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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

la vache qui rumine (annee a)

Saint Augustin, La résurrection de Lazare (4)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
15. "Celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais". Qu'est-ce à dire? "Celui qui croit en moi, quand même il serait mort", comme Lazare, "il vivra"; parce que le Christ n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. Déjà, au sujet des patriarches morts depuis longtemps, c'est-à-dire, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, il avait fait aux Juifs la même réponse: "Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob. Or, Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants; car tous vivent pour lui (Mt 22, 32 ; Lc 20, 37-38)". Crois donc, et quand tu serais mort, tu vivras; mais si tu ne crois pas, quoique tu sois vivant, tu es réellement mort. Prouvons que si tu ne crois pas, quoique tu sois vivant, tu es réellement mort. Quelqu'un différait de suivre le Seigneur et s'excusait en disant: "Je vais d'abord ensevelir mon père". "Laisse a, dit le Seigneur, "laisse "les morts ensevelir leurs morts; pour "toi, viens et suis-moi (Mt 8, 21-22)". Il y avait donc un mort à ensevelir, il y avait aussi des morts qui devaient ensevelir ce mort: l'un était mort dans son corps, les autres dans leur âme. D'où vient la mort dans l'âme? De ce que la foi n'y est plus. D'où vient la mort dans le corps? De ce que l'âme n'y est plus. Donc, l'âme de ton âme, c'est la foi. "Celui qui croit en moi", dit le Seigneur, "quand il serait mort" dans son corps, "vivra" dans son âme, jusqu'à ce que le corps lui-même ressuscite pour ne plus mourir; c'est-à-dire: "Celui qui croit en moi", quoiqu'il meure, "vivra"; et "quiconque vit" dans son corps "et croit en moi", bien qu'il doive mourir pour un temps à cause de la mort du corps, "ne mourra pas pour l'éternité", à cause de la vie de l'esprit et de l'immortalité que donnera la résurrection. C'est là ce que veut dire Jésus: "Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra pas pour l'éternité. Crois-tu cela? Elle lui répondit: Oui, Seigneur, j'ai cru que vous êtes le Christ Fils de Dieu, qui êtes venu dans le monde". En croyant cela, j'ai cru que vous êtes la résurrection, j'ai cru que vous êtes la vie; j'ai cru que celui qui croit en vous, bien qu'il meure, vivra, et que celui qui vit et croit -en vous ne mourra pas pour l'éternité.

16. "Et quand elle eut dit cela, elle s'en alla, et appela Marie, sa soeur, en silence, disant: Le Maître est ici et il t'appelle". Il faut remarquer comment l'Evangile, pour indiquer une parole dite à voix basse, se sert du mot "silence". Comment, en effet, a-t-elle gardé le silence, puisqu'elle a dit: "Le "Maître est ici, et il t'appelle?" Il faut aussi remarquer que l'Evangéliste ne dit ni où, ni quand, ni comment le Seigneur appela Marie; mais il nous le fait comprendre par les paroles de Marthe, afin d'abréger son récit.

17. "Dès que Marie eut entendu, elle se leva aussitôt et vint vers lui. Car Jésus n'était pas encore arrivé dans le bourg, mais il se tenait au lieu même où Marthe s'était présentée à lui. Les Juifs donc qui étaient avec Marie. dans la maison, et la consolaient, quand ils virent qu'elle s'était levée a si promptement et qu'elle était sortie, la suivirent en disant: Elle va au tombeau pour y pleurer". Pourquoi l'Evangéliste a-t-il voulu nous raconter tout cela? C'est pour nous faire voir par quelle occasion ils se trouvèrent présents en grand nombre, quand Lazare fut ressuscité. Les Juifs pensant qu'elle ne se précipitait au dehors que pour chercher dans les larmes un soulagement à sa. douleur, la suivirent, et cela se faisait pour qu'un miracle aussi grand que la résurrection d'un mort de quatre jours eût un grand nombre de témoins.

18. "Mais quand Marie fut venue où était Jésus, en le voyant elle tomba à ses pieds et lui dit: Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. Jésus donc, voyant qu'elle pleurait et que les Juifs qui étaient avec elle pleuraient aussi, frémit en son esprit et se troubla lui-même, et il dit: Où l'avez-vous déposé?" Je ne sais ce qu'il a voulu nous apprendre en frémissant dans son esprit, et en se troublant lui-même. Car d'où aurait pu venir son trouble, sinon de lui-même? C'est pourquoi, mes frères, remarquez d'abord sa puissance, et cherchez ensuite ce qu'il a voulu signifier. Tu te troubles même quand tu ne le veux pas: Jésus-Christ s'est troublé parce qu'il l'a voulu. Jésus a eu faim, c'est vrai; mais c'est qu'il l'a voulu. Jésus a dormi, c'est vrai; mais c'est qu'il l'a voulu. Jésus a été triste, c'est vrai; mais c'est qu'il l'a voulu. Jésus est mort, c'est vrai; mais c'est qu'il l'a voulu. Il était en son pouvoir d'éprouver ces affections ou de ne les pas éprouver. Le Verbe a pris une âme et un corps, s'appropriant ainsi la nature de l'homme tout entier, dans l'unité d'une seule personne. Car l'âme de l'Apôtre a été éclairée par le Verbe; l'âme de Pierre a été éclairée par le Verbe; l'âme de Paul, les âmes des autres Apôtres et des saints Prophètes ont été éclairées par le Verbe; mais d'aucune il n'a été dit: "Le Verbe s'est fait chair (Jn 1, 11)"; d'aucune il n'a été dit: "Mon Père et moi nous sommes un (Jn 10, 30)". L'âme et le corps de Jésus-Christ ne forment avec le Verbe de Dieu qu'une seule personne, un seul Christ; et par là, comme en lui réside la souveraine puissance, il dispose de la partie faible selon sa volonté; c'est pourquoi: "Il se troubla lui-même".

