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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

homelies annee a 2010-2011

Pour les chrétiens, l’humble obéissance est une vertu - Homélie 7° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011
Pour les chrétiens, l’humble obéissance est une vertu - Homélie 7° dimanche du Temps Ordinaire A

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Quand Jésus dit : «  Vous avez appris qu'il a été dit », il fait clairement allusion à l’Ancien Testament, la Loi de Moïse. C’est la Loi qui conférait au peuple juif son statut particulier parmi toutes les nations de la terre, parce que c’est Dieu lui-même qui la leur avait donnée. C’est le « doigt de Dieu » qui l’avait gravée sur des tables de pierre.

 

Pendant 1500 ans, les prophètes et les rabbins d’Israël l’avaient interprétée, appliquée au gré des circonstances changeantes, en exhortant le peuple à l’observer. Mais jamais au cours de ces quinze siècles, un Israélite fidèle n’avait eu la prétention d’exercer une autorité sur elle. Après tout, la Loi provenait du directement du Seigneur. Qui donc pourrait prétendre avoir une autorité sur elle ?

 

Donc, quand Jésus dit : « … Eh bien moi, je vous dis… », suggérant un ajout à la Loi, ses auditeurs sont confrontés à quelque chose de totalement nouveau, à quelqu’un qui revendique une autorité sur la Loi de Moïse. Il réclame une nouvelle adhésion et fraie un chemin pour une Nouvelle Alliance.

 

Le Sermon sur la Montagne est révolutionnaire, non pas seulement en ce qui concerne les idées, mais dans l’autorité revendiquée par le Seigneur. Cette revendication,  implicite mais réelle, d’une autorité sur la loi divine, et donc du rang de Dieu, n’est pas sans conséquences. Cela signifie que ses commandements requièrent l’obéissance.

 

Dans le monde de l’Antiquité, l’obéissance due à celui qui gouverne était un concept familier. Dans le monde contemporain, dominé par les démocraties politiques, elle l’est beaucoup moins. En fait, la mentalité critique, indépendante, démocratique (si utile en politique) peut même s’infiltrer dans l’Eglise (où elle n’est pas à sa place).

 

La vérité du Christ ne change pas au gré des modes et des référendums. Dans notre relation avec Jésus et son Église, l’humble obéissance à l’autorité légitime est une vertu, et non pas un défaut.

 

Il faut plus de dix ans d’études intenses et de pratique pour devenir médecin. Les bons médecins voient parfois plus de 200 patients par mois. Un médecin qui pratique depuis plusieurs années possède donc une connaissance théorique, acquise par sa formation, enrichie d’une dose importante de connaissances pratiques, acquises par l’expérience. Quand nous sommes souffrants ou blessés et que nous consultons un médecin, nous nous attendons à ce qu’il sache ce que nous devons faire, en raison de ses connaissances et de son expérience, mieux que nous. Nous nous attendons à ce qu’il comprenne ce qui ne va pas chez nous, mieux que nous.

 

Quand le médecin nous prescrit ce qu’il faut faire pour guérir, la chose la plus intelligente à faire, c’est de lui obéir. Quand le médecin explique en termes simples quel est notre problème, cela est très appréciable. Mais nous n’exigeons tout de même pas de comprendre absolument tout ce qui concerne la maladie dont nous souffrons avant de lui obéir, pour la simple raison que nous n’avons pas autant de connaissances médicales que le médecin.

 

Jésus Christ est le médecin de nos âmes, qui ont été blessées par le péché originel, par nos péchés personnels, et par les péchés personnels des autres. Ses commandements, ses enseignements, et son exemple constituent les instructions qu’il nous donne pour que nous puissions guérir, grandir et murir spirituellement en avançant sur le chemin du vrai bonheur. Et Jésus est beaucoup plus compétent que même le plus brillant des médecins, parce qu’il est Dieu. Il est omniscient, il est notre créateur, et nous connaît tous de fond en comble.

 

Voilà pourquoi l’obéissance au Christ est une vertu, une bonne habitude, une règle de vie pleine de sagesse. Comme le dit le Livre des Proverbes au chapitre 28 :

 

« Qui se fie à son propre sens est un sot,

Qui chemine avec sagesse sera sauf. » (Proverbes 28, 26)

 

L’obéissance, pour les chrétiens, c’est une vertu. Mais à qui exactement devons-nous obéir ? Nous sommes appelés à obéir à Jésus, en le suivant là où il nous conduit ; il est le Verbe Incarné de Dieu, « la voie, la vérité et la vie ». Lui obéir signifie établir une relation d’amitié avec lui. Comme il le dit au cours de la Dernière Cène :

 

« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. » (Jn 14, 15)

 

Mais là, il y a un problème… Car nous vivons 2000 ans après l’Ascension du Seigneur. Jésus ne nous a pas laissé des commandements spécifiques au sujet du clonage, de la contraception, de la recherche sur les cellules-souches embryonnaires ou d’autres points de la morale contemporaine. Alors, que doit faire un disciple du Christ pour toutes ces questions qui ne sont pas mentionnées explicitement dans la liste des Dix Commandements ?

 

Jésus savait bien qu’au cours des différentes périodes de l’histoire les hommes seraient confrontés à de nouveaux dilemmes. Et il a tout prévu pour cela : il a créé son Église, en déléguant son autorité pour enseigner à ce que nous appelons le « Magistère », pour qu’avec la garantie de l’assistance du Saint Esprit, nous, ses disciples, nous ne manquions jamais d’une règle de conduite claire.

 

Quand nous obéissons à l’enseignement officiel de l’Église – l’enseignement des papes et des évêques unis au pape (le Magistère) – nous obéissons, en fait, à Jésus, et nous le suivons avec fidélité dans la voie d’un bonheur sans cesse croissant, ici sur terre, et du bonheur éternel au ciel. D'où l'importance capitale de savoir qui est le vrai Pape !

 

L’Église fait même un pas de plus, s’efforçant toujours d’expliquer les raisons qui sous-tendent l’enseignement catholique, même si, trop souvent, nous ne faisons aucun effort pour comprendre ces raisons.

 

Aujourd’hui, en poursuivant la célébration de cette Eucharistie, et spécialement au moment où nous renouvelons notre foi au Christ et à son projet pour notre vie en récitant le Credo, renouvelons aussi notre engagement à obéir au Seigneur, qui est descendu du Ciel sur la terre pour nous montrer la voie vers notre véritable demeure.

Eh bien moi, je vous dis

Eh bien moi, je vous dis

Le ciel et l’enfer existent - Homélie 6° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

6 TOA ev

 

 

Dans l’évangile de ce jour, Jésus parle de la géhenne. Le mot est la transcription de l'hébreu Ge-Hinnon (Val de Hinnon), vallée située au sud de Jérusalem où l'on avait pratiqué des sacrifices d'enfants en l'honneur du dieu Moloch. Quand les juifs ont décidé de mettre fin à ses pratiques, ils en ont fait un lieu d’incinération (à ciel ouvert !) des immondices. Mais le feu de ces sacrifices humains était resté le symbole du châtiment de ceux qui refusent le salut de Dieu, et la Géhenne, dans le Nouveau Testament, est synonyme de lieu de malédiction. La symbolique de la Géhenne est souvent liée à celle de l’enfer.

 

Le fait que le Christ fait souvent mention de l’enfer dans les évangiles a fait dire à certains critiques que l’Eglise a manipulé les hommes faibles et les superstitieux par une peur irrationnelle. Ces reproches sont totalement infondés. Les mises en garde du Christ sont celles d’un ami. Jésus sait que nous ne pouvons connaître le bonheur de l’éternité que dans l’amitié avec Dieu. Il veut ce bonheur pour tous les hommes, et donc, il nous met en garde contre tout ce qui pourrait mettre en péril ou détruire cette amitié, et finalement nous entraîner à l’éternité sans Dieu.

 

C’est donc une perspective vraiment très douloureuse, car l’être humain a été créé pour vivre en union avec Dieu ; l’éternité sans Dieu, c’est la frustration par excellence.

