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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

homelies annee a 2010-2011

Les catholiques sont appelés à être chrétiens - Homélie 2ème dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

2-avent-A-ev-jpg

 

Le titre de cette homélie peut sembler quelque peu énigmatique, voire provocateur. Permettez-moi de préciser ma pensée.

 

Il y a deux manières de vivre notre foi catholique. Nous pouvons la vivre passivement ou personnellement. Si nous vivons notre foi de manière passive, nous sommes comme les Pharisiens et les Sadducéens qui étaient venus se faire baptiser par Jean dans le Jourdain. Ils étaient des personnages très en vue, religieusement et socialement parlant, en Israël. Ils comptaient, dirait-on aujourd’hui, parmi les membres les plus actifs de leur paroisse. Ils savaient ce qu’il convenait de faire quand ils allaient à l’église, ils connaissaient toutes les prières. Aux yeux des autres, ils apparaissaient comme des modèles de la religion. Ils se targuaient d’être les enfants d’Abraham. Bref, culturellement parlant, ils étaient de bons Juifs. Ils étaient issus de familles juives et observaient les coutumes juives.

 

Mais voilà qu’arrive Jean Baptiste. Il les avertit qu’être de culture juive n’est pas suffisant :

 

« Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,  et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. »

 

Leur religion était une religion de façade, illusoire, car sans conversion réelle.

 

Nous sommes constamment tentés de faire la même erreur. Nous sommes facilement victimes de la même illusion. Et le démon le sait très bien. Peu à peu, nous pouvons nous complaire en nous-mêmes parce que nous allons à la messe, que nous recevons les sacrements, que nous faisons partie de tel mouvement d’Eglise, parce que les autres nous considèrent comme de bons catholiques.

 

Mais la foi catholique, c’est beaucoup plus que cela. Etre catholique, c’est être "chrétien", c’est être un authentique disciple du Christ ; c’est cultiver des liens d’amitié avec Jésus, d’une amitié qui soit en même temps personnelle et ecclésiale, car de même qu’on n’honore pas le Dieu d’Abraham si on rejette le Christ, de même on n’honore pas le Christ si on rejette l’Eglise.

Une foi de façade ressemble à ces fleurs artificielles qui sont très bien faites, à tel point qu’on dirait qu’elles sont vraies, mais qui ne portent jamais de fruits. Jean Baptiste nous appelle aujourd’hui de la part du Seigneur à ne pas nous contenter des apparences, et à nous convertir en profondeur. C’est alors seulement que nous pourrons changer le monde. C’est si nous changeons d’abord nos cœurs. Quand nous mourrons, nous voudrions tous laisser derrière nous une famille, une commune, un pays, une paroisse plus beaux. Nous avons tous le désir de faire de notre vie quelque chose de durable. C’est un désir naturel, car c’est Dieu qui l’a mis dans nos cœurs. C’est pour cela que la description d’un monde nouveau que nous avons entendue dans la 1e lecture est si parlante :

 

« Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. »

 

Aux Etats-Unis un jeune est entré dans un ordre religieux et a commencé une marche longue et difficile vers le sacerdoce. Avant d’entrer au séminaire, il a composé un petit mémoire dans lequel il décrit les raisons qui l’ont poussé à vouloir devenir prêtre :

 

"Une petite voix disait très doucement au fond de moi qu’il se pourrait que j’aie la vocation. Ma réponse initiale était un ‘non’ catégorique. Mais avec le temps, spécialement lors des attentats terroristes dans mon pays, je me suis mis à réfléchir beaucoup sur le vrai sens de la vie, sur ce qui valait vraiment la peine d’être vécu…"

 

Ce jeune, voyant les problèmes du monde, a ressenti le désir de faire quelque chose pour que ça change. Et la grâce de Dieu lui a montré ce que Dieu nous montre aujourd’hui : changer le monde d’une manière durable, cela signifie l’aider à correspondre à la volonté de Dieu qui est de tout réunir dans le Christ. C’est lui seul qui peut faire en sorte que le loup habite avec l’agneau. Et seuls les vrais chrétiens, et non pas les chrétiens pharisaïques, superficiels, peuvent rapprocher les autres du Christ.

 

Une manière de vivre notre foi en profondeur, c’est de cultiver une vertu qui est au cœur du Temps de l’Avent. Saint Paul met cette vertu en lumière dans la 2e lecture, tirée de la lettre aux Romains :

 

« … tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture. »

 

En d’autres mots, l’intervention de Dieu dans l’histoire du monde que nous méditons durant l’Avent devrait nous remplir d’un optimisme surnaturel, ce que saint Paul appelle l’espérance. L’espérance, c’est tout le contraire du découragement et du pessimisme. L’espérance, c’est la confiance que, quelles que soient les ténèbres qui nous entourent, la lumière du Christ ne s’éteindra jamais. Le démon a horreur de l’espérance. Ce qu’il aime, c’est le découragement, car le découragement engendre le cynisme et le désespoir. Le démon fait tout ce qu’il peut pour fixer notre attention sur les ténèbres, sur tout ce qui ne tourne pas rond en ce monde et dans notre entourage.

 

Le découragement, c’est le plus paralysant de tous les vices. Si nous cédons au découragement, notre foi devient comme morte, purement routinière. Alors, comment faire pour faire échec au démon, et pour se prémunir de la paralysie du cynisme et du découragement ? C’est très simple : en arrêtant de critiquer et de se plaindre. Il y a beaucoup de choses qui ne tournent pas rond dans le monde, dans l’Eglise, dans notre propre vie. Mais les critiques et les complaintes ne servent à rien, sinon à faire de nous des obsédés des ténèbres.

 

Pour faire partie de l’Eglise, il faut “entrer dans l’espérance”, comme le disait Jean Paul II, et Benoît XVI après lui, dans Spe salvi, nous devons apprendre à arrêter de nous plaindre pour commencer à faire quelque chose de constructif, en Eglise, car il n’y a pas de problèmes sans solution. C’est ainsi que pensent et que vivent les vrais chrétiens, en vrais disciples du Christ, dont la puissance et la sagesse sont sans limites.

