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C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Crédit peintures: B. Lopez

Mgr Eleganti : interview avec Niwa Limbu - VETUS ORDO, VATICAN II, VOCATIONS, CLERGÉ HOMOSEXUEL, SÉCULARISATION, FSSPX, ISLAM

L’entretien qui suit aborde des sujets tels que la réforme liturgique, l’état de la foi, les évolutions post-conciles, et bien d’autres. La version originale est en anglais (voir ma traduction française ci-dessous !). Mgr Eleganti l'a menée avec Niwa Limbu, qui travaillait jusqu’à récemment pour le Catholic Herald et qui entame désormais une nouvelle carrière.

 

L’entretien qui suit aborde des sujets tels que la réforme liturgique, l’état de la foi, les évolutions post-conciles, et bien d’autres. La version originale est en anglais (voir ma traduction française ci-dessous !). Mgr Eleganti l'a menée avec Niwa Limbu, qui travaillait jusqu’à récemment pour le Catholic Herald et qui entame désormais une nouvelle carrière.
Mgr Eleganti retrace les changements dans l'Église

 

 

 

 

1) Votre Excellence, vous êtes né en 1955 et avez raconté avoir été un enfant de chœur enthousiaste dans le rite traditionnel durant votre enfance, avant d’être reconverti au Novus Ordo. Vous avez décrit l’intervention liturgique postconciliaire comme « une reconstruction plutôt violente et provisoire de la Sainte Messe… associée à de grandes pertes auxquelles il faut remédier », en soulignant notamment des différences dans les prières, les postures et l’orientation ad orientem. Les jeunes catholiques d’aujourd’hui, qui connaissent souvent peu les textes de Vatican II, sont de plus en plus attirés par le rite tridentin pour sa beauté et sa transcendance, tout comme ma génération. Selon vous, quels éléments spécifiques de l’ancienne liturgie répondent à la soif spirituelle de cette génération et comment répondriez-vous à ceux qui affirment que restreindre la messe traditionnelle en latin est nécessaire pour l’unité ecclésiale ?

 

Mgr Eleganti : Je crois que l'attrait de l'Ancienne Liturgie pour les jeunes réside, entre autres, dans plusieurs aspects clés :

1. Son orientation (et sa centralité) vers Dieu ou le Christ, et non vers la communauté. L'orientation générale de tous (l'assemblée et le prêtre) vers Lui.

2. La profonde révérence liée à la rencontre avec le Dieu transcendant ou le Christ présent.

3. Le calme et le silence qui rappellent l'adoration de l'Agneau dans le livre de l'Apocalypse.

4. La solennité et la dignité des vêtements liturgiques, des objets liturgiques et de l'autel ; l'agencement général du sanctuaire.

5. Le chant grégorien. (Il était déjà à la mode il y a quelques années, même dans les milieux laïques.)

 

Le respect, la foi, la prière, l'amour et la dévotion intérieure puisent leurs racines dans le cœur. On les retrouve tout aussi bien dans le Novus Ordo. Je reste la même personne quel que soit le rite. Ma manière de me tenir devant Dieu et de Le célébrer est une décision intérieure. Ce n'est pas la forme qui fait de moi une personne pieuse. La dévotion est présente ou absente, indépendamment de la forme. C'est alors mon être intérieur qui revêt la forme appropriée (mode d'expression), et non l'inverse.

Je m'agenouille parce que je suis pieux ; je ne suis pas pieux parce que je m'agenouille. Si une forme est associée à une pensée erronée, elle devient une force de division et une question de « être ou ne pas être », ce qu'un rite n'est jamais. Chaque forme a ses avantages et ses inconvénients. La personne sage discerne sans mal agir. Pourquoi Jésus a-t-il comparé les pharisiens, en apparence justes, à des tombeaux blanchis ? Le décalage entre ce qui est intérieur et ce qui est extérieur peut être très grand, ou non, quelle que soit sa forme.

 

 

2) Suite à vos récents appels (notamment dans vos réflexions du début de l’année 2026) à une étude renouvelée de la crise liturgique sous un nouveau pontificat, comme la marginalisation du tabernacle et la survalorisation du caractère « repas », entrevoyez-vous une voie pour rétablir un accès plus large au rite tridentin au-delà des restrictions de Traditionis Custodes ? Quelles mesures pastorales concrètes recommanderiez-vous aux évêques pour permettre à l’ancienne liturgie de s’épanouir à nouveau comme un trésor vivant ?

 

Mgr Eleganti  : L’Église catholique compte de nombreux rites. Il convient de les accepter pour ce qu’ils sont : de simples rites. Chaque rite doit être imprégné d’amour et de dévotion ; autrement, il manque sa finalité.