 

Puisque Jésus nous aime, il nous dit la vérité, même si elle est dure. Mais il y a une autre facette de cette vérité. C’est ce deuxième aspect auquel se réfère saint Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche. Il nous rappelle l’admirable sagesse du projet de Dieu, qui, si nous nous y soumettons, nous conduit au ciel. Le ciel, c’est cette condition d’un bonheur tellement grand et débordant que, comme nous l’explique saint Paul, il dépasse tout ce que nous pouvons voir, entendre ou même imaginer. L’enfer étant la privation éternelle de ce bonheur, vaut vraiment la peine d’une vigoureuse mise en garde. Le ciel, plénitude éternelle et inimaginable, est également une réalité et sera la récompense pour tous ceux qui meurent en amitié avec Dieu.

 

Certains reprochent à l’Eglise d’exploiter l’idée de l’enfer pour manipuler les gens. Mais le fond de commerce de Jésus n’est pas la manipulation mais la vérité. Et la vérité, c’est que dans ce monde où règne le péché, nous courons tous le danger de succomber à la tentation en faisant un mauvais usage de notre liberté, et de rejeter l’amitié que Dieu nous offre.

 

Si vous étiez dans la voiture de l’un de vos amis, et qu’il est sur le point de faire une collusion frontale avec un poids lourd, vous ne l’avertiriez pas pour qu’il évite l’accident ? Jésus nous parle de la réalité d’une éternité de privation de l’amitié divine, c’est-à-dire l’enfer, en nous avertissant. Il nous aime et désire que nous soyons ses amis, mais il ne peut pas nous forcer la main, car alors, ce ne serait plus de l’amitié. S’il nous révèle la réalité de l’enfer (et du ciel), c’est la preuve qu’il nous aime.

Demandez ce qu’en pense sainte Thérèse d’Avila, la réformatrice du Carmel au 16e siècle en Espagne. Alors qu’elle connaissait un temps de purification intérieure, Dieu lui a accordé la grâce de voir l’enfer. Voici comment elle décrit sa vision :

 

Déjà, depuis longtemps, Notre-Seigneur m’avait accordé la plupart des grâces dont j’ai parlé et d’autres encore fort insignes, lorsqu’un jour, étant en oraison, je me trouvai en un instant, sans savoir de quelle manière, transportée dans l’enfer. Je compris que Dieu voulait me faire voir la place que les démons m’y avaient préparée, et que j’avais méritée par mes péchés. Cela dura très peu ; mais quand je vivrais encore de longues années, il me serait impossible d’en perdre le souvenir.

 

L’entrée de ce lieu de tourments me parut semblable à une de ces petites rues très longues et étroites, ou, pour mieux dire, à un four extrêmement bas, obscur, resserré. Le sol me semblait être une eau fangeuse, très sale, d’une odeur pestilentielle, et remplie de reptiles venimeux. A l’extrémité s’élevait une muraille, dans laquelle on avait creusé un réduit très étroit où je me vis enfermer. Tout ce qui, jusqu’à ce moment, avait frappé ma vue, et dont je n’ai tracé qu’une faible peinture, était délicieux en comparaison de ce que je sentis dans ce cachot, Nulle parole ne peut donner la moindre idée d’un tel tourment, il est incompréhensible. Je sentis dans mon âme un feu dont, faute de termes, je ne puis décrire la nature, et mon corps était en même temps en proie à d’intolérables douleurs. J’avais enduré de très cruelles souffrances dans ma vie, et, de l’aveu des médecins, les plus grandes que l’on puisse endurer ici-bas ; j’avais vu tous mes nerfs se contracter à l’époque où je perdis l’usage de mes membres ; en outre, j’avais été assaillie par divers maux dont quelques-uns, comme je l’ai dit, avaient le démon pour auteur. Tout cela, néanmoins, n’est rien en comparaison des douleurs que je sentis alors ; et ce qui y mettait le comble, c’était la vue qu’elles seraient sans interruption et sans fin.

 

Mais ces tortures du corps ne sont rien à leur tour auprès de l’agonie de l’âme. C’est une étreinte une angoisse, une douleur si sensible, c’est en même temps une si désespérée et si amère tristesse, que j’essaierais en vain de les dépeindre. Si je dis qu’on se sent continuellement arracher l’âme, c’est peu ; car dans ce cas, c’est une puissance étrangère qui semble ôter la vie, mais ici, c’est l’âme qui se déchire elle-même. Non, jamais je ne pourrai trouver d’expression pour donner une idée de ce feu intérieur et de ce désespoir, qui sont comme le comble de tant de douleurs et de tourments. Je ne voyais pas qui me les faisait endurer, mais je me sentais brûler et comme hacher en mille morceaux : je ne crains pas de le dire, le supplice des supplices, c’est ce feu intérieur et ce désespoir de l’âme.

 

Toute espérance de consolation est éteinte dans ce pestilentiel séjour ; on ne peut ni s’asseoir ni se coucher, car l’espace manque dans cette sorte de trou pratiqué dans la muraille ; et les parois elles-mêmes, effroi des yeux, vous pressent de leurs poids. Là, tout vous étouffe ; point de lumière ; ce ne sont que ténèbres épaisses ; et cependant, ô mystère ! sans qu’aucune clarté brille, on aperçoit tout ce qui peut être pénible à la vue.

 

L’enfer existe. C’est une vérité qui fait partie de notre foi. Jésus nous aime, et il veut que nous mourions en amitié avec lui, pour que nous allions au ciel. Son avertissement dans le passage de l’évangile de ce dimanche est un avertissement d’amour. C’est ainsi que nous devons le comprendre.

 

Si Jésus nous dit la vérité au sujet du ciel et de l’enfer, c’est parce qu’il veut que nous sachions que nos choix de tous les jours ont des conséquences : ou bien ils nous font grandir dans l’amitié avec lui en nous faisant avancer sur le chemin vers le ciel, ou bien ils nous éloignent de lui, nous rendant plus vulnérables à la tentation pour finalement nous précipiter dans l’abîme de l’enfer. Nous serions fous si nous ne prenions pas cette mise en garde au sérieux.

 

Parmi tout ce qui peut nous aider, il y a la possibilité de faire un usage intelligent des saintes images. Les crucifix, les images de saints, les statues de la Vierge Marie, etc..., sont utiles pour nous rappeler la perspective de l’éternité dans ce monde agité et bruyant dans lequel nous vivons. Ils nous permettent de garder présent à notre esprit ce qui est vraiment important. Ils sont comme les photos de famille que les soldats portent sur eux dans la bataille.

 

Tous les fonctionnaires catholiques devraient avoir une pieuse image sur leur bureau pour leur rappeler que leur travail doit faire partie du projet de Dieu sur leur existence. Dans chaque foyer chrétien, il devrait y avoir un crucifix et une image de la Vierge Marie bien en vue, pour que personne n’oublie la grande famille dont nous faisons tous partie et la grande réunion de famille à laquelle nous sommes tous invités au ciel. Tous les catholiques devraient avoir dans leur voiture une pieuse image près du tableau de bord, parce que les petites distances que nous parcourons tous les jours sont des étapes de ce grand voyage de notre vie vers la maison du Père.

 

Alors que nous poursuivons la célébration de cette Messe, au cours de laquelle Jésus va se donner lui-même en nourriture pour la route, renouvelons notre désir de lui être fidèles chaque jour, chaque heure, chaque instant, pour que nous puissions entrevoir déjà l’inimaginable joie qu’il prépare pour tous ceux qui l’aiment.

Puisque Jésus nous aime, il nous dit la vérité, même si elle est dure.

Puisque Jésus nous aime, il nous dit la vérité, même si elle est dure.

Notre mission est d’être sel et lumière - Homélie 5° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Jésus ne choisit pas ses paroles au hasard. Cela vaut aussi pour le passage de l’évangile que nous venons d’entendre. Elles font partie du célèbre Sermon sur la Montagne, qui est en quelque sorte la quintessence de tous ses sermons. Dans cette partie, il explique à ses auditeurs ce qu’il attend d’eux. C’est comme quand un entraîneur s’adresse  aux joueurs de son équipe avant le match décisif. Ici, c’est Jésus qui nous parle du jeu de la vie.