 

Les catholiques sont appelés à être chrétiens - Homélie 2ème dimanche de l'Avent A

Un Avent différent - Homélie 1er dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Cet Avent est différent de tous les autres Avents que nous avons vécus tout au long de notre vie. Il est différent, parce que nous sommes différents. Au cours de cette dernière année nous avons changé. Nous avons vécu bien des événements en un an. C’était peut-être, une année de succès, de joies, de progrès, ou une année d’échecs et de péchés, ou encore une année de souffrances et d’épreuves. En tout cas, quels que soient les événements que nous avons pu vivre, ils nous ont affectés. Nous avons acquis de nouvelles expériences, de nouvelles connaissances, et, espérons-le, un peu plus de sagesse et un amour plus profond pour Dieu et notre prochain.

 

Quand, une fois encore, nous tournons les yeux vers l’Avent, vers les trois venues du Christ : sa première venue il y a 2000 ans ; sa dernière venue, le jour que nous ne connaissons pas ; et sa venue permanente, par sa grâce, sa providence, les sacrements – quand nous tournons notre regard vers ces trois venues du Christ, nous verrons quelque chose de nouveau, de différent.

 

Jésus Christ est Dieu, beauté, puissance, bonté et vérité infinies. Nous ne pourrons jamais le connaître totalement. Il est un trésor inépuisable de grandeur. Grâce à l’expérience de la vie que nous avons acquise au cours de cette année écoulée, nous sommes prêts maintenant pour découvrir des nouvelles facettes de ce trésor, de nouvelles dimensions de sagesse, de force et de joie.

 

La Providence divine nous a préparés tout au long de cette année écoulée, pour que nous puissions apprendre du nouveau sur Dieu et son projet de salut, des choses qu’il ne pouvait pas nous montrer avant, parce que nous n’étions pas prêts.

 

Les trois venues du Christ ont toutes le même but : restaurer et approfondir notre amitié avec Dieu. Jésus n’a de cesse d’approfondir notre amitié avec lui durant ces semaines à venir.

 

Une des choses que vous avez certainement déjà remarquées quand vous voyagez, c’est que les habitudes engendrent l’indifférence. Quand nous visitons une ville comme Paris, par exemple, comme touriste ou comme pèlerin, nous sommes touchés par la beauté des anciennes églises, monuments, œuvres d’art. On a tendance à penser que les Parisiens connaissent et apprécient ces trésors qui les entourent encore davantage que nous, puisqu’ils ils sont à leur porte. En fait, si vous leur posez la question, vous vous apercevez bien vite que, souvent, vous qui avez passé quelques jours en tant que touriste ou pèlerin, vous en savez plus que ceux qui habitent sur place ! Quel dommage ! Ceux qui ont le plus d’opportunités pour profiter de ces trésors les ignorent souvent totalement !

 

La même chose peut nous arriver à nous, non seulement en tant que Martiniquais, mais en tant que catholiques, dans un sens spirituel. Nous pouvons nous habituer aux vérités révélées et aux œuvres de Dieu à tel point que nous oublions combien elles sont admirables, merveilleuses, étonnantes. On dit souvent que les convertis de fraîche date sont les catholiques les plus fervents, justement parce qu’ils voient la beauté et la valeur de notre foi avec un regard neuf.

 

L’Avent, c’est l’Eglise qui nous invite à rafraîchir notre manière de voir les merveilles que Dieu a faites, qu’il fait et qu’il fera.

 

Nous tous qui sommes ici aujourd’hui, nous croyons que Dieu a des nouvelles choses à nous montrer durant cet Avent, qu’il a de nouvelles énergies à nous accorder, une nouvelle sagesse à nous enseigner. Sinon, à quoi bon être ici ?

 

Mais en même temps, nous sommes bien placés pour savoir comment nous sommes. Nous savons que, par le passé, nos temps de l’Avent n’ont pas été aussi enrichissants qu’ils auraient dû l’être. Que pouvons-nous faire pour que cet Avent soit différent, pour qu’il réponde aux attentes de Dieu ? Dieu fera sa part, mais comment faire la nôtre ?

 

Notre part consiste à faire deux choses. D’abord, nous devons renouveler notre engagement à passer du temps chaque jour avec Jésus pour prier. Cela peut être très simple, ne fût-ce que dix ou quinze minutes pour lire un bon livre, ou pour méditer un passage de la Bible. Si nous ne prenons même pas ce temps très court pour être uniquement avec Dieu, il sera pratiquement impossible de l’entendre parler à notre cœur.

 

Ensuite, nous devons partager notre foi. La meilleure façon de rafraîchir notre conscience de tout ce que Dieu a fait dans l’histoire du monde et de notre vie, c’est de le partager avec d’autres. Tant de nos voisins, de nos collègues, de membres de notre famille sont éloignés du Christ ! Leur vie est dépourvue de l’espérance et du sens que le Christ seul peut donner. Durant cet Avent, nous devrions être les messagers de Dieu, tout comme les anges ont été les messagers de Dieu pour les bergers la première nuit de Noël, pour leur la Bonne Nouvelle avec nos paroles et notre souci actif des autres.

 

Dans quelques instants, Jésus va une nouvelle fois se donner à nous dans la Sainte Communion. Promettons-lui alors de suivre son exemple avec courage en le donnant aux autres durant ce temps de l’Avent.

 

 


Et toujours d'actualité : mon homélie de 2007 - Laisons-nous plonger dans le bain de l'espérance

 

 

L’Avent, c’est l’Eglise qui nous invite à rafraîchir notre manière de voir les merveilles que Dieu a faites, qu’il fait et qu’il fera.

L’Avent, c’est l’Eglise qui nous invite à rafraîchir notre manière de voir les merveilles que Dieu a faites, qu’il fait et qu’il fera.

Grandeur et misère du sacerdoce ministériel - Homélie 31ème dimanche du T.O. année A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

  

 

31 TOA ev

 

Tous les textes d’aujourd’hui traitent de la place du clergé dans le peuple de Dieu. Dans l’Évangile, c’est l’exemple mauvais et pernicieux des scribes et des pharisiens qui est critiqué. Ils enseignent la Loi de Dieu, mais ils ne l’observent pas eux-mêmes. Ils imposent aux gens de lourds fardeaux, qu’ils ne portent pas eux-mêmes. Ils réussissent même, dans leur vanité, à occuper partout les places d’honneur, et ils convoitent les titres honorifiques.

