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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

homelies annee c (2009-2010)

Le message de Jean Baptiste, serviteur de notre joie - Homélie 3° dimanche de l'Avent C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Jean Baptiste est dépeint comme un prédicateur au caractère colérique, qui faisait peur aux gens pour les amener au repentir. C’est une caricature !

Jean Baptiste est dépeint comme un prédicateur au caractère colérique, qui faisait peur aux gens pour les amener au repentir. C’est une caricature !

Une fois de plus aujourd’hui, comme c’est fréquemment le cas au cours de l’Avent, saint Jean Baptiste est sous les feux de la rampe. Souvent, par exemple dans les tableaux et les films, Jean Baptiste est dépeint comme un prédicateur au caractère colérique, qui faisait peur aux gens pour les amener au repentir. C’est une caricature ! Tout d’abord cette conception n’explique pas comment il a été capable d’attirer à lui des foules si nombreuses et de gagner tant de cœurs. Et ensuite, cette conception passe à côté de l’essentiel de son message qui est que le salut est tout proche, sur le point de se réaliser. C’est exactement à l’opposé d’un message prétendument noir, pessimiste, menaçant.

 

En fait, pour peu que nous voulions bien comprendre et l'admettre, le message de Jean est source d’une joie bien plus profonde que n’importe quelle autre joie que nous pourrions expérimenter dans notre vie. C’est cela que la célébration liturgique de ce troisième dimanche de l’Avent voudrait nous aider à comprendre et à vivre. Ce dimanche est appelé "dimanche Gaudete", le dimanche de la réjouissance. Le mot "joie" et ses dérivés ainsi que ses synonymes (allégresse) se trouvent douze fois dans les lectures de ce jour.

 

Jésus n’est pas venu pour nous intimider et nous opprimer ; il est venu pour nous sauver, pour nous apporter le salut, l’amitié avec Dieu, la plénitude et la sécurité de la vie en communion avec lui, notre Créateur et notre Rédempteur, pour nous rassembler dans les "greniers" de son Royaume éternel… Voilà le message de Noël, le message que nous méditons tout au long de ce temps de l’Avent.

 

Dans la deuxième lecture de ce jour, saint Paul nous commande d’être « toujours dans la joie du Seigneur ». Et au cas où nous serions tentés de croire qu’il exagère, aussitôt après, il dit :

« Laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie ».

 

Nous ne pouvons être toujours dans la joie du Seigneur si notre joie est fondée sur les plaisirs éphémères de ce monde. Sur quoi alors la baser ? Le salut, l’amitié avec Dieu, quelque chose qui ne passe pas, et que personne ne peut nous enlever. C’est la source de la joie chrétienne, et c’est cette joie que Jésus nous apporte.

 

La joie de notre Seigneur et Sauveur diffère des joies du monde de trois manières.

 

D’abord elle ne passe pas. La raison en est qu’elle provient d’une réalité vivante : notre relation avec le Christ. L’arbre de Noël est un arbre toujours vert. Pendant l’hiver en Europe et ailleurs, tous les autres arbres perdent leurs feuilles et entrent "en sommeil". Pas le sapin ! La verdure du sapin symbolise l’espérance au cœur de l’hiver avec ses journées froides et privées de lumière.

 

Ensuite, la joie du Christ s’intensifie au fur et à mesure que nous avançons dans notre pèlerinage de foi. C’est la raison pour laquelle la couleur liturgique de ce jour est normalement le rose. Le rose rappelle la couleur du ciel au petit matin, au moment où le soleil se lève. Pour les chrétiens fidèles, la vie est comme une longue aurore, et la mort l’entrée dans la splendeur de la lumière éternelle.

 

Enfin, plus nous donnons de la joie aux autres, plus nous serons nous-mêmes dans la joie. D’où la coutume d’échanger des cadeaux de Noël. Jésus lui-même nous assure qu’il y « plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35). Nous avons tous pu en faire l’expérience : même si cela nous coûte et nous demande des sacrifices, nous éprouvons alors une grande joie. Mais lorsqu’au contraire, nous cédons à nos tendances égoïstes, nous devenons tout ratatinés, comme Ebenezer Scrooge, le personnage principal du roman de Charles Dickens, roman qui est devenu un des comtes de Noël les plus connus (A Christmas Carol), ainsi que l’un des personnages les plus célèbres de l’univers de Donald Duck, Balthazar Picsou (Scrooge McDuck en anglais). C’est ce même personnage qui a été adapté plusieurs fois au cinéma, et encore dans le film Le Drôle de Noël de Scrooge

 

C’est à une autre expérience que la liturgie de la nuit de Noël nous invite. En transmettant la lumière, en aidant les autres à allumer leur cierge à l’aide de la flamme de la nôtre, nous ne perdons rien ; au contraire, nous gagnons davantage de lumière et de chaleur que si nous avions gardé notre flamme pour nous-mêmes.

 

Voilà la joie que Jésus veut nous apporter : une joie qui demeure, qui grandit, qui se multiplie et qui vient de l’acceptation de Celui que le Père nous donne comme Sauveur.

 

Si l’amitié avec Jésus Christ est source de joie éternelle, alors plus cette amitié s’approfondit et mûrit, et plus nous ferons l’expérience de la joie éternelle. Les meilleurs auteurs spirituels de l’Eglise catholique sont tous d’accord pour dire que cette joie dépend de trois choses : connaître, aimer et imiter Jésus Christ. Le fait que nous soyons ici aujourd’hui montre que, du moins dans une certaine mesure, nous connaissons et nous aimons Jésus. Mais est-ce que nous l’imitons ? Si quelqu’un nous suivait avec une caméra vidéo depuis le moment où nous quittons l’église jusqu’au moment où nous revenons dimanche prochain, quel genre de comportements pourrait-il enregistrer ? Notre vie quotidienne serait-elle un fidèle reflet de l’honnêteté, de l’intégrité, de la pureté de Jésus, des sacrifices auxquels Jésus a consenti pour pouvoir nous aimer ? Le Temps de l’Avent dure encore deux semaines. Faisons en sorte de mieux imiter Jésus pendant les deux semaines à venir que durant les semaines précédentes.

 

Je crois que nous savons tous comment il faut nous y prendre. D’abord, il nous faut commencer chaque jour par la prière, car sans l’aide de Dieu, nous ne pouvons rien faire. Ensuite nous devons faire un sérieux effort pour traiter notre prochain comme nous voudrions qu’il nous traite : d’abord les membres de notre famille, ensuite les amis, les collègues, les étrangers… Nous ne voudrions pas qu’ils nous critiquent et nous calomnient dès que nous avons le dos tourné. Nous ne voudrions pas qu’ils fassent semblant de ne pas voir nos besoins et nos difficultés. Nous ne voudrions pas qu’ils nourrissent de la haine et du ressentiment à notre égard, même si nous le méritons.

 

Si nous essayons de connaître, d’aimer et d’imiter le Christ chaque jour un peu plus, notre amitié avec lui ne se refroidirait jamais, et, peu à peu, notre vie deviendra une vraie fontaine de joie chrétienne.

« Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

« Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Préparer la Venue du Seigneur - Homélie 2° dimanche de l'Avent C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Il nous appartient à nous d’aplanir les montagnes et de combler les ravins qui peuvent tenir notre Sauveur loin de nous.

Il nous appartient à nous d’aplanir les montagnes et de combler les ravins qui peuvent tenir notre Sauveur loin de nous.

