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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

homelies annee c (2009-2010)

Homélie 6ème dimanche du T.O. Année C – Ce que Jésus désire

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

On ne connaît pas vraiment quelqu’un si on ne sait pas ce qu’il désire, ce qui est important pour lui. Jésus veut que nous le connaissions. Alors il commence sa première homélie en nous disant ce qui est le plus important à ses yeux, en nous disant exactement ce qu’il désire, précisément ce qu’il est venu nous donner sur la terre : le bonheur. Il veut que nous soyons heureux.

 

Dans la Bible, ce mot a une signification précise : un bonheur que Dieu seul peut donner, le bonheur en vue duquel il nous a créés, le bonheur auquel nous aspirons au plus profond de nos cœurs et que nous avons l’impression de ne jamais pouvoir atteindre.

 

Jésus commence sa première homélie de l’Evangile de saint Luc en nous montrant la voie qui mène à ce bonheur-là. Voilà ce qu’il désire pour nous : le bonheur, que notre vie ait un sens, un épanouissement qui va plus loin qu’un bonheur superficiel que l’on peut connaître par l’argent ou la popularité. Jésus est venu nous montrer comment nous pouvons vivre ainsi. C’est ce qu’il désire. Il veut que nous soyons épanouis.

 

C’est quelque chose que nous avons tendance à oublier. Nous tombons facilement dans le piège du démon en voyant la vie chrétienne comme une liste d’obligations qui nous excluent la joie et la liberté. Nous oublions que c’est Dieu qui nous a faits, et que c’est lui qui sait ce qui est le meilleur pour nous. Tout ce que Jésus enseigne, tout ce qu’il nous demande, tout ce que l’Eglise nous enseigne sur la manière dont il faut vivre, ce qu’il faut faire, éviter de faire, c’est le mode d’emploi pour que nous puissions bénéficier au maximum de la vie, être pleinement heureux. Jésus ne veut pas que nous gâchions notre vie ; il veut que nous vivions un vie pleine.

 

« Heureux… », c’est le premier mot dans l’homélie de Jésus. Le mot grec que nous traduisons en français par « heureux » est : makarios, qui a donné le prénom : Macaire, et qui désigne une joie qui vient de Dieu. Les Grecs appelaient l’île de Chypre la makaria, l’île de la joie. Pour eux Chypre était l’endroit parfait, une destination touristique de rêve. C’est une île où la terre est fertile, la nature magnifique, le climat agréable, la vie paisible, le sous-sol riche en minéraux et en ressources naturelles, si bien que la population pouvait se suffire à elle-même. Les habitants n’avaient pas besoin de voyager ou de faire du commerce pour vivre une vie parfaitement confortable. En français on dit : un pays de cocagne.

 

Ainsi, makarios désigne un bonheur qui porte son secret en lui-même, qui ne dépend pas de circonstances extérieures changeantes, parce qu’il est enraciné dans une terre qui ne bouge pas. Quelles sont ces racines ? Autrement dit, de quoi dépend ce bonheur que Jésus désire pour nous ? De Dieu lui-même. Dieu est la seule réalité dans l’univers qui ne dépend pas de circonstances extérieures, la seule réalité sur laquelle nous pouvons toujours compter : un amour éternel, personnel, infini.

 

Voilà ce que nous dit Jérémie (1° lect.) :

 

« Béni soit l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur ».

 

Puisque l’amour, la sagesse, la puissance de Dieu ne change pas quelles que soient les tempêtes ou les difficultés qui nous puissions traverser, si notre espérance est enracinée en Dieu, alors notre joie intérieure sera inaltérée par les circonstances extérieures. Notre cœur, au plus profond de nous-mêmes, sera comme l’île de Chypre, où nous trouverons tout ce dont nous avons besoin pour être vraiment, durablement, dans une joie contagieuse, parce que nous serons remplis de la certitude  que l’amour de ce Dieu qui nous conduit et nous protège nous est acquis en tout temps, et quoiqu’il arrive.

 

Le fait de savoir ce que Jésus veut pour nous constitue une motivation extrêmement forte pour vivre selon ses indications, ce qui n’est pas toujours facile, comme nous savons tous. Mais il ne suffit pas de savoir ce qu’il veut pour nous. Quand viennent les tentations, et quand tous autour de nous y succombent, nous avons besoin de quelque chose de plus que seulement une connaissance : nous avons besoin de force. La force dont nous avons besoin vient de l’Eucharistie. L’Eucharistie, c’est le cœur de Jésus, c’est la force qu’il nous donne. C’est Jésus lui-même, réellement présent sous les apparences du pain et du vin.

 

Quand nous recevons Jésus dans la Sainte Communion, son Cœur nourrit nos cœurs ; ses désirs pleins de pureté, de sagesse, d’amour irriguent et purifient nos propres désirs égoïstes, et ainsi, non seulement nous savons ce qu’il désire, mais nous commençons à le désirer nous même, de plus en plus. Quand nous le recevons dans la Sainte Communion, sa force nous fournit les vitamines dont nous avons besoin pour refaire nos forces.

 

Si nous ne pouvons pas le recevoir dans la Sainte Communion, nous pouvons (et nous devons) toujours venir à la Messe, et nous pouvons toujours rendre visite au Seigneur en dehors de la Messe. Il nous attend. Sa force rayonne de cette petite boîte comme les rayons du soleil, et ses désirs peu à peu transformeront nos désirs.

 

Ceux qui ne peuvent venir ni à la Messe, ni à l’église en dehors de la Messe peuvent s’unir à Jésus spirituellement. A chaque instant, quelque part dans le monde, un prêtre est en train de célébrer l’Eucharistie. Où que nous soyons, à la maison, au travail, sur la route, sur un terrain de sport, chaque fois que nous avons besoin d’une dose de la force du Christ pour vivre selon ses commandements, nous pouvons nous unir à cette Messe et lui demander de venir dans nos cœurs par une communion spirituelle.

 

Ceux qui vont le recevoir tout à l’heure, au cours de cette Messe, remerciez-le pour ce grand cadeau. Et demandez-lui que durant ces jours de Carnaval vous puissiez faire tout ce qu’il désire afin d’être vraiment dans la joie.

Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous. - Homélie 5° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Pourquoi donc Jésus veut-il avoir besoin de nous pour sauver le monde?

Pourquoi donc Jésus veut-il avoir besoin de nous pour sauver le monde?

 

Pourquoi Jésus est-il venu dans le monde ? Il est venu pour sauver le monde, englué dans le péché, pour payer le prix de nos péchés, et pour réintroduire chaque membre de la famille humaine dans l’amitié avec Dieu.

 

Ce sont des choses que nous savons, mais qu’il ne faut jamais perdre de vue. Ce qu’il ne faut pas oublier non plus, c’est que Jésus ne veut pas faire tout le travail tout seul. Comme le dit saint Augustin, Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous. En d’autres mots, il veut accomplir l’œuvre de notre salut avec notre coopération. Chacun de nous, dès l’instant où  nous avons été baptisés, a été appelé par Dieu pour être co-missionnaires avec Jésus.

 

Voilà pourquoi, dans la première lecture, le prophète Isaïe entend Dieu lui poser la question :

 

« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? »

 

Dieu veut que nous participions à sa mission de salut. Il nous offre l’occasion de nous unir à lui pour construire le Royaume éternel. Tout ce que nous avons à faire, c’est de dire, avec Isaïe :

 

« Moi, je serai ton messager : envoie-moi. »

 

Nous trouvons le même message dans la rencontre de Jésus avec ses Apôtres dans l’évangile de ce dimanche. D’abord, Jésus demande à Pierre de lui prêter son bateau, pour avoir un meilleur podium pour s’adresser à la foule nombreuse. Ce bateau, c’est le gagne-pain de Pierre, c’est sa vie. Jésus veut encore parler aux foules désespérées, découragées, d’aujourd’hui, depuis nos bateaux, par les paroles, les actes et les exemples de notre vie.

 

Et puis, après la pêche miraculeuse, Jésus invite Pierre à le suivre et à devenir « pêcheur d’hommes », co-missionnaires. La mission du Christ est de sauver le monde, mais il n’est pas comme Lucky Luke ("a lonesome cowboy" – un cowboy solitaire). Il a voulu s’associer une armée de volontaires, de co-missionnaires : Pierre, Jacques, Jean … et chacun de nous.

 

C’est une des raisons pour lesquelles nous disons dans le Credo que l’Eglise est "apostolique". Le mot "apôtre" vient d’un mot grec qui veut dire "envoyé“. Les Douze ont été envoyés dans le monde pour être missionnaires avec Jésus. Ils étaient les premiers mais pas les seuls. L’Eglise tout entière, y compris chacun de nous, est apostolique. Voici le commentaire du Catéchisme de l’Eglise catholique :

 

863 Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est "envoyée" dans le monde entier ; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. "La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat". On appelle "apostolat" "toute activité du Corps mystique" qui tend à "étendre le règne du Christ à toute la terre".