 

Autre comparaison : un général qui exhorte ses troupes avant le grand combat. Ici, c’est Jésus qui nous parle du combat de la vie.

 

Jésus nous parle de la mission de toute notre vie. Quelle est-elle ? Elle consiste à être sel et lumière dans le monde qui nous entoure.

 

Le sel avait deux fonctions dans le monde de l’Antiquité : il donnait de la saveur aux aliments, et il en permettait la conservation. Il n’y avait pas de réfrigérateurs à l’époque. On conservait la viande en la couvrant d’une fine couche de sel.

 

La lumière avait la même fonction qu’aujourd’hui : elle repousse les ténèbres, sauf qu’à l’époque, avant l’invention de l’électricité, les ténèbres constituaient une réalité beaucoup plus dramatique que pour nous. Les anciens avaient davantage conscience du fait que sans lumière, ils étaient impuissants. Nous autres, parce que la lumière de l’électricité est omniprésente, nous ne pensons que rarement à notre besoin de lumière.

 

Sel et lumière : voilà donc les comparaisons dont se sert Jésus pour nous expliquer quelle est la mission de notre vie. Quelle est la caractéristique commune du sel et de la lumière ? Tous les deux sont pour autre chose. Le sel n’est pas pour lui-même ; la lumière non plus. Voilà ce qui est important. La mission d’un chrétien dans le monde, tout comme celle du Christ, c’est d’avoir une influence positive sur les autres en leur apportant la puissance et l’illumination de l’évangile.

 

Cette mission nous permet d’entrevoir le cœur même de Dieu. Il désire que tout homme soit persuadé de sa bonté, pour que chacun puisse lui faire confiance et le suivre dans l’apprentissage du bonheur ici-bas, et pour le bonheur parfait au ciel. Ceci explique pourquoi, plus nous nous approchons de Dieu, et plus nous éprouvons le besoin de le communiquer à notre prochain, notre cœur brûlant du même feu que celui du Christ. Tous les saints le savent.

 

 

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Sainte Elisabeth Anne Seton, par exemple, a connu un long et difficile parcours pour arriver à la foi catholique. Elle vivait autour des années 1800, et faisait partie de la haute société de New York, aussi bien de naissance que par son mariage. Comme jeune épouse et maman, elle connut une profonde inquiétude spirituelle. En tant que chrétienne non catholique, elle aspirait à une relation plus profonde avec le Christ, mais ne savait pas où la trouver. Une série d’épreuves, parmi lesquelles la mort de son mari, l’ont amenée à l’Eglise catholique, et c’est là qu’elle a trouvé ce qu’elle cherchait, dans le sacrement de l’Eucharistie.

 

Sa conversion au catholicisme lui a valu d’être critiquée et abandonnée de ses amis, de son milieu social, et même de sa famille. Mais sa plus grande intimité avec le Christ en valait bien la peine. Au lieu de tomber dans le découragement et de se plaindre, elle s’est sentie poussée de commencer une nouvelle congrégation religieuse pour s’occuper de l’éducation des jeunes. C’est ainsi qu’elle a fondé les Sœurs de la Charité, répandues aujourd’hui aux Etats-Unis et au Canada. C’est le début du système de l’éducation catholique américain, qui comporte aujourd’hui, en 2011, plus de 7.000 écoles primaires et secondaires, rien qu’aux Etats-Unis.

 

Dieu veut mettre de la saveur et de la lumière dans le monde, et plus nous sommes proches de son Cœur, plus nos cœurs brûlerons de ce même désir.

 

Si Dieu nous appelle à avoir une influence décisive sur la vie des autres, alors il doit être possible de le réaliser. Mais comment ?

 

Pour nous mettre sur la voie, la 1e lecture nous donne une liste de différentes possibilités :

  • Partage ton pain avec celui qui a faim,
  • recueille chez toi le malheureux sans abri,
  • couvre celui que tu verras sans vêtement,
  • ne te dérobe pas à ton semblable.

Voilà des exemples de ce que la Tradition appelle les œuvres de miséricorde corporelle.

 

Nous pouvons trouver une autre liste des œuvres de miséricorde spirituelle :

  • conseiller ceux qui en ont besoin,
  • instruire les ignorants,
  • exhorter les pécheurs,
  • consoler les affligés,
  • pardonner les offenses,
  • supporter patiemment les personnes ennuyeuses,
  • prier pour les vivants et pour les morts.

 

Je suis certain qu’au cours de cette Messe, le Saint Esprit pourra traduire ces idées générales en quelques possibilités concrètes pour chacun de nous. Mais le Saint Esprit est extrêmement poli. Il ne veut pas que nous soyons ses esclaves, mais ses amis. Et donc, même s’il veut nous donner de bonnes idées, il ne nous forcera pas de les exécuter. Il nous laisse libre de dire oui ou non.

 

En poursuivant cette célébration du sacrifice du Christ, de son "oui" parfait au Père, disons-lui notre "oui". Que la beauté et la puissance de cette Messe nous donne le courage dont nous avons besoin pour vivre la mission de notre vie un peu mieux que la semaine dernière, pour être sel et lumière dans un monde cassé et paumé.

Le sel n’est pas pour lui-même ; la lumière non plus.

Le sel n’est pas pour lui-même ; la lumière non plus.

Jésus ne fait rien tout seul - Homélie 3° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

3 TOA 1ev

 

 

L’arrestation de Jean Baptiste, mentionnée au début du passage de l’évangile de ce dimanche, a été pour Jésus un moment de transition. Avant cela, Jésus avait commencé à rassembler ses Apôtres et à prêcher, mais seulement à temps partiel. Tant que Jean pouvait continuer à prêcher et à baptiser, Jésus était resté effacé. Mais l’arrestation de Jean était pour lui un signe. Le dernier des prophètes avait été réduit au silence, et l’heure était venue pour Jésus, le Messie annoncé par tous les prophètes, d’apparaître au centre de la scène.


Saint Matthieu nous dit que dès ce moment-là, Jésus s’est établi à Capharnaüm, une ville plus cosmopolite que Nazareth. C’est là, à Capharnaüm, qu’il appelle ses premiers Apôtres. Pierre, André, Jacques et Jean avaient déjà rencontré Jésus auparavant, quand ils étaient encore disciples de Jean Baptiste. Ils avaient passé du temps avec lui. Ils avaient été là, à Cana, quand Jésus a accompli le premier des signes, changeant l’eau en vin pour les invités de la noce. Ils avaient commencé à faire sa connaissance. L’évangile de Jean nous dit même qu’ils avaient commencé à croire qu’il était le Messie.


Mais pour Jésus, cela ne suffit pas. Il voulait leur montrer davantage, et leur demander davantage. Et c’est ainsi qu’à ce moment crucial, quand il est prêt pour commencer son ministère à plein temps, que Jésus va à la rencontre de ces pêcheurs qui étaient en train de jeter leurs filets dans la Mer de Galilée, qu’il les appelle chacun par leur nom, et qu’il les invite à le seconder pour construire son Royaume.


Jésus n’a pas commencé sa mission tout seul, et il ne la poursuit pas tout seul. Il établit son Eglise, et il commence son œuvre de salut avec l’aide de ces apôtres qu’il choisit. Aujourd’hui il continue sa mission de la même manière, en appelant des pêcheurs normaux, des gens comme vous et moi, à devenir ses apôtres.


 

Le fait que Dieu ne veut rien faire tout seul est très révélateur de ce qu’est la nature humaine. Nous sommes à la fois dépendants et autonomes. Les autres créatures visibles de Dieu sont seulement dépendants. Les objets inanimés dépendent totalement des lois de la physique et de la chimie. Les plantes et les animaux dépendent aussi des lois de la biologie. Les animaux dépendent en outre de leur instinct. Dans tous ces cas, la dépendance est totale. Le comportement de ces créatures est entièrement déterminé par leur Créateur.