Mais l’Église du Christ est un peuple de frères, en communion avec Dieu, qui seul est Père, dans le Christ, qui seul est Maître. Si Jésus bâtit son Eglise sur Pierre et sur les autres Apôtres, et leur confie à eux seuls les pleins pouvoirs, c’est – comme Jésus le montre constamment par son enseignement et par son exemple – pour être au service de leurs frères. Cela s’appelle le sacerdoce « ministériel », ce qui veut dire que ce sacerdoce, même s’il est un honneur pour celui qui le reçoit, est un honneur parce qu’il est un service, un service de table !

Peut-on dire que les membres du clergé en sont plus conscients aujourd’hui que jadis ? Dieu seul le sait. Il est vrai que rares sont ceux qui deviennent prêtres aujourd’hui, du moins en Occident, en vue d’une promotion sociale, comme c’était le cas il y a encore cinquante ans, et qui, voyant l’évolution de la mentalité peu respectueuse dont l’opinion publique entoure les prêtres maintenant, ne se cachaient pas pour dire, que si c’était à recommencer, ils auraient choisi une autre voie … Si l’on fait encore des reproches de ce genre à des prêtres, c’est souvent en vertu d’une fausse conception de la démocratie dans l’Eglise, un néo-cléricalisme, en quelque sorte, tout aussi éloigné de l’Évangile.

Pourtant il n’est pas rare que certains, n’ayant pas cherché à se faire ordonner, poussés par cette soif de pouvoir et des honneurs, par la suite se laissent prendre par la tentation du carriérisme, que Jésus reproche aux pharisiens, dans le but d’exercer un pouvoir qu’ils n’ont jamais reçu…

Ce qui est dénoncé dans la 1e lecture atteste que ce cléricalisme est de tous les temps. Nous sommes ici 450 ans avant JC, environ. Ce qui est reproché par Dieu aux prêtres de cette époque est toujours d’actualité. Le fondement est le même que dans l’Evangile : nous avons tous le même Père, et nous sommes tous frères. C’est l’oubli de cette double vérité qui entraîne trois reproches faits aux prêtres :

Ils-  Ils ne prennent « pas à cœur de glorifier mon Nom ». Ils ne mettent pas l’honneur de Dieu à la première place. Ils proclament une morale psychologique et sociale axée sur le monde et qui plaît au peuple ;

Ils - Ils ont fait de la Loi de Dieu « une occasion de chute » ; ils ne comprennent plus la religion de l’Alliance, ils s’en éloignent, et même, s’en écartent tout à fait. Les psaumes les plus tardifs en fournissent une indication très claire ;

Ils - Ils agissent « avec partialité, en accommodant la Loi » : on travaille avec des petits groupes sélectionnés, on fait de la psychologie de groupe et autres choses de ce genre, en abandonnant les autres à leur sort.

Les menaces que Dieu profère l’encontre de ces méthodes « pastorales » sont sévères : ces prêtres profanent « l’Alliance de nos pères ». « À mon tour, je vous ai déconsidérés, abaissés devant tout le peuple », déclare le Seigneur.

Dans la 2e lect., S. Paul nous dresse, par contre, le tableau du prêtre idéal : il aime la communauté qui lui est confiée comme une mère aime son enfant. Sa relation avec elle n’est pas une relation de fonctionnaire, mais une relation personnelle. Il permet à ses frères de partager avec lui sa vie, comme le Christ l’a fait. Il ne veut pas être à la charge de la communauté. Donc il travaille. Sa plus grande joie consiste en ce que les gens le reconnaissent comme un serviteur, qu’il est réellement, et qu’ils comprennent sa prédication comme une pure transmission de la Parole de Dieu, « ce qu’elle est réellement », et non pas comme une parole humaine, même si c’est la parole d’un saint. Il ne cherche pas à avoir un rôle influent dans la communauté. La seule chose qu’il cherche, c’est que cette Parole soit « à l’œuvre en vous, les croyants ».

Ce qui ne l’empêchera pas d’être la victime d'accusations calomnieuses, dictées par la prétention et la soif de pouvoir… Mais il sait que cela fait partie de son ministère :

 

« Les gens nous insultent, nous les bénissons. Ils nous persécutent, nous supportons. Ils nous calomnient, nous avons des paroles d’apaisement. Jusqu’à maintenant, nous sommes pour ainsi dire les balayures du monde, le rebut de l’humanité. Je ne vous écris pas cela pour vous faire honte, mais pour vous reprendre comme des enfants bien-aimés. »

 

Et S. Paul ajoute alors une phrase qui paraît en contradiction avec les paroles du Christ, mais qui, en réalité n’est qu’une contradiction de l’interprétation que l’on en fait, dans certains milieux évangéliques, par exemple :

« Car vous auriez beau avoir dix mille surveillants pour vous mener dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères : c’est moi qui, par l’annonce de l’Evangile, vous ai fait renaître à la vie du Christ Jésus. » (1 Co 4, 12-15)

Ce qu’il faut chercher pour trouver la paix du coeur - Homélie 8° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Nous voudrions être libres de tout souci et de toute angoisse. Mais les paroles du Christ dans le passage de l’évangile de ce dimanche semblent trop belles pour être vraies. Jésus nous dit de cesser de nous tracasser pour tout ce qui nous tracasse : les choses matérielles, les choses du monde, ce qu’il appelle "mammon". "Mammon" vient d’un mot grec qui désigne tous les biens matériels, les possessions, tout ce qui peut être acheté avec de l’argent. Le Christ nous dit donc de ne pas nous préoccuper de notre compte en banque, de nos hypothèques, de notre carrière, de notre travail, de notre réputation, de nos réussites et de nos succès. Il nous avertit que tout cela ne peut pas combler notre cœur, et que, si nous nous en soucions excessivement, ces choses peuvent nous séparer de Dieu et nous ôter la paix du cœur qui est le fruit d’une solide amitié avec le Christ.

 

Ensuite Jésus nous indique comment nous pouvons cesser de nous préoccuper de toutes ces choses. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice », dit-il, « et tout cela vous sera donné de surcroît ». Le mot grec qui est traduit en français par "chercher" (zeteo) est un verbe très riche de sens. Il connote une recherche active, motivée, passionnée.