 
 

Les grands personnages annoncent leur visite officielle à l’avance… Cela permet aux gens de se préparer à leur visite, afin d’être prêts… Quand le Président d’un pays se rend en visite officielle quelque part, les agents chargés de la sécurité, les journalistes et les diplomates le précèdent pour que tout soit prêt. C’est vrai aussi pour le Pape quand il fait une visite pastorale... Pour les Journées Mondiales de la Jeunesse les préparatifs durent deux ans. Lorsque nous-mêmes recevons quelqu’un d’important à manger, nous ne commençons pas à faire les préparatifs au dernier moment non plus. Nous voulons que ça se passe bien, nous ne voulons pas que notre hôte soit incommodé par notre manque d’attention ou de négligence.

 

C’est exactement ce qui se passe dans l’Evangile de ce jour. Jean Baptiste est le précurseur du Christ, celui qui est envoyé pour annoncer sa venue et préparer le peuple à l’accueillir. C’est pourquoi Jean joue un rôle central dans la liturgie de l’Avent, car l’Avent est le temps où l’Eglise fait mémoire de la première venue du Christ, se prépare à sa nouvelle venue spirituelle pour Noël de cette année, et désire sa venue définitive dans la gloire à la fin de l’histoire.

 

Le mot "avent", en fait, vient du mot latin qui veut dire “venant vers“… Jésus est celui qui vient vers nous d’une nouvelle manière ce Noël, et le message de Jean Baptiste est là pour nous aider à être prêts…. Saint Luc accentue l’importance de la venue du Christ en rappelant que l’Ancien Testament a prophétisé non seulement  la venue du Christ, mais même l’apparition de son précurseur, Jean… Et cette prophétie, qui résume le message de Jean, nous offre deux enseignements.

 

D’abord elle nous dit ce que nous avons à faire pour nous préparer à la venue du Christ dans notre vie et dans la vie de ceux qui nous entourent. Nous avons à préparer la voie, en comblant les ravins, en aplanissant les collines et les montagnes, en rendant droit les passages tortueux et en aplanissant les routes déformées. Ces images proviennent d’une scène typique du monde ancien, avant l’apparition du béton et de l’asphalte. Quand un roi ou un empereur faisait le tour de ses territoires, ses officiels le précédaient pour s’assurer que les routes soient sûres et sans danger (au temps d’Isaïe, bien avant l’avènement de l’Empire romain, les routes étaient notoirement dangereuses)… pour que le roi ne soit pas retardé et moins exposé aux embuscades de l’ennemi…

 

De la même manière, nous sommes régulièrement appelés à examiner notre cœur, notamment dans le temps, joyeux mais pénitentiel, de l’Avent… Il nous faut prendre du temps pour bannir le bruit et le stress de notre monde. Nous devons regarder notre cœur pour voir où l’égoïsme a mis des obstacles à notre relation avec Dieu et le prochain. Nous avons à voir où des habitudes de paresse et de sybaritisme ont affaibli notre autodiscipline. Chacun de nous a besoin de boucher les nids de poule et d’enlever les débris, pour que la grâce que Dieu tient en réserve pour nous durant cet Avent puisse s’écouler dans nos cœurs sans obstacles. Le cœur est la route que Dieu veut emprunter pour entrer dans notre vie et la transformer ; à nous de faire le nécessaire pour que cela puisse se faire. Il n’y a pas de meilleur moyen pour cela que de se préparer à faire une bonne confession.

 

Deuxièmement, Isaïe nous dit pourquoi nous devons nous préparer à la venue du Christ. Il dit que « tout homme verra le salut de Dieu ». Quel merveilleux rappel du fait que nous avons tous besoin de la grâce de Dieu, nous et toute la famille humaine. La paix du cœur, la joie à laquelle nous aspirons plus que tout, est hors de notre portée de pécheurs. Nous avons besoin de quelqu’un pour nous l’apporter dans ce désert de notre exil sur cette terre et pour nous donner accès aux eaux de la vie éternelle.

 

Nous avons besoin d’un Sauveur. Si ce n’était pas le cas, si nous étions capables d’y arriver par nous-mêmes, alors Jésus n’aurait pas eu besoin de venir sur terre. Dieu n’aurait pas dû inventer Noël. Nous n’aurions pas besoin de l’Avent, ni de la religion tout court d’ailleurs.

 

Mais le fait est que en avons bien besoin. Ce monde et notre nature humaine déchus ont été empoisonnés par le péché, et seul Dieu a l’antidote : sa grâce. Jésus vient en permanence dans nos vies avec sa grâce pour nous sauver, comme il l’a fait de manière si étonnante il y a deux mille ans lors du premier Noël. Il veut toujours nous rapprocher de Dieu, de la plénitude de vie à laquelle nous aspirons tous. Mais il ne veut pas forcer la porte. Il nous respecte bien trop pour cela. C’est pour cela que nous devons préparer nos cœurs pour l’accueillir.

 

Le même mystère de ce divin partenariat entre nous et Dieu, qui est toujours prêt et capable de se mobiliser dans notre vie, est à l’œuvre dans le sacrement de l’Eucharistie. Jésus est réellement présent dans l’Eucharistie pour nous donner la grâce qui sauve chaque fois que nous venons l’adorer dans le tabernacle ou le recevoir dans la sainte communion. Sa présence vivante dans ce sacrement est signifié par la flamme vive de la lampe du sanctuaire. Mais pour que cette présence puisse se réaliser, l’Eucharistie requiert à la fois l’action de Dieu et la nôtre. Seul un prêtre ordonné peut célébrer la Messe et rendre le Christ présent dans l’Eucharistie, car seul un prêtre ordonné a reçu de Dieu par le sacrement de l’ordre le pouvoir de le faire. Mais même un prêtre ordonné ne peut pas faire l’Eucharistie à partir de rien. Il a besoin pour cela de pain et de vin, fruit de la terre, de la vigne, et du travail des hommes. Le sacerdoce lui-même illustre également ce même partenariat mystérieux : seul Dieu peut infuser le pouvoir du sacerdoce dans une âme humaine, par l’imposition des mains de l’évêque. Mais même si Dieu appelle un jeune homme à devenir prêtre, pour offrir au monde une autre échelle, cette ordination n’aura jamais lieu sans l’accord du jeune homme pour monter l’échelle du sacerdoce.

 

Oui, vraiment, nous avons besoin d’un Sauveur ; nous ne pouvons pas atteindre nous-mêmes au bonheur auquel nous aspirons. Mais en même temps, il nous appartient à nous d’aplanir les montagnes et de combler les ravins qui peuvent tenir notre Sauveur loin de nous. Voilà le message de saint Jean Baptiste, le message que l’Eglise veut nous donner durant ce temps de l’Avent.

Préparer la Venue du Seigneur - Homélie 2° dimanche de l'Avent C

Pourquoi l’Avent ? Invitation à la croisière - Homélie 1er dimanche de l’Avent C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
 

Aujourd’hui c’est un nouveau commencement, le premier dimanche d’une nouvelle année liturgique, le début du Temps de l’Avent. Chaque année l’Eglise nous guide à travers divers temps liturgiques. Le premier Temps est celui de l’Avent, suivi de Noël. Après le Temps de Noël nous avons quelques semaines de ce que nous appelons le Temps Ordinaire. Ensuite nous commençons le Temps du Carême qui débouche sur le Temps Pascal. Après la Pentecôte, enfin, nous reprenons le Temps Ordinaire.

 

Chacun de ces Temps liturgiques possède sa signification propre, avec aussi ses caractéristiques particulières. Il y a les lectures de la Messe qui sont en lien avec des thèmes déterminés. Il y a des jours spéciaux, des célébrations, des traditions. Il y a même des couleurs spécifiques.

 

Tout cela fait que les Temps liturgiques sont comme une croisière spirituelle. L’Eglise en est la guide. Les escales prévues par l’Eglise, ce sont tous les évènements majeurs de l’histoire du salut, depuis la création, dont on fait mémoire durant la Vigile Pascale, jusqu’à la Venue du Seigneur dans la gloire, mis en lumière en ce premier Dimanche de l’Avent.