Les êtres humains, eux, ne sont que partiellement dépendants des lois de la physique, de la chimie, de la biologie et de l’instinct, parce que Dieu nous a donné quelque chose qu’il n’a donné à aucune de ses créatures visibles : une âme spirituelle.


Cela veut dire d’abord que nous sommes conscients de ce que nous faisons ; nous sommes capables de réfléchir à la réalité qui nous entoure et à notre expérience. Il n’y a que les êtres humains qui tiennent des journaux intimes. C’est parce que nous avons cette conscience de nous-mêmes que nous avons également dans une grande mesure la capacité de nous autodéterminer. C’est ce qu’on appelle le libre arbitre. C’est là qu’intervient notre autonomie.


Les oiseaux agissent par instinct, automatiquement. Les êtres humains, en analysant les pulsions qu’ils ressentent, peuvent choisir leur manière de réagir, en les suivant, en les rejetant, ou en les canalisant. Ce n’est qu’en vertu de la conscience que nous avons de nous-mêmes et de notre capacité à l’autodétermination que nous sommes capables de nous connaître et d’aimer Dieu et le prochain profondément. C’est pour cela qu’il est écrit que Dieu nous a faits à son image et à sa ressemblance.


Le péché originel a obscurci cette ressemblance. Quand le Christ l’a restaurée, il a été logique. Il nous a créés avec la capacité de l’autodétermination, et il ne nous l’a pas enlevée pour nous sauver. Non ! Il requiert notre coopération. En nous invitant à collaborer avec lui à la mission de l’Eglise de sauver le monde, au lieu de tout faire tout seul, il nous montre la dignité de notre nature, en même temps que son désir de notre amitié.


 

Jésus appelle chacun, chacune à le suivre, comme nous le rappelle le Catéchisme de l’Eglise Catholique (n. 30) :


" Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, ‘un cœur droit’, et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu."


Mais il appelle certaines personnes à le servir dans l’Eglise d’une manière particulière. Il appelle certains à la prêtrise, et certains hommes et femmes à la vie consacrée. Saint Jean Bosco disait souvent qu’une personne sur quatre était appelé à cette vie de prière, de sacrifice et de service héroïque. Il ne fait aucun doute que Dieu appelle certains jeunes dans notre communauté paroissiale ou autre à cette mission spéciale. Il les appelle à renoncer à leurs projets personnels et à mettre leur confiance en lui exclusivement, tout comme Pierre et André ont laissé derrière eux leurs barques, leurs filets et leurs affaires. Jésus les appelle à renoncer aux belles joies de la vie de famille pour donner leur cœur à lui entièrement, tout comme Jacques et Jean ont quitté leur père Zébédée dans la barque.


Ces vocations particulières touchent notre vie à nous tous ; l’Eglise ne peut pas s’en passer ; le Christ les désire ardemment.


Et pourtant il n’y a aucun automatisme. Le Christ ne force personne à répondre oui à son invitation. S’il vous appelle, n’ayez pas peur. Faites un pas. N’attendez pas. L”évangile nous dit que les premiers apôtres ont tout laissé « aussitôt ». Laissez derrière vous les filets, la barque, les affections : Jésus ne vous laissera jamais tomber. Il est Dieu, il mérite votre confiance.


Pour tous les autres, alors que Jésus renouvelle le don total qu’il nous fait de lui-même dans cette Eucharistie, promettez-lui de le suivre de plus près aussi, en étant ses témoins courageux là où nous vivons, en aidant les autres à entendre et à suivre son appel dans leur vie.

Tous appelés à la sainteté - Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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La mission de Jean Baptiste consistait à aider le peuple d’Israël à se préparer pour pouvoir reconnaître et recevoir Jésus comme le Messie annoncé. Dieu avait équipé Jean pour cette mission en lui permettant de voir le Saint Esprit descendre sur le Christ à l’occasion de son baptême. Cela avait été pour Jean une vision décisive.

 

Des siècles auparavant, à l’époque où Israël avait été infidèle au Seigneur, lors de la destruction du premier Temple, le prophète Ezéchiel avait déjà vu la présence, la gloire de Dieu quitter le Temple. Avec Jean Baptiste, le dernier d’une longue lignée de prophètes, cette présence divine revient enfin. Jean voit la présence visible de Dieu qui revient vers Israël au moment où le Saint Esprit descend sur le Christ sous la forme d’une colombe. L’Ancienne Alliance, fondée sur la Loi, n’avait pas pu rétablir la pleine communion entre Dieu et l’homme. Mais dans le Christ, une Alliance Nouvelle a été instaurée, et cette communion est devenue permanente.

 

Quand des chrétiens sont baptisés, ils entrent dans cette communion. Nous avons été oints avec le Saint-Chrême, qui symbolise le venue de ce même Esprit en nos cœurs, tout comme il était descendu sur le Christ lors de son baptême. Et à la confirmation, une deuxième onction avec ce même Chrême est l’instrument de la pleine effusion du Saint Esprit, tout comme il est descendu sur le Apôtres à la Pentecôte. Sous l’Ancienne Alliance, le Temple matériel avait été rempli de la présence et de la gloire de Dieu. Sous la Nouvelle Alliance, durant le temps de l’Eglise, chaque chrétien devient, dans le Christ, un Temple de la présence de Dieu sur la terre.

 

C’est pourquoi tous les chrétiens partagent la même vocation fondamentale : celle qui consiste à devenir saints, à conformer notre vie à l’Esprit-Saint qui habite en nos cœurs. C’est exactement ce que saint Paul veut dire quand il écrit aux Corinthiens :

 

« vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint… »

 

Le mot employé par saint Paul et qui est traduit en français par "saint" est le mot grec "hagios", qui veut dire littéralement "mis à part", "séparé". Dans l’Antiquité, ce mot évoquait tout ce qui est exclusivement réservé à Dieu, tout ce qui revêt de ce fait une beauté particulière et nécessite un respect spécial, comme, par exemple, les églises. Aujourd’hui, les rues de Rome sont à peu près comme les rues de toute grande ville moderne : remplie de trafic de voitures, de cris et de bruits de tout genre. Mais en vous promenant dans quelque rue étroite, voilà que vous débouchez soudain sur une vaste place, et une façade de marbre resplendissant se dresse en face de vous, majestueuse, noble, et exerce sur vous un pouvoir d’attraction mystérieux.

 

Si vous poussez la porte d’entrée, le bruit de la ville s’estompe, et vous voilà pris par une force, une impression d’ordre et d’harmonie. Vous respirez la bonne odeur de l’encens et vous êtes envahi par un silence invitant à la prière, au respect, à la révérence. Les magnifiques statues, les piliers impressionnants, les tableaux de maître et les mosaïques, tout vous parle et vous invite à l’humilité. En regardant devant vous, vous yeux découvrent le point d’attraction central de tout l’édifice, le tabernacle, la présence réelle de Jésus Christ dans l’Eucharistie.

 

Notre monde est plein de bruit, de corruption, d’activité frénétique, et voilà que vous rencontrez un chrétien. C’est comme quand vous voyez une magnifique façade en marbre qui se dégage dans la grisaille. Vous avez rencontré quelqu’un qui n’est pas comme les autres, quelqu’un de simple, de noble, qui exerce sur vous une attraction mystérieuse. Si vous faites sa connaissance, vous constatez une belle harmonie de vertus, de maîtrise de soi, de considération, de foi et d’espérance, d’humilité et de sagesse… Et puis vous découvrez la source de toutes ces vertus : Jésus Christ. C’est cela, la sainteté à laquelle nous sommes appelés. Nous sommes les Temples du Dieu vivant, et ce Dieu vivant veut faire de nous des édifices durables à sa gloire.