 

Nous tous, ici, nous croyons déjà au Christ. Mais aujourd’hui, Jésus nous demande dans quelle mesure, jusqu’à quel point. Quel est notre empressement à chercher son Royaume ? Dans quelle mesure poursuivons-nous la recherche de la justice, c’est-à-dire le succès aux yeux de Dieu, à l’opposé du succès aux yeux du monde ? Quand nos cœurs sont partagés, quand nous poursuivons la recherche du bonheur à la fois dans notre relation d’amitié avec le Christ et dans nos succès mondains, nous finissons par perdre tout, car nous ne pouvons servir deux maîtres. Si, par contre, nous cherchons d’abord son Royaume, alors « tout cela nous sera donné de surcroît ».

 

C’est pour cela que les pauvres trouvent la paix tandis que les riches sont tourmentés. Les statistiques montrent un taux de suicide plus élevé parmi les classes les plus aisées de la société. « Bienheureux les pauvres en esprit », dit Jésus, car ce sont eux qui se rendent compte que tous les biens de cette terre, que ce soit la fortune, les honneurs ou les succès, ne suffisent pas pour combler le cœur de l’homme. Si c’était le cas, alors plus on est riche, plus on serait heureux. Mais nous savons tous que ce n’est pas vrai. Ceux qui ont de la sagesse et qui sont en paix, les forts, sont ceux qui ont les yeux fixés sur le Christ.

 

Souvent, on dit que les chrétiens sont des gens tristes qui mènent une vie sérieuse, terne et sombre. La vérité, c’est que les saints sont parmi les gens les plus enjoués et créatifs de l’histoire, car c’est le péché, et non pas la foi, qui prive de la joie.

 

Saint Colomban, abbé, un jour demande à saint Deicolus : "Pourquoi est-ce que tu es toujours souriant ?" Deicolus répond : "Parce que personne ne peut arracher Dieu de mon cœur."

 

On raconte que le jour où saint Dominique Savio avait décidé de devenir un saint, il avait cessé de jouer avec les autres garçons et s’est mis à avoir une expression sérieuse. Saint Jean Bosco lui demande alors ce qui n’allait pas. Le garçon explique, et saint Jean Bosco l’a félicité pour son intention, tout en lui conseillant de rester joyeux et actif, car le fait de servir Dieu devrait nous rendre joyeux et spirituellement attrayants pour les autres. Il avait coutume de dire à tous ses garçons : "Amusez-vous autant que vous voulez, à condition de ne pas faire de péché."

 

Si nous cherchons d’abord le Royaume de Dieu, tout le reste nous sera donné de surcroît. C’est la promesse de Jésus. Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

 

Cela veut dire au moins trois choses. D’abord, cela signifie obéir aux commandements de Dieu. Nous les trouvons dans la Bible et dans l’enseignement de l’Eglise. Nous les mettons en pratique dans notre vie par la voix de notre conscience. Dans le Notre Père, nous prions : « Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite… » Le Christ est Roi. Il est celui qui règne. Et donc, ceux qui demeurent dans et qui profitent de son Royaume doivent obéir à ses lois.

 

Ensuite, chercher le Royaume du Christ signifie tendre constamment à mieux connaître Jésus par la prière et par la méditation chrétienne. Jésus est un Roi unique, car ce qu’il veut, c’est l’amitié de ses sujets. Il veut faire partie de notre vie, il veut marcher avec nous. Comme Benoît XVI le disait un jour à des séminaristes de New York, ce qui importe le plus, c’est que vous développiez une relation personnelle avec Dieu. Et cette relation s’exprime dans la prière.

 

Enfin, nous devons être sans cesse à l’affût d’occasions pour rapprocher les autres du Christ. Ce n’est pas aussi difficile que nous sommes portés à le penser. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous rappeler que Dieu est la vraie source du bonheur. Et alors, puisque nous voulons que ceux qui nous entourent trouvent le chemin du bonheur, il est tout à fait naturel de faire tout ce que nous pouvons dans ce sens.

 

Aujourd’hui, Jésus veut affermir notre relation avec lui au cours de cette Messe. Quand nous le recevrons dans la Sainte Communion, renouvelons l’engagement de notre baptême et promettons-lui de faire un effort spécial cette semaine pour chercher d’abord son Royaume.

Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

Mais que veut dire : « chercher d’abord le Royaume » ?

De quel bois se chauffer? - Homélie Vendredi Saint

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

portement de croix

Pour les lectures liturgiques du Vendredi Saint, cliquer sur l'image ci-dessus

 

 

Une ancienne légende roumaine raconte l’histoire d’un groupe de soldats qui s’étaient perdus une nuit d’hiver dans une terrible tempête de neige. Ils ne savaient pas dans quelle direction aller, et donc ils décident de camper pour la nuit. Mais le froid mordant rendait leur petit feu presqu’inutile. Il n’y avait pas de bois, pas d’arbres, pas de clôtures. Ils savaient qu’ils mourraient de froid s’ils ne trouvaient pas du bois pour faire du feu. L’un d’entre eux se porte volontaire pour aller en chercher. Il s’éloigne et disparaît bientôt dans l’épais rideau de neige. Il arrive dans un cimetière et finit par y trouver une croix en bois. L’extrême nécessité le poussait à la prendre, mais le respect lui commandait de la laisser. Il finit quand même par l’emmener vers le groupe. Le chef dit : "Nous ne pouvons pas brûler une croix, même si nous avons un urgent besoin de nous chauffer." Un à un, les hommes s’endorment, sauf le jeune qui avait trouvé la croix de bois. Comme hébété, il restait assis de longues heures dans la nuit. Soudain il voit une lueur, faible en vacillante. Elle se dirigeait vers lui. Il finit par distinguer une silhouette : c’était Jésus lui-même, portant une lourde croix. Il se dirigeait tout droit et posait sa croix sur les braises de feu sur le point de s’éteindre. Les flammes jaillissantes et la chaleur brûlante réveille les autres. Le chef demande qui a mis la croix de bois dans le feu, mais le jeune qui avait vu Jésus le faire s’était agenouillé dans la neige, comme s’il voyait toujours quelqu’un…

Quand nous mettons notre foi dans le sens que le Christ a voulu donner à la croix, comme les soldats qui ont voulu la traiter avec respect, elle devient alors un grand feu de sagesse et d’amour, capable de surmonter, de faire fondre toute la froide indifférence et l’égoïsme qui tuent notre cœur.