Saint Augustin, La résurrection de Lazare (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
saint.augustin.jpgLe Christ a ressuscité trois morts pour manifester sa puissance. La mort corporelle est l'image de la mort spirituelle, avec cette différence, néanmoins, qu'on redoute l'une et qu'on ne craint guère l'autre: la résurrection des corps est aussi l'emblème de celle des âmes par la foi. Si la fille de Jaïre et le fils de la veuve de Naïm figurent les pécheurs non invétérés de pensée et d'action, Lazare représente ceux qui se trouvent plongés dans la corruption de mauvaises habitudes. Sa résurrection miraculeuse devait être une preuve de la divinité du Christ. En raison de la mauvaise volonté des Pharisiens, les Apôtres voulaient le dissuader de se rendre à Béthanie, mais Jésus, après les avoir rappelés au devoir, et leur avoir appris ce qu'est la mort avant le jour du jugement, s'en alla, et ils le suivirent. Avant de ressusciter Lazare, il déclara à Marthe qu'il est principe de vie pour le corps et pour l'âme; que quiconque croit, vivra toujours de la vie de la grâce. Arrivé prés de Marie, il frémit et pleura pour donner au pécheur l'exempte de ce qu'il doit faire pour revenir à la vie de l'âme. La suite indique comment les esclaves des mauvaises habitudes parviennent à en obtenir le pardon et à en sortir. A la suite de ce miracle eurent lieu et un grand émoi parmi les Pharisiens, et la prophétie de Caïphe.

1. De tous les miracles opérés par Notre-Seigneur Jésus-Christ, le plus célèbre est la résurrection de Lazare. Mais si nous en remarquons bien l'auteur, nous devrons bien plus nous en réjouir que nous en étonner. C'est celui qui a créé l'homme qui a ressuscité un homme; car il est le Fils unique du Père, et par lui, vous le savez, toutes choses ont été faites. Si donc c'est par lui qu'ont été faites toutes choses, y a-t-il rien d'étonnant à ce qu'un homme ait été ressuscité par lui, quand tant d'hommes naissent chaque jour par l'effet de sa puissance? C'est bien plus de créer les hommes que de les ressusciter. Cependant il a daigné créer et ressusciter; créer tous les hommes et en ressusciter quelques-uns. Car le Seigneur Jésus a fait beaucoup de choses; mais toutes n'ont pas été écrites; l'Evangéliste Jean lui-même nous atteste que le Seigneur Jésus a fait et dit beaucoup de choses qui n'ont pas été écrites (Jn 20, 30): on choisit de préférence, pour les écrire, les choses qui paraissaient suffire au salut des croyants. Tu as entendu que le Seigneur Jésus a ressuscité un mort: il te suffit de savoir que, s'il avait voulu, il aurait ressuscité tous les morts; mais il s'est réservé de le faire à la fin du monde. Car pour lui qui, comme vous l'avez appris, a par un grand miracle fait sortir vivant du tombeau un mort qui y était renfermé depuis quatre jours, "l'heure viendra", comme il dit lui-même, "où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix et sortiront". Il a ressuscité un mort déjà tombé en putréfaction; mais cependant ce cadavre infect avait encore la forme de corps humain; mais au dernier jour, c'est avec des cendres que d'un seul mot il reconstituera des corps. Il fallait néanmoins qu'en attendant il fît quelques miracles qui nous fussent donnés comme des marques de sa puissance, afin que nous croyions en lui, et que nous nous préparions à cette résurrection, qui sera pour la vie et non pour la condamnation. Car voici ce qu'il dit: "L'heure viendra où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix et ceux qui auront bien fait sortiront pour la résurrection de la vie; ceux qui auront mal fait, pour la résurrection du jugement (Jn 5, 28-29)".

