. Fondés sur cette foi, nous cherchons ensemble à montrer au monde le visage de Dieu, qui est amour et qui est l’unique qui peut répondre à l’ardent désir de plénitude de l’homme. Telle est la grande tâche, montrer à tous que Dieu est un Dieu de paix et non de violence, de liberté et non de contrainte, de concorde et non de discorde. En ce sens, je crois que la consécration de cette église de la Sagrada Familia, à une époque où l’homme prétend édifier sa vie en tournant le dos à Dieu, comme s’il n’avait plus rien à lui dire, est un événement de grande signification. Par son œuvre, Gaudí nous montre que Dieu est la vraie mesure de l’homme, que le secret de la véritable originalité consiste, comme il le disait, à revenir à l’origine qui est Dieu. Lui-même, ouvrant ainsi son esprit à Dieu, a été capable de créer dans cette ville un espace de beauté, de foi et d’espérance, qui conduit l’homme à la rencontre de Celui qui est la vérité et la beauté même. L’architecte exprimait ainsi ses sentiments : « Une église [est] l’unique chose digne de représenter ce que ressent un peuple, puisque la religion est ce qu’il y a de plus élevé dans l’homme ».

Cette affirmation de Dieu porte en soi la suprême affirmation et sauvegarde de la dignité de tout homme et de tous les hommes : « N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu… Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous » (1 Co 3, 16-17). Ici sont unies la vérité et la dignité de Dieu à la vérité et la dignité de l’homme. Par la consécration de l’autel de cette église, gardant présent à l’esprit que le Christ est son fondement, nous présentons au monde Dieu qui est l’ami des hommes, et nous invitons les hommes à être amis de Dieu. Comme l’enseigne l’épisode de Zachée, dont parle l’évangile d’aujourd’hui (cf. Lc 19, 1-10), si l’homme laisse entrer Dieu dans sa vie et dans son monde, s’il laisse le Christ vivre dans son cœur, il ne le regrettera pas, mais au contraire il fera l’expérience de la joie de partager sa vie même, étant destinataire de son amour infini.

L’initiative de la construction de cette église est due à l’Association des Amis de saint Joseph, qui voulut la dédier à la Sainte Famille de Nazareth. Depuis toujours, le foyer formé par Jésus, Marie et Joseph a été considéré comme une école d’amour, de prière et de travail. Les promoteurs de cette église voulaient montrer au monde l’amour, le travail et le service réalisés devant Dieu, comme les vécut la Sainte Famille de Nazareth. Les conditions de vie ont profondément changés et avec elles on a progressé énormément dans les domaines techniques, sociaux et culturels. Nous ne pouvons pas nous contenter de ces progrès. Ils doivent toujours être accompagnés des progrès moraux, comme l’attention, la protection et l’aide à la famille, puisque l’amour généreux et indissoluble d’un homme et d’une femme est le cadre efficace et le fondement de la vie humaine dans sa gestation, dans sa naissance et dans sa croissance jusqu’à son terme naturel. C’est seulement là où existent l’amour et la fidélité, que naît et perdure la vraie liberté. L’Église demande donc des mesures économiques et sociales appropriées afin que la femme puisse trouver sa pleine réalisation à la maison et au travail, afin que l’homme et la femme qui s’unissent dans le mariage et forment une famille soient résolument soutenus par l’État, afin que soit défendue comme sacrée et inviolable la vie des enfants depuis le moment de leur conception, afin que la natalité soit stimulée, valorisée et soutenue sur le plan juridique, social et législatif. Pour cela, l’Église s’oppose à toute forme de négation de la vie humaine et soutient ce qui promeut l’ordre naturel dans le cadre de l’institution familiale.

Contemplant avec admiration ce saint espace d’une beauté fascinante, avec tant d’histoire de foi, je demande à Dieu qu’en cette terre catalane se multiplient et se fortifient de nouveaux témoins de sainteté, qui offrent au monde le grand service que l’Église peut et doit rendre à l’humanité : être une image de la beauté divine, une flamme ardente de charité, un canal pour que le monde croie en Celui que Dieu a envoyé (cf. Jn 6, 29).