 

Pourquoi l’Eglise insiste-t-elle pour que nous participions chaque année à cette croisière à travers l’histoire de notre salut ? Pourquoi devons-nous visiter toujours les mêmes escales, participer aux mêmes célébrations des mêmes Temps liturgiques chaque année ? S’agit-il d’une simple coutume d’ordre sentimental, ou y a-t-il une raisons valable à cela ? L’Eglise catholique n’a pas subsisté et évangélisé pendant deux mille ans à cause de traditions d’ordre purement sentimental. L’Eglise catholique est une mère spirituelle remplie de sagesse, guidée par l’Esprit Saint, et les Temps liturgiques sont une expression de cette sagesse.

 

Il y a au moins deux raisons importantes qui gouvernent le calendrier liturgique, et plus nous les comprendrons clairement, plus aussi nous pourrons en tirer notre profit.

 

La première raison qui régit les Temps liturgiques est d’ordre négatif, la deuxième d’ordre positif. La raison négative est simplement que l’Eglise ne veut pas que nous oubliions ce qui est le plus important. La vie est pleine de piquant, de souffrances, d’occupations, de relations complexes et d’urgences : bref, nous avons toujours un tas de choses à faire. Ca a toujours été comme ça, mais le rythme et la cacophonie n’ont cessé d’augmenter depuis l’invention des mass médias.

 

Parmi tant de vacarme et d’activités, le démon nous a à l’œil. Il veut que nous soyons absorbés par les urgences quotidiennes de notre vie sur-occupée pour que nous finissions par oublier l’urgence de ce que Dieu veut faire depuis toujours et pour l’éternité. En nous emmenant à une croisière chaque année à travers les Temps liturgiques, l’Eglise veut nous détacher de toutes ces activités dans lesquelles le démon nous entraîne et qui nous divertissent des réalités essentielles, durables, comme le péché et le salut, la mort et le jugement, l’Amour et le projet de Dieu, ses commandements…

 

La deuxième raison qui régit les Temps liturgiques est plus positive. Ces Temps sont là pour nous aider à grandir dans la grâce. Les saisons du monde créé comportent des condtions de lumière, de température, d’humidité qui permettent aux plantes et aux animaux de grandir, de s’épanouir et de porter du fruit, de se reproduire. Nous pouvons, par exemple, déterminer l’âge d’un arbre en comptant le nombre d’anneaux que comporte le tronc. Chaque anneau représente une année, c’est-à-dire une succession de saisons ordonnées. C’est ainsi que Dieu a voulu organiser la création.

 

De même il a organisé le monde surnaturel, le monde de la grâce et de la foi. Lors de chaque Temps liturgique, lorsque nous tournons notre regard vers les diverses vérités de la foi catholique et des évènements de la vie du Christ, nous recevons en temps voulu une nourriture, une lumière appropriée et équilibrée. Les Temps liturgiques nous permettent de grandir spirituellement de manière saine, en évitant la sédentarité, l’immobilité, si nocive pour notre santé tant spirituelle que physique.

 

En avançant dans la vie, les vérités de notre foi ne changent pas, mais nous, nous changeons. Chaque fois que nous les revisitons, nous en découvrons de nouveaux aspects. Par exemple, quand un enfant fête Noël, la venue de Jésus dans le monde, c’est une chose. Mais quand un adulte qui est devenu papa ou maman contemple Dieu que se fait petit enfant, c’est autre chose. C’est le même mystère de l’Amour de Dieu, mais vu et apprécié avec un autre regard.

 

Dieu a toujours quelque chose de nouveau à nous dire, et il nous parle à travers la contemplation de son Fils, Jésus Christ. Chaque évènement de la vie du Christ, célébré lors des Temps liturgiques, est comme une source de sagesse, et chaque fois que nous retournons à cette source, nous sommes désaltérés, rafraîchis et fortifiés ; et c’est ainsi que nous croissons en grâce.

 

Voilà donc les deux raisons majeures qui président au rythme bienfaisant de la succession annuelle des Temps liturgiques : échapper au stress de la vie quotidienne et grandir dans la grâce. Ainsi Dieu fait sa part de travail. Mais nous aussi, nous avons notre petite part à faire. Dieu a préparé quelque chose pour chacun de nous durant ce Temps de l’Avent : une lumière, peut-être, qui nous permettra de grandir en sagesse ; ou une expérience de pardon ou de libération spirituelle qui nous apportera une profonde paix intérieure ; ou encore une parole de grâce qui nous guérira d’une vieille blessure affective ; ou une vitamine spirituelle qui nous fortifiera et nous inspirera en vue d’une mission que le Seigneur veut nous confier. Dieu seul sait comment il va s’y prendre pour nous permettre de grandir durant ce Temps de l’Avent. Pour nous, la meilleure manière de le découvrir sera de coopérer avec lui, en faisant un effort conséquent pour correspondre à la grâce.

 

Quelque chose doit donc changer dans notre vie durant ces quatre prochaines semaines. Quelque chose doit changer dans nos maisons, dans notre manière de penser, de passer le temps… L’Avent concerne la venue du Christ : sa première venue il y a deux mille ans, sa venue prochaine dans la gloire, à la fin de l’histoire, et sa venue actuelle dans nos vies aujourd’hui. Notre travail, durant ce mois de décembre qui va commencer est de nous concentrer là-dessus, de porter cela dans notre prière, de réfléchir à cela, de nous laisser toucher par cela.

 

N’attendons pas demain pour commencer le Temps de l’Avent ; nous pouvons commencer tout de suite, lors de cette Eucharistie. Jésus vient vers nous durant cette Messe, pour entrer dans notre vie, exactement comme il est entré dans le monde lors du premier Noël. Quelle est la place que nous allons lui donner ?

L’Avent concerne la venue du Christ : sa première venue il y a deux mille ans, sa venue prochaine dans la gloire, à la fin de l’histoire, et sa venue actuelle dans nos vies aujourd’hui.

L’Avent concerne la venue du Christ : sa première venue il y a deux mille ans, sa venue prochaine dans la gloire, à la fin de l’histoire, et sa venue actuelle dans nos vies aujourd’hui.

Dieu veille toujours - Homélie Assomption de la Vierge Marie

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Nous autres, humains, nous sommes des créatures bizarres. Nous avons la capacité d’anticiper et de faire des projets. Nous sommes capables de nous souvenir des événements du passé. Nous pouvons rêvasser, faire preuve d’imagination et résoudre des problèmes. De toutes ces diverses manières, et de bien d’autres encore, nous sommes en mesure de poser des actes qui transcendent les limites du temps et de l’espace.

 

La raison en est que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nos âmes sont spirituelles, nous avons une conscience, nous sommes capables de connaissance et d’appréhender les vérités éternelles.

 

Mais nous ne sommes pas que spirituels. Nous sommes des esprits incarnés. Notre intelligence et notre volonté sont unies à notre corps. Par conséquent, nous sommes bel et bien limités par le temps et l’espace. Nous ne sommes pas en mesure de penser sans interruption à quelqu’un que nous aimons. Nous sommes dans l’obligation de nous occuper d’autres choses.

 

Dieu n’a pas ce problème. Il pense toujours à chacun de nous. Sa sollicitude pour chacun de nous ne souffre d’aucun répit. Regardez Jean Baptiste… Dès avant sa naissance, il s’acquitte déjà d’une mission que Dieu lui a confiée. Dieu s’occupait déjà de lui.