2. Nous lisons crans l'Evangile que trois morts ont été ressuscités par le Seigneur, et ce n'est assurément pas sans raison; car les oeuvres du Seigneur ne sont pas seulement des actions, elles sont aussi des signes. Si donc elles sont des signes, outre qu'elles ont un côté admirable, elles nous indiquent certainement aussi quelque chose de caché à nos yeux. Mais trouver ce que signifient ces actions offre parfois plus de difficulté que de les lire ou de les entendre. Nous écoutions avec admiration, comme en présence d'un grand miracle étalé à nos regards, lorsqu'on nous lisait dans l'Évangile de quelle manière Lazare a été ressuscité. Si nous y réfléchissons, par une opération bien plus admirable de Jésus-Christ, tout homme qui croit ressuscite: et si nous reportons notre attention sur tous ceux qui meurent, et si nous pensons au genre de mort le plus lamentable, celui qui pèche se fait mourir. La mort du corps, tout homme la craint, et la mort de l'âme, bien peu la redoutent. Pour la mort du corps, qui, sans aucun doute, doit arriver un jour, tous cherchent à l'empêcher de venir: c'est là tout leur travail. Il travaille à ne pas mourir, l'homme qui doit mourir, et l'homme qui doit vivre éternellement, ne travaille pas à ne point pécher, et lorsqu'il travaille à ne pas mourir, il s'occupe inutilement: car ce qu'il fait ne peut servir qu'à différer l'heure de la mort et non à l'éloigner tout à fait. Si, au contraire, il voulait ne pas pécher, il n'aurait pas tant de peine et il vivrait éternellement. Oh! si nous pouvions exciter les hommes et nous exciter nous-mêmes avec eux à aimer la vie permanente autant qu'ils aiment cette vie fugitive! Que ne fait pas l'homme tombé en danger de mort? En voyant le glaive suspendu sur leur tête, plusieurs ont livré ce qu'ils avaient en réserve pour assurer leur vie. Quel est celui qui n'aurait pas tout donné pour n'être pas frappé? Et après cet abandon peut-être a-t-il été frappé. Quel est celui qui, pour vivre, ne consentirait pas à l'instant à perdre ce qui le faisait vivre, préférant une vie de mendiant à une prompte mort? Quel est celui à qui l'on adit: Embarque-toi, si tu neveux pas mourir, et qui a hésité? Quel est celui à qui l'on a dit: Travaille, si tu ne veux pas mourir, et qui a été paresseux? Ils sont bien légers les ordres que Dieu nous donne pour nous faire obtenir une vie éternelle, et nous négligeons de lui obéir! Dieu ne te dit pas: Sacrifie tout ce que tu as, pour vivre pendant un temps bien court, et accablé de soucis; mais il dit: Donne aux pauvres une partie de ce que tu as, si tu veux vivre toujours et à l'abri de toute peine. Ils sont notre condamnation, les amateurs de cette vie temporelle qu'ils n'ont ni quand ils veulent, ni aussi longtemps qu'ils le veulent, et nous ne nous condamnons pas nous-mêmes, nous qui nous montrons si paresseux, si lâches à ne quérir la vie éternelle, que nous aurons si nous le voulons, et que nous ne perdions jamais quand nous l'aurons. Et cette mort que nous craignons tant, nous la subirons malgré nous.

3. Si donc le Seigneur par sa grâce et sa miséricorde infinie ressuscite nos âmes pour nous garantir de la mort éternelle, nous devons bien le comprendre, ces trois morts qu'il ressuscita dans leurs corps signifient quelque chose, et ils figurent la résurrection des âmes qui se fait par la foi. Il a ressuscité la fille du chef de la synagogue lorsqu'elle était encore étendue dans sa demeure (Mc 5, 41-42); il a ressuscité le jeune fils de la veuve qu'on portait déjà hors de la ville (Lc 7, 14-15); il a ressuscité Lazare enseveli depuis quatre jours. Que chacun examine l'état de son âme: si elle pèche, elle meurt; le péché, c'est la mort de l'âme. Mais quelquefois on pèche en pensée. Ce qui est mal t'a causé du plaisir. Tu as consenti, tu as péché. Ce péché t'a donné le coup de la mort; mais la mort est à l'intérieur, parce que la mauvaise pensée ne s'est pas réduite en acte. Voulant montrer qu'il ressusciterait cette âme, le Seigneur ressuscita cette jeune fille qui n'avait pas encore été portée dehors, mais qui gisait sans vie dans sa demeure, indiquant par là un péché caché. Toutefois, si tu ne t'es pas borné à consentir à la mauvaise pensée, mais qu'en outre tu aies fait le mal, tu as transporté le mort en dehors des portes; tu es dehors, et tu es emporté mort. Cependant le Seigneur ressuscita aussi ce mort et le rendit à sa mère qui était veuve. Si tu as péché, fais pénitence; et le Seigneur te ressuscitera et te rendra à l'Église, ta mère. Le troisième mort est Lazare. Il y a un genre de mort bien cruel: on l'appelle la mauvaise habitude; car autre chose est de pécher, autre chose est de contracter l'habitude du péché. Celui qui pèche et qui se corrige aussitôt, revient bien vite à la vie; comme il n'est pas encore enlacé par l'habitude, il n'est pas encore enseveli. Mais celui qui a l'habitude de pécher est enseveli, et l'on dit de lui avec raison: Il sent mauvais. Car il commence à avoir une mauvaise réputation, qui se répand autour de lui comme une odeur insupportable. Tels sont tous ceux qui s'accoutument aux crimes, qui sont perdus de moeurs. Tu lui dis: N'agis pas ainsi; est-ce qu'il t'entend, celui que la terre étouffe, que la corruption déjà gagné et qui est écrasé sous le poids de l'habitude? Et cependant, même ce dernier, Jésus-Christ est assez puissant pour le ressusciter. Nous avons connu, nous avons vu, et nous voyons tous les jours des hommes qui, renonçant à une habitude criminelle, vivent ensuite beaucoup mieux que ceux qui les reprenaient. De tels hommes peut-être te faisaient horreur. Vois la soeur même de Lazare (si toutefois c'est elle qui couvrit de parfums les pieds du Seigneur, et les essuya avec ses cheveux après les avoir arrosés de ses larmes), cette soeur de Lazare fut plus avantageusement ressuscitée que son frère. Elle fut délivrée du poids énorme de ses habitudes criminelles. C'était en effet une pécheresse célèbre, et d'elle il a été dit: "Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a aimé beaucoup (Lc 7, 47)". Nous en voyons beaucoup, nous en avons connu beaucoup qui ont été ainsi ressuscités; que personne ne désespère, mais que personne ne se laisse aller à la présomption. Si le désespoir est un mal, la présomption en est aussi un. Evite le désespoir et ne choisis point ce qui pourrait te donner de la présomption.