Chers frères, en consacrant cette splendide église, je supplie en même temps le Seigneur de nos vies qu’à partir de cet autel, qui va maintenant être oint avec l’huile sainte et sur lequel se consumera le sacrifice d’amour du Christ, jaillisse un fleuve incessant de grâce et de charité sur cette ville de Barcelone et sur ses habitants, ainsi que sur le monde entier. Que ces eaux fécondes remplissent de foi et de vitalité apostolique cette Église archidiocésaine, ses Pasteurs et ses fidèles.

(en catalan)


Je désire enfin confier à la protection aimante de la Mère de Dieu, Marie la Très Sainte, Rosa d’abril, Mare de la Mercè, vous tous qui êtes ici présents et toutes les personnes qui en paroles et en actes, dans le silence ou la prière, ont rendu possible ce miracle architectural. Qu’elle présente aussi à son divin Fils les joies et les souffrances de ceux qui viendront à l’avenir dans ce lieu sacré, pour que, selon la Liturgie de la dédicace des églises, les pauvres puissent trouver miséricorde, les opprimés obtenir la vraie liberté et tous les hommes se revêtir de la dignité d’enfants de Dieu. Amen.

 

Sainte Messe. Église de la Sagrada Familia de Barcelone

Dimanche 7 novembre 2010

 

(Radio Vatican)

Jean-Côme About, Évangile du 31e dimanche du temps ordinaire

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile selon saint Luc (19, 1-10) de ce 31e dimanche du temps ordinaire. >> RealAudioMP3 

 

homelie


Dimanche dernier, le Seigneur répondait à notre question : « Quelle prière monte vers Dieu ? » en nous parlant du pharisien et du publicain. Aujourd’hui Jésus semble nous faire franchir un pas de plus en répondant à notre interrogation : « Comment la grâce nous rejoint et nous touche-t-elle ? », au travers de l’épisode de Zachée. 


Voilà un homme qui a tout pour plaire : il est un collaborateur des romains et collecte pour eux les impôts. Il a obtenu sa charge par enchères comme le pratiquaient les romains. C’est-à-dire qu’il a été le plus offrant quant à la somme des impôts qu’il s’engageait à collecter pour eux. Ainsi, pour répondre à son engagement et comme beaucoup de publicains, il n’hésite pas à prélever plus que de normal pour être sûr de rentrer dans ses frais. Il est donc riche, et même très riche, car il est chef des publicains. On imagine sans peine la réputation que l’on faisait à ces gens là et, vis-à-vis de la Loi, ils symbolisaient le péché par excellence en tant que traitres à leur peuple et infidèles à la Loi de Dieu en institutionnalisant l’injustice. 


Et voilà ce Zachée attiré par la venue de Jésus et qui grimpe sur un arbre pour l’apercevoir. 


« Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l’interpella : “Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi” ». 


Jésus prend l’initiative de lui demander quelque chose afin de pouvoir lui donner. Il s’invite chez lui car il sait que sa présence peut changer ce cœur dans l’attente. 


Et c’est tout le mode d’action de l’itinéraire de la grâce que Jésus décrit pour chacun. 


La grâce se propose et elle demande, car elle sait que son action peut convertir et rendre à Dieu le cœur de la personne blessée ou décalée par le péché. Elle demande simplement et lorsque la réponse est conciliante, elle ne se contente pas de passer, elle demeure comme Jésus un long temps pour conjointement opérer avec l’âme de la personne les changements nécessaires. 


« Voilà, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus ».


La grâce inonde d’abord le cœur de charité ; elle réactive l’amour qui avait disparu, submergé par le péché. Puis elle rétablit la justice, qui ancre ce même cœur dans la fidélité et le structure dans la foi. 


Point n’est besoin d’être digne d’elle pour la recevoir, comme l’imposent les pharisiens, c’est elle qui rend digne de Dieu si on lui ouvre son âme.


« Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, car lui, aussi est un fils d’Abraham. En effet le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». 


Quelle joie de savoir que la grâce par le Christ, que la grâce dans ma foi peut toujours me toucher et me relever et qu’elle s’invite constamment !