 

Comment pouvons-nous grandir dans cette sainteté à laquelle nous sommes appelés ? Uniquement en suivant l’exemple d’humilité de Jean Baptiste. Saint Jean disait aux gens qui venaient se faire baptiser par lui :

 

« Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. »

 

Il acceptait tout simplement le fait de ne pas être Dieu, de ne pas être le Seigneur. Il reconnaissait que Jésus est plus grand que lui, et il l’acceptait. Jésus est plus grand que nous. C’est lui, le Roi, pas nous. C’est lui, le Seigneur, et nous sommes ses amis, ses frères et ses sœurs, ses ambassadeurs, mais pas ses égaux. Il a plus de sagesse que nous, et nous devons le suivre. Le suivre, cela veut dire : lui obéir, obéir à son commandement d’aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes, de pardonner à ceux qui nous ont offensés, d’être dociles aux enseignements de l’Eglise, même ceux qui sont contraires à l’esprit de notre époque, comme ceux qui concernent le mariage et la morale sexuelle.

 

90% du temps, nous pouvons savoir exactement ce que Dieu veut que nous fassions. Notre conscience nous le dit, le Catéchisme nous l’apprend, les Dix Commandements nous le rappellent. 10% du temps, nous devons prendre le temps de réfléchir, de prier, de demander conseil, parce que nous ne voyons pas clair.

 

Si nous obéissons à la volonté du Seigneur, même si ça fait mal, si nous reconnaissons sa seigneurie et si nous le suivons, au lieu de vouloir que ce soit lui qui nous suive, alors nous découvrirons et nous pourrons rayonner les joies indescriptibles de la sainteté.

 

Aujourd’hui, quand Jésus renouvelle le don qu’il nous fait dans la Sainte Communion, renouvelons aussi le don de nous-mêmes, et prions de tout notre cœur : Que ton Règne vienne, pas le mien ; que ta volonté soit faite dans ma vie, comme au ciel.

Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Le Baptême du Seigneur: Épiphanie trinitaire - Homélie Baptême du Seigneur A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Le baptême de Jésus dans le Jourdain révèle deux vérités fondamentales de notre foi chrétienne. La première est sans doute assez souvent présente à notre esprit, mais il est fort à craindre que ce n’est pas le cas pour la seconde.

 

La vérité qui nous paraît évidente, c’est le fait que le Christ est le Sauveur promis, le Messie, celui dont il est question dans la 1e lecture, à savoir le Dieu unique envoyé pour enlever le péché du monde et pour inaugurer un royaume nouveau et éternel de justice et d’amour. Son baptême nous le révèle par la descente du Saint Esprit et par la voix qui vient du ciel.

 

La vérité de la foi chrétienne à laquelle nous revenons moins spontanément est celle de la Très Sainte Trinité. Nous prions toujours au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Et nous professons notre foi chaque dimanche, dans le Credo, dans le vrai Dieu qui est un en trois personnes : une nature divine, et trois personnes.

 

Le Père est pleinement Dieu, le Fils est pleinement Dieu (avant son Incarnation, il était), et le Saint Esprit est pleinement Dieu. Les trois sont éternels, incréés et divins – des personnes distinctes, mais un seul Dieu. Nous ne croyons pas en trois dieux, mais en un seul. Ce Dieu unique est trois Personnes. Et ces trois Personnes sont présentes au baptême de Jésus. Le Fils est Jésus ; le Saint Esprit, c’est Dieu qui descend sur Jésus sous les apparences d’une colombe ; et le Père, c’est la voix du ciel qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ».

 

La raison pour laquelle nous ne pensons pas souvent à la Trinité est que c’est vraiment difficile pour nous à comprendre. Nous devrions pourtant y réfléchir, puisqu’après tout, c’est pour cela que Dieu nous le révèle.

 

Des musulmans croyants et cultivés sont scandalisés par la doctrine de la Trinité. Ils pensent que cela relève du polythéisme. Ce n’est pas vrai. Dieu est un, et Dieu est trois: trois personnes, une nature divine. Il est normal que ce soit difficile à comprendre – après tout, c’est de Dieu dont il est question !

 

Essayer de comprendre Dieu pleinement, c’est comme un enfant qui essaie de pleinement comprendre la physique nucléaire. C’est comme un singe qui essaie de jouer un concerto pour piano de Mozart.

 

En fait, c’est l’existence même du concept de la Trinité qui est une indication de sa vérité. Aucun esprit humain n’aurait pu l’inventer ; Dieu seul pouvait nous le révéler.

 

 

Un jour, saint Augustin, le grand évêque d’Afrique du Nord au 4e siècle, se promenait au bord de la mer en contemplant la Trinité. Il était frustré parce que, tout génial qu’il était, il n’arrivait pas à comprendre. En marchant, il aperçoit un petit garçon qui fait un trou dans le sable. Il avait un petit récipient en terre cuite, et il faisait sans cesse le va et vient de l’océan vers sont trou, et du trou vers l’océan. Il remplissait son récipient d’eau, puis allait vers le trou pour le verser. Après l’avoir observé faire cela une douzaine de fois, saint Augustin lui dit : "Mon enfant, que fais-tu là ?" Le garçon répond : "Je veux mettre l’océan dans ce trou dans le sable." Augustin se met à rire, et dit : "Mon enfant, c’est impossible ! Ton petit trou dans le sable ne pourra jamais contenir toute l’eau de l’océan." Alors l’enfant regarde saint Augustin droit dans les yeux, et répond : "Et ta petite intelligence humaine ne pourra jamais contenir la Très Sainte Trinité." C’était une leçon d’humilité. Si l’idée que nous nous faisons de Dieu était à la mesure de notre intelligence humaine limitée, ce ne serait pas vraiment Dieu !

 

 

Et pourtant, il nous est bon de méditer ce mystère. D’abord parce qu’il est vrai : c’est Dieu qui nous l’a révélé pour nous aider à mieux le connaître.

 

Vers la fin de sa vie, saint Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites, s’appliquait à méditer ce mystère tous les jours. Rien que d’y penser, cela le mettait en extase. C’était la nourriture substantielle de son âme. Nous aussi, nous devrions méditer ce mystère plus souvent, parce que ce mystère est de la plus haute importance pour la manière dont nous devons conduire notre vie. Nous sommes créés à l’image de la Trinité, et c’est pour cela que nous pouvons faire le bien ou le mal.

 

Le mariage et la famille, par exemple, sont deux réalités humaines auxquelles le mystère de la Trinité donne consistance. L’amour conjugal, l’amour d’un mari et d’une femme, est total et il est fécond. C’est une image de la Trinité, l’amour total et fécond des trois Personnes divines. Le mariage et la famille ne sont pas des inventions humaines, comme le football ou la course des yoles, et donc nous ne pouvons pas en changer les règles comme bon nous semble. Si nous le faisons, par exemple en ayant des relations sexuelles avant ou en dehors du mariage, ou en ayant recours à la contraception pour les rendre infécondes, en faisant la promotion des unions homosexuelles comme si c’étaient des mariages, ou en négligeant à venir en aide à son conjoint dans le besoin, ou encore en ayant recours à la reproduction artificielle pour concevoir des enfants comme des produits…, si nous faisons ces choses, nous allons à l’encontre de la loi de la nature humaine, et notre intégrité spirituelle sera détruite.

 

Dieu nous aime tant qu’il nous crée à son image, et il nous envoie Jésus pour restaurer cette image après qu’elle ait été abîmée par le péché originel. Aujourd’hui, en célébrant le baptême de Jésus et en le recevant dans la Sainte Communion, rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous fait ; faisons le signe de la croix, le signe de la Trinité, non seulement avec notre main, mais de tout notre cœur.

 

Suivre l’exemple de Marie - Homélie Sainte Marie, Mère de Dieu

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Les enfants ressemblent à leurs parents. L’exemple des parents leur apprend à devenir des hommes et des femmes à part entière. C’est la même chose dans notre vie spirituelle. Saint Paul (2e lect.) nous rappelle que, par la grâce de Dieu, nous sommes devenus les frères et les sœurs du Christ, et donc les enfants de Dieu. C’est le fruit du baptême. Quand nous avons été baptisés, nous sommes re-nés, surnaturellement. Dieu a infusé son ADN dans nos âmes. La vie spirituelle consiste à progressivement développer cet ADN, pour devenir des disciples adultes de Jésus Christ qui portent du fruit.