4. Le Seigneur ressuscita donc Lazare; vous avez entendu en quel état il était, c'est-à-dire ce que signifie sa résurrection. Continuons donc à lire; et comme dans ce récit beaucoup de choses sont très-claires, nous ne donnerons point l'explication de chaque passage, afin de pouvoir traiter plus au long ce qu'il est nécessaire d'expliquer. "Or, il y avait un malade nommé Lazare, de Béthanie, dans la demeure de Marie et de Marthe, ses soeurs". Vous vous souvenez que, dans la dernière lecture, le Seigneur s'échappa des mains de ceux qui voulaient le lapider, et qu'il se retira au-delà du Jourdain, au lieu où Jean baptisait (Jn 10, 39-40). Pendant que le Seigneur était là, Lazare était malade à Béthanie, bourg rapproché de Jérusalem.

5. "Or, Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et qui essuya ses pieds avec ses cheveux, et son frère Lazare était malade. Ses soeurs envoyèrent donc vers Jésus, disant". Nous avons déjà compris où elles envoyèrent; c'était là où se trouvait le Seigneur, car il était absent, et il se trouvait au-delà du Jourdain. Elles envoyèrent vers le Seigneur, lui annonçant que leur frère était malade, afin qu'il vînt, s'il le voulait bien, et qu'il le délivrât de sa maladie. Mais le Christ différa de le guérir, afin de pouvoir le ressusciter. Que lui firent donc dire les soeurs de Lazare? "Seigneur, celui que vous a aimez est malade"; elles ne lui dirent pas: Venez. Comme il aimait Lazare, il suffisait de lui annoncer qu'il était malade. Elles n'osèrent pas lui dire: Venez et guérissez-le; elles n'osèrent pas lui dire: Commandez du lieu où vous êtes, et il sera fait ici comme vous l'ordonnerez. Mais pourquoi n'osèrent-elles pas le faire, puisque ce fut précisément là le motif pour lequel la foi du centurion mérita des éloges? Le centurion dit en effet: "Je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais seulement dites une parole et mon serviteur sera guéri (Mt 8, 8-10)". Elles ne lui dirent rien de pareil, mais seulement ceci: "Seigneur, celui que vous aimez est malade". Il suffit que vous le sachiez, car ceux que vous aimez vous ne les abandonnez pas. Mais, dira quelqu'un, comment Lazare peut-il figurer le pécheur, puisque le Seigneur l'aimait si tendrement? Que celui-là écoute le Seigneur, car il nous dit: "Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs (Mt 9, 13)". Si Dieu n'avait pas aimé les pécheurs, il ne serait pas descendu du haut du ciel sur la terre.



Prière pour ceux qui ont été libérés des ténèbres de l'incroyance

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Dieu qui aime l’innocence et la fais recouvrer, oriente vers toi le cœur de tes fidèles :
    Tu les as libérés des ténèbres de l’incroyance, fais qu’ils n’abandonnent jamais la lumière de ta vérité.
    Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen

Cardinal Christophe Schönborn, Les chrétiens sont là, dans les rues !

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
 

undefined    Quelque chose est en train de bouger dans notre vieille Europe. Les chrétiens commencent à répondre au lieu de tout accepter de tout le monde. Ils manifestent dans la rue. Pas avec des slogans agressifs et encore moins avec violence. Ils viennent, nombreux et paisiblement, en grand nombre. De si grand nombre que les medias ont tendance à revoir les chiffres à la baisse.

 

    En janvier, à Madrid une gigantesque « Journée pour la Famille » a été célébrée. Cette démonstration paisible s’opposait à la politique antifamiliale du gouvernement Zapatero qui a introduit le « divorce express » et les « mariages homosexuels ». Presque deux millions de personnes étaient rassemblées, et de nombreux media en Europe n’ont mentionné que 150 000 participants.

 

    Le pape Benoît XVI avait été invité à tenir un discours dans une des universités les plus grandes d’Italie. Certains professeurs et étudiants protestèrent et annoncèrent qu’ils interrompraient le discours parce que le Pape est intolérant et ultra conservateur. Le pape annula sa visite. Dimanche dernier, 200 000 personnes, et parmi eux de nombreux jeunes- vinrent à sur la place Saint Pierre pour montrer leur soutien au Pape de manière paisible et cordiale.