Tant d’hommes et de femmes l’ont accueillie, l’ont vécue et en ont rayonné : nous les fêterons demain. Car la sainteté n’est pas d’être parfait en moi-même mais de laisser la grâce divine, m’identifier selon son désir, à la seule sainteté qui existe : l’amour éternel de Dieu. 

 

(Radio Vatican)

Homélie Toussaint - Toussaint pour les gens. Et pour vous ?

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
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    Trouvé sur la page d'accueil de Skynet, ce sondage à propos de "la Toussaint".
 
Que représente la Toussaint pour vous ?
- Un jour pour se souvenir des disparus
- L’occasion de fleurir les tombes de vos proches
- Une opportunité de se retrouver en famille
- Une vulgaire opération commerciale
- Le rendez-vous des hypocrites, pas besoin d’une fête pour penser aux défunts
- Un jour de congé toujours bon à prendre
- Rien de particulier

    Je ne sais pas quel a été le résultat de ce sondage. Mais vous avez remarqué, je l'espère, que les rédacteurs de ce sondage n'ont pas prévu la possibilité de donner une réponse correcte ! Oubli ? Erreur ? Omission volontaire ? Ignorance crasse ? En tout cas il y a encore du pain sur la planche pour la nouvelle évangélisation.
 
    "Que représente la Toussaint pour vous ?"... Cela me fait penser à la question de Jésus à ses disciples : "Pour les hommes qui suis-je ? ... Et pour vous ... ?"
 
    Et pour vous, que signifie la Toussaint ?...

 

 

Pour lire la suite de l'homélie, cliquer ici


Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du 30e dimanche ordinaire

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile selon saint Luc (18, 9-14) de ce 30e dimanche du temps ordinaire: >> RealAudioMP3


 


 

 

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En ce trentième dimanche du temps ordinaire, le Seigneur vient caricaturer deux figures de personnes qui s’adressent à Dieu : le pharisien et le publicain. Et nous pourrions tomber dans ce même panneau de caricaturer l’attitude des autres que nous voyons prier ou de nous identifier à ces deux extrêmes que décrit Jésus. Mais est-ce son dessein de nous renvoyer à nous-mêmes pour nous culpabiliser ou nous affranchir davantage ?


Non, sa seule pédagogie est de nous mener vers la vérité de Dieu. Et le récit nous offre une attitude spirituelle essentielle à développer dans notre foi.
Quelle prière monte donc jusqu’à Dieu ?
Nous avons deux hommes qui prient dans le Temple.
L’un se tient « la tête haute » comme si le Temple lui appartenait, l’autre se tient « à distance », comme s’il avait franchi le seuil d’une maison qui n’est pas la sienne.
Le premier « prie en lui-même », c’est-à-dire en fait qu’il s’adresse à lui-même. Au fond, il ne prie pas du tout Dieu, mais fait devant ses propres yeux un étalage de ses vertus, dont il pense que, si lui-même les voit, Dieu surtout les verra, les remarquera, les admirera. « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne ».
Et il fait tout cela en se distinguant résolument des « autres hommes » dont aucun n’atteint le degré de sa perfection.
C’est souvent cette attitude qui nous submerge lorsque nous laissons notre ego et son égoïsme prendre le pas sur notre bonté naturelle. Alors nous trouvons tous les autres différents, insipides et seule notre propre estime reste honorable à nos yeux. Mais à force de se voir au dessus de tout, nous n’assumons plus le monde et il ne nous touche plus.
L’homme puis sa croix, c’est-à-dire sa souffrance, nous deviennent étrangers et Dieu lui-même nous devient inutile, seul compte alors mon seul bien-être et ma vie personnelle.
Ainsi fait le pharisien qui suit la voie du « se trouver soi-même », qui est exactement celle de la « perte de Dieu ».

« Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ».
Le publicain ne trouve en lui-même que péché, un vide de Dieu qui, dans la prière de supplication : « prends pitié de moi », devient un vide pour Dieu, un vide que Dieu peut alors entièrement emplir de son amour, de son pardon et de sa présence.
Il ne s’agit pas de se complaire dans sa situation de pécheur ni de cultiver le péché ; il s’agit d’humblement, honnêtement de reconnaître sa volontaire indigence spirituelle qui a tellement perturbé notre relation d’amour à Dieu qu’elle l’a exclu de ce que nous vivons.
Quiconque prend pour but ultime sa propre perfection, ne trouvera jamais Dieu.
Mais qui a l’humilité de laisser la perfection de Dieu devenir agissante dans son propre vide – non pas passivement, mais en travaillant avec le talent qu’il a reçu – sera aux yeux de Dieu un « justifié ».
N’hésitons pas, redonnons à Dieu sa place dans notre vie, et dans ces jours qui nous mènent à la Toussaint, laissons Dieu rétablir notre place dans la communion des saints.

 

(Radio Vatican)

Homélie 30 T.O.C. 2007 - Le pharisien et le publicain : une parabole de la justification par la foi

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
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Jésus disait une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager (Lc 8, 1)

    C'était l'introduction à l'évangile de dimanche dernier. "Il faut toujours prier sans se décourager." Je vous le rappelle en ce dernier dimanche du mois du Rosaire. La prière n'est pas toujours une fête. Sinon, ce ne serait pas bien difficile d'y persévérer ! "Il faut", c'est l'expression habituellement employée par Jésus dans les évangiles pour parler de sa passion (et de sa résurrection), par exemple au verset 25 du chapitre précédent :

Il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération.


    Il faut, il faut ... Pour que le disciple puisse persévérer dans la foi en Jésus au milieu des tribulations, "il faut" qu'il prie sans cesse...

 

 

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Homélie 29 TOC - Transmets la Parole que tu reçois

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

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  Messe de rentrée des jeunes du cheminement


    "Transmets la Parole que tu reçois": voilà le thème qui a été retenu pour la célébration de ce dimanche de la mission universelle, et en lien avec l'exhortation de saint Paul à Timothée : "Proclame la Parole à temps et à contretemps". Cette Parole n'est pas seulement une parole écrite qu'on peut lire dans un livre qu'on appelle la Bible. Le Christ lui-même s'est fait Parole : "Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous" (Jn 1, 14).

    La Parole que nous devons recevoir et transmettre est donc une Parole vivante. Recevoir cette Parole veut dire : croire en Jésus, Fils de Dieu fait homme. "Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" Cette question que Jésus nous pose doit nous interpeler : aujourd'hui, sommes-nous de ceux qui croient, de cette minorité ("petit troupeau", dira Jésus) de ceux qui croient ? Si nous attendons que tout le monde croie pour suivre le mouvement, nous risquons d'attendre longtemps.


 

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Mise à jour: "C'est la foi des simples qui abat les faux dieux" (Benoît XVI)

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

La transcription intégrale de l'homélie improvisée du pape lors de la première session du synode spécial sur le Moyen-Orient. Capitaux financiers, terrorisme, drogue, idéologies dominantes. L'ascension et la chute des puissances de ce monde, interprétées à la lumière de l'Apocalypse  

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Chers frères et sœurs, le 11 octobre 1962, il y a 48 ans, le pape Jean XXIII inaugurait le concile Vatican II. On célébrait alors, le 11 octobre, la fête de la Maternité divine de Marie et, par ce geste, à cette date, le pape Jean a voulu confier tout le concile aux mains maternelles, au cœur maternel de la Vierge Marie. Nous commençons, nous aussi, nos travaux un 11 octobre ; nous voulons, nous aussi, confier ce synode, avec tous les problèmes, tous les défis, tous les espoirs, au cœur maternel de la Vierge Marie, de la Mère de Dieu.

Pie XI, en 1930, avait introduit cette fête, 1 500 ans après le concile d’Éphèse qui avait légitimé pour Marie le titre de "Théotokos", "Dei Genitrix". Dans cette grande expression "Dei Genitrix", "Théotokos", le concile d’Éphèse avait résumé toute la doctrine relative au Christ, à Marie, toute la doctrine de la rédemption. Cela vaut donc la peine de réfléchir un peu, quelques instants, à ce dont parle le concile d’Éphèse, à ce dont parle ce jour.