 

Un des défis de l’apostolat chrétien est que le Christ ne suit pas toujours notre logique humaine. Par exemple, la co-patronne des missions est une religieuse qui a vécu cloîtrée pendant plusieurs années, et qui, de plus, est morte très jeune. Sainte Thérèse de Lisieux n’a pas parcouru le monde pour prêcher l’évangile. Alors pourquoi a-t-elle été proclamée patronne des missions ? Parce que son cœur était débordant d’esprit missionnaire ; parce qu’elle priait pour les prêtres missionnaires et qu’elle offrait des sacrifices pour leur travail ; parce que la logique de Dieu n’est pas toujours la même que notre logique humaine.

 

Jésus a révélé à sainte Thérèse que plus de 20.000 âmes étaient associées à sa vocation. Si elle demeurait fidèle à la volonté de Dieu dans sa vie, en dépit de toutes les difficultés et les tentations, elles en profiteraient toutes ; sinon pas. Aux yeux des médias et du monde, sainte Thérèse était insignifiante, mais aux yeux de Dieu, elle était précieuse.

 

Nous pouvons noter la même étrangeté de la logique divine à l’œuvre dans la vocation de saint Paul. Lui-même admet, dans la deuxième lecture de ce jour, que le choix de Dieu le concernant n’était pas un choix évident pour le poste d’apôtre. En fait, il a été le persécuteur le plus acharné de l’Eglise. Mais c’est lui que Dieu a choisi, « un avorton », un co-missionnaire né de manière anormale, pour devenir un grand saint.

 

Regardez aussi la logique à l’œuvre dans la rencontre entre Jésus et Pierre dans l’évangile de ce jour. Jésus dit à Pierre de s’éloigner du rivage et de jeter les filets pour prendre du poisson. Pierre est un pêcheur professionnel, un "expert". Lui sait très bien que ce n’est pas le bon moment pour pêcher du poisson, et il sait aussi qu’il n’y avait guère de poisson ce jour-là, puisqu’ils ont passé toute la nuit sans rien prendre. Mais Pierre fait un acte de foi, il permet à la logique de Dieu d’agir, et il obéit à l’ordre bizarre du Seigneur. Résultat : c’est la pêche la plus mémorable de toute sa carrière professionnelle.

 

Suivre la logique de Dieu et accepter d’être associé à la mission du Christ, c’est un vrai défi, mais ça vaut toujours la peine.

 

Pourquoi donc Jésus veut-il avoir besoin de nous pour sauver le monde? Ce n’est pas parce qu’il était incapable de le faire tout seul. Après tout, en tant que Dieu, il est tout-puissant. La raison est plutôt qu’il savait que c’est nécessaire pour nous. Nous avons besoin d’une mission, d’un but dans notre vie qui dépasse les contingences de la vie terrestre et qui nous enracine dans l’éternité. Jésus sait que nous avons besoin de transcendance, parce que nous sommes créés à l’image de Dieu et à sa ressemblance. Nous ne pourrons nous épanouir que si nous acceptons son invitation à être des associés actifs à sa mission au service du Royaume. Il y en a parmi nous qui ont déjà accepté cette invitation, mais peut-être pas encore aussi pleinement qu’il le faudrait. Et si c’est le cas, il est probable que vous ne faites pas encore pleinement l’expérience de ce que cela veut dire que d’être coopérateurs du Christ.

 

Qu’est-ce qui vous retient ? Peut-être est-ce cet élément qui est la raison principale pour laquelle il y a si peu d’ouvriers dans la moisson. Et cet élément, c’est l’humilité. Isaïe n’a pu entendre l’appel de Dieu et il n’a eu la grâce d’accepter qu’après avoir reconnu qu’il en était indigne, qu’il était « un homme aux lèvres impures ».

Pierre, de même, n’a pu comprendre ce que le Christ attendait de lui et il n’a pu avoir le courage de le suivre, qu’après avoir découvert et reconnu son propre péché :

 

« Seigneur, éloigne-toi de moi, disait-il au Seigneur après la pêche miraculeuse, car je suis un homme pécheur. »

 

Dans la deuxième lecture de ce jour, saint Paul montre que lui aussi a dû apprendre la leçon de l’humilité :

 

« Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d'être appelé Apôtre, puisque j'ai persécuté l'Église de Dieu. »

 

Mais ensuite, il ajoute :

 

« Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ».

 

C’est cette même grâce de Dieu qui vient à nous au cours de cette Messe, et cette grâce peut opérer en nos vies la même transformation, en dépit de toutes nos limitations, si nous le voulons bien.

Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous.

Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous.

Appelés à être prophètes - Homélie 4° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

4 T.O.C

 

 

Nous aspirons tous à trouver la plénitude, le sens de notre vie. Et nous pressentons tous que ce qui donne un sens à notre vie vient entre autres du fait d’accomplir quelque chose de durable. C’est une illusion de croire que le bonheur durable nous tombera dessus dans un hamac avec un ti punch. Nous voulons accomplir quelque chose. Ce désir de vouloir faire quelque chose de notre vie vient de Dieu. Il nous a créés à son image et à sa ressemblance. Cela veut dire que nous sommes par nature des créateurs, des co-créateurs. Nous avons été faits pour apporter quelque chose dans ce monde, et nous ne trouverons jamais le vrai bonheur si nous ne le faisons pas. Cela fait partie de la mission de chacun de co-créer,  faire quelque chose de durable.

 

Mais nous savons que finalement, la seule chose qui soit vraiment durable, c’est le Royaume du Christ. C’est la foi que nous proclamons chaque dimanche : « Et son règne n’aura pas de fin ». Tous les autres royaumes et tous les exploits de ce monde disparaîtront comme le bruit d’un pétard. La seule manière de satisfaire notre profond désir de faire quelque chose de significatif est de bâtir le Royaume du Christ. Nous sommes ses soldats et ses ambassadeurs. Nous sommes, comme le dit le prophète Jérémie (1° lect.) ses prophètes.

 

Où est le Christ dans le monde d’aujourd’hui, sinon dans nos cœurs, en chacun de nous. Chaque chrétien doit annoncer la venue du Royaume du Christ. C’est cela que veut dire être prophète. L’ordre que Jérémie reçoit du Seigneur s’adresse à chacun de nous :

 

« Je fais de toi un prophète pour les peuples. Lève-toi, tu prononceras contre eux tout ce que je t'ordonnerai. »

 

Dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous lisons (n. 904-905) :

 

« Le Christ (...) accomplit sa fonction prophétique non seulement par la hiérarchie (...) mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole " (LG 35) :

 

Enseigner quelqu’un pour l’amener à la foi est la tâche de chaque prédicateur et même de chaque croyant (S. Thomas d’A., s. th. 3 71, 4, ad 3).

 

Leur mission prophétique, les laïcs l’accomplissent aussi par l’évangélisation, "c’est-à-dire l’annonce du Christ faite par le témoignage de la vie et par la parole". Chez les laïcs, "cette action évangélisatrice (...) prend un caractère spécifique et une particulière efficacité du fait qu’elle s’accomplit dans les conditions communes du siècle" (LG 35) :

 

Cet apostolat ne consiste pas dans le seul témoignage de la vie : le véritable apôtre cherche les occasions d’annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants (...), soit aux fidèles (AA 6 ; cf. AG 15).

 

Quelquefois notre mission prophétique nous requiert l’usage de la parole. D’autres fois, elle requiert que nous parlions par le témoignage de notre vie.

 

 

 

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Un des journalistes les plus connus du vingtième siècle est Malcolm Muggeridge (photo), qui a contribué à faire de la BBC l’un des medias les plus influents en Angleterre. Au début de sa carrière brillante, il était athée. Son travail et son exemple était un encouragement pour les athées. Mais ses voyages l’amènent à entrer en contact avec une pauvre religieuse d’Albanie, toute menue, qui dirigeait une petite communauté de sœurs qui soignaient les agonisants des rues de Calcutta. Le célèbre journaliste apprend à connaître la petite religieuse albanaise. Il observe comment elle et ses sœurs vont dans le rues pour ramasser les mourants, infestés par la vermine, hommes et femmes, jeunes et vieux, victimes de la dureté du monde moderne. Il observe les sœurs qui les lavent, les nourrissent, leur parlent, et leur donnent un lit propre pour pouvoir mourir en paix, sachant que quelqu’un les a aimés.

 

Les religieuses n’ont jamais eu une discussion avec Malcolm Muggeridge au sujet de la foi. Ce n’était pas leur mission. Cet athée orgueilleux qui paraissait si éloigné de Dieu était touché par la grâce en regardant ce qu’elles faisaient. Quelques années plus tard, le 27 novembre 1982, Malcolm Muggeridge est devenu catholique. L'influence de Mère Teresa a été déterminante. En même temps, c'est lui qui a fait connaître Mère Teresa en Occident par un documentaire qui a fait de Mère Teresa pratiquement du jour au lendemain une célébrité.