Comme le disait saint Ignace de Loyola, "Il n’y a pas de bois plus utile pour ranimer et alimenter le feu de l’amour divin que le bois de la croix."

Et saint François d’Assise : “Je vous exhorte, frères, à avoir continuellement présent à votre esprit la Passion bienheureuse de notre Seigneur, Jésus Christ. Elle vous fortifiera, et vous encouragera pour souffrir plus généreusement par amour pour lui."

Jésus ne nous laisse pas tomber - Homélie pour Noël

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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La fête de Noël a quelque chose de spécial. Je ne dis pas cela à cause des illuminations, des cadeaux et de l’ambiance festive. Ces choses-là sont l’expression de la différence, et non pas la cause. Même les soldats qui font la guerre dans des régions montagneuses enneigées ou dans des déserts arides sentent la différence, même de pauvres réfugiés qui fuient la guerre civile qui sévit dans leur pays sentent la différence, alors même qu’ils n’ont pas de sapins ni de repas de Noël, souvent même pas de messe de Noël.


Alors quelle est la différence ? Quel est le secret de Noël pour que cette fête touche les cœurs les plus endurcis ? Le secret, c’est le message si simple que Dieu nous a envoyé par un bébé qu’on a appelé Jésus, le Fils du Père qui s’est fait semblable à nous, en devenant un petit bébé qui ne peut pas survivre sans qu’on s’occupe de lui. Il est venu des splendeurs célestes pour vivre une vie humaine ordinaire dans la douleur, la tristesse, l’injustice, toutes ces souffrances d’un monde déchu. Ce que Dieu nous dit par ce bébé tout fragile, c’est quelque chose que nous avons tous besoin d’entendre. Il nous dit : "Je ne te laisse pas tomber".


Nous, les humains, nous avons tout gâché dans ce monde merveilleux que Dieu a confié à nos soins, mais Dieu, lui, ne nous a pas laissé tomber. Depuis que le péché originel a enténébré notre intelligence et empoisonné notre cœur, nous avons tous pu ressentir la solitude, le regret, le remords, les tiraillements… Vraiment, nous avons tous péché. Nous nous sommes tous rebellés contre Dieu. Et pourtant, il ne nous a pas laissé tomber. Sa puissance est plus grande que tout l’égoïsme du monde. Sa lumière est plus forte que les ténèbres les plus épaisses. Son amour est fidèle et solide, plus que les montagnes. Sa sagesse est plus profonde que les océans. Sa bonté est infinie, plus que le firmament. Dieu ne nous a pas laissé tomber, et il ne nous laissera jamais tomber. C’est pour cela qu’on appelle Jésus le Sauveur.


Aujourd’hui, dans la Cité de David, un Sauveur nous est né. Il est né pour nous, pour chacun de nous, parce que Dieu nous espère.

 

L’histoire de Noël est remplie de signes du fait que Dieu ne nous laisse jamais tomber, du fait que la grâce de Dieu peut transformer des tragédies en triomphe.


Un des faits les plus éloquents est le cessez-le-feu de Noël en 1914 sur les champs de bataille ensanglantés de la Première Guerre Mondiale, dans les tranchées de la Belgique et de la France. Entre les tranchées, il y avait une zone étroite, appelée "No-man’s land", jonchée des cadavres jamais enterrés des soldats qui avait essayé de prendre d’assaut les tranchées ennemies. C’était une bande très étroite, de souvent guère plus de 60, voire 40 mètres de large.


Le 24 décembre 1914, les soldats britanniques aussi bien que les soldats allemands avaient reçu bon nombre de colis de Noël. Les soldats allemands avaient même reçu des sapins de Noël. Ils avaient placé ces petits sapins, décorés de bougies, au-dessus des tranchées. Et ils ont commencé à chanter des chants de Noël. En face, les troupes britanniques avaient d’abord commencé à tirer sur les sapins. Mais ensuite, ils se sont mis à écouter les chants allemands, et à la fin de chaque chant, ils applaudissaient. Bientôt, les soldats allemands ont commencé à brandir des calicots improvisés appelant à un cessez-le-feu : "You no fight, we no fight." Les unités britanniques, à leur tour, ont fabriqué des calicots à la hâte en répondant : "Joyeux Noël !"


Au lever du jour, le 25 décembre, le "No-Man’s Land" était rempli de soldats des deux camps en train de fraterniser, riant, chantant, échangeant des cadeaux, des adresses, des cartes postales. Ils ont aussi pu enterrer leurs morts. Parmi les soldats, il y en avaient qui étaient coiffeurs de métier. Ils ont gracieusement offert de couper les cheveux de tout le monde. L’un des soldats allemands était jongleur professionnel. Il a commencé à faire un spectacle. Certaines unités ont organisé des matches de football, se servant de leur casques pour délimiter les buts. Selon le journal d’un soldat du 133e Régiment Saxon, la partie s’est terminée sur le score de 3-2 pour les Allemands.


Même à l’encontre des ordres des officiers supérieurs, le cessez-le-feu a duré, dans certaines zones de tranchées, jusqu’au Nouvel An. C’était comme si, juste pour Noël, Dieu voulait rappeler au monde que, même au plus fort de la guerre, ce grand fléau déclenché par le péché, il est présent. Même si nous le laissons tomber en péchant, lui ne nous laisse jamais tomber. Sa grâce peut faire la différence.


Cette nuit (ou ce jour), nous pouvons laisser tomber les murs défensifs que nous avons construit tout autour de nos cœurs. Aujourd’hui, c’est Noël, et Dieu vient frapper à la porte de notre cœur. Il voudrait entrer, pour nous rappeler que nous en sommes pas seuls, que les souffrances, les déceptions, les échecs de cette vie ne sont que passagers, alors que son amitié est tellement plus grande, qu’elle peut donner un sens, même aux tragédies les plus douloureuses, et combler les trous les plus noirs, qu’elle est pour toujours. C’est cette amitié qu’il nous offre depuis la pauvre mangeoire de Bethléem.