 

 

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La Vierge Marie, elle aussi, avait reçu une mission, non seulement avant sa naissance, mais dès avant sa conception même. Elle était présente dans la pensée de Dieu et elle a été conçue sans péché. C’est une des raisons pour lesquelles il convenait que Dieu, au terme de sa mission terrestre, l’assume au ciel avec son corps et son âme. C’est ce que nous célébrons en ce jour.

 

Dans le livre de l’Apocalypse, si haut en couleurs, nous voyons comment Dieu intervient exactement au moment où la femme enfante, en sauvant l’enfant de l’appétit de destruction du dragon. Dans le genre littéraire symbolique de l’Apocalypse, cela veut dire que Dieu veille tout le temps. Rien n’échappe à sa sollicitude aimante.

 

Dieu prend soin de chacun de nous, bien avant que nous nous en apercevions, exactement  comme il l’a fait pour Jean Baptiste, pour la Vierge Marie et pour l’enfant que le dragon voulait dévorer.

 

C’est un thème récurant chez Natalia Tsarkova, l’un des plus grands peintres contemporains. Âgée d’une cinquantaine d’années, elle travaille à Rome. Après avoir obtenu son diplôme à l’Académie des Beaux Arts à Moscou, elle a émigré vers l’Italie. Sa renommée se répand très rapidement, et elle reçoit une commande du Vatican pour peindre le portrait officiel du pape Jean Paul II. Le résultat donnant entière satisfaction, on lui demande de peindre un portrait posthume de Jean Paul Ier, qui était décédé trop tôt pour avoir un portrait de son vivant. Au cours du printemps 2007 elle a achevé une troisième commande : le portrait de Benoît XVI. Elle fait partie sans aucun doute des plus grands artistes de notre temps.

 

Dans deux des ses compositions les plus remarquables, elle illustre cette vérité cruciale que Dieu veille toujours sur chacun de nous, comme il l’a fait pour la Vierge Marie, depuis son Immaculée Conception jusqu’à sa glorieuse Assomption. L’un de ces tableaux est une représentation magnifique de la Dernière Cène. L’autre est appelé Notre-Dame de Lumière, le premier d’une série de peintures représentant les vingt mystères du Rosaire tels que Jean Paul II les avait institués.

 

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Les deux tableaux ont ceci de commun qu’ils comportent une multiplicité de personnages, avec beaucoup d’action, de mouvement. Il y a un autre point commun : dans les deux cas, le visage de Jésus est détourné de l’action débordante, et se dirige vers celui qui regarde le tableau. Son regard est vigilant, presque hypnotisant, tout à la fois réconfortant et étrangement exigeant. C’est comme s’il disait : "Oui, je m’occupe de tout l’univers, mais en ce moment, je ne pense qu’à toi." Et c’est la vérité. Jésus s’occupe de l’univers entier, mais en cet instant, à chaque instant, il ne pense qu’à toi.

 

Il y a une application très concrète de cette vérité de notre foi à propos de la prière. La prière est une conversation avec Dieu. Elle implique toujours deux personnes : nous et Dieu. Si nous n’étions pas sûrs que Dieu était toujours à notre écoute, toujours attentif à nous, notre vie de prière serait pleine de tensions et d’hésitations. Sans cette assurance, notre vie de prière ressemblerait à quelqu’un qui voudrait s’asseoir sur une chaise qui ne pourrait pas supporter notre poids.

 

C’était le problème permanent des religions pré-chrétiennes. Dans l’Antiquité gréco-romaine, et dans le paganisme en général, il n’y avait aucune assurance que les dieux parlent et écoutent ce qu’on leur disait. Dans ces conditions, la prière était comme un jeu de hasard, un pari, un jeu de poker. La relation avec la divinité avait un caractère d’instabilité et manquait de fiabilité.

 

Pour un chrétien, par contre, la prière est une relation bâtie sur le roc, une relation d’amitié et de confiance avec le Christ. Dans toutes les circonstances de notre vie, que ce soit dans un bouchon sur la route, dans la maladie, à l’école ou au travail, sur un terrain de sport, etc... nous pouvons toujours nous mettre à l’écoute de ce que Dieu veut nous dire, et lui dire à notre tour ce que nous avons sur le cœur, car nous savons qu’il fait toujours attention à nous. Il est toujours là pour nous guider, nous enseigner ou nous demander de faire quelque chose pour son Royaume, exactement comme pour la Vierge Marie jusqu’au dernier souffle de sa vie sur terre.

 

La Vierge Marie l’avait compris. L’Evangile nous la montre toujours comme quelqu’un qui parle avec Dieu et qui écoute ce que Dieu lui dit dans son cœur. Dans sa rencontre avec Elisabeth, le Seigneur nous laisse entrevoir les fruits d’une telle vie de prière que sont la joie et la sagesse.

 

Cette semaine, suivons son exemple. Nous savons que nous sommes toujours l’objet de la sollicitude de Dieu. Prenons la résolution, cette semaine, de faire davantage attention à lui tout au long de la journée, et pas seulement quand nous "récitons nos prières" du matin et du soir. Dieu saura l’apprécier, car il nous aime, et il voudrait tant donner libre cours à la puissance de son amour dans notre vie.

Dieu veille toujours - Homélie Assomption de la Vierge Marie

Jésus joue collectif - Homélie 15° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
"Je suis convaincu qu’il y a un grand besoin pour toute l’Eglise de redécouvrir la joie de l’évangélisation..."

"Je suis convaincu qu’il y a un grand besoin pour toute l’Eglise de redécouvrir la joie de l’évangélisation..."

 

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La désignation par le Christ de soixante-douze disciples (certains manuscrits grecs portent soixante-dix) pour collaborer à sa mission est une action d’une profonde signification biblique. Quand Moïse conduit le peuple d’Israël vers la Terre Promise, Dieu lui demande de désigner soixante-dix anciens pour avoir part à l’esprit de Moïse et être ses auxiliaires. Plus tard, le Sanhédrin, l’instance dirigeante d’Israël au retour de l’exil à Babylone, était composé de 71 anciens. Le nombre 72 peut même avoir encore un autre sens. Le Livre de la Genèse décrit la division du monde non-juif en 70 nations. Ainsi, le choix par Jésus de 72 disciples pourrait refléter l’universalité de sa mission rédemptrice. Elle inclut le 70 nations païennes, plus la nation d’Israël, et, peut-être, son Eglise, le nouveau Peuple de Dieu. Un total de 72.

 

En suivant cette trame, le Christ, nouveau Moïse, montre qu’il accomplit l’Ancienne Alliance. Cette insistance de l’Ancien et du Nouveau Testament sur le fait que Dieu choisit des collaborateurs pour l’aider à construire son Royaume, montre quelque chose d’essentiel au sujet du Seigneur : il est un joueur d’équipe. Il n’est pas venu seulement pour annoncer la Bonne Nouvelle, mais pour instituer son Eglise, l’association de ses disciples, ses collaborateurs, pour assurer la continuité de l’annonce jusqu’aux extrémités de la terre, jusqu’à la fin du temps. Jésus sauve le monde, mais pas tout seul. Il veut le faire avec notre aide. Depuis le pape jusqu’au dernier des croyants baptisés, nous avons tous part à la même mission : aider le Christ à construire son Royaume.

 

Cela devrait être notre plus grande joie. Comme le disait Benoît XVI :

 

"Je suis convaincu qu’il y a un grand besoin pour toute l’Eglise de redécouvrir la joie de l’évangélisation, de devenir une communauté inspirée d’un zèle missionnaire pour que Jésus soit mieux connu et aimé." (Lettre à l’Assemblée pan-asiatique pour la culture, organisée par le Cardinal Paul Poupard, 15 novembre 2006)

 

Une des manières dont Jésus montre qu’il est un joueur collectif, c’est qu’il partage avec nous sa propre expérience. Ces 72 disciples dont nous venons d’entendre parler, étaient invités à partager la mission du Christ. Ceux-ci ont généreusement accepté, et, à cause de cela, ils ont eu part à la victoire même du Christ. Ils sont revenus en se réjouissant, étonnés que même les démons leur étaient soumis. Nous pouvons tous avoir part à l’expérience des victoires du Christ, pourvu que nous ayons assez de courage pour répondre à son invitation, pour sortir comme "ouvriers dans la récolte", pour répandre la Bonne Nouvelle de l’évangile.