 

Quelquefois notre mission d’être prophètes du Christ consiste à témoigner par la parole, mais d’autres fois, notre témoignage par l’exemple peut obtenir bien davantage.

 

Le Christ nous a appelés et équipés pour que nous soyons ses prophètes. Seule cette mission peut donner un sens, un but, du sel à notre vie. Tous nous avons un réseau de relations. Pensez à tous ceux que vous avez côtoyés depuis votre baptême. Jésus essaie sans cesse d’atteindre tous ces gens à travers nous. Il y a toujours quelqu’un dans ce réseau qui a besoin de sa grâce et qui est prêt à l’accueillir. Nous pouvons être les instruments du Christ dans ce réseau, par notre parole et notre exemple. Qui dans votre vie, dans votre réseau de relations, a besoin d’entendre le message du Christ, de son amour, de son pardon ?

 

Décidons aujourd’hui, par amour pour le Christ, de faire passer le message. Quand Jésus vient à nous dans la Sainte Communion, promettons-lui d’avoir le courage de dire la vérité par amour. Si personne de particulier ne vous vient à l’esprit, promettons-lui au moins d’être attentifs aux occasions quand elles se présenterons, et demandons-lui de nous inspirer pour savoir quand il faut parler et ce qu’il faut dire. En ce qui concerne le témoignage par l’exemple, nous ne saurons peut-être jamais quelle est la personne que le Christ touchera à travers nous. Tout ce que nous avons à faire, c’est de témoigner.

 

Quel est le domaine de notre vie qui a besoin de conversion pour que nous puissions être prophètes ? Que ferait Jésus pour accueillir ce nouvel enfant à l’école ? Comment le Christ se comporterait-il au bureau, sur le terrain de football, dans un embouteillage, pendant le ménage à la maison ?

 

Au cours de cette Messe, demandons au Seigneur de nous le montrer, et de nous donner la force pour suivre son exemple dans tous les domaines de notre vie, afin que nous puissions découvrir à nouveau la joie d’être ses prophètes.

 

La tactique préférée du démon - Homélie 3° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
 
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La communauté chrétienne de la cité grecque de Corinthe, à laquelle saint Paul adresse la lettre dont nous avons entendu un passage (cf. deuxième lecture), était celle d’une grande ville, bourdonnante d’activités, la capitale de la région. Elle devait aussi affronter un grave problème : celui de la division. Certains parmi les chrétiens étaient d’origine juive, tandis que d’autres étaient d’origine païenne. Certains s’enorgueillissaient d’avoir reçu la foi de saint Paul, d’autres de saint Pierre, d’autres encore d’un prédicateur renommé de l’époque, Apollos. Cela donnait lieu à des factions à l’intérieur de l’Eglise. Chaque fois qu’une question ou un problème se présentait, ces factions se disputaient. Cette division sans cesse aggravée déchirait la jeune communauté, et contaminait aussi les communautés chrétiennes environnantes. Bref, c’était ce qu’on appelle une crise.

Diviser les gens et les communautés, c’est la tactique du démon. Le péché divise toujours. Le tout premier péché au Jardin d’Eden en est un exemple type. Il a causé un antagonisme entre l’humanité et Dieu (Adam et Eve se sont cachés devant Dieu) ; Il a causé un antagonisme entre Adam et Eve (Ils se sont cachés l’un devant l’autre) ; et il a causé un antagonisme entre l’humanité et le reste de la création (Eve est condamnée à enfanter dans la douleur et Adam à gagner son pain à la sueur de son front).

 

La division est l’œuvre du diable – le mot même "diable" vient du mot grec qui veut dire accusateur (Διάβολος), dont le sens littéral est "jeté à travers" (dia – à travers, bollein – jeter), comme, par exemple, dans jeter un obstacle sur le passage de quelqu’un, pour l’empêcher d’atteindre son but, ou comme semer des obstacles entre deux personnes, pour les diviser.

 

Le diable veut nous séparer de Dieu, et il veut nous séparer les uns des autres. C’est tout le mystère du mal. Dieu, source de tout ce qui est bon, est essentiellement une communion de personnes, l’unité du Père, du Fils et du Saint Esprit. Dans le mot "Trinité“ il y a "unité“ (tri-unité). Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Par conséquent, quand le démon sème la division et la discorde entre nous, c’est une manière pour le démon d’insulter Dieu, pour qui il n’éprouve que de la haine.

 

Dans un message pour la Journée Mondiale de la Paix Benoît XVI a montré encore une fois que les difficultés que connaît la société ne constituent pas seulement un défi technique, mais qu’il existe un lien entre ces difficultés et un manque d’intégrité morale. En contraste avec les divisions destructives, causés par un égoïsme borné, il avait renouvelé son appel à la maîtrise de soi et la solidarité :

 

"L’humanité a besoin d’un profond renouvellement culturel; elle a besoin de redécouvrir les valeurs qui constituent le fondement solide sur lequel bâtir un avenir meilleur pour tous. Les situations de crise qu’elle traverse actuellement – de nature économique, alimentaire, environnementale ou sociale – sont, au fond, aussi des crises morales liées les unes aux autres. Elles obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité."

 

Chaque péché est d’une certaine manière une faute contre l’unité et l’harmonie qui devrait régner entre nous et Dieu et parmi nous. Sans cette unité et cette harmonie, nous ne pouvons tout simplement pas arriver à la maturité nécessaire pour vivre une vie vraiment satisfaisante, une vie qui ait un sens, maintenant et pour l’éternité.

 

Peut-être vous souvenez-vous des fameuses Guerres Puniques. Il y a eu plusieurs guerres entre la Rome antique et la civilisation de Carthage. Rome a mis cent ans avant de finalement conquérir Carthage. Pour empêcher Carthage de regagner en puissance, les Romains ont ensemencé toutes les terres agricoles autour de la ville dans un rayon de 70 kilomètres de sel, dans le but de les rendre complètement infertiles. Pour avoir une bonne terre, il faut une certaine quantité de sels, mais ces sels sont des ions. Et donc, si la quantité de sel est excessive, le sol, pour neutraliser ces ions, absorbe toute l’humidité de la plante, au lieu que ce soient les plantes qui absorbent l’humidité du sol. Dans un sol trop salin, par conséquent, la plante peut bien se trouver dans une terre humide et nourrissante, mais elle ne pourra absorber la moindre humidité. Le sel la sépare de son aliment le plus essentiel.

 

Eh bien, le travail du diable consiste à semer du sel dans le sol de nos familles, de nos paroisses, de nos communautés, … de toute la famille humaine. Il veut nous empêcher de porter du fruit, et là où ce fruit existe, il veut l’empêcher d’arriver à maturité. Il sème l’égoïsme, la suspicion, l’envie, le ressentiment et tous les autres ions spirituels qui sapent le suc du bonheur des hommes : la confiance, le don de soi, le pardon, la bienveillance, la patience… La division est l’œuvre du diable, alors que la réconciliation et la communion sont l’œuvre du Christ.

 

Alors c’est à nous de voir : si nous voulons être les disciples du démon et faire l’expérience de la frustration, tout ce que nous avons à faire est de semer la division.

 

Si nous voulons être les disciples du Christ et expérimenter une satisfaction durable (éternelle), nous devons être des artisans d’unité.

 

Saint Paul nous dit comment.

 

La communauté des chrétiens de Corinthe commence à expérimenter la ruine qui vient des factions et des divisions. C’est dans ce contexte que saint Paul les exhorte à cesser de se quereller et d’être unis dans le Christ, exactement comme les différents organes et membres sont unis dans un même corps. Voilà l’attitude qui doit prévaloir entre chrétiens de chaque génération, y compris la nôtre. Nous ne sommes pas étrangers aux divisions. Presque chaque semaine, nous apprenons dans les nouvelles que des catholiques, même des prêtres, s’opposent publiquement aux enseignements de l’Eglise, aux décisions de l’évêque. Même des groupes fervents dans l’Eglise gaspillent leur temps et leur énergie en rivalisant les uns avec les autres. Même des paroissiens actifs font le jeu du démon en semant le sel de la division avec leur langue. Comme il est absurde pour un membre du corps de rivaliser avec un autre membre de ce même corps !

 

Jésus nous a donné le secret de l’unité, le secret pour ne pas vaciller, de faire échec aux attaques du démon par un bouclier impénétrable. Ce secret, ce bouclier, ce rempart divinement garanti d’unité, c’est le Pape, c’est la hiérarchie de l’Eglise.