 

La solennité de ce jour nous rappelle que si nous sommes devenus spirituellement des frères et sœurs du Christ, nous sommes devenus également les enfants spirituels de Marie. La Vierge Marie est la mère de Jésus selon la chair, et elle est notre mère selon la grâce. Et tout comme nous apprenons de nos mamans selon la chair à devenir de bons adultes, ainsi nous apprenons de Marie à devenir de bons chrétiens. Elle est l’école "maternelle" vivante qui nous enseigne toute vertu qui conduit au bonheur et à la sainteté.

 

Dans l’évangile de ce jour elle nous enseigne l’une des vertus les plus importantes : la sagesse. Saint Luc nous dit comment Marie a répondu aux merveilles que Dieu a opérées en elle et autour d’elle : 

« Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. »

 

Tout comme les entrailles de Marie se sont ouvertes pour recevoir le Verbe du Dieu vivant au moment de l’Incarnation, ainsi son cœur était constamment ouvert pour accueillir ce que Dieu voulait lui dire à travers les événements de sa vie. Cette capacité et cette habitude de réfléchir dans notre cœur à l’action de Dieu dans notre vie est à la fois le signe et la source de la sagesse. Développer cette capacité est la condition indispensable pour devenir des disciples du Christ adultes, courageux et joyeux.

 

Nous avons tendance à nous laisser envahir par le bruit, les divertissements, le stress, les soucis égoïstes et les préoccupations matérielles du monde. A tout instant de la journée, si nous pouvions faire le scanner de notre âme, ce que nous verrions ressemblerait sans doute à un garage encombré de toutes sortes d’idées, de désirs, de regrets, d’espoirs et de pensées éparses, traînant par terre comme des vêtements sales, des jouets cassés et des magazines jamais lus.

 

La chambre intérieure de Marie n’était pas comme cela. Elle avait une vie bien remplie – après tout elle ne disposait pas d’un four à micro-ondes, d’une machine à laver le linge, d’un téléphone et d’autres moyens qui permettent à la ménagère moderne de gagner du temps. Et pourtant elle veillait à maintenir sa cellule intérieure propre et en ordre. Cela lui permettait d’entendre les messages que Dieu lui envoyait discrètement par les événements de sa vie. Elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Son cœur était comme la surface tranquille d’un lac profond : limpide et calme, capable de refléter fidèlement le ciel, le soleil et les arbres. Si quelqu’un lançait un caillou dans le lac de son cœur, elle l’absorbait par une profonde méditation, et bientôt, les remous momentanés et les grosses vagues disparaissaient, et son cœur était de nouveau dans la clarté et la lumière.

 

Son cœur était comme le caisson d’un violon : bien formé par sa foi et son amour, harmonieux et donc toujours prêt à reproduire en haute-fidélité les notes que Dieu voulait jouer sur les cordes de sa vie quotidienne.

 

Son cœur était comme un canoë parfaitement construit, solide et capable d’absorber les chocs par sa maîtrise d’elle-même, mais en même temps léger et flexible, exempt de soucis égoïstes et d’ambitions démesurées, pour pouvoir accueillir le Verbe de Dieu, et avancer agilement dans les courants de la vie.

 

Voilà à quoi ressemblait la vie intérieure de Marie, le secret de sa sagesse :

« Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur ».

 

Mais Marie savait qu’il est difficile de désencombrer son cœur. Nous avons tendance à nous laisser absorber par les multiples soucis de la vie, à nous laisser distraire par les objets clinquants du monde, alors que ce ne sont pas les choses les plus importantes. Marie sait que nous avons besoin d’aide pour apprendre à méditer assidûment sur l’action de Dieu dans notre vie, et c’est cette aide qu’elle nous propose. Elle nous fournit l’outil pour développer notre vie intérieure, et cet outil est assorti d’une garantie de succès à 100%. Tous ceux qui se sont servi de cet outil se sont rapprochés de Dieu et ont grandi en sagesse, en courage et en joie. Cet outil, la Vierge Marie l’a donné à saint Dominique dans une vision au 13e siècle. Depuis lors, une multitude d’hommes et de femmes s’en sont servi, que ce soient des paysans sans culture ou des reines raffinées, des papes ou des évêques, des mamans ou des veuves, des marins ou des soldats.

 

Cet outil, nous le connaissons tous, mais nous ne nous en servons pas assez. Il s’appelle le Rosaire.

 

Le Rosaire est la clé qui nous permet d’entrer dans le cœur de Marie. Nous pouvons nous y asseoir comme pour prendre le thé avec elle dans son parloir, dans l’intimité d’un tête à tête. Nous pouvons nous entretenir avec elle en laissant la lumière du Christ éclairer nos ténèbres, et dissiper les nuages et les orages de notre cœur, en permettant à sa grâce de guérir et de fortifier ce qui est blessé et malade dans notre vie et dans le monde.

 

Il y a une tradition qui consiste à prendre une bonne résolution le jour du Nouvel An. Pourquoi ne pas prendre celle de passer cette année pour apprendre de notre mère spirituelle comment mettre de l’ordre, de la paix, de la sagesse dans notre vie, en gardant "toutes ces choses" pour les méditer dans notre cœur par le Rosaire. Si nous faisons ce petit pas pour nous rapprocher du Christ, lui fera certainement un pas de géant pour se rapprocher de nous.

 

Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur

Marie retenait tous ces événements, et les méditait dans son cœur

La sainteté à l’épreuve du temps - Homélie pour la Sainte Famille A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Le dimanche après Noël l’Eglise célèbre la fête de la Sainte Famille. Pourquoi la famille de Joseph et de Marie est-elle "sainte" ? Qu’est-ce que la sainteté évoque pour nous ? En quoi consiste-t-elle ?

 

Il n’est pas sûr que l’idée que nous nous formons de la sainteté soit la bonne. Nous sommes facilement tentés de penser que les saints, ce sont des gens d’une autre catégorie que nous-mêmes. Si c’est le cas, le démon est content, car dans ce cas, nous nous contenterons automatiquement de vivre dans une sorte de médiocrité spirituelle. Et la médiocrité spirituelle est l’antichambre de la mort spirituelle que le démon désire pour chacun de nous.

 

La sainteté n’est pas pour les gens extraordinaires. La sainteté est pour tous. C’est en vue de la sainteté que Dieu nous a créés. La sainteté est synonyme de bonheur. Notre cœur est fait pour trouver son accomplissement dans la maturité de l’amour pour Dieu et pour notre prochain, et c’est cela, la sainteté. Nous sommes tous appelés à l’excellence spirituelle, et non à la médiocrité spirituelle. Et la voie de la sainteté est une voie ordinaire, avec des virages et des chicanes, des nids de poule, des pièges, des côtes, des passages monotones, et aussi des points de vue exceptionnels. C’est le chemin du combat normal, quotidien, pour répondre à notre vocation chrétienne.

 

Marie et Joseph n’ont jamais reçu de Dieu une télécopie ou un courrier électronique avec le parcours précis de ce qu’il convient de faire pour ne pas perturber le projet de Dieu. Dieu à confié l’Enfant Jésus à leurs soins. Il les a guidés et assistés, mais il n’a pas fait le travail à leur place. Ils ont dû s’enfuir en Egypte, endurer les privations du désert, et essayer de joindre les deux bouts dans un pays étranger.

 

La Sainte Famille n’est pas sainte parce que Marie et Joseph n’ont jamais eu de problèmes, parce qu’ils ne jamais eu à se poser des questions, et qu’ils n’ont jamais dû se battre ; la Sainte Famille était sainte, parce qu’au milieu des épreuves, ils ont toujours mis leur confiance en Dieu. Ils ont fait de leur mieux, sachant que Dieu ferait le reste, et c’est ce qu’il a fait.