En réalité, "Théotokos" est un titre audacieux. Une femme est Mère de Dieu. On pourrait dire : comment est-ce possible ? Dieu est éternel, il est le Créateur. Nous sommes des créatures, nous sommes dans le temps : comment une personne humaine pourrait-elle être Mère de Dieu, de l'Éternel, étant donné que nous sommes tous dans le temps et tous des créatures ? On comprend donc qu’il y ait eu une forte opposition, en partie, contre cette expression. Les nestoriens disaient : on peut parler d’une "Christotokos", oui, mais pas d’une "Théotokos" : "Theós", Dieu, est au-delà, au-dessus des événements de l’histoire. Mais le concile en a décidé ainsi, et c’est justement de cette façon qu’il a mis en lumière l'aventure de Dieu, la grandeur de ce que celui-ci a fait pour nous. Dieu n’est pas resté en lui-même : il est sorti de lui-même, il s’est tellement uni, si radicalement, à cet homme, Jésus, que cet homme Jésus est Dieu et si nous parlons de lui, nous pouvons toujours parler aussi de Dieu. Ce n’est pas seulement un homme ayant quelque chose à voir avec Dieu qui est né, mais en lui Dieu est né sur la terre. Dieu est sorti de lui-même. Mais nous pouvons aussi dire le contraire : Dieu nous a attirés en lui-même, ce qui fait que nous ne sommes plus hors de Dieu, mais que nous sommes dans l'intime, dans l'intimité de Dieu lui-même.

La philosophie aristotélicienne, on le sait bien, nous dit qu’il n’existe entre Dieu et l’homme qu’une relation non réciproque. L'homme se réfère à Dieu, mais Dieu, l'Éternel, est en lui-même, il ne change pas : il ne peut avoir aujourd’hui cette relation et demain une autre. Il est en lui-même, il n’a pas de relation "ad extra", il n’a pas de relation avec moi. C’est un propos très logique, mais un propos qui nous fait désespérer. Avec l'incarnation, avec la venue de la "Théotokos", un changement radical est intervenu, parce que Dieu nous a attirés en lui-même et que Dieu en lui-même est relation et nous fait participer à sa relation intérieure. Ainsi nous sommes dans son être Père, Fils et Saint-Esprit, nous sommes dans son être en relation, nous sommes en relation avec lui et il a vraiment créé une relation avec nous. À ce moment-là, Dieu a voulu être né d’une femme et être toujours lui-même : c’est là le grand événement. Nous pouvons donc comprendre la profondeur du geste du pape Jean, qui avait confié l’assemblée conciliaire, synodale, au mystère central, à la Mère de Dieu qui est attirée par le Seigneur en lui- même, et par là nous tous avec elle.

Le concile a commencé avec l'icône de la "Théotokos". À la fin, le pape Paul VI a reconnu à la Vierge Marie le titre de "Mater Ecclesiæ". Et ces deux icônes, qui marquent le début et la fin du concile, sont intrinsèquement liées, elles ne sont plus, à la fin, qu’une seule icône. Parce que le Christ n’est pas né comme un individu parmi d’autres. Il est né pour se créer un corps : il est né – comme le dit Jean au chapitre 12 de son Évangile – pour attirer tous les hommes à lui et en lui. Il est né – comme le disent les épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens – pour récapituler le monde entier, il est né comme l’aîné de nombreux frères, il est né pour réunir le cosmos en lui-même, ce qui fait qu’il est la tête d’un grand corps. Avec la naissance du Christ commence le mouvement de la récapitulation, de l’appel, de la construction de son corps, de la sainte Église. La Mère de "Théos", la Mère de Dieu, est Mère de l’Église, parce qu’elle est Mère de celui qui est venu pour nous réunir tous dans son corps ressuscité.