 

Si nous n’avions pas le Catéchisme pour clarifier les fondements de notre foi, nous aurions une excuse valable pour ne pas être d’accord entre catholiques. Mais par le ministère des Papes, Dieu nous a donné un Catéchisme officiel, en même temps que des sacrements, le droit canonique, les prêtres, les évêques et bien d’autres cadeaux encore. Dans toute l’histoire de l’Eglise il n’a jamais été aussi facile d’être des artisans d’unité entre nous, car il n’a jamais été aussi facile de savoir ce que l’Eglise enseigne vraiment, et pourquoi elle l’enseigne en matière de dogme, de morale et de liturgie. La lumière qui provient de cette intelligence de la foi expulse les ombres et les divisions.

 

Aujourd’hui faisons échec au démon. Alors que Jésus vient s’offrir lui-même dans cette Messe comme nourriture de communion entre tous les croyants et comme espérance de communion entre tous les peuples, prions pour notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI, et pour l’unité des chrétiens sous sa conduite. Et au moment où nous recevons notre Seigneur dans la Sainte Communion, promettons-lui de faire tout notre possible pour être des membres fidèles de son corps en suivant la tête visible, divinement établie et garantie de l’Eglise. Si nous le faisons, l’Eglise fleurira, et nos âmes aussi. Après tout, Jésus n’a-t-il pas dit : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » ?

Savoir apprécier les bonnes choses de la vie - Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Quand nous perdons l’équilibre, nous n’arrivons plus à apprécier ces bonnes choses de la vie...

Quand nous perdons l’équilibre, nous n’arrivons plus à apprécier ces bonnes choses de la vie...

Jésus et ses disciples sont allés à une réception de mariage. Ce n’est pas un petit détail. Et pour que nous ne l’ignorions pas, la première lecture de l’Ancien Testament le répète. Dieu nous dit que la relation qu’il désire avoir avec nous, avec son Eglise et chaque membre de cette Eglise, est une relation intime – une vraie intimité de personne à personne – une relation joyeuse et féconde. Il nous dit que sa grâce nous conduit à une étreinte joyeuse – comme l’étreinte de deux nouveaux mariés.

 

Le prophète Isaïe dit :

 

« le Seigneur met en toi sa préférence et ta contrée (c’est une image de l’Eglise) aura un époux. Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t'a construite t'épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »

 

Toutes les bonnes choses de notre vie ici sur terre sont des cadeaux de Dieu. Elles nous parlent de Dieu, et elles nous fournissent des indications qui nous permettent de pressentir ce qu’est la vie en profonde communion avec lui.

 

Si déjà ses cadeaux nous procurent tant de joie, imaginez les délices que nous pouvons éprouver quand nous le possédons lui-même en personne. C’est bien ce qu’il veut, ici, maintenant, imparfaitement, et un jour, parfaitement et pour toujours, au ciel. Trop souvent nous pensons à Dieu comme quelqu’un qui est loin de nos joies saines et de nos activités humaines. Jésus n’est pas venu uniquement pour nous enseigner de la théologie, mais pour amener la condition humaine intégrale à sa plénitude.

 

Fêter, jouir des bonnes choses de la création (comme le mariage et le vin), cela fait partie de la nature humaine, et le Christ veut nous apprendre à en jouir d’une manière équilibrée, saine. Plus nous le connaîtrons, et mieux nous pourrons faire l’expérience de la vie qu’il nous a donnée. Voici ce que nous enseigne le Catéchisme de l’Eglise catholique (1809) :

 

« La tempérance est la vertu morale qui modère l’attrait des plaisirs et procure l’équilibre dans l’usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté. La personne tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une saine discrétion et " ne se laisse pas entraîner pour suivre les passions de son cœur " (Si 5, 2 ; cf. 37, 27-31). La tempérance est souvent louée dans l’Ancien Testament : " Ne te laisse pas aller à tes convoitises, réprime tes appétits " (Si 18, 30). Dans le Nouveau Testament, elle est appelée " modération " ou " sobriété ". Nous devons " vivre avec modération, justice et piété dans le monde présent " (Tt 2, 12). »

 

Sainte Thérèse d’Avila avait coutume de dire à ses sœurs religieuses : "Un saint triste est un triste saint" ("Un santo triste es un triste santo"). Saint François de Sales, lui aussi, ne cessait de le répéter. Un chrétien dont la foi est arrivée à maturité sait reconnaître l’omniprésence de l’amour de Dieu, toute sa bonté qui transparaît dans les beautés de tous les jours et les plaisirs de la vie. C’est une des conditions pour pouvoir rester joyeux au milieu des épreuves, et c’est ce que tous les saint ont appris.

 

 

 

Le R.P. Anton Luli SJ (sur la photo, avec Jean Paul II) est l’un de ces héros méconnus de l’Eglise qui a souffert des atrocités impensables sous le régime communiste dans les décennies après la Deuxième Guerre Mondiale. Il est arrêté aussitôt après l’arrivée au pouvoir des communistes en Albanie. Tous les prêtres ont alors été arrêtés dans un effort d’écraser l’Eglise et toutes les religions pour pouvoir établir un état athée. Le Père Luli a alors passé 38 années en prison, avec des périodes d’enfermement solitaire  et de camp de travail. Sa première prison est une petite salle de bains avec des toilettes qui n’avaient pas été nettoyées depuis des semaines. C’est là qu’il a vécu pendant huit mois, ne sortant que pour des interrogatoires et des séances de torture pour qu’il renonce sa foi. Mais en vain. Alors il est envoyé dans un camp de travail où il a survécu avec un pain par jour en travaillant depuis le lever jusqu’au coucher de soleil pour assécher un marais.

 

Plus tard, quand le régime communiste a fini par s’écrouler, et quand sa persévérance dans la foi avait fait de lui un symbole d’héroïsme pour tous les croyants en Albanie, il a décrit comment il a prié tout au long de ces années de travail en captivité. On ne lui permettait pas de prendre du temps pour la prière. Mais il disait que, tout en travaillant dans le marais, il observait la végétation. Il regardait comment les plantes poussaient, jour après jour. Il a vu comment elles absorbaient l’eau, comment elles se tournaient vers la lumière, comment chaque espèce de plantes avait sa manière bien à elle de survivre dans cet environnement hostile.

 

C’est en admirant tous les jours la beauté de la création qu’il a pu rester en contact avec l’amour de Dieu ; les petites joies de la vie ont permis à son espérance de survivre dans son cœur et lui ont permis de garder le sourire, même dans les moments les plus sombres.

 

Dieu veut que nous appréciions les bonnes choses de la vie, tout comme les invités aux noces de Cana ont apprécié l’eau changée en vin. Il veut que nous le trouvions dans ces choses-là, mais il veut aussi que nous en profitions comme il faut. Car nous vivons dans un monde déchu, et nous avons tous des appétits déréglés, des tendances mauvaises, égoïstes, suite au péché originel. Nous ne pouvons pas donner libre cours à ces tendances. Nous devons nous discipliner, garder l’équilibre. Apprécier les bonnes choses de la vie, mais convenablement, avec mesure, comme des manières d’apprécier l’amour de Dieu, mais sans en faire des idoles.

 

Mais comment ? Comment garder l’équilibre, quand tout autour de nous nous pousse aux excès et à l’égocentrisme ?

 

Le premier pas, c’est de reconnaître que nous sommes déséquilibrés. Trois signes nous permettent de le constater :

 

  1. Nous savons qui nous avons perdu l’équilibre quand les plaisirs de la vie interfèrent avec nos responsabilités – quand, par exemple, le match de football à la télévision devient une source de conflits entre les époux, cela ne glorifie pas Dieu.
  2. Nous savons que nous avons perdu l’équilibre quand nos plaisirs et nos responsabilités interfèrent avec le temps de la prière – quand nous passons tout notre temps libre à construire ou à aménager notre maison, et qu’il ne reste plus de temps pour la messe et pour la prière, nous allons tout droit dans le mur. Saint François de Sales disait : "Une demi-heure de méditation est essentielle, sauf quand on est très occupé. Alors une heure est nécessaire."
  3. Nous savons que nous avons perdu l’équilibre quand nous n’arrivons plus à rire de nos bêtises, quand des petits incidents deviennent l’occasion de grandes disputes. C’est que nous avons perdu Dieu de vue.

 

Quand nous perdons l’équilibre, nous n’arrivons plus à apprécier ces bonnes choses de la vie, les plaisirs et les beautés de la vie, dont Dieu a voulu nous faire cadeau pour que nous puissions en jouir.

 

Aujourd’hui, en dirigeant notre cœur et notre esprit vers le Christ durant cette Eucharistie, en le recevant dans la Sainte Communion, demandons-lui de nous aider à vivre comme il le veut, et de rétablir l’équilibre dans notre vie. Et s’il suggère quelque chose à notre conscience, ne soyons pas effrayés. Il sait ce qui est bon pour nous, car c’est lui qui nous a faits.