 

 

Aucun des saints canonisés n’est né saint (à l'exception de celle que nous appelons justement "l'Immaculée Conception", mais même dans ce cas, ce n'est pas une sainteté toute faite, mais une croissance constante de sainteté). Ils ont tous été des gens comme vous et moi. Ils ont hérité de la même condition pécheresse. Ils ont reçu les mêmes sacrements et les mêmes enseignements de l’Eglise. Ils ont reçu aussi le même appel à la sainteté, à vivre dans une relation d’amitié étroite, vivante avec Jésus Christ.

 

Mais ils n’ont pas eu une vie à l’abri de tout problème. Ils ont été confrontés à des difficultés, tout comme nous. Joseph et Marie ne sont pas une exception à la règle. Saint Patrick a été enlevé et vendu comme esclave. Sainte Elisabeth de Hongrie est devenue presque folle quand son mari a succombé à la malaria à peine quelques années après leur mariage. Le saint Padre Pio de Pietrelcina a été critiqué par ses frères religieux, incompris de ses supérieurs, et même interdit par le Vatican de célébrer la Messe en public. Saint Thomas More, un laïc et homme de loi, s’est fait éjecter de son poste par le roi, puis emprisonné, jugé, avec interdiction de voir sa famille. Et quand il a persisté dans son refus d’abandonner son appartenance à l’Eglise catholique, il s’est fait trancher la tête. Sainte Rita de Cascia voulait devenir religieuse, mais ses parents l’ont forcée (à l’âge de douze ans !) à épouser un homme d’affaires prospère, mais violent et malhonnête. Elle a souffert de ses infidélités et de ses abus pendant dix-huit ans, jusqu’à ce qu’il se convertisse sur son lit de mort.

 

Dieu n’a pas préservé ces saints de la souffrance, pas davantage que son propre Fils n’a été préservé de la Croix, au contraire. Car Dieu agit par la Croix. Quand nous sommes confrontés à des difficultés, ce n’est pas que Dieu nous a oubliés, ou qu’il a une dent contre nous. C’est à dessein que Dieu permet les épreuves quotidiennes. Elles constituent des occasions pour que nous puissions exercer notre foi, pour que nous puissions devenir des chrétiens mûrs, remplis de sagesse, de joie profonde, pour avancer dans la voie de la sainteté.

 

 

Il est réconfortant de penser que nos épreuves de tous les jours, petites ou grandes, sont les moyens qui nous permettent de grandir en sainteté, et donc, ce qui revient au même, de devenir pleinement heureux.

 

Mais cela ne fait pas que ces épreuves quotidiennes ne soient plus des épreuves. Elles font toujours mal. Elles nous épuisent. Et elles épuisent aussi ceux qui nous entourent. Quand Joseph est allé réveiller Marie au milieu de la nuit, pour lui dire qu’ils devaient se lever tout de suite, pour traverser le desert et aller habiter en Egypte, elle n’était probablement pas folle de joie. Et lui n’était pas fou de joie non plus à l’idée de le lui dire. C’était un parfait exemple d’un combat spirituel.

 

Mais saint Matthieu nous donne à comprendre qu’aucun des deux n’a empiré la situation en se lamentant, en s’énervant, en gémissant. Il écrit :

 

« Joseph se leva ; dans la nuit il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Egypte. »

 

Tous les deux ont fait confiance à Dieu qui leur a permis de se rencontrer et de se marier. Tous les deux ont dépassé leur tendance naturelle à avoir peur et à s’énerver. Et c’est ensemble qu’ils ont fait en sorte que cette situation éprouvante soit supportable, en s’épaulant mutuellement, avec humilité et courage. Cet esprit de coopération et d’oubli de soi aimant peut faire des merveilles pour adoucir les épreuves de tous les jours de ceux qui nous entourent. Et il n’y a pas de meilleure façon pour faire l’expérience de la paix du Christ dans notre cœur, que d’aider à soulager les fardeaux de ceux qui nous entourent. C’est pourquoi saint Paul nous encourage (2e lect.) :

 

« Revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. »

 

Aujourd’hui, demandons au Seigneur de nous accorder cette grâce, et promettons-lui de faire de notre mieux pour nous y exercer.

Les trois noms du Christ - Homélie 4° dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

 

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Noël est très proche maintenant. La joie de la venue du Christ illumine déjà nos cœurs. Mais Notre Seigneur veut les illuminer encore davantage. Aujourd’hui il nous révèle ses trois noms. Nous avons déjà eu l’occasion de les entendre souvent, mais nous avons besoin de les méditer à nouveau pour les approfondir. Les noms dégagent une force, et les noms du Christ, si nous les comprenons réellement, ont assez d’énergie et de puissance pour élever notre relation avec Dieu à un degré radicalement nouveau.

Les parents choisissent toujours le prénom de leurs enfants avec soin. Ils veulent que ce nom ait un sens, qu’il signifie l’importance qu’ils attachent à la vie nouvelle qui leur est donnée. Dieu le Père, lui aussi, a choisi un nom pour son Fils avec beaucoup de soin. Il n’a pas permis à Marie et à Joseph de donner libre cours à leur créativité pour choisir eux-mêmes un nom pour son Fils. Il l’a choisi lui-même, et il a envoyé un ange pour faire connaître son choix à Marie et à Joseph.

Dans l’Ancien Testament, Dieu change quelquefois le nom des gens, surtout quand ils sont investis d’une mission spéciale dans l’histoire du salut, comme Abram et Jacob. Quand Dieu décide d’appeler Abram "Abraham" et Jacob "Israël", ce changement de nom signifiait un changement de rôle dans le projet de Dieu. Mais quand Dieu ordonne à Joseph d’appeler le fils de Marie "Jésus", dès avant sa naissance, cela montre que Jésus n’est pas seulement un prophète de plus. Le Père fait comprendre que Jésus est son propre Fils d’une manière tout à fait unique – si bien que Dieu le Père a le droit de choisir son nom dès le début de son existence humaine.

Et que signifie ce nom ? En hébreu, Jésus signifie "Dieu sauve". Ce nom révèle donc la mission du Christ. Contrairement aux prophètes de l’Ancien Testament, Jésus n’est pas venu dans le monde seulement pour annoncer le projet de Dieu qui consiste à sauver les hommes du péché et de tout mal ; il est venu pour mettre ce projet en œuvre, et de réaliser ce salut.

 

Mais Dieu nous révèle encore un autre nom : Emmanuel. Ce nom avait déjà été annoncé par Isaïe, et saint Matthieu applique explicitement ce nom à Jésus. "Emmanuel" en hébreu signifie : "Dieu est avec/parmi nous". Le nom de "Jésus" est une référence à la mission du Christ, ce qu’il est venu faire.  "Emmanuel" se réfère à son identité, à qui il est. Il y a évidemment un lien entre les deux. L’unique raison pour laquelle Jésus est capable de procurer le salut pour tout le genre humain est précisément qu’il est tout à la fois vrai homme et vrai Dieu. Le péché originel avait exclu la race humaine de l’amitié avec Dieu. Il a fait des hommes les esclaves du démon. Adam et Eve ont librement choisi de désobéir à Dieu et d’obéir au démon, et ainsi ils se sont mis, eux et leur descendance (c’est-à-dire chacun d’entre nous) sous le pouvoir et l’influence du démon. C’est cela, l’origine du mal dans le monde.

Nous ne pouvions pas rétablir nous-mêmes la relation d’amitié avec Dieu. Il fallait que ce soit Dieu en Personne qui prenne l’initiative. Nous avions besoin d’un Sauveur capable de réconcilier Dieu et la famille humaine. Jésus est ce Sauveur. Il réconcilie Dieu et les hommes en sa propre personne. Son Père est Dieu, et lui-même est pleinement Dieu. Sa mère est Marie, et lui-même est pleinement homme. Et ainsi, parce qu’il est "Emmanuel" (Dieu parmi nous), il peut être aussi "Jésus" (Dieu sauve).

Dieu qui se fait homme pour sauver l’humanité, voilà la plus grande histoire jamais racontée, une histoire plus fantastique que tous les contes les plus beaux qui soient, et pourtant une histoire aussi vraie que l’air que nous respirons. Voilà le vrai sens de Noël.