 

Les Anciens et Nouveaux Rites, en tant que tels, n’ont rien à voir avec la reconnaissance ou non du Concile, ni avec notre interprétation de ses textes ou de ses réformes. Ces questions ne doivent pas être résolues au niveau des rites. La question de savoir si la Messe nouvelle correspond à la vision des Pères conciliaires qui l’ont inspirée est une question historique. La réponse peut varier. Pourquoi ne pas simplement laisser chacun libre de prier comme il le souhaite et d’honorer Dieu à sa manière, sans disqualifier personne ni aucun rite ? L’Église doit définir le cadre à cet effet. Cela ne pose aucun problème. Les rites ne sont pas absolus. Dans un sacrement validement administré, le croyant trouve toujours Dieu, quel que soit le rite. Ce faisant, je présume que les sacrements sont célébrés conformément aux prescriptions de l’Église et dans le respect de l’attitude intérieure et de la dignité que j’ai décrites précédemment.

 

 

3) Excellence, vous avez décrit l’ère post-Vatican II comme marquée par « un déclin indescriptible de la pratique et de la connaissance de la foi, une absence de formalité liturgique généralisée et un certain arbitraire », loin du « printemps » espéré. Les statistiques officielles de l’Annuario Pontificio 2026 et de l’Annuarium Statisticum Ecclesiae 2024 confirment un déclin des vocations sacerdotales sur treize ans, qui s’est récemment accéléré. Le nombre de séminaristes dans le monde est passé de 106 495 en 2023 à 103 604 en 2024 (soit une baisse de 2,72 %), après des baisses annuelles successives. L’Europe a connu des pertes particulièrement marquées (par exemple, une baisse de plus de 4,9 % du nombre de séminaristes au cours d’une année récente), et on observe une diminution nette du nombre de prêtres de 734 entre 2022 et 2023, malgré la croissance de la population catholique. Quelles sont, selon vous, les causes spirituelles et théologiques profondes de cette crise persistante ?

 

Mgr Eleganti  : Les causes de ces phénomènes ne résident pas dans le Novus Ordo. Les Pères conciliaires avaient envisagé une réforme liturgique modeste. Les excès, le manque de forme, la banalisation du sacré, la désobéissance liturgique, le communautarisme, l'absence de prêtres, voire une certaine « hostilité envers les prêtres », sont des phénomènes de l'ère post-conciliaire qui ne sauraient être imputés aux textes conciliaires, pas plus que les tendances hérétiques post-conciliaires.

 

Le pire de tous les maux est l'insignifiance pratique de Dieu dans notre société, le rejet du christianisme, remplacé par des idéologies ou d'autres forces qui exercent une influence extrêmement destructrice sur tout ce qui était jadis sacré pour ce qu'on appelle l'Occident chrétien. Rien de mieux ne l'a pris. Cela devient de plus en plus évident.

 

 

4) Concernant les vocations, ce déclin pluriannuel a frappé plus durement l'Europe et les Amériques, avec des séminaires vides et un clergé vieillissant dans de nombreuses régions, tandis que l'Afrique et l'Asie connaissent une certaine croissance. Que proposez-vous pour inverser cette tendance ?

 

Mgr Eleganti  : Nombreux sont les jeunes convertis et ceux qui aspirent au baptême. Ils souhaitent fonder des mariages et des familles chrétiennes. C'est là que nous devons concentrer nos efforts. Nous devons transmettre la connaissance de la foi aux enfants et aux jeunes, les soutenir et les initier aux sacrements ; nous devons accompagner les jeunes familles. En tant que prêtre diocésain, je commencerais par célébrer la Sainte Messe avec la plus grande ferveur et la plus grande beauté possible, accompagnée d'une brève catéchèse. Après la liturgie : fraternité, amour et joie ; des parents qui tissent des liens d'amitié, des enfants qui apprennent à se connaître et qui jouent ensemble. Les personnes et les charismes se rassemblent autour de chaque prêtre dévoué. Avec la Sainte Messe au cœur de la vie, l'Église commence à se renouveler. Si le prêtre est un homme d'amour, la communauté qu'il rassemble autour de lui le sera aussi. L'élan est alors extraordinaire.

 

 

5) Dans votre article d'octobre 2025, « L'homosexualité dans la société et dans l'Église : un sujet tabou », vous avez identifié « l'homosexualité répandue au sein du clergé et son importance dans la crise des abus » comme le problème majeur ignoré, la qualifiant de phénomène unique en son genre, aux conséquences négatives qu'il est impératif de nommer, tout en soulignant que le silence compromet les autres efforts de prévention. Quelle expérience pastorale ou quelles observations vous ont conduit à cette conclusion ? Pensez-vous que le sujet soit suffisamment abordé ouvertement malgré les appels précédents à un dépistage psychologique ?