 

Jésus nous unit au Père - Homélie Baptême du Seigneur

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
 
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Ce que Dieu le Père dit à Jésus après son baptême, c’est ce qu’il désire nous dire à chacun de nous : « C’est toi, mon fils ». Jésus est venu dans le monde pour appeler la bienveillance du Père sur l’humanité pécheresse, pour nous rétablir dans l’appartenance à la famille de Dieu. Plus loin dans le même chapitre de l’Evangile selon saint Luc, nous trouvons la généalogie de Jésus, qui remonte jusqu’Adam. Dans cette généalogie Adam est présenté comme « fils de Dieu », parce qu’il a été créé directement par Dieu comme premier homme. Ainsi, dès le commencement, nous avons été appelés à faire partie de la famille de Dieu. Mais notre révolte contre Dieu dans le jardin d’Eden a fait échec à cette vocation, et nous a fait perdre notre héritage. Jésus, par son obéissance d’amour, a vaincu cette révolte. Maintenant, en nous unissant à lui, nous pouvons entrer de nouveau dans la communion avec Dieu, étant réellement les enfants bien-aimés de Dieu.
 

Ceci est symbolisé visuellement au cours du baptême du Christ. Saint Luc nous dit que « le ciel s’ouvrit ». Cela veut dire que, dans le Christ, le ciel et la terre sont de nouveau reliés ; l’abîme du péché est surmonté. Ensuite saint Luc nous dit que « l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe ». Ce langage nous rappelle des images de l’Ancien Testament. Le Saint Esprit planant sur le chaos à l’aube de la création : la venue du Christ est une nouvelle création. La colombe qui ramena la branche d’olivier à Noé après le déluge : le baptême du Christ est un nouveau déluge qui lave le monde du péché et de la mort.

 

Bref, le baptême de Jésus est un condensé de sa mission : réunir chacun de nous avec notre Père céleste, maintenant et pour l’éternité. Le Christ a commencé à s’acquitter de cette mission au moment de l’incarnation. Trente ans plus tard, son ministère public commence avec le baptême, quand Dieu le Père fait pour ainsi dire une déclaration publique au sujet de ses qualifications. La fête de ce jour marque la transition du temps liturgique de Noël à celui du temps ordinaire.

 

Dès le baptême du Christ, le moyen principal que Dieu a choisi pour adopter les êtres humains déchus dont nous sommes dans sa famille, pour nous accueillir de nouveau dans la communion avec lui, est le sacrement du baptême. Ce sacrement, tout comme le baptême de Jésus par Jean (et qui n’est pas le sacrement du baptême !) est chargé de symbolisme qui nous montre la merveille et la puissance de l’amour sauveur de Dieu. Le symbole le plus évident est celui de l’eau, qui nous rappelle tant de miracles de l’Ancien Testament, depuis le Déluge jusqu’à la purification de Naaman, le lépreux, dans les eaux du Jourdain, en passant par la traversée de la Mer Rouge, l’eau que Moïse fait jaillir du rocher et encore la traversée du Jourdain avec Josué.

 

Un autre symbole est celui du parrain et de la marraine. Le fait d’avoir un parrain et/ou une marraine qui s’engagent à veiller sur notre vie chrétienne de la même manière que nos parents veillent sur notre santé physique nous rappelle la réalité de notre véritable identité d’enfants de Dieu, même si c’est identité n’est pas visible.

 

Ensuite, il y a le vêtement blanc, qui symbolise la purification de la tâche du péché originel.

 

Le cierge baptismal est une représentation visible de la vie de grâce que Dieu allume en nos âmes par le baptême, et de la fragilité de cette vie, qui peut s’éteindre par le péché mortel aussi facilement qu’en coup de vent peut éteindre un cierge. L’onction du Saint Chrème qui accompagne le baptême est également un beau symbole qui nous rappelle que, puisque nous sommes enfants de Dieu, nous sommes devenus des enfants de Roi, représentant le grand Roi et agissant en son nom dans cette terre étrangère où nous sommes de passage.

 

En contemplant Jésus dans le mystère de son baptême aujourd’hui, nous ne pouvons pas ne pas penser à notre propre baptême, et à la merveille de l’œuvre de Dieu en nous par ce sacrement.

 

En se faisant baptiser par Jean, alors qu’il n’avait pas besoin personnellement d’être purifié du péché, Jésus prend notre place, pour que nous, quand nous sommes baptisés, nous puissions prendre la place de Jésus et devenir « fils dans le Fils », comme le disait un auteur ancien.

 

Notons encore que le sacrement du baptême est la porte d’entrée dans la vie chrétienne. A partir du moment où nous sommes baptisés, notre mission ne consiste plus à nous poursuivre des mondanités, telles que avoir du succès aux yeux des autres, gagner beaucoup d’argent, devenir célèbre et puissants, ou profiter au maximum des plaisirs que nous offre le monde. Ce sont là des objectifs que poursuivent les païens. Mais nous qui sommes chrétiens, nous avons deux autres objectifs, et toutes nos activités doivent tendre vers la réalisation de ces deux objectifs.

 

D’abord la sainteté. La sainteté, c’est ce que nous, nous appelons le bonheur. Elle consiste à observer la loi morale dont Dieu a doté la nature humaine : les dix commandements et les enseignements de l’Eglise en matière de mœurs.

 

Et, deuxièmement, tendre vers la sainteté, cela suppose de grandir dans l’amitié avec Jésus Christ par la prière quotidienne, les sacrements, et nos efforts pour suivre son exemple. Cette recherche de la sainteté est le but principal de chaque chrétien, et pas seulement des prêtres, des moines et des religieuses.

 

Mais notre baptême ne nous engage pas à tendre vers une perfection morale purement individuelle. Le deuxième but de la vie chrétienne que le baptême nous engage et nous permet de poursuivre, c’est d’amener les autres à rejoindre la famille de Dieu. Nous sommes les ambassadeurs du Christ dans le monde ; nous sommes ses apôtres. Etant ses disciples, nous sommes, comme lui, et, comme Isaïe le dit (42, 6), « la lumière des nations ». Par nos paroles, nos actions et notre exemple, chacun de nous est appelé d’attirer les autres à devenir les amis de Jésus.

 

Aujourd’hui, alors que Jésus nous confirme dans son amitié avec nous au cours de cette Eucharistie, remercions-le de nous unir au Père, et renouvelons notre ardeur à poursuivre la sainteté et l’évangélisation.

Jésus nous unit au Père - Homélie Baptême du Seigneur

Les Mages, un mythe ? ... ou la Paix des Étoiles - Homélie Épiphanie

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
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La signification théologique de l'Épiphanie et de l'adoration des Mages est assez évidente. Ce mystère atteste que Jésus n'était pas qu'un prophète juif de plus. Les Mages venaient d'Orient. Ils n'étaient pas juifs. Et pourtant, ils sont venus adorer Jésus. Cela veut dire que Jésus est le Christ, le Sauveur promis au monde entier, aux païens aussi bien qu'aux juifs.

Mais ceci ne nous dit rien sur les Mages eux-mêmes. Qui sont-ils, ces Mages-sages ? Pourquoi se sont-ils mis en route, à la recherche de l'étoile ? Cette histoire ne serait-elle qu'un mythe, comme certains l'affirment ? Ou l'aventure des Mages et leur découverte ont-elles quelque chose de plus profond à nous dire ?

Un avocat et professeur de droit, nommé Frederick Larson, a récemment appliqué sa logique d'homme de loi à cette question. Il a éudié la description de l'aventure des Mages par saint Matthieu. Cette étude l'a amené à quelques découvertes scientifiquement étayées à propos de cette étoile de Bethléhem. Il a ensuite utilisé des techniques récentes utilisées en astronomie moderne, une recherche impossible auparavant, puisque nécessitant un matériel informatique de pointe. Avec un logiciel adéquat on peut reconstituer la nuit étoilée telle qu'elle était à n'importe quel moment de l'histoire, à n'importe quel point de la planète Terre.

C'est ainsi que le Professeur Larson a fait trois découvertes qui nous permettent une nouvelle appréciation du mystère de l'Épiphanie.

Sa première découverte est à propos des Mages eux-mêmes. Il a vérifié toutes les autres références au terme "Mages" ou "sages" dans la Bible, et ensuite dans la littérature ancienne. Il a ainsi découvert que les Mages étaient au fond les "scientifiques" de l'époque, sans avoir pour autant les avantages de la méthode scientifique expérimentale moderne. Ce qui ne les a pas empêchés de conduire des études rationelles, logiques, de philosophie, de médecine et de sciences naturelles, y compris au sujet des étoiles. Ils étaient les savants, les érudits des temps anciens. Mais au lieu de travailler dans des universités, ils travaillaient pour des rois. Chaque roi finançait son cercle de savants, et les utilisait comme conseillers et comme traducteurs, et également en vue d'assurer le prestige de son royaume.