 

    Jésus a dit à ses disciples de tourner l’autre joue. Mais il a aussi questionné celui qui agit injustement : « pourquoi me frappes tu ? » les chrétiens en Europe commencent à questionner leur adversaires soi-disant tolérants : pourquoi attaquer l’Eglise, c'est-à-dire nous ? que faisons nous de mal quand nous défendons la famille, le droit à la vie et aidons ainsi l’Europe à avoir des enfants, c'est-à-dire un futur ?

 

 

 

Tire de « Réponses » par Cardinal Christophe Schönborn, 25 janvier 2008.

 

Les chrétiens dans un monde chistianophobe: Lettre à Diognète (4)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    En un mot, ce que l'âme est dans le corps, les Chrétiens le sont dans le monde. L'âme est répandue dans tous les membres du corps comme les Chrétiens dans les cités du monde. L'âme habite dans le corps et pourtant elle n'est pas du corps, comme les Chrétiens habitent dans le monde mais ne sont pas du monde.

    Invisible, l'âme est retenue prisonnière dans un corps visible : ainsi les Chrétiens, on voit bien qu'ils sont dans le monde, mais le culte qu'ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair déteste l'âme et lui fait la guerre, sans en avoir reçu de tort, parce qu'elle l'empêche de jouir des plaisirs : de même le monde déteste les Chrétiens qui ne lui font aucun tort, parce qu'ils s'opposent à ses plaisirs.

    L'âme aime cette chair qui la déteste, et ses membres, comme les Chrétiens aiment ceux qui les détestent. L'âme est enfermée dans le corps : c'est elle pourtant qui maintient le corps ; les Chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde : ce sont eux pourtant qui maintiennent le monde. Immortelle, l'âme habite une tente mortelle : ainsi les Chrétiens campent dans le corruptible, en attendant l'incorruptibilité céleste.

    L'âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif : persécutés, les Chrétiens de jour en jour se multiplient toujours plus. Si noble est le poste que Dieu leur a assigné, qu'il ne leur est pas permis de déserter.

Les chrétiens dans un monde chistianophobe: Lettre à Diognète (3)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n'abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel.

    Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l'emporte en perfection sur les lois. Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent.

    On les méconnaît, on les condamne ; on les tue et par là ils gagnent la vie. Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre. Ils manquent de tout et ils surabondent en toutes choses. On les méprise et dans ce mépris ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils sont justifiés. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. Ne faisant que le bien, ils sont châtiés comme des scélérats. Châtiés, ils sont dans la joie comme s'ils naissaient à la vie. Les juifs leur font la guerre comme à des étrangers ; ils sont persécutés par les Grecs et ceux qui les détestent ne sauraient dire la cause de leur haine.

Les chrétiens dans un monde chistianophobe: Lettre à Diognète (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n'habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n'a rien de singulier. Ce n'est pas à l'imagination ou aux rêveries d'esprits agités que leur doctrine doit sa découverte ; ils ne se font pas, comme tant d'autres, les champions d'une doctrine humaine.

    Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère.

Les chrétiens dans un monde chistianophobe: Lettre à Diognète (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Je vois, Excellent Diognète, le zèle qui te pousse à t'instruire sur la religion des Chrétiens, la clarté et la précision des questions que tu poses à leur sujet : à quel Dieu s'adresse leur foi ? Quel culte lui rendent-ils ? D'où vient leur dédain unanime du monde et leur mépris de la mort ? Pourquoi ne font-ils aucun cas des dieux reconnus par les Grecs et n'observent-ils pas les superstitions judaïques ? Quel est ce grand amour qu'ils ont les uns pour les autres ? Enfin pourquoi ce peuple nouveau - ce nouveau mode de vie - n'est-il venu à l'existence que de nos jours et non plus tôt ?

Je te félicite de cette ardeur et je prie Dieu, de qui nous vient le don et de parler et d'entendre, qu'il m'accorde le langage le plus propre à te rendre meilleur, toi qui m'écoutes, et qu'il te donne de m'écouter de manière à ne pas être un sujet de tristesse pour moi qui te parle...

Saint Augustin, Jésus et la Samaritaine (5)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
27. Cette femme l'entend, et elle ajoute. Faites attention à sa réponse. Déjà elle l'avait appelé Prophète; mais voyant que celui avec qui elle parlait disait des choses plus grandes que celles qui pouvaient convenir à un prophète: "Je sais", lui dit-elle, "que le Messie, qui se nomme le Christ viendra, et que quand il viendra il nous apprendra toutes choses". Qu'est-ce à dire? En ce moment,. les Juifs disputent pour leur temple, et nous pour notre montagne; mais lorsque le Messie viendra, il méprisera la montagne et renversera le temple; il nous apprendra toutes choses en nous apprenant à l'adorer en esprit et en vérité. Déjà elle savait qui pouvait l'instruire; mais elle ne savait pas que ce docteur lui parlait déjà. Aussi était-elle déjà digne de le reconnaître. Le Messie a été oint; le mot oint signifie Christ, en grec, Messie, en hébreu; delà vient que, dans la langue punique, Messie signifie: oignez. La raison de cette ressemblance vient de la parenté et du voisinage des trois langues hébraïque, punique et syrienne.