 

Mais le Christ ne se contente pas de nous donner part à ses victoires. Il nous donne part également à ses souffrances, sa croix. Nous avons tous des amis intimes et pas si intimes. Souvent, la différence est que nous amis intimes sont prêts à partager leurs épreuves avec nous, et nous avec eux. Des amis qui souffrent ensemble sont plus soudés. Jésus veut avoir cette intimité avec nous.

 

C’est ce à quoi fait allusion saint Paul dans la deuxième lecture, quand il écrit aux Galates:

 

« Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil. »

 

Ce que saint Paul estime le plus, c’est qu’il a eu part au rejet, aux souffrances du Christ. Il est un des rares saints dans l’histoire qui a eu part aux plaies mêmes du Christ. A part son martyre à Rome vers l’an 68, Paul avait reçu le don des stigmates, l’apparition sur ses propres mains et pieds des plaies du Christ sur la croix. C’est ainsi que la plupart des exégètes interprètent la phrase que nous venons d’entendre dans la Deuxième Lecture :

 

« je porte dans mon corps la marque des souffrances de Jésus. »

 

Jésus n’est pas comme les divinités païennes dont on disait qu’ils résidaient sur le Mont Olympe et qui manipulaient avec nonchalance les chétifs humains sur la terre. Jésus est le Roi de l’Univers qui a fait de nous des partenaires dans sa mission, des ambassadeurs officiels de son Royaume.

 

Parfois nous oublions que Jésus veut que nous soyons des membres actifs de son Eglise. Parfois nous pensons que l’Eglise est une sorte de station d’essence, un endroit om nous pouvons aller faire le plein spirituel. C’est vrai, bien sûr, mais ce n’est pas tout. Aujourd’hui Jésus nous rappelle que nous sommes ses collaborateurs, ouvriers avec lui, ses coéquipiers. Et dans son équipe, il n’y a personne sur le banc des remplaçants. Plus nous participons activement à la mission du Christ d’étendre son Royaume par nos paroles, nos prières et notre exemple de vie chrétienne, plus nous aurons part à la joie du Christ. Si, courageusement, nous sortons comme ambassadeurs du Christ, nous reviendrons en nous réjouissant, comme les 72 disciples.

 

Cela peut être aussi simple que de faire un petit plaisir à son voisin, ou aussi exigeant que d’aller visiter un prisonnier, trouver un abri pour une maman célibataire, ou inviter un incroyant à venir à la messe.

 

En poursuivant cette Eucharistie, demandons au Saint Esprit d’éclairer notre intelligence afin que chacun puisse faire un bilan de son amitié avec le Seigneur. Nous sommes tous ici parce que nous aimons le Christ et parce que nous voulons le suivre de plus près. Jésus veut la même chose. En le recevant dans la Sainte Communion, demandons-lui de faire de nous de meilleurs disciples, de nous envoyer en mission au cours de cette semaine pour apporter la Bonne Nouvelle à quelqu’un qui a besoin de l’entendre.

Avançons-nous avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce - Homélie Vendredi Saint

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Jésus Christ, notre Sauveur, vrai Dieu et vrai Homme, a expérimenté les abîmes de la misère humaine. En contemplant sa Passion, il n’est pas permis d’en douter. Isaïe n’en a pas douté :

 

« Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne. »

 

 

 

 

Nous avons tous pu avoir cette impression dans notre vie, car nous vivons tous dans un monde de péché. Nous avons tous été malades, et trahis, et blessés. Et nous avons tous aussi fait souffrir les autres. Les conséquences du mal et du péché ont atteints et touchés chacun de nous, un peu comme les vagues dans l’eau atteignent le rivage quand on jette un caillou au milieu d’un étang. Le caillou, c’est le péché originel.

 

Jésus nous a sauvés en se mettant à notre niveau, en venant au cœur de nos douleurs et de nos détresses.

 

« C'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. »

 

Il nous a sauvés, non pas en supprimant la souffrance, mais en souffrant avec et pour nous, en nous apprenant, par son propre exemple, à aimer et à faire confiance à Dieu au cœur de la souffrance.

 

Est-ce que nous réalisons pleinement la signification de cette vérité étonnante ? Cela veut dire que nous n’avons pas besoin de devenir parfaits pour pouvoir être amis de Dieu. Cela veut dire que, dans le Christ, nous pouvons nous rendre en présence de Dieu comme nous sommes, avec toutes nos misères et nos confusions, et nos blessures, et nos péchés. Les bras de Jésus sont étendus sur la croix, pour embrasser qui ? Ceux qui n’ont jamais péché ? Ceux qui sont déjà des saints ? Non! Nous!

 

La Lettre aux Hébreux nous le fait comprendre. Ecoutez à nouveau cette phrase impressionnante qui peut nous libérer de toute crainte et hésitation dans notre relation avec Dieu :

 

« Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. »

 

***

 

Le fait de faire l’expérience de cet amour de Dieu qui veut nous rencontrer là où nous sommes peut avoir une grande résonnance dans notre vie. Sir Alec Guinnes, l’acteur britannique aux nombreuses distinctions, en a fait l’expérience d’une manière très surprenante. Il se trouvait pour un tournage dans un vieux village en France. Il tournait un film où il jouait le rôle d’une prêtre catholique, bien que lui-même n’était pas catholique. Après une longue journée de tournage, il retournait vers son hôtel à pied à travers les rues du village, toujours en habits de prêtre. Soudain, une petite fille se précipite vers lui. Elle allait dans la même direction sur le chemin de retour vers la maison après avoir fait une course. En voyant l’acteur, mais pensant que c’était un vrai prêtre, elle lui prend la main dans sa petite main, et c’est ainsi qu’elle continue sa route, parlant avec lui comme si elle l’avait connu toute sa vie. L’acteur, ne connaissant pas un mot de français, ne savait pas ce qu’elle disait, était bien incapable de répondre quoique ce soit, mais pour la petite fille, ce n’était pas un problème. Elle continuait ainsi pendant quelques centaines de mètres, jusqu’à ce que elle devait tourner dans une autre direction. Sa main s’est détachée, s’est agitée pour dire au revoir, après quoi la petite fille a poursuivi sa route.

 

Alec Guinness est resté un moment perplexe. Il était intrigué par une religion qui pouvait inspirer autant de confiance et de joie. La petite fille l’avait pris pour un prêtre, et cela avait suffi pour le traiter comme s’ils avaient été des amis de longue date, bien qu’elle ne l’avait jamais rencontré avant durant toute sa vie ! Cette expérience non seulement a profondément influencé sa manière de jouer son rôle dans le film ; c’était le premier pas dans la voie qui l’a finalement conduit à devenir catholique.

 

Dans le Christ, Dieu – le Créateur de l’univers et celui qui maintient toute la Création dans l’existence, veut être aussi proche de nous. C’est pour cela qu’il est monté sur la Croix pour nous sauver par ses souffrances, pour pouvoir être proche de nous. Il veut que nous ayons avec lui la même confiance, la même simplicité que celle de la petite fille avec lui ! Il veut que nous avancions avec confiance vers le trône de sa grâce, comme nous sommes, tout simplement.