Parmi ces groupes de Mages, vénérés durant toute l'Antiquité, il y avait les Mages chaldéens qui menaient leur recherche dans la ville de Babylone, au sud de Bagdad dans l'Iraq d'aujourd'hui. Cette école était déjà bien établie 600 ans avant Jésus-Christ, au moment où le prophète Daniel était exilé de Jérusalem. Le roi de Babylone avait forcé Daniel et quelques-uns de ses compagnons, parmi les savants les plus réputés d'Israel, à rejoindre son école de Mages. C'est donc là qu'ils ont étudié, enseigné, accompli des choses admirables, tout en gardant leur foi au seul vrai Dieu, ainsi que le décrit le Livre de Daniel. Daniel n'est jamais retourné à Jérusalem. Il a mené toute sa vie de savant de pointe et de conseiller royal parmi les Mages de Babylone, non seulement en apprenant d'eux, mais aussi en partageant avec eux l'histoire, les prophéties et la foi juives.

Il n'est pas déraisonnable dès lors de penser que ses prophéties étaient connues, étudiées et transmises de génération en génération par les Mages locaux. Dans ce cas, le fait que saint Matthieu raconte que des sages "venus d'Orient" auraient vu des signes de la naissance du Sauveur et seraient venus adorer le "roi nouveau-né des juifs" serait historiquement très plausible.

Voilà donc une explication raisonnable, intéressante et éclairante de l'identité des Mages. Mais cela n'explique pas l'étoile de Bethléhem.

Pour cela, le Professeur Larson a solllicité les ressources de l'astronomie moderne. Il a programmé son logiciel pour lui permettre de voir la position des étoiles à Babylone en l'an 3 avant Jésus-Christ. Il savait que l'étoile de Bethléhem ne pouvait pas être une étoile filante, ni une supernova (explosion stellaire), ni même une comète. Ces phénomènes-là auraient été trop évidents pour tout le monde, et pourtant, le roi Hérode et ses conseillers étaient étonnés de ce que racontaient les Mages d'Orient. Le roi Hérode a même demandé quand cette étoile était apparue. Il ne pouvait donc s'agir d'un phénomène marquant mais évident pour tous. Il devait s'agir de quelque chose d'extraordinaire dans l'ordinaire - quelque chose de vraiment remarquable, mais que les Mages seuls auraient observé.

Quelque chose s'est-il produit qui réponde à ces critères en l'an 3 avant Jésus-Christ ? La réponse est affirmative. Au mois de septembre de cette année-là, la planète Jupiter, la plus lumineuse de toutes dans la nuit étoilée, suivait sa course (apparemment) rétrograde normale, mais cette fois, en décrivant un mouvement elliptique, en forme de couronne au-dessus de l'étoile connue sous le nom de Regulus.



Pour les Mages Jupiter était connue comme l'Astre-Roi, la plus brillante et la plus grande planète. Or le nom "Regulus" veut dire "Roi". La Planète-Reine couronnant l'Étoile-Reine - première coïncidence.

À cet endroit de la terre, et à ce moment de l'histoire, cette coïncidence remarquable s'est produite à l'intérieur de la constellation du Lion. Les Mages ont pu reconnaître le Lion comme étant le symbole biblique de la tribu israélite de Juda. Or, les prophéties vétéro-testamentaires annonçaient que le Messie naîtrait de la tribu de Juda - deuxième coïncidence.

De plus, la constellation qui montait à l'Orient après celle du Lion était celle de la Vierge. Et exactement au pied de cette constellation, à ce moment précis, se trouvait la lune croissante, ou "naissante". Une autre prophétie de l'Ancien Testament prédisait que le Messie naîtrait d'une Vierge - coïncidence numéro trois.

Prises ensemble, ces trois coïncidences reliaient trois éléments : Roi, juif, et naissance - la naissance du roi des Juifs.

Neuf mois plus tard, les choses deviennent encore plus  intéressantes. Au mois de juin de l'an 2 avant Jésus-Christ, la planète Jupiter, la Planète-Reine, ne se trouvait plus en conjonction avec l'Étoile-Reine, Régulus. Mais cette planète avait un rendez-vous encore plus spectaculaire à l'horizon, du côté de l'Occident. Jupiter s'est approchée tellement près de Vénus que leur lumière a fusionné, devenant la lumière la plus éclatante dans la nuit, telle que les Mages n'en avaient jamais vue. Les Mages, et, avec eux, tout le reste du monde païen, connaissaient la planète Vénus comme étant la Planète-Mère - la cerise sur le gateau.

Or, si les Mages se sont mis en route à ce moment-là, au moment où ils arrivaient à Jérusalem, l'orientation de la conjonction entre Jupiter et Vénus avait changé. En regardant le ciel depuis Jérusalem, les Mages ont dû la voir vers le sud, dans la direction de Bethléhem, très exactement. De plus, le mouvement rétrograde de Jupiter la faisait apparaître, par rapport à la position des autres étoiles, comme s'étant arrêtée dans sa course, exactement comme le fait remarquer saint Matthieu.

Voilà donc une hypothèse historique et scientifique qui, non seulement, ne contredit pas les données bibliques concernant l'étoile de Bethélhem et le périple des Mages, mais qui l'éclaire, si on peut dire, d'une lumière nouvelle. Cette théorie signifie que les incroyants ne peuvent plus se "débarrasser" de l'étoile en affirmant que ce serait un mythe chrétien. Pour nous, croyants, cela signifie que nous ne devons pas nous contenter paresseusement de coller sur ce passage de l'évangile l'étiquette d'un mystère vague et bizarre.

Au contraire, cette nouvelle compréhension de l'étoile de Bethléhem nous permet de mieux comprendre et adorer notre Dieu :

- Les coïncidences observées par les Mages n'étaient pas des miracles, nécessitant la suspension des lois de la nature ;

- Au contraire, la régularité du mécanisme de l'horloge céleste des planètes et des étoiles est parfaitement respectée.

- Et, le plus étonnant de tout, c'est que, depuis le commencement des temps, Dieu, en mettant cette horloge en marche, avait déjà prévu le jour où son Fils devait naître. Cela montre, si besoin est, que pour Dieu, la priorité suprême, c'est nous et notre salut. L'univers lui-même est centré sur Jésus Christ, le Fils de Dieu fait homme, notre Sauveur, notre Rédempteur, notre Ami. Et nous le connaissons. Il s'est révélé à nous par l'Église, tout comme il s'est révélé aux Mages par l'étoile.

- Bien plus, Il se donne à nous d'une manière encore plus étonnante : dans l'Eucharistie. L'Eucharistie est un cadeau merveilleux qui dépasse tout ce que les Mages auraient pu concevoir !

Ce Dieu qui conduit l'univers tout entier, qui a guidé les Mages jusqu'à Bethléhem, ce Dieu veut aussi guider nos vies, parce qu'il nous aime, et qu'il sait que nous avons besoin de son aide. Aujourd'hui, quand il vient à notre rencontre dans la Sainte Communion, promettons-lui avec un nouvel élan que, comme les Mages, nous le suivrons avec joie partout où il voudra nous conduire. Car avec Jésus, nous serons conduits vers de nobles buts, et nous ne nous égarerons jamais. Même au milieu des plus grandes ténèbres, nous trouverons le chemin.

 

Le Christ, notre unique espérance pour la paix - Homélie Ste Marie, Mère de Dieu

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
 

sainte marie mere

 

 

Tout le monde veut la paix. Nous voulons la paix de l’esprit, la paix du cœur, la paix dans nos familles, la paix dans le monde. La paix, l’équilibre, l’ordre sont indispensables pour la croissance, la prospérité. Un jardin ne peut pas fructifier dans un cyclone. Le cœur de l’homme et les sociétés humaines ne peuvent pas davantage s’épanouir dans des conflits violents.

 

Le Jour de l’An est un jour où même les plus pessimistes parmi nous ressentent au moins une petite chiquenaude d’optimisme, un petit souffle d’espérance. Nous espérons que la nouvelle année sera meilleure que la précédente – meilleure pour nous, pour nos familles, pour le monde. C’est pour surfer en quelque sorte sur cette vague d’optimisme naturel que l’Eglise a instauré en 1968 la Journée Mondiale de la Paix chaque premier janvier.

 

Mais un désir naturel de paix ne suffit pas pour établir une vraie paix, une paix durable, que ce soit dans nos cœurs, dans nos familles ou dans le monde. Seul le Christ peut apporter la vraie paix. Lui seul peut venir à bout de toutes les divisions, des antagonismes, des blessures qui sont la terre nourricière des conflits. Comme l’affirme  Benoît XVI dans son encyclique Spe salvi (n. 31) :

 

« Dieu est le fondement de l'espérance – non pas n'importe quel dieu, mais le Dieu qui possède un visage humain et qui nous a aimés jusqu'au bout – chacun individuellement et l'humanité tout entière. »

 

 

C’est le message central de Noël. Dieu est venu pour être notre Sauveur, car nous en avions bien besoin. Le Christ est venu pour nous apporter la paix que nous désirons tant, car nous ne pouvons pas réaliser cette paix par nous-mêmes. La bénédiction que Dieu enseigne à Moïse dans la première lecture de ce jour était aussi une promesse, et Dieu a tenu cette promesse en nous donnant son Fils.