28. "Cette femme lui dit donc: Je sais que de Messie, qui se nomme le Christ, viendra, et que quand il sera venu il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit: Moi qui te parle, je suis le Christ". Elle a appelé son mari, le mari est devenu le chef de la femme, le Christ est devenu le chef de l'homme (1). Déjà elle se met d'accord avec la foi, elle suit la règle qui la fera bien vivre. Après avoir entendu ces paroles "Moi qui te parle, je suis le Christ", que pouvait ajouter cette femme à qui Notre-Seigneur avait voulu se manifester en lui disant: "Crois-moi?"

29. "En même temps arrivèrent ses disciples, et ils s'étonnèrent de ce qu'il parlait à une femme". Jésus cherchait celle qui était perdue, car il était venu chercher ce qui périssait; et ils s'en étonnaient. Ils admiraient le bien, ils ne soupçonnaient pas le mal. Aucun pourtant ne lui dit: "Que cherchez-vous, ou pourquoi parlez-vous avec elle?"

30. "Cette femme donc laissa là sa cruche". Après avoir entendu ces paroles: "Moi qui te parle, je suis le Christ", et reçu dans son coeur le Christ Notre-Seigneur, qu'avait-elle de plus à faire qu'à laisser là sa cruche et à courir annoncer qu'il était venu? Elle se débarrasse au plus vite de sa cupidité, elle se hâte d'aller annoncer la vérité: grande leçon pour ceux qui veulent annoncer l'Evangile! Qu'ils laissent là leur cruche. Rappelez-vous ce que je vous ai précédemment dit sur cet objet. C'était un vase destiné à puiser l'eau; il tire son nom du grec hydria, parce que dans cette langue le mot udor signifie eau; c'est donc comme si l'on disait: réservoir d'eau. Elle laisse là sa cruche qui, loin de lui être utile, devient pour elle un fardeau; car elle n'a plus qu'un désir, celui de boire à longs traits l'eau dont lui a parlé le Christ. Pour annoncer le Christ, elle se débarrasse donc de son fardeau; "elle court à la ville et dit aux habitants: Venez et voyez un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait". Elle ne parle qu'avec mesure, de peur d'exciter leur colère et leur indignation et d'être persécutée: "Venez et voyez un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. N'est-il point le Christ? Ils sortirent de la ville et vinrent vers lui".

31. "Cependant ses disciples le priaient, disant: Maître, mangez". Car ils étaient allés acheter des vivres, et ils étaient revenus. "Mais il leur dit: J'ai à prendre une nourriture que vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient donc les uns aux autres: Quelqu'un lui a-t-il apporté à manger?" Y a-t-il rien d'étonnant à ce que cette femme n'ait pas compris de quelle eau il s'agissait, quand les disciples eux-mêmes ne comprenaient pas de quelle nourriture le Sauveur leur parlait? Pour lui, il a connu leurs pensées et il les instruit comme leur maître, non par une voie détournée, ainsi qu'il avait fait avec cette femme dont il voulait entretenir le mari, mais directement. "Ma nourriture", leur dit-il, "est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé". Il lui disait donc: "J'ai soif, donnez-moi à boire", pour établir la foi en elle et s'en faire un breuvage, et par la foi faire d'elle un membre de son corps. Car le corps de Jésus-Christ, c'est l'Eglise. Aussi dit-il: "Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé".

32. "Vous autres, ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois et la moisson viendra?" Il s'échauffait à son oeuvre et se disposait à envoyer des ouvriers à la moisson, Vous autres, vous comptez quatre mois jusqu'à la moisson, moi je vous en montre une qui a déjà blanchi et qui est toute prête. "Et moi, je vous, dis: Levez les yeux et voyez, les campagnes sont déjà blanches pour la moisson". Donc il enverra des moissonneurs, "Car il y a du vrai dans cette parole: Autre est celui qui moissonne, autre est celui qui sème, afin que celui qui sème se réjouisse et avec lui celui qui moissonne. Je vous ai envoyés moissonner où vous n'avez pas travaillé; d'autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leurs travaux". Quoi donc? A-t-il envoyé ceux qui moissonnent, et nous pas ceux qui sèment? Où a-t-il envoyé ceux qui moissonnent? Là où les autres ont déjà travaillé; car où l'on avait travaillé on avait certainement semé, et ce qui avait été semé était déjà mûr et n'attendait plus que la faux et le fléau. Où devaient donc être envoyés les moissonneurs? Là où les Prophètes, véritables semeurs, avaient prêché; car s'ils n'ont -pas été des semeurs, comment cette femme a-t-elle pu dire: "Je sais que le Messie viendra?" Déjà elle était elle-même un fruit mûr: c'était une moisson qui avait déjà blanchi et qui réclamait la faux du moissonneur. "Je vous ai donc envoyés". En quel endroit? "Moissonner ce que vous n'avez pas semé; d'autres ont travaillé et vous, vous êtes entrés dans leurs travaux". Qui sont ceux qui ont travaillé? Abraham, Isaac, Jacob. Lisez le détail de leurs travaux; dans tous leurs travaux ils prophétisaient Jésus-Christ; ils étaient par conséquent des semeurs. Moïse elles autres Patriarches, et les Prophètes, que n'ont-ils pas souffert dans cette froide saison où ils semaient? Donc en .Judée la moisson était déjà prête. Il est sûr que la récolte était parvenue à maturité au moment où tant de milliers d'hommes apportaient le prix de leurs biens, les mettaient aux pieds des Apôtres, se débarrassant ainsi du fardeau des possessions temporelles, et se mettaient à la suite de Notre-Seigneur. Véritablement la moisson était mûre. Qu'est-il résulté de cela? Quelques grains récoltés alors ont servi à ensemencer l'univers entier, et cette femme a produit une autre moisson destinée à être recueillie à la fin des siècles. C'est de cette moisson qu'il est dit: "Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent dans la joie (2)"; moisson pour laquelle seront envoyés non plus les Apôtres, mais les anges. "Les moissonneurs", dit Jésus-Christ, "sont les Anges (3)". C'est là cette moisson qui croît au milieu de l'ivraie et qui attend le moment où elle en sera séparée à la fin des siècles, Quant à celle à laquelle les disciples ont d'abord été envoyés et qu'avaient préparée les Prophètes, elle était déjà mûre, Cependant, mes frères, considérez ce qui est dit: "Afin que se réjouissent ensemble et celui qui sème et celui qui moissonne". L'époque de leur travail a été différente, mais ils entreront en possession de la même joie; la même récompense, c'est-à-dire la vie éternelle, deviendra leur partage.