 

Et pourtant il y a encore un autre nom que l’Eglise nous rappelle aujourd’hui. Dans la deuxième lecture, saint Paul résume la mission extraordinaire du Christ en se réfèrant à lui comme notre "Seigneur". "Jésus" et "Emmanuel" sont des noms que Dieu seul pouvait donner, mais "Seigneur" est un nom que nous seuls pouvions donner. "Seigneur" est la traduction de l’hébreu "Adonaï", fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament. C’est une altération grammaticale du mot "adoni", qui se rapporte aux rois, à ceux qui possédaient des esclaves, aux maîtres de maison… Tous ceux qui avaient une autorité sur d’autres personnes, et pas seulement sur des choses ou des animaux, étaient appelés "adoni". Mais Dieu seul est appelé "Adonaï". Toute autorité humaine est une autorité reçue de quelqu’un ou de quelque chose, comme, par exemple, une position sociale, une autorité supérieure ou une tradition culturelle.

Dieu, lui, ne reçoit son autorité de personne. Il est lui-même la source ultime de tout ordre, de tout pouvoir, de toute grandeur. Il est Adonaï, c’est-à-dire Seigneur par nature. Quand nous appelons Jésus "Seigneur", nous affirmons qu’il est bien plus qu’un de ces grands leaders religieux. Nous confessons, que vraiment, Jésus est le Sauveur, qu’il est vraiment Emmanuel, Dieu avec nous, et qu’il est digne de notre foi et de notre obéissance.

Quand nous appelons Jésus "Seigneur", nous prenons en fait une décision. Nous nous engageons à le suivre et à lui obéir. Dieu ne peut pas s’appeler Seigneur lui-même, car il ne peut pas se soumettre à lui-même. Il n’y a que nous qui puissions donner ce nom à Jésus, car il n’y a que nous qui puissions librement choisir de nous soumettre à son autorité, d’être ses disciples, d’être chrétiens.

Aujourd’hui, Jésus, Emmanuel, viendra à nous encore une fois dans la Sainte Communion. Au moment où il le fera, renouvelons notre foi et notre confiance en l’appelant "Seigneur". Et durant ces quelques jours qui nous restent avant Noël, gardons ces trois noms dans nos cœurs et sur nos lèvres, comme le font tous les vrais amoureux.

‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’

‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’

Pourquoi Dieu attend-il? - Homélie 3° dimanche de l'Avent A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

  

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Cela fait environ deux mille ans que Jésus est né. C’était le premier Noël. Et pourtant, depuis lors, le monde a continué d’être déchiré par des guerres, des catastrophes naturelles, du racisme, et d’innombrables autres formes de misère, d’injustice et de souffrance.

 

Cela fait deux mille ans que les chrétiens célèbrent Noël, la venue de notre Sauveur. Mais où est le salut ?

 

De la même manière, Jésus est entré dans notre vie personnelle depuis de nombreuses années. Notre baptême a été comme un Noël pour notre vie. Et depuis lors, nous avons reçu l’Eucharistie de nombreuses fois, nous avons été confirmés, nous avons pu nous confesser. Et pourtant, si nous nous examinons sincèrement, nous pouvons remarquer que nous sommes toujours égoïstes, faibles, insatisfaits.

 

Nous avons tous célébré Noël un certain nombre de fois au cours de notre existence. Sommes-nous devenus meilleurs pour autant ? Avons-nous fait du progrès dans notre vie spirituelle ?

 

Quelle est la réponse de Dieu à ces questions ? Il y a deux mille ans, Dieu a semé la semence de la grâce dans le monde, et depuis lors, elle n’a cessé de croître. L’Eglise n’a cessé de grandir, donnant des saints, fécondant la culture humaine de l’intérieur par des innombrables fondations telles qu’orphelinats, hôpitaux, universités, écoles…

 

Il y a un certain nombre d’années, Dieu a semé la semence de la grâce dans notre cœur, le jour de notre baptême, et cette semence a produit les fruits de l’espérance, de la foi, d’une conscience éclairée… que n’ont pas ceux qui ne connaissent pas le Christ.

 

Dans les deux cas, la transformation a été progressive, comme celle des plantes qui poussent, jour après jour, dans le champ du cultivateur, comme saint Jacques nous l’explique (2e lect.). C’est bien comme cela que Dieu travaille, peu à peu, progressivement, lentement mais sûrement, car il sait que s’il voulait aller plus vite, nous ne pourrions pas suivre.

 

Jésus adopte la même manière de faire dans la vie de chacun de nous. Il ne fait pas de nous des saints en un jour habituellement. Il ne nous fait pas connaître le bonheur parfait tout de suite. Il entre dans notre vie comme compagnon et comme guide, comme un ami plein de sagesse. Et il nous invite à le suivre tout au long du chemin de la vie. C’est la raison pour laquelle cela nous prend du temps pour arriver à la maturité spirituelle. Jésus ne nous manipule pas comme des robots. Il ne nous programme pas comme des ordinateurs, faisant de nous des êtres parfaits instantanément, en faisant tout le travail à lui tout seul. Non, il veut que nous soyons ses amis. Il veut que nous contribuions à notre propre croissance spirituelle.

 

Jésus est comme un entraîneur qui ne se contente pas de vaincre lors d’une course. Il veut que nous soyons vainqueurs pour toujours. Sainte Thérèse d’Avila, par exemple, docteur de l’Eglise et réformatrice du Carmel, a été une mauviette, une religieuse médiocre et mesquine, pendant vingt ans. Il a fallu qu’elle fasse un entraînement spirituel et une réhabilitation pendant deux décennies avant de pouvoir atteindre son vrai potentiel.

 

Il a fallu trente ans pour qu’avec le secours de la Vierge Marie un petit bébé, nommé Jésus, puisse grandir et remplir la mission de sa vie. De la même manière, la grâce de Dieu suppose du temps et le concours de nos propres efforts pour pouvoir grandir et remplir notre vie de la lumière du Christ.

 

Dans la vie de chaque chrétien, le soleil commence à lever le jour du baptême, mais contrairement à ce qui se passe dans la nature, il ne pourra atteindre le zénith que si nous le voulons pleinement, si nous choisissons de suivre le Christ et de vivre en amitié avec lui.

 

Dieu achèvera son ouvrage dans l’histoire. Il achèvera son ouvrage dans notre cœur. C’est la promesse de l’Avent, la promesse que saint Jacques reprend dans la deuxième lecture :

« Voyez : le Juge est à notre porte. »

 

Mais cet ouvrage, Dieu l’achèvera selon son propre planning, et ce planning est régi par sa sagesse, sa bonté, sa puissance et son amour. Quant à nous autres, nous sommes exhortés à la patience et à la persévérance. Saint Jacques nous dit que nous devons être comme des cultivateurs qui attendent patiemment que la récolte soit arrivée à maturité. Imaginez un cultivateur se tenant au bord de son champ et criant aux plantes qu’elles doivent pousser plus vite. Ce serait absurde. S’il fournit l’eau et les engrais, la Providence divine s’occupera du reste.

 

Nous, de même, nous devons faire notre part. Nous devons arroser avec l’eau de la prière et épandre l’engrais des sacrements, mais nous devons aussi faire confiance à Dieu qui fait sa part. Si nous perdons patience avec Dieu, et que nous désobéissons à ses commandements, que nous faisons fi de notre conscience, que notre amitié avec le Christ s’affadit, c’est comme si nous étions en train de crier à la récolte de la grâce de pousser plus vite. Alors nous ne sommes pas disposés à attendre la croissance du fruit du bonheur durable selon le planning de Dieu. Nous la voulons pour tout de suite !

 

Aujourd’hui, tournons les yeux vers le Soleil levant, le Fils de Dieu, et renouvelons notre confiance en lui, en renouvelant notre engagement à suivre ses commandements.

 

 

Pourquoi Dieu attend-il? - Homélie 3° dimanche de l'Avent A

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