 

« Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix ! »

 

De nos jours il est de bon ton de dire que toutes les religions se valent. Mais toutes les religions ne se valent pas. Jésus Christ est l’unique Sauveur. Il n’y a qu’un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, la Bienheureuse Trinité, Père, Fils et Saint Esprit. Et la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité s’est fait homme. Croire en lui, le suivre, espérer en lui, ce n’est pas la même chose que de suivre Bouddha, Confucius ou Mahomet ou de croire en Krishna ou en Shiva. Bien sûr nous devons respecter toutes les croyances, mais nous les respectons parce que le Christ nous a révélé qu’il a créé tous les hommes à son image et à sa ressemblance, et que tous sont aimés du Père et sauvés par son Fils ! Jésus est l’unique Sauveur. Voilà ce que nous croyons. N’en doutons jamais!

 

Tous les chrétiens ne sont pas des saints, mais la foi chrétienne, seule, a donné naissance à la notion de la dignité humaine universelle et aux droits de l’homme. Jusqu’à la venue du Christ, il n’y avait aucune force dans le monde qui puisse surmonter les obstacles entre les peuples, les cultures et les civilisations. L’idée de la fraternité universelle de l’humanité n’est apparue que parce que le Christ s’est identifié à chaque être humain, qu’il est mort pour tous les hommes, en aimant tous les hommes, et en offrant son pardon à tous les hommes.

 

A Noël, les papes se tiennent au balcon qui surplombe la Place Saint-Pierre à Rome, et il s’adressent au monde entier. Ils adressent leurs vœux de Noël en plus de cinquante langues. Et dans toute la foule des pèlerins assemblés, certains applaudissent chaque fois qu’ils reconnaissent leur langue à eux. Pour chaque langue, il y a des gens présents qui parlent cette langue. Où peut-on trouver cela, ailleurs que dans l’Eglise catholique ?

 

Le Christ seul peut donner la vraie paix à chaque cœur, chaque famille, chaque société, car lui seul appelle chaque homme son frère, et lui seul peut nous enseigner à faire de même.

 

Aujourd’hui, en plus de la Journée Mondiale de la Paix, l’Eglise célèbre aussi d’une manière solennelle la Maternité divine de la Vierge Marie. Ce n’est pas une simple coïncidence. Comme Benoît XVI l’expliquait dans un de ses Messages pour la Journée Mondiale de la Paix, la famille a une mission irremplaçable au service de la paix, c’est une école de paix pour les individus et pour la société dans son ensemble. Jean Paul II disait que la famille constitue « le lieu premier d'‘humanisation' de la personne et de la société », le « berceau de la vie et de l'amour ».

 

Quand Jésus est né à Noël, Dieu lui-même est devenu un membre de la famille humaine. Il s’est confié aux soins d’une mère humaine. C’est ainsi que Dieu a décidé de sauver la race humaine, devenant lui-même un membre de cette race, pour l’élever de nouveau à la communion avec le Père.

 

C’est pourquoi toutes les nations, races, et communautés de personnes à travers le monde et l’histoire sont véritablement unies. Elles sont vraiment recréées en une seule famille, liées, non par le sang, mais par quelque chose de plus fort que le sang : la grâce de Dieu, non pas par manière de parler, mais en vérité.

 

Voilà ce qui a poussé saint Paul à dire aux Galates, comme nous venons de l’entendre dans la deuxième lecture, que le Fils de Dieu est « né d’une femme », pour que tous, par la foi en lui, puissent recevoir l’adoption divine. Tous ceux qui ont été baptisés dans le Christ sont devenus son frère ou sa sœur. Dans le Christ chacun – quelle que soit sa race, son âge, son sexe – peut appeler Dieu son Père et Marie sa Mère, tout comme le Christ.

 

Nous voulons tous la paix, pour nous-mêmes, pour nos familles, pour le monde. Maintenant nous savons comment nous pouvons l’obtenir : en nous rapprochant du Christ, et en aidant les autres à se rapprocher de lui. Il n’y a pas de meilleure alliée pour nous aider à nous rapprocher de Jésus que sa Mère.

Le Christ, notre unique espérance pour la paix

Le Christ, notre unique espérance pour la paix

Toute vie humaine est un don de Dieu - Homélie pour la Sainte Famille

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Alors que l’on attribuait des allocations familiales aux familles nombreuses, bientôt on récompensera les femmes qui n’ont pas d’enfants par des "crédits de carbone" !
Alors que l’on attribuait des allocations familiales aux familles nombreuses, bientôt on récompensera les femmes qui n’ont pas d’enfants par des "crédits de carbone" !

Alors que l’on attribuait des allocations familiales aux familles nombreuses, bientôt on récompensera les femmes qui n’ont pas d’enfants par des "crédits de carbone" !

L’Eglise fait preuve d’une grande sagesse en consacrant ce dimanche dans l'octave de Noël à la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Aujourd’hui un milliard de catholiques rendent grâce à Dieu pour le don de la famille, demandant le secours de Dieu pour vivre la vie de famille selon son dessein d’amour. C’est bien lui qui a voulu la famille, c’est son idée à lui !

 

Dès le commencement, il nous créa homme et femme – époux et épouse, père et mère. Et après que le péché des origines eut abîmé la famille, il l’a sauvée en nous envoyant Jésus dans une famille, restaurant et réaffirmant ainsi son engagement d’agir dans le monde par la vie de famille.

 

Nous ne connaîtrons probablement jamais en ce monde toutes les raisons qui ont poussé Dieu à donner à la vie de famille une place si centrale dans sa création et dans sa rédemption. Mais nous pouvons au moins en dénombrer quelques-unes.

 

L’une des raisons les plus importantes est de nous montrer que la vie, toute vie humaine, est un don précieux qui vient directement de Dieu. Personne ne peut produire une autre vie humaine tout seul, à la manière d’un artiste produisant une peinture, ou d’un maçon faisant un mur. La vie humaine provient de l’union d’un homme et d’une femme, union souvent bénie par la conception d’un enfant.

 

Que toute vie humaine est un don de Dieu est une vérité qui ressort puissamment de la première lecture de ce jour. Anne montre clairement qu’elle comprend que son fils n’est pas d’abord le sien, mais celui de Dieu.

 

La même vérité ressort du passage de l’évangile de ce jour, où Jésus, pour la première fois, atteste sa dépendance primordiale vis-à-vis de son Père céleste, et non pas de ses parents terrestres.

 

La même chose vaut pour nous, pour chaque être humain. Nul d’entre nous n’est un pur "produit" de la science ou de la chance ; personne n’est le résultat d’une "erreur" ou d’un "accident" : tous, nous sommes les enfants bien-aimés de Dieu, appelés à vivre pour toujours avec lui au ciel.

 

Voilà pourquoi l’Eglise catholique est si intransigeante pour tout ce qui concerne les questions de génétique et de la dignité de la vie humaine. Les êtres humains sont des membres uniques de cette terre, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et, bien que déchus, promis à une gloire éternelle. Les autres créatures qui nous entourent, du rhinocéros à la forêt amazonienne, sont belles et merveilleuses, et méritent notre respect et un usage responsable, mais elles ne partagent pas la même dignité qu’un être humain. En fait, l’univers physique tout entier a moins de valeur que le plus minuscule embryon humain, car l’univers passera, mais chaque âme humaine vivra pour toujours, soit au ciel, soit en enfer.

 

Notre culture populaire n’est pas en accord avec cela, et, de plus en plus, elle essaie de nous convaincre que les êtres humains sont un cancer, une menace pour la terre. Prenez, par exemple, le rapport de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la Population) de novembre 2009. Ce rapport utilise le changement climatique pour promouvoir l’avortement et estime que les familles devraient être récompensées pour renoncer à avoir des enfants, car, dit le rapport, les enfants perpétuent la pollution de la terre : 

 

« Chaque naissance entraîne non seulement les émissions imputables à ce nouvel être durant tout le cours de sa vie, mais aussi les émissions produites par tous ses descendants. Il en résulte que l'économie d'émissions liée à ce que toutes les naissances seraient désirées ou planifiées se multiplie avec le temps. » (UNFPA, Etat de la Population Mondiale 2009) 1

 

 

Alors que l’on attribuait des allocations familiales aux familles nombreuses, bientôt on récompensera les femmes qui n’ont pas d’enfants par des "crédits de carbone" ! Si cela nous paraît une bonne idée, alors nous pouvons être sûrs que nous ne pensons pas comme Dieu. Certes, nous sommes appelés à user des ressources de la terre et à les développer d’une manière responsable, mais la terre n’est pas plus importante que les gens qui l’habitent. En réalité, c’est pour nous, les hommes, pour vous, pour moi, et même pour le voisin qui nous embête, que Dieu a fait la terre. La vie humaine n’est pas un cancer de la planète ; accueillir le don de la vie humaine, c’est la vocation même de la planète terre.