 

Mgr Eleganti  : Il ne s'agit pas ici d'impressions subjectives ou d'expérience pastorale, mais de statistiques pures. J'ai écrit au pape Léon XIV à ce sujet. Toutes les études de l'Église sur les abus montrent un nombre disproportionné de victimes masculines. Ignorer ce problème ne sert à rien. Il existe une corrélation factuelle, sans pour autant impliquer que les membres homosexuels du clergé soient prédestinés à commettre des abus en raison de leur orientation. Il en va de même pour les hétérosexuels. De nombreux cas d'abus sexuels se produisent également en dehors de l'Église. Mais la société s'en prend surtout aux membres du clergé et les scandalise. Pécher signifie : j'aurais pu agir autrement. Mais chacun a ses propres préférences.

 

 

 

6) En tant qu'évêque auxiliaire émérite de Coire, profondément enraciné dans le catholicisme suisse, vous avez été témoin des défis de la sécularisation dans votre pays. Quel est votre avis actuel sur l'état de la foi en Suisse ? Observe-t-on des foyers de renouveau parmi les jeunes générations qui redécouvrent la foi ?

 

Mgr Eleganti  : D'une manière générale, je trouve que les Suisses ont un niveau spirituel et un rapport à l'Église assez faibles. Bien que la plupart soient baptisés, ils ne sont jamais vraiment devenus disciples de Jésus. C'est un simple constat. Ce n'est pas forcément de leur faute. Mais il existe de véritables foyers de foi. En tant qu'évêque chargé de la jeunesse, j'étais au cœur de ce mouvement. Aujourd'hui encore, je me réjouis de la croissance de ces foyers.

 

 

7) Excellence, vous avez clairement indiqué début 2026 que les consécrations épiscopales prévues par la FSSPX le 1er juillet 2026, sans mandat papal, constitueraient un « acte schismatique » rompant l’unité visible avec le Pape, invoquant des questions d’autonomie, de prêtres non incardinés et d’auto-affirmation comme étant la véritable Église. Quel est le climat actuel, ou « l’état d’esprit », à l’égard de la FSSPX en Suisse, notamment dans les cantons germanophones par rapport à la région romande francophone, où les sympathies traditionalistes ont historiquement été plus fortes ? Percevez-vous un soutien croissant à la FSSPX parmi les fidèles ?

 

Mgr Eleganti  : La Fraternité Saint-Pie-X déploie des efforts considérables pour justifier sa décision, tant en interne qu’en externe. Nombre de fidèles apprécient simplement la liturgie traditionnelle sans pour autant adhérer pleinement à l’idéologie de la Fraternité. Ils sont, de fait, souvent rebutés par ce qu’ils observent parfois dans les paroisses. Je ne dirais pas que la Fraternité Saint-Pie X bénéficie d'un soutien croissant parmi les fidèles.

 

 

8) Sur la scène européenne plus large, le cardinal Gerhard Müller a récemment décrit les migrations massives en provenance des pays islamiques vers l’Europe comme posant des défis importants à l’intégration, mettant en garde contre des risques tels que des tensions culturelles, des conflits sociaux potentiels et une influence musulmane croissante dans la vie publique si ces phénomènes ne sont pas gérés avec soin. Votre Grâce, comment évaluez-vous la compatibilité d’une immigration islamique à grande échelle avec la préservation de l’identité chrétienne de l’Europe ? Quel rôle l’Église catholique devrait-elle jouer pour répondre à cette problématique, en conciliant l’appel de l’Évangile à la charité et à l’accueil avec une prise en compte réaliste des mutations démographiques, religieuses et sociales en cours ?

 

Mgr Eleganti  : L'islam – et non pas seulement ce qu'on appelle l'islamisme – est, par essence, une religion antichrétienne (en théorie comme en pratique). Le christianisme n'a jamais prospéré sous la domination islamique, et cela reste vrai aujourd'hui. Partout où l'islam règne, le christianisme est décimé, au point d'être presque anéanti.

 

Je considère l'islam incompatible avec l'idéal occidental de liberté et d'État laïque. En fin de compte, seul le rapport de forces décidera lequel des deux (christianisme ou islam) disparaîtra ou subsistera dans un état de tolérance. Même des entités politiques laïques comme l'Union européenne présentent aujourd'hui des traits antichrétiens. Du fait de l'incompatibilité de l'islam avec le principe chrétien de séparation de l'État et de l'Église (Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu !), je considère l'islam incompatible avec la tradition judéo-chrétienne occidentale, qui influence encore fortement notre pensée et notre système politique. Nous allons donc rencontrer des difficultés. Plus les musulmans s'intègrent à nos sociétés, plus la situation risque de s'aggraver (des sociétés parallèles incompatibles existent déjà). À moins que le Christ ne les convertisse et ne les libère.

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