33. "Or, plusieurs des Samaritains de cette ville crurent en lui sur la parole de la femme qui avait rendu ce témoignage: Il m'a dit tout ce que j'ai fait. Les Samaritains étant donc venus à lui, ils le prièrent de demeurer parmi eux, et il y demeura deux jours. Et un bien plus grand nombre crurent en lui à cause de ses discours, et ils disaient à la femme: "Ce n'est plus sur ta parole que nous croyons; car nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est véritablement le Sauveur du monde". Il importe de s'appliquer un peu à ces paroles qui terminent la lecture de ce jour. La femme a d'abord annoncé Notre-Seigneur; ensuite les Samaritains ont cru à son témoignage, puis ils ont prié Jésus-Christ de demeurer avec eux, et il y est demeuré deux jours et plusieurs crurent en lui, et après avoir cru, ils dirent à la femme: "Ce n'est plus d'après ton récit que nous croyons, mais nous-mêmes nous l'avons connu et nous savons qu'il est le Sauveur du monde". Leur conversion commencée par la réputation de Jésus-Christ, s'est achevée par sa présence. Ainsi en arrive-t-il de nos jours avec ceux du dehors qui ne sont pas encore chrétiens, Jésus-Christ leur est annoncé par des amis chrétiens. Par l'effet de la prédication de l'Eglise, dont cette femme est l'image, ils viennent au Christ, ils croient en lui, décidés par tout ce qu'on leur en raconte; il reste avec eux deux jours, c'est-à-dire il leur donne les deux préceptes de la charité. Ainsi s'augmente le nombre et s'affermit la force de ceux qui croient en lui et reconnaissent qu'il est véritablement le Sauveur du monde.



1. 1 Co 11, 3.
2. Ps 125, 5.
3. Mt 13, 39.

Saint Augustin, Jésus et la Samaritaine (4)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
23. "Cette femme lui dit: "Seigneur, je vois que vous êtes un prophète". Voici que le mari commence à venir, mais il n'est pas encore tout à fait venu. Elle jugeait que le Seigneur était un prophète. Sans doute, il en était un; car il a dit de lui-même "Nul Prophète n'est bien reçu dans son pays (1). Dieu avait encore dit de lui à Moïse: "Je leur susciterai d'entre leurs frères un Prophète semblable à toi (2)". Semblable par la forme du corps, mais bien différent sous le rapport de la grandeur. Nous voyons donc que Notre-Seigneur a été appelé Prophète dans les temps anciens; la Samaritaine ne se trompe donc pas beaucoup lorsqu'elle dit: "Je vois que vous êtes un Prophète". Par cette réponse, elle commence à appeler son mari et à chasser l'adultère: "Je vois que vous êtes un Prophète". Elle commence ainsi à rechercher ce qui avait coutume de l'émouvoir; car l'objet de la dispute entre les Samaritains et les Juifs, c'était que les Juifs adoraient Dieu dans le temple construit par Salomon, tandis que les Samaritains, éloignés de ce temple, adoraient Dieu ailleurs. En conséquence, les Juifs se vantaient de leur être supérieurs, parce qu'ils adoraient Dieu dans le temple. "Les Juifs n'ont donc aucun commerce avec les Samaritains". Et ceux-ci, de leur part, répliquaient par cette réponse: Pourquoi vous vanter et vous dire supérieurs à nous? Parce que vous avez un temple que nous n'avons pas? Nos pères ont été aimés de Dieu, et pourtant l'ont-ils adoré dans ce temple? N'était-ce pas sur cette montagne où nous nous trouvons? Adressées à Dieu du haut de cette montagne, nos prières sont donc préférables aux vôtres, puisque c'est là que nos pères ont eux-mêmes prié. Les uns et les autres trouvaient dans leur ignorance ample motif à dispute, parce qu'ils n'étaient pas avec le mari. Ceux-ci étaient fiers de posséder leur montagne; ceux-là d'avoir leur temple; de là leur mutuel antagonisme.