 

Quand nous disons que chaque vie humaine est un don de Dieu, une réalité sacrée, cela veut vraiment dire : toute vie humaine. Cela vaut aussi pour les célébrités, les acteurs de cinéma, les sportifs d’élite, les hommes et les femmes politiques et autres personnalités publiques. A cause de la presse à sensation et des mass médias, nous avons tous tendance à l’oublier. Ces personnalités publiques sont des personnes réelles, avec des familles, des espoirs et des rêves bien à elles. Elles méritent le même respect que celui que nous désirons pour nous-mêmes et pour les personnes de notre entourage. Mais les médias nous ont habitués à utiliser des critères différents. Nous en sommes arrivés à penser que nous avons le droit de tout savoir sur leur vie privée, avec leurs combats et leurs peines. Nous en sommes arrivés à les considérer comme des cibles. Nous parlons d’eux plus durement que pour n’importe quel collègue de travail ou membre de notre famille.

 

Le résultat, c’est que nous nous sommes habitués à nous remplir la tête avec aigreur ou avec une curiosité malsaine pour la vie privée d’autres personnes. C’est ce contre quoi nous mettait en garde Benoît XVI :

 

« Chaque jour, en effet, à travers les journaux, la télévision, la radio, le mal est raconté, répété, amplifié, nous habituant aux choses les plus horribles, nous faisant devenir insensibles et, d'une certaine manière, en nous intoxiquant, car la négativité n'est pas totalement éliminée et, jour après jour, elle s'accumule. Le cœur s'endurcit et les pensées s'assombrissent. » (Hommage du Saint-Père à l’Immaculée sur la Place d’Espagne, mardi 8 décembre 2009)

 

Certes, ce genre de négativité et de "judgmentalism" n’est pas aussi grave qu’une atteinte à la vie humaine comme l’avortement ou le trafic de drogue, par exemple. Mais il contribue à créer un climat dans lequel les attitudes hostiles à la vie peuvent s’épanouir. C’est pourquoi nous devons être responsables dans le choix des informations que nous lisons, écoutons ou regardons. Il y a tellement de sources d’information à notre disposition aujourd’hui que nous n’avons aucune excuse pour avaler tout ce que les médias voudraient nous faire avaler.

 

Cette semaine, pour rafraîchir le respect que nous devons avoir envers toute vie humaine et toute famille, efforçons-nous donc de réfléchir à la manière dont nous nous servons des mass médias, pour éviter que les mass médias ne se servent de nous.

 

1. Les termes de l'accord de la COP21 appellent les mêmes réserves. 

Jésus a sauvé le monde par son obéissance - Homélie 4 Avent C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
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Jésus est venu pour être notre paix, comme nous l’apprend la première lecture. Le contraire de la paix, c’est la guerre. Ainsi, si Jésus est venu pour être notre paix, il a dû y avoir une sorte de guerre qui a été arrêtée. Laquelle ? La rébellion de la race humaine contre Dieu. A l’aube de l’histoire, le démon tenta nos premiers parents d’essayer d’arriver au Bonheur, non pas en suivant les commandements de Dieu et en vivant en amitié avec lui, mais en désobéissant à ses commandements et en se rebellant contre lui. C’est ainsi qu’ils ont mangé du "fruit défendu". Et dès ce moment-là, ce monde, que Dieu avait créé dans l’harmonie, est devenu un champ de bataille entre le bien et le mal.

 

Dieu est notre créateur, nous sommes faits à son image et à sa ressemblance. Quand nous nous rebellons contre lui – et tout péché est une rébellion contre Dieu – nous sommes comme un poisson contre l’eau, ou comme la terre qui se rebelle contre le soleil : c’est marcher sur la voie de l’autodestruction. Dès lors, l’instant où la famille humaine s’est coupée de l’amitié avec Dieu, elle est dans une situation périlleuse. Personne n’était en mesure d’en réparer les dégâts, pas plus qu’un enfant ne pourrait recoller les morceaux d’une vitrine qu’il a fait voler en éclats. Nous avions besoin d’un Sauveur, quelqu’un qui était à la fois homme, comme nous-mêmes, et Dieu, avec la puissance pour reconstruire notre relation avec Dieu.

 

Ce Sauveur, c’est Jésus. Et il a accompli notre rédemption, notre salut, la réparation des dommages causés par nos péchés, par son obéissance à la volonté du Père. Là où Adam s’était rebellé contre les commandements de Dieu, Jésus, par amour pour nous, a obéi jusqu’à la fin sur la croix. C’est la signification de la phrase mystérieuse de la deuxième lecture de ce jour :

 

« Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté ».

 

Il est notre paix, car c’est lui qui a mis fin à notre rébellion.

 

L’obéissance n’est pas une valeur très estimée dans la culture populaire contemporaine. Dans la mentalité moderne, démocratique, individualiste, l’obéissance est considérée comme suspecte. Nous pensons que c’est une insulte à la créativité humaine. C’est comme si nous n’étions pas capables de nous débrouiller par nous-mêmes. Pourtant, l’obéissance du Christ n’est pas suspecte. Ce n’est pas une obéissance aveugle, c’est l’obéissance de l’amour et de la sagesse. C’est l’obéissance qui consiste à ne pas résister à la nature des choses.

 

Voici comment nous devrions raisonner… Quand un homme de sciences veut trouver le remède à une maladie, ou envoyer une navette spatiale vers Jupiter, ou encore découvrir une nouvelle source d’énergie, quelle est la première chose qu’il doit faire ? La première chose qu’il doit faire, c’est d’essayer de comprendre les lois de la biologie, de la physique, de la thermodynamique.

 

L’obéissance à des lois n’inhibe pas la liberté d’un homme de science pour développer son potentiel ; c’est ce qui, en fait, rend possible cette liberté. De même, l’obéissance du Christ à la volonté du Père, ne rabaisse pas notre nature humaine, elle la répare.

 

Et quand nous prenons l’obéissance du Christ comme modèle et comme guide, nous faisons l’expérience de cette réparation dans notre cœur.

 

L’obéissance du Christ est comme l’anticorps au virus spirituel du péché. Ce virus a infecté tout le monde, mais au lieu de causer une fièvre physique, il cause une fièvre spirituelle : angoisses, conflits intérieurs, comportements autodestructrices, injustice, dépressions, craintes de toute sorte.

 

Notre foi en Jésus Christ, si elle est authentique et saine, est antipyrétique (ce qui fait tomber la fièvre), car elle permet à son obéissance de couler dans nos veines spirituelles, nous apportant la paix, l’espérance et le courage.

 

C’est ce qu’avait bien compris le Bienheureux Jean XXIII. C’est la raison pour laquelle il a choisi comme devise "Obedientia et pax", obéissance et paix. Nous ne pouvons pas avoir la paix sans obéissance. C’est ce que nous enseigne Jésus en vivant selon sa devise à lui :

 

« Me voici, je suis venu pour faire ta volonté ».

 

Durant cette Messe, le Christ va rendre présent, une fois de plus, son acte sauveur d’obéissance, son “oui" définitif à la volonté du Père. Si, au lieu de nous rebeller, nous permettons à ce "oui" de faire écho dans notre propre cœur tout au long de la semaine qui commence, nous ferons aussi l’expérience de la paix intérieure qui est le fruit de l’obéissance à Dieu. Cette semaine, à l’approche de Noël, nous rencontrerons tous au moins deux situations qui mettront cette obéissance à l’épreuve, dans lesquelles nous serons tentés de désobéir au commandement de Dieu d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

 

D’abord, nous aurons l’occasion de rencontrer des membres de nos familles avec lesquels nous avons été en conflit, avec qui il y a eu des étincelles, qui nous ont blessés par le passé. Noël est une époque où les familles se rassemblent. C’est une belle tradition, mais il y a des écueils. Prenons la décision, aujourd’hui, au cours de cette Eucharistie, de nous tourner vers Jésus, chaque fois que nous risquons de nous emporter, pour que nous puissions activer sa grâce, lui permettre de faire écho à son "oui" dans nos cœurs, même si cela nous cloue à la croix.

 

Ensuite, il y aura le défi de l’activisme. Nous serons tous très occupés durant ces jours, et il nous sera difficile de trouver du temps pour être seul à seul, en silence, avec Dieu. Mais si nous ne sommes pas décidés en priorité à trouver au moins cinq ou dix minutes pour cela, comment Dieu pourra-t-il faire couler sa grâce en nos cœurs ? L’excitation de cette période de l’année peut ou bien nous épuiser, ou bien nous ragaillardir, nous rendre joyeux. Si nous essayons de passer ces jours en nous appuyant sur nos ressources uniquement, nous serons épuisés. Mais si nous restons proches de Dieu, en renouvelant notre oui à lui en passant du temps avec lui tous les jours, en exploitant sa grâce, nous serons ragaillardis.

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