 

***

 

Aujourd’hui, bien qu’attristés par les souffrances que notre Seigneur a du endurer pour nous sauver de nos péchés, nous sommes en même temps dans la joie, car nous savons que nous ne sommes pas seuls dans nos souffrances, et que nous ne serons jamais seuls. Il est tout près de nous. La porte de Dieu est toujours ouverte, ses bras sont toujours étendus pour nous accueillir. Le trône de Dieu est toujours à portée de notre prière. Ce soir, ne quittons pas cette église avant d’avoir remercié le Seigneur pour ce grand cadeau. Quand nous avancerons en procession pour vénérer la croix, faisons-le avec un coeur plein de reconnaissance.

 

Mais, en même temps, n’oublions pas que beaucoup n’ont toujours pas reçu ce cadeau. Beaucoup ne sont pas ici ce soir. Beaucoup n’ont pas entendu la Bonne Nouvelle. Beaucoup n’ont pas appris qu’ils peuvent avancer avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant. Beaucoup souffrent dans la solitude. Peut-être en connaissons-nous. Peut-être en connaissons-nous qui savaient, mais qui ont oublié. Peut-être connaissons-nous des personnes qui ont peur du Christ. Pourrions-nous procurer une plus grande joie au Seigneur que d’être de vrais disciples que de leur apporter la Bonne Nouvelle ?

 

"Contrairement à ce que nous pouvons penser, la plus grande difficulté des hommes n'est pas de croire à ce que l'Eglise enseigne au plan moral.
Le plus dur pour le monde postmoderne est de croire en Dieu et en son Fils unique."
(Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien)

 

 

Depuis hier soir, et jusqu’à demain soir, tous les tabernacle du monde sont vides, et tous les autels du monde sont nus. Où donc les hommes et les femmes qui souffrent en ce monde pourraient-ils aller pour être réconfortés par l’amour du Christ ? Nulle part ! Et donc, c’est nous qui devrons aller vers eux. Depuis maintenant et jusqu’à Pâques, nous sommes appelés à être des tabernacles vivants, nos cœurs devront être des autels où l’amour du Christ descend sur terre, en aimant notre prochain comme le Christ nous a aimés. Quand nous recevrons le Seigneur dans la Sainte Communion, prions humblement et avec confiance pour lui demander cette grâce.

 

"Contrairement à ce que nous pouvons penser, la plus grande difficulté des hommes n'est pas de croire à ce que l'Eglise enseigne au plan moral. Le plus dur pour le monde postmoderne est de croire en Dieu et en son fils unique." (Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien)

"Contrairement à ce que nous pouvons penser, la plus grande difficulté des hommes n'est pas de croire à ce que l'Eglise enseigne au plan moral. Le plus dur pour le monde postmoderne est de croire en Dieu et en son fils unique." (Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien)

Jésus demande notre engagement personnel - Homélie 12° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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Jésus est le Christ, le Seigneur, le Sauveur envoyé par Dieu, le Fils de Dieu fait homme. C’est ce que S. Pierre affirme dans l’Evangile de ce jour, et Jésus ne le contredit pas. Pourtant cette conviction n’est pas partagée par tout le monde. Les uns disent que Jésus était un grand philosophe, un bon maître ou … un illuminé. L’identité de notre Seigneur est une question qui a été débattue en permanence depuis vingt siècles. Et même pour nous qui prétendons être de bons catholiques, c’est une question importante.

 

Mais ce qui est important dans le passage de l’évangile de ce jour n’est pas seulement le fait que cette question est posée, mais comment elle est présentée. En fait Jésus pose non pas une, mais deux questions :

 

« Pour la foule, qui suis-je ? » 

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

 

Il ne suffit pas de discuter de son identité d’une manière abstraite, académique. Les grands de ce monde se contentent d’une adhésion superficielle ; pourvu que les gens votent pour eux, ils n’essaieront pas d’empiéter dans notre espace privé. Quoique... En tout cas, ce n’est pas ainsi que fonctionne le Royaume du Christ. Un chrétien ne peut pas se contenter de l’être de manière nominale, culturelle, comme on dit parfois. Il ne suffit pas de savoir ce que les autres disent de Jésus. Nous devons le rencontrer et lui répondre de manière personnelle. Nous devons proclamer sa seigneurie, non pas seulement du bout des lèvres, mais par toute notre vie. Nous devons dire non seulement que Jésus est le Seigneur, mais qu’il est notre Seigneur, mon Seigneur, et que nous sommes prêts à le suivre partout où il nous conduit.

 

C’est cette adhésion personnelle à Jésus Christ, le fait d'assumer la responsabilité de notre foi, qui ouvre pour nous la porte de la maturité spirituelle et de la sagesse, de la joie et de la paix intérieure qui accompagnent cette maturité.

 

Un des exemples les plus marquants de quelqu’un qui a compris et vécu cette relation de manière personnelle, et pas seulement générale, nous est donné par la vie de Ste Thérèse de Lisieux. Elle vécut à la fin du 19e siècle dans le nord-ouest de la France, en Normandie. Elle était issue d’une famille de la bourgeoisie à la foi solide. Ses quatre sœurs sont toutes devenues religieuses, comme elle, et ses parents ont été béatifiés. Thérèse est morte quand elle avait à peine vingt-cinq ans, et fut déjà canonisée vingt-sept ans plus tard. En 1997 le saint Jean Paul II l’a déclarée Docteur de l’Eglise universelle, la plus haute distinction accordée par l’Eglise.

 

Thérèse découvre sa vocation très tôt. C’est avec beaucoup de foi, de détermination et de créativité qu’elle obtient la dispense de l’évêque du lieu pour entrer au couvent des Carmélites alors qu’elle n’est âgée que de quinze ans, et elle fait ses vœux à l’âge de dix-sept ans. A cette période, une de ses amies qui n’est pas religieuse, va se marier. Thérèse reçoit un faire-part de mariage. Ce faire-part est très beau, bien présenté, calligraphié et formulé de manière très distinguée. Thérèse, bien sûr, ne peut pas se rendre au mariage. Les Carmélites, une fois entrées au couvent, ne peuvent pas sortir. Mais ce faire-part va lui donner une idée. Comme le jour de ses vœux approche, elle va composer elle aussi un faire-part de mariage dans lequel elle présente Jésus, le "Roi des Rois et le Seigneur des seigneurs", comme l’époux, et elle-même, Thérèse Martin, comme l’épouse. La date est celle du 8 septembre 1890, la date de ses vœux, et la date de la réception est celle de "demain, le Jour d’Eternité"

 

Pour Thérèse, Jésus est beaucoup plus qu’une idée ou un idéal. Il est une personne vivante, qui s’intéresse à sa vie, et son amitié pour lui est réelle.

 

Ceux qui critiquent l’Eglise catholique disent parfois que nos traditions, nos rituels, nos sacrements empêchent cette dimension personnelle de notre relation avec Dieu. Ils disent que nous devrions "aller directement à Dieu", au lieu de passer par des intermédiaires : les prêtres, la Messe, la confession, les prières personnelles. Mais c’est un faux argument, pour deux raisons.

 

D’abord parce que l’Eglise nous encourage, en fait, à "aller directement à Dieu", tout le temps, aussi souvent que possible ! Voici comment Benoît XVI disait cela dans un discours :

 

« Ce qui importe le plus, c’est que vous développiez votre relation personnelle avec Dieu. »

 

L’Eglise n’est pas pour nous un obstacle à une relation personnelle avec notre Seigneur et notre Sauveur, bien au contraire !