24. Comme si cette femme commençait à avoir son mari auprès d'elle, le Sauveur se met à l'instruire; et que lui dit-il? "Elle lui dit: Seigneur, je vois que vous êtes un Prophète. Nos pères ont adoré Dieu sur cette montagne, et vous autres vous dites que le lieu où il le faut adorer est Jérusalem. Jésus lui dit: Femme, crois-moi." Voici venir l'Eglise, comme il est écrit au Cantique des Cantiques. "Elle viendra, et elle s'avancera du commencement de la foi (3)". Elle viendra pour s'avancer, et elle ne le peut que "par le commencement de la foi". Maintenant que le mari est présent, c'est avec justice qu'il lui dit: "Femme, crois-moi". A cette heure il y a en toi ce qui peut croire, puisque ton mari est présent. Ton intelligence a commencé à manifester sa présence, lorsque tu m'as donné le nom de Prophète. "Femme, "crois-moi"; car si vous ne croyez pas, vous serez incapables de comprendre (4). Donc, "Femme, crois-moi, parce que viendra l'heure où vous n'adorerez le Père, ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. Vous adorerez ce que vous ne comprenez point; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons, parce que le salut vient des Juifs; mais viendra l'heure". Quand? "Et la voici maintenant". Quelle est cette heure? "Cette heure où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité" non pas sur cette montagne, non pas dans le temple, mais en esprit et en vérité; "car le Père demande de semblables adorateurs". Pourquoi le Père demande-t-il de pareils adorateurs, non sur cette montagne ou dans le temple, mais en esprit et en vérité? "Dieu est Esprit". Si Dieu était corps, il faudrait adorer Dieu sur cette montagne qui est matérielle, ou dans le temple qui est un être corporel. "Dieu est Esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils le doivent adorer".

25. Nous l'avons entendu, et rien n'est plus manifeste; nous étions allés au dehors, et nous avons été renvoyés à l'intérieur. Oh, se dira quelqu'un, si je trouvais quelque montagne élavée et solitaire! car je crois que Dieu habite les endroits élevés, et qu'il m'entend mieux du faîte de ces hauteurs. Pour être sur une montagne, tu te crois proche de Dieu; tu te considères comme plus à portée d'être entendu de lui, vu que tu t'adresses à lui de plus près. A la vérité, il habite les hauteurs, "mais il regarde les humbles. Dieu est proche". De qui? Peut-être de ceux qui sont élevés? "De ceux qui ont brisé leur coeur (5)". Chose merveilleuse! Il habite les hauteurs, et il est proche des humbles. "Ce qui est humble, il le regarde; ce qui est élevé, il ne le connaît que de loin (6)". Les orgueilleux, il les voit de loin, et ils lui sont d'autant moins proches qu'ils se jugent plus élevés. Tu cherchais donc une montagne? Descends pour y parvenir. Mais veux-tu monter? Monte, mais sans chercher une montagne. "Il a placé dans son coeur les degrés par lesquels il s'élève" (ainsi s'exprime le Psalmiste) "au travers de cette vallée de larmes (7)". Toute vallée est basse, c'est dans ton coeur que tout doit se passer. Que s'il te faut quelque lieu élevé, quelque lieu saint, fais de toi-même et intérieurement un temple au Seigneur. Car le temple de Dieu est saint, et vous êtes ce temple (8). Veux-tu prier dans un temple? Prie en toi-même; mais auparavant, sois le temple de Dieu; car c'est dans son temple qu'il écoute ceux qui le prient.

26. "Vient donc l'heure, et elle est déjà venue, où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Pour nous, nous adorons ce que nous connaissons; vous autres, vous adorez ce que vous ignorez; car le salut vient des Juifs". Ces paroles donnent beaucoup aux Juifs; mais garde-toi de considérer ces Juifs comme réprouvés; considère-les, au contraire, comme étant ce mur auquel est venu, s'en réunir un autre, afin que tous deux fussent fortifiés et réunis par la pierre angulaire qui est le Christ. Le premier mur est formé des Juifs; le second des Gentils; et tous deux sont éloignés l'un de l'autre jusqu'à l'endroit où ils se réunissent ensemble par le moyen de la pierre de l'angle. Les Gentils étaient hors de l'alliance et étrangers aux promesses de Dieu (9). C'est pourquoi il est dit: "Pour nous, nous adorons ce que nous connaissons",ce qu'il faut entendre des Juifs, non pas de tous les Juifs, non pas des Juifs réprouvés, mais des Juifs tels que furent les Apôtres, les Prophètes et tous les saints qui vendirent tous leurs biens et en déposèrent le prix aux pieds des Apôtres (10). Car Dieu n'a pas repoussé le peuple qu'il s'est prédestiné (11).



1. Lc 4, 24.
2. Dt 18,18.
3. Ct 4, 8 selon les Septante.
4. Is 7, 9 selon Les Septante.
5. Ps 33, 19.
6. Ps 137, 6.
7. Ps 83, 6-7.
8. 1 Co 3, 17.
9. Ep 2, 12-22.
10. Ac 4, 31-35.
11. Rm 11, 2.

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