Saint Luc nous le fait comprendre à travers le parallélisme entre le premier chapitre de son Évangile et le premier chapitre des Actes des Apôtres, qui reprennent à deux niveaux le même mystère. Au premier chapitre de l’Évangile, l’Esprit Saint vient sur Marie qui conçoit et nous donne le Fils de Dieu. Au premier chapitre des Actes des Apôtres, Marie est au milieu des disciples de Jésus qui prient tous ensemble, implorant la nuée de l’Esprit Saint. Et c’est ainsi que, de l’Église croyante avec Marie en son centre, naît l’Église, corps du Christ. Cette double naissance est l’unique naissance du Christus totus, du Christ qui embrasse le monde et nous tous.

Naissance à Bethléem, naissance au cénacle. Naissance de l’Enfant Jésus, naissance du corps du Christ, de l’Église. Ce sont deux événements ou un seul. Mais, entre les deux, il y a vraiment la croix et la résurrection. Et ce n’est que par la croix que passe le chemin vers la totalité du Christ, vers son corps ressuscité, vers l'universalisation de son être dans l'unité de l’Église. Et ainsi, puisque seul le grain de blé tombé en terre donne ensuite une récolte abondante, c’est du Seigneur transpercé sur la croix que vient la totalité de ses disciples réunis dans ce corps qui est le sien, ce corps mort et ressuscité.

Tenant compte de ce lien entre "Théotokos" et "Mater Ecclesiæ", nous portons notre regard sur le dernier livre de la Sainte Écriture, l'Apocalypse, dans lequel, au chapitre 12, apparaît justement cette synthèse. La femme vêtue de soleil, ayant une couronne de douze étoiles sur la tête et la lune sous les pieds, accouche. Et elle accouche en criant de douleur, elle accouche avec une grande souffrance. Ici le mystère marial est le mystère de Bethléem élargi au mystère cosmique. Le Christ naît sans cesse de nouveau, à chacune des générations, et ainsi il assume, il recueille l'humanité en lui-même. Et cette naissance cosmique se réalise dans le cri de la croix, dans la souffrance de la passion. Et le sang des martyrs appartient à ce cri de la croix.

Alors, en ce moment, nous pouvons jeter un regard sur le second psaume de cet office du milieu du jour, le psaume 81, dans lequel on voit une partie de ce processus. Dieu se trouve parmi les dieux, encore considérés en Israël comme des dieux. On voit dans ce psaume, de manière très concentrée, en une vision prophétique, la perte de puissance des dieux. Ceux qui paraissaient des dieux n’en sont pas et  ils perdent le caractère divin, ils tombent par terre. "Dii estis et moriemini sicut nomine" (cf. Psaume 82 [81], 6-7) : la perte de puissance, la chute des divinités.

Ce processus qui se réalise au cours du long cheminement de la foi d’Israël et qui est résumé ici en une vision unique, est un véritable processus de l’histoire de la religion : la chute des dieux. Et la transformation du monde, la connaissance du vrai Dieu, la perte de puissance des forces qui dominent la terre, est donc un processus de souffrance. Dans l’histoire d’Israël nous voyons comment cette libération par rapport au polythéisme, cette reconnaissance – "il est le seul Dieu" – se réalisent à travers tant de souffrances, à partir du cheminement d’Abraham, puis l'exil, les Macchabées, jusqu’au Christ. Et il se poursuit au cours de l’histoire, ce processus de perte de puissance dont parle l'Apocalypse en son chapitre 12 ; elle parle de la chute des anges, qui ne sont pas des anges et ne sont pas des divinités sur la terre. Il se réalise vraiment juste au moment de la naissance de l’Église : nous voyons comment les divinités sont alors dépouillées de leur puissance par le sang des martyrs, toutes ces divinités, à commencer par l'empereur-dieu. C’est le sang des martyrs, la souffrance, le cri de la Mère Église qui les fait tomber et transforme ainsi le monde.

Cette chute n’est pas seulement la découverte que ces divinités ne sont pas Dieu. C’est le processus de transformation du monde, au prix du sang, au prix de la souffrance des témoins du Christ. Et si nous y regardons de plus près, nous constatons que ce processus ne finit jamais. Il se réalise aux différentes périodes de l’histoire selon des modalités toujours nouvelles. Même aujourd’hui, en ce moment où le Christ, Fils unique de Dieu, doit naître pour le monde avec la chute des dieux, avec la souffrance, avec le martyre des témoins.