Nous avons pu être blessé par certains. D’autres se sont montré infidèles. D’autres encore nous ont trahi. Mais Jésus ne l’a pas fait, et il ne le fera jamais. Même si le monde devait nous crucifier, comme il a crucifié Jésus, si nous ne lâchons pas sa main, il nous relèvera, exactement comme lui-même s’est relevé d’entre les morts au matin de Pâques.


En poursuivant cette belle célébration, rendons grâce à Dieu du fond de notre cœur de ne pas nous avoir laissé tomber. Et pensons aussi à tous ces gens dans notre vie, nos amis, les membres de notre famille, nos collègues de travail… Y-a-t-il quelqu’un parmi eux que nous avons laissé tomber ? Si c’est le cas, c’est maintenant le moment favorable pour permettre au Seigneur de nous render espoir pour cette personne, et de prendre un nouveau depart dans notre relation avec elle.


Notre cœur peut être rempli de vieille paille nauséabonde, comme l’étable de Bethléem. Mais si nous laissons entrer le Christ et si nous le laissons demeurer en nous, alors sa force, son espérance et sa lumière ferons que même cette paille devienne une lumière resplendissante comme l’or. Si nous laissons entrer le Christ dans l’auberge de notre cœur, il rendra nos cœurs semblables au sien, et nous pourrons, comme lui, remplir ce monde d’une lumière que les ténèbres ne pourront jamais éteindre.

Père Guy Bedouelle, Du désir de justice et de vérité -

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Théologien dominicain, recteur de l'Université catholique de l'Ouest de 2008 à 2011, le père dominicain Guy Bedouelle est décédé le 22 mai 2012 à Fribourg en Suisse. Nous écoutons son homélie donnée à Sorèze le dimanche 2 octobre 2011. Il y rendait hommage au Père Henri-Dominique Lacordaire, à l'occasion du 150e anniversaire de sa mort. 

 

 

Is 5, 1-7 ; Ps. 79 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43
Paroisse : Eglise Notre-Dame-de-la-Paix
Ville : Sorèze (Tarn)
02/10/2011, 27e dimanche du temps ordinaire - Année A


Du désir de justice et de vérité

« Pourquoi revenez-vous sans cesse sur cette idée que ‘je fais de la politique’ ou que ‘je dois m’en garder’ », écrit à l’un de ses amis, au début de 1850, le P. Henri-Dominique Lacordaire. Et il poursuit : « La vérité est que mon crime est de ne pas faire de politique qui serait de demeurer en dehors de tous les partis et leur dire à tous, dans l’occasion, les grandes vérités sociales de l’Évangile ».

Qui est ce Lacordaire, dont nous célébrons, aujourd’hui, le 150e anniversaire de la mort, au lieu même où il est enterré ? Il était certainement, à son époque, au XIXe siècle, le personnage de l’Église de France le plus connu, qu’il soit admiré ou controversé.

Après la Révolution de juillet 1830, ce jeune prêtre fonde, avec Lamennais, un quotidien, l’Avenir, qui porte fièrement la devise : « Dieu et la liberté ». Il y réclame la séparation de l’ Église et de l’État, à une époque où ni l’Église, ni l’État, n’en veulent. Il y soutient aussi le droit des minorités nationales opprimées. Comme l’Église lui signifie que son expression est exagérée, il se soumet sans renoncer à ses opinions. Il accepte de donner un exposé progressif des vérités de la foi par les conférences de Notre-Dame, que les étudiants catholiques, dont le bienheureux Ozanam, ont réclamé à l’archevêque de Paris. Lacordaire va s’y illustrer.

C’est alors qu’il entreprend de refonder l’ordre dominicain en France, qui y avait été aboli depuis la Révolution comme les autres congrégations. Lacordaire n’entend pas réclamer des privilèges, mais que les religieux puissent simplement jouir du droit d’association, comme de simples citoyens. Et il le dit, et il l’écrit, et il le fait en ouvrant son premier couvent à Nancy.

En février 1848, c’est pour lui un moment providentiel : une Révolution et une République, certes, mais pacifiques, éprises de justice et surtout respectueuses de la religion. Tout le monde plante des arbres de la liberté que bénissent les évêques et les curés de paroisse. Sans trop y croire, il se laisse inscrire par ses amis sur des listes de candidats pour les députés de la future Assemblée constituante. Et il est élu à Marseille. Le voilà représentant du peuple, comme on disait, des Bouches-du-Rhône. Il décide de siéger, en habit dominicain, à l’extrême-gauche, ce qui n’était pas le meilleur choix pour quelqu’un qui voulait se situer au-dessus des partis. Après la tentative de prise du pouvoir par des insurgés pénétrant dans la salle des séances, violence qui, pour lui, est la dénégation de la démocratie, Lacordaire prend une de ces décisions brusques qui le caractérisent : après 14 jours de mandat, il donne sa démission de député. Comme il l’explique à ses électeurs : « dans une assemblée politique, l’impartialité condamne à l’impuissance et à l’isolement, il fallait choisir son camp. Je ne pus m’y résoudre ».

Et il précise : « Pour moi, la politique, c’est dire la vérité, la vérité la plus générale, aux riches, aux pauvres, aux croyants, aux incroyants ». Et ainsi, elle est, pour lui, inséparable des valeurs chrétiennes, des grandes vérités morales ; elle est expression de la liberté évangélique.

Lacordaire est certainement idéaliste, incontestablement romantique, et en même temps, il est ancré résolument dans la société moderne, issue de la Révolution de 1789 dont il récuse les excès ultérieurs. Mais il voit cette nouvelle société  dans une perspective chrétienne. Il veut la convertir, s’adresser à l’opinion publique qui n’entend jamais parler de Dieu. C’est pourquoi aussi il veut former des chrétiens authentiques, et consacre les sept dernières années de sa vie dans ce collège, qui le confirme dans sa vocation d’éducateur et de prédicateur, à laquelle il ajoute la tâche de conseiller municipal de Sorèze.

« Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu… tout cela prenez-le à votre compte », avons-nous entendu saint Paul s’adressant aux Philippiens dans la deuxième lecture. C’était bien l’attitude de Lacordaire en son temps, et c’est, je crois, ce qui est demandé à chaque génération de chrétiens. La parole de l’Évangile du Christ est une force et une grâce : elle accueille et réveille le désir de justice et de vérité qui existe dans le cœur de chacunLacordaire que nous honorons aujourd’hui est un des témoins de ce service que le christianisme rend à la société.

(Source: Le Jour du Seigneur.com)

Benoît XVI, Homélie du Christ Roi à Cotounou

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Au dernier jour de son voyage apostolique au Bénin, Benoît XVI a célébré la messe au "stade de l'amitié" de Cotonou. Devant plus de 30 000 personnes le Pape a appelé les fidèles à suivre le chemin du Christ en étant "attentifs au cri du pauvre, du faible, du marginalisé".

 

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Homélie de la messe Cotonou, Stade de l’Amitié 20.XI.2011

Chers frères dans l’Épiscopat et le sacerdoce, Chers frères et sœurs, À la suite de mon bienheureux prédécesseur le Pape Jean-Paul II, c’est une grande joie pour moi de visiter pour la deuxième fois ce cher continent africain, en venant chez vous, au Bénin, et de vous adresser un message d’espérance et de paix. Je voudrais tout d’abord remercier très cordialement Monseigneur Antoine Ganyé, Archevêque de Cotonou, pour ses paroles de bienvenue et saluer les Évêques du Bénin, ainsi que tous les Cardinaux et les Évêques venus de nombreux pays d’Afrique et d’autres continents. Et à vous tous, frères et sœurs bien-aimés, venus participer à cette messe célébrée par le Successeur de Pierre, j’adresse mes salutations les plus chaleureuses. Je pense certes aux béninois, mais aussi aux fidèles des pays francophones voisins, le Togo, le Burkina Faso, le Niger et d’autres. Notre célébration eucharistique en cette solennité du Christ Roi de l’univers, est l’occasion de rendre grâce à Dieu pour le cent cinquantième anniversaire des débuts de l’évangélisation du Bénin ainsi que pour la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques qui s’est tenue à Rome il y a quelques mois.

L’évangile que nous venons d’entendre, nous dit que Jésus, le Fils de l’homme, le juge final de nos vies, a voulu prendre le visage de ceux qui ont faim et soif, des étrangers, de ceux qui sont nus, malades ou prisonniers, finalement de toutes les personnes qui souffrent ou sont mises de côté ; le comportement que nous avons à leur égard sera donc considéré comme le comportement que nous avons à l’égard de Jésus lui-même. Ne voyons pas là une simple formule littéraire, une simple image ! Toute l’existence de Jésus en est une illustration. Lui, le Fils de Dieu, est devenu homme, il a partagé notre existence, jusque dans les détails les plus concrets, se faisant le serviteur du plus petit de ses frères. Lui qui n’avait pas où reposer sa tête, sera condamné à mourir sur une croix. Tel est le Roi que nous célébrons !

Sans doute cela peut nous paraître déconcertant ! Aujourd’hui encore, comme il y a 2000 ans, habitués à voir les signes de la royauté dans la réussite, la puissance, l’argent ou le pouvoir, nous avons du mal à accepter un tel roi, un roi qui se fait le serviteur des plus petits, des plus humbles, un roi dont le trône est une croix. Et pourtant, nous disent les Écritures, c’est ainsi que se manifeste la gloire du Christ ; c’est dans l’humilité de son existence terrestre qu’il trouve son pouvoir de juger le monde. Pour lui, régner c’est servir ! Et ce qu’il nous demande, c’est de le suivre sur ce chemin, de servir, d’être attentifs au cri du pauvre, du faible, du marginalisé. Le baptisé sait que sa décision de suivre le Christ peut l’amener à de grands sacrifices, parfois même à celui de sa vie. Mais, comme nous l’a rappelé saint Paul, le Christ a vaincu la mort et il nous entraîne à sa suite dans sa résurrection. Il nous introduit dans un monde nouveau, un monde de liberté et de bonheur. Aujourd’hui encore, tant de liens avec le monde ancien, tant de peurs nous tiennent prisonniers et nous empêchent de vivre libres et heureux. Laissons le Christ nous libérer de ce monde ancien ! Notre foi en lui qui est vainqueur de toutes nos peurs, de toutes nos misères, nous donne accès à un monde nouveau, un monde où la justice et la vérité ne sont pas une parodie, un monde de liberté intérieure et de paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. Tel est le don que Dieu nous a fait dans notre baptême !

Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde’ (Mt 25, 34). Accueillons cette parole de bénédiction que le Fils de l’homme adressera, au jour du Jugement, à ceux et à celles qui auront reconnu sa présence parmi les plus humbles de ses frères, dans un cœur libre et rempli de l’amour du Seigneur ! Frères et Sœurs, ce passage de l’Évangile est vraiment une parole d’espérance, parce que le Roi de l’univers s’est fait tout proche de nous, serviteur des plus petits et des plus humbles. Et je voudrais m’adresser avec affection à toutes les personnes qui souffrent, aux malades, à celles qui sont touchées par le sida ou par d’autres maladies, à tous les oubliés de la société. Gardez courage ! Le Pape vous est proche par la prière et la pensée. Gardez courage ! Jésus a voulu s’identifier au petit, au malade ; il a voulu partager votre souffrance et reconnaître en vous des frères et des sœurs, pour les libérer de tout mal, de toute souffrance ! Chaque malade, chaque pauvre mérite notre respect et notre amour car à travers lui Dieu nous indique le chemin vers le ciel.

Et ce matin, je vous invite encore à vous réjouir avec moi. En effet, voici 150 ans que la croix du Christ a été implantée sur votre terre, que l’Évangile y a été annoncé pour la première fois. En ce jour, rendons grâce à Dieu pour l’œuvre accomplie par les missionnaires, par les « ouvriers apostoliques » originaires de chez vous ou venus d’ailleurs, évêques, prêtres, religieux, religieuses, catéchistes, tous ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont permis l’extension de la foi en Jésus-Christ sur le continent africain ! Je salue ici la mémoire du vénéré Cardinal Bernardin Gantin, exemple de foi et de sagesse pour le Bénin et pour le continent africain tout entier !