 

La deuxième raison pour laquelle c’est au faux argument est en relation avec la raison d’être des sacrements, des rituels et des traditions. Correctement compris et vécus sincèrement, ils nous aident en fait à rencontrer Dieu plus personnellement. C’est pour cela que le Saint Esprit les a inventés, pour nous donner plus la possibilité de faire l’expérience de la proximité de Dieu d’une manière personnelle, tangible. Par exemple, quand nous confessons nos péchés à un prêtre dans le sacrement de la réconciliation, c’est une rencontre personnelle, une rencontre pleinement humaine dans laquelle Dieu nous donne l’assurance de son pardon de la manière la plus concrète qui soit. Et quand nous recevons la Sainte Communion, une fois de plus, Jésus se fait tangible, plus que nous pourrions le faire par nous-mêmes.

 

L’Eglise est le don de Dieu pour nous, munie de tous les moyens pour que nous permettre de le voir, de l’entendre, et de le toucher.

 

En poursuivant cette Messe, rendons grâce à Dieu pour s’intéresser si personnellement à chacun de nous, et promettons-lui de ne jamais nous y habituer, de toujours nous émerveiller de cette relation, qui est la plus importante de toute notre vie, celle que nous pouvons avoir avec lui, dans l’Eglise.

 

« Pour la foule, qui suis-je ? »   « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

« Pour la foule, qui suis-je ? » « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

La Puissance et la Beauté de la Miséricorde - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Que nous ressemblions davantage à cette femme pécheresse ou à ce Simon pécheur, peu importe...

Que nous ressemblions davantage à cette femme pécheresse ou à ce Simon pécheur, peu importe...

 

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Cet épisode de l’Evangile n’est rapporté que par S. Luc. Matthieu, Marc et Jean n’en font aucune mention. Pourquoi S. Luc a-t-il décidé de l’insérer dans son Evangile ? Sans doute pour la même raison qu’il est aussi le seul parmi les évangélistes, à inclure les paraboles du Fils Prodigue et du Bon Samaritain. S. Luc était fasciné par l’infinie miséricorde du Christ, par la puissance de son amour inconditionnel.

 

Dans sa première encyclique, Benoît XVI avait écrit que Jésus est l’amour incarné de Dieu (n. 12), l’amour et la miséricorde de Dieu rendus visibles. Prenons quelques instants pour le contempler.

 

Regardons d’abord la femme pécheresse. Comment cette femme est-elle entrée dans la maison de Simon ? Toute penaude ? Etait-elle timide et hésitante ? Si elle avait été embarrassée, elle ne serait pas venue, tout simplement. Non, elle a dû se précipiter dans la salle, cherchant Jésus avec un regard intense. Le voyant, son regard a dû s’éclairer, son inquiétude faire place à un beau sourire : elle avait trouvé celui qu’elle cherchait !

 

Qui était Jésus pour cette femme ? Jésus était son Sauveur. Elle avait trouvé en lui ce qu’elle cherchait depuis longtemps. Nous ne savons pas comment elle l’a connu. Peut-être n’avait-elle vu Jésus que de loin, écoutant son enseignement perdue dans la foule. Peut-être, après un de ses sermons, leurs regards s’étaient-ils croisés l’espace d’une fraction de seconde. Quelles qu’aient été les circonstances de ce premier contact, la puissance de sa grâce avait, d’une manière ou d’une autre, touché son cœur, pénétrant les barrières qu’elle avait érigées dans son cœur. En Jésus, cette pécheresse publique avait fini par trouver quelqu’un qui la connaissait vraiment, qui l’avait appréciée de cette manière qu’elle avait toujours désirée, qui n’attendait rien d’elle, sinon la confiance et l’amitié. Pendant toutes ces années, elle avait cherché à s’épanouir, à faire reconnaître sa vraie valeur, au mauvais endroit.

 

Aujourd’hui, joignons-nous à elle. Répandons le précieux parfum de la reconnaissance et de l’amour sur Jésus, notre Seigneur, qui nous a supportés, cherchés, livré son corps et son sang en nourriture, et qui est toujours prêt à pardonner nos péchés.

 

Maintenant tournons notre regard vers l’autre pécheur, Simon, le pharisien. Simon avait réussi dans la vie, et il en était arrivé à penser qu’il n’avait pas besoin de Dieu. Oui, il fréquentait la synagogue. Après tout, il est un pharisien, un leader spirituel. Mais il allait à la synagogue pour montrer combien il était juste, et non pas pour mendier la grâce de Dieu. La femme, qui savait qu’elle était une pécheresse, et qu’elle avait besoin d’un Sauveur, était capable de voir la gloire du Christ et de faire l’expérience de son amour. Mais Simon, lui, est aveuglé par son arrogance et son autosuffisance, et donc il ne découvre rien d’extraordinaire en ce rabbin de Nazareth.

 

Il y a un Simon en chacun de nous, et c’est ce petit Simon qui nous retient d’aller nous confesser, et de nous confesser en vérité. Ceux qui se connaissent en vérité, qui savent vraiment qu’ils ont besoin de la miséricorde de Dieu et de sa grâce dans leur vie, ceux-là se confessent régulièrement et loyalement. Ils se jettent au pieds de Jésus dans un élan d’humble gratitude, comme la femme pécheresse. Et alors, Dieu peut en faire des saints. La Bienheureuse Mère Teresa (bientôt canonisée) se confessait chaque semaine. Simon le Pharisien ne se serait jamais confessé : il n’avait jamais tué personne. Il se trouvait quelqu’un de très bien ! Cette autosuffisance diabolique agit comme un bouclier, et fait en sorte que les flèches de la grâce sont écartées, incapables de pénétrer dans nos cœurs pour les transformer.

 

Maintenant voyons comment Jésus réagit face à ces deux pécheurs. Est-il gentil et compréhensif avec celle qui lui fait confiance et le respecte, mais dur et en colère contre celui qui le regarde de haut ? C’est l’impression que nous pourrions avoir au premier regard. Mais, en fait, il n’en est pas ainsi. Bien sûr nous pouvons imaginer son sourire quand il permet à cette femme pécheresse de le oindre pour exprimer sa gratitude. Après quoi il la regarde dans les yeux et prononce les paroles qu’elle aurait voulu entendre depuis si longtemps, des paroles de guérison et de pardon. Il les prononce à voix haute, pour qu’elle ne doute jamais plus de la miséricorde de Dieu, pour qu’elle soit vraiment libérée de ce tourment de sa culpabilité, pour qu’elle sache avec certitude qu’elle aimée du seul Homme dont l’amour est vraiment essentiel.

Et ensuite, Jésus se tourne vers Simon. Est-ce que Jésus l’agresse et l’humilie ? Pas du tout. Il le reprend avec douceur. Il le regarde, exactement comme il a regardé la femme, avec douceur et compassion. Ensuite il lui pose quelques questions, pour éveiller et éclairer sa conscience. Jésus a tellement soif de notre amitié ! Il ne nous rejette jamais ! Il nous attire vers sa lumière!

 

Saint François de Sales faisait remarquer que l’on attrape plus de mouches avec une goutte de miel qu’avec un tonneau entier de vinaigre. Le miel coule de Jésus tout au long de l’Evangile. Ce miel, c’est sa miséricorde ! Il veut nous assurer que rien pourra l’empêcher de nous aimer. Il désire que nous lui fassions confiance, que nous le suivions, que nous lui confessions nos péchés, pour qu’il puisse nous libérer afin de nous rendre capables de vivre notre vie comme nous le souhaitons vraiment.

 

Que nous ressemblions davantage à cette femme pécheresse ou à ce Simon pécheur, peu importe. C’est le même Jésus qui viendra à nous dans cette eucharistie. Accueillons-le comme il convient.