Nous pensons aux grandes puissances de l’histoire d’aujourd’hui, nous pensons aux capitaux anonymes qui réduisent l’homme en esclavage, qui n’appartiennent plus à l’homme mais sont un pouvoir anonyme que servent les hommes, qui les tourmente et les fait même mourir. Ils sont une puissance destructrice qui menace le monde. Il y a aussi la puissance que constituent les idéologies terroristes. La violence est apparemment exercée au nom de Dieu, mais ce n’est pas Dieu : ce sont de fausses divinités, qui doivent être démasquées, qui ne sont pas Dieu. Il y a aussi la drogue, cette puissance qui, comme une bête vorace, étend ses mains sur toute la terre et qui détruit : c’est une divinité, mais une fausse divinité, qui doit tomber. Ou encore la manière de vivre répandue par l'opinion publique : aujourd’hui c’est comme cela, le mariage ne compte plus, la chasteté n’est plus une vertu, et ainsi de suite.

Ces idéologies qui sont si dominantes qu’elles s’imposent avec force, sont des divinités. Et ces divinités doivent tomber dans la souffrance des saints, des croyants, de la Mère Église dont nous faisons partie. Ce que disent les épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens - les dominations, les puissances tombent et sont soumises à l'unique Seigneur Jésus-Christ – doit se réaliser.

Il est question de cette lutte dans laquelle nous sommes plongés, de cette perte de puissance des dieux, de cette chute des faux dieux qui tombent parce que ce ne sont pas des divinités mais des puissances qui détruisent le monde, au chapitre 12 de l'Apocalypse, où l’on trouve aussi une image mystérieuse pour laquelle, me semble-t-il, il y a plusieurs belles interprétations. Il y est dit que le dragon lance contre la femme qui fuit un grand fleuve d’eau, pour l’emporter. Et il paraît inévitable que la femme soit noyée dans ce fleuve. Mais la bonne terre absorbe ce fleuve, qui ne peut plus nuire. Je pense qu’il est facile de donner une interprétation du fleuve : ce sont ces courants qui dominent tout le monde et qui veulent faire disparaître la foi de l’Église, qui paraît ne plus avoir de place face à la force de ces courants qui s’imposent comme l'unique rationalité, comme l'unique façon de vivre. Et la terre qui absorbe ces courants est la foi des simples, qui ne se laisse pas emporter par ces fleuves et qui sauve la mère et le fils. C’est pourquoi le psaume, le premier psaume de l’office du milieu du jour, dit : "La foi des simples est la vraie sagesse" (cf. Psaume 118, 130). Cette vraie sagesse de la foi simple qui ne se laisse pas dévorer par les eaux, est la force de l’Église. Et nous voilà revenus au mystère marial.

Il y a encore une dernière expression dans le psaume 81, "Movebuntur omnia fundamenta terrae" (Psaume 82 [81], 5), toutes les assises de la terre sont ébranlées. On voit aujourd’hui, avec les problèmes climatiques, combien les assises de la terre sont menacées, mais elles sont menacées par notre comportement. Les assises extérieures sont ébranlées parce que les assises intérieures le sont, les assises morales et religieuses, la foi dont découle la juste manière de vivre. Nous savons que la foi est l’assise, et, en définitive, les assises de la terre ne peuvent pas être ébranlées si la foi, la vraie sagesse, reste ferme.

Et le psaume dit : "Lève-toi, Seigneur, et juge la terre" (Psaume 82 [81], 8). De même disons, nous aussi, au Seigneur : "Lève-toi maintenant, prends la terre dans tes mains, protège ton Église, protège l'humanité, protège la terre". Et confions-nous de nouveau à la Mère de Dieu, à Marie, et prions : "Toi, la grande croyante, toi qui as ouvert la terre au ciel, aide-nous, ouvre aujourd’hui encore les portes, pour que triomphe la vérité, la volonté de Dieu, qui est le vrai bien, le vrai salut du monde". Amen.



Les documents du synode, sur le site du Vatican :

> Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient, 10-24 octobre 2010

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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