Chers frères et sœurs, tous ceux qui ont reçu ce don merveilleux de la foi, ce don de la rencontre avec le Seigneur ressuscité, ressentent aussi le besoin de l’annoncer aux autres. L’Église existe pour annoncer cette Bonne Nouvelle ! Et ce devoir est toujours urgent ! Après 150 ans, nombreux sont ceux qui n’ont pas encore entendu le message de salut du Christ ! Nombreux sont aussi ceux qui sont réticents à ouvrir leurs cœurs à la Parole de Dieu ! Nombreux sont ceux dont la foi est faible, et dont la mentalité, les habitudes, la façon de vivre ignorent la réalité de l’Évangile, pensant que la recherche d’un bonheur égoïste, du gain facile ou du pouvoir, est le but ultime de la vie humaine. Avec enthousiasme, soyez des témoins ardents de la foi que vous avez reçue ! Faites resplendir en tous lieux le visage aimant du Sauveur, en particulier devant les jeunes, en recherche de raisons de vivre et d’espérer dans un monde difficile ! L’Église au Bénin a beaucoup reçu des missionnaires : elle doit à son tour porter ce message d’espérance aux peuples qui ne connaissent pas ou qui ne connaissent plus le Seigneur Jésus. Chers frères et sœurs, je vous invite à avoir ce souci de l’évangélisation, dans votre pays et parmi les peuples de votre continent et du monde entier. Le récent Synode des Évêques pour l’Afrique le rappelle avec insistance : homme d’espérance, le chrétien ne peut se désintéresser de ses frères et de ses sœurs. Ce serait en pleine contradiction avec le comportement de Jésus. Le chrétien est un bâtisseur inlassable de communion, de paix et de solidarité, ces dons que Jésus lui-même nous a faits. En y étant fidèles, nous collaborons à la réalisation du plan de salut de Dieu pour l’humanité.

Chers frères et sœurs, je vous engage donc à affermir votre foi en Jésus Christ, en opérant une authentique conversion à sa personne. Lui seul nous donne la vie véritable et peut nous libérer de toutes nos peurs et lenteurs, de toutes nos angoisses. Retrouvez les racines de votre existence dans le baptême que vous avez reçu et qui fait de vous des enfants de Dieu ! Que le Christ Jésus vous donne à tous la force de vivre en chrétiens et de chercher à transmettre généreusement aux générations nouvelles ce que vous avez reçu de vos Pères dans la foi ! Que le Seigneur vous comble de ses grâces !

Homélie: Entre les citrouilles et les cimetières, la Solennité de Tous les Saints

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Jean-Côme About, commentaire Evangile du 2èe dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

27 TOA evLe Père Jean-Côme About commente l'Évangile de ce dimanche 25 septembre, XXVIIème dimanche du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 21, versets 33 à 43.

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens : « Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde.»

Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le texte

L’évangile de ce jour nous rapporte la parabole des vignerons homicides que nous pourrions renommer la parabole de la patience et de la bonté de Dieu.
En effet, le maître de la vigne, en l’occurrence Dieu, ne va avoir de cesse de rattraper l’attitude honteuse des vignerons et les poursuivre de son désir de les racheter.
D’abord il plante cette vigne et fait tout pour que sa culture soit optimum. Il la confie au mieux à des vignerons qui doivent la faire fructifier. Ils ont en main, par la bonté du Maître, toutes les clefs pour la réussite.
Puis il part en voyage, pour un long voyage, précisera saint Luc. Ce départ peut être interprété comme une mise à l’épreuve mais si l’on regarde bien il s’agit plutôt d’une responsabilité totale confiée aux vignerons.
C’est la manière de faire de Dieu, après avoir donné le tout dans le meilleur, il nous donne la responsabilité de notre vie et de la création. 
C’est un temps de silence de Dieu mais qu’il ne faudrait pas interpréter comme une absence volontairement coupable de Dieu qui laisserait aller toute sa création. Non, ne soyons pas étonné de voir la non-ingérence de Dieu dans notre monde. Dieu joue le jeu de la liberté. Il se retire pour que nous nous révélions à nous-mêmes : Il nous traite en hommes responsables, gérants de sa création. Ce que nous appelons trop souvent abandon ou indifférence de Dieu, est l’une des formes les plus hautes de l’amour. 
Des parents qui aiment leur enfant adolescent, par amour, doivent l’inciter à se prendre en charge et à assumer sa propre vie, sinon il ne restera qu’un enfant. Dieu désire que nous soyons libres et responsables comme lui.
Mais surgit l’erreur si commode et fondamentale : la vigne appartient à Dieu, notre vie est l’œuvre de Dieu et l’on ne peut se l’approprier : nous n’en sommes que les gérants. Vient un moment, tôt au tard, où nous devrons rendre des comptes, des comptes non pas selon un rendement prédéterminé ou selon la mode ou les considérations simplement humaines du temps mais selon l’amour que Dieu nous aura confié et que nous aurons fait fructifié selon les commandements rappelés par son fils Jésus-Christ.
C’est pourquoi il a envoyé des prophètes et envoie à notre époques des saints connus ou non qui nous rappelle les intérêts d’amour que nous devons à Dieu. 
Mais ne sommes-nous pas parfois comme les vignerons, désireux d’être possesseurs de la « vigne » c’est-à-dire de la création et de l’amour de Dieu pour nous-mêmes exclusivement ? 
Dieu avec une innocence d’amour qui en dit long sur le salut auquel il nous destine, envoie son propre fils, qui, comme les autres est tué. Son propre fils ! L’héritier, maître de l’héritage entier. Son élimination donne-t-il l’héritage ? Non, il est confié à d’autres ! Et celui qui était éliminé, devient la pierre angulaire qui soutient toute la voûte de la rédemption. 
L’homme n’arrivera jamais à décourager Dieu de l’aimer, sa patience et son amour envers nous sont inépuisables. 
Mais nous qui sommes les gérants de cette vigne, qu’en faisons-nous ? 
Comment accueillons-nous l’envoi du Fils, sans cesse renouvelé, dans notre Église ?
Seigneur, fais-nous aimer l’Église dans l’authenticité de ta parole incarnée.
Libère-nous des contingences trop humaines qui nous font la juger comme de mauvais vignerons.

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