 

La Résurrection du Christ, une victoire totale, irréfutable, et irréversible - Homélie Jour de Pâques

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Si le Christ n’est pas ressuscité des morts, il n’a pas plus d’autorité sur nous que Socrate ou Confucius ou Bouddha ou Mohammet

Si le Christ n’est pas ressuscité des morts, il n’a pas plus d’autorité sur nous que Socrate ou Confucius ou Bouddha ou Mohammet

 

Jésus, le crucifié, est maintenant ressuscité des morts. Il est vivant. La défaite la plus radicale a été transformée en une victoire irréversible. La mort s’est acharnée contre l’Oint de Dieu, le Messie. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour réduire à néant le courage et la fidélité du Sauveur. Elle a tiré toutes ses flèches, tout son arsenal de haine, d’injustice, d’humiliation, de douleur. Elle a livré une bataille impressionnante, sanglante, mais le Messie de Dieu est sorti vainqueur du tombeau.

 

Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ? Cela veut tout dire, absolument tout. La résurrection est le sceau qui valide tout ce que Jésus a dit et fait : sa prétention d’être Fils de Dieu, d’avoir autorité pour pardonner les péchés et pour rétablir la communion entre Dieu et l’homme ; son appel universel à nous défaire de l’égocentrisme pour aimer Dieu et notre prochain comme une voie vers le bonheur véritable ; sa promesse de donner sa grâce par l’Eglise qui demeurera jusqu’à la fin. Si Jésus n’était pas ressuscité de morts, aucune de ces prétentions ne mériterait que l’on s’y arrête. Dans ce cas, Jésus aurait été l’un de ces hommes, un de plus, bien intentionné sans doute, mais un doux rêveur dont les rêves auraient été anéantis par la dure réalité de la vie.

 

Avez-vous remarqué que chaque fois que des gens se mettent à vivre en ignorant les enseignements et l’exemple du Christ, ils finissent toujours par mettre en doute le réalisme de sa résurrection? Après tout, si le Christ n’est pas ressuscité des morts, il n’a pas plus d’autorité sur nous que Socrate ou Confucius ou Bouddha ou Mohammet …

 

Mais Jésus est bel et bien ressuscité des morts. Sa victoire sur le mal et le mensonge, sur l’injustice et la souffrance est totale, irréfutable, et irréversible. Personne ne peut nier qu’en vingt siècles d’histoire on a pu voir un flot ininterrompu de saints, une croissance durable de l’Eglise catholique et une vitalité chrétienne qui ne se dément pas, quoi qu'en disent les médias en Occident...

 

 

***

 

Tous les grands conquérants de l’histoire auraient aimé vivre pour toujours, mais aucun d’entre eux n’a pu vaincre son plus grand ennemi : la mort. Le Christ seul l’a fait. L’un des plus fameux d’entre eux a essayé, d’une certaine manière, de le faire. Il s’appelait Napoléon Bonaparte. Il était un officier militaire qui a pris le pouvoir en France pour rétablir l’ordre après la Révolution française. Mais il avait des ambitions qui dépassaient les frontières françaises. Il se considérait comme une sorte de Messie, destiné à établir un Empire français aussi étendu et durable que l’Empire romain.

 

Pendant un certain temps, il semblait pouvoir réussir. En l’espace de seulement trois années son armée avait conquis toute l’Europe continentale, depuis la frontière russe jusqu’à la Grande Bretagne. Mais la Russie et l’Angleterre résistaient. En 1812 Napoléon entreprit une nouvelle campagne et envahissait la Russie avec une armée de 600.000 hommes venant de toute l’Europe. Cette campagne fut un désastre, et bientôt une alliance des nations conquises repoussera les armées impériales pour envoyer l’Empereur en exil. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes…

 

Durant les douze mois qui ont suivi, le général encore jeune arrange secrètement une évasion de son exil, rassemble son ancienne armée et reconquiert la ville de Paris. Sans prendre le temps de se reposer et de savourer son succès, il lance une nouvelle attaque contre ses adversaires internationaux. Il semble alors renouer avec son invincibilité. Et voilà que toute l’Europe tremble à nouveau devant l’ombre de l’Empereur. C’était comme une résurrection.

 

Mais au centième jour après son retour, Napoléon connaît une lourde défaite, lourde et défintive, cette fois, lors de la bataille de Waterloo. Il est renvoyé en exil, et meurt six années plus tard, âgé de 52 ans.

 

C’est le sort de tous les royaumes terrestres, qu’ils soient militaires, politiques, académiques, économiques ou sportifs. Après une centaine de jours, ils s’évanouissent comme la fumée. Seul le Christ a fait un retour gagnant définitif, lui seul a remporté une victoire irréversible. De lui seul on peut dire : "Son règne n’aura pas de fin".

 

***

 

Aujourd’hui savourons donc cette joie pascale, et rendons grâce à Dieu de nous permettre d’avoir part à cette victoire, pour le don de l’espérance. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Ne nous contentons pas de nous réjouir, mais changeons nos cœurs. La résurrection du Christ n’est pas seulement une belle idée; c’est la puissance de la vie éternelle qui est à l’œuvre en chacun de nous. Alors pourquoi ne pas prendre une bonne résolution pour les huit semaines du Temps pascal pour nous connecter à cette source d'énergie durable?

 

Nous avons à peu près tous, je pense, pris des résolutions de Carême. Nous avons pu faire des sacrifices. C’était un moyen pratique de permettre à Dieu d’agir par sa grâce dans nos cœurs. Alors, si nous avons fait des sacrifices, si nous avons renoncé à quelque chose durant le temps de pénitence du Carême, pourquoi ne pas maintenant accueillir quelque chose comme une façon de vivre la joie du Temps pascal ?

 

Dans la deuxième lecture, saint Paul nous a encourages à tendre vers « les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre ». Pourquoi ne pas prendre une résolution pascale qui pourra nous aider à le faire, qui nous aidera à garder en mémoire la vie éternelle dans le Christ qui nous attend, si nous lui sommes fidèles ? Pas besoin de compliquer les choses : par exemple, en invitant un(e) ami(e) ou un membre de notre famille qui a oublié la victoire du Christ à venir à la messe un dimanche, et ensuite à déjeuner à la maison ; ou bien en regardant un beau film ensemble, en famille, chaque dimanche jusqu’à la Pentecôte, un film joyeux, qui fait du bien ; ou bien encore en prenant le temps de lire ou de relire un bon livre, un livre qui est une nourriture pour l'âme et pour l'esprit…

 

Si nous demandons au Saint Esprit de nous éclairer, il ne manquera pas de le faire. Il suffit de décider de faire quelque chose pour permettre à la grâce pascale de transformer nos cœurs. Cette grâce de Pâques, nous en avons besoin autant que de la grâce du Carême, celle de la pénitence et de la contrition. L’Eglise est une maman qui fait preuve de sagesse en nous donnant six semaines de Carême et huit semaines de Temps pascal. Aujourd’hui, en communiant au Christ ressuscité dans l’Eucharistie, promettons-lui de trouver un moyen de bénéficier de cette sagesse.

 

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du neuvième dimanche du temps ordinaire A - 4

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

L’évangile met en relief les deux écueils constants de notre foi : 

 
Simplement écouter, et ne pas faire ; alors comme une maison construite sur le sable, lorsque le raz-de-marée survient, toute la maison est emportée. Nous aurons beau crier «Seigneur, Seigneur ! », la porte du ciel ne s’ouvrira pas.


L’autre écueil est de faire, sans avoir d’abord écouté : alors on agit d’après sa propre appréciation et non conformément à ce que Dieu nous aurait indiqué dans l’écoute ; là encore la tempête a tout balayé.


Celui qui n’est pas prêt à être d’abord à l’écoute, avec Marie, la sœur de Lazare, de la parole de Jésus, sera comme Marthe, blâmé à cause de son activisme.

 

(à